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		<title>Esth&#233;tique du geste technique
</title>
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		<dc:date>2016-10-24T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sophie Archambault de Beaune
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte constitue l'introduction d'un dossier disponible ici. Il a d&#233;j&#224; paru dans la revue Gradhiva, 1/2013 (n&#176; 17), p. 4-25 Nous remercions Gradhiva et Sophie Archambault de Beaune de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. La dichotomie entre les notions de beaut&#233; et d'utilit&#233; est r&#233;cente. Dans l'Encyclop&#233;die de Diderot et d'Alembert, l'&#171; artiste &#187; est l'ouvrier excellant dans les arts m&#233;chaniques, qui supposent l'intelligence, tandis que la technique est ce qui a rapport &#224; l'art, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte constitue l'introduction d'un dossier disponible &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-gradhiva-2013-1.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Il a d&#233;j&#224; paru dans la revue&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-gradhiva-2013-1-page-4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gradhiva, 1/2013 (n&#176; 17)&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, p. 4-25 Nous remercions&lt;/i&gt; Gradhiva &lt;i&gt;et Sophie Archambault de Beaune de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La dichotomie entre les notions de beaut&#233; et d'utilit&#233; est r&#233;cente. Dans l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; de Diderot et d'Alembert, l'&#171; artiste &#187; est l'ouvrier excellant dans les arts &lt;i&gt;m&#233;chaniques&lt;/i&gt;, qui supposent l'intelligence, tandis que la technique est ce qui a rapport &#224; l'art, la &#964;&#941;&#967;&#957;&#951;. La question des rapports entre le beau, l'utile et le n&#233;cessaire, pos&#233;e par Socrate dans le Grand Hippias de Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet de la question plus g&#233;n&#233;rale des liens entre le beau et l'utile, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est loin d'&#234;tre tranch&#233;e, comme en t&#233;moigne la position d'Alfred Gell qui, en &#233;tablissant un lien entre le pouvoir de fascination de l'&#339;uvre d'art et la virtuosit&#233; technique (2009 [1998]), estime que l'effet produit par l'objet d'art est indissolublement li&#233; &#224; la perfection technique qui a pr&#233;sid&#233; &#224; sa r&#233;alisation mat&#233;rielle. En d'autres termes, tous les objets, y compris les plus &#171; esth&#233;tiques &#187;, s'inscriraient toujours dans une logique fonctionnelle. L'efficacit&#233; de l'objet d'art rel&#232;verait ainsi d'une technologie de l'enchantement. &#192; l'inverse, Gilbert Simondon (1958 : 185) accordait que l'objet technique pouvait &#234;tre beau, non pas en lui-m&#234;me (le pyl&#244;ne &#233;lectrique dans le camion qui le transporte n'a rien de sp&#233;cialement beau), mais comme prolongeant le monde o&#249; il s'ins&#232;re : &#171; Une ligne de pyl&#244;nes supportant des c&#226;bles qui enjambent une vall&#233;e est belle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sans entrer dans cette discussion, ce qui a largement &#233;t&#233; fait par ailleurs&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour diff&#233;rents points de vue sur la th&#233;orie de l'art d'Alfred Gell, voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous avons resserr&#233; ici le sujet et nous sommes demand&#233; si la valeur esth&#233;tique d'un objet pouvait tenir &#224; la perfection de sa r&#233;alisation technique. &#192; cette question, Franz Boas r&#233;pondait par la positive en reliant la ma&#238;trise technique &#224; la virtuosit&#233; du geste, perceptible gr&#226;ce &#224; la sym&#233;trie obtenue. Un beau geste rythm&#233; ne pouvait que produire un bel objet r&#233;gulier. Il faisait remarquer que toutes les activit&#233;s de la vie quotidienne peuvent acqu&#233;rir une valeur esth&#233;tique &#224; partir du moment o&#249; elles sont accomplies dans un mouvement rythmique (Boas 2003 [1927]). Il faisait m&#234;me de la sym&#233;trie et du rythme des constantes universelles au fondement du jugement esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La question plus pr&#233;cis&#233;ment pos&#233;e ici est celle de savoir en quoi un geste technique peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme beau, et si cette beaut&#233; tient &#224; ses caract&#233;ristiques tangibles &#8211; r&#233;gularit&#233;, rythmicit&#233;, &#233;conomie&#8230; &#8211; ou &#224; d'autres crit&#232;res plus impalpables. S'engager plus avant dans ce d&#233;bat suppose de s'int&#233;resser &#224; la finalit&#233; de ces gestes avant d'en examiner la dimension esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La distinction op&#233;r&#233;e par Hannah Arendt (1961 [1958]) entre le travail et l'&#339;uvre nous a paru &#224; m&#234;me de rendre compte de deux cat&#233;gories d'activit&#233;s dans lesquelles s'ins&#232;rent les quelques cas pr&#233;sent&#233;s ici. Le &#171; travail &#187; est pour elle l'ensemble des activit&#233;s n&#233;cessit&#233;es par les besoins vitaux et le souci de la survie individuelle ; r&#233;p&#233;titif et lancinant, car ses fruits doivent &#234;tre constamment renouvel&#233;s, cyclique comme le sont nos fonctions corporelles, il ne laisse rien de durable derri&#232;re lui. Tout ce qu'il produit est destin&#233; &#224; &#234;tre absorb&#233; presque imm&#233;diatement dans le processus vital. &#192; l'oppos&#233;, Arendt appelle &#171; &#339;uvre &#187; la fabrication de tous les objets dont l'homme peuple le monde et gr&#226;ce auxquels, lui qui n'est qu'un mortel, il en modifie durablement la figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les objets produits par le travail &#233;tant par d&#233;finition destin&#233;s &#224; la consommation imm&#233;diate, ils sont peu susceptibles de r&#233;v&#233;ler des soucis esth&#233;tiques. S'il est une activit&#233; qui rel&#232;ve de la notion arendtienne de travail, c'est bien la pr&#233;paration de la nourriture, cette t&#226;che qu'il faut recommencer jour apr&#232;s jour. Dans beaucoup de soci&#233;t&#233;s, elle est confi&#233;e aux femmes, qui doivent ind&#233;finiment r&#233;p&#233;ter des gestes comme ceux du pilage ou de la mouture (fig. 1). Or les t&#233;moignages historiques et ethnographiques nous montrent &#224; quel point ces gestes techniques peuvent &#234;tre empreints d'une belle rythmicit&#233;. La jeune fille qui laisse avec r&#233;gularit&#233; son lourd pilon de bois tomber dans le mortier rythme ses journ&#233;es d'un bruit qui &#233;voque le mart&#232;lement lancinant d'un tambour. Il arrive d'ailleurs, commeen pays touareg, qu'elle scande son travail de claquements de la langue pour en accuser la rythmicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominique Casajus, communication personnelle.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, parfois, elle soul&#232;ve son pilon assez haut pour avoir le temps de le l&#226;cher, de claquer ses mains l'une contre l'autre avant de le saisir &#224; nouveau pour frapper dans le mortier, enrichissant ainsi son geste d'un ornement sans utilit&#233; technique, mais o&#249; s'esquisse une v&#233;ritable danse. Et lorsqu'une ou deux de ses compagnes se joignent &#224; elle dans la m&#234;me t&#226;che, la danse devient chor&#233;graphie. La r&#233;gularit&#233; du rythme est alors indispensable car elle seule assure la n&#233;cessaire coordination des gestes ; mais, tout en r&#233;pondant &#224; une n&#233;cessit&#233; fonctionnelle, ce tempo donne comme un air de f&#234;te au bruit sourd des pilons qui s'abattent en deux ou trois temps dans le mortier, tandis que les femmes font claquer leur langue et frappent dans leurs mains. Et souvent elles sourient &#224; cette f&#234;te malgr&#233; leur fatigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;fig. 1 Jacques Haillot, Femmes touar&#232;gues Kel Kummer du Mali pilant du mil, 1980.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/-257.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH333/-257-ea6f4.jpg?1716038685' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#169; Jacques Haillot/Sygma/Corbis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La pratique du pilage chez les Mossi du Yatenga au Burkina Faso varie non seulement selon les phases techniques du travail de pr&#233;paration du mil et du sorgho, mais aussi selon les moments et les lieux de l'activit&#233;. Elle s'accompagne parfois de chants, &#233;troitement li&#233;s au type de chor&#233;graphie qu'organisent les femmes quand elles pilent collectivement pour r&#233;aliser diff&#233;rentes op&#233;rations au mortier (&#233;grenage, concassage, mouture, etc.). Ces chants varient &#233;galement selon le moment de la journ&#233;e et selon leur distance &#224; l'habitation et aux hommes. Certains mouvements, et en particulier le &#171; lancer en l'air &#187; r&#233;alis&#233; pendant la premi&#232;re phase du travail d'&#233;grenage, font l'objet de v&#233;ritables chor&#233;graphies lors de soir&#233;es en saison s&#232;che, devant un public d'hommes qui jugent de l'aptitude au mariage ou de la qualit&#233; d'&#233;pouse au style du geste m&#234;lant mouvements du corps et rythme de la percussion lanc&#233;e. Lors de ces &#171; ballets &#187;, l'efficacit&#233; sociale du pilage, c'est-&#224;-dire sa contribution &#224; la recherche de l'estime publique, varie en inverse raison d'une efficacit&#233; technique qui ne saurait garantir &#224; elle seule la reconnaissance sociale&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascale Moity-Ma&#239;zi, expos&#233; au s&#233;minaire de l'&#201;cole des hautes &#233;tudes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; J'emprunte la distinction entre ces types d'efficacit&#233; &#224; Henri Hubert et Marcel Mauss (1950 [1902-1903] : 11-12) qui, en fait, en diff&#233;renciaient trois : l'efficacit&#233; physique ou mat&#233;rielle &#8211; celle des techniques &#8211;, l'efficacit&#233; de croyance et l'efficacit&#233; de convention, sachant que ces diverses sortes d'efficacit&#233; peuvent parfaitement se combiner dans la r&#233;alit&#233;. Fran&#231;ois Sigaut note &#224; ce sujet que l'efficacit&#233; de convention (celle des actes juridiques par exemple) est fr&#233;quemment renforc&#233;e par des serments ou des sacrifices dont l'efficacit&#233; est de croyance, et que la m&#233;decine est le domaine par excellence o&#249; l'efficacit&#233; physique et l'efficacit&#233; de croyance sont presque toujours inextricablement m&#234;l&#233;es&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi &#224; ce sujet le n&#176; 40 de Technique &amp; Culture dont le th&#232;me est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il propose de distinguer un quatri&#232;me type d'efficacit&#233; : l'efficacit&#233; psychologique, qui a partie li&#233;e avec la s&#233;duction et l'intimidation, pr&#233;cis&#233;ment celle qui semble entrer ici en jeu (Sigaut 2012 : 61, n. 41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En Polyn&#233;sie, c'est le son clair des maillets heurtant le bois lors de la confection des tapas qui r&#233;sonne et se m&#234;le aux chants des femmes au travail. Et au chant rythm&#233; (le p&#228;ta&#249;ta&#249;) s'ajoute parfois la danse, appel&#233;e pa'o'la, accompagn&#233;e uniquement par les battements rythmiques du maillet sur l'enclume. La face inf&#233;rieure de certaines enclumes est m&#234;me &#233;vid&#233;e pour rendre le son ad&#233;quat (O'Reilly 1977 ; Supicic 1987 : 235) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Frappe, bat, tape,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le battoir de la femme habile&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; la fabrication de l'&#233;toffe,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur l'enclume&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Elle bat la cadence&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paroles d'un chant conserv&#233;es dans les archives du d&#233;partement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Marianne Lemaire (ce num&#233;ro) a recueilli des faits &#233;tonnamment comparables en pays s&#233;noufo et les a analys&#233;s dans un livre d'inspiration tr&#232;s arendtienne dont sa contribution prolonge ici les principales conclusions. Lorsque les femmes s&#233;noufo dament le sol d'une nouvelle maison, le frappement de leur outil rythme leur chant, tout comme le font le maillet des Polyn&#233;siennes et le pilon des Mossi du Yatenga. De plus, ces chants font alterner l'aigu et le grave tandis que la dame s'&#233;l&#232;ve et s'abat sur le sol, comme si la musique devait mimer le geste du travail, et il y aurait lieu de se demander s'il n'en est pas de m&#234;me en Polyn&#233;sie. Parfois, les solistes, se laissant aller &#224; l'improvisation, jettent leur dame en l'air comme les Touar&#232;gues et les Mossi le font de leur pilon, claquent des mains puis la font retomber. Alors, la musique, qui se contentait jusque-l&#224; de mimer le geste du travail, se met &#224; le magnifier ; et, d'utilitaires, les gestes des dameuses en deviennent &#171; gracieux au sens plein du terme &#187;, c'est-&#224;-dire &#233;l&#233;gants et souples en m&#234;me temps que gratuits (Lemaire 2009 : 116 sq.). &#192; ce sujet, Marianne Lemaire s'oppose ici &#224; l'hypoth&#232;se, avanc&#233;e notamment par l'&#233;conomiste Karl B&#252;cher (1899), que la musique trouverait son origine dans la rythmicit&#233; des gestes de travail. Afin de mieux organiser leur travail et de gagner en entrain, les hommes primitifs se seraient attach&#233;s &#224; donner un rythme &#224; leur t&#226;che et &#224; le rendre sonore. Non seulement le travail serait utile &#224; la production de biens n&#233;cessaires au groupe social, mais il serait &#233;galement &#224; la source de l'art po&#233;tique et musical. Marianne Lemaire d&#233;fend ici au contraire l'id&#233;e que les chants de travail puisent leurs sources dans des r&#233;pertoires musicaux qui leur pr&#233;existent. &#192; partir d'exemples pris dans des registres culturels divers, elle montre que la musique qui accompagne le geste laborieux s'attache &#224; en faire oublier l'utilit&#233; pour mieux en r&#233;v&#233;ler toute la beaut&#233;. La libre improvisation des dameuses s&#233;noufo ne serait donc qu'une illustration particuli&#232;re d'une propension universelle. Et archa&#239;que : les chants de meule qui ont fait l'objet de nombreux travaux sont attest&#233;s d&#232;s l'Antiquit&#233;. D&#233;j&#224;, au septi&#232;me chant de l'Odyss&#233;e, Ulysse admire en p&#233;n&#233;trant dans le palais d'Alcinoos les servantes dont on devine qu'elles travaillent en rythme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La d&#233;couverte de nombreuses meules en basalte, souvent accompagn&#233;es de leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Hom&#232;re 2000 : VII, 115) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des cinquante servantes dont dispose Alcinoos,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;les unes sous la meule &#233;crasent le grain blond, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;les autres tissent des &#233;toffes ou tournent la quenouille&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;en agitant les mains comme les feuilles des hauts trembles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sophie A. de Beaune &#233;voque le rythme, dans ce num&#233;ro, pour rappeler que la capacit&#233; &#224; garder le tempo serait sp&#233;cifiquement humaine puisque les primates non humains semblent incapables de produire des battements rythm&#233;s. Seuls les humains se soucient d'&#339;uvrer &#224; produire du beau, eux seuls savent chanter et danser, eux seuls savent travailler en rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'attention &#224; la rythmicit&#233; est sous-jacente &#224; l'&#339;uvre d'Andr&#233; Leroi-Gourhan, comme le sugg&#232;re le sous-titre du second volume du Geste et la Parole : La M&#233;moire et les Rythmes. Il con&#231;oit deux sortes de rythmes qu'il juge compl&#233;mentaires : l'un, musical, &#171; trace symboliquement la s&#233;paration du monde naturel et de l'espace humanis&#233; &#187;, alors que l'autre, celui &#171; du marteau et de la houe [&#8230;] transforme mat&#233;riellement la nature sauvage en instrument de l'humanisation &#187;. Et il les maintient nettement s&#233;par&#233;s, le rythme musical &#233;tant du c&#244;t&#233; de l'imagination, le second, le rythme technique, &#171; n'a[yant] pas d'imagination &#187; (Leroi-Gourhan 1965 : 136). Les exemples pr&#233;c&#233;dents montrent pourtant combien la fronti&#232;re est poreuse entre travail rythm&#233; et scand&#233; d'une part, danse et arrangement chor&#233;graphique de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;fig. 2 Alan Lomax, &#171; Lightnin &#187; Washington, prisonnier afro-am&#233;ricain, chantant avec son groupe dans la cour de la Darrington State Farm, avril 1934.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/-258.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH711/-258-2cfa3.jpg?1716038685' width='500' height='711' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Washington, Library of Congress, Lomax Collection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme sublime le geste technique et d&#233;tourne l'attention de l'aspect p&#233;nible du travail. Quel est l'int&#233;r&#234;t d'introduire des chants rythm&#233;s lors d'une t&#226;che r&#233;p&#233;titive, si ce n'est celui de rendre celle-ci plus amusante en y introduisant de la vari&#233;t&#233; ? C'est que le rythme de la musique a aussi un int&#233;r&#234;t pratique : il donne au geste une cadence garante de sa r&#233;gularit&#233; en m&#234;me temps que de sa synchronisation avec ceux des autres travailleurs. Il apporte ce qu'Arnold van Gennep appelait une &#171; sonorit&#233; utile &#187; (1943-1988 : 2681, cit&#233; par Lemaire, ce num&#233;ro). Sans compter la dimension sociale de ces chants, qui renforcent les liens entre les membres du collectif de travail et leur sentiment de former une communaut&#233; (fig. 2). De plus, les travailleurs confient volontiers aux chants dont ils s'accompagnent l'expression d'une douleur personnelle ou collective ext&#233;rieure au travail. Guy Poitevin a soulign&#233; l'&#233;motion ordinaire &#224; l'&#339;uvre dans les modulations musicales du chant de meule des paysannes indiennes du Marathwada engag&#233;es corps et &#226;me dans une t&#226;che des plus quotidiennes (Poitevin 1997). Le chant y est indispensable, au point qu'une mouture d&#233;pourvue de chant attirerait ruine et st&#233;rilit&#233; sur la maison (ibid. : 130) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Femme ne mouds pas en silence &#224; la mouture de l'aube,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans ta maison d&#233;bordante de monde la farine manquerait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Celle qui moud en silence souffre de la disette&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais la fille enthousiaste &#224; moudre, son panier d&#233;borde de r&#233;serve.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le geste et la parole font corps comme une seule et m&#234;me besogne. L'&#233;lan des voix entra&#238;ne le mouvement des corps et le rythme du chant soutient le grondement des meules. &#187; (Ibid. : 128) Poitevin souligne &#224; quel point l'accord est parfait entre les versets que les meuni&#232;res chantent, voire composent, et leur besogne matinale de pilage et de mouture (fig. 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;fig. 3 Guy Poitevin, Paysannes du canton de Mulshi au Maharashtra (Inde) occup&#233;es &#224; la mouture du grain.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/-259.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH783/-259-5d3f3.jpg?1716038686' width='500' height='783' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#169; Photo Guy Poitevin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Paradoxalement, Marianne Lemaire remarque quant &#224; elle que plus le chant est po&#233;tique et complexe, plus son r&#244;le de marqueur du rythme de travail s'att&#233;nue : de fa&#231;on analogue &#224; ce qu'on a vu pour les &#171; ballets &#187; de pileuses du Yatenga, la beaut&#233; de la musique est alors inversement proportionnelle &#224; son utilit&#233; dans le travail. L'id&#233;e selon laquelle le rythme des chants de travail contribuerait &#224; amplifier l'efficacit&#233; des gestes est donc &#224; relativiser. Chez les S&#233;noufo, lors des concours de travail de la terre &#224; la houe, la rivalit&#233; est telle qu'au lieu de provoquer une &#233;mulation susceptible d'acc&#233;l&#233;rer la production, elle se concentre sur les seuls champions au point de d&#233;courager tous les autres cultivateurs et de ralentir leur rythme de travail (Lemaire, ce num&#233;ro).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;fig. 4 Peinture sur tissu aux &#238;les Tonga.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/-260.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH322/-260-0229c.jpg?1716038686' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#169; akg/Horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;fig. 5 Arthur C. Pillsbury, Yucast, scultpeur sur bois tlingit dans son atelier, Alaska, 1898.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/-261.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH393/-261-068b7.jpg?1716038686' width='500' height='393' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;University of Washington Libraries, Special Collections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;fig. 6 Marion Kalter, Assemblage de la table d'harmonie, du fond du violon et des &#233;clisses &#224; l'aide des presses &#224; tabler.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/-262.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH332/-262-30a86.jpg?1716038686' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#169; akg-images/Marion Kalter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;fig. 7 Carlo Morucchio, Volalonga de Venise, 2012.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/-263.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH333/-263-2e68a.jpg?1716038686' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#169; Carlo Morucchio/Robert Harding World Imagery/Corbis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien qu'il ne s'agisse pas de travail au sens arendtien du terme, ceci rappelle, dans un tout autre contexte, les rameurs sillonnant les canaux de Venise au moment de la Volalonga&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Volalonga est une r&#233;gate de bateaux &#224; rames de 32 km qui a lieu &#224; Venise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils l&#232;vent, suivant un rythme r&#233;gulier, leur rame au-dessus de leur t&#234;te pour saluer les spectateurs, geste tout &#224; fait superflu, voire contre-productif car il peut ralentir leur rythme de navigation (fig. 7). V&#233;ritable ballet dans lequel les s&#233;quences ajout&#233;es sont inutiles au jeu mais proc&#232;dent &#224; l'esth&#233;tisation des gestes techniques. L&#224; encore, l'efficacit&#233; du geste est sacrifi&#233;e &#224; sa beaut&#233;. En revanche, la musique qui accompagne les rameurs est indispensable pour assurer la coordination de leurs mouvements, &#224; la mani&#232;re d'un m&#233;tronome. Comme sur les canaux de Venise, les jouteurs languedociens observ&#233;s par J&#233;r&#244;me Pruneau rament au rythme du tambour, auquel s'ajoute un hautbois (Pruneau 2003). Au-del&#224; de son r&#244;le technique de coordination, la musique sublime autant le plaisir de faire qu'un beau geste collectif et participe &#224; la beaut&#233; du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quittons ici le rythme, cette sym&#233;trie du temps op&#233;rant dans les gestes de travail, pour nous tourner &#224; pr&#233;sent vers les gestes qui participent &#224; l'&#233;laboration d'une &#339;uvre. Et voyons si la sym&#233;trie &#233;voqu&#233;e par Boas y joue le r&#244;le esth&#233;tique qu'il lui attribue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lorsque l'observation des acteurs n'est plus possible, la beaut&#233; du geste technique ne se laisse deviner que par l'observation de l'objet qu'il a produit. &#192; partir de l'examen de certains outils de la pr&#233;histoire et en particulier des bifaces, Sophie A. de Beaune (ce num&#233;ro) s'interroge sur la part d'esth&#233;tique qu'ils peuvent receler. La recherche de la sym&#233;trie semble &#234;tre propre &#224; l'homme, et ce depuis que les premiers repr&#233;sentants du genre Homo sont apparus. Ils nous ont laiss&#233; des bifaces aux formes remarquablement sym&#233;triques, et, que la sym&#233;trie ait jou&#233; un r&#244;le fonctionnel ou non, elle a &#233;t&#233; pouss&#233;e &#224; un degr&#233; de perfection qui para&#238;t parfois gratuit. Sophie A. de Beaune avance l'hypoth&#232;se que leur forme tr&#232;s &#233;pur&#233;e est le fruit de proc&#233;d&#233;s de fabrication o&#249; l'artisan s'est attach&#233; &#224; &#233;conomiser ses gestes. Le geste dont l'outil est n&#233; serait lui aussi susceptible de rec&#233;ler une certaine beaut&#233;, qui n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; celle des objets eux-m&#234;mes. Si la sym&#233;trie tenait au d&#233;part &#224; la destination de l'outil et &#224; sa fabrication, elle a peut-&#234;tre &#233;t&#233; finalement recherch&#233;e pour elle-m&#234;me. On peut m&#234;me supposer que, puisque la parfaite sym&#233;trie de certains bifaces n'&#233;tait pas indispensable, elle &#233;tait li&#233;e au plaisir de faire, partag&#233; par tous les artisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le plaisir de faire, dont Sigaut fait un des ressorts de l'&#233;mergence de l'action outill&#233;e chez l'homme (Sigaut 2012), est aussi au c&#339;ur du travail du luthier dont nous parle Baptiste Buob (ce num&#233;ro). Pourtant, si la fonction du rythme et de la sym&#233;trie comme moyen de sublimer le geste technique est parfois av&#233;r&#233;e, la sym&#233;trie n'est pas toujours consid&#233;r&#233;e comme un crit&#232;re de r&#233;ussite esth&#233;tique, comme en t&#233;moignent les luthiers qui comparent souvent leurs instruments &#224; un visage ou un corps dot&#233; d'une certaine asym&#233;trie qui fait justement qu'on s'y attache. Ils placent en revanche au centre de leur pratique l'&#233;conomie du geste &#8211; geste fluide qui suit la tendance naturelle du bois en l'&#233;pousant de fa&#231;on harmonieuse, sans reprise ni &#171; broutage &#187;. La fa&#231;on de tenir un outil, de former les copeaux, d'articuler les &#233;tapes signe l'appartenance &#224; une communaut&#233; de pratique h&#233;riti&#232;re d'une tradition sp&#233;cifique reposant notamment sur une conception &#171; &#233;conome &#187; et directe d'un geste qui ne doit pas &#234;tre &#171; besogneux &#187;. Ici, la ma&#238;trise technique est recherch&#233;e pour elle-m&#234;me, presque ind&#233;pendamment de la finalit&#233; ultime de l'instrument de musique. Si la majorit&#233; des luthiers fran&#231;ais consid&#232;re que le &#171; beau &#187; geste induit un &#171; beau &#187; r&#233;sultat, en revanche aucun n'estime qu'un beau r&#233;sultat induit une bonne sonorit&#233;. Le geste technique n'est pas tant guid&#233; par une recherche d'efficacit&#233; sonore que par une recherche d'efficacit&#233; technique, consid&#233;r&#233;e comme un pr&#233;alable n&#233;cessaire &#224; l'obtention d'un r&#233;sultat esth&#233;tique. On ne peut donc gu&#232;re ici dissocier la qualit&#233; technique de la performance esth&#233;tique (fig. 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On sait pourtant bien que des objets peuvent &#234;tre efficaces tout en n'&#233;tant pas forc&#233;ment r&#233;alis&#233;s selon une technique parfaitement ma&#238;tris&#233;e. Il suffit de penser aux &#171; vilains gestes &#187; pratiqu&#233;s par les ouvriers d&#233;crits par Nicolas Adell (ce num&#233;ro) et dont on reconna&#238;t pourtant l'efficacit&#233; technique. Boas lui-m&#234;me avait bien remarqu&#233; que certains objets portaient des d&#233;cors qui n'&#233;taient pas techniquement parfaits &#8211; par exemple avec des lignes manquant de r&#233;gularit&#233; (fig. 4) &#8211; mais il n'envisageait pas que cela puisse &#234;tre intentionnel tant il &#233;tait persuad&#233; que l'ad&#233;quation entre la perfection technique et la ma&#238;trise de r&#232;gles formelles &#233;tait un crit&#232;re esth&#233;tique universel (Boas 2003 [1927] : 54). Ce n'est pas l'avis de Marie Mauz&#233;, qui a reproch&#233; &#224; Boas de ne pas tenir compte de la sensibilit&#233; autochtone et de n&#233;gliger la signification de la production artistique au profit de ses seuls aspects formels. Chez les Indiens de la c&#244;te Nord-Ouest, remarque-t-elle, &#171; la beaut&#233; d'un objet ne r&#233;side pas uniquement [&#8230;] dans des propri&#233;t&#233;s formelles r&#233;v&#233;l&#233;es par l'&#339;il ; elle est ancr&#233;e dans sa fonction, d&#233;termin&#233;e par des crit&#232;res sociaux et culturels, et se manifeste totalement dans le moment o&#249; cet objet comble l'attente de l'utilisateur ou du public &#187; (Mauz&#233; 1999 : 94) (fig. 5). Mauss pr&#233;conisait d&#233;j&#224; lui aussi de noter &#171; l'esth&#233;tique de chaque objet &#187; et la raison pour laquelle les &#171; indig&#232;nes &#187; le trouvaient beau (Hubert et Mauss 1950 [1902-1903] : 97). Il allait m&#234;me plus loin en professant que &#171; la plupart des arts sont con&#231;us en m&#234;me temps par des hommes qui sont des hommes totaux : une d&#233;coration est toujours faite par rapport &#224; la chose d&#233;cor&#233;e &#187; (ibid : 87). Quittons ici les rives de l'efficacit&#233; symbolique pour regagner celles de l'efficacit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Beaucoup plus perceptible en effet est l'efficacit&#233; sociale du beau geste technique. L'esth&#233;tique du geste technique est d&#233;finie par les acteurs eux-m&#234;mes et elle est m&#234;me souvent invisible &#224; l'observateur ext&#233;rieur non expert. Ainsi, les deux sens du mot &#171; adresse &#187; sont ici associ&#233;s dans un m&#234;me geste technique, car, quand il exhibe sa ma&#238;trise, le luthier s'adresse &#224; ses pairs, seuls &#224; m&#234;me de l'appr&#233;cier. L'intention n'est donc pas (seulement) de faire un instrument de musique mais de faire montre de la repr&#233;sentation que le luthier se fait de la fa&#231;on de bien faire cet objet (Buob, ce num&#233;ro). On peut dire la m&#234;me chose des aspirants dont nous parle Nicolas Adell (ce num&#233;ro) lorsqu'ils pr&#233;sentent leur travail de r&#233;ception devant les compagnons, experts seuls capables d'en juger la qualit&#233; d'ex&#233;cution. Le chef-d'&#339;uvre, l'ouvrage qu'il faut r&#233;aliser pour obtenir le titre de &#171; compagnon du tour de France &#187;, est r&#233;put&#233; manifester la virtuosit&#233; technique de son ex&#233;cutant. Pourtant, l'essentiel est ailleurs, puisque tous les aspirants au titre de compagnon sont d'excellents ouvriers &#224; la comp&#233;tence d&#233;j&#224; reconnue. Plus que l'&#339;uvre proprement dite, c'est l'ensemble du travail pr&#233;paratoire &#8211; conditions de la production du chef-d'&#339;uvre, temps pass&#233;, outils utilis&#233;s, gestes et techniques employ&#233;s &#8211; qui est examin&#233; : on fait alors la chasse aux &#171; mauvaises m&#233;thodes &#187;, aux &#171; vilains gestes &#187;, tr&#232;s reconnus pourtant pour leur efficacit&#233; dans les situations ordinaires de travail. Les compagnons refusent d'ailleurs que l'on r&#233;duise le chef-d'&#339;uvre &#224; un objet d'art, objet inutile par excellence, et r&#233;pugnent tout autant &#224; &#234;tre qualifi&#233;s d'artistes, ce qui reviendrait pour eux &#224; nier le travail. Au cours de la &#171; critique &#187; du travail de r&#233;ception, v&#233;ritable c&#233;r&#233;monie que l'on peut rapprocher d'une soutenance de th&#232;se, on juge aussi bien le r&#233;sultat que la beaut&#233; du geste, lequel qui doit &#234;tre ralenti et ma&#238;tris&#233;, y compris dans les derniers moments, o&#249; il conf&#232;re &#224; l'objet sa dimension esth&#233;tique. Comme pour les instruments de musique &#233;voqu&#233;s par Baptiste Buob, le jugement port&#233; sur le chef-d'&#339;uvre par les compagnons concerne le beau geste qui participe &#224; la beaut&#233; du r&#233;sultat. Le geste ma&#238;tris&#233; est d'ailleurs un geste &#171; musiqu&#233; &#187; dont l'&#233;quilibre et la r&#233;gularit&#233; s'entendent tout autant qu'ils se voient. Il y a ainsi, entre le travail ordinaire et la production du chef-d'&#339;uvre &#8211; qui doit rassembler les plus grandes difficult&#233;s du m&#233;tier &#8211;, une inversion des valeurs qui ne se r&#233;sout pas dans l'opposition simple du travail &#171; r&#233;el &#187; et de l'exercice d'excellence en atelier. De plus, l'examen du chef-d'&#339;uvre est l'occasion d'une &#233;valuation du style de vie du r&#233;cipiendaire, de son comportement et de son adh&#233;sion aux valeurs compa-gnonniques. La comp&#233;tence technique va ici bien au-del&#224; d'une simple ma&#238;trise des gestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Que ce soit chez les compagnons ou chez les luthiers, le beau geste est aussi efficace socialement puisqu'il permet d'exprimer un h&#233;ritage et d'asseoir son autorit&#233;. Si le geste technique &#171; id&#233;al &#187; r&#233;pond &#224; une norme dont l'efficacit&#233; est reconnue par tous, des variantes individuelles marquent des styles personnels que les plus comp&#233;tents s'autorisent. Seuls celles et ceux qui ont une parfaite ma&#238;trise du geste technique peuvent en jouer en cr&#233;ant des styles qui leur sont propres. Chez les femmes de p&#234;cheurs sp&#233;cialis&#233;es dans la pr&#233;paration du yeet &#224; partir du cymbium &#8211; mollusque de la Petite C&#244;te du S&#233;n&#233;gal &#8211;, avant son conditionnement et sa commercialisation, la comp&#233;tence s'exprime &#224; travers un geste technique id&#233;al dont le r&#233;sultat se conforme aux normes locales, ce qui n'emp&#234;che pas les variations individuelles destin&#233;es &#224; &#171; signer &#187; le travail mais aussi &#224; exprimer sa singularit&#233; (Moity-Ma&#239;zi 2010). Cette comp&#233;tence s'exprime donc &#224; la fois par une gestuelle &#171; id&#233;ale &#187; et par une variation perceptible dans le geste ou dans le choix de l'outil. Des gestes en apparence aussi simples que piler, trancher, vanner sont ainsi parfois sources essentielles d'une distinction sociale, d'un statut particulier, qui a du sens &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du groupe d'appartenance. Mich&#232;le Coquet (ce num&#233;ro) va encore plus loin, pour qui l'artisan ou l'artiste reconnu comme comp&#233;tent et admir&#233; comme tel est parfois celui dont la singularit&#233; est perceptible. Et cette admiration est plus grande encore si son savoir-faire s'entoure de myst&#232;re. C'&#233;tait le cas chez les Bwaba du Burkina Faso, o&#249; les femmes de forgerons charg&#233;es d'orner de scarifications le corps des initi&#233;s &#233;taient d'autant plus admir&#233;es qu'on ne savait pas grand-chose sur le d&#233;tail de leurs techniques et de leurs savoir-faire. Seule la jeune femme destin&#233;e &#224; succ&#233;der &#224; la femme du doyen du lignage de forgerons &#233;tait autoris&#233;e &#224; observer en silence &#8211; et seulement &#224; observer &#8211;, pendant des ann&#233;es, les modalit&#233;s d'ex&#233;cution des scarifications. Il lui fallait apprendre &#224; graver des images dans l'&#233;piderme souple, &#233;lastique et vivant, acqu&#233;rir les principes de leur composition, retenir leur emplacement par rapport au statut du patient, obtenir une cicatrisation harmonieuse des plaies, mais aussi faire preuve de sang-froid pour supporter la vue du sang et la souffrance d'autrui. Les plus dou&#233;es des scarificatrices voyaient leur renomm&#233;e s'&#233;tendre bien au-del&#224; de leur village, et l'on louait la singularit&#233; de leurs dessins au point qu'elles &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des auteurs poss&#233;dant un style en propre. Mais le style n'&#233;tait pas tant reconnaissable par la composition des motifs que par la facture des incisions, leur densit&#233; et leur r&#233;gularit&#233;. C'est en somme le geste m&#234;me de la scarificatrice qui donnait son identit&#233; et sa signature &#224; l'&#339;uvre, et qui en faisait la renomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces diff&#233;rents &#233;clairages montrent qu'on ne peut r&#233;duire la beaut&#233; du geste &#224; la puret&#233; de la technique. Si la sym&#233;trie et le rythme semblent bien avoir une valeur assez constante, nous avons vu que l'asym&#233;trie peut parfois &#234;tre recherch&#233;e &#8211; comme dans le cas des violons &#233;tudi&#233;s par Baptiste Buob &#8211; et m&#234;me consid&#233;r&#233;e comme une marque personnelle qui ajoute &#224; l'esth&#233;tique de l'objet. Ce qui rappelle le cas de certains collectionneurs &#224; la recherche de l'objet dysharmonique pr&#233;sentant un d&#233;faut de fabrication, objet unique peut-&#234;tre plus &#233;mouvant car portant trace du geste et de l'outil. Mais c'est au fond une sorte de perversion d'esth&#232;te qui se construit par opposition &#224; une &#171; norme &#187; esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les mani&#232;res de faire participent ind&#233;niablement &#224; l'esth&#233;tique du geste technique, mais elles ne sont pas les seules. La beaut&#233; du geste &#8211; qu'il soit sym&#233;trique, rythm&#233;, musiqu&#233;, direct ou &#233;conome &#8211; ne fait pas que magnifier la mati&#232;re et l'objet sur lesquels il s'exerce, elle peut valoriser l'individu socialement. Le geste a ainsi une port&#233;e qui d&#233;passe son efficacit&#233; technique et sa finalit&#233; pratique. Qu'elle soit li&#233;e &#224; la dext&#233;rit&#233; de l'artisan, &#224; la forme parfaite de l'objet obtenu, au rythme chor&#233;graphique de plusieurs personnes au travail, &#224; des qualit&#233;s moins tangibles encore, la beaut&#233; du geste n'est pas la m&#234;me pour tous. En t&#233;moignent les mots eux-m&#234;mes, qui se d&#233;finissent par l'usage qu'on en fait. Il est remarquable d'ailleurs que, dans bon nombre de langues, &#171; beau &#187; et &#171; bon &#187; s'expriment par le m&#234;me terme. Ce qui nous ram&#232;ne pour finir &#224; l'interrogation d'Aristote concernant les rapports entre le beau, l'utile et le n&#233;cessaire, reprenant l&#224; le dialogue engag&#233; &#224; ce sujet dans le Grand Hippias de Platon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, la beaut&#233; d'un geste technique n'est souvent per&#231;ue que par les connaisseurs, seuls aptes &#224; juger de sa qualit&#233; et de sa ma&#238;trise. C'est ce que nous ont montr&#233; les futurs compagnons passant l'examen de la r&#233;ception ou les luthiers dont seuls les pairs peuvent juger le travail. Au-del&#224; d'un signe d'appartenance, la qualit&#233; du geste peut jouer un v&#233;ritable r&#244;le social m&#234;me dans des activit&#233;s du quotidien aussi humbles que le pilage, le damage ou la mouture. Le jugement de leur valeur esth&#233;tique peut avoir une incidence sur la vie du groupe, comme pour les jeunes filles mossi du Yatenga dont le geste particuli&#232;rement accompli les fait consid&#233;rer comme bonnes &#224; marier. Cette efficacit&#233; sociale du geste technique nous &#233;chappera &#224; jamais dans le cas des fabricants de bifaces du lointain Pal&#233;olithique, mais il y a fort &#224; parier que les diff&#233;rences de niveau de ma&#238;trise refl&#232;tent d'autres diff&#233;rences, de nature sociale. Certains objets remarquables laissent entrevoir l'existence d'individus particuli&#232;rement talentueux qui suscitaient sans doute, et qui suscitent encore aujourd'hui, l'admiration des sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Arendt, Hannah - 1961 (1958) &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;. Paris, Calmann-L&#233;vy.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Beaune, Sophie A. de et Hilaire-P&#233;rez, Liliane - 2012 Pr&#233;sentation du dossier &#171; Esth&#233;tique de la technique &#187;, &lt;i&gt;Revue de synth&#232;se&lt;/i&gt; 133(6/2) : 471-476.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Bloch, Maurice - 1999 &#171; Une nouvelle th&#233;orie de l'art. &#192; propos d'Art and Agency d'Alfred Gell &#187;, &lt;i&gt;Terrain &lt;/i&gt; 32 : 119-128.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Boas, Franz - 2003 (1927) &lt;i&gt;L'Art primitif&lt;/i&gt;. Paris, Adam Biro.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;B&#252;cher, Karl - 1899 &lt;i&gt;Arbeit und Rhythmus&lt;/i&gt;. Leipzig, Teubner.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Collectif - 2002 &#171; Efficacit&#233; technique, efficacit&#233; sociale &#187;, T&lt;i&gt;echniques &amp; Culture&lt;/i&gt; 40.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Derlon, Brigitte et Jeudy-Ballini, Monique - 2010 &#171; L'art d'Alfred Gell. De quelques raisons d'un d&#233;senchantement &#187;, &lt;i&gt;L'Homme&lt;/i&gt; 193 : 167-184.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Gell, Alfred - 2009 (1998) &lt;i&gt;L'Art et ses agents. Une th&#233;orie anthropologique&lt;/i&gt;. Dijon, Les presses du r&#233;el.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Hom&#232;re - 2000 &lt;i&gt;L'Odyss&#233;&lt;/i&gt;e, traduction, notes et postface de Philippe Jaccottet. Paris, La D&#233;couverte Poche.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Hubert, Henri et Mauss, Marcel - 1950 (1902-1903) &#171; Esquisse d'une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la magie &#187;, &lt;i&gt;in Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie&lt;/i&gt;. Paris, PUF : 1-141.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Lemaire, Marianne - 2009 &lt;i&gt;Les Sillons de la souffrance. 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Turin, Einaudi.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Mauss, Marcel - 1967 (1947) &lt;i&gt;Manuel d'ethnographie&lt;/i&gt;, pr&#233;face de Denise Paulme. Paris, Payot.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Mauz&#233;, Marie - 1999 &#171; L'&#233;clat de l'haliotide. De la conception du beau dans les soci&#233;t&#233;s de la c&#244;te Nord-Ouest &#187;, &lt;i&gt;Terrain &lt;/i&gt; 32 : 83-98.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Michel, C&#233;cile - 2012 &#171; L'alimentation au Proche-Orient ancien : les sources et leur exploitation &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Brigitte Lion (&#233;d.), &#171; L'histoire de l'alimentation dans l'Antiquit&#233; : bilan historio-graphique &#187;, &lt;i&gt;Dialogues d'histoire ancienne suppl&#233;ment&lt;/i&gt; 7 : 17-45.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Moity-Ma&#239;zi, Pascale - 2010 &#171; Le style et l'efficacit&#233; techniques mis en question &#187;, in Jos&#233; Muchnik et Christine de Sainte-Marie (coord.), &lt;i&gt;Le Temps des Syal. Techniques, vivres et territoires&lt;/i&gt;. Paris, Quae (&#171; Up Date &#187;) : 47-66.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;O'Reilly, Patrick - 1977 &lt;i&gt;La Danse &#224; Tahiti&lt;/i&gt;. Paris, Nouvelles &#233;ditions latines.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Peyronel, Luca et Spreafico, Gilberta - 2008 &#171; Food processing in the Levant during the Middle Bronze Age. Fire installations cooking pots and grinding tools at Tell Mardikh-Ebla (Syria). Two case studies &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Girolamo Fiorentino et Donatella Magri (&#233;d.), &lt;i&gt;Charcoals from the Past : Cultural and Palaeoenvironmental Implications, actes du 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; International Meeting of Anthracology&lt;/i&gt;, Cavallino (Lecce), 28 juin-1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; juillet 2004. Oxford, Archaeopress (&#171; British Archaeological Report International Series &#187; 1807) : 213-223.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Poitevin, Guy - 1997 &lt;i&gt;Le Chant des meules. De la pi&#233;t&#233; de paysannes &#224; la philosophie de swamis&lt;/i&gt;. Paris, Kailash.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Pruneau, J&#233;r&#244;me - 2003 &lt;i&gt;Les Joutes languedociennes. Ethnologie d'un &#171; sport traditionnel &#187;&lt;/i&gt;. Paris, L'Harmattan.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Sigaut, Fran&#231;ois - 2012 &lt;i&gt;Comment Homo devint faber&lt;/i&gt;. Paris, CNRS &#201;ditions (&#171; Le Pass&#233; recompos&#233; &#187;).&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Simondon, Gilbert - 1958 &lt;i&gt;Du mode d'existence des objets techniques&lt;/i&gt;. Paris, Aubier.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Supicic, Ivo - 1987 &lt;i&gt;Music in society. A Guide to the Sociology of Music&lt;/i&gt;. New York, Pendragon Press.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Van Gennep, Arnold - 1943-1988 &lt;i&gt;Manuel de folklore fran&#231;ais contemporain&lt;/i&gt;, t. I, 8 vol.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au sujet de la question plus g&#233;n&#233;rale des liens entre le beau et l'utile, voir le dossier r&#233;cemment paru dans la Revue de synth&#232;se sur l'esth&#233;tique de la technique (Beaune et Hilaire-P&#233;rez 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour diff&#233;rents points de vue sur la th&#233;orie de l'art d'Alfred Gell, voir entre autres Derlon et Jeudy-Ballini 2010 et Bloch 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dominique Casajus, communication personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pascale Moity-Ma&#239;zi, expos&#233; au s&#233;minaire de l'&#201;cole des hautes &#233;tudes en sciences sociales organis&#233; par Fran&#231;ois Sigaut, Sophie A. de Beaune et Hara Procopiou le 10 mai 2012 : &#171; Piler, trancher, cuire&#8230; : le style &#224; l'&#233;preuve de l'efficacit&#233; technique ; cuisini&#232;res, artisanes du Burkina Faso et du S&#233;n&#233;gal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir aussi &#224; ce sujet le n&#176; 40 de Technique &amp; Culture dont le th&#232;me est &#171; Efficacit&#233; technique, efficacit&#233; sociale &#187; (collectif 2002).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Paroles d'un chant conserv&#233;es dans les archives du d&#233;partement des traditions orales du Service de la culture et du patrimoine (DTO-SCP) &#224; Tahiti : &lt;a href=&#034;http://www.culture-patrimoine.pf/IMG/pdf/La_fabrication_du_TAPA_.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://www.culture-patrimoine.pf/IMG/pdf/La_fabrication_du_TAPA_.pdf&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La d&#233;couverte de nombreuses meules en basalte, souvent accompagn&#233;es de leurs broyeurs, pos&#233;es sur des banquettes en argile dans trois des pi&#232;ces d'un des palais (palais G) du site de l'&#226;ge du bronze ancien (2350-2250 av. J.-C.) de Tell Mardikh-Ebla (Syrie) a permis de reconna&#238;tre une trentaine de places de travail (Matthiae 1987 : 143). Dans une pi&#232;ce de l'aile nord-ouest du palais occidental Q datant de l'&#226;ge du bronze moyen (2000/1900-1800 av. J.-C.), seize meules en basalte align&#233;es contre les murs &#233;taient pos&#233;es sur une longue banquette avec leurs broyeurs (Matthiae 1985 : pl. 68 ; 1989 : 170, pl. 88) ; voir aussi Peyronel et Spreafico 2008. Ces quelques exemples, parmi d'autres du m&#234;me site, confirment que la pr&#233;paration de la farine destin&#233;e aux habitants du palais se pratiquait en groupe (et peut-&#234;tre en cadence). Le travail de mouture &#233;tait f&#233;minin, comme en t&#233;moignent d'une part les sources priv&#233;es, avec les meules mentionn&#233;es dans les dots, d'autre part les documents institutionnels comme les nombreuses listes de travailleurs du palais, o&#249; l'on trouve des &#171; meuni&#232;res &#187;. Les prisonniers &#233;taient aussi affect&#233;s &#224; ce travail consid&#233;r&#233; alors comme d&#233;gradant (Michel 2012 et communication personnelle).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La Volalonga est une r&#233;gate de bateaux &#224; rames de 32 km qui a lieu &#224; Venise tous les ans &#224; l'occasion de la f&#234;te de la Sensa (Ascension) ; elle est ouverte &#224; toutes les embarcations &#224; rames ou &#224; pagaies. Seuls les rameurs v&#233;nitiens l&#232;vent leurs rames pour saluer. Tr&#232;s populaire, cette r&#233;gate existe depuis 1975 et r&#233;unit chaque ann&#233;e plusieurs milliers d'embarcations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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