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		<title>Acc&#233;l&#233;ration du temps, crise du futur, crise de la politique
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		<dc:date>2013-02-02T14:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Carmen Leccardi
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la revue Temporalit&#233;s. Revue de sciences sociales et humaines, N&#176; 13, 2011. Nous remercions Carmen Leccardi de nous avoir permis de le reproduire ici. R&#233;sum&#233; : Aujourd'hui, les soci&#233;t&#233;s occidentales ressemblent de plus en plus &#224; des &#171; nanocraties &#187; &#8211; c'est ainsi qu'il a &#233;t&#233; propos&#233; de les rebaptiser d'apr&#232;s la pr&#233;&#233;minence absolue, en leur sein, de la dimension de la vitesse. En d'autres termes, &#224; notre &#233;poque les d&#233;mocraties seraient devenues le r&#232;gne des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Sociologie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Acc&#233;l&#233;ration du temps et crise du futur&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Acc&#233;l&#233;ration du temps et crise du futur&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La politique face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;La politique face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Reconstruire l'agora. Les femmes et la vie quotidienne&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Reconstruire l'agora. Les femmes et la vie quotidienne&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la revue &lt;/i&gt; Temporalit&#233;s. Revue de sciences sociales et humaines, &lt;i&gt;N&#176; 13, 2011. Nous remercions Carmen Leccardi de nous avoir permis de le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; :&lt;/strong&gt; Aujourd'hui, les soci&#233;t&#233;s occidentales ressemblent de plus en plus &#224; des &#171; nanocraties &#187; &#8211; c'est ainsi qu'il a &#233;t&#233; propos&#233; de les rebaptiser d'apr&#232;s la pr&#233;&#233;minence absolue, en leur sein, de la dimension de la vitesse. En d'autres termes, &#224; notre &#233;poque les d&#233;mocraties seraient devenues le r&#232;gne des espaces temporels toujours plus restreints dont la nanoseconde peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le symbole. Mais quelles sont les retomb&#233;es de ce processus sur l'id&#233;e de futur ? Si au cours du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'image du futur en tant qu'espace regorgeant de possibilit&#233;s s'est progressivement affaiblie, c'est essentiellement ce nouveau si&#232;cle qui a mis en relief le croisement entre l'acc&#233;l&#233;ration sociale d'un c&#244;t&#233;, et la crise du futur de l'autre. L'augmentation du rythme de vie ainsi que l'acc&#233;l&#233;ration des processus de transformation &#233;conomique, sociale et technologique, annihilent le futur. En raison de la pression temporelle ainsi produite, le futur a tendance &#224; se replier sur le pr&#233;sent, se consume avant m&#234;me d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;. &#192; leur tour, les nouveaux id&#233;aux d'instantan&#233;it&#233; et de mobilit&#233; ont une incidence n&#233;gative sur la conception de la politique en tant que champ d'action ouvert pour le contr&#244;le des processus de changement, et la mettent en crise. Dans les conclusions, l'article indique toutefois la possibilit&#233; d'une vision de la politique &#224; m&#234;me de se soustraire aux imp&#233;ratifs de l'acc&#233;l&#233;ration. Une telle vision s'allie aux &#171; savoirs situ&#233;s &#187; f&#233;minins, &#224; la multiplicit&#233; des temps et &#224; la centralit&#233; de la vie quotidienne qu'ils renferment. Ensemble, ils disposeraient peut-&#234;tre encore du potentiel de reconstruction de formes d'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots-cl&#233;s : &lt;/strong&gt; futur, crise de la politique, vie quotidienne, femmes, vitesse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
On parle beaucoup, aujourd'hui, de ce que l'on appelle la &#171; crise de la politique &#187; &#8211; une expression qui rassemble une constellation de processus dont le r&#233;sultat final est la disparition de la politique en tant que forme de gouvernement du changement. &#192; la base de cette crise, il y a l'h&#233;g&#233;monie de la logique du march&#233; dans la vie sociale, une domination qui privatise les questions concernant l'existence des individus : en transformant les citoyens en consommateurs et en &#233;rodant l'espace de rencontre et de confrontation entre le public et le priv&#233; qu'est l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;. La distance grandissante que nous ressentons aujourd'hui entre la citoyennet&#233; responsable et la politique peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des cons&#233;quences collat&#233;rales de ce processus. La s&#233;paration de la dimension politique de la vie quotidienne en repr&#233;sente, &#224; son tour, une expression &#233;clatante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les exp&#233;riences de la vie quotidienne sont en effet consid&#233;r&#233;es, avec de plus en plus de difficult&#233;s, au titre de dimensions concernant la vie collective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wright Mills (1997) faisait r&#233;f&#233;rence &#224; cette capacit&#233; de mettre en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, on a plut&#244;t tendance &#224; remplacer la vision qui lie politique et vie quotidienne par une approche de &#171; politique de la vie &#187;, c'est-&#224;-dire par une recherche parfois obsessionnelle, toujours et de toute fa&#231;on d&#233;clin&#233;e au pr&#233;sent, de nouveaux styles et de nouvelles habitudes de vie visant les gratifications imm&#233;diates : dans la vie professionnelle, amoureuse, dans les relations quotidiennes, dans la consommation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, &#224; ce propos, Bauman (2002). Alors que pour Anthony Giddens (2004), qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au centre de la &#171; politique de la vie &#187;, ne l'oublions pas, il y a l'emphase sur l'individu entendu comme unicit&#233;, il y a une vision qui emp&#234;che de regarder les liens sociaux et les rapports intersubjectifs fond&#233;s sur la vie publique comme une ressource, &#224; travers laquelle on peut exprimer sa propre autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il faut toutefois se demander si une partie au moins de l'interpr&#233;tation de la crise de la politique ne devrait pas &#234;tre imput&#233;e aux cat&#233;gories m&#234;mes que nous utilisons pour en faire l'analyse. Autrement dit, il faut se demander si les structures conceptuelles que nous utilisons sont appropri&#233;es pour mettre en lumi&#232;re les nouveaut&#233;s &#8211; les potentialit&#233;s novatrices si l'on veut &#8211; que cette crise, &#224; l'instar de toutes les autres, porte en elle. Il est plausible d'estimer, en ce sens, que des instruments conceptuels diff&#233;rents pourraient faciliter la compr&#233;hension de la trame complexe de transformations &#224; laquelle l'univers de la politique a d&#251; faire face pendant ces derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur la base de ces consid&#233;rations, nous allons d'abord proposer une r&#233;flexion g&#233;n&#233;rale autour du th&#232;me du temps et des nouvelles fa&#231;ons de le repr&#233;senter et de le vivre dans les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines, &#224; partir des processus d'acc&#233;l&#233;ration sociale et d'&#233;vanescence du futur. Le temps est consid&#233;r&#233;, ici, comme un instrument d'analyse pour l'&#233;tude des th&#232;mes g&#233;n&#233;raux tels que la crise de l'espace public et de la politique. En effet, le temps contient et entrelace les deux plans du collectif et de l'individuel (Leccardi, 2009a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous analysons ensuite les cons&#233;quences de la compression de la politique sur le pr&#233;sent, en indiquant quelques domaines o&#249; la souffrance est la plus importante. On y trouve le r&#233;sultat de la perte d'un &#171; futur ouvert &#187; &#8211; une id&#233;e qui caract&#233;rise l'apog&#233;e de la modernit&#233; &#8211; et les effets que cette prise de conscience produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous proposons enfin une lecture de la relation entre le temps et la politique, dans une perspective de genre. Les concepts centraux, &#233;troitement li&#233;s entre eux, sont dans ce cas &lt;i&gt;la vie quotidienne et la multiplicit&#233; des temps&lt;/i&gt;. Ces derniers, mis en relation avec les &#171; savoirs situ&#233;s &#187; qui naissent de la partialit&#233; de l'exp&#233;rience de genre, peuvent produire &#8211; et c'est l&#224; la th&#232;se que nous avan&#231;ons &#8211; une vision diff&#233;rente de la politique et de ses temps, soustraite aux imp&#233;ratifs de l'acc&#233;l&#233;ration sociale. En partant de la &#171; partialit&#233; strat&#233;gique &#187; du regard f&#233;minin, le quotidien peut par exemple se dessiner non seulement comme le lieu de la nouvelle ali&#233;nation (de consommation) mais aussi comme un espace-temps dans lequel s'exprime l'intersubjectivit&#233;, l'&#234;tre-avec &lt;i&gt;(Mitsein)&lt;/i&gt; qui lie la proximit&#233; et la distance, en imposant le dialogue sous ses diff&#233;rentes formes (Crossley, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Acc&#233;l&#233;ration du temps et crise du futur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exercice (non m&#233;diatis&#233;) de la politique a un ennemi d&#233;clar&#233; et particuli&#232;rement dangereux : l'acc&#233;l&#233;ration. Les id&#233;aux contemporains de vitesse, de mobilit&#233; et, en ultime analyse, d'instantan&#233;it&#233;, influencent, en effet, de mani&#232;re n&#233;gative la conception de la politique comme terrain d'action. En ce sens, le fait de consid&#233;rer le pr&#233;sent &#224; la lumi&#232;re de ce qui a &#233;t&#233;, de prendre en compte les cons&#233;quences futures d'une action, d'avoir comme but la dur&#233;e, semble tout &#224; fait &#171; hors du temps &#187; &#8211; en contradiction avec le &lt;i&gt;Zeitgeist&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'acc&#233;l&#233;ration des rythmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une reconstruction approfondie de la notion de rythme, qui en souligne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; temporels entra&#238;ne une constellation d'effets secondaires, tous pr&#233;judiciables au d&#233;veloppement de la pens&#233;e et de l'action politique. Il suffit de penser, par exemple, &#224; la contraction des horizons temporels et &#224; la pr&#233;dominance du court terme ; &#224; la v&#233;ritable h&#233;g&#233;monie de la &lt;i&gt;deadline&lt;/i&gt;, &#233;labor&#233;e comme un principe d'action ; au discr&#233;dit des perspectives bas&#233;es sur l'id&#233;e de &#171; une fois pour toutes &#187; (soit l'id&#233;e d'irr&#233;versibilit&#233;) ; &#224; la diffusion d'une culture au caract&#232;re provisoire ; &#224; la difficult&#233; grandissante de la construction de projets. Dans leur ensemble, ces facteurs ont une incidence n&#233;gative sur la relation avec la politique. Essayons de creuser la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'acc&#233;l&#233;ration sociale n'est certainement pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. C'est toute l'&#233;poque moderne qui est caract&#233;ris&#233;e, d'apr&#232;s Reinhard Koselleck, par &#171; l'acc&#233;l&#233;ration du changement qui &#233;rode les exp&#233;riences &#187;, c'est-&#224;-dire par &#171; le raccourcissement des traits de temps qui permettent une exp&#233;rience homog&#232;ne &#187; (Koselleck, 1990, p. 284). D&#232;s le milieu du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avant la diffusion du processus de technicisation des communications et de l'information, l'exp&#233;rience de l'acc&#233;l&#233;ration du temps se g&#233;n&#233;ralise. Dans les premi&#232;res ann&#233;es du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, par cons&#233;quent, on ressent d&#233;j&#224;, de mani&#232;re diffuse que le temps &#171; fuit &#187; et que &#171; ce qui autrefois allait au pas va d&#233;sormais au galop &#187; (Arendt &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Koselleck, 1990, p. 283). Ce processus, qui accompagne l'&#233;miettement de la tradition, red&#233;finit d'une fa&#231;on radicalement nouvelle les relations entre pass&#233;, pr&#233;sent et futur : le pass&#233; appara&#238;t comme une dimension de plus en plus recul&#233;e, alors que le futur acquiert surtout le caract&#232;re d'un d&#233;fi. La &#171; nouveaut&#233; &#187; est, &#224; son tour, le trait qui caract&#233;rise davantage le pr&#233;sent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Neuzeit, l'expression allemande pour modernit&#233; ou &#226;ge moderne, signifie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les innovations technologiques spectaculaires qui surviennent de la moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; la Premi&#232;re guerre mondiale fa&#231;onnent ce nouveau &lt;i&gt;Zeitgeist&lt;/i&gt;, en transformant profond&#233;ment l'exp&#233;rience collective du temps et de l'espace (Berman, 1982). Pour que le capital circule plus vite, les marchandises, les personnes et les informations circulent plus vite. La distance entre les lieux se r&#233;duit. Et par cons&#233;quent, le rythme de vie s'intensifie. Tel que Nowotny (1989) l'a soulign&#233;, le bin&#244;me quantification du temps plus acc&#233;l&#233;ration, encadr&#233; dans un horizon historique lin&#233;aire, pose les bases du processus capitaliste d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'acc&#233;l&#233;ration est, nous l'avons vu, un processus qui remonte au moins &#224; deux si&#232;cles, mais qui, dans les derni&#232;res d&#233;cennies, est devenu central et strat&#233;gique avec la diffusion massive et envahissante des nouvelles technologies de l'information et les possibilit&#233;s que ces technologies apportent, gr&#226;ce &#224; la vitesse, &#224; des espaces &#233;conomiques et financiers de plus en plus vastes. Le temps du march&#233;, qui d&#233;sormais est plan&#233;taire (La&#239;di, 1997) impose ainsi une acc&#233;l&#233;ration suppl&#233;mentaire de ce rythme qui, par d&#233;finition, distingue l'&#233;poque moderne des pr&#233;c&#233;dentes. En ce sens, la principale caract&#233;ristique de la mondialisation serait, au-del&#224; du processus d'homog&#233;n&#233;isation &#233;conomique et culturelle, la pouss&#233;e vers un temps global, un syst&#232;me temporel unique au centre duquel se trouve le caract&#232;re instantan&#233; entendu comme principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'o&#249;, par cons&#233;quent, la pression quotidienne de plus en plus intense vers tout ce qui &#171; va plus vite &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Gleick (1999). Paul Virilio (1977) a introduit il y a d&#233;j&#224; quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, consid&#233;r&#233; comme synonyme d'efficacit&#233; et de comp&#233;titivit&#233; accrues sur le march&#233;. Mais, pendant que l'&#233;conomie de temps cro&#238;t gr&#226;ce, notamment, aux nouvelles technologies, de fa&#231;on apparemment contradictoire nous avons de plus en plus l'impression que le temps nous fait d&#233;faut. De ce paradoxe d&#233;coule la vision de la &#171; soci&#233;t&#233; de l'acc&#233;l&#233;ration &#187; en tant que forme soci&#233;tale &#224; l'int&#233;rieur de laquelle l'acc&#233;l&#233;ration technologique et le manque croissant de ressources temporelles (soit l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie) se v&#233;rifient simultan&#233;ment (Rosa, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En ce sens, les soci&#233;t&#233;s occidentales ressemblent &#224; de v&#233;ritables &#171; nanocraties &#187; comme il a &#233;t&#233; propos&#233; de les rebaptiser non sans une pointe d'esprit, &#224; cause de la pr&#233;dominance absolue de la dimension de la vitesse en leur sein et, &#224; proprement parler, de la simultan&#233;it&#233; (Roberts, 1998). Autrement dit, les d&#233;mocraties de notre temps seraient devenues le royaume des espaces temporels de plus en plus contract&#233;s, dont la nanoseconde, ou le milliardi&#232;me de seconde, peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le symbole. Ainsi se dessinent les contours d'une nouvelle carte des in&#233;galit&#233;s, fond&#233;e sur la capacit&#233; de domination de celui qui peut agir plus vite, avec une rapidit&#233; foudroyante, et m&#234;me de se d&#233;placer avec agilit&#233; dans l'espace, de se lib&#233;rer des liens avec les lieux. Sous cet aspect, la bataille pour le pouvoir se joue avec les armes de l'acc&#233;l&#233;ration et de l'extra-territorialit&#233; : la dimension temporelle devient une ar&#232;ne &#224; l'int&#233;rieur de laquelle la capacit&#233; de s'approcher de la simultan&#233;it&#233; se traduit en pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais quelles sont les retomb&#233;es de ces processus sur le v&#233;cu du futur ? Si au cours du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'image du futur en tant que champ ouvert de possibilit&#233;s est devenue de plus en plus &#233;vanescente, c'est surtout le nouveau si&#232;cle &#8211; qui d&#233;marre symboliquement &#224; New York le 11 septembre 2001 &#8211; qui rend de plus en plus &#233;vident l'entrelacs de l'acc&#233;l&#233;ration sociale et de la crise du futur. En effet, nous assistons &#224; la diffusion du sentiment de vivre une &#233;poque de risques incontr&#244;lables (Beck, 2007) et d'incertitudes tout aussi grandes, &#224; tel point que l'id&#233;e m&#234;me de futur est &lt;i&gt;ind&#233;sirable &lt;/i&gt; en tant que telle. L'acc&#233;l&#233;ration des rythmes de vie, de pair avec celle des processus de transformation &#233;conomique, sociale et technologique &#171; br&#251;lent &#187; le futur. Le futur se replie sur le pr&#233;sent, il en est absorb&#233; et s'use avant m&#234;me d'avoir pu &#234;tre effectivement con&#231;u. Le pr&#233;sent, &#224; son tour, devient &#171; tout ce qui existe &#187; (Harvey, 1989, p. 290). &#192; l'int&#233;rieur des cadres temporels de la compression spatiotemporelle, il appara&#238;t comme la seule dimension temporelle disponible pour la d&#233;finition des choix, un v&#233;ritable horizon existentiel qui inclut et remplace le futur et le pass&#233;. L'acc&#233;l&#233;ration de la vie sociale et de ses temps diff&#233;rents rend ces deux dimensions de plus en plus faibles, en tant que r&#233;f&#233;rence pour l'action. Plus pr&#233;cis&#233;ment : m&#234;me si l'&#233;vocation du futur constitue toujours une routine pour les syst&#232;mes sociaux tout comme pour les sujets, c'est en r&#233;alit&#233; le pr&#233;sent qui est associ&#233; &#224; l'id&#233;e de gouvernabilit&#233; et de contr&#244;labilit&#233; que la modernit&#233;, &#224; travers l'id&#233;al normatif du progr&#232;s, avait associ&#233; au futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'apr&#232;s Manuel Castells (2000), par exemple, dans la &lt;i&gt;network society&lt;/i&gt; l'acc&#233;l&#233;ration technologique produit une compression temporelle qui conduit &#224; une &#171; disparition du temps en tant que dimension du proc&#232;s &#187;. Autrement dit, l'h&#233;g&#233;monie du &#171; temps r&#233;el &#187; produit en soi la disparition &#8211; ou du moins l'affaiblissement &#8211; de la dimension de la dur&#233;e. Le &#171; temps des flux &#187; qui caract&#233;rise la &lt;i&gt;network society&lt;/i&gt; est, en effet, un temps d&#233;nu&#233; d'&#233;paisseur, fruit de la contraction non seulement du futur mais aussi du pr&#233;sent. Le pr&#233;sent tend, par cons&#233;quent, &#224; se transformer en un &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt; sans racines et sans horizons. Ce n'est pas un hasard si Scott Lash (1998), un analyste attentif aux processus culturels contemporains, voit notre &#233;poque comme l'&#233;poque des instants successifs qui prennent la place de la v&#233;ritable exp&#233;rience du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous avons pr&#233;c&#233;demment soulign&#233; que la pr&#233;dominance du pr&#233;sent simultan&#233; n'efface pas la r&#233;f&#233;rence au futur dans le discours public et dans la vie politique, ni dans le r&#233;cit biographique des individus. M&#234;me si le futur est toujours &#233;voqu&#233; comme cadre et comme param&#232;tre de l'action institutionnelle et individuelle, au-del&#224; de la rh&#233;torique, il semble &#234;tre plut&#244;t un &#171; pr&#233;sent &#233;tendu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme est li&#233; &#224; la proposition th&#233;orique de Helga Nowotny (1989), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'un horizon temporel &#224; moyen ou long terme. Il est int&#233;ressant d'approfondir ces diff&#233;rentes caract&#233;ristiques du futur, vu l'importance strat&#233;gique de ce point dans la r&#233;flexion politique. Pierre Bourdieu nous offre des instruments analytiques tr&#232;s utiles &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si l'on analyse le rapport avec le temps du paysan alg&#233;rien dans les ann&#233;es 60 du si&#232;cle dernier, on trouve, selon Bourdieu, deux types de futur (Bourdieu, 1963 ; voir aussi 1972, p. 337-348)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les r&#233;flexions que Bourdieu propose autour du th&#232;me du futur sont li&#233;es &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier est un futur contenu d&#232;s maintenant dans le pr&#233;sent, qui est pour ainsi dire interne au pr&#233;sent, un temps concret et pr&#233;visible, qui doit &#234;tre attendu sagement, en conjonction avec les circonstances au cours desquelles il atteint le degr&#233; de maturation. Il s'agit, en ultime analyse, d'un futur pr&#233;sentifi&#233; (et, dans les arguments de Bourdieu, soustrait au calcul &#233;conomique). C'est un futur qui ne demande pas un projet &#8211; et par projet l'on entend l'anticipation imaginaire des mondes possibles &#8211; qui oblige &#224; une &#171; suspension de l'adh&#233;sion &#224; la donn&#233;e &#187; ; c'est un futur qui est d'ores et d&#233;j&#224; &lt;i&gt;potentiellement pr&#233;sent&lt;/i&gt; dans la r&#233;alit&#233; que nous vivons, qui ne pr&#233;voit pas une s&#233;rie d'actions &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; pour se construire. Bref, il s'agit d'un futur synonyme du devenir du monde plus que d'un temps &#224; venir, qui doit &#234;tre fa&#231;onn&#233; &#224; partir de notre propre volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le second type de futur que Bourdieu nous d&#233;crit est, au contraire, un temps ouvert et, en tant que tel, abstrait, le fruit d'un investissement pr&#233;cis d'&#233;nergie et l'expression d'une volont&#233; de contr&#244;le sur le temps qui viendra. L'avenir est con&#231;u comme une s&#233;rie interchangeable (et vide en soi) de possibilit&#233;s mutuellement exclusives : la &#171; forme &#187; du futur va donc d&#233;pendre de la volont&#233; de le construire d'une fa&#231;on plut&#244;t que d'une autre &#8211; mais aussi de la capacit&#233; d'imagination et du d&#233;sir qui soutiennent la volont&#233;. Il s'agit, en synth&#232;se, d'un futur con&#231;u comme un terrain de &lt;i&gt;possibilit&#233;s ind&#233;termin&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La politique d'aujourd'hui aurait besoin de cette deuxi&#232;me vision du futur &#8211; un futur ouvert, non d&#233;nu&#233; de risques, certes, mais aussi riche en potentialit&#233;s cr&#233;atives, strictement li&#233; au pr&#233;sent (et au pass&#233;) et que le pr&#233;sent pourrait fa&#231;onner. Il s'agit l&#224;, toutefois, d'une id&#233;e de futur qui n'est pas facile &#224; cultiver &#224; une &#233;poque d'acc&#233;l&#233;ration et de court terme. N&#233;anmoins, sans ce type de futur, les chances pour la construction d'une pens&#233;e critique paraissent d&#233;cid&#233;ment limit&#233;es : par d&#233;finition, cette derni&#232;re est en effet li&#233;e &#224; une projection vers le royaume du possible plus que du pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus g&#233;n&#233;ralement, on peut affirmer que, pour &#233;viter que la politique soit construite autour de la &lt;i&gt;deadline &lt;/i&gt; du moment (la prochaine &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale, le prochain congr&#232;s du parti et ainsi de suite) il faut &#234;tre en mesure de repenser les liaisons entre les dimensions du futur et l'utopie. Il s'agit d'un rapport dont les potentialit&#233;s, au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, se sont rapidement att&#233;nu&#233;es, voire se sont enti&#232;rement effac&#233;es, m&#234;me par l'acc&#233;l&#233;ration des processus de globalisation, avec leur charge d'instabilit&#233; (Dahrendorf, 2003)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s Dahrendorf, l'association mondialisation-et-instabilit&#233; renvoie &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela dit, son importance demeure inchang&#233;e. L'utopie &#8211; fille de la modernit&#233;, de l'id&#233;e que les &#234;tres humains peuvent se construire seuls, sans r&#233;f&#233;rences transcendantes, l'univers dans lequel vivre, &#233;troitement associ&#233;e au progr&#232;s et &#224; la possibilit&#233; d'un &#171; monde meilleur &#187; &#8211; implique la capacit&#233; d'imaginer une plan&#232;te diff&#233;rente, gouvern&#233;e par des r&#232;gles pouvant &#234;tre perfectionn&#233;es par la volont&#233; humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'on observe le panorama politique international, ce sont les mouvements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sans le r&#233;confort des philosophies de l'histoire qui nous ont accompagn&#233;s au moins tout au long de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il n'est pas surprenant que les r&#233;flexions actuelles soient truff&#233;es d'expressions comme &#171; la mort de l'utopie &#187; ou &#171; l'&#233;puisement de l'imaginaire utopique &#187; (Bauman, 2005). Dans la &#171; soci&#233;t&#233; de l'acc&#233;l&#233;ration &#187;, cultiver des visions utopiques para&#238;t anachronique, c'est le moins que l'on puisse dire. L'impr&#233;visibilit&#233;, l'ouverture, la radicalit&#233; &#224; la base de l'action semblent toutefois des traits qu'on peut associer simultan&#233;ment &#224; la politique et &#224; l'horizon utopique, au &#171; potentiel de transformation &#187; de la premi&#232;re et &#224; l'ouverture sur le futur que le second autorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En revanche, la recherche solitaire du bonheur (et des certitudes) &#224; tout prix associ&#233;e &#224; la &lt;i&gt;life politics&lt;/i&gt;, la &#171; politique de la vie &#187;, pousse dans la direction oppos&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet aspect est soulign&#233; &#224; plusieurs reprises dans les r&#233;flexions de Zygmunt (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit pas simplement de l'exaltation du caract&#232;re provisoire des liens, du refus du long terme, de la fuite rapide, de la familiarit&#233; avec la contingence, autant de traits qui portent &#224; une d&#233;valorisation de la pens&#233;e utopique (et de la politique). Il y a surtout la difficult&#233; extr&#234;me, voire l'impossibilit&#233;, de trouver des connexions entre les choix individuels et les projets collectifs &#8211; d'&#233;tablir des points de contact entre la &#171; politique de la vie &#187; et la politique tout court, si l'on veut. Une &lt;i&gt;life politics&lt;/i&gt; orpheline de la politique nous oblige, en effet, &#224; la privatisation de l'exp&#233;rience, au rapport privil&#233;gi&#233; avec le march&#233; en tant que source de l&#233;gitimation de l'action, &#224; ce qui est transitoire et fuyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si la toile de fond est celle que nous venons de d&#233;crire, comment peut-on penser &#224; une connexion non destructrice entre le temps et la politique, entre cette derni&#232;re et un futur ouvert au possible (au &#171; r&#234;ve &#187; utopique) ? Une possibilit&#233; pourrait &#234;tre, &#224; mon sens, la suivante : repartir des &#171; savoirs situ&#233;s &#187; que les sujets portent concr&#232;tement, des vies quotidiennes dans lesquelles ils sont plong&#233;s et qu'ils concourent activement &#224; construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avant de poursuivre dans cette direction, il est toutefois n&#233;cessaire d'analyser de tr&#232;s pr&#232;s les r&#233;sultats sur la politique du cercle vicieux entre vitesse, incertitude et h&#233;g&#233;monie du court terme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La politique face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La centralit&#233; de la vitesse dans la vie sociale contemporaine, dans un contexte caract&#233;ris&#233; par une emphase forte sur l'ici-et-maintenant, se refl&#232;te dans l'univers de la politique suivant diff&#233;rentes modalit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les consid&#233;rations suivantes portent sur les analyses propos&#233;es par Hartmut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En premier lieu, la politique para&#238;t de plus en plus &#171; situ&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire li&#233;e &#224; des &#171; situations &#187; et &#224; leur &#233;volution. En ce sens, elle est travers&#233;e par une v&#233;ritable obsession pour la rapidit&#233; des changements et pour la n&#233;cessit&#233; de leur opposer des r&#233;ponses rapides et souples. Comme nous l'avons expliqu&#233; dans les pages pr&#233;c&#233;dentes, on perd ainsi le lien avec des formes de construction des projets d'envergure, &#224; plus long terme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le plan culturel, entre autres, ce type de politique tend &#224; valoriser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus g&#233;n&#233;ralement, de nos jours les d&#233;cisions politiques ne semblent aspirer que faiblement &#224; la conduite du changement ; elles apparaissent plut&#244;t comme des r&#233;ponses &#224; des pressions externes, voire des actions de d&#233;fense tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette tendance engendre, entre autres, une s&#233;paration &#233;clatante entre les formes de citoyennet&#233; active &#8211; pour laquelle les objectifs et les engagements &#224; moyen ou long terme demeurent centraux &#8211; et les formes de l'action politique v&#233;ritable. Les activit&#233;s qui demandent un engagement, de la patience, des formes d'apprentissage &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;, li&#233;es &#224; un exercice &#171; lent &#187; de la citoyennet&#233;, ont ainsi tendance &#224; &#234;tre s&#233;par&#233;es de la sph&#232;re de la politique, con&#231;ue comme une sph&#232;re caract&#233;ris&#233;e par des activit&#233;s &#171; rapides &#187;, inscrites dans une logique d'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En deuxi&#232;me lieu, la pression de l'acc&#233;l&#233;ration temporelle pousse &#224; privil&#233;gier la dimension ex&#233;cutive au d&#233;triment de la dimension d&#233;lib&#233;rative. Les d&#233;cisions qui demandent aujourd'hui, au niveau institutionnel et dans les assembl&#233;es des &#233;lus, des temps toujours plus dilat&#233;s pour arriver &#224; maturit&#233;, doivent au contraire &#234;tre acc&#233;l&#233;r&#233;es si l'on veut &#233;viter de perdre le contr&#244;le politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur un front diff&#233;rent mais compl&#233;mentaire, m&#234;me la deregulation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le processus d&#233;lib&#233;ratif, qui par d&#233;finition prend du temps, est de moins en moins consid&#233;r&#233; comme utile pour l'id&#233;al normatif de la simultan&#233;it&#233;. Dans le cadre de la soci&#233;t&#233; de l'acc&#233;l&#233;ration, pour r&#233;sumer, l'exigence de r&#233;duire les d&#233;lais de la d&#233;lib&#233;ration cro&#238;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Italie, par exemple, le recours de plus en plus fr&#233;quent au vote de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De cette fa&#231;on, le terrain de l'exercice d&#233;mocratique s'&#233;puise. D'autre part, dans ses diff&#233;rentes phases, le processus de d&#233;lib&#233;ration constitue un moment important d'agr&#233;gation et de construction des liens sociaux. Le temps et l'espace ouverts &#224; la d&#233;lib&#233;ration se pr&#233;sentent ainsi comme un temps et un espace de contr&#244;le des lieux de la d&#233;mocratie et comme un cadre qui renforce une conception de la politique orient&#233;e vers les grandes probl&#233;matiques de l'&#233;poque. Sa &#171; dysfonctionnalit&#233; &#187; &#224; l'&#233;poque de l'acc&#233;l&#233;ration ne peut qu'&#233;veiller nos pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En troisi&#232;me lieu, alors que grandit l'emprise des d&#233;cisions &#224; court terme, les effets de ces d&#233;cisions tendent &#224; concerner &#233;galement des temps lointains, parfois le futur &#224; long et &#224; tr&#232;s long terme (prenons par exemple le nucl&#233;aire) et &#224; pr&#233;senter par cons&#233;quent un caract&#232;re d'irr&#233;versibilit&#233;. Paradoxalement, alors que le temps des d&#233;cisions politiques se r&#233;duit, la port&#233;e de quelques d&#233;cisions s'&#233;tend dans le temps et dans l'espace (Adam, 1998 ; Rosa, 2009). Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, le paradoxe concerne, comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, la complexit&#233; grandissante des d&#233;cisions &#224; prendre &#8211; et par cons&#233;quent la n&#233;cessit&#233; de disposer de plus de temps pour les &#233;laborer &#8211; face &#224; une &#233;rosion du temps utilisable &#224; ces fins. L'acc&#233;l&#233;ration de la mutation sociale, caract&#233;ristique de la &lt;i&gt;high-speed society&lt;/i&gt;, tend d'autre part &#224; rendre ces m&#234;mes d&#233;cisions, en principe, plus facilement obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En quatri&#232;me lieu, la pouss&#233;e vers l'acc&#233;l&#233;ration laisse de plus en plus de place &#224; la &#171; m&#233;diatisation de la politique &#187; : les m&#233;dias et leurs circuits d'information tendent &#224; occuper toujours plus de place, sym&#233;triquement &#224; l'importance de la possibilit&#233; de &#171; transformer des &#233;v&#233;nements politiques en nouvelles &#187; &#8211; ces derni&#232;res &#233;tant &#224; leur tour toujours plus focalis&#233;es sur la derni&#232;re heure (et sur la derni&#232;re minute), sur le &#171; dernier leader &#187; par ordre d'importance, au d&#233;triment de la possibilit&#233; de tracer des liens significatifs entre les &#233;v&#233;nements du pr&#233;sent et les processus de longue dur&#233;e. Les tendances populistes, r&#233;pandues de nos jours, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une expression directe de ce tableau g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le dernier paradoxe que produit la transformation des temps de la politique dans le contexte de la &lt;i&gt;high-speed society&lt;/i&gt; est probablement le plus important. Pour la premi&#232;re fois, &#224; notre &#233;poque, le lien privil&#233;gi&#233; que les deux coalitions conservatrice et progressiste ont cultiv&#233; avec la mutation sociale et sa vitesse s'inverse. Ainsi, s'il est vrai que la premi&#232;re coalition a toujours &#233;t&#233; traditionnellement associ&#233;e &#224; la tendance de &#171; ralentir &#187; la mutation et la deuxi&#232;me &#224; l'acc&#233;l&#233;rer, aujourd'hui les positions semblent s'&#234;tre renvers&#233;es. Le front progressiste appuie la d&#233;c&#233;l&#233;ration &#8211; en mettent l'accent sur la production locale, sur le contr&#244;le politique de l'&#233;conomie, sur la protection de l'environnement &#8211; alors que le front conservateur d&#233;fend une acc&#233;l&#233;ration des mutations (par exemple en d&#233;fendant la vitesse des march&#233;s, en vantant les nouvelles technologies, en minimisant les d&#233;g&#226;ts environnementaux d'un certain mod&#232;le de d&#233;veloppement). Le rapport privil&#233;gi&#233; entre la d&#233;c&#233;l&#233;ration et les nouvelles formes de &#171; progressisme &#187; peut constituer, &#224; mon sens, un bon terrain de r&#233;flexion autour des horizons de la politique &#224; une &#233;poque d'acc&#233;l&#233;ration sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Reconstruire l'agora. Les femmes et la vie quotidienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, la r&#233;flexion a port&#233; sur des &#233;l&#233;ments d'ordre g&#233;n&#233;ral, en se concentrant sur les limites que le nouveau cadre temporel impose &#224; l'action de la politique. Or, en conclusion de ces notes, j'aimerais &#233;largir et donner une nouvelle direction &#224; mon analyse, en y incluant la perspective des sujets. Il est en effet extr&#234;mement important, lorsque l'on discute de politique, de pr&#234;ter attention aux sujets concrets, &lt;i&gt;embodied &lt;/i&gt; (&#171; incarn&#233;s &#187;), de g&#233;n&#233;ration, de genre et d'ethnie diff&#233;rents ; &#224; leurs &#171; savoirs situ&#233;s &#187;, pour reprendre l'expression efficace rendue c&#233;l&#232;bre par le mouvement des femmes dans les ann&#233;es 1970, aux potentialit&#233;s politiques li&#233;es &#224; ces savoirs. Les retomb&#233;es de l'affirmation sont claires : il faut tenir compte du fait que, lorsque les femmes et les hommes parlent de politique, ils peuvent entendre par ce terme des aspects tr&#232;s diff&#233;rents les uns des autres ; que le syst&#232;me d'importance change radicalement s'il s'agit d'un migrant ou de quelqu'un qui est rest&#233; au pays ; que les &#226;ges de la vie peuvent construire des rapports avec la politique tout &#224; fait dissonants entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ici, j'entends concentrer mon attention sur les sujets f&#233;minins et sur le rapport sp&#233;cial qui les lie &#224; la vie quotidienne &#8211; ce cadre de la vie sociale concr&#232;tement central pour l'action politique, mais th&#233;oriquement consid&#233;r&#233;, en g&#233;n&#233;ral, comme de faible importance pour la pens&#233;e politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le quotidien, habituellement associ&#233; &#224; la routine et &#224; la r&#233;p&#233;tition, est en effet consid&#233;r&#233; comme un terrain non id&#233;al aux fins de l'analyse des grandes questions politiques &#8211; les formes de pouvoir, les in&#233;galit&#233;s sociales ou la justice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si, tel que nous le savons, d'importantes &#233;coles de sociologie comme la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puisque la vie quotidienne est associ&#233;e &#224; la vie priv&#233;e, et puisque les femmes ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement gard&#233;es &#224; distance de la vie publique, le discours social assimile la vie quotidienne &#224; un cadre &#171; f&#233;minin &#187; : espace/temps de l'insignifiant, du marginal, un univers de &#171; petites choses &#187; et de d&#233;tails apparemment d&#233;risoires. Ce cadre ne peut gu&#232;re contribuer qu'&#224; reproduire le monde, certainement pas &#224; le changer (le quotidien comme sph&#232;re de la reproduction sociale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous savons que les mouvements collectifs des derni&#232;res d&#233;cennies du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, 1968 et le mouvement f&#233;ministe qui s'ensuivit, ont profond&#233;ment modifi&#233; cette vision. Dans les deux mouvements le quotidien est redessin&#233; comme sph&#232;re politique par d&#233;finition. On fait co&#239;ncider la &#171; vraie politique &#187; avec le monde de la vie quotidienne, par opposition &#224; l'&#171; autre politique &#187;, le pouvoir de l'&#201;tat. Le pouvoir, en effet, est consid&#233;r&#233; comme une dimension non abstraite, qui implique directement la vie au quotidien. Et c'est le quotidien qui devient le lieu strat&#233;gique, l'ar&#232;ne politique o&#249; d&#233;fier le pouvoir. Le quotidien et la lutte contre le pouvoir paraissent &#233;troitement entrelac&#233;s : les deux aspects sont &#224; leur tour li&#233;s &#224; l'importance strat&#233;gique attribu&#233;e &#224; l'exp&#233;rience personnelle comme source de connaissance. Pour les acteurs du mouvement, consid&#233;rer l'exp&#233;rience comme origine des savoirs signifie insister sur l'importance du fait de partir de soi-m&#234;me ; cela implique une prise de conscience du r&#244;le social que l'on exerce, en l'analysant dans ses relations avec le pouvoir sur la base d'un savoir qui ne provient pas des livres. Tous ces aspects portent &#224; accorder au quotidien une attention particuli&#232;re sur le plan qualitatif : celui-ci est le cadre d'&#233;laboration th&#233;orico-politique par d&#233;finition, tout comme le banc d'essai concret pour la construction de l' &#171; homme nouveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus tard, le mouvement f&#233;ministe des ann&#233;es 1970 &#8211; l'autre grand protagoniste de la r&#233;&#233;criture des sens du quotidien dans les derni&#232;res ann&#233;es &#8211; se chargera de r&#233;&#233;laborer le rapport entre l'&#171; homme nouveau &#187; et la vie quotidienne. Tout d'abord en &#171; sexuant &#187; le genre neutre et universel renvoy&#233; par le terme &#171; homme nouveau &#187;. Une minorit&#233; significative (et culturellement h&#233;g&#233;monique) d'hommes et de femmes essentiellement jeunes, aspire &#224; transformer les rapports de pouvoir &#224; travers la pratique politique directe. Pour les femmes et leur mouvement le rapport avec le quotidien se r&#233;v&#232;le sous ce jour strat&#233;gique. A travers le n&#233;o-f&#233;minisme, une v&#233;ritable &#171; culture du quotidien &#187; prend forme et se nourrit de deux dynamiques entrelac&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La premi&#232;re est la re-signification du priv&#233; en tant qu'enjeu fondamental dans une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par l'autoritarisme patriarcal, une red&#233;finition qui se lie d'un c&#244;t&#233; aux grandes mobilisations collectives (par exemple autour de la lib&#233;ralisation de l'avortement), et de l'autre &#224; de nouveaux parcours de construction biographique centr&#233;s sur l'id&#233;e de l'autod&#233;termination et de la diff&#233;rence. La deuxi&#232;me renvoie &#224; la fine trame de comportements &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt; le quotidien, mis en actes par les femmes individuellement et guid&#233;s par le d&#233;sir de remettre en cause les oppositions qui structurent l'ordre social : public et priv&#233;, personnel et politique, corps et esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La remise en jeu radicale du quotidien en tant que lieu du banal, de l'inoffensif, en tant que temps sans histoire, et sa r&#233;&#233;criture comme point de d&#233;part et point d'arriv&#233;e de la transformation des relations de pouvoir, que propose le mouvement des femmes, a &#233;norm&#233;ment contribu&#233; &#224; transformer le statut th&#233;orique et &#233;pist&#233;mologique de la vie quotidienne. Ceci a &#233;t&#233; rendu possible par le caract&#232;re non abstrait de cette critique, sa capacit&#233; &#224; traverser tous les aspects et les dimensions de l'organisation mat&#233;rielle de la vie. La critique, avant m&#234;me de se placer sur le plan du discours &#8211; le quotidien en tant que sph&#232;re strat&#233;gique pour la reproduction de la vie sociale &#8211; porte sur la fa&#231;on de vivre le quotidien. Le caract&#232;re &#233;vident du quotidien, li&#233;, pour les femmes, au silence qui l'enveloppe et qui le s&#233;pare des cadres &#171; publics &#187; de la vie sociale, est rompu &#224; jamais. Ainsi s'amorce un processus de longue haleine, une r&#233;volution culturelle au sens propre qui implique les relations humaines, en premier lieu les liens familiaux, mais aussi le rapport avec la sph&#232;re publique, les formes d'action individuelles et collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un autre aspect doit &#234;tre soulign&#233; pour bien saisir la relation intense que le mouvement des femmes construit avec le quotidien au cours des ann&#233;es 1970. Je pense &#224; une double identification : celle de la &lt;i&gt;domus &lt;/i&gt; &#224; la vie quotidienne d'un c&#244;t&#233; ; et celle de l'espace de la maison &#224; l'espace politique de l'autre. L'instrument de cette identification est la m&#233;thode de connaissance particuli&#232;re appliqu&#233;e par un mouvement, l'&lt;i&gt;autoconscience&lt;/i&gt;, qui consid&#232;re le fait de partir de soi-m&#234;me (tout comme le mouvement de 1968) comme un v&#233;hicule de critique politique. Ainsi, le cadre quotidien et extra-public par d&#233;finition, soit la sph&#232;re de la maison, est r&#233;&#233;labor&#233; en termes d'une dimension &#171; publique &#187; (et oppressante). C'est, par exemple, gr&#226;ce &#224; la pratique de l'autoconscience que la maison, le symbole par d&#233;finition du quotidien f&#233;minin et de l'isolement des femmes, est transform&#233; en un espace d'&#233;laboration collective et de croissance de la subjectivit&#233;. &#192; travers les relations et les pratiques de la vie en commun que se construisent ainsi &#8211; dans les maisons transform&#233;es en lieux de rencontre et de connaissance ; dans les espaces collectifs et les espaces autog&#233;r&#233;s ; dans les congr&#232;s et dans les autres moments de rencontre officielle, mais aussi pendant les vacances que l'on passe ensemble &#8211; la vie quotidienne co&#239;ncide avec la &#171; culture des femmes &#187;. En r&#233;alit&#233;, la pratique politique, l'&#233;laboration des savoirs et la transformation des rapports se rejoignent &#224; travers la transformation du quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quelques d&#233;cennies plus tard, peut-on affirmer que cette vision du quotidien a &#233;t&#233; compl&#232;tement r&#233;sorb&#233;e par le n&#233;o-lib&#233;ralisme et par les processus de privatisation qui l'accompagnent ? Ou bien continue-t-elle de jouer un r&#244;le m&#234;me de nos jours ? Et, si oui, &#224; travers quelles formes et modalit&#233;s cette &#171; vision &#187; politique du quotidien est-elle entr&#233;e dans le nouveau si&#232;cle ? Dans quelle mesure est-elle en mesure d'entraver l'aplatissement de la politique sur les logiques de l'acc&#233;l&#233;ration et sur l'horizon de l'h&#233;g&#233;monie du court terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'estime, personnellement, que ce qui lie cette repr&#233;sentation &#171; de mouvement &#187; et les exp&#233;riences du quotidien &#233;labor&#233;es par de nombreuses femmes adultes, de nos jours, est le rapport au temps. Tout comme dans les ann&#233;es 1970 &#8211; malgr&#233; la croissance exponentielle des logiques d'&#171; acc&#233;l&#233;ration &#187; de la vie sociale, et leur entrelacs avec les nouvelles technologies &#8211; ces sujets f&#233;minins semblent &#234;tre en mesure d'&#233;laborer des formes de critique pratique contre la domination des logiques temporelles purement quantitatives et le dualisme constitutif qui les nourrit (production &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; reproduction ; connaissances &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; pratiques ; sph&#232;re de l'intimit&#233; &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; vie sociale et ainsi de suite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La r&#233;flexion th&#233;orique du f&#233;minisme des ann&#233;es 1970 (Bertilotti et Scattigno, 2005 ; Collin et Kaufer, 2005 ; Melandri, 1997 ; Ribero, 1999) a montr&#233; comment le fait de traverser plusieurs mondes et plusieurs univers symboliques, une caract&#233;ristique du &#171; temps des femmes &#187;, permet une red&#233;finition globale et unitaire du sens du temps &#8211; la r&#233;f&#233;rence privil&#233;gi&#233;e est, ici, la recherche d'auto-expression aussi bien &#224; l'int&#233;rieur des temps fa&#231;onn&#233;s par les logiques publiques que dans la construction de rapports significatifs dans la sph&#232;re de la vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; La restructuration analytique ainsi produite a permis une critique radicale de la conception &#233;conomique dominante du temps, cette conception qui le pose comme une dimension abstraite et neutre, &#233;pur&#233;e de la r&#233;f&#233;rence aux sujets et &#224; leur contexte, lin&#233;aire et marchandis&#233;e, mais aussi fragment&#233;e et parcellis&#233;e en segments &#171; froids &#187;, sans rapports r&#233;ciproques. En soulignant les interd&#233;pendances et la circularit&#233; des exp&#233;riences, elle a d&#233;voil&#233; aussi bien le caract&#232;re cr&#233;atif et ouvert du temps que l'identit&#233; clairement sexu&#233;e des repr&#233;sentations et des comportements temporels. La place centrale que le mouvement f&#233;ministe attribue au corps et aux pratiques qui en &#233;laborent les langages (Fraire, 2002) a sans doute jou&#233; un r&#244;le de premier plan dans la construction de ces repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aujourd'hui, si on analyse les exp&#233;riences d'un nombre grandissant de femmes (qui traversent chaque jour des univers temporels dissonants comme ceux du travail pour le march&#233; et du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, en construisant des formes de m&#233;diation symbolique toujours nouvelles) on remarque que ces exp&#233;riences sont unifi&#233;es, au-del&#224; de la diversit&#233;, par une ambivalence typique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le th&#232;me de l'ambivalence f&#233;minine voir les r&#233;flexions de Touraine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La majorit&#233; des femmes adultes, en effet, n'est pas seulement impliqu&#233;e dans la logique temporelle dominante, construite autour de la production de marchandises, mais elle est aussi consciemment impliqu&#233;e, au quotidien, dans une forme diff&#233;rente de temporalit&#233;, li&#233;e &#224; la production de rapports sociaux personnalis&#233;s. Par cons&#233;quent, la conscience temporelle que cette majorit&#233; de femmes d&#233;veloppe para&#238;t typiquement complexe et diff&#233;renci&#233;e. Elle accueille, en tant que dimension centrale, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension quantitative &#171; acc&#233;l&#233;r&#233;e &#187;, la dimension relationnelle, non fonctionnelle, non lin&#233;aire, non dirig&#233;e par des logiques &#233;conomiques, &#171; lente &#187; par d&#233;finition, car structur&#233;e par la reconnaissance de la multiplicit&#233; des temps personnels et pour autrui. D'autre part, cette conscience temporelle semble &#234;tre en mesure de reconna&#238;tre l'importance sociale non seulement du temps pour le march&#233;, mais aussi du temps de travail non r&#233;mun&#233;r&#233;, syntonis&#233; sur d'autres principes, qui ne sont pas des principes de service, et sur d'autres rythmes temporels (Leccardi, 2009a). Le temps des rapports humains, de la socialisation, du soin, de l'attention au bien-&#234;tre des personnes, qui est la trame du quotidien, ne peut en effet &#234;tre mesur&#233; avec une montre. Le &lt;i&gt;network time&lt;/i&gt;, le temps &#233;lectronique gouvern&#233; par des id&#233;aux de simultan&#233;it&#233;, ne nous aide pas non plus, m&#234;me s'il se plie &#224; la dimension relationnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut souligner que dans les derni&#232;res analyses sur le network time les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui fait la diff&#233;rence, dans le temps quotidien de la majorit&#233; des sujets f&#233;minins, est la pr&#233;sence bien visible, &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci, des &lt;i&gt;corps &lt;/i&gt; et de leurs &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; : corps &#224; soigner, &#224; accueillir ou tout simplement &#224; reconna&#238;tre en tant que porteurs de temporalit&#233;s multiples, qui ne sont pas n&#233;cessairement align&#233;s sur les temps acc&#233;l&#233;r&#233;s de la vie sociale contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M&#234;me si elles sont contraintes, dans la vie de tous les jours, &#224; se transformer en &#171; jongleuses du temps &#187; (Balbo, 1978), constamment &#224; la recherche de formes de raccord entre les temps diff&#233;rents de plus en plus rapides et gouvern&#233;s par des r&#232;gles temporelles diff&#233;rentes, de nombreuses femmes d&#233;fient tous les jours, dans leur mode de vie, l'&#233;quivalence du temps et de l'argent (Tabboni, 1992). Le temps, dans ce contexte, n'appara&#238;t pas seulement comme une dimension abstraite et homog&#232;ne, s&#233;par&#233;e des &#234;tres humains et &#233;trang&#232;re &#224; ces derniers. Il se dessine, au contraire, comme une dimension &#171; riche &#187;, qui contient des r&#233;serves de sens que les sujets peuvent activer de mani&#232;re autonome. C'est un &lt;i&gt;temps g&#233;n&#233;ratif&lt;/i&gt;, en mesure &#224; son tour de cr&#233;er d'autres types de temps et de relations humaines. Il ne s'agit pas, par cons&#233;quent, d'un temps qui souligne exclusivement la dimension de contr&#244;le, l'absence d'implication &#233;motionnelle, &#224; distance de la sph&#232;re personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour r&#233;sumer, les comportements temporels quotidiens d'un nombre important de femmes prennent en compte des aspects que la raison &#233;conomique repousse : la rationalit&#233; par rapport &#224; la valeur, le bien-&#234;tre (pas seulement personnel), la dimension cr&#233;ative, le sens de la responsabilit&#233; personnelle, la lenteur poursuivie comme expression de qualit&#233; de la relation. Ces comportements indiquent m&#234;me une culture temporelle diff&#233;rente, capable en partie de construire une organisation du temps diff&#233;rent, moins utilitariste, moins acc&#233;l&#233;r&#233;e. Ils renvoient, dans leur ensemble, &#224; une sorte de paradigme temporel alternatif, qui redonne de la visibilit&#233; &#224; ce que le syst&#232;me des temps de la soci&#233;t&#233; capitaliste a obscurci jusqu'&#224; pr&#233;sent : la multiplicit&#233; des temps de vie ; le caract&#232;re essentiellement cr&#233;atif du temps humain ; la dimension non seulement quantitative du temps et la richesse potentielle de l'exp&#233;rience temporelle individuelle, fruit de l'entrelacs d'ordres temporels diff&#233;rents, qui peut prendre diff&#233;rentes formes en fonction de la subjectivit&#233; de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La th&#232;se que j'entends appuyer ici est que cette vision du temps comme multiple, et du quotidien comme cadre de choix dans lequel cette multiplicit&#233; peut s'exprimer, poss&#232;de non seulement un pouvoir de dissuasion par rapport &#224; l'obsession de la vitesse &#8211; en demandant par exemple de consid&#233;rer l'alternance, l'entrelacs, des temps rapides et des temps lents comme partie int&#233;grante de l'exp&#233;rience du temps. Cette vision du temps poss&#232;de aussi une affinit&#233; sp&#233;cifique avec ce qui a &#233;t&#233; d&#233;fini comme la &#171; temporalit&#233; de la citoyennet&#233; &#187; (Scheuerman, 2009, p. 192). Cette derni&#232;re, bien loin de la culture politique &#171; rapide &#187; du nouveau si&#232;cle, met en valeur la confrontation et le d&#233;bat ; elle requiert une capacit&#233; d'&#233;coute, une capacit&#233; &#224; consid&#233;rer le point de vue de l'autre et &#224; formuler ensuite une r&#233;ponse ; &#224; &#171; suspendre &#187; temporairement l'urgence et la pression temporelle pour c&#233;der la place au processus de connaissance r&#233;ciproque. Cette temporalit&#233; accepte la &#171; lenteur &#187; de la rencontre, de la confrontation, de la connaissance des probl&#232;mes comme un &#233;l&#233;ment constitutif de la vie d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En plus de leur capacit&#233; &#224; accueillir (et &#224; mettre en valeur), l'alternance de la vitesse/lenteur comme une ressource qui montre bien les limites de l'id&#233;al de &#171; vitesse absolu &#187; qui caract&#233;rise notre temps, de nombreux sujets f&#233;minins expriment aussi, &#224; mon avis, une autre familiarit&#233; avec la &#171; temporalit&#233; de la citoyennet&#233; &#187;. Je pense &#224; la familiarit&#233; de nombreuses femmes adultes non seulement avec le caract&#232;re multiple, non homog&#232;ne et changeant des temps de la vie quotidienne &#8211; un trait similaire &#224; la &#171; temporalit&#233; de la citoyennet&#233; &#187; en tant que rencontre entres les diff&#233;rences &#8211; mais aussi avec deux id&#233;es centrales &#224; ce caract&#232;re. En premier lieu, l'id&#233;e d'engagement r&#233;ciproque, que les relations quotidiennes scellent et construisent jour apr&#232;s jour ; en deuxi&#232;me lieu, la conviction que ces relations lient le pr&#233;sent dans lequel le quotidien s'inscrit et le temps long, tr&#232;s long, des g&#233;n&#233;rations qui suivent. De la m&#234;me fa&#231;on, la vie politique se base sur la construction de liens non &#233;pisodiques, d'engagement r&#233;ciproque ; sur la capacit&#233; &#224; poursuivre des objectifs situ&#233;s m&#234;me loin dans le temps, avec pers&#233;v&#233;rance et clairvoyance, en ayant le souci des g&#233;n&#233;rations qui ne sont pas encore n&#233;es (Jonas, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Wright Mills (1997) faisait r&#233;f&#233;rence &#224; cette capacit&#233; de mettre en connexion ce qui para&#238;t intime, personnel, avec ce qui est repr&#233;sent&#233; comme collectif, &#224; travers l'expression &#171; imagination sociologique &#187;. Gr&#226;ce &#224; ce type d'imagination, nous sommes en mesure de mettre en connexion les questions quotidiennes micro-sociales avec les grandes questions de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, &#224; ce propos, Bauman (2002). Alors que pour Anthony Giddens (2004), qui a propos&#233; en premier le terme &lt;i&gt;life politics&lt;/i&gt;, cette derni&#232;re renvoie essentiellement &#224; des parcours d'auto-exploration qui dessinent de nouvelles trajectoires de relation entre soi et la soci&#233;t&#233; &#8211; en exprimant, en ultime analyse, un trait positif &#8211; avec ce concept Bauman photographie un ensemble d'aspects de signe n&#233;gatif : privatisme, &#171; liqu&#233;faction &#187; des liens collectifs, centralit&#233; du march&#233; dans tous les cadres de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une reconstruction approfondie de la notion de rythme, qui en souligne la centralit&#233; dans l'analyse des processus de mondialisation contemporains, voir Michon (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Neuzeit&lt;/i&gt;, l'expression allemande pour modernit&#233; ou &#226;ge moderne, signifie litt&#233;ralement &#171; temps nouveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Gleick (1999). Paul Virilio (1977) a introduit il y a d&#233;j&#224; quelques d&#233;cennies le terme &#171; dromologie &#187; pour conceptualiser ce processus d'acc&#233;l&#233;ration progressive sociale et historique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le terme est li&#233; &#224; la proposition th&#233;orique de Helga Nowotny (1989), consacr&#233;e aux transformations de l'exp&#233;rience du temps en &#233;poque technologique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les r&#233;flexions que Bourdieu propose autour du th&#232;me du futur sont li&#233;es &#224; une contradiction &#224; laquelle il a d&#251; faire face au cours d'un travail en immersion dans une communaut&#233; Kabyle : comment le paysan alg&#233;rien peut-il para&#238;tre en m&#234;me temps fataliste, soumis au temps qui s'&#233;coule &#8211; une orientation qui l'emp&#234;che de former des projets &#8211; et tout &#224; fait capable de contr&#244;ler et de pr&#233;voir des &#233;v&#233;nements concrets li&#233;s &#224; la vie de la communaut&#233; et &#224; sa propre activit&#233; de travail ? D'apr&#232;s l'auteur, c'est ici l'expression d'une culture qui est &#224; la fois fortement hostile &#224; un rapport avec le futur en tant que temps &#171; abstrait &#187; et en grande harmonie avec les projets &#171; concrets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D'apr&#232;s Dahrendorf, l'association mondialisation-et-instabilit&#233; renvoie &#224; deux plans de sens qui sont entrelac&#233;s : d'un c&#244;t&#233; il n'existe pas d'autorit&#233; ni de pouvoir capable d'intervenir sur les processus de mondialisation pour les &#171; stabiliser &#187; ; de l'autre c&#244;t&#233;, les sujets qui vivent dans un monde mondialis&#233; ne savent pas y trouver une quelconque stabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Si l'on observe le panorama politique international, ce sont les mouvements collectifs, par exemple ceux qui critiquent la mondialisation, les porteurs, aujourd'hui encore, d'un message qui n'&#233;vite pas la confrontation avec l'utopie, mais qui au contraire s'approprie de sa charge positive par rapport au futur. Leur devise &#171; Un autre monde est possible &#187; peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une excellente synth&#232;se de cette vision des choses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet aspect est soulign&#233; &#224; plusieurs reprises dans les r&#233;flexions de Zygmunt Bauman. Cf. Leccardi (2008 et 2009b).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les consid&#233;rations suivantes portent sur les analyses propos&#233;es par Hartmut Rosa et William Scheuerman en mati&#232;re de politique, &#233;thique et acc&#233;l&#233;ration sociale. Voir Rosa (2008) ; Scheuerman (2004 et 2008) ; Rosa et Scheuerman (2008).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le plan culturel, entre autres, ce type de politique tend &#224; valoriser d'autant plus les activit&#233;s &#171; rapides &#187; &#8211; m&#234;me lorsqu'elles ne sont ni utiles ni strictement n&#233;cessaires &#8211; par rapport aux activit&#233;s &#171; plus lentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur un front diff&#233;rent mais compl&#233;mentaire, m&#234;me la &lt;i&gt;deregulation &lt;/i&gt; n&#233;o-lib&#233;rale peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une expression du besoin inassouvissable d'acc&#233;l&#233;ration &#8211; dans ce cas il s'agit de contourner les freins impos&#233;s par la bureaucratie, en coupant les temps (et les proc&#233;dures) n&#233;cessaires pour arriver une prise de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En Italie, par exemple, le recours de plus en plus fr&#233;quent au vote de confiance dans le parcours l&#233;gislatif prouve bien cette tendance normalisatrice. Ce n'est pas un hasard si on le justifie par l'exigence de rendre plus rapide l'action l&#233;gislative. M&#234;me chose pour les d&#233;crets d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si, tel que nous le savons, d'importantes &#233;coles de sociologie comme la ph&#233;nom&#233;nologie sociale et l'ethnom&#233;thodologie l'ont plac&#233; au centre de leurs r&#233;flexions en relation aux dynamiques de la construction sociale et &#224; l'&#233;tude des modalit&#233;s du &#171; raisonner pratiquement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le th&#232;me de l'ambivalence f&#233;minine voir les r&#233;flexions de Touraine (2006). Voir &#233;galement, en particulier pour les jeunes femmes, l'analyse de Tabboni (1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il faut souligner que dans les derni&#232;res analyses sur le &lt;i&gt;network time&lt;/i&gt; les interpr&#233;tations du &#171; temps du r&#233;seau &#187; prennent pied en tant que dimension capable de se soustraire au temps abstrait et math&#233;matis&#233; qui bat le rythme de la vie &#233;conomique, le temps de la montre. En ce sens &#8211; tel que de nombreuses exp&#233;riences politiques contemporaines le d&#233;montrent &#8211; la possibilit&#233; qu'il offre de construire des contextes interactifs projet&#233;s sur le plan plan&#233;taire poss&#232;de d'importantes potentialit&#233;s politiques. Voir, en ce sens, Hassan (2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Acc&#233;l&#233;ration du temps, crise du futur, crise de la politique
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article803</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article803</guid>
		<dc:date>2013-02-02T10:19:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Carmen Leccardi
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la revue Temporalit&#233;s. Revue de sciences sociales et humaines, N&#176; 13, 2011. Nous remercions Carmen Leccardi de nous avoir permis de le reproduire ici. R&#233;sum&#233; : Aujourd'hui, les soci&#233;t&#233;s occidentales ressemblent de plus en plus &#224; des &#171; nanocraties &#187; &#8211; c'est ainsi qu'il a &#233;t&#233; propos&#233; de les rebaptiser d'apr&#232;s la pr&#233;&#233;minence absolue, en leur sein, de la dimension de la vitesse. En d'autres termes, &#224; notre &#233;poque les d&#233;mocraties seraient devenues le r&#232;gne des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique47" rel="directory"&gt;Comment penser le pouvoir dans le monde contemporain ?
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Acc&#233;l&#233;ration du temps et crise du futur&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Acc&#233;l&#233;ration du temps et crise du futur&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La politique face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;La politique face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Reconstruire l'agora. Les femmes et la vie quotidienne&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Reconstruire l'agora. Les femmes et la vie quotidienne&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la revue &lt;/i&gt; Temporalit&#233;s. Revue de sciences sociales et humaines, &lt;i&gt;N&#176; 13, 2011. Nous remercions Carmen Leccardi de nous avoir permis de le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; :&lt;/strong&gt; Aujourd'hui, les soci&#233;t&#233;s occidentales ressemblent de plus en plus &#224; des &#171; nanocraties &#187; &#8211; c'est ainsi qu'il a &#233;t&#233; propos&#233; de les rebaptiser d'apr&#232;s la pr&#233;&#233;minence absolue, en leur sein, de la dimension de la vitesse. En d'autres termes, &#224; notre &#233;poque les d&#233;mocraties seraient devenues le r&#232;gne des espaces temporels toujours plus restreints dont la nanoseconde peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le symbole. Mais quelles sont les retomb&#233;es de ce processus sur l'id&#233;e de futur ? Si au cours du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'image du futur en tant qu'espace regorgeant de possibilit&#233;s s'est progressivement affaiblie, c'est essentiellement ce nouveau si&#232;cle qui a mis en relief le croisement entre l'acc&#233;l&#233;ration sociale d'un c&#244;t&#233;, et la crise du futur de l'autre. L'augmentation du rythme de vie ainsi que l'acc&#233;l&#233;ration des processus de transformation &#233;conomique, sociale et technologique, annihilent le futur. En raison de la pression temporelle ainsi produite, le futur a tendance &#224; se replier sur le pr&#233;sent, se consume avant m&#234;me d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;. &#192; leur tour, les nouveaux id&#233;aux d'instantan&#233;it&#233; et de mobilit&#233; ont une incidence n&#233;gative sur la conception de la politique en tant que champ d'action ouvert pour le contr&#244;le des processus de changement, et la mettent en crise. Dans les conclusions, l'article indique toutefois la possibilit&#233; d'une vision de la politique &#224; m&#234;me de se soustraire aux imp&#233;ratifs de l'acc&#233;l&#233;ration. Une telle vision s'allie aux &#171; savoirs situ&#233;s &#187; f&#233;minins, &#224; la multiplicit&#233; des temps et &#224; la centralit&#233; de la vie quotidienne qu'ils renferment. Ensemble, ils disposeraient peut-&#234;tre encore du potentiel de reconstruction de formes d'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots-cl&#233;s : &lt;/strong&gt; futur, crise de la politique, vie quotidienne, femmes, vitesse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
On parle beaucoup, aujourd'hui, de ce que l'on appelle la &#171; crise de la politique &#187; &#8211; une expression qui rassemble une constellation de processus dont le r&#233;sultat final est la disparition de la politique en tant que forme de gouvernement du changement. &#192; la base de cette crise, il y a l'h&#233;g&#233;monie de la logique du march&#233; dans la vie sociale, une domination qui privatise les questions concernant l'existence des individus : en transformant les citoyens en consommateurs et en &#233;rodant l'espace de rencontre et de confrontation entre le public et le priv&#233; qu'est l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;. La distance grandissante que nous ressentons aujourd'hui entre la citoyennet&#233; responsable et la politique peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des cons&#233;quences collat&#233;rales de ce processus. La s&#233;paration de la dimension politique de la vie quotidienne en repr&#233;sente, &#224; son tour, une expression &#233;clatante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les exp&#233;riences de la vie quotidienne sont en effet consid&#233;r&#233;es, avec de plus en plus de difficult&#233;s, au titre de dimensions concernant la vie collective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wright Mills (1997) faisait r&#233;f&#233;rence &#224; cette capacit&#233; de mettre en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, on a plut&#244;t tendance &#224; remplacer la vision qui lie politique et vie quotidienne par une approche de &#171; politique de la vie &#187;, c'est-&#224;-dire par une recherche parfois obsessionnelle, toujours et de toute fa&#231;on d&#233;clin&#233;e au pr&#233;sent, de nouveaux styles et de nouvelles habitudes de vie visant les gratifications imm&#233;diates : dans la vie professionnelle, amoureuse, dans les relations quotidiennes, dans la consommation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, &#224; ce propos, Bauman (2002). Alors que pour Anthony Giddens (2004), qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au centre de la &#171; politique de la vie &#187;, ne l'oublions pas, il y a l'emphase sur l'individu entendu comme unicit&#233;, il y a une vision qui emp&#234;che de regarder les liens sociaux et les rapports intersubjectifs fond&#233;s sur la vie publique comme une ressource, &#224; travers laquelle on peut exprimer sa propre autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il faut toutefois se demander si une partie au moins de l'interpr&#233;tation de la crise de la politique ne devrait pas &#234;tre imput&#233;e aux cat&#233;gories m&#234;mes que nous utilisons pour en faire l'analyse. Autrement dit, il faut se demander si les structures conceptuelles que nous utilisons sont appropri&#233;es pour mettre en lumi&#232;re les nouveaut&#233;s &#8211; les potentialit&#233;s novatrices si l'on veut &#8211; que cette crise, &#224; l'instar de toutes les autres, porte en elle. Il est plausible d'estimer, en ce sens, que des instruments conceptuels diff&#233;rents pourraient faciliter la compr&#233;hension de la trame complexe de transformations &#224; laquelle l'univers de la politique a d&#251; faire face pendant ces derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur la base de ces consid&#233;rations, nous allons d'abord proposer une r&#233;flexion g&#233;n&#233;rale autour du th&#232;me du temps et des nouvelles fa&#231;ons de le repr&#233;senter et de le vivre dans les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines, &#224; partir des processus d'acc&#233;l&#233;ration sociale et d'&#233;vanescence du futur. Le temps est consid&#233;r&#233;, ici, comme un instrument d'analyse pour l'&#233;tude des th&#232;mes g&#233;n&#233;raux tels que la crise de l'espace public et de la politique. En effet, le temps contient et entrelace les deux plans du collectif et de l'individuel (Leccardi, 2009a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous analysons ensuite les cons&#233;quences de la compression de la politique sur le pr&#233;sent, en indiquant quelques domaines o&#249; la souffrance est la plus importante. On y trouve le r&#233;sultat de la perte d'un &#171; futur ouvert &#187; &#8211; une id&#233;e qui caract&#233;rise l'apog&#233;e de la modernit&#233; &#8211; et les effets que cette prise de conscience produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous proposons enfin une lecture de la relation entre le temps et la politique, dans une perspective de genre. Les concepts centraux, &#233;troitement li&#233;s entre eux, sont dans ce cas &lt;i&gt;la vie quotidienne et la multiplicit&#233; des temps&lt;/i&gt;. Ces derniers, mis en relation avec les &#171; savoirs situ&#233;s &#187; qui naissent de la partialit&#233; de l'exp&#233;rience de genre, peuvent produire &#8211; et c'est l&#224; la th&#232;se que nous avan&#231;ons &#8211; une vision diff&#233;rente de la politique et de ses temps, soustraite aux imp&#233;ratifs de l'acc&#233;l&#233;ration sociale. En partant de la &#171; partialit&#233; strat&#233;gique &#187; du regard f&#233;minin, le quotidien peut par exemple se dessiner non seulement comme le lieu de la nouvelle ali&#233;nation (de consommation) mais aussi comme un espace-temps dans lequel s'exprime l'intersubjectivit&#233;, l'&#234;tre-avec &lt;i&gt;(Mitsein)&lt;/i&gt; qui lie la proximit&#233; et la distance, en imposant le dialogue sous ses diff&#233;rentes formes (Crossley, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Acc&#233;l&#233;ration du temps et crise du futur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exercice (non m&#233;diatis&#233;) de la politique a un ennemi d&#233;clar&#233; et particuli&#232;rement dangereux : l'acc&#233;l&#233;ration. Les id&#233;aux contemporains de vitesse, de mobilit&#233; et, en ultime analyse, d'instantan&#233;it&#233;, influencent, en effet, de mani&#232;re n&#233;gative la conception de la politique comme terrain d'action. En ce sens, le fait de consid&#233;rer le pr&#233;sent &#224; la lumi&#232;re de ce qui a &#233;t&#233;, de prendre en compte les cons&#233;quences futures d'une action, d'avoir comme but la dur&#233;e, semble tout &#224; fait &#171; hors du temps &#187; &#8211; en contradiction avec le &lt;i&gt;Zeitgeist&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'acc&#233;l&#233;ration des rythmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une reconstruction approfondie de la notion de rythme, qui en souligne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; temporels entra&#238;ne une constellation d'effets secondaires, tous pr&#233;judiciables au d&#233;veloppement de la pens&#233;e et de l'action politique. Il suffit de penser, par exemple, &#224; la contraction des horizons temporels et &#224; la pr&#233;dominance du court terme ; &#224; la v&#233;ritable h&#233;g&#233;monie de la &lt;i&gt;deadline&lt;/i&gt;, &#233;labor&#233;e comme un principe d'action ; au discr&#233;dit des perspectives bas&#233;es sur l'id&#233;e de &#171; une fois pour toutes &#187; (soit l'id&#233;e d'irr&#233;versibilit&#233;) ; &#224; la diffusion d'une culture au caract&#232;re provisoire ; &#224; la difficult&#233; grandissante de la construction de projets. Dans leur ensemble, ces facteurs ont une incidence n&#233;gative sur la relation avec la politique. Essayons de creuser la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'acc&#233;l&#233;ration sociale n'est certainement pas un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. C'est toute l'&#233;poque moderne qui est caract&#233;ris&#233;e, d'apr&#232;s Reinhard Koselleck, par &#171; l'acc&#233;l&#233;ration du changement qui &#233;rode les exp&#233;riences &#187;, c'est-&#224;-dire par &#171; le raccourcissement des traits de temps qui permettent une exp&#233;rience homog&#232;ne &#187; (Koselleck, 1990, p. 284). D&#232;s le milieu du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avant la diffusion du processus de technicisation des communications et de l'information, l'exp&#233;rience de l'acc&#233;l&#233;ration du temps se g&#233;n&#233;ralise. Dans les premi&#232;res ann&#233;es du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, par cons&#233;quent, on ressent d&#233;j&#224;, de mani&#232;re diffuse que le temps &#171; fuit &#187; et que &#171; ce qui autrefois allait au pas va d&#233;sormais au galop &#187; (Arendt &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Koselleck, 1990, p. 283). Ce processus, qui accompagne l'&#233;miettement de la tradition, red&#233;finit d'une fa&#231;on radicalement nouvelle les relations entre pass&#233;, pr&#233;sent et futur : le pass&#233; appara&#238;t comme une dimension de plus en plus recul&#233;e, alors que le futur acquiert surtout le caract&#232;re d'un d&#233;fi. La &#171; nouveaut&#233; &#187; est, &#224; son tour, le trait qui caract&#233;rise davantage le pr&#233;sent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Neuzeit, l'expression allemande pour modernit&#233; ou &#226;ge moderne, signifie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les innovations technologiques spectaculaires qui surviennent de la moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; la Premi&#232;re guerre mondiale fa&#231;onnent ce nouveau &lt;i&gt;Zeitgeist&lt;/i&gt;, en transformant profond&#233;ment l'exp&#233;rience collective du temps et de l'espace (Berman, 1982). Pour que le capital circule plus vite, les marchandises, les personnes et les informations circulent plus vite. La distance entre les lieux se r&#233;duit. Et par cons&#233;quent, le rythme de vie s'intensifie. Tel que Nowotny (1989) l'a soulign&#233;, le bin&#244;me quantification du temps plus acc&#233;l&#233;ration, encadr&#233; dans un horizon historique lin&#233;aire, pose les bases du processus capitaliste d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'acc&#233;l&#233;ration est, nous l'avons vu, un processus qui remonte au moins &#224; deux si&#232;cles, mais qui, dans les derni&#232;res d&#233;cennies, est devenu central et strat&#233;gique avec la diffusion massive et envahissante des nouvelles technologies de l'information et les possibilit&#233;s que ces technologies apportent, gr&#226;ce &#224; la vitesse, &#224; des espaces &#233;conomiques et financiers de plus en plus vastes. Le temps du march&#233;, qui d&#233;sormais est plan&#233;taire (La&#239;di, 1997) impose ainsi une acc&#233;l&#233;ration suppl&#233;mentaire de ce rythme qui, par d&#233;finition, distingue l'&#233;poque moderne des pr&#233;c&#233;dentes. En ce sens, la principale caract&#233;ristique de la mondialisation serait, au-del&#224; du processus d'homog&#233;n&#233;isation &#233;conomique et culturelle, la pouss&#233;e vers un temps global, un syst&#232;me temporel unique au centre duquel se trouve le caract&#232;re instantan&#233; entendu comme principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'o&#249;, par cons&#233;quent, la pression quotidienne de plus en plus intense vers tout ce qui &#171; va plus vite &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Gleick (1999). Paul Virilio (1977) a introduit il y a d&#233;j&#224; quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, consid&#233;r&#233; comme synonyme d'efficacit&#233; et de comp&#233;titivit&#233; accrues sur le march&#233;. Mais, pendant que l'&#233;conomie de temps cro&#238;t gr&#226;ce, notamment, aux nouvelles technologies, de fa&#231;on apparemment contradictoire nous avons de plus en plus l'impression que le temps nous fait d&#233;faut. De ce paradoxe d&#233;coule la vision de la &#171; soci&#233;t&#233; de l'acc&#233;l&#233;ration &#187; en tant que forme soci&#233;tale &#224; l'int&#233;rieur de laquelle l'acc&#233;l&#233;ration technologique et le manque croissant de ressources temporelles (soit l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie) se v&#233;rifient simultan&#233;ment (Rosa, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En ce sens, les soci&#233;t&#233;s occidentales ressemblent &#224; de v&#233;ritables &#171; nanocraties &#187; comme il a &#233;t&#233; propos&#233; de les rebaptiser non sans une pointe d'esprit, &#224; cause de la pr&#233;dominance absolue de la dimension de la vitesse en leur sein et, &#224; proprement parler, de la simultan&#233;it&#233; (Roberts, 1998). Autrement dit, les d&#233;mocraties de notre temps seraient devenues le royaume des espaces temporels de plus en plus contract&#233;s, dont la nanoseconde, ou le milliardi&#232;me de seconde, peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme le symbole. Ainsi se dessinent les contours d'une nouvelle carte des in&#233;galit&#233;s, fond&#233;e sur la capacit&#233; de domination de celui qui peut agir plus vite, avec une rapidit&#233; foudroyante, et m&#234;me de se d&#233;placer avec agilit&#233; dans l'espace, de se lib&#233;rer des liens avec les lieux. Sous cet aspect, la bataille pour le pouvoir se joue avec les armes de l'acc&#233;l&#233;ration et de l'extra-territorialit&#233; : la dimension temporelle devient une ar&#232;ne &#224; l'int&#233;rieur de laquelle la capacit&#233; de s'approcher de la simultan&#233;it&#233; se traduit en pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais quelles sont les retomb&#233;es de ces processus sur le v&#233;cu du futur ? Si au cours du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'image du futur en tant que champ ouvert de possibilit&#233;s est devenue de plus en plus &#233;vanescente, c'est surtout le nouveau si&#232;cle &#8211; qui d&#233;marre symboliquement &#224; New York le 11 septembre 2001 &#8211; qui rend de plus en plus &#233;vident l'entrelacs de l'acc&#233;l&#233;ration sociale et de la crise du futur. En effet, nous assistons &#224; la diffusion du sentiment de vivre une &#233;poque de risques incontr&#244;lables (Beck, 2007) et d'incertitudes tout aussi grandes, &#224; tel point que l'id&#233;e m&#234;me de futur est &lt;i&gt;ind&#233;sirable &lt;/i&gt; en tant que telle. L'acc&#233;l&#233;ration des rythmes de vie, de pair avec celle des processus de transformation &#233;conomique, sociale et technologique &#171; br&#251;lent &#187; le futur. Le futur se replie sur le pr&#233;sent, il en est absorb&#233; et s'use avant m&#234;me d'avoir pu &#234;tre effectivement con&#231;u. Le pr&#233;sent, &#224; son tour, devient &#171; tout ce qui existe &#187; (Harvey, 1989, p. 290). &#192; l'int&#233;rieur des cadres temporels de la compression spatiotemporelle, il appara&#238;t comme la seule dimension temporelle disponible pour la d&#233;finition des choix, un v&#233;ritable horizon existentiel qui inclut et remplace le futur et le pass&#233;. L'acc&#233;l&#233;ration de la vie sociale et de ses temps diff&#233;rents rend ces deux dimensions de plus en plus faibles, en tant que r&#233;f&#233;rence pour l'action. Plus pr&#233;cis&#233;ment : m&#234;me si l'&#233;vocation du futur constitue toujours une routine pour les syst&#232;mes sociaux tout comme pour les sujets, c'est en r&#233;alit&#233; le pr&#233;sent qui est associ&#233; &#224; l'id&#233;e de gouvernabilit&#233; et de contr&#244;labilit&#233; que la modernit&#233;, &#224; travers l'id&#233;al normatif du progr&#232;s, avait associ&#233; au futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'apr&#232;s Manuel Castells (2000), par exemple, dans la &lt;i&gt;network society&lt;/i&gt; l'acc&#233;l&#233;ration technologique produit une compression temporelle qui conduit &#224; une &#171; disparition du temps en tant que dimension du proc&#232;s &#187;. Autrement dit, l'h&#233;g&#233;monie du &#171; temps r&#233;el &#187; produit en soi la disparition &#8211; ou du moins l'affaiblissement &#8211; de la dimension de la dur&#233;e. Le &#171; temps des flux &#187; qui caract&#233;rise la &lt;i&gt;network society&lt;/i&gt; est, en effet, un temps d&#233;nu&#233; d'&#233;paisseur, fruit de la contraction non seulement du futur mais aussi du pr&#233;sent. Le pr&#233;sent tend, par cons&#233;quent, &#224; se transformer en un &lt;i&gt;hic et nunc&lt;/i&gt; sans racines et sans horizons. Ce n'est pas un hasard si Scott Lash (1998), un analyste attentif aux processus culturels contemporains, voit notre &#233;poque comme l'&#233;poque des instants successifs qui prennent la place de la v&#233;ritable exp&#233;rience du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous avons pr&#233;c&#233;demment soulign&#233; que la pr&#233;dominance du pr&#233;sent simultan&#233; n'efface pas la r&#233;f&#233;rence au futur dans le discours public et dans la vie politique, ni dans le r&#233;cit biographique des individus. M&#234;me si le futur est toujours &#233;voqu&#233; comme cadre et comme param&#232;tre de l'action institutionnelle et individuelle, au-del&#224; de la rh&#233;torique, il semble &#234;tre plut&#244;t un &#171; pr&#233;sent &#233;tendu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme est li&#233; &#224; la proposition th&#233;orique de Helga Nowotny (1989), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'un horizon temporel &#224; moyen ou long terme. Il est int&#233;ressant d'approfondir ces diff&#233;rentes caract&#233;ristiques du futur, vu l'importance strat&#233;gique de ce point dans la r&#233;flexion politique. Pierre Bourdieu nous offre des instruments analytiques tr&#232;s utiles &#224; ce propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si l'on analyse le rapport avec le temps du paysan alg&#233;rien dans les ann&#233;es 60 du si&#232;cle dernier, on trouve, selon Bourdieu, deux types de futur (Bourdieu, 1963 ; voir aussi 1972, p. 337-348)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les r&#233;flexions que Bourdieu propose autour du th&#232;me du futur sont li&#233;es &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier est un futur contenu d&#232;s maintenant dans le pr&#233;sent, qui est pour ainsi dire interne au pr&#233;sent, un temps concret et pr&#233;visible, qui doit &#234;tre attendu sagement, en conjonction avec les circonstances au cours desquelles il atteint le degr&#233; de maturation. Il s'agit, en ultime analyse, d'un futur pr&#233;sentifi&#233; (et, dans les arguments de Bourdieu, soustrait au calcul &#233;conomique). C'est un futur qui ne demande pas un projet &#8211; et par projet l'on entend l'anticipation imaginaire des mondes possibles &#8211; qui oblige &#224; une &#171; suspension de l'adh&#233;sion &#224; la donn&#233;e &#187; ; c'est un futur qui est d'ores et d&#233;j&#224; &lt;i&gt;potentiellement pr&#233;sent&lt;/i&gt; dans la r&#233;alit&#233; que nous vivons, qui ne pr&#233;voit pas une s&#233;rie d'actions &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; pour se construire. Bref, il s'agit d'un futur synonyme du devenir du monde plus que d'un temps &#224; venir, qui doit &#234;tre fa&#231;onn&#233; &#224; partir de notre propre volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le second type de futur que Bourdieu nous d&#233;crit est, au contraire, un temps ouvert et, en tant que tel, abstrait, le fruit d'un investissement pr&#233;cis d'&#233;nergie et l'expression d'une volont&#233; de contr&#244;le sur le temps qui viendra. L'avenir est con&#231;u comme une s&#233;rie interchangeable (et vide en soi) de possibilit&#233;s mutuellement exclusives : la &#171; forme &#187; du futur va donc d&#233;pendre de la volont&#233; de le construire d'une fa&#231;on plut&#244;t que d'une autre &#8211; mais aussi de la capacit&#233; d'imagination et du d&#233;sir qui soutiennent la volont&#233;. Il s'agit, en synth&#232;se, d'un futur con&#231;u comme un terrain de &lt;i&gt;possibilit&#233;s ind&#233;termin&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La politique d'aujourd'hui aurait besoin de cette deuxi&#232;me vision du futur &#8211; un futur ouvert, non d&#233;nu&#233; de risques, certes, mais aussi riche en potentialit&#233;s cr&#233;atives, strictement li&#233; au pr&#233;sent (et au pass&#233;) et que le pr&#233;sent pourrait fa&#231;onner. Il s'agit l&#224;, toutefois, d'une id&#233;e de futur qui n'est pas facile &#224; cultiver &#224; une &#233;poque d'acc&#233;l&#233;ration et de court terme. N&#233;anmoins, sans ce type de futur, les chances pour la construction d'une pens&#233;e critique paraissent d&#233;cid&#233;ment limit&#233;es : par d&#233;finition, cette derni&#232;re est en effet li&#233;e &#224; une projection vers le royaume du possible plus que du pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus g&#233;n&#233;ralement, on peut affirmer que, pour &#233;viter que la politique soit construite autour de la &lt;i&gt;deadline &lt;/i&gt; du moment (la prochaine &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale, le prochain congr&#232;s du parti et ainsi de suite) il faut &#234;tre en mesure de repenser les liaisons entre les dimensions du futur et l'utopie. Il s'agit d'un rapport dont les potentialit&#233;s, au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, se sont rapidement att&#233;nu&#233;es, voire se sont enti&#232;rement effac&#233;es, m&#234;me par l'acc&#233;l&#233;ration des processus de globalisation, avec leur charge d'instabilit&#233; (Dahrendorf, 2003)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s Dahrendorf, l'association mondialisation-et-instabilit&#233; renvoie &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela dit, son importance demeure inchang&#233;e. L'utopie &#8211; fille de la modernit&#233;, de l'id&#233;e que les &#234;tres humains peuvent se construire seuls, sans r&#233;f&#233;rences transcendantes, l'univers dans lequel vivre, &#233;troitement associ&#233;e au progr&#232;s et &#224; la possibilit&#233; d'un &#171; monde meilleur &#187; &#8211; implique la capacit&#233; d'imaginer une plan&#232;te diff&#233;rente, gouvern&#233;e par des r&#232;gles pouvant &#234;tre perfectionn&#233;es par la volont&#233; humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si l'on observe le panorama politique international, ce sont les mouvements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sans le r&#233;confort des philosophies de l'histoire qui nous ont accompagn&#233;s au moins tout au long de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il n'est pas surprenant que les r&#233;flexions actuelles soient truff&#233;es d'expressions comme &#171; la mort de l'utopie &#187; ou &#171; l'&#233;puisement de l'imaginaire utopique &#187; (Bauman, 2005). Dans la &#171; soci&#233;t&#233; de l'acc&#233;l&#233;ration &#187;, cultiver des visions utopiques para&#238;t anachronique, c'est le moins que l'on puisse dire. L'impr&#233;visibilit&#233;, l'ouverture, la radicalit&#233; &#224; la base de l'action semblent toutefois des traits qu'on peut associer simultan&#233;ment &#224; la politique et &#224; l'horizon utopique, au &#171; potentiel de transformation &#187; de la premi&#232;re et &#224; l'ouverture sur le futur que le second autorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En revanche, la recherche solitaire du bonheur (et des certitudes) &#224; tout prix associ&#233;e &#224; la &lt;i&gt;life politics&lt;/i&gt;, la &#171; politique de la vie &#187;, pousse dans la direction oppos&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet aspect est soulign&#233; &#224; plusieurs reprises dans les r&#233;flexions de Zygmunt (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit pas simplement de l'exaltation du caract&#232;re provisoire des liens, du refus du long terme, de la fuite rapide, de la familiarit&#233; avec la contingence, autant de traits qui portent &#224; une d&#233;valorisation de la pens&#233;e utopique (et de la politique). Il y a surtout la difficult&#233; extr&#234;me, voire l'impossibilit&#233;, de trouver des connexions entre les choix individuels et les projets collectifs &#8211; d'&#233;tablir des points de contact entre la &#171; politique de la vie &#187; et la politique tout court, si l'on veut. Une &lt;i&gt;life politics&lt;/i&gt; orpheline de la politique nous oblige, en effet, &#224; la privatisation de l'exp&#233;rience, au rapport privil&#233;gi&#233; avec le march&#233; en tant que source de l&#233;gitimation de l'action, &#224; ce qui est transitoire et fuyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si la toile de fond est celle que nous venons de d&#233;crire, comment peut-on penser &#224; une connexion non destructrice entre le temps et la politique, entre cette derni&#232;re et un futur ouvert au possible (au &#171; r&#234;ve &#187; utopique) ? Une possibilit&#233; pourrait &#234;tre, &#224; mon sens, la suivante : repartir des &#171; savoirs situ&#233;s &#187; que les sujets portent concr&#232;tement, des vies quotidiennes dans lesquelles ils sont plong&#233;s et qu'ils concourent activement &#224; construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avant de poursuivre dans cette direction, il est toutefois n&#233;cessaire d'analyser de tr&#232;s pr&#232;s les r&#233;sultats sur la politique du cercle vicieux entre vitesse, incertitude et h&#233;g&#233;monie du court terme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La politique face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La centralit&#233; de la vitesse dans la vie sociale contemporaine, dans un contexte caract&#233;ris&#233; par une emphase forte sur l'ici-et-maintenant, se refl&#232;te dans l'univers de la politique suivant diff&#233;rentes modalit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les consid&#233;rations suivantes portent sur les analyses propos&#233;es par Hartmut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En premier lieu, la politique para&#238;t de plus en plus &#171; situ&#233;e &#187;, c'est-&#224;-dire li&#233;e &#224; des &#171; situations &#187; et &#224; leur &#233;volution. En ce sens, elle est travers&#233;e par une v&#233;ritable obsession pour la rapidit&#233; des changements et pour la n&#233;cessit&#233; de leur opposer des r&#233;ponses rapides et souples. Comme nous l'avons expliqu&#233; dans les pages pr&#233;c&#233;dentes, on perd ainsi le lien avec des formes de construction des projets d'envergure, &#224; plus long terme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le plan culturel, entre autres, ce type de politique tend &#224; valoriser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus g&#233;n&#233;ralement, de nos jours les d&#233;cisions politiques ne semblent aspirer que faiblement &#224; la conduite du changement ; elles apparaissent plut&#244;t comme des r&#233;ponses &#224; des pressions externes, voire des actions de d&#233;fense tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette tendance engendre, entre autres, une s&#233;paration &#233;clatante entre les formes de citoyennet&#233; active &#8211; pour laquelle les objectifs et les engagements &#224; moyen ou long terme demeurent centraux &#8211; et les formes de l'action politique v&#233;ritable. Les activit&#233;s qui demandent un engagement, de la patience, des formes d'apprentissage &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;, li&#233;es &#224; un exercice &#171; lent &#187; de la citoyennet&#233;, ont ainsi tendance &#224; &#234;tre s&#233;par&#233;es de la sph&#232;re de la politique, con&#231;ue comme une sph&#232;re caract&#233;ris&#233;e par des activit&#233;s &#171; rapides &#187;, inscrites dans une logique d'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En deuxi&#232;me lieu, la pression de l'acc&#233;l&#233;ration temporelle pousse &#224; privil&#233;gier la dimension ex&#233;cutive au d&#233;triment de la dimension d&#233;lib&#233;rative. Les d&#233;cisions qui demandent aujourd'hui, au niveau institutionnel et dans les assembl&#233;es des &#233;lus, des temps toujours plus dilat&#233;s pour arriver &#224; maturit&#233;, doivent au contraire &#234;tre acc&#233;l&#233;r&#233;es si l'on veut &#233;viter de perdre le contr&#244;le politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur un front diff&#233;rent mais compl&#233;mentaire, m&#234;me la deregulation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le processus d&#233;lib&#233;ratif, qui par d&#233;finition prend du temps, est de moins en moins consid&#233;r&#233; comme utile pour l'id&#233;al normatif de la simultan&#233;it&#233;. Dans le cadre de la soci&#233;t&#233; de l'acc&#233;l&#233;ration, pour r&#233;sumer, l'exigence de r&#233;duire les d&#233;lais de la d&#233;lib&#233;ration cro&#238;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Italie, par exemple, le recours de plus en plus fr&#233;quent au vote de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De cette fa&#231;on, le terrain de l'exercice d&#233;mocratique s'&#233;puise. D'autre part, dans ses diff&#233;rentes phases, le processus de d&#233;lib&#233;ration constitue un moment important d'agr&#233;gation et de construction des liens sociaux. Le temps et l'espace ouverts &#224; la d&#233;lib&#233;ration se pr&#233;sentent ainsi comme un temps et un espace de contr&#244;le des lieux de la d&#233;mocratie et comme un cadre qui renforce une conception de la politique orient&#233;e vers les grandes probl&#233;matiques de l'&#233;poque. Sa &#171; dysfonctionnalit&#233; &#187; &#224; l'&#233;poque de l'acc&#233;l&#233;ration ne peut qu'&#233;veiller nos pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En troisi&#232;me lieu, alors que grandit l'emprise des d&#233;cisions &#224; court terme, les effets de ces d&#233;cisions tendent &#224; concerner &#233;galement des temps lointains, parfois le futur &#224; long et &#224; tr&#232;s long terme (prenons par exemple le nucl&#233;aire) et &#224; pr&#233;senter par cons&#233;quent un caract&#232;re d'irr&#233;versibilit&#233;. Paradoxalement, alors que le temps des d&#233;cisions politiques se r&#233;duit, la port&#233;e de quelques d&#233;cisions s'&#233;tend dans le temps et dans l'espace (Adam, 1998 ; Rosa, 2009). Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, le paradoxe concerne, comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, la complexit&#233; grandissante des d&#233;cisions &#224; prendre &#8211; et par cons&#233;quent la n&#233;cessit&#233; de disposer de plus de temps pour les &#233;laborer &#8211; face &#224; une &#233;rosion du temps utilisable &#224; ces fins. L'acc&#233;l&#233;ration de la mutation sociale, caract&#233;ristique de la &lt;i&gt;high-speed society&lt;/i&gt;, tend d'autre part &#224; rendre ces m&#234;mes d&#233;cisions, en principe, plus facilement obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En quatri&#232;me lieu, la pouss&#233;e vers l'acc&#233;l&#233;ration laisse de plus en plus de place &#224; la &#171; m&#233;diatisation de la politique &#187; : les m&#233;dias et leurs circuits d'information tendent &#224; occuper toujours plus de place, sym&#233;triquement &#224; l'importance de la possibilit&#233; de &#171; transformer des &#233;v&#233;nements politiques en nouvelles &#187; &#8211; ces derni&#232;res &#233;tant &#224; leur tour toujours plus focalis&#233;es sur la derni&#232;re heure (et sur la derni&#232;re minute), sur le &#171; dernier leader &#187; par ordre d'importance, au d&#233;triment de la possibilit&#233; de tracer des liens significatifs entre les &#233;v&#233;nements du pr&#233;sent et les processus de longue dur&#233;e. Les tendances populistes, r&#233;pandues de nos jours, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une expression directe de ce tableau g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le dernier paradoxe que produit la transformation des temps de la politique dans le contexte de la &lt;i&gt;high-speed society&lt;/i&gt; est probablement le plus important. Pour la premi&#232;re fois, &#224; notre &#233;poque, le lien privil&#233;gi&#233; que les deux coalitions conservatrice et progressiste ont cultiv&#233; avec la mutation sociale et sa vitesse s'inverse. Ainsi, s'il est vrai que la premi&#232;re coalition a toujours &#233;t&#233; traditionnellement associ&#233;e &#224; la tendance de &#171; ralentir &#187; la mutation et la deuxi&#232;me &#224; l'acc&#233;l&#233;rer, aujourd'hui les positions semblent s'&#234;tre renvers&#233;es. Le front progressiste appuie la d&#233;c&#233;l&#233;ration &#8211; en mettent l'accent sur la production locale, sur le contr&#244;le politique de l'&#233;conomie, sur la protection de l'environnement &#8211; alors que le front conservateur d&#233;fend une acc&#233;l&#233;ration des mutations (par exemple en d&#233;fendant la vitesse des march&#233;s, en vantant les nouvelles technologies, en minimisant les d&#233;g&#226;ts environnementaux d'un certain mod&#232;le de d&#233;veloppement). Le rapport privil&#233;gi&#233; entre la d&#233;c&#233;l&#233;ration et les nouvelles formes de &#171; progressisme &#187; peut constituer, &#224; mon sens, un bon terrain de r&#233;flexion autour des horizons de la politique &#224; une &#233;poque d'acc&#233;l&#233;ration sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Reconstruire l'agora. Les femmes et la vie quotidienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, la r&#233;flexion a port&#233; sur des &#233;l&#233;ments d'ordre g&#233;n&#233;ral, en se concentrant sur les limites que le nouveau cadre temporel impose &#224; l'action de la politique. Or, en conclusion de ces notes, j'aimerais &#233;largir et donner une nouvelle direction &#224; mon analyse, en y incluant la perspective des sujets. Il est en effet extr&#234;mement important, lorsque l'on discute de politique, de pr&#234;ter attention aux sujets concrets, &lt;i&gt;embodied &lt;/i&gt; (&#171; incarn&#233;s &#187;), de g&#233;n&#233;ration, de genre et d'ethnie diff&#233;rents ; &#224; leurs &#171; savoirs situ&#233;s &#187;, pour reprendre l'expression efficace rendue c&#233;l&#232;bre par le mouvement des femmes dans les ann&#233;es 1970, aux potentialit&#233;s politiques li&#233;es &#224; ces savoirs. Les retomb&#233;es de l'affirmation sont claires : il faut tenir compte du fait que, lorsque les femmes et les hommes parlent de politique, ils peuvent entendre par ce terme des aspects tr&#232;s diff&#233;rents les uns des autres ; que le syst&#232;me d'importance change radicalement s'il s'agit d'un migrant ou de quelqu'un qui est rest&#233; au pays ; que les &#226;ges de la vie peuvent construire des rapports avec la politique tout &#224; fait dissonants entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ici, j'entends concentrer mon attention sur les sujets f&#233;minins et sur le rapport sp&#233;cial qui les lie &#224; la vie quotidienne &#8211; ce cadre de la vie sociale concr&#232;tement central pour l'action politique, mais th&#233;oriquement consid&#233;r&#233;, en g&#233;n&#233;ral, comme de faible importance pour la pens&#233;e politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le quotidien, habituellement associ&#233; &#224; la routine et &#224; la r&#233;p&#233;tition, est en effet consid&#233;r&#233; comme un terrain non id&#233;al aux fins de l'analyse des grandes questions politiques &#8211; les formes de pouvoir, les in&#233;galit&#233;s sociales ou la justice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#234;me si, tel que nous le savons, d'importantes &#233;coles de sociologie comme la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puisque la vie quotidienne est associ&#233;e &#224; la vie priv&#233;e, et puisque les femmes ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement gard&#233;es &#224; distance de la vie publique, le discours social assimile la vie quotidienne &#224; un cadre &#171; f&#233;minin &#187; : espace/temps de l'insignifiant, du marginal, un univers de &#171; petites choses &#187; et de d&#233;tails apparemment d&#233;risoires. Ce cadre ne peut gu&#232;re contribuer qu'&#224; reproduire le monde, certainement pas &#224; le changer (le quotidien comme sph&#232;re de la reproduction sociale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous savons que les mouvements collectifs des derni&#232;res d&#233;cennies du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, 1968 et le mouvement f&#233;ministe qui s'ensuivit, ont profond&#233;ment modifi&#233; cette vision. Dans les deux mouvements le quotidien est redessin&#233; comme sph&#232;re politique par d&#233;finition. On fait co&#239;ncider la &#171; vraie politique &#187; avec le monde de la vie quotidienne, par opposition &#224; l'&#171; autre politique &#187;, le pouvoir de l'&#201;tat. Le pouvoir, en effet, est consid&#233;r&#233; comme une dimension non abstraite, qui implique directement la vie au quotidien. Et c'est le quotidien qui devient le lieu strat&#233;gique, l'ar&#232;ne politique o&#249; d&#233;fier le pouvoir. Le quotidien et la lutte contre le pouvoir paraissent &#233;troitement entrelac&#233;s : les deux aspects sont &#224; leur tour li&#233;s &#224; l'importance strat&#233;gique attribu&#233;e &#224; l'exp&#233;rience personnelle comme source de connaissance. Pour les acteurs du mouvement, consid&#233;rer l'exp&#233;rience comme origine des savoirs signifie insister sur l'importance du fait de partir de soi-m&#234;me ; cela implique une prise de conscience du r&#244;le social que l'on exerce, en l'analysant dans ses relations avec le pouvoir sur la base d'un savoir qui ne provient pas des livres. Tous ces aspects portent &#224; accorder au quotidien une attention particuli&#232;re sur le plan qualitatif : celui-ci est le cadre d'&#233;laboration th&#233;orico-politique par d&#233;finition, tout comme le banc d'essai concret pour la construction de l' &#171; homme nouveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus tard, le mouvement f&#233;ministe des ann&#233;es 1970 &#8211; l'autre grand protagoniste de la r&#233;&#233;criture des sens du quotidien dans les derni&#232;res ann&#233;es &#8211; se chargera de r&#233;&#233;laborer le rapport entre l'&#171; homme nouveau &#187; et la vie quotidienne. Tout d'abord en &#171; sexuant &#187; le genre neutre et universel renvoy&#233; par le terme &#171; homme nouveau &#187;. Une minorit&#233; significative (et culturellement h&#233;g&#233;monique) d'hommes et de femmes essentiellement jeunes, aspire &#224; transformer les rapports de pouvoir &#224; travers la pratique politique directe. Pour les femmes et leur mouvement le rapport avec le quotidien se r&#233;v&#232;le sous ce jour strat&#233;gique. A travers le n&#233;o-f&#233;minisme, une v&#233;ritable &#171; culture du quotidien &#187; prend forme et se nourrit de deux dynamiques entrelac&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La premi&#232;re est la re-signification du priv&#233; en tant qu'enjeu fondamental dans une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par l'autoritarisme patriarcal, une red&#233;finition qui se lie d'un c&#244;t&#233; aux grandes mobilisations collectives (par exemple autour de la lib&#233;ralisation de l'avortement), et de l'autre &#224; de nouveaux parcours de construction biographique centr&#233;s sur l'id&#233;e de l'autod&#233;termination et de la diff&#233;rence. La deuxi&#232;me renvoie &#224; la fine trame de comportements &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt; le quotidien, mis en actes par les femmes individuellement et guid&#233;s par le d&#233;sir de remettre en cause les oppositions qui structurent l'ordre social : public et priv&#233;, personnel et politique, corps et esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La remise en jeu radicale du quotidien en tant que lieu du banal, de l'inoffensif, en tant que temps sans histoire, et sa r&#233;&#233;criture comme point de d&#233;part et point d'arriv&#233;e de la transformation des relations de pouvoir, que propose le mouvement des femmes, a &#233;norm&#233;ment contribu&#233; &#224; transformer le statut th&#233;orique et &#233;pist&#233;mologique de la vie quotidienne. Ceci a &#233;t&#233; rendu possible par le caract&#232;re non abstrait de cette critique, sa capacit&#233; &#224; traverser tous les aspects et les dimensions de l'organisation mat&#233;rielle de la vie. La critique, avant m&#234;me de se placer sur le plan du discours &#8211; le quotidien en tant que sph&#232;re strat&#233;gique pour la reproduction de la vie sociale &#8211; porte sur la fa&#231;on de vivre le quotidien. Le caract&#232;re &#233;vident du quotidien, li&#233;, pour les femmes, au silence qui l'enveloppe et qui le s&#233;pare des cadres &#171; publics &#187; de la vie sociale, est rompu &#224; jamais. Ainsi s'amorce un processus de longue haleine, une r&#233;volution culturelle au sens propre qui implique les relations humaines, en premier lieu les liens familiaux, mais aussi le rapport avec la sph&#232;re publique, les formes d'action individuelles et collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un autre aspect doit &#234;tre soulign&#233; pour bien saisir la relation intense que le mouvement des femmes construit avec le quotidien au cours des ann&#233;es 1970. Je pense &#224; une double identification : celle de la &lt;i&gt;domus &lt;/i&gt; &#224; la vie quotidienne d'un c&#244;t&#233; ; et celle de l'espace de la maison &#224; l'espace politique de l'autre. L'instrument de cette identification est la m&#233;thode de connaissance particuli&#232;re appliqu&#233;e par un mouvement, l'&lt;i&gt;autoconscience&lt;/i&gt;, qui consid&#232;re le fait de partir de soi-m&#234;me (tout comme le mouvement de 1968) comme un v&#233;hicule de critique politique. Ainsi, le cadre quotidien et extra-public par d&#233;finition, soit la sph&#232;re de la maison, est r&#233;&#233;labor&#233; en termes d'une dimension &#171; publique &#187; (et oppressante). C'est, par exemple, gr&#226;ce &#224; la pratique de l'autoconscience que la maison, le symbole par d&#233;finition du quotidien f&#233;minin et de l'isolement des femmes, est transform&#233; en un espace d'&#233;laboration collective et de croissance de la subjectivit&#233;. &#192; travers les relations et les pratiques de la vie en commun que se construisent ainsi &#8211; dans les maisons transform&#233;es en lieux de rencontre et de connaissance ; dans les espaces collectifs et les espaces autog&#233;r&#233;s ; dans les congr&#232;s et dans les autres moments de rencontre officielle, mais aussi pendant les vacances que l'on passe ensemble &#8211; la vie quotidienne co&#239;ncide avec la &#171; culture des femmes &#187;. En r&#233;alit&#233;, la pratique politique, l'&#233;laboration des savoirs et la transformation des rapports se rejoignent &#224; travers la transformation du quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quelques d&#233;cennies plus tard, peut-on affirmer que cette vision du quotidien a &#233;t&#233; compl&#232;tement r&#233;sorb&#233;e par le n&#233;o-lib&#233;ralisme et par les processus de privatisation qui l'accompagnent ? Ou bien continue-t-elle de jouer un r&#244;le m&#234;me de nos jours ? Et, si oui, &#224; travers quelles formes et modalit&#233;s cette &#171; vision &#187; politique du quotidien est-elle entr&#233;e dans le nouveau si&#232;cle ? Dans quelle mesure est-elle en mesure d'entraver l'aplatissement de la politique sur les logiques de l'acc&#233;l&#233;ration et sur l'horizon de l'h&#233;g&#233;monie du court terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'estime, personnellement, que ce qui lie cette repr&#233;sentation &#171; de mouvement &#187; et les exp&#233;riences du quotidien &#233;labor&#233;es par de nombreuses femmes adultes, de nos jours, est le rapport au temps. Tout comme dans les ann&#233;es 1970 &#8211; malgr&#233; la croissance exponentielle des logiques d'&#171; acc&#233;l&#233;ration &#187; de la vie sociale, et leur entrelacs avec les nouvelles technologies &#8211; ces sujets f&#233;minins semblent &#234;tre en mesure d'&#233;laborer des formes de critique pratique contre la domination des logiques temporelles purement quantitatives et le dualisme constitutif qui les nourrit (production &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; reproduction ; connaissances &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; pratiques ; sph&#232;re de l'intimit&#233; &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; vie sociale et ainsi de suite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La r&#233;flexion th&#233;orique du f&#233;minisme des ann&#233;es 1970 (Bertilotti et Scattigno, 2005 ; Collin et Kaufer, 2005 ; Melandri, 1997 ; Ribero, 1999) a montr&#233; comment le fait de traverser plusieurs mondes et plusieurs univers symboliques, une caract&#233;ristique du &#171; temps des femmes &#187;, permet une red&#233;finition globale et unitaire du sens du temps &#8211; la r&#233;f&#233;rence privil&#233;gi&#233;e est, ici, la recherche d'auto-expression aussi bien &#224; l'int&#233;rieur des temps fa&#231;onn&#233;s par les logiques publiques que dans la construction de rapports significatifs dans la sph&#232;re de la vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; La restructuration analytique ainsi produite a permis une critique radicale de la conception &#233;conomique dominante du temps, cette conception qui le pose comme une dimension abstraite et neutre, &#233;pur&#233;e de la r&#233;f&#233;rence aux sujets et &#224; leur contexte, lin&#233;aire et marchandis&#233;e, mais aussi fragment&#233;e et parcellis&#233;e en segments &#171; froids &#187;, sans rapports r&#233;ciproques. En soulignant les interd&#233;pendances et la circularit&#233; des exp&#233;riences, elle a d&#233;voil&#233; aussi bien le caract&#232;re cr&#233;atif et ouvert du temps que l'identit&#233; clairement sexu&#233;e des repr&#233;sentations et des comportements temporels. La place centrale que le mouvement f&#233;ministe attribue au corps et aux pratiques qui en &#233;laborent les langages (Fraire, 2002) a sans doute jou&#233; un r&#244;le de premier plan dans la construction de ces repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aujourd'hui, si on analyse les exp&#233;riences d'un nombre grandissant de femmes (qui traversent chaque jour des univers temporels dissonants comme ceux du travail pour le march&#233; et du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, en construisant des formes de m&#233;diation symbolique toujours nouvelles) on remarque que ces exp&#233;riences sont unifi&#233;es, au-del&#224; de la diversit&#233;, par une ambivalence typique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le th&#232;me de l'ambivalence f&#233;minine voir les r&#233;flexions de Touraine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La majorit&#233; des femmes adultes, en effet, n'est pas seulement impliqu&#233;e dans la logique temporelle dominante, construite autour de la production de marchandises, mais elle est aussi consciemment impliqu&#233;e, au quotidien, dans une forme diff&#233;rente de temporalit&#233;, li&#233;e &#224; la production de rapports sociaux personnalis&#233;s. Par cons&#233;quent, la conscience temporelle que cette majorit&#233; de femmes d&#233;veloppe para&#238;t typiquement complexe et diff&#233;renci&#233;e. Elle accueille, en tant que dimension centrale, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension quantitative &#171; acc&#233;l&#233;r&#233;e &#187;, la dimension relationnelle, non fonctionnelle, non lin&#233;aire, non dirig&#233;e par des logiques &#233;conomiques, &#171; lente &#187; par d&#233;finition, car structur&#233;e par la reconnaissance de la multiplicit&#233; des temps personnels et pour autrui. D'autre part, cette conscience temporelle semble &#234;tre en mesure de reconna&#238;tre l'importance sociale non seulement du temps pour le march&#233;, mais aussi du temps de travail non r&#233;mun&#233;r&#233;, syntonis&#233; sur d'autres principes, qui ne sont pas des principes de service, et sur d'autres rythmes temporels (Leccardi, 2009a). Le temps des rapports humains, de la socialisation, du soin, de l'attention au bien-&#234;tre des personnes, qui est la trame du quotidien, ne peut en effet &#234;tre mesur&#233; avec une montre. Le &lt;i&gt;network time&lt;/i&gt;, le temps &#233;lectronique gouvern&#233; par des id&#233;aux de simultan&#233;it&#233;, ne nous aide pas non plus, m&#234;me s'il se plie &#224; la dimension relationnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut souligner que dans les derni&#232;res analyses sur le network time les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui fait la diff&#233;rence, dans le temps quotidien de la majorit&#233; des sujets f&#233;minins, est la pr&#233;sence bien visible, &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci, des &lt;i&gt;corps &lt;/i&gt; et de leurs &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; : corps &#224; soigner, &#224; accueillir ou tout simplement &#224; reconna&#238;tre en tant que porteurs de temporalit&#233;s multiples, qui ne sont pas n&#233;cessairement align&#233;s sur les temps acc&#233;l&#233;r&#233;s de la vie sociale contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M&#234;me si elles sont contraintes, dans la vie de tous les jours, &#224; se transformer en &#171; jongleuses du temps &#187; (Balbo, 1978), constamment &#224; la recherche de formes de raccord entre les temps diff&#233;rents de plus en plus rapides et gouvern&#233;s par des r&#232;gles temporelles diff&#233;rentes, de nombreuses femmes d&#233;fient tous les jours, dans leur mode de vie, l'&#233;quivalence du temps et de l'argent (Tabboni, 1992). Le temps, dans ce contexte, n'appara&#238;t pas seulement comme une dimension abstraite et homog&#232;ne, s&#233;par&#233;e des &#234;tres humains et &#233;trang&#232;re &#224; ces derniers. Il se dessine, au contraire, comme une dimension &#171; riche &#187;, qui contient des r&#233;serves de sens que les sujets peuvent activer de mani&#232;re autonome. C'est un &lt;i&gt;temps g&#233;n&#233;ratif&lt;/i&gt;, en mesure &#224; son tour de cr&#233;er d'autres types de temps et de relations humaines. Il ne s'agit pas, par cons&#233;quent, d'un temps qui souligne exclusivement la dimension de contr&#244;le, l'absence d'implication &#233;motionnelle, &#224; distance de la sph&#232;re personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour r&#233;sumer, les comportements temporels quotidiens d'un nombre important de femmes prennent en compte des aspects que la raison &#233;conomique repousse : la rationalit&#233; par rapport &#224; la valeur, le bien-&#234;tre (pas seulement personnel), la dimension cr&#233;ative, le sens de la responsabilit&#233; personnelle, la lenteur poursuivie comme expression de qualit&#233; de la relation. Ces comportements indiquent m&#234;me une culture temporelle diff&#233;rente, capable en partie de construire une organisation du temps diff&#233;rent, moins utilitariste, moins acc&#233;l&#233;r&#233;e. Ils renvoient, dans leur ensemble, &#224; une sorte de paradigme temporel alternatif, qui redonne de la visibilit&#233; &#224; ce que le syst&#232;me des temps de la soci&#233;t&#233; capitaliste a obscurci jusqu'&#224; pr&#233;sent : la multiplicit&#233; des temps de vie ; le caract&#232;re essentiellement cr&#233;atif du temps humain ; la dimension non seulement quantitative du temps et la richesse potentielle de l'exp&#233;rience temporelle individuelle, fruit de l'entrelacs d'ordres temporels diff&#233;rents, qui peut prendre diff&#233;rentes formes en fonction de la subjectivit&#233; de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La th&#232;se que j'entends appuyer ici est que cette vision du temps comme multiple, et du quotidien comme cadre de choix dans lequel cette multiplicit&#233; peut s'exprimer, poss&#232;de non seulement un pouvoir de dissuasion par rapport &#224; l'obsession de la vitesse &#8211; en demandant par exemple de consid&#233;rer l'alternance, l'entrelacs, des temps rapides et des temps lents comme partie int&#233;grante de l'exp&#233;rience du temps. Cette vision du temps poss&#232;de aussi une affinit&#233; sp&#233;cifique avec ce qui a &#233;t&#233; d&#233;fini comme la &#171; temporalit&#233; de la citoyennet&#233; &#187; (Scheuerman, 2009, p. 192). Cette derni&#232;re, bien loin de la culture politique &#171; rapide &#187; du nouveau si&#232;cle, met en valeur la confrontation et le d&#233;bat ; elle requiert une capacit&#233; d'&#233;coute, une capacit&#233; &#224; consid&#233;rer le point de vue de l'autre et &#224; formuler ensuite une r&#233;ponse ; &#224; &#171; suspendre &#187; temporairement l'urgence et la pression temporelle pour c&#233;der la place au processus de connaissance r&#233;ciproque. Cette temporalit&#233; accepte la &#171; lenteur &#187; de la rencontre, de la confrontation, de la connaissance des probl&#232;mes comme un &#233;l&#233;ment constitutif de la vie d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En plus de leur capacit&#233; &#224; accueillir (et &#224; mettre en valeur), l'alternance de la vitesse/lenteur comme une ressource qui montre bien les limites de l'id&#233;al de &#171; vitesse absolu &#187; qui caract&#233;rise notre temps, de nombreux sujets f&#233;minins expriment aussi, &#224; mon avis, une autre familiarit&#233; avec la &#171; temporalit&#233; de la citoyennet&#233; &#187;. Je pense &#224; la familiarit&#233; de nombreuses femmes adultes non seulement avec le caract&#232;re multiple, non homog&#232;ne et changeant des temps de la vie quotidienne &#8211; un trait similaire &#224; la &#171; temporalit&#233; de la citoyennet&#233; &#187; en tant que rencontre entres les diff&#233;rences &#8211; mais aussi avec deux id&#233;es centrales &#224; ce caract&#232;re. En premier lieu, l'id&#233;e d'engagement r&#233;ciproque, que les relations quotidiennes scellent et construisent jour apr&#232;s jour ; en deuxi&#232;me lieu, la conviction que ces relations lient le pr&#233;sent dans lequel le quotidien s'inscrit et le temps long, tr&#232;s long, des g&#233;n&#233;rations qui suivent. De la m&#234;me fa&#231;on, la vie politique se base sur la construction de liens non &#233;pisodiques, d'engagement r&#233;ciproque ; sur la capacit&#233; &#224; poursuivre des objectifs situ&#233;s m&#234;me loin dans le temps, avec pers&#233;v&#233;rance et clairvoyance, en ayant le souci des g&#233;n&#233;rations qui ne sont pas encore n&#233;es (Jonas, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=155&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Wright Mills (1997) faisait r&#233;f&#233;rence &#224; cette capacit&#233; de mettre en connexion ce qui para&#238;t intime, personnel, avec ce qui est repr&#233;sent&#233; comme collectif, &#224; travers l'expression &#171; imagination sociologique &#187;. Gr&#226;ce &#224; ce type d'imagination, nous sommes en mesure de mettre en connexion les questions quotidiennes micro-sociales avec les grandes questions de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir, &#224; ce propos, Bauman (2002). Alors que pour Anthony Giddens (2004), qui a propos&#233; en premier le terme &lt;i&gt;life politics&lt;/i&gt;, cette derni&#232;re renvoie essentiellement &#224; des parcours d'auto-exploration qui dessinent de nouvelles trajectoires de relation entre soi et la soci&#233;t&#233; &#8211; en exprimant, en ultime analyse, un trait positif &#8211; avec ce concept Bauman photographie un ensemble d'aspects de signe n&#233;gatif : privatisme, &#171; liqu&#233;faction &#187; des liens collectifs, centralit&#233; du march&#233; dans tous les cadres de la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une reconstruction approfondie de la notion de rythme, qui en souligne la centralit&#233; dans l'analyse des processus de mondialisation contemporains, voir Michon (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Neuzeit&lt;/i&gt;, l'expression allemande pour modernit&#233; ou &#226;ge moderne, signifie litt&#233;ralement &#171; temps nouveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Gleick (1999). Paul Virilio (1977) a introduit il y a d&#233;j&#224; quelques d&#233;cennies le terme &#171; dromologie &#187; pour conceptualiser ce processus d'acc&#233;l&#233;ration progressive sociale et historique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le terme est li&#233; &#224; la proposition th&#233;orique de Helga Nowotny (1989), consacr&#233;e aux transformations de l'exp&#233;rience du temps en &#233;poque technologique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les r&#233;flexions que Bourdieu propose autour du th&#232;me du futur sont li&#233;es &#224; une contradiction &#224; laquelle il a d&#251; faire face au cours d'un travail en immersion dans une communaut&#233; Kabyle : comment le paysan alg&#233;rien peut-il para&#238;tre en m&#234;me temps fataliste, soumis au temps qui s'&#233;coule &#8211; une orientation qui l'emp&#234;che de former des projets &#8211; et tout &#224; fait capable de contr&#244;ler et de pr&#233;voir des &#233;v&#233;nements concrets li&#233;s &#224; la vie de la communaut&#233; et &#224; sa propre activit&#233; de travail ? D'apr&#232;s l'auteur, c'est ici l'expression d'une culture qui est &#224; la fois fortement hostile &#224; un rapport avec le futur en tant que temps &#171; abstrait &#187; et en grande harmonie avec les projets &#171; concrets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D'apr&#232;s Dahrendorf, l'association mondialisation-et-instabilit&#233; renvoie &#224; deux plans de sens qui sont entrelac&#233;s : d'un c&#244;t&#233; il n'existe pas d'autorit&#233; ni de pouvoir capable d'intervenir sur les processus de mondialisation pour les &#171; stabiliser &#187; ; de l'autre c&#244;t&#233;, les sujets qui vivent dans un monde mondialis&#233; ne savent pas y trouver une quelconque stabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Si l'on observe le panorama politique international, ce sont les mouvements collectifs, par exemple ceux qui critiquent la mondialisation, les porteurs, aujourd'hui encore, d'un message qui n'&#233;vite pas la confrontation avec l'utopie, mais qui au contraire s'approprie de sa charge positive par rapport au futur. Leur devise &#171; Un autre monde est possible &#187; peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une excellente synth&#232;se de cette vision des choses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet aspect est soulign&#233; &#224; plusieurs reprises dans les r&#233;flexions de Zygmunt Bauman. Cf. Leccardi (2008 et 2009b).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les consid&#233;rations suivantes portent sur les analyses propos&#233;es par Hartmut Rosa et William Scheuerman en mati&#232;re de politique, &#233;thique et acc&#233;l&#233;ration sociale. Voir Rosa (2008) ; Scheuerman (2004 et 2008) ; Rosa et Scheuerman (2008).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le plan culturel, entre autres, ce type de politique tend &#224; valoriser d'autant plus les activit&#233;s &#171; rapides &#187; &#8211; m&#234;me lorsqu'elles ne sont ni utiles ni strictement n&#233;cessaires &#8211; par rapport aux activit&#233;s &#171; plus lentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur un front diff&#233;rent mais compl&#233;mentaire, m&#234;me la &lt;i&gt;deregulation &lt;/i&gt; n&#233;o-lib&#233;rale peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une expression du besoin inassouvissable d'acc&#233;l&#233;ration &#8211; dans ce cas il s'agit de contourner les freins impos&#233;s par la bureaucratie, en coupant les temps (et les proc&#233;dures) n&#233;cessaires pour arriver une prise de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En Italie, par exemple, le recours de plus en plus fr&#233;quent au vote de confiance dans le parcours l&#233;gislatif prouve bien cette tendance normalisatrice. Ce n'est pas un hasard si on le justifie par l'exigence de rendre plus rapide l'action l&#233;gislative. M&#234;me chose pour les d&#233;crets d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me si, tel que nous le savons, d'importantes &#233;coles de sociologie comme la ph&#233;nom&#233;nologie sociale et l'ethnom&#233;thodologie l'ont plac&#233; au centre de leurs r&#233;flexions en relation aux dynamiques de la construction sociale et &#224; l'&#233;tude des modalit&#233;s du &#171; raisonner pratiquement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le th&#232;me de l'ambivalence f&#233;minine voir les r&#233;flexions de Touraine (2006). Voir &#233;galement, en particulier pour les jeunes femmes, l'analyse de Tabboni (1999).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il faut souligner que dans les derni&#232;res analyses sur le &lt;i&gt;network time&lt;/i&gt; les interpr&#233;tations du &#171; temps du r&#233;seau &#187; prennent pied en tant que dimension capable de se soustraire au temps abstrait et math&#233;matis&#233; qui bat le rythme de la vie &#233;conomique, le temps de la montre. En ce sens &#8211; tel que de nombreuses exp&#233;riences politiques contemporaines le d&#233;montrent &#8211; la possibilit&#233; qu'il offre de construire des contextes interactifs projet&#233;s sur le plan plan&#233;taire poss&#232;de d'importantes potentialit&#233;s politiques. Voir, en ce sens, Hassan (2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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