Susanne BÖHMISCH, « Comment danser un anniversaire ? Les exemples de Pina Bausch et Maguy Marin », Cahiers d’Études Germaniques, n° 83, 2022, pp. 119-136.
Résumé : L’article étudie le motif de l’anniversaire – motif assez rare en danse contemporaine – à partir de deux œuvres considérées comme canoniques dans l’histoire de celle-ci : 1980 – une pièce de Pina Bausch (1980) et May B de Maguy Marin (1981). En quoi le traitement de l’anniversaire révèle-t-il leur langage chorégraphique respectif, ainsi que les affinités esthétiques que la critique aime reconnaître entre les deux chorégraphes ? On peut observer une volonté de fissurer les conventions et rituels du temps, et de signifier la solitude, finitude et vacuité de l’existence. Dans la pièce autoréférentielle de Pina Bausch, l’anniversaire de naissance se superpose à la douloureuse expérience de la mort d’un proche, mais en tant que célébration du moi, la fête de l’anniversaire fait également objet d’une parodie de l’individualisme performatif contemporain. Dans la pièce de Maguy Marin, le motif s’inscrit très nettement dans l’univers absurde de Beckett qui constitue la source textuelle principale de la chorégraphie. Le travail critique sur le rituel de l’anniversaire témoigne dans les deux cas de la dimension anthropologique de leur danse et transforme le temps de l’humain en émotions et en rythmes.
Mots-clés : anniversaire, Bausch (Pina), Marin (Maguy), rituel, danse
Abstract : This article examines the motif of the anniversary — a rare motif in contemporary dance — in two works considered as canonical in the history of contemporary dance : 1980—a piece by Pina Bausch (1980) and May B by Maguy Marin (1981). How does their treatment of the anniversary reveal their respective choreographic languages, as well as the aesthetic affinities that critics like to acknowledge between the two choreographers ? We can see a desire to dissolve the conventions and rituals of time, and to signify the solitude, finitude and vacuity of existence. In Pina Bausch’s self-referential piece, the anniversary is overlapped with the painful experience of the death of a loved one, but as a celebration of the self, the anniversary celebration is also a parody of contemporary performative individualism. In Maguy Marin’s piece, the motif is very clearly embedded in Beckett’s world of the absurd, which is the main textual source of the choreography. Their critical work on the anniversary ritual demonstrates the anthropological dimension of their dance and transforms human time into emotion and rhythm.
Keywords : anniversary, Bausch (Pina), Marin (Maguy), ritual, dance

