Christian GRAFF & Luc GWIAZDZINSKI (dir.), Rythmes et flux à l’épreuve des territoires

Christophe Quéva & Véronique Fourault-Cauët
Article publié le 13 juin 2025
Pour citer cet article : Christophe Quéva & Véronique Fourault-Cauët , « Christian GRAFF & Luc GWIAZDZINSKI (dir.), Rythmes et flux à l’épreuve des territoires  », Rhuthmos, 13 juin 2025 [en ligne]. https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3157

C. GRAFF & L. GWIAZDZINSKI (dir.), Rythmes et flux à l’épreuve des territoires, Paris, Rhuthmos, 2024, 190 p – ISBN : 979-10-95155-36-2

 

Ce compte rendu a déjà paru le 06/06/2025 dans Annales de géographie, 2025/2-3, n° 762-763, p. 245.

 

Face à des recompositions profondes du monde semblant ne jamais cesser de s’accélérer, l’ouvrage de C. Graff et L. Gwiazdzinski invite à mobiliser la notion de rythme comme clef de lecture des mouvements et soubresauts contemporains. Envisagé comme l’organisation du mouvant, marqué par des récurrences, des cadences et des régularités, le rythme renvoie dans cet ouvrage à la fois à une expérience vécue et à une notion pensée de manière interdisciplinaire, au croisement de la géographie, de la philosophie, de l’océanographie ou encore de la poésie. Les huit auteurs contribuant à cet ouvrage explorent ainsi l’intérêt heuristique de la notion dans leurs champs respectifs : harmonie des proportions en architecture (C. Younès), fluctuations des courants marins et circulations océaniques (J. Verron), pulsations des écosystèmes face aux rythmes climatiques (S. Bigot) ou encore rythmes touristiques (C. Tritz).

 

L’approche géographique du rythme est au cœur de la contribution de L. Gwiazdzinski qui, au regard de ses « rencontres avec le rythme », rend compte à la fois d’une expérience subjective et d’une approche théorique du rythme, autour du triptyque structure-périodicité-mouvement. Cette grille de lecture pourrait ainsi permettre de saisir le monde dans sa complexité en dépassant les catégories binaires (centres-marges, villes-campagnes…) pour « laisser une place aux temps d’arrêt et aux espaces vides et développer une politique de rythmes, d’alternances, plutôt que des politiques temporelles d’optimisation pouvant aboutir à la saturation ». Dans le même ordre d’idée, O. Soubeyran et S. de Pertat interrogent la place du rythme dans le domaine de l’aménagement, en articulant planification et improvisation, afin de tenir compte au mieux des incertitudes et des crises du monde contemporain. Le chantier reste à construire, tout comme les méthodes à mobiliser pour le mettre en œuvre. Mais les pistes réflexives proposées n’en restent pas moins stimulantes.

Les contributions, pour la plupart illustrées de cartes ou graphiques, montrent tout à la fois la complexité associée aux différents rythmes évoqués (entre régularités, accélérations, ralentissements, arythmies…) et le caractère potentiellement opératoire de la notion pour penser le mouvement à toutes les échelles, depuis celle du corps jusqu’à celle de la planète. Le lecteur appréciera la richesse et la diversité des contributions, même s’il peut regretter l’absence de structuration de l’ouvrage en quelques grandes parties qui auraient permis de valoriser la construction d’une logique argumentative d’ensemble. Les différents textes apparaissent en effet en l’état quelque peu cloisonnés les uns des autres, l’ordre de contributions n’étant pas évident, et peine à faire émerger une lecture transversale du rythme. La conclusion reprend d’ailleurs assez longuement les contributions les unes à la suite des autres, avant de proposer quelques éléments saillants pour de futures réflexions. De fait, le livre – présenté comme un « premier ouvrage » dans la conclusion – reste exploratoire et constitue en cela une invitation à poursuivre et élargir les analyses dans la diversité des champs disciplinaires.

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