J.-Cl. Schmitt, « Rythmes et mouvement dans l’Occident médiéval » dans M. Dickson et al. (dir.), L’œuvre en mouvement de l’Antiquité au XVIIIe siècle, Pessac, Ausonius, 2022, p. 17-34.
Si le mouvement consiste en un changement de position ou de forme dans l’espace et le temps, le rythme est une modalité du mouvement. On peut concevoir deux types de modalités : soit un mouvement régulier, linéaire, continu, tel que le signal lumineux d’un satellite traversant le ciel ; soit au contraire un mouvement scandé, périodique, irrégulier tout en étant répétitif : c’est à ce deuxième type, de loin le plus fréquent, que j’ai consacré récemment un gros livre sur Les rythmes au Moyen Âge [1].
Toutes les définitions du rythme, depuis les philosophes présocratiques, puis Platon, puis les Pères de l’Église, jusqu’aux philosophes et sociologues des XIXe et XXe siècles, de Friedrich Nietzsche à Gilles Deleuze, en passant par Karl Bücher, Marcel Mauss, Ludwig Klages et aussi Paul Klee, Robert Delaunay, Henri Meschonnic, parmi beaucoup d’autres, font du rythme “la forme du devenir” (F. Nietzsche) ou plus explicitement encore “une structure périodique en mouvement” [2].
Si j’ai passé de longues années à réfléchir sur les rythmes en général et plus particulièrement dans la société et la culture médiévales, c’est que la question m’a d’abord semblé neuve et même inédite pour les historiens. Il n’y avait pas en effet, à ma connaissance, de travail d’histoire spécifiquement dédié aux rythmes, alors que ceux-ci sont dans les disciplines voisines, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, l’objet d’une question centrale [3]. En choisissant de travailler sur les rythmes, j’ai voulu tracer mon chemin, aux lisières de l’anthropologie et de l’histoire. [...]
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