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		<title>Les empreintes du temps : calendriers et rythmes sociaux
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		<dc:date>2015-01-23T09:33:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>Sylvia Chiffoleau
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&lt;p&gt;Ce texte est l'introduction d'un dossier remarquable de la Revue des mondes musulmans et de la M&#233;diterran&#233;e, n&#176; 136, 2014, p. 13-183, enti&#232;rement disponible ici. Nous remercions Sylvia Chiffoleau de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS. Les contributions de ce num&#233;ro se proposent d'explorer quelques-unes des multiples facettes du temps. Lorsqu'on aborde la question du temps, il est convenu de rappeler la difficult&#233; &#224; appr&#233;hender celui-ci, en s'appuyant sur le c&#233;l&#232;bre aphorisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;Histoire
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;S'orienter dans le temps : un univers complexe de r&#233;f&#233;rences calendaires&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;S'orienter dans le temps : un univers complexe de r&#233;f&#233;rences calendaires&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Pratiques et usages : des temporalit&#233;s multiples&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Pratiques et usages : des temporalit&#233;s multiples&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Les rythmes urbains : &#171; ce que le jour doit &#224; la nuit &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Les rythmes urbains : &#171; ce que le jour doit &#224; la nuit &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est l'introduction d'un dossier remarquable de la&lt;/i&gt; Revue des mondes musulmans et de la M&#233;diterran&#233;e, &lt;i&gt;n&#176; 136, 2014, p. 13-183, enti&#232;rement disponible &lt;a href=&#034;http://remmm.revues.org/8791&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Nous remercions Sylvia Chiffoleau de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les contributions de ce num&#233;ro se proposent d'explorer quelques-unes des multiples facettes du temps. Lorsqu'on aborde la question du temps, il est convenu de rappeler la difficult&#233; &#224; appr&#233;hender celui-ci, en s'appuyant sur le c&#233;l&#232;bre aphorisme de Saint Augustin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le d&#233;fi intellectuel a cependant &#233;t&#233; relev&#233; par la plupart des civilisations, du moins peut-on l'affirmer pour celles dont les &#233;crits en ont laiss&#233; t&#233;moignage. La philosophie antique puis toutes ses h&#233;riti&#232;res se sont ainsi interrog&#233;es sur l'essence du temps, certains philosophes faisant de celui-ci une donn&#233;e objective du monde cr&#233;&#233;, quand d'autres, de plus en plus nombreux en Occident &#224; la suite de Kant, y voyaient une forme a priori de la connaissance. D&#232;s le moment de leur &#233;closion, les sciences sociales ont &#224; leur tour cherch&#233; &#224; saisir les origines et les assises du temps. Dans une contribution fondatrice, la sociologie de l'&#233;cole durkheimienne a situ&#233; ces origines dans le mythe et le sacr&#233;, la conception religieuse du temps ayant notamment &#171; pr&#233;sid&#233; &#224; l'&#233;laboration des calendriers &#187; (Hubert et Mauss, 1929). Les rites, r&#233;alis&#233;s &#224; des dates symboliques, permettent de faire le lien entre temps sacr&#233; et temps profane. Pour les sociologues, contrairement &#224; de nombreux philosophes, le temps n'est toutefois pas une forme a priori, inn&#233;e, de la connaissance, mais il a un caract&#232;re social ; c'est une cat&#233;gorie fondamentale d&#233;pendante de la pens&#233;e collective, donc de la soci&#233;t&#233; (Sue, 1994 : 47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si les premiers sociologues qui se sont pench&#233;s sur la question du temps avaient une perception unitaire de celui-ci (Durkheim parlait de &#171; temps total &#187;), s'est impos&#233;e ensuite l'id&#233;e d'une pluralit&#233; des temps sociaux, chaque groupe, chaque activit&#233; sociale ayant en effet tendance &#171; &#224; se mouvoir dans un temps qui lui est propre &#187; (Gurvitch, 1969 : 325). L'anthropologie a &#233;galement largement contribu&#233; &#224; relativiser la perception du temps comme donn&#233;e &#171; objective &#187; et universelle. La p&#233;riode durant laquelle on a fait usage des grands paradigmes comme principes explicatifs du monde social n'a pas &#233;t&#233; propice &#224; l'&#233;tude du temps, que ce soit comme objet ou comme outil ; leur reflux a permis de reprendre la r&#233;flexion engag&#233;e ant&#233;rieurement. Les sociologues ont alors poursuivi l'&#233;tude d'un temps socialement construit dont l'apparente &#233;vidence est en fait le fruit d'un long apprentissage depuis les commencements de l'humanit&#233; (Elias, 1996). Ainsi construit, le temps, partiellement rigidifi&#233; dans des calendriers et des emplois du temps, organise la vie des groupes sociaux et instaure des fronti&#232;res entre ceux-ci, tout comme il permet de s&#233;parer les diff&#233;rentes sph&#232;res sociales, sacr&#233;e et profane, publique et priv&#233;e, et les diff&#233;rents types d'activit&#233; (Zerubavel, 1981). L'approche par le temps comme &#233;l&#233;ment structurant de l'organisation sociale a &#233;t&#233; particuli&#232;rement f&#233;conde pour aborder l'&#233;tude du temps de travail, notamment industriel, duquel s'est distingu&#233; de plus en plus clairement, dans le monde occidental moderne, le temps de loisir. De leur c&#244;t&#233; les historiens se sont attach&#233;s &#224; faire l'histoire du temps et de ses instruments de mesure, montres, horloges ou calendriers, en privil&#233;giant l&#224; encore l'espace occidental (Landes, 1987 ; Dohrn-van Rossum, 1997 ; Maiello, 1996). Le temps et son &#233;tude connaissent d&#233;sormais une nouvelle actualit&#233; avec le brouillage de plus en plus manifeste entre un temps de travail lui-m&#234;me d&#233;structur&#233; et un temps de loisir dont l'extension est in&#233;galement r&#233;partie entre les diff&#233;rents secteurs de la soci&#233;t&#233;. La promotion des nouvelles technologies ne fait qu'ajouter &#224; l'acc&#233;l&#233;ration g&#233;n&#233;rale, &#224; l'emballement des rythmes de vie, et le sentiment dominant d&#233;sormais est que l'on se trouve face &#224; un temps d&#233;traqu&#233;, devenu un probl&#232;me et m&#234;me un obstacle &#224; la r&#233;alisation du projet d'autonomie et d'&#233;mancipation de la modernit&#233; (Rosa, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#233;vocation rapide de ces quelques jalons ne rend bien s&#251;r pas justice &#224; la profusion et &#224; la diversit&#233; des recherches sur le temps. Qu'il soit pris comme objet en soi, ou comme prisme d'analyse, ou encore saisi dans la fa&#231;on dont l'abordent et le traitent les diff&#233;rentes disciplines scientifiques, il a fait au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies l'objet de nombreux travaux et se trouve au centre des interrogations de plusieurs revues sp&#233;cialis&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En langue anglaise, la principale d'entre elles est Time &amp; Society (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La place des espaces non-occidentaux dans ces r&#233;flexions sur le temps demeure toutefois assez modeste. La collection d'articles pr&#233;sent&#233;e ici, qui fait suite &#224; celle rassembl&#233;e dans un num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;Temporalit&#233;s&lt;/i&gt; en 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fragments temporels du monde arabe, S. Chiffoleau et &#201;. Longuenesse (dir.), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, voudrait contribuer, avec quelques ouvrages et travaux r&#233;cents (Wishnitzer 2010/1 et 2010/2 ; Georgeon et Hitzel, 2011 ; Barak, 2013 ; Blake, 2013 ; &#214;gle 2013), &#224; l'exp&#233;rience nouvelle visant &#224; soumettre le monde arabe et musulman, ou tout au moins une partie de celui-ci, &#224; ces questionnements sur le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si le temps et les calendriers puisent leur origine dans le sacr&#233;, ils ne sont pas confin&#233;s pour autant au seul p&#233;rim&#232;tre du religieux ; ils sont aliment&#233;s et structur&#233;s par les ph&#233;nom&#232;nes sociaux tout au long du processus historique propre &#224; chaque soci&#233;t&#233;. Tout comme l'Europe a puis&#233; dans les h&#233;ritages antiques pour &#233;laborer ses conceptions et ses computs de temps (Hubert, 1999 : 9), le monde n&#233; de la pr&#233;dication du proph&#232;te Muhammad s'est adoss&#233; aux empires qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Or ceux-ci comptent parmi les plus anciens de l'histoire, et sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui ont invent&#233; les calendriers, les modalit&#233;s et les premiers objets de mesure du temps. En imposant un nouveau calendrier et une conception du temps bas&#233;e sur la discontinuit&#233;, la succession des instants qui sont autant de signes, de manifestations de l'intervention de Dieu venant briser le &lt;i&gt;dahr&lt;/i&gt;, la dur&#233;e accablante telle que la concevaient les Arabes nomades de la p&#233;ninsule (Massignon, 1962, Gardet, 1975), l'islam a introduit une repr&#233;sentation et des scansions du temps particuli&#232;res. Celles-ci ont eu un impact consid&#233;rable sur l'ensemble des territoires conquis, dans la mesure o&#249; l'islam est aussi culture et civilisation qui impr&#232;gnent la diversit&#233; ethnique et religieuse de la r&#233;gion. Mais les diverses composantes ethniques et religieuses ont conserv&#233; &#224; c&#244;t&#233; de ce temps dominant nombre de leurs rep&#232;res culturels, et notamment les calendriers si intimement li&#233;s au sacr&#233; et &#224; l'identit&#233;. En observant la question du temps dans la r&#233;gion, il appara&#238;t donc &#233;vident que celui-ci ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; un seul &#171; temps de l'islam &#187;, mais qu'il s'inscrit dans la pluralit&#233; des computs et des repr&#233;sentations, et dans un syst&#232;me complexe de circulation de mod&#232;les, d'emprunts, mais aussi de conflits. Le temps est en effet &#233;galement un instrument et un enjeu de pouvoir, et les diverses autorit&#233;s politiques et religieuses n'ont eu de cesse de chercher &#224; imposer leurs propres conceptions et mesures du temps, au moins comme mod&#232;le dominant. C'est aussi ce qu'entreprit la colonisation, ou de mani&#232;re plus diffuse le processus de modernisation inspir&#233; de l'Occident. Les Europ&#233;ens &#233;taient en effet convaincus que la ma&#238;trise d'un temps compt&#233;, rationnel, &#233;tait un indicateur de la modernit&#233; et devait &#234;tre r&#233;pandue par l'&#339;uvre de civilisation. Mais l'introduction du temps de l'horloge et du calendrier gr&#233;gorien appara&#238;t finalement comme une modalit&#233; nouvelle qui vient s'ajouter &#224; bien d'autres d&#233;j&#224; en place. Aujourd'hui, la d&#233;finition physique d'un temps universel, l'usage dominant du calendrier gr&#233;gorien ou encore la conqu&#234;te fulgurante d'un rythme nouveau n&#233; des r&#233;seaux num&#233;riques procurent le sentiment d'une uniformit&#233; de plus en plus pouss&#233;e. Celle-ci n'est cependant pas parvenue &#224; r&#233;duire totalement les multiples conceptions du temps construites dans la tr&#232;s longue dur&#233;e et dans des contextes culturels divers. La pluralit&#233; des usages sociaux du temps demeure ainsi rep&#233;rable tant entre les diverses cat&#233;gories sociales qu'entre les diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s. En t&#233;moignent, dans la r&#233;gion qui nous occupe, de fa&#231;on anecdotique mais r&#233;v&#233;latrice, la double date inscrite sur la premi&#232;re page des journaux, selon le calendrier de l'h&#233;gire et selon le calendrier gr&#233;gorien, le nom des mois &#233;tant en outre emprunt&#233; au syriaque au Moyen-Orient (&lt;i&gt;k&#226;n&#251;n al-th&#226;n&#238;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;shub&#226;t&lt;/i&gt;&#8230;) et &#224; l'h&#233;ritage latin au Maghreb (&lt;i&gt;yanay&#238;r&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;febray&#238;r&lt;/i&gt;&#8230;), ou encore la fr&#233;quence de l'expression &lt;i&gt;Insh'allah&lt;/i&gt;, qui renvoie &#224; la prudence face &#224; l'anticipation, tant qu'une action n'est pas pleinement accomplie, ou enfin la l&#233;g&#232;ret&#233; souvent d&#233;concertante &#224; l'&#233;gard de la ponctualit&#233;. Ces signes de la disjonction entre les normes dominantes et les pratiques ne doivent cependant pas &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme de simples survivances. Ils refl&#232;tent au contraire la vitalit&#233; des dynamiques sociales qui tout au long de l'histoire ont construit, fait vivre et &#233;voluer la pluralit&#233; temporelle, et continuent &#224; le faire encore aujourd'hui. Ce sont quelques-unes de ces dynamiques sociales que les contributions de ce num&#233;ro se proposent d'explorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En s'inscrivant dans un temps long qui relie les s&#233;ries &#171; histoire &#187; et &#171; monde contemporain &#187; alternant habituellement dans les livraisons de la revue, ce num&#233;ro ouvrait une fen&#234;tre temporelle tr&#232;s vaste, allant de la fin de l'Antiquit&#233; au monde contemporain. Dans les limites impos&#233;es par le volume de cette publication, et compte tenu du fait que les questionnements sur et par le temps restent peu usit&#233;s dans le milieu acad&#233;mique de la recherche sur le monde arabe et musulman, les contributions r&#233;unies ici n'offrent qu'une incursion fragmentaire et discontinue dans l'histoire du temps, des calendriers et des rythmes sociaux. Par ailleurs, &#224; l'exception d'un article sur le Maroc, toutes les contributions portent sur l'espace du Moyen-Orient, o&#249; la densit&#233; des strates et r&#233;f&#233;rences temporelles fait &#233;cho au pluralisme ethnique et religieux. En l'absence de contributions sur les autres espaces de la r&#233;gion, notamment les mondes iranien et turc, la question des circulations et des emprunts se trouve en bonne partie &#233;lud&#233;e ; elle m&#233;riterait une investigation propre. Enfin, sur une telle &#233;chelle chronologique, il n'&#233;tait pas non plus question d'aborder toutes les dimensions du temps. Aussi ne trouvera-t-on pas ici de r&#233;flexion sur la dimension ontologique du temps, sur la fa&#231;on dont la philosophie en culture musulmane a pu l'aborder, ou encore sur la construction des syst&#232;mes chronologiques et l'&#233;criture de l'histoire. C'est &#224; partir d'une interrogation plus concr&#232;te sur les techniques de mesure du temps, les temporalit&#233;s et les rythmes sociaux qu'elles induisent qu'a &#233;t&#233; b&#226;ti l'appel &#224; contributions de ce num&#233;ro. Autrement dit, on a privil&#233;gi&#233; l'&#233;tude du temps concret (&lt;i&gt;waqt&lt;/i&gt;) sur le temps m&#233;taphysique (&lt;i&gt;zam&#226;n&lt;/i&gt;). Dans cette perspective, la question des calendriers est centrale. Syst&#232;mes fondamentaux de structuration du temps, au d&#233;part inspir&#233;s de la nature mais amplement travaill&#233;s par l'intelligence humaine, ils se sont impos&#233;s dans des soci&#233;t&#233;s de plus en plus diff&#233;renci&#233;es afin d'organiser et de coordonner les diverses activit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;S'orienter dans le temps : un univers complexe de r&#233;f&#233;rences calendaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La profusion des calendriers est l'une des causes, mais non la seule, de la pluralit&#233; des conceptions et des rep&#232;res temporels dans l'espace musulman et m&#233;diterran&#233;en. La contribution de Leila Abu-Shams et Araceli Gonz&#225;lez-V&#225;zquez explore le cas du Maroc o&#249; appara&#238;t de fa&#231;on &#233;vidente la pluralit&#233; des r&#233;f&#233;rences et des usages temporels, et sa r&#233;silience en d&#233;pit des injonctions d'uniformisation. La perspective historique adopt&#233;e permet de suivre la fa&#231;on dont de nouveaux instruments de mesure du temps ont &#233;t&#233; introduits, processus qui ne pr&#233;sente gu&#232;re de diff&#233;rence avec celui qui a eu lieu au m&#234;me moment dans l'Empire ottoman (Hitzel, 2011), dont le Maroc ne faisait pourtant pas partie. La circulation des mod&#232;les et des techniques suit les circuits commerciaux favorables. On retrouve &#224; la cour marocaine le m&#234;me engouement pour les objets, montres et horloges, que dans le s&#233;rail ottoman, sans que la pr&#233;sence de ceux-ci n'entra&#238;ne de changement imm&#233;diat et sensible dans les usages. Ce n'est qu'apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, tout comme en Europe finalement, que les garde-temps se g&#233;n&#233;ralisent, mais le temps continue par ailleurs d'&#234;tre exprim&#233; par bien d'autres vecteurs, linguistiques, sonores ou corporels. La juxtaposition des diff&#233;rents calendriers est &#233;galement bien ancr&#233;e et chacun des trois calendriers en usage au Maroc (h&#233;girien, gr&#233;gorien et agraire/julien) permet de g&#233;rer certains secteurs de la vie sociale et de d&#233;terminer certains rituels et f&#234;tes, dont l'ensemble rythme la vie quotidienne. La pluralit&#233; des calendriers, leur impact sur la vie sociale et religieuse, et les strat&#233;gies de pouvoir qui pr&#233;sident &#224; leur &#233;laboration et &#224; leurs usages, sont plus visibles encore &#224; J&#233;rusalem en raison de l'incroyable densit&#233; religieuse de la ville. L'analyse du calendrier &#233;dit&#233; annuellement par le patriarcat arm&#233;nien de J&#233;rusalem par Sossie And&#233;zian permet de mesurer la profondeur historique des calendriers auxquels se r&#233;f&#232;rent les groupes sociaux, religieux et ethniques de la r&#233;gion, la permanence de la r&#233;f&#233;rence identitaire qu'ils constituent et l'importance de chacun d'entre eux comme &#171; lieu de m&#233;moire &#187; (Le Goff, 2002 : 19). Dans une J&#233;rusalem r&#233;gie par le &lt;i&gt;Statu quo&lt;/i&gt; qui organise l'usage des lieux saints, o&#249; se croisent les trois monoth&#233;ismes et de multiples &#201;glises, et o&#249; le calendrier julien est encore pleinement d'actualit&#233;, ce qui constitue une particularit&#233; forte, le calendrier arm&#233;nien refl&#232;te d'abord cette diversit&#233;, tendant m&#234;me &#224; la figer telle qu'elle existait &#224; la fin de l'Empire ottoman, tout en servant d'outil permettant &#224; la communaut&#233; arm&#233;nienne de s'inscrire dans le temps &#171; authentique &#187; de l'&#201;glise originelle de J&#233;rusalem. Mais il est aussi inscrit dans l'histoire et en suit donc les m&#233;andres, refl&#233;tant notamment les &#233;volutions sociales et d&#233;mographiques de la communaut&#233; arm&#233;nienne mais aussi une situation g&#233;opolitique locale qui tend de plus en plus &#224; distendre les liens qui permettaient aux divers temps liturgiques d'interf&#233;rer, au moins partiellement lors des f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces deux exemples, en deux points &#233;loign&#233;s de la r&#233;gion, s'ils sont sans doute insuffisants &#224; refl&#233;ter l'extraordinaire profusion calendaire qu'on y observe, r&#233;v&#232;lent cependant des similitudes et pr&#233;sentent d&#233;j&#224; nombre de sp&#233;cificit&#233;s de l'histoire, particuli&#232;rement riche et dense, des calendriers dans l'espace du monde arabe et musulman. Cette question a suscit&#233; une bibliographie assez cons&#233;quente mais dispers&#233;e. Il n'est pas question d'en pr&#233;senter ici une synth&#232;se, un exercice qui devrait faire appel &#224; des consid&#233;rations tr&#232;s techniques et r&#233;clamerait un volume entier, mais seulement de poser quelques jalons afin de fixer des rep&#232;res qui manquent parfois m&#234;me aux personnes famili&#232;res de cet espace, de faire appara&#238;tre les principales caract&#233;ristiques des relations, de compl&#233;mentarit&#233; ou de conflit, n&#233;es autour des ancrages calendaires, et de d&#233;gager quelques-uns des courants de circulation des mod&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est bien &#233;videmment en observant les ph&#233;nom&#232;nes et les rythmes naturels du cosmos que les premi&#232;res civilisations du Proche-Orient, en M&#233;sopotamie et en &#201;gypte, ont cr&#233;&#233; les premiers calendriers afin d'organiser l'activit&#233; agricole sur une cadence annuelle et d'inscrire les f&#234;tes, notamment religieuses, dans la r&#233;gularit&#233;. La course du soleil d&#233;termine ainsi la notion de jour, que celui-ci commence au lever du soleil (&#224; Babylone et en Perse) ou &#224; son coucher (dans la tradition juive et &#224; Rome, plus tard en islam). Les cycles de la lune d&#233;finissent le mois, qui correspond &#224; la dur&#233;e s&#233;parant deux nouvelles lunes successives. L'ann&#233;e tropique s'inscrit quant &#224; elle dans la course du soleil et se d&#233;ploie dans l'intervalle qui s&#233;pare deux &#233;quinoxes de printemps. Mais ni la lunaison moyenne (29,53058885 jours pour &#234;tre pr&#233;cis), ni l'ann&#233;e tropique (environ 365,25 jours) ne comprennent un nombre entier de jours, ce qui impose aux astronomes et computistes de se livrer &#224; de savants calculs pour approcher au mieux les cycles naturels. Pour des raisons pratiques li&#233;es aux exigences de l'agriculture, la plupart des calendriers anciens &#233;taient luni-solaires, c'est-&#224;-dire qu'ils s'effor&#231;aient de respecter tout &#224; la fois le cycle des saisons et celui de la lune. Le calendrier &#233;gyptien avait la particularit&#233; de s'accorder aux fluctuations du Nil. Le lever h&#233;liaque de l'&#233;toile Sirius (Sothis), qui correspondait &#224; peu pr&#232;s au d&#233;but de la crue, marquait le commencement de l'ann&#233;e. Celle-ci &#233;tait divis&#233;e en trois saisons (inondation, germination/hiver, moisson/&#233;t&#233;) de quatre mois de 30 jours chacun, auxquels s'ajoutaient 5 jours &#233;pagom&#232;nes (en surplus) afin de s'accorder &#224; l'ann&#233;e tropique. Mais un d&#233;calage demeurait entre ces 365 jours et l'ann&#233;e tropique r&#233;elle, de quelques heures suppl&#233;mentaires, entra&#238;nant un recul progressif d'un jour tous les quatre ans, et donc &#224; terme le brouillage des saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'exemple du calendrier &#233;gyptien, pourtant consid&#233;r&#233; comme l'un des plus astucieux, en t&#233;moigne : la tendance des calendriers est de se d&#233;traquer, surtout lors des p&#233;riodes de trouble au cours desquelles les autorit&#233;s n&#233;gligent de faire appliquer les syst&#232;mes de correction. &#192; l'inverse, certains pouvoirs dominants ont pu chercher un surcro&#238;t de l&#233;gitimit&#233; en perfectionnant leur calendrier et en l'adaptant au mieux aux n&#233;cessit&#233;s de la vie sociale. Ainsi, le calendrier romain avait souffert de nombreuses lacunes dans l'&#233;tablissement des mois intercalaires n&#233;cessaires pour l'adapter &#224; l'ann&#233;e tropique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#233;ajustement sur l'ann&#233;e tropique peut se faire de plusieurs mani&#232;res, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 46 av. J.C, Jules C&#233;sar entreprit de le r&#233;former. Alternant des mois de 30 et 31 jours, l'ann&#233;e comptait d&#233;sormais 365 jours et une ann&#233;e bissextile tous les quatre ans comportait un jour suppl&#233;mentaire pour compenser le quart de jour perdu chaque ann&#233;e. Un peu plus tardivement, en 30 av. JC., la r&#233;forme julienne a &#233;t&#233; adapt&#233;e au calendrier &#233;gyptien. Les mois restaient &#224; 30 jours et conservaient leurs noms &#233;gyptiens mais ils &#233;taient mis en correspondance avec les dates du calendrier julien (ainsi le premier mois de l'ann&#233;e, Thot, s'&#233;tend du 29 ao&#251;t au 27 septembre julien). En outre, une ann&#233;e bissextile fut introduite avec l'ajout, tous les quatre ans, d'un sixi&#232;me jour aux cinq jours &#233;pagom&#232;nes. Ce calendrier julien, dit &#171; alexandrin &#187;, a ensuite &#233;t&#233; adopt&#233; par les Coptes. Appel&#233; depuis lors calendrier copte, il a rythm&#233; la vie religieuse et liturgique de cette communaut&#233; mais &#233;galement, agr&#233;ment&#233; de proverbes et de notations m&#233;t&#233;orologiques, toute la vie agraire &#233;gyptienne. Il a &#233;t&#233; officiellement supprim&#233; en 1874 mais continue jusqu'&#224; aujourd'hui &#224; scander les travaux des champs. Le calendrier julien, dans sa forme originelle ou copte, impos&#233; dans tout l'empire, est ainsi demeur&#233; dominant dans le bassin m&#233;diterran&#233;en&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais la Perse conserve son propre calendrier solaire, le monde turc son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en Europe jusqu'&#224; la r&#233;forme gr&#233;gorienne de 1582. Celle-ci a entra&#238;n&#233; la disjonction, au fur et &#224; mesure de l'adoption du nouveau calendrier, entre les modes de rep&#232;re temporel en usage dans les pays de l'Europe et ceux en usage dans le bassin oriental et le Sud de la M&#233;diterran&#233;e, rest&#233;s attach&#233;s au calendrier julien. La difficult&#233; rencontr&#233;e par Rome &#224; faire adopter le calendrier gr&#233;gorien par les &#201;glises uniates &#224; partir du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle est d'ailleurs r&#233;v&#233;latrice des r&#233;sistances face aux changements de r&#233;f&#233;rence calendaire (Heyberger, 1994). Pourtant, suite au mouvement de fond qui a assur&#233; la domination du calendrier gr&#233;gorien, introduit par les multiples canaux de la modernisation &#224; partir du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la plupart des &#201;glises orthodoxes de la r&#233;gion, &#224; l'exception de celles de J&#233;rusalem&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;glises orthodoxes de Russie, de Serbie, de Mac&#233;doine et de G&#233;orgie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ont adopt&#233; &#224; leur tour, entre les ann&#233;es 1930 et 1960, le calendrier gr&#233;gorien. Au Moyen-Orient, seule la date des P&#226;ques orthodoxes demeure arrim&#233;e au calendrier julien et diverge donc de la date des P&#226;ques catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus encore que la fa&#231;on d'&#233;tablir le comput, qui a surtout un usage pratique, le point de d&#233;part du calendrier peut appara&#238;tre comme un marqueur culturel et d'identit&#233; fort. Dans le monde ancien, l'usage le plus r&#233;pandu &#233;tait de commencer le syst&#232;me de datation &#224; partir du d&#233;but de chaque r&#232;gne ou de chaque dynastie. Mais certaines soci&#233;t&#233;s, certaines communaut&#233;s marquent ce commencement &#224; partir d'un &#233;v&#233;nement fondateur de leur histoire. Ainsi, si les Coptes, les Arm&#233;niens et les Berb&#232;res utilisent la m&#234;me trame du calendrier julien, ils l'inscrivent dans des &#232;res diff&#233;rentes. Les Coptes font d&#233;buter leur calendrier le 29 ao&#251;t 284, premi&#232;re ann&#233;e de r&#232;gne de l'empereur Diocl&#233;tien, qui inaugure pour eux l'&#232;re des martyrs en raison des pers&#233;cutions de chr&#233;tiens ordonn&#233;es par cet empereur. Les Arm&#233;niens ont conserv&#233; deux &#232;res, l'une &#224; caract&#232;re plut&#244;t symbolique, l'&#232;re originelle arm&#233;nienne qui fait remonter le d&#233;but de la chronologie en 2492 avant l'&#232;re chr&#233;tienne, date arbitraire correspondant &#224; la fondation pr&#233;sum&#233;e du peuple arm&#233;nien par Ha&#239;k, lui-m&#234;me personnage mi-historique mi-mythique, et l'autre inscrite dans une perspective plus pratique, la grande &#232;re arm&#233;nienne qui d&#233;bute le 11 juillet 552 du calendrier julien. Enfin, par une initiative r&#233;cente de militants amazighs, les Berb&#232;res font d&#233;sormais d&#233;buter leur calendrier en 950 avant J.C., quand un roi berb&#232;re, Chachnaq I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;, fut intronis&#233; pharaon d'&#201;gypte et fonda la XXII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; dynastie (Iherkouken, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un &#233;v&#233;nement aussi important que l'apparition de l'islam ne pouvait manquer de susciter la cr&#233;ation d'une nouvelle &#232;re. C'est la date du d&#233;but de l'h&#233;gire, l'exil vers M&#233;dine, fix&#233;e au 16 juillet 622, qui marque le d&#233;but du nouveau calendrier musulman. &#201;tablie sous &#8216;Umar en 637, cette nouvelle &#232;re a &#233;t&#233; rapidement mise en usage dans les proc&#233;dures administratives de la nouvelle puissance partie &#224; la conqu&#234;te du monde. Un papyrus &#233;gyptien, &#233;crit en grec et en arabe et dat&#233; de l'an 22, ainsi qu'un graffiti trouv&#233; dans le nord-ouest de l'Arabie et dat&#233; de l'an 24, attestent de l'usage pr&#233;coce du calendrier de l'h&#233;gire (Micheau, 2012 : 199-200). En Perse, l'&#232;re de Yazdgard, qui avait d&#233;but&#233; en 632 lors de l'accession au tr&#244;ne du dernier souverain sassanide et qui &#233;tait en usage au moment de la conqu&#234;te musulmane, a servi pendant un quart de si&#232;cle &#224; dater les monnaies musulmanes, avant de c&#233;der la place &#224; l'&#232;re de l'h&#233;gire (Drouin, 1889). Le souci de s'inscrire dans ce nouveau calendrier semble t&#233;moigner du d&#233;veloppement pr&#233;coce d'une conscience historique musulmane (Borrut, 2011 : 32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Outre l'&#233;tablissement d'une &#232;re nouvelle, qui met fin aux datations relatives li&#233;es &#224; tel ou tel &#233;v&#233;nement (ann&#233;e de l'&#233;l&#233;phant, ann&#233;e du p&#232;lerinage de l'adieu&#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce type de datation s'est toutefois poursuivi dans les usages populaires et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'islam a initi&#233; d'autres changements fondamentaux dans le domaine du temps et de sa mesure. Le nouveau calendrier renonce en effet &#224; l'intercalation de mois suppl&#233;mentaires, pourtant en usage dans l'Arabie pr&#233;islamique, comme dans de nombreux calendriers antiques, afin d'adapter le cycle lunaire aux saisons. Purement lunaire, le calendrier musulman d&#233;rive donc au fil des saisons. Mais si les dates des grandes c&#233;l&#233;brations du culte (ramadan, p&#232;lerinage&#8230;) s'en trouvent ainsi mobiles, la pri&#232;re quotidienne ob&#233;it quant &#224; elle &#224; des imp&#233;ratifs temporels pr&#233;cis li&#233;s &#224; la course du soleil. La n&#233;cessit&#233; de conna&#238;tre l'heure pour d&#233;signer le moment des pri&#232;res, comme celle de d&#233;terminer la direction de La Mecque pour orienter le mur de &lt;i&gt;qibla&lt;/i&gt;, ou encore les comp&#233;tences n&#233;cessaires pour d&#233;tecter l'apparition du croissant de lune, marquant le d&#233;but des mois, ont donn&#233; lieu &#224; l'&#233;panouissement de l'astronomie en terre d'islam et notamment de la science pratique de la mesure du temps &lt;i&gt;(&#8216;ilm al-m&#238;q&#226;t&lt;/i&gt;) (King, 2003, 2004 et 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sans doute volontairement r&#233;volutionnaire, le calendrier musulman ne doit cependant pas &#234;tre vu comme une fronti&#232;re rigide qui s&#233;parerait les conceptions du temps des musulmans de celles des autres communaut&#233;s. S'il impose des rythmes sp&#233;cifiques aux croyants, il compose aussi avec les computs h&#233;rit&#233;s des si&#232;cles ant&#233;rieurs. Les autorit&#233;s musulmanes ont d'ailleurs mobilis&#233; certains de ceux-ci pour compenser les faiblesses du calendrier lunaire. L'astronomie et l'astrologie, qui &#233;taient si actives dans la Bagdad abbasside, pr&#233;f&#232;rent le cycle solaire pour effectuer leurs calculs. Aussi ont-elles emprunt&#233;, &#224; c&#244;t&#233; du syst&#232;me de comput h&#233;rit&#233; de Ptol&#233;m&#233;e, le calendrier solaire perse (ou zoroastrien), inscrit alors dans l'&#232;re de Yazdgard, qui, &#224; l'imitation du calendrier &#233;gyptien, proposait une &#171; ann&#233;e vague &#187; de douze mois de 30 jours avec cinq jours &#233;pagom&#232;nes ajout&#233;s en fin d'ann&#233;e. Il &#233;tait en effet plus facile d'inscrire les mouvements des astres dans ces cellules r&#233;guli&#232;res de 30 jours. C'est dans ce cadre, r&#233;form&#233; au XI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle pour rattraper l'in&#233;vitable d&#233;calage avec l'ann&#233;e tropique en introduisant un subtil syst&#232;me d'ann&#233;es bissextiles, et d&#233;sormais nomm&#233; &#171; &#232;re Jal&#226;l&#238; &#187;, qu'ont &#233;t&#233; produites les nombreuses tables astronomiques (&lt;i&gt;z&#238;j&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prenant la suite du travail conduit par E.S. Kennedy (1956), qui avait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; partir desquelles ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;s localement, durant des si&#232;cles, les diff&#233;rents calendriers, les almanachs et les tableaux de concordances de date (Blake, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La fiscalit&#233;, dont une bonne part est issue de la production agricole ob&#233;issant &#224; des cycles saisonniers, r&#233;clame aussi la r&#233;gularit&#233;. D&#232;s l'&#233;poque omeyyade est institu&#233; en &#201;gypte un calendrier hybride, associant la nouvelle &#232;re musulmane lunaire avec les mois coptes inscrits dans l'ann&#233;e solaire, afin de d&#233;terminer les dates de perception des imp&#244;ts li&#233;s au cycle agraire et &#224; l'inondation (R&#226;gib, 2007). &#192; l'&#233;poque abbasside, c'est le calendrier perse/zoroastrien qui a servi ensuite de base pour &#233;tablir un calendrier de la lev&#233;e des taxes (&lt;i&gt;khar&#226;j&#238;&lt;/i&gt;). Au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'Empire ottoman met &#224; son tour en usage un calendrier, dit &lt;i&gt;m&#226;l&#238;&lt;/i&gt; (financier), pour g&#233;rer les questions financi&#232;res, commerciales puis douani&#232;res, qui s'inscrivait dans l'&#232;re musulmane mais suivait le calendrier solaire julien, avec la d&#233;nomination des mois syriaques, et qui commen&#231;ait au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mars. En 1840, dans le contexte des &lt;i&gt;Tanz&#238;m&#226;t&lt;/i&gt;, ce calendrier est &#233;tendu &#224; toutes les affaires de l'&#201;tat et de l'administration, dans un souci d'efficacit&#233; et de rationalit&#233; (Georgeon, 2011 : 245).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est dans le domaine agricole que la n&#233;cessit&#233; d'adopter un calendrier solaire, en harmonie avec les saisons, se fait le plus sentir. Les trames des calendriers julien, copte ou perse (&#232;re de Yazdgard) ont servi de base aux diff&#233;rents calendriers agraires du bassin m&#233;diterran&#233;en et du Proche-Orient. Dans le cadre de l'ann&#233;e solaire, en puisant dans la riche tradition arabe des &lt;i&gt;anw&#226;&lt;/i&gt;&#8216;, ces observations des mansions lunaires et du lever et du coucher des &#233;toiles qui permettaient de faire des projections m&#233;t&#233;orologiques, et en s'appuyant sur les tables astronomiques (&lt;i&gt;z&#238;j&lt;/i&gt;), les astronomes arabes produisaient des calendriers qui &#233;grenaient, souvent avec l'aide de proverbes, des renseignements et conseils agricoles et fournissaient des donn&#233;es astronomiques, m&#233;t&#233;orologiques et m&#233;dico-hygi&#233;niques (Renaud 1948 ; Pellat, 1979 et 1986). Si seules quelques versions savantes de ces calendriers sont connues pour avoir &#233;t&#233; publi&#233;es et traduites, il semblerait qu'il y ait un assez grand nombre de manuscrits de ce type, dont des copies, pr&#233;sentes dans les zaou&#239;as alg&#233;riennes par exemple, pouvaient servir aux lettr&#233;s &#224; transmettre aux fellahs une conception scripturaire du temps (Colonna, 1995 : 179). Ces calendriers t&#233;moignent de l'intensit&#233; et de la complexit&#233; de la circulation des mod&#232;les depuis l'Antiquit&#233;. Ils empruntent &#224; l'astrologie grecque et contiennent par ailleurs de nombreuses r&#233;f&#233;rences aux f&#234;tes et aux saints chr&#233;tiens. Ils s'adaptaient par ailleurs aux sp&#233;cificit&#233;s r&#233;gionales. Un calendrier y&#233;m&#233;nite du XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, par exemple, utilise les mois syriaques et himyarites mais puise nombre de ses r&#233;f&#233;rences agraires en &#201;gypte et donne une place importante au calendrier nautique bas&#233; sur la date de &lt;i&gt;nawr&#251;z&lt;/i&gt;, le nouvel an du calendrier perse (Varisco, 1994). Ces calendriers forment ainsi une stratigraphie de r&#233;f&#233;rences savantes et populaires, d'emprunts &#233;trangers et d'exp&#233;riences purement locales. Largement sortis de l'usage savant, ils connaissaient encore au c&#339;ur du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#8211; et de fa&#231;on plus discr&#232;te aujourd'hui &#8211; sous des formes plus ou moins &#233;labor&#233;es, une diffusion populaire qui avait &#233;t&#233; favoris&#233;e au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par l'introduction de l'imprimerie. Leur usage pratique se perp&#233;tue d'ailleurs et la fa&#231;on dont ils continuent &#224; irriguer les repr&#233;sentations du temps et &#224; scander les travaux agraires en milieu rural m&#233;riterait d'&#234;tre plus amplement document&#233;e par des travaux ethnographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'Empire ottoman du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, multiconfessionnel et pluriethnique, assis sur tous les empires ant&#233;rieurs, a sans doute atteint un sommet dans la pluralit&#233; des r&#233;f&#233;rences temporelles. Aussi s'est-il attach&#233; &#224; g&#233;rer cette complexit&#233;, avant de chercher finalement &#224; la r&#233;duire. Si la libert&#233; &#233;tait laiss&#233;e aux diff&#233;rentes communaut&#233;s de faire usage de leur propre comput, il fallait n&#233;anmoins pouvoir coordonner les activit&#233;s collectives. L&#224; encore l'imprimerie a jou&#233; un r&#244;le important. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1830, les presses gouvernementales de Boulak, en &#201;gypte, &#233;ditaient chaque ann&#233;e un almanach qui donnait, outre de nombreuses notations astronomiques et pratiques, la correspondance des dates des calendriers musulman, copte, julien et gr&#233;gorien (Lane, 1978 : 222). Ce type d'almanachs, devenus plus riches en informations que les calendriers agraires ant&#233;rieurs apr&#232;s avoir emprunt&#233; le mod&#232;le des almanachs europ&#233;ens apparus &#224; l'&#233;poque moderne avec l'imprimerie, s'est r&#233;pandu dans l'Empire ottoman &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (T&#252;resay, 2011). Le calendrier de l'&#201;glise arm&#233;nienne &#233;tudi&#233; ici par Sossie And&#233;zian s'inscrit dans cette filiation. Dans le souci de coordonner les relations &#233;conomiques avec l'Empire ottoman, des tables et des outils de conversion ont en outre &#233;t&#233; produits en Europe, comme en t&#233;moignent un almanach comparant les dates des calendriers gr&#233;gorien, julien, musulman et h&#233;bra&#239;que, &#233;dit&#233; &#224; Marseille &#171; &#224; l'usage des Orientaux et des peuples en relation avec l'Orient &#187; (Ventre, 1873), ou encore la m&#233;thode de calcul &#171; facile, prompte &#224; employer et d'une exactitude math&#233;matique &#187; pour r&#233;aliser les conversions de dates calendaires, propos&#233; par un ancien sous-directeur de l'Observatoire imp&#233;rial de Constantinople et &#233;dit&#233; &#224; Paris dans les ann&#233;es 1890 (Lacoine, 1891).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au moment m&#234;me o&#249; foisonnent les almanachs, qui &#224; travers les tables de conversions donnent toute la mesure de la pluralit&#233; calendaire en usage dans la r&#233;gion, les autorit&#233;s ottomanes, pleinement int&#233;gr&#233;es par ailleurs dans une &#233;poque privil&#233;giant la rationalit&#233; scientifique, ont cherch&#233; &#224; homog&#233;n&#233;iser cette situation. Si &#224; cette &#233;poque l'Europe m&#232;ne une offensive &#233;conomique qui a pour cons&#233;quence de diffuser l'heure et le calendrier europ&#233;ens &#224; travers diverses institutions (l'&#233;cole, la presse, les chemins de fer&#8230;), la volont&#233; de standardisation &#233;mane tout autant des autorit&#233;s ottomanes, puis jeunes-turques. C'est aussi dans ce contexte, en 1874, donc avant l'occupation anglaise, que le calendrier copte avait &#233;t&#233; officiellement supprim&#233; en &#201;gypte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;gypte ne conserve plus alors que les calendriers musulman et gr&#233;gorien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tent&#233; par l'id&#233;e de faire adopter le calendrier gr&#233;gorien, le sultan Abd&#252;lhamid II a d&#251; toutefois composer avec des autorit&#233;s religieuses r&#233;ticentes (Georgeon, 2011 : 251). Ce n'est qu'en 1917 qu'une r&#233;forme du calendrier &lt;i&gt;m&#226;l&#238;&lt;/i&gt; aboutit. Gr&#226;ce &#224; la suppression de treize jours qui constituaient la diff&#233;rence entre calendriers julien (dit &#171; vieux style &#187;) et gr&#233;gorien (dit &#171; nouveau style &#187;), le calendrier administratif ottoman se trouvait d&#233;sormais arrim&#233; &#224; ce dernier. Les mill&#233;simes restaient toutefois ceux de l'h&#233;gire, et l'ann&#233;e commen&#231;ait toujours au 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mars. En 1925, la jeune R&#233;publique turque adopte pleinement le calendrier gr&#233;gorien, le calendrier de l'h&#233;gire &#233;tant r&#233;serv&#233; aux seules &#171; affaires priv&#233;es &#187; (Georgeon, 2011 : 273). En Perse, pays qui &#224; lui seul poss&#232;de une histoire des calendriers foisonnante (de Blois, 1996), la rationalisation men&#233;e &#224; la m&#234;me &#233;poque a cherch&#233; &#224; s'inscrire dans cette histoire longue. Face &#224; la n&#233;cessit&#233; d'avoir un calendrier solaire &#224; c&#244;t&#233; du calendrier lunaire musulman, la Perse pouvait puiser dans son propre patrimoine puisque le calendrier perse/zoroastrien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Zoroastriens de Perse et d'Inde continuent &#224; utiliser ce calendrier.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, devenu Jal&#226;l&#238; apr&#232;s sa r&#233;forme au XI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#233;tait solaire. Supplant&#233; par le calendrier turco-mongol des Douze animaux et surtout par le calendrier de l'h&#233;gire &#224; partir du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le calendrier solaire a &#233;t&#233; r&#233;introduit en 1925 ; dans cette version modernis&#233;e, il est devenu le calendrier officiel de l'Iran. Si l'ann&#233;e est solaire, le nom des mois est emprunt&#233; aux calendriers iraniens anciens, l'ann&#233;e commence &#224; &lt;i&gt;nawr&#251;z&lt;/i&gt;, date fix&#233;e par la r&#233;forme Jal&#226;l&#238; &#224; l'&#233;quinoxe de printemps, et il commence avec l'h&#233;gire (mais n'ayant pas la m&#234;me structure que le calendrier lunaire musulman, les mill&#233;simes diff&#232;rent). Un mod&#232;le de synth&#232;se et de subtilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, en d&#233;pit du mouvement d'uniformisation qui a donn&#233;, depuis le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, un poids pr&#233;pond&#233;rant au calendrier gr&#233;gorien, de nombreux autres computs demeurent bien vivants dans la r&#233;gion. Dans chaque pays cohabitent les calendriers religieux et le calendrier national ou &#233;tatique, qui chacun d&#233;cline ses propres f&#234;tes et comm&#233;morations. Cette situation, simplifi&#233;e par rapport &#224; celle qui pr&#233;valait dans l'Empire ottoman, est toujours susceptible d'&#233;volution. La probabilit&#233; d'un retour &#224; la date julienne de P&#226;ques pour les catholiques de J&#233;rusalem est un signe de ces changements possibles. En islam, la question de l'abandon du principe de l'observation de la lune au profit d'un calendrier bas&#233; sur le calcul scientifique et astronomique est en d&#233;bat depuis longtemps, m&#234;me s'il ne semble pas pr&#234;t d'&#234;tre tranch&#233; (Moosa, 1998 ; Ahmed, 1998). Les progr&#232;s de la technologie, les d&#233;couvertes de la physique sont toujours susceptibles de faire bouger les fronti&#232;res. Les computistes qui se sont succ&#233;d&#233;s pendant des si&#232;cles pour dresser de savantes tables de conversion de dates seraient bien surpris de d&#233;couvrir qu'aujourd'hui elles s'obtiennent d'un simple clic de souris.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Pratiques et usages : des temporalit&#233;s multiples&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les calendriers sont des syst&#232;mes de structuration du temps fondamentaux, qui ont un impact profond sur la vie liturgique, religieuse et festive des diff&#233;rentes communaut&#233;s, ils ne sont pas les seuls dispositifs aptes &#224; fabriquer du temps. Le temps est aussi &#233;labor&#233; par les pratiques sociales elles-m&#234;mes. C'est aux m&#233;canismes par lesquels les processus sociaux construisent leurs propres cadres temporels, et &#224; la fa&#231;on dont les individus et les groupes vivent ces configurations temporelles particuli&#232;res li&#233;es aux diff&#233;rentes activit&#233;s dans lesquelles ils sont engag&#233;s, qu'on r&#233;servera ici le terme de temporalit&#233;s (Dubar, 2004). On l'a vu, les soci&#233;t&#233;s de l'Orient m&#233;diterran&#233;en vivaient, et continuent de vivre aujourd'hui, bien qu'&#224; un moindre degr&#233;, en circulant entre plusieurs calendriers. Chacun d'entre eux repr&#233;sente un marqueur d'identit&#233; fort pour la communaut&#233; qui s'y reconna&#238;t et en fait usage. Les temporalit&#233;s sociales sont quant &#224; elles plus largement partag&#233;es et permettent de saisir les soci&#233;t&#233;s dans leur diversit&#233;, mais de mani&#232;re plus transversale. Une histoire des calendriers dans cette r&#233;gion peut s'appuyer sur une litt&#233;rature assez vaste, bien que dispers&#233;e ; la question des temporalit&#233;s est en revanche peu trait&#233;e. Si l'on emprunte au Larousse sa d&#233;finition du mot temporalit&#233;, on lit qu'il s'agit &#171; du caract&#232;re de ce qui se d&#233;roule dans le temps &#187;. Le temps est donc partout, implicitement int&#233;gr&#233; &#224; tout ph&#233;nom&#232;ne social ; il appara&#238;t en somme comme une &#233;vidence. Aussi pour mettre au jour les temporalit&#233;s, pour les faire surgir des pratiques sociales, convient-il de les interroger explicitement. C'est la d&#233;marche adopt&#233;e par une autre s&#233;rie de contributions de ce num&#233;ro. L&#224; encore il ne s'agit que de trois coups de sonde, &#224; trois moments tr&#232;s espac&#233;s de l'histoire de la r&#233;gion, mais qui permettent de tester le caract&#232;re fertile d'une d&#233;marche qui fait entre autres surgir de l'histoire sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les deux premi&#232;res contributions qui se penchent sur la fa&#231;on dont les processus sociaux fa&#231;onnent leurs propres temporalit&#233;s nous am&#232;nent &#224; deux moments cruciaux de l'histoire de la r&#233;gion, les premiers si&#232;cles de l'islam d'une part, et le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle des &lt;i&gt;Tanz&#238;m&#226;t&lt;/i&gt; et de la modernisation d'autre part. On peut y lire la mani&#232;re dont, aux c&#244;t&#233;s du temps liturgique et religieux, s'imposent d'autres temporalit&#233;s dominantes, dont les principales naissent de la pratique officielle impos&#233;e par les pouvoirs politiques (administration, lever des imp&#244;ts&#8230;) et par les autorit&#233;s sociales et religieuses les plus puissantes (travail, justice, enseignement&#8230;). Les moments de ruptures, de bouleversement, ou m&#234;me de r&#233;formes, sont donc aussi des moments de mutations temporelles, parce qu'ils secouent ces autorit&#233;s, en font &#233;merger de nouvelles, et suscitent la construction de nouvelles temporalit&#233;s. Mathieu Tillier d&#233;crit ainsi la fa&#231;on dont l'islam &#224; ses d&#233;buts a mis en place un appareil judiciaire qui a fait na&#238;tre des emplois du temps sp&#233;cifiques, tant pour les juges que pour les plaideurs, ainsi qu'une organisation temporelle des proc&#232;s et des audiences, qui n&#233;anmoins pouvaient parfois s'&#233;terniser. De fa&#231;on plus abstraite, la pratique judiciaire a fabriqu&#233; &#224; son tour des concepts fond&#233;s sur des valeurs temporelles, tels que d&#233;lai, pr&#233;somption et prescription, afin d'alimenter sa r&#233;flexion et son efficacit&#233;. Bien des si&#232;cles plus tard, c'est un enseignement renouvel&#233;, celui dispens&#233; notamment par les missionnaires j&#233;suites de l'Universit&#233; Saint-Joseph de Beyrouth, &#233;tudi&#233; ici par Chantal Verdeil, qui impulse de nouvelles temporalit&#233;s, inscrites dans un cycle annuel in&#233;dit, l'ann&#233;e scolaire, et dans des horaires compt&#233;s par l'horloge. Toutefois ces nouvelles pratiques, inspir&#233;es mais non impos&#233;es par l'Occident, ne viennent pas gommer la pluralit&#233; temporelle propre &#224; l'Empire ottoman, elles viennent s'y rajouter et, si elles restent marqu&#233;es du sceau du catholicisme, elles savent s'adapter au public pluriconfessionnel des institutions missionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En observant le temps &#224; partir des pratiques sociales, on peut rep&#233;rer non seulement la pluralit&#233; des r&#233;f&#233;rences temporelles, qu'on avait d&#233;j&#224; per&#231;ue &#224; travers la question des calendriers, mais aussi leur f&#233;condit&#233;, leur plasticit&#233;, ainsi que les comp&#233;tences mobilis&#233;es par les individus et les groupes pour s'y adapter, en jouer, se couler de l'une &#224; l'autre ou en esquiver certaines. On est bien loin d'un temps fig&#233;, essentialis&#233; et enferm&#233; dans les rets d'une culture, comme a pu le concevoir l'orientalisme. Fa&#231;onn&#233;es par des usages inscrits dans des cultures et des trajectoires historiques particuli&#232;res, les temporalit&#233;s ne sont pas pour autant totalement sp&#233;cifiques &#224; une culture, &#224; un lieu ou &#224; une soci&#233;t&#233;. Le temps de la justice m&#233;di&#233;vale en islam, et les concepts de nature temporelle auxquels elle a donn&#233; naissance, ne sont pas radicalement diff&#233;rents de ce qui avait cours dans la justice occidentale &#224; la m&#234;me &#233;poque. De m&#234;me, la nuit mamelouke racont&#233;e par M. Eychenne r&#233;v&#232;le un usage de ce moment qui rencontre bien des &#233;chos avec la situation europ&#233;enne. Aussi s'av&#232;re-t-il difficile de r&#233;duire le temps &#224; &#171; un temps de l'islam &#187;, ou plus sp&#233;cifiquement encore &#224; un &#171; temps kabyle &#187; (Bourdieu, 1963). Les dimensions culturelles y ont certes leur part, importante, mais les repr&#233;sentations du temps et les configurations form&#233;es par les diverses temporalit&#233;s produites par les actions humaines ne forment pas pour autant un syst&#232;me culturel coh&#233;rent et stable au sein de chaque groupe. S'inspirant tout &#224; la fois de l'universalit&#233; des contraintes naturelles du cosmos, des rythmes biologiques du corps, et de rythmes sociaux propres, elles empruntent au fil du temps de nouveaux mod&#232;les d'origines diverses, incorporent de nouveaux outils, et parmi eux les objets de mesure du temps. L'usage de ces derniers n'induit d'ailleurs pas que l'usager emprunte par l&#224; m&#234;me les conceptions du temps qui sont &#224; l'origine de leur &#233;laboration (Birth, 2012). Les temporalit&#233;s sont des mod&#232;les hybrides en &#233;volution constante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ant&#233;riorit&#233; des travaux sur le temps dans l'espace occidental a permis de mettre au jour et de confronter les temporalit&#233;s produites dans les principaux registres du monde social (temps de travail, temps de loisir, temps de la jeunesse&#8230;et bien d'autres encore) alors que pour les autres r&#233;gions du monde, le temps est d'abord r&#233;f&#233;r&#233; &#224; la culture, et donc essentiellement &#224; la dimension religieuse (Ric&#339;ur, 1975). Sans doute conviendrait-il d&#233;sormais d'&#233;largir la perspective pour explorer le temps dans sa diversit&#233; &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des soci&#233;t&#233;s et des cultures et d'observer les ph&#233;nom&#232;nes temporels sur le temps long. Certes la nature des sources dans le monde arabe et musulman peut rendre l'entreprise malais&#233;e, surtout pour les p&#233;riodes anciennes, mais les contributions de Mathieu Tillier et de Mathieu Eychenne sur la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale montrent qu'elle n'est en rien impossible. C'est toutefois sur la p&#233;riode ouverte par le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'une s&#233;rie de travaux r&#233;cents a fait porter l'analyse. Les temporalit&#233;s construites dans des contextes particuliers sont en effet transform&#233;es par la modernisation, que celle-ci soit initi&#233;e de l'int&#233;rieur, comme dans l'Empire ottoman &#233;tudi&#233; ici par Chantal Verdeil, ou impos&#233;e par le colonisateur, comme en Alg&#233;rie par exemple (Carlier, 1998). La r&#233;gion du monde arabe et musulman n'a pas connu la r&#233;volution industrielle qui en Europe et aux &#201;tats-Unis a si profond&#233;ment transform&#233; les rapports au temps. &#192; partir du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des mutations temporelles se sont toutefois op&#233;r&#233;es, par des canaux plus diffus, sans pour autant aboutir &#224; une imitation exacte des usages temporels occidentaux, en d&#233;pit de la g&#233;n&#233;ralisation des garde-temps, des montres d'hier aux t&#233;l&#233;phones portables d'aujourd'hui. L&#224; encore, on aboutit &#224; des configurations particuli&#232;res et in&#233;dites. Derri&#232;re une fa&#231;ade d'uniformisation, la modernit&#233; n'a pas gomm&#233; la pluralit&#233; des r&#233;f&#233;rences temporelles et des temporalit&#233;s. C'est ce que montre Vanessa &#214;gle (2013) en comparant la fa&#231;on dont a &#233;t&#233; accueilli le temps standardis&#233; sur le m&#233;ridien de Greenwich (Greenwich Mean Time- GMT) dans la Bombay coloniale et le Beyrouth de la &lt;i&gt;Nahda&lt;/i&gt;. Bombay rejette l'heure standardis&#233;e, consid&#233;r&#233;e comme une entreprise coloniale ill&#233;gitime qui confisque le temps local alors en usage (l'heure &#233;tablie selon la longitude du lieu), quand Beyrouth entend adopter le principe de l'organisation rationnelle du temps comme outil de progr&#232;s susceptible de cohabiter avec les autres modalit&#233;s du temps en usage dans l'Empire ottoman finissant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question du double standard de lecture de l'heure dans l'Empire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis dans le nouveau Liban. Dans les deux cas, la question du temps est lue au prisme des situations propres &#224; chaque ville et reformul&#233;e dans les idiomes locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En &#201;gypte, l'introduction de nouveaux moyens de transport et de communication au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a certes entra&#238;n&#233; une certaine uniformisation du temps, notamment l&#224; encore l'usage partiel de l'heure GMT, sans pour autant r&#233;duire totalement les conceptions et les comptages ant&#233;rieurs du temps, ni impliquer toutes les pratiques sociales dans ce nouveau rythme. Si au d&#233;part la bourgeoisie moderniste &#233;gyptienne a vu, comme &#224; Beyrouth, les avantages qu'une soci&#233;t&#233; &#8211; consid&#233;r&#233;e alors par ses &#233;lites comme &#171; arri&#233;r&#233;e &#187; &#8211; pouvaient tirer de la ponctualit&#233; emprunt&#233;e au colonisateur, un d&#233;bat sur le bien-fond&#233; de la valeur nouvelle accord&#233;e au temps est ensuite apparu, avant que les &#201;gyptiens ne finissent par s'opposer &#224; ce nouveau rythme temporel, parfois violemment en s'attaquant aux technologies symboles de la vitesse, et &#224; revendiquer une forme de r&#233;sistance par la langueur et le retard (Barak, 2013). Comme en &#201;gypte, bien des soci&#233;t&#233;s du Sud demeurent attach&#233;es &#224; certaines formes de leur temps v&#233;cu, qui &#233;chappent &#224; l'acc&#233;l&#233;ration induite par les outils de la modernit&#233;. Par bien des aspects, elles demeurent des soci&#233;t&#233;s polychrones, telles qu'elles ont &#233;t&#233; d&#233;crites par Edward T. Hall, qui non seulement savent respecter une part de lenteur, mais chez lesquelles &#171; l'accent est mis sur l'engagement des individus et l'accomplissement du contrat, plut&#244;t que sur l'adh&#233;sion &#224; un horaire pr&#233;&#233;tabli &#187; (Hall, 1984 : 58). Dans l'espace arabe et musulman, ce primat de l'accomplissement de l'action sur le temps que cela peut prendre trouve &#224; s'exprimer dans le fameux &lt;i&gt;Insh'allah&lt;/i&gt;, mais peut-&#234;tre aussi dans l'alternance grammaticale du verbe arabe entre accompli et inaccompli, et finalement dans de multiples pratiques du quotidien qui peuvent para&#238;tre aux autres un peu obscures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est ce temps &#171; &#233;lastique &#187;, ces comp&#233;tences temporelles mall&#233;ables et adaptables, acquises dans la fr&#233;quentation s&#233;culaire de la pluralit&#233;, que Maud Moussi rencontre encore aujourd'hui dans son analyse des processus de patrimonialisation au moment o&#249; ceux-ci croisent les exigences du d&#233;veloppement urbain. Cette convergence, o&#249; se rencontrent pr&#233;servation du pass&#233; et souci du futur, &#233;tudi&#233;e &#224; travers les exemples de trois villes secondaires libanaises, met au jour de nombreuses dimensions du temps. Celle de l'histoire d'abord, ou plut&#244;t des r&#233;gimes d'historicit&#233; dans lesquels s'inscrivent les processus patrimoniaux propres &#224; chacune de ces villes, celle de la conservation ensuite, qui doit pr&#233;server le patrimoine b&#226;ti sans le figer ni le d&#233;naturer, celle enfin du quotidien de la gestion urbaine, projet&#233; vers l'avenir mais d&#233;pendant des obstacles, des accidents et des atermoiements du pr&#233;sent. La d&#233;marche adopt&#233;e par Maud Moussi mobilise le temps &#224; la fois comme objet et comme prisme d'analyse ; elle permet de mettre en &#233;vidence la fa&#231;on dont, observ&#233;es &#224; l'&#233;chelle de la ville, les pratiques sociales, qu'elles soient patrimoniales ou urbaines, et les temporalit&#233;s qu'elles produisent, organisent &#224; leur tour des rythmes sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Les rythmes urbains : &#171; ce que le jour doit &#224; la nuit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression emprunt&#233;e au titre d'un roman de Yasmina Khadra, Julliard 2008.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les scansions du temps par les calendriers et par les autres objets de mesure du temps, les multiples temporalit&#233;s n&#233;es des pratiques sociales mod&#232;lent finalement des rythmes sociaux, articul&#233;s aux rythmes naturels qu'ils peuvent suivre ou dont ils cherchent au contraire &#224; se d&#233;tacher. C'est entre autres en observant ces rythmes, &#224; diverses &#233;chelles, que l'on peut percevoir la fa&#231;on dont les diff&#233;rentes temporalit&#233;s sont choisies, appropri&#233;es, v&#233;cues par les individus et par les groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Depuis la d&#233;marche de rythmanalyse propos&#233;e par Henri Lefebvre, qui voit dans le rapport entre la vie quotidienne et les rythmes s'exprimer les &#171; modalit&#233;s concr&#232;tes du temps social &#187; (Lefebvre et R&#233;gulier, 1985 : 191), la question du rythme a &#233;t&#233; appropri&#233;e par les diverses disciplines et a fait l'objet de nombreuses r&#233;flexions et exp&#233;rimentations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question du rythme et sur les nombreux travaux que la notion suscite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les contributions de Maud Moussi et de Marie Bonte et Louis Le Douarin explorent sur le terrain du Liban les propositions avanc&#233;es par la g&#233;ographie ; il s'agit notamment de convoquer le sensible pour appr&#233;hender &#171; la fa&#231;on dont un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; organise ou d&#233;sorganise spatialement et temporellement un espace &#187; (G&#233;rardot, 2012). En histoire m&#233;di&#233;vale de l'Occident, Jean-Claude Schmitt, remarquant que la question des rythmes sociaux embrasse tous les aspects de la vie en soci&#233;t&#233;, a propos&#233; un programme de grande ampleur visant &#224; restituer pour cette p&#233;riode les rythmes fondamentaux, naturels, liturgiques et sociaux, de fa&#231;on &#224; saisir non seulement la vie quotidienne des individus et des groupes, mais aussi l'&#233;cho que les changements de rythme renvoient des grandes transformations des soci&#233;t&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un premier r&#233;sultat issu de ce programme, voir Formarier et Schmitt, 2014.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le seul exemple de ces deux disciplines permet de montrer le champ des possibles ouvert par ce type d'interrogation. L'appliquer sur l'espace du monde arabe et musulman, de fa&#231;on transdisciplinaire et sur le long terme, permettrait de contribuer &#224; le faire conna&#238;tre sous des aspects inexplor&#233;s, &#224; la fois dans son universalit&#233; et dans ses sp&#233;cificit&#233;s. Dans le foisonnement des th&#233;matiques possibles, les contributions qui dans ce num&#233;ro s'inscrivent dans la probl&#233;matique du rythme ont choisi d'observer en milieu urbain les pratiques sociales et les rythmes qu'elles induisent &#224; l'&#233;chelle de la nuit, cette moiti&#233; d'un des rythmes naturels les plus structurants, le cycle nycth&#233;m&#233;ral qui embrasse l'alternance du jour et de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mathieu Eychenne propose une plong&#233;e au c&#339;ur de la nuit mamelouke &#224; Damas et au Caire. C'est l&#224; encore en interrogeant explicitement les sources au prisme du temps, une d&#233;marche encore balbutiante dans les &#233;tudes portant sur l'aire arabe et musulmane, qu'il est possible de redonner vie &#224; ce moment dont l'obscurit&#233; dissimule une intense activit&#233; sociale. On y rep&#232;re la m&#234;me &#171; marche &#187; que dans le Beyrouth contemporain, ce moment de transition o&#249; le d&#233;but de la nuit est encore baign&#233; des activit&#233;s du jour. Par ailleurs, Mathieu Eychenne nuance certaines repr&#233;sentations communes de la nuit au Moyen-&#194;ge. Ainsi, la ville ne s'enferme pas herm&#233;tiquement derri&#232;re ses portes closes mais demeure poreuse, du moins jusqu'&#224; la fin du XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et les autorit&#233;s y maintiennent un certain contr&#244;le gr&#226;ce &#224; des corps de m&#233;tiers sp&#233;cialis&#233;s. De m&#234;me, le basculement dans la nuit ne signifie pas l'entr&#233;e dans un monde exclusif de l'ins&#233;curit&#233;, m&#234;me si les activit&#233;s marginales, illicites ou violentes s'y d&#233;ploient plus volontiers que le jour dans certains espaces qui peuvent s'av&#233;rer dangereux. Mais en g&#233;n&#233;ral, du moins dans le centre des villes, les citadins peuvent vaquer &#224; leurs occupations, entre sociabilit&#233;s, plaisirs de bouche, f&#234;tes religieuses et c&#233;l&#233;brations orchestr&#233;es par le pouvoir, ou encore jouir de la s&#233;r&#233;nit&#233; de la pri&#232;re nocturne. En d&#233;voilant la face nocturne du rythme nycth&#233;m&#233;ral, le travail de Mathieu Eychenne vient enrichir la connaissance de la vie quotidienne au Moyen-&#194;ge, comme y invite le programme propos&#233; par Jean-Claude Schmitt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Franchissant &#224; nouveau quelques si&#232;cles, Marie Bonte et Louis Le Douarin nous conduisent dans le Beyrouth d'aujourd'hui au moment de la tomb&#233;e du jour. Dans cette &#171; marche &#187; temporelle se croisent les rythmes urbains du jour et de la nuit, ceux o&#249; dominent encore les obligations du travail, de l'&#233;cole, des transports, et ceux o&#249; s'&#233;bauche d&#233;j&#224; un ralentissement propice aux loisirs et aux sociabilit&#233;s. Ce temps de transition est per&#231;u de longueur variable selon les individus et le moment de la semaine, mais il tend globalement &#224; s'&#233;tendre avec la multiplication des activit&#233;s de loisir. Au cours de cette p&#233;riode, s'installent une g&#233;ographie nocturne &#224; l'&#233;chelle de la ville (certains quartiers se vident, d'autre se remplissent) et une sc&#233;nographie de la f&#234;te &#224; l'&#233;chelle du quartier ou de la rue, &#224; l'usage des noctambules. Cette g&#233;ographie r&#233;v&#232;le aussi des clivages persistants. En d&#233;pit du r&#233;investissement du centre-ville comme espace de loisir mixte, nombreux sont les beyrouthins qui dans leurs circulations nocturnes maintiennent la fronti&#232;re symbolique de la ligne verte, la rue de Damas, h&#233;rit&#233;e de la guerre civile. L'&#233;cho de celle-ci continue de se r&#233;percuter dans les usages de l'espace et les rythmes de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les contributions de ce num&#233;ro, portant sur un sujet aussi vaste que le temps, ne pr&#233;sentent certes que des incursions partielles, discontinues dans le cheminement de l'histoire, mais elles permettent de lever le voile sur certains aspects m&#233;connus de la vie sociale et religieuse au Maghreb et au Moyen-Orient. Elles montrent &#233;galement comment la th&#233;matique du temps peut &#234;tre investie par les diff&#233;rentes disciplines et comment ce questionnement peut s'inscrire sur le long terme, permettant notamment d'articuler histoires m&#233;di&#233;vale et contemporaine. Bien des pistes restent &#224; explorer dans cette perspective, tant sur la question des calendriers, dont l'histoire demeure lacunaire, que sur celle, immense, des temporalit&#233;s et des rythmes v&#233;cus. Les bouleversements que conna&#238;t aujourd'hui la r&#233;gion dans le sillage des r&#233;volutions arabes offrent un terrain particuli&#232;rement fertile pour continuer &#224; explorer la th&#233;matique du temps. Les changements en cours produisent en effet d&#233;j&#224; de nouvelles temporalit&#233;s, de nouveaux rythmes, et r&#233;organisent en profondeur les rapports complexes entre pass&#233;, pr&#233;sent et futur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=147&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ahmad, Imad-ad-Dean (ed.), 1998, &lt;i&gt;Proceedings of the International Institute of Islamic Thought Lunar Calendar Conference (1407/1987)&lt;/i&gt;, Herndon, Virginia (seconde &#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Barak, On, 2013, &lt;i&gt;On time. Technology and Temporality in Modern Egypt&lt;/i&gt;, University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bazin, Louis, 1991, &lt;i&gt;Les syst&#232;mes chronologiques dans le monde turc ancien&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du CNRS &#8211; Budapest, Akad&#233;miai Kiad&#243;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Birth, Kevin K., 2012, &lt;i&gt;Objects of Time : How things shape temporality&lt;/i&gt;, New York, Palgrave Macmillan.&lt;/p&gt;
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Blake, Stephen P., 2013, &lt;i&gt;Time in Early Modern Islam. Calendar, Ceremony, and Chronology in the Safavid, Mughal and Ottoman Empires&lt;/i&gt;, Cambridge University Press.&lt;/p&gt;
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Bourdieu, Pierre, 1963, &#171; The Attitude of the Algerian Peasant toward Time &#187;, in Pitt-Rivers, Julian (dir.), &lt;i&gt;Mediterranean Countrymen,&lt;/i&gt; Paris, Mouton.&lt;/p&gt;
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Carlier, Omar, 1998, &#171; L'espace et le temps dans la recomposition du lien social : l'Alg&#233;rie de 1830 &#224; 1930 &#187; in J. Dakhlia (&#233;d), &lt;i&gt;Urbanit&#233; arabe. Hommage &#224; Bernard Lepetit&lt;/i&gt;, Paris, Sindbad/Actes Sud, p. 149-224.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Colonna, Fanny, 1995, &lt;i&gt;Les versets de l'invincibilit&#233;. Permanence et changements religieux dans l'Alg&#233;rie contemporaine&lt;/i&gt;, Paris, Presses de Sciences Po.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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Georgeon, Fran&#231;ois, 2011, &#171; Temps de la r&#233;forme, r&#233;forme du temps. Les avatars de l'heure et du calendrier &#224; la fin de l'Empire ottoman &#187;, in Georgeon, Fran&#231;ois et Hitzel, Fr&#233;d&#233;ric (dir.), &lt;i&gt;Les Ottomans et le temps&lt;/i&gt;, Leiden, Brill, p. 241-279.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
G&#233;rardot, Maie, 2012, &#171; Les enjeux du rythme pour la g&#233;ographie &#187;, &lt;i&gt;Rhuthmos&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;http://rhuthmos.eu/spip.php?article763&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://rhuthmos.eu/spip.php?article763&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goldberg, Sylvie-Anne, 2000, &lt;i&gt;La Clepsydre. Essai sur la pluralit&#233; des temps dans le juda&#239;sme&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gurvitch, Georges, 1969, &#171; La multiplicit&#233; des temps sociaux &#187;, &lt;i&gt;La vocation actuelle de la sociologie&lt;/i&gt;, Tome 2 : Ant&#233;c&#233;dents et perspectives, Paris, PUF, p. 325-430.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hitzel, Fr&#233;d&#233;ric, 2011, &#171; De la clepsydre &#224; l'horloge. L'art de mesurer le temps dans l'Empire ottoman &#187;, in Georgeon, Fran&#231;ois et Hitzel, Fr&#233;d&#233;ric (dir.), &lt;i&gt;Les Ottomans et le temps&lt;/i&gt;, Leiden, Brill, p. 13-37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hubert, Marie-Clothilde, 1999, &#171; Avant-propos &#187;, in &lt;i&gt;Construire le temps : normes et usages chronologiques au Moyen-&#194;ge&lt;/i&gt;, &#233;tudes r&#233;unies par M.C. Hubert, Biblioth&#232;que de l'&#201;cole des Chartes, Tome 157, Paris-Gen&#232;ve, Droz, p. 7-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Iherkouken, Braham, 2004, &#171; La soci&#233;t&#233; et le calendrier berb&#232;re &#187; in &lt;i&gt;Le calendrier berb&#232;re : chronologie de l'Alg&#233;rie&lt;/i&gt;, Marconot J.M. &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. (dir.), N&#238;mes : RIRESC-Recherches sociales ; Montpelllier : Fonds du livre et de l'&#233;dition r&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Kennedy, Edward S., 1956, &#171; A Survey of Islamic Astronomical Tables &#187;, &lt;i&gt;Transactions of the American Philosophical Society&lt;/i&gt;, New Series 46-2, p. 123-177.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
King, David A., &#171; Astronomie et soci&#233;t&#233; musulmane : &#8216;qibla', gnomonique, &#8216;m&#238;q&#226;t' &#187;, in &lt;i&gt;Histoire des sciences arabes&lt;/i&gt;. Tome 1 : &lt;i&gt;Astronomie th&#233;orique et appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, Rashed, Roshdi (dir.), Paris, Seuil, p. 173-215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
King, David A., 2004 et 2005, &lt;i&gt;In Synchrony with the Heavens, Studies in Astronomical Timekeeping and Instrumentation in Medieval Islamic Civilization&lt;/i&gt;, 2 volumes, Leiden, Brill.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lacoine, Emile, 1891, &lt;i&gt;Tables de concordance des dates des calendriers arabe, copte, gr&#233;gorien, isra&#233;lite, julien, r&#233;publicain, etc. &#233;tablies d'apr&#232;s une nouvelle m&#233;thode&lt;/i&gt;, Paris, Librairie polytechnique Baudry et C&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;ie&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Landes, David, 1987, &lt;i&gt;L'heure qu'il est. Les horloges, la mesure du temps et la formation du monde moderne&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lane, Edward W., 1978, &lt;i&gt;Manners and Customs of the Modern Egyptians&lt;/i&gt;, London and the Hague, East-West Publications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lefebvre Henri, R&#233;gulier, Catherine, 1985, &#171; Le projet rythmanalytique &#187;, &lt;i&gt;Communications&lt;/i&gt;, 41, p. 191-199.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le Goff, Jacques, 2002, &#171; Calendrier et culture &#187; in &lt;i&gt;Les calendriers. Leurs enjeux dans l'espace et dans le temps&lt;/i&gt;, Le Goff J. &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;. (dir.), Colloque de Cerisy, Paris, Somogy &#233;ditions d'Art, p. 17-21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maiello, Francesco, 1996, &lt;i&gt;Histoire du calendrier. De la liturgie &#224; l'agenda&lt;/i&gt;, Paris, Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Massignon, Louis, 1962, &#171; Le temps dans la pens&#233;e islamique &#187;, in &lt;i&gt;Parole donn&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Julliard, p. 319-326.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mauss, Marcel et Hubert, Henri, 1929, &#171; &#201;tude sommaire de la repr&#233;sentation du temps dans la religion et dans la magie &#187;, &lt;i&gt;M&#233;langes d&#180;histoire des religions&lt;/i&gt;, Paris 1929, p. 189-229 (r&#233;impression de Hubert, Henri, 1905, &#171; &#201;tude sommaire de la repr&#233;sentation du temps dans la religion et dans la magie &#187;, &lt;i&gt;Annuaire de l&#180;&#201;cole Pratique des Hautes &#201;tudes&lt;/i&gt;, p. 1-39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Micheau, Fran&#231;ois, 2012, &lt;i&gt;Les d&#233;buts de l'islam. Jalons pour une nouvelle histoire&lt;/i&gt;, Paris, T&#233;ra&#232;dre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Moosa, Ebrahim, 1998, &#171; Shaykh Ah&#803;mad Shakir and the Adoption of a Scientifically-Based Lunar Calendar &#187;, &lt;i&gt;Islamic Law and Society&lt;/i&gt;, Vol. 5, no. 1, p. 57-89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#214;gle Venessa, 2013, &#171; Whose Time is It ? The Pluralization of Time and the Global Condition, 1870s to 1940s &#187;, &lt;i&gt;American Historical Review&lt;/i&gt; 120, n&#176; 5, p. 1376-1402.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pellat, Charles, 1979, &#171; Le &#8216;calendrier agricole' de Qalqashand&#238; &#187;, &lt;i&gt;Annales islamologiques&lt;/i&gt;, 15, Le Caire, IFAO, p. 165-185.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pellat, Charles, 1986, &lt;i&gt;Cinq calendriers &#233;gyptiens&lt;/i&gt;, Textes arabes et &#233;tudes islamiques, Tome XXVI, Le Caire, IFAO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Renaud, Henri-Paul-Joseph, 1948, &lt;i&gt;Le calendrier d'Ibn al-Bann&#226; de Marrakech (1256-1321JC)&lt;/i&gt;, texte arabe in&#233;dit &#233;tabli d'apr&#232;s cinq manuscrits de la &lt;i&gt;Ris&#226;la fi-l-anw&#226;'&lt;/i&gt; avec une traduction fran&#231;aise et une introduction in&#233;dite, Paris, Larose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ric&#339;ur, Paul (dir.), 1975, &lt;i&gt;Les cultures et le temps&lt;/i&gt;, &#233;tudes pr&#233;par&#233;es pour l'UNESCO, Paris, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rosa, Hartmut, 2010, &lt;i&gt;Acc&#233;l&#233;ration. Une critique sociale du temps&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
T&#252;resay, &#214;zg&#252;r, 2011, &#171; Le temps des almanachs ottomans : usage des calendriers et temps de l'histoire (1873-1914) &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Georgeon, Fran&#231;ois et Hitzel, Fr&#233;d&#233;ric (dir.), &lt;i&gt;Les Ottomans et le temps&lt;/i&gt;, Leiden, Brill, p. 129-157.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ventre, Christophe, 1873, &lt;i&gt;Almanach compar&#233; fran&#231;ais, grec, turc, arabe, &#233;tablissant mois par mois, jour par jour la concordance suivie entre les calendriers romain, gr&#233;gorien, julien, musulman et h&#233;bra&#239;que pour l'ann&#233;e de gr&#226;ce gr&#233;gorienne 1873&lt;/i&gt;, Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Wishnitzer, Avner, 2010/1 &#171; 'Our time :' on the durability of the Alaturka hour system in the late Ottoman Empire &#187;, in International Journal of Turkish Studies, Volume 16, n&#176;1 et 2, p. 47-69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Wishnitzer, Avner, 2010/2, &#171; Teaching Time : Schools , Schedules , and the Ottoman Pursuit of Progress &#187;, in New Perspectives on Turkey. Volume 43, p. 5-32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Zerubavel, Eviatar, 1981, &lt;i&gt;Hidden Rhythms : Schedules and Calendars in Social Life&lt;/i&gt;, Berkeley : University of California Press.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus &#187; (&lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Livre XI).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En langue anglaise, la principale d'entre elles est &lt;i&gt;Time &amp; Society &lt;/i&gt;(&lt;a href=&#034;http://tas.sagepub.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://tas.sagepub.com/&lt;/a&gt;). L'International Society for the Study of Time (ISST) publie par ailleurs deux revues, &lt;i&gt;The Study of Time &lt;/i&gt;(&lt;a href=&#034;http://www.studyoftime.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.studyoftime.org/&lt;/a&gt;) et &lt;i&gt;Kronoscope &lt;/i&gt;(&lt;a href=&#034;http://www.brill.com/kronoscope&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.brill.com/kronoscope&lt;/a&gt;). La revue &lt;i&gt;Temporalit&#233;s &lt;/i&gt;(&lt;a href=&#034;http://temporalites.revues.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://temporalites.revues.org/&lt;/a&gt;) est publi&#233;e en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Fragments temporels du monde arabe&lt;/i&gt;, S. Chiffoleau et &#201;. Longuenesse (dir.), &lt;i&gt;Temporalit&#233;&lt;/i&gt; n&#176; 15, 2012 (&lt;a href=&#034;http://temporalites.revues.org/1981&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://temporalites.revues.org/1981&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le r&#233;ajustement sur l'ann&#233;e tropique peut se faire de plusieurs mani&#232;res, soit en ajoutant chaque ann&#233;e des jours &#233;pagom&#232;nes, soit en &#233;tablissant tous les quatre ans une ann&#233;e bissextile, soit encore en ajoutant un mois entier de temps &#224; autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Mais la Perse conserve son propre calendrier solaire, le monde turc son syst&#232;me luni-solaire, transform&#233; plus tard, sous l'influence chinoise, en Cycle des Douze animaux (Bazin, 1991) et les communaut&#233;s juives maintiennent le calendrier h&#233;bra&#239;que luni-solaire (sur la notion de temps dans le juda&#239;sme voir Goldberg, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les &#201;glises orthodoxes de Russie, de Serbie, de Mac&#233;doine et de G&#233;orgie, ainsi que la communaut&#233; du Mont-Athos, ont &#233;galement conserv&#233; le calendrier julien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce type de datation s'est toutefois poursuivi dans les usages populaires et m&#234;me dans l'historiographie. Abdelahad Sebti &#233;tudie ces formes de datation li&#233;es &#224; l'&#233;v&#233;nement pour le cas du Maroc, voir &#171; Temporalit&#233; et tradition historiographique &#187;, conf&#233;rence in&#233;dite donn&#233;e au Centre Louis Pouzet, Universit&#233; Saint-Joseph de Beyrouth, 31 octobre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Prenant la suite du travail conduit par E.S. Kennedy (1956), qui avait recens&#233; plus d'une centaine de &lt;i&gt;z&#238;j&lt;/i&gt;, Benno Van Dalen (Bavarian Academy of Sciences and Humanities, Munich) a entrepris un &#171; revised Z&#238;j Survey &#187; qui devrait pr&#233;senter et analyser environ 250 de ces tables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#201;gypte ne conserve plus alors que les calendriers musulman et gr&#233;gorien, alors que l'Empire ottoman privil&#233;gie encore de son c&#244;t&#233; le calendrier julien pour s'adapter au rythme solaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les Zoroastriens de Perse et d'Inde continuent &#224; utiliser ce calendrier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la question du double standard de lecture de l'heure dans l'Empire ottoman (&lt;i&gt;alla turca&lt;/i&gt; vs &lt;i&gt;alla franca&lt;/i&gt;) voir Georgeon, 2011 et Wishnitzer, 2010/1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Expression emprunt&#233;e au titre d'un roman de Yasmina Khadra, Julliard 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la question du rythme et sur les nombreux travaux que la notion suscite d&#233;sormais, voir &lt;i&gt;Rhuthmos&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;http://rhuthmos.eu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://rhuthmos.eu/&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;), &#171; plateforme internationale et transdisciplinaire de recherche sur les rythmes dans les sciences, les philosophies et les arts &#187; richement aliment&#233;e et anim&#233;e par Pascal Michon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour un premier r&#233;sultat issu de ce programme, voir Formarier et Schmitt, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;ois GEORGEON et Fr&#233;d&#233;ric HITZEL (dir.), Les Ottomans et le Temps
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article784</link>
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		<dc:date>2013-01-02T17:02:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvia Chiffoleau
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru dans la revue Temporalit&#233;s, N&#176; 15, 2012. Nous remercions Sylvia Chiffoleau de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. F. Georgeon et F. Hitzel (dir.), Les Ottomans et le Temps, Leiden-Boston, Brill, 2011, 388 p. Dans le silence qui entoure la question du temps et des temporalit&#233;s dans l'espace oriental, l'ouvrage Les Ottomans et le Temps constitue une contribution novatrice et pr&#233;cieuse. On ne peut que regretter qu'il ait fallu attendre pr&#232;s de dix ans (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L100xH150/arton784-5763a.jpg?1717145589' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru dans la revue&lt;/i&gt; Temporalit&#233;s, &lt;i&gt;N&#176; 15, 2012. Nous remercions Sylvia Chiffoleau de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
F. Georgeon et F. Hitzel (dir.), &lt;i&gt;Les Ottomans et le Temps&lt;/i&gt;, Leiden-Boston, Brill, 2011, 388 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans le silence qui entoure la question du temps et des temporalit&#233;s dans l'espace oriental, l'ouvrage &lt;i&gt;Les Ottomans et le Temps&lt;/i&gt; constitue une contribution novatrice et pr&#233;cieuse. On ne peut que regretter qu'il ait fallu attendre pr&#232;s de dix ans pour prendre connaissance des r&#233;sultats de travaux commenc&#233;s d&#232;s 2003-2004 dans le cadre d'un s&#233;minaire de l'&#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales, inscrit dans la continuit&#233; du travail fondateur de Louis Bazin sur &lt;i&gt;Les syst&#232;mes chronologiques dans le monde turc ancien&lt;/i&gt;. Si, par son titre, l'ouvrage annonce son ambition d'embrasser l'ensemble des si&#232;cles ottomans, c'est surtout le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui est &#224; l'honneur. Si&#232;cle charni&#232;re, il est vrai, celui du basculement vers la modernit&#233; et ses nouvelles mesures et conceptions du temps, liss&#233;es, harmonis&#233;es, mais aussi p&#233;riode la mieux document&#233;e. Le temps se laisse peu ais&#233;ment appr&#233;hender, et moins encore dans sa dimension v&#233;cue. Tout comme dans l'exp&#233;rience men&#233;e sur l'espace arabe, dont ce num&#233;ro donne quelques premiers &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion, la part de subjectivit&#233;, celle qui permettrait de saisir, dans une dynamique historique, les mani&#232;res d'appr&#233;hender le temps, se fait tr&#232;s discr&#232;te dans les sources ottomanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ouvrage est structur&#233; en quatre parties (Prendre la mesure du temps ; Temps et temporalit&#233;s ; Temps modernes, version ottomane ; Le temps de l'Empire sous la R&#233;publique turque) mais l'ensemble des contributions pourrait &#233;galement &#234;tre regroup&#233; en trois familles, qui ne sont pas &#233;tanches les unes aux autres. La premi&#232;re rend compte des modalit&#233;s pratiques de la d&#233;termination quantitative du temps et de ses outils, la troisi&#232;me cherche &#224; explorer les usages du temps dans une perspective plus qualitative. Entre les deux, certaines contributions &#233;tudient les variations ottomanes d'une inscription plus englobante dans le temps de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH377/81601RoOdyL-_AA1500_-9e073.jpg?1717145589' width='500' height='377' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les textes qui explorent les dimensions quantitatives du temps et les objets qui en sont les gardiens (montres, horloges, almanachs et calendriers) mettent au jour un glissement progressif d'une pluralit&#233; de mesures &#224; une homog&#233;n&#233;isation qui laisse place, malgr&#233; tout, &#224; des traces de cette pluralit&#233; originelle. Fr&#233;d&#233;ric Hitzel rappelle les sp&#233;cificit&#233;s du temps ottoman, qui s'inscrit dans la continuit&#233; de celui de la civilisation musulmane. L'heure y est d&#233;compt&#233;e &#224; partir du coucher du soleil, en deux fois douze heures pour le jour et la nuit, donc en heures in&#233;gales. Par ailleurs, l'heure de la pri&#232;re, rappel&#233;e cinq fois par jour par le muezzin, est structurante, tant pour les musulmans que pour les autres communaut&#233;s. Le calcul de ces heures de pri&#232;re, tout comme la localisation pr&#233;cise de La Mecque pour orienter le mur de &lt;i&gt;qibla &lt;/i&gt; des mosqu&#233;es, ou encore l'observation du premier croissant de lune annon&#231;ant le d&#233;but des mois, et surtout celui de ramadan, sont effectu&#233;s par le &lt;i&gt;muvvakkit&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;muwaqqit &lt;/i&gt; en arabe), astronome professionnel employ&#233;, dans toute l'aire musulmane, par les diff&#233;rentes institutions religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cet int&#233;r&#234;t pour la science du temps &lt;i&gt;(&#8216;ilm al-miq&#226;t)&lt;/i&gt; dans la tradition musulmane a conduit &#224; une grande ma&#238;trise des objets d&#233;volus &#224; la mesure du temps, clepsydres, cadrans solaires ou sabliers. Pourtant, rappelle F. Hitzel, c'est vers les horloges et les montres fabriqu&#233;es en Europe que se porte l'engouement des souverains ottomans d&#232;s la fin du XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, entra&#238;nant, pour les besoins de l'entretien de ces pr&#233;cieux garde-temps, la fixation &#224; Istanbul d'une communaut&#233; d'horlogers, notamment suisses comme le p&#232;re de Jean-Jacques Rousseau. Mais cet engouement rel&#232;ve plus, semble-t-il, d'un &#171; go&#251;t ostentatoire &#187; (p. 37) que de l'id&#233;e de &#171; puissance, ma&#238;trise du temps, ma&#238;trise de la technologie, contr&#244;le des hommes &#187; (p. 29) dans la mesure o&#249; il s'accompagne d'une nette disqualification de la vocation publique de ces objets, longtemps per&#231;us comme une menace pour l'autorit&#233; du &lt;i&gt;muezzin &lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;muvvakkit&lt;/i&gt;, et qu'il s'agit en outre d'une technologie import&#233;e. Ce n'est qu'&#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que le pouvoir ottoman d&#233;clinant se voudra &#171; ma&#238;tre du temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La contribution de G&#252;l&#231;in Tunali Ko&#231; &#233;voque pr&#233;cis&#233;ment la p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de ce moment. Sadullah Efendi est un astrologue/astronome de la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, r&#233;sidant &#224; Ankara, qui pr&#233;pare pour lui-m&#234;me et son entourage des almanachs et des horoscopes dans la tradition musulmane des &lt;i&gt;z&#238;j&lt;/i&gt;. Son activit&#233; t&#233;moigne de l'importance encore centrale &#224; cette &#233;poque de l'astrologie dans la vie sociale, laquelle &#233;tait pratiqu&#233;e par de nombreux lettr&#233;s. L'originalit&#233; de Sadullah r&#233;side dans le fait qu'il inscrit, en marge de ses horoscopes, une foule de notations personnelles, ou consigne les &#233;v&#233;nements quotidiens et politiques, l'ensemble formant une sorte de journal qui refl&#232;te tant la vie quotidienne en Anatolie que les pratiques et usages de l'astrologie. Dans l'une de ses notations, il remarque avec quelque aigreur que les astrologues sont des menteurs et que leur discipline n'est pas fiable. Il ne donne pas de pr&#233;cision sur la nature de cette crise, mais on serait pourtant curieux de savoir s'il s'agit l&#224; d'une crise personnelle, une d&#233;pression passag&#232;re, ou si sa remarque refl&#232;te plut&#244;t une disqualification en cours de cette discipline, dans le contexte des &lt;i&gt;Tanzim&#226;t &lt;/i&gt; (r&#233;formes) qui commencent &#224; distiller une autre rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est aux changements temporels qui ont lieu &#224; partir de ces &lt;i&gt;Tanz&#238;mat&lt;/i&gt;, et jusqu'&#224; l'av&#232;nement de la R&#233;publique turque, que s'attache la contribution de Fran&#231;ois Georgeon. Le temps ottoman est alors caract&#233;ris&#233; par la pluralit&#233; des mesures du temps, des calendriers et des temporalit&#233;s sociales (temps de l'&#201;tat, du religieux, du commerce international, temps naturel agricole&#8230;). &#192; la lecture musulmane de l'heure, &#224; partir du coucher du soleil, vient en outre s'ajouter celle utilis&#233;e en Europe, dite &lt;i&gt;alla franca&lt;/i&gt;, qui commence le d&#233;compte &#224; partir de minuit. Cette derni&#232;re colonise de plus en plus certains secteurs d'activit&#233;, notamment les transports et le t&#233;l&#233;graphe, qui m&#233;riteraient d'&#234;tre &#233;tudi&#233;s en d&#233;tail. Durant un si&#232;cle, l'Empire r&#233;formateur a tent&#233; d'harmoniser, de rationaliser cette profusion temporelle. Mais le temps se r&#233;v&#232;le comme une dimension essentielle de l'identit&#233;, et face aux r&#233;sistances, les r&#233;formes envisag&#233;es restent bien souvent inabouties. La posture du sultan Abd&#252;lhamid II (1876-1909) est r&#233;v&#233;latrice de cette ambivalence, entre tradition et modernit&#233;. D'un c&#244;t&#233; il d&#233;fend la centralit&#233; du calendrier religieux musulman, conscient du capital symbolique qui y est attach&#233;, de l'autre il cherche &#224; promouvoir la modernisation du calendrier et du comptage de l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi la pratique continue-t-elle &#224; s'inscrire dans le bricolage et les arrangements, jonglant avec les obligations religieuses de toutes les communaut&#233;s. Ce n'est finalement qu'avec la R&#233;publique, dans une Turquie qui a perdu son identit&#233; multinationale et pluriethnique, que le calendrier gr&#233;gorien et l'heure occidentale sont adopt&#233;s (1925) puis que le calendrier des cong&#233;s, d'inspiration la&#239;que et r&#233;publicaine, est fix&#233; (1935). La traduction d'un bref texte du po&#232;te et &#233;crivain Ahmet H&#226;sim (1884-1933), en fin de volume, &#233;voque la nostalgie de l'heure &lt;i&gt;alla turca&lt;/i&gt; et le sentiment de d&#233;possession li&#233; &#224; l'adoption de l'heure occidentale. Il semble donc bien que ce ne soit qu'avec les r&#233;formes du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que l'&#201;tat s'&#233;rige en &#171; ma&#238;tre du temps &#187;, et au d&#233;part avec des succ&#232;s assez limit&#233;s. Les tours d'horloge, dont Klaus Kreiser fait un inventaire quasi exhaustif, t&#233;moignent de cet effort d'emprise sur le temps. K. Kreiser rappelle que ces tours d'horloge, inspir&#233;es des campaniles qui se trouvaient dans la partie europ&#233;enne de l'Empire ottoman, sont ant&#233;rieures au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. C'est n&#233;anmoins au cours de ce si&#232;cle que le pouvoir ottoman s'est attach&#233; &#224; les diffuser sur l'ensemble du territoire &#8211; mais plus faiblement dans les provinces arabes &#8211; afin qu'elles rythment, en donnant l'heure &lt;i&gt;alla franca&lt;/i&gt;, les activit&#233;s de type moderne, de plus en plus nombreuses et diversifi&#233;es. Enfin, r&#233;v&#233;lateurs des tendances contradictoires de cette fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les almanachs &#233;voqu&#233;s par &#214;zg&#252;r T&#252;resay, &#224; l'inverse des tours d'horloge qui sont des instruments d'harmonisation du temps, refl&#232;tent la persistance de la pluralit&#233; des mesures et des conceptions du temps. Inspir&#233;s du mod&#232;le fran&#231;ais, port&#233;s par le d&#233;veloppement de l'imprimerie, ils allient la fonction de calendriers (au pluriel, car ils comprennent les diff&#233;rents types de calendriers alors en usage, avec une pr&#233;dominance du calendrier lunaire de l'h&#233;gire et du calendrier financier ottoman) &#224; celle d'outil p&#233;dagogique, &#224; l'image des revues, &#233;galement fort nombreuses &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; travers les textes et surtout les nombreuses chronologies publi&#233;s dans ces almanachs, &#214;zg&#252;r T&#251;resay aborde par ailleurs la question plus g&#233;n&#233;rale du rapport &#224; l'histoire et au temps historique. Si les chronologies sont fond&#233;es principalement sur l'&#232;re musulmane, elles rec&#232;lent des variations significatives, et plus encore les textes et les rubriques. Les &#233;v&#233;nements qui renvoient au domaine religieux sont not&#233;s selon le calendrier de l'h&#233;gire, les affaires &#233;tatiques se r&#233;f&#232;rent au calendrier financier, et ce qui rel&#232;ve des affaires europ&#233;ennes est dat&#233; sur la base du calendrier gr&#233;gorien. Ainsi, &#171; les &#233;v&#233;nements historiques ne sont pas universels, mais n'existent que dans l'histoire [des] &#8220;aires de civilisation&#8221; qui, &#224; leur tour, sont d&#233;finies par leur syst&#232;me de datation &#187; (p. 151). &#192; l'heure de la pouss&#233;e d'une harmonisation temporelle qui se fait au diapason de l'Occident, ces almanachs t&#233;moignent de la r&#233;sistance de la pluralit&#233; temporelle ottomane, du moins pour ce qui rel&#232;ve de la civilisation ottomane elle-m&#234;me. Le temps pr&#233;sent, quant &#224; lui, tend &#224; s'inscrire de plus en plus clairement dans le calendrier gr&#233;gorien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est &#233;galement &#224; la conception de l'histoire, cette fois dans son rapport au concept de pouvoir &lt;i&gt;(devlet)&lt;/i&gt;, qu'est consacr&#233;e la contribution de Nikos Sigalas. Ant&#233;rieurement au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'Histoire est faite de la succession des r&#232;gnes des sultans ottomans, d&#233;tenteurs du &lt;i&gt;devlet&lt;/i&gt;, forme charismatique de la souverainet&#233;, et chaque nouveau r&#232;gne inaugure un nouveau temps historique. Selon l'auteur, c'est l'introduction de la premi&#232;re imprimerie en caract&#232;res arabes &#224; Istanbul, au d&#233;but du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qui bouleverse ce sch&#233;ma ancestral. Dans les chroniques qu'il publie d&#232;s lors, l'&#233;diteur M&#252;teferrika, en cherchant &#224; reconstituer, au moyen de l'imprimerie, l'histoire du &lt;i&gt;devlet &lt;/i&gt; ottoman, inscrit celui-ci dans une continuit&#233; qui finit par englober tous les r&#232;gnes. Ce glissement vers une histoire lin&#233;aire, et non plus cyclique, se fait au moment o&#249; le concept de &lt;i&gt;devlet &lt;/i&gt; &#233;volue lui-m&#234;me vers une signification plus s&#233;culi&#232;re, qui implique une l&#233;gitimation par la communaut&#233;. Enfin, ces transformations se jouent dans un contexte de menaces et de guerres avec une Europe devenue conqu&#233;rante, et cette nouvelle histoire ottomane se trouve ainsi de facto articul&#233;e aux rapports internationaux. On trouve dans les conceptions naissantes d&#233;crites ici une part des fondements intellectuels des r&#233;formes du si&#232;cle suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est &#224; la d&#233;couverte de la notion de Moyen &#194;ge, pr&#233;cis&#233;ment au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, que s'attache la contribution de Johann Strauss. Traditionnellement, l'historiographie musulmane ne conna&#238;t que deux p&#233;riodes : avant et apr&#232;s l'islam. Or, dans la continuit&#233; des &#233;changes et emprunts intellectuels d&#233;crit pr&#233;c&#233;demment par Nikos Sigalas, les historiens des &lt;i&gt;Tanzim&#226;t &lt;/i&gt; &#233;voqu&#233;s par J. Strauss, s'inspirant toujours plus des ouvrages occidentaux, traduits ou adapt&#233;s, ont adopt&#233; par &#233;tape, tout en maintenant la centralit&#233; de la date de l'h&#233;gire, le d&#233;coupage en trois grandes p&#233;riodes, dont celle du Moyen &#194;ge qui s'&#233;tend de la chute de l'Empire romain d'Occident &#224; la prise de Constantinople par les Turcs. Une p&#233;riode aussi peu valoris&#233;e pour l'Europe qu'elle fut glorieuse pour l'islam, ce qui explique aussi son succ&#232;s dans la conqu&#234;te de l'historiographie ottomane. &#192; cet ensemble portant sur l'historiographie et les repr&#233;sentations de l'histoire peut enfin &#234;tre rapproch&#233;e la contribution de Timour Muhidine qui examine, dans un va-et-vient entre litt&#233;ratures occidentale et turque, comment cette derni&#232;re, au milieu du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, per&#231;oit le temps de l'Empire ottoman d&#233;funt, entre nostalgie et d&#233;passement par la modernit&#233;. Il est frappant de constater combien la question du temps, notamment dans sa mat&#233;rialit&#233;, celle des horloges et des montres, apparaissait comme un enjeu et un symbole d'importance aux yeux de ces auteurs, alors que cet int&#233;r&#234;t semble &#234;tre bien moindre dans la litt&#233;rature arabe, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une troisi&#232;me famille de contributions, plus in&#233;gale, s'attache &#224; examiner les usages du temps dans un certain nombre de registres, dimensions subjectives il est vrai toujours plus difficiles &#224; appr&#233;hender. Nicolas Vatin nous emm&#232;ne en 1566, au moment du d&#233;c&#232;s de Soliman le Magnifique lors du si&#232;ge de Szigetvar. Il d&#233;crit la fa&#231;on dont le grand vizir Sokollu Mehmed Pacha a fait un usage politique particuli&#232;rement subtil du temps pour g&#233;rer cette crise, qui a permis d'assurer sans heurt la succession du grand sultan ottoman par son fils Sel&#238;m. Au-del&#224; du r&#233;cit du tour de force politique, le texte met au jour toute une s&#233;rie de temporalit&#233;s et de rythmes propres &#224; la vie ottomane du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ceux du politique, de l'arm&#233;e et de la fiscalit&#233;, ou encore du religieux. Une &#233;bauche de cette pluralit&#233; que les contributions portant sur le XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle peuvent d&#233;velopper plus explicitement gr&#226;ce &#224; la vari&#233;t&#233; des sources. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'arm&#233;e r&#233;form&#233;e au d&#233;but de XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que s'attache la contribution d'Avner Wishnitzer. Celle-ci fut sans aucun doute un laboratoire dans l'apprentissage de nouvelles conceptions du temps, mais l'imposition de nouvelles normes temporelles s'est faite non pas dans un processus strictement disciplinaire, mais progressivement et dans des formes hybrides pr&#233;servant une part des usages proprement ottomans ou musulmans. L'auteur conclut son texte sur le r&#244;le central de l'arm&#233;e, et surtout de ses officiers, dans la formation de la nation aux normes de la modernit&#233;, notamment &#224; la discipline du temps, consid&#233;r&#233;e comme un vecteur essentiel de cette modernit&#233;. Si on ne peut nier le r&#244;le de mod&#232;le de l'arm&#233;e, il est probable cependant que cette pr&#233;occupation soit alors partag&#233;e par tous les r&#233;formistes, de toutes les professions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans un texte dont on peut regretter la bri&#232;vet&#233;, G&#252;ls&#252;n G&#252;venli &#233;voque cette autre locomotive des changements temporels qu'est l'&#233;cole. &#192; travers une lecture des r&#232;glements, l'auteur d&#233;crit la mise en place d'un enseignement moderne, de ses rythmes et de ses nouvelles contraintes temporelles, mais tout le registre des pratiques r&#233;elles demeure &#224; d&#233;fricher. Toujours au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Marc Aymes avance que le caract&#232;re provincial de Chypre n'exclut pas pour autant l'&#238;le du temps de son l'&#233;poque, celui de la capitale et de l'ensemble m&#233;diterran&#233;en. Bernard Lory et Herv&#233; Georgelin &#233;voquent quant &#224; eux la pluralit&#233; des calendriers et des temporalit&#233;s sociales et religieuses, particuli&#232;rement lisible dans les villes pluricommunautaires de Smyrne et Monastir. Si chaque communaut&#233; demeure contin&#251;ment attach&#233;e &#224; ses propres rythmes, notamment les f&#234;tes calendaires, dont les manifestations d&#233;bordent sur l'espace public, au risque d'entra&#238;ner des conflits, toutes cherchent &#233;galement, &#224; la fin de l'Empire, &#224; s'inscrire dans une histoire longue, dont l'Empire ottoman ne serait qu'un moment, afin de pouvoir rebondir apr&#232;s son &#233;ventuelle disparition en s'arrimant &#224; une autre tutelle, ou en s'inscrivant dans un avenir national turc. Dans la Turquie d'aujourd'hui, l'ethnomusicologue J&#233;r&#244;me Cler propose enfin une d&#233;clinaison des temporalit&#233;s v&#233;cues, au prisme de la vari&#233;t&#233; des musiques, dans une communaut&#233; y&#246;r&#252;k (nomades s&#233;dentaris&#233;s) comptant trois g&#233;n&#233;rations &#224; la hi&#233;rarchie tr&#232;s marqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Comme tout ouvrage collectif, cette exploration du temps ottoman demeure incompl&#232;te. Elle ouvre autant de chantiers &#224; exploiter qu'elle apporte de r&#233;ponses &#224; certaines questions. Elle constitue quoi qu'il en soit un jalon important sur lequel greffer de nouveaux rameaux. Elle permet notamment d'offrir un cadre &#224; partir duquel peut se fonder une comparaison avec les provinces arabes. Maints indices en effet conduisent &#224; faire l'hypoth&#232;se d'une diff&#233;rence, parfois assez sensible, entre le centre stambouliote et la p&#233;riph&#233;rie arabe. De m&#234;me, l'ouvrage dessine un &#233;tat pr&#233;-moderne du rapport au temps, &#224; partir duquel il devient possible d'examiner la sp&#233;cificit&#233; du facteur colonial comme vecteur de changement temporel, notamment dans le cas de l'Alg&#233;rie, soustraite pr&#233;cocement au contexte ottoman.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fragments temporels du monde arabe
</title>
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		<dc:date>2012-12-01T11:14:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvia Chiffoleau
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&lt;p&gt;Cet article, qui constitue l'introduction d'un dossier consacr&#233; aux temporalit&#233;s dans le monde arabe, a d&#233;j&#224; paru dans Temporalit&#233;s, N&#176; 15, 2012. Nous remercions Sylvia Chiffoleau de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS. Il est &#233;galement en ligne ici. La diversit&#233; culturelle des mesures et des conceptions du temps fascine. Les anthropologues se sont tr&#232;s t&#244;t attach&#233;s &#224; en percer les particularit&#233;s chez les peuples dits primitifs. La sociologie, d'abord celle de l'&#233;cole (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique21" rel="directory"&gt;Histoire
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Une histoire du temps qui reste en grande partie &#224; venir&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire_0'&gt;Une histoire du temps qui reste en grande partie &#224; venir&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La modernit&#233; : un croisement de temporalit&#233;s&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire_1'&gt;La modernit&#233; : un croisement de temporalit&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le temps de travail : des arrangements locaux aux d&#233;r&#233;gulations globales&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire_2'&gt;Le temps de travail : des arrangements locaux aux d&#233;r&#233;gulations globales&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Entre attente et esp&#233;rance : les oscillations des temporalit&#233;s du politique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire_3'&gt;Entre attente et esp&#233;rance : les oscillations des temporalit&#233;s du politique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire_4'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article, qui constitue l'introduction d'un dossier consacr&#233; aux temporalit&#233;s dans le monde arabe, a d&#233;j&#224; paru dans&lt;/i&gt; Temporalit&#233;s, &lt;i&gt;N&#176; 15, 2012. Nous remercions Sylvia Chiffoleau de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS. Il est &#233;galement en ligne &lt;a href=&#034;http://temporalites.revues.org/2154&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
La diversit&#233; culturelle des mesures et des conceptions du temps fascine. Les anthropologues se sont tr&#232;s t&#244;t attach&#233;s &#224; en percer les particularit&#233;s chez les peuples dits primitifs. La sociologie, d'abord celle de l'&#233;cole durkheimienne, notamment sous la plume d'Henri Hubert (1929), a fond&#233; par ailleurs l'importance des religions, et donc de chacune d'entre elles, comme facteur d'organisation des temporalit&#233;s sociales, dont la trace la plus visible se trouve dans les calendriers. Pourtant, dans la profusion des travaux sur le temps et les temporalit&#233;s de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, la th&#233;matique des diff&#233;rences culturelles, ou celle d'une pluralit&#233; des temporalit&#233;s inscrite non pas au c&#339;ur de chaque soci&#233;t&#233;, mais entre les soci&#233;t&#233;s, se sont faites tr&#232;s discr&#232;tes. &lt;i&gt;Time &amp; Society&lt;/i&gt; accorde peu de place aux analyses conduites dans les espaces extra-occidentaux, et les rares incursions vers les pays du Sud, men&#233;es par l'anthropologie, s'attachent &#224; des communaut&#233;s restreintes et souvent traditionnelles. Le cas du Japon y re&#231;oit un meilleur &#233;cho, pr&#233;cis&#233;ment en raison du succ&#232;s de l'assimilation du temps occidental dans le cadre de l'industrialisation, sur un substrat culturel pourtant tr&#232;s diff&#233;rent. C'est aussi la premi&#232;re fois que &lt;i&gt;Temporalit&#233;s &lt;/i&gt; consacre un num&#233;ro &#224; ce qu'il est convenu d'appeler une aire culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce n'est bien s&#251;r pas un d&#233;sint&#233;r&#234;t qui se trouve &#224; l'origine de cette discr&#233;tion. Celle-ci renvoie plut&#244;t &#224; la structure du champ des &#233;tudes sur les aires culturelles, en particulier sur le monde arabe et musulman, &#224; la sp&#233;cificit&#233; des sources disponibles et enfin aux contraintes propres aux terrains concern&#233;s. Si on est loin d&#233;sormais des d&#233;rives de l'orientalisme, et que les sciences sociales se sont empar&#233;es de ces r&#233;gions pour les traiter &#224; l'&#233;gal de toute autre, les interrogations n'y atteignent pas toujours la m&#234;me sophistication que sur les terrains europ&#233;en et am&#233;ricain, labour&#233;s de longue date par la recherche acad&#233;mique. Face &#224; la m&#233;connaissance des publics occidentaux, et compte tenu de la jeunesse relative des d&#233;marches d'analyse des faits sociaux dans le monde arabe, l'inventaire et l'analyse de certains traits &#233;l&#233;mentaires restent &#224; creuser ou encore &#224; faire. Ainsi, les questionnements en cours sur la n&#233;cessaire synchronisation des diverses temporalit&#233;s urbaines, notamment dans une perspective de genre, qui ont donn&#233; naissance &#224; des &#171; bureaux des temps &#187; dans certaines villes europ&#233;ennes, pourraient-ils appara&#238;tre comme secondaires dans des villes du Maghreb et du Moyen-Orient qui connaissent des probl&#232;mes jug&#233;s plus imm&#233;diats, comme l'emprise de l'urbanisation informelle et la pr&#233;valence du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par ailleurs, le lancement de travaux historiques sur certaines questions s'inscrivant dans une dimension temporelle (notamment les processus de production des temporalit&#233;s, et plus encore la question des usages de ces temporalit&#233;s) se heurterait &#224; la nature des sources historiques, qui sont tr&#232;s discr&#232;tes sur la subjectivit&#233; des individus. Elles ne rendent gu&#232;re ais&#233; le d&#233;cryptage de certains th&#232;mes, par exemple la structuration des &#226;ges de la vie sur le long terme. On ne poss&#232;de que quelques traces de la fa&#231;on dont &#233;tait d&#233;finie et v&#233;cue la vieillesse au Moyen &#194;ge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intervention non publi&#233;e de Syrinx Von Hees, &#171; Medicine and Old Age during (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et gu&#232;re plus pour les p&#233;riodes plus r&#233;centes. L'histoire de la jeunesse est &#233;galement &#224; ce jour encore tr&#232;s floue. Ces limites ne doivent pas d&#233;courager d'entreprendre de tels chantiers, mais il demeure vrai qu'en d&#233;pit des avanc&#233;es r&#233;centes de l'histoire sociale dans et sur la r&#233;gion, ils n'atteindront jamais le niveau de d&#233;tail des &#233;quivalents men&#233;s sur les terrains occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, pour la p&#233;riode contemporaine, si les &#233;l&#233;ments de documentation sont plus nombreux et diversifi&#233;s, ils restent lacunaires. Les statistiques sont souvent peu fiables et les enqu&#234;tes &#224; large &#233;chelle, auxquelles pourraient recourir les travaux portant sur les dimensions temporelles de la vie sociale, comme les enqu&#234;tes emploi du temps et budget-temps, sont quasi inexistantes. &#192; notre connaissance, seul le Maroc a entrepris ce type de collecte de donn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La seule enqu&#234;te r&#233;f&#233;renc&#233;e, d&#233;j&#224; ancienne, porte sur l'emploi du temps des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette absence pourrait &#234;tre palli&#233;e par la conduite d'enqu&#234;tes qualitatives d'envergure, qui n&#233;cessitent d'une part des moyens financiers que la recherche n'a pas toujours, et qui pourraient d'autre part se heurter &#224; des r&#233;ticences sur le terrain. Les r&#233;gimes autoritaires ne sont gu&#232;re enclins &#224; favoriser le regard critique des sciences sociales. Il est &#224; souhaiter que les r&#233;volutions en cours ouvrent d'autres possibles, y compris dans le champ de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En lan&#231;ant l'appel &#224; contribution pour ce num&#233;ro, nous avons pu r&#233;aliser le peu d'&#233;cho que rencontraient les interrogations en termes de temporalit&#233;s, ou du moins le peu d'usage qui en est fait dans le champ des &#233;tudes sur le monde arabe et musulman. Certes, comme dans toute la litt&#233;rature scientifique, le mot temporalit&#233;s s'est invit&#233;, par un effet de mode, dans bien des travaux. Mais il vient souvent se substituer aux termes &#171; chronologie &#187;, &#171; p&#233;riode &#187; &#171; agenda &#187; ou &#171; &#233;poque &#187;, et son usage ne signifie pas que le temps et les temporalit&#233;s sont r&#233;ellement pris pour objets sp&#233;cifiques d'&#233;tude. Aussi voudrions-nous tout particuli&#232;rement remercier les auteurs, autant ceux dont les contributions n'ont finalement pas &#233;t&#233; retenues que ceux dont on trouvera ici le r&#233;sultat de leur travail, de s'&#234;tre pli&#233; &#224; notre demande et d'avoir entrepris une d&#233;marche in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Une histoire du temps qui reste en grande partie &#224; venir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question du temps n'est toutefois pas totalement inconnue dans les &#233;tudes sur le monde arabe et musulman. La conception du temps en islam a bien s&#251;r &#233;t&#233; discut&#233;e de longue date. Dans un univers m&#233;di&#233;val chr&#233;tien unifi&#233; par l'usage du calendrier julien sur les deux rives de la M&#233;diterran&#233;e, la conqu&#234;te musulmane est venue imposer sur une partie de cet espace, au Maghreb et en M&#233;diterran&#233;e orientale, une autre conception du temps et un autre calendrier. Cette conception s'inspire de la culture des Arabes de l'&#233;poque pr&#233;islamique. La vie de ces populations, nomades ou s&#233;dentaris&#233;es dans des oasis entour&#233;es de vastes d&#233;serts, &#233;tait rythm&#233;e par les lunaisons. L'apparition du premier croissant de lune, puis les 28 stations de celle-ci, &#233;taient au fondement de la mesure du temps. La pr&#233;dication coranique s'inscrit dans cette tradition, les mouvements c&#233;lestes apparaissant en effet comme des signes &lt;i&gt;(&#226;y&#226;t)&lt;/i&gt; de Dieu et, depuis l'av&#232;nement de l'islam, seul le calendrier lunaire est en principe admis. Le Coran r&#233;serve toutefois peu de place &#224; l'id&#233;e de temps ; les &#233;v&#233;nements relat&#233;s dans les versets ne sont pas dat&#233;s ou datables et le texte coranique lui-m&#234;me n'ob&#233;it pas &#224; l'ordre chronologique de la r&#233;v&#233;lation des versets, mais ceux-ci sont pr&#233;sent&#233;s selon l'ordre arbitraire de leur longueur. Le terme &lt;i&gt;zam&#226;n&lt;/i&gt;, utilis&#233; par les philosophes arabes et par le vocabulaire commun pour d&#233;signer le temps n'appara&#238;t pas dans le Coran. Celui-ci pr&#233;sente une forme globalement intemporelle o&#249; l'accent est mis sur trois instants, celui de toute cr&#233;ation par le commandement &lt;i&gt;(amr)&lt;/i&gt; de Dieu, la fin de l'existence &#224; un terme &lt;i&gt;(ajal)&lt;/i&gt; fix&#233;, enfin la r&#233;surrection qui assure la vie &#233;ternelle dans l'au-del&#224;, id&#233;e de r&#233;surrection que refusaient quant &#224; eux les Arabes de la p&#233;riode pr&#233;islamique. La vie de l'homme commence par la naissance et se cl&#244;t par la mort, seuls moments explicitement &#233;voqu&#233;s dans le Coran, alors que dans l'intervalle, tout ce qui rel&#232;ve de la vie terrestre est d&#233;valoris&#233; au profit de l'attente eschatologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les conceptions musulmanes du temps voir Massignon (1962), Gardet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au calendrier musulman dominant s'ajoutaient n&#233;anmoins les calendriers des autres communaut&#233;s religieuses et ethniques de la r&#233;gion, ainsi que les conceptions du temps qui en sont &#224; l'origine ou qui en d&#233;coulent, et qui rythmaient notamment la liturgie et les f&#234;tes de chacune d'elles. Le calendrier julien continue jusqu'&#224; aujourd'hui &#224; ordonner la vie religieuse, et en partie la vie sociale, des chr&#233;tiens orthodoxes d'Orient. Longtemps ces deux calendriers principaux ont cohabit&#233; avec le calendrier h&#233;bra&#239;que luni-solaire des juifs, ou encore avec les calendriers &#233;gyptien, kurde et arm&#233;nien. Apr&#232;s la r&#233;forme gr&#233;gorienne, les missionnaires ont entrepris, non sans difficult&#233; et en bataillant jusqu'au c&#339;ur du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, d'imposer ce nouveau calendrier aux communaut&#233;s catholiques d'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cependant, puisque le calendrier lunaire musulman est plus court que l'ann&#233;e tropique, il s'est rapidement trouv&#233; en complet d&#233;calage avec les saisons, se r&#233;v&#233;lant inapte &#224; organiser la vie agricole. Aussi, conjointement avec le calendrier religieux qui fixe les dates mobiles du je&#251;ne et des f&#234;tes canoniques, l'islam a-t-il conserv&#233; un calendrier agricole bas&#233; sur le calendrier julien solaire et enrichi des observations des astronomes arabes. D&#232;s le Moyen &#194;ge, ceux-ci composaient chaque ann&#233;e des almanachs, dans lesquels &#233;taient consign&#233;s, jour apr&#232;s jour, le lever et le coucher des &#233;toiles, ainsi qu'une foule de notations, de renseignements et de prescriptions concernant l'agriculture, la sant&#233;, les f&#234;tes etc. Jusqu'au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et de fa&#231;on r&#233;siduelle encore aujourd'hui, toute la vie agraire du monde arabe est r&#233;gie par des calendriers &#233;tablis sur la base du calendrier julien, ou du calendrier copte en &#201;gypte, lequel repose, &#224; quelques variantes pr&#232;s, sur la m&#234;me structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'administration a besoin de r&#233;gularit&#233; et ne peut, elle non plus, se fonder uniquement sur le rythme lunaire mouvant du calendrier musulman. Aussi l'administration califale puis l'Empire ottoman ont-ils &#233;tabli un rythme annuel solaire, compt&#233; &#224; partir de l'&#232;re h&#233;girienne, pour le paiement des taxes financi&#232;res puis, &#224; partir du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, pour la gestion de l'ensemble du domaine administratif. Le comptage de l'heure lui-m&#234;me &#233;tait diversifi&#233;. En effet, jusqu'&#224; la Premi&#232;re guerre mondiale, et jusque dans les ann&#233;es 1960 en Arabie Saoudite, coexistaient deux mani&#232;res de compter l'heure dans la r&#233;gion. La mani&#232;re &lt;i&gt;alla franca&lt;/i&gt; &#233;grenait les heures &#224; partir de minuit, quand l'heure dite &lt;i&gt;alla turca&lt;/i&gt; pla&#231;ait le d&#233;but de la journ&#233;e au coucher du soleil, dans la tradition musulmane. Les diff&#233;rentes activit&#233;s sociales &#233;taient r&#233;gies d'une mani&#232;re ou d'une autre, ce qui entra&#238;nait de fr&#233;quentes confusions. La d&#233;termination du temps est donc marqu&#233;e dans le monde arabe par une grande complexit&#233;. La pluralit&#233; des mesures et des calendriers, que les populations manient avec une grande comp&#233;tence, laisse supposer la multiplicit&#233; des conceptions et des usages du temps et des temporalit&#233;s qui leur sont attach&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'histoire du temps dans le monde arabe et musulman est loin de pr&#233;senter un profil lin&#233;aire mais constitue plut&#244;t un champ de concurrence, voire de conflits, opposant notamment pouvoirs politique et religieux, ou encore pouvoirs religieux entre eux, pour l'imposition d'un temps dominant, ou du moins l&#233;gitime. Et lorsque l'Occident introduit le temps de l'horloge et le calendrier civil gr&#233;gorien au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (lui-m&#234;me en situation coloniale, ou ailleurs, de fa&#231;on moins radicale, par le biais des &#201;tats modernisateurs), il s'agit finalement d'une modalit&#233; nouvelle qui vient s'ajouter &#224; bien d'autres d&#233;j&#224; en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette histoire du temps objectif, mesur&#233;, dans le monde arabe et musulman, reste fort lacunaire. L'ouvrage r&#233;cent sur &lt;i&gt;Les Ottomans et le temps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, dans ce num&#233;ro, le compte-rendu de cet ouvrage.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Georgeon et Hitzel, 2011) en constitue d&#233;sormais un jalon important, mais l'enqu&#234;te historique doit &#234;tre poursuivie, notamment dans le registre de la diversit&#233; et de l'articulation entre eux des temps et des temporalit&#233;s des diff&#233;rentes communaut&#233;s religieuses, dans celui des modalit&#233;s de la modernisation de l'usage du temps et ses avatars actuels. Une histoire plus compl&#232;te offrirait ainsi un substrat solide sur lequel asseoir des r&#233;flexions plus pointues sur les conceptions et les usages du temps subjectif, plus difficiles encore &#224; mettre au jour. Mais d'ores et d&#233;j&#224;, &#224; travers la br&#232;ve synth&#232;se qui pr&#233;c&#232;de, on peut saisir les diff&#233;rences de structure et de nature du temps, et partant des temporalit&#233;s, mais aussi des diff&#233;rences sensibles avec la chronologie de l'histoire du temps en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'histoire du temps en Occident est d'abord celle de la promotion de l'horloge (Landes, 1987 ; Dohrn-van Rossum, 1997) dont la g&#233;n&#233;ralisation entra&#238;ne la s&#233;paration de l'Europe d'un univers m&#233;diterran&#233;en qui se partageait jusqu'alors l'usage des cadrans solaires et des clepsydres. La convergence vers le temps commun de l'horloge et de la montre ne se fait ensuite qu'&#224; la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, et surtout au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Dans l'entre-deux, c'est bien &#224; d'autres mani&#232;res de mesurer le temps, et sans doute aussi de le vivre, mani&#232;res qu'il conviendrait de rep&#233;rer plus finement, qu'avaient recours les populations du monde arabe. Par ailleurs, les travaux historiques et sociologiques sur le temps, dans la sph&#232;re occidentale, ont dessin&#233; une chronologie qui s'articule en gros en quatre p&#233;riodes. Il y aurait d'abord, en suivant Jacques Le Goff (1960), le temps de l'&#201;glise. Les membres des autorit&#233;s religieuses ont en effet toujours &#233;t&#233; les premiers sp&#233;cialistes de la d&#233;termination active du temps et la primaut&#233; du temps religieux est rep&#233;rable &#233;galement dans le monde arabe. Puis &#224; ce temps de l'&#201;glise fait suite en Europe, &#224; la fin du Moyen &#194;ge, le temps du marchand. Celui-ci est caract&#233;ris&#233; par un investissement, un b&#233;n&#233;fice sur le temps, ce qui est le principe m&#234;me de l'usure que l'&#201;glise attaque moralement parce que le temps &#171; n'appartient qu'&#224; Dieu et ne peut &#234;tre objet de lucre &#187; (Le Goff, 1960, p. 418). C'est d'ailleurs pour la m&#234;me raison que l'islam la condamne. Il conviendrait pour l'Orient d'examiner finement, dans la mesure o&#249; les sources le permettent, les pratiques des marchands et l'impact de leur activit&#233; sur un &#233;ventuel changement de conception du temps, afin de pouvoir comparer leur r&#244;le &#224; celui que tenaient les marchands europ&#233;ens des XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. Trois indices permettent de formuler l'hypoth&#232;se que ce passage crucial ne s'est pas jou&#233; de la m&#234;me fa&#231;on, ni peut-&#234;tre au m&#234;me moment, et sans doute pas avec les m&#234;mes acteurs, en Europe et en Orient : l'absence d'int&#233;r&#234;t usuraire, effective en islam ; le fait que les marchands ne sont pas une cat&#233;gorie nouvelle au Moyen &#194;ge mais s'inscrivent dans une g&#233;n&#233;alogie remontant &#224; l'Antiquit&#233; et &#224; la civilisation arabe pr&#233;islamique ; et qu'enfin, en tant que groupe, ils ne semblent pas d&#233;velopper une culture in&#233;dite ou sp&#233;cifique mais demeurent ancr&#233;s dans une culture religieuse et traditionnelle (Picard, 2011, p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De m&#234;me, si la r&#233;volution industrielle a marqu&#233; ensuite un moment de profonde transformation du temps, de sa gestion et de sa perception en Europe et aux &#201;tats-Unis, elle n'a pas eu lieu au m&#234;me moment dans le monde arabe et lorsque l'industrialisation s'y est d&#233;velopp&#233;e, bien plus tardivement et faiblement qu'en Europe, elle y a pris des formes particuli&#232;res. Domin&#233;e au d&#233;part par le capital et les int&#233;r&#234;ts &#233;trangers, elle a &#233;volu&#233; dans de nombreux pays, apr&#232;s les ind&#233;pendances, dans le cadre des nationalisations et du d&#233;veloppement d'un secteur public plus vou&#233; &#224; la fonction de pourvoyeur d'emplois qu'&#224; la productivit&#233; et &#224; la rentabilit&#233;. L&#224; encore, ce moment cl&#233; rev&#234;t une configuration sp&#233;cifique sur la rive sud de la M&#233;diterran&#233;e, laissant sans doute des h&#233;ritages diff&#233;rents dans la production et l'usage des temporalit&#233;s. Enfin, si les soci&#233;t&#233;s post-industrielles, qui sont le monde d'aujourd'hui, sont caract&#233;ris&#233;es par le ph&#233;nom&#232;ne de l'acc&#233;l&#233;ration (Rosa, 2010), celle-ci s'effectue selon une r&#233;partition in&#233;gale dans l'espace mondial et se joue sans doute selon des modalit&#233;s particuli&#232;res dans les diff&#233;rentes r&#233;gions ou aires culturelles. Son impact reste &#224; mesurer dans une soci&#233;t&#233; extra-occidentale comme celle du monde arabe. Elle semble en effet toucher les groupes sociaux de fa&#231;on diff&#233;rente. Dans le monde arabe, certains ont encore le temps, parfois trop (le ch&#244;mage, l'attente qui caract&#233;rise la jeunesse) mais on peut aussi rep&#233;rer des rythmes volontairement lents qui se r&#233;f&#232;rent &#224; une vie traditionnelle, ou qui visent &#224; revendiquer une diff&#233;rence positive par rapport aux soci&#233;t&#233;s occidentales prises du vertige de la vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces quelques exemples de d&#233;calage dans la chronologie et dans la fa&#231;on de traverser les grandes scansions de l'histoire du temps entre les r&#233;gions occidentales et le monde arabe et musulman suffisent &#224; d&#233;montrer l'int&#233;r&#234;t que rev&#234;t une recherche sp&#233;cifique sur cette r&#233;gion en termes de temporalit&#233;s. Celle-ci n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts mais, en d&#233;pit des lacunes, tant sur les connaissances qu'au niveau de la documentation, les contributions de ce num&#233;ro ont cherch&#233; &#224; explorer, &#224; partir de l'intrusion de la modernit&#233; et jusqu'&#224; l'&#233;poque actuelle, dans une d&#233;marche novatrice, quelques-unes des particularit&#233;s du temps et des temporalit&#233;s dans cette r&#233;gion, mais aussi les ph&#233;nom&#232;nes de croisement et de rencontre avec le contexte occidental, ainsi que les universalismes. Elles ne pr&#233;sentent que quelques &#233;clairages fragmentaires sur une aire g&#233;ographique vaste et donc diversifi&#233;e, tant par le nombre de ses communaut&#233;s ethniques et religieuses, par ses fragmentations sociales, que dans les trajectoires historiques sp&#233;cifiques travers&#233;es par les diff&#233;rents pays. Cette saisie partielle s'effectue en revanche &#224; partir du regard de plusieurs disciplines puisque l'histoire, la sociologie, l'anthropologie et la science politique ont &#233;t&#233; convoqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La modernit&#233; : un croisement de temporalit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est au terme d'un long apprentissage que l'Occident a appris &#224; ma&#238;triser le temps, &#224; l'enfermer dans des normes et des horaires destin&#233;s &#224; rythmer la vie des gens, lesquels ont fini par int&#233;grer cette contrainte jusqu'&#224; la consid&#233;rer comme naturelle (Elias, 1996). Cette ma&#238;trise du temps apparaissait d'ailleurs, aux yeux des Europ&#233;ens, comme l'un des signes de leur sup&#233;riorit&#233; lorsqu'ils se sont pris, au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#224; vouloir conqu&#233;rir le monde. Dans le monde arabe, si les &#233;changes entre les deux rives de la M&#233;diterran&#233;e sont toujours demeur&#233;s actifs, l'exp&#233;dition d'&#201;gypte de Bonaparte (1798-1801) est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;e comme le point de d&#233;part d'un lent processus d'assimilation de la modernit&#233; occidentale pour la r&#233;gion. La socialisation &#224; de nouvelles techniques, &#224; de nouveaux comportements, et parmi eux le comptage et l'apprentissage des temps de l'horloge et du calendrier civil, l'usage de ceux-ci dans le cadre de nouveaux rythmes, s'est faite d&#232;s lors &#224; travers de multiples vecteurs, et de fa&#231;on diff&#233;rente, &#224; des vitesses vari&#233;es, selon les groupes sociaux et les lieux. Comme en Europe, la ville s'est r&#233;v&#233;l&#233;e un terrain favorable &#224; ces apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Venue dans les bagages du colonisateur ou brandie par les &#201;tats modernisateurs autochtones comme arme privil&#233;gi&#233;e d'une sortie de &#171; l'arri&#233;ration &#187;, la sant&#233; dite moderne, issue de la r&#233;volution clinique initi&#233;e en Europe au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, appara&#238;t comme l'un des principaux vecteurs de ces transformations temporelles. C'est donc &#224; une relecture, au prisme du temps et des temporalit&#233;s, de certains travaux r&#233;alis&#233;s sur le transfert de la m&#233;decine moderne au Maghreb et au Moyen-Orient, au cours du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et du premier XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, que je me suis livr&#233;e pour tenter d'en mesurer l'impact sur les rapports au temps. Les institutions de soins sont sans aucun doute, avec l'arm&#233;e et les structures d'enseignement, parmi les premi&#232;res &#224; fonctionner selon un horaire r&#233;gl&#233; et avec des contraintes temporelles. Mais plus subtilement, et cela n'appara&#238;t gu&#232;re que sous forme de traces dans les sources, il semble que cette nouvelle m&#233;decine, en d&#233;pit du fait qu'elle a souvent &#233;t&#233; impos&#233;e aux populations locales par des proc&#233;dures autoritaires affichant un visage bien peu s&#233;duisant, ait su convaincre de son efficacit&#233;, pourtant encore bien relative &#224; l'&#233;poque. C'est cette efficacit&#233; qui a commenc&#233; &#224; retourner la vieille id&#233;e, longtemps universellement partag&#233;e, de l'impuissance des hommes face &#224; la maladie, et qui a peut-&#234;tre aussi &#233;branl&#233; le principe fondamental de l'attente eschatologique. Il ne s'agit l&#224; que du premier moment d'un processus qui s'est ensuite affirm&#233;. Au moment des ind&#233;pendances, les nouveaux &#201;tats ont pouss&#233; plus loin encore l'exp&#233;rience de la m&#233;decine moderne, par&#233;e de toutes les vertus, et ils ont tent&#233; d'en rendre les services accessibles au plus grand nombre, y puisant au passage des ressources de l&#233;gitimit&#233;. Pour autant, dans le contexte plus r&#233;cent de r&#233;islamisation des soci&#233;t&#233;s arabes, qui s'accompagne d'une tendance, moins connue en Occident mais bien r&#233;elle, de s&#233;cularisation et d'individuation, dans un contexte o&#249; par ailleurs la m&#233;decine n'est plus consid&#233;r&#233;e comme une panac&#233;e infaillible, la place du corps et les aspirations &#224; la sant&#233; sont soumis &#224; de nouvelles r&#233;&#233;valuations, entre investissement actif pour l'avenir et regain de l'attente eschatologique, dans une configuration sans doute pourtant bien diff&#233;rente de ce qu'elle &#233;tait au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Il conviendrait donc de pousser l'investigation en ce sens, jusqu'&#224; la p&#233;riode actuelle, y compris dans le contexte de l'immigration o&#249; la vari&#233;t&#233; des positionnements des patients, notamment musulmans, &#224; l'&#233;gard du corps et de la maladie, entra&#238;ne parfois des situations d'incompr&#233;hension avec les soignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le choix de porter ici le regard sur la sant&#233; a conduit &#224; favoriser le moteur qu'a constitu&#233; l'&#201;gypte, pays pr&#233;curseur dans ce domaine, et &#224; placer l'&#201;tat en position centrale dans le processus d'imposition et de diffusion d'un nouveau temps compt&#233; et des rythmes qui lui sont associ&#233;s. Pourtant, d'autres acteurs ont agi en parall&#232;le pour favoriser cet apprentissage. L'observation du registre de l'enseignement, notamment, aurait mis au jour le r&#244;le &#233;galement important des missionnaires dans la r&#233;gion. Ils sont &#224; l'origine de la cr&#233;ation au Levant de la plupart des &#233;coles dites modernes, dispensant un enseignement profane et non religieux, avec des emplois du temps souvent tr&#232;s stricts, qui ont form&#233; ainsi un vecteur essentiel de l'acquisition d'une discipline temporelle (Verdeil, 2011 ; Bocquet, 2002). Le succ&#232;s remport&#233; par ces &#233;coles au-del&#224; des seules communaut&#233;s chr&#233;tiennes est d'ailleurs &#224; mettre en regard du mouvement de refus scolaire des Alg&#233;riens dans le cadre colonial (Colonna, 1975). Comme le registre de la sant&#233;, celui de l'enseignement souligne le diff&#233;rentiel d'efficacit&#233; dans le processus de transfert des outils de la modernit&#233;, et parmi eux le temps &#171; rationnel &#187;, plus difficile &#224; faire admettre dans le contexte de la violence coloniale que par les moyens plus &#171; enrob&#233;s &#187; mobilis&#233;s par les &#201;tats autochtones et les groupes de m&#233;diateurs, missionnaires ou fonctionnaires &#233;trangers au service de ces &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Outre l'enseignement et la m&#233;decine, les activit&#233;s commerciales, &#233;troitement arrim&#233;es au contexte international, ou encore les techniques modernes du t&#233;l&#233;graphe et du chemin de fer ont &#233;galement contribu&#233;, comme en Europe, &#224; la rationalisation et &#224; l'harmonisation du temps. Enfin, au tournant des XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, au Liban (Khater, 1999) comme en Alg&#233;rie (Carlier, 1998), les premi&#232;res g&#233;n&#233;rations de migrants, qui acqui&#232;rent en Europe ou en Am&#233;rique une discipline temporelle li&#233;e &#224; l'emploi industriel, ont largement contribu&#233; &#224; transf&#233;rer ensuite dans leur pays d'origine les pr&#233;occupations horaires et l'usage des instruments de mesure du temps. Au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, montres et horloges &#233;taient des produits tr&#232;s rares en Orient ; &#224; la fin du si&#232;cle, le port de Beyrouth re&#231;oit d'importantes cargaisons de montres et d'horloges de prix modeste, et de tels objets apparaissent d&#233;sormais dans les corbeilles de fian&#231;ailles (Heyberger et Walbiner, 2002, p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La pr&#233;sence de plus en plus r&#233;pandue des garde-temps, aujourd'hui g&#233;n&#233;ralis&#233;e sous la forme du bracelet-montre, et plus encore du t&#233;l&#233;phone portable, une socialisation d&#233;j&#224; ancienne aux contraintes horaires, acquise &#224; travers tout un faisceau d'activit&#233;s, ne signifient pas pour autant que la discipline du temps, telle qu'elle existe g&#233;n&#233;ralement dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, soit parfaitement adopt&#233;e. La ponctualit&#233; est une vertu tr&#232;s fluctuante en Orient, et son absence fr&#233;quente renvoie le visiteur tant au charme des lieux qu'&#224; l'exasp&#233;ration face &#224; une diff&#233;rence &#233;vidente dans le rapport au temps. En d&#233;pit d'une ma&#238;trise th&#233;orique du temps compt&#233;, bien des habitants de la r&#233;gion, du moins ceux qui peuvent se tenir encore &#224; une relative distance du temps du monde, ou dans certaines de leurs activit&#233;s, demeurent profond&#233;ment polychrones, pour reprendre l'expression d'Edward T. Hall. Dans ce mod&#232;le culturel de rapport au temps, &#171; l'accent est mis sur l'engagement des individus et l'accomplissement du contrat, plut&#244;t que sur l'adh&#233;sion &#224; un horaire pr&#233;&#233;tabli &#187; (Hall, 1984, p. 58). &#192; l'inverse de l'organisation rationnelle qui caract&#233;rise la plupart des actions sociales en Occident, au sein des poches de r&#233;sistance de la polychronie, les individus manifestent une capacit&#233; &#224; traiter simultan&#233;ment plusieurs choses &#224; la fois, ou plusieurs relations sociales. La description que fait E. T. Hall du bureau d'un fonctionnaire au Moyen-Orient, o&#249; dans un espace de r&#233;ception circulent avec fluidit&#233; plusieurs personnes dont le fonctionnaire s'occupe simultan&#233;ment, demeure d'actualit&#233; dans certaines situations. On est loin dans ce cas de la porte ferm&#233;e d'un bureau europ&#233;en, qui laisse passer les visiteurs un &#224; un. Si certains secteurs sociaux du monde arabe ont rejoint le rythme effr&#233;n&#233; des high-speed societies, d'autres segments r&#233;sistent et revendiquent, par opposition, les vertus de la lenteur et de la patience, le primat de la qualit&#233; des rapports sociaux. C'est d'ailleurs l'importance accord&#233;e &#224; la disponibilit&#233;, aux relations humaines, et non celle de l'horaire ou de la dur&#233;e de l'effort, qui est mobilis&#233;e comme ordre de justification d'un rapport au temps de travail qui appara&#238;t assez diff&#233;rent dans les soci&#233;t&#233;s arabes de ce qu'il est dans les soci&#233;t&#233;s occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le temps de travail : des arrangements locaux aux d&#233;r&#233;gulations globales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'univers du travail laisse en effet appara&#238;tre de nombreux signes t&#233;moignant de postures diff&#233;rentes de celles qui pr&#233;valent en Occident face au temps de travail, postures elles-m&#234;mes tr&#232;s diversifi&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de la sph&#232;re du monde arabe, en raison de la pluralit&#233; des mondes du travail issue de la trajectoire historique de la r&#233;gion, qui croise h&#233;ritages autochtones et emprunts r&#233;interpr&#233;t&#233;s. C'est &#224; partir du constat de la surprenante absence de la question du temps de travail dans les conflits sociaux au Liban qu'Elisabeth Longuenesse et Marie-No&#235;lle Abi Yaghi s'interrogent sur les sp&#233;cificit&#233;s du rapport au temps de travail, &#224; travers les exemples des employ&#233;s de banque et des chauffeurs de taxi, professions soumises &#224; des rythmes de travail tr&#232;s diff&#233;rents, mais pareillement press&#233;es par la concurrence et l'imp&#233;ratif de rentabilit&#233;. Elles mettent au jour la grande &#233;lasticit&#233; des temps de travail, impos&#233;e par les employeurs ou recherch&#233;e par les travailleurs eux-m&#234;mes, qui rel&#232;gue la question de la diminution du temps de travail &#224; l'arri&#232;re-plan. La d&#233;gradation g&#233;n&#233;rale des conditions de vie, des salaires souvent peu &#233;lev&#233;s, voire d&#233;risoires, sont le lot commun des classes populaires et m&#234;me moyennes dans l'ensemble de la r&#233;gion, ce qui explique sans doute en partie ce d&#233;sint&#233;r&#234;t pour la revendication d'une diminution du temps de travail, qui a pourtant &#233;t&#233; au c&#339;ur des luttes sociales dans les soci&#233;t&#233;s occidentales. Le quotidien est fait de luttes pour s'en sortir, pour augmenter de maigres revenus, et pour y parvenir, il faut souvent cumuler plusieurs activit&#233;s, c'est-&#224;-dire allonger son temps de travail, parfois dans des proportions qui sembleraient inimaginables dans l'h&#233;misph&#232;re nord. Tel fonctionnaire, en &#201;gypte ou en Syrie, par exemple, devient l'apr&#232;s-midi chauffeur de taxi ou artisan, ou encore tient une buvette informelle au coin d'une rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette fluidit&#233; est rendue possible par la grande vari&#233;t&#233; des horaires de travail, en fonction du secteur et du type d'emploi. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale au Moyen-Orient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Maghreb, l'h&#233;ritage colonial induit des diff&#233;rences puisque les pays de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &#224; quelques nuances pr&#232;s, les horaires de la fonction publique, de m&#234;me que ceux de la plupart des &#233;coles, sont compris entre 8 h et 14 h. C'est sur cette tranche horaire que se sont align&#233;es les agences bancaires, y compris celles qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es dans le cadre priv&#233;. Les horaires du commerce traditionnel des souks sont quant &#224; eux plus extensifs, mais demeurent g&#233;n&#233;ralement codifi&#233;s. Les souks, ouverts parfois seulement &#224; 10 h, restent en activit&#233; jusqu'&#224; 18 h ou 19 h. Ils sont les conservatoires des rythmes lents de ce commerce traditionnel. On peut encore y assister aux longues palabres du marchandage et aux siestes du commer&#231;ant, gliss&#233; dans l'espace minuscule de son &#233;choppe, mais toujours disponible pour la client&#232;le. Le secteur informel, commercial ou artisanal, majoritaire dans certains pays, &#233;chappe &#224; toute r&#233;gulation et donne lieu &#224; maints syst&#232;mes d'exploitation des hommes, mais aussi des femmes et des enfants, particuli&#232;rement expos&#233;s &#224; la pr&#233;carit&#233;. Enfin, avec les politiques de lib&#233;ralisation lanc&#233;es par les pays qui furent un temps domin&#233;s par le socialisme d'&#201;tat, et par lesquelles ils ont rejoint une situation libanaise qui avait &#233;t&#233; pionni&#232;re, des secteurs de travail enti&#232;rement nouveaux sont apparus. Les activit&#233;s de services et les centres commerciaux de type &lt;i&gt;mall &lt;/i&gt; ont conquis les espaces urbains, offrant des opportunit&#233;s d'emplois dans un secteur per&#231;u comme moderne et r&#233;mun&#233;rateur, donc valoris&#233; en d&#233;pit d'un temps de travail plus lourd li&#233; &#224; la concurrence et &#224; l'alignement sur les normes internationales les plus lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans les interstices de ces diff&#233;rents rythmes de travail, la question des loisirs et du temps libre, qui m&#233;riterait d'&#234;tre creus&#233;e, appara&#238;t &#233;galement comme un facteur important dans la structuration d'un rapport somme toute d&#233;contract&#233; au temps de travail. Les longues vacances estivales sont quasi inconnues. Les loisirs et le temps libres sont &#233;troitement articul&#233;s, d'une part &#224; la vie familiale &#233;largie, d'autre part aux calendriers religieux. La dimension familiale favorise la proximit&#233; spatiale ; on va rarement loin pour ses loisirs. On rend visite &#224; la famille, ou on se retrouve dans un lieu de vill&#233;giature commun, hors de l'espace &#233;touffant de villes satur&#233;es, mais rarement tr&#232;s &#233;loign&#233; de celles-ci. Par ailleurs, P&#226;ques et No&#235;l pour le chr&#233;tiens, la f&#234;te de rupture du je&#251;ne et la f&#234;te du sacrifice pour les musulmans, sont les temps forts de l'arr&#234;t de travail, qui ne dure que quelques jours. Un tel rythme de loisir, qui appelle des pauses de courte dur&#233;e qu'il n'est pas absolument n&#233;cessaire de pr&#233;voir longtemps &#224; l'avance, en outre sur un calendrier mobile en ce qui concerne les f&#234;tes musulmanes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La d&#233;termination exacte des jours de f&#234;te peut par ailleurs intervenir tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n&#233;cessite peut-&#234;tre moins un encadrement l&#233;gislatif que des arrangements interpersonnels souples. C'est bien cette derni&#232;re modalit&#233; qui semble la plus fr&#233;quente dans le monde du travail libanais. L'expression &#171; ici au Liban&#8230; &#187;, r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; plusieurs reprises par les employ&#233;s de banque interrog&#233;s par Elisabeth Longuenesse et Marie-No&#235;lle Abi Yaghi, rappelle aussi le souci de demeurer dans des contextes de travail relativement peu rigides, un mod&#232;le &#233;loign&#233; des normes occidentales mais qui renvoie &#224; l'id&#233;e d'un espace de libert&#233; et se revendique comme un signe positif de sp&#233;cificit&#233; et de disponibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si le temps industriel, qui a &#233;t&#233; si structurant dans le contexte occidental, n'existe qu'&#224; la marge dans le monde arabe, l'univers du travail r&#233;v&#232;le une stratigraphie complexe qui croise des h&#233;ritages locaux pr&#233;servant une part de rythmes lents, des trajectoires coloniales imprimant des diff&#233;rences entre Maghreb et Machreq, et d&#233;sormais partout des mouvements profonds de d&#233;r&#233;gulation. Dans le contexte actuel de mondialisation, les r&#233;gions du Sud, et parmi elles le monde arabe, pourraient bien &#234;tre &#224; l'avant-garde des exp&#233;riences de travail global, projetant l'image d'un futur inqui&#233;tant. Toujours sur le terrain libanais, Julien Bret explore la circulation des migrantes asiatiques, vou&#233;es dans ce pays aux emplois domestiques, et qui sont prises entre divers registres de temporalit&#233;s. Celle, br&#232;ve, impos&#233;e par les administrations des pays de d&#233;part qui ont int&#233;r&#234;t &#224; favoriser un &lt;i&gt;turn over&lt;/i&gt; rapide, de pr&#233;f&#233;rence en direction des pays consid&#233;r&#233;s comme fortement r&#233;mun&#233;rateurs. Celle, ambigu&#235;, de l'employeur libanais qui, d'une part, adh&#232;re &#224; ce principe du temps limit&#233; (contrats de trois ans) dans l'&#233;ventualit&#233; d'une d&#233;ception, mais qui, d'autre part, si la personne donne satisfaction au terme d'une p&#233;riode probatoire, a tout int&#233;r&#234;t &#224; prolonger sa pr&#233;sence au Liban, y compris en contravention de la loi. Celle, enfin, propre aux migrantes, qui s'articule elle-m&#234;me entre le temps long de la construction d'une carri&#232;re migratoire durable, et le temps de l'imm&#233;diatet&#233;, qui consiste &#224; d&#233;gager de la gangue du contr&#244;le &#233;troit exerc&#233; par l'employeur, du temps pour soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les conditions de travail de ces migrantes sont en effet particuli&#232;rement contraignantes. H&#233;berg&#233;es au domicile m&#234;me de leur employeur, souvent dans des conditions qui ne leur offre aucune intimit&#233;, disponibles 24 heures sur 24, elles ne b&#233;n&#233;ficient pas toujours, loin s'en faut, du jour de cong&#233; hebdomadaire pourtant inscrit dans le nouveau contrat unifi&#233; de 2009, mais laiss&#233; &#224; l'appr&#233;ciation de l'employeur. Un profil qui risque de se r&#233;pandre si des modes de r&#233;gulation efficaces ne s'op&#232;rent pas sur le travail global. Les organisations internationales et les ONG parviennent parfois, &#224; coups d'action et d'information, &#224; ouvrir des br&#232;ches de moralisation dans cet espace d'exploitation mondialis&#233;. De leur c&#244;t&#233; certaines migrantes, en d&#233;pit des contraintes tr&#232;s fortes, parfois violentes, auxquelles elles sont soumises, apprennent &#224; se m&#233;nager des espaces et des temps d'autonomie. Modestement, &#224; travers les &lt;i&gt;balcony talks&lt;/i&gt; qui permettent &#224; celles qui vivent recluses d'&#233;changer avec leurs coll&#232;gues, ou plus collectivement en participant &#224; la pastorale des migrants ou au r&#233;seau d'assistance chapeaut&#233; par Caritas, plus durablement enfin, mais bien souvent dans l'ill&#233;galit&#233;, en travaillant en temps partag&#233; ou en s'implantant dans de micro-entreprises, restaurants ou salons de coiffure. Au Liban, les employ&#233;es philippines, qui ont longtemps &#233;t&#233; les plus valoris&#233;es sur le march&#233; de l'emploi domestique, ont acquis dans la dur&#233;e de l'exp&#233;rience migratoire de bonnes comp&#233;tences dans ces formes d'autonomie. Per&#231;ues comme trop &#233;mancip&#233;es, susceptibles de recourir &#224; des r&#233;seaux de soutien, on leur pr&#233;f&#232;re d&#233;sormais de nouveaux groupes consid&#233;r&#233;s comme plus dociles. Les organisations des droits de l'homme et leurs militants devront encore et toujours faire preuve d'imagination pour d&#233;jouer les ruses de l'inhumanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Entre attente et esp&#233;rance : les oscillations des temporalit&#233;s du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde arabe, la culture politique s'est construite au cours des derni&#232;res d&#233;cennies dans un contexte tr&#232;s particulier. &#192; partir des ann&#233;es 1960, l'Europe occidentale, et un peu plus tardivement les &#201;tats-Unis, entrent dans une p&#233;riode d'absence de guerre, laquelle avait domin&#233; l'exp&#233;rience des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, m&#233;nageant ainsi quatre d&#233;cennies de calme, perturb&#233;es seulement par les &#233;chos des conflits ayant lieu ailleurs, propices &#224; l'inscription de changements majeurs au sein de ces soci&#233;t&#233;s (Sirinelli, 1994). Dans le monde arabe, ces m&#234;mes d&#233;cennies sont travers&#233;es par des conflits nombreux et durables qui interviennent comme autant de ruptures temporelles dans la trajectoire historique de la r&#233;gion. Le conflit isra&#233;lo-palestinien, toujours irr&#233;solu, qui demeure une douleur vive dans toutes les consciences arabes, la guerre civile libanaise, les conflits en Irak, marquent profond&#233;ment l'histoire r&#233;cente de cette r&#233;gion et impriment sans aucun doute leur marque dans la conscience du temps. Dans ces conditions particuli&#232;res en effet, qui brouillent les articulations entre pass&#233;, pr&#233;sent et futur, il n'appara&#238;t pas &#233;vident que la perception de l'avenir s'inscrive, comme ce fut longtemps le cas dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, dans la vision optimiste d'un irr&#233;sistible progr&#232;s, perspective d&#233;mentie chaque jour par la r&#233;alit&#233;. L'Irak, dont les indicateurs sociaux ont fait un bond en arri&#232;re, suffit &#224; prouver l'inexistence de la lin&#233;arit&#233;. Le pr&#233;sent n'offre gu&#232;re plus de raisons d'&#234;tre valoris&#233;. En outre, la survivance coloniale que constitue l'occupation des territoires palestiniens par Isra&#235;l inscrit cette portion de la r&#233;gion dans un temps consid&#233;r&#233; partout ailleurs comme relevant d'une histoire r&#233;volue. Enfin, &#224; cet &#233;tat de tension chronique s'ajoute le poids de r&#233;gimes politiques qui, quasi sans exception jusqu'&#224; ces derniers mois, relevaient d'un autoritarisme qui cherchait &#224; se cristalliser pour durer, &#224; l'oppos&#233; de la temporalit&#233; propre des d&#233;mocraties rythm&#233;e par le calendrier &#233;lectoral et l'alternance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce sont ces deux derni&#232;res particularit&#233;s, d'une part le contr&#244;le de nature coloniale exerc&#233; sur la population palestinienne, d'autre part la figure de l'autoritarisme capt&#233;e &#224; travers l'exemple tunisien, que V&#233;ronique Bontemps et Fran&#231;ois Siino analysent &#224; l'aune des temporalit&#233;s. V&#233;ronique Bontemps nous invite &#224; l'accompagner lors de la travers&#233;e du pont Allenby, seul point de passage entre la Cisjordanie et la Jordanie, qu'elle scrute avec le regard de l'anthropologue. De fa&#231;on plus ou moins forte selon leur statut social, ou en fonction des ressources dont ils disposent pour y &#233;chapper, les Palestiniens sont soumis, avant de p&#233;n&#233;trer dans l'espace de libert&#233; et d'ouverture que constitue la Jordanie, &#224; d'interminables attentes. Cette d&#233;possession du temps appara&#238;t comme une arme &#224; part enti&#232;re du dispositif d'occupation. Le fait d'&#234;tre soumis &#224; l'arbitraire &#8211; ici l'obligation d'une attente non justifi&#233;e &#8211;ou de ne pas l'&#234;tre, forme une fronti&#232;re classique qui traverse toutes les soci&#233;t&#233;s coloniales (Th&#233;nault, 2012). En r&#233;ponse, les strat&#233;gies de mise &#224; distance ou de &#171; d&#233;brouille &#187;, qui peuvent &#234;tre rapproch&#233;es de celles, de nature certes diff&#233;rente, mobilis&#233;es par les domestiques &#233;trang&#232;res au Liban, visent &#224; tenir dans la dur&#233;e face &#224; une situation de forte contrainte sur laquelle on ne peut agir directement ou imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'attente, qui prend des formes paroxystiques au pont Allenby, est un ph&#233;nom&#232;ne qui enserre par ailleurs toute la soci&#233;t&#233; palestinienne. Enferm&#233;s dans les enclaves palestiniennes ou dans des camps de r&#233;fugi&#233;s, dans les territoires eux-m&#234;mes ou dans les pays voisins, massivement victimes du ch&#244;mage, interdits de circuler pour certains d'entre eux en raison de leur statut administratif, trahis dans leurs esp&#233;rances &#8211; d'une nation, du droit au retour &#8211; par les &#233;checs successifs des n&#233;gociations de paix, les Palestiniens sont condamn&#233;s &#224; un quotidien fait d'une part importante d'attente. Dans ces minuscules territoires du Moyen-Orient, celle-ci finit par prendre une densit&#233; incroyable. Plus diffuse, mais n&#233;anmoins tr&#232;s p&#233;nalisante, l'attente touche l'ensemble de la jeunesse arabe, au Maghreb comme au Moyen-Orient. Avec un taux de ch&#244;mage qui fr&#244;le les 25 %, bien des jeunes sont emp&#234;ch&#233;s de franchir le pas de l'autonomie, et m&#234;me souvent de se marier, faute d'avoir les moyens n&#233;cessaires pour fonder un m&#233;nage. Les promesses non tenues de d&#233;veloppement &#233;conomique et social, lanc&#233;es apr&#232;s les ind&#233;pendances, se sont sold&#233;es pour eux par une situation d'inaction et d'attente. Mais lass&#233;s de &#171; tenir le mur &#187;, c'est avec enthousiasme que les jeunes Arabes se sont engouffr&#233;s dans le souffle du printemps arabe, pour tenter de briser la spirale de l'attente et de se r&#233;inscrire dans une dynamique d'esp&#233;rance et de projection vers l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Fran&#231;ois Siino observe enfin, &#224; partir du cas tunisien, comment la pr&#233;valence des autoritarismes dans la r&#233;gion arabe peut &#234;tre lue comme le r&#233;sultat de processus de suspension du temps politique, normalement codifi&#233; et r&#233;gul&#233; dans le cadre r&#233;publicain. Ce sont en effet des r&#233;gimes progressistes, du moins affich&#233;s comme tels par rapport aux pouvoirs coloniaux de l'&#233;poque ant&#233;rieure, qui ont mis en place, apr&#232;s les ind&#233;pendances, des r&#233;gimes r&#233;publicains, tout comme ils ont &#233;galement promis le d&#233;veloppement &#233;conomique et social. Leur double projet politique et &#233;conomique visait &#224; &#233;radiquer les formes sociales anciennes (notamment les segmentations li&#233;es au tribalisme ou aux appartenances ethniques et confessionnelles) pour construire un homme nouveau et un avenir de progr&#232;s. Mais les promesses de libert&#233; politique n'ont pas &#233;t&#233; plus tenues que celles du d&#233;veloppement et c'est au contraire dans une dur&#233;e trahissant les principes de la d&#233;mocratie r&#233;publicaine que se sont install&#233;s ces r&#233;gimes. L'id&#233;e de la n&#233;cessaire intervention d'un homme providentiel, incarn&#233;e par Bourguiba mais partag&#233;e par bien des leaders arabes, repose sur une perception de l'immaturit&#233; du peuple par les &#233;lites, qui leur donne ais&#233;ment argument pour d&#233;fendre la continuit&#233;, et finit par produire des d&#233;rives dynastiques. &#192; cela se sont ajout&#233;s plus r&#233;cemment les avantages tr&#232;s mat&#233;riels li&#233;s aux pr&#233;bendes &#233;conomiques pr&#233;lev&#233;es par les dirigeants et leurs proches (Ben Ali, Moubarak, et aujourd'hui encore Bachar al-Assad), qui rendent le renoncement au pouvoir plus difficile encore. Mais dans le sursaut du printemps arabe, les populations ont pu faire la preuve de leur maturit&#233; en d&#233;cidant que le moment &#233;tait arriv&#233; de mettre fin au blocage du temps politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au-del&#224; du moment d&#233;crit par Fran&#231;ois Siino, la survenue des r&#233;volutions offre une situation in&#233;dite qu'il serait passionnant de lire au prisme des temporalit&#233;s. Une lecture de l'impact des nouvelles technologies de l'information aurait pu compl&#233;ter de fa&#231;on &#233;clairante les r&#233;flexions men&#233;es dans ce num&#233;ro. Non qu'elles aient directement d&#233;clench&#233; le ph&#233;nom&#232;ne, mais leur succ&#232;s foudroyant au cours des quelques ann&#233;es pass&#233;es, alors qu'elles n'ont p&#233;n&#233;tr&#233; que tardivement dans la r&#233;gion en raison du contr&#244;le et de la censure des pouvoirs en place, a permis d'inscrire, pr&#233;alablement au moment r&#233;volutionnaire, les soci&#233;t&#233;s arabes dans la simultan&#233;it&#233; avec le reste du monde, et de valoriser ensuite l'instantan&#233;it&#233; de l'&#233;v&#233;nement. Les r&#233;volutions elles-m&#234;mes replacent les Arabes face &#224; un nouveau carrefour de temporalit&#233;s. Les r&#233;volutions sont n&#233;es dans un temps social, celui de la r&#233;volte contre les in&#233;galit&#233;s et le d&#233;ni de dignit&#233;, elles doivent d&#233;sormais s'inscrire dans le temps politique (Badie, 2011). Celui, &#224; r&#233;apprendre, de la d&#233;mocratie, qui s'inscrit dans une d&#233;volution temporaire du pouvoir entre les mains de dirigeants soumis r&#233;guli&#232;rement au jugement des &#233;lecteurs. Celui, plus global, d'une projection dans le futur, de la r&#233;habilitation de la notion de progr&#232;s, mais aussi de la conscience des limites de celui-ci. Dans ce contexte en recomposition, les mouvements islamistes ont de fa&#231;on &#233;vidente encore un r&#244;le &#224; jouer. Se pose d&#232;s lors la question de la fa&#231;on dont peut se r&#233;aliser la construction du futur &#224; partir d'une r&#233;f&#233;rence au pass&#233;, toute fantasm&#233;e que celle-ci puisse &#234;tre parfois. Il reste encore bien des fragments temporels &#224; exhumer du terreau des soci&#233;t&#233;s arabes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=147#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Intervention non publi&#233;e de Syrinx Von Hees, &#171; Medicine and Old Age during the Mamluk Period - Perceptions and Realities &#187; au s&#233;minaire commun d'&#233;tudes m&#233;di&#233;vale USJ/Ifpo, Beyrouth, 4 avril 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La seule enqu&#234;te r&#233;f&#233;renc&#233;e, d&#233;j&#224; ancienne, porte sur l'emploi du temps des femmes : Royaume du Maroc, minist&#232;re de la Pr&#233;vision et du Plan, &lt;i&gt;Les emplois du temps de la femme au Maroc. Enqu&#234;te nationale sur le budget-temps des femmes 1997/98&lt;/i&gt;, Direction de la Statistique, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur les conceptions musulmanes du temps voir Massignon (1962), Gardet (1975), Monnot (2003), Amir-Moezzi (2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, dans ce num&#233;ro, le compte-rendu de cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au Maghreb, l'h&#233;ritage colonial induit des diff&#233;rences puisque les pays de la r&#233;gion ont adopt&#233; des horaires calqu&#233;s sur le mod&#232;le fran&#231;ais, avec g&#233;n&#233;ralement des ouvertures de la fonction publique jusqu'&#224; 17 h.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La d&#233;termination exacte des jours de f&#234;te peut par ailleurs intervenir tr&#232;s tardivement puisque le d&#233;but d'un nouveau mois est marqu&#233; par l'apparition du croissant de lune, visible &#224; un jour pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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