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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Sur le rythme, la contrainte sociale et les valeurs qui pourraient guider l'action &#8211; un &#233;change avec Sylvie Monchatre
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		<dc:date>2014-10-01T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Monchatre et Pascal Michon
</dc:creator>



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&lt;p&gt;Cet &#233;change a eu lieu &#224; la suite du colloque &#171; Temps de travail et travail du temps &#187;, qui s'est d&#233;roul&#233; les 11 et 12 octobre 2012 &#224; l'Universit&#233; de Strasbourg, et dont on trouvera le programme ici. Strasbourg, 21 octobre 2012 Cher Pascal, Merci de ton message. Je prends enfin le temps de te r&#233;pondre. Ton texte affiche clairement l'ambition de refonder les &#171; &#233;tudes rythmiques &#187;. Il plaide en faveur d'une &#171; eurythmie &#187; fond&#233;e sur &#171; de nouveaux rythmes sociaux, corporels et langagiers, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&#233;bats
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet &#233;change a eu lieu &#224; la suite du colloque &#171; Temps de travail et travail du temps &#187;, qui s'est d&#233;roul&#233; les 11 et 12 octobre 2012 &#224; l'Universit&#233; de Strasbourg, et dont on trouvera le programme &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article583' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Strasbourg, 21 octobre 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Pascal,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Merci de ton message. Je prends enfin le temps de te r&#233;pondre. Ton texte affiche clairement l'ambition de refonder les &#171; &#233;tudes rythmiques &#187;. Il plaide en faveur d'une &#171; eurythmie &#187; fond&#233;e sur &#171; de nouveaux rythmes sociaux, corporels et langagiers, qui maximisera la puissance de vivre des individus singuliers et collectifs &#187;. Tu pars d'une id&#233;e que j'aime beaucoup, selon laquelle le temps travaille et est travaill&#233;, en ce que non seulement il est produit socialement, mais il se construit sur la base des rythmes de la vie sociale (Durkheim). Tu fais du rythme un postulat anthropologique, sugg&#233;rant que &#171; l'homme est un animal rythmique &#187; (Mauss). Or, tu regrettes un appauvrissement de ce concept. Pour toi, la &#171; question anthropologique de la succession des temps forts et des temps faibles de la socialit&#233; &#187; aurait disparu, m&#234;me chez les jeunes chercheurs qui ont r&#233;investi cette notion (Rosa, Mac&#233;&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tu souhaites proposer une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'individuation rythmique : techniques qui s'appliquent &#224; donner des rythmes aux fluements du corps, du langage, des groupes sociaux (p. 7) et produisent de l'individuation. Pour toi, le rythme doit &#234;tre red&#233;fini comme &#171; l'organisation du mouvant &#187; (p. 8) et doit &#234;tre r&#233;habilit&#233;. Tu proposes aux sciences sociales de r&#233;viser leurs pr&#233;misses et de partir de ce qui constitue le milieu, l'action et son organisation, pour comprendre les mani&#232;res sp&#233;cifiques de fluer. Selon toi, l'individu doit devenir acteur de ses propres rythmes, non seulement retrouver en lui les ressources permettant de r&#233;unifier son exp&#233;rience interne des rythmes mais r&#233;guler ses changements de rythmes. Au-del&#224; de la lutte contre la rigueur du temps m&#233;trique ou l'acc&#233;l&#233;ration, qui passe notamment par la mise en place d'&#238;lots de d&#233;c&#233;l&#233;ration, l'enjeu serait de mettre en place des rythmes sociaux favorables &#224; une &#171; individuation de bonne qualit&#233; &#187; : il faudrait viser une nouvelle organisation des rythmes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ton texte se pr&#233;sente donc comme un vaste programme tout &#224; fait stimulant, en ce qu'il permet de sortir des visions objectivantes ou subjectivantes du temps, dans le sillage d'Elias. Il offre &#233;galement l'opportunit&#233; de revenir sur une question fondatrice en sociologie : penser la diff&#233;renciation sociale et l'unit&#233; individuelle : Simmel souligne qu'elle conduit au d&#233;veloppement de facult&#233;s nouvelles ; Elias insiste pour sa part sur le renforcement de la psych&#233;, sur la &#171; condensation &#187; de l'individu qui en r&#233;sulte &#8211; condensation qui, de mon point de vue, n'exclut en rien une diff&#233;renciation des rythmes personnels ainsi que ton texte semble le sugg&#233;rer. Reste que tu pr&#233;f&#232;res souligner les enjeux contemporains de ce processus de diff&#233;renciation, que tu reformules en termes de conciliation des rythmes (biologiques, personnels, sociaux) face &#224; des temporalit&#233;s et des espaces &#233;clat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tu reproches alors aux sciences sociales leur oubli de cette dimension anthropologique des rythmes (temps forts-faibles de la vie sociale). L'homme et la soci&#233;t&#233; seraient de nature rythmique, le rythme serait un principe premier, d'animation du vivant et du social. Or, je ne retrouve pas dans ton propos ce que dit Durkheim sur la dynamique sociale. Pour lui, ce qui prime, c'est l'exercice de la contrainte car toute soci&#233;t&#233; a pour enjeu sa propre pr&#233;servation. Pas de contrainte sans sanction : c'est aussi la question que se pose Mauss &#224; propos de la triple obligation de &#171; donner-recevoir-rendre &#187; : qu'est-ce qui contraint &#224; rendre en l'absence apparente de sanction ? On conna&#238;t l'origine de sa r&#233;ponse, il s'en tient &#224; l'explication indig&#232;ne de ce sage maori pour qui les biens ne cessent jamais d'appartenir &#224; ceux qui les donnent, il faut donc leur restituer. Mais cette analyse ne permet pas d'expliquer pourquoi le don est toujours assorti d'une obligation de rendre plus que ce qui a &#233;t&#233; donn&#233; ? Pour &#233;chapper &#224; l'explication r&#233;ductrice de l'&#233;conomie, il convient d'int&#233;grer le fait que le don est soumis au principe de l'alternance (th&#232;se de Godbout) : il convient d'entretenir la dette pour maintenir la contrainte de participation au syst&#232;me du don. Cette alternance, assortie d'une rythmicit&#233; particuli&#232;re (phase d'atonie et phase d'intense vie collective), permet &#224; cette contrainte de participer &#224; la spirale du don de s'exercer. Cette contrainte &#233;tant d'autant plus vitale que le don est le rituel qui donne l'acc&#232;s aux ressources n&#233;cessaires pour vivre : si l'on peut parler, pour ces soci&#233;t&#233;s tribales ou &#171; archa&#239;ques &#187;, de soci&#233;t&#233;s &#171; sans concept de travail &#187; (Chamoux, 1994), c'est que les ressources n&#233;cessaires &#224; la vie y sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;tant issues d'un principe d'engendrement rendu possible par le don &#8211; et la circulation des femmes et des biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je m'autorise ce long d&#233;tour tout simplement parce que je ne suis pas convaincue du fait que les rythmes soient premiers comme tu le sugg&#232;res. Je retiens des travaux d'anthropologie religieuse et du don qu'ils sont avant tout le r&#233;sultat de ce principe d'alternance qui maintient l'exercice de la contrainte dans les soci&#233;t&#233;s &#171; archa&#239;ques &#187;. Durkheim lui-m&#234;me souligne que le rythme est susceptible de varier, de changer de forme selon les soci&#233;t&#233;s, il ne manque pas de rappeler que &#171; plus les soci&#233;t&#233;s se d&#233;veloppent, moins elles semblent s'accommoder d'intermittences trop accentu&#233;es &#187; (Durkheim, 1912 : 500). Tu as, par cons&#233;quent, raison de souligner que l'enjeu de l'eurythmie est la synchronisation de rythmes diff&#233;renci&#233;s, provenant de sph&#232;res, de champs diff&#233;renci&#233;s, ayant leurs temporalit&#233;s propres. Mais cet ajustement que tu appelles de tes v&#339;ux ne saurait se r&#233;soudre par une nouvelle organisation des rythmes sociaux : o&#249; cette nouvelle norme puiserait-elle sa l&#233;gitimit&#233; ? Quels seraient les acteurs en mesure de la porter ? Cette question se pose avec d'autant plus d'acuit&#233; que l'eurythmie est soumise au &#171; pr&#233;sent de la marchandise &#187;, comme dirait Lefebvre, ce pr&#233;sent dilat&#233; qui atomise entre en conflit avec la pluralit&#233; des temporalit&#233;s sociales. La mise en rapport de ces temporalit&#233;s diff&#233;renci&#233;es &#8211; temporalit&#233;s de la production des travailleurs (ou de la &#171; production anthroponomique &#187; dirait Daniel Bertaux que tu n'as pas pu entendre vendredi dans la discussion) d'une part et temporalit&#233;s de &#171; l'ordre de la production &#187; d'autre part &#8211; s'inscrit dans un rapport de forces d&#233;favorable aux travailleurs &#8211; m&#234;me s'ils sont in&#233;galement frapp&#233;s par les exigences de disponibilit&#233; temporelle qui en r&#233;sultent et in&#233;galement dot&#233;s de ressources pour y faire face (je pense aux travaux de Paul Bouffartigue et aussi &#224; ceux de Patrick Cingolani). Dans ces conditions, la rythmicit&#233; de la vie sociale est recr&#233;&#233;e &#224; des niveaux interindividuels, infra-institutionnels, sous forme de r&#233;sistances &#224; une d&#233;synchronisation issue de l'emprise accrue du &#171; temps des march&#233;s &#187; (pour reprendre l'expression de Jens Thoemmes intervenu l&#224; encore vendredi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'o&#249; : comment justifies-tu le glissement que tu op&#232;res en faisant du rythme le principe de toute chose, du vivant et de la soci&#233;t&#233; ? Alors que pour Durkheim, c'est la contrainte sociale, la contrainte d'appartenir &#224; un groupe, qui est premi&#232;re. Et elle s'exerce notamment aujourd'hui, non pas par la participation forc&#233;e au syst&#232;me du don, mais par la contrainte de participer aux activit&#233;s reproductives (que celles-ci soient internalis&#233;es ou externalis&#233;es, cf. l'intervention de Florence Jany-Catrice), dans le contexte d'une mise au travail productif toujours plus exigeante et violente (eh oui, pour les sociologues du travail, la question de la mobilisation du travail humain est centrale). Sachant que, pour finir, l'exercice du travail (productif et reproductif d'ailleurs) s'effectue dans des conditions qui demandent, comme l'a soulign&#233; Alexandra Bidet, toujours plus d'inventivit&#233; cr&#233;atrice d'exp&#233;rience &#8211; ce &#224; quoi j'ajouterais que les ressources permettant de d&#233;ployer cette inventivit&#233; sont tr&#232;s in&#233;galement distribu&#233;es, tout en se r&#233;partissant selon des lignes de fractures que l'on a encore du mal &#224; saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien cordialement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sylvie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
Pour la bibliographie cit&#233;e (hors citations interventions colloque), tu peux voir :
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chamoux M.-N., 1994, Soci&#233;t&#233;s avec et sans concept de travail, &lt;i&gt;Sociologie du travail&lt;/i&gt;, Vol 36, hors-s&#233;rie, p. 57-71.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Durkheim E., 1912, &lt;i&gt;Les formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse&lt;/i&gt;, Paris, Librairie Felix Alcan.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Godbout J., Caill&#233; A. (Collab.), 1995, &lt;i&gt;L'esprit du don&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Bor&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, 22 octobre 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#232;re Sylvie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Merci de cette pr&#233;sentation-discussion de &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article689' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mon travail&lt;/a&gt;. Elle est dans l'ensemble relativement fid&#232;le et pose des questions importantes. J'aime beaucoup en particulier l'analyse que tu fais du don et de ses d&#233;calages, donc du caract&#232;re rythmique de la dette qui tient ensemble les diff&#233;rents membres des groupes sociaux (et la question de ce qui est premier dans cette affaire est de peu d'importance, tant les deux processus sont imbriqu&#233;s). C'est en effet un aspect que je n'ai pas d&#233;velopp&#233; explicitement. La premi&#232;re urgence, lorsque j'ai commenc&#233; &#224; travailler sur ces questions dans les ann&#233;es 1990, &#233;tait de rappeler &#224; la communaut&#233; scientifique (en particulier aux sociologues mais pas seulement) ce qu'elle avait oubli&#233; depuis longtemps et de montrer, ce que j'ai fait &#224; nouveau avec vous, qu'il faut distinguer dans la tradition la question du temps comme dur&#233;e v&#233;cue, &#233;ventuellement construite socialement, de celle du temps comme cat&#233;gorie sociale et donc rythmique, qui porte, elle, sur l'individuation singuli&#232;re et collective. Mais tu as tout &#224; fait raison et c'est l'une des remarques que je fais r&#233;guli&#232;rement &#224; Alain Caill&#233; : le don ne s'entend que de mani&#232;re rythmique car le d&#233;calage sur lequel il fonctionne n&#233;cessite qu'il ne circule pas en permanence, ni de mani&#232;re totalement isotrope. &#192; l'&#233;vidence, il y a des rythmes, des techniques temporelles du don qui varient suivant les groupes et les p&#233;riodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cela dit, et j'en viens maintenant &#224; tes questions concernant le lien entre &#171; variations morphologiques &#187; et contrainte sociale, mon travail ne se limite nullement &#224; exhumer une part oubli&#233;e des travaux de Durkheim ou du premier Mauss, qui avaient sur ce plan une vision tr&#232;s simplifi&#233;e des rythmes de l'individuation singuli&#232;re et collective. Lorsque je les cite, c'est pour rendre hommage au fait qu'ils ont pos&#233; le probl&#232;me, pas pour dire qu'ils y avaient r&#233;pondu de mani&#232;re d&#233;finitive. Dans mon esprit les rythmes de l'individuation, m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s dites archa&#239;ques, ne se r&#233;sument pas &#224; la succession des p&#233;riodes de rassemblement et de dispersion &#8212; et le collectif ne peut pas non plus s'expliquer par le seul effet d'une contrainte sur le singulier. De toute fa&#231;on, nous ne sommes plus des Eskimos depuis longtemps... C'est l&#224; que l'apport de Simmel et de Tarde, mais aussi de nombreux autres auteurs du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, est d&#233;terminant. Toute la question aujourd'hui &#8211; et c'est le probl&#232;me que se posent, par exemple, les jeunes sociologues, urbanistes et g&#233;ographes qui travaillent sur les rythmes urbains &#8211; est de donner un statut rythmique ad&#233;quat &#224; ce qui appara&#238;t &#224; premi&#232;re vue comme simplement fluide, voire liquide dans la vision caricaturale de Zygmunt Bauman. O&#249; que nous soyons, il y a toujours des techniques sociales qui organisent la succession des interactions, donc des rythmes. Simplement, il faut s'&#244;ter de la t&#234;te qu'un rythme est toujours de forme m&#233;trique et qu'il constitue une succession de temps forts et de temps faibles. Il est n&#233;cessaire de passer &#224; une autre conception du rythme, comme &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme &#171; mani&#232;re de fluer &#187; ou &#171; mode d'accomplissement &#187; (cf. Benveniste). Et aussi, bien s&#251;r, d'abandonner aussi bien les visions holistes que les visions individualistes du social, qui sont aussi unilat&#233;rales les unes que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; cela s'ajoute le fait que les rythmes de la socialit&#233; ne sont pas les seuls qu'il faille prendre en compte. Les sociologues qui se sont frott&#233;s &#224; l'anthropologie ne font en g&#233;n&#233;ral pas de difficult&#233;s en ce qui concerne les rythmes des corps. C'est dans leur culture commune. Ils connaissent les &#171; techniques du corps &#187;. Il n'en est pas de m&#234;me en revanche pour les rythmes ou les techniques du langage. Souvent par d&#233;faut d'information sur ces sujets, ils ont beaucoup plus de mal &#224; int&#233;grer cet aspect des choses. Ou bien, comme Alexandra Bidet, ils s'adressent aux mauvais informateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, pour moi, les rythmes du langage sont d&#233;terminants, parce que le langage est, comme dit Benveniste, &#171; l'interpr&#233;tant du social &#187; et pas l'inverse. Quand je reproche aux sociologues d'avoir oubli&#233; leurs racines anthropologiques, ce n'est donc pas au nom d'une anthropologie philosophique du rythme, comme tu as l'air de le penser, mais de l'anthropologie comme discipline scientifique. Du point de vue philosophique, je n'accroche pas, &#224; l'instar de Mauss dans la phrase du &lt;i&gt;Manuel d'ethnographie&lt;/i&gt; que j'aime citer pour emb&#234;ter Alain Caill&#233;, l'&lt;i&gt;anthropos &lt;/i&gt; au &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;. L'homme est, pour moi, avant tout un animal parlant et, comme le disent Humboldt et Benveniste, nous n'avons jamais affaire qu'&#224; des hommes parlant(s), m&#234;me bien s&#251;r quand ils se taisent. Sur ces questions, voir &lt;i&gt;Fragments d'inconnu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est pourquoi, &#224; la question des crit&#232;res des bons rythmes que tu poses &#224; tr&#232;s juste titre, je tente (c'est une affaire en cours) de r&#233;pondre en partant du langage et d'une analyse de ses diff&#233;rents types d'activit&#233; : principalement ordinaires et artistiques. C'est une question tr&#232;s d&#233;licate, difficile &#224; expliciter simplement et sur laquelle je continue &#224; travailler, mais disons que ce sur quoi je m'appuie, &#224; titre de point de d&#233;part ou de boussole pour la recherche, c'est une &#233;thique et une politique du po&#232;me, au sens o&#249; la po&#233;sie (qui est un fait universel) montre, dans la moindre de ses r&#233;alisations, que tous les &#234;tres humains sont dot&#233;s de la capacit&#233; de cr&#233;er des formes rythmiques subjectivantes, qui sont v&#233;ritablement singuli&#232;res mais en m&#234;me temps totalement partageables. Tout po&#232;me est un exemple, &#224; la fois marginal et central, d'une mise en forme rythmique du langage ordinaire qui est capable non seulement d'individuer un singulier et un collectif (le po&#232;te et son public), mais aussi de les faire acc&#233;der &#224; une certaine subjectivation (au sens du sujet du po&#232;me mais aussi &#233;ventuellement du sujet-agent). Il donne donc l'image de ce que pourrait &#234;tre une d&#233;mocratie qui, non seulement respecterait les individus singuliers et collectifs, fonctionnerait en articulant le commun et le propre, mais permettrait la maximalisation r&#233;ciproque de leur puissance d'agir et d'exister. Il offre l'image d'une norme qui n'est pas simplement fond&#233;e sur un postulat m&#233;taphysique (une nature humaine, le Sujet, le droit naturel, etc.) mais qui n'est pas non plus totalement relativistes (la guerre de tous contre tous, la force qui l'emporte, etc.), la norme d'un sujet qui soit aussi un transsujet, donc toujours radicalement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#201;videmment, on pourra toujours me dire, comme dans les ann&#233;es 1960 : mais que faites-vous de la valeur travail ou de la valeur &#233;conomique dans votre th&#233;orie ? Ou encore de l'exploitation et de la domination ? Je n'ignore pas du tout ces questions mais, d'abord comme tu sais, elles ne font pas l'objet d'un consensus parmi les sp&#233;cialistes... Ensuite, chaque chose en son temps. Il me semble plus utile aujourd'hui de r&#233;introduire dans les sciences sociales des consid&#233;rations totalement oubli&#233;es ou ignor&#233;es, concernant le rythme et le langage, que d'ajouter une nouvelle couche &#224; des querelles d&#233;j&#224; s&#233;culaires. M&#234;me si ces querelles sont loin d'&#234;tre anodines, on est d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien cordialement &#224; toi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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