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		<title>Pascal MICHON, Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet
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		<dc:creator>Olivier Masson
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&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la Revue du MAUSS permanente le 15 mars 2011. Nous remercions Olivier Masson de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. &#171; Socialement et individuellement, l'homme est un animal rythmique &#187;. Cette formule concise de Marcel Mauss reprise par Pascal Michon en guise d'assise &#224; sa d&#233;marche qu'il qualifie d'anthropologico-historique r&#233;v&#232;le toute l'ampleur du projet de l'auteur. Depuis maintenant une quinzaine d'ann&#233;es, Pascal Michon propose aux sciences sociales de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L90xH150/arton499-13a11.jpg?1722086637' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La prison du sujet&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;La prison du sujet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Humboldt ou l'activit&#233; du langage&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Humboldt ou l'activit&#233; du langage&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Saussure ou l'arbitraire du signe&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Saussure ou l'arbitraire du signe&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Benveniste ou l'&#234;tre-dans-et-par-le-langage&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Benveniste ou l'&#234;tre-dans-et-par-le-langage&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Meschonnic ou la po&#233;tique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Meschonnic ou la po&#233;tique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la &lt;/i&gt; Revue du MAUSS permanente &lt;i&gt;le 15 mars 2011. Nous remercions Olivier Masson de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#171; Socialement et individuellement, l'homme est un animal rythmique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Mauss, Manuel d'ethnographie (Cours de 1926 &#224; 1939), 1re &#233;d. 1947, p. 85, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette formule concise de Marcel Mauss reprise par Pascal Michon en guise d'assise &#224; sa d&#233;marche qu'il qualifie d'anthropologico-historique r&#233;v&#232;le toute l'ampleur du projet de l'auteur. Depuis maintenant une quinzaine d'ann&#233;es, Pascal Michon propose aux sciences sociales de nouer avec la notion de rythme employ&#233; par Mauss&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans &#201;l&#233;ments d'une th&#233;orie du sujet, Pascal Michon cite &#171; Compte-rendu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et oubli&#233;e depuis, voire ni&#233;e, par la majorit&#233; de ses h&#233;ritiers &#224; l'exception de quelques marginaux tels Bataille et Caillois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, Marcel Mauss retrouv&#233;. Origines de l'anthropologie du rythme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le projet intellectuel de l'auteur consiste donc &#224; montrer le r&#244;le fondamental des rythmes dans l'organisation des corps, du langage et du social et d'en extraire la charpente th&#233;orique qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans &lt;i&gt;Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet, Paris, Le Cerf, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Pascal Michon s'appuie sur la linguistique et la po&#233;tique qui affirment le primat du langage pour poursuivre son travail visant &#224; r&#233;tablir le rythme comme &#171; concept paradigmatique &#187; (p. 43). L'intention du pr&#233;sent ouvrage est de &#171; saisir les processus de subjectivation dans toute leur &lt;i&gt;historicit&#233; &lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;(ibidem.)&lt;/i&gt; et ainsi restituer au sujet les dimensions &#233;thique et politique qui lui auraient &#233;t&#233; ind&#251;ment soustraites. Afin de pr&#233;parer sa propre d&#233;finition du sujet qui n'appara&#238;tra qu'&#224; la derni&#232;re partie de l'ouvrage, Pascal Michon critique l'histoire du sujet dans les sciences sociales et la philosophie. Malgr&#233; les d&#233;veloppements importants des derni&#232;res ann&#233;es, le dualisme dans lequel la pens&#233;e moderne serait encore prise enferme le sujet dans un cadre contraignant qui endigue son intelligibilit&#233; singuli&#232;re. Selon l'auteur, l'interminable &#171; querelle des formes et du temps &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt; ne laisserait aucun espace pour penser le sujet en dehors de sa substantialisation ou sa dissolution compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Face &#224; ces apories persistantes, l'auteur refuse de &#171; s'enfermer dans les paradoxes et les antinomies qui ne cessent de surgir de l'opposition, cardinale pour les sciences humaines, entre individu et syst&#232;me &#187; (p. 227). Il accepte ainsi l'invitation de Simondon et de Deleuze de partir &#171; du milieu &#187;, c'est-&#224;-dire du processus m&#234;me de subjectivation, pour observer le sujet. Tout en r&#233;pondant favorablement aux appels du MAUSS &#224; d&#233;passer l'antagonisme entre holisme et individualisme m&#233;thodologique, Pascal Michon se garde de souscrire aux th&#233;ories dites interm&#233;diaires d&#233;velopp&#233;es au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es. &#192; partir de l'id&#233;e de cercle herm&#233;neutique, ces th&#233;ories cessent d'opposer les individus aux syst&#232;mes pour en &#233;tudier les interactions qui impliqueraient la soumission et l'utilisation de la part des singuliers des contraintes et des ressources offertes par les syst&#232;mes. Cette double modulation de l'action permettrait &#224; la fois la reproduction et la transformation des individus et des syst&#232;mes &#171; au cours de spirales dont chacun des tours red&#233;finirait le rapport entre d&#233;terminisme et libert&#233;. &#187; (p. 228) L'auteur reproche &#224; ces th&#233;ories de ne pas tenir compte de l'importance de l'organisation temporelle de ces interactions et de les r&#233;duire &#224; une conception purement formelle, entra&#238;nant ainsi la dissolution du sujet dans des spirales qui se r&#233;p&#233;teraient de mani&#232;re identique &#224; travers l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ouvrage propose donc un dispositif th&#233;orique qui vise &#224; ouvrir un nouvel espace pour penser le sujet &#224; partir duquel les exp&#233;riences de subjectivation surgissent, &#224; chaque fois de mani&#232;re sp&#233;cifique, &#224; toutes les &#233;poques et dans toutes les soci&#233;t&#233;s. En s'en tenant aux actes, et particuli&#232;rement aux actes langagiers, l'analyse de Pascal Michon cherche &#224; montrer que le sujet, toujours &lt;i&gt;pluriel &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;discontinu&lt;/i&gt;, est ce lieu &#224; la fois &lt;i&gt;disponible &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;mobile &lt;/i&gt; o&#249; se profile un devenir singulier ou collectif inachev&#233; et transitoire. Pour r&#233;aliser cette ambition vertigineuse, Pascal Michon tentera de &#171; mettre en avant le primat du langage &#187; (p. 43) tout en &#171; l'accompagn[ant] d'un primat du rythme comme concept paradigmatique &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La prison du sujet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pascal Michon voit trois entraves &#224; une compr&#233;hension de la subjectivit&#233;, dont le premier serait le primat du social. Cette &#171; absolutisation de la notion de &lt;i&gt;social&lt;/i&gt; &#187; (p. 15), autant dans la perspective holiste qu'individualiste m&#233;thodologique, aurait pour effet de fondre le concept de &lt;i&gt;sujet &lt;/i&gt; dans celui d'&lt;i&gt;individu&lt;/i&gt;. Si l'on se fie aux r&#233;cits qu'entretiennent les sciences sociales &#224; l'&#233;gard du sujet, la subjectivation serait le r&#233;sultat de l'individualisation. Que celle-ci proc&#232;de de mani&#232;re favorable &#224; l'individu par sa&lt;i&gt; lib&#233;ration-int&#233;riorisation&lt;/i&gt; ou, de mani&#232;re inverse, par son &lt;i&gt;ali&#233;nation-assujettissement&lt;/i&gt;, elle est toujours per&#231;ue comme le r&#233;sultat d'une &lt;i&gt;occidentalisation&lt;/i&gt; accompagn&#233;e d'une &lt;i&gt;conception &#233;litiste&lt;/i&gt; du pouvoir de cr&#233;ation. En posant le social comme &#171; l'&lt;i&gt;interpr&#233;tant &lt;/i&gt; fondamental &#187;, les sciences sociales attribuent &#224; ce &#171; concept ultime &#187; la source de l'intelligibilit&#233; du sujet, r&#233;duisant celui-ci &#224; un produit du social. Pascal Michon associe cette confusion entre l'individu et le sujet &#224; la vision historiciste des sciences sociales qui d&#233;finit le second sous le mod&#232;le du premier, c'est-&#224;-dire comme une formation r&#233;cente qui appara&#238;t &#224; l'&#233;poque moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le deuxi&#232;me obstacle que rencontrent les sciences sociales dans l'&#233;tude du sujet est donc associ&#233; &#224; leur conception historiciste de la modernit&#233; comme moment in&#233;dit de l'humanit&#233;. Command&#233;es par une vision de l'histoire h&#233;rit&#233;e de Kant, Hegel et Weber qui con&#231;oivent la modernit&#233; comme l'&#233;clatement d'un tout unifi&#233;, les sciences sociales, malgr&#233; une volont&#233; puissante de d&#233;passer l'historicisme, reviennent toujours &#224; se buter contre celui-ci. Selon la perspective contemporaine dominante, le sujet serait le r&#233;sultat d'une transformation d&#233;termin&#233;e par une &#233;volution des pratiques sociales intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la &lt;i&gt;modernit&#233;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; la s&#233;paration de la sph&#232;re scientifique (&#171; d&#233;veloppement des recherches empiriques et math&#233;matiques &#187; [p. 46]), politique (&#171; mont&#233;e en puissance de l'&#201;tat moderne &#187; &lt;i&gt;[ibid.]&lt;/i&gt;) et artistique (&#171; l'autonomisation des pratiques esth&#233;tiques &#187; &lt;i&gt;[ibid.]&lt;/i&gt;). Une red&#233;finition de la modernit&#233; affranchie d'une conception dualiste opposant tradition et modernit&#233; permettrait de sortir le sujet d'une perspective historiciste en dissociant la subjectivation du r&#233;sultat de l'&#233;clatement des communaut&#233;s organiques traditionnelles qui fait du sujet un produit du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le troisi&#232;me obstacle, qui est aussi pour Pascal Michon la cl&#233; de vo&#251;te sur la question du sujet, est l'absence d'une th&#233;orie linguistique qui ne r&#233;duirait pas le langage &#224; &#171; une sph&#232;re soumise au social, comme une institution parmi d'autres &#187; (p. 19). Les sciences sociales utilisent des th&#233;ories du langage qui proviennent toutes de la philosophie et qui les confortent dans leurs pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques et leur ethnocentrisme. Ces th&#233;ories accr&#233;ditent &#171; l'id&#233;e qu'il est l&#233;gitime de r&#233;duire la question du langage &#224; celle de la langue &#187; (p. 42), rel&#233;gitimant, du m&#234;me coup, &#171; le caract&#232;re premier du social &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt;, avec pour effet d'enfermer les sciences sociales &#171; encore plus dans le dualisme du social et de l'individu &#187; (p. 43).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette rude critique ne vise pas &#224; discr&#233;diter en bloc les d&#233;veloppements des sciences sociales et de la philosophie dans leur champ de savoir respectif. Toutefois, leur vision dualiste du sujet opposant l'individu &#224; la soci&#233;t&#233; et leur division binaire de l'histoire d'un tout unifi&#233; ayant &#233;t&#233; &#233;clat&#233; par la modernit&#233; ne permettent pas de rendre compte de certains ph&#233;nom&#232;nes essentiels &#224; une conceptualisation du sujet, dont &#171; la subjectivation dans le langage &#187; (p. 161). Comme ces disciplines ne tiennent pas compte de la dimension langagi&#232;re de la subjectivation, &#171; [i]l y a donc &#224; sortir, au moins dans un premier temps, des sciences sociales, de la philosophie [&#8230;] afin d'engager une anthropologie historique du sujet et de la soci&#233;t&#233; dans l'activit&#233; du langage. &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt; Pascal Michon propose donc de se tourner du c&#244;t&#233; de la linguistique avec Humboldt, Saussure et Benveniste ainsi que de la po&#233;tique avec Meschonnic afin d'&#233;claircir cette zone d'ombre que constitue aujourd'hui le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Humboldt ou l'activit&#233; du langage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, Pascal Michon pr&#233;sente l'&#339;uvre d'Humboldt (1765-1835) de mani&#232;re &#224; restituer sa puissance th&#233;orique qu'un certain nombre de lectures, &#224; travers le temps, ont su affaiblir &#171; au point de la rendre quasiment nulle &#187; (p. 65). Selon l'auteur, la force de cette &#339;uvre est qu'elle &#171; place le langage au fondement de l'historicit&#233; humaine &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt; en r&#233;conciliant l'antagonisme classique qui opposait la pens&#233;e au langage. En fait, la th&#232;se d'Humboldt est de substituer l'id&#233;e selon laquelle celui-ci serait un &#171; travail de la pens&#233;e &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt; &#224; la vision traditionnelle qui l'identifie &#224; un &#171; corpus produit et un ensemble d'outils pour la pens&#233;e &#187; (p. 74). En tant qu'activit&#233; &lt;i&gt;(Ernergeia)&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'en tant qu'&#339;uvre &lt;i&gt;(Ergon)&lt;/i&gt;, le langage ne se d&#233;finit pas par l'ensemble des &#233;nonc&#233;s produits, mais bien par l'acte m&#234;me de produire ces &#233;nonc&#233;s. De ce point de vue, il n'est pas la somme de composantes donn&#233;es a priori, ni une vis&#233;e pr&#233;d&#233;termin&#233;e de la pens&#233;e, mais une action qui offre la possibilit&#233; &#171; de dire ce qui n'a pas encore &#233;t&#233; dit et de penser ce qui n'a pas encore &#233;t&#233; pens&#233;. &#187; (p. 76) En consid&#233;rant le langage comme une action plut&#244;t que comme un r&#233;sultat, Humboldt lui restitue sa dimension &#233;nerg&#233;tique, c'est-&#224;-dire son caract&#232;re continu et transitoire au fondement de son &lt;i&gt;historicit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; l'instar de l'exp&#233;rience historique des hommes, le langage n'est pas une puissance originelle qu'il serait possible d'atteindre &#224; rebours par l'interm&#233;diaire de ses objectivations, mais &#171; un &#233;talon qui n'existe que par ses instanciations et dont la compr&#233;hension est donc &#224; la fois infinie et toujours inachev&#233;e &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt;. De ce point de vue, l'universel de l'activit&#233; du langage &lt;i&gt;s'instancie&lt;/i&gt; dans les langues historiques &#224; chaque fois comme une &#171; fa&#231;on &lt;i&gt;sp&#233;cifique&lt;/i&gt; &#187;, propre &#224; la situation qui fait ce qu'elle est dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, d'articuler le particulier et le g&#233;n&#233;ral. En associant le langage &#224; un flux continu, Humboldt identifie l'historicit&#233; aux &#171; formes rythmiques, c'est-&#224;-dire toujours &#224; la fois transitoires et sp&#233;cifiques &#187; (p. 75), que prennent ses instanciations &#224; travers le temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Saussure ou l'arbitraire du signe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre Saussure (1857-1913) dont l'&#339;uvre a &#233;t&#233; &#171; victime de son instrumentalisation par le mouvement structuraliste &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 81) pour renouer avec l'h&#233;ritage perdu d'Humboldt en associant, &#224; son tour, l'historicit&#233; radicale des &#234;tres humains &#224; leur activit&#233; langagi&#232;re. Pascal Michon proc&#232;de donc &#224; une relecture de l'&#339;uvre de Saussure en revisitant la notion d'arbitraire du signe qui touche &#224; la fois la relation entre le signifiant (image acoustique) et le signifi&#233; (concept) ainsi qu'entre le signe (entit&#233; proprement linguistique) et le monde (r&#233;alit&#233; extralinguistique). Contrairement &#224; ce que les structuralistes ont voulu &#224; tout prix lire dans le &lt;i&gt;Cours de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; en d&#233;coupant les deux types d'arbitraires, Pascal Michon d&#233;montre que l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;marche saussurienne est qu'elle cherche &#224; comprendre globalement le rapport du langage au monde. Comme le d&#233;montre l'analyse du discours argumentatif du &lt;i&gt;Cours&lt;/i&gt;, Saussure essaie de penser les relations formelles et techniques internes au signe et le rapport m&#233;taphysique du signe au monde en mettant ces deux dimensions du langage en tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le caract&#232;re immotiv&#233; du lien qui unit le signe et la chose, mis de l'avant par Saussure, s'inscrit en faux contre la conception classique, toujours utilis&#233;e de mani&#232;re spontan&#233;e par les sciences sociales, du signe comme absence, c'est-&#224;-dire comme substitut de quelque chose d'autre, qui fait du langage un interpr&#233;tant lacunaire du monde. Dans la mesure o&#249; le langage ne se d&#233;finit pas par autre chose que lui-m&#234;me, Saussure d&#233;montre son autonomie en affirmant le caract&#232;re immotiv&#233; de la relation entre le signifiant et le signifi&#233;. De ce fait, pour ne pas trahir le devenir historique n&#233;cessaire du langage en se r&#233;fugiant dans un formalisme compl&#232;tement indiff&#233;rent de sa relation au monde, Saussure hi&#233;rarchise les deux aspects de l'arbitraire en subordonnant le rapport aux choses sans l'exclure de la linguistique en affirmant, du m&#234;me souffle, que le langage est &#171; dot&#233; d'une certaine permanence &#8211; tout en restant susceptible au changement. &#187; (p. 100)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Benveniste ou l'&#234;tre-dans-et-par-le-langage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de Saussure, Benveniste tire les cons&#233;quences pratiques n&#233;cessaires aux prises de position th&#233;orique saussurienne et humboltienne. Pour Pascal Michon, l'affirmation de la primaut&#233; du langage m&#232;ne Benveniste &#224; montrer sa fonction interpr&#233;tative par rapport au monde. Dans le cas du rapport entre le langage et le social, le primat du premier sur le second se r&#233;v&#232;le dans le fait que la description du social n'est possible qu'&#224; l'aide du langage tandis que le fait inverse est impossible. En tant qu'interpr&#233;tant premier, le r&#244;le du langage est litt&#233;ralement celui de faire exister l'interpr&#233;t&#233;. Il ne s'agit pas de nier la r&#233;alit&#233; du social, mais de concevoir la relation d'&lt;i&gt;interpr&#233;tance&lt;/i&gt;, de d&#233;pendance mutuelle, qui subordonne le social au langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; la lecture de Benveniste, Pascal Michon conclut qu'il &#171; faut penser l'&#234;tre-au-monde &#224; partir de l'&#234;tre-dans-et-par-le-langage &#187; (p. 122). Adoptant le point de vue humboldtien, le linguiste consid&#232;re que la mise en acte du langage &#224; travers son &#233;nonciation permet d'instancier le monde, c'est-&#224;-dire de donner une valeur aux variables qui le constituent. Gr&#226;ce &#224; la mise en action de la fonction r&#233;f&#233;rentielle qu'il assume, le langage fonde les points de rep&#232;re que constituent aussi bien notre subjectivit&#233; que la perception du temps et de l'espace. Le monde prend donc forme par et dans le langage. La formule de Benveniste que reprend Pascal Michon pour d&#233;finir le sujet : &#171; Est &#8216;&#8216;Ego'' qui dit &#8216;&#8216;Ego'' &#187; &lt;i&gt;(Ibid.)&lt;/i&gt; montre, en ce sens, que le sujet, lui aussi, appara&#238;t dans des &lt;i&gt;actes de discours&lt;/i&gt; et conclut que la subjectivit&#233; &#171; d&#233;rive directement de l'&lt;i&gt;activit&#233; &lt;/i&gt; du langage qui en constitue la condition premi&#232;re. &#187; &lt;i&gt;(Ibid.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Puisque le langage contient &#224; la fois une dimension s&#233;miotique, un ensemble de signes communs &#224; une communaut&#233;, et une dimension s&#233;mantique, un encha&#238;nement particulier des diff&#233;rents signes entre eux, &#171; n'importe quel locuteur [peut] s'approprier le langage pour son propre compte, r&#233;f&#233;rer de mani&#232;re singuli&#232;re, particuli&#232;re et sp&#233;cifique, tout en &#233;tant compris d'autres individus, qui en font autant de leur c&#244;t&#233;. &#187; (p. 113) Par et dans ses actes de discours, le locuteur se pose comme sujet &#224; travers sa ma&#238;trise des diff&#233;rents signes du syst&#232;me s&#233;miotique (ensemble d'unit&#233;s pourvues de sens) et sa capacit&#233; &#224; faire fonctionner s&#233;mantiquement ces signes entre eux, c'est-&#224;-dire &#224; les approprier &#224; la circonstance de leur &#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; travers le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; et &#171; les indicateurs de la subjectivit&#233; &#187; que constituent les d&#233;ictiques (mots dont on ne peut saisir le sens que par son contexte &#233;nonciatif), le pr&#233;sent verbal et les d&#233;monstratifs, le langage offre aux locuteurs des places vides toujours disponibles qui ne r&#233;f&#232;rent &#224; aucun concept ni &#224; aucune r&#233;alit&#233; extralinguistique. Pour illustrer le propos de Benveniste, Pascal Michon note que le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; &#171; ne renvoie en effet ni &#224; un concept (la classe g&#233;n&#233;rale de tous les sujets), ni &#224; un individu empirique (la personne particuli&#232;re qui serait son r&#233;f&#233;rent). &#187; (p. 123-124) En fait, comme tous les indicateurs de la subjectivit&#233;, le &lt;i&gt;je&lt;/i&gt;, bien que &#171; non conceptuel et non-r&#233;f&#233;rentiel &#187;, re&#231;oit sa r&#233;alit&#233;, &#224; chaque fois sp&#233;cifique, c'est-&#224;-dire singuli&#232;re, de son &#233;nonciation. Du point de vue de la linguistique g&#233;n&#233;rale, le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; n'est donc pas un signe. Il ne rel&#232;ve pas de l'ordre s&#233;miotique, mais bien de l'ordre s&#233;mantique, c'est-&#224;-dire d'une &#171; &lt;i&gt;mise en fonctionnement&lt;/i&gt; de l'appareil du langage. &#187; (p. 124) En consid&#233;rant la dimension s&#233;mantique du langage, Benveniste &#233;carte le sujet d'une vision exclusivement topique qui d&#233;rivait d'une perception s&#233;miotique du langage en lui restituant sa dimension &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans cette perspective, la subjectivit&#233; ne d&#233;coule pas de la signification de l'&#233;nonc&#233;, du produit statique du langage, mais de la signifiance, de l'action de signifier, de son &#233;nonciation qui &#171; appara&#238;t &#224; travers la &lt;i&gt;rythmique de ses instanciations&lt;/i&gt;. &#187; (p. 125) Dans la mesure o&#249; le rythme d&#233;signe &#171; la forme dans l'instant qu'elle est assum&#233;e par ce qui est mouvant, mobile, fluide &#187;, (p. 115) il permet d'allier &#224; la fois l'aspect &#233;nerg&#233;tique et topique de l'instanciation du sujet dans le langage. L'universel de l'activit&#233; du langage, existant dans les langues historiques, qu'&#233;voquait Pascal Michon &#224; propos de la th&#233;orie d'Humboldt, se r&#233;v&#232;le donc, chez Benveniste, dans chaque acte de discours du locuteur comme une fa&#231;on sp&#233;cifique d'articuler le particulier et le g&#233;n&#233;ral. Ainsi, Pascal Michon cite de nouveau Benveniste pour montrer le caract&#232;re &#224; la fois transitoire et continu du flux de l'activit&#233; du langage : &#171; Dire bonjour tous les jours de sa vie &#224; quelqu'un, c'est chaque fois une r&#233;invention &#187; (p. 119). Chaque fois que le locuteur se pose comme &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; &#224; travers ses actes de discours il &#171; &lt;i&gt;instaur[e] &#224; la fois une spatialit&#233;, une temporalit&#233;, un rapport aux choses, un rapport &#224; soi, un rapport aux autres locuteurs&lt;/i&gt;, &#224; chaque fois particuliers, et pourtant compris, admis, et repris par l'interlocuteur d&#232;s qu'il prend la parole. &#187; (p. 127)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans un acte de discours, lorsqu'il se pose comme sujet en exprimant sa singularit&#233;, le locuteur pose in&#233;vitablement son interlocuteur qui constitue celui &#224; qui le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; dit &lt;i&gt;tu&lt;/i&gt;. Dans la mesure o&#249; le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;tu &lt;/i&gt; sont n&#233;cessairement pos&#233;s dans leur simultan&#233;it&#233; et leur indissociabilit&#233;, du point de vue du langage, &#171; il n'existe donc pas de dualisme entre subjectivation et sociation &#187; (p. 113). Malgr&#233; le fait que le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;tu &lt;/i&gt; se posent de mani&#232;re simultan&#233;e, ils ne sont pas sym&#233;triques et ne se fondent pas l'un dans l'autre. Le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; demeure transcendant dans la mesure o&#249; c'est lui qui &#224; travers son acte de discours pose le &lt;i&gt;tu&lt;/i&gt;. Cette &lt;i&gt;transcendance est r&#233;versible&lt;/i&gt; puisque le &lt;i&gt;tu &lt;/i&gt; peut, &#224; son tour, se faire &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; et poser l'autre comme &lt;i&gt;tu&lt;/i&gt;. Selon Pascal Michon, cette double reconnaissance entre le sujet et l'autre &#224; travers l'usage du langage permet au parlant de se s'inscrire dans le social et le milieu tout en lui permettant de s'en distinguer. C'est donc cette fonction universelle du langage &#224; articuler le particulier et le g&#233;n&#233;ral, le singulier et le commun, que Benveniste identifie la cause du vivre ensemble et de la coh&#233;sion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Meschonnic ou la po&#233;tique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue po&#233;tique &#233;labor&#233; par Meschonnic &#224; partir des ann&#233;es 1970 apporte, selon Pascal Michon, des compl&#233;ments importants &#224; la conception linguistique de Benveniste. Pour la po&#233;tique, le sujet est d&#233;fini &#171; comme ce qui est en jeu dans tout discours et dans toute pratique langagi&#232;re, en particulier dans la litt&#233;rature et l'art. &#187; (p. 161) Selon l'auteur, l'originalit&#233; de la d&#233;marche de Meschonnic est de consid&#233;rer les qualit&#233;s d'une &#339;uvre d'art comme enti&#232;rement conformes &#224; celles du sujet dans le langage. &#192; l'instar du &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; de l'&#233;nonciation, l'&#339;uvre d'art dans la po&#233;tique constitue un grand &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; disponible &#224; chacun, ayant certes un format diff&#233;rent, mais occupant une fonction identique. Comme le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; de l'&#233;nonciation, le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; de l'&#339;uvre d'art, bien qu'il r&#233;f&#232;re &#224; chaque fois &#224; un monde absolument singulier, peut &#234;tre &#233;nonc&#233; par n'importe quel locuteur de mani&#232;re infinie sans perdre sa sp&#233;cificit&#233;. De plus, tous deux re&#231;oivent leur r&#233;alit&#233; de leur &#233;nonciation. Selon Pascal Michon, l'id&#233;e fondamentale de Meschonnic se situe dans le fait que, &#224; ses yeux, la litt&#233;rature, et plus largement l'art en g&#233;n&#233;ral, &#233;rige en syst&#232;me la fonction subjective du langage qui est d'instaurer un sujet dans son &#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour illustrer le sujet de la po&#233;tique, Pascal Michon cite Meschonnic qui reformule la c&#233;l&#232;bre phrase de Benveniste : &#171; Sera &#8220;ego&#8221; qui dit, lit, &#233;crit ou traduit une &#339;uvre, c'est-&#224;-dire &#233;nonce l'&#8220;ego&#8221; qui est dispers&#233; dans son rythme. &#187; (p. 171) Gr&#226;ce &#224; la dimension rythmique, Meschonnic passe donc du petit sujet de l'&#233;nonciation qui se trouvait dans chaque prise de parole du locuteur, au large sujet du langage po&#233;tique qui se loge dans le rythme d'une &#339;uvre, c'est-&#224;-dire dans l'ensemble d'un discours. Le rythme, pour Meschonnic, est une mani&#232;re d'organiser le sens dans le discours qui appartient &#224; l'ordre de la &lt;i&gt;signifiance &lt;/i&gt; produite par l'articulation de l'ensemble des signifiants. En tant qu'&#233;metteur de signifiance, le rythme cr&#233;e dans l'organisation s&#233;mantique singuli&#232;re des signifiants une mani&#232;re de signifier sp&#233;cifique au texte qui lui permet, &#224; l'instar du &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; de l'&#233;nonciation, de constituer sa propre r&#233;f&#233;rence en m&#234;me temps qu'il la d&#233;signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Port&#233;e &#224; l'&#233;tat de subjectivit&#233;, l'&#339;uvre d'art se diff&#233;rencie du discours ordinaire, dans la mesure o&#249;, &#224; travers son rythme, elle se constitue comme sa propre situation et, du m&#234;me coup, instaure ses propres crit&#232;res d'&#233;valuation. &#192; la diff&#233;rence du sujet de l'&#233;nonciation, le sujet po&#233;tique n'est donc pas une place vide, mais &#171; une entit&#233; s&#233;mantique pleine de sens &#187; (p. 189), disponible &#224; l'infinit&#233; des lecteurs et mobile &#224; travers le temps. C'est bien parce que le sujet du po&#232;me poss&#232;de une mani&#232;re sp&#233;cifique de faire du sens qui peut &#234;tre &#233;nonc&#233; par les autres qu'il d&#233;tient une valeur &#233;thique et politique. Selon Pascal Michon, lorsqu'un lecteur &#233;nonce un texte litt&#233;raire, il s'engage d'une mani&#232;re qui n'est pas forc&#233;ment volontaire ni consciente &#224; adopter la position du sujet de l'&#339;uvre d'art diffus dans son rythme. La participation d'un lecteur au sujet po&#233;tique d'une &#339;uvre participe &#224; une &#171; rythmisation de sa vie &#187; qui transforme son rapport au r&#233;el, c'est-&#224;-dire &#171; sa &lt;i&gt;mani&#232;re &lt;/i&gt; de se mouvoir dans le corps, d'avancer dans le discours et de jouer dans les interactions sociales, et, ce faisant, de donner sens au monde, aux &#233;v&#233;nements et &#224; soi-m&#234;me. &#187; (p. 190)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Selon Pascal Michon, le point de vue de la po&#233;tique apporte quelques compl&#233;ments essentiels &#224; la subjectivation &#233;nonciative th&#233;oris&#233;e par Benveniste. Tel que pr&#233;sent&#233; par Meschonnic, la subjectivation n'est pas un processus li&#233; exclusivement &#224; l'&#233;nonciation des &#171; indicateurs de la subjectivit&#233; &#187; par le locuteur &#224; chacun de ses actes de discours. Il s'agit d'un processus qui implique l'enti&#232;ret&#233; de la production signifiante des discours en tant qu'ensembles rythmiques qui donne forme &#224; l'activit&#233; d'un locuteur dans le &#171; corps-langage-social &#187;. Au-del&#224; du &#171; modelage s&#233;miotique &#187; qui permet aux locuteurs d'utiliser l'appareil &#233;nonciatif pour se poser comme sujet et se situer &#224; l'int&#233;rieur des diff&#233;rents &#233;l&#233;ments institu&#233;s d'une soci&#233;t&#233;, la po&#233;tique reconna&#238;t au langage, en tant qu'activit&#233; signifiante, son &#171; pouvoir instituant &#187; en tous points soud&#233; &#171; &#224; son aspect s&#233;mantique et pragmatique, c'est-&#224;-dire au discours en tant que textes signifiants tout aussi qu'aux discours en tant qu'activit&#233; &#233;nonciative. &#187; (p. 209)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s &#234;tre sorti des sciences sociales et de la philosophie pour se tourner du c&#244;t&#233; de la linguistique avec Humboldt, Saussure et Benveniste et de la po&#233;tique avec Meschonnic afin de montrer que la subjectivit&#233; d&#233;coule de l'&lt;i&gt;activit&#233; &lt;/i&gt; du langage, Pascal Michon peut, au terme de son parcours, proposer sa propre d&#233;finition de la subjectivation. Ce processus se pr&#233;sente donc comme l'op&#233;ration selon laquelle l'individu, soumis au rythme du social, du langage et du corps, &#171; vain[c] les obstacles que contient la situation dans laquelle il agit &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt;, acc&#232;de par l'entremise des &lt;i&gt;places &#233;nonciatives vides&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;puissances s&#233;mantiques po&#233;tiques&lt;/i&gt; offertes par le langage &#171; &#224; la position d'agent d'un processus &#187; (p. 240) &#224; l'int&#233;rieur de laquelle il n'occupe plus un r&#244;le passif, mais bien actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Finalement, apr&#232;s avoir pr&#233;alablement d&#233;nonc&#233; la confusion entre l'individu et le sujet dans les sciences sociales, Pascal Michon restaure le lien &#233;troit que partage la subjectivation avec l'individuation en affirmant que toute &#171; individuation de qualit&#233; &#187; comporte de mani&#232;re implicite un devenir sujet. Comme &lt;i&gt;&#171; [l]'individuation po&#233;tique a lieu lorsqu'un texte devient sujet &#187;&lt;/i&gt; (p. 167), elle occupe pour l'auteur une position privil&#233;gi&#233;e sur laquelle il serait possible de tabler une th&#233;orie du social qui d&#233;passerait le mod&#232;le id&#233;ologique de &#171; l'individu individualiste &#187;, ferm&#233; sur lui-m&#234;me, aujourd'hui v&#233;hicul&#233; en Occident. Le sujet tel que pr&#233;sent&#233; par la po&#233;tique, &#224; chaque fois unique et partageable, illustre le potentiel universellement disponible de cr&#233;ations et de modification des mani&#232;res de vivre dans le &#171; corps-langage-social &#187; qui &#171; g&#233;n&#232;rent du collectif sans n&#233;cessairement imposer d'unification des singuliers par une Loi, qu'elle soit intime ou sociale. &#187; (p. 238) En ce sens, le dispositif th&#233;orique &#233;labor&#233; par Pascal Michon offre une d&#233;finition du sujet qui n'a pas pour effet de le r&#233;ifier, mais de le pr&#233;senter comme &lt;i&gt;&#171; vecteur universellement disponible &#187;&lt;/i&gt; offert aux locuteurs-individus par le langage pour recevoir et transformer leur activit&#233; langagi&#232;re, corporelle et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Olivier Masson, D&#233;partement de sciences des religions, Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Mauss, &lt;i&gt;Manuel d'ethnographie (Cours de 1926 &#224; 1939)&lt;/i&gt;, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1947, p. 85, cit&#233; dans P. Michon, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une histoire du sujet&lt;/i&gt;, &#201;ditions Kim&#233;, Paris, 1999, p. 118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une th&#233;orie du sujet&lt;/i&gt;, Pascal Michon cite &#171; Compte-rendu de l'&#233;tude d'H. Hubert sur &lt;i&gt;La repr&#233;sentation du temps dans la religion&lt;/i&gt; &#187; (1907) dans &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, to. I, &#171; Essai sur les variations saisonni&#232;res des eskimos. &#201;tude de morphologie sociale &#187; (1906), &#233;d. 1950.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &lt;i&gt;Marcel Mauss retrouv&#233;. Origines de l'anthropologie du rythme&lt;/i&gt;, Paris, Rhuthmos, 2010, &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article92' class=&#034;spip_in&#034;&gt;en ligne ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &lt;i&gt;Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet&lt;/i&gt;, Paris, Le Cerf, 2010, coll. &#171; Passages &#187; dirig&#233;e par J. Benoist, 251 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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