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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Pascal MICHON, Les rythmes du politique. D&#233;mocratie et capitalisme mondialis&#233;
</title>
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		<dc:date>2010-07-12T16:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvain Dzimira</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pascal MICHON, Les Rythmes du politique. D&#233;mocratie et capitalisme mondialis&#233;, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007, 311 p. L'ambition de cet ouvrage donne tout simplement le vertige : relevant l'inanit&#233; des th&#233;ories critiques, &#224; ce point incapables de saisir notre modernit&#233; d&#233;mocratique qu'elles corroborent selon lui une r&#233;alit&#233; qu'elles croient d&#233;noncer, Pascal Michon ne propose rien de moins que de repenser la d&#233;mocratie, en &#233;laborant quasiment de toutes pi&#232;ces un appareillage (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L100xH149/arton97-c8930.jpg?1711417680' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Pr&#233;sentation&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=10&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Pr&#233;sentation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Discussion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=10&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Discussion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Pascal MICHON, &lt;i&gt;Les Rythmes du politique. D&#233;mocratie et capitalisme mondialis&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Les Prairies ordinaires, 2007, 311 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ambition de cet ouvrage donne tout simplement le vertige : relevant l'inanit&#233; des th&#233;ories critiques, &#224; ce point incapables de saisir notre modernit&#233; d&#233;mocratique qu'elles corroborent selon lui une r&#233;alit&#233; qu'elles croient d&#233;noncer, Pascal Michon ne propose rien de moins que de repenser la d&#233;mocratie, en &#233;laborant quasiment de toutes pi&#232;ces un appareillage conceptuel, et en s'effor&#231;ant de d&#233;duire des conclusions normatives des d&#233;couvertes que lui permettent les lunettes dont il se chausse, tr&#232;s loin de la tr&#232;s acad&#233;mique neutralit&#233; axiologique. Une ambition th&#233;orique d'autant plus &#233;tonnante qu'elle est le fait d'un historien (et non d'un sociologue ou d'un philosophe politiques qu'on pourrait croire mieux arm&#233;s conceptuellement a priori), et quand on conna&#238;t l'hypersp&#233;cialisation de ses confr&#232;res (lui n'h&#233;site pas &#224; mobiliser &#171; les sciences sociales &#187; et la philosophie) et leur refus quasi g&#233;n&#233;ralis&#233; de th&#233;oriser quoi que ce soit. Que pouvons-nous en penser ? Commen&#231;ons par pr&#233;senter l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=10&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Pr&#233;sentation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'avant-propos est d&#233;sar&#231;onnant, car, &#171; tout le monde en prend pour son grade &#187; ! Journalistes, universitaires &#171; install&#233;s dans les chaires trop grandes pour eux de pr&#233;d&#233;cesseurs c&#233;l&#232;bres &#187; [p. 9], &#171; intellectuels &#187; de gauche devenus lib&#233;raux, intellectuels de droite invoquant des ic&#244;nes de la gauche, tous incapables de penser quoi que ce soit de pertinent sur leur monde&#8230; Cela laisse un impression d&#233;sagr&#233;able qui heureusement se dissipe rapidement, car les pages qui suivent donnent s&#233;rieusement &#224; penser (nous les avons d'ailleurs publi&#233;es dans &lt;a href=&#034;http://journaldumauss.net/spip.php?article191&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Revue du MAUSS Permanente&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;). Pascal Michon y soutient que, reprise telle quelle par des &#171; disciples &#187; aveugles, la pens&#233;e libertaire et contestatrice d'hier est devenue l'un des soutiens de premier plan du nouvel ordre lib&#233;ral, au m&#234;me titre que la pens&#233;e lib&#233;rale. D'ailleurs, elles se retrouvent dans la m&#234;me d&#233;nonciation des entraves &#224; l'auto-r&#233;alisation des individus, dans un m&#234;me nominalisme nihiliste teint&#233; d'un empirisme plat (rien n'existe au fond, qui ne s'observe pas, surtout pas &#171; la soci&#233;t&#233; &#187; ou les &#171; sujets collectifs &#187;), et dans une m&#234;me sacralisation de la neutralit&#233; axiologique. Sont ainsi appel&#233;s &#224; la barre : Marcela Iacub, Antonio Negri, Michael Hardt et Bruno Latour. Si ces postures &#233;taient r&#233;ellement contestatrices dans un contexte o&#249; l'individu &#233;tait malmen&#233; par des pens&#233;es homog&#233;n&#233;isantes, &#233;difiant des totalit&#233;s en surplomb, cens&#233;es parfois tracer la voie du salut pour tous &#8211; ph&#233;nom&#233;nologie, existentialisme, historicisme, marxisme sont cit&#233;s &#8211;, elles participent aujourd'hui tr&#232;s largement du monde nouveau qu'elles d&#233;noncent par ailleurs, o&#249; le seul ordre qui vaille est celui qui s'&#233;tablit &lt;i&gt;spontan&#233;ment&lt;/i&gt; (la neutralit&#233; axiologique est un alli&#233; pr&#233;cieux) par les choix des individus, qui seuls sont cens&#233;s exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les &#171; disciples &#187; faussement contestataires ne sont pas les seuls &#224; &#339;uvrer au nouvel ordre lib&#233;ral : ils sont accompagn&#233;s par des &#171; h&#233;ritiers &#187; (qu'on retrouve en nombre dans les m&#233;dias, &#224; l'universit&#233;, dans la recherche, bref &#171; tout ce qui constitue le fondement objectif de la vie de la pens&#233;e &#187; [p. 23]) qui n'ont fait qu'emprunter les concepts et les programmes de recherche &#224; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, &#224; qui ils doivent leurs places et leurs statuts. Cultivant une posture de &#171; rentiers &#187;, excellant dans la &#171; phagocytose acad&#233;mique &#187; [p. 25], allant jusqu'&#224; d&#233;tourner les voix de leurs Ma&#238;tres (ainsi d'Ewald), &#171; ce groupe est, pour Pascal Michon, le deuxi&#232;me grand responsable de l'&#233;puisement actuel de la pens&#233;e critique &#187; [p. 24]. L'&#233;tat des lieux laiss&#233;s par leurs occupants est en effet accablant, mais suffisamment juste pour que nous citions longuement son auteur : &#171; L'ouverture &#224; l'autre, les parcours transversaux, la transdisciplinarit&#233;, le travail th&#233;orique, la contestation de l'ordre en cours et la cr&#233;ativit&#233; conceptuelle, qui avaient fond&#233; jusque-l&#224; l'organisation des savoirs, sont d&#233;sormais syst&#233;matiquement rejet&#233;s au profit d'une nouvelle constellation : sp&#233;cialisation extr&#234;me, ignorance des autres disciplines [et souvent, m&#234;me, des autres savoirs sp&#233;cialis&#233;s de sa propre discipline, SD], enqu&#234;tes de terrain &#233;troites, empirisme radical, approbation positiviste &#224; l'&#233;gard de ce qui est et r&#233;p&#233;tition acad&#233;mique du pass&#233; &#187; [p. 27]. Notons que c'est avec le souci de ne pas reproduire ce qu'il d&#233;nonce &#8211; une pens&#233;e &#224; la gloire de l'individu, nominaliste, platement empiriste, faussement neutre d'un point de vue axiologique &#8211; que Pascal Michon se lance dans ce qui appara&#238;t comme une contribution &#224; la th&#233;orie de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais que ne parviennent pas &#224; penser les th&#233;ories critiques au juste ? Oscillant entre deux visions du monde radicalement oppos&#233;es &#8211; tant&#244;t monde de libert&#233; totale, tant&#244;t monde d'oppression totale &#8211; elles sont incapables de saisir que c'est l&#224; l'expression des &#171; deux faces [interd&#233;pendantes] de l'individuation &#187;, dont il s'agit de comprendre la &#171; simultan&#233;it&#233; &#187; et la &#171; succession &#187; [p. 31]. Autrement dit, elles sont incapables de saisir les nouvelles formes qu'a prises le pouvoir dans un monde v&#233;cu comme univers de libert&#233; totale pour l'individu. Pour restituer le plus fid&#232;lement possible sa pens&#233;e, nous ne pourrons pas nous passer des d&#233;finitions que Pascal Michon donne de l'individuation et de la notion de rythme qui l'accompagne. &#171; Par individuation, &#233;crit-il, j'entends &lt;i&gt;l'ensemble des processus corporels, langagiers et sociaux par lesquels sont sans cesse produits et reproduits, augment&#233;s et minor&#233;s, les individus singuliers (les individus observ&#233;s dans leur singularit&#233; psychique) et collectifs (les groupes).&lt;/i&gt; [&#8230;] J'appellerai rythmes &lt;i&gt;les configurations sp&#233;cifiques de ces processus d'individuation&lt;/i&gt; &#187; ; ce sont &#171; &lt;i&gt;des mani&#232;res de produire et de distinguer des individus singuliers et collectifs&lt;/i&gt; &#187; [p. 32]. Aujourd'hui, soutient Pascal Michon, &#171; [le pouvoir] se joue avant tout dans l'organisation et le contr&#244;le des rythmes des processus d'individuation, ainsi que dans les classements qu'ils produisent &#187; [p. 32]. La premi&#232;re partie de l'ouvrage est consacr&#233;e &#224; l'explicitation de sa notion d'individuation et la deuxi&#232;me aux formes que prend le pouvoir aujourd'hui. Dans la troisi&#232;me partie de l'ouvrage, Pascal Michon &#171; aborde la question [&#224; ses yeux] la plus difficile et la plus importante de toutes : celle de la plus ou moins grande &lt;i&gt;qualit&#233;&lt;/i&gt; des rythmes de l'individuation et des divers pouvoirs qui s'y expriment &#187; [p. 33]. Le pouvoir se joue dans les rythmes, selon Pascal Michon. Or, tous les exercices du pouvoir ne s'&#233;quivalent pas. C'est donc que tous les rythmes ne s'&#233;quivalent pas. C'est pourquoi, comprenons-nous, Pascal Michon consid&#232;re ne pas pouvoir se dispenser de rechercher des crit&#232;res &#233;thiques qui lui permettront de distinguer les bons rythmes des mauvais, en quelque sorte. Enfin, une fois ces crit&#232;res identifi&#233;s, il &#233;value la qualit&#233; des rythmes du &#171; monde nouveau &#187; qu'est le n&#244;tre. Restituons rapidement chacune de ces parties (pour aider &#224; la compr&#233;hension de l'ouvrage tout en suivant sa progression, nous avons repris le titre de chacune de ses parties et indiqu&#233; entre parenth&#232;ses la question qu'elle nous semble poser).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Individuation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;(ou comment penser le processus de construction des sujets individuels et collectifs ?)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour insister sur le fait que les rythmes s'inscrivent dans le temps, et que les individus singuliers et collectifs qu'ils produisent ont eux-m&#234;mes une dimension historique, que leur identit&#233; est &#233;volutive (un souci bien compr&#233;hensif de la part d'un historien) m&#234;me si elle peut-&#234;tre relativement stable, Pascal Michon recourt &#224; une nouvelle notion : celle de &lt;i&gt;fluement&lt;/i&gt;. Il pr&#233;cise ainsi sa notion de rythme en lui donnant une nouvelle d&#233;finition : &#171; J'appellerai rythme &lt;i&gt;toute mani&#232;re de fluer des individus&lt;/i&gt; et poserai que &lt;i&gt;tout processus d'individuation est organis&#233; de fa&#231;on rythmique&lt;/i&gt; &#187; [p. 42]. Il s'attache donc &#224; comprendre comment le corps (le rapport &#224; son corps, entre les corps), le langage et les rapports sociaux produisent les individus singuliers et collectifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une approche goffmannienne du corps et de la mani&#232;re dont il participe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour ce qui est de la question du corps, Pascal Michon mobilise Marcel Mauss &#8211; &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/socio_et_anthropo/6_Techniques_corps/Techniques_corps.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son fameux article sur les techniques du corps&lt;/a&gt; &#8211; Norbert Elias &#8211; &lt;i&gt;La civilisation des m&#339;urs&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; de cour&lt;/i&gt; &#8211; et Michel Foucault &#8211; &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; - pour rappeler l'id&#233;e au fond assez simple selon laquelle le rapport &#224; son propre corps (jusque dans notre mani&#232;re de marcher), et au corps d'autrui (pratiques sexuelles, danses, etc.) est culturellement, historiquement, socialement marqu&#233;, et que cela participe de la construction des sujets. Il semble distinguer au moins deux mani&#232;res de produire par les corps les sujets, deux &#171; rythmes corporels &#187; : l'une, rare, inscrit les corps dans un &#171; sch&#233;ma m&#233;canique et binaire &#187; [p. 54] ; on la retrouve id&#233;altyptiquement dans l'usine taylorienne ou fordiste ou encore &#224; l'arm&#233;e. L'autre, la plus fr&#233;quente, sort du mod&#232;le binaire et arithm&#233;tique classique &#187; [&lt;i&gt;ibid.].&lt;/i&gt; Mais on n'en sait pas beaucoup plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Passons aux &#171; rythmes du langage &#187; (ou encore &lt;i&gt;fluement&lt;/i&gt; du langage ou discursivit&#233;). Le langage (les mani&#232;res de s'exprimer, de parler etc.), soutient en substance Pascal Michon, participe &#224; la construction des sujets, et rend compte de cette construction. Pour comprendre comment le langage peut participer &#224; la construction des sujets, Pascal Michon s'appuie sur Victor Kemplerer &#8211; &lt;i&gt;La Langue du III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich. Carnets d'un philologue&lt;/i&gt; &#8211; qui rend compte de la &#171; nazification du langage &#187; [p. 55]. Pour saisir comment un langage peut rendre compte des sujets socialis&#233;s, il s'appuie sur notamment Walter Benjamin &#8211; son &lt;i&gt;Charles Baudelaire, un po&#232;te lyrique &#224; l'apog&#233;e du capitalisme&lt;/i&gt; &#8211; qui montre que le langage qu'emploie Baudelaire renvoie &#171; &#224; l'exp&#233;rience ab&#238;m&#233;e des individus plong&#233;s dans la Grande Ville &#187; [p. 58].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, les &#171; rythmes du social &#187;. L&#224; aussi, les relations sociales sont rythm&#233;es, elles s'inscrivent dans une temporalit&#233; qui suit ses propres rythmes, qui fa&#231;onnent les identit&#233;s individuelles et collectives par cons&#233;quent variables en m&#234;me temps que stables. Pour l'illustrer, Pascal Michon s'appuie une nouvelle fois sur Mauss (notamment) et son &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/socio_et_anthropo/7_essai_societes_eskimos/essai_societes_eskimos.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Essai sur les variations saisonni&#232;res des soci&#233;t&#233;s eskimos &#187;&lt;/a&gt; qui l'&#233;t&#233; se dispersent et l'hiver se rassemblent et vivent en &#233;tat d'effervescence, un peu comme les Kwakiutls. Ces variations des &#171; rythmes du social &#187; correspondent en fait &#224; des &#171; variations d'intensit&#233; des interactions &#187; [p. 71]. Bref, voil&#224; ce qui participe &#224; la construction de l'identit&#233;, &#224; la fois permanente et en mouvement, des sujets individuels et collectifs, &#224; la construction de leur &#171; &#226;me &#187; : nos rapports au corps, nos rapports entre les corps, notre langage, nos relations sociales, tout cela &#233;tant &#233;troitement entrelac&#233; : &#171; Les processus d'individuation sont &#224; la fois des ph&#233;nom&#232;nes langagiers, corporels et sociaux, &#233;crit Pascal Michon ; ils d&#233;ploient simultan&#233;ment une discursivit&#233;, une corpor&#233;it&#233; et une socialit&#233; &#8211; et c'est de l'entrecroisement de leurs rythmes qu'appara&#238;t &#8216;l'&#226;me' &#187; [p.76].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La notion de rythme permet donc d'appr&#233;hender des mani&#232;res historiquement construites de se d&#233;placer, de parler, d'&#234;tre en relation, qui construisent les identit&#233;s des sujets individuels et collectifs. &#192; ce titre, elle a une vertu heuristique. Mais Pascal Michon l'appr&#233;hende &#233;galement comme &#171; un concept politique et &#233;thique &#187; [p. 81]. Il distingue en effet deux types de rythme qui n'ont pas les m&#234;mes effets &#233;thiques et politiques. Un premier type de rythme produit des sujets individuels et collectifs qui se &#171; renforcent &#187; mutuellement. Un deuxi&#232;me type produit des sujets individuels et collectifs qui jouent l'un contre l'autre : l'affirmation des premiers se fait aux d&#233;pens des deuxi&#232;mes ou inversement. Pascal Michon consid&#232;re &#171; qu'une &#233;thique et une politique d&#233;mocratiques peuvent se d&#233;finir comme orient&#233;es vers la production de mani&#232;re de fluer de la socialit&#233;, des corps et des langages (&#8230;) qui soient &#224; la fois singuli&#232;res et partageables &#187; et toujours &#171; r&#233;actualisables &#187; [pp. 81-82]. Ainsi, Pascal Michon sugg&#232;re que les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques doivent s'orienter vers des rythmes du premier type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Pouvoir &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;(ou comment la notion de rythme permet de penser la contrainte subie par les sujets dans un monde hors contrainte &#8211; ou du moins, qui se pense comme tel ?) &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s avoir pr&#233;cis&#233; comment ses notions d'individuation et de rythme permettent de comprendre les mani&#232;res dont les sujets individuels et collectifs sont construits, Pascal Michon, aborde la question de la mani&#232;re dont ces rythmes produisent du pouvoir, caract&#233;ristique de notre &#171; nouveau monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'abord, Pascal Michon situe sa mani&#232;re de voir les choses sur le &#171; march&#233; des id&#233;es &#187; : ses vues se distinguent de l'utilitarisme dominant, pour qui le pouvoir, assis sur la violence ou la contrainte qui l'euph&#233;mise, est orient&#233; vers la satisfaction des int&#233;r&#234;ts des individus, et le Pouvoir, les institutions politiques, vers l'&#233;vitement de la d&#233;flagration de la soci&#233;t&#233; en raison de la lutte de tous contre tous. Or, cette mani&#232;re de voir ne permet pas de saisir qu'aujourd'hui, le pouvoir &#8211; qu'il s'exerce &#224; l'&#233;chelle individuelle ou institutionnelle &#8211; passe moins par la violence ou la contrainte que par une certaine &#171; fa&#231;on de p&#233;n&#233;trer les corps-langages, d'organiser leurs mani&#232;res de fluer et de d&#233;terminer ainsi leur individuation mouvante &#187; [p. 93]. &#171; Le pouvoir, &#233;crit-il plus loin, s'est &#233;mancip&#233; de la forme syst&#232;me (&#8230;), et s'appuie d&#233;sormais moins sur sa capacit&#233; &#224; assurer un ordre optimis&#233; que sur un spectre de strat&#233;gies utilisant, au contraire, la fluidit&#233; m&#234;me du monde &#8211; strat&#233;gies qui vont du contr&#244;le souple et de la cr&#233;ation des mani&#232;res de fluer des corps-langages-groupes &#224; l'utilisation plus ou moins d&#233;lib&#233;r&#233;e du chaos, comme on le voit avec les &#201;tats-Unis et le Royaume-Uni au Moyen-Orient &#187; [p. 94-95]. Aujourd'hui, les personnes sont moins assujetties que les sujets sont produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour penser cette nouvelle forme du pouvoir, il faut penser autrement le rapport du tout aux parties, s'&#233;manciper tant des th&#233;ories qui consacrent une autonomie totale des individus, de celles qui en font de simples marionnettes du syst&#232;me, et rechercher une voie moyenne &#224; l'instar des &#171; th&#233;ories interm&#233;diaires &#187; - comme celles de Elias, Bourdieu, Foucault, Touraine, Habermas, Honneth, Giddens, Bauman, Caill&#233;, Th&#233;venot, Boltanski. [p. 101 et suiv.] qui tentent de &#171; penser &lt;i&gt;l'un par l'autre&lt;/i&gt; ce qu'elles con&#231;oivent comme les deux c&#244;t&#233;s de la vie socio-politique : les &#8216;syst&#232;mes' et les &#8216;interactions entre les individus' &#187; [p. 101] ce par quoi il faut comprendre &#171; un rapport r&#233;el entre des p&#244;les dont l'existence ne se con&#231;oit que dans leur interd&#233;pendance et leurs &#233;changes incessants &#187; [p. 102]. De ce point de vue &#171; le pouvoir constitue moins un simple &lt;i&gt;&#233;tat de fait&lt;/i&gt; que le &lt;i&gt;milieu&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt; &#224; travers lequel se construisent les &lt;i&gt;individus&lt;/i&gt; singuliers et collectifs, les &lt;i&gt;classements&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;hi&#233;rarchies&lt;/i&gt; qui les relient les uns aux autres, ainsi que les &lt;i&gt;effets de domination&lt;/i&gt; qui apparaissent au sein de ces classements et de ces hi&#233;rarchies &#187; [p. 103-104]. N&#233;anmoins, parce qu' &#171; elles n'ont pas pr&#234;t&#233; attention &#224; l'organisation temporelle [&#8230;] de ces interactions &#187; [p. 106], elles manquent les rythmes du politique o&#249; se joue la question du pouvoir. Pascal Michon propose alors une d&#233;finition du pouvoir comme &#171; m&#233;dium rythmique &#187; [p. 107], c'est-&#224;-dire, comprenons-nous, comme processus historique de production et de contr&#244;le des personnes et des groupes par imposition d'un rythme &#171; de toutes choses : de vie, de temps, de pens&#233;e, de discours &#187; comme il l'&#233;crit plus loin [p. 129]. Compte tenu de cette nouvelle modalit&#233; du pouvoir, reste &#224; savoir quel crit&#232;re on pourrait se donner pour juger que notre d&#233;mocratie se porte bien, ou pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;D&#233;mocratie &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;(ou quel(s) crit&#232;re(s) se donner pour &#233;valuer la d&#233;mocratie moderne ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ou encore : que &lt;i&gt;doit-on faire&lt;/i&gt; pour que dans notre nouveau monde o&#249; le pouvoir s'exerce par un contr&#244;le sur le processus de construction des corps-langages-groupes, notre d&#233;mocratie se porte bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Quelle place pour l'&#201;tat ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les sous-titres de cette partie, assez longue, sont de nous.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lutter contre l'&#201;tat comme le pensait Pierre Clastres ? Pascal Michon ne le croit pas : outre que Clastres aurait perdu &#171; la conscience du temps et de l'histoire &#187;, &#171; le mod&#232;le politique et &#233;thique arythmique qu'[il] propose [est] assez peu offensif vis-&#224;-vis de la r&#233;alit&#233; du capitalisme &#187; [p. 123]. Bref, la d&#233;finition d'une &#171; d&#233;mocratie comme arythmie &#187; ne convient pas. Mieux vaut partir de Roland Barthes, selon Pascal Michon, et plus pr&#233;cis&#233;ment de la pr&#233;sentation qu'il fait des collectivit&#233;s religieuses &#171; idiorrythmiques &#187; qui vivaient dans les d&#233;serts syriens et &#233;gyptiens &#171; o&#249; chaque moine a (&#8230;) licence de mener son rythme particulier de vie &#187; [p. 126]. D'abord parce qu'elles sont parvenues &#224; &#233;viter les exc&#232;s du repli sur soi et de la fusion communautaire, de la &#171; solitude et [du] &lt;i&gt;coenobium&lt;/i&gt; &#187; [p. 127], dessinant selon lui une sorte de &#171; socialisme qui n'aurait pas abandonn&#233; l'individu &#187; [pp. 127-128]. Ensuite parce qu'en se retirant dans le d&#233;sert, elles sont parvenues &#224; &#233;chapper au rythme d'un pouvoir sup&#233;rieur. Bref, c'est plut&#244;t dans cette soci&#233;t&#233; idiorrythmique, i.e. qui se fixe &#224; elle-m&#234;me son propre rythme, qu'il voit &#8211; provisoirement du moins - un id&#233;al type de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
N&#233;anmoins, quand Clastres pense l'&#201;tat sans penser le rythme, R. Barthes pense le rythme sans penser l'&#201;tat [p. 140]. Sur le chemin de sa qu&#234;te d'une &#233;thique et d'une politique du rythme, Pascal Michon se tourne alors vers Marcel Mauss. Non seulement les descriptions que ce dernier fait de la vie saisonni&#232;re des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques rendent bien compte du caract&#232;re rythmique de ces soci&#233;t&#233;s, mais le potlatch illustre de mani&#232;re spectaculaire &#224; ses yeux la &#171; nature rythmique du politique &#187; [p. 142], au sens o&#249; c'est dans ce moment que se &#171; red&#233;fini[ssent] p&#233;riodiquement le statut et l'identit&#233; des groupes et des personnes dans le syst&#232;me tribal &#187; [p. 142]. Il retient de Mauss et des travaux de Marcel Granet sur la Chine que la soci&#233;t&#233; n'est pas contre l'&#201;tat comme le pense Clastres, que l'&#201;tat n'est pas contre la soci&#233;t&#233; comme le pense R. Barthes. &#171; Leurs relations, pense-t-il, doivent [plut&#244;t] &#234;tre &#233;valu&#233;es en fonction des interactions historiques, toujours mouvantes, entre les rythmes impos&#233;s par l'&#201;tat aux corps-langages-groupes et ceux impos&#233;s &#224; celui-l&#224; par ceux-ci. [&#8230;] L'&#201;tat n'est pas n&#233;cessairement &#171; l'ennemi &#187; de la soci&#233;t&#233; : il peut certes devenir tyrannique et informer les processus d'individuation &#224; son profit, mais il peut tout aussi bien devenir l'instrument gr&#226;ce auquel la soci&#233;t&#233; peut chercher &#224; assurer une individuation de bonne qualit&#233; &#187; [p. 147]. Bref, l'&#201;tat a toute sa place dans une d&#233;mocratie idiorrythmique. Encore faut-il qu'il ne d&#233;nie pas son rythme propre, sans l'imposer pour autant &#224; la soci&#233;t&#233;. &#171; Les diff&#233;rents projets d&#233;mocratiques qui sont au apparus vers la fin de cette p&#233;riode apparaissent comme autant de tentatives politiques pour r&#233;introduire dans l'&#201;tat, devenu permanent, une temporalit&#233; tenant compte des rythmes propres de la soci&#233;t&#233; &#187; [p. 154]. Voil&#224; ce qu'il nous faut : &#171; Rerythmer le corps-langage arythmique de l'&#201;tat moderne, lui redonner la temporalit&#233; et la multiplicit&#233; interne dont il s'est d&#233;barrass&#233;, r&#233;historiciser une forme de pouvoir qui se pr&#233;tend hors de l'histoire &#187; [p. 154].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Les nouveaux rythmes d'un monde fluide&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais notre d&#233;mocratie ne s'est-elle pas &#233;difi&#233;e sur la ma&#238;trise par &#171; le peuple &#187; de la discipline exerc&#233;e par l'&#201;tat sur les corps et sur les esprits ? Sans doute, r&#233;pond Pascal Michon, mais de nouvelles formes rythmiques se sont impos&#233;es &#171; aux multitudes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascal Michon pr&#233;f&#232;re parler de multitudes plut&#244;t que de peuple, ce dernier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, peut-&#234;tre plus fortes qu'auparavant. C'est toute &lt;i&gt;l'ambivalence&lt;/i&gt; de notre modernit&#233; d&#233;mocratique. &#171; Tout s'est [&#8230;] pass&#233; comme si l'apparition des libert&#233;s civiles puis la mutation d&#233;mocratique de l'&#201;tat n'avaient pu se faire qu'au prix de la diffusion de nouveaux modes rythmiques d'individuation fond&#233;s sur un assujettissement renforc&#233; et de nouvelles formes d'exclusion &#187; [p. 194].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En quoi consiste plus pr&#233;cis&#233;ment la nouveaut&#233; de nos &#171; formes de production des individus singuliers et collectifs &#187;, d&#233;j&#224; rapidement &#233;voqu&#233;s ? C'est qu'ils sont &#171; beaucoup plus fluides, en tout cas lib&#233;r&#233;s de toute m&#233;trique, sinon de toute discipline &#187; [p. 211]. S'appuyant sur Gabriel Tarde, Pascal Michon pr&#233;cise qu'elles sont le fait du progr&#232;s technique dans l'imprimerie, la communication et les transports, qui permet de produire des groupes 1) sans que leurs membres se rassemblent physiquement (pensons &#224; l'internet), 2) sur la seule base d'id&#233;es communes (chacun pouvant se reconna&#238;tre dans un &#171; courant d'opinion &#187;), et 3) &#171; en perp&#233;tuelle m&#233;tamorphose &#187; (c'est ce qui semble leur conf&#233;rer un caract&#232;re fluide) [p. 215] ; groupes d'individus, &#171; myriades d'atomes &#187; s&#233;par&#233;s mais non isol&#233;s (qui prennent le visage du &#171; public &#187;), qui &#171; imposent une fluidit&#233; de plus en plus grande aux groupements institutionnalis&#233;s traditionnels et [qui] transforment, tendanciellement, les soci&#233;t&#233;s modernes en soci&#233;t&#233; de masse &#187; [p. 215]. Les rythmes d'individuation sont encore plus fluides en ce sens que, comme l'avait relev&#233; Georg Simmel que Pascal Michon mobilise aussi &#8211; en m&#234;me temps qu'ils sont d&#233;sormais en connexion permanente, inscrits dans une &#171; temporalit&#233; continue, sans halte ni repos &#187; [p. 220], ils peuvent choisir leurs propres rythmes de vie. D'un point de vue simmelien, la monnaie y a fait bien s&#251;r pour beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D&#233;sormais dominante, cette mani&#232;re, fluide, de produire des individus singuliers et collectifs est elle-m&#234;me ambivalente. Tarde, par exemple, est plut&#244;t sensible aux dangers pour la d&#233;mocratie que porte la possibilit&#233; de produire un &#171; public &#187;, une &#171; opinion publique &#187;, si celle ci devait &#234;tre instrumentalis&#233;e par des puissances anim&#233;es par une volont&#233; d'assujettissement. Simmel, lui, est plus sensible aux possibilit&#233;s accrues pour les individus de choisir leurs propres rythmes. Il voit davantage le danger dans le refus de cette fluidification du rythme, et dans l'aspiration au retour &#224; des rythmes plus disciplin&#233;s et cadenc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avec Tarde et Simmel, on voit clairement que le rythme, la mani&#232;re dont les hommes se produisent, dont les corps-langages-groupes se construisent, n'est pas sans incidences politiques. Il y a donc lieu de les distinguer selon leur &#171; qualit&#233; &#233;thique et politique &#187; [p. 232]. Pascal Michon, inspir&#233; par Ossip Mandesltam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mandesltam est l'auteur d'un petit ouvrage o&#249; il est question de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se donne alors un indicateur de la mesure de cette qualit&#233; des rythmes : la &#171; rythmicit&#233; &#187;. Et vient une d&#233;finition rythmique des groupements d&#233;mocratiques : ils sont &#171; dot&#233;s d'une &lt;i&gt;rythmicit&#233; forte&lt;/i&gt;. Ils se caract&#233;risent par leur multiplicit&#233; interne et par le fait qu'ils permettent aux contradictions et aux conflits de s'exprimer sans que ceux-ci ne d&#233;bouchent sur la suppression de l'un des termes antagonistes, assurant ainsi l'une par l'autre la promotion du singulier et celle des groupes auxquels il appartient. &#187; [p. 233]. Mais qu'en est-il du rythme, de la mani&#232;re dont se produisent les corps-langages-groupes cens&#233;e porter ces groupements d&#233;mocratiques ? On n'en sait trop rien sinon qu'il est lui-m&#234;me travers&#233; par cette exigence paradoxale de fabriquer du commun et du singulier, de la coh&#233;sion et du conflit. On en sait davantage sur le rythme des groupements &#224; &lt;i&gt;rythmicit&#233; faible&lt;/i&gt;, dont la foule et les &#171; soci&#233;t&#233;s de masses &#187; sont les id&#233;aux-types : ils &#171; sont tr&#232;s souvent marqu&#233;s par des techniques rythmiques de type m&#233;triques &#8211; [&#8230;] manifestations, meetings politiques, matchs de football -, proches de la cadence, de la simple alternance binaire [&#8230;] ou m&#233;canique - [&#8230;] parades militaires, sparkiades et autres spectacles de masse &#187; [p. 233-234]. Mais les rythmes &#224; rythmicit&#233; faible peuvent &#234;tre encore &#171; flous, tr&#232;s peu accentu&#233;s et &#224; basse tension interne &#187; [p. 234], comme on peut en rencontrer dans les entreprises aujourd'hui, &#171; rythmes aussi peu favorables &#224; l'individuation que les rythmes binaires et disciplinaires qu'ils ont remplac&#233;s &#187; [p . 234], typiques des organisations tayloristes ou de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;&#192; la recherche des formes justes d'un monde fluidifi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce qu'il faut donc, c'est rechercher &#171; les formes justes d'un monde fluidifi&#233; &#187; [p. 237]. Il se tourne alors vers ce qu'il appelle &#171; l'utopie maussienne &#187; [p. 233], qui consiste &#224; voir la morale du don &#8211; de la triple obligation de donner, recevoir et rendre &#8211; temp&#233;rer, contenir, celle de l'int&#233;r&#234;t, aujourd'hui dominante, et qui revient selon lui &#224; &#171; assurer la maximisation de leur individuation [celle des individus singuliers et collectifs] par une mise en tension du soi et du collectif &#187; [p. 238]. Car, plus qu'une simple transaction, Pascal Michon voit dans le don archa&#239;que, agonistique, un rythme particulier, &#171; l'occasion d'une r&#233;union et d'une mise en branle p&#233;riodiques et organis&#233;es des corps-langages, c'est &#224; dire de la production d' &#8216;&#226;mes' par des techniques rythmiques particuli&#232;res &#187; [p. 239]. Voyant chez Mauss une d&#233;finition rythmique du don &#8211; comme forme de production des corps-langages-groupes &#8211; susceptible d'&#233;tayer un projet &#233;thico-politique, Pascal Michon la consid&#232;re comme un &#171; point de d&#233;part &#187; [p. 241] pour r&#233;fl&#233;chir &#224; l'&#233;nonc&#233; de crit&#232;res qui permettent de distinguer les bons des mauvais rythmes. Il d&#233;duit des r&#233;flexions de Mauss sur la circulation et la fortification de l'&#226;me des peuples au cours des potlatchs que &#171; toute politique d&#233;mocratique consistera [&#8230;] &#224; rechercher, non pas seulement, comme le pensaient Simmel et Barthes, une idiorrythmie, une simple libert&#233; rythmique personnelle ind&#233;pendante des rythmes collectifs, mais une eurythmie simultan&#233;ment corporelle, discursive et sociale &#8211; une maximisation de l'individualisation singuli&#232;re et collective &#187; [p. 242]. Au regard de la d&#233;mocratie, le seul bon rythme est celui qui maximise la production des individus singuliers et collectifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
N&#233;anmoins, Mauss ne parvient pas &#224; nous fournir les crit&#232;res qui permettraient de distinguer les bons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le bon, si le calcul de maximisation n'admet qu'une solution&#8230;&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des mauvais rythmes d'individuation, parce que, dans ses conclusions de morale et de politique de son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Essai&lt;/i&gt;, il d&#233;veloppe une &#171; conception pacifiste et consensualiste de la d&#233;mocratie, et ne tient aucun compte du r&#244;le que joue pr&#233;cis&#233;ment le conflit dans [les] processus d'individuation &#187; [p. 248].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal Michon voit davantage le bon rythme de l'individuation d&#233;mocratique chez les Nuer tels qu'ils sont d&#233;crits par Evans-Pritchard, qui alternent successivement &#171; don et refus du don, l'alliance et la lutte &#187; [p. 252]. Ainsi, &#171; tout en restant disponibles &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; et &#224; l'engagement solidaire, [ils] jouissent pleinement de leur autonomie. [&#8230;] Les Nuer ont invent&#233; un syst&#232;me, poursuit plus loin Pascal Michon, dans lequel, loin de s'opposer, solidarit&#233; et individualit&#233; se renforcent l'une l'autre &#187; [ibid.]. Bref, le bon rythme d'individuation d&#233;mocratique est celui qui repose sur &#171; l'alternance du conflit et de l'alliance &#187;. [p. 252], ou plus pr&#233;cis&#233;ment, il s'op&#232;re lorsque &#171; l'alliance et le conflit alternent tout en &#233;tant compris sans cesse l'un dans l'autre, un peu comme, dans la pens&#233;e chinoise, le yin et le yang se succ&#232;dent tout en impliquant d&#233;j&#224; chaque fois leur oppos&#233; &#187;[p. 254]. Ou encore, le bon rythme d'individuation d&#233;mocratique est celui qui permet de &#171; consid&#233;rer nos adversaires comme des alli&#233;s en puissance, mais aussi ceux qui sont nos alli&#233;s comme de potentiels adversaires &#187; [p. 254]. Ce qui le conduit &#224; d&#233;fendre une d&#233;finition de la d&#233;mocratie comme &#171; &lt;i&gt;eurythmie de l'usage de la violence &#187; &lt;/i&gt;[p. 254]. Seul ce rythme &#171; maximise &#187; l'individuation des individus singuliers et collectifs, permet l'affirmation la plus intense des &#171; Je &#187; et du &#171; Nous &#187;. [p. 255]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour Pascal Michon, seuls Lewis Coser (Les fonctions du conflit social) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De ce point de vue, le syst&#232;me &#233;conomique le plus juste est donc celui qui fait autant de place &#224; l'adversit&#233; qu'&#224; l'alliance. Il le voit dans une sorte de &#171; mixture &#187; qui organiserait l'adversit&#233; par la concurrence marchande et la reconnaissance de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, et l'alliance par l'organisation collective de la production et une certaine &#171; mise en commun de la propri&#233;t&#233; &#187; [p. 274]. Il en vient ainsi &#224; d&#233;finir la d&#233;mocratie, &#171; non seulement comme une &lt;i&gt;eurythmie de l'usage de la violence&lt;/i&gt;, mais comme une &lt;i&gt;eurythmie des usages de la propri&#233;t&#233; et du march&#233;&lt;/i&gt; &#187; [ibid.], dont la rythmicit&#233; est donc forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est &#224; l'aune de ce crit&#232;re du bon rythme d'individuation d&#233;mocratique qu'il &#233;value la qualit&#233; des rythmes du &#171; monde nouveau &#187; qu'est le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Capitalisme mondialis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;(notre soci&#233;t&#233; capitaliste est-elle bien d&#233;mocratique ? Que faire pour la rendre plus d&#233;mocratique ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme du capitalisme s'est modifi&#233;. Cadenc&#233;, binaire, m&#233;trique dans les organisations tayloristes, il s'est depuis une trentaine d'ann&#233;es fluidifi&#233; dans les organisations dites flexibles, dont l'objectif est de r&#233;pondre au mieux &#224; la demande des clients (en vue de maximiser le profit). Jouant la carte de la responsabilisation individuelle, des horaires variables, de l'accroissement de la mobilit&#233; professionnelle, ces organisations d&#233;veloppent des rythmes d'individuation plus l&#226;ches, moins m&#233;triques et peuvent donner l'impression qu'elles lib&#232;rent les formes de vie dans le travail. Mais, s'appuyant sur l'ouvrage de Richard Senett, &lt;i&gt;Le travail en miettes&lt;/i&gt; (1998), Pascal Michon montre qu'il n'en est rien. Confront&#233;s &#224; des objectifs de court terme quasiment inatteignables, &#224; un temps hors travail qu'ils ne ma&#238;trisent m&#234;me plus, &#224; des parcours professionnels bigarr&#233;s, les individus subissent une nouvelle forme d'assujettissement. Et l'individualisation &#224; outrance du rapport au travail a sap&#233; &#171; les liens de confiance et d'engagement mutuels &#187; constitutifs de tout groupe [p 292]. On a d&#233;sormais affaire &#224; des &lt;i&gt;individus singuliers et collectifs &#224; faible rythmicit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Notre monde est flexible, mais il est encore m&#233;diatique. On assiste &#224; un d&#233;veloppement sans pr&#233;c&#233;dent des moyens de communication, qui, lui aussi, &#224; l'instar de la flexibilit&#233;, pourrait faire croire &#224; une lib&#233;ration des formes d'individuation ici langagi&#232;re. Mais il n'en est rien. Le discours est aseptis&#233;, consensuel, l'information &#171; d&#233;sincarn&#233;e et d&#233;politis&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bref, qu'il s'agisse de nos rapports au langage, au corps, aux autres, nous vivons dans un monde &#224; faible rythmicit&#233;, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; dont ni l'individu, ni le collectif ne sortent gagnants. &#171; Ainsi, note Pascal Michon, les d&#233;mocraties lib&#233;rales, qui se voyaient jusque l&#224; comme des machines &#224; produire des individus &#233;mancip&#233;s, tendent-elles &#224; devenir aujourd'hui d'immenses dispositifs qui assurent, &#224; travers une fluidification g&#233;n&#233;ralis&#233;e des corpor&#233;it&#233;s, des discursivit&#233;s, et des socialit&#233;s, la multiplication d'individus faibles et flottants, constamment happ&#233;s par les besoins de la production et de l'&#233;change marchand et les interactions dans lesquels ils sont pris &#187; [p. 307].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour &#233;viter les &#171; temp&#234;tes &#187; dont ce monde est porteur, il est urgent pour Pascal Michon que nous retrouvions de nouveaux rythmes d'individuation langagi&#232;re, corporelle et sociale, &#171; &#224; partir des capacit&#233;s des individus &#224; s'associer au niveau local, voire translocal &#187; [p. 311], &#171; dans l&#8216;exp&#233;rience de corps-langage-groupe en lutte &#187; [p. 312]. Mais cela ne pourra pas se faire, selon lui, sans &#171; toucher aux rapports de production et &#224; la r&#233;partition des revenus &#187; [ibid.], et donc sans une &#171; puissance sup&#233;rieure &#224; celle des entreprises et du march&#233; &#187; [&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;.], qui pourrait-&#234;tre l'Europe, en tant qu'entit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=10&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Discussion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que penser de cet ouvrage ? &#192; vrai dire, il nous laisse une curieuse impression. Les efforts que d&#233;ploie Pascal Michon pour concevoir un appareillage conceptuel afin de saisir l'&#233;tat de notre d&#233;mocratie moderne forcent le respect. On est l&#224;, se dit-on, en pr&#233;sence d'un auteur qui d&#233;veloppe sa propre pens&#233;e, en discussion permanente avec des auteurs d'horizons multiples, de surcro&#238;t d'une mani&#232;re fort rigoureuse, puisqu'il ne s'&#233;pargne aucun effort pour d&#233;finir les notions qu'il cr&#233;e. La progression de l'ouvrage elle-m&#234;me laisse appara&#238;tre un auteur m&#233;thodique et prudent dans ses diagnostics : ce n'est qu'apr&#232;s avoir d&#233;fini ce qu'il appelle individuation, explicit&#233; ses rapports avec le pouvoir, qu'il se permet, chauss&#233; des lunettes qu'il vient de se fabriquer, de porter un diagnostic sur notre d&#233;mocratie. Enfin, on sent bien, intuitivement, qu'avec sa notion de rythme, il pointe sur une dimension de la r&#233;alit&#233; sociale tr&#232;s largement ignor&#233;e par les sp&#233;cialistes en sciences sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut n&#233;anmoins citer : Henri Meschonnic dans les travaux duquel il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;mais qui pourrait bien &#234;tre importante si, comme il le soutient, c'est dans les rythmes que se jouent les relations de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;De l'usage du concept&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais c'est ce m&#234;me appareillage conceptuel qui nous laisse perplexe. Cr&#233;&#233; de toutes pi&#232;ces par Pascal Michon, il est bien difficile &#224; saisir malgr&#233; les efforts qu'il fournit pour d&#233;finir les notions employ&#233;es. Individuation, rythme, arythmie, idiorrythmie, eurythmie, fluement (finalement tr&#232;s peu utilis&#233;), rythmicit&#233; (forte et faible) : tout cela pourrait d&#233;courager le lecteur press&#233; (et a rendu cette recension bien difficile). &#192; ce propos d'ailleurs, les ralliements qu'il op&#232;re de certains auteurs &#224; la cause de l'individuation et du rythme paraissent un peu forc&#233;s ! Pr&#233;senter M. Foucault comme l'auteur d'une &#171; histoire des rythmes d'individuation &#187; [p. 195], et Mauss comme le d&#233;couvreur de la notion d'eurythmie [p. 243, &lt;i&gt;cf. supra&lt;/i&gt;] est pour le moins assez peu usuel. Si ces points de vue, rapidement gliss&#233;s, pouvaient aider &#224; la compr&#233;hension des id&#233;es de Pascal Michon, ils pourraient se justifier. Mais pour notre part, nous ne pouvons pas dire qu'ils nous aient beaucoup aid&#233;s. Bien s&#251;r, son langage se comprend au regard des d&#233;faillances qu'il identifie chez les auteurs qui appr&#233;hendent notre d&#233;mocratie, et qui r&#233;sident justement, selon lui, dans leur incapacit&#233; &#224; saisir ce qu'il appelle individuation et rythme pourtant au c&#339;ur des relations de pouvoir selon lui. Nous sommes tout simplement, de son point de vue, en pr&#233;sence d'&#171; une r&#233;alit&#233; nouvelle &#187; qui demande &#171; des dispositifs th&#233;oriques, eux aussi, &lt;i&gt;totalement&lt;/i&gt; nouveaux &#187; (nous soulignons) [p. 30]. Par ailleurs, Pascal Michon a suffisamment critiqu&#233; l'intelligentsia fran&#231;aise pour son manque de cr&#233;ativit&#233; intellectuelle pour ne pas se faire lui-m&#234;me inventif&#8230; N&#233;anmoins, la nouveaut&#233; est-elle toujours un indice de la pertinence ? Ne peut-on rien apprendre de ceux qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s ? Qu'y a-t-il de honteux &#224; s'inscrire dans une tradition de pens&#233;e ? Soyons s&#233;v&#232;re (et un peu injuste, car Pascal Michon s'efforce, sans &#234;tre toujours tr&#232;s convaincant, de rallier des pr&#233;d&#233;cesseurs plus ou moins connus &#224; ses concepts) : n'y a-t-il pas dans cette posture de cr&#233;ativit&#233; radicale, quasiment nihiliste, quelque chose du mythe de l'autor&#233;alisation de soi embl&#233;matique de notre &#233;poque et qu'il condamne lui-m&#234;me ? Toujours est-il que nous nous demandons si Pascal Michon n'aurait pas pu, tout de m&#234;me, dire les choses plus simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Que dit-il au juste ? Que nos identit&#233;s se construisent dans nos relations aux autres, qui engagent notre corps et notre langage. Que ces relations peuvent &#234;tre plac&#233;es sous des registres diff&#233;rents (elles peuvent &#234;tre rythm&#233;es diff&#233;remment), qu'elles peuvent &#234;tre notamment plus ou moins contraintes (rythme cadenc&#233;, m&#233;tr&#233;, binaire etc.) ou libres (rythme fluide). Que dans ces relations se jouent des relations de pouvoir sur les personnes (&lt;i&gt;pouvoir de contrainte&lt;/i&gt;, parfois m&#233;diatis&#233; par le savoir), et, par-l&#224;, la capacit&#233; pour elles de se r&#233;aliser de mani&#232;re autonome, ou pas (&lt;i&gt;pouvoir d'agir&lt;/i&gt;). Dans une premi&#232;re phase du capitalisme, un r&#233;el &lt;i&gt;pouvoir sur&lt;/i&gt; les personnes s'exer&#231;ait &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; l'organisation de relations sociales contraignantes qui engageaient leurs corps et leurs langages, et qui freinaient leur &lt;i&gt;pouvoir d&lt;/i&gt;'agir, individuellement et collectivement. L'organisation tayloriste en constitue l'id&#233;al-type. Aujourd'hui, apparemment d&#233;livr&#233;es des contraintes syst&#233;miques dans leurs relations aux autres, visiblement lib&#233;r&#233;es du pouvoir qui s'exer&#231;ait sur elles-m&#234;mes (l'organisation du travail flexible faisant appel &#224; l'initiative et &#224; la responsabilit&#233; de ses salari&#233;s joue ici comme id&#233;al-type), les personnes n'ont pour autant pas gagn&#233; en pouvoir d'agir, ni individuellement, ni collectivement. Le pouvoir exerc&#233; sur les personnes prend paradoxalement le canal de l'exhortation de leur pouvoir d'agir (qui se r&#233;duit bien souvent &#224; celui de produire et de consommer). Si bien que notre d&#233;mocratie n'est pas tout &#224; fait d&#233;mocratique, &#171; &#233;tant entendu &#187; qu'une bonne d&#233;mocratie est celle qui renforce le pouvoir d'agir des individus et des groupes. D'une certaine mani&#232;re, m&#234;me, notre soci&#233;t&#233; est moins d&#233;mocratique qu'auparavant car elle para&#238;t faussement l'&#234;tre plus, alors qu'autrefois elle paraissait bien ne pas l'&#234;tre assez. Ce que nous pouvons en d&#233;duire, c'est qu'il nous faut cultiver des relations sociales, cr&#233;er des institutions qui soient porteuses de ce pouvoir d'agir individuellement et collectivement, qui nous permettent de retrouver la ma&#238;trise de nos destins &#224; la fois individuels et collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous aimerions savoir ce que ce r&#233;sum&#233; omet d'essentiel que l'emploi de ses notions d'individuation, de rythme, de fluement, d'arythmie, d'idiorrythmie etc. auraient fait appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sur la d&#233;mocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Puisque l'ouvrage se pr&#233;sente comme une contribution &#224; la th&#233;orie de la d&#233;mocratie, attardons-nous maintenant sur cette contribution, et d'abord sur son positionnement sur le march&#233; des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour le dire vite, Pascal Michon souhaite se distinguer &#224; la fois de l'individualisme m&#233;thodologique, qui ne voit que des individus libres, et du holisme qui ne voit que des individus contraints. Il leur reproche au fond leur incapacit&#233; &#224; saisir que la contrainte prend aujourd'hui les allures de la libert&#233;. Son souci est bien de se doter de concepts qui permettent de comprendre ce paradoxe. Il le tente dans le cadre d'un interactionnisme ou d'un relationnisme qui se laisse percevoir dans sa d&#233;finition de l'individuation, comme processus de construction des identit&#233;s et des normes dans le cadre de relations qui engagent le corps et le langage (d'ailleurs, qu'est-ce donc que l'individuation ainsi traduite &#8211; nous esp&#233;rons ne pas trahir la pens&#233;e de Pascal Michon &#8211; sinon ce que les sociologues appellent socialisation ?). De ce point de vue, la d&#233;marche nous para&#238;t tr&#232;s coh&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal Michon dit encore vouloir se distinguer des th&#233;ories utilitaristes du pouvoir (notons d'ailleurs qu'il situe dans l'utilitarisme l'origine de la fluidification de notre monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'utilitarisme et [&#8230;] l'&#233;conomie politique [&#8230;] sont &#224; la base de [&#8230;] la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans qu'on sache s'il s'agit de l'utilitarisme en tant que pratique ou en tant que th&#233;orie, et sans qu'il nous dise v&#233;ritablement en quoi il serait &#224; l'origine de la fluidification de notre monde). Il dit en effet ne pas souscrire aux th&#233;ories qui d&#233;finissent le pouvoir comme pouvoir de contrainte en vue de satisfaire ses int&#233;r&#234;ts personnels, et qui envisagent le Pouvoir comme l'ensemble des institutions visant l'&#233;vitement la d&#233;flagration sociale dans la guerre de tous contre tous. De fait, ce n'est pas ainsi qu'il consid&#232;re le pouvoir puisque, pour lui, le pouvoir de contrainte et d'assujettissement s'exerce moins qu'il ne se joue dans les mani&#232;res dont les relations se construisent en engageant le corps et le langage. Cela lui permet de faire appara&#238;tre que des relations plac&#233;es sous le signe de la libert&#233;, ou du moins de l'absence apparente de contraintes (de la fluidit&#233;) peuvent au final s'av&#233;rer tr&#232;s contraignantes ; autrement dit, qu'un r&#233;el pouvoir de contrainte peut se manifester sans qu'une volont&#233; quelconque d'assujettissement soit v&#233;ritablement exprim&#233;e. Situation qui caract&#233;rise notre soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique contemporaine selon lui (si nous avons bien compris). De ce point de vue, pas de doute, P.Michon ne s'inscrit pas dans la tradition utilitariste. Quoique&#8230; pla&#231;ant par ailleurs le pouvoir sous le signe de &#171; strat&#233;gies qui vont du contr&#244;le souple et de la cr&#233;ation plus ou moins d&#233;lib&#233;r&#233;e du chaos &#187; [p. 94-95 par exemple, &lt;i&gt;cf. supra&lt;/i&gt;], on peut se demander quelle place il accorde &#224; l'int&#233;r&#234;t calcul&#233; dans cette affaire, et donc quel rapport sa conception du pouvoir entretient avec l'utilitarisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Concernant la relation de sa conception de la d&#233;mocratie avec l'utilitarisme, les choses sont beaucoup plus ambigu&#235;s. En effet, il d&#233;finit assez curieusement la d&#233;mocratie comme le r&#233;gime ou l'&#233;tat social plut&#244;t (Pascal Michon ne se prononce pas trop &#224; ce sujet) qui &#171; maximise &#187; l'individuation : &#171; Toute politique d&#233;mocratique consistera, &#233;crit-il, [&#8230;] &#224; rechercher [&#8230;] une &lt;i&gt;eurythmie &lt;/i&gt;simultan&#233;ment corporelle, discursive et sociale &#8211; une maximisation de l'individuation singuli&#232;re et collective &#187; [p. 242]. Nous ne comprenons tout simplement pas qui maximise, qui calcule au mieux quoi, ni en en vue de quoi ! Reprenons sa d&#233;finition de l'individuation : que signifie calculer &#171; un processus corporel, langagier et social par lesquels sont sans cesse produits et reproduits les individus singuliers et collectifs &#187; ? &#192; vrai dire, la question &#171; en vue de quoi il faut maximiser l'individuation &#187;, pourrait trouver sa r&#233;ponse quelques lignes plus haut, quand Pascal Michon rel&#232;ve que dans un des derniers passages de l' &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/socio_et_anthropo/2_essai_sur_le_don/essai_sur_le_don.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Essai sur le don &#187;&lt;/a&gt;, Mauss situe le secret du bonheur dans une vie bien rythm&#233;e, alternant les moments de travail et de repos, de solitude et de vie sociale, d'accumulation des richesses et de d&#233;penses g&#233;n&#233;reuses. Voil&#224; donc ce qu'aurait en vue une politique v&#233;ritablement d&#233;mocratique, qui viserait la maximisation de l'individuation : le bonheur de tous et de chacun (manifestement mesurables et calculables). Ainsi plac&#233;e sous le signe du calcul (maximisateur), du bonheur, du plus grand bonheur, et d'un grand calculateur, une telle conception de la d&#233;mocratie nous semble bien s'inscrire dans la tradition utilitariste. D'ailleurs, nous nous demandons vraiment si les communaut&#233;s religieuses syriennes qui repr&#233;sentent pour lui un bon id&#233;al-type de la bonne d&#233;mocratie conduisaient une politique de maximisation de l'individuation ! &#192; moins que par maximisation il ne faille pas comprendre maximisation, c'est &#224; dire calcul... Nous avons tendance &#224; penser en effet que cette expression est malheureuse, et que Pascal Michon est davantage spinoziste que benthamien, car il nous semble que pour lui, une d&#233;mocratie s'&#233;value non pas par le bonheur de ses membres, mais par la &#171; puissance d'agir &#187; de tous et de chacun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un Spinoza plus proche de Mauss (qui l'affectionnait d'ailleurs) que de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, le crit&#232;re qu'il se donne pour identifier un groupement d&#233;mocratique nous semble tr&#232;s largement autor&#233;f&#233;rentiel. En effet, qu'est-ce qu'un groupement d&#233;mocratique pour Pascal Michon ? Un groupement dont la rythmicit&#233; est forte. Mais la caract&#233;ristique qu'il donne d'un groupe dont la rythmicit&#233; est forte n'est rien d'autre que celle d'un groupement d&#233;mocratique, &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; qui sait cultiver le conflit dans les limites de l'amiti&#233;. Nous aurions aim&#233; qu'il pr&#233;cise plut&#244;t sous quel registre il place une telle relation&#8230;&#224; la fois teint&#233;e d'&lt;i&gt;ag&#244;n&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;philia&lt;/i&gt;&#8230; Ce qui nous am&#232;ne &#224; Mauss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sur Marcel Mauss&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce que Pascal Michon souligne en s'appuyant sur Mauss, c'est combien la vie de certains peuples archa&#239;ques est saisonni&#232;re, ou encore, rythm&#233;e. Les Eskimos comme les Kwakiutls, par exemple, se dispersent l'&#233;t&#233;, p&#233;riode d'accumulation, et se retrouvent l'hiver, p&#233;riode d'effervescence sociale, de d&#233;penses g&#233;n&#233;reuses, d'invitations mutuelles, bref, de dons en tous genres. Pascal Michon donne au rythme de la vie sociale une importance qu'elle n'a g&#233;n&#233;ralement pas chez les commentateurs de Mauss. Il nous alerte ainsi sur les rythmes de nos propres vies sociales, et en particulier, sur &#171; la nature rythmique du politique &#187; [p. 142]. &#192; mieux y r&#233;fl&#233;chir, les dons eux-m&#234;mes ob&#233;issent en effet &#224; des rythmes propres qui leur sont constitutifs : il y a des moments pour donner, de m&#234;me qu'il y a des moments pour ne pas donner, et la spirale du don elle-m&#234;me &#8211; celle de la triple obligation de donner, recevoir et rendre plus - ob&#233;it bien &#224; un rythme (&#224; trois temps) plus ou moins oblig&#233;. Si ces rythmes ne sont pas respect&#233;s, si l'on donne mal &#224; propos, &#224; contre-temps, si l'on rend trop rapidement, ou encore si le temps du don est r&#233;duit &#224; presque rien ou cantonn&#233; &#224; la sph&#232;re priv&#233;e, on saisit bien que cela puisse compromettre les alliances et la vie sociale elle-m&#234;me. On comprend mieux ainsi en quoi les rythmes de nos vies sociales ne sont pas sans effets &#233;thiques et politiques. C'est un v&#233;ritable chantier qu'ouvre ainsi Pascal Michon, qui m&#233;rite &#224; nos yeux que les MAUSSiens, entre autres, s'y penchent davantage qu'ils ont pu le faire. D'autant que la d&#233;marche de Pascal Michon, qui s'efforce de d&#233;duire de ses r&#233;flexions socio-anthropologiques des conclusions de morale et de politique, s'inscrit pleinement dans une d&#233;marche maussienne. D'ailleurs, les conclusions de politiques &#233;conomiques auxquelles aboutit Pascal Michon font &#233;tonnement &#233;cho aux positions politiques de Mauss, quand ce dernier plaide pour une &#171; mixture &#187; de capitalisme et de socialisme, de propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de propri&#233;t&#233; collective, de march&#233; et de solidarit&#233; etc. Mixture qui, tout en &#233;tant attentive &#224; la dimension collective de nos existences, n'en oublierait pas pour autant que les individus ont des aspirations singuli&#232;res, pas moins l&#233;gitimes que les aspirations collectives. En fait, on a chez Mauss le &#171; socialisme qui n'aurait pas abandonn&#233; l'individu &#187; [pp. 127-128] cher &#224; R. Barthes et auquel semble sensible Pascal Michon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour autant, et ce n'est pas que nous voulions d&#233;fendre Mauss &#224; tout prix, nous ne partageons pas toujours les lectures qu'en fait Pascal Michon. Par exemple, nous avons du mal &#224; le suivre quand il soutient que Mauss ne parvient tout simplement pas &#224; penser l'histoire. Les consid&#233;rations de Mauss dans son &#171; Essai sur le don &#187;, &#171; conservent, en d&#233;pit de tout, &#233;crit Pascal Michon, une attache &#224; un principe ultime de stabilit&#233; et d'atemporalit&#233; &#187; [p. 248]. Vraiment, nous ne voyons pas en quoi. &#171; L'Essai sur le don &#187; est une vaste &#233;pop&#233;e du don !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous avons encore du mal &#224; suivre Pascal Michon quand il parle &#171; d'utopie maussienne &#187;, car les positions politiques de Mauss sont tout sauf utopiques. Le socialisme d&#233;mocratique et associationniste qu'il d&#233;fend n'est pas &#224; r&#234;ver. Il est d&#233;j&#224; en partie advenu, par et dans les coop&#233;ratives de consommation notamment. Il a moins &#224; &#234;tre invent&#233; qu'&#224; &#234;tre encourag&#233;. Mauss n'est pas un utopiste. Il est m&#234;me bien conscient de l'&#233;cart qui existe entre le possible et le souhaitable, et ne plaide que pour le possible, mais tout le possible, en direction du souhaitable. C'est un possibiliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous renvoyons ici aux &#201;crits politiques de Marcel Mauss, pr&#233;sent&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De la m&#234;me mani&#232;re, nous ne le suivons pas quand il soutient que Mauss &#171; garde une conception pacifiste et consensualiste de la d&#233;mocratie &#187; [&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;.]. Il suffit de mettre en rapport son &#171; Essai sur le don &#187; et sa critique du bolchevisme, &#233;crits sensiblement au m&#234;me moment, et pour voir combien la conception maussienne de la d&#233;mocratie est agonistique, et pour comprendre qu'elle est ancr&#233;e, justement, sur &#171; le roc de la morale &#233;ternelle &#187; qu'est le don agonistique selon Mauss. La d&#233;finition que Pascal Michon donne de la d&#233;mocratie comme &#233;tat social qui fait toute leur place &#224; la fois &#224; l'alliance et au conflit, qui se contiennent l'un l'autre, le conflit &#233;vitant &#224; l'alliance de basculer dans la fusion et l'alliance permettant au conflit de ne pas sombrer dans la d&#233;flagration, nous semble tr&#232;s maussienne. Elle pourrait-m&#234;me trouver son fondement anthropologique dans le don agonistique, qui pr&#233;sente exactement la caract&#233;ristique que Pascal Michon pr&#234;te &#224; la d&#233;mocratie. D'ailleurs, la d&#233;finition qu'il donne de la d&#233;mocratie comme eurythmie rejoint tout &#224; fait la voie du milieu &#233;thique et politique qui est celle de Mauss&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Dzimira, op. cit.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Finalement, si nous avions &#224; &#233;crire la question que se pose Pascal Michon et la r&#233;ponse qu'il y apporte, sans recourir &#224; ses concepts parfois difficiles d'acc&#232;s, nous les formulerions ainsi : &#171; Que pouvons-nous faire pour retrouver notre autonomie dans un monde o&#249; le pouvoir de contrainte sur les personnes s'exerce non plus directement mais &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; d'invisibles processus qui fa&#231;onnent leurs mani&#232;res de se parler, de se mouvoir et de se lier ? Commencer par exp&#233;rimenter des mani&#232;res propres de nous parler, de nous mouvoir, de nous lier, qui nous permettent de retrouver la ma&#238;trise de nos vies individuelles et collectives &#187;. Ou, encore plus bri&#232;vement, forc&#233;ment appauvrissant, et en reprenant sa m&#233;taphore musicale : &#171; Que faire dans un monde o&#249; nous sommes tous emport&#233;s par une cadence infernale qui nous oppresse et nous opprime ? Ne pas s'arr&#234;ter de jouer (voie a-rythmique), ne pas jouer seul dans son coin (voie idiorrythmique), mais simplement retrouver &lt;i&gt;le bon rythme&lt;/i&gt; pour soi et pour tous ! (voie eurythmique) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Malgr&#233; les r&#233;serves que nous avons pu &#233;mettre, le lecteur aura saisi que l'ouvrage de Pascal Michon donne v&#233;ritablement &#224; penser. Nous esp&#233;rons qu'il retiendra l'attention d'un grand nombre et notamment des MAUSSiens, car il pointe sur une dimension de la vie sociale, son caract&#232;re rythm&#233;, qu'ils ont finalement peu interrog&#233;e, alors qu'il se pourrait qu'elle ne soit pas sans effets &#233;thico-politiques. Cela m&#233;rite bien un examen attentif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Nota bene :&lt;/strong&gt; on trouvera &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article98' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; une r&#233;ponse de Pascal Michon &#224; cette recension.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une approche goffmannienne du corps et de la mani&#232;re dont il participe &#224; la construction de l'identit&#233; des personnes, on peut lire &lt;a href=&#034;http://journaldumauss.net/spip.php?article325&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'article de Sylvain Pasquier&lt;/a&gt; publi&#233; dans &lt;i&gt;La Revue du MAUSS Permanente&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les sous-titres de cette partie, assez longue, sont de nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pascal Michon pr&#233;f&#232;re parler de multitudes plut&#244;t que de peuple, ce dernier &#233;tant sans doute trop homog&#233;n&#233;isant pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mandesltam est l'auteur d'un petit ouvrage o&#249; il est question de la R&#233;volution bolchevique intitul&#233; &lt;i&gt;L'&#201;tat et le rythme&lt;/i&gt; (1920), dans lequel Pascal Michon voit &#171; l'une des toutes premi&#232;res politiques du rythme &#187; [p. 229].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le bon, si le calcul de maximisation n'admet qu'une solution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour Pascal Michon, seuls Lewis Coser (&lt;i&gt;Les fonctions du conflit social&lt;/i&gt;) et Gilbert Simondon (&lt;i&gt;L'individuation psychique et collective&lt;/i&gt;) ont d&#233;velopp&#233; cette mani&#232;re de voir les choses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut n&#233;anmoins citer : Henri Meschonnic dans les travaux duquel il s'inscrit, et notamment son &lt;i&gt;Politique du rythme, politique du sujet&lt;/i&gt;, Verdier, 1985&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; L'utilitarisme et [&#8230;] l'&#233;conomie politique [&#8230;] sont &#224; la base de [&#8230;] la fluidification du monde &#187; [p. 236].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Un Spinoza plus proche de Mauss (qui l'affectionnait d'ailleurs) que de Bentham&#8230; Un Spinoza peu lordonien, donc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous renvoyons ici aux &lt;i&gt;&#201;crits politiques&lt;/i&gt; de Marcel Mauss, pr&#233;sent&#233;s par Marcel Fournier (Fayard, 1997), ainsi qu'&#224; notre ouvrage, &lt;a href=&#034;http://journaldumauss.net/spip.php?article219&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Marcel Mauss, savant et politique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, La D&#233;couverte, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Dzimira, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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