<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Rhuthmos</title>
	<link>https://www.rhuthmos.eu/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Rhuthmos</title>
		<url>https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L101xH101/favico-9e775.png?1711303950</url>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/</link>
		<height>101</height>
		<width>101</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Marcel Jousse : &#224; la crois&#233;e de l'anthropologie et des neurosciences, le rythme des corps
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1508</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1508</guid>
		<dc:date>2015-03-15T09:11:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Cerclet
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans Parcours anthropologiques, 9 | 2014, p. 24-38. Nous remercions Denis Cerclet de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. R&#233;sum&#233; : L'objectif de cet article est de revenir sur l'&#233;difice construit par Marcel Jousse &#224; l'articulation des sciences sociales et biologiques. Il s'agit de montrer toute l'actualit&#233; de ce mod&#232;le qui associe l'individu, autrui et leur environnement en le resituant dans une filiation th&#233;orique qui tient le corps en mouvement et en relation (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Au c&#339;ur de la relation moi-autrui-le monde, le geste&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Au c&#339;ur de la relation moi-autrui-le monde, le geste&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Les ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sonance&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sonance&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le rythme des corps&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Le rythme des corps&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://pa.revues.org/310&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Parcours anthropologiques&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;9 | 2014, p. 24-38. Nous remercions Denis Cerclet de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; : &lt;/strong&gt;L'objectif de cet article est de revenir sur l'&#233;difice construit par Marcel Jousse &#224; l'articulation des sciences sociales et biologiques. Il s'agit de montrer toute l'actualit&#233; de ce mod&#232;le qui associe l'individu, autrui et leur environnement en le resituant dans une filiation th&#233;orique qui tient le corps en mouvement et en relation pour fondement &#224; la fois du social et des processus d'individuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots-cl&#233;s : &lt;/strong&gt;Jousse, corps, geste, r&#233;sonance, synchronisation, rythme, anthropologie, neurosciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
Longtemps les sciences sociales se sont int&#233;ress&#233;es &#224; l'individu comme &#224; un atome. La soci&#233;t&#233; est d&#232;s lors un jeu d'assemblage et de distinction. Mais c'est oublier la part d'indivision, le lien continuel qui les relie et qui interroge la distinction soci&#233;t&#233;/individu (Elias, 1991). La soci&#233;t&#233; peut &#234;tre comprise comme un mouvement global et pourtant localis&#233; qui se perp&#233;tue parce que les individus se r&#233;alisent eux-m&#234;mes, ensemble dans un flux ininterrompu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Voici quarante ans que paraissaient, &#224; titre posthume, trois textes de Marcel Jousse sous l'intitul&#233; &lt;i&gt;L'Anthropologie du geste&lt;/i&gt;. Cet int&#233;r&#234;t pour le corps &#233;tait novateur et l'&#339;uvre m&#233;rite aujourd'hui d'&#234;tre relue. Je me propose de mettre en relation la lecture que j'ai faite de la pens&#233;e de Marcel Jousse avec une ethnographie de certains travaux actuels en neuroscience. Il me semble utile de faire ces liens &#224; la fois pour actualiser une d&#233;marche que je rapprocherais volontiers de celle de Maurice Merleau-Ponty et insister sur l'importance du r&#244;le que peut jouer l'&#339;uvre de Jousse dans le renouvellement des sciences humaines et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'anthropologie de Jousse est fondamentalement dynamique. Elle prend le contrepied du discours anthropologique ambiant de son &#233;poque en s'appuyant sur les avanc&#233;es scientifiques d'autres disciplines telles la psychiatrie, la m&#233;decine, la phon&#233;tique et la dialectologie. Marcel Jousse change d&#233;lib&#233;r&#233;ment de paradigme et, s'int&#233;ressant &#224; l'&#233;tude de l'homme corpor&#233; et des modalit&#233;s physiques et biologiques du social, il inscrit pleinement les sciences humaines et sociales dans le domaine des sciences du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le mod&#232;le d&#233;velopp&#233; par Marcel Jousse repose sur la pr&#233;sence de l'homme dans le cosmos qui est &#171; ordre et ordonnance &#187;, imbrication ou complexus d'interactions. Nous pouvons dire que l'homme est situ&#233;, aussi bien &#224; l'&#233;chelle globale que locale, du cosmos ou du pays. &#202;tre paysan c'est &#234;tre inform&#233; par son pays. Cet homme est ins&#233;parable de son environnement sauf &#224; courir le risque d'&#234;tre &#171; d&#233;paysannis&#233; &#187;, d&#233;pays&#233;, &#171; alg&#233;bros&#233; &#187;, port&#233; &#224; pratiquer un langage d&#233;sincarn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est l'homme, l'Anthropos, qui conf&#232;re &#224; ce syst&#232;me global sa dimension anthropique parce qu'il se comporte comme r&#233;v&#233;lateur, &#171; vivant r&#233;sonateur &#187;. Homme qui, lui-m&#234;me, ignore &#171; ce qui va &#234;tre sa substance &#187; (1974 : 526, note 5), qui n'a pas de soi proprement dit : il ne prend conscience de lui-m&#234;me qu'&#224; travers les interactions. Il est, par nature, moteur, motricit&#233;. Et il est per&#231;u, &#171; mim&#233; comme un geste qui lui est propre &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 52), saisi d'une mani&#232;re si particuli&#232;re que cela &#233;quivaut &#224; le nommer. Ainsi, Jousse d&#233;clare : &#171; De l'anthropologie statique, nous entrons dans l'anthropologie dynamique. A un g&#233;om&#233;trique alignement de squelettes se substitue la richesse d'&#234;tres vivants &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 721, note 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce mod&#232;le est fondamentalement relationnel, ind&#233;fini. &#171; Les corps attirent les corps &#187;. Rien ne les s&#233;pare et les ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sonance vont les inscrire &#224; la fois dans l'absorption d'autrui &#8211; rendue possible par la non-connaissance de soi &#8211; et la restitution. Il y a diffusion d'&#233;nergie selon une logique vibratoire, une m&#233;canique ondulatoire, une dynamique interactionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#234;tre humain saisit&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;le monde ext&#233;rieur et l'incorpore &#8211; &#171; l'intussusceptionne &#187; &#8211; pour co&#239;ncider avec les actions qui proviennent de son environnement. Et, par un effet du vivant, quasi physique, l'&#234;tre humain va gestualiser ce qui lui a &#233;t&#233; inflig&#233;. C'est le &lt;i&gt;Mimisme&lt;/i&gt; qui &#171; est la tendance instinctive que seul poss&#232;de l'anthropos &#224; &#8220;rejouer&#8221; les gestes du r&#233;el qui se sont &#8220;jou&#233;s&#8221; devant lui. Cette grande force contraignante, nous l'avons d&#232;s que nous nous &#233;veillons &#224; la vie &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 691, note 14). Entre le &#171; Jeu &#187;, comme impression et le &#171; Rejeu &#187; comme expression, il n'y a pas qu'un seul transfert d'&#233;nergie. Certes l'Agent Agissant l'Agit mais l'&#234;tre humain &#171; intellige &#187; les interactions du r&#233;el. Il a la capacit&#233; de composer, d&#233;composer, recomposer les actions et les gestes dans un &#171; rejeu &#187; de ce qui s'est jou&#233; en lui. Il n'y a pas d'intelligence ni de connaissance, ni m&#234;me de m&#233;moire sans cette gestualisation, qu'elle soit de tout le corps (corporage) ou des mains (manuelage) ou encore de l'appareil laryngo-buccal (langage). &#171; On ne comprend vraiment que ce que l'on rejoue &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 962) ; il n'y a pas de connaissance du r&#233;el hors de ce qui se passe en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La m&#233;canique humaine &#171; est, elle aussi, une m&#233;canique ondulatoire. Elle se joue par ondes, par vagues, par phases rythmiques d'interaction &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 149). Certes Jousse prend soin de d&#233;finir le rythme comme &#171; le retour d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne anthropologique &#224; des intervalles biologiquement &#233;quivalents &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 146) mais il pr&#233;cise bien que cette scansion n'est jamais math&#233;matiquement m&#233;trique. Nous percevons de mani&#232;re rythm&#233;e, par vagues successives. Nous sommes rythm&#233;s et rythmisants.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Sur le plan biologique, il y a le rythme des organes, celui du pas, ou du balancement des mains. Et nous rythmisons parce que nous successivons selon le rythme d'un flux musculaire. Nous ne morcelons pas : &#171; Le Rythmisme va n&#233;cessairement distribuer et successiver vitalement le Mimisme &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 53). Le temps n'est pas fait d'instants et le mouvement est continu. Et si nous avons l'impression de distinguer les mots, les poses successives d'un geste, c'est ou bien par facilit&#233; ou par alg&#233;brosie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jousse a introduit le corps en anthropologie. Non pas un corps objet, dont nous pourrions nous distinguer. Le corps de Jousse est un corps vivant, qui se balance, qui ondule rythmiquement sur la base de comp&#233;tences telles le mimisme et l'intussusception. La vie humaine repose sur tout un ensemble de gestes corporels, manuels, oculaires, auriculaires, laryngo-bucaux, gustatifs, olfactifs et tactiles. Ce corps, loin de se r&#233;duire au squelette, est un &#171; instrument souple qui va suivre toute la fluidit&#233; du r&#233;el. Instrument qui va pouvoir rejouer le monde tout entier &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 57).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette perspective est &#171; r&#233;volutionnaire &#187; dans le sens o&#249; elle r&#233;concilie le corps et la pens&#233;e, o&#249; elle replace l'individu &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le monde, fait communiquer l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur et se porte &#224; l'&#233;coute des sensations, des &#233;motions et des perceptions. Tout se tient et vibre d'une m&#234;me totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'anthropologie de Jousse fait &#233;cho &#224; certains travaux qui rel&#232;vent d'autres disciplines telles la philosophie ou les neurosciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je vais aborder certaines de ces approches qui traitent du corps, de la r&#233;sonance, de la synchronisation et du rythme. Nous parviendrons, je l'esp&#232;re &#224; reconna&#238;tre une configuration relativement proche de celle de Jousse. Il ne s'agit pas d'actualiser la pens&#233;e de Jousse mais plut&#244;t de revenir &#224; la fois sur l'actualit&#233; de l'&#233;difice qu'il a construit et le situer dans ce que l'on pourrait reconna&#238;tre comme une filiation th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Au c&#339;ur de la relation moi-autrui-le monde, le geste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question du corps rev&#234;t aujourd'hui une importance d'autant plus grande qu'elle fut tenue &#224; l'&#233;cart. Autrefois lieu du d&#233;bordement, de la transgression de la norme, de l'animalit&#233;, le corps retrouve d&#233;sormais une place centrale, &#224; tel point sans doute qu'il phagocyte l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Richard Shusterman s'&#233;l&#232;ve contre les th&#233;ories selon lesquelles il n'y aurait de m&#233;diation avec le r&#233;el que langagi&#232;re. Critiquant le tout interpr&#233;tation, il rel&#232;ve que la compr&#233;hension peut passer par des signes modestes et pas seulement par des interpr&#233;tations : &#171; une r&#233;action particuli&#232;re, un fr&#233;missement, un petit geste, peuvent suffire &#224; indiquer que l'on a compris &#187; (1994 : 75). Il s'adresse aux philosophes et leur d&#233;clare : &#171; Si nous ne comprenons pas cela, nous autres philosophes, c'est parce que pour les t&#234;tes parlantes et d&#233;sincarn&#233;es que nous sommes, la seule forme d'exp&#233;rience que nous reconnaissons et l&#233;gitimions est de nature linguistique : penser, parler, &#233;crire. Mais ni le langage, qui contribue &#224; nous former, ni nous-m&#234;mes ne pourrions survivre sans l'arri&#232;re-plan inexprim&#233; d'exp&#233;rience et de compr&#233;hension pr&#233;r&#233;flexives et non linguistiques qui en constitue la condition &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 67-68).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Poursuivant son cheminement vers une meilleure int&#233;gration du corps en philosophie, Richard Shusterman d&#233;veloppe ce qu'il appelle la soma esth&#233;tique. Le corps de Shusterman n'est pas seulement le corps objet, physique (j'ai un corps), c'est aussi le corps de &#171; Je suis corps &#187; et le corps-esprit, le &lt;i&gt;body-mind&lt;/i&gt; de John Dewey. Il reconna&#238;t que le corps est le medium fondamental de notre relation au monde : il est au c&#339;ur de la perception, de l'action et de la pens&#233;e. Dans le cadre de son approche pluridisciplinaire, il utilise le terme &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt; pour d&#233;signer le n&#339;ud o&#249; s'int&#232;gre le corps, l'esprit, la cognition, le social, le politique et la dimension esth&#233;tique propre &#224; la vie quotidienne. &#171; Soma sensoriel et sensible plut&#244;t que simple cadavre m&#233;canique &#187; (Shusterman, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Formis, 2009 : 45). Le soma c'est tout &#224; la fois des os, des connexions neuronales, des habitudes, des comportements, des statuts et des fonctions sociales. Le champ de la soma-esth&#233;tique est &#171; l'&#233;tude critique et la culture m&#233;liorative de notre exp&#233;rience et de notre usage du corps vivant en tant que site d'appr&#233;ciation sensorielle et de fa&#231;onnement cr&#233;ateur de soi &#187; (Shusterman, 2007 : 11). Le terme esth&#233;tique dit l'importance que Shusterman attache &#224; la fois &#224; la perception, &#224; l'appr&#233;ciation d'autres que soi et &#224; la stylisation de soi. Il pense la soma-esth&#233;tique comme une discipline car elle vise autant &#224; comprendre la place que prend le corps-esprit dans le monde spatio-temporel qu'&#224; aiguiser les comp&#233;tences perceptives dans la perspective d'am&#233;liorer l'exp&#233;rience. Shusterman se r&#233;f&#232;re &#224; une intelligence somatique qui, bien que partiellement &#171; spontan&#233;e, non r&#233;fl&#233;chie, [&#8230;] n'en demeure pas moins fond&#233;e sur des comp&#233;tences acquises qui expriment une intelligence alors m&#234;me qu'il n'y a pas de r&#233;flexion conceptuelle et de d&#233;lib&#233;ration &#187; (Soulez, 2010 : 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maurice Merleau-Ponty a marqu&#233; de son empreinte ce champ de recherche par sa mani&#232;re de penser le monde comme une totalit&#233; signifiante pour l'homme en acte. Il met en &#233;vidence l'ins&#233;parabilit&#233; de ces trois termes &#171; moi-autrui-le-monde &#187; qui se r&#233;alise comme un syst&#232;me gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience, la perception et la conscience humaine. &#171; Le corps est le v&#233;hicule de l'&#234;tre au monde, et avoir un corps c'est pour un vivant se joindre &#224; un milieu d&#233;fini, se confondre avec certains projets et s'y engager continuellement &#187; (Merleau-Ponty, 1945 : 97). L'&#234;tre humain n'&#233;tablit pas une relation avec autrui avec des repr&#233;sentations ou une pens&#233;e explicite : &#171; je ne comprends pas les gestes d'autrui par un acte d'interpr&#233;tation intellectuelle. [&#8230;] C'est par mon corps que je comprends autrui, comme c'est par mon corps que je per&#231;ois des &#8220;choses&#8221; &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 216). Cet individu communique avant tout avec &#171; un sujet parlant &#187; sur un mode particulier qui met en &#339;uvre un certain style d'&#234;tre, &#171; une modulation synchronique de ma propre existence, une transformation de mon &#234;tre &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 214). Selon Merleau-Ponty, &#171; [t]out se passe comme si l'intention d'autrui habitait mon corps ou comme si mes intentions habitaient le sien &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 215).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'organisme est ins&#233;r&#233; dans une situation particuli&#232;re, selon une configuration particuli&#232;re, et dans des conditions &#233;cologiquement situ&#233;es. Selon Francisco Varela, &#171; [l]e cerveau existe dans un corps, le corps existe dans le monde, et l'organisme agit, bouge, chasse, se reproduit, r&#234;ve, imagine. Et c'est de cette activit&#233; permanente qu'&#233;mergent le sens de son monde et les choses &#187; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Kempf, 1998 : 109). Pour rendre compte de cette approche, on parle de cognition incarn&#233;e, ou encore d'&#233;naction un n&#233;ologisme introduit par Varela. Ainsi, cette citation de l'ouvrage qu'il a publi&#233; avec Thompson et Rosch :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Par le mot &lt;i&gt;incarn&#233;&lt;/i&gt;, nous voulons souligner deux points : tout d'abord, la cognition d&#233;pend des types d'exp&#233;riences qui d&#233;coulent du fait d'avoir un corps dot&#233; de diverses capacit&#233;s sensori-motrices ; en second lieu, ces capacit&#233;s individuelles sensorimotrices s'inscrivent elles-m&#234;mes dans un contexte biologique, psychologique et culturel plus large. En recourant au terme &lt;i&gt;action&lt;/i&gt;, nous souhaitons souligner une fois de plus que les processus sensoriels et moteurs, la perception et l'action sont fondamentalement ins&#233;parables dans la cognition v&#233;cue. (1991 : 234)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les approches classiques reposent sur un mod&#232;le selon lequel le syst&#232;me sensoriel informe le syst&#232;me cognitif et le syst&#232;me moteur effectue la d&#233;cision du syst&#232;me cognitif. Alors que dans le cadre des th&#233;ories fond&#233;es sur l'incarnation, le comportement humain et son attachement &#224; l'environnement rel&#232;vent d'un lien ind&#233;fectible entre le syst&#232;me sensorimoteur, la cognition et les &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les auteurs sont devenus nombreux &#224; d&#233;fendre le principe d'une co&#233;volution des organismes et de l'environnement, tablant sur un &#233;change incessant entre les processus internes des organismes et le monde ext&#233;rieur. Bernard Andrieu, qui explore de nombreuses approches du corps, parle de &#171; monde corporel &#187; : &#171; le monde corporel n'est ni le monde ni le corps. Le corps a incorpor&#233; le monde par l'apprentissage au point de se mondaniser par habitus dans ses fonctions et ses modes d'action tactile. [&#8230;] Cet art plastique de soi rend le corps mondain et le monde corporel &#187; (2010 : 68).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour accentuer cette proximit&#233; entre l'&#234;tre humain et son environnement, Alain Berthoz s'affranchit de la notion de repr&#233;sentation au profit d'une th&#233;orie fond&#233;e sur la notion d'acte ou d'action. &#171; Le but n'est pas de &#8220;retrouver le corps&#8221;, d'en faire une annexe importante mais secondaire de la raison. Le but est bien de renverser le propos et de partir du corps agissant. [&#8230;] L'acte ou le geste ne se r&#233;duisent pas &#224; des muscles. Pour moi, l'action n'est pas la motricit&#233; : l'action et le geste sont projets, intentions, &#233;motions, souvenirs. &#187; Le cerveau humain &#171; est une partie du monde, qui en a &lt;i&gt;internalis&#233;&lt;/i&gt; les propri&#233;t&#233;s et en &lt;i&gt;&#233;mule&lt;/i&gt; certaines mais les r&#233;f&#232;re &#224; ses propres buts &#187; (2003 : 169).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rudolfo Llinas apporte une contribution int&#233;ressante qui permet d'approfondir cette id&#233;e et d'organiser la relation entre soi et le monde autour du mouvement et du geste : &#171; La g&#233;n&#233;ration centrale du mouvement et la g&#233;n&#233;ration de la pens&#233;e sont profond&#233;ment connexes ; elles sont en fait diff&#233;rentes parties du m&#234;me processus. De mon point de vue, [&#8230;] la pens&#233;e est l'int&#233;riorisation du mouvement &#187; (2001 : 5). Le langage devient geste et se lib&#232;re de son r&#233;f&#233;rencement &#224; l'esprit et &#224; l'abstraction conceptuelle. Nombreux sont les auteurs qui associent la naissance du langage aux gestes de la vie quotidienne et &#224; une communication par le toucher. Le langage serait &#171; un genre sp&#233;cial de motilit&#233; orale &#187; (Gallagher, 2005). Selon Andrew N. Meltzoff &#171; [u]n acte humain n'est pas simplement un vecteur de mouvement ou une partie isol&#233;e du corps, mais plut&#244;t une transformation finalis&#233;e d'un organe &#187; (2002 : 52).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Shaun Gallagher s'appuie sur les travaux du psychologue David McNeill qui a montr&#233; que les gestes que nous employons quand nous parlons sont synchronis&#233;s avec pr&#233;cision avec le discours. Cela laisse penser que les gestes et la parole forment ensemble un syst&#232;me simple et int&#233;gr&#233;. &#171; Les gestes sont des mouvements qui se produisent seulement pendant la parole ; ils sont synchronis&#233;s avec les unit&#233;s linguistiques, sont parall&#232;les dans les fonctions s&#233;mantiques et pragmatiques aux unit&#233;s linguistiques synchronis&#233;es ; ils remplissent des fonctions du texte comme la parole &#187; (McNeil cit&#233; par Gallagher, 2005 : 118-119).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si nous revenons &#224; l'affirmation de Llinas, &#171; ce que nous appelons pens&#233;e est l'internalisation du mouvement, au cours de l'&#233;volution &#187; (2001 : 35), les gestes peuvent appara&#238;tre comme autant de signes de la construction spatiale de la pens&#233;e et du discours. Comme si le corps effectuait un parcours, sur le mode de l'escalade, pour encha&#238;ner, relier les arguments du r&#233;cit &#233;parpill&#233;s en diff&#233;rents espaces du cerveau. Le mouvement du corps indique ces d&#233;placements cognitifs et surtout l'engagement de tout le corps dans cette op&#233;ration de composition du discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rapport entre langage et gestes ne rel&#232;ve pas seulement d'un mode de synchronisation interne. L'un et l'autre servent &#224; &#233;tablir et &#224; entretenir des liens avec autrui. Le geste et le langage semblent avoir une lointaine fonction sociale que certains rapprochent du toilettage et de l'&#233;pouillage. Pour Michael Corballis &#171; [l]e toilettage est certainement une forme sociale de communication ; il implique une certaine capacit&#233; d'adopter la perspective mentale d'autres et peut m&#234;me &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un exemple d'altruisme r&#233;ciproque [&#8230;]. Dumbar pointe l'importance, dans la soci&#233;t&#233; humaine, du bavardage, qu'il consid&#232;re comme une forme de toilettage &#187; (2002 : 209). Ce lien entre l'environnement pens&#233; sur le mode du geste a aussi &#233;t&#233; abord&#233; par Maurice Merleau-Ponty. Ainsi, dans &lt;i&gt;Le visible et l'invisible&lt;/i&gt;, il affirme que &#171; la vision est palpation par le regard &#187; (1964 : 173) ; &#171; le regard [&#8230;] enveloppe, palpe, &#233;pouse les choses visibles. [&#8230;] tout mouvement de mes yeux &#8211; bien plus, tout d&#233;placement de mon corps &#8211; a sa place dans le m&#234;me univers visible que par eux je d&#233;taille et j'explore, comme, inversement, toute vision a lieu quelque part dans l'espace tactile &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 175). Poursuivant dans la m&#234;me voie, Alva No&#233; consid&#232;re que la vision est comme le toucher, c'est un mouvement, une exploration de l'environnement. &#171; Comme le contact, la vision est active &#187; (2005 : 73). Il nous dit que notre perception n'est pas imm&#233;diate, que nous d&#233;pla&#231;ons les yeux comme nous d&#233;placerions les doigts en aveugle pour identifier une forme, une mati&#232;re. La perception est soumise &#224; une certaine forme d'habilet&#233; comme le toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De nombreux auteurs insistent sur la dimension inn&#233;e de l'int&#233;r&#234;t pour autrui, de l'&#233;change et du partage. Des travaux sur les nouveaux n&#233;s mettent en &#233;vidence la pr&#233;cocit&#233; des &#233;changes avec la m&#232;re et les proches. Et certains montrent comment cet int&#233;r&#234;t ne se porte pas sur les objets &#224; moins qu'ils ne remplissent certaines conditions parmi lesquelles la capacit&#233; de r&#233;pliquer et de rechercher &#224; son tour le lien ainsi qu'une certaine qualit&#233; de mouvement. Le nouveau-n&#233; semble imm&#233;diatement communiquant et &#224; m&#234;me de s'ins&#233;rer dans un autre processus que lui-m&#234;me. Nicolas Georgieff &#233;voque une &#171; pulsion ou mouvement de partage &#187; (2005 : &#167;24) et pr&#233;sente le cerveau comme un organe social, de groupe. Andrew N. Meltzoff table sur un &#171; appariement transmodal entre les actes des autres qui sont vus et les actes produits par soi-m&#234;me. Ce ne sont pas les caract&#233;ristiques statiques des adultes &#8212; leurs yeux, leurs cheveux, etc. &#8212; qui sont sp&#233;ciales pour les b&#233;b&#233;s ; mais la fa&#231;on dont le corps de l'adulte bouge et ses relations avec soi &#187; (2002 : 35).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sonance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion de r&#233;sonance s'est impos&#233;e pour tenter de saisir plus pr&#233;cis&#233;ment les modalit&#233;s de l'individuation. Cette r&#233;sonance implique une tr&#232;s grande proximit&#233;, si ce n'est le partage des m&#234;mes r&#233;seaux c&#233;r&#233;braux par l'action, la perception et l'ex&#233;cution des t&#226;ches. Selon Jean Decety,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[l]a correspondance entre action observ&#233;e et r&#233;alis&#233;e peut &#234;tre m&#233;taphoriquement d&#233;crite en terme de r&#233;sonance. Cette r&#233;sonance chez l'observateur ne produit pas n&#233;cessairement un mouvement ou une action mais pourrait servir &#224; d'autres fonctions comme activer, &#224; un niveau infra-conscient, l'exp&#233;rience subjective (avec sa valence affective et &#233;motionnelle) qui serait associ&#233;e &#224; la g&#233;n&#233;ration de l'action per&#231;ue. (2002 : 124)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce lien entre perception et action &#8211; que l'on d&#233;signe par l'expression &lt;i&gt;r&#233;sonance motrice &lt;/i&gt;&#8211; a &#233;t&#233; renforc&#233; avec la d&#233;couverte des neurones miroirs&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;par l'&#233;quipe de Giacomo Rizzolatti (2008) &#224; l'universit&#233; de Parme. Ces neurones, situ&#233;s dans le cortex pr&#233;moteur, entrent en activit&#233; chez une personne lorsqu'elle effectue une action, l'observe chez autrui et l'imagine. Ils ne codent pas de mouvements particuliers mais des actes moteurs c'est-&#224;-dire des actes intentionnels et orient&#233;s vers un but. Les gestes, agis ou imagin&#233;s, activent ce que Marc Jeannerod (1994) appelle une imagerie motrice qui relie perception du mouvement et pr&#233;paration &#224; l'action. Ainsi, Filippo Fimiani d&#233;clarait que &#171; les gestes, ainsi que les mouvements d'objets agis et dits, en tant qu'actes signifiants, d&#233;clenchent automatiquement des r&#233;actions imitatives posturales et corporelles, visc&#233;rales et motrices, finalement empathiques, et pas seulement visuelles &#187; (2009 : 5).Ce domaine des r&#233;sonances recouvre plusieurs types de relations au contours pas toujours tr&#232;s clairs parmi lesquels figurent la contagion &#233;motionnelle, la sympathie, l'empathie ou encore la th&#233;orie de la simulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'imitation est un ph&#233;nom&#232;ne bien &#233;tudi&#233; et certains la consid&#232;rent comme une matrice comprenant les autres formes de r&#233;sonance. Marc Jeannerod mettait en &#233;vidence que l'imitation est un couplage de la perception et de l'action. Arnaud Revel et Jacqueline Nadel (2007) la consid&#232;rent comme inn&#233;e et la d&#233;finissent en quatre points : elle requiert la pr&#233;sence d'un partenaire, l'attention partag&#233;e, la synchronisation du tempo et l'alternance des r&#244;les entre l'imitateur et l'imit&#233;. Ils constatent que l'imitation change l'&#233;tat d'esprit de chacun des partenaires. Et ils insistent sur la synchronisation et le &lt;i&gt;turn-taking&lt;/i&gt; (ou changement de r&#244;le) ainsi que sur la capacit&#233; des individus &#224; produire et &#224; reconna&#238;tre un rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Meltzoff montre comment l'imitation &#171; devient importante pour l'intersubjectivit&#233;, parce que c'est la premi&#232;re opportunit&#233; pour les b&#233;b&#233;s d'&#233;tablir un lien entre le monde visible des autres et leurs propres &#233;tats internes &#187; (2002 : 52). L'imitation ne consiste pas &#224; reproduire fid&#232;lement les gestes mais plut&#244;t &#224; r&#233;pliquer un sch&#232;me ou un programme d'action en vue d'obtenir un certain r&#233;sultat. Le but est manifestement la coordination sociale, attirer l'attention, confirmer la pr&#233;sence d'un partenaire, explorer et partager le comportement d'autrui. Effectivement, si l'on se place du point de vue du corps, la mani&#232;re qui semble la plus facile pour que le r&#233;cepteur comprenne ce que signifie ce qui lui est dit ou montr&#233; est qu'il associe d'une fa&#231;on ou d'une autre sa propre production de l'&#233;v&#233;nement moteur &#224; la r&#233;ception sensorielle de l'&#233;v&#233;nement moteur d'autrui. Colwyn Trevarthen, qui attache beaucoup d'importance &#224; la musicalit&#233; des corps, affirme que &#171; Nous ressentirions instinctivement les m&#234;mes forces et de fait, nous partagerions, par sympathie, les m&#234;mes battements produits int&#233;rieurement et l' &#8220;intonation&#8221; de l'activit&#233; musculaire. Ainsi, nos corps seraient instinctivement reli&#233;s dans l'effectuation d'actions coordonn&#233;es vers des buts partag&#233;s &#187; (1999-2000 : 158).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La sympathie et l'empathie jouissent d'un statut tout &#224; fait particulier. Et la d&#233;finition de ces notions est disput&#233;e. Fr&#233;d&#233;rique de Vignemont et Tania Singer (2006) remarquent qu'il existe presque autant de d&#233;finitions de l'empathie que de chercheurs qui travaillent sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le d&#233;bat actuel autour du concept d'empathie est fortement marqu&#233; par le terme &lt;i&gt;Einf&#252;hlung&lt;/i&gt; (&#171; ressenti de l'int&#233;rieur &#187;) cr&#233;&#233; par Robert Vischer (1873) et d&#233;velopp&#233; par Theodor Lipps (1903-04) qui place la r&#233;sonance sensorielle au c&#339;ur du lien empathique, d&#233;fini comme un ph&#233;nom&#232;ne fondamentalement corporel. G&#233;rard Jorland revient sur l'histoire du concept d'empathie, et conclut que l'empathie a &#171; la structure d'une relation d'&#233;quivalence &#187; et fonde ainsi l'intersubjectivit&#233;. Reprenant l'expression de Ren&#233; Thom &#171; Le chat est la souris &#187; G&#233;rard Jorland affirme que &#171; seule l'empathie permet &#224; l'un d'anticiper le comportement de l'autre et donc de l'atteindre ou de l'esquiver &#187; (Berthoz et Jorland, 2004 : 48).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alain Berthoz distingue l'empathie de la sympathie et de la th&#233;orie de l'esprit. Dans un article r&#233;cent, il d&#233;finit avec B&#233;reng&#232;re Thirioux ces deux termes en r&#233;f&#233;rence &#224; l'espace : &#171; Dans l'empathie, nous nous projetons dans l'autre (nous adoptons l'autre perspective) tandis que dans la sympathie nous tendons &#224; localiser l'autre dans nous-m&#234;mes &#187; (2010 : 34). Et ils ajoutent qu'il y a concordance temporelle et que celle-ci &#171; peut refl&#233;ter un ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;sonance motrice, montrant que le comportement moteur d'un individu se synchronise avec le comportement de l'individu observ&#233; &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nicolas Georgieff travaille sur l'empathie en associant les r&#233;flexions men&#233;es dans le cadre des neurosciences, de la psychopathologie et de la psychanalyse. Pour lui, l'empathie correspond &#224; l'identification &#224; autrui parce qu'elle repose bien sur le partage de repr&#233;sentations ou d'exp&#233;riences mais elle n&#233;cessite aussi un m&#233;canisme de distinction de l'un et l'autre : elle pose &#171; la probl&#233;matique du m&#234;me et de l'autre, du semblable et du diff&#233;rent, de l'ips&#233;it&#233; et de l'alt&#233;rit&#233; &#187; (2008 : 375). L'empathie est caract&#233;ris&#233;e par l'importance du ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;ciprocit&#233; : &#171; L'individu cherche &#224; se faire conna&#238;tre et reconna&#238;tre de l'autre autant qu'&#224; le conna&#238;tre. Cette double nature de l'empathie semble bien &#224; l'origine de la r&#233;ciprocit&#233; des conduites &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 382). Un point important que soul&#232;ve Nicolas Georgieff est l'effet que produit l'empathie sur l'un et l'autre : &#171; La th&#233;orie de l'empathie d&#233;finit un processus par lequel l'activit&#233; psychique de l'un est modifi&#233;e, transform&#233;e, ou influenc&#233;e par celle de l'autre, parce qu'elle est conduite &#224; reproduire partiellement, pour la partager, celle d'autrui &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 386).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans le cadre de cette approche interactive &#8211; collaborative, devrais-je m&#234;me dire &#8211;, Nicolas Georgieff affirme que le soi ne se constitue pas de la s&#233;paration et de sa diff&#233;renciation progressive d'avec autrui mais &#171; na&#238;t et perdure au sein d'une exp&#233;rience psychique n&#233;cessairement et constamment partag&#233;e, dans une copens&#233;e et coconscience originaires &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 369). Il est cat&#233;gorique : &#171; La subjectivit&#233; est intersubjectivit&#233; par essence, la &#8220;co-conscience &#8221; est et reste la condition de la conscience de soi &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt; : 369).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Des chercheurs comme Marc Jeannerod, Jean Decety ou encore Giacomo Rizzolatti ont mis en &#233;vidence l'importance de la simulation de l'action en ce qui concerne la pr&#233;paration de l'action, l'observation d'autrui en train d'agir, l'imagination d'une action. La th&#233;orie de la simulation est r&#233;cente et privil&#233;gie une approche par le corps plut&#244;t que par des th&#233;ories abstraites (th&#233;orie de l'esprit, par exemple). Gunther Knoblich et Natalie Sebanz (2006) travaillent sur la compr&#233;hension par l'action simul&#233;e. Celle-ci repose sur une conception de l'action humaine fond&#233;e sur des pratiques, des proc&#233;dures, des savoir-faire plut&#244;t que sur la donation de sens &#224; l'action des autres. Ainsi, les buts et les intentions se r&#233;v&#232;lent imm&#233;diatement. L'action partag&#233;e est une modalit&#233; de la compr&#233;hension de l'action d'autrui. J&#246;elle Proust d&#233;crit la simulation comme un engagement dans une situation plut&#244;t que comme un processus liant deux individus s&#233;par&#233;s. Ainsi, elle affirme que &#171; [l]'exp&#233;rience acquise par la simulation ne porte ni sur soi ni sur autrui, mais sur des situations r&#233;elles et contrefactuelles et sur leurs combinaisons. Elle a valeur de connaissance parce qu'elle donne acc&#232;s &#224; des cas de raisonnement pratique que le sujet seul n'aurait pas rencontr&#233;. &#187; (2000 : 304).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le rythme des corps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces formes d'action partag&#233;es int&#232;grent des ph&#233;nom&#232;nes de synchronisation entre des individus qui sont au c&#339;ur de la fabrication de mondes communs (Cerclet, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La synchronisation se retrouve &#224; diff&#233;rents niveaux de l'univers que ce soit dans les domaines de la mati&#232;re, des syst&#232;mes naturels, du vivant et du social. Ici, la synchronisation est de l'ordre de l'appariement des processus et de l'organisation des rythmes qu'ils soient respiratoires, musculaires ou neuronaux. Natalie Sebanz et ses coll&#232;gues (2006) d&#233;claraient que les formes d'actions conjointes reviennent &#224; incorporer le temps des actions des autres. Elle montrait que cette activit&#233; est plus simple que de se maintenir en &#233;tat de d&#233;synchronisation. Olivier Oullier (2008) a &#233;tudi&#233; des situations de syncopation et a aussi montr&#233; que se maintenir &#224; contre-temps n&#233;cessite un investissement &#233;nerg&#233;tique plus important et une plus grande attention &#224; la pr&#233;paration et au contr&#244;le du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rudolpho Llinas consid&#232;re le mouvement volontaire comme une suite de tremblements : le geste serait r&#233;alis&#233; de mani&#232;re discontinue dans le temps et les op&#233;rations d'un tel syst&#232;me se produiraient ainsi &#224; intervalles discrets. Le rythme du tremblement physiologique du muscle existe, inchang&#233; dans sa p&#233;riodicit&#233; de 8 &#224; 12 hertz, ind&#233;pendamment de la vitesse du mouvement et des contraintes impos&#233;es au muscle. Llinas se r&#233;f&#232;re &#224; la prosodie non pas comme ce qui s'ajouterait au message mais comme ce qui correspondrait &#224; la gestualisation d'un &#233;tat interne. C'est une expression ext&#233;rieure d'une abstraction centralement produite qui signifie quelque chose. &#171; Pour nous, sourire, rire, froncer ou lever ses sourcils sont des formes de prosodie, par lesquelles nous communiquons un &#233;tat interne et momentan&#233;, d'une mani&#232;re reconnaissable et compr&#233;hensible &#224; quelqu'un d'autre &#187; (2001 : 229-230).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Comme nous l'avons vu tout au long de cet expos&#233;, la compr&#233;hension et la connaissance d'autrui ou d'une situation repose sur&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;des m&#233;canismes de r&#233;sonance qui ne peuvent &#234;tre s&#233;par&#233;s de leur dimension rythmique. Le rythme est omnipr&#233;sent aux niveaux perceptif, neuronal aussi bien que musculaire. Mais deux ph&#233;nom&#232;nes partageant le m&#234;me rythme ou la m&#234;me fr&#233;quence ne font plus qu'un. Pour que nous puissions les distinguer, il importe donc que les rythmes soient produits et per&#231;us en l&#233;ger d&#233;calage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est l'une des dimensions de notre participation au mouvement de notre environnement. Ainsi, nous avons tous pris conscience, &#224; un moment ou &#224; un autre, de notre capacit&#233; &#224; nous synchroniser avec le&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;tempo d'une musique ou celui des applaudissements &#224; la fin d'une repr&#233;sentation, avec&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;celui d'un ou une artiste ou encore avec celui de la personne avec laquelle nous marchons, nous discutons, nous mangeons, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour approcher un peu plus ces m&#233;canismes, nous devons nous poser la question de ce qu'est le rythme. Les chercheurs sont nombreux &#224; s'&#234;tre confront&#233;s &#224; ce concept fuyant. Lefebvre (1992) le situe dans le v&#233;cu, le charnel, le corps. Maldiney dit que &#171; le rythme est dans les remous de l'eau, non dans le cours du fleuve &#187; (1973 : 158) et Meschonnic que &#171; le rythme est une actualisation du sujet, de sa temporalit&#233; &#187; (1982 : 87). Pour Paul Val&#233;ry, le rythme est une &#171; relation particuli&#232;rement simple entre le percevoir et le produire &#187;, entre le potentiel et l'actuel (1973 : 1336).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#201;mile Benveniste a fait un important travail d'ex&#233;g&#232;se du terme rythme. Il pr&#233;cise que pour D&#233;mocrite, &#961;&#965;&#952;&#956;&#959;&#962; &#171; est toujours &#8220;forme&#8221;, en entendant par l&#224; la forme distinctive, l'arrangement caract&#233;ristique des parties dans un tout &#187; (1966 : 330) et que pour Aristote, &#171; les relations fondamentales entre les corps s'&#233;tablissent par leur diff&#233;rences mutuelles &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 328). Selon Benveniste, &#171; la formation en &#8211; (&#952;)&#956;&#959;&#962; [&#8230;] indique, non l'accomplissement de la notion, mais la modalit&#233; particuli&#232;re de son accomplissement, telle qu'elle se pr&#233;sente aux yeux &#187; (&lt;i&gt;ibid. &lt;/i&gt; : 332). Il insiste pour dire qu'une &#171; forme &#187; n'est jamais fixe, r&#233;alis&#233;e, pos&#233;e en quelque sorte comme un objet. Il distinguait ce &#961;&#965;&#952;&#956;&#959;&#962;, associ&#233; &#224; ce qui est mouvant et fluide au &#961;&#965;&#952;&#956;&#959;&#962; de Platon qui est arrangement harmonieux des attitudes corporelles combin&#233; avec un m&#232;tre, c'est-&#224;-dire en temps altern&#233; (rapide et lent, par exemple). Mais le travail pointilleux de Pierre Sauvanet (1996) est venu &#233;branler cette distinction trop franche. Ces deux conceptions cohabitent avec intelligence et donnent ensemble une mani&#232;re int&#233;ressante d'appr&#233;hender le rythme. &#171; C'est pr&#233;cis&#233;ment, selon Pierre Sauvanet, cette polys&#233;mie originelle du mot, cette polyvalence originelle de la chose, qui constituent l'enjeu du rythme comme concept possible : entre forme et flux, continu et discontinu, espace et temps, entre perception et cr&#233;ation, sujet et objet, agi et subi &#187; (&lt;i&gt;idem &lt;/i&gt; : 31). Jean-Jacques Wunenburger met en &#233;vidence les nouvelles dimensions du rythme qui n'est pas que pure naturalit&#233; et qui poss&#232;de une &#233;paisseur, une densit&#233;, une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; consubstantielle. Il affirme tr&#232;s utilement que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;notre corps est moins un lieu o&#249; s'expriment des rythmes, que ce par &lt;i&gt;quoi &lt;/i&gt;et en quoi nous connaissons les rythmes, au sens o&#249; le redoublement cognitif implique que nous soyons pr&#233;cis&#233;ment co-acteur de la rythmicit&#233;. La rythmicit&#233; ob&#233;it donc, malgr&#233; ses apparences macro-physiques, &#224; la m&#234;me &#233;pist&#233;mologie que la microphysique contemporaine, celle de la non-s&#233;parabilit&#233; du sujet et de l'objet. (1992 : 242)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le mouvement n'est pas un flux &#233;th&#233;r&#233;. Il faut compter avec la mati&#232;re, qu'elle soit, selon les expressions des physiciens, &#224; gros grains ou &#224; grains fins. La distinction est avant tout une question de regard et de distance. Sans doute le plus difficile est de s'entendre sur la mani&#232;re d'envisager cette texture. L'envisage-t-on dans les termes d'une transformation &#171; &lt;i&gt;quasi statique &lt;/i&gt; &#187; ? Ce qui revient &#224; privil&#233;gier l'&#233;tat d'&#233;quilibre. Mais nous pouvons pr&#233;f&#233;rer privil&#233;gier le mouvement. L'&#233;tat d'&#233;quilibre n'est d&#232;s lors que transitoire. C'est &#171; la loi d'alternance &#187; entre mouvement et &#233;quilibre (Jullien, 1989) qui pr&#233;vaut et rythme le cours du proc&#232;s. La r&#233;alit&#233; va se faisant c'est-&#224;-dire qu'elle est fondamentalement dynamique et ne peut &#234;tre envisag&#233;e que de mani&#232;re spatiotemporelle. Cette seconde conception me semble plus appropri&#233;e aux caract&#232;res d'un syst&#232;me vivant qui d&#233;montre d&#232;s ses premiers instants une capacit&#233; &#224; entrer en relation et chercher la reconnaissance. Le pr&#233;sent et le maintenant ne seraient pas des &#233;tats privil&#233;gi&#233;s mais de simples points de rep&#232;re comme le sugg&#232;re Wittgenstein. Cette approche aurait aussi l'avantage de concilier forme et rythme comme les deux dimensions des divers processus qui nous environnent. &#171; La forme n'est pas, elle existe. [&#8230;] La forme est le rythme du mat&#233;riau, qui acc&#232;de par l&#224; &#224; une existence in&#233;dite &#187; (Maldiney, &lt;i&gt;op. cit. &lt;/i&gt; : 163). &#171; Le rythme c'est une forme en formation &#187; (Sauvanet, 1999 : 47). Pascal Michon affirme, dans le prolongement de la sociologie de Norbert Elias, que nous ne saisissons que &#171; des &#8220;&#234;tres&#8221; toujours en individuation &#187;. Nous avons acc&#232;s, selon lui, &#171; ni[&#224;] des &lt;i&gt;ensembles &lt;/i&gt;d'atomes ind&#233;pendants juxtapos&#233;s, ni[&#224;] des &lt;i&gt;tissus &lt;/i&gt;de cha&#238;nes d'interactions plus ou moins pliss&#233;s, ni m&#234;me[&#224;] des &lt;i&gt;configurations &lt;/i&gt;en d&#233;formation permanente [&#8230;] mais[&#224;] des &lt;i&gt;rythmes &lt;/i&gt;(au sens de formes descriptibles de r&#233;alit&#233;s mouvantes) &#187; (2005 : 423).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Marcel Jousse, &#224; travers le rythme et l'imitation, avait renou&#233; avec un monde de nature syst&#233;mique dans lequel la relation prend le dessus sur la distinction des &#233;l&#233;ments de l'ensemble. Il rompait ainsi avec le nominalisme m&#233;taphysique de Guillaume d'Ockham et inaugurait, avant l'heure, le d&#233;veloppement de la pens&#233;e complexe dont Edgar Morin s'est fait le h&#233;raut dans le domaine des sciences humaines et sociales. Cette approche est int&#233;ressante car elle relie les hommes en un syst&#232;me r&#233;sonant et les relie &#224; leur environnement. Non seulement, l'&#234;tre humain n'est plus un atome isol&#233;, nostalgique d'une communaut&#233; perdue mais il renoue aussi avec la nature apr&#232;s en avoir &#233;t&#233; longuement s&#233;par&#233;. Une telle pens&#233;e oblige &#224; revoir les modalit&#233;s de la relation. Jousse avait mis en place un syst&#232;me fond&#233; sur la plasticit&#233; de l'&#234;tre humain, capable d'absorber les vibrations du monde et de les rejouer en leur accordant collectivement une signification sociale. Le corps est au c&#339;ur de se dispositif parce qu'il est ouvert &#224; la fois &#224; la rythmique du cosmos et aux rythmes de l'exercice du social. Et parce qu'il est continuellement en cours d'individuation, l'individu contribue autant au fa&#231;onnement d'autrui que de lui-m&#234;me. Jousse disait bien &#224; propos que l'individu ignore &#171; ce qui va &#234;tre sa substance &#187; : il n'y a pas de soi pr&#233;alable mais un continuel mouvement, qui, par les modulations introduites par la diversit&#233; des corps et des exp&#233;riences, contribue &#224; complexifier le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=264&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bernard ANDRIEU,&lt;i&gt; Le monde corporel de la constitution interactive de soi&lt;/i&gt;, Lausanne, L'Age d'Homme, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#201;mile BENVENISTE, &#171; La notion de &#8220;rythme&#8221; dans son expression linguistique &#187;, &lt;i&gt;in Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris, Editions Gallimard, vol 1, 1966, pp. 327-335.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alain BERTHOZ, &lt;i&gt;La d&#233;cision&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alain BERTHOZ et G&#233;rard JORLAND (eds.), &lt;i&gt;L'empathie&lt;/i&gt;, Paris, Odile Jacob, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alain BERTHOZ et B&#233;rang&#232;re THIRIOUX, &#8220;A spatial and perspective change theory of the difference between sympathy and empathy&#8221;, &lt;i&gt;Paragrana&lt;/i&gt;, 19/1, 2010, pp. 32-61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Denis CERCLET, &#171; Les corps en mouvement comme lieu de constitution du temps ? &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Alain BERTHOZ et Bernard ANDRIEU (eds.), &lt;i&gt;Le corps en acte. Centenaire Maurice Merleau-Ponty&lt;/i&gt;, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 2010, pp. 171-185.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Michael C. CORBALLIS, &lt;i&gt;From hand to mouth. The Origins of Langage&lt;/i&gt;, Princeton, Princeton University Press, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jean DECETY, &#171; Naturaliser l'empathie &#187;, &lt;i&gt;L'Enc&#233;phale&lt;/i&gt;, 28, 2002, pp. 9-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Norbert ELIAS, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; des individus&lt;/i&gt;, Paris, Librairie Arth&#232;me Fayard, 1991 pour la traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Filippo FIMIANI, &#171; Simulations incorpor&#233;es et tropismes empathiques. Notes sur la neuro-esth&#233;tique &#187;, &lt;i&gt;Images Revues&lt;/i&gt;, 6, 2009 [En ligne]. URL : &lt;a href=&#034;http://imagesrevues.revues.org/426&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://imagesrevues.revues.org/426&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Barbara FORMIS (ed.), &lt;i&gt;Penser en corps. Soma-esth&#233;tique, art et philosophie&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Shaun GALLAGHER, &lt;i&gt;How the body shapes the mind&lt;/i&gt;, Oxford, New-York, Oxford University Press, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nicolas GEORGIEFF, &#171; Th&#233;orie de l'esprit et psychopathologie &#187;, &lt;i&gt;La Psychiatrie de l'enfant&lt;/i&gt;, 48, 2, 2005 [En ligne]. URL : &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-la-psychiatrie-de-l-enfant-2005-2-page-341.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-la-psychiatrie-de-l-enfant-2005-2-page-341.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nicolas GEORGIEFF, &#171; L'empathie aujourd'hui : au croisement des neurosciences, de la psychopathologie et de la psychanalyse &#187;, &lt;i&gt;La psychiatrie de l'enfant&lt;/i&gt;, 2, vol. 51, 2008, pp. 357-393.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Marc JEANNEROD, &#8220;The representing brain. Neural correlates of motor intention and imagery&#8221;, &lt;i&gt;Behavioral and Brain Sciences&lt;/i&gt;, 17, 1994, pp. 187-245.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Marcel JOUSSE, &lt;i&gt;L'anthropologie du geste&lt;/i&gt;, Paris, Tel Gallimard, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Fran&#231;ois JULLIEN, &lt;i&gt;Proc&#232;s ou cr&#233;ation. Une introduction &#224; la pens&#233;e chinoise&lt;/i&gt;, Paris, Editions du Seuil, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Herv&#233; KEMPF, &#171; Entretien avec Francisco Varela &#187;, &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, 308, avril 1998, pp. 109-112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
G&#252;nther KNOBLICH et Natalie SEBANZ, &#8220;The social nature of perception and action&#8221;, &lt;i&gt;Current Directions in Psychological Science&lt;/i&gt;, 15, 2006, pp. 99-104.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Henri LEFEBVRE, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de rythmanalyse. Introduction &#224; la connaissance des rythmes&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rodolfo R. LLINAS, &lt;i&gt;I of the vortex. From neurons to self&lt;/i&gt;, Cambridge-London, MIT Press, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Henri MALDINEY, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, &lt;i&gt;in Regard, Parole, Espace&lt;/i&gt;, Lausanne, L'&#194;ge d'Homme, 1973, pp. 147-172.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Andrew N. MELTZOFF, &#171; La th&#233;orie du &#8220;like me&#8221;, pr&#233;curseur de la compr&#233;hension sociale chez le b&#233;b&#233; : imitation, intention et intersubjectivit&#233; &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Jacqueline NADEL et Jean DECETY (eds.), &lt;i&gt;Imiter pour d&#233;couvrir l'humain. Psychologie, neurologie, robotique et philosophie de l'esprit&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2002, pp. 33-57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maurice MERLEAU-PONTY, &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1945, r&#233;&#233;d. coll. Tel 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maurice MERLEAU-PONTY, &lt;i&gt;Le visible et l'invisible&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1964, r&#233;ed. coll. Tel, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Henri MESCHONNIC, &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;, Lagrasse, Verdier, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal MICHON, &lt;i&gt;Rythmes, pouvoir, mondialisation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alva NO&#201;, &lt;i&gt;Action in perception&lt;/i&gt;, Cambridge, London, The MIT Press, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Olivier OULLIER, J. A. SCOTT KELSO et Alan P. KIRMAN, &#8220;Social Neuroeconomics : A dynamical systems perspective&#8221;, &lt;i&gt;Revue d'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, n&#176; 1, vol. 118, 2008, pp. 51-62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jo&#235;lle PROUST, &#171; Pour une th&#233;orie &#8220;motrice&#8221; de la simulation &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Jean DECETY (ed.), &lt;i&gt;Cerveau, perception et action, Psychologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, d&#233;c. 2000, T. 45 &#8211; 4, pp. 295-306.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Arnaud REVEL et Jacqueline NADEL, &#8220;How to build an imitator&#8221;, in Chrystopher L. NEHANIV and Kerstin DAUTENHAN (eds.), &lt;i&gt;Imitation and Social Learning in Robots, Humans and Animals : Behavioural, Social and Communicative Dimensions&lt;/i&gt;, Cambridge University Press, 2007, pp. 279-300.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Giacomo RIZZOLATTI et Corrado SINIGAGLIA, &lt;i&gt;Les neurones miroirs&lt;/i&gt;, traduit de l'italien par M. Raiola, Paris, Ed. Odile Jacob, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pierre SAUVANET et Jean-Jacques WUNENBURGER (dir.), &lt;i&gt;Rythmes et Philosophie&lt;/i&gt;, Paris, Editions Kim&#233;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pierre SAUVANET, &lt;i&gt;Le Rythme grec d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1999. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Natalie SEBANZ, Harold BEKKERING et G&#252;nther KNOBLICH, &#8220;Joint action : bodies and minds moving together&#8221;, &lt;i&gt;TRENDS in Cognitive Sciences&lt;/i&gt;, vol. 10, no. 2 February 2006, pp. 70-76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Richard SHUSTERMAN, &lt;i&gt;Sous l'interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, Paris, Editions de l'Eclat. Coll. Tir&#233; &#224; part, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Richard SHUSTERMAN, &lt;i&gt;Conscience du corps. Pour une soma-esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Traduction de N. Vieillescazes, Paris, Editions de l'Eclat. Coll. Tir&#233; &#224; part, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Juliette SOULEZ, &#171; Du Pluralisme au M&#233;liorisme, de L'exp&#233;rience au Corps : Richard Shusterman &#187;, T&lt;i&gt;ale(s) Magazine&lt;/i&gt;, no. 5, [en ligne]. URL : &lt;a href=&#034;http://www.tales-magazine.fr/light-online-mag/polygon#article204_item109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.tales-magazine.fr/light-online-mag/polygon#article204_item109&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Colwyn TREVARTHEN, &#8220;Musicality and the intrinsic motive pulse : evidence from human psychobiology and infant communication&#8221;, in &lt;i&gt;Rhythms, Musical Narrative, and the Origins of Human Communication, Musicae Scientiae&lt;/i&gt;, Special Issue, 1999&#8211;2000, pp. 157&#8211;213.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Francisco VALERA, Evan THOMPSON et Eleanor ROSCH, &lt;i&gt;The embodied mind : cognitive science and human experience&lt;/i&gt;, Cambridge, The MIT Press, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Paul VALERY, &lt;i&gt;Cahiers&lt;/i&gt;, tome 1, Paris, NRF, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Fr&#233;d&#233;rique de VIGNEMONT et Tania SINGER, &#8220;The empathic brain : how, when and why ?&#8221;, &lt;i&gt;TRENDS in Cognitive Sciences&lt;/i&gt;, vol. 10, No.10, 2006 [en ligne]. URL : &lt;a href=&#034;http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/16/95/84/PDF/empathy_TICS.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/16/95/84/PDF/empathy_TICS.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jean-Jacques WUNENBURGER (dir.), &lt;i&gt;Les Rythmes. Lectures et th&#233;ories&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan,1992.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
