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		<title>Pascal MICHON, Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet
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		<dc:date>2012-04-25T15:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Suzanne Dumouchel
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		<description>
&lt;p&gt;S. Dumouchel, &#171; Langage et sujet : deux objets &#8220;radicalement historiques&#8221; &#187;, Fabula.org &#8211; compte rendu paru en juin-juillet 2011 de : P. Michon, Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet, Paris, &#201;ditions du Cerf, coll. &#171; Passages &#187;, 2010, 251 p., EAN 9782204091039. Mots-cl&#233;s : Langage, sujet, valeur, raison, rythme, modernit&#233;. Pascal Michon propose dans cet ouvrage passionnant une relecture des th&#233;ories philosophiques, sociologiques et linguistiques du sujet. Il d&#233;fend (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L90xH150/arton1731-19df9.png?1716038668' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Situation &#233;pist&#233;mologique de l'histoire du sujet&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Situation &#233;pist&#233;mologique de l'histoire du sujet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Les th&#233;ories linguistiques du langage &#8211; le langage comme activit&#233;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Les th&#233;ories linguistiques du langage &#8211; le langage comme activit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Les th&#233;ories po&#233;tiques du langage&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Les th&#233;ories po&#233;tiques du langage&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#201;thique et politique du sujet&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;&#201;thique et politique du sujet&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;S. Dumouchel, &#171; Langage et sujet : deux objets &#8220;radicalement historiques&#8221; &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.fabula.org/revue/document6435.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fabula.org&lt;/a&gt; &#8211; compte rendu paru en juin-juillet 2011 de : P. Michon, &lt;i&gt;Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet, &lt;/i&gt;Paris, &#201;ditions du Cerf, coll. &#171; Passages &#187;, 2010, 251 p., EAN 9782204091039.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots-cl&#233;s&lt;/strong&gt; : Langage, sujet, valeur, raison, rythme, modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal Michon propose dans cet ouvrage passionnant une relecture des th&#233;ories philosophiques, sociologiques et linguistiques du sujet. Il d&#233;fend l'hypoth&#232;se d'une historicit&#233; radicale du sujet, celui-ci &#233;tant donc une construction et non quelque chose de naturel, en s'attachant &#224; red&#233;finir les th&#233;ories contemporaines du sujet pour en montrer les apports &#224; sa propre th&#233;orie, mais &#233;galement les limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il constate tout d'abord le primat du social sur le sujet. Apr&#232;s avoir d&#233;j&#224; publi&#233; diff&#233;rents ouvrages sur la notion d'individuation, il &#233;voque une intuition de l'historicit&#233; radicale du langage. Pour ce faire, il va d'abord s'int&#233;resser &#224; la situation &#233;pist&#233;mologique de l'histoire du sujet, puis aux fondements th&#233;oriques de l'historicit&#233; radicale du sujet humain et enfin il conclut son ouvrage sur les dimensions &#233;thiques et politiques du concept du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Chaque chapitre est consacr&#233; &#224; l'examen d'une th&#233;orie sur laquelle Pascal Michon s'appuie dans sa d&#233;monstration. De fait, m&#234;me si sa lecture peut sembler ardue, et parfois extr&#234;mement technique, notamment par la tr&#232;s faible pr&#233;sence d'exemples illustrant les d&#233;monstrations, l'auteur fait montre d'un s&#233;rieux et d'une rigueur tout &#224; fait remarquable. A la fois synth&#232;se des th&#233;ories contemporaines sur le sujet, et &#339;uvre de d&#233;passement de ces th&#233;ories, le livre de Pascal Michon apporte des r&#233;flexions fondamentales sur le langage, le sujet ou encore les notions d'art et de valeur, qui pourraient sans conteste ouvrir de nouvelles perspectives dans les travaux contemporains en sciences humaines qui touchent, tous, quoi qu'on en dise, &#224; la notion d'humain et de langage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Situation &#233;pist&#233;mologique de l'histoire du sujet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette premi&#232;re partie, Pascal Michon montre que la question de l'historicit&#233; du langage a &#233;t&#233; abord&#233;e par deux &#233;coles, linguistique (de Humboldt &#224; Benveniste en passant par Saussure) et litt&#233;raire (par l'interm&#233;diaire de Bakhtine et Jakobson notamment). Ces traditions ont &#233;mis l'hypoth&#232;se que le primat du langage ne saurait &#234;tre r&#233;duit &#224; une simple institution sociale. Cependant, ces auteurs ont souffert d'une lecture r&#233;ductrice qui s'est notamment attach&#233;e &#224; l'aspect discursif et pragmatique du langage ou oubliant de le consid&#233;rer comme un moyen de repr&#233;sentation du r&#233;el. Pascal Michon se propose donc de relire ces th&#233;ories et d'insister sur leur atout : Toutes ont en commun de poser le primat du po&#233;tique sur le linguistique, du po&#232;me sur la langue en action car &#171; la sp&#233;cificit&#233; du discours po&#233;tique est d'offrir une hyper-exp&#233;rience du fonctionnement du langage qui conjoint de mani&#232;re indissoluble des fonctions que les philosophes ont tendance &#224; s&#233;parer : la relation au monde, la relation au langage, la relation aux autres et la subjectivation &#187; (p. 26). De fait, Pascal Michon justifie le fait de s'appuyer sur cette double orientation, linguistique et po&#233;tique, pour r&#233;tablir les conditions th&#233;oriques d'une anthropologie historique du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais ce n'est que dans la seconde partie que l'auteur va entrer plus en avant dans les sp&#233;cificit&#233;s de ces th&#233;ories. Il consacre en effet l'essentiel de la premi&#232;re partie de son ouvrage &#224; d&#233;montrer l'impuissance des sciences sociales et de la philosophie &#224; saisir l'historicit&#233; du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les premi&#232;res ont en effet eu le tort d'assimiler trop facilement la subjectivation &#224; l'individualisation notamment en s'appuyant finalement sur une logique historique (conception lin&#233;aire d'une Histoire qui va vers l'&#233;mancipation du sujet dans une conception occidentale de l'homme moderne) et sur une anthropologie dualiste en opposant constamment l'individu psychologique et l'individu sociologique. Cette s&#233;v&#232;re analyse des th&#233;ories des sciences sociales sur l'histoire du sujet est n&#233;anmoins nuanc&#233;e lorsque Pascal Michon reconnait que l'option historiciste est moins utilis&#233;e aujourd'hui. Il pense alors &#224; Weber, Durkheim ou encore Dilthey qui s'opposent au paradigme historiciste mais sans toutefois parvenir &#224; s'en d&#233;tacher compl&#232;tement. Ces trois positionnements, individualisme m&#233;thodologique, holisme sociologique et philosophie de la temporalit&#233;, ont certes le m&#233;rite d'&#234;tre anti-historiques, &#224; contre-courant des th&#233;ories des sciences sociales habituelles, mais trouvent leurs limites avec la question du langage. Weber bute sur le primat du signe, Durkheim sur l'inclusion du langage dans le social et Dilthey sur le postulat que le temps serait ext&#233;rieur au langage. Il faudrait, pour r&#233;soudre cette difficult&#233;, que les sciences sociales cessent de s'appuyer sur les philosophies du langage pour privil&#233;gier la linguistique et la po&#233;tique qui, elles seules, remettent en cause l'id&#233;e du primat du social. Elles oublient la relation d'interpr&#233;tance de Benveniste qui signale que le langage n'est pas une institution sociale parmi d'autres, qu'il n'est pas inclus dans le social, mais qu'il est, bien au contraire, la condition premi&#232;re de celui-ci. L'analyse des th&#233;ories modernes des sciences sociales permet &#224; Pascal Michon de poser la premi&#232;re pierre de son &#233;difice : le langage prime sur le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avec les th&#233;ories philosophiques de l'histoire du sujet, le lecteur aborde alors l'histoire de la raison. La modernit&#233; appara&#238;t comme une p&#233;riode de libert&#233; de la subjectivit&#233;, notamment &#224; partir d'Hegel. Weber d&#233;veloppe l'id&#233;e que la subjectivation de l'homme occidental est une cons&#233;quence de son individualisation. Il y aurait donc une suite logique, une &#233;mancipation de la subjectivit&#233; &#224; travers l'histoire. En recentrant la question sur la temporalit&#233;, la question de l'histoire du sujet est remplac&#233;e par celle de son historicit&#233;. L&#224; encore, trois positionnements fondamentaux ont red&#233;fini la notion de sujet : Soit on a vis&#233; un sujet pris et tiss&#233; par le jeu herm&#233;neutique circulaire de l'interpr&#233;tation et de la tradition (Hegel et Aristote), soit un sujet construit dans l'effort critique individuel et collectif issu de la communication et de l'action (Kant), soit enfin un sujet essentiellement mobile, point instable d'application des forces, ensemble des traces de ses d&#233;placements discursifs et de ses coups dans les jeux de langage (Nietzsche). Mais dans les trois cas, la r&#233;flexion sur le sujet se situe toujours dans l'optique d'un &#233;clatement de la raison au profit de trois sph&#232;res de valeurs autonomes, savoir, &#233;thique et esth&#233;tique, la troisi&#232;me apparaissant comme la solution &#224; un dualisme opposant les deux premi&#232;res, dans une tradition dialectique toujours de rigueur. Selon Pascal Michon, voil&#224; ce qui explique l'incapacit&#233; de ces th&#233;ories &#224; saisir le sujet dans son historicit&#233; radicale. La plupart des th&#233;ories philosophiques modernes s'appuient sur l'id&#233;e d'une ternarit&#233; de la raison. Ces trois sph&#232;res de valeur, ou trois points de vue sur le monde, supposent un passage du sujet de l'une &#224; l'autre sph&#232;re jusqu'au d&#233;passement final, en se r&#233;solvant dans l'art. Celui-ci apparait donc comme le point d'appui essentiel pour circonvenir le dualisme de la pens&#233;e moderne. Pour autant, les r&#233;flexions philosophiques sur l'art ont longtemps &#233;t&#233; r&#233;duites &#224; des commentaires sur le jugement, le plaisir, le beau sans observation empirique de l'&#339;uvre et de sa r&#233;ception. L'apport de ce second chapitre r&#233;side dans l'importance accord&#233;e &#224; l'art pour comprendre le principe de subjectivation, et le refus d'une raison diffract&#233;e en trois sph&#232;res de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A l'instar des sciences sociales qui n'&#233;tudient pas le langage pour lui-m&#234;me, la philosophie analyse l'art &#224; partir de notions d&#233;j&#224; abstraites sans l'envisager pour lui-m&#234;me, en objet ind&#233;pendant. Il est rattach&#233; &#224; des consid&#233;rations esth&#233;tiques qui nuisent &#224; sa prise en compte globale. Pour effacer cet inconv&#233;nient, les philosophes du langage doivent &#224; leur tour se tourner vers la po&#233;tique car, selon l'auteur, &#171; une exp&#233;rience artistique, qu'elle soit de cr&#233;ation, de lecture, d'&#233;coute ou de contemplation, mobilise bien plus que le facteur esth&#233;tique du plaisir ou que le facteur anti-esth&#233;tique de la nostalgie du sacr&#233;, une telle exp&#233;rience est toujours &#224; la fois cognitive, &#233;thique et politique car elle est toujours exp&#233;rience de subjectivation. &#187; (p. 59). Dans la mesure o&#249; l'art consiste &#224; construire des possibilit&#233;s de subjectivation nouvelles pour les autres, &#8211; l'auteur s'appuie sur les pratiques artistiques de la modernit&#233; telles celles de Baudelaire, du futurisme, du symbolisme, de Proust, Joyce, etc. &#8211;, l'art n'apparait alors plus comme un troisi&#232;me monde charg&#233; d'att&#233;nuer les s&#233;parations entre les deux premiers (&#233;thique et scientifique) mais bien comme une activit&#233; s&#233;mantique et subjective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette id&#233;e a permis de d&#233;montrer que l'interpr&#233;tation qui domine aujourd'hui, dans la droite ligne de Kant, Hegel et Weber, et qui consiste &#224; voir la modernit&#233; comme un produit de l'&#233;clatement du monde totalisant traditionnel, dont l'art serait l'activit&#233; qui pourrait soigner cet &#233;clatement, ne peut finalement &#234;tre retenue. La modernit&#233; doit &#234;tre repens&#233;e comme multiplicit&#233; d'exp&#233;riences, sans ce dualisme tout/&#233;clatement du tout qui r&#233;duit l'activit&#233; artistique &#224; un simple &#233;clat de la raison. Pour comprendre le sujet dans son histoire, il convient de red&#233;finir l'anthropologie historique de la modernit&#233; comme multiplicit&#233; et sp&#233;cificit&#233;s des formes, pourtant toujours universelles de la subjectivation. Ici, Pascal Michon apporte une seconde pierre, &#224; sa th&#233;orie en supposant que le principe de subjectivation implique en m&#234;me temps, et sans aucune contradiction, une forme sp&#233;cifique et pourtant universelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Les th&#233;ories linguistiques du langage &#8211; le langage comme activit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re partie de son ouvrage, Pascal Michon envisage successivement le langage et le principe de subjectivation, associ&#233; aux th&#233;ories de la modernit&#233;. Dans la seconde partie, il se focalise sur les th&#233;ories linguistiques, mal lues, pour en montrer tout l'apport dans la r&#233;flexion sur l'historicit&#233; radicale du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il s'int&#233;resse d'abord &#224; Humboldt, dont les th&#233;ories auraient souffert d'un &#233;clatement &#224; la lecture, emp&#234;chant ainsi de constater son refus de distinguer les questions linguistiques, historiques, anthropologiques et philosophiques. En cela, ses id&#233;es sont tout &#224; fait innovantes et s'inscrivent dans la lign&#233;e minoritaire de J&#252;rgen Trabant et d'Henri Meschonnic. Il d&#233;veloppe une th&#233;orie subjectiviste et individualiste du langage qui &#233;chappe au dualisme traditionnel notamment en envisageant le langage comme un m&#233;diateur entre l'esprit individuel et l'esprit objectif, et en le consid&#233;rant comme une activit&#233;, un &#171; travail de la pens&#233;e &#187;, et non plus comme un outil de la pens&#233;e. Le langage en tant qu'activit&#233; permet que son universalit&#233; puisse s'individuer dans les langues historiques. Humboldt distingue en effet le langage et l'&#233;nonc&#233;, &#171; produit momifi&#233; &#187; de cette activit&#233;. Les individus, que constituent les langues, peuvent appara&#238;tre avec leurs sp&#233;cificit&#233;s sans jamais se refermer sur eux-m&#234;mes mais toujours en &#233;tant inscrits dans l'universel du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Saussure a suivi une direction sensiblement identique &#224; celle de Humboldt. L'apport de Saussure r&#233;side dans sa saisie des contradictions, non pour tenter de les r&#233;soudre, mais pour souligner la difficult&#233; &#224; connaitre un objet, la langue, selon un point de vue unique, linguistique par exemple, mais qu'il conviendrait d'envisager constamment dans son rapport au monde. Instrumentalis&#233; par les structuralistes, qui ont n&#233;glig&#233; cet aspect de sa th&#233;orie, Saussure a modifi&#233; profond&#233;ment la notion d'historicit&#233; en faisant de l'arbitraire du signe, le concept de l'historicit&#233; radicale, et non une caract&#233;ristique de la formalisation du langage. Saussure a inscrit son travail dans une perspective anthropologico-historique d&#232;s lors qu'il a red&#233;finit le langage non plus &#224; partir du signe ou du couple signifiant-signifi&#233;, mais &#224; partir des notions de syst&#232;me, de valeur, et surtout d'arbitraire. Cette notion d'arbitraire, oppos&#233;e &#224; celle de n&#233;cessaire, fait du langage un objet fondamentalement historique et non naturel. Saussure n'a pas d&#233;velopp&#233; sur la question du sujet mais a pos&#233; les fondements de l'historicit&#233; radicale de celui-ci. Il a ouvert la voie d'une critique de la raison et d'une anthropologie du sujet en faisant du langage et de la raison, les deux faces d'une m&#234;me r&#233;alit&#233;. Alors que ses contemporains expliquent l'historicit&#233; radicale du sujet soit parce que les &#234;tres humains vivent de mani&#232;re sociale (Durkheim et Weber), soit parce qu'ils sont des &#234;tres vivants (Dilthey, Bergson, Husserl), soit parce qu'ils sont producteurs de signes (Peirce, Frege, Russell), Saussure est le seul &#224; avoir associ&#233; l'historicit&#233; radicale des &#234;tres humains, donc le sujet, &#224; leur activit&#233; langagi&#232;re. L'ad&#233;quation de la connaissance au monde n'est pas exclue de la linguistique mais subordonn&#233;e au primat de l'historicit&#233;. &#171; Loin d'exister de mani&#232;re autonome, l'individu, le social, la vie, le temps et les signes sont de simples sous-produits de l'unique principe qui soit radicalement arbitraire, c'est-&#224;-dire, comme le dira plus tard Benveniste, vraiment &lt;i&gt;sui-r&#233;f&#233;rentiel &lt;/i&gt; : le langage. &#187; (p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Benveniste, qui pose dans ses &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale, &lt;/i&gt;que &#171; le langage est dans la nature de l'homme &#187;, envisage le langage comme la condition premi&#232;re de l'humanit&#233;, non pas parce qu'il constituerait le garant transcendantal de la connaissance et de la libert&#233; humaines, mais parce qu'il est le lieu effectif de la signifiance. Il associe universalit&#233; du langage et historicit&#233;. Contrairement &#224; Habermas qui voit dans la langue ce qui permet aux sujets de d&#233;passer les particularit&#233;s impliqu&#233;es par leur appartenance au monde social et &#224; la tradition, Benveniste propose un tout autre rapport de la langue au social. Il r&#233;cuse l'id&#233;e que la langue fonctionne &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233;, donc qu'elle ne serait qu'une partie alors que la soci&#233;t&#233; serait un tout. Il avance au contraire l'id&#233;e selon laquelle c'est la langue qui fonderait et engloberait la soci&#233;t&#233;. La langue permet le tour de force fondateur par lequel le sp&#233;cifique, le singulier et le particulier propres &#224; un auteur s'articulent avec le g&#233;n&#233;ral et le commun des significations reconnues par sa soci&#233;t&#233;. On retrouve ici l'id&#233;e fondamentale de l'universalit&#233; du langage compatible avec l'individuation des langues et des &#234;tres humains. Mais Benveniste va plus loin en supprimant tout dualisme entre subjectivation et sociation. Il postule que la langue serait dot&#233;e d'un pouvoir d'effectuation, puisqu'en disant &#171; je &#187;, le locuteur suppose n&#233;cessairement l'existence d'une autre personne. &#171; Je &#187; et &#171; tu &#187; sont pos&#233;s simultan&#233;ment et de fa&#231;on indissociable non pas dans une relation dialectique au sens h&#233;g&#233;lien mais dans une relation hi&#233;rarchique puisque &#171; je &#187; a toujours une position de transcendance &#224; l'&#233;gard de &#171; tu &#187;. Enfin, le langage suppose un mouvement, il est de l'ordre d'une forme assum&#233;e par ce qui est mouvant, c'est-&#224;-dire, pour reprendre les mots de Pascal Michon, &#171; d'une mani&#232;re de fluer &#187;. Il est constitu&#233; par un rythme qui tient compte du temps et de la succession des &#233;v&#233;nements. Contrairement &#224; Habermas, le langage ne serait pas un m&#233;dium herm&#233;neutique. Il ne favorise pas l'acc&#232;s au savoir et &#224; l'&#233;mancipation humaine. La source de l'&#233;thique et du scientifique se situe dans l'activit&#233; elle-m&#234;me des &#234;tres humains. Chaque acte de langage, individuel, apparait comme une action sociale par laquelle se r&#233;inventent les relations entre les hommes, et donc le sujet. De fait, dans la mesure o&#249; c'est le langage qui permet d'instancier des points de rep&#232;res qui fondent aussi bien la subjectivit&#233; que notre perception de l'espace et du temps, aussi bien notre activit&#233; r&#233;f&#233;rentielle que notre rapport aux autres, c'est bien le langage qui fonde notre historicit&#233; et non l'inverse. La subjectivation est donc un ph&#233;nom&#232;ne langagier. Le &#171; je &#187; n'est pas un signe puisqu'il ne re&#231;oit sa r&#233;alit&#233; que de son &#233;nonciation. Il n'est donc pas de l'ordre de la signification mais de celui de la signifiance. Avec Benveniste, le point de vue s&#233;mantique prime sur le point de vue s&#233;miologique et permet de concevoir la subjectivation comme une &lt;i&gt;aventure &lt;/i&gt;anthropologico-s&#233;mantique. Finalement, Benveniste d&#233;veloppe une conception rythmique du rapport entre l'universalit&#233; du langage et l'historicit&#233; des &#234;tres humains dans le sens o&#249; elle renvoie &#224; une d&#233;finition du temps fond&#233;e sur un rythme, sur la forme de ce qui est mouvant, sur des mani&#232;res distinctes de fluer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Les th&#233;ories po&#233;tiques du langage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la notion d'art, seconde cl&#233; de toute historicisation du concept du sujet, apr&#232;s celle du langage, que s'int&#233;resse ensuite Pascal Michon. A partir d'une critique de la pens&#233;e de Gadamer, telle qu'elle est expos&#233;e dans &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et m&#233;thode&lt;/i&gt;, Pascal Michon tente de d&#233;finir le concept de litt&#233;rarit&#233; d'une &#339;uvre. Il aborde une question maintes fois &#233;voqu&#233;e, la diff&#233;rence entre une &#339;uvre et un texte, c'est-&#224;-dire ce qui constitue la &#171; valeur litt&#233;raire &#187; d'une &#339;uvre. A ses yeux, Gadamer r&#233;duit le sens &#224; la r&#233;f&#233;rence, conduisant &#224; lire ainsi un texte po&#233;tique comme n'importe quel autre texte. En simplifiant l'interpr&#233;tation, &#8211; Pascal Michon s'appuie ici sur une lecture de Celan par Gadamer &#8212;, la forme po&#233;tique perd toute sa valeur et toute sa sp&#233;cificit&#233;. Cette tradition s'oppose &#224; celle inspir&#233;e par Saussure et Benveniste, notamment les th&#233;ories de Ric&#339;ur, Descombes et Meschonnic qui sont l'objet des chapitres suivants, et dans laquelle la pens&#233;e ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de l'activit&#233; langagi&#232;re dans laquelle elle se produit. Ce contre-exemple, &#224; partir de la pens&#233;e de Gadamer, permet &#224; Pascal Michon d'avancer une id&#233;e fondamentale &#224; sa d&#233;monstration : Le langage est une activit&#233; qui, en interaction avec les pratiques sociales des hommes, leur permet de se d&#233;velopper sous une infinit&#233; de formes. Il constitue donc &#224; la fois une activit&#233; productrice de signifiance et de transsubjectivit&#233;, et la condition de possibilit&#233; d'une production infinie de formes de vie nouvelles &#8211; une infinit&#233; de formes de subjectivation &#8211; une infinit&#233; de modernit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La critique narrativiste de Paul Ric&#339;ur articule deux p&#244;les de sa conception de l'identit&#233; : le caract&#232;re, ce qui nous distingue socialement, ou m&#234;met&#233;, et le for int&#233;rieur moral, ou ips&#233;it&#233;, qui nous permet de r&#233;pondre de nos promesses et agit comme un principe moral universel. Selon Ric&#339;ur, la narration permet, en int&#233;grant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et l'instabilit&#233; des vies humaines dans un ensemble consistant, d'assurer de la continuit&#233; de son propre caract&#232;re, donc de son identit&#233;. Elle permet de tester les valeurs et jugements de chacun. Pascal Michon objecte cependant que la narration est un moyen pour assurer cette identit&#233; mais qu'elle n'est pas une fin. Finalement, rien ne prouve que le sujet se r&#233;alise de cette mani&#232;re dans la r&#233;alit&#233;. Il &#233;met alors l'hypoth&#232;se que la dynamique de la vie doit &#234;tre pens&#233;e non &#224; partir de la narration mais sur le mod&#232;le po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quant &#224; Vincent Descombes, il d&#233;veloppe une critique syntaxique inspir&#233;e &#224; la fois de Wittgenstein et de Tesni&#232;res. Il envisage le sujet soit comme un agent, soit comme un patient, soit comme un attributaire. L'approche artistique qui sert de d&#233;finition pr&#233;liminaire au sujet appara&#238;t finalement n&#233;glig&#233;e pour fonder les bases d'un sujet qui ne serait qu'un objet d&#233;sincarn&#233;. Vincent Descombes utilise l'art pour d&#233;finir le sujet mais le rejette par la suite au profit d'une analyse syntaxique. A chaque fois, Ric&#339;ur et Descombes souhaitent d&#233;mythifier la notion de sujet en introduisant l'id&#233;e de valeur litt&#233;raire mais sans avoir au pr&#233;alable &#233;largi leurs perspectives po&#233;tiques. Ils ne parviennent pas, de ce fait, &#224; transformer leur impulsion en une v&#233;ritable anthropologie historique du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'art, ou la litt&#233;rature, constitue un objet r&#233;sistant ou manquant &#224; la philosophie. La plupart des po&#233;tiques, qu'elles soient narrativiste, rh&#233;torique ou g&#233;n&#233;tique, sont de plus en plus coup&#233;es de la th&#233;orie du langage. Pour Pascal Michon, qui d&#233;fend l'id&#233;e que le langage est une activit&#233;, et non une puissance, la valeur artistique ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; une intrigue ou &#224; des figures. Le sujet serait une &#233;mergence li&#233;e &#224; cette activit&#233; du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Selon lui, seul Henri Meschonnic a affront&#233; la double question du langage comme activit&#233; et de l'art comme sph&#232;re &#233;thique et politique. Il a replac&#233; le sujet au centre des d&#233;bats. Sa po&#233;tique a red&#233;fini le sujet non plus comme un individu, comme un moi, qui se serait construit en se s&#233;parant du milieu social o&#249; il &#233;tait plong&#233; ou en creusant lui-m&#234;me une int&#233;riorit&#233;, ni &#224; l'inverse comme une illusion, un pur effet de surface de la langue, mais comme ce qui est en jeu dans tout discours et dans toute pratique langagi&#232;re, en particulier dans la litt&#233;rature et l'art. Le sujet n'est donc ni une substance (pensante, voulante, percevante et croyante), ni une forme (unit&#233; formelle de l'exp&#233;rience, de la relation entre les signifiants), ni un n&#339;ud de forces (d&#233;sirantes, sociales, etc.) mais avant tout une instanciation dans l'activit&#233; du langage. Ce que l'on appelle commun&#233;ment le sujet (psychologique, individu social, personne, &#226;me, etc.) d&#233;pend de cette premi&#232;re &#233;mergence subjective. De fait, selon la po&#233;tique d'Henri Meschonnic, l'individuation des &#339;uvres d'art signifie que l'&#339;uvre est absolument unique mais aussi totalement ouverte sur ses r&#233;actualisations. Sauf qu'&#224; la diff&#233;rence de l'individu, l'&#339;uvre est un propre, un soi, qui est aussi toujours simultan&#233;ment un autre, un toi. Le langage explique cette individuation paradoxale des &#339;uvres d'art. L'art porte &#224; un degr&#233; extr&#234;me l'exp&#233;rience quotidienne et pourtant &#233;trange, qui fait que le &#171; je &#187; du langage est &#224; la fois ce qui est le plus intime et le plus commun et universel. L'individuation de l'&#339;uvre d'art est identique &#224; une subjectivation. Il est sui-r&#233;f&#233;rentiel. Comme le &#171; je &#187;, l'&#339;uvre instaure l'unicit&#233; et la sp&#233;cificit&#233; du monde, tout en restant r&#233;&#233;non&#231;able de mani&#232;re infinie. Comme le &#171; je &#187;, elle ne r&#233;f&#232;re ni &#224; une id&#233;e toujours identique dans la repr&#233;sentation qu'elle &#233;veille et &#224; laquelle pourraient renvoyer identiquement toutes ses r&#233;actualisations, ni &#224; un individu concret dont elle serait l'expression. L'&#339;uvre peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme sui-r&#233;f&#233;rentielle, c'est-&#224;-dire comme instituant dans son &#233;nonciation, un sujet. Il n'y a donc pas sens d'une &#339;uvre mais &#339;uvre du sens. L'id&#233;e fondamentale introduite par Meschonnic est donc que la litt&#233;rature porte &#224; la syst&#233;maticit&#233; une fonction naturelle du langage, la fonction subjective. L'individuation po&#233;tique a lieu quand un texte devient sujet. Le sujet n'a donc pas la stabilit&#233; d'une substance mais est discontinu dans ses r&#233;actualisations successives et &#224; chaque fois diff&#233;rent. Le &#171; je &#187; du po&#232;me est, comme le &#171; je &#187; de l'&#233;nonciation, une place &#224; la fois ext&#233;rieure &#224; tout locuteur et totalement disponible pour chacun. C'est le rythme, principal op&#233;rateur de sens et op&#233;rateur du sujet du discours qui permet cette discontinuit&#233; et cette mise &#224; disposition. Meschonnic le d&#233;finit comme &#171; l'organisation des marques par lesquels les signifiants, linguistiques et extra-linguistiques, produisent une s&#233;mantique sp&#233;cifique, distincte du sens lexical, et que j'appelle la signifiance : c'est-&#224;-dire les valeurs propres &#224; un discours et &#224; un seul. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, Critique du rythme. Anthropologie historique du langage, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal Michon avance alors une autre id&#233;e fondamentale, et d&#233;terminante dans la conception de l'art et de la litt&#233;rature, puisqu'il postule que le rythme, ou plut&#244;t sa cat&#233;gorie, d&#233;termine de la valeur litt&#233;raire d'une &#339;uvre. Pour lui, il existe trois cat&#233;gories de rythme : linguistique (celui du parler dans chaque langue, rythme de mot ou de phrase), rh&#233;torique (variable selon les traditions culturelles, les &#233;poques stylistiques, les registres), po&#233;tique (qui est l'organisation d'une &#233;criture). Les deux premiers sont toujours l&#224;, le dernier n'a lieu que dans une &#339;uvre. Ils d&#233;terminent chacun une linguistique du rythme, une rh&#233;torique du rythme, et une po&#233;tique du rythme. Le dernier pr&#233;supposant les deux autres. Seul le sujet de l'&#233;criture est li&#233; &#224; une production de valeurs telle qu'elle va permettre l'individuation et le partage de l'&#339;uvre. Le sens de la notion de &#171; sujet du po&#232;me &#187; d&#233;pend donc en dernier ressort de ce concept de valeur. Il permet de relier les propositions de la po&#233;tique &#224; la probl&#233;matique de l'&#233;clatement des sph&#232;res de valeur, de la m&#233;diation esth&#233;tique et de l'unicit&#233; ou pluralit&#233; de la modernit&#233;. Meschonnic &#233;labore ainsi une po&#233;tique des discours : il s'int&#233;resse autant &#224; la valeur s&#233;mantique d'un texte qu'&#224; la valeur artistique d'une &#339;uvre. La valeur prend donc une forme universelle linguistique et une forme po&#233;tique sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De fait, l'individuation d'une &#339;uvre pr&#233;suppose une subjectivit&#233;, qui est aussi une transsubjectivit&#233;. Elle inscrit donc en elle les d&#233;terminations d'un sujet tout en &#233;tant simultan&#233;ment un &#171; savoir du futur &#187;, ce qui invalide toute conception intentionnelle de l'&#233;criture ou de l'art comme vouloir dire&#8230; Les diff&#233;rentes positions philosophiques vues pr&#233;c&#233;demment sacralisaient l'art ou le n&#233;gligeaient. Du coup, elles ne sortaient pas de leurs analyses du mod&#232;le de l'unicit&#233; de la modernit&#233; et de son &#233;clatement en trois sph&#232;res de valeurs irr&#233;conciliables. La po&#233;tique, quant &#224; elle, qui part directement de l'art et de la valeur artistique, propose une conception pluraliste du sujet et de la modernit&#233; qui rompt d&#233;finitivement avec le kantisme plus ou moins assum&#233; des philosophes. Cette r&#233;&#233;laboration du sujet ouvre sur une &#233;thique et une politique du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=303&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#201;thique et politique du sujet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit dans cette derni&#232;re partie de r&#233;fl&#233;chir &#224; la possibilit&#233; d'articuler l'individu, qu'il soit singulier ou collectif, et le sujet ensemble. L'homme se constitue comme sujet dans et par le langage. Le sujet est un universel directement li&#233; &#224; l'universalit&#233; de l'activit&#233; langagi&#232;re chez les humains. Subjectivation et individuation sont intimement li&#233;es l'une &#224; l'autre. En effet, le locuteur s'inclut et se situe. Il accomplit un double mouvement de reconnaissance mais aussi de positionnement &#224; l'&#233;gard du milieu et du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Selon Pascal Michon, le sujet envisag&#233; d'un point de vue &#233;thique et politique se retrouve notamment dans l'emploi de performatifs, classe qu'il red&#233;finit comme comprenant les &#233;nonc&#233;s qui font litt&#233;ralement ce qu'ils disent, c'est-&#224;-dire autant des phrases que des textes entiers : les &#339;uvres litt&#233;raires. N&#233;anmoins, contrairement aux &#233;nonc&#233;s performatifs phrastiques, les effets des &#339;uvres litt&#233;raires ne sont pas n&#233;cessairement volontaires ou conscients. Le plus souvent, ils se produisent plut&#244;t &#224; l'insu du locuteur ou du lecteur. L'effet de ce performatif est &#224; la fois infini et ind&#233;fini. Il ne s'&#233;puise pas dans le temps, il transgresse toutes les fronti&#232;res de classe, de genres, de nationalit&#233;, de races. Pour Pascal Michon, l'effet de ce performatif se r&#233;alise dans des situations nouvelles gr&#226;ce &#224; un engagement critique ou heuristique des locuteurs. Contrairement au &#171; je &#187; de l'&#233;nonciation, le &#171; je &#187; d'un texte litt&#233;raire constitue une v&#233;ritable entit&#233; s&#233;mantique pleine de sens d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;s mais aussi de sens potentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
N&#233;anmoins, bien que le texte litt&#233;raire &#171; agit &#187; sur quelque chose d&#232;s lors qu'il est &#233;nonc&#233;, il ne s'agit pas, contrairement aux autres performatifs, d'un acte d'autorit&#233; mais plut&#244;t d'un acte d'engagement de la part de celui qui l'&#233;nonce. Le lecteur-auditeur est engag&#233;, le plus souvent inconsciemment, &#224; adopter une autre mani&#232;re de vivre le corps, le langage et le social. La participation d'un individu singulier &#224; un sujet po&#233;tique implique une &#171; rythmisation de sa vie &#187;, soit une mise en forme de son activit&#233; de corps-langage-social, et ce faisant, de donner sens au monde, aux &#233;v&#233;nements, &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La valeur &#233;thique du sujet du po&#232;me tient &#224; la disponibilit&#233; universelle de ce sujet et &#224; l'engagement du locuteur &#224; adopter une autre mani&#232;re de vivre dans le corps, le langage et le social. Pour les individus singuliers, le sujet du po&#232;me est une valeur non parce qu'il est, comme le &#171; je &#187; de l'&#233;nonciation, une place vide, universelle, transcendante mais r&#233;versible, mais parce qu'il est un &#171; vecteur universellement disponible d'effets de transformation des mani&#232;res de vivre dans le corps, le langage et le social.[&#8230;] Le sujet du po&#232;me est une valeur &#233;thique parce qu'il est au sens fort un transsujet. &#187; (p. 193)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quant &#224; la subjectivation des individus collectifs, elle contient la seconde dimension utopique du sujet. La langue organise la vie des hommes, elle institue clairement le collectif et le singulier. Le langage a un pouvoir coh&#233;sif et un r&#244;le cognitif puisqu'elle transforme la soci&#233;t&#233; en notion intelligible. Elle assure au locuteur la possibilit&#233; de s'inclure dans le social et le milieu, tout en lui permettant simultan&#233;ment de s'en diff&#233;rencier. L'individuation n'est ni seulement collective, ni simplement singuli&#232;re, mais toujours les deux &#224; la fois du point de vue de la langue. Pour reprendre la formule de Pascal Michon, le langage est l'interpr&#233;tant s&#233;miologique de la soci&#233;t&#233; du point de vue linguistique, et l'interpr&#233;tant s&#233;mantique du social du point de vue po&#233;tique. De fait, il s'attaque aux clich&#233;s conceptuels de l'art et de la litt&#233;rature d&#233;velopp&#233;s par les sciences sociales et la philosophie. Con&#231;u comme une activit&#233; d&#233;corative ou compensatoire, ou comme un comportement marginal qui rejetterait les progr&#232;s, la froideur ou la duret&#233; du capitalisme, ou encore comme un reflet de la soci&#233;t&#233;, l'art est d&#233;politis&#233; et &#171; d&#233;s&#233;th&#233;tis&#233; &#187;, selon le n&#233;ologisme de Pascal Michon, au profit de l'esth&#233;tique. &lt;i&gt;A contrario, &lt;/i&gt;la th&#233;orie d'un sujet &#224; la fois &#233;minemment collectif et toujours singuli&#232;rement individuel permet d'envisager l'art comme un r&#233;v&#233;lateur politique et &#233;thique de son temps, sans qu'il y ait forc&#233;ment compensation, repr&#233;sentation ou c&#233;l&#233;bration. Plus grossi&#232;rement, l'art fonctionnerait comme une loupe pour mieux comprendre les rouages et fonctionnements de la soci&#233;t&#233;, comme le dit Pascal Michon : &#171; L'art est seulement la pratique humaine qui, parce qu'elle en maximalise les effets, montre le mieux ce qui se passe sur le plan ordinaire [&#8230;] : une production et une circulation permanente de sujets. &#187; (p. 214.) Mais ce qui l'int&#233;resse essentiellement, plus que l'effet loupe, c'est plut&#244;t le fait que l'art expose au grand jour la possibilit&#233; de cr&#233;ation et de mouvement de sujets diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette &#233;tape essentielle dans le d&#233;veloppement de Pascal Michon l'am&#232;ne &#224; proposer la d&#233;finition artistique d'une &#339;uvre : un objet &#224; la fois transsocial, transnational et transculturel. Le sujet du po&#232;me, sujet artistique, constitue une valeur politique parce qu'il est l'exemplification et la r&#233;alisation, toujours unique, d'une puissance universellement disponible d'invention et de transformation de mani&#232;res collectives de vivre dans le corps, le langage et le social, qui soient &#224; la fois particuli&#232;res et pourtant partageables par d'autres. Le sujet peut &#234;tre l'utopie du collectif parce que le langage offre la possibilit&#233; de produire des transsujets. Le langage, principe radicalement arbitraire, c'est-&#224;-dire vraiment sui-r&#233;f&#233;rentiel, est producteur des notions de singulier, de collectif, de temps, de vie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal Michon conclut son ouvrage par une d&#233;finition des termes &#171; individuation &#187;, &#171; subjectivation &#187; et &#171; contradiction &#187;. Si cela permet une mise au point de sa pens&#233;e, on aurait pu s'attendre &#224; ce que cela soit fait, au moins concernant les deux premiers termes, dans une introduction. Par ailleurs, la notion de contradiction, qui renvoie &#224; la fois aux th&#233;ories dualistes et &#224; la mise en avant de la complexit&#233; du langage chez Saussure n'appara&#238;t pas forc&#233;ment comme une notion centrale de l'ouvrage. On aurait pu y pr&#233;f&#233;rer celle d'art, ou de litt&#233;rature, ou encore celles de &#171; valeur &#187; ou de &#171; rythme &#187;, plus d&#233;licates &#224; circonscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Finalement, l'individu devient sujet lorsqu'il subi un processus, une transformation. S'il est toujours individu, il n'est pas forc&#233;ment sujet, et pas forc&#233;ment non plus dans tous les champs qui constituent sa vie. Le sujet se fait et se d&#233;fait, la subjectivation n'est pas continue. Les quatre concepts de pluralit&#233;, de discontinuit&#233;, de disponibilit&#233; et de mobilit&#233; &#171; permettent de d&#233;crire la subjectivit&#233; des individus, aussi bien singuliers que collectifs, sans retomber dans le dualisme, c'est-&#224;-dire en ne le rapportant ni &#224; un principe naturel singulier ou collectif, ni &#224; un hyl&#233;morphisme retourn&#233;, ni &#224; une ips&#233;it&#233;, ni &#224; un principe d'autorisation sociale, mais &#224; une &lt;i&gt;aventure&lt;/i&gt; de subjectivit&#233;. &#187;(p. 238) Alors que l'individuation consiste &#224; produire des entit&#233;s distinctes, singuli&#232;res ou collectives, la subjectivation implique en premier lieu l'accession d'un individu, singulier ou collectif, &#224; la position d'agent d'un processus. De fait, l'individuation est fluante et continue tandis que le sujet est donn&#233; tout entier dans l'acte qui le fait apparaitre, et ce, ponctuellement. Le langage, gr&#226;ce &#224; sa dimension po&#233;tique, met sans cesse en circulation &#224; la fois une utopie du sujet et une capacit&#233; &#224; transformer celui-ci en transsujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En somme, l'ouvrage de Pascal Michon apporte des &#233;clairages extr&#234;mement convaincants sur la notion de sujet, mais &#233;galement sur celles de langage et de valeur artistique et litt&#233;raire. C'est tout le m&#233;rite de son travail que d'avoir voulu se confronter &#224; des th&#233;ories en place depuis longtemps, extr&#234;mement bien &#233;tay&#233;es mais qui n'&#233;taient pas satisfaisantes de ce point de vue. A ce titre, son ouvrage replace l'histoire du sujet dans le panorama intellectuel contemporain. Il rend visible les progr&#232;s des disciplines et des th&#233;ories tout en en montrant les limites. Par ailleurs, Pascal Michon s'est &#233;galement confront&#233; &#224; des questions qui traversent toute la r&#233;flexion th&#233;orique depuis l'Antiquit&#233;. Langage, sujet, sp&#233;cificit&#233; de l'&#339;uvre litt&#233;raire sont des interrogations profond&#233;ment humaines dont il semblait difficile d'avoir des r&#233;ponses. Ici, le parti-pris m&#233;thodologique apparait d'une grande neutralit&#233; et t&#233;moigne d'une r&#233;elle volont&#233; de ne pas simplifier les interrogations mais bien de les rendre dans toute leur complexit&#233;. C'est bien ce qui rend parfois l'ouvrage un peu trop th&#233;orique, et quelquefois ardu. Il manque d'exemples qui appuieraient le propos et aideraient le lecteur qui n'est pas forc&#233;ment sp&#233;cialiste et de po&#233;tique, et de linguistique, et de philosophie, et de sociologie. En effet, si les auteurs cit&#233;s sont largement connus la plupart du temps, leurs th&#233;ories, analys&#233;es dans une grande pr&#233;cision, ne le sont pas forc&#233;ment autant. Enfin, le principal apport de l'ouvrage, &#224; mon sens, consiste &#224; avoir donn&#233; une d&#233;finition de la valeur litt&#233;raire d'une &#339;uvre. Cette question, constante dans les &#233;tudes litt&#233;raires, a toujours pein&#233; &#224; trouver une r&#233;ponse satisfaisante. Cela apporte un &#233;clairage nouveau aux &#233;tudes litt&#233;raires et demanderait &#224; revisiter les &#171; canons &#187; et les textes oubli&#233;s &#224; la lumi&#232;re de cette th&#233;orie. Langage, sujet et art &#233;taient intuitivement reli&#233;s pour permettre de penser la valeur artistique d'une &#339;uvre. Mais c'est bien la notion de rythme, rythme po&#233;tique, innovante, qui relie efficacement les trois notions et leur donne sens. N&#233;anmoins, il faudrait encore aborder le probl&#232;me de la confusion, entretenue par Pascal Michon, et qui appelle &#224; mon sens des contradicteurs, entre art et litt&#233;rature. Les deux termes sont employ&#233;s comme synonymes le plus souvent. Or il appara&#238;t assez approximatif, &#8211; et c'est d'ailleurs tr&#232;s &#233;tonnant de Pascal Michon qui ne semble pas tomber dans ce pi&#232;ge dans le reste de son ouvrage &#8211;, de consid&#233;rer que le langage de l'art et le langage litt&#233;raire sont identiques, qu'ils ont les m&#234;mes effets et produisent des sujets similaires. Le simple fait que le langage litt&#233;raire utilise le langage quotidien complique singuli&#232;rement la conception de valeur litt&#233;raire, ce qui pose moins de question dans le cas d'un tableau ou d'une sculpture, dont la valeur artistique suppose, d'entr&#233;e de jeu, l'usage d'un langage diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ouvrage de Pascal Michon est un apport fondamental tant pour les sciences sociales, que la philosophie, les sciences du langage et les &#233;tudes litt&#233;raires. Il propose une analyse la plus compl&#232;te et d&#233;taill&#233;e qu'il soit de ce qui constitue l'individu et son rapport aux autres, de ce qui lui permet d'acc&#233;der au statut de sujet, par l'interm&#233;diaire du langage, outil au fondement m&#234;me de toute soci&#233;t&#233;. Langage et sujet, loin d'&#234;tre naturels, sont des objets &#171; radicalement historiques &#187; au sens o&#249; ils sont vecteurs des transformations sociales et individuelles ; litt&#233;raires, scientifiques et politiques, qui ont jalonn&#233; la vie humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage,&lt;/i&gt; Lagrasse, Verdier, 1982, p. 216-217. Cit&#233; par Pascal Michon, p. 171.&lt;/p&gt;
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