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		<title>Les rythmes d'une culture populaire : les politiques du sensible dans le maracatu-de-baque-solto, Pernambuco, Br&#233;sil
</title>
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		<dc:creator>Laure Garrab&#233;
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		<description>
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; de la th&#232;se de doctorat de Laure Garrab&#233; qui a &#233;t&#233; soutenue le 7 d&#233;cembre 2010 &#224; l'Universit&#233; de Paris 8 (Directeur : Jean-Marie PRADIER &#8211; Codirecteur : Fran&#231;ois LAPLANTINE) Ce travail propose une contribution &#224; une anthropologie esth&#233;tique o&#249; l'esth&#233;tique est interrog&#233;e entre sa comp&#233;tence socialisante et sa comp&#233;tence individuante. Dans une perspective interdisciplinaire et une &#233;pist&#233;mologie de la compl&#233;mentarit&#233;, il s'appuie en particulier sur les appareils th&#233;oriques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; de la th&#232;se de doctorat de Laure Garrab&#233; qui a &#233;t&#233; soutenue le 7 d&#233;cembre 2010 &#224; l'Universit&#233; de Paris 8 (Directeur : Jean-Marie PRADIER &#8211; Codirecteur : Fran&#231;ois LAPLANTINE)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce travail propose une contribution &#224; une anthropologie esth&#233;tique o&#249; l'esth&#233;tique est interrog&#233;e entre sa comp&#233;tence socialisante et sa comp&#233;tence individuante. Dans une perspective interdisciplinaire et une &#233;pist&#233;mologie de la compl&#233;mentarit&#233;, il s'appuie en particulier sur les appareils th&#233;oriques et m&#233;thodologiques de l'anthropologie modale et de perspectives ethnosc&#233;nologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans une critique constante du langage, il aborde les pratiques spectaculaires d'une culture dite populaire en observant comment les communaut&#233;s r&#233;unies autour d'une esth&#233;tique (&#224; la fois forme et affect) la d&#233;finissent, se l'approprient et se socialisent &#224; travers elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, forme spectaculaire de l'&#201;tat de Pernambuco (Br&#233;sil), est le fruit d'une construction en laquelle on peut lire la trajectoire du devenir spectacle d'une pratique &#171; populaire &#187; reconnue socialement et esth&#233;tiquement par d&#233;faut. Devenu l'expression de l' &#171; exception culturelle &#187; du carnaval de Pernambuco, il a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par des paysans de la canne &#224; sucre. D&#232;s son insertion dans le circuit institutionnel urbain du carnaval, il connut des transformations formelles et symboliques aujourd'hui acc&#233;l&#233;r&#233;es par les logiques de la spectacularisation &#224; outrance et d'une professionnalisation naissante. Souvent traduit &#224; travers les repr&#233;sentations collectives d'une autre forme qui lui a donn&#233; son nom et quelques &#233;l&#233;ments formels, il r&#233;siste cependant &#224; l'uniformisation par le maintien d'arts de faire singuliers s'articulant sur un jeu subtil de transgression de la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La premi&#232;re partie de ce travail tente de recomposer avec l'histoire des acteurs du &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; en portant un regard attentif &#224; la localit&#233; pr&#233;cise dans laquelle il a &#233;merg&#233;. Elle appr&#233;hende la structure des rapports de domination de la soci&#233;t&#233; pernambucana en fonction des partages du sensible qui les ont polaris&#233;s. Cela implique d'interroger la place du corps dans les rapports entre ma&#238;tres et esclaves : ce sont des conduites et pratiques esth&#233;tiques qui ont fait se (d&#233;)solidariser ces communaut&#233;s qu'a priori tout opposait. Ces esth&#233;tiques se sont r&#233;v&#233;l&#233;es des enjeux de pouvoir n&#233;gociables, et en tant que tels, auraient pos&#233; les fondations d'une culture populaire br&#233;silienne partag&#233;e entre tous. Cette hypoth&#232;se permet de r&#233;introduire, dans le lieu de culture que furent les quartiers des esclaves des grandes propri&#233;t&#233;s rurales, la figure historique du &#171; caboclo &#187;. D&#233;pli&#233;e entre ses dimensions ethnique, sociale, et religieuse, elle est d'importance : les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; l'ont &#233;lue pour inventer et incarner l'all&#233;gorie originaire et exclusive au &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;. &#171; M&#233;tisse &#187;, &#171; r&#233;sistante &#187;, &#171; subalterne &#187; et &#171; demi-magique &#187;, elle ent&#233;rine une probl&#233;matique r&#233;v&#233;latrice d'enjeux identitaires manifestement inscrits dans la pluralit&#233; et la complexit&#233; du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La seconde partie d&#233;construit le syst&#232;me imag&#233;tico-discursif de la pauvret&#233; r&#233;sultant des id&#233;ologies raciales et sociopolitiques dans lesquelles le &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; s'est constitu&#233;, aux d&#233;pens de ses propres cat&#233;gories. Une analyse approfondie de son historiographie montre d'une part la constitution id&#233;ologique de son appr&#233;hension par les folkloristes et l'institution carnavalesque, et d'autre part le r&#233;gime d'opposition dans lequel il a &#233;t&#233; pens&#233;, formul&#233; et format&#233;. Elle met en exergue la gen&#232;se de la confusion qui lui a valu d'&#234;tre consid&#233;r&#233; par d&#233;faut &#224; partir du mod&#232;le lui pr&#233;existant du &lt;i&gt;Maracatu Na&#231;&#227;o&lt;/i&gt;, m&#233;moire vivante de la culture &#171; afro-pernambucana &#187; l&#233;gitim&#233;e et prise comme &#233;talon de mesure esth&#233;tique par les p&#233;riodes africanistes et afrocentristes des sciences sociales. Il s'agit ainsi de refluer de la cat&#233;gorie socio-&#233;conomique de &#171; &lt;i&gt;Maracatu &lt;/i&gt; Rural &#187;, toujours utilis&#233;e, vers la cat&#233;gorie rythmique de &lt;i&gt;&#171; maracatu-de-baque-solto &#187; &lt;/i&gt; choisie et l&#233;gitim&#233;e par les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; en fonction de son esth&#233;tique singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La troisi&#232;me partie analyse les distributions esth&#233;tiques et politiques du &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; en tant que forme spectaculaire relevant du champ de la &#171; culture populaire &#187;. Les cat&#233;gories institutionnelles de &#171; folklore &#187;, &#171; culture populaire &#187; et &#171; patrimoine culturel immat&#233;riel br&#233;silien &#187; laissent les pratiques &#224; l'&#233;tat d'objets con&#231;ues comme des r&#233;pertoires ignorant leurs modes d'appropriation. Or, les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; utilisent une notion vernaculaire pour se situer dans le champ spectaculaire, la &lt;i&gt;brincadeira&lt;/i&gt;. Polys&#233;mique et dense, elle renvoie &#224; sa sp&#233;cificit&#233; en tant que mani&#232;re de mettre au jour, reconduire et donner &#224; voir une pratique. Elle d&#233;finirait l'ordre populaire du &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; en tant que forme spectaculaire et modalit&#233; de cr&#233;ation. L'ordre du populaire de la culture qu'elle institue semble dessiner une sp&#233;cificit&#233; br&#233;silienne de faire culture. Elle induirait notamment un paradigme de la rythmicit&#233; dans les sociabilit&#233;s br&#233;siliennes, et en particulier dans l'esth&#233;tique de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;maracatuzeira&lt;/i&gt;, ou ses &#171; politiques du sensible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La quatri&#232;me partie constitue une ethnographie du processus du spectacle dans ses deux modalit&#233;s, la fulgurance du carnaval et l'ordinaire de f&#234;tes de l'entre-soi dans lesquelles il est diff&#233;remment pratiqu&#233;. Les arts de faire y sont distinctement n&#233;goci&#233;s en fonction des logiques de la spectacularisation et du processus de cr&#233;ation propres &#224; chacune. Ces logiques r&#233;sonnent aussi dans le mode du &lt;i&gt;brincar&lt;/i&gt;, laissant au praticien la libert&#233; de mettre l'accent sur sa comp&#233;tence spectaculaire ou individuante, repla&#231;ant ainsi &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; comme acteurs de leur propre histoire. Il d&#233;cline un mode d'&#234;tre (percevoir) sur le mode du faire (agir) s'articulant sur l'exigence d'une contribution personnelle &#224; la collectivit&#233; dans les limites de la tradition, laquelle il convient de mettre constamment en jeu. De m&#234;me, l'appel &#224; l'ordre des croyances para&#238;t soutenir la r&#233;alisation concr&#232;te du &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; plut&#244;t que l'entretien d'un culte qui lui est traditionnellement associ&#233;. Or d'une part, ce culte, l'&lt;i&gt;umbanda-jurema&lt;/i&gt;, est intervenu tardivement dans le &lt;i&gt;maracatu&lt;/i&gt;, et d'autre part, la relation que les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; entretiennent avec lui est manifestement individuelle et subjective, et sans aucune orthodoxie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'exp&#233;rience sensible, qui n'a cours que dans une relation et reste de l'ordre du devenir, est au c&#339;ur de tout processus de socialisation. Ainsi, praxis et affect doivent &#234;tre envisag&#233;s solidairement, et t&#233;moignent de la r&#233;introduction n&#233;cessaire de l'exp&#233;rience esth&#233;tique dans le fait social. Si l'on pose que la culture rel&#232;ve davantage de la pratique sociale que d'un &#233;tat mental (M. Kilani, 1994), les mani&#232;res de faire pratique peuvent &#234;tre envisag&#233;es en tant que r&#233;seau de relations. Ce dernier s'ancre &#224; partir de la reconnaissance collective historiquement constitu&#233;e et dynamique, de codes et normes esth&#233;tiques, formes du sensible institu&#233;es et mises en jeu en permanence, rompant de fait les hi&#233;rarchisations et rendant &#224; la culture, &#171; populaire &#187; ou non, tout son sens en tant que pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les rythmes, ou les mani&#232;res singuli&#232;res de fluer, d'une communaut&#233;, observ&#233;s &#224; partir de la mise en sc&#232;ne, de la distribution et de la reconduction de formes et normes esth&#233;tiques collectivement investies, permettent d'interroger le processus de fabrication d'une culture par-del&#224; le jeu de son institutionnalisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La cr&#233;olisation &#224; l'&#339;uvre dans une pratique musicale br&#233;silienne : rythmicit&#233;, diversit&#233;, relation
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article797</link>
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		<dc:date>2016-10-22T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laure Garrab&#233;
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cet article a d&#233;j&#224; a paru dans Parcours anthropologiques, N&#176; 8 et est accessible ici. Nous remercions Laure Garrab&#233; de nous avoir autoris&#233; de le reproduire sur RHUTHMOS. R&#201;SUM&#201; : Le maracatu-de-baque-solto est une forme &#224; la fois musicale, chor&#233;graphique et dramaturgique de la Zona da Mata Norte de Pernambuco (Br&#233;sil), qu'on peut voir au climax de sa spectacularisation pendant le carnaval de Recife, capitale de l'&#201;tat. N&#233;e sur les plantations de canne &#224; sucre au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La cr&#233;olisation &#224; l'&#339;uvre dans le maracatu-de-baque-solto&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;La cr&#233;olisation &#224; l'&#339;uvre dans le maracatu-de-baque-solto&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Musiquer le nom d'un autre&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Musiquer le nom d'un autre&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Jouer (de) ses doubles&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Jouer (de) ses doubles&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;R&#233;aliser sa singularit&#233;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;R&#233;aliser sa singularit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Discographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_6'&gt;Discographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a d&#233;j&#224; a paru dans&lt;/i&gt; Parcours anthropologiques, &lt;i&gt;N&#176; 8 et est accessible &lt;a href=&#034;http://recherche.univ-lyon2.fr/crea/228-La-creolisation-a-oeuvre-dans-une-pratique-musicale-bresilienne-rythmicite-diversite-relation.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Nous remercions Laure Garrab&#233; de nous avoir autoris&#233; de le reproduire sur RHUTHMOS.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
R&#201;SUM&#201; : Le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; est une forme &#224; la fois musicale, chor&#233;graphique et dramaturgique de la Zona da Mata Norte de Pernambuco (Br&#233;sil), qu'on peut voir au climax de sa spectacularisation pendant le carnaval de Recife, capitale de l'&#201;tat. N&#233;e sur les plantations de canne &#224; sucre au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, elle pr&#233;sente deux &#233;l&#233;ments qui lui sont exclusifs, son patron rythmique, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, et son personnage m&#233;tonymique, le &lt;i&gt;caboclo-de-lan&#231;a&lt;/i&gt;, caract&#233;ris&#233;s par une diversit&#233; aujourd'hui tr&#232;s valoris&#233;e, mais stigmatis&#233;e dans les premiers corpus folklorique et (ethno)musicologique s'y &#233;tant int&#233;ress&#233;s. &#192; partir de ces sp&#233;cificit&#233;s et des nombreux &#233;l&#233;ments caract&#233;risant l'expression de ses dynamiques, ce texte propose d'observer la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; musicale dans le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; comme possible mat&#233;rialisation de la notion de cr&#233;olisation telle que la propose le po&#232;te et essayiste martiniquais &#201;douard Glissant, et que d&#233;crit un autre po&#232;te et essayiste cubain, Antonio Ben&#237;tez-Rojo, en s'appuyant sur un appareil notionnel similaire mais non identique. Apr&#232;s un bref expos&#233; de l'incidence de sa construction folklorique d&#232;s son insertion au carnaval dans les ann&#233;es 1930, sur les plans discursifs et formels, la deuxi&#232;me partie pr&#233;sente une analyse ethnographique de la pratique dans ses deux modalit&#233;s, le carnaval, et les &lt;i&gt;sambadas &lt;/i&gt; caract&#233;ris&#233;es par les joutes d'improvisation po&#233;tique chant&#233;es. La troisi&#232;me tente de montrer comment ces dynamiques &#224; l'&#339;uvre instituent sa singularit&#233;, c'est-&#224;-dire ses modalit&#233;s du divers et du rythme, toutes deux appr&#233;hend&#233;es au prisme de ses logiques musicales et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MOTS-CL&#201;S : &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, cr&#233;olisation, esth&#233;tique, rythme, relation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
Le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; rural, est une pratique &#224; la fois musicale, chor&#233;graphique et dramaturgique du carnaval de Pernambuco, &#201;tat du Nordeste du Br&#233;sil. Peu d'archives font &#233;tat de son &#233;mergence, mais elle serait n&#233;e au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dans la Zona da Mata Norte, r&#233;gion rurale consacr&#233;e &#224; la culture de la canne &#224; sucre, &#224; l'initiative d'une poign&#233;e de paysans en vue de participer &#224; la f&#234;te sur le mod&#232;le des &lt;i&gt;agremia&#231;&#245;es carnavalescas&lt;/i&gt; (associations carnavalesques, types de corporations religieuses, professionnelles, musicales, ou tout &#224; fait ponctuelles). En un si&#232;cle, elle a connu une ascension extraordinaire : d'un groupe de paysans munis d'une lance, d'un chapeau en forme d'entonnoir et d'une cloche de b&#233;tail dans le dos, cette forme d'expression de la culture populaire de Pernambuco est aujourd'hui l'une des plus importantes du carnaval de Recife, capitale de l'&#201;tat et quatri&#232;me centre urbain du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il donne &#224; voir la procession musiqu&#233;e d'un cort&#232;ge royal escort&#233; de danseuses dans des robes bigarr&#233;es au style Louis XV revisit&#233;, appel&#233;es &lt;i&gt;Baianas &lt;/i&gt; (Bahianaises), et de myst&#233;rieux guerriers dispos&#233;s en cordons &lt;i&gt;(cord&#245;es)&lt;/i&gt; les prot&#233;geant devant et sur les c&#244;t&#233;s, arm&#233;s d'une longue et lourde lance en bois ornement&#233;e de rubans, les &lt;i&gt;Caboclos-de-lan&#231;a&lt;/i&gt;. L'orchestre ferme la marche, avec, juste derri&#232;re le Roi et la Reine, le ma&#238;tre improvisateur de po&#232;mes &lt;i&gt;(Mestre tirador de loas&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;toadas)&lt;/i&gt; chantant les louanges de sa &#171; nation &#187; (&lt;i&gt;na&#231;&#227;o&lt;/i&gt;, le nom informel donn&#233; au groupe), &#224; l'aide de la technique chorale de l'appel/r&#233;ponse. &#192; ses c&#244;t&#233;s, le Contrema&#238;tre &lt;i&gt;(Contramestre)&lt;/i&gt;, accompagn&#233; par le &lt;i&gt;terno&lt;/i&gt;, l'ensemble instrumental. Il se divise en trois sections principales : une section vocale incarn&#233;e par le ma&#238;tre &#224; l'appel, et le contrema&#238;tre (et parfois les &lt;i&gt;Baianas&lt;/i&gt;) &#224; la r&#233;ponse ; une section percussions compos&#233;e d'un &lt;i&gt;bombo &lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;bombinho &lt;/i&gt; (tambour m&#233;tallique &#224; deux peaux battues &#224; l'aide de baguettes), d'un &lt;i&gt;tarol &lt;/i&gt; (caisse claire), d'un &lt;i&gt;gongu&#234; &lt;/i&gt; (cloche &#224; deux campanules), d'un &lt;i&gt;mineiro &lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;ganz&#225;&lt;/i&gt;, idiophone en m&#233;tal), d'une &lt;i&gt;porca &lt;/i&gt; (tambour &#224; friction) ; une section cuivres compos&#233;e de deux instruments, le plus souvent un trombone et une trompette (ou bien un saxophone soprano, une clarinette, une corne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les personnages des &lt;i&gt;Caboclos-de-lan&#231;a&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; repr&#233;sentent &#224; eux seuls les sp&#233;cificit&#233;s de la pratique, non seulement sa singularit&#233; stylistique, mais aussi symbolique, reposant sur la d&#233;clinaison d'un singulier m&#233;lange ethnique, sonore, culturel, et m&#234;me sur le plan des religiosit&#233;s. La figure du &lt;i&gt;Caboclo-de-lan&#231;a&lt;/i&gt; peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme l'incarnation all&#233;gorique des diverses modalit&#233;s des rencontres entre les matrices culturelles pernambucanas, et qu'on retrouve dans la notion de &lt;i&gt;&#171; caboclo &#187;&lt;/i&gt; : ethnique (c'est un m&#233;tis d'indien et de blanc qui rencontre l'esclave noir), religieuse (il est associ&#233; au culte de l'&lt;i&gt;umbanda-jurema&lt;/i&gt;), socio-&#233;conomique (sa force et son instinct guerrier comme cons&#233;quence du travail esclave et d'un statut subalterne), imaginaire (mythes et leurs expressions). Par ailleurs, elle d&#233;plie plusieurs dimensions de la vie psychique et sociale des &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;, acteurs-danseurs qui les animent, puisque certains, mais pas tous, disent pratiquer des rites de l'&lt;i&gt;umbanda-jurema&lt;/i&gt; dans le but de fermer leur corps &#224; d'&#233;ventuelles attaques magiques et pour augmenter leur r&#233;sistance et leur endurance, ils sont descendants des esclaves de la canne &#224; sucre et reconduisent ce labeur dans les conditions prol&#233;tariennes et industrielles, et enfin, ils s'inscrivent dans une tradition esth&#233;tique codifi&#233;e voulant traduire cet imaginaire par des expressions musicales, chor&#233;graphiques, et po&#233;tiques. Le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; pr&#233;sente cette diversit&#233; d'embl&#233;e puisqu'elle est visuelle, sonore, et assez d&#233;concertante pour l'oreille ing&#233;nue. Selon les &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;, on y distingue l'aspect &#171; fanfare militaire &#187; &lt;i&gt;(banda)&lt;/i&gt; provenu des cuivres et de la caisse-claire, identifi&#233; comme europ&#233;en, les battements du &lt;i&gt;bombo &lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;gongu&#234; &lt;/i&gt; qui eux, seraient africains, et les saccades du &lt;i&gt;mineiro&lt;/i&gt;, indien. Le &lt;i&gt;terno&lt;/i&gt; associe par ailleurs un mode d'expression musical d&#233;ambulatoire propre &#224; la rue et aux espaces festifs, avec l'improvisation po&#233;tique chant&#233;e qui, en exigeant davantage d'&#233;coute, tend &#224; en sublimer l'expression populaire. Ainsi, le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, o&#249; &lt;i&gt;caboclos-de-lan&#231;a&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; sont &#224; la fois des constructions imaginaires et des esth&#233;tiques dont on fait l'exp&#233;rience, est investi de la diversit&#233; socio-culturelle pernambucana, mais aussi d'une diversit&#233; d'expressions performatives, puisque dans le champ du spectacle vivant, il est d&#233;sign&#233; par la cat&#233;gorie de &lt;i&gt;brincadeira&lt;/i&gt;, con&#231;ue comme &#171; populaire &#187; et combinant indissociablement des expressions musicale, chor&#233;graphique et dramaturgique. Garantissant sa singularit&#233; m&#234;me, c'est cette diversit&#233; que la ville de Recife exalte pendant le carnaval, une p&#233;riode pendant laquelle elle g&#233;n&#232;re environ 208 millions d'euros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces chiffres concernent l'&#233;dition 2011 du carnaval de Recife et sont publi&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, attire des centaines de milliers de touristes, et jouit d'une couverture m&#233;diatique nationale et internationale, gr&#226;ce &#224; sa production locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La ville de Recife et l'institution carnavalesque ont su profiter de cette singularit&#233; culturelle pr&#233;cis&#233;ment &#233;tablie sur cette diversit&#233;. Elles ont fait du &lt;i&gt;caboclo-de-lan&#231;a&lt;/i&gt; la figure ambassadrice de l'&#233;v&#233;nement et l'&#233;noncent &#224; partir de cat&#233;gories valorisant son hybridit&#233; comme point de convergence des trois matrices culturelles br&#233;siliennes (l'africaine, l'indienne, l'europ&#233;enne), et sa singularit&#233; en tant que production culturelle locale. Or, cette singularit&#233; caract&#233;ris&#233;e par la diversit&#233; fut pr&#233;cis&#233;ment l'objet de discriminations aux pr&#233;misses de son institutionnalisation. Pouss&#233;s par la crise de l'industrie du sucre dans les ann&#233;es 1920-1930, les travailleurs de la canne migrant &#224; Recife, demand&#232;rent l'autorisation &#224; la FECAPE (FEdera&#231;&#227;o CArnavalesca de PErnambuco, alors FCP) de d&#233;filer au carnaval au m&#234;me titre que les autres repr&#233;sentants des formes locales. Or, on sait que celle-ci avait exig&#233; qu'ils transforment leur patron rythmique sur celui d'une autre pratique musicale, le &lt;i&gt;Maracatu Na&#231;&#227;o&lt;/i&gt;, laquelle lui aurait donn&#233; son nom, et les personnages des &lt;i&gt;Baianas &lt;/i&gt; et du cort&#232;ge royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces injonctions institutionnelles co&#239;ncident avec de profonds changements de paradigmes dans la socio-anthropologie contemporaine. La question &#171; afro-br&#233;silienne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La publication (1937) du Premier Congr&#232;s Afro-Br&#233;silien, tenu &#224; Recife en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, concomitante de l'apparition d'un certain nationalisme culturel visant d'une part &#224; se d&#233;tacher du joug de l'h&#233;g&#233;monie &#233;pist&#233;mologique europ&#233;enne et coloniale, et d'autre part, un positionnement r&#233;gional par rapport &#224; la d&#233;finition nationale de la &#171; brasilit&#233; &#187; &lt;i&gt;(brasilidade)&lt;/i&gt; &#8211; largement ent&#233;rin&#233;e par le mouvement artistico-intellectuel, du &lt;i&gt;Modernismo &lt;/i&gt; et ses variantes r&#233;gionales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le Modernismo et ses aspects r&#233;gionaux au Br&#233;sil, voir Oliviery-Godet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, initi&#233; en 1922 &#8211; est au centre des analyses. Les pratiques musicales et religieuses, appr&#233;hend&#233;s comme &lt;i&gt;folclore&lt;/i&gt;, en sont les objets de pr&#233;dilection. Le corpus folkloriste, socio-anthropologique et critique de 1934&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la date de sa premi&#232;re occurrence &#233;crite, sous la plume de Gilberto (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; jusqu'aux ann&#233;es 1970 s'int&#233;ressant au &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; r&#233;v&#232;le bien les &#171; partages du sensible &#187; (Ranci&#232;re, 2000) de la soci&#233;t&#233; pernambucana par rapport &#224; ses productions culturelles &#224; cette p&#233;riode. J'ai montr&#233; ailleurs (Garrab&#233;, 2011) comment il a &#233;t&#233; construit en contre-mod&#232;le du &lt;i&gt;Maracatu Na&#231;&#227;o&lt;/i&gt; pr&#233;sent&#233; comme forme noire, africaine ou afro-br&#233;silienne, de tradition ancienne, urbaine et religieuse, instituant du m&#234;me coup son africanit&#233; &#8211; &#224; partir du moment o&#249; celle-ci s'inscrit dans la matrice &lt;i&gt;j&#234;je-nag&#244;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;iorub&#225; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Or, tout porte &#224; croire que le Maracatu Na&#231;&#227;o provient de matrices (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8211; comme &#233;talon de mesure de la l&#233;gitimit&#233; culturelle. Par cons&#233;quent, le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; comme une forme hybride, de tradition r&#233;cente, rurale et magico-religieuse, se voit construit &#224; partir de cat&#233;gories institu&#233;es sur le p&#244;le de l'impuret&#233; et de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un autre ph&#233;nom&#232;ne, actuel celui-ci, participe de sa construction folklorique, c'est sa spectacularisation &#224; outrance. La FECAPE en est l'un des agents les plus importants puisque c'est elle qui a l&#233;gif&#233;r&#233; le concours carnavalesque pouvant conf&#233;rer au groupe le titre de champion pour l'ann&#233;e concourue, et en d&#233;termine le cahier des charges instituant ses crit&#232;res formels (couleur et forme des costumes, structure chor&#233;graphique, structure chorale, calcul du temps et de l'espace de pr&#233;sentation, jeu des acteurs-danseurs), chaque ann&#233;e plus exigeants. Chaque d&#233;tail compte pour l'&#233;valuation des groupes par la commission du jury, entra&#238;nant &#224; long terme sa structuration. En tant qu'organe patrimonial, elle contribue ainsi &#233;galement &#224; l'institution de sa tradition. En effet, le &#171; pouvoir performatif &#187; (Butler, 2004) de cette d&#233;bauche spectaculaire, parce qu'il tend &#224; instituer le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; tel qu'il est montr&#233; et &#233;nonc&#233; au carnaval, tend &#224; couvrir totalement son autre modalit&#233;. Il s'agit des &lt;i&gt;sambadas&lt;/i&gt;, organis&#233;es par les groupes en zone rurale, peu m&#233;diatis&#233;es et sans supervision institutionnelle, pendant la p&#233;riode pr&#233;-carnavalesque. Nous pouvons en distinguer deux types : celles pendant lesquelles le &#171; spectacle &#187; est r&#233;p&#233;t&#233; et fil&#233;, celles pendant lesquelles sont organis&#233;es des joutes d'improvisation po&#233;tique chant&#233;es. On trouve ainsi, en fait, deux pratiques diff&#233;rentes au sein de ce qu'on appelle le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La cr&#233;olisation &#224; l'&#339;uvre dans le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au regard de cette pr&#233;sentation, il nous semble alors que le contexte d'&#233;mergence du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; draine des probl&#233;matiques et des concepts caract&#233;ristiques de l'analyse des mutations des soci&#233;t&#233;s carib&#233;ennes. Il conna&#238;t plusieurs niveaux d'interaction entre cultures, entre formes de religiosit&#233;s, entre formes musicales, entre mythologies et m&#234;me, entre formes d'expression. Il est un produit de l'histoire coloniale et de l'esclavage, mais plus directement de l'histoire post-coloniale et post-esclavagiste. Il met en sc&#232;ne ses appartenances africaines, &lt;i&gt;caboclas &lt;/i&gt; et europ&#233;ennes, joue un rythme original &#224; l'aide d'instruments provenant de ces m&#234;mes matrices culturelles, sans pour autant que le spectateur ni l'auditeur ne per&#231;oivent, dans ces jeu et mise en sc&#232;ne, un ordre de la racine. Plus significatif encore, il na&#238;t aux abords du &lt;i&gt;mangue&lt;/i&gt;, les mangroves, capital symbolique des soci&#233;t&#233;s archip&#233;liques, &#233;cosyst&#232;me caract&#233;ristique de la r&#233;gion entre Recife et la Zona da Mata Norte, &lt;i&gt;&#171; a Terra do Maracatu &#187;&lt;/i&gt; comme on la d&#233;signe dans la r&#233;gion, et qu'on pourrait identifier comme sa propre &#171; Plantation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour forger ce concept, Ben&#237;tez-Rojo (2006 : 74-75) s'inspire du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Ben&#237;tez-Rojo, 2006 : 42). Par ailleurs, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; conna&#238;t deux principales modalit&#233;s d'ex&#233;cution, dont les contextes respectifs am&#232;nent &#224; penser ses trajectoires globales quand il est produit au carnaval, et locales quand il est produit dans les &lt;i&gt;sambadas&lt;/i&gt;. Son patron rythmique, pourtant inchang&#233; de l'une &#224; l'autre, et plus largement les modalit&#233;s de son expression dans ses contextes respectifs, semblent donner &#224; voir et entendre les modes de relation de cette communaut&#233; musicale aux prises avec ses divers r&#233;seaux de relations. Si son contexte sociohistorique est ais&#233;ment comparable avec celui des soci&#233;t&#233;s carib&#233;ennes dont les formations identitaires se caract&#233;risent par le processus de cr&#233;olisation &#8211; le Nordeste du Br&#233;sil est largement cit&#233; comme zone carib&#233;enne, archip&#233;lique ou cr&#233;ole par quelques auteurs des plus impliqu&#233;s dans sa construction (par exemple, Mintz, 1974 : 55 ; Glissant, 1996 : 13 ; Ben&#237;tez-Rojo, 2006 : 72 ; Mignolo, 1995 : 183) &#8211; on pourrait &#233;galement attribuer la qualit&#233; de ce processus &#224; ses techniques musicales et aux formes de sociabilit&#233;s singuli&#232;res qu'elles g&#233;n&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ma connaissance, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; n'a pas encore &#233;t&#233; abord&#233; en terme de cr&#233;olisation, ni m&#234;me appr&#233;hend&#233; dans une perspective analytique o&#249; le geste/l'ex&#233;cution musicale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a peu d'analyses (ethno)musicologiques du maracatu-de-baque-solto, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est envisag&#233; comme probable &#233;picentre g&#233;n&#233;rateur de ses dynamiques singuli&#232;res. Or, et ses modes de socialisation et ses modes de production, tous deux issus d'une &lt;i&gt;praxis &lt;/i&gt; singuli&#232;re, sont susceptibles de d&#233;crire les modalit&#233;s de ses mutations et d'institution de sa tradition, o&#249; rythme et diversit&#233;, indissociablement, sont des principes agissants. L'&#233;pist&#233;mologie du rythme et de la diversit&#233; est centrale pour la compr&#233;hension des processus de cr&#233;olisation. Elle est notamment tr&#232;s op&#233;ratoire pour le cas abord&#233; ici chez les essayistes et po&#232;tes &#201;douard Glissant (1928-2011, martiniquais) et Antonio Ben&#237;tez-Rojo (1931-2005, cubain) dont les travaux ont, sinon une pr&#233;tention, une dimension anthropologique incontestable malgr&#233; la r&#233;ticence de certains anthropologues &#224; l'utiliser, voire &#224; la reconna&#238;tre, ce que d&#233;plorent par exemple Jean Benoist (1996) et Denis Constant-Martin (2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le chaos et la po&#233;tique en termes de relation sont d&#233;velopp&#233;s, chez les deux essayistes, pour d&#233;crire l'expression dynamique de la cr&#233;olisation. Contrairement &#224; Glissant (1990), Ben&#237;tez-Rojo (1996) n'utilise pas le terme de cr&#233;olisation pour ce processus, mais d&#233;crit la complexit&#233; carib&#233;enne (d&#233;territorialis&#233;e, d&#233;nationalis&#233;e, non essentialis&#233;e dans une &#171; carib&#233;anit&#233; &#187;, &lt;i&gt;caribbeanness&lt;/i&gt;) &#224; travers la Plantation con&#231;ue comme &#171; machine par feedback &#187; (2006 : 11) qui fonctionne en terme &#171; de flux et d'interruption &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 6), expliquant le mouvement &#171; qui se r&#233;p&#232;te &#187; typique de la culture archip&#233;lique. Pour &#201;douard Glissant, la cr&#233;olisation s'entend en terme de mutation, de processus d'&#233;change du &#171; divers &#187;, d'interp&#233;n&#233;tration r&#233;alis&#233;e et de transformation toujours en cours : &#171; la cr&#233;olisation c'est, par rapport au m&#233;tissage, le producteur de l'impr&#233;visible &#187; (1996. : 89), &#171; une dimension erratique [&#8230;] devenue la dimension du Tout-Monde &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 87) et qui se traduit mat&#233;riellement par ce qu'il appelle le &#171; chaos-monde &#187;, des &#171; choc, intrication, r&#233;pulsions, attirances, connivences, oppositions, conflits entre cultures des peuples dans la totalit&#233;-monde contemporaine &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 84). Cette esth&#233;tique des formes d'interactions, il la conceptualise comme &#171; po&#233;tique de la Relation &#187; (1990) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;tique de la Relation n'est pas une po&#233;tique du magma, de l'indiff&#233;renci&#233;, du neutre. Pour qu'il y ait relation, il faut qu'il y ait deux ou plusieurs identit&#233;s ou entit&#233;s ma&#238;tresses d'elles-m&#234;mes et qui acceptent de changer en s'&#233;changeant. (1996 : 42)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour les deux, la cr&#233;ativit&#233; carib&#233;enne est une recombinaison, une recomposition de fragments. Si ces deux conceptions s'opposent parfois (interruption &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; progression continue du rhizome), il n'y a pas, chez l'un ni l'autre, d'ordre de la racine, et le mouvement performatif (non restreint aux actes de langage) est le principal mouvement &#224; l'&#339;uvre et sans fin dans les Cara&#239;bes. Pour d&#233;crire ce processus, Ben&#237;tez-Rojo comme Glissant d&#233;veloppent une &#233;pist&#233;mologie de l'action &#224; l'aide de notions telles que respectivement &lt;i&gt;&#171; actuaci&#243;n &#187;&lt;/i&gt; (traduit en anglais par &lt;i&gt;performance&lt;/i&gt;) et &#171; po&#233;tique &#187; entendue comme &lt;i&gt;po&#239;ein &lt;/i&gt; dans son &#233;tymologie grecque, traduisant la mat&#233;rialisation d'une dynamique surgie d'un contact, d'un &#233;change, r&#233;alis&#233; dans la mesure o&#249; ce qui s'est trouv&#233; en contact sur des &#171; plages temporelles &#187; (Glissant, 1996 :83) plus ou moins courtes, s'est transform&#233;. La litt&#233;rature et la musique notamment, le langage et sa mise en rythme sont op&#233;ratoires chez ces deux auteurs : l'esth&#233;tique est rythmique et force de relation, d'expression, et de mat&#233;rialisation. Une production esth&#233;tique peut ainsi fournir mati&#232;re &#224; penser les modalit&#233;s &#224; l'&#339;uvre dans le divers, &#171; qui n'est pas d&#233;composable en &#233;l&#233;ments premiers &#187; (Glissant, 1990 : 174). En effet, la cr&#233;olisation d&#233;signe quelque chose de beaucoup plus concret que le mouvement invisible et transcendantal de la complexit&#233; culturelle. Glissant est ici explicite : &#171; La Relation prend source dans ces contacts et non pas en elle-m&#234;me. [&#8230;] La Relation est un produit qui produit &#224; son tour &#187; (1990 :174). Et &#224; mon sens c'est cette concr&#233;tude &#8211; provenue de ph&#233;nom&#232;nes esth&#233;tiques particuli&#232;rement construits et codifi&#233;s comme les pratiques musicales, chor&#233;graphiques, dramaturgique ou tout &#224; la fois &#8211; que l'anthropologue doit r&#233;introduire au centre de ses analyses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Denis Constant-Martin (2007 : 167) termine sa remarquable lecture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son approche ethnographique est alors fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans son article sur les d&#233;rives de la m&#233;taphore, Jean Benoist (1996) soul&#232;ve le &#171; curieux &#187; et &#171; int&#233;ressant &#187; renversement du jeu o&#249; les tenants de la postmodernit&#233; dans les ann&#233;es 1990 reconnaissaient les soci&#233;t&#233;s cr&#233;oles comme pr&#233;curseures alors que peu avant, ils consid&#233;raient les anthropologues de la Cara&#239;be comme des &#171; sans m&#233;thodes &#187; parce que travaillant sur des objets suppos&#233;ment trop &#171; flous &#187; (1996 : 17). Cette remarque induit d'autant plus d'attention &#224; porter &#224; l'utilisation du terme. On peut penser que le Nordeste du Br&#233;sil peut &#233;videmment s'interpr&#233;ter &#224; partir du paradigme, mais on ne peut sous-estimer la complexit&#233; et les &#233;carts culturels qu'on trouve au sein d'un m&#234;me &#201;tat, Pernambuco en particulier. Le carnaval de Recife se pr&#233;sente d'ailleurs comme un &#233;chantillonnage de cette diversit&#233; musicale locale &#224; l'&#339;uvre &lt;i&gt;(frevo, maracatus, caboclinho, boi, bai&#227;o, mangue-beat&#8230;)&lt;/i&gt; o&#249; les influences culturelles reconnues et cultiv&#233;es ne s'appuient pas sur les m&#234;mes r&#233;f&#233;rences et processus d'identification. De plus, la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne n'a pas produit de langue cr&#233;ole : on ne peut y sous-estimer l'ancrage vertical du syst&#232;me socioculturel portugais s'inscrivant dans une h&#233;g&#233;monie &#233;pist&#233;mologique et herm&#233;neutique eurocentrique et coloniale dont le Modernismo ne marque que l'un des premiers mouvements d'&#233;mancipation. De plus, sans pour autant avoir d&#233;pass&#233; les charges &#233;pist&#233;miques biologiques &lt;i&gt;(ra&#231;a, cor, miscegena&#231;&#227;o, mesti&#231;agem, hibridismo)&lt;/i&gt; dans ses discours sur elle-m&#234;me, la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne a produit des concepts pertinents pour d&#233;crire pr&#233;cis&#233;ment ses dynamiques &#224; l'&#339;uvre, tels l'anthropophagie (Andrade, 1992), et le &lt;i&gt;jeitinho &lt;/i&gt; inspir&#233; par S&#233;rgio Buarque de Holanda, 2004) et r&#233;&#233;labor&#233; en &#171; mode de navigation sociale &#187; par Roberto Da Matta (2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il ne s'agit pas ici de plaquer le concept de cr&#233;olisation sur la r&#233;alit&#233; sociale pernambucana mais au contraire, de se garder de &#171; saisir la cr&#233;olisation comme une totalit&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; un niveau trop &#233;loign&#233; des circonstances concr&#232;tes rencontr&#233;es par les individus engag&#233;s dans ce processus &#187;, pour plut&#244;t examiner &#171; les conditions historiques de la production culturelle &#187; (Trouillot, 1998 : 9) interrog&#233;e. Richard Price lui-m&#234;me reconna&#238;t, en mobilisant la critique de Trouillot &#224; son mod&#232;le forg&#233; avec Mintz (Mintz &amp; Price, 1992), que &#171; nous devons continuer d'insister sur les particularit&#233;s historiques &#187; (Price, 2001 : 45). &#171; Le miracle de la cr&#233;olisation n&#233;cessitant toujours une analyse &#187; (Price, 2001 : 59), il s'agira ici d'interroger la cr&#233;olisation d'une pratique musicale donn&#233;e dans la mesure o&#249; ses contextes socio-historiques, mais en particulier, ses dispositifs concrets, mat&#233;riels et esth&#233;tiques, semblent mat&#233;rialiser les dynamiques sociales et esth&#233;tiques expos&#233;es chez Glissant et Ben&#237;tez-Rojo. En effet, les pratiques musicales peuvent particuli&#232;rement illustrer ce processus parce qu'elles mat&#233;rialisent ces dynamiques dans le monde physique et sensible &#224; travers des sons, des gestes, la fabrique de liens sociaux et de r&#233;seaux de relations, dans la successivit&#233; du temps. Elles donnent &#224; entendre et voir &#224; la fois leur historicit&#233; singuli&#232;re (en laissant des traces mat&#233;rielles dans les instruments et les gestes), leur contemporan&#233;it&#233; (la mani&#232;re dont elles s'ins&#232;rent parmi d'autres pratiques et s'actualisent) et leur mise au jour et en acte (leurs techniques et effets performatifs, qui sont aussi des technologies du sensible) dans un contexte socioculturel donn&#233;. Nous tenterons de d&#233;crire ces dynamiques &#224; l'&#339;uvre selon deux grands axes : diversit&#233; et rythmicit&#233;, qui seront appr&#233;hend&#233;s ici s&#233;par&#233;ment seulement pour les besoins du texte, de mani&#232;re &#224; souligner les modes de socialisation et d'individuation du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;. En effet, les impulsions des mutations semblent provenir des relations engendr&#233;es de ses contacts, du dehors et du dedans de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;maracatuzeira&lt;/i&gt;, et de chaque &lt;i&gt;maracatuzeiro&lt;/i&gt;. Et elles diff&#232;rent dans ses diff&#233;rentes modalit&#233;s d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Musiquer le nom d'un autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le choix de la m&#233;taphore, comme disait Benoist &#224; propos de la &#171; cr&#233;olisation &#187;, n'est pas neutre pour l'ethnologue (1996 : 19). Il ne l'est pas non plus pour l'artiste. La pratique dont il est question ici a port&#233; plusieurs noms dans l'histoire, dont la plupart lui ont &#233;t&#233; attribu&#233;s de l'ext&#233;rieur, et notamment d'apr&#232;s les travaux de certains folkloristes et/ou socio-anthropologues dont les donn&#233;es ne refl&#233;taient pas toujours la r&#233;alit&#233; v&#233;cue des musiciens. &lt;i&gt;Samba-de-matuto&lt;/i&gt; (Ferreira, 1946) litt&#233;ralement, samba de p&#233;quenaud, parce que trop d&#233;gradante, &lt;i&gt;maracatu-de-orchestra&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;-de-trombone&lt;/i&gt; (Guerra-Peixe, 1980), parce que trop musicologiques, n'ont pas r&#233;sist&#233; &#224; ses d&#233;signations les plus courantes aujourd'hui, &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;maracatu rural&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La notion de maracatu rural est attribu&#233;e &#224; l'anthropologue am&#233;ricaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Real, 1990 : 71-82, 184-191). La premi&#232;re est celle que les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; emploient eux-m&#234;mes, c'est une d&#233;signation qualitative et descriptive de son patron rythmique, le &lt;i&gt;&#171; baque-solto &#187;&lt;/i&gt;. La deuxi&#232;me est utilis&#233;e par la majorit&#233; des acteurs de la culture dite populaire, les m&#233;dias, les publics, les producteurs, les politiques, et par cons&#233;quent, plut&#244;t pour se rendre intelligibles que par conviction, &#233;galement par les &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce nom compos&#233;, &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;-de-baque-solto&lt;/i&gt;, contient et exprime en lui-m&#234;me sa duplicit&#233; intrins&#232;que dont les termes, pris s&#233;par&#233;ment, &#233;voquent deux pratiques tr&#232;s diff&#233;rentes. Ce composite ne peut pas ne pas &#233;voquer le trouble fondamental que connaissent les sujets de la &#171; double conscience &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'est une sensation bizarre, cette conscience d&#233;doubl&#233;e (double (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; th&#233;oris&#233;e par Du Bois (2007 : 11) et r&#233;actualis&#233;e par Gilroy (2003 : 174-175) o&#249; la perspective analytique parcourant une bonne partie des deux ouvrages, est l'esth&#233;tique en tant qu'&#171; expression culturelle &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 173), musicale notamment. Cette double conscience se constitue en g&#233;n&#233;ratrice des pratiques qui ont germ&#233; aux Am&#233;riques pour faire soci&#233;t&#233;, ayant ceci de particulier d'an&#233;antir toute forme de s&#233;paration radicale entre deux p&#244;les et de pr&#233;cis&#233;ment cultiver ces &#171; entre &#187; d&#233;boussolant la pens&#233;e eurocentr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#201;noncer &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; est d&#233;j&#224; &#233;voquer cette double conscience, car c'est associer deux pratiques et deux imaginaires dont l'historicit&#233; et la localit&#233; sont respectivement distanc&#233;es de trois si&#232;cles, et d'environ 80 km. La notion de &lt;i&gt;maracatu &lt;/i&gt; renvoie &#224; l'histoire des processions dans&#233;es et musiqu&#233;es des nations d'esclaves de Pernambuco, au cours desquelles ces derni&#232;res &#233;lisaient leur roi et reine sous l'&#339;il des autorit&#233;s politiques et religieuses. Elle d&#233;signe plus pr&#233;cis&#233;ment la spectacularisation post-abolition (Dantas, 1988) de cette pratique connue sous le nom de &#171; couronnement des rois congo &#187; &lt;i&gt;(Coroa&#231;&#245;es de reis Congos)&lt;/i&gt;, symbolisant et mat&#233;rialisant toujours la m&#233;moire des nations africaines d'esclaves dans le &lt;i&gt;Maracatu Na&#231;&#227;o&lt;/i&gt;. L'histoire projet&#233;e derri&#232;re l'&#233;nonc&#233; &lt;i&gt;&#171; maracatu &#187;&lt;/i&gt; n'est donc pas celle des prol&#233;taires de la canne &#224; sucre qui invent&#232;rent le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; en milieu rural et l'emmen&#232;rent, au gr&#233; des crises de l'industrie sucri&#232;re, &#224; Recife, o&#249; il finit par int&#233;grer le carnaval et s'y voir affubl&#233; d'un nom diffusant l'imaginaire et repr&#233;sentant l'exp&#233;rience d'un autre groupe social pernambucano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La notion de &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; lui est exclusive en revanche, et d&#233;signe son patron rythmique singulier. Bien que cette exception locale soit largement applaudie aujourd'hui, c'est bien la singularit&#233; m&#234;me de cette expression rythmique qui fit l'objet de discriminations par l'institution carnavalesque. Elle exigea en effet des nouveaux migrants ruraux qu'ils le calquent sur le mod&#232;le du &lt;i&gt;baque-virado&lt;/i&gt; (Guerra-Peixe, 1980 : 91 ; Real, 1990 : 81), rythmie propre au &lt;i&gt;Maracatu Na&#231;&#227;o&lt;/i&gt;. La notion de &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; contient les &#233;l&#233;ments portant son continuum propre, sa production sonore originale (la forme musicale) et ses modes d'ex&#233;cution (la pratique musicale). Malgr&#233; les diff&#233;rentes tentatives de nomination par les folkloristes, c'est elle que les praticiens ont retenue. Il s'agit alors de ne pas sous-estimer cette sorte de geste baptismal soulignant l'&#233;vocation d'une qualit&#233; sensible et technique (litt&#233;ralement &#171; frappe rapide &#187; et/ou &#171; l&#233;g&#232;re &#187;, ou encore &#171; lib&#233;r&#233;e, affranchie &#187;), et non plus des cat&#233;gories sociales, raciales ou ethniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le substantif &lt;i&gt;baque &lt;/i&gt; peut &#234;tre traduit usuellement par &#171; rythme &#187; mais concerne uniquement la sp&#233;cificit&#233; d'un jeu percussif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce sens, les termes portugais batida (battue), pancada (frappe) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il d&#233;signe plus pr&#233;cis&#233;ment ce qui se passe entre la premi&#232;re et la derni&#232;re frappe sur l'instrument avant que s'ouvre un autre cycle (un autre &lt;i&gt;baque&lt;/i&gt;). Il se divise en trois parties &#8211; introduction, milieu et finalisation &#8211; men&#233;es par le ma&#238;tre d'orchestre. &lt;i&gt;Solto &lt;/i&gt; connote la rapidit&#233; et la l&#233;g&#232;ret&#233;, mais l'adjectif (du verbe &lt;i&gt;soltar &lt;/i&gt; &#171; lib&#233;rer &#187;, &#171; d&#233;livrer &#187;) &#233;voque &#224; la fois quelque chose de l'ordre de l'agitation et du rel&#226;chement, une contradiction int&#233;ressante touchant &#224; l'inventivit&#233; et &#224; l'improvisation. Comme nous l'indique ici Guerra-Peixe, ce &lt;i&gt;baque &lt;/i&gt; se caract&#233;risait d&#233;j&#224; par les ph&#233;nom&#232;nes de &lt;i&gt;variations&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;maracatu-de-orquestra&lt;/i&gt; il n'y a qu'une seule &lt;i&gt;zabumba [bombo]&lt;/i&gt;. [&#8230;] Cette condition singuli&#232;re permet au musicien d'ex&#233;cuter des variations &#224; volont&#233;. De l&#224; le fait qu'ils appellent le &lt;i&gt;toque&lt;/i&gt; de cet esp&#232;ce de Maracatu &lt;i&gt;&#171; toque solto &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; baque solto &#187;&lt;/i&gt;. (1980 : 94).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces deux expressions prises s&#233;par&#233;ment &#233;voquent respectivement deux faces du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne, sa construction par les praticiens et sa construction institutionnelle et intellectuelle, mais elles distinguent aussi deux pratiques aux techniques diff&#233;rentes. &lt;i&gt;&#171; Maracatu &#187;&lt;/i&gt; incarne sa modalit&#233; la plus rigoureusement spectaculaire o&#249; ses modes de production et de socialisation s'op&#232;rent en fonction de la r&#233;ception plus ou moins attendue du public. Son dispositif est d'ailleurs un haut lieu du tourisme et du march&#233; de la culture menant in&#233;vitablement &#224; son insertion globale, puisqu'il s'agit du carnaval. &lt;i&gt;&#171; Baque-solto &#187;&lt;/i&gt; incarne une modalit&#233; plus locale, de l'entre soi et plus musicale &#8211; voire, musicienne &#8211; que spectaculaire, o&#249; ses modes de production et de socialisation s'op&#232;rent en fonction de la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;maracatuzeira&lt;/i&gt;, o&#249; la r&#233;ception est moins en jeu que la fabrique de l'art de faire. Son dispositif est plus intimiste mais non moins festif, puisqu'il s'agit de f&#234;tes organis&#233;es en milieu rural, les &lt;i&gt;sambadas de maracatu&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ne pas confondre avec le samba de maracatu, une autre pratique musicale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne peut pourtant pas dissocier ces deux modalit&#233;s de production, globale (carnaval) et locale &lt;i&gt;(sambadas)&lt;/i&gt;, car l'une sans l'autre n'&#233;voque pas tout ce qui constitue la pratique du &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; &#224; proprement parler. Le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; incite au contraire &#224; les penser ensemble, c'est-&#224;-dire penser leur contraction, le &lt;i&gt;&#171; glocal &lt;/i&gt; &#187; (Robertson, 1995). Dans ces deux modalit&#233;s, l'enjeu est bien de &#171; se faire un nom &#187; ou &#171; jouer son nom &#187; : pour ce faire, les groupes et les individus tissent ensemble les enjeux de leur personnalit&#233; et ceux de leur capacit&#233; &#224; exprimer la tradition, entendue ici comme l'ensemble des techniques, des repr&#233;sentations, et des pratiques de reconnaissance constituant le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; dans la successivit&#233; du temps, et partag&#233;e par l'ensemble des experts formant la communaut&#233; des &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;. C'est aussi la question de l'invention dans les limites de la tradition, et des seuils de transgression collectivement admis. Le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; nous invite ainsi &#224; penser non pas sa dualit&#233; (l'un ou l'autre) mais sa duplicit&#233; (l'un et l'autre). Celle-ci, identifiable tant dans ses modes de sociabilit&#233;s que dans sa production sonore et plus g&#233;n&#233;ralement esth&#233;tique, nous embarque sur les routes de la cr&#233;olisation. &#192; travers ces deux modalit&#233;s apparemment oppos&#233;es qui connaissent &#224; leur tour diverses configurations, il convient maintenant d'appr&#233;hender ses traductions sonores et logiques d'interaction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Jouer (de) ses doubles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; tel qu'on peut l'entendre aujourd'hui dans l'&#201;tat de Pernambuco, conna&#238;t deux formes d'expression diff&#233;rentes, dans le carnaval ou les &lt;i&gt;sambadas&lt;/i&gt;. Cependant, au sein de ces diff&#233;rentes modalit&#233;s, la formation et l'ex&#233;cution instrumentales &#8211; vocales &#224; part &#8211; ne changent pas. La structure rythmique &lt;i&gt;&#171; baque-solto &#187;&lt;/i&gt; reste identifiable de l'une &#224; l'autre. En r&#233;alit&#233;, c'est l'objet de la pratique qui change selon le contexte dans lequel elle est r&#233;alis&#233;e. On peut d&#233;finir cet enjeu en terme de mode de socialisation r&#233;alis&#233; par des techniques et des modalit&#233;s de l'action pr&#233;cises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pendant le carnaval, le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; joue selon deux dispositifs : au milieu de l'&#233;volution chor&#233;graphique des personnages au sol, ou depuis une sc&#232;ne, amplifi&#233;e ou non, selon l'&#233;quipement technique de la ville h&#244;te. La section percussion d&#233;marre son introduction toujours seule, puis, le ma&#238;tre initie ou ach&#232;ve le &lt;i&gt;baque &lt;/i&gt; &#224; l'aide de la &lt;i&gt;bengala&lt;/i&gt;, b&#226;ton marquet&#233; ou en m&#233;tal et de l'&lt;i&gt;apito &lt;/i&gt; (sifflet) dont les coups habillent le &lt;i&gt;baque &lt;/i&gt; ou pr&#233;figurent ses improvisations solo. L'orchestre d&#233;chiffre ces signes avisant la composition et la m&#233;lodie des po&#232;mes &#224; venir : &lt;i&gt;marchas &lt;/i&gt; (quatre vers), &lt;i&gt;samba-em-seis&lt;/i&gt; (en six vers) ou &lt;i&gt;samba-em-deis&lt;/i&gt; (en dix vers avec reprise sur le sixi&#232;me), &lt;i&gt;samba-curto&lt;/i&gt; (&#171; court &#187;, en six vers &#171; sachant que le premier vers peut avoir quatre syllabes au lieu de sept &#187;, Santos &amp; Resende, 2005 : 31) et &lt;i&gt;galopes &lt;/i&gt; (en six vers avec reprise sur le deuxi&#232;me). C'est dans la reprise &lt;i&gt;(amarra&#231;&#227;o)&lt;/i&gt; au milieu des &lt;i&gt;sambas &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;galopes&lt;/i&gt;, ou bien apr&#232;s la premi&#232;re phrase d'une &lt;i&gt;marcha &lt;/i&gt; s'il s'agit d'une &lt;i&gt;marcha miudinha &lt;/i&gt; (deux vers) ou &#224; la fin d'une &lt;i&gt;marcha &lt;/i&gt; commune, que le ch&#339;ur intervient en r&#233;p&#233;tant les deux derni&#232;res phrases de l'improvisateur. G&#233;n&#233;ralement, c'est le &lt;i&gt;contramestre &lt;/i&gt; qui r&#233;pond, mais selon les groupes, quelques &lt;i&gt;Baianas &lt;/i&gt; peuvent l'accompagner avec des voix nasales, aigu&#235;s et r&#226;p&#233;es, des timbres valoris&#233;s. Les musiciens reprennent &#224; la fin de chaque s&#233;quence et entament de nouveau, au signal du ma&#238;tre, &lt;i&gt;marchas, sambas&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;galopes&lt;/i&gt;. Le ma&#238;tre et le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; jouent en alternance du d&#233;but &#224; la fin : en somme, le ma&#238;tre chante toujours &lt;i&gt;a capella&lt;/i&gt;. Mais on se trouve bien dans la configuration du chant responsorial ou la technique de l'antiphonie (appel/r&#233;ponse), commune &#224; de nombreuses formes musicales populaires n&#233;es dans l'Atlantique noir, &#224; travers laquelle Paul Gilroy voit notamment la &#171; cl&#233; herm&#233;neutique de tout l'assortiment des pratiques artistiques noires &#187; (2003 : 112) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La pratique de l'antiphonie renferme un moment d&#233;mocratique et communautaire qui symbolise et qui pr&#233;figure (sans les garantir) de nouvelles relations sociales affranchies du rapport de domination. Les limites entre le Moi et l'Autre s'estompent et des formes particuli&#232;res de plaisir se cr&#233;ent, gr&#226;ce aux rencontres et aux conversations qui s'&#233;tablissent entre plusieurs identit&#233;s raciales incompl&#232;tes et bris&#233;es. L'antiphonie est la structure qui abrite ces rencontres essentielles. (Gilroy, 2003 : 113)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;terno&lt;/i&gt;, dans ces deux dispositifs carnavalesques, qu'il soit sur sc&#232;ne ou dans la rue au milieu des &lt;i&gt;brincantes&lt;/i&gt;, souligne l'activit&#233; de l'ensemble du groupe plut&#244;t que sa performance musicale. Au sol, il est toujours au milieu des personnages qu'on peut diviser en quatre sous-groupes, les &lt;i&gt;Caboclos&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Baianas&lt;/i&gt;, le couple royal, et quatre personnages burlesques dont le r&#244;le est de fendre la foule pour ouvrir le passage (Catirina, Mateus, Burra Calu, et beaucoup plus rarement, Ca&#231;ador). Le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; est le seul &#224; ne pas se vouer aux circonvolutions en forme de huit caract&#233;ristiques de l' &#171; &#233;volution &#187; &lt;i&gt;(evolu&#231;&#227;o)&lt;/i&gt; des personnages, puisque c'est eux qui tournent autour de lui. Le ma&#238;tre d'orchestre dirige le ma&#238;tre Caboclo qui dirige &#224; son tour l'ensemble des sous-groupes, d&#233;finit leur trajectoire et le temps de jeu avant d'arr&#234;ter l'&#233;volution, pour commencer &#224; chanter. Pendant ce temps, le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; suit l'ensemble dans une seule direction, &#224; petits pas dans&#233;s, puis s'immobilise lorsque c'est au ma&#238;tre de chanter. Les personnages s'assoient alors sur leurs pieds ou sur une jambe, dans une position d'&#233;coute : le &lt;i&gt;terno&lt;/i&gt;, debout, les domine et le ma&#238;tre, en porte-parole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On doit souligner la mise en sc&#232;ne de son r&#244;le de porte-parole. &#192; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, improvise. Quand le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; joue depuis une sc&#232;ne en revanche, l'&#233;volution ne change pas mais la relation entre le ma&#238;tre d'orchestre et le ma&#238;tre des Caboclos est coup&#233;e. Le cort&#232;ge se voit ainsi contraint d'&#233;voluer tout pr&#232;s de la sc&#232;ne, ce qui rend la pratique plus statique et annule les occasions de contacts avec les publics, pourtant sources des improvisations du ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le public du carnaval est moins un public d'auditeurs qu'un public de spectateurs venus admirer l'&#233;volution chor&#233;graphique et les costumes des diff&#233;rents personnages en sc&#232;ne. Dans ces deux dispositifs, c'est le spectacle de la &#171; nation &#187; dans&#233;e et musiqu&#233;e qui est mis en valeur bien plus que la seule performance musicale, d'autant plus que la comp&#233;tition, &#224; Recife notamment, doit donner &#224; voir les groupes &#224; l'acm&#233; de leurs performances, au sens qualitatif, mais surtout quantitatif du terme. Or, si du point de vue des danseurs, des spectateurs, du jury de la comp&#233;tition et des directeurs de groupes, voire des touristes selon leur degr&#233; de connaissance du ph&#233;nom&#232;ne, un &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; d&#233;filant dans la rue est forc&#233;ment &#171; complet &#187;, du point de vue des musiciens en revanche, et du ma&#238;tre en particulier, il manque un &#233;l&#233;ment de taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cet &#233;l&#233;ment est de taille puisqu'il constitue le &#171; sens musical &#187; du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, et selon plusieurs t&#233;moignages, sa raison historique : il s'agit du second ma&#238;tre avec lequel le premier est cens&#233; &#233;laborer une joute d'improvisation po&#233;tique. Aucune joute d'improvisation n'est audible pendant la modalit&#233; carnavalesque. Le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; y est r&#233;duit &#224; sa structure &#233;l&#233;mentaire : le &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; qui bat, le ma&#238;tre qui improvise (et encore, ce n'est pas toujours le cas puisqu'il arrive qu'un ma&#238;tre reprenne des &lt;i&gt;toadas &lt;/i&gt; qu'il a d&#233;j&#224; chant&#233;es) et le contrema&#238;tre qui lui r&#233;pond, comme s'ils ne faisaient qu'ornementer le spectacle, remplir des plages sonores plut&#244;t que les construire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est pourtant ce qu'ils font par d&#233;finition, puisque le ma&#238;tre improvise. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela dit, et c'est ici que l'&#233;l&#233;ment dynamique de la tradition musicale serait le plus vif, les joutes d'improvisation ont leur propre espace dans les &lt;i&gt;sambadas&lt;/i&gt;. L&#224;, le &lt;i&gt;&#171; maracatu &#187;&lt;/i&gt; dispara&#238;t au profit du &lt;i&gt;&#171; baque-solto &#187;&lt;/i&gt; en tant qu'il est le produit d'une histoire et la manifestation d'une esth&#233;tique singuliers. Les &lt;i&gt;sambadas &lt;/i&gt; sont des f&#234;tes informelles r&#233;alis&#233;es en zone rurale, souvent dans d'anciennes plantations de cannes &lt;i&gt;(engenhos)&lt;/i&gt;, dans la rue ou des espaces constituant les si&#232;ges des groupes. La spectacularit&#233; comprise comme (sur)production d'objets (dispositifs technologiques, costumes, accessoires&#8230;) pens&#233;s en fonction de la pr&#233;sence de spectateurs &#8211; moins d'auditeurs &#8211; et des logiques de l'&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt;, dispara&#238;t, mais pas la spectacularit&#233; entendue comme (sur)production de techniques (corporelles, de communication). Les autres sous-groupes de personnages incarnant la notion de &lt;i&gt;&#171; maracatu &#187;&lt;/i&gt; ne sont pas pr&#233;sents en tant que tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il en existe l&#224; aussi plusieurs types : les &lt;i&gt;sambadas-p&#233;-de-barraca&lt;/i&gt; sont destin&#233;es &#224; la r&#233;p&#233;tition du groupe en vue d'une prochaine prestation (carnaval ou sc&#232;nes &#233;v&#233;nementielles diverses), o&#249; le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, sc&#233;nographie &#224; part, &#233;volue dans des conditions similaires &#224; ses prestations carnavalesques ; les &lt;i&gt;sambadas-p&#233;-de-parede&lt;/i&gt; sont elles enti&#232;rement consacr&#233;es au grand &#233;v&#233;nement que constitue le &lt;i&gt;desafio&lt;/i&gt;, la joute d'improvisation po&#233;tique chant&#233;e et musiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'expression &lt;i&gt;&#171; p&#233;-de-parede &#187;&lt;/i&gt;, litt&#233;ralement &#171; au pied du mur &#187;, connote le caract&#232;re &#171; fait maison &#187; &#233;voquant un certain entre soi faisant sens dans l'&#233;v&#233;nement. Contrairement &#224; la modalit&#233; carnavalesque, il y a tr&#232;s peu de touristes qui y assistent, et si oui ils ont d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233; un certain int&#233;r&#234;t pour elles ou en connaissent la plupart des codes. Le public se constitue ainsi essentiellement de &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; ou de coll&#232;gues, voisins et amis. On y retrouve g&#233;n&#233;ralement l'ensemble de la communaut&#233; musicienne de la Zona da Mata Norte impliqu&#233;e dans les formes musicales locales &lt;i&gt;(coco, coco-de-embolada, ciranda, cavalo-marinho, frevo, bai&#227;o, cantoria, forr&#243;-p&#233;-de-serra)&lt;/i&gt;, les musiciens &#233;tant tr&#232;s souvent sp&#233;cialistes de plusieurs traditions musicales locales. Le public se compose donc en majorit&#233; d'experts de la tradition et d'auditeurs avertis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au pied de ce mur, on trouve deux ma&#238;tres, l'un en face de l'autre, chacun tournant le dos &#224; son &lt;i&gt;terno &lt;/i&gt; sans &#234;tre fig&#233; dans sa position, parfois sur une estrade qui peut &#234;tre amplifi&#233;e. L'&#233;change d&#233;marre sur la m&#234;me structure musicale que dans sa modalit&#233; carnaval, &#224; ceci pr&#232;s que rien ne se passe sans qu'il ne s'agisse de la cons&#233;quence de la r&#233;ponse, par d&#233;finition impr&#233;dictible, de l'autre. Le moteur de l'expression est donc l'&#233;change et la relation que deux sujets sont en train de tisser, les ma&#238;tres bien s&#251;r mais aussi les musiciens qui luttent pour le &lt;i&gt;baque &lt;/i&gt; le mieux battu. Le public constitue un auditoire tout concentr&#233; sur le contenu et la forme de ce qui va &#234;tre dit mais c'est un auditoire original parce qu'il danse et s'exprime oralement, au contraire des prestations carnavalesques o&#249; il reste plant&#233; sur des gradins ou amalgam&#233; en masse indiff&#233;renci&#233;e derri&#232;re des s&#233;parateurs, jouant ainsi le r&#244;le qu'on lui assigne. On y observe aussi des joutes entre danseurs qui rivalisent d'endurance et d'imagination gestuelle. Bref, le public ici est au contraire un participant actif sur tous les plans, mais il est appel&#233; &#224; r&#233;pondre en fonction de la suite des &#233;v&#233;nements. Tous connaissant bien la tradition &lt;i&gt;maracatuzeira &lt;/i&gt; et ses codes, tout l'enjeu repose sur les modalit&#233;s de leur transgression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par ailleurs, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; d&#233;ploie dans sa configuration carnavalesque ses capacit&#233;s &#224; s'adapter aux logiques globales de la soci&#233;t&#233; du spectacle qui, depuis son &#233;mergence, n'ont cess&#233; de se transformer, du point de vue technologique et de l'intensification de ses &#233;changes avec la soci&#233;t&#233; pernambucana, br&#233;silienne, et m&#234;me, &#233;trang&#232;re. Les groupes aujourd'hui produisent des disques, rencontrent des artistes avec lesquels ils collaborent, s'initiant dans le domaine de la professionnalisation dont ils ne d&#233;tiennent pas encore tous les codes ni les instruments, vu la difficult&#233; de leur acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation. Mais dans ce circuit &#233;largi de relations pour lequel il doit rester s&#233;duisant et intelligible, il n'a pour autant aucun int&#233;r&#234;t &#224; perdre sa singularit&#233; esth&#233;tique, condition de sa contribution au carnaval et &#224; la vari&#233;t&#233; des expressions pernambucanas. Le carnaval est en quelque sorte son conservatoire. Dans sa modalit&#233; &lt;i&gt;sambada &lt;/i&gt; il d&#233;ploie au contraire ses capacit&#233;s &#224; explorer sa singularit&#233; au moyen d'une transgression subtile de la tradition, dans un r&#233;seau de relations plus restreint, mais qui ne peut se r&#233;aliser sans une perspective critique des experts locaux. Si elle caract&#233;rise l'espace de la singularit&#233; de son mode de production du sensible, elle n'en est pas moins aux prises avec la diversit&#233; in&#233;vitable engendr&#233;e par cette critique, la personnalit&#233; des ma&#238;tres, et le caract&#232;re exploratoire de l'&#233;v&#233;nement. Les &lt;i&gt;sambadas &lt;/i&gt; sont son laboratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans ces diff&#233;rentes modalit&#233;s, le &lt;i&gt;baque &lt;/i&gt; reste un lien structurel int&#233;ressant. Cette notion musico-logique pourrait mat&#233;rialiser tant sa rythmicit&#233; que sa diversit&#233; qui, produites et n&#233;goci&#233;es ensemble, &#233;clairciraient sa cr&#233;olisation &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;R&#233;aliser sa singularit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu ici est de montrer les modalit&#233;s de production du divers et du rythme sp&#233;cifiques au &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, non pas pour poser des cat&#233;gories mais pour d&#233;plier deux caract&#233;ristiques essentielles au ph&#233;nom&#232;ne. L'approche en terme de rythme et de divers pourra appara&#238;tre &#233;vidente, surtout pour un ph&#233;nom&#232;ne musical, et en particulier br&#233;silien. Mais la sp&#233;cificit&#233; du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; donne &#224; comprendre pertinemment leur articulation, induisant une approche de l'exp&#233;rience esth&#233;tique non d&#233;solidaris&#233;e de ses transformations dans le temps, consciente de sa diversit&#233; primordiale, et de son pouvoir de mat&#233;rialiser des modes de relations sociales et de traduire des processus de socialisation. Il permet de comprendre la pertinence de la notion de cr&#233;olisation pour l'appr&#233;hension des pratiques (et de la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;) et des esth&#233;tiques (et de l'&lt;i&gt;aisthesis&lt;/i&gt;), soulev&#233;e tant par des anthropologues (Ortiz, 1991 ; Mintz &amp; Price, 1992 ; Mignolo, 1995), que des po&#232;tes (Glissant, 1990 ; Ben&#237;tez-Rojo, 1998, 2006). Il s'agit d'observer comment les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; portent leur pratique et sa manifestation singuli&#232;re, dont l'analyse ne reviendra pas tout &#224; fait &#224; une analyse musicale (encore moins musicologique), mais s'approchera davantage de la perspective d'une anthropologie de l'esth&#233;tique &#233;largie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;La &#171; Plantation &#187; &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, assises d'un &#171; chaos-monde &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On ne peut pas ne pas interroger les similarit&#233;s du contexte sociohistorique et local du Pernambuco et particuli&#232;rement de la Zona da Mata Norte, avec celui des Cara&#239;bes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; &#233;merge apr&#232;s l'abolition de l'esclavage, sur les plantations de cannes actives depuis 1539 (Ribeiro, 1978 : 9) dans la r&#233;gion. La rencontre entre l'Indien, l'Africain et l'Europ&#233;en &#233;tait donc d&#233;j&#224; consomm&#233;e et la &lt;i&gt;brasilidade&lt;/i&gt;, ceinte dans le caract&#232;re anthropophage des pratiques dont le Nordeste br&#233;silien reste l'ic&#244;ne (Albuquerque J&#250;nior, 2006), ne peut lui &#234;tre amput&#233;e tant elle posa probl&#232;me &#224; ses premiers observateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une p&#233;riode comprise entre 1940 et 1970, Ferreira (1946), Oliveira (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Outre les sp&#233;culations sur ses diverses interpr&#233;tations symboliques et origines ethniques, il s'agit d'une tradition invent&#233;e en tant que telle au tournant du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, incompr&#233;hensible sans la prise en compte de l'h&#233;ritage des logiques coloniales et esclavagistes, de leur violence psychologique et des rapports de domination articul&#233;s autour de l'&#233;conomie sucri&#232;re. Cet h&#233;ritage est reconduit dans les logiques industrielles de la production du sucre, ses cons&#233;quences socio&#233;conomiques et &#233;cologiques, dont l'exp&#233;rience quotidienne est chant&#233;e dans les &lt;i&gt;toadas &lt;/i&gt; des &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;. On l'a vu, l'histoire de la plantation a model&#233; esth&#233;tiquement et formellement le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, structur&#233; sa formation et structure encore ses devenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien que la Zona da Mata Norte soit caract&#233;ris&#233;e par la ruralit&#233; et la st&#233;rilisation des terres engendr&#233;e par leur surexploitation, ses habitants ne sont pas tout &#224; fait &#233;trangers au &#171; peuple des eaux &#187; (Ben&#237;tez-Rojo, 2006 : 16-17)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans The repeating Island, &#8220;le peuple des eaux&#8221; (The People of the Sea) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont il n'est pas si &#233;loign&#233; g&#233;ographiquement. Les travailleurs de la canne utilisaient les nombreuses rivi&#232;res pour commercer jusqu'aux embouchures proches de Recife, caract&#233;ris&#233;es par l'&#233;cosyst&#232;me de la mangrove, une autre condition archip&#233;lique. Biotope symbole de la r&#233;g&#233;n&#233;ration sur place, en acte et permanente, par la circulation et la rencontre des eaux &#8211; o&#249; dans le trouble de la boue et l'odeur f&#233;tide des organismes en d&#233;composition se r&#233;alise en fait la fertilisation et la re-germination de ce qui, apr&#232;s le choc primordial, &#233;tait vou&#233; &#224; mourir &#8211; elle a inspir&#233; aux penseurs de la transculturation et de la cr&#233;olisation de quoi forger le paradigme de la liquidit&#233; comme &#171; nouveau &#187; processus d'interrelation (de socialisation), bien avant les paradigmes socio-&#233;conomiques des th&#233;ories du global et de la mondialisation. Il n'est pas &#233;tonnant que les principaux acteurs pernambucanos de la musique globale et/ou industrielle r&#233;unis sous la banni&#232;re du &#171; mouvement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ethnomusicologue Carlos Sandroni (2009 : 64) remet en question l'&#233;tiquette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Mangue Beat&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;C&#234;na Mangue&lt;/i&gt; engag&#233; dans les ann&#233;es 1990, aient pris la mangrove pour m&#233;taphore, et les sonorit&#233;s du &lt;i&gt;baque solto&lt;/i&gt; comme composant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1991, en divers coins de la ville, un laboratoire de recherche et de production d'id&#233;es pop a commenc&#233; &#224; surgir. L'objectif &#233;tait d'engendrer un &#171; circuit &#233;nerg&#233;tique &#187; capable de connecter les bonnes vibrations de la mangrove avec le r&#233;seau mondial de circulation des concepts pop. Image-symbole : une antenne parabolique plant&#233;e dans la boue.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le premier manifeste du Mangue Beat, Caranguejos com c&#233;r&#233;bro (&#171; Des crabes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les m&#234;mes, notamment le groupe Chico Science &amp; Na&#231;&#227;o Zumbi, qui ont op&#233;r&#233; aux premiers gestes de d&#233;placement du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, pourtant si local et rural, &#224; l'int&#233;rieur d'une musique &#171; pop &#187; urbaine et globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De plus, la soci&#233;t&#233; pernambucana est reconnue pour la grande vitalit&#233; de sa cr&#233;ativit&#233; artistique et, notamment &#171; populaire &#187;, qu'elle soit incarn&#233;e par le nombre &#233;lev&#233; des formes locales dites traditionnelles ou folkloriques, ou par lesdites &#171; nouvelles musiques &#187; comme le &lt;i&gt;Mangue Beat&lt;/i&gt; ou la production d'artistes que l'industrie musicale et les grands distributeurs labellisent par &#171; M&#250;sica Popular Brasileira &#187; (MPB) (comme Lenine), ou &#171; musiques du monde &#187; (comme Renata Rosa, Mestre Ambr&#243;sio, Ant&#244;nio N&#243;brega, Siba e a Fuloresta do Samba, Maciel Sal&#250; e o Terno do Terreiro, Silverio Pessoa&#8230;), des artistes qui ont tous travaill&#233; &#224; un moment donn&#233; &#224; partir des sp&#233;cificit&#233;s musicales du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir une discographie non exhaustive en fin d'article.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Diversit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;maracatu-de-orquestra&lt;/i&gt; ne nous paraissent rien d'autre que le m&#233;lange &lt;i&gt;(mistura)&lt;/i&gt; ou la fusion &lt;i&gt;(fus&#227;o)&lt;/i&gt; d'&#233;l&#233;ments pris aux anciens &lt;i&gt;maracatus &lt;/i&gt; de Recife, et &#224; ceux originaires de localit&#233;s diverses de l'&#201;tat de Pernambuco, en tous cas musicalement, cela s'&#233;claircit-il. (Guerra-Peixe, 1980 : 98)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; est n&#233; divers et de la diversit&#233; locale, mais la litt&#233;rature folkloriste qui suit l'une des seules analyses musicologiques qui en ait &#233;t&#233; faite jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'a d&#233;crit &#224; travers une s&#233;mantique du m&#233;tissage stigmatisante. Il aurait amalgam&#233; (&lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; usurp&#233;) des patrons rythmiques d&#233;j&#224; existants comme le &lt;i&gt;bai&#227;o&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;frevo&lt;/i&gt;, et la &lt;i&gt;marcha &lt;/i&gt; (militaire) (Guerra-Peixe, 1980 :103). Or, comme le signalent Santos &amp; Resende, ni &lt;i&gt;bai&#227;o&lt;/i&gt;, ni &lt;i&gt;frevo &lt;/i&gt; ne sont plus audibles dans le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; aujourd'hui (2005 :31). Et il n'y a jamais eu non plus de &lt;i&gt;marcha&lt;/i&gt; sans qu'elle y soit jou&#233;e &lt;i&gt;&#171; solta &#187;&lt;/i&gt;. Pour illustrer les n&#233;gociations entre ses assises musicales et ses mutations, on peut utiliser la notion de &#171; cr&#233;olisation musicale &#187; que l'ethnomusicologue Monique Desroches (1992) a pens&#233;e &#224; partir de pratiques antillaises. Pour elle, la &#171; cr&#233;olisation musicale &#187; est la r&#233;sultante de quatre principaux processus de transformation : 1) suppression ou addition d'&#233;l&#233;ments musicaux par rapport &#224; un bloc d'origine qui, lui, est rest&#233; inchang&#233; ; 2) transformation d'&#233;l&#233;ments ; 3) changement dans la finalit&#233; de l'&#233;v&#233;nement ; 4) cr&#233;ation enti&#232;rement nouvelle (Desroches, 1992 : 6). Dans le cas du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, ces processus &#224; l'&#339;uvre sont fortement orient&#233;s par ses deux modalit&#233;s d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Premi&#232;rement, entre le peu d'archives dont nous disposons et ce qu'on peut entendre aujourd'hui, des changements se sont bien produits dans &#171; la facture instrumentale et les modalit&#233;s d'en jouer &#187;, ayant donn&#233; naissance &#224; une rythmie et des timbres nouveaux qu'on ne retrouve ni en Afrique, ni au Portugal, ni au Br&#233;sil : le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; lui-m&#234;me. C'est pourquoi, comme le &lt;i&gt;b&#233;l&#232; &lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;gwoka &lt;/i&gt; pour la Martinique et la Guadeloupe selon elle, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; pourrait &#234;tre &#171; le(s) plus rep&#233;sentatif(s) du processus d'identification culturelle, [pernambucano] d'abord, [local] ensuite &#187; (Desroches, 1992 : 12), mais peut-&#234;tre pas br&#233;silien. En effet, les rares formes r&#233;cemment &#233;closes dans le Pernambuco et dont on ne trouve pas de variations locales, comme le &lt;i&gt;frevo &lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;caboclinho&lt;/i&gt;, r&#233;introduisent de l'ib&#233;ricit&#233; et de l'indianit&#233; dans la polarit&#233; afro-europ&#233;enne largement diffuse dans l'approche des formes musicales br&#233;siliennes, et dont le &lt;i&gt;samba &lt;/i&gt; reste, hors Br&#233;sil, la repr&#233;sentation absolue. Et rappelons ici que l'erratisme propre &#224; la Relation chez Glissant est impossible s'il n'a que deux variables (1996 : 85). Il est n&#233; impr&#233;gn&#233; d'autres traditions locales pratiqu&#233;es &#224; l'&#233;poque en zone rurale, mais pas seulement des formes dites noires ou afro caract&#233;ris&#233;es par un ensemble de percussions, la polyrythmie, la syncope et le syst&#232;me de chant en appel/r&#233;ponse comme dans les &lt;i&gt;cambindas&lt;/i&gt;, con&#231;ues par plusieurs auteurs (Brand&#227;o, 1957 ; Real, 1990 ; Guerra-Peixe, 1980) comme son anc&#234;tre direct, la version locale rurale des &#171; nations africaines &#187; de Recife. En effet, un autre mod&#232;le vocal, celui de la &lt;i&gt;cantoria &lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;repente &lt;/i&gt; pour l'improvisation chant&#233;e, y ont tout autant d'importance. La performance vocale dans la configuration des joutes diffuse un imaginaire ib&#233;rique voire occitan, incarnant pr&#233;cis&#233;ment la musicalit&#233; nordestine (Santos, 2006 : 16) au Br&#233;sil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le film Saudade do Futuro, qui a connu un immense succ&#232;s, revient sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'h&#233;ritage africain n'est d'ailleurs pas mis en avant comme racine embryonnaire par les &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;, bien qu'il soit &#233;nonc&#233; et valoris&#233;. Ils n'ont pas c&#233;d&#233; &#224; la logique analytique afrocentr&#233;e de ses d&#233;buts, dont le texte &#171; Xang&#244;s et Maracatus &#187; de Roger Bastide, reste un exemple flagrant (1995 : 198-201, 212). Par l&#224;, ces paysans de la canne pr&#233;caris&#233;s &#224; tous les niveaux, montrent qu'ils pratiquaient d&#233;j&#224; une certaine forme de cr&#233;olisation. En effet, &#224; la diversit&#233; instrumentale visible et audible, s'ajoute la sp&#233;cificit&#233; du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; faisant qu'aucun timbre suppos&#233;ment &#171; ethnique &#187; (africain par le &lt;i&gt;gongu&#234; &lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;porca &lt;/i&gt; ; europ&#233;en par les cuivres et le jeu sur le &lt;i&gt;tarol&lt;/i&gt; connotant la fanfare militaire ; indien par le &lt;i&gt;mineiro&lt;/i&gt;) ne domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En ce qui concerne la &#171; transformation d'&#233;l&#233;ments &#187; (2) (Desroches, 1992), Guerra-Peixe notait la disparition d'instruments en &#171; bois, corde et peau &#187; dans les groupes qu'il observait, o&#249; d&#233;j&#224; &#171; toutes les percussions [&#233;taient] en m&#233;tal &#187; (1980 : 101). Les t&#233;moignages des praticiens sont quant &#224; eux franchement vari&#233;s, certains affirment que tout aurait commenc&#233; au milieu d'une ronde avec deux chanteurs fa&#231;on &lt;i&gt;cantoria&lt;/i&gt;, joutant en s'accompagnant d'une guitare &lt;i&gt;(viola)&lt;/i&gt;, d'autres &#233;voquent la formation al&#233;atoire et progressive d'un orchestre, puisque tout aurait commenc&#233; avec les seules voix et le son des cloches de bouviers que les paysans allaient faire sonner pour aum&#244;ne devant les maisons des riches propri&#233;taires en vue du carnaval &#224; venir. L'introduction des voix f&#233;minines &#224; la r&#233;ponse daterait des ann&#233;es 1970, moment o&#249; des femmes viennent substituer les hommes qui incarnaient jusqu'alors les personnages f&#233;minins des &lt;i&gt;Baianas&lt;/i&gt;. On comprend avec ces seuls exemples que l'histoire de sa formation instrumentale reste encore &#224; faire mais qu'il est vain de chercher &#224; en trouver une origine primordiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quant au &#171; changement dans la finalit&#233; de l'&#233;v&#233;nement &#187; (3) (Desroches, 1992), la plus grosse op&#233;ration est imputable &#224; la FCP et &#224; la Commission Carnavalesque de Pernambuco projetant pour la premi&#232;re fois le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; hors de son r&#233;seau local restreint. Au fur et &#224; mesure des ann&#233;es, il est devenu une forme musicale embl&#233;matique de la singularit&#233; culturelle pernambucana largement utilis&#233;e par les circuits touristiques et les politiques culturelles visant l'exaltation de la richesse culturelle locale, &#224; l'&#233;chelle f&#233;d&#233;rale et internationale. Structurellement, son passage &#224; la sc&#232;ne hors du dispositif carnavalesque a r&#233;duit les tours de chants, et, avec l'introduction de th&#233;matiques impos&#233;es comme enjeux de l'improvisation po&#233;tique solo ou en &lt;i&gt;desafio&lt;/i&gt;, le dispositif de contraintes pour l'improvisateur est radicalement transform&#233;. Ce passage &#224; la sc&#232;ne, cela dit, expose encore rarement ces joutes, comme si cette modalit&#233; n'&#233;tait pas encore audible pour un public &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, comme si la rue et un public restreints s'y pr&#234;taient mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, bien que hyper-local et hyper-rural, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; est aujourd'hui au c&#339;ur du ph&#233;nom&#232;ne de &#171; cr&#233;ation enti&#232;rement nouvelle &#187; (4) (ibid.). De nombreux sociologues et ethnomusicologues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bezerra (2006) utilise le paradigme de l'anthropophagie, Tesser (2008) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont livr&#233; des travaux relativement r&#233;cents sur l'&#233;closion du ph&#233;nom&#232;ne &lt;i&gt;Mangue Beat&lt;/i&gt; sans pour autant &#233;voquer la notion de cr&#233;olisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rejane Calazans (2008:183) parle de &#8220;crouliza&#231;&#227;o&#8221; &#224; partir de la d&#233;finition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; mal accueillie par les postcolonial studies aux &#201;tats-Unis (Benoist, 1996 : 15-16) mais beaucoup mieux au Br&#233;sil &#224; travers notamment les po&#232;tes francophones (Reis, 2009 : 89-90). Serait-ce parce que la &#171; Relation &#187; au Br&#233;sil s'est r&#233;alis&#233;e ? La production de la sc&#232;ne Mangue caract&#233;ris&#233;e, selon les mots de Chico Science, par la mise en contact de la &#171; musique r&#233;gionale &#187; (&lt;i&gt;ciranda, frevo, maracatu&#8230; de raiz, i.e. &lt;/i&gt; &#171; de la racine &#187;) et d'une &#171; vision pop mondiale &#187; (&lt;i&gt;funk, hip-hop, soul, punk, new-wave et heavy metal, in &lt;/i&gt; Souza, 2001 : 1-3), mais aussi celle des artistes cit&#233;s plus haut cat&#233;goris&#233;s en MPB ou musiques du monde, sont le r&#233;sultat in&#233;dits de la cr&#233;ativit&#233; &#224; l'&#339;uvre dans cette cr&#233;olisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Depuis une trentaine d'ann&#233;es donc, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; fait l'objet d'exp&#233;rimentations musicales, mais souvent &#224; l'initiative de musiciens ayant &#233;tudi&#233; &#224; l'universit&#233; ou en conservatoire et s'&#233;tant d&#233;plac&#233;s en zone rurale. Or, la trajectoire inverse est beaucoup plus rare. Les ma&#238;tres de &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; porteurs d'une longue exp&#233;rience de la tradition apprise par observation, r&#233;p&#233;tition et imitation sans th&#233;orie ni m&#233;thodologie syst&#233;matis&#233;es, font rarement la d&#233;marche inverse, manque de moyens logistiques et &#233;conomiques oblige. Cependant, Mestre Z&#233; Duda, ma&#238;tre du groupe Maracatu Estrela de Ouro de Alian&#231;a vient de d&#233;roger &#224; la r&#232;gle. Il partage et la sc&#232;ne et l'affiche aux c&#244;t&#233;s de Jorge Mautner, c&#233;l&#232;bre compositeur-musicien-interpr&#232;te (cat&#233;goris&#233; MPB) br&#233;silien, gr&#226;ce &#224; un projet initi&#233; en 2009, &lt;i&gt;Kaosnavial&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce projet a &#233;t&#233; id&#233;alis&#233; par Afonso Oliveira, producteur du groupe et Jorge (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, contraction de &lt;i&gt;caos &lt;/i&gt; (chaos) et &lt;i&gt;canavial &lt;/i&gt; (plantation de canne), reflet s'il en est de la th&#233;matique qui nous occupe ici. Jorge Mautner est connu pour avoir compos&#233;, avec Nelson Jacobina, la chanson &#171; Maracatu At&#244;mico &#187; pour Gilberto Gil en 1972, tube national repris par d'innombrables musiciens et groupes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;couter sur des serveurs en acc&#232;s libre plus de 18 versions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; dont bien s&#251;r Chico Science et Na&#231;&#227;o Zumbi qui en ont enregistr&#233; des versions &#171; atomic &#187;, &#171; trip-hop &#187;, et &#171; ragga &#187; &#8211; et pour s'&#234;tre int&#233;ress&#233; dans divers essais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kaos, 1963 Martins Editora ; Fundamentos do Kaos, Ched Editora, r&#233;&#233;dit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la notion de &#171; chaos &#187; avec un K, d&#233;finie comme &#171; tension dramatique, qui rend fou, purificatrice, de l'existence. Tension qui augmente toujours, tension contradictoire des &#233;tats d'&#226;me les plus oppos&#233;s et divers, convergeant toujours vers une tension plus grande &#187; (Mautner, 1985, 4&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; de couverture)&#8230; Un chaos &#171; qui se r&#233;p&#232;te &#187; &#224; la Ben&#237;tez-Rojo, s'il en est. Mestre Z&#233; Duda s'y pr&#234;te &#224; un tour de chant exceptionnel et encore sans nom, vu son caract&#232;re in&#233;dit, bien qu'on puisse se douter que les distributeurs se disputeront les &#233;tiquettes MPB s'ils donnent la pr&#233;f&#233;rence &#224; ce v&#233;t&#233;ran et pionnier de la MPB qu'est Mautner, ou &#171; musiques du monde &#187; pour ceux qui privil&#233;gieront l'accent local/r&#233;gional port&#233; par quelques instruments et la voix du ma&#238;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'accompagne ce projet qui pose par ailleurs la question complexe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On assiste ici &#224; un renversement dans l'histoire des d&#233;placements du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; puisqu'&#224; ma connaissance, dans l'histoire r&#233;cente de la professionnalisation et de l'ouverture au march&#233; de cette pratique musicale, c'est la premi&#232;re fois qu'un ma&#238;tre de l'ext&#233;rieur vient bousculer les codifications vocales et musicales de sa tradition. Et pour Mautner, Z&#233; Duda, chantant du haut de ses 80 ans, ne fait que produire du &#171; Kaos &#187;, avec un K (Assump&#231;&#227;o, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La &#171; cr&#233;olisation musicale &#187; est ainsi manifeste dans notre objet d'&#233;tude dont nous ne pouvons relater ici l'exhaustivit&#233; des mutations intervenues. Rappelons que le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; a longtemps &#233;t&#233; discrimin&#233; justement pour ne pas pr&#233;senter a priori de capacit&#233;s d'ouverture, pour son impuret&#233; musicale, pour ses imitations, pour sa provenance rurale et son expression paysanne. Or, on mesure ici la rapidit&#233; de sa trajectoire et sa comp&#233;tence mutationnelle &#224; &#233;pouser l'acc&#233;l&#233;ration et l'intensification des &#233;changes propres aux d&#233;finitions anthropologiques de la globalisation, que les folkloristes auraient pu entrevoir, alors m&#234;me qu'ils tentaient de penser &#224; l'&#233;poque, avec les artistes du &lt;i&gt;Modernismo&lt;/i&gt;, la pr&#233;histoire de ce qu'on pourrait appeler une forme de cr&#233;olisation &#171; &#224; la br&#233;silienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Rythmicit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On a d&#233;j&#224; vu l'importance de la notion rythmique de &lt;i&gt;baque&lt;/i&gt;, tant au niveau formel que symbolique. Il faut maintenant d&#233;velopper dans sa dimension esth&#233;tique cette rythmicit&#233; singuli&#232;re, qui s'institue dans le corps et ses prolongements (les instruments), et les investit de temps, pour observer les &#171; techniques de relation &#187; (Glissant, 1990 : 180) qu'elle met au jour. Cette rythmicit&#233; inclut le concept de rythme tel que propos&#233; par Pascal Michon (2005), &#171; compris comme forme du mouvement de l'individuation, ou encore comme organisation temporelle complexe des processus par lesquels sont produits les individus psychiques et collectifs &#187;, et visant &#171; &#224; d&#233;velopper un point de vue analytique et normatif susceptible de nous aider &#224; comprendre et &#224; agir dans le monde et l'empire fluides qui viennent de se former &#187; (2005 : 17). En r&#233;associant les trois dimensions du rythme en tant que &#171; formes sociales, corporelles et langagi&#232;res &#187; &lt;i&gt;(ibid.)&lt;/i&gt; auxquelles nous n'avons acc&#232;s qu'historiquement et dans des ph&#233;nom&#232;nes toujours situ&#233;s sachant que les rapports de l'une aux autres changent dans le temps, cette d&#233;finition paradigmatique du rythme renvoie irr&#233;m&#233;diablement &#224; la fabrique d'une politique. Selon Henri Meschonnic, pour qui &#171; la po&#233;sie est essentielle &#224; l'anthropologie &#187; (2009 : 707), &#171; la critique du rythme est un r&#233;v&#233;lateur des th&#233;ories de la soci&#233;t&#233;. C'est que le rythme est un marquage de la subjectivit&#233;, son syst&#232;me, l'histoire d'un sujet &#224; travers son discours. [&#8230;] Le mouvement de l'&#233;nonciation. Le situ&#233; et le situant. [&#8230;] Il manifeste le sujet comme un inachevable, une fonction de l'individu qui ne peut y &#234;tre qu'entier et fragment&#233; &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 707). Et ainsi,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du rythme est politique. L'empirique, non le monisme, est ce qui est oppos&#233; ici au dualisme du signe. Le rythme d&#233;borde la partition du signe. C'est l'empirique dans son historicit&#233;, irr&#233;ductible au tout en deux. [&#8230;] L'empirique, pas l'empirisme. La th&#233;orie du langage et de l'histoire est aussi une po&#233;tique, la po&#233;tique de la soci&#233;t&#233;. Si celle-ci est absente, il n'y a pas de th&#233;orie de la cr&#233;ativit&#233;, il manque le rapport qui construit l'individu et la collectivit&#233; l'un par l'autre. (Meschonnic, 2009 : 715)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Partant, une ethnographie musicale dans la perspective d'une anthropologie de l'esth&#233;tique d&#233;borde-t-elle largement la question artistique, et se doit d'interroger, outre comment na&#238;t et est produite pr&#233;cis&#233;ment la forme musicale, quelles nouvelles formes de sociabilit&#233;s et quels nouveaux r&#233;seaux de relation elle produit. Il se pourrait bien que le &#171; r&#233;gime d'identification de l'art &#187; (Ranci&#232;re, 2004 : 17), permettant aux &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; de reconna&#238;tre le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; comme leur esth&#233;tique singuli&#232;re, soit un syst&#232;me rythmique parce que d&#233;fini sur le plan musical, choral, prosodique, (et chor&#233;graphique) mais aussi dans les reconfigurations de ses sociabilit&#233;s, par les logiques de l'improvisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On a vu que le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; d&#233;ployait deux types d'improvisations en fonction du contexte dans lequel elles &#233;taient prof&#233;r&#233;es, les modalit&#233;s carnaval et &lt;i&gt;sambada-p&#233;-de-barraca&lt;/i&gt; o&#249; le ma&#238;tre improvise seul, et la modalit&#233; &lt;i&gt;sambada-p&#233;-de-parede&lt;/i&gt;, o&#249; un ma&#238;tre r&#233;pond &#224; un autre ma&#238;tre dans un d&#233;fi musiqu&#233;. Rappelons-nous qu'en plus des contraintes psychologiques et culturelles, le dispositif de contraintes respectif &#224; chacune (contexte architectural et social de l'&#233;nonciation, rapports de prox&#233;mie), transforme &#224; la fois les &#233;changes entre le public et le chanteur, et l'&#171; &#339;uvre &#187; qu'ils accomplissent ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La notion d'improvisation trouve dans le cas de l'improvisation po&#233;tique une rythmicit&#233; proche de celle de la cr&#233;olisation. Cet &#171; art du jaillissement &#187; (Laborde, 2005 : 91) ne nous int&#233;resse pas en tant que r&#233;sultat de l'action improvis&#233;e (l' &#171; objet &#187; esth&#233;tique, la &lt;i&gt;toada&lt;/i&gt;) mais en tant que situation d'improvisation (une &#171; relation &#187; esth&#233;tique, l'acte et les cons&#233;quences de sa perception). Pour cela, il faut admettre, avec Denis Laborde citant ici Alfred Sch&#252;tz, que son int&#233;r&#234;t n'est pas &#171; l'&lt;i&gt;actum &lt;/i&gt; (l'acte effectu&#233;), mais l'&lt;i&gt;actio &lt;/i&gt; (action comme agir en cours) &#187; (2005 : 91). La d&#233;finition qu'en donne l'ethnomusicologue &#8211; &#171; comme savoir-faire, cet art d'improvisation po&#233;tique est l'accomplissement d'une t&#226;che sp&#233;cialis&#233;e de saisie vocale de mots et d'&#233;nonc&#233;s assembl&#233;s dans l'instant de la prof&#233;ration &#187; (2005 : 294) &#8211; met en lumi&#232;re son mode performatif. Et s'il y a un mod&#232;le musical par lequel la cr&#233;olisation est souvent imag&#233;e, c'est bien l'improvisation. Pour le po&#232;te cubain Ben&#237;tez-Rojo, l'improvisation est l'une des plus importantes dynamiques travaillant au d&#233;centrement du syst&#232;me polyrythmique (2006 : 18) : &#224; l'image du monde, il contribue &#224; &#171; l'&#233;largissement du jeu des diff&#233;rences &#187; (ibid. : 20). L'improvisation est donc contenue dans la notion de polyrythmie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La notion de polyrythmie (des rythmes coup&#233;s au travers par d'autres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout aussi op&#233;ratoire pour d&#233;crire le travail de la cr&#233;olisation &#224; l'&#339;uvre dans le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les &lt;i&gt;tiradores de loas&lt;/i&gt; parlent plus commun&#233;ment de &lt;i&gt;&#171; cantar de improviso &#187;&lt;/i&gt;, chanter &#224; l'improviste, que de &#171; improvisar &#187;, bien qu'ils l'emploient de plus en plus, changement cons&#233;quent d'un contact r&#233;p&#233;t&#233; avec les musiciens professionnels. Cela r&#233;v&#232;le bien entendu une idiosyncrasie langagi&#232;re propre au Nordeste et au jargon &lt;i&gt;maracatuzeiro &lt;/i&gt; &#8211; et &#224; celui des &lt;i&gt;pelejas, trovas, cantigas, repentes&lt;/i&gt;, d'autres formes d'improvisation po&#233;tique pratiqu&#233;es dans la r&#233;gion, (voir Santos, 2006) &#8211; mais aussi une affection particuli&#232;re au fait qu'avant d'improviser une improvisation, ils chantent des &#171; choses &#187; qui ont la forme et la qualit&#233; de l'&lt;i&gt;improviso&lt;/i&gt;, de &#171; l'inopin&#233;, du soudain, de l'impr&#233;vu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Dicion&#225;rio Houaiss da lingua portuguesa, entr&#233;e &#8220;Improviso&#8221; (2004 : 1787).&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou de l'impr&#233;dictible, dirait Glissant (1996 : 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les deux modalit&#233;s sont soumises aux logiques classiques de l'improvisation, mais la modalit&#233; &lt;i&gt;sambada-p&#233;-de-barraca&lt;/i&gt; ram&#232;ne le ma&#238;tre seul face au public, face &#224; lui-m&#234;me en quelque sorte. Il se trouve alors en proie aux modalit&#233;s du jaillissement et &#224; l'efficacit&#233; de la pr&#233;paration de sa composition, bref, &#224; des questions de m&#233;thodes et techniques. Or, dans le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, les repr&#233;sentations des ma&#238;tres autour du ph&#233;nom&#232;ne d'&#233;criture et de pr&#233;m&#233;ditation sont au centre du probl&#232;me, d'autant plus cardinal qu'ils sont souvent analphab&#232;tes ou illettr&#233;s et d&#233;veloppent un malaise &#8211; parfois, un complexe d'inf&#233;riorit&#233; &#8211; face &#224; ces formes de connaissance ou de production de la connaissance. La plupart d'entre eux &#233;voque le fait de n'avoir pas besoin de technique sp&#233;cifique, ou se moque, pas toujours l&#233;g&#232;rement, des plus jeunes qui travaillent &#171; au carnet &#187;, c'est-&#224;-dire en collectant des mots ou des expressions qui riment pour les apprendre par c&#339;ur. Il s'agit bien d'une r&#233;action contre ceux qui ma&#238;trisent l'outil de l'&#233;criture, les &#171; autres &#187; des &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; qui d&#233;tiennent certains devenirs du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; puisque, gr&#226;ce &#224; ces instruments, ils en n&#233;gocient la visibilit&#233; et la valeur marchande. L'improvisation chant&#233;e dans le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; est moins l'art de la composition syst&#233;matis&#233;e et &#171; professionnelle &#187; (comme le &lt;i&gt;bertsulari &lt;/i&gt; basque, cf. Laborde, 2005) que celui de l'art d'une incorporation non-dite faisant que les improvisateurs sont tellement impr&#233;gn&#233;s de la tradition apr&#232;s avoir entendu les autres et parfois m&#234;me appris leurs rimes par c&#339;ur, qu'ils sont &#224; l'aise pour s'engager. Ils sont n&#233;anmoins aux prises avec cette incorporation qui peut &#234;tre enfermante &#224; force d'avoir model&#233; des gestes (et m&#234;me un imaginaire). Une action vocale d'innombrables fois r&#233;p&#233;t&#233;e implique que le chanteur puisse se prendre dans ses propres vices, cauchemar de tout improvisateur. Dans ces conditions, comment maintenir des codes sans figer la tradition ? Comment se vouer &#224; l'impr&#233;dictibilit&#233; de conduites esth&#233;tiques dans les modalit&#233;s du m&#234;me ? Mais sans l'avoir r&#233;p&#233;t&#233;e d'innombrables fois, il ne l'aura jamais suffisamment incorpor&#233;e pour n'avoir plus &#224; y penser &#8211; et laisser ce vide instituant une forme d' &#171; opacit&#233; &#187; propice au jaillissement de la cr&#233;ativit&#233; &#171; qui anime la transparence imagin&#233;e de la Relation &#187; et &#171; pr&#233;figure le r&#233;el sans le d&#233;terminer a priori &#187; (Glissant, 1990 : 206) &#8211; au moment d'improviser. Ces questions se posent davantage encore au praticien d'un art de faire o&#249; les techniques du corps et musicales ne sont pas particuli&#232;rement prodigieuses/virtuoses et impressionnantes comme ici. Si un musicien de jazz ou un danseur a coutume de d&#233;velopper des techniques &#224; partir des techniques m&#234;mes de son apprentissage de mani&#232;re &#224; d&#233;sapprendre ce qu'il a longuement acquis pour pouvoir s'en lib&#233;rer, les &lt;i&gt;tiradores de loas&lt;/i&gt; eux, revendiquant toujours l'inutilit&#233; d'une m&#233;thode d'apprentissage ou de d&#233;sapprentissage, comptent davantage sur les dieux, mais aussi et surtout, sur leur environnement direct et sa complexit&#233; (&#171; l'entour &#187; chez Glissant). On le comprend, le probl&#232;me ici est moins la peur de la &#171; page blanche &#187; ou du &#171; trou noir &#187; que, au fond, l'ennui de la routine. Ils semblent &#224; l'aise lorsqu'ils se sentent en danger, moment o&#249; la pression est propice au jaillissement. Et un &lt;i&gt;tirador de loas&lt;/i&gt; qui a une longue exp&#233;rience de &lt;i&gt;maestria &lt;/i&gt; du &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; a toujours ce go&#251;t de d&#233;j&#224; vu et de d&#233;j&#224; fait qui le fait parfois se sentir au service du public, sans engager profond&#233;ment ses potentialit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'autre forme de &lt;i&gt;sambada &lt;/i&gt; interroge de mani&#232;re plus originale l'enjeu de l'improvisation chant&#233;e dans le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;. Les &lt;i&gt;sambada-p&#233;-de-parede&lt;/i&gt; figurent en effet le dispositif du r&#233;gime de la joute, et plus pr&#233;cis&#233;ment, de la r&#233;partie. Il donne un autre rythme et un autre timbre &#224; la performance musicale, mais il en modifie aussi totalement l'enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La joute est li&#233;e au jeu, et pour trouver sa pleine expression, sa part ludique doit entrem&#234;ler comp&#233;titivit&#233; et relation de plaisir. En effet, les jouteurs jouent s&#233;rieux. Bien s&#251;r, le but de chaque ma&#238;tre est d'avoir le dernier mot. D'en finir avec l'autre. De le &#171; mettre six pieds sous terre &#187;, &#171; dans sa tombe &#187;, de &#171; le faire tomber &#187;, de l' &#171; entraver &#187;, de &#171; le faire tr&#233;bucher &#187;. Or ce qui est valoris&#233; dans ces joutes, c'est leur longueur : elles doivent se prolonger et construire de la dur&#233;e. Mais ce qui les prolonge n'est pas une temporalit&#233; lin&#233;aire et continue, dans le cas pr&#233;sent c'est le rebond caract&#233;ristique de la r&#233;partie. On est donc dans une logique interruptive contenue chez Glissant dans l'id&#233;e de &#171; chaos-monde &#187; (1996 : 82) et d' &#171; accident po&#233;tique &#187; (1990 : 153), et chez Ben&#237;tez-Rojo dans celles de &#171; polyrythmie &#187; (1996 :18) et de &#171; Chaos, o&#249; chaque r&#233;p&#233;tition est une pratique qui entra&#238;ne n&#233;cessairement une diff&#233;rence et un pas vers le n&#233;ant &#187; (1996 : 3). Quand on dit au Br&#233;sil &lt;i&gt;&#171; De repente&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, on veut, selon le ton employ&#233;, signaler la soudainet&#233; de l'&#233;v&#233;nement, ou &#171; indiquer la possibilit&#233; ou le doute &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dicion&#225;rio Houaiss da lingua portuguesa, entr&#233;e &#171; Repente &#187; (2004 : 2430).&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autre terme, du potentiel et de la contingence. Ce possible et cet impr&#233;dictible sont contenus dans le rebond, temps suspendu de la joute, prometteur d'in&#233;dit. Le rebond qui intervient entre chaque &lt;i&gt;toada &lt;/i&gt; improvis&#233;e donne aussi &#224; l'autre l'occasion d'une nouvelle chance. Moins au sens de lui permettre de se racheter que d'op&#233;rer une nouvelle action, qui contient elle-m&#234;me par ailleurs une faute potentielle. Car on vous pousse &#224; transgresser, mais cette transgression doit rester dans les limites de la tradition, c'est-&#224;-dire aussi une s&#233;rie de codifications. Et l'enjeu r&#233;el r&#233;side ici dans le fait de transgresser sans faire mourir l'occasion de l'&#233;change. Car si la transgression de la r&#232;gle du jeu est trop forte, elle rompt le fil de l'improvisation, et d&#233;sorgani(ci)se l'autre improvisateur au point qu'il ne peut plus poursuivre. De l&#224;, l'attention cognitive reprend le dessus. Le fil se rompt, et l'occasion du rebond s'&#233;vanouit. Pratiquer le &lt;i&gt;repente &lt;/i&gt; au contraire, pratiquer le rebond, c'est engager l'autre &#224; s'exprimer. C'est s'engager, aussi, &#224; l'&#233;couter. En cela, on peut voir la joute comme un exercice profond&#233;ment d&#233;mocratique, en particulier parce qu'elle ent&#233;rine une forme conflictuelle constructive. Car ce qu'elle produit avant tout est bien une &#233;thique de la rencontre, ou mieux, ce que Fran&#231;ois Laplantine appelle une &#171; &#233;criture de la relation &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;criture de la relation est celle de la conflictualit&#233; d&#233;mocratique. Pens&#233;e du contre (non du consensuel), de l'avec (pas de la domination) mais surtout de l'entre (exp&#233;rimentation des formes de la rencontre et des mani&#232;res d'en rendre compte). (Laplantine, 2009 : 36)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fier l'autre, c'est aussi escompter de l'autre. &#201;videmment, l'agressivit&#233;, la malice et la provocation existent dans les &#233;nonc&#233;s. Deux personnalit&#233;s sont l'une en face de l'autre et tentent de se d&#233;stabiliser, en v&#233;rit&#233;, de &#171; se faire tomber &#187;. On pourrait dire que l'on se trouve entre les &lt;i&gt;dirty dozens&lt;/i&gt; nord-am&#233;ricains qui touchent aux r&#233;f&#233;rences familiales et mettent en exergue les d&#233;fauts et &#233;checs de l'autre non sans l'insulter (typiques du &lt;i&gt;repente&lt;/i&gt;), et la po&#233;sie des &lt;i&gt;cantigas &lt;/i&gt; nordestines, o&#249; la plastique de la rime joue sur le sens et b&#226;tit l'univers po&#233;tique. C'est l&#224; que le &lt;i&gt;jeitinho &lt;/i&gt; &#8211; mode de navigation sociale condensant ladite brasilit&#233; &#8211; et la fameuse malice br&#233;silienne (la &lt;i&gt;malandragem&lt;/i&gt;), voire la &lt;i&gt;mandinga &lt;/i&gt; d&#232;s lors qu'elle est teint&#233;e de croyances en des divinit&#233;s sup&#233;rieures (comme c'est souvent le cas chez les &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;), se mat&#233;rialisent. Mais en outre, la virtuosit&#233; des ma&#238;tres s'exprime et est reconnue dans le soutien de la joute : on renvoie la balle, on laisse l'autre s'exprimer, on l'&#233;coute attentivement, et on le met &#224; l'&#233;preuve. D'autant mieux qu'on esp&#232;re qu'il renverra une mise &#224; l'&#233;preuve d'un m&#234;me niveau, sinon plus haut. Mais pour acc&#233;der &#224; l'autre, encore faut-il l'&#233;couter et l'observer lui, au lieu de s'&#233;couter parler soi, avant de pr&#233;tendre pouvoir alimenter le terrain en le fertilisant. Comme si l'enjeu de ces joutes, au fond, &#233;tait une mise &#224; l'&#233;preuve de soi par l'&#233;preuve des autres. Le rapport &#224; la transgression que ces joutes dessinent concerne la mani&#232;re dont on va s'approprier ce que l'autre dit et la fa&#231;on dont il va transformer ce qui se pr&#233;formait d&#233;j&#224; dans sa t&#234;te avant m&#234;me que le rebond ne lui en donne l'occasion. Ce n'est plus l'un apr&#232;s l'autre, l'un derri&#232;re l'autre, mais c'est l'un par l'autre. La &lt;i&gt;sambada-p&#233;-de-parede&lt;/i&gt; propose un dispositif enti&#232;rement tendu vers ce moment du rebond qui condense l'entre-deux du jeu de la collectivisation. Puisqu'il condense les prises de risque dans ce bref moment d'une solitude pleine, il d&#233;gage ces maladresses qui rendent leur sapidit&#233; au sentiment de d&#233;j&#224; vu du geste et d&#233;j&#224; entendu de la parole. Mais plus int&#233;ressant, il exige de l'autre autant qu'il exige de soi &#224; jouer de ces formes apparemment fixes de faire et de dire. On assiste bien alors &#224; une &#171; &#233;criture de la relation &#187; entendue comme interruptive, impr&#233;dictible, et qui se r&#233;p&#232;te, conditions de la cr&#233;olisation. Le mode d'&#234;tre &lt;i&gt;maracatuzeiro&lt;/i&gt;, qui est manifestement un mode de faire et d'&#234;tre sensible, c'est d'&#234;tre singulier dans la collectivit&#233; tout en fabriquant de la collectivit&#233;. Ou, comme dirait Glissant, &#171; la possibilit&#233; pour chacun de s'y trouver, &#224; tout moment, solidaire et solitaire &#187; (1990 : 145). Comme si la singularit&#233; n'&#233;tait r&#233;alisable que pr&#233;cis&#233;ment dans un processus de cr&#233;olisation qui est un processus de mutation dont la sp&#233;cificit&#233; repose sur la rythmicit&#233; et la diversit&#233; des &#233;l&#233;ments en interaction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les modes de production et les modes de socialisation du &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt; semblent bien manifester une cr&#233;olisation toujours &#224; l'&#339;uvre o&#249; rythme et divers sont des forces mouvantes et cr&#233;atrices. Cette &#171; force po&#233;tique &#187; n'a rien d'abstrait et ne se dissout pas dans les limbes liquides d'un monde uniformis&#233;. Pris entre deux formes de mettre au jour leur pratique, les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; d&#233;veloppent une multitude d'&#233;chappatoires faisant qu'on ne peut jamais les r&#233;duire au statut de sujet de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En tant que pratique musicale, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; s'impose en mod&#232;le de fabrique de &#171; techniques de relation &#187;. Recomposition de fragments &#233;tablissant sa propre Plantation, de plus en plus reconnue en tant que telle et sollicit&#233;e pour elle-m&#234;me par ses &#171; autres &#187;, il exprime, selon qu'il est aux prises avec le circuit ouvert globalis&#233; de la musique ou avec l'entre soi et ses crispations identitaires, une critique permanente contre l'enfermement, la cat&#233;gorisation, et l'exclusion. Dans ses mani&#232;res de faire comme dans ses mani&#232;res de se relationner au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De condition carnavalesque, il figure bien cette &#171; machine sp&#233;cialis&#233;e dans la production de bifurcations et paradoxes &#187; (Ben&#237;tez-Rojo, 1996 : 25) pouvant incarner ses comp&#233;tences &#224; se mouvoir dans le monde fluide, p&#233;n&#233;trer des expressions nouvelles ou s'en laisser impr&#233;gner alors m&#234;me qu'il reste identifiable et travaille &#224; cultiver ses &#171; idiorrythmies &#187;, inatteignables et utopiques comme le rappelle Barthes (2002 : 25). Mais c'est surtout les mani&#232;res dont il est mis au jour et exprim&#233; qui mat&#233;rialise ses cr&#233;olisations sonore et sociale, et exemplifient l'appareil conceptuel &#8211; qui vraiment est mat&#233;riel &#8211; pens&#233; pour exprimer cette dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les &lt;i&gt;maracatuzeiros &lt;/i&gt; ont &lt;i&gt;choisi &lt;/i&gt; les logiques de l'improvisation comme moyen d'expression. Dans sa configuration carnavalesque, l'espace o&#249; il doit l&#233;gitimer sa place dans l'espace socio-esth&#233;tique pernambucano, le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, un individu collectif seul contre ses autres, se d&#233;m&#234;le avec la suite rythmique du jaillir, composer, incorporer, d&#233;sapprendre se conna&#238;tre et s'engager, l'exhortant &#224; cultiver sa singularit&#233;. Dans sa modalit&#233; &lt;i&gt;sambada&lt;/i&gt;, l'espace interne &#224; sa propre communaut&#233;, chaque &lt;i&gt;maracatuzeiro &lt;/i&gt; (individus psychiques aux prises avec le carcan de la tradition) utilise la suite rythmique du prolonger, rebondir, engager l'autre et rench&#233;rir, soit la r&#233;partie pour politique, &#233;tablissant ainsi l'exercice de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Et c'est avec le rebond qu'il traite ses contradictions et celles des autres entit&#233;s (musicales, socioculturelles, &#233;conomiques, institutionnelles, politiques) qu'il rencontre. Il s'agit bien d'une pratique du chaos entendu comme &#171; po&#233;tique de la relation &#187;, intervenant par r&#233;p&#233;tition dans une logique interruptive mais qui se nourrit de ses propres sources et comp&#233;tences, r&#233;alisant dans ses errances, qui sont des empiriques, l'opacit&#233; provoqu&#233;e par l'impr&#233;dictibilit&#233; de l'acte et la diversit&#233; de ses r&#233;ceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Comme si le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; nous ramenait aux confins de l'enjeu de la relation humaine. Qui n'a rien d'illusoire ou d'abstrait puisqu'il se produit : &#171; Le performer, &#233;crit Ben&#237;tez-Rojo, &#224; travers sa &lt;i&gt;performance&lt;/i&gt;, peut r&#233;soudre le paradoxe de son identit&#233;. Mais seulement po&#233;tiquement &#187; (1998 : 61). L'identit&#233; qui les pr&#233;occupe n'est pas territoriale, ni raciale, ni nationale : c'est une esth&#233;tique, une &lt;i&gt;praxis &lt;/i&gt; po&#233;tique dont ils n'ont de cesse d'explorer les rythmes, et fabriquer &#224; travers eux de la Relation, ou &#171; l'expression d'une force qui est aussi sa fa&#231;on : ce qui se fait du monde, et ce qui s'y exprime &#187; (Glissant, 1996 :174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour finir, on per&#231;oit que les cr&#233;olisations &#224; l'&#339;uvre dans le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt; d&#233;passent largement l'anthropologie du fait musical. Rythme et diversit&#233; appr&#233;hend&#233;s ensemble pourraient par ailleurs pr&#233;figurer une heuristique pour l'analyse des pratiques humaines, plus ou moins organis&#233;es, plus ou moins spectaculaires, plus ou moins extra-quotidiennes, plus ou moins artistiques, et poser les jalons d'une anthropologie de l'esth&#233;tique en tant que perspective analytique. L'objet esth&#233;tique ne dit rien en lui-m&#234;me compar&#233; &#224; ses modalit&#233;s d'&#234;tre fait. Rythme et diversit&#233; ne sont-ils pas les produits et ce avec quoi la plupart des soci&#233;t&#233;s contemporaines, et notamment celles qui sont en pleine mutation, doivent s'ajuster en permanence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La cr&#233;olisation entendue comme processus de mutation s'av&#232;re une notion pertinente pour d&#233;crire la qualit&#233; d'un mouvement sp&#233;cifique en terme temporel et sensible, rythmique et esth&#233;tique. Elle donne aussi des cl&#233;s pour une lecture plus &#233;largie des pratiques d&#232;s lors qu'elles rel&#232;vent d'une complexit&#233; exacerb&#233;e. Cette remarque induit que l'on puisse s'int&#233;resser &#224; un autre probl&#232;me complexe s'il en est, &#224; savoir celui du &#171; populaire &#187; dans les pratiques culturelles, qui n'a pas &#233;t&#233; discut&#233; ici et qui y est pourtant pierre de touche. Il ne s'agit pas de concevoir le populaire comme un ensemble d'objets constituant un corpus, ce sur quoi les pratiques de patrimonialisation s'appuient et ce dans toutes les soci&#233;t&#233;s peu ou prou globalis&#233;es. Il s'agit de comprendre le populaire comme quelque chose qui ne fabrique pas des autres mais r&#233;v&#232;le, en quelque sorte, ce qui nous apparente et nous familiarise, ce qui fabrique du lien sans lisser les asp&#233;rit&#233;s de la diff&#233;rence. Le populaire d&#233;barrasse de l'encombrement id&#233;ologique pour accomplir la rencontre, une interp&#233;n&#233;tration r&#233;alis&#233;e. Il s'agirait davantage d'une temporalit&#233; rythmique mat&#233;rialis&#233;e puisqu'elle engagerait &#224; la fois le corps, la physiologie, le sensible, et la mouvance des cadres sociaux dans les processus d'individuation. Il s'agirait de l'appr&#233;hender en termes de fabrique de relation. L'ethnographie sur le terrain des pratiques musicales aux prises avec leurs diff&#233;rents r&#233;seaux de relation pourrait donner suite &#224; approfondir cette question.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Durval Muniz de ALBUQUERQUE J&#218;NIOR, &lt;i&gt;A Inven&#231;&#227;o do Nordeste e outras artes&lt;/i&gt;, 3a ed Recife, FJN Ed. Massangana, S&#227;o Paulo, Cortez, 2006 [1999].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Renato ALMEIDA, &lt;i&gt;Hist&#243;ria da m&#250;sica brasileira&lt;/i&gt;, 2a ed, Rio de Janeiro, F. Briguiet &amp; Comp. Editores, 1942 [1932].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Oneyda ALVARENGA, &#171; A influ&#234;ncia negra na m&#250;sica brasileira &#187;, &lt;i&gt;Boletim Latino Americano de M&#250;sica&lt;/i&gt;, vol. VI/1, 1946, pp. 357-407.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Oswald de ANDRADE, &#171; Manifeste anthropophage &#187;, in Anthropophagies, Paris, Flammarion, 1992 [1928], pp. 267-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maria Alice AMORIM, &#171; Uma pisa de rima &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Roberto BENJAMIN et Maria Alice AMORIM, &lt;i&gt;Carnaval. Cortejos e improvisos&lt;/i&gt;, Recife, Funda&#231;&#227;o de Cultura Cidade do Recife, 2002, pp. 61-122.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Michelle de ASSUMP&#199;&#195;O, &#171; O fil&#243;sofo do Kaosnavial &#187;, &lt;i&gt;Di&#225;rio de Pernambuco&lt;/i&gt;, 7 de outubro de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Roland BARTHES, &lt;i&gt;Comment vivre ensemble ? Simulations romanesques de quelques espaces quotidiens. Cours et s&#233;minaires au coll&#232;ge de France (1976-1977)&lt;/i&gt;, Paris, Seuil-IMEC, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Roger BASTIDE, &lt;i&gt;Images du Nordeste mystique en noir et blanc&lt;/i&gt;, Paris, Actes-Sud Babel, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Antonio BEN&#205;TEZ-ROJO, &lt;i&gt;The repeating Island. The caribbean and the postmodern Perspective&lt;/i&gt;. 2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;nd&lt;/sup&gt; ed., Durham and London, Duke University Press, 2006 [1996].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Antonio BEN&#205;TEZ-ROJO, &#171; Three Words Toward Creolization &#187;, in Kathleen M. BALUTANSKY and Marie-Agn&#232;s SOURIEAU (eds.), &lt;i&gt;Caribbean creolization : reflections on the cultural dynamics of language, literature, and identity&lt;/i&gt;, Gainesville, University Press of Florida, Kingston, UWI Press, 1998, pp. 53-61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jean BENOIST, &#171; M&#233;tissage, syncr&#233;tisme, cr&#233;olisation : m&#233;taphores et d&#233;rives &#187;, &lt;i&gt;&#201;tudes cr&#233;oles&lt;/i&gt;, vol. XIX, n&#176;1, 1996, pp. 47-60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Arthur Coelho BEZERRA, &#171; Um Sampler para um Repentista : A Est&#233;tica Antropof&#225;gica do Movimento Mangue &#187;, &lt;i&gt;Cadernos de Estudos Sociais e Pol&#237;ticos&lt;/i&gt;, n&#176; 9, IUPERJ, Instituto Universit&#225;rio de Pesquisas do Rio de Janeiro, Brasil, 2006, p. 1809-1814. Disponible en ligne : &lt;a href=&#034;http://cadernos.iesp.uerj.br/index.php/CESP/issue/view/9&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadernos.iesp.uerj.br/index.php/CESP/issue/view/9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
V&#233;ronique BOYER-ARA&#218;JO, &#171; O paj&#233; e o caboclo : de hom&#233;m &#224; entidade &#187;, &lt;i&gt;Mana&lt;/i&gt;, 5 (1), 1999, p. 29-56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Theo BRAND&#195;O, &#171; Origens do maracatu &#187;, &lt;i&gt;Di&#225;rio de Pernambuco&lt;/i&gt;, 3 de mar&#231;o de 1957.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sergio BUARQUE DE HOLANDA, &lt;i&gt;Ra&#237;zes do Brasil&lt;/i&gt;, S&#227;o Paulo, Companhia das Letras, 2004 [1936].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Judith BUTLER, &lt;i&gt;Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif&lt;/i&gt;, Paris, Amsterdam, 2004 [1997].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rejane CALAZANS, &lt;i&gt;Mangue, a lama, a parab&#243;lica e a rede, Tese de doutorado em Desenvolvimento, Agricultura e Sociedade&lt;/i&gt;, Universidade Federal Rural do Rio de Janeiro, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lu&#237;s da C&#226;mara CASCUDO, &lt;i&gt;Dicion&#225;rio do folclore brasileiro&lt;/i&gt;. 9a ed. S&#227;o Paulo : Global Editora, 2000 [1954].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Primeiro CONGRESSO AFRO-BRASILEIRO, (1. 1934, Recife) &lt;i&gt;Novos Estudos Afro-Brasileiros&lt;/i&gt;, Recife, FUNDAJ, Massangana (Fac-simile da 1a ed., 1937, Rio de Janeiro, Civiliza&#231;&#227;o Brasileira), 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Denis CONSTANT-MARTIN, &#171; Pour une lecture sociologique d'&#201;douard Glissant &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Marie-Claude SMOUTS (dir.), &lt;i&gt;La situation postcoloniale : les postcolonial studies dans le d&#233;bat fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Paris, Sciences Po, 2007, pp. 135-169.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Roberto DA MATTA, &lt;i&gt;O que faz o brasil, Brasil ?&lt;/i&gt; Rio de Janeiro, Rocco, 2001 [1984].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Monique DESROCHES, &#171; Cr&#233;olisation musicale et identit&#233; culturelle aux Antilles fran&#231;aises &#187;, &lt;i&gt;Revue canadienne des &#233;tudes latino am&#233;ricaines et cara&#239;bes&lt;/i&gt;, vol. 17, n&#176;34, 1992, pp. 41-51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
William E. B. DU BOIS, &lt;i&gt;Les &#226;mes du peuple noir&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2007 [1903, 1986].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ascenso FERREIRA, &#8220;O maracat&#250;&#8221;, &lt;i&gt;Boletim Latino Americano de M&#250;sica&lt;/i&gt;, vol. VI/1, 1946, pp. 125-140.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gilberto FREYRE, &lt;i&gt;Guia pr&#225;tico, hist&#243;rico e sentimental da cidade do Recife&lt;/i&gt;, S&#227;o Paulo, Global Editora, 2007 [1934].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Laure GARRAB&#201;, &#171; Negra ou popular ? Esth&#233;tiques et musicalit&#233;s des maracatus de Pernambuco &#187;, &lt;i&gt;Volume ! La revue des musiques populaires&lt;/i&gt;, vol. 8-1, 2011, pp. 105-129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Paul GILROY, &lt;i&gt;L'Atlantique noir. Modernit&#233; et double conscience&lt;/i&gt;, Lille, Kargo / Paris, L'&#201;clat, 2003 [1993].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Edouard GLISSANT, &lt;i&gt;Po&#233;tique de la relation. Po&#233;tique III&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Edouard GLISSANT, &lt;i&gt;Introduction &#224; une po&#233;tique du divers&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C&#233;sar GUERRA-PEIXE, &lt;i&gt;Maracatus do Recife&lt;/i&gt;, 2a ed. S&#227;o Paulo, Rio de Janeiro, Irm&#227;os Vitale Editora, 1980 [1952].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Denis LABORDE, &lt;i&gt;La m&#233;moire et l'instant. Les improvisations chant&#233;es du bertsulari basque&lt;/i&gt;, Donostia, Elkar, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Fran&#231;ois LAPLANTINE, &lt;i&gt;Son, images et langage. Anthropologie esth&#233;tique et subversion&lt;/i&gt;, Paris, Beauchesne, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Henri MESCHONNIC, &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;, Paris, Verdier/poche, 2009 [1982].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal MICHON, &lt;i&gt;Rythmes, pouvoir, mondialisation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Walter D. MIGNOLO, &#171; Afterword : Human Understanding and (Latin) American Interests-The Politics and Sensibilities of Geocultural Locations &#187;, &lt;i&gt;Poetics Today&lt;/i&gt;, Vol. 16, No. 1 (&#8220;Loci of Enunciation and Imaginary Constructions : The Case of (Latin) America&#8221;), II, 1995, pp. 171-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Walter D. MIGNOLO, &#171; A colonialidade de cabo a rabo : o hemisf&#233;rio ocidental no horizonte conceitual da modernidade &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Edgardo LANDER (org), &lt;i&gt;A colonialidade do saber : eurocentrismo e ci&#234;ncias sociais. Perspectivas latino-americanas&lt;/i&gt;, Buenos Aires, CLACSO, 2005, pp. 71-103 [En ligne]. URL : &lt;a href=&#034;http://bibliotecavirtual.clacso.org.ar/ar/libros/lander/pt/Mignolo.rtf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bibliotecavirtual.clacso.org.ar/ar/libros/lander/pt/Mignolo.rtf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sydney W. MINTZ, &#171; The caribean region &#187;, &lt;i&gt;Daedalus&lt;/i&gt;, Vol. 103, No. 2 (Slavery, Colonialism, and Racism), 1974, pp. 45-71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sydney W. MINTZ et Richard PRICE, &lt;i&gt;The Birth of African-American Culture : An Anthropological Perspective&lt;/i&gt;, Boston, Beacon Press, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rita OLIVIERY-GODET et Maryvonne BOUDOY (dir.), &#171; Le modernisme br&#233;silien &#187;, &lt;i&gt;Travaux et Documents&lt;/i&gt;, Paris, Universit&#233; Paris 8 Vincennes Saint-Denis, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Fernando ORTIZ, &lt;i&gt;Contrapunteo cubano del tabaco y el az&#250;car&lt;/i&gt;, La Habana, Ed. de ciencias sociales, 1991 [1940].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Richard PRICE, &#171; The miracle of creolization : a retrospective &#187;, &lt;i&gt;New West Indian Guide I&lt;/i&gt;, vol. 75, no. 1/2, 2001, pp. 35-64.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jacques RANCI&#200;RE, &lt;i&gt;Le partage du sensible&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jacques RANCI&#200;RE, &lt;i&gt;Malaise dans l'esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Katarina REAL, &lt;i&gt;O folclore no carnaval do Recife&lt;/i&gt;, 2a ed., Recife : FUNDAJ, Massangana, 1990 [1966].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Livia M. F. REIS, &#171; O Caribe e o Brasil : m&#250;sica e ensaio em di&#225;logo &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; XII Congresso Internacional de Humanidades &#8211; Palavra e Cultura na Am&#233;rica Latina, 2009, Bras&#237;lia,&lt;i&gt; Revista Interc&#226;mbio do Congresso Internacional de Humanidades&lt;/i&gt;, Bras&#237;lia, FINATEC, v. 1, 2009, pp. 89-99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ren&#233; RIBEIRO, &lt;i&gt;Cultos afro-brasileiros do Recife. Um estudo de ajustamento social&lt;/i&gt;, Recife, Boletim do Instituto Joaquim Nabuco, 1978 [1952].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Roland ROBERTSON, &#171; Glocalization : time-space and homogeneity-heterogeneity &#187;, in Mike FEATHERSTONE, Scott LASH et Roland ROBERTSON, &lt;i&gt;Global modernities&lt;/i&gt;, London, Sage, 1995, pp. 23-44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cl&#225;udio Morais de SOUZA, &#171; &#8220;Da Lama ao caos&#8221; : Diversidade, Diferen&#231;a e Identidade Cultural na Cena Mangue do Recife &#187;, 2001. Disponible en ligne : &lt;a href=&#034;http://bibliotecavirtual.clacso.org.ar/ar/libros/becas/2000/morais.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bibliotecavirtual.clacso.org.ar/ar/libros/becas/2000/morais.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Carlos SANDRONI, &#171; O mangue e o mundo : notas sobre a globaliza&#231;&#227;o musical em Pernambuco &#187;, &lt;i&gt;Claves&lt;/i&gt;, n&#176;7, 2009, pp. 63-70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Idelette Muzart-Fonseca SANTOS, &lt;i&gt;Mem&#243;ria das vozes. Cantoria, romanceiro e cordel&lt;/i&gt;. Salvador, Secretaria da Cultura e Turismo, Funda&#231;&#227;o Cultural do Estado da Bahia, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Clim&#233;rio de Oliveira SANTOS, Tarc&#237;sio Soares RESENDE, Batuque book maracatu : baque virado e baque solto, Recife, Ed. do Autor, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Leonardo Dantas SILVA, &#171; A institui&#231;&#227;o do Rei do Congo e sua presen&#231;a nos maracatus &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Leonardo Dantas SILVA (org.), &lt;i&gt;Estudos sobre a escravid&#227;o negra&lt;/i&gt;, vol.2, Recife FUNDAJ-Massangana, 1988, pp. 13-56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Paula TESSER, &#171; Mangue Beat : h&#250;mus cultural e social &#187;, Logos 26 : comunica&#231;&#227;o e conflitos urbanos, Ano 14, 1&#186; semestre, 2007, pp. 70-83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Michel-Rolph TROUILLOT, &#171; Culture on the edges : creolization in the plantation context &#187;, &lt;i&gt;Plantation Society in the Americas&lt;/i&gt;, n&#176; 5, vol. 1, 1998, pp. 8-28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Siba VELOSO et Bas&#237;lio ASTIER, &#171; Samba novo : a poesia do maracatu de baque solto &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Alexandre PIMENTEL et Joana CORR&#202;A (org), &lt;i&gt;Na ponta do verso : poesia de improviso no Brasil&lt;/i&gt;, Rio de Janeiro, Associa&#231;&#227;o Cultural Cabur&#233;, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_6&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Discographie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chico SCIENCE et Na&#231;&#227;o Zumbi, &lt;i&gt;Afrociberdelia&lt;/i&gt;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Chico SCIENCE et Na&#231;&#227;o Zumbi, &lt;i&gt;C.S.N.Z. (Dia)&lt;/i&gt;,1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jorge MAUTNER et Caetano VELOSO, &lt;i&gt;Eu n&#227;o pe&#231;o desculpa&lt;/i&gt;, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gilberto GIL, &lt;i&gt;Nightingale&lt;/i&gt;, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gilberto GIL, &lt;i&gt;Eletrac&#250;stico&lt;/i&gt;, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LENINE, 1983, &lt;i&gt;Baque solto&lt;/i&gt;, Polygram.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maciel SALU e o terno do terreiro, &lt;i&gt;A pisada &#233; assim&lt;/i&gt;, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maciel SALU e o terno do terreiro, &lt;i&gt;Na luz do carbureto&lt;/i&gt;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maracatu estrela de ouro de alian&#231;a, &lt;i&gt;Maracatu Estrela de Ouro de Alian&#231;a&lt;/i&gt;, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mestre AMBR&#211;SIO, &lt;i&gt;Mestre Ambr&#243;sio&lt;/i&gt;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Mestre AMBR&#211;SIO, &lt;i&gt;Fu&#225; na casa de Cabral&lt;/i&gt;, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Renata ROSA, &lt;i&gt;Zunido da Mata&lt;/i&gt;, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Renata ROSA, &lt;i&gt;Mant&#244; dos Sonhos&lt;/i&gt;, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SIBA e BARACHINHA, &lt;i&gt;No baque-solto somente&lt;/i&gt;, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SIBA e o Fuloresta do samba, &lt;i&gt;Fuloresta do samba&lt;/i&gt;, Outro Brasil/L'autre distribution, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SIBA e o Fuloresta do samba, &lt;i&gt;Toda vez que eu dou um passo o mundo sai do lugar&lt;/i&gt;, Harmonia Mundi, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces chiffres concernent l'&#233;dition 2011 du carnaval de Recife et sont publi&#233;s dans un rapport en ligne sur le site officiel de la Mairie de Recife (Prefeitura do Recife). Voir : &lt;a href=&#034;http://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;ved=0CDYQFjAA&amp;url=http%3A%2F%2Fwww.recife.pe.gov.br%2Fnoticias%2Farquivos%2F3869.pdf&amp;ei=NFENUcOIOo3s8gT3ioHYBw&amp;usg=AFQjCNGv-CGCukSnK2F6-oxHoWvVn-rzOg&amp;sig2=ToYjNp_H_iRMaDTpSE7Z5Q&amp;bvm=bv.41867550,d.eWU&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://www.google.com/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;ved=0CDYQFjAA&amp;url=http%3A%2F%2Fwww.recife.pe.gov.br%2Fnoticias%2Farquivos%2F3869.pdf&amp;ei=NFENUcOIOo3s8gT3ioHYBw&amp;usg=AFQjCNGv-CGCukSnK2F6-oxHoWvVn-rzOg&amp;sig2=ToYjNp_H_iRMaDTpSE7Z5Q&amp;bvm=bv.41867550,d.eWU&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La publication (1937) du Premier Congr&#232;s Afro-Br&#233;silien, tenu &#224; Recife en 1934, s'ouvre sur &#171; le probl&#232;me noir &#187;. Voir &lt;i&gt;Congresso Afro-Brasileiro&lt;/i&gt; (1988).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur le &lt;i&gt;Modernismo &lt;/i&gt; et ses aspects r&#233;gionaux au Br&#233;sil, voir Oliviery-Godet &amp; Boudoy (2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est la date de sa premi&#232;re occurrence &#233;crite, sous la plume de Gilberto Freyre (2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Or, tout porte &#224; croire que le &lt;i&gt;Maracatu Na&#231;&#227;o&lt;/i&gt; provient de matrices culturelles bantou, ce qui suppose qu'il serait pass&#233; par un processus de &#171; ioruba&#239;sation &#187;. Voir Garrab&#233; (2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour forger ce concept, Ben&#237;tez-Rojo (2006 : 74-75) s'inspire du &lt;i&gt;Contrapunteo &lt;/i&gt; d'Ortiz (1991) et de la d&#233;finition de Mintz des Cara&#239;bes en tant que &#171; societal area &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il y a peu d'analyses (ethno)musicologiques du &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, &#224; part Veloso &amp; Astier (2008), et Amorim (2002), o&#249; l'analyse en question est plut&#244;t celle du po&#232;me. Je remercie Lucia Campos pour la premi&#232;re r&#233;f&#233;rence. Santos &amp; Resende (2005), ont livr&#233; une m&#233;thode contenant certains &#233;l&#233;ments d'analyse, mais peu approfondis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Denis Constant-Martin (2007 : 167) termine sa remarquable lecture sociologique d'&#201;douard Glissant en signalant que l'anthropologie devrait s'ouvrir davantage &#224; ces auteurs pour lesquels l'esth&#233;tique est moteur des relations sociales. Il &#233;voque m&#234;me une &#8220;th&#233;orie de la relation g&#233;n&#233;ralis&#233;e&#8221;, que je cautionne totalement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La notion de &lt;i&gt;maracatu rural&lt;/i&gt; est attribu&#233;e &#224; l'anthropologue am&#233;ricaine Katarina Real (Catherine Royal) dont l'ethnographie constituant l'un des corpus les plus anciens et les plus importants sur le &lt;i&gt;baque-solto&lt;/i&gt;, para&#238;t en 1966. Le musicologue C&#233;sar Guerra-Peixe est l'auteur d'une note c&#233;l&#232;bre dans son ouvrage (1980 : 23) o&#249; il critique ce geste, dans lequel on peut voir un caract&#232;re h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; C'est une sensation bizarre, cette conscience d&#233;doubl&#233;e &lt;i&gt;(double consciousness)&lt;/i&gt;, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d'un autre, de mesurer son &#226;me &#224; l'aune d'un monde qui vous consid&#232;re comme un spectacle, avec un amusement teint&#233; de piti&#233; m&#233;prisante. Chacun sent constamment sa nature double &lt;i&gt;(two-ness)&lt;/i&gt; &#8211; un Am&#233;ricain, un Noir ; deux &#226;mes, deux pens&#233;es, deux luttes irr&#233;conciliables ; deux id&#233;aux en guerre dans un seul corps noir, que seule sa force in&#233;branlable pr&#233;vient de la d&#233;chirure. [&#8230;] Dans cette fusion, il ne veut perdre aucun de ses anciens moi. [&#8230;] Il voudrait simplement qu'il soit possible &#224; un homme d'&#234;tre &#224; la fois un Noir et un Am&#233;ricain [&#8230;] &#187; (Du Bois, 2007 : 11-12). Traduction : Magali Bessone. J'ajoute entre parenth&#232;ses les termes originaux de Du Bois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En ce sens, les termes portugais &lt;i&gt;batida &lt;/i&gt; (battue), &lt;i&gt;pancada &lt;/i&gt; (frappe) et &lt;i&gt;toque &lt;/i&gt; (touch&#233;), sont ses synonymes dans la terminologie musicale employ&#233;e par les &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; ne pas confondre avec le &lt;i&gt;samba de maracatu&lt;/i&gt;, une autre pratique musicale d&#233;signant un patron rythmique plus proche d'un m&#233;lange entre les structures rythmiques du &lt;i&gt;samba &lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;maracatu-de-baque-virado&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On doit souligner la mise en sc&#232;ne de son r&#244;le de porte-parole. &#192; une certaine &#233;poque, on pouvait voir les ma&#238;tres utiliser des porte-voix, puis des hygiaphones, remplac&#233;s aujourd'hui mais pas syst&#233;matiquement, par des micros. La puissance vocale du ma&#238;tre compte dans l'appr&#233;ciation de sa prestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;C'est pourtant ce qu'ils font par d&#233;finition, puisque le ma&#238;tre improvise. Mais l'attention des musiciens et du ma&#238;tre est toute dirig&#233;e vers l'&#233;volution du groupe des danseurs. De plus, le contrema&#238;tre doit r&#233;p&#233;ter mot pour mot, rime pour rime, ce que le ma&#238;tre vient d'improviser.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans une p&#233;riode comprise entre 1940 et 1970, Ferreira (1946), Oliveira (1948), Bastide (1995), Cascudo (2004), Guerra-Peixe (1980) et Real (1990) ont tous admis les limites de leur compr&#233;hension du surgissement du ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;The repeating Island&lt;/i&gt;, &#8220;le peuple des eaux&#8221; &lt;i&gt;(The People of the Sea)&lt;/i&gt; repr&#233;sentant les populations archip&#233;liques, devient concept et caract&#233;rise la cr&#233;olisation par leur exp&#233;rience de la navigation et de la confrontation avec les forces naturelles ayant model&#233; leurs modes d'expression, de perception et de relation au monde (Ben&#237;tez-Rojo, 2006 : 17). Notons par ailleurs que Glissant ouvre sa &lt;i&gt;Po&#233;tique de la Relation&lt;/i&gt; (1990) par deux paraphes significatifs : &#8220;Sea is History&#8221; (Derek Walcott) et &#8220;The unity is sub-marine&#8221; (Edward Kamau Brathwaite).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'ethnomusicologue Carlos Sandroni (2009 : 64) remet en question l'&#233;tiquette &#171; mouvement &#187; pour ce ph&#233;nom&#232;ne en mettant en lumi&#232;re la vari&#233;t&#233; de ses productions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le premier manifeste du &lt;i&gt;Mangue Beat&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Caranguejos com c&#233;r&#233;bro&lt;/i&gt; (&#171; Des crabes avec un cerveau &#187;, les crabes repr&#233;sentant la nouvelle g&#233;n&#233;ration des &lt;i&gt;mangueboys &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;manguegirls&lt;/i&gt;) a &#233;t&#233; &#233;crit en 1993 par Fred Z&#233;ro Quatro, membre du groupe Mundo Livre S/A, consid&#233;r&#233; comme l'un des plus importants instigateurs et pionniers du mouvement, avec le groupe Chico Science &amp; Na&#231;&#227;o Zumbi. En acc&#232;s libre : &lt;a href=&#034;http://memorialchicoscience.com/?page_id=16&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://memorialchicoscience.com/?page_id=16&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir une discographie non exhaustive en fin d'article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le film &lt;i&gt;Saudade do Futuro&lt;/i&gt;, qui a connu un immense succ&#232;s, revient sur la trajectoire du &lt;i&gt;repente &lt;/i&gt; &#224; S&#227;o Paulo, montrant les Nordestins autrement qu'&#224; travers leurs devenirs concierge ou portier dans les grandes m&#233;tropoles du Sud. Le futur, pour eux, est dans le &lt;i&gt;repente&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bezerra (2006) utilise le paradigme de l'anthropophagie, Tesser (2008) et Morais de Souza (2001) utilisent le champ s&#233;mantique de l'hybridation. Tous, y compris Sandroni (2009), d&#233;veloppent la question local/global sans parler toutefois de &#8220;glocal&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rejane Calazans (2008:183) parle de &#8220;crouliza&#231;&#227;o&#8221; &#224; partir de la d&#233;finition de M. L. Pratt in &lt;i&gt;Imperial Eyes : travel writing and transculturation&lt;/i&gt; (London : Routledge, 1992) pour enfin lui pr&#233;f&#233;rer les notions d'entre-deux et d'interstices de Homi Bhabha.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce projet a &#233;t&#233; id&#233;alis&#233; par Afonso Oliveira, producteur du groupe et Jorge Mautner, avec le soutien de la FUNARTE, de la FUNDARPE et du Minist&#232;re de la culture (MinC).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On peut &#233;couter sur des serveurs en acc&#232;s libre plus de 18 versions diff&#233;rentes. Voir discographie en fin d'article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kaos&lt;/i&gt;, 1963 Martins Editora ; &lt;i&gt;Fundamentos do Kaos&lt;/i&gt;, Ched Editora, r&#233;&#233;dit&#233;s dans son &#339;uvre &#233;crit, &lt;i&gt;Mitologia do Kaos, Obras completas&lt;/i&gt;, 2002 Editora Azougue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'accompagne ce projet qui pose par ailleurs la question complexe de l'institutionnalisation et de la patrimonialisation entre deux institutions du patrimoine culturel immat&#233;riel br&#233;silien : les Pontos de Cultura a priori tourn&#233;e vers les acteurs du patrimoine en question ; l'IPHAN et l'UNESCO-Br&#233;sil, a priori tourn&#233; vers la mondialisation des valeurs du patrimoine. Les deux &lt;i&gt;maracatus &lt;/i&gt; y sont actuellement en phase d'enregistrement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; La notion de polyrythmie (des rythmes coup&#233;s au travers par d'autres rythmes, qui sont &#224; leur tour coup&#233;s par d'autres rythmes) &#8211; si elle nous m&#232;ne au point o&#249; le rythme central est d&#233;plac&#233; par d'autres rythmes d'une telle fa&#231;on qu'il ne fixe plus aucun centre, jusqu'&#224; se transcender en un &#233;tat de flux &#8211; pourrait justement d&#233;finir le type de performance qui caract&#233;rise la machine culturelle carib&#233;enne. &#187; (Ben&#237;tez-Rojo, 2006 : 18)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Dicion&#225;rio Houaiss da lingua portuguesa&lt;/i&gt;, entr&#233;e &#8220;Improviso&#8221; (2004 : 1787).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dicion&#225;rio Houaiss da lingua portuguesa&lt;/i&gt;, entr&#233;e &#171; Repente &#187; (2004 : 2430).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;tude des pratiques performatives au prisme d'une anthropologie de l'esth&#233;tique
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1200</link>
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		<dc:date>2016-10-22T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laure Garrab&#233;
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		<description>
&lt;p&gt;Ce texte propose une contribution &#224; l'&#233;tude des pratiques performatives dans une perspective anthropologique, puisqu'elles sont appr&#233;hend&#233;es avant tout en tant que pratiques singuli&#232;res de (d&#233;)socialisation et de (d&#233;s)individuation. Cela implique plus particuli&#232;rement de contribuer &#224; une certaine anthropologie de l'esth&#233;tique, o&#249; l'esth&#233;tique ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e que dans son sens &#233;tymologique grec d'aisthesis, d&#233;signant la perception par les cinq sens &#8211; le percept &#8211; alt&#233;r&#233;e par ses plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'h&#233;ritage d'un programme&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;L'h&#233;ritage d'un programme&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#171; Nuances &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;&#171; Nuances &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#171; L'esth&#233;tique au sens large comme l'une des cl&#233;s de l'ethnologie &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;&#171; L'esth&#233;tique au sens large comme l'une des cl&#233;s de l'ethnologie &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#171; Une science des valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;&#171; Une science des valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Vers &#171; une syst&#233;matique adapt&#233;e aux besoins de l'expression de l'ind&#233;finissable ethnique &#187; ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Vers &#171; une syst&#233;matique adapt&#233;e aux besoins de l'expression de l'ind&#233;finissable (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie :&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Ce texte propose une contribution &#224; l'&#233;tude des pratiques performatives dans une perspective anthropologique, puisqu'elles sont appr&#233;hend&#233;es avant tout en tant que pratiques singuli&#232;res de (d&#233;)socialisation et de (d&#233;s)individuation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'y reprends la partie m&#233;thodologique et th&#233;orique de ma th&#232;se de doctorat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela implique plus particuli&#232;rement de contribuer &#224; une certaine anthropologie de l'esth&#233;tique, o&#249; l'esth&#233;tique ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e que dans son sens &#233;tymologique grec d'&lt;i&gt;aisthesis&lt;/i&gt;, d&#233;signant la perception par les cinq sens &#8211; le percept &#8211; alt&#233;r&#233;e par ses plus ou moins imm&#233;diates cons&#233;quences &#8211; l'affect et le concept (Deleuze &amp; Guattari, 1991). L'esth&#233;tique appr&#233;hend&#233;e ici r&#233;introduit &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; et affect comme points d'articulation de l'analyse, &#224; l'instar de &#171; l'exp&#233;rience esth&#233;tique &#187; selon Hans Robert Jauss (1978), dans une approche qui, d'une part, trouve ses racines dans la triade &#233;pist&#233;mologique &#171; physio-psycho-sociologique &#187; de Marcel Mauss, et d'autre part, suppose une interdisciplinarit&#233; moins parce qu'elle puise dans divers champs disciplinaires (anthropologie du corps, des techniques, philosophie, ethnosc&#233;nologie), que parce qu'elle tente de r&#233;pondre &#224; une certaine &#171; exigence de totalit&#233; &#187;. Il s'agit d'appr&#233;hender les &#171; individus psychiques ou collectifs &#187; dans leurs mani&#232;res de &lt;i&gt;construire &lt;/i&gt;des corpor&#233;it&#233;s diverses &#8211; des techniques corporelles investies de rapports sensibles variants et toujours sp&#233;cifiques &#8211; &#224; partir desquelles ils font groupe dans la successivit&#233; du temps, et &#224; travers lesquelles ils d&#233;fendent leurs identifications toujours tendue entre leurs singularit&#233;s et leurs appartenances collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En effet, l'analyse des pratiques corporelles &#8211; dont les pratiques dites performatives et/ou spectaculaires souvent associ&#233;es aux &#171; mondes de l'art &#187; &#8211; en tant qu'assemblages de formes et de rythmes concrets (vocaux, gestuels ou sous forme d'images), pr&#233;sente le risque du travers s&#233;miotisant. Les sciences de l'esth&#233;tique (histoire de l'art, esth&#233;tique, philosophie, et s&#233;miologie&#8230;) ou du social (linguistique, ethnom&#233;thodologie&#8230;) ont reform&#233; plusieurs fois dans l'histoire des sciences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce titre l'approche historique de la notion d'esth&#233;tique par Hans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou bien la distance entre l'affect et le concept, ou carr&#233;ment rompu avec le percept, an&#233;antissant de cette fa&#231;on la validit&#233; du processus sensible dans les productions humaines, soit pr&#233;cis&#233;ment la g&#233;n&#233;ration d'une &lt;i&gt;relation&lt;/i&gt; entre le sujet percevant et l'objet de son attention. Cet incident tient aux limites du langage, mais aussi &#224; une certaine compulsion tr&#232;s occidentale &#224; l'ontologisation du r&#233;el, et par cons&#233;quent, &#224; l'appr&#233;hension m&#233;caniciste de la socialisation humaine. Or, pour &#233;viter toute attitude th&#233;orique surplombante et surinterpr&#233;tation ethnocentrique dans l'&#233;tude des pratiques corporelles, il s'agit de ramener la notion &#8211; et non le concept &#8211; d'esth&#233;tique, trop souvent r&#233;serv&#233; au domaine philosophique ou &#224; l'&#233;tude des arts, &#224; ses concr&#233;tudes et &#224; ses fonctionnalit&#233;s. Bref, &#224; son &#233;chelle humaine. Il convient d&#232;s lors d'observer l'exp&#233;rience sensible &#224; l'&#339;uvre &#224; travers les n&#233;gociations de l'expression et de la perception (r&#233;ception incluse dans cette derni&#232;re), exerc&#233;es ou &#233;prouv&#233;es par les individus. L'esth&#233;tique se voit donc ici centr&#233;e sur une &#233;pist&#233;mologie de la relation, entendue comme ph&#233;nom&#232;ne agissant, formant, d&#233;formant et reformant du lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'esth&#233;tique ainsi con&#231;ue permet d'aborder toutes les pratiques corporelles, mais prend plus de consistance encore avec celles qui exigent, pour &#234;tre per&#231;ues et mises en acte, en et sur sc&#232;ne, un &#171; surco&#251;t de l'attention cognitive &#187; (Schaeffer, 2000). Cette notion, on le verra, met en lumi&#232;re ce qui change entre une pratique corporelle (une technique du corps comme montage traditionnel de s&#233;ries d'actes) et une pratique dite spectaculaire ou performative. Dans les secondes, qu'elles soient &#171; artistiques &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire reconnues dans les dispositifs de l'art d&#233;cr&#233;t&#233;s par et mis &#224; disposition dans un ensemble socioculturel donn&#233; &#8211; ou non, les praticiens sont pr&#233;cis&#233;ment experts de la construction de la mati&#232;re sensible et de la n&#233;gociation de l'exp&#233;rience sensible, mais aussi cultivent l'intention d'affecter l'autre &#224; travers ces constructions (corporelle et instrumentale). Cependant, ce surco&#251;t de l'attention intervient aussi dans les premi&#232;res. Il distingue les secondes des premi&#232;res seulement par le &lt;i&gt;degr&#233;&lt;/i&gt; de construction et d'intentionnalit&#233; que l'individu ou le groupe injecte dans les techniques et les codes qui d&#233;terminent sa pratique. Le corps y &#233;tant &#224; la fois la cible et la source de la perception, il retrouve l&#224; sa consistance de mati&#232;re travaill&#233;e &#224; la fois physiologiquement et affectivement, sans assimiler toutefois chez l'individu ce qui rel&#232;verait d'un modelage suppos&#233;ment externe &#224; un modelage interne d'une part, ni une corpor&#233;it&#233; provenue de facult&#233;s propres &#224; une corpor&#233;it&#233; acquise par habitus d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une &lt;i&gt;pratique &lt;/i&gt;se d&#233;finit par le fait qu'elle a &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233;e, &#233;prouv&#233;e et reconnue &lt;i&gt;collectivement&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur de collectivit&#233;s plus ou moins englobantes. Le degr&#233; de construction des gestes, codes et affects et leur r&#233;p&#233;tition dans la successivit&#233; du temps participe donc de l'&#233;laboration de sa singularit&#233; : ils sont donc &#224; m&#234;me de r&#233;v&#233;ler les mani&#232;res dont les groupes sociaux instrumentalisent leur production esth&#233;tique pour s'individuer ou se socialiser dans et hors du groupe. L'Odin Teatret, Sasha Waltz and Guests, un groupe de danse folklorique de Roumanie, une association carnavalesque br&#233;silienne, ou m&#234;me des travailleurs au champ sur les hauteurs martiniquaises, construisent tous collectivement des formes de sociabilit&#233;s autour de codes et corpor&#233;it&#233;s (des techniques) qui leur permettent de s'identifier, ou au contraire de se d&#233;tacher, sur une &#233;chelle infinie de variations, des repr&#233;sentations et des &#233;nonc&#233;s culturels dans lesquels ils exercent et/ou s'exposent. Ils construisent en m&#234;me temps une &#171; communaut&#233; esth&#233;tique &#187; et son historicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aussi, en d&#233;pit de la confusion ensuivie de l'usage de la notion de &lt;i&gt;performance &lt;/i&gt;dans l'&#233;pist&#233;mologie des &#233;tudes th&#233;&#226;trales et chor&#233;graphiques non anglophones, telles que l'ethnosc&#233;nologie les a particuli&#232;rement mises en lumi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que Armindo Bi&#227;o rejette la notion de performance et tous ses d&#233;riv&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous consid&#233;rons les notions de performativit&#233; et performatif comme op&#233;ratoires pour l'un des aspects contenus dans le radical &lt;i&gt;perform&lt;/i&gt;- : la &lt;i&gt;puissance d'agir&lt;/i&gt; qu'il d&#233;note strictement, qualifiant &#224; la fois les actes de langage et les corpor&#233;it&#233;s indissociablement travers&#233;es de variations physiologiques et psychiques. Cette &#171; puissance d'agir &#187; (l'une des traductions fran&#231;aises les plus proches de l'anglais &lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; d&#233;crivant la comp&#233;tence de la performativit&#233;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les traducteurs de Judith Butler (2004, p. 14-16), J&#233;r&#244;me Vidal et Charlotte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est l'atome irr&#233;ductible du sens du verbe en ancien fran&#231;ais &lt;i&gt;parformer&lt;/i&gt; &#8211; agir, mais aussi parfaire &#8211; que nous ne poss&#233;dons plus en langue fran&#231;aise, depuis qu'il a &#233;t&#233; r&#233;&#233;labor&#233; dans la langue anglaise &#224; travers la notion de &lt;i&gt;performance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la question, voir par exemple Pradier, 2007, p. C14 ; une critique de &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, la notion fran&#231;aise usuelle de performance n'a conserv&#233; que sa connotation &lt;i&gt;quantitative &lt;/i&gt;(du toujours plus, l'agir connot&#233; par la perfectibilit&#233; du &#171; parfaire &#187;), au d&#233;triment de sa consistance &lt;i&gt;qualitative &lt;/i&gt;(l'agir comme qualit&#233; singuli&#232;re de l'action). Or, l'agir contenu dans le &#171; performatif &#187;, puisqu'il inscrit l'action (verbale ou gestuelle) et transforme de mani&#232;re plus ou moins importante le contexte dans lequel elle a lieu, est dot&#233; d'une dimension fonci&#232;rement politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette dimension est davantage d&#233;velopp&#233;e dans les performance studies, qui, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais en cela qu'elle pourrait tenir, on le verra, dans la &lt;i&gt;r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toni Negri (1982) &#224; partir d'une lecture politique de Spinoza, fait une distinction fondamentale : le pouvoir comme &lt;i&gt;potere&lt;/i&gt;, entendu comme &#171; pouvoir sur &#187; et le pouvoir comme &lt;i&gt;potentia&lt;/i&gt;, entendu comme &#171; pouvoir de &#187;, &#171; puissance &#187;, c'est-&#224;-dire la &#171; capacit&#233; &#187; ou &#171; facult&#233; &#187; &#224; r&#233;aliser un acte, &#224; travers lequel le sujet &#171; actualise ses potentialit&#233;s &#187;. C'est bien cette deuxi&#232;me dimension du pouvoir que d&#233;note la notion de performatif, une d&#233;notation que mettront en lumi&#232;re entre autres les linguistes Noam Chomsky puis John L. Austin, et les anthropologues comme Judith Butler, Paul Gilroy et Homi Bhabha, &#224; savoir cette potentialit&#233; politique d'&#233;mancipation du sujet et de transformation du social. Cette dimension politique du performatif a &#233;t&#233; retenue, toutefois sans porter ce nom, par plusieurs philosophes &#171; r&#233;formateurs &#187; de l'esth&#233;tique. Parmi eux, Jauss signalait dans sa conf&#233;rence de 1972 l'urgence de rendre &#224; l'esth&#233;tique ses &#171; fonctions sociales [&#8230;] de normalisation collective et d'&#233;mancipation du sujet &#187; (1978, p. 172). Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette dimension politique du performatif &#8211; cette force agissante transformatrice du social &#8211; nous para&#238;t fondamentale dans l'appr&#233;hension des pratiques corporelles. Le radical &lt;i&gt;perform &lt;/i&gt;tient de l'&#233;v&#233;nementialit&#233; et sa pertinence s'&#233;rige ainsi dans &lt;i&gt;la contingence engendr&#233;e de la d&#233;sorganisation potentielle du social &#224; travers l'assemblage et la r&#233;alisation de techniques, qui sont aussi des technologies du sensible&lt;/i&gt;. Elle est essentielle &#224; prendre en compte au vu de la diversit&#233; croissante des genres et formes dits performatifs, due non seulement &#224; l'ouverture des fronti&#232;res et aux ph&#233;nom&#232;nes diasporiques plus ou moins durables, mais aussi &#224; l'acc&#233;l&#233;ration du d&#233;veloppement des technologies n&#233;cessaires &#224; leur diffusion et &#224; leur r&#233;alisation. Centrer l'approche sur l'agir socialisant du groupe qui forge cet agir &#224; partir d'un corpus technologique s'instituant dans des pratiques d'expression corporelle &#8211; o&#249; le corps est &#224; la fois la cible et la source de la perception &#8211; quelle que soit la forme de socialit&#233; du groupe en question, revient &#233;galement &#224; questionner &#171; la part fondatrice d'autrui dans la relation que tout homme nourrit envers le monde, et notamment dans la mani&#232;re dont son corps est socialement construit &#187; (Le Breton, 2004, p. 14). Ainsi l'esth&#233;tique peut redevenir un projet anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La triade &#233;pist&#233;mologique esth&#233;tique, technique et socialisation, forg&#233;e ici, est en r&#233;alit&#233; au centre de l'&#339;uvre que l'ethnologue et pr&#233;historien Andr&#233;-Leroi-Gourhan (1911-1986) a poursuivi dans la droite ligne des pr&#233;occupations de Marcel Mauss pour les &#171; techniques du corps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'h&#233;ritage d'un programme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tant que fils spirituel et &#233;l&#232;ve de Mauss, Andr&#233; Leroi-Gourhan prolonge la fameuse triade &#233;pist&#233;mologique &#171; montages psycho-physio-sociologiques de s&#233;ries d'actes &#187; (Mauss, 2001, p. 384) reprise inconditionnellement par les &lt;i&gt;performance studies&lt;/i&gt; th&#233;oris&#233;e par Richard Schechner (2001), l'ethnosc&#233;nologie th&#233;oris&#233;e par Armindo Bi&#227;o (2009, p. 37) et Jean-Marie Pradier (2007), et m&#234;me &#171; l'anthropologie th&#233;&#226;trale &#187; &#8211; qui est un projet artistique, et non une discipline acad&#233;mique &#8211; th&#233;oris&#233;e par le metteur en sc&#232;ne Eugenio Barba (2004). Cependant, il r&#233;pond &#224; l'exigence de totalit&#233; telle que soulev&#233;e par Mauss en y introduisant une pens&#233;e de la technique (1964, 1965, 1968) articul&#233;e de mani&#232;re originale &#224; la dimension esth&#233;tique, in&#233;dite pour son &#233;poque. P&#232;re de ce qu'on appelle en France &#171; l'anthropologie technique &#187; ou &#171; des techniques &#187;, Leroi-Gourhan revendiquait lui-m&#234;me cet h&#233;ritage et la n&#233;cessit&#233; d'une approche interdisciplinaire (1968, p. 1917) reconnue par ses pairs et &#233;tudiants (Bromberger &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;al&lt;/i&gt;., 1986) bien avant qu'elle n'occupe dans les sciences sociales la place qu'on lui consacre aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle pr&#233;sente un v&#233;ritable &#233;cueil, &#224; savoir le manque d'approfondissement d&#251; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, particuli&#232;rement fertiles pour la reconstitution de l'&#233;volution des techniques comme pratique de socialisation et de cr&#233;ativit&#233; singuli&#232;re, dans un &#171; milieu &#187; toujours d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour lui, la technologie, identifiant une pratique, renfermait pr&#233;cis&#233;ment la singularit&#233; de ce qu'il appelait la &#171; vie ethnique &#187; (1968, p. 1920). Mais, et c'est l&#224; que son articulation entre technique et esth&#233;tique est susceptible d'enrichir l'appr&#233;hension des pratiques corporelles et spectaculaires, il s'int&#233;ressait plus particuli&#232;rement, d'apr&#232;s une formule de Bruno Karsenti, aux mani&#232;res sp&#233;cifiques dont l'homme &#224; partir de ses techniques corporelles &#171; se projet[ait] au-dehors sur l'espace commun du social &#187; (1998, p. 236-237). Sa conception technologique fait surgir un double apport : d'une part, ce qui est technologique ne provient pas tant d'une ext&#233;riorit&#233; de l'instrument que d'une int&#233;riorit&#233; du sujet social &#8211; on n'en &#233;tait pas du tout convaincu &#224; l'&#233;poque &#8211; et, d'autre part, c'est dans l'indissociabilit&#233; fondamentale entre l'&#171; acquis &#187; et la &#171; facult&#233; &#187; dans le geste et la parole que s'inscrit la &#171; r&#233;alit&#233; technique &#187;, rel&#233;guant ainsi l'instrument toujours au second plan.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La collecte des outils et des produits de l'activit&#233; mat&#233;rielle ne suffit pas &#224; d&#233;finir les techniques, tout au plus assure-t-elle le sauvetage de mat&#233;riaux scientifiques qui seront plus tard interrog&#233;s comme de simples documents d'arch&#233;ologie, priv&#233;s du tissu des gestes et des intentions qui en faisaient des &#233;l&#233;ments de la vie ethnique. La technologie int&#233;resse aussi bien la recherche d'un cadre g&#233;n&#233;ral th&#233;orique sur les op&#233;rations manuelles que celle du r&#244;le de la technique dans l'assemblage ethnique ; comme les autres branches, la technologie s'offre &#224; la fois comme l'&#233;tude d'op&#233;rations communes &#224; une civilisation ou &#224; un certain stade de l'&#233;volution et comme l'analyse d'&#233;l&#233;ments incorpor&#233;s dans une formule ethnique. (1968, p. 1820-1821)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire qu'il a fait ainsi des techniques du corps, des technologies du sensible. Son apport principal r&#233;side dans l'approche de la technique en tant que forme d'expression et m&#233;canisme de socialisation, en privil&#233;giant un certain paradigme de la relation : &#171; l'unicit&#233; ethnique dans le temps et dans l'espace, &#233;crit-il, n'est en r&#233;alit&#233; ni dans les objets ni dans les institutions, mais dans les &lt;i&gt;rapports&lt;/i&gt;. &#187; (1968, p. 1821). &#192; partir de ce programme, le carcan technique vient r&#233;v&#233;ler les construits identitaires &#8211; il dirait &#171; ethnique &#187; &#8211; par-del&#224; toute institutionnalisation (repr&#233;sentations nationales-&#233;tatiques, socio-&#233;conomiques, territoriales, bref, technocratiques). Il s'agit plut&#244;t de se demander comment une esth&#233;tique devient un enjeu collectif. Recentrer la question sur ses applications et effets dans la vie sociale peut &#233;viter de (sur)construire et sur-interpr&#233;ter des descriptions ou proc&#233;der &#224; l'&#233;tablissement d'un simple catalogue de genres et de pratiques ne refl&#233;tant pas la n&#233;cessit&#233; pour les hommes de cultiver un rapport sensible, esth&#233;tiquement investi, au monde, s'opposant aux suppos&#233;s d&#233;terminismes sociaux auxquels ils seraient soumis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour Andr&#233; Leroi-Gourhan en effet, &#171; la technique, le langage et l'esth&#233;tique &#187; sont non seulement &#171; les trois manifestations fondamentales de la qualit&#233; d'homme &#187;, mais elles sont &#171; solidaires &#187; et nous devons les observer dans leur &#171; relation &#187; (1965, p. 88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette appr&#233;hension est applicable &#224; tout groupe qui fait groupe en se r&#233;unissant autour d'un ensemble de techniques du corps, lui servant &#224; exprimer une ensemble de valeurs identitaires, mais aussi &#224; b&#226;tir ses propres &#171; r&#233;gimes d'identification &#187; (Ranci&#232;re, 2000) internes, et non pas une identit&#233; calqu&#233;e sur un corpus d'&#233;nonc&#233;s institutionnalis&#233;s hors du groupe. Dans ce grand ensemble d'assemblages de techniques, nous trouvons bien s&#251;r ces objets dont l'ethnosc&#233;nologie et les &lt;i&gt;performance studies&lt;/i&gt; ont fait leur sp&#233;cificit&#233;, qu'elles nomment respectivement formes performatives, spectaculaires et &lt;i&gt;performances&lt;/i&gt;, qui sont toutes des formes d'expression plus ou moins spectaculaires, plus ou moins construites, plus ou moins codifi&#233;es, o&#249; le corps est engag&#233; d'&lt;i&gt;une certaine mani&#232;re&lt;/i&gt;. Par ailleurs, l'appareil &#233;pist&#233;mologique et m&#233;thodologique d&#233;roul&#233; dans son programme et auquel nous allons nous int&#233;resser maintenant, est latent ou prolong&#233; dans la production scientifique d'autres disciplines que celles qui sont traditionnellement associ&#233;es &#224; l'&#233;tudes des arts du spectacle en France, comme l'anthropologie et la philosophie. Il permet d'&#233;viter l'utilisation des &#233;pist&#233;mologies probl&#233;matiques du champ th&#233;&#226;tral et de celui de la performance, en abordant les pratiques spectaculaires par un cheminement analytique diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En 1968, Andr&#233; Leroi-Gourhan eut cette formule r&#233;unissant de mani&#232;re in&#233;dite l'ensemble de son programme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les nuances sont pourtant l'&#233;l&#233;ment d&#233;finitivement significatif et l'esth&#233;tique au sens large pourrait bien &#234;tre l'une des clefs de l'ethnologie. S'il en &#233;tait ainsi, il y aurait v&#233;ritablement une science &#224; cr&#233;er, celle des valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes, dans une syst&#233;matique adapt&#233;e aux besoins de l'expression de l'ind&#233;finissable ethnique [&#8230;]. (1968, p. 1823)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On y retrouve ais&#233;ment ses pr&#233;occupations pour la totalit&#233;, la conception maussienne des techniques du corps, et l'esth&#233;tique comme projet anthropologique. On doit &#233;galement lui reconna&#238;tre une actualit&#233; impressionnante &#224; l'heure o&#249; la technique (la technologie et les nouvelles pratiques qu'elle entra&#238;ne) semble aller plus vite que nos analyses sur elle, un d&#233;calage difficile, mais urgent &#224; penser eu &#233;gard &#224; son incidence sur les formes et les rythmes nouveaux du monde, et ce que l'on peut en dire dans la distance de l'analyse. Elle contient les trois lignes de force formulant une &#233;pist&#233;mologie de la compl&#233;mentarit&#233; qui nous para&#238;t pertinente pour l'&#233;tude des pratiques performatives : 1) l'attention aux &#171; nuances &#187;, 2) &#171; l'esth&#233;tique au sens large &#187; comme &#171; l'une des cl&#233;s de l'ethnologie &#187;, 3) un certain paradigme du &#171; rythme &#187; (ses valeurs, saveurs et formes), vers, enfin, l'&#233;laboration d'une &#171; syst&#233;matique adapt&#233;e aux besoins de l'expression de l'ind&#233;finissable ethnique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#171; Nuances &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; nuances &#187;, d'abord. Premi&#232;rement, il y a celles de l'objet investigu&#233; qui s'ins&#232;re toujours dans un ensemble d'objets similaires mais dont les cat&#233;gories indig&#232;nes (gestes, paroles et repr&#233;sentations) et les modes d'appropriation d&#233;finissent une singularit&#233; qui le distingue dans cet ensemble. Deuxi&#232;mement, celles que le chercheur doit prendre en compte dans sa restitution de l'analyse : c'est l&#224; que se joue l'&#233;preuve ethnographique (Leroi-Gourhan, 1968, p. 1821). De l&#224;, on peut d&#233;ployer l'exigence de la nuance selon trois perspectives, la &lt;i&gt;modalit&#233;&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;r&#233;flexivit&#233;&lt;/i&gt;, et l'appr&#233;hension de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt;, o&#249; un regard &lt;i&gt;micro-logique&lt;/i&gt; (le souci du d&#233;tail) et une &lt;i&gt;critique constante du langage&lt;/i&gt;, sont transversalement conditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Parce que les nuances font sens et sont sens dans toute pratique corporelle, et s'exacerbent dans l'expression des pratiques o&#249; les corpor&#233;it&#233;s sont particuli&#232;rement construites, leur approche th&#233;orique doit prendre le parti pris de la modalit&#233; en anthropologie. L'implication de la modalit&#233; en anthropologie, que Fran&#231;ois Laplantine d&#233;cline en sept propositions (2005, p. 185-216) permet de replacer leur appr&#233;hension dans la temporalit&#233; et leur infime transformation. Pour l'auteur, il s'agit d'une &#171; d&#233;marche permettant d'appr&#233;hender les modes de vie, d'action et de connaissance, les mani&#232;res d'&#234;tre, et plus pr&#233;cis&#233;ment encore les modulations des comportements, y compris les plus apparemment anodins, non seulement dans la relation &#224; l'espace, mais dans la dimension du temps, ou plut&#244;t, de la dur&#233;e &#187; (2005, p. 185). Forg&#233; &#224; partir de son sens musical (modes mineur et majeur) et grammatical (modes de la conjugaison verbale, 2005, p. 188), le qualificatif modal centre l'attention sur l'intensit&#233; et la plasticit&#233; propre au ph&#233;nom&#232;ne &#233;tudi&#233; dans le temps et l'espace, mais aussi sur la perception qu'en a le chercheur. Il s'agit ainsi de &#171; r&#233;int&#233;grer l'exp&#233;rience sensible du temps dans notre mode de connaissance &#187; (2005, p. 190), privil&#233;gier le processus sur le produit, le faire sur le fait. Cela implique de prendre en compte les diverses r&#233;alit&#233;s que nous percevons de l'exp&#233;rience du ph&#233;nom&#232;ne que nous &#233;tudions. L'attention &#224; la modalit&#233; ne peut ainsi se d&#233;partir d'une approche critique du langage, c'est-&#224;-dire r&#233;sister &#224; son usage autoritaire et utilitaire, qui confond l'information ou la communication avec la production de connaissance. Il s'agit au contraire d'utiliser le langage pour dire &#171; ce qui l'exc&#232;de &#187;, c'est-&#224;-dire, l'affect, en se r&#233;orientant vers la &#171; pens&#233;e d'une solidarit&#233; du concept-affect qui est une solidarit&#233; conflictuelle, c'est-&#224;-dire vers une implication r&#233;ciproque de la vie sensible du sujet, de l'histoire et du langage dans son rapport &#224; ce qui n'est pas &#224; proprement parler langagier &#187; (2005, p. 211).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Penser le sensible revient donc &#224; recourir &#224; une exigence de rigueur qui ne peut faire l'&#233;conomie du langage, lequel est articulation et m&#233;diation. Et pour l'auteur, l'esth&#233;tique est l'une de ces &#171; m&#233;diations &#187; (2005, p. 213). C'est &#171; cet &#233;cart, &#233;crit-il, par rapport au langage, dans un travail de r&#233;organisation perceptive et auditive, [&#8230;] qu'il convient de revendiquer &#187; (2005, p. 217). Les pratiques performatives se distinguant par leur degr&#233; de construction, de codification et d'intention, sont susceptibles de b&#233;n&#233;ficier de l'exigence modale en relevant les &#233;carts entre les cat&#233;gories du discours (verbal et gestuel) et leur r&#233;alisation, en r&#233;sistant &#224; la tentation s&#233;miologique r&#233;duisant une pratique &#224; un objet flottant ind&#233;pendant de tout contexte social, en repla&#231;ant le percept comme garde-fou de l'attitude surplombante de la th&#233;orisation et de la conceptualisation. Il convient alors de porter une attention micrologique &#224; la mise en sc&#232;ne des corps, des sons, des images et du langage (Laplantine, 2009) pour s'affranchir de la s&#233;miologie contre la d&#233;composition et la suppression du lien social, et restituer dans l'&#233;criture la polyphonie de la r&#233;alit&#233; &#224; travers un regard globalisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; l'&#233;vidence, il n'y a pas de perspective modale possible sans une r&#233;flexivit&#233; chronique traduite par cette critique constante du langage. Comme l'ont montr&#233;, entre autres, Pierre Bourdieu (1980) et Henri Meschonnic (1995), notre perception et le corpus langagier &#224; notre disposition pour la d&#233;crire et l'analyser sont historiquement et socialement construits. Les &lt;i&gt;performance studies&lt;/i&gt; (Schechner, 2000, chap. 1) puis l'ethnosc&#233;nologie (Bi&#227;o, 2009, p. 39 ; Pradier, 2007) se sont saisies, pour l'&#233;tablissement de leurs m&#233;thodes respectives, de la r&#233;flexivit&#233; telle que suscit&#233;e par son &#233;clatement dans le d&#233;bat et la constitution d'une anthropologie de la performance turnerienne, elle-m&#234;me issue de la rencontre entre des artistes du th&#233;&#226;tre et des anthropologues. L'exigence de r&#233;flexivit&#233;, issue initialement de la mise en question de la m&#233;thodologie de la pratique du terrain, et pos&#233;e par l'&#201;cole de Chicago, est directement h&#233;riti&#232;re des tendances ph&#233;nom&#233;nologiques qu'Alfred Sch&#252;tz avait d&#233;velopp&#233;es dans la sociologie (Le Breton, 2004, p. 92-98). L'esth&#233;tique s'y concevait non seulement d&#233;j&#224; en terme ph&#233;nom&#233;nologiques mais aussi dans le paradigme de la relation sociale, sans &#234;tre confondue au domaine des arts. On doit notamment &#224; Clifford Geertz les pointages les plus incisifs sur le probl&#232;me de la perception, de la r&#233;ception, et de la restitution par l'ethnographe. Dans l'&#233;pilogue de l'ouvrage posthume de Victor Turner &lt;i&gt;The Anthropology of experience&lt;/i&gt;, o&#249; sont discut&#233;es les probl&#233;matiques du &#171; &lt;i&gt;text as performance&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;performance as text&lt;/i&gt; &#187;, Geertz montre comment &#171; la vie des symboles &#187; d&#233;truit les binarit&#233;s en soulevant les contrastes qu'&#233;met tout sujet entre son exp&#233;rience de l'&#233;v&#233;nement qui en est &#224; l'origine, et son &#171; rejeu interpr&#233;tatif &#187; (&lt;i&gt;interpretative replay&lt;/i&gt;, 1986, p. 380), en soulignant la capacit&#233; de l'exp&#233;rience, m&#234;me rejou&#233;e, &#224; cr&#233;er de l'original &lt;i&gt;(originate)&lt;/i&gt;, &#224; l'infini. &#171; Tout est affaire de gratter les surfaces &#187; (1986, p. 373), &#233;crit-il, et c'est assur&#233;ment par le biais de nos exp&#233;riences que nous trafiquons avec et alt&#233;rons la r&#233;alit&#233;. On ne s'&#233;tendra pas plus sur l'exigence de r&#233;flexivit&#233; au vu de sa fr&#233;quente mobilisation. En revanche, l'attention prise aux infimes gradations des nuances de l'expression et de la perception, induisant une posture r&#233;flexive ferme, mettent en lumi&#232;re l'importance de l'appr&#233;hension de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; dans toute production humaine, et d'autant plus lorsqu'elle est projet&#233;e sur l'espace commun du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'attention aux nuances implique une pens&#233;e de la &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; comme singularit&#233;/irr&#233;ductibilit&#233; et comme intraduisibilit&#233; culturelles. Leroi-Gourhan les liait, avec une terminologie quelque peu dat&#233;e, aux processus de &#171; sp&#233;ciation &#187; et de &#171; diff&#233;renciation des ethnies &#187;, dans ce qu'il prenait &#224; la fois pour le fondement et l'&#233;preuve de l'ethnologie : &#171; la recherche des lois de particularisation &#187; (1968, p. 1119). La nuance en tant qu'&#233;nonciation sonore, visuelle, olfactive etc., participe de la production de diff&#233;rences par cet &#171; ind&#233;finissable ethnique &#187;, et bien s&#251;r, nous confronte &#224; nos limites lorsque nous nous employons &#224; traduire des &lt;i&gt;ethos &lt;/i&gt;form&#233;s par un groupe dans ses pratiques corporelles. Pour Leroi-Gourhan, les techniques agen&#231;ant ces &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des &#171; assemblage[s] origin[aux] et complet[s] &#187; (1968, p. 1819 &lt;i&gt;sq.&lt;/i&gt;) pour contrer le risque de produire une juxtaposition d'informations et r&#233;duire l'ethnographie &#224; sa fonction d'enregistrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce titre, Leroi-Gourhan a produit une r&#233;flexion sur l'image et le film (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi, la diff&#233;rence comme singularit&#233; (irr&#233;ductibilit&#233; culturelle) et intraduisible (limites du langage) doivent &#234;tre rigoureusement appr&#233;hend&#233;es ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'anthropologie du corps et des &#233;motions &#224; partir de l'exp&#233;rience sensible o&#249; les perceptions sensorielles et l'expression des &#233;motions sont socialement et culturellement model&#233;es, participent &#233;videmment &#224; ce projet. Telle qu'elles ont &#233;t&#233; inaugur&#233;es en France notamment par David Le Breton (1990, 1998), leur int&#233;r&#234;t porte sur le fait que &#171; ce sont des relations &#187; qui impliquent &#171; simultan&#233;ment la diff&#233;rence &#224; la fois collective et individuelle, c'est-&#224;-dire la succession des cultures et en leur sein des mani&#232;res singuli&#232;res dont les individus se les approprient &#187; (2004, p. 9). Ici encore l'auteur expose &#224; sa mani&#232;re la triade pouvant servir de base &#224; une anthropologie de l'esth&#233;tique centr&#233;e sur les &#171; cultures affectives &#187; (2004, p. 179-190) o&#249; un &#171; terme &#233;motionnel ne s'entend qu'&#224; l'int&#233;rieur d'un &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; propre &#187; (2004, p. 180). Et cet &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; propre se constitue, dans les pratiques corporelles artistiques ou non, spectaculaires ou non, &#224; partir de techniques &#224; travers lesquelles des groupes instrumentalisent leurs relations au monde. C'est &#224; l'int&#233;rieur de cette instrumentalisation, qui est une &lt;i&gt;construction&lt;/i&gt;, que les groupes fabriquent l'irr&#233;ductibilit&#233; de leur singularit&#233; culturelle collective. Ainsi, la nuance en tant que diff&#233;rence est-elle centrale dans le sens o&#249; elle d&#233;voile le jeu de la partition, &#224; la fois collective et individuelle, des &#171; partages du sensible &#187; (Ranci&#232;re, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#233;tude des pratiques corporelles, surtout spectaculaires, ne peut faire l'&#233;conomie de leurs dimensions politiques. Ces derni&#232;res ne se r&#233;v&#232;lent pas en particulier sur la sc&#232;ne, et encore moins syst&#233;matiquement dans le discours (gestuel ou verbal) mis en sc&#232;ne, mais bien plut&#244;t dans la mani&#232;re de mettre au jour et distribuer ce discours. Les &lt;i&gt;cultural studies&lt;/i&gt;, et notamment les &lt;i&gt;postcolonial&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;subaltern studies&lt;/i&gt;, ont brandi la notion de diff&#233;rence, largement impr&#233;gn&#233;e des th&#233;ories dites postmodernes comme celle de Derrida et sa notion de &#171; signature &#187; (&lt;i&gt;L'&#201;criture et la Diff&#233;rence&lt;/i&gt;), en la r&#233;introduisant comme valeur et source susceptible de reconstituer ou d&#233;crire moins id&#233;ologiquement la r&#233;alit&#233; plurielle des processus de socialisation. Comme le rappelle ici Homi Bhabha, &#171; l'&#233;nonciation de la diff&#233;rence culturelle probl&#233;matise la division binaire entre pass&#233; et pr&#233;sent, tradition et modernit&#233;, au niveau de la repr&#233;sentation culturelle et de son discours autoritaire &#187; (2007, p. 78). De m&#234;me, on ne peut sous-estimer que &#171; l'&#233;mancipation commence [&#8230;] quand on comprend que les rapports du dire, du voir et du faire appartiennent &#224; la structure de la domination et de la suj&#233;tion &#187; (Ranci&#232;re, 2008, p. 19). Ces rapports du dire, du voir et du faire sont des performativit&#233;s qui r&#233;v&#232;lent davantage sur les rapports sociaux puisqu'ils s'&#233;laborent dans un &#233;change direct entre individus et rendent contingent son devenir. Dans le m&#234;me sens, Judith Butler, autre th&#233;oricienne du &#171; politique du performatif &#187; ou de la puissance d'agir en tant que politique, s'&#233;rige contre toute naturalisation provenue de la r&#233;duction de la r&#233;alit&#233; au langage, car &#171; le performatif social joue un r&#244;le crucial non seulement dans la formation du sujet, mais &#233;galement dans la contestation politique et la reformulation continuelle du sujet &#187; (2004, p. 210). Cette diff&#233;rence provenue de la &#171; reformulation continuelle du sujet &#187; a d'autant plus de force qu'elle est &#233;nonc&#233;e (dans les gestes et la parole) de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e, r&#233;-it&#233;r&#233;e. Pour elle, la puissance d'agir contenue dans le performatif ou la performativit&#233; (&lt;i&gt;performativity&lt;/i&gt;) r&#233;side dans le fait que toute action fait &#233;cho &#224; des &#171; actions ant&#233;rieures et accumule la force de l'autorit&#233; &#224; travers la r&#233;p&#233;tition ou la citation d'un ensemble de pratiques ant&#233;rieures qui font autorit&#233; &#187; : il n'y a donc aucune &#171; force performative sans cette historicit&#233; accumul&#233;e et dissimul&#233;e &#187; (2004, p. 80). C'est ainsi que Butler ouvre le champ du pouvoir de re-signification (2004, p. 100) par le sujet lui-m&#234;me. Et bien s&#251;r, cette analyse de l'action verbale vaut pour les gestes, et ce, quel que soit leur degr&#233; de construction. Si &#171; l'essence de la politique r&#233;side dans les modes de subjectivation dissensuels qui manifestent la diff&#233;rence de la soci&#233;t&#233; &#224; elle-m&#234;me &#187; (Ranci&#232;re, 2004 p. 251-252), alors les pratiques spectaculaires fournissent forc&#233;ment ces m&#233;canismes &#224; lire &#224; travers l'exercice verbal, sonore et gestuel des praticiens &#224; l'&#339;uvre, car ils s'y livrent plus ou moins lib&#233;r&#233;s d'un carcan juridique ou institutionnel &#233;tabli dans le consensus social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les relations entre l'exp&#233;rience et l'expression du sensible donnent &#224; voir et comprendre le jeu des distributions sociales par-del&#224; le jeu de l'institutionnalisation. Ce qu'il convient de voir comme le soul&#232;ve le philosophe Jacques Ranci&#232;re, c'est que les &#171; oppositions d&#233;finissent proprement un partage du sensible, une distribution a priori des positions et des capacit&#233;s et incapacit&#233;s attach&#233;es &#224; ces positions. Elles sont des all&#233;gories incarn&#233;es de l'in&#233;galit&#233; &#187; (Ranci&#232;re, 2008, p. 19). La conscience de cette in&#233;galit&#233; et sa prise en compte sont indispensables pour se d&#233;faire de tout ethnocentrisme : certaines &#171; mani&#232;res de faire &#187; restent inapprochables par les instruments linguistiques de l'institution dans lesquelles elles s'ins&#232;rent. Ces &#233;nonc&#233;s institutionnels mettent au jour l'inconciliabilit&#233; des deux logiques de l'art, sa g&#233;n&#233;ration et ses dispositifs, en croyant pouvoir confondre des pratiques signifiantes pour le groupe qui les exercent, avec leurs repr&#233;sentations. Il faut tenter au contraire, comme le propose Homi Bhabha, de se d&#233;faire d'une analyse &#171; o&#249; le texte Autre est pour toujours l'horizon ex&#233;g&#233;tique de la diff&#233;rence, jamais l'agent actif de l'articulation &#187; (2007, p. 73) et &#234;tre attentif, bien que ce soit difficile, au moment o&#249;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;l'Autre perd son pouvoir de signifier, de nier, d'instaurer son d&#233;sir historique, d'&#233;tablir son propre discours institutionnel et oppositionnel. Si bien connu que soit le contenu d'une autre culture, si anti-ethnocentrique que puisse &#234;tre sa pr&#233;sentation, c'est sa &lt;i&gt;localisation &lt;/i&gt;comme le point de fermeture des grandes th&#233;ories, la demande, en terme analytique, qu'elle soit toujours le bon objet de savoir, le corps docile de la diff&#233;rence, qui reproduit une relation de domination et constitue l'accusation la plus grave contre les pouvoirs institutionnels de la th&#233;orie critique. (2007, p. 73)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette attention est d'autant plus n&#233;cessaire qu'on &#233;tudie de plus en plus de pratiques issues de l'acc&#233;l&#233;ration globale du ph&#233;nom&#232;ne diasporique et de pratiques issues de divers genres spectaculaires d&#233;j&#224; &#233;tablis, ou aux statuts divers, ou encore in&#233;dits. Une analyse de la cat&#233;gorie portugaise de l'action &#171; brincar &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une analyse du terme de brincadeira et du verbe brincar tels que con&#231;us et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; pertinente &#224; ce titre. C'est souvent la modalit&#233; de l'action &#8211; ses qualit&#233;s &#8211; qui politise, c'est-&#224;-dire qui injecte cet &#233;cart n&#233;cessaire ou ce dissensus, la diff&#233;rence d'une soci&#233;t&#233; &#224; elle-m&#234;me. En ce sens, l'introduction dans l'approche des pratiques performatives, de la politique en tant que manifestation d'un dissensus dans l'espace social, la politique seulement dans la mesure o&#249; elle manifeste ces partages du sensible historiquement institu&#233;s et accumul&#233;s, para&#238;t essentielle. En effet, si on d&#233;finit une communaut&#233; esth&#233;tique par le fait qu'elle se r&#233;unit autour de techniques et mani&#232;res de produire fabriquant un ensemble symbolique derri&#232;re lequel elles entendent manifester une certaine identification, on sait que certaines exercent &#224; l'int&#233;rieur de groupes les englobant ne reconnaissant pas cet appareil dans leur sensibilit&#233;, ou, pire, comme pouvant relever de ce qu'ils con&#231;oivent comme &#171; beaut&#233; &#187;. En ce sens, on peut citer l'approche du corps de l'anthropologue Pierre-Joseph Laurent, qui analyse la beaut&#233; en terme &#171; d'in&#233;galit&#233; fondamentale &#187; (2011, p. 35-58). C'est la vieille (et sombre) histoire de la probl&#233;matique de l'art en anthropologie : les modes d'appropriation de la production esth&#233;tique ne se dissolvent pas dans la diversit&#233; culturelle. Pour l'auteur, le corps &#233;tant &#224; la fois un donn&#233; et un construit,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;le corps objet est celui du corps propre, d'une &#171; esth&#233;tique d&#233;j&#224; l&#224; &#187;. [&#8230;] il renvoie &#224; une r&#233;partition in&#233;gale de la beaut&#233; et &#224; une &#171; singularit&#233; donn&#233;e &#187;. Que celle-ci repose sur des crit&#232;res universels ou qu'elle proc&#232;de de conventions culturelles, &#233;volutives et n&#233;gociables ne change pas fondamentalement [la] question. Ce corps propre est donc celui que chaque humain doit s'approprier. Il est alors question d'un corps construit qui devient un corps sujet en mesure d'exprimer une identit&#233; culturelle particuli&#232;re &#224; la faveur de la reconnaissance que lui accorde l'entourage. (Laurent, 2010, p. 40)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#171; L'esth&#233;tique au sens large comme l'une des cl&#233;s de l'ethnologie &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion d'esth&#233;tique est probl&#233;matique en elle-m&#234;me, il n'est pas besoin d'insister sur le fait qu'il s'agisse d'une notion europ&#233;ocentr&#233;e, polys&#233;mique et pol&#233;mique dont l'emploi porte &#224; confusion selon les terminologies acad&#233;miques. Aussi, pour atteindre ce &#171; sens large &#187; dont parle Leroi-Gourhan, et qu'elle soit op&#233;ratoire sans forger de r&#233;ductionnismes, il convient paradoxalement de la restreindre &#224; son &#233;tymologie grecque, &lt;i&gt;aisthesis&lt;/i&gt;, telle que d&#233;finie plus haut. Elle est entendue ici comme un rapport sensible au monde, &#233;tabli par le ph&#233;nom&#232;ne de l'exp&#233;rience qui n'a plus rien &#224; voir avec la &#171; th&#233;orie de l'art &#187; laquelle, comme Hans Robert Jauss le faisait remarquer en 1972, &#171; restait limit&#233;e &#224; l'ontologie de l'objet esth&#233;tique, et abandonnait le plus souvent les probl&#232;mes r&#233;sultant de la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; esth&#233;tique &#224; la po&#233;tique normative ou &#224; la th&#233;orie subordonn&#233;e des affects &#187; (1978, p. 144-145). &lt;i&gt;Praxis&lt;/i&gt; et affect sont au contraire la combinatoire essentielle &#224; notre programme. En recourant &#224; une approche plus apolog&#233;tique de l'exp&#233;rience esth&#233;tique, Jauss d&#233;roule, avec d'autres, un v&#233;ritable projet anthropologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jauss d&#233;ploie ces th&#232;ses dans un texte issu d'une conf&#233;rence en 1972 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En effet, pour r&#233;introduire l'esth&#233;tique en tant que &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; et d&#233;fendre la fonction sociale de l'art et des disciplines scientifiques &#224; son service, Jauss formule quatre th&#232;ses. Premi&#232;rement, l'exp&#233;rience subjective d&#233;bouche sur l'exp&#233;rience intersubjective (1978, p. 143) parce que la jouissance n&#233;cessaire &#224; l'exp&#233;rience esth&#233;tique se distingue de la jouissance sensuelle par la &#171; distanciation du sujet et de l'objet &#187; (1978, p. 142) : l'exp&#233;rience esth&#233;tique devient alors non seulement une relation entre le sujet et l'objet et n'est plus r&#233;duite &#224; des propri&#233;t&#233;s suppos&#233;ment sp&#233;cifiques de l'objet, mais elle entra&#238;ne in&#233;vitablement cette prise de distance r&#233;flexive nous ramenant &#224; la conceptualisation, fondamentale pour l'ethnologue, comme pour l'artiste. Deuxi&#232;mement, l'exp&#233;rience esth&#233;tique est &#233;mancipatoire en n'op&#233;rant pas seulement &#224; &#171; la lib&#233;ration &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; quelque chose &lt;i&gt;(catharsis)&lt;/i&gt; mais &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; quelque chose &#187; (p. 143) : en mobilisant Paul Val&#233;ry notamment, Jauss montre que la pratique de l'art devient l'exercice d'un pouvoir po&#239;&#233;tique, et ce double aspect de la production/r&#233;ception assure une fonction cognitive, la production de connaissance. Ce con-na&#238;tre n'est plus dans la perception esth&#233;tique un re-conna&#238;tre mais une &#171; d&#233;couverte &#187;, c'est-&#224;-dire non pas un &#171; simple retour contemplatif vers quelque v&#233;rit&#233; pr&#233;existante mais un &#8220;conna&#238;tre&#8221; qui d&#233;pend d'un pouvoir qui s'exp&#233;rimente dans l'agir &#187;, de telle sorte que &#171; comprendre et construire ne sont plus qu'une seule et m&#234;me op&#233;ration &#187; (p. 152). Troisi&#232;mement, &#171; la perception esth&#233;tique est une instance de critique du langage et de la cr&#233;ation &#187; (p. 160), et cette valeur op&#233;ratoire et cognitive de la perception esth&#233;tique l&#232;ve l'opposition entre jouissance et action, attitude esth&#233;tique et pratique morale ou &#233;thique. Jauss reconna&#238;t donc &#224; l'exp&#233;rience esth&#233;tique une certaine &#171; raison pratique &#187; (p. 169) bien avant l'apport neurologique de &lt;i&gt;L'erreur de Descartes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans L'erreur de Descartes, Antonio R. Damasio (2000) s'emploie &#224; d&#233;montrer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quatri&#232;mement, l'exp&#233;rience esth&#233;tique n'aura de fonction sociale que si on ne la r&#233;duit pas &#224; l'exp&#233;rience de l'&#339;uvre ou &#224; l'exp&#233;rience de soi, mais si elle s'ouvre sur une exp&#233;rience de l'autre (p. 161).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Extr&#234;mement simplifi&#233;es ici, ces th&#232;ses participent &#224; la r&#233;habilitation de la perception esth&#233;tique dans le processus social et &#224; la reconsid&#233;ration de ses fonctions socialisantes et individuantes. Dans les pratiques corporelles codifi&#233;es en vue de la r&#233;alisation d'un produit artistique ou non, sc&#233;nique ou non, le fait que le corps soit le m&#233;dium par lequel l'exp&#233;rience est r&#233;alis&#233;e, &#224; la fois la source et la cible de la perception, donnent &#224; lire les processus d'individuation et de socialisation, mais aussi &#224; comprendre le r&#244;le du ph&#233;nom&#232;ne collectif de l'investissement esth&#233;tique dans la construction d'un groupe &#224; partir de ses diff&#233;renciations par rapport &#224; un autre l'englobant. En exposant les alt&#233;rations que nous op&#233;rons sur la r&#233;alit&#233; gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience esth&#233;tique, ces th&#232;ses affirment la consistance anthropologique de l'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La crispation sur l'ontologie de l'objet dans les sciences de l'art que Jauss &#233;voque a brillamment &#233;t&#233; d&#233;construite par le philosophe Jean-Marie Schaeffer, mobilisant lui aussi explicitement l'anthropologie. Il est fr&#233;quent que l'&#233;tude des pratiques performatives s'en tienne &#224; l'&#233;tablissement de r&#233;pertoires descriptifs de techniques ne repla&#231;ant pas l'objet dans son contexte et son r&#233;seau de relations. Schaeffer rappelle &#224; quel point les projections selon lesquelles un &#171; objet esth&#233;tique &#187; aurait des propri&#233;t&#233;s perceptives surnum&#233;raires internes (propri&#233;t&#233;s physiques et artefactuelles) ou relationnelles (propri&#233;t&#233;s intentionnelles et fonctionnelles) sont culturellement construites et europ&#233;o-centr&#233;es. Pour lui, &#171; contrairement aux apparences, ce qui pose probl&#232;me dans l'expression &#8220;objet esth&#233;tique&#8221;, ce n'est pas le deuxi&#232;me terme, mais le premier : penser la dimension esth&#233;tique en termes d'objets nous interdit l'acc&#232;s &#224; la r&#233;alit&#233; des faits esth&#233;tiques &#187; (2004, p. 29). Pour appr&#233;hender la sp&#233;cificit&#233; de ces objets en ce sens, il propose les notions de &#171; surco&#251;t de l'attention &#187; et de &#171; relation esth&#233;tique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Schaeffer (2004) construit la notion de &#171; surco&#251;t &#187; &#224; partir de deux autres : &#171; syst&#232;me d'information co&#251;teux &#187; que Roland Barthes avait formul&#233;e pour d&#233;crire et d&#233;finir &#171; l'art dans un message verbal &#187;, &#171; de fa&#231;on &#224; &#233;viter toute restriction de la po&#233;tique &#224; la po&#233;sie et &#224; bien marquer qu'il s'agit d'un plan g&#233;n&#233;ral du langage commun &#224; tous les genres &#187; (Barthes, 2002b, p. 1272) ; et &#171; architecture &#224; fonction purement ostentatoire &#187;, que Carl T. Bergstrom (2001) avait &#233;labor&#233;e &#224; partir d'une th&#233;orie biologique des signaux chez l'animal. Par &#171; signaux &#224; co&#251;t &#233;lev&#233; &#187;, il entend &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;toute production de signaux qui prend le contre-pied du principe d'&#233;conomie r&#233;gulant en g&#233;n&#233;ral les activit&#233;s vitales &#187;&lt;/i&gt; (2004, p. 43). Une distinction est importante ici : il ne faut pas confondre l'&lt;i&gt;attention &lt;/i&gt;avec l'&lt;i&gt;intention&lt;/i&gt; esth&#233;tique, car l'intention esth&#233;tique n'engendre pas automatiquement un surco&#251;t de l'&lt;i&gt;attention&lt;/i&gt; esth&#233;tique. Cette derni&#232;re notion pr&#233;sente ainsi au moins deux avantages : d&#233;crire le travail de l'esth&#233;tique en tant que relation sensible entre un individu (psychique ou collectif) et l'objet de son attention, sans passer par le seul prisme d'une repr&#233;sentation mentale pr&#233;alable de l'objet ou d'un seul d&#233;terminisme social contr&#244;lant son corps ; d&#233;crire la particularit&#233; de cette relation engendr&#233;e d'une construction particuli&#232;re de l'objet, sans lui pr&#234;ter des propri&#233;t&#233;s sensibles suppos&#233;ment surnum&#233;raires (comme dans &#171; objets d'art &#187;, &#171; beaux-arts &#187;). De plus, elle ne pr&#233;sente aucun marqueur ethnocentrique, social, &#233;conomique ou statutaire. D'ailleurs, Schaeffer voit en elle une &#171; constante transculturelle et transhistorique &#187; (2004, p. 42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; la suite de G&#233;rard Genette (1997) notamment, il propose un autre instrument pertinent, &#171; la conduite esth&#233;tique &#187; pour mettre en lumi&#232;re celui de &#171; relation &#187;. La polys&#233;mie du terme de conduite (tr&#232;s analogue &#224; celui de pratique n&#233;anmoins sans forc&#233;ment &#233;voquer la &#171; r&#233;p&#233;tition &#187;) montre en effet les dissensions subtiles entre ce qui la gouverne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous faisons r&#233;f&#233;rence &#224; la notion de &#171; gouvernement des corps &#187; telle que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et ses interactions dans un contexte donn&#233;. Elle pose ainsi la question de l'intention. Chez Genette, le terme d&#233;signe la d&#233;marche d'un sujet en tant qu'il se met dans un &#233;tat propice &#224; faire ces exp&#233;riences ou &#224; les provoquer, g&#233;n&#233;rant ce faisant une &#171; relation esth&#233;tique &#187; : l'&#339;uvre de l'esth&#233;tique (il dit &#171; l'&#339;uvre de l'art &#187;) est ainsi relation. Par ailleurs, l'individuation qu'elle rend propice est susceptible de mener &#224; la &#171; participation &#187; au sens o&#249; Gilbert Simondon &#233;crit que &#171; la participation, pour l'individu, est le fait d'&#234;tre &#233;l&#233;ment dans une individuation plus vaste par l'interm&#233;diaire de la charge de la r&#233;alit&#233; [&#8230;] des potentiels qu'il rec&#232;le &#187; (1989, p. 18). Dans le projet d'une anthropologie de l'esth&#233;tique, la relation esth&#233;tique est reconnue &#224; la fois comme moteur et motif du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Schaeffer reprend la notion de &#171; conduite esth&#233;tique &#187; en r&#233;orientant son appr&#233;hension, mais de mani&#232;re mod&#233;r&#233;e, vers les sciences cognitives. Il s'agit d'&#171; une activit&#233; et non une attitude passive &#187;, &#171; de discrimination cognitive de discernement &#187; qui &#171; peut comporter des composantes imaginatives &#187; et enfin, &#171; accompagn&#233;e d'une satisfaction prise &#224; l'activit&#233; cognitive elle-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Respectivement, Schaeffer, 2000, p. 14, p. 17, p. 16, p. 17.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour en faire cet instrument &#171; transculturel et transhistorique &#187;, il faut admettre sa comp&#233;tence relationnelle en &#171; distingu[ant] entre l'activation esth&#233;tique d'un objet ou d'une repr&#233;sentation et les fonctions &#233;ventuelles dans lesquelles cette activation se trouve ench&#226;ss&#233;e &#187; (2004, p. 43). Cette distinction est essentielle dans la mesure o&#249; de cette mani&#232;re, les pratiques spectaculaires ne peuvent plus &#234;tre confondues avec les dispositifs de l'art qui sont des contraintes entre autres spatiales, temporelles, technologiques, sonores etc. adjacentes, mais qui peuvent avoir un impact inalt&#233;rable sur leur formatage. Elle m&#232;ne &#224; voir ce que Jacques Ranci&#232;re appelle les &#171; r&#233;gimes d'identification de l'art &#187; : un r&#233;gime &#171; o&#249; l'art est identifi&#233; par un mode d'&#234;tre sensible propre &#224; ses produits &#187; (2000, p. 90). Or, il n'y a pas d'art pour autant qu'un groupe recourt &#224; son identification interne. Il ne suffit pas qu'il y ait des peintres ou des musiciens, des acteurs ou des danseurs pour qu'une forme d'art soit identifi&#233;e. L'auteur affirme que pour qu'il y ait de l'art, &#171; il faut encore que leurs performances soient l'objet de regards qui y discernent une sph&#232;re d'activit&#233; sp&#233;cifique, de jugement qui argumente cette sp&#233;cificit&#233;, d'institutions qui donnent corps &#224; cette visibilit&#233; &#187; (Ranci&#232;re, 2004, p. 15). Ces r&#233;gimes d'identification de l'art ne doivent pas &#234;tre confondus aux dispositifs de l'art, m&#234;me s'ils coexistent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#171; Une science des valeurs, des rythmes, des saveurs et des formes &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; produit des &#171; cultures affectives &#187; par le biais de pratiques techniquement codifi&#233;es et esth&#233;tiquement investies. L'attention micrologique du regard sur les modalit&#233;s de la codification et de l'investissement esth&#233;tique est n&#233;cessaire pour ne pas brader la complexit&#233; et la singularit&#233; de chacune. L'ensemble des notions de &#171; valeurs &#187;, &#171; rythmes &#187;, &#171; saveurs &#187; et &#171; formes &#187; prennent d'autant plus de consistance dans les pratiques o&#249; les corpor&#233;it&#233;s font sp&#233;cifiquement l'objet de constructions formelles et imaginaires, o&#249; les techniques construisent de la connaissance. Mais l'&#233;pist&#233;mologie du rythme a ici une valeur paradigmatique, &#224; l'instar de celle de la relation. Tout sujet impliqu&#233; dans une pratique spectaculaire fabrique une &#233;thique collective &#224; partir d'instruments techniques (le corps inclus) dont la singularit&#233; provient de la production d'un rythme par l'instrumentalisation de valeurs (imaginaires), saveurs et formes (concr&#232;tes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Comme Bruno Karsenti l'a saisi chez Leroi-Gourhan, c'est dans la fa&#231;on dont l'homme se projette au dehors qu'il fait d'un ph&#233;nom&#232;ne technique ou d'une technologie un fait social total (1998, p. 229) et porte son historicit&#233;. Karsenti identifie la notion de &#171; biologie de la technique &#187; comme &#171; le lieu &#233;pist&#233;mologique &#187; (1998, p. 234) du programme de Leroi-Gourhan (1964, p. 209), investi d'une double intention : resituer le ph&#233;nom&#232;ne technique dans une dynamique vitale qui en d&#233;termine le sens et les modalit&#233;s ; et prendre acte des formes sociales d'existence dans lesquelles cette dynamique s'accomplit n&#233;cessairement (1998, p. 227). &#201;videmment &#171; le corps en tant que &lt;i&gt;corps technique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire en tant que corps expuls&#233; de lui-m&#234;me par ses propres forces, et expos&#233; sur l'espace commun du social &#187; (1998, p. 236-237) est l'obstacle fertile sur lequel Leroi-Gourhan articule sa pens&#233;e. En traitant la m&#233;moire du corps comme d'une m&#233;moire &lt;i&gt;sp&#233;cifique&lt;/i&gt;, avec ses propres &#171; m&#233;canismes de conservation, stabilisation et d'int&#233;gration &#187;, il pourrait r&#233;soudre la contradiction issue de l'expression &#171; technique du corps &#187; : penser simultan&#233;ment ce qui rel&#232;ve d'une facult&#233; propre (la cr&#233;ativit&#233;) et de l'acquis (l'&lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce que le ph&#233;nom&#232;ne technique dans sa diversit&#233; m&#234;me rend mat&#233;riellement visible, ce n'est au fond rien d'autre que la dynamique proprement humaine du d&#233;ploiement d'un certain comportement technique, de son inscription dans le monde sous diff&#233;rentes formes instrumentales. Ce qui est humain, et seulement humain, c'est avant tout la projection au dehors, sur une sc&#232;ne forc&#233;ment collective, des organes de la technicit&#233; &#8211; d'une technicit&#233; qui ne cesse pas d'&#234;tre organique alors qu'elle s'affirme sur le mode instrumental. (Leroi-Gourhan, 1965, p. 63, cit&#233; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Karsenti, 1998, p. 238)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont Leroi-Gourhan aborde la technique, comme une &#171; option biologique inscrite dans l'&#233;l&#233;ment corporel, conduit in&#233;luctablement &#224; une conception fonci&#232;rement vitaliste de la mati&#232;re, qui la pr&#233;sente sous le jour d&#233;concertant d'une sorte d'organologie g&#233;n&#233;rale &#187; (Karsenti, 1998, p. 238). Cette conception n'invite donc pas &#224; forclore la conception sociale de la technique dans une &#171; puissance propre du social sur le corps &#187; &#8211; ce qui arrive dans les lectures trop radicales du biopouvoir de Foucault &#8211; mais bien plut&#244;t &#224; montrer la solidarit&#233; des &#171; montages physio-psycho-sociologiques &#187; (1998, p. 240).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; l'&#233;chelle des corps, l'ins&#233;parabilit&#233; de la movibilit&#233; de l'outil (l'instrument n&#233;cessaire &#224; la technique) et de la contextualisation sociale du geste (le &#171; cycle op&#233;ratoire &#187;), constitue chez Leroi-Gourhan ce &#171; vitalisme &#187;. Cette obsession de penser la mati&#232;re et le vivant &#224; l'&#339;uvre dans les processus de socialisation, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;dit&#233;e d'une sorte de mysticisme obscur dans l'histoire de l'anthropologie fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Morin, 1975. Roger Bastide, &#233;l&#232;ve de Mauss et coll&#232;gue de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, ainsi con&#231;u, le vitalisme ne peut qu'&#234;tre r&#233;habilit&#233; dans une anthropologie de l'esth&#233;tique &#233;largie. Aussi, cette sorte d'organologie g&#233;n&#233;rale n'a-t-elle rien de d&#233;concertant, mais participe d'une vision &#171; &#233;nerg&#233;tique &#187; du monde, tel que saisie, entre autres, par &#201;douard Glissant. Le po&#232;te philosophe observe le processus social &#224; l'&#339;uvre &#8211; qui d&#233;borde largement aujourd'hui la description des mutations des soci&#233;t&#233;s cr&#233;oles ou fonci&#232;rement &#171; hybrides &#187; &#8211; &#224; travers la notion de &#171; cr&#233;olisation &#187;, qui est, sinon, un processus rythmique et sensible. Ce processus &#224; l'&#339;uvre, qu'il pose dans le concept de &#171; Relation &#187; (1990) d&#233;signe la &#171; force po&#233;tique [&#8230;] comme &#233;nergie du monde &#187; (1990, p. 173), c'est-&#224;-dire l'esth&#233;tique (le sensible) en tant qu'agir po&#239;&#233;tique. Cette conception implique un certain paradigme de la rythmicit&#233;, de plus en plus essentiel &#224; penser et qui devrait r&#233;sonner dans plusieurs dimensions de l'approche des formes spectaculaires en particulier. Ce paradigme, d&#233;j&#224; pr&#233;sent chez Mauss comme irr&#233;ductibilit&#233; de l'humanit&#233; (&#171; socialement et individuellement, l'homme est un animal rythmique &#187;, 2002, p. 126), associ&#233; au sensible (&#224; partir de Boas, &#171; l&#224; o&#249; il y a rythme, il y a g&#233;n&#233;ralement esth&#233;tique &#187; 2002, p. 127), est poursuivi par Leroi-Gourhan : le rythme est ce qui permet de d&#233;crire et ce qui op&#232;re l'&#171; assemblage original et complet &#187; dans &#171; une collectivit&#233; tenue pour unique &#187; (1968, p. 1919).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La notion de rythme d&#233;veloppe elle aussi une pens&#233;e de la socialisation et du politique, comme l'a montr&#233; Pascal Michon (2007) &#224; partir d'un appareil conceptuel croisant, d'un point de vue &#171; radicalement historique &#187; (p. 37) les &#171; dynamiques des groupes sociaux, des corps et du langage humains &#187; (2007, p. 40). Selon lui, contrairement &#224; la notion de &#171; style &#187; qui identifie les individus par diff&#233;rence, et diff&#233;remment de la notion de &#171; ritournelle &#187; (Deleuze) qui indique une organisation autonome de l'individuation, la notion de rythme, d&#233;signant &#171; l'organisation du mouvant &#187;, est dot&#233;e d'une &#171; dimension formelle, mais irr&#233;guli&#232;re, sans r&#232;gle et sans dimension transcendantale &#187; (2007, p. 41). Cette conception du rythme, largement emprunt&#233;e au sens que d&#233;veloppe Henri Meschonnic dans son &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt; (1982), met l'accent sur son caract&#232;re individuant et &#233;ventuellement subjectivant : corporel ou langagier, le rythme est l'organisation du sujet &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; discours, &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; son discours. Or Michon, conscient du caract&#232;re restreint &#224; l'art de cette d&#233;finition, car un processus rythmique ne d&#233;bouche pas forc&#233;ment sur une individuation pleine et enti&#232;re, admet que cette proposition, &#171; trop th&#233;orique &#187;, ne convient pas tout &#224; fait &#224; l'&#233;tude des corpor&#233;it&#233;s dans le processus social (2007, p. 43-46). Il s'agit plut&#244;t de consid&#233;rer le processus social comme un &#171; assemblage de techniques [&#8230;] qui d&#233;terminent les mani&#232;res de fluer, c'est-&#224;-dire les variations des interactions d'un ensemble d'&#234;tres humains [&#8230;] constitu[ant] des 'idiosyncrasies historiques' &#187; (2007, p. 71). Dans son cours au Coll&#232;ge de France &lt;i&gt;Comment vivre ensemble ?&lt;/i&gt;, Roland Barthes (2002) a introduit une pens&#233;e anthropologique de la s&#233;miologie en d&#233;veloppant notamment les notions de rythme et d'idiorrythmie. Michon les r&#233;&#233;labore dans ce rythme entendu comme &#171; mani&#232;re singuli&#232;re de fluer &#187; (&#224; partir du sens strict du grec &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, qui n'est pas synonyme de &lt;i&gt;metron&lt;/i&gt; mais contient le &lt;i&gt;metron &lt;/i&gt;seulement en tant que l'une de ses modalit&#233;s) pouvant d&#233;crire la discursivit&#233;, la socialit&#233; et la corpor&#233;it&#233; &#224; l'&#339;uvre, c'est-&#224;-dire la &#171; production des individus [&#8230;] &lt;i&gt;indissociablement&lt;/i&gt; singuli&#232;re et collective dans la &lt;i&gt;successivit&#233; du temps&lt;/i&gt; &#187; (2007, p. 72).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, Leroi-Gourhan associe les notions de &#171; saveurs &#187; et &#171; formes &#187; &#224; ce qu'il entendait, avec le langage de son &#233;poque, par &#171; l'ind&#233;finissable ethnique &#187;, c'est-&#224;-dire la singularit&#233; de la cr&#233;ativit&#233; &#224; l'&#339;uvre irr&#233;ductible et souvent intraduisible de tout groupe socioculturel. Dans son article &#171; L'exp&#233;rience ethnologique &#187; (1968), il d&#233;finit la sp&#233;cificit&#233; de l'ethnologie par la mise en lumi&#232;re de la singularit&#233; &#224; l'&#339;uvre &#224; travers l'utilisation de techniques par les groupes sociaux pouvant les distinguer dans la diversit&#233;. La t&#226;che de l'ethnologue est &#171; particularisante &#187; et vise le &#171; singulier &#187; contrairement &#224; celle de l'anthropologue, &#171; g&#233;n&#233;ralisante &#187; et visant davantage les lois de &#171; structure &#187; (1968, p. 1817). Pour lui, &#171; l'exp&#233;rience ethnologique &#187; est &#171; une ethnographie derri&#232;re laquelle s'exerce la vigilance d'une perception de l'organisation originale des traits d'un groupe ethnique &#187;, et cesse d'&#234;tre ethnologique lorsqu'on&#171; renonce &#224; consid&#233;rer l'ethnie comme un assemblage original et complet &#187; (1968, p. 1819).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette d&#233;marche est pr&#233;cis&#233;ment celle de l'artiste ou du groupe qui construit des techniques &#224; travers lesquelles il fonde son &#171; identification &#187;. Elle est aussi utile &#224; l'&#233;tude des formes spectaculaires et artistiques. Dans son cours sur &lt;i&gt;Le Neutre&lt;/i&gt; cette fois, Barthes recourt &#224; une d&#233;finition performative de la notion latine de &lt;i&gt;qualitas, &lt;/i&gt;une puissance d'agir irr&#233;ductible qu'il pr&#233;sente &#171; comme &#233;nergie &#187; (2002, p. 86) : &#171; La &lt;i&gt;qualitas&lt;/i&gt;, c'est ce qui descend sur &#8220;les choses&#8221; (dans leur indistinction) et s'imprime comme une force de distinction, de sp&#233;cification, de nomination &#187; &lt;i&gt;(ibidem)&lt;/i&gt;. Il s'agit en m&#234;me temps d'une &#171; force agissante, quelque chose qui s'&#233;lance, jaillit et s'&#233;l&#232;ve, qui &#8220;qualifie&#8221;, c'est-&#224;-dire quelque chose qui fait qu'une chose est telle &#187; (2002, p. 86), sans parler uniquement d'un point de vue linguistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans cet ouvrage, Barthes observe et d&#233;crit le Neutre &#171; non plus dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apr&#232;s avoir montr&#233; qu'une qualit&#233; ne peut se d&#233;finir que &lt;i&gt;par rapport&lt;/i&gt; &#224; d'autres, il termine en disant qu'elle produit une pens&#233;e d'un certain Neutre (&#171; un troisi&#232;me terme complexe et non terme z&#233;ro &#187;, p. 87) qu'il entend d'ailleurs aussi comme une &#171; valeur active &#187; (p. 262). De fait, pour &#234;tre rapide, toutes les qualit&#233;s se valent a priori, comme l'avait &#233;galement saisi Leroi-Gourhan &#224; travers la technique. C'est donc bien sur ce point que, en partant d'une exp&#233;rience ethnologique de la singularit&#233; sensible, nous pouvons &#233;tablir une certaine anthropologie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Vers &#171; une syst&#233;matique adapt&#233;e aux besoins de l'expression de l'ind&#233;finissable ethnique &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;introduction, dans l'&#233;tude des pratiques corporelles, de la technique en tant qu'elle porte l'historicit&#233; d'un groupe socioculturel dans la successivit&#233; du temps et donne &#224; voir &#224; la fois la singularit&#233; et la variabilit&#233; plastique de ses productions, peut contribuer &#224; une anthropologie de l'esth&#233;tique &#233;largie. Leur sp&#233;cificit&#233; &#233;tant celle d'exacerber ou d'inhiber le jeu du bon et du beau dans la fabrication, la manifestation, la r&#233;ception et les modes d'appropriation constituant l'instrumentalisation de leurs productions, celle-ci permettrait de r&#233;introduire le sensible, soit l'esth&#233;tique en tant qu'&lt;i&gt;aisthesis&lt;/i&gt;, comme degr&#233; z&#233;ro de toute &#233;criture corporelle humaine, &#224; la fois un donn&#233; et un construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#233;pist&#233;mologie d&#233;ploy&#233;e ici engage &#224; r&#233;unir les perspectives anthropologique et esth&#233;tique en tant qu'elles s'interp&#233;n&#232;trent dans la r&#233;alit&#233;, malgr&#233; nos compulsions &#224; ignorer les singularit&#233;s de l'autre et &#224; nous complaire dans nos projections mentales hors du domaine du sensible. Ces travers, souvent induits par des terminologies incompr&#233;hensibles d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre parce qu'elles sont &#233;loign&#233;es non pas tant dans le temps et dans l'espace, que dans le langage, peuvent se r&#233;sorber n&#233;anmoins en cultivant l'interp&#233;n&#233;tration et la compl&#233;mentarit&#233; &#233;pist&#233;mologique, r&#233;v&#233;l&#233;es dans une conception paradigmatique de la relation et du rythme, atomes irr&#233;ductibles de toute forme d'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'attention prise aux nuances &#8211; incluant l'appr&#233;hension des construits de la modalit&#233;, de la r&#233;flexivit&#233; et de la diff&#233;rence &#8211; &#224; partir de la tenue d'un regard micrologique et d'une critique constante du langage sur les productions humaines cherchant &#224; se projeter sur l'espace commun du social, peut &#233;viter que se reforme la distance entre le percept, l'affect et le concept dans nos essais de traduction des &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; des autres. En effet, l&#224; o&#249; il y a pratique &#171; artistique &#187;, il n'y a pas que de la l&#233;g&#232;ret&#233; cr&#233;atrice et du plaisir, il y a aussi de la contrainte et des relations de d&#233;plaisir, devant nous engager &#224; tenir compte des repr&#233;sentations dans lesquelles ces relations sont ench&#226;ss&#233;es et les dispositifs de l'art dans lesquels elles sont exerc&#233;es. De m&#234;me, travailler avec le degr&#233; de construction et d'intentionnalit&#233; dans ces modes de production est non seulement une condition &lt;i&gt;sine qua none&lt;/i&gt; pour d&#233;crire ces m&#233;canismes, mais en plus, en r&#233;v&#232;lent avec acuit&#233; les enjeux de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tenir ce qu'il faut bien appeler la rigueur de cette approche para&#238;t n&#233;cessaire tant pour la pratique des formes spectaculaires et la pratique ethnographique, que pour leurs th&#233;orisations respectives : elle fait partie d'une m&#234;me d&#233;marche. R&#233;instaurer le sensible dans la technique, c'est fonci&#232;rement dissocier a priori art et esth&#233;tique, pour r&#233;fl&#233;chir en terme de &lt;i&gt;tekhn&#232; &lt;/i&gt;et ce qui y est esth&#233;tiquement investi. Cette perspective pourrait non seulement &#233;viter une d&#233;shumanisation des techniques, c'est-&#224;-dire aussi proc&#233;der &#224; une industrialisation du regard sur les pratiques humaines. Plusieurs &#233;pisodes dans l'histoire ont montr&#233; que nous savions le faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=35&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;BARBA, Eugenio &amp; SAVARESE, Nicola, &lt;i&gt;L'&#233;nergie qui danse. Dictionnaire d'anthropologie th&#233;&#226;trale&lt;/i&gt;, Montpellier : L'Entretemps, 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BARTHES, Roland, &lt;i&gt;Le Neutre. Cours au Coll&#232;ge de France (1977-1978)&lt;/i&gt;. Paris : Seuil/IMEC, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BARTHES, Roland, &#171; L'analyse rh&#233;torique &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes, II&lt;/i&gt; (1962-1967), Paris, Seuil, (1967) 2002b&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BERGSTROM, Carl T., 2001 (2006). &#171; An introduction to the theory of honest signalling &#187;. En ligne : &lt;a href=&#034;http://octavia.zoology.washington.edu/handicap/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://octavia.zoology.washington.edu/handicap/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BHABHA, Homi K., &lt;i&gt;Les lieux de la culture. Une th&#233;orie postcoloniale&lt;/i&gt;. Paris : Payot &amp; Rivages, 2007 (1994)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BI&#195;O, Armindo Jorge de Carvalho, &lt;i&gt;Etnocenologia e a cena baiana : textos reunidos&lt;/i&gt;. Salvador : P&amp;A Grafica e Editora, 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BI&#195;O, Armindo Jorge de Carvalho, &#171; A Presen&#231;a do Corpo em Cena nos Estudos da Performance e na Etnocenologia &#187;, &lt;i&gt;Estudos da Presen&#231;a&lt;/i&gt;, Porto Alegre, v. 1, n. 2, p. 346-359, jul./dez., 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BROMBERGER, Christian &lt;i&gt;&amp; al&lt;/i&gt;., &#171; Hommage &#224; Andr&#233; Leroi-Gourhan &#187;. Terrain&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;n&#176; 7, p. 61-76, octobre 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BOURDIEU, Pierre, &lt;i&gt;Le sens pratique&lt;/i&gt;, Paris : Minuit, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BUTLER, Judith, &lt;i&gt;Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif&lt;/i&gt;, Paris : &#201;d. Amsterdam, (1997) 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DELEUZE, Gilles &amp; GUATTARI, F&#233;lix, &#171; Percept, affect, concept &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt; Paris : Minuit, 1991, p. 154-188.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
FASSIN, Didier &amp; MEMMI, Dominique (dir.), &lt;i&gt;Le gouvernement des corps&lt;/i&gt;, Paris : EHESS, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
GEERTZ, Clifford, &#171; Making experiences, authoring selves &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; TURNER, Victor &amp; BRUNER, Edward M. (ed.), &lt;i&gt;The anthropology of experience&lt;/i&gt;, Urbana &amp; Chicago : Illinois University Press, 1986, p. 373-380.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
GENETTE, G&#233;rard, &lt;i&gt;L'&#339;uvre de l'art 2. La relation esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris : Seuil, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
JAUSS, Hans Robert, &#171; Petite apologie de l'exp&#233;rience esth&#233;tique &#187;, &lt;i&gt;Pour une esth&#233;tique de la r&#233;ception&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, 1978, p. 135-172&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
KARSENTI, Bruno, &#171; Techniques du corps et normes sociales : de Mauss &#224; Leroi-Gourhan &#187;, &lt;i&gt;Intellectica&lt;/i&gt;, n&#176; 26-27, 1998/1-2, p. 227-239.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LAPLANTINE, Fran&#231;ois, &#171; Pr&#233;face &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; BASTIDE, Roger, &lt;i&gt;Le r&#234;ve, la transe et la folie&lt;/i&gt;, Paris : Seuil, 2003 (1972), p. 7-18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LAPLANTINE, Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Le social et le sensible. Introduction &#224; une anthropologie modale&lt;/i&gt;, Paris : T&#233;ra&#232;dre, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LAPLANTINE, Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Son, images et langage. Anthropologie esth&#233;tique et subversion&lt;/i&gt;, Paris : Beauchesne, 20090.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LAURENT, Pierre-Joseph, &lt;i&gt;Beaut&#233;s imaginaires. Anthropologie du corps et de la parent&#233;&lt;/i&gt;. Bruxelles : Academia-Bruylant, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LE BRETON, David, &lt;i&gt;Les passions ordinaires. Anthropologie des &#233;motions&lt;/i&gt;. Paris : Payot &amp; Rivages, 2004 (1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LE BRETON, David, &lt;i&gt;L'interactionnisme symbolique&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LEROI-GOURHAN, Andr&#233;, &lt;i&gt;Le geste et la parole I. Technique et langage&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;Paris : Albin Michel, 2004 (1964).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LEROI-GOURHAN, Andr&#233;, &lt;i&gt;Le geste et la parole II. La m&#233;moire et les rythmes&lt;/i&gt;. Paris : Albin Michel, 2004 (1965).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LEROI-GOURHAN, Andr&#233;, &#171; L'exp&#233;rience ethnologique &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Poirier, Jean (dir.), &lt;i&gt;Ethnologie g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, Encyclop&#233;die de La Pl&#233;iade, p. 1816-1825..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MAUSS, Marcel, &lt;i&gt;Ethnologie et anthropologie&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MAUSS, Marcel, &lt;i&gt;Manuel d'ethnographie&lt;/i&gt;, Paris : Payot &amp; Rivage, 2002 (1967).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MESCHONNIC, Henri, &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;, Paris : Verdier, 2009 (1982).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MICHON, Pascal, &lt;i&gt;Les rythmes du politique. D&#233;mocratie et capitalisme mondialis&#233;&lt;/i&gt;. Paris : Les prairies ordinaires, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MORIN, Fran&#231;oise, &#8220;Roger Bastide ou l'anthropologie des gouffres&#8221;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Archives des sciences sociales des religions&lt;/i&gt;, n&#176; 40, Paris : CNRS, juillet-d&#233;cembre 1975, p. 99-106.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
NEGRI, Toni, &lt;i&gt;L'anomalie sauvage. Puissance et pouvoir chez Spinoza&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
PRADIER, Jean-Marie, &#171; Ethnosc&#233;nologie : les incarnations de l'imaginaire &#187;, Degr&#233;s&lt;strong&gt;, &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;S&#233;miologie du spectacle vivant 2, &lt;/i&gt;35&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e, n&#176; 129-130, Bruxelles, 2007, p. C1-C31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
RANCI&#200;RE, Jacques, &lt;i&gt;Aux bords du politique&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, (1998) 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
RANCI&#200;RE, Jacques, &lt;i&gt;Le partage du sensible&lt;/i&gt;, Paris : La Fabrique, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
RANCI&#200;RE, Jacques, &lt;i&gt;Le spectateur &#233;mancip&#233;&lt;/i&gt;, Paris : La Fabrique, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SCHAEFFER, Jean-Marie, &lt;i&gt;Adieu &#224; l'esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SCHAEFFER, Jean-Marie, &#171; Objets esth&#233;tiques ? &#187;, &lt;i&gt;L'Homme&lt;/i&gt;, Esp&#232;ces d'objets, n&#176; 170, vol. 2, 2004, p. 25-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SIMONDON, Gilbert, &lt;i&gt;L'individuation psychique et collective&lt;/i&gt;, Paris : Aubier, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
STIEGLER Bernard, &lt;i&gt;Constituer l'Europe 2. Le motif europ&#233;en&lt;/i&gt;, Paris : Galil&#233;e, 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'y reprends la partie m&#233;thodologique et th&#233;orique de ma th&#232;se de doctorat intitul&#233;e &lt;i&gt;Les rythmes d'une culture populaire : les politiques du sensible dans le maracatu-de-baque-solto, Pernambuco, Br&#233;sil&lt;/i&gt;, soutenue &#224; l'Universit&#233; Paris 8 Vincennes Saint-Denis, en d&#233;cembre 2010. Bien s&#251;r, c'est l'objet sujet &#233;tudi&#233;, le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, qui a induit cette approche &#233;pist&#233;mologique des pratiques performatives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; ce titre l'approche historique de la notion d'esth&#233;tique par Hans Robert Jauss (1978, p. 135-172).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alors que Armindo Bi&#227;o rejette la notion de performance et tous ses d&#233;riv&#233;s (voir 2007 p. 48-49 ; 2011, p. 351) pour leur confusion fondamentale au passage dans une autre langue que l'anglais, Jean-Marie Pradier retient celle de &#171; performativit&#233; &#187; (voir Pradier, 2007, p. C14-C15), toutefois sans utiliser le terme de &#171; performance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les traducteurs de Judith Butler (2004, p. 14-16), J&#233;r&#244;me Vidal et Charlotte Nordmann, traduisent &lt;i&gt;agency&lt;/i&gt; par &#171; puissance d'agir &#187;, d&#233;signant &#171; &#224; la fois ce qui est actif ou ce qui exerce un pouvoir, et le &#8216;principe', la force motrice &#224; l'&#339;uvre dans une action donn&#233;e &#187; (p. 15). C'est pr&#233;cis&#233;ment la description de l'emploi du terme par Judith Butler, ce que produit le performatif ou la performativit&#233; (&lt;i&gt;performativity&lt;/i&gt;). Nous cautionnons ce choix.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur la question, voir par exemple Pradier, 2007, p. C14 ; une critique de &#171; l'op&#233;rateur performatif &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Stiegler, 2005, p. 32-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette dimension est davantage d&#233;velopp&#233;e dans les &lt;i&gt;performance studies&lt;/i&gt;, qui, on le sait, se sont constitu&#233;es en particulier &#224; partir des &lt;i&gt;cultural&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;subaltern&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;postcolonial studies&lt;/i&gt; (par ex. Schechner, 2000, p. 110-142) et l'apport des critiques postmodernistes et poststructuralistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Elle pr&#233;sente un v&#233;ritable &#233;cueil, &#224; savoir le manque d'approfondissement d&#251; &#224; la pluralit&#233; des domaines de sp&#233;cialit&#233;s qu'elle oblige les chercheurs &#224; ma&#238;triser, mais encore un travail de longue haleine qui s'inscrit un peu en porte &#224; faux par rapport aux lois de la productivit&#233; scientifique d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#192; ce titre, Leroi-Gourhan a produit une r&#233;flexion sur l'image et le film ethnographique en particulier, qui fut fondatrice pour l'anthropologie visuelle en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Une analyse du terme de &lt;i&gt;brincadeira&lt;/i&gt; et du verbe &lt;i&gt;brincar&lt;/i&gt; tels que con&#231;us et men&#233;s par les &lt;i&gt;maracatuzeiros&lt;/i&gt; de la Zona da Mata Norte de Pernambuco &#224; travers le &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, montre une complexit&#233; &#224; l'&#339;uvre en tant que discours et en tant que modalit&#233; de l'action. Or, ces termes ne la rendent absolument pas dans le langage usuel au Br&#233;sil. Cette r&#233;flexion prend d'autant plus de sens que la &lt;i&gt;maracatu-de-baque-solto&lt;/i&gt;, en tant que forme spectaculaire dite &#171; populaire &#187; r&#233;alis&#233;e par des &#171; subalternes &#187;, une forme &#171; folklorique &#187; r&#233;alis&#233;es par des paysans prol&#233;taires de la canne &#224; sucre, a connu une longue p&#233;riode de discrimination sociale, ethnique et esth&#233;tique dans l'histoire du carnaval de Recife.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jauss d&#233;ploie ces th&#232;ses dans un texte issu d'une conf&#233;rence en 1972 intitul&#233;e &#171; Petite apologie de l'exp&#233;rience esth&#233;tique &#187; et publi&#233;e en France &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pour une esth&#233;tique de la r&#233;ception&lt;/i&gt; (2004) en 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;L'erreur de Descartes&lt;/i&gt;, Antonio R. Damasio (2000) s'emploie &#224; d&#233;montrer ce m&#233;canisme, qu'il nomme &#171; la raison des &#233;motions &#187;, &#224; partir de l'organisation c&#233;r&#233;brale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous faisons r&#233;f&#233;rence &#224; la notion de &#171; gouvernement des corps &#187; telle que d&#233;velopp&#233;e &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Fassin &amp; Memmi, 2004, p. 12-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Respectivement, Schaeffer, 2000, p. 14, p. 17, p. 16, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Morin, 1975. &lt;a id=&#034;_GoBack&#034;&gt;&lt;/a&gt;
Roger Bastide, &#233;l&#232;ve de Mauss et coll&#232;gue de Leroi-Gourhan, fut &#171; accus&#233; &#187; de vitalisme, notamment suite &#224; son exp&#233;rience br&#233;silienne, parce qu'il laissait pr&#233;cis&#233;ment cet espace ouvert &#224; l'impensable explicitement situ&#233; dans l'exp&#233;rience de la tension entre corps et psych&#233; (une tension fertile o&#249; la religion f&#251;t v&#233;hicule). Fran&#231;ois Laplantine dans sa pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Le r&#234;ve, la transe et la folie&lt;/i&gt;, d&#233;finit pr&#233;cis&#233;ment cette pens&#233;e qu'il rejoint &#224; &#171; la part maudite &#187; de Georges Bataille, et &#224; laquelle on peut associer la sociologie du th&#233;&#226;tre que Jean Duvignaud a pertinemment sous-titr&#233;e &#171; sociologie des ombres collectives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans cet ouvrage, Barthes observe et d&#233;crit le Neutre &#171; non plus dans les faits de langue, mais dans les faits de discours, &#233;tant entendu que ce mot s'applique &#224; tout syntagme articul&#233; par le sens : textes litt&#233;raires, philosophiques, mystiques, mais aussi gestes, comportements et conduites cod&#233;s par la soci&#233;t&#233;, motions int&#233;rieures du sujet &#187; (2002, p.261) puis explique enfin, &#171; on a essay&#233; de faire entendre que le Neutre ne correspondait pas forc&#233;ment &#224; l'image plate, fonci&#232;rement d&#233;pr&#233;ci&#233;e qu'en a la Doxa, mais pouvant constituer une valeur forte, active &#187; (2002, 262).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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