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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Sur la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique chez Aristote
</title>
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		<dc:date>2016-12-28T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard S&#232;ve
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		<description>
&lt;p&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans les Cahiers philosophiques, mars 2000, n&#176; 82, p. 5-22, puis de nouveau dans un num&#233;ro hors-s&#233;rie consacr&#233; au &#171; Plaisir &#187;, 2012, p. 7-21. Nous remercions les Cahiers et Bernard S&#232;ve de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Le chapitre 4 de la Po&#233;tique indique, d&#232;s sa premi&#232;re phrase, que l'art po&#233;tique doit sa naissance &#171; &#224; deux causes, toutes deux naturelles &#187;. La premi&#232;re cause est imm&#233;diatement pr&#233;cis&#233;e et analys&#233;e : il s'agit de la tendance &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique63" rel="directory"&gt;&#201;tudes grecques et latines
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Premi&#232;re solution : le plaisir&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Premi&#232;re solution : le plaisir&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Deuxi&#232;me solution : la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Deuxi&#232;me solution : la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Troisi&#232;me solution : la bonne nature&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Troisi&#232;me solution : la bonne nature&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Une philosophie naturaliste de l'histoire de l'art&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Une philosophie naturaliste de l'histoire de l'art&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans les &lt;/i&gt; Cahiers philosophiques,&lt;i&gt; mars 2000, n&#176; 82, p. 5-22, puis de nouveau dans un num&#233;ro &lt;a href=&#034;http://cahiersphilosophiques.hypotheses.org/840&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hors-s&#233;rie&lt;/a&gt; consacr&#233; au &#171; Plaisir &#187;, 2012, p. 7-21. Nous remercions les&lt;/i&gt; Cahiers &lt;i&gt;et Bernard S&#232;ve de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le chapitre 4 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; indique, d&#232;s sa premi&#232;re phrase, que l'art po&#233;tique doit sa naissance &#171; &#224; deux causes, toutes deux naturelles &#187;. La premi&#232;re cause est imm&#233;diatement pr&#233;cis&#233;e et analys&#233;e : il s'agit de la tendance &#224; l'imitation, pr&#233;sente naturellement chez tous les hommes (&lt;i&gt;tois anthropois sumphuton&lt;/i&gt;). Ce point ne pose pas de probl&#232;me particulier au commentateur, il n'y a pas de doute possible quant &#224; l'identification de cette premi&#232;re cause. Il est en revanche difficile d'identifier, dans le texte d'Aristote, la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique. Rien, dans la lettre ou la structure du texte, n'oppose clairement un &#171; premi&#232;rement &#187; &#224; un &#171; deuxi&#232;mement &#187;. Les interpr&#232;tes se partagent donc entre plusieurs causes possibles, &#233;galement candidates aux fonction et dignit&#233; de &#171; seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rappelons d'abord le texte d'Aristote. Nous suivrons l'excellente version donn&#233;e par Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, La Po&#233;tique, &#201;ditions du Seuil, 1980.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non sans la modifier quelque peu. Sur un point, nous serons syst&#233;matiquement infid&#232;le &#224; leur choix, pr&#233;f&#233;rant conserver la traduction traditionnelle de &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt; par &#171; imitation &#187; plut&#244;t que par &#171; repr&#233;sentation &#187; ; en revanche, nous approuvons vivement leur traduction de &lt;i&gt;harmonia&lt;/i&gt; par &#171; m&#233;lodie &#187;, puisque le mot &lt;i&gt;harmonia&lt;/i&gt; d&#233;signe une succession de sons, et non une simultan&#233;it&#233; de sons (l'harmonie au sens moderne &#233;tant inconnue de la musique antique) ; et nous suivrons leur heureux proc&#233;d&#233; abr&#233;viatif : 48b27 pour 1448b27. La critique que nous serons amen&#233; &#224; proposer de leur interpr&#233;tation de la seconde cause naturelle n'&#244;te rien &#224; l'admiration que nous inspire leur remarquable travail de traduction et de commentaire de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'art po&#233;tique dans son ensemble para&#238;t devoir sa naissance &#224; deux causes, toutes deux naturelles. D&#232;s l'enfance, les hommes ont, inscrites dans leur nature, &#224; la fois une tendance &#224; imiter (et l'homme se diff&#233;rencie des autres animaux parce qu'il est particuli&#232;rement enclin &#224; imiter et qu'il a recours &#224; l'imitation dans ses premiers apprentissages), et une tendance &#224; &#233;prouver du plaisir aux imitations. Nous en avons une preuve dans l'exp&#233;rience pratique : nous avons plaisir &#224; contempler les images les plus pr&#233;cises des choses dont la vue nous est p&#233;nible dans la r&#233;alit&#233;, par exemple les formes d'animaux parfaitement ignobles ou de cadavres ; la raison en est qu'apprendre est un plaisir non seulement pour les philosophes, mais &#233;galement pour les autres hommes (mais ce qu'il y a de commun entre eux sur ce point se limite &#224; peu de chose) ; en effet si l'on aime &#224; voir des images, c'est qu'en les regardant on apprend &#224; conna&#238;tre et on conclut ce qu'est chaque chose comme lorsqu'on dit : celui-l&#224;, c'est lui. Car si on n'a pas vu auparavant, ce n'est pas l'imitation qui procurera le plaisir, mais il viendra du fini dans l'ex&#233;cution, de la couleur, ou d'une autre cause de ce genre. Puisque nous avons une tendance naturelle &#224; l'imitation, &#224; la m&#233;lodie et au rythme (car il est &#233;vident que les m&#232;tres font partie des rythmes), ceux qui au d&#233;part avaient les meilleurs dispositions naturelles &#224; cet &#233;gard firent peu &#224; peu des progr&#232;s et donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#224; partir de leurs improvisations. Puis la po&#233;sie se divisa selon le caract&#232;re de chacun : les auteurs graves imitaient des actions de qualit&#233; accomplies par des hommes de qualit&#233;s, les auteurs plus l&#233;gers celles d'hommes bas, en composant d'abord des bl&#226;mes, comme les autres composaient des hymnes et des &#233;loges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;DIV ALIGN=RIGHT&gt;Aristote, &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, chap. 4, 1448 b 4-27.&lt;/DIV&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De quelle &#171; seconde cause naturelle &#187; ce texte parle-t-il ? Deux solutions sont g&#233;n&#233;ralement propos&#233;es. Pour les uns (Hardy, Goldschmidt, EIse, Pesce, Neschke), la seconde cause est &#224; chercher dans la &#171; tendance &#224; &#233;prouver du plaisir aux imitations &#187; (&lt;i&gt;to khairein tois mim&#233;masi,&lt;/i&gt; 48b8-9) ; pour les autres (Dupont-Roc et Lallot, Lucas), cette seconde cause tiendrait &#224; une disposition sp&#233;cifique, voire un instinct, &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187; (48b20-21). Si certains commentateurs expriment un doute sur la possibilit&#233; d'obtenir une solution s&#251;re de ce probl&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il testo [...] non consente una riposta sicura &#187;, Domenico Pesce, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autres n'h&#233;sitent pas &#224; introduire leur solution dans le texte m&#234;me d'Aristote, sous forme de num&#233;ros d'ordre pour le moins contestables. G&#233;rald Else, dans son &#233;dition, num&#233;rote : &#171; 1) the habit of imitation is congenital to human beings... &#187; et &#171; 2) the pleasure that aIl men take in works of imitation... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristotle, Poetics, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1967, ad (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; dans un sens tout contraire, R. Dupont-Roc et J. Lallot num&#233;rotent : &#171; 1. D&#232;s l'enfance les hommes ont, inscrites dans leur nature, &#224; la fois une tendance &#224; repr&#233;senter&#8230; &#187; et &#171; 2. Puisque nous avons une tendance naturelle &#224; la repr&#233;sentation, et aussi &#224; la m&#233;lodie et au rythme... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., ad loc.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lucas, qui voit dans cette question un probl&#232;me majeur de la &lt;i&gt;Po&#233;tique, &lt;/i&gt;r&#233;sume bien l'alternative : &#171; whether (a) the two causes are the naturaI tendency to imitate and the naturaI pleasure in imitations, or (b) the tendency to imitation is one cause with two subdivisions, and the other cause is the instinct for rhythm an melody &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristotle, Poetics, by D. W. Lucas, Oxford. Clarendon Press. 1968, p. 74 ; &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les commentaires r&#233;cents de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; que nous avons consult&#233;s se tiennent dans le cadre de cette alternative : si le choix de la branche de l'alternative diff&#232;re d'un commentateur &#224; l'autre, il y a accord sur l'existence de l'alternative elle-m&#234;me. Cet accord nous para&#238;t pouvoir &#234;tre discut&#233;. Nous sommes en effet dans un type de situation dont Bergson a brillamment critiqu&#233; l'illusoire fermeture : le nombre de possibilit&#233;s serait fix&#233; d'avance, et il n'y aurait plus qu'&#224; choisir entre les seules solutions disponibles. Il nous semble au contraire qu'une troisi&#232;me solution s'offre, dans le texte d'Aristote m&#234;me. Cette solution permet, nous semble-t-il, d'&#233;viter les impasses auxquelles m&#232;nent les deux lectures re&#231;ues. Nous commencerons par exposer ces deux lectures, et les meilleurs arguments dont chacune peut se pr&#233;valoir ; nous t&#226;cherons de montrer pour quelles raisons ces interpr&#233;tations ne peuvent &#234;tre retenues, et proposerons une solution &#224; nos yeux plus satisfaisante. La discussion n'a pas seulement pour but de r&#233;soudre, s'il se peut, une &#233;nigme assez intrigante ; il y va aussi de l'interpr&#233;tation d'ensemble de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; d'Aristote, et peut-&#234;tre de la po&#233;tique tout court.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Premi&#232;re solution : le plaisir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir serait seconde cause de l'art po&#233;tique, en tant que cause finale. &#171; La premi&#232;re cause [la tendance naturelle &#224; l'imitation] explique la cr&#233;ation po&#233;tique, la seconde le go&#251;t du public pour la po&#233;sie &#187; explique J. Hardy, dans une note approuv&#233;e par V. Goldschmidt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Hardy, Aristote, La Po&#233;tique, Bud&#233;, note 78 &#224; la p. 33, ligne 9 ; V. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette explication est, &#224; certains &#233;gards, satisfaisante. Elle peut s'appuyer sur la structure binaire de la deuxi&#232;me phrase du chapitre 4 (&lt;i&gt;to gar mimeisthai...kai to khairein&lt;/i&gt;), elle-m&#234;me reflet d'une sym&#233;trie forte : le cr&#233;ateur d'un c&#244;t&#233;, le spectateur de l'autre. La premi&#232;re cause concernerait le cr&#233;ateur (la tendance &#224; imiter), la seconde le spectateur (la tendance &#224; trouver du plaisir aux imitations produites par autrui). La convergence des deux causes fonderait l'art po&#233;tique : un cr&#233;ateur qui travaille pour un public. Les deux causes naturelles seraient ainsi nou&#233;es ensemble, dans un seul mouvement argumentatif. Cette fa&#231;on de donner d'embl&#233;e la r&#233;ponse compl&#232;te, avant d'en d&#233;tailler les &#233;l&#233;ments, est bien dans la mani&#232;re d'Aristote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Et pourtant : comment le plaisir du public serait-il cause, cause finale donc, de la &lt;i&gt;techn&#232; poi&#233;tik&#232;&lt;/i&gt;, de l'art avec lequel le po&#232;te encha&#238;ne mim&#233;tiquement des actions et construit une intrigue ? Plus vraisemblable, &#224; tout prendre, serait une explication qui ferait du plaisir du cr&#233;ateur la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique - si ce n'est que le plaisir du cr&#233;ateur n'est que le prolongement et le couronnement du bon exercice de sa tendance mim&#233;tique naturelle ; et qu'ainsi la seconde cause ne serait pas, dans cette hypoth&#232;se, r&#233;ellement diff&#233;rente de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est bien vrai que le chapitre 4 analyse le plaisir pris &#224; regarder les images, plaisir de spectateur donc (48b9-19) ; mais ce plaisir ne nous para&#238;t pouvoir exercer aucune contrainte technique sur le cr&#233;ateur des images, ni lui donner aucune indication sur ce qu'il a &#224; faire. Sans doute le peintre ou le po&#232;te cherchent-ils aussi &#224; plaire &#224; un public, mais ce &#171; plaire &#187; n'est pas cause de ce qu'il y a de technique dans leur art. Aristote insiste assez sur la n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure de l'&#339;uvre (l'intrigue li&#233;e par le double lien sp&#233;cifiquement po&#233;tique du vraisemblable et du n&#233;cessaire) et manifeste assez sa d&#233;fiance devant les s&#233;ductions du spectacle et de la mise en sc&#232;ne pour qu'on ne puisse s'y tromper : le plaisir du spectateur est certainement un effet de l'&#339;uvre r&#233;ussie, elle r&#233;pond &#224; son go&#251;t pour l'imitation, mais il n'est pas cause finale de l'&lt;i&gt;art&lt;/i&gt; po&#233;tique. Ce plaisir peut &#234;tre cause finale de telle ou telle &#339;uvre concr&#232;te (&#233;crite pour un public particulier, tenant compte de son go&#251;t ou de ses habitudes, etc.), non de l'art comme tel. &#201;crire une histoire qui plaise &#224; tel type de public suppose pr&#233;alablement de savoir composer une intrigue. La ma&#238;trise de l'art po&#233;tique est pr&#233;suppos&#233;e par toute d&#233;termination &#171; finalis&#233;e &#187; de telle ou telle &#339;uvre particuli&#232;re. L'art po&#233;tique consiste &#224; bien construire une intrigue, &#224; choisir les caract&#232;res convenables et les bonnes figures rh&#233;toriques, &#224; bien nouer et bien d&#233;nouer : rien de tout cela ne peut &#234;tre inf&#233;r&#233; du plaisir que l'auteur suppose (car ce ne peut &#234;tre qu'une supposition, une croyance) que son &#339;uvre suscitera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'interpr&#233;tation par le plaisir du spectateur pose un autre probl&#232;me encore : si elle &#233;tait exacte, c'est la litt&#233;rature qui, en un sens, deviendrait sans objet. Le texte litt&#233;raire, pour Aristote, est d&#233;fini par l'action, l'intrigue, il faut donc que la seconde cause naturelle explique pr&#233;cis&#233;ment cette construction d'intrigue (la &lt;i&gt;po&#239;esis&lt;/i&gt; est fabrication). Or l'imitation par le langage peut provoquer un plaisir, un grand plaisir m&#234;me, sans relever du &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt;, de l'intrigue : nous pensons par exemple aux descriptions, &#224; ce que les Grecs appelaient &lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt;, et dont la description du bouclier d'Achille dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; est l'exemple canonique. il est des litt&#233;ratures qui donneront &#224; la description un statut esth&#233;tique plein, et non pas seulement ornemental : on pense &#224; Flaubert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G&#233;rard Genette, &#171; Silences de Flaubert &#187; in Figures I, Seuil, 1969 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi aux &lt;i&gt;Mille et Une Nuits&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple les cent-uni&#232;me et cent-deuxi&#232;me Nuits, enti&#232;rement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce n'est pas la position d'Aristote. L'explication par le plaisir, quand bien m&#234;me elle surmonterait les objections que nous avons propos&#233;es, se r&#233;v&#233;lerait trop large pour fonder l'art po&#233;tique dans l'extension exacte qu'Aristote lui donne. Qu'une imitation par le langage procure du plaisir ne suffit pas &#224; l'inscrire sous la juridiction de l'art po&#233;tique au sens aristot&#233;licien du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une autre objection encore peut &#234;tre oppos&#233;e &#224; cette interpr&#233;tation. L'art po&#233;tique n'est pas un, mais plusieurs : le talent du po&#232;te comique n'est pas celui du po&#232;te &#233;pique, et seul Hom&#232;re a su r&#233;unir en m&#234;me temps que fonder la pluralit&#233; des arts po&#233;tiques. La fondera-t-on sur la diversit&#233; des publics, et sur leurs plaisirs respectifs ? Mais n'est-ce pas le m&#234;me public qui trouve plaisir &#224; entendre l'a&#232;de chanter l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; comme &#224; voir repr&#233;senter &lt;i&gt;&#338;dipe- Roi &lt;/i&gt; ? Sans doute le plaisir &#233;pique est-il diff&#233;rent du plaisir tragique ; mais le public &#233;tant identique, il faut qu'&#224; cette diff&#233;rence des plaisirs corresponde une diff&#233;rence dans les &#339;uvres m&#234;mes. Nous sommes donc reconduits &#224; l'&#339;uvre, ou plut&#244;t &#224; sa production. Aristote fonde d'ailleurs la diff&#233;rence des genres po&#233;tiques (com&#233;die, &#233;pop&#233;e, trag&#233;die) sur la diff&#233;rence des caract&#232;res des po&#232;tes (48b24), non sur la diff&#233;rence des go&#251;ts ou pr&#233;f&#233;rences du public. Car la cause naturelle de l'&lt;i&gt;art&lt;/i&gt; po&#233;tique, c'est la cause de la fa&#231;on dont l'&#339;uvre est produite, non la fa&#231;on dont elle est re&#231;ue (s'il est permis d'employer une distinction quelque peu anachronique). Les r&#232;gles de construction d'une &#233;pop&#233;e ne sont pas celles d'une trag&#233;die (statut des &#233;pisodes, longueur, etc.) : l'art po&#233;tique pense ces diff&#233;rences, et ce n'est pas dans le plaisir du spectateur que l'on peut en trouver la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Faire du plaisir du spectateur la cause finale de l'&#339;uvre, c'est poser la fin de l'&#339;uvre hors d'elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En &#233;voquant la ligne 1462b14 (op. cit., p. 210), Goldschmidt surinterpr&#232;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, la trag&#233;die est faite pour &#234;tre vue ou lue, mais elle est &#339;uvre pour autant qu'elle ob&#233;it &#224; sa nature propre. Victor Goldschmidt, pourtant partisan de la th&#232;se que nous discutons, insiste &#224; juste titre sur le fait que le genre po&#233;tique (trag&#233;die, &#233;pop&#233;e, com&#233;die) est pour Aristote un &#234;tre naturel, comme l'animal ou la Cit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 212.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; deux reprises, Aristote fait explicitement de la nature l'agent de la po&#233;sie, et comme un auxiliaire voire un moniteur du po&#232;te : &#171; la nature trouva elle-m&#234;me le m&#232;tre appropri&#233; [&#224; la trag&#233;die] &#187; (chap. 4, 49a24) : &#171; la nature nous apprend elle-m&#234;me &#224; choisir le m&#232;tre qui convient &#187; (chap. 26, 60a4). Cette appropriation du m&#232;tre au genre tragique est une n&#233;cessit&#233; de l'&#339;uvre, ou plut&#244;t de la forme tragique (de la trag&#233;die comme genre litt&#233;raire) ; et c'est en t&#226;tonnant que les hommes la d&#233;couvrent, pouss&#233;s par la n&#233;cessit&#233; naturelle de la chose &#224; faire, non par le plaisir du public. Pour le dire autrement, l'esth&#233;tique d'Aristote n'est pas une esth&#233;tique de la r&#233;ception. Paul Ric&#339;ur le note avec justesse : &#171; &#192; la diff&#233;rence de la &lt;i&gt;Rh&#233;torique &lt;/i&gt;qui subordonne l'ordre du discours &#224; ses effets sur l'auditoire, la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; ne marque aucun int&#233;r&#234;t explicite pour la communication de l'&#339;uvre au public [...]. La r&#233;ception de l'&#339;uvre n'est donc pas une cat&#233;gorie majeure de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;. Celle-ci est un trait&#233; relatif &#224; la composition, sans presque aucun &#233;gard pour celui qui la re&#231;oit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Ric&#339;ur, Temps et r&#233;cit, Seuil, 1983, t. l, p. 79-80. Pour Ric&#339;ur, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le plaisir du spectateur est semblable au plaisir du naturaliste dont parle un texte c&#233;l&#232;bre des &lt;i&gt;Parties des Animaux&lt;/i&gt; : si le biologiste a plaisir &#224; observer, jusque dans les entrailles sanguinolentes des animaux, la finalit&#233; de la nature, ce n'est pas &#224; dire que cette finalit&#233; ait elle-m&#234;me pour fin le plaisir de l'observateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Partie des Animaux, I, 5, 644b22 - 645a36.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien plut&#244;t parce qu'elle est ferm&#233;e sur elle-m&#234;me que cette finalit&#233; naturelle peut provoquer, chez Je biologiste et l'ami du savoir, ce plaisir sup&#233;rieur qui na&#238;t de l'exacte saisie des causes et de la compr&#233;hension de la rationalit&#233; des choses. Il y a certes une diff&#233;rence entre l'animal et la trag&#233;die, puisque la trag&#233;die est d&#233;lib&#233;r&#233;ment produite par le po&#232;te, alors que la nature agit sans d&#233;lib&#233;rer ; que l'&#339;uvre po&#233;tique produise un plaisir sp&#233;cifique est certain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Po&#233;tique, chap.13,53a36 ; chap.14,53b11 ; chap.23,59a21 ; chap.26,62b12-14.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'on peut m&#234;me dire &#224; bon droit que ce plaisir po&#233;tique est cause finale de l'&#339;uvre (ou plut&#244;t l'une de ses causes finales). Mais il ne saurait &#234;tre cause finale ni des formes esth&#233;tiques (de la trag&#233;die comme Forme), ni,&lt;i&gt; a fortiori&lt;/i&gt;, de l'art po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La suite des id&#233;es du d&#233;but du chapitre 4 (48b4-19) est donc la suivante : le &lt;i&gt;mimeisthai&lt;/i&gt;, l'imiter, est naturel, c'est la premi&#232;re cause naturelle de l'art po&#233;tique ; un indice, un signe (&lt;i&gt;s&#233;m&#232;ion&lt;/i&gt;) de cette naturalit&#233; de l'imiter, c'est le plaisir que nous prenons aux imitations (&lt;i&gt;mim&#232;ma&lt;/i&gt;, le produit de l'imitation) et aux images, aux reproductions. Qu'Aristote ne distingue pas nettement ici le plaisir suscit&#233; par le fait d'imiter soi-m&#234;me (plaisir du cr&#233;ateur) et le plaisir pris aux images faites par d'autres (plaisir du spectateur) n'a rien d'&#233;tonnant : dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'affirmer l'ancrage naturel du &lt;i&gt;mimeisthai&lt;/i&gt;, non le satut psychologique du plaisir. Lucas voit bien que le probl&#232;me n'est pas dans la distinction de ces deux formes de plaisir, et les juxtapose dans sa description de la premi&#232;re cause comme &#171; the pleasure in imitating and the pleasure in imitations performed by others &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 71 ; &#171; le plaisir d'imiter et le plaisir pris aux imitations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On pourrait d'ailleurs soutenir que le plaisir pris par le spectateur est command&#233; par le plaisir pris par l'auteur-acteur. Pour trouver plaisir aux imitations propos&#233;es par autrui, il faut que cet autrui ait lui-m&#234;me pris plaisir &#224; les faire. Le plaisir n'est ici qu'indice ou signe, et non th&#232;me de l'analyse. Ce plaisir prouve la naturalit&#233; en m&#234;me temps que l'universalit&#233; (chez le philosophe (comme chez les autres hommes) de cette tendance mim&#233;tique, il est le moyen terme qui relie &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt; et nature, et il n'est envisag&#233; ici que dans cette fonction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Deuxi&#232;me solution : la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La seconde interpr&#233;tation pense trouver la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique dans la tendance naturelle &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187;, qui viendrait ainsi prolonger et sp&#233;cifier la tendance naturelle &#224; l'imitation en g&#233;n&#233;ral. Dans leur critique de l'interpr&#233;tation par le plaisir, R. Dupont-Roc et J. Lallot soulignent que &#171; pour expliquer la naissance de la po&#233;sie, comme art repr&#233;sentatif particulier, l'affinit&#233; de l'homme avec la repr&#233;sentation est une cause trop g&#233;n&#233;rale qui en appelle une seconde plus sp&#233;cifique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 166. Rappelons que, sous la plume des deux auteurs, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : l'argument est juste, et vient tr&#232;s heureusement compl&#233;ter notre propre critique. Le plaisir pris &#224; l'imitation ne suffit en effet pas &#224; sp&#233;cifier cette imitation comme &#171; po&#233;tique &#187;, puisque les imitations musicales, chor&#233;graphiques ou plastiques procurent &#233;galement du plaisir. L'argumentation des lignes 4-19 &#233;voquait d'ailleurs tr&#232;s explicitement la repr&#233;sentation picturale. Une tendance particuli&#232;re &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187; viendrait op&#233;rer cette sp&#233;cification si souhaitable de la tendance mim&#233;tique pr&#233;sente de fa&#231;on indiff&#233;renci&#233;e dans la nature humaine. Nos auteurs sont donc conduits &#224; chercher la deuxi&#232;me cause naturelle dans une instance de sp&#233;cification qui serait une tendance naturelle &#233;lectivement orient&#233;e vers la m&#233;lodie et le rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On notera d'abord que cette interpr&#233;tation conduit nos auteurs &#224; surtraduire un peu le passage : l&#224; o&#249; Aristote juxtapose simplement les trois termes (&lt;i&gt;tou mimeisthai kai t&#232;s harmonias kai tou rhuthmou&lt;/i&gt;), la traduction introduit un groupement (&#171; &#224; la repr&#233;sentation, &lt;i&gt;et aussi&lt;/i&gt; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187;, nous soulignons l'ajout), comme si &#171; &#224; la repr&#233;sentation &#187; reprenait la premi&#232;re cause et que &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187;, group&#233;s ensemble, indiquait la seconde. La lettre du texte invite plut&#244;t &#224; voir dans la pr&#233;cision &#171; et &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187; une simple explicitation de la notion d'imitation, un peu comme dans le chapitre 1 (47a18-27), o&#249; cette explicitation est beaucoup plus d&#233;velopp&#233;e. Ce passage du chapitre 1 fournit la mati&#232;re de l'argument qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur le fond en effet, et ceci est l'argument principal, on ne voit pas comment la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme pourrait sp&#233;cifier la tendance &#224; l'imitation du c&#244;t&#233; de la &lt;i&gt;po&#233;sie&lt;/i&gt;. La po&#233;sie est rythm&#233;e, elle comporte de la musique (le ch&#339;ur tragique), mais elle n'est pas seule dans ce cas, puisque c'est bien &#233;videmment, et plus fortement encore, le cas de la danse et de la musique elle-m&#234;me. Si la tendance (sp&#233;cifique) &#224; la m&#233;lodie et au rythme devait sp&#233;cifier la tendance (g&#233;n&#233;rale) &#224; l'imitation dans la direction d'un art particulier, ce serait pour donner naissance &#224; l'art &lt;i&gt;musical&lt;/i&gt; ou &#224; l'art &lt;i&gt;chor&#233;graphique&lt;/i&gt;, et certainement pas (ou pas d'abord) &#224; l'art &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt; : &#171; C'est de la m&#233;lodie et du rythme &lt;i&gt;seulement&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;monon&lt;/i&gt;) que font usage l'art de l'&lt;i&gt;aulos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il serait heureux que les traducteurs d'Aristote, des textes grecs en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui de la cithare et tous les autres qui ont les m&#234;mes ressorts, comme l'art de la syrinx ; c'est au moyen du rythme &lt;i&gt;seul&lt;/i&gt;, sans la m&#233;lodie, que l'art des danseurs imite (en effet, c'est en donnant figure &#224; des rythmes qu'ils imitent caract&#232;res, &#233;motions, action) &#187; (&lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, chap. 1,47a23-27, nous soulignons). Le rythme &#224; lui seul constitue la puissance mim&#233;tique de la danse, le rythme et la m&#233;lodie &#224; eux seuls constituent la puissance mim&#233;tique de la musique ; la po&#233;sie a, en outre, besoin du langage. Comment, dans ces conditions, la tendance &#233;lective &#224; la m&#233;lodie et au rythme pourrait-elle &#234;tre cause naturelle de l'art po&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On pourrait r&#233;pondre &#224; notre objection que le langage rel&#232;ve des comp&#233;tences communes de l'homme (animal dou&#233; de&lt;i&gt; logos&lt;/i&gt;), et qu'ainsi Aristote n'avait pas &#224; le mentionner explicitement ; on pourrait faire valoir, dans ce sens, la pr&#233;cision rattachant le m&#232;tre au rythme (48b21) ; le m&#232;tre &#233;tant &#171; un trait distinctif de fait du langage po&#233;tique grec &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Dupont-Roc et J. Lallot, op. cit., p. 166.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la r&#233;f&#233;rence au m&#232;tre d&#233;signerait ainsi une instance sp&#233;cifiant la premi&#232;re cause naturelle. Cette r&#233;ponse, forte, n'emporte pas notre conviction. Il est d&#233;j&#224; remarquable que les traducteurs favorables &#224; l'interpr&#233;tation par le rythme et la m&#233;lodie traduisent entre parenth&#232;ses seulement cette pr&#233;cision concernant le m&#232;tre ; d&#233;tail, sans doute, mais significatif : Aristote n'entend pas mettre l'accent sur la dimension langagi&#232;re de cette tendance naturelle &#224; l'imitation en g&#233;n&#233;ral, &#224; la m&#233;lodie et au rythme. Plus important est l'argument suivant : le m&#232;tre est, en effet, un trait distinctif du langage po&#233;tique grec, nous avons m&#234;me envie de dire &#171; n'est qu'un trait distinctif &#187;, &#171; de fait &#187; et non de droit ; il n'est pas l'essence de l'&#339;uvre po&#233;tique, de l'histoire entendue comme agencement des actions. La tendance naturelle au m&#232;tre, pris dans un ensemble plus vaste (rythme en g&#233;n&#233;ral, m&#233;lodie, et m&#234;me l'imitation prise en bloc) dans l'&#233;num&#233;ration duquel il entre sans privil&#232;ge, ne nous para&#238;t pas pouvoir assurer les fonctions de seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Troisi&#232;me solution : la bonne nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir au probl&#232;me pr&#233;cis trait&#233; par Aristote dans ce chapitre 4. Trois choses sont &#224; consid&#233;rer : l'&#339;uvre (par exemple &lt;i&gt;Oedipe-Roi&lt;/i&gt;), la forme, c'est-&#224;-dire le genre litt&#233;raire (par exemple la trag&#233;die), et l'art po&#233;tique (l'ensemble des proc&#233;d&#233;s normatifs qu'expose et justifie la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;). L'&#339;uvre est singuli&#232;re, et, comme toute singularit&#233; chez Aristote, ne peut &#234;tre enti&#232;rement et scientifiquement fond&#233;e. La forme est naturelle, comparable, nous l'avons dit, &#224; l'animal ou &#224; la Cit&#233; ; il n'y a donc pas lieu d'exposer une gen&#232;se de la forme (la forme est inengendr&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;taphysique, Z,8,1035b5 ; De la g&#233;n&#233;ration et de la corruption, l, 4.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais plut&#244;t d'indiquer les moments de sa d&#233;couverte progressive, de son &lt;i&gt;inventio&lt;/i&gt;. L'art po&#233;tique, lui, est produit d'une histoire ; il a des causes, &#171; toutes deux naturelles &#187; ; et c'est de cet art po&#233;tique que nous recherchons la seconde cause naturelle. Bien s&#251;r, cet art po&#233;tique se donne, concr&#232;tement, dans les &#339;uvres mim&#233;tiques les plus r&#233;ussies ; Aristote en d&#233;gage r&#233;flexivement et analytiquement les principes et les r&#232;gles dans son trait&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui explique et justifie l'intrication, dans la Po&#233;tique, du discours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais c'est bien une capacit&#233; technique, un savoir-faire, un don pour la construction mim&#233;tico-po&#239;&#233;tique que vise Aristote sous le chef des &#171; causes naturelles &#187;. La premi&#232;re capacit&#233; est commune &#224; tous les hommes (tous les hommes imitent), la seconde sera moins commun&#233;ment partag&#233;e (tous les hommes ne sont pas po&#232;tes). Quelle est-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'interpr&#233;tation par le plaisir manque &#224; expliquer qu'il s'agisse de l&lt;i&gt;'art, &lt;/i&gt;et l'interpr&#233;tation par le rythme et la m&#233;lodie qu'il s'agisse de l'art &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt;. Cette derni&#232;re, &#224; certains &#233;gards moins plausible que la premi&#232;re, offre pourtant davantage de ressources. Elle reconduit en effet la question de la cause de l'art po&#233;tique &#224; la question de la production de l'&#339;uvre, et non po&#233;tique &#224; celle de sa r&#233;ception ; elle cherche donc du bon c&#244;t&#233;. La cause naturelle de cette technique singuli&#232;re qui produit ces &#339;uvres presque naturelles que sont les trag&#233;dies, les &#233;pop&#233;es et les com&#233;dies, ce ne peut &#234;tre que la nature travaillant dans l'artiste. La tendance mim&#233;tique est agissante en tout homme, &#171; d&#232;s l'enfance &#187; (48b7) pr&#233;cise Aristote. Cette notation, d'apparence anodine, nous semble indiquer une voie. La nature de l'homme n'est pas de rester enfant, et l'imitation enfantine n'est assur&#233;ment pas plus la v&#233;rit&#233; de l'imitation que l'enfant n'est la v&#233;rit&#233; de l'homme. De la tendance naturelle &#224; l'imitation se distinguerait une tendance plus savante, plus technique. La technique mim&#233;tique se d&#233;marquerait de l'imm&#233;diatet&#233; imitative comme une nature plus d&#233;velopp&#233;e d'une nature qui l'est moins, comme l'homme de l'enfant, comme le po&#232;te dou&#233; de &#171; l'homme du commun &#187;. C'est ce que dit la phrase suivante, d&#233;cisive pour notre probl&#232;me : &#171; Puisque nous avons une tendance naturelle &#224; l'imitation, &#224; la m&#233;lodie et au rythme (car il est &#233;vident que les m&#232;tres font partie des rythmes), ceux qui au d&#233;part (&lt;i&gt;ex arch&#232;s&lt;/i&gt;) avaient les meilleures dispositions naturelles &#224; cet &#233;gard (&lt;i&gt;oi pephukotes pros auta malista&lt;/i&gt;) firent peu &#224; peu des progr&#232;s et donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#224; partir de leurs improvisations &#187; (48b20-24)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est curieux que R. Dupont-Roc et J. Lallot ne traduisent pas pros auta, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans cette phrase que R. Dupont-Roc et J. Lallot cherchaient la seconde cause naturelle ; nous l'y trouvons &#233;galement, mais un peu plus loin qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est en effet dans la seconde partie de cette phrase qu'est indiqu&#233;e la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique. Cette cause &lt;i&gt;naturelle &lt;/i&gt;tient aux meilleures dispositions &lt;i&gt;naturelles&lt;/i&gt; que manifestent certains hommes pour &#171; ces choses-l&#224; &#187;, l'imitation, le rythme (y compris les m&#232;tres), la m&#233;lodie (&lt;i&gt;oi pephukotes pros auta malista&lt;/i&gt;) ; plus dou&#233;s, ces hommes peuvent d&#233;passer les improvisations (&lt;i&gt;ta&lt;/i&gt; &lt;i&gt;autoschediasmata&lt;/i&gt;) auxquelles sont limit&#233;es les natures moins favoris&#233;es ; d&#233;passant le stade de la simple improvisation, ces hommes peuvent faire des progr&#232;s (&lt;i&gt;proagontes&lt;/i&gt;), et ainsi, &#171; ils donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#187; (&lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt; &lt;i&gt;t&#232;n po&#239;esin&lt;/i&gt;). Le verbe eg&#233;nn&#232;san est capital : il d&#233;signe une gen&#232;se quasi biologique, il connote ce qui est pour Aristote la cause naturelle par excellence, la g&#233;n&#233;ration. Il fait d'ailleurs &#233;cho au &lt;i&gt;genn&#232;sai&lt;/i&gt; du d&#233;but de ce chapitre 4, comme le remarquent &#233;galement R. Dupont-Roc et J. Lallot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 166-167 ; notre lecture diverge de celle des deux auteurs quant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; la reprise du m&#234;me verbe confirme que c'est bien du c&#244;t&#233; des natures plus dou&#233;es (&lt;i&gt;oi pephukotes malista&lt;/i&gt;) qu'il faut chercher la deuxi&#232;me cause naturelle de l'art po&#233;tique. Dans le parfait &lt;i&gt;pephukotes&lt;/i&gt; r&#233;sonne aussi la naturalit&#233; de la cause : &lt;i&gt;p&#233;phuk&#244;s&lt;/i&gt; d&#233;signe le fait d'&#234;tre n&#233; avec une certaine disposition donn&#233;e par la nature (&lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt;). Aristote rappelle, au d&#233;but de cette phrase, la tendance naturelle &#224; l'imitation, premi&#232;re cause naturelle, ici d&#233;taill&#233;e, de mani&#232;re non exhaustive, en imitation (le genre), m&#233;lodie et rythme (les esp&#232;ces de moyen), m&#232;tre (une sous-esp&#232;ce de l'esp&#232;ce &#171; rythme &#187;), tendance &lt;i&gt;kata phusin&lt;/i&gt;, &#171; d&#232;s l'enfance &#187;, qui concerne &#171; nous &#187;, nous les hommes, tout le monde ; ce rappel op&#233;r&#233;, il d&#233;signe une seconde cause naturelle, une capacit&#233; naturelle (naturalit&#233; deux fois exprim&#233;e, &#171; d&#232;s le d&#233;but &#187; et &#171; les meilleures dispositions naturelles &#187;), capacit&#233; de passer de l'improvisation &#224; l'art po&#233;tique (&lt;i&gt;po&#239;esis&lt;/i&gt;) qui n'est donn&#233;e qu'&#224; quelques-uns. La sym&#233;trie des deux causes s'exprime jusque dans leur dimension temporelle, la premi&#232;re &#233;tant donn&#233;e &lt;i&gt;ek paid&#244;n&lt;/i&gt;, d&#232;s l'enfance, la seconde &lt;i&gt;ex arch&#232;s&lt;/i&gt;, d&#232;s le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le contexte, opposant l'improvisation &#224; la &lt;i&gt;po&#239;esis,&lt;/i&gt; autorise &#224; (et m&#234;me enjoint de) donner le sens d' &#171; art po&#233;tique &#187; &#224; &lt;i&gt;po&#239;esis&lt;/i&gt;. Nous assistons ici &#224; la naissance, &#224; la gen&#232;se (&lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt;) de la po&#233;sie &#224; partir des improvisations. &lt;i&gt;Autosch&#233;diaz&#244;&lt;/i&gt;, &#171; improviser &#187;, signifie &#171; agir ou parler sans pr&#233;paration &#187;, &#171; prendre &#224; la h&#226;te les mesures n&#233;cessaires &#187;, voire &#171; agir avec pr&#233;cipitation, sans r&#233;flexion, &#224; la l&#233;g&#232;re &#187; ; c'est agir ou parler sur le champ, sans recul, sans technique. Ce qui s&#233;pare l'improvisation po&#233;tique (cette sorte de fabulation spontan&#233;e dont tous les hommes, y compris et surtout les enfants, sont capables) de l'&#339;uvre po&#233;tique (r&#233;serv&#233;e aux plus dou&#233;s), c'est pr&#233;cis&#233;ment celte dimension de r&#233;flexion, de ma&#238;trise, d'apprentissage, d'&#233;laboration, bref de technique. Cette technique s'enracine dans une nontechnique, qu'elle d&#233;passe et accomplit, comme le note justement Ada Neschke&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Die Ueberg&#228;nge von untechnischen zu einem technischen Darstellen sind in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; l'improvisation correspond au moment naturel de l'imitation, la construction d'une &#339;uvre &#224; son moment technique. Comme le dit D. Pesce, &#171; l'improvvisazione costituisce una sorta di fase intermedia tra l'istinto dell'imitazione e la poesia vera e propria, un qualcosa di mezzo dunque tra la natura e l'arte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 76, note 5 ; &#171; L'improvisation constitue une sorte de phase (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce moment interm&#233;diaire entre l'art proprement dit et la nature correspond &#224; la premi&#232;re cause naturelle. La seconde cause correspond au moment o&#249; l'improvisation se fait &#339;uvre, o&#249; la spontan&#233;it&#233; se fait texte. Cette seconde cause naturelle n'existe que dans certaines natures particuli&#232;rement dou&#233;es - d'autant plus &#171; nature &#187; qu'elles seront davantage capables de porter l'improvisation &#224; la hauteur de l'art, de lui donner une forme. L'improvisation esquisse des formes &#233;vanescentes, l'&#339;uvre seule est la forme qui dure. Dans un contexte tr&#232;s diff&#233;rent, l'abb&#233; Batteux &#233;crira &#171; Chercher la po&#233;sie dans sa premi&#232;re origine, c'est la chercher avant son existence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abb&#233; Charles Batteux, Les beaux-arts r&#233;duits &#224; un m&#234;me principe, &#233;dition de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; appliquons cette formule remarquable au probl&#232;me qui nous occupe : la premi&#232;re origine de l'art po&#233;tique est certainement &#224; chercher dans la tendance naturelle &#224; la &lt;i&gt;mim&#233;sis, &lt;/i&gt;premi&#232;re cause naturelle ; mais l'existence de l'art po&#233;tique demande autre chose, une seconde cause non moins naturelle, mais seconde d&#233;j&#224; en ce qu'elle vient apr&#232;s la premi&#232;re et introduit la dimension du temps, le don naturel d'&#233;lever l'imiter au construire et l'improvisation qui passe &#224; l' &#339;uvre qui dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est &#224; cet &#233;gard int&#233;ressant de noter que, lorsque Guillaume de Moerbeke traduit en latin la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, il est arr&#234;t&#233; et comme embarrass&#233; par le mot &lt;i&gt;autoschediasma&lt;/i&gt; (improvisation) ; il le traduit par &lt;i&gt;informibus&lt;/i&gt; en 48b24 ; en 49a10, il le translitt&#232;re purement et simplement, en commentant par &#171; &lt;i&gt;id est informi&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristoteles latinus, De arte poetica, Guillelmo de Moerbeke interprete, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (&lt;i&gt;informis&lt;/i&gt; signifie : &#224; l'&#233;tat brut, non &#233;labor&#233;). Il entend donc dans l'improvisation l'absence de cette forme que seul l'art peut donner aux imitations. Sans pr&#234;ter au grand traducteur notre interpr&#233;tation, disons que son commentaire (&#171; &lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; &lt;i&gt;informi&lt;/i&gt; &#187;) a l'int&#233;r&#234;t de mettre l'accent sur ce dont l'improvisation est priv&#233;e, la forme ; l'improvisation, c'est l'imitation spontan&#233;e et informe, ou plut&#244;t, osons gloser la glose de Moerbeke, c'est l'imitation en d&#233;faut ou privation de forme ; absente de l'improvisation (dont on ne peut douter qu'elle corresponde &#224; la premi&#232;re cause naturelle, au d&#233;ploiement spontan&#233; de la tendance naturelle &#224; l'imitation), donn&#233;e par et dans l'artiste dou&#233; qui fait une &#339;uvre, la forme est ce qui fait que l'&#339;uvre est &#339;uvre. Le don de l'artiste est donc bien la seconde cause naturelle, et, en fait, la seule qui soit compl&#232;te : la cause donne la forme, la d&#233;finition de l'objet ou de l'&#339;uvre. Et sans doute ce don sera-t-il sp&#233;cifi&#233; (c'est la part de v&#233;rit&#233; de la seconde interpr&#233;tation), mais c'est en tant que don naturel et non en tant que sp&#233;cifi&#233; qu'il est seconde cause naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or cette nature dou&#233;e a chez Aristote un nom, qui appara&#238;t plus loin dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, au chapitre 22, lorsqu'il indique que savoir faire les m&#233;taphores est signe d'une &#171; nature bien dou&#233;e &#187;, &lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt; (59a7). &lt;i&gt;Euphu&#239;a&lt;/i&gt; est le nom de la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique, &lt;i&gt;phusis mim&#232;tik&#232;&lt;/i&gt; &#233;tant celui de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un autre argument nous parait pouvoir conforter notre th&#232;se. Si Aristote parle de deux causes naturelles, avec un effet d'insistance rh&#233;toriquement frappant (&lt;i&gt;aitiai duo tines kai autai phusikai&lt;/i&gt;, &#171; il y a deux causes, et toutes deux sont naturelles &#187;, 48b4-5), c'est que ces causes sont, au moins en partie, ind&#233;pendantes l'une de l'autre. On doit pouvoir penser la premi&#232;re cause sans la seconde. Or il est difficile de supposer un monde o&#249; existerait la tendance mim&#233;tique (premi&#232;re cause naturelle) mais non le plaisir pris &#224; l'imitation (seconde cause, selon la majorit&#233; des commentateurs). Il n'est pas de tendance naturelle, chez Aristote, dont l'exercice ne provoque un plaisir ; et peut-on supposer des imitations qui ne susciteraient aucun plaisir chez les spectateurs ? Mais on peut fort bien, en revanche, supposer un monde o&#249; chez personne ne se manifesterait de capacit&#233; po&#239;&#233;tique (constructive) ; ce serait un monde sans &#339;uvre d'art, un monde d'improvisations fugitives, plaisantes et joyeuses, mais ne faisant pas &#339;uvre. Un monde de fabulations sans lendemain, d'histoires oubli&#233;es aussit&#244;t qu'invent&#233;es, de d&#233;guisements d'occasion, et de ch&#226;teaux construits en sable et coquillages que la mar&#233;e va recouvrir. Un tel monde existe : c'est le monde des enfants. Le monde ludique de l'enfance est celui de la premi&#232;re cause naturelle, active d&#232;s notre plus jeune &#226;ge, &lt;i&gt;ek paid&#244;n&lt;/i&gt; (48b6), avant l'&#226;ge du s&#233;rieux qu'apporte avec elle la seconde cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cet argument porte contre la premi&#232;re interpr&#233;tation re&#231;ue. Peut-on soutenir, en faveur de la seconde, qu'il est possible de concevoir un monde sans tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme ? Cela para&#238;t difficile : la tendance mim&#233;tique est imm&#233;diatement d&#233;taill&#233;e, d&#232;s le chapitre 1 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, selon la tripartition des moyens (langage, couleurs et figures, m&#233;lodie, rythme), des objets et des modes. La tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme ne s'ajoute donc pas tant &#224; la tendance mim&#233;tique en g&#233;n&#233;ral comme un principe de sp&#233;cification qu'elle n'est imm&#233;diatement contenue dans sa d&#233;finition m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On cherche la seconde cause naturelle de l'&lt;i&gt;art &lt;/i&gt;po&#233;tique. &#192; l'art s'oppose l'improvisation, toute en spontan&#233;it&#233; et en imm&#233;diatet&#233;. L'improvisation ne demande que la tendance g&#233;n&#233;rale &#224; l'imitation ; la capacit&#233; proprement po&#233;tique, c'est-&#224;-dire technique, demande un don suppl&#233;mentaire, qui n'est d&#233;volu qu'&#224; quelques hommes, et qui ne se d&#233;ploie que dans le temps. La po&#233;sie est d'abord &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt;, &#171; mise en intrigue &#187; comme traduit heureusement P. Ric&#339;ur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Ric&#339;ur, op. cit., t. l, p. 55-84.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt; est lui-m&#234;me d&#233;fini comme &lt;i&gt;&#232; t&#244;n pragmat&#244;n sunth&#232;sis&lt;/i&gt;, agencements des faits en syst&#232;me (chap. 6, 50a5), et l'objet de l'art po&#233;tique est d&#233;fini, au d&#233;but du trait&#233;, comme &#171; la fa&#231;on de composer les intrigues &#187; (chap. 1, 47a9, p&lt;i&gt;&#244;s dei sunistasthai tous muthous&lt;/i&gt;). Or la composition se distingue nettement de l'improvisation : deux temporalit&#233;s sont s&#233;par&#233;es dans le premier cas (temps de la construction, temps immanent &#224; l'&#339;uvre) qui sont indistinctes dans le second&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ric&#339;ur soutient qu'Aristote s'int&#233;resse peu &#224; la seconde de ces temporalit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'intrigue po&#233;tique, de par sa complexit&#233; (n&#339;ud, d&#233;nouement, renversement, reconnaissance, etc.) suppose d'&#234;tre objectiv&#233;e et fix&#233;e dans un texte (exceptionnellement, dans une m&#233;moire soutenue par des proc&#233;d&#233;s mn&#233;motechniques) ; l'improvisation reste inobjectiv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'il y ait des cas interm&#233;diaires o&#249; l'improvisation se pr&#233;pare et se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la po&#233;sie doit &#234;tre naturellement caus&#233;e, il faut donc une cause naturelle sp&#233;cifique de cette capacit&#233; de construction et d'objectivation, que la capacit&#233; d'improvisation ne contient pas par elle-m&#234;me. Cette capacit&#233;, c'est l'&lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt;, la bonne nature de l'homme dou&#233; ([&lt;i&gt;kal&#244;s&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;pephuk&#244;s&lt;/i&gt;). Ce concept de bonne nature, qui signifie une intensit&#233; sup&#233;rieure du naturel, est typiquement aristot&#233;licien, et l'homme dou&#233; pour la construction po&#233;tique, l'&lt;i&gt;euphu&#232;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce terme, qui correspond &#224; euphu&#239;a, ne se trouve pas dans la Po&#233;tique, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, demanderait &#224; &#234;tre rapproch&#233; de figures aristot&#233;liciennes voisines : le &lt;i&gt;spouda&#239;os&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;phronimos&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;eug&#233;n&#232;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment P. Aubenque, La prudence chez Aristote, PUF, 1963, p. 41-63, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aristote nous fait ainsi assister &#224; la naissance de l'art po&#233;tique : le moment o&#249; l'art se constitue est celui o&#249; l'improvisation naturelle se d&#233;passe en production r&#233;fl&#233;chie. Ce d&#233;passement n'a rien de miraculeux, il est enracin&#233; dans la nature. Dans la nature du po&#232;te d'abord, capable d'am&#233;liorer peu &#224; peu (&lt;i&gt;kata mikron&lt;/i&gt;) ses improvisations spontan&#233;es ; dans la nature du genre po&#233;tique ensuite (la trag&#233;die, la com&#233;die, l'&#233;pop&#233;e), qui travaille et fermente lentement, pour trouver sa forme propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette interpr&#233;tation est confirm&#233;e par un texte situ&#233; un peu plus loin dans le chapitre 4 ; il porte sur la naissance de la trag&#233;die, mais on peut &#233;tendre sa validit&#233; &#224; la naissance de l'art po&#233;tique en g&#233;n&#233;ral. &#171; [La trag&#233;die] est n&#233;e, au d&#233;but, de l'improvisation [...] ; puis la trag&#233;die s'&#233;panouit peu &#224; peu, les auteurs d&#233;veloppant tout ce qui se faisait jour en elle ; enfin, apr&#232;s de multiples transformations, elle se fixa lorsqu'elle eut atteint sa pleine nature &#187; (49a9-14). Le vocabulaire reprend celui des lignes 48b20-24 : improvisation (&lt;i&gt;autosch&#233;diastik&#232;s&lt;/i&gt;), progr&#232;s (&lt;i&gt;proagont&#244;n&lt;/i&gt;), am&#233;lioration progressive (&lt;i&gt;kata mikron&lt;/i&gt;). On notera le jeu combin&#233;, la co-causalit&#233;, du po&#232;te et de la forme po&#233;tique : d'un c&#244;t&#233;, un genre qui tend &#224; accomplir ses potentialit&#233;s ; de l'autre, un po&#232;te, sollicit&#233; par cette forme, et &#171; d&#233;veloppant ce qui se fait jour &#187; en elle ; &#224; la bonne nature du po&#232;te r&#233;pond la nature de la forme elle-m&#234;me - ou plut&#244;t, &#224; celle-ci r&#233;pond celle-l&#224;. &#171; Lorsque la trag&#233;die et la com&#233;die furent apparues, chaque po&#232;te fut entra&#238;n&#233;, par sa nature propre, vers l'une ou l'autre sorte de po&#233;sie &#187; (chap. 4, 49a2-4) : &#224; la r&#233;partition des genres po&#233;tiques correspond une r&#233;partition des g&#233;nies individuels. Du po&#232;te au genre litt&#233;raire, du genre au po&#232;te, la nature se r&#233;pond &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il y a donc un progr&#232;s qui permet de sortir de l'&#226;ge des improvisations pour entrer dans celui de la po&#233;sie adulte. Ce progr&#232;s est lui-m&#234;me enracin&#233; dans la bonne nature, la nature dou&#233;e, l'&lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt; des grands po&#232;tes. il est, &#224; cet &#233;gard, frappant de noter qu'Aristote &#233;voque Hom&#232;re, la plus dou&#233;e des natures po&#233;tiques et le plus divin des po&#232;tes, imm&#233;diatement apr&#232;s avoir expos&#233; ce qu'&#233;tait cette seconde cause naturelle, comme si un exemple (qui est l'exemple m&#234;me et le mod&#232;le en personne) venait, &#224; point nomm&#233;, attester la r&#233;alit&#233; du concept.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Une philosophie naturaliste de l'histoire de l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout art &#187;, pour Aristote, &#171; repose sur un fondement naturel : m&#234;me une technique qui proc&#232;de par mouvements violents, comme la balistique, ne fait que perfectionner et prolonger les 'armes' que l'homme tient de la nature &#187;, remarque justement V. Goldschmidt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 213.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a une fa&#231;on, spontan&#233;e et non technique, d'user de la dialectique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, R&#233;futations sophistiques, 11,172a30-32 ; Rh&#233;torique, I,1,1354a4-7.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que suppose, prolonge et d&#233;passe la &lt;i&gt;techn&#232; dialectik&#232;. &lt;/i&gt;C'est un mouvement en deux temps du m&#234;me type que propose le chapitre 4 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;. L'improvisation correspond au moment non technique de la po&#233;sie, suppos&#233; et d&#233;pass&#233; par le moment proprement technique d&#251; aux natures bien dou&#233;es. Nulle rupture entre les deux causes naturelles, leur lien &#233;tant au contraire assur&#233; par le concept de progr&#232;s contenu dans le verbe &lt;i&gt;proag&#244;&lt;/i&gt;, verbe dont l'importance n'a pas &#233;t&#233; assez remarqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il y a donc une triple naturalit&#233; de la po&#233;sie (qu'elle soit trag&#233;die, &#233;pop&#233;e, ou com&#233;die). La premi&#232;re naturalit&#233; est celle de la &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt;, tendance probablement enracin&#233;e dans les fonctions imaginatives de l'&#226;me, puisque certains animaux m&#234;me en connaissent quelque chose. La deuxi&#232;me naturalit&#233; de la po&#233;sie tient aux dispositions naturelles du po&#232;te, et comporte elle-m&#234;me deux aspects : le talent mim&#233;tique et constructeur qui fait de lui un po&#232;te (un po&#232;te en g&#233;n&#233;ral, si l'on ose dire), et son g&#233;nie singulier qui l'oriente plut&#244;t vers l'&#233;pop&#233;e ou vers la com&#233;die par exemple. La troisi&#232;me naturalit&#233; tient aux genres litt&#233;raires eux-m&#234;mes, &#234;tres naturels qui n'attendent que du g&#233;nie des hommes l'occasion de leur d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On voit que celte conception naturaliste de l'&#339;uvre d'art ne conduit nullement Aristote &#224; un quelconque fixisme. La nature est principe de mouvement, cela est &#233;galement vrai de la nature po&#233;tique. Cette nature est principe d'une histoire qui, comme la trag&#233;die, conna&#238;t son &lt;i&gt;acm&#232; :&lt;/i&gt; pour l'&#233;pop&#233;e, Hom&#232;re ; pour la trag&#233;die, Sophocle. Avant eux, des pr&#233;d&#233;cesseurs ou pr&#233;curseurs, m&#233;ritants mais imparfaits ; apr&#232;s eux, des successeurs en retrait, imparfaits et d&#233;cevants. Une philosophie de l'histoire de l'art s'esquisse ainsi, au sein m&#234;me de ce naturalisme int&#233;gral. Le chapitre 13 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; oppose un &#171; autrefois &#187; o&#249; les po&#232;tes enregistraient n'importe quelles histoires, et un &#171; aujourd'hui &#187; o&#249; l'on choisit avec discernement les bons sujets de trag&#233;die (53a17-20). Le chapitre 26 opposera, selon un ordre inverse d'&#233;valuation, les &#171; anciens acteurs &#187;, sobres et mesur&#233;s, et les nouveaux, excessifs et bouffons (61b32-62a2). L'autrefois est valoris&#233; ou d&#233;valoris&#233;, par rapport au pr&#233;sent, selon le probl&#232;me trait&#233;, et sans doute aussi selon l'extension que l'on donne &#224; la notion de pr&#233;sent. Ces indications sugg&#232;rent une histoire naturaliste des &#339;uvres esth&#233;tiques : compos&#233;es de &#171; mati&#232;re &#187; et de &#171; forme &#187;, engendr&#233;es, elles seraient corruptibles, comme le sont tous les &#234;tres naturels. Apr&#232;s le temps de l'enfance et celui de la maturit&#233; (Hom&#232;re, Sophocle) viendrait, inexorable, le temps de la d&#233;gradation. La discr&#232;te r&#233;probation qu'Aristote manifeste parfois &#224; l'encontre d'Euripide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; propos de la moindre importance accord&#233;e par Euripide au ch&#339;ur (chap. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; semble sugg&#233;rer que la corruption du genre s'esquisse d&#232;s apr&#232;s Sophocle. Il ne convient cependant pas de solliciter outre mesure la &lt;i&gt;Po&#233;tique &lt;/i&gt;sur ce point, mais plut&#244;t de noter les divers indices de l'existence d'une historicit&#233;, fond&#233;e en nature et donc intelligible, de l'art po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous voudrions conclure cette &#233;tude par deux remarques. La premi&#232;re concerne l'esth&#233;tique g&#233;n&#233;rale en germe dans la&lt;i&gt; Po&#233;tique :&lt;/i&gt; ce qui est vrai de l'art po&#233;tique doit l'&#234;tre aussi de l'art musical ou des arts plastiques. L&#224; aussi, une tendance naturelle &#224; l'imitation est, chez certains hommes, prolong&#233;e et relay&#233;e par une tendance &#224; la cr&#233;ation artistique (sp&#233;cifi&#233;e selon les moyens, les objets, les modes). Comme chez Bergson, la nature pr&#233;dispose certains hommes &#224; &#234;tre artistes, selon des capacit&#233;s diff&#233;rentes qui les feront musiciens, po&#232;tes, peintres ou sculpteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Rire, PUF, p. 115-121 ; Centenaire, p. 458-462 ; pour d'autres motifs, V. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La deuxi&#232;me concerne l'articulation du moment naturel et du moment technique chez Aristote. L'art imite la nature dans son mouvement plus que dans ses produits : le th&#232;me de l'&lt;i&gt;euphu&#239;a &lt;/i&gt;donne un poids tr&#232;s remarquable &#224; cette th&#232;se commune de l'aristot&#233;lisme. La &lt;i&gt;bonne&lt;/i&gt; nature est plus nature encore que la nature quelconque ; l' artiste est en un sens plus naturel que &#171; l'homme du commun &#187;, au sens o&#249; Aristote peut dire de l'homme qu'il est &#171; le plus naturel des animaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvement des Animaux, 4, 706a18 ; cf. Parties des Animaux, IV, 3, 695b.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parce qu'en lui la nature va plus loin et s'accomplit davantage. Dans l'artiste, la nature va plus loin que dans les autres hommes, parce que l'artiste approfondit et complexifie d&#233;lib&#233;r&#233;ment le mouvement d'improvisation mim&#233;tique que tout un chacun esquisse spontan&#233;ment. L'art parach&#232;ve la nature, parce que la nature est &#224; son principe, et, comme le dira Kant dans une perspective assur&#233;ment diff&#233;rente, &#171; lui donne ses r&#232;gles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant, Critique de la facult&#233; de juger, &#167; 46.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le po&#232;te, chez Aristote non moins que chez Kant, est un favori de la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;La Po&#233;tique&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Il testo [...] non consente una riposta sicura &#187;, Domenico Pesce, Aristotele. &lt;i&gt;La Poetica&lt;/i&gt;, Rusconi, 1981, p.75 ; &#171; le texte [...] ne permet pas une r&#233;ponse assur&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristotle, &lt;i&gt;Poetics&lt;/i&gt;, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1967, &lt;i&gt;ad loc&lt;/i&gt;. ; &#171; 1) la disposition &#224; imiter appartient par nature aux &#234;tres humains... &#187; ; &#171; 2) le plaisir que prennent tous les hommes aux &#339;uvres d'imitation... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., ad loc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristotle, &lt;i&gt;Poetics&lt;/i&gt;, by D. W. Lucas, Oxford. Clarendon Press. 1968, p. 74 ; &#171; soit a) les deux causes sont la tendance naturelle &#224; l'imitation et le plaisir naturel pris &#224; l'imitation, soit b) la tendance &#224; l'imitation est une cause avec deux subdivisions, et l'autre cause est l'instinct pour le rythme et la m&#233;lodie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Hardy, Aristote, &lt;i&gt;La Po&#233;tique&lt;/i&gt;, Bud&#233;, note 78 &#224; la p. 33, ligne 9 ; V. Goldschmidt, &lt;i&gt;Temps physique et temps tragique chez Aristote&lt;/i&gt;, Vrin, 1982, p. 214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir G&#233;rard Genette, &#171; Silences de Flaubert &#187; in &lt;i&gt;Figures I, &lt;/i&gt;Seuil, 1969 ; voir aussi, du m&#234;me, &#171; Fronti&#232;res du r&#233;cit &#187;, in &lt;i&gt;Figures II&lt;/i&gt;, Seuil, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple les cent-uni&#232;me et cent-deuxi&#232;me Nuits, enti&#232;rement consacr&#233;es &#224; la description de sept robes et sept parures diff&#233;rentes ; Antoine Galland renon&#231;a, pour cette raison, &#224; les traduire : le go&#251;t des dames nobles des ann&#233;es 1710 n'&#233;tait pas celui de l'auditoire populaire de Damas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En &#233;voquant la ligne 1462b14 (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 210), Goldschmidt surinterpr&#232;te le passage. Aristote y soutient deux id&#233;es : l'effet de l'art n'est pas un plaisir quelconque, mais un plaisir sp&#233;cifique ; la trag&#233;die atteint mieux cet effet (le plaisir sp&#233;cifique) que l'&#233;pop&#233;e. Cela ne revient nullement &#224; dire que le plaisir soit la fin (et donc la cause finale) de la trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 212.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paul Ric&#339;ur, &lt;i&gt;Temps et r&#233;cit&lt;/i&gt;, Seuil, 1983, t. l, p. 79-80. Pour Ric&#339;ur, le plaisir du spectateur &#171; est &#224; la fois construit dans l'&#339;uvre et effectu&#233; hors de l'&#339;uvre &#187;, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Partie des Animaux&lt;/i&gt;, I, 5, 644b22 - 645a36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, chap.13,53a36 ; chap.14,53b11 ; chap.23,59a21 ; chap.26,62b12-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;., p. 71 ; &#171; le plaisir d'imiter et le plaisir pris aux imitations faites par autrui &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;., p. 166. Rappelons que, sous la plume des deux auteurs, &#171; repr&#233;sentation &#187; traduit &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il serait heureux que les traducteurs d'Aristote, des textes grecs en g&#233;n&#233;ral, renoncent enfin &#224; traduire &lt;i&gt;aulos&lt;/i&gt; par &lt;i&gt;fl&#251;te&lt;/i&gt;, ce qui est un contresens musicologique et organologique tr&#232;s f&#226;cheux, et d&#233;nonc&#233; depuis longtemps. L'&lt;i&gt;aulos&lt;/i&gt; est un instrument &#224; anche double, et s'il fallait lui trouver un &#233;quivalent moderne, il faudrait &#233;voquer le hautbois, en plus aigre et plus mordant. Voir A. Schaeffner, &lt;i&gt;Origine des instruments de musique&lt;/i&gt;, &#201;d. de l'EHESS, 1994 [1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1968], notamment p. 270-279 et 289-292 ; J. Chailley, &lt;i&gt;La musique grecque antique&lt;/i&gt;, Les Belles Lettres, 1979, p. 60-65. Annie B&#233;lis a pu reconstituer de mani&#232;re convaincante l'instrument.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Dupont-Roc et J. Lallot, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 166.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, Z,8,1035b5 ; &lt;i&gt;De la g&#233;n&#233;ration et de la corruption&lt;/i&gt;, l, 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce qui explique et justifie l'intrication, dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, du discours normatif et du discours descriptif, sur laquelle insistent &#224; juste titre R. Dupont-Roc et J. Lallot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est curieux que R. Dupont-Roc et J. Lallot ne traduisent pas &lt;i&gt;pros auta&lt;/i&gt;, &#171; &#224; cet &#233;gard &#187; : cette pr&#233;cision d'Aristote va en effet dans le sens de leur interpr&#233;tation, si du moins on interpr&#232;te &lt;i&gt;auta&lt;/i&gt; comme renvoyant &#224; &lt;i&gt;t&#232;s harmonias kai tou rhuthmou&lt;/i&gt; (avec le sens donc de &#171; &#224; l'&#233;gard de la m&#233;lodie et du rythme &#187;). Il est &#224; vrai dire plus raisonnable de penser que &lt;i&gt;auta&lt;/i&gt; renvoie aux trois &#233;l&#233;ments r&#233;unis par &lt;i&gt;kai&lt;/i&gt; au d&#233;but de la phrase, soit &lt;i&gt;tou mimeisthai kai t&#232;s harmonias kai tou rhuthmou&lt;/i&gt;, l'imiter, la m&#233;lodie et le rythme. Hardy traduit &#171; ceux qui &#233;taient les mieux dou&#233;s &#224; cet &#233;gard &#187;, Magnien &#171; ceux qui avaient les meilleures dispositions naturelles en ce domaine &#187; (&lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, Livre de poche, 1990, &lt;i&gt;ad loc&lt;/i&gt;.). Goldschmidt ne commente pas cette phrase d&#233;cisive, mais y fait implicitement allusion p. 218, en un passage o&#249; il semble bien pr&#232;s de notre propre th&#232;se : &#171; l'instinct d'imiter et, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'aide du rythme et de l'harmonie, suscite des improvisations qui, progressant petit &#224; petit, engendreront la po&#233;sie &#187;. Mais n'est-ce pas justement les principes de cet engendrement, de cette &#171; gen&#232;se naturelle &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 219) que recherchait Aristote sous le nom de &#171; causes naturelles de l'art po&#233;tique &#187; ? L'engendrement complet de la po&#233;sie suppose les improvisations spontan&#233;es et le progr&#232;s &#224; partir de ces improvisations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 166-167 ; notre lecture diverge de celle des deux auteurs quant au point pr&#233;cis du parall&#233;lisme, ou, mieux, de la sym&#233;trie. Il y a sym&#233;trie entre &lt;i&gt;genn&#233;sai&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;genn&#233;sai&lt;/i&gt; (48b4) renvoie &#224; la premi&#232;re cause naturelle ; &#224; quel &#233;l&#233;ment, dans le texte, renvoie &lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt; (48b23), lequel &#233;l&#233;ment doit donc &#234;tre identifi&#233; comme la seconde cause naturelle ? Tel est le probl&#232;me, que nous posons dans les m&#234;mes termes qu'eux. R. Dupont-Roc et J. Lallot trouvent cet &#233;l&#233;ment dans la formule &#171; nous avons une tendance naturelle &#224; l'imitation, &lt;i&gt;&#224; la m&#233;lodie et au rythme&lt;/i&gt; &#187; (nous soulignons) ; nous le trouvons dans la formule &#171; &lt;i&gt;ceux qui au d&#233;part avaient les meilleures dispositions naturelles&lt;/i&gt; [...] donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#187;. Le parall&#232;le propos&#233; par les deux auteurs ne va pas au bout de sa logique : le sujet de &#171; donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#187; n'est pas le &#171; nous &#187; initial ind&#233;termin&#233; (tous les hommes), mais un &#171; ils &#187; parfaitement d&#233;termin&#233; (ceux qui avaient au d&#233;part les meilleures dispositions naturelles).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Die Ueberg&#228;nge von untechnischen zu einem technischen Darstellen sind in der ersten drei Kapiteln nur angedeutet [...]. So deutet sich schon hier an, dass die Kunst aus Nicht-Kunst entstanden ist &#187; (&lt;i&gt;Die Poetik des Aristoteles&lt;/i&gt; ;&lt;i&gt; I : lntepretationen&lt;/i&gt;, Klostermann, 1979, p. 90) : &#171; les transitions qui font passer de la repr&#233;sentation non technique &#224; une repr&#233;sentation technique ne sont qu'indiqu&#233;es dans les trois premiers chapitres [...]. Il est ici bien indiqu&#233; que l'art proc&#232;de du non-art &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 76, note 5 ; &#171; L'improvisation constitue une sorte de phase interm&#233;diaire entre l'instinct d'imitation et la po&#233;sie v&#233;ritable, la po&#233;sie au sens propre du terme, une sorte de milieu donc entre la nature et l'art &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Abb&#233; Charles Batteux, &lt;i&gt;Les beaux-arts r&#233;duits &#224; un m&#234;me principe&lt;/i&gt;, &#233;dition de J.-R. Mantion, Aux amateurs de livres, 1989, p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Aristoteles latinus, De arte poetica, Guillelmo de Moerbeke interprete&lt;/i&gt;, Descl&#233;e de Brouwer, 1953, &lt;i&gt;ad loc&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Ric&#339;ur, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, t. l, p. 55-84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ric&#339;ur soutient qu'Aristote s'int&#233;resse peu &#224; la seconde de ces temporalit&#233;s (temps de l'&#339;uvre elle-m&#234;me), &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 55, 67-68. Cet avis pourrait, dans une certaine mesure, &#234;tre contest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qu'il y ait des cas interm&#233;diaires o&#249; l'improvisation se pr&#233;pare et se travaille. au th&#233;&#226;tre (&lt;i&gt;commedia dell'arte&lt;/i&gt;) comme en musique, ne pose aucun probl&#232;me de principe et ne saurait servir d'objection &#224; l'opposition aristot&#233;licienne de l'improvisation et de la construction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce terme, qui correspond &#224; &lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt;, ne se trouve pas dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, mais on le trouve par exemple dans la &lt;i&gt;Rh&#233;torique&lt;/i&gt;, III, 10, 1410b7, avec le m&#234;me sens d'&#171; homme naturellement dou&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir notamment P. Aubenque, &lt;i&gt;La prudence chez Aristote&lt;/i&gt;, PUF, 1963, p. 41-63, o&#249; le caract&#232;re &#224; certains &#233;gards ambigu de ces concepts est relev&#233; ; et l'&#233;dition comment&#233;e, par J. Aubonnet, J. Brunschwicg et J. P&#233;pin des fragments conserv&#233;s du &lt;i&gt;De la noblesse&lt;/i&gt; d'Aristote, in Aristote, &lt;i&gt;Cinq &#339;uvres perdues&lt;/i&gt;, PUF, 1968, p. 79-133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;R&#233;futations sophistiques&lt;/i&gt;, 11,172a30-32 ; &lt;i&gt;Rh&#233;torique&lt;/i&gt;, I,1,1354a4-7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; propos de la moindre importance accord&#233;e par Euripide au ch&#339;ur (chap. 18,56a25-28) ; mais au chap. 4, le recul du ch&#339;ur est d&#233;j&#224; imput&#233; &#224; Eschyle (49a15-18), comme l'introduction du troisi&#232;me acteur &#224; Sophocle (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;) ; le chap. 5 est plus &#233;vasif sur le m&#234;me sujet (49b5). On notera cependant qu'Euripide est d&#233;clar&#233; &#234;tre &#171; le plus tragique des po&#232;tes &#187; (cf. 13,53a30).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Rire&lt;/i&gt;, PUF, p. 115-121 ; Centenaire, p. 458-462 ; pour d'autres motifs, V. Goldschmidt propose &#233;galement un rapprochement avec Bergson, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 402-403.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mouvement des Animaux,&lt;/i&gt; 4, 706a18 ; cf. &lt;i&gt;Parties des Animaux&lt;/i&gt;, IV, 3, 695b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kant, &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, &#167; 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique chez Aristote
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1393</link>
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		<dc:date>2015-04-14T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard S&#232;ve
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		<description>
&lt;p&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans les Cahiers philosophiques, mars 2000, n&#176; 82, p. 5-22, puis de nouveau dans un num&#233;ro hors-s&#233;rie consacr&#233; au &#171; Plaisir &#187;, 2012, p. 7-21. Nous remercions les Cahiers et Bernard S&#232;ve de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Le chapitre 4 de la Po&#233;tique indique, d&#232;s sa premi&#232;re phrase, que l'art po&#233;tique doit sa naissance &#171; &#224; deux causes, toutes deux naturelles &#187;. La premi&#232;re cause est imm&#233;diatement pr&#233;cis&#233;e et analys&#233;e : il s'agit de la tendance &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Po&#233;tique et &#201;tudes litt&#233;raires &#8211; GALERIE
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Premi&#232;re solution : le plaisir&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Premi&#232;re solution : le plaisir&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Deuxi&#232;me solution : la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Deuxi&#232;me solution : la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Troisi&#232;me solution : la bonne nature&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Troisi&#232;me solution : la bonne nature&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Une philosophie naturaliste de l'histoire de l'art&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Une philosophie naturaliste de l'histoire de l'art&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans les &lt;/i&gt; Cahiers philosophiques,&lt;i&gt; mars 2000, n&#176; 82, p. 5-22, puis de nouveau dans un num&#233;ro &lt;a href=&#034;http://cahiersphilosophiques.hypotheses.org/840&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hors-s&#233;rie&lt;/a&gt; consacr&#233; au &#171; Plaisir &#187;, 2012, p. 7-21. Nous remercions les&lt;/i&gt; Cahiers &lt;i&gt;et Bernard S&#232;ve de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le chapitre 4 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; indique, d&#232;s sa premi&#232;re phrase, que l'art po&#233;tique doit sa naissance &#171; &#224; deux causes, toutes deux naturelles &#187;. La premi&#232;re cause est imm&#233;diatement pr&#233;cis&#233;e et analys&#233;e : il s'agit de la tendance &#224; l'imitation, pr&#233;sente naturellement chez tous les hommes (&lt;i&gt;tois anthropois sumphuton&lt;/i&gt;). Ce point ne pose pas de probl&#232;me particulier au commentateur, il n'y a pas de doute possible quant &#224; l'identification de cette premi&#232;re cause. Il est en revanche difficile d'identifier, dans le texte d'Aristote, la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique. Rien, dans la lettre ou la structure du texte, n'oppose clairement un &#171; premi&#232;rement &#187; &#224; un &#171; deuxi&#232;mement &#187;. Les interpr&#232;tes se partagent donc entre plusieurs causes possibles, &#233;galement candidates aux fonction et dignit&#233; de &#171; seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rappelons d'abord le texte d'Aristote. Nous suivrons l'excellente version donn&#233;e par Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, La Po&#233;tique, &#201;ditions du Seuil, 1980.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non sans la modifier quelque peu. Sur un point, nous serons syst&#233;matiquement infid&#232;le &#224; leur choix, pr&#233;f&#233;rant conserver la traduction traditionnelle de &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt; par &#171; imitation &#187; plut&#244;t que par &#171; repr&#233;sentation &#187; ; en revanche, nous approuvons vivement leur traduction de &lt;i&gt;harmonia&lt;/i&gt; par &#171; m&#233;lodie &#187;, puisque le mot &lt;i&gt;harmonia&lt;/i&gt; d&#233;signe une succession de sons, et non une simultan&#233;it&#233; de sons (l'harmonie au sens moderne &#233;tant inconnue de la musique antique) ; et nous suivrons leur heureux proc&#233;d&#233; abr&#233;viatif : 48b27 pour 1448b27. La critique que nous serons amen&#233; &#224; proposer de leur interpr&#233;tation de la seconde cause naturelle n'&#244;te rien &#224; l'admiration que nous inspire leur remarquable travail de traduction et de commentaire de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'art po&#233;tique dans son ensemble para&#238;t devoir sa naissance &#224; deux causes, toutes deux naturelles. D&#232;s l'enfance, les hommes ont, inscrites dans leur nature, &#224; la fois une tendance &#224; imiter (et l'homme se diff&#233;rencie des autres animaux parce qu'il est particuli&#232;rement enclin &#224; imiter et qu'il a recours &#224; l'imitation dans ses premiers apprentissages), et une tendance &#224; &#233;prouver du plaisir aux imitations. Nous en avons une preuve dans l'exp&#233;rience pratique : nous avons plaisir &#224; contempler les images les plus pr&#233;cises des choses dont la vue nous est p&#233;nible dans la r&#233;alit&#233;, par exemple les formes d'animaux parfaitement ignobles ou de cadavres ; la raison en est qu'apprendre est un plaisir non seulement pour les philosophes, mais &#233;galement pour les autres hommes (mais ce qu'il y a de commun entre eux sur ce point se limite &#224; peu de chose) ; en effet si l'on aime &#224; voir des images, c'est qu'en les regardant on apprend &#224; conna&#238;tre et on conclut ce qu'est chaque chose comme lorsqu'on dit : celui-l&#224;, c'est lui. Car si on n'a pas vu auparavant, ce n'est pas l'imitation qui procurera le plaisir, mais il viendra du fini dans l'ex&#233;cution, de la couleur, ou d'une autre cause de ce genre. Puisque nous avons une tendance naturelle &#224; l'imitation, &#224; la m&#233;lodie et au rythme (car il est &#233;vident que les m&#232;tres font partie des rythmes), ceux qui au d&#233;part avaient les meilleurs dispositions naturelles &#224; cet &#233;gard firent peu &#224; peu des progr&#232;s et donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#224; partir de leurs improvisations. Puis la po&#233;sie se divisa selon le caract&#232;re de chacun : les auteurs graves imitaient des actions de qualit&#233; accomplies par des hommes de qualit&#233;s, les auteurs plus l&#233;gers celles d'hommes bas, en composant d'abord des bl&#226;mes, comme les autres composaient des hymnes et des &#233;loges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;DIV ALIGN=RIGHT&gt;Aristote, &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, chap. 4, 1448 b 4-27.&lt;/DIV&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De quelle &#171; seconde cause naturelle &#187; ce texte parle-t-il ? Deux solutions sont g&#233;n&#233;ralement propos&#233;es. Pour les uns (Hardy, Goldschmidt, EIse, Pesce, Neschke), la seconde cause est &#224; chercher dans la &#171; tendance &#224; &#233;prouver du plaisir aux imitations &#187; (&lt;i&gt;to khairein tois mim&#233;masi,&lt;/i&gt; 48b8-9) ; pour les autres (Dupont-Roc et Lallot, Lucas), cette seconde cause tiendrait &#224; une disposition sp&#233;cifique, voire un instinct, &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187; (48b20-21). Si certains commentateurs expriment un doute sur la possibilit&#233; d'obtenir une solution s&#251;re de ce probl&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il testo [...] non consente una riposta sicura &#187;, Domenico Pesce, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'autres n'h&#233;sitent pas &#224; introduire leur solution dans le texte m&#234;me d'Aristote, sous forme de num&#233;ros d'ordre pour le moins contestables. G&#233;rald Else, dans son &#233;dition, num&#233;rote : &#171; 1) the habit of imitation is congenital to human beings... &#187; et &#171; 2) the pleasure that aIl men take in works of imitation... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristotle, Poetics, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1967, ad (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; dans un sens tout contraire, R. Dupont-Roc et J. Lallot num&#233;rotent : &#171; 1. D&#232;s l'enfance les hommes ont, inscrites dans leur nature, &#224; la fois une tendance &#224; repr&#233;senter&#8230; &#187; et &#171; 2. Puisque nous avons une tendance naturelle &#224; la repr&#233;sentation, et aussi &#224; la m&#233;lodie et au rythme... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., ad loc.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lucas, qui voit dans cette question un probl&#232;me majeur de la &lt;i&gt;Po&#233;tique, &lt;/i&gt;r&#233;sume bien l'alternative : &#171; whether (a) the two causes are the naturaI tendency to imitate and the naturaI pleasure in imitations, or (b) the tendency to imitation is one cause with two subdivisions, and the other cause is the instinct for rhythm an melody &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristotle, Poetics, by D. W. Lucas, Oxford. Clarendon Press. 1968, p. 74 ; &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les commentaires r&#233;cents de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; que nous avons consult&#233;s se tiennent dans le cadre de cette alternative : si le choix de la branche de l'alternative diff&#232;re d'un commentateur &#224; l'autre, il y a accord sur l'existence de l'alternative elle-m&#234;me. Cet accord nous para&#238;t pouvoir &#234;tre discut&#233;. Nous sommes en effet dans un type de situation dont Bergson a brillamment critiqu&#233; l'illusoire fermeture : le nombre de possibilit&#233;s serait fix&#233; d'avance, et il n'y aurait plus qu'&#224; choisir entre les seules solutions disponibles. Il nous semble au contraire qu'une troisi&#232;me solution s'offre, dans le texte d'Aristote m&#234;me. Cette solution permet, nous semble-t-il, d'&#233;viter les impasses auxquelles m&#232;nent les deux lectures re&#231;ues. Nous commencerons par exposer ces deux lectures, et les meilleurs arguments dont chacune peut se pr&#233;valoir ; nous t&#226;cherons de montrer pour quelles raisons ces interpr&#233;tations ne peuvent &#234;tre retenues, et proposerons une solution &#224; nos yeux plus satisfaisante. La discussion n'a pas seulement pour but de r&#233;soudre, s'il se peut, une &#233;nigme assez intrigante ; il y va aussi de l'interpr&#233;tation d'ensemble de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; d'Aristote, et peut-&#234;tre de la po&#233;tique tout court.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Premi&#232;re solution : le plaisir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir serait seconde cause de l'art po&#233;tique, en tant que cause finale. &#171; La premi&#232;re cause [la tendance naturelle &#224; l'imitation] explique la cr&#233;ation po&#233;tique, la seconde le go&#251;t du public pour la po&#233;sie &#187; explique J. Hardy, dans une note approuv&#233;e par V. Goldschmidt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Hardy, Aristote, La Po&#233;tique, Bud&#233;, note 78 &#224; la p. 33, ligne 9 ; V. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette explication est, &#224; certains &#233;gards, satisfaisante. Elle peut s'appuyer sur la structure binaire de la deuxi&#232;me phrase du chapitre 4 (&lt;i&gt;to gar mimeisthai...kai to khairein&lt;/i&gt;), elle-m&#234;me reflet d'une sym&#233;trie forte : le cr&#233;ateur d'un c&#244;t&#233;, le spectateur de l'autre. La premi&#232;re cause concernerait le cr&#233;ateur (la tendance &#224; imiter), la seconde le spectateur (la tendance &#224; trouver du plaisir aux imitations produites par autrui). La convergence des deux causes fonderait l'art po&#233;tique : un cr&#233;ateur qui travaille pour un public. Les deux causes naturelles seraient ainsi nou&#233;es ensemble, dans un seul mouvement argumentatif. Cette fa&#231;on de donner d'embl&#233;e la r&#233;ponse compl&#232;te, avant d'en d&#233;tailler les &#233;l&#233;ments, est bien dans la mani&#232;re d'Aristote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Et pourtant : comment le plaisir du public serait-il cause, cause finale donc, de la &lt;i&gt;techn&#232; poi&#233;tik&#232;&lt;/i&gt;, de l'art avec lequel le po&#232;te encha&#238;ne mim&#233;tiquement des actions et construit une intrigue ? Plus vraisemblable, &#224; tout prendre, serait une explication qui ferait du plaisir du cr&#233;ateur la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique - si ce n'est que le plaisir du cr&#233;ateur n'est que le prolongement et le couronnement du bon exercice de sa tendance mim&#233;tique naturelle ; et qu'ainsi la seconde cause ne serait pas, dans cette hypoth&#232;se, r&#233;ellement diff&#233;rente de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est bien vrai que le chapitre 4 analyse le plaisir pris &#224; regarder les images, plaisir de spectateur donc (48b9-19) ; mais ce plaisir ne nous para&#238;t pouvoir exercer aucune contrainte technique sur le cr&#233;ateur des images, ni lui donner aucune indication sur ce qu'il a &#224; faire. Sans doute le peintre ou le po&#232;te cherchent-ils aussi &#224; plaire &#224; un public, mais ce &#171; plaire &#187; n'est pas cause de ce qu'il y a de technique dans leur art. Aristote insiste assez sur la n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure de l'&#339;uvre (l'intrigue li&#233;e par le double lien sp&#233;cifiquement po&#233;tique du vraisemblable et du n&#233;cessaire) et manifeste assez sa d&#233;fiance devant les s&#233;ductions du spectacle et de la mise en sc&#232;ne pour qu'on ne puisse s'y tromper : le plaisir du spectateur est certainement un effet de l'&#339;uvre r&#233;ussie, elle r&#233;pond &#224; son go&#251;t pour l'imitation, mais il n'est pas cause finale de l'&lt;i&gt;art&lt;/i&gt; po&#233;tique. Ce plaisir peut &#234;tre cause finale de telle ou telle &#339;uvre concr&#232;te (&#233;crite pour un public particulier, tenant compte de son go&#251;t ou de ses habitudes, etc.), non de l'art comme tel. &#201;crire une histoire qui plaise &#224; tel type de public suppose pr&#233;alablement de savoir composer une intrigue. La ma&#238;trise de l'art po&#233;tique est pr&#233;suppos&#233;e par toute d&#233;termination &#171; finalis&#233;e &#187; de telle ou telle &#339;uvre particuli&#232;re. L'art po&#233;tique consiste &#224; bien construire une intrigue, &#224; choisir les caract&#232;res convenables et les bonnes figures rh&#233;toriques, &#224; bien nouer et bien d&#233;nouer : rien de tout cela ne peut &#234;tre inf&#233;r&#233; du plaisir que l'auteur suppose (car ce ne peut &#234;tre qu'une supposition, une croyance) que son &#339;uvre suscitera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'interpr&#233;tation par le plaisir du spectateur pose un autre probl&#232;me encore : si elle &#233;tait exacte, c'est la litt&#233;rature qui, en un sens, deviendrait sans objet. Le texte litt&#233;raire, pour Aristote, est d&#233;fini par l'action, l'intrigue, il faut donc que la seconde cause naturelle explique pr&#233;cis&#233;ment cette construction d'intrigue (la &lt;i&gt;po&#239;esis&lt;/i&gt; est fabrication). Or l'imitation par le langage peut provoquer un plaisir, un grand plaisir m&#234;me, sans relever du &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt;, de l'intrigue : nous pensons par exemple aux descriptions, &#224; ce que les Grecs appelaient &lt;i&gt;ekphrasis&lt;/i&gt;, et dont la description du bouclier d'Achille dans l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; est l'exemple canonique. il est des litt&#233;ratures qui donneront &#224; la description un statut esth&#233;tique plein, et non pas seulement ornemental : on pense &#224; Flaubert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G&#233;rard Genette, &#171; Silences de Flaubert &#187; in Figures I, Seuil, 1969 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi aux &lt;i&gt;Mille et Une Nuits&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple les cent-uni&#232;me et cent-deuxi&#232;me Nuits, enti&#232;rement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce n'est pas la position d'Aristote. L'explication par le plaisir, quand bien m&#234;me elle surmonterait les objections que nous avons propos&#233;es, se r&#233;v&#233;lerait trop large pour fonder l'art po&#233;tique dans l'extension exacte qu'Aristote lui donne. Qu'une imitation par le langage procure du plaisir ne suffit pas &#224; l'inscrire sous la juridiction de l'art po&#233;tique au sens aristot&#233;licien du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une autre objection encore peut &#234;tre oppos&#233;e &#224; cette interpr&#233;tation. L'art po&#233;tique n'est pas un, mais plusieurs : le talent du po&#232;te comique n'est pas celui du po&#232;te &#233;pique, et seul Hom&#232;re a su r&#233;unir en m&#234;me temps que fonder la pluralit&#233; des arts po&#233;tiques. La fondera-t-on sur la diversit&#233; des publics, et sur leurs plaisirs respectifs ? Mais n'est-ce pas le m&#234;me public qui trouve plaisir &#224; entendre l'a&#232;de chanter l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; comme &#224; voir repr&#233;senter &lt;i&gt;&#338;dipe- Roi &lt;/i&gt; ? Sans doute le plaisir &#233;pique est-il diff&#233;rent du plaisir tragique ; mais le public &#233;tant identique, il faut qu'&#224; cette diff&#233;rence des plaisirs corresponde une diff&#233;rence dans les &#339;uvres m&#234;mes. Nous sommes donc reconduits &#224; l'&#339;uvre, ou plut&#244;t &#224; sa production. Aristote fonde d'ailleurs la diff&#233;rence des genres po&#233;tiques (com&#233;die, &#233;pop&#233;e, trag&#233;die) sur la diff&#233;rence des caract&#232;res des po&#232;tes (48b24), non sur la diff&#233;rence des go&#251;ts ou pr&#233;f&#233;rences du public. Car la cause naturelle de l'&lt;i&gt;art&lt;/i&gt; po&#233;tique, c'est la cause de la fa&#231;on dont l'&#339;uvre est produite, non la fa&#231;on dont elle est re&#231;ue (s'il est permis d'employer une distinction quelque peu anachronique). Les r&#232;gles de construction d'une &#233;pop&#233;e ne sont pas celles d'une trag&#233;die (statut des &#233;pisodes, longueur, etc.) : l'art po&#233;tique pense ces diff&#233;rences, et ce n'est pas dans le plaisir du spectateur que l'on peut en trouver la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Faire du plaisir du spectateur la cause finale de l'&#339;uvre, c'est poser la fin de l'&#339;uvre hors d'elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En &#233;voquant la ligne 1462b14 (op. cit., p. 210), Goldschmidt surinterpr&#232;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, la trag&#233;die est faite pour &#234;tre vue ou lue, mais elle est &#339;uvre pour autant qu'elle ob&#233;it &#224; sa nature propre. Victor Goldschmidt, pourtant partisan de la th&#232;se que nous discutons, insiste &#224; juste titre sur le fait que le genre po&#233;tique (trag&#233;die, &#233;pop&#233;e, com&#233;die) est pour Aristote un &#234;tre naturel, comme l'animal ou la Cit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 212.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; deux reprises, Aristote fait explicitement de la nature l'agent de la po&#233;sie, et comme un auxiliaire voire un moniteur du po&#232;te : &#171; la nature trouva elle-m&#234;me le m&#232;tre appropri&#233; [&#224; la trag&#233;die] &#187; (chap. 4, 49a24) : &#171; la nature nous apprend elle-m&#234;me &#224; choisir le m&#232;tre qui convient &#187; (chap. 26, 60a4). Cette appropriation du m&#232;tre au genre tragique est une n&#233;cessit&#233; de l'&#339;uvre, ou plut&#244;t de la forme tragique (de la trag&#233;die comme genre litt&#233;raire) ; et c'est en t&#226;tonnant que les hommes la d&#233;couvrent, pouss&#233;s par la n&#233;cessit&#233; naturelle de la chose &#224; faire, non par le plaisir du public. Pour le dire autrement, l'esth&#233;tique d'Aristote n'est pas une esth&#233;tique de la r&#233;ception. Paul Ric&#339;ur le note avec justesse : &#171; &#192; la diff&#233;rence de la &lt;i&gt;Rh&#233;torique &lt;/i&gt;qui subordonne l'ordre du discours &#224; ses effets sur l'auditoire, la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; ne marque aucun int&#233;r&#234;t explicite pour la communication de l'&#339;uvre au public [...]. La r&#233;ception de l'&#339;uvre n'est donc pas une cat&#233;gorie majeure de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;. Celle-ci est un trait&#233; relatif &#224; la composition, sans presque aucun &#233;gard pour celui qui la re&#231;oit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Ric&#339;ur, Temps et r&#233;cit, Seuil, 1983, t. l, p. 79-80. Pour Ric&#339;ur, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le plaisir du spectateur est semblable au plaisir du naturaliste dont parle un texte c&#233;l&#232;bre des &lt;i&gt;Parties des Animaux&lt;/i&gt; : si le biologiste a plaisir &#224; observer, jusque dans les entrailles sanguinolentes des animaux, la finalit&#233; de la nature, ce n'est pas &#224; dire que cette finalit&#233; ait elle-m&#234;me pour fin le plaisir de l'observateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Partie des Animaux, I, 5, 644b22 - 645a36.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est bien plut&#244;t parce qu'elle est ferm&#233;e sur elle-m&#234;me que cette finalit&#233; naturelle peut provoquer, chez Je biologiste et l'ami du savoir, ce plaisir sup&#233;rieur qui na&#238;t de l'exacte saisie des causes et de la compr&#233;hension de la rationalit&#233; des choses. Il y a certes une diff&#233;rence entre l'animal et la trag&#233;die, puisque la trag&#233;die est d&#233;lib&#233;r&#233;ment produite par le po&#232;te, alors que la nature agit sans d&#233;lib&#233;rer ; que l'&#339;uvre po&#233;tique produise un plaisir sp&#233;cifique est certain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Po&#233;tique, chap.13,53a36 ; chap.14,53b11 ; chap.23,59a21 ; chap.26,62b12-14.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et l'on peut m&#234;me dire &#224; bon droit que ce plaisir po&#233;tique est cause finale de l'&#339;uvre (ou plut&#244;t l'une de ses causes finales). Mais il ne saurait &#234;tre cause finale ni des formes esth&#233;tiques (de la trag&#233;die comme Forme), ni,&lt;i&gt; a fortiori&lt;/i&gt;, de l'art po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La suite des id&#233;es du d&#233;but du chapitre 4 (48b4-19) est donc la suivante : le &lt;i&gt;mimeisthai&lt;/i&gt;, l'imiter, est naturel, c'est la premi&#232;re cause naturelle de l'art po&#233;tique ; un indice, un signe (&lt;i&gt;s&#233;m&#232;ion&lt;/i&gt;) de cette naturalit&#233; de l'imiter, c'est le plaisir que nous prenons aux imitations (&lt;i&gt;mim&#232;ma&lt;/i&gt;, le produit de l'imitation) et aux images, aux reproductions. Qu'Aristote ne distingue pas nettement ici le plaisir suscit&#233; par le fait d'imiter soi-m&#234;me (plaisir du cr&#233;ateur) et le plaisir pris aux images faites par d'autres (plaisir du spectateur) n'a rien d'&#233;tonnant : dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'affirmer l'ancrage naturel du &lt;i&gt;mimeisthai&lt;/i&gt;, non le satut psychologique du plaisir. Lucas voit bien que le probl&#232;me n'est pas dans la distinction de ces deux formes de plaisir, et les juxtapose dans sa description de la premi&#232;re cause comme &#171; the pleasure in imitating and the pleasure in imitations performed by others &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 71 ; &#171; le plaisir d'imiter et le plaisir pris aux imitations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On pourrait d'ailleurs soutenir que le plaisir pris par le spectateur est command&#233; par le plaisir pris par l'auteur-acteur. Pour trouver plaisir aux imitations propos&#233;es par autrui, il faut que cet autrui ait lui-m&#234;me pris plaisir &#224; les faire. Le plaisir n'est ici qu'indice ou signe, et non th&#232;me de l'analyse. Ce plaisir prouve la naturalit&#233; en m&#234;me temps que l'universalit&#233; (chez le philosophe (comme chez les autres hommes) de cette tendance mim&#233;tique, il est le moyen terme qui relie &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt; et nature, et il n'est envisag&#233; ici que dans cette fonction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Deuxi&#232;me solution : la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La seconde interpr&#233;tation pense trouver la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique dans la tendance naturelle &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187;, qui viendrait ainsi prolonger et sp&#233;cifier la tendance naturelle &#224; l'imitation en g&#233;n&#233;ral. Dans leur critique de l'interpr&#233;tation par le plaisir, R. Dupont-Roc et J. Lallot soulignent que &#171; pour expliquer la naissance de la po&#233;sie, comme art repr&#233;sentatif particulier, l'affinit&#233; de l'homme avec la repr&#233;sentation est une cause trop g&#233;n&#233;rale qui en appelle une seconde plus sp&#233;cifique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 166. Rappelons que, sous la plume des deux auteurs, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : l'argument est juste, et vient tr&#232;s heureusement compl&#233;ter notre propre critique. Le plaisir pris &#224; l'imitation ne suffit en effet pas &#224; sp&#233;cifier cette imitation comme &#171; po&#233;tique &#187;, puisque les imitations musicales, chor&#233;graphiques ou plastiques procurent &#233;galement du plaisir. L'argumentation des lignes 4-19 &#233;voquait d'ailleurs tr&#232;s explicitement la repr&#233;sentation picturale. Une tendance particuli&#232;re &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187; viendrait op&#233;rer cette sp&#233;cification si souhaitable de la tendance mim&#233;tique pr&#233;sente de fa&#231;on indiff&#233;renci&#233;e dans la nature humaine. Nos auteurs sont donc conduits &#224; chercher la deuxi&#232;me cause naturelle dans une instance de sp&#233;cification qui serait une tendance naturelle &#233;lectivement orient&#233;e vers la m&#233;lodie et le rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On notera d'abord que cette interpr&#233;tation conduit nos auteurs &#224; surtraduire un peu le passage : l&#224; o&#249; Aristote juxtapose simplement les trois termes (&lt;i&gt;tou mimeisthai kai t&#232;s harmonias kai tou rhuthmou&lt;/i&gt;), la traduction introduit un groupement (&#171; &#224; la repr&#233;sentation, &lt;i&gt;et aussi&lt;/i&gt; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187;, nous soulignons l'ajout), comme si &#171; &#224; la repr&#233;sentation &#187; reprenait la premi&#232;re cause et que &#171; &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187;, group&#233;s ensemble, indiquait la seconde. La lettre du texte invite plut&#244;t &#224; voir dans la pr&#233;cision &#171; et &#224; la m&#233;lodie et au rythme &#187; une simple explicitation de la notion d'imitation, un peu comme dans le chapitre 1 (47a18-27), o&#249; cette explicitation est beaucoup plus d&#233;velopp&#233;e. Ce passage du chapitre 1 fournit la mati&#232;re de l'argument qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur le fond en effet, et ceci est l'argument principal, on ne voit pas comment la tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme pourrait sp&#233;cifier la tendance &#224; l'imitation du c&#244;t&#233; de la &lt;i&gt;po&#233;sie&lt;/i&gt;. La po&#233;sie est rythm&#233;e, elle comporte de la musique (le ch&#339;ur tragique), mais elle n'est pas seule dans ce cas, puisque c'est bien &#233;videmment, et plus fortement encore, le cas de la danse et de la musique elle-m&#234;me. Si la tendance (sp&#233;cifique) &#224; la m&#233;lodie et au rythme devait sp&#233;cifier la tendance (g&#233;n&#233;rale) &#224; l'imitation dans la direction d'un art particulier, ce serait pour donner naissance &#224; l'art &lt;i&gt;musical&lt;/i&gt; ou &#224; l'art &lt;i&gt;chor&#233;graphique&lt;/i&gt;, et certainement pas (ou pas d'abord) &#224; l'art &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt; : &#171; C'est de la m&#233;lodie et du rythme &lt;i&gt;seulement&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;monon&lt;/i&gt;) que font usage l'art de l'&lt;i&gt;aulos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il serait heureux que les traducteurs d'Aristote, des textes grecs en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui de la cithare et tous les autres qui ont les m&#234;mes ressorts, comme l'art de la syrinx ; c'est au moyen du rythme &lt;i&gt;seul&lt;/i&gt;, sans la m&#233;lodie, que l'art des danseurs imite (en effet, c'est en donnant figure &#224; des rythmes qu'ils imitent caract&#232;res, &#233;motions, action) &#187; (&lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, chap. 1,47a23-27, nous soulignons). Le rythme &#224; lui seul constitue la puissance mim&#233;tique de la danse, le rythme et la m&#233;lodie &#224; eux seuls constituent la puissance mim&#233;tique de la musique ; la po&#233;sie a, en outre, besoin du langage. Comment, dans ces conditions, la tendance &#233;lective &#224; la m&#233;lodie et au rythme pourrait-elle &#234;tre cause naturelle de l'art po&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On pourrait r&#233;pondre &#224; notre objection que le langage rel&#232;ve des comp&#233;tences communes de l'homme (animal dou&#233; de&lt;i&gt; logos&lt;/i&gt;), et qu'ainsi Aristote n'avait pas &#224; le mentionner explicitement ; on pourrait faire valoir, dans ce sens, la pr&#233;cision rattachant le m&#232;tre au rythme (48b21) ; le m&#232;tre &#233;tant &#171; un trait distinctif de fait du langage po&#233;tique grec &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Dupont-Roc et J. Lallot, op. cit., p. 166.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la r&#233;f&#233;rence au m&#232;tre d&#233;signerait ainsi une instance sp&#233;cifiant la premi&#232;re cause naturelle. Cette r&#233;ponse, forte, n'emporte pas notre conviction. Il est d&#233;j&#224; remarquable que les traducteurs favorables &#224; l'interpr&#233;tation par le rythme et la m&#233;lodie traduisent entre parenth&#232;ses seulement cette pr&#233;cision concernant le m&#232;tre ; d&#233;tail, sans doute, mais significatif : Aristote n'entend pas mettre l'accent sur la dimension langagi&#232;re de cette tendance naturelle &#224; l'imitation en g&#233;n&#233;ral, &#224; la m&#233;lodie et au rythme. Plus important est l'argument suivant : le m&#232;tre est, en effet, un trait distinctif du langage po&#233;tique grec, nous avons m&#234;me envie de dire &#171; n'est qu'un trait distinctif &#187;, &#171; de fait &#187; et non de droit ; il n'est pas l'essence de l'&#339;uvre po&#233;tique, de l'histoire entendue comme agencement des actions. La tendance naturelle au m&#232;tre, pris dans un ensemble plus vaste (rythme en g&#233;n&#233;ral, m&#233;lodie, et m&#234;me l'imitation prise en bloc) dans l'&#233;num&#233;ration duquel il entre sans privil&#232;ge, ne nous para&#238;t pas pouvoir assurer les fonctions de seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Troisi&#232;me solution : la bonne nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir au probl&#232;me pr&#233;cis trait&#233; par Aristote dans ce chapitre 4. Trois choses sont &#224; consid&#233;rer : l'&#339;uvre (par exemple &lt;i&gt;Oedipe-Roi&lt;/i&gt;), la forme, c'est-&#224;-dire le genre litt&#233;raire (par exemple la trag&#233;die), et l'art po&#233;tique (l'ensemble des proc&#233;d&#233;s normatifs qu'expose et justifie la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;). L'&#339;uvre est singuli&#232;re, et, comme toute singularit&#233; chez Aristote, ne peut &#234;tre enti&#232;rement et scientifiquement fond&#233;e. La forme est naturelle, comparable, nous l'avons dit, &#224; l'animal ou &#224; la Cit&#233; ; il n'y a donc pas lieu d'exposer une gen&#232;se de la forme (la forme est inengendr&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;taphysique, Z,8,1035b5 ; De la g&#233;n&#233;ration et de la corruption, l, 4.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais plut&#244;t d'indiquer les moments de sa d&#233;couverte progressive, de son &lt;i&gt;inventio&lt;/i&gt;. L'art po&#233;tique, lui, est produit d'une histoire ; il a des causes, &#171; toutes deux naturelles &#187; ; et c'est de cet art po&#233;tique que nous recherchons la seconde cause naturelle. Bien s&#251;r, cet art po&#233;tique se donne, concr&#232;tement, dans les &#339;uvres mim&#233;tiques les plus r&#233;ussies ; Aristote en d&#233;gage r&#233;flexivement et analytiquement les principes et les r&#232;gles dans son trait&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui explique et justifie l'intrication, dans la Po&#233;tique, du discours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais c'est bien une capacit&#233; technique, un savoir-faire, un don pour la construction mim&#233;tico-po&#239;&#233;tique que vise Aristote sous le chef des &#171; causes naturelles &#187;. La premi&#232;re capacit&#233; est commune &#224; tous les hommes (tous les hommes imitent), la seconde sera moins commun&#233;ment partag&#233;e (tous les hommes ne sont pas po&#232;tes). Quelle est-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'interpr&#233;tation par le plaisir manque &#224; expliquer qu'il s'agisse de l&lt;i&gt;'art, &lt;/i&gt;et l'interpr&#233;tation par le rythme et la m&#233;lodie qu'il s'agisse de l'art &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt;. Cette derni&#232;re, &#224; certains &#233;gards moins plausible que la premi&#232;re, offre pourtant davantage de ressources. Elle reconduit en effet la question de la cause de l'art po&#233;tique &#224; la question de la production de l'&#339;uvre, et non po&#233;tique &#224; celle de sa r&#233;ception ; elle cherche donc du bon c&#244;t&#233;. La cause naturelle de cette technique singuli&#232;re qui produit ces &#339;uvres presque naturelles que sont les trag&#233;dies, les &#233;pop&#233;es et les com&#233;dies, ce ne peut &#234;tre que la nature travaillant dans l'artiste. La tendance mim&#233;tique est agissante en tout homme, &#171; d&#232;s l'enfance &#187; (48b7) pr&#233;cise Aristote. Cette notation, d'apparence anodine, nous semble indiquer une voie. La nature de l'homme n'est pas de rester enfant, et l'imitation enfantine n'est assur&#233;ment pas plus la v&#233;rit&#233; de l'imitation que l'enfant n'est la v&#233;rit&#233; de l'homme. De la tendance naturelle &#224; l'imitation se distinguerait une tendance plus savante, plus technique. La technique mim&#233;tique se d&#233;marquerait de l'imm&#233;diatet&#233; imitative comme une nature plus d&#233;velopp&#233;e d'une nature qui l'est moins, comme l'homme de l'enfant, comme le po&#232;te dou&#233; de &#171; l'homme du commun &#187;. C'est ce que dit la phrase suivante, d&#233;cisive pour notre probl&#232;me : &#171; Puisque nous avons une tendance naturelle &#224; l'imitation, &#224; la m&#233;lodie et au rythme (car il est &#233;vident que les m&#232;tres font partie des rythmes), ceux qui au d&#233;part (&lt;i&gt;ex arch&#232;s&lt;/i&gt;) avaient les meilleures dispositions naturelles &#224; cet &#233;gard (&lt;i&gt;oi pephukotes pros auta malista&lt;/i&gt;) firent peu &#224; peu des progr&#232;s et donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#224; partir de leurs improvisations &#187; (48b20-24)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est curieux que R. Dupont-Roc et J. Lallot ne traduisent pas pros auta, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans cette phrase que R. Dupont-Roc et J. Lallot cherchaient la seconde cause naturelle ; nous l'y trouvons &#233;galement, mais un peu plus loin qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est en effet dans la seconde partie de cette phrase qu'est indiqu&#233;e la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique. Cette cause &lt;i&gt;naturelle &lt;/i&gt;tient aux meilleures dispositions &lt;i&gt;naturelles&lt;/i&gt; que manifestent certains hommes pour &#171; ces choses-l&#224; &#187;, l'imitation, le rythme (y compris les m&#232;tres), la m&#233;lodie (&lt;i&gt;oi pephukotes pros auta malista&lt;/i&gt;) ; plus dou&#233;s, ces hommes peuvent d&#233;passer les improvisations (&lt;i&gt;ta&lt;/i&gt; &lt;i&gt;autoschediasmata&lt;/i&gt;) auxquelles sont limit&#233;es les natures moins favoris&#233;es ; d&#233;passant le stade de la simple improvisation, ces hommes peuvent faire des progr&#232;s (&lt;i&gt;proagontes&lt;/i&gt;), et ainsi, &#171; ils donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#187; (&lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt; &lt;i&gt;t&#232;n po&#239;esin&lt;/i&gt;). Le verbe eg&#233;nn&#232;san est capital : il d&#233;signe une gen&#232;se quasi biologique, il connote ce qui est pour Aristote la cause naturelle par excellence, la g&#233;n&#233;ration. Il fait d'ailleurs &#233;cho au &lt;i&gt;genn&#232;sai&lt;/i&gt; du d&#233;but de ce chapitre 4, comme le remarquent &#233;galement R. Dupont-Roc et J. Lallot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 166-167 ; notre lecture diverge de celle des deux auteurs quant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; la reprise du m&#234;me verbe confirme que c'est bien du c&#244;t&#233; des natures plus dou&#233;es (&lt;i&gt;oi pephukotes malista&lt;/i&gt;) qu'il faut chercher la deuxi&#232;me cause naturelle de l'art po&#233;tique. Dans le parfait &lt;i&gt;pephukotes&lt;/i&gt; r&#233;sonne aussi la naturalit&#233; de la cause : &lt;i&gt;p&#233;phuk&#244;s&lt;/i&gt; d&#233;signe le fait d'&#234;tre n&#233; avec une certaine disposition donn&#233;e par la nature (&lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt;). Aristote rappelle, au d&#233;but de cette phrase, la tendance naturelle &#224; l'imitation, premi&#232;re cause naturelle, ici d&#233;taill&#233;e, de mani&#232;re non exhaustive, en imitation (le genre), m&#233;lodie et rythme (les esp&#232;ces de moyen), m&#232;tre (une sous-esp&#232;ce de l'esp&#232;ce &#171; rythme &#187;), tendance &lt;i&gt;kata phusin&lt;/i&gt;, &#171; d&#232;s l'enfance &#187;, qui concerne &#171; nous &#187;, nous les hommes, tout le monde ; ce rappel op&#233;r&#233;, il d&#233;signe une seconde cause naturelle, une capacit&#233; naturelle (naturalit&#233; deux fois exprim&#233;e, &#171; d&#232;s le d&#233;but &#187; et &#171; les meilleures dispositions naturelles &#187;), capacit&#233; de passer de l'improvisation &#224; l'art po&#233;tique (&lt;i&gt;po&#239;esis&lt;/i&gt;) qui n'est donn&#233;e qu'&#224; quelques-uns. La sym&#233;trie des deux causes s'exprime jusque dans leur dimension temporelle, la premi&#232;re &#233;tant donn&#233;e &lt;i&gt;ek paid&#244;n&lt;/i&gt;, d&#232;s l'enfance, la seconde &lt;i&gt;ex arch&#232;s&lt;/i&gt;, d&#232;s le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le contexte, opposant l'improvisation &#224; la &lt;i&gt;po&#239;esis,&lt;/i&gt; autorise &#224; (et m&#234;me enjoint de) donner le sens d' &#171; art po&#233;tique &#187; &#224; &lt;i&gt;po&#239;esis&lt;/i&gt;. Nous assistons ici &#224; la naissance, &#224; la gen&#232;se (&lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt;) de la po&#233;sie &#224; partir des improvisations. &lt;i&gt;Autosch&#233;diaz&#244;&lt;/i&gt;, &#171; improviser &#187;, signifie &#171; agir ou parler sans pr&#233;paration &#187;, &#171; prendre &#224; la h&#226;te les mesures n&#233;cessaires &#187;, voire &#171; agir avec pr&#233;cipitation, sans r&#233;flexion, &#224; la l&#233;g&#232;re &#187; ; c'est agir ou parler sur le champ, sans recul, sans technique. Ce qui s&#233;pare l'improvisation po&#233;tique (cette sorte de fabulation spontan&#233;e dont tous les hommes, y compris et surtout les enfants, sont capables) de l'&#339;uvre po&#233;tique (r&#233;serv&#233;e aux plus dou&#233;s), c'est pr&#233;cis&#233;ment celte dimension de r&#233;flexion, de ma&#238;trise, d'apprentissage, d'&#233;laboration, bref de technique. Cette technique s'enracine dans une nontechnique, qu'elle d&#233;passe et accomplit, comme le note justement Ada Neschke&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Die Ueberg&#228;nge von untechnischen zu einem technischen Darstellen sind in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; l'improvisation correspond au moment naturel de l'imitation, la construction d'une &#339;uvre &#224; son moment technique. Comme le dit D. Pesce, &#171; l'improvvisazione costituisce una sorta di fase intermedia tra l'istinto dell'imitazione e la poesia vera e propria, un qualcosa di mezzo dunque tra la natura e l'arte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 76, note 5 ; &#171; L'improvisation constitue une sorte de phase (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce moment interm&#233;diaire entre l'art proprement dit et la nature correspond &#224; la premi&#232;re cause naturelle. La seconde cause correspond au moment o&#249; l'improvisation se fait &#339;uvre, o&#249; la spontan&#233;it&#233; se fait texte. Cette seconde cause naturelle n'existe que dans certaines natures particuli&#232;rement dou&#233;es - d'autant plus &#171; nature &#187; qu'elles seront davantage capables de porter l'improvisation &#224; la hauteur de l'art, de lui donner une forme. L'improvisation esquisse des formes &#233;vanescentes, l'&#339;uvre seule est la forme qui dure. Dans un contexte tr&#232;s diff&#233;rent, l'abb&#233; Batteux &#233;crira &#171; Chercher la po&#233;sie dans sa premi&#232;re origine, c'est la chercher avant son existence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abb&#233; Charles Batteux, Les beaux-arts r&#233;duits &#224; un m&#234;me principe, &#233;dition de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; appliquons cette formule remarquable au probl&#232;me qui nous occupe : la premi&#232;re origine de l'art po&#233;tique est certainement &#224; chercher dans la tendance naturelle &#224; la &lt;i&gt;mim&#233;sis, &lt;/i&gt;premi&#232;re cause naturelle ; mais l'existence de l'art po&#233;tique demande autre chose, une seconde cause non moins naturelle, mais seconde d&#233;j&#224; en ce qu'elle vient apr&#232;s la premi&#232;re et introduit la dimension du temps, le don naturel d'&#233;lever l'imiter au construire et l'improvisation qui passe &#224; l' &#339;uvre qui dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est &#224; cet &#233;gard int&#233;ressant de noter que, lorsque Guillaume de Moerbeke traduit en latin la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, il est arr&#234;t&#233; et comme embarrass&#233; par le mot &lt;i&gt;autoschediasma&lt;/i&gt; (improvisation) ; il le traduit par &lt;i&gt;informibus&lt;/i&gt; en 48b24 ; en 49a10, il le translitt&#232;re purement et simplement, en commentant par &#171; &lt;i&gt;id est informi&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristoteles latinus, De arte poetica, Guillelmo de Moerbeke interprete, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (&lt;i&gt;informis&lt;/i&gt; signifie : &#224; l'&#233;tat brut, non &#233;labor&#233;). Il entend donc dans l'improvisation l'absence de cette forme que seul l'art peut donner aux imitations. Sans pr&#234;ter au grand traducteur notre interpr&#233;tation, disons que son commentaire (&#171; &lt;i&gt;id est&lt;/i&gt; &lt;i&gt;informi&lt;/i&gt; &#187;) a l'int&#233;r&#234;t de mettre l'accent sur ce dont l'improvisation est priv&#233;e, la forme ; l'improvisation, c'est l'imitation spontan&#233;e et informe, ou plut&#244;t, osons gloser la glose de Moerbeke, c'est l'imitation en d&#233;faut ou privation de forme ; absente de l'improvisation (dont on ne peut douter qu'elle corresponde &#224; la premi&#232;re cause naturelle, au d&#233;ploiement spontan&#233; de la tendance naturelle &#224; l'imitation), donn&#233;e par et dans l'artiste dou&#233; qui fait une &#339;uvre, la forme est ce qui fait que l'&#339;uvre est &#339;uvre. Le don de l'artiste est donc bien la seconde cause naturelle, et, en fait, la seule qui soit compl&#232;te : la cause donne la forme, la d&#233;finition de l'objet ou de l'&#339;uvre. Et sans doute ce don sera-t-il sp&#233;cifi&#233; (c'est la part de v&#233;rit&#233; de la seconde interpr&#233;tation), mais c'est en tant que don naturel et non en tant que sp&#233;cifi&#233; qu'il est seconde cause naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or cette nature dou&#233;e a chez Aristote un nom, qui appara&#238;t plus loin dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, au chapitre 22, lorsqu'il indique que savoir faire les m&#233;taphores est signe d'une &#171; nature bien dou&#233;e &#187;, &lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt; (59a7). &lt;i&gt;Euphu&#239;a&lt;/i&gt; est le nom de la seconde cause naturelle de l'art po&#233;tique, &lt;i&gt;phusis mim&#232;tik&#232;&lt;/i&gt; &#233;tant celui de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un autre argument nous parait pouvoir conforter notre th&#232;se. Si Aristote parle de deux causes naturelles, avec un effet d'insistance rh&#233;toriquement frappant (&lt;i&gt;aitiai duo tines kai autai phusikai&lt;/i&gt;, &#171; il y a deux causes, et toutes deux sont naturelles &#187;, 48b4-5), c'est que ces causes sont, au moins en partie, ind&#233;pendantes l'une de l'autre. On doit pouvoir penser la premi&#232;re cause sans la seconde. Or il est difficile de supposer un monde o&#249; existerait la tendance mim&#233;tique (premi&#232;re cause naturelle) mais non le plaisir pris &#224; l'imitation (seconde cause, selon la majorit&#233; des commentateurs). Il n'est pas de tendance naturelle, chez Aristote, dont l'exercice ne provoque un plaisir ; et peut-on supposer des imitations qui ne susciteraient aucun plaisir chez les spectateurs ? Mais on peut fort bien, en revanche, supposer un monde o&#249; chez personne ne se manifesterait de capacit&#233; po&#239;&#233;tique (constructive) ; ce serait un monde sans &#339;uvre d'art, un monde d'improvisations fugitives, plaisantes et joyeuses, mais ne faisant pas &#339;uvre. Un monde de fabulations sans lendemain, d'histoires oubli&#233;es aussit&#244;t qu'invent&#233;es, de d&#233;guisements d'occasion, et de ch&#226;teaux construits en sable et coquillages que la mar&#233;e va recouvrir. Un tel monde existe : c'est le monde des enfants. Le monde ludique de l'enfance est celui de la premi&#232;re cause naturelle, active d&#232;s notre plus jeune &#226;ge, &lt;i&gt;ek paid&#244;n&lt;/i&gt; (48b6), avant l'&#226;ge du s&#233;rieux qu'apporte avec elle la seconde cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cet argument porte contre la premi&#232;re interpr&#233;tation re&#231;ue. Peut-on soutenir, en faveur de la seconde, qu'il est possible de concevoir un monde sans tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme ? Cela para&#238;t difficile : la tendance mim&#233;tique est imm&#233;diatement d&#233;taill&#233;e, d&#232;s le chapitre 1 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, selon la tripartition des moyens (langage, couleurs et figures, m&#233;lodie, rythme), des objets et des modes. La tendance &#224; la m&#233;lodie et au rythme ne s'ajoute donc pas tant &#224; la tendance mim&#233;tique en g&#233;n&#233;ral comme un principe de sp&#233;cification qu'elle n'est imm&#233;diatement contenue dans sa d&#233;finition m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On cherche la seconde cause naturelle de l'&lt;i&gt;art &lt;/i&gt;po&#233;tique. &#192; l'art s'oppose l'improvisation, toute en spontan&#233;it&#233; et en imm&#233;diatet&#233;. L'improvisation ne demande que la tendance g&#233;n&#233;rale &#224; l'imitation ; la capacit&#233; proprement po&#233;tique, c'est-&#224;-dire technique, demande un don suppl&#233;mentaire, qui n'est d&#233;volu qu'&#224; quelques hommes, et qui ne se d&#233;ploie que dans le temps. La po&#233;sie est d'abord &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt;, &#171; mise en intrigue &#187; comme traduit heureusement P. Ric&#339;ur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Ric&#339;ur, op. cit., t. l, p. 55-84.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt; est lui-m&#234;me d&#233;fini comme &lt;i&gt;&#232; t&#244;n pragmat&#244;n sunth&#232;sis&lt;/i&gt;, agencements des faits en syst&#232;me (chap. 6, 50a5), et l'objet de l'art po&#233;tique est d&#233;fini, au d&#233;but du trait&#233;, comme &#171; la fa&#231;on de composer les intrigues &#187; (chap. 1, 47a9, p&lt;i&gt;&#244;s dei sunistasthai tous muthous&lt;/i&gt;). Or la composition se distingue nettement de l'improvisation : deux temporalit&#233;s sont s&#233;par&#233;es dans le premier cas (temps de la construction, temps immanent &#224; l'&#339;uvre) qui sont indistinctes dans le second&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ric&#339;ur soutient qu'Aristote s'int&#233;resse peu &#224; la seconde de ces temporalit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'intrigue po&#233;tique, de par sa complexit&#233; (n&#339;ud, d&#233;nouement, renversement, reconnaissance, etc.) suppose d'&#234;tre objectiv&#233;e et fix&#233;e dans un texte (exceptionnellement, dans une m&#233;moire soutenue par des proc&#233;d&#233;s mn&#233;motechniques) ; l'improvisation reste inobjectiv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'il y ait des cas interm&#233;diaires o&#249; l'improvisation se pr&#233;pare et se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la po&#233;sie doit &#234;tre naturellement caus&#233;e, il faut donc une cause naturelle sp&#233;cifique de cette capacit&#233; de construction et d'objectivation, que la capacit&#233; d'improvisation ne contient pas par elle-m&#234;me. Cette capacit&#233;, c'est l'&lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt;, la bonne nature de l'homme dou&#233; ([&lt;i&gt;kal&#244;s&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;pephuk&#244;s&lt;/i&gt;). Ce concept de bonne nature, qui signifie une intensit&#233; sup&#233;rieure du naturel, est typiquement aristot&#233;licien, et l'homme dou&#233; pour la construction po&#233;tique, l'&lt;i&gt;euphu&#232;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce terme, qui correspond &#224; euphu&#239;a, ne se trouve pas dans la Po&#233;tique, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, demanderait &#224; &#234;tre rapproch&#233; de figures aristot&#233;liciennes voisines : le &lt;i&gt;spouda&#239;os&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;phronimos&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;eug&#233;n&#232;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment P. Aubenque, La prudence chez Aristote, PUF, 1963, p. 41-63, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aristote nous fait ainsi assister &#224; la naissance de l'art po&#233;tique : le moment o&#249; l'art se constitue est celui o&#249; l'improvisation naturelle se d&#233;passe en production r&#233;fl&#233;chie. Ce d&#233;passement n'a rien de miraculeux, il est enracin&#233; dans la nature. Dans la nature du po&#232;te d'abord, capable d'am&#233;liorer peu &#224; peu (&lt;i&gt;kata mikron&lt;/i&gt;) ses improvisations spontan&#233;es ; dans la nature du genre po&#233;tique ensuite (la trag&#233;die, la com&#233;die, l'&#233;pop&#233;e), qui travaille et fermente lentement, pour trouver sa forme propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette interpr&#233;tation est confirm&#233;e par un texte situ&#233; un peu plus loin dans le chapitre 4 ; il porte sur la naissance de la trag&#233;die, mais on peut &#233;tendre sa validit&#233; &#224; la naissance de l'art po&#233;tique en g&#233;n&#233;ral. &#171; [La trag&#233;die] est n&#233;e, au d&#233;but, de l'improvisation [...] ; puis la trag&#233;die s'&#233;panouit peu &#224; peu, les auteurs d&#233;veloppant tout ce qui se faisait jour en elle ; enfin, apr&#232;s de multiples transformations, elle se fixa lorsqu'elle eut atteint sa pleine nature &#187; (49a9-14). Le vocabulaire reprend celui des lignes 48b20-24 : improvisation (&lt;i&gt;autosch&#233;diastik&#232;s&lt;/i&gt;), progr&#232;s (&lt;i&gt;proagont&#244;n&lt;/i&gt;), am&#233;lioration progressive (&lt;i&gt;kata mikron&lt;/i&gt;). On notera le jeu combin&#233;, la co-causalit&#233;, du po&#232;te et de la forme po&#233;tique : d'un c&#244;t&#233;, un genre qui tend &#224; accomplir ses potentialit&#233;s ; de l'autre, un po&#232;te, sollicit&#233; par cette forme, et &#171; d&#233;veloppant ce qui se fait jour &#187; en elle ; &#224; la bonne nature du po&#232;te r&#233;pond la nature de la forme elle-m&#234;me - ou plut&#244;t, &#224; celle-ci r&#233;pond celle-l&#224;. &#171; Lorsque la trag&#233;die et la com&#233;die furent apparues, chaque po&#232;te fut entra&#238;n&#233;, par sa nature propre, vers l'une ou l'autre sorte de po&#233;sie &#187; (chap. 4, 49a2-4) : &#224; la r&#233;partition des genres po&#233;tiques correspond une r&#233;partition des g&#233;nies individuels. Du po&#232;te au genre litt&#233;raire, du genre au po&#232;te, la nature se r&#233;pond &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il y a donc un progr&#232;s qui permet de sortir de l'&#226;ge des improvisations pour entrer dans celui de la po&#233;sie adulte. Ce progr&#232;s est lui-m&#234;me enracin&#233; dans la bonne nature, la nature dou&#233;e, l'&lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt; des grands po&#232;tes. il est, &#224; cet &#233;gard, frappant de noter qu'Aristote &#233;voque Hom&#232;re, la plus dou&#233;e des natures po&#233;tiques et le plus divin des po&#232;tes, imm&#233;diatement apr&#232;s avoir expos&#233; ce qu'&#233;tait cette seconde cause naturelle, comme si un exemple (qui est l'exemple m&#234;me et le mod&#232;le en personne) venait, &#224; point nomm&#233;, attester la r&#233;alit&#233; du concept.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=246&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Une philosophie naturaliste de l'histoire de l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout art &#187;, pour Aristote, &#171; repose sur un fondement naturel : m&#234;me une technique qui proc&#232;de par mouvements violents, comme la balistique, ne fait que perfectionner et prolonger les 'armes' que l'homme tient de la nature &#187;, remarque justement V. Goldschmidt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 213.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a une fa&#231;on, spontan&#233;e et non technique, d'user de la dialectique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, R&#233;futations sophistiques, 11,172a30-32 ; Rh&#233;torique, I,1,1354a4-7.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que suppose, prolonge et d&#233;passe la &lt;i&gt;techn&#232; dialectik&#232;. &lt;/i&gt;C'est un mouvement en deux temps du m&#234;me type que propose le chapitre 4 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;. L'improvisation correspond au moment non technique de la po&#233;sie, suppos&#233; et d&#233;pass&#233; par le moment proprement technique d&#251; aux natures bien dou&#233;es. Nulle rupture entre les deux causes naturelles, leur lien &#233;tant au contraire assur&#233; par le concept de progr&#232;s contenu dans le verbe &lt;i&gt;proag&#244;&lt;/i&gt;, verbe dont l'importance n'a pas &#233;t&#233; assez remarqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il y a donc une triple naturalit&#233; de la po&#233;sie (qu'elle soit trag&#233;die, &#233;pop&#233;e, ou com&#233;die). La premi&#232;re naturalit&#233; est celle de la &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt;, tendance probablement enracin&#233;e dans les fonctions imaginatives de l'&#226;me, puisque certains animaux m&#234;me en connaissent quelque chose. La deuxi&#232;me naturalit&#233; de la po&#233;sie tient aux dispositions naturelles du po&#232;te, et comporte elle-m&#234;me deux aspects : le talent mim&#233;tique et constructeur qui fait de lui un po&#232;te (un po&#232;te en g&#233;n&#233;ral, si l'on ose dire), et son g&#233;nie singulier qui l'oriente plut&#244;t vers l'&#233;pop&#233;e ou vers la com&#233;die par exemple. La troisi&#232;me naturalit&#233; tient aux genres litt&#233;raires eux-m&#234;mes, &#234;tres naturels qui n'attendent que du g&#233;nie des hommes l'occasion de leur d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On voit que celte conception naturaliste de l'&#339;uvre d'art ne conduit nullement Aristote &#224; un quelconque fixisme. La nature est principe de mouvement, cela est &#233;galement vrai de la nature po&#233;tique. Cette nature est principe d'une histoire qui, comme la trag&#233;die, conna&#238;t son &lt;i&gt;acm&#232; :&lt;/i&gt; pour l'&#233;pop&#233;e, Hom&#232;re ; pour la trag&#233;die, Sophocle. Avant eux, des pr&#233;d&#233;cesseurs ou pr&#233;curseurs, m&#233;ritants mais imparfaits ; apr&#232;s eux, des successeurs en retrait, imparfaits et d&#233;cevants. Une philosophie de l'histoire de l'art s'esquisse ainsi, au sein m&#234;me de ce naturalisme int&#233;gral. Le chapitre 13 de la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt; oppose un &#171; autrefois &#187; o&#249; les po&#232;tes enregistraient n'importe quelles histoires, et un &#171; aujourd'hui &#187; o&#249; l'on choisit avec discernement les bons sujets de trag&#233;die (53a17-20). Le chapitre 26 opposera, selon un ordre inverse d'&#233;valuation, les &#171; anciens acteurs &#187;, sobres et mesur&#233;s, et les nouveaux, excessifs et bouffons (61b32-62a2). L'autrefois est valoris&#233; ou d&#233;valoris&#233;, par rapport au pr&#233;sent, selon le probl&#232;me trait&#233;, et sans doute aussi selon l'extension que l'on donne &#224; la notion de pr&#233;sent. Ces indications sugg&#232;rent une histoire naturaliste des &#339;uvres esth&#233;tiques : compos&#233;es de &#171; mati&#232;re &#187; et de &#171; forme &#187;, engendr&#233;es, elles seraient corruptibles, comme le sont tous les &#234;tres naturels. Apr&#232;s le temps de l'enfance et celui de la maturit&#233; (Hom&#232;re, Sophocle) viendrait, inexorable, le temps de la d&#233;gradation. La discr&#232;te r&#233;probation qu'Aristote manifeste parfois &#224; l'encontre d'Euripide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; propos de la moindre importance accord&#233;e par Euripide au ch&#339;ur (chap. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; semble sugg&#233;rer que la corruption du genre s'esquisse d&#232;s apr&#232;s Sophocle. Il ne convient cependant pas de solliciter outre mesure la &lt;i&gt;Po&#233;tique &lt;/i&gt;sur ce point, mais plut&#244;t de noter les divers indices de l'existence d'une historicit&#233;, fond&#233;e en nature et donc intelligible, de l'art po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous voudrions conclure cette &#233;tude par deux remarques. La premi&#232;re concerne l'esth&#233;tique g&#233;n&#233;rale en germe dans la&lt;i&gt; Po&#233;tique :&lt;/i&gt; ce qui est vrai de l'art po&#233;tique doit l'&#234;tre aussi de l'art musical ou des arts plastiques. L&#224; aussi, une tendance naturelle &#224; l'imitation est, chez certains hommes, prolong&#233;e et relay&#233;e par une tendance &#224; la cr&#233;ation artistique (sp&#233;cifi&#233;e selon les moyens, les objets, les modes). Comme chez Bergson, la nature pr&#233;dispose certains hommes &#224; &#234;tre artistes, selon des capacit&#233;s diff&#233;rentes qui les feront musiciens, po&#232;tes, peintres ou sculpteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Rire, PUF, p. 115-121 ; Centenaire, p. 458-462 ; pour d'autres motifs, V. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La deuxi&#232;me concerne l'articulation du moment naturel et du moment technique chez Aristote. L'art imite la nature dans son mouvement plus que dans ses produits : le th&#232;me de l'&lt;i&gt;euphu&#239;a &lt;/i&gt;donne un poids tr&#232;s remarquable &#224; cette th&#232;se commune de l'aristot&#233;lisme. La &lt;i&gt;bonne&lt;/i&gt; nature est plus nature encore que la nature quelconque ; l' artiste est en un sens plus naturel que &#171; l'homme du commun &#187;, au sens o&#249; Aristote peut dire de l'homme qu'il est &#171; le plus naturel des animaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvement des Animaux, 4, 706a18 ; cf. Parties des Animaux, IV, 3, 695b.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parce qu'en lui la nature va plus loin et s'accomplit davantage. Dans l'artiste, la nature va plus loin que dans les autres hommes, parce que l'artiste approfondit et complexifie d&#233;lib&#233;r&#233;ment le mouvement d'improvisation mim&#233;tique que tout un chacun esquisse spontan&#233;ment. L'art parach&#232;ve la nature, parce que la nature est &#224; son principe, et, comme le dira Kant dans une perspective assur&#233;ment diff&#233;rente, &#171; lui donne ses r&#232;gles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant, Critique de la facult&#233; de juger, &#167; 46.&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le po&#232;te, chez Aristote non moins que chez Kant, est un favori de la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;La Po&#233;tique&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Il testo [...] non consente una riposta sicura &#187;, Domenico Pesce, Aristotele. &lt;i&gt;La Poetica&lt;/i&gt;, Rusconi, 1981, p.75 ; &#171; le texte [...] ne permet pas une r&#233;ponse assur&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristotle, &lt;i&gt;Poetics&lt;/i&gt;, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1967, &lt;i&gt;ad loc&lt;/i&gt;. ; &#171; 1) la disposition &#224; imiter appartient par nature aux &#234;tres humains... &#187; ; &#171; 2) le plaisir que prennent tous les hommes aux &#339;uvres d'imitation... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit., ad loc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristotle, &lt;i&gt;Poetics&lt;/i&gt;, by D. W. Lucas, Oxford. Clarendon Press. 1968, p. 74 ; &#171; soit a) les deux causes sont la tendance naturelle &#224; l'imitation et le plaisir naturel pris &#224; l'imitation, soit b) la tendance &#224; l'imitation est une cause avec deux subdivisions, et l'autre cause est l'instinct pour le rythme et la m&#233;lodie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Hardy, Aristote, &lt;i&gt;La Po&#233;tique&lt;/i&gt;, Bud&#233;, note 78 &#224; la p. 33, ligne 9 ; V. Goldschmidt, &lt;i&gt;Temps physique et temps tragique chez Aristote&lt;/i&gt;, Vrin, 1982, p. 214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir G&#233;rard Genette, &#171; Silences de Flaubert &#187; in &lt;i&gt;Figures I, &lt;/i&gt;Seuil, 1969 ; voir aussi, du m&#234;me, &#171; Fronti&#232;res du r&#233;cit &#187;, in &lt;i&gt;Figures II&lt;/i&gt;, Seuil, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple les cent-uni&#232;me et cent-deuxi&#232;me Nuits, enti&#232;rement consacr&#233;es &#224; la description de sept robes et sept parures diff&#233;rentes ; Antoine Galland renon&#231;a, pour cette raison, &#224; les traduire : le go&#251;t des dames nobles des ann&#233;es 1710 n'&#233;tait pas celui de l'auditoire populaire de Damas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En &#233;voquant la ligne 1462b14 (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 210), Goldschmidt surinterpr&#232;te le passage. Aristote y soutient deux id&#233;es : l'effet de l'art n'est pas un plaisir quelconque, mais un plaisir sp&#233;cifique ; la trag&#233;die atteint mieux cet effet (le plaisir sp&#233;cifique) que l'&#233;pop&#233;e. Cela ne revient nullement &#224; dire que le plaisir soit la fin (et donc la cause finale) de la trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 212.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paul Ric&#339;ur, &lt;i&gt;Temps et r&#233;cit&lt;/i&gt;, Seuil, 1983, t. l, p. 79-80. Pour Ric&#339;ur, le plaisir du spectateur &#171; est &#224; la fois construit dans l'&#339;uvre et effectu&#233; hors de l'&#339;uvre &#187;, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Partie des Animaux&lt;/i&gt;, I, 5, 644b22 - 645a36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, chap.13,53a36 ; chap.14,53b11 ; chap.23,59a21 ; chap.26,62b12-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;., p. 71 ; &#171; le plaisir d'imiter et le plaisir pris aux imitations faites par autrui &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;., p. 166. Rappelons que, sous la plume des deux auteurs, &#171; repr&#233;sentation &#187; traduit &lt;i&gt;mim&#233;sis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il serait heureux que les traducteurs d'Aristote, des textes grecs en g&#233;n&#233;ral, renoncent enfin &#224; traduire &lt;i&gt;aulos&lt;/i&gt; par &lt;i&gt;fl&#251;te&lt;/i&gt;, ce qui est un contresens musicologique et organologique tr&#232;s f&#226;cheux, et d&#233;nonc&#233; depuis longtemps. L'&lt;i&gt;aulos&lt;/i&gt; est un instrument &#224; anche double, et s'il fallait lui trouver un &#233;quivalent moderne, il faudrait &#233;voquer le hautbois, en plus aigre et plus mordant. Voir A. Schaeffner, &lt;i&gt;Origine des instruments de musique&lt;/i&gt;, &#201;d. de l'EHESS, 1994 [1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1968], notamment p. 270-279 et 289-292 ; J. Chailley, &lt;i&gt;La musique grecque antique&lt;/i&gt;, Les Belles Lettres, 1979, p. 60-65. Annie B&#233;lis a pu reconstituer de mani&#232;re convaincante l'instrument.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Dupont-Roc et J. Lallot, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 166.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, Z,8,1035b5 ; &lt;i&gt;De la g&#233;n&#233;ration et de la corruption&lt;/i&gt;, l, 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce qui explique et justifie l'intrication, dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, du discours normatif et du discours descriptif, sur laquelle insistent &#224; juste titre R. Dupont-Roc et J. Lallot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il est curieux que R. Dupont-Roc et J. Lallot ne traduisent pas &lt;i&gt;pros auta&lt;/i&gt;, &#171; &#224; cet &#233;gard &#187; : cette pr&#233;cision d'Aristote va en effet dans le sens de leur interpr&#233;tation, si du moins on interpr&#232;te &lt;i&gt;auta&lt;/i&gt; comme renvoyant &#224; &lt;i&gt;t&#232;s harmonias kai tou rhuthmou&lt;/i&gt; (avec le sens donc de &#171; &#224; l'&#233;gard de la m&#233;lodie et du rythme &#187;). Il est &#224; vrai dire plus raisonnable de penser que &lt;i&gt;auta&lt;/i&gt; renvoie aux trois &#233;l&#233;ments r&#233;unis par &lt;i&gt;kai&lt;/i&gt; au d&#233;but de la phrase, soit &lt;i&gt;tou mimeisthai kai t&#232;s harmonias kai tou rhuthmou&lt;/i&gt;, l'imiter, la m&#233;lodie et le rythme. Hardy traduit &#171; ceux qui &#233;taient les mieux dou&#233;s &#224; cet &#233;gard &#187;, Magnien &#171; ceux qui avaient les meilleures dispositions naturelles en ce domaine &#187; (&lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, Livre de poche, 1990, &lt;i&gt;ad loc&lt;/i&gt;.). Goldschmidt ne commente pas cette phrase d&#233;cisive, mais y fait implicitement allusion p. 218, en un passage o&#249; il semble bien pr&#232;s de notre propre th&#232;se : &#171; l'instinct d'imiter et, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; l'aide du rythme et de l'harmonie, suscite des improvisations qui, progressant petit &#224; petit, engendreront la po&#233;sie &#187;. Mais n'est-ce pas justement les principes de cet engendrement, de cette &#171; gen&#232;se naturelle &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 219) que recherchait Aristote sous le nom de &#171; causes naturelles de l'art po&#233;tique &#187; ? L'engendrement complet de la po&#233;sie suppose les improvisations spontan&#233;es et le progr&#232;s &#224; partir de ces improvisations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 166-167 ; notre lecture diverge de celle des deux auteurs quant au point pr&#233;cis du parall&#233;lisme, ou, mieux, de la sym&#233;trie. Il y a sym&#233;trie entre &lt;i&gt;genn&#233;sai&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;genn&#233;sai&lt;/i&gt; (48b4) renvoie &#224; la premi&#232;re cause naturelle ; &#224; quel &#233;l&#233;ment, dans le texte, renvoie &lt;i&gt;eg&#233;nn&#232;san&lt;/i&gt; (48b23), lequel &#233;l&#233;ment doit donc &#234;tre identifi&#233; comme la seconde cause naturelle ? Tel est le probl&#232;me, que nous posons dans les m&#234;mes termes qu'eux. R. Dupont-Roc et J. Lallot trouvent cet &#233;l&#233;ment dans la formule &#171; nous avons une tendance naturelle &#224; l'imitation, &lt;i&gt;&#224; la m&#233;lodie et au rythme&lt;/i&gt; &#187; (nous soulignons) ; nous le trouvons dans la formule &#171; &lt;i&gt;ceux qui au d&#233;part avaient les meilleures dispositions naturelles&lt;/i&gt; [...] donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#187;. Le parall&#232;le propos&#233; par les deux auteurs ne va pas au bout de sa logique : le sujet de &#171; donn&#232;rent naissance &#224; la po&#233;sie &#187; n'est pas le &#171; nous &#187; initial ind&#233;termin&#233; (tous les hommes), mais un &#171; ils &#187; parfaitement d&#233;termin&#233; (ceux qui avaient au d&#233;part les meilleures dispositions naturelles).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Die Ueberg&#228;nge von untechnischen zu einem technischen Darstellen sind in der ersten drei Kapiteln nur angedeutet [...]. So deutet sich schon hier an, dass die Kunst aus Nicht-Kunst entstanden ist &#187; (&lt;i&gt;Die Poetik des Aristoteles&lt;/i&gt; ;&lt;i&gt; I : lntepretationen&lt;/i&gt;, Klostermann, 1979, p. 90) : &#171; les transitions qui font passer de la repr&#233;sentation non technique &#224; une repr&#233;sentation technique ne sont qu'indiqu&#233;es dans les trois premiers chapitres [...]. Il est ici bien indiqu&#233; que l'art proc&#232;de du non-art &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 76, note 5 ; &#171; L'improvisation constitue une sorte de phase interm&#233;diaire entre l'instinct d'imitation et la po&#233;sie v&#233;ritable, la po&#233;sie au sens propre du terme, une sorte de milieu donc entre la nature et l'art &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Abb&#233; Charles Batteux, &lt;i&gt;Les beaux-arts r&#233;duits &#224; un m&#234;me principe&lt;/i&gt;, &#233;dition de J.-R. Mantion, Aux amateurs de livres, 1989, p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Aristoteles latinus, De arte poetica, Guillelmo de Moerbeke interprete&lt;/i&gt;, Descl&#233;e de Brouwer, 1953, &lt;i&gt;ad loc&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Ric&#339;ur, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, t. l, p. 55-84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ric&#339;ur soutient qu'Aristote s'int&#233;resse peu &#224; la seconde de ces temporalit&#233;s (temps de l'&#339;uvre elle-m&#234;me), &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 55, 67-68. Cet avis pourrait, dans une certaine mesure, &#234;tre contest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Qu'il y ait des cas interm&#233;diaires o&#249; l'improvisation se pr&#233;pare et se travaille. au th&#233;&#226;tre (&lt;i&gt;commedia dell'arte&lt;/i&gt;) comme en musique, ne pose aucun probl&#232;me de principe et ne saurait servir d'objection &#224; l'opposition aristot&#233;licienne de l'improvisation et de la construction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce terme, qui correspond &#224; &lt;i&gt;euphu&#239;a&lt;/i&gt;, ne se trouve pas dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, mais on le trouve par exemple dans la &lt;i&gt;Rh&#233;torique&lt;/i&gt;, III, 10, 1410b7, avec le m&#234;me sens d'&#171; homme naturellement dou&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir notamment P. Aubenque, &lt;i&gt;La prudence chez Aristote&lt;/i&gt;, PUF, 1963, p. 41-63, o&#249; le caract&#232;re &#224; certains &#233;gards ambigu de ces concepts est relev&#233; ; et l'&#233;dition comment&#233;e, par J. Aubonnet, J. Brunschwicg et J. P&#233;pin des fragments conserv&#233;s du &lt;i&gt;De la noblesse&lt;/i&gt; d'Aristote, in Aristote, &lt;i&gt;Cinq &#339;uvres perdues&lt;/i&gt;, PUF, 1968, p. 79-133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 213.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;R&#233;futations sophistiques&lt;/i&gt;, 11,172a30-32 ; &lt;i&gt;Rh&#233;torique&lt;/i&gt;, I,1,1354a4-7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; propos de la moindre importance accord&#233;e par Euripide au ch&#339;ur (chap. 18,56a25-28) ; mais au chap. 4, le recul du ch&#339;ur est d&#233;j&#224; imput&#233; &#224; Eschyle (49a15-18), comme l'introduction du troisi&#232;me acteur &#224; Sophocle (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;) ; le chap. 5 est plus &#233;vasif sur le m&#234;me sujet (49b5). On notera cependant qu'Euripide est d&#233;clar&#233; &#234;tre &#171; le plus tragique des po&#232;tes &#187; (cf. 13,53a30).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Rire&lt;/i&gt;, PUF, p. 115-121 ; Centenaire, p. 458-462 ; pour d'autres motifs, V. Goldschmidt propose &#233;galement un rapprochement avec Bergson, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 402-403.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mouvement des Animaux,&lt;/i&gt; 4, 706a18 ; cf. &lt;i&gt;Parties des Animaux&lt;/i&gt;, IV, 3, 695b.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Kant, &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, &#167; 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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