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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Le don est un rythme... &#192; la rencontre de Marcel Mauss et d'Henri Lefebvre
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		<dc:date>2010-12-22T08:50:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-Marie Fixot
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		<description>
&lt;p&gt;Trois aspects de l'&#339;uvre de Marcel Mauss ont toujours retenu plus particuli&#232;rement mon attention : la morphologie sociale, dont un des textes fondateurs, l'Essai sur les variations saisonni&#232;res des soci&#233;t&#233;s eskimos, demeure une source de r&#233;flexion pour comprendre les relations des soci&#233;t&#233;s &#224; leurs espaces, notamment pour la g&#233;ographe que je suis ; le don, pr&#233;sent&#233; dans l'Essai sur le don, paru en 1925, con&#231;u &#224; la fois comme le &#171; roc &#187; du lien social et de sa morale, comme constitutif des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Sociologie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Des rythmes dans le don&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=39#outil_sommaire_0'&gt;Des rythmes dans le don&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;De l'eurythmie &#224; l'arythmie du don&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=39#outil_sommaire_1'&gt;De l'eurythmie &#224; l'arythmie du don&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=39#outil_sommaire_2'&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Trois aspects de l'&#339;uvre de Marcel Mauss ont toujours retenu plus particuli&#232;rement mon attention :
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la morphologie sociale, dont un des textes fondateurs, l'&lt;i&gt;Essai sur les variations saisonni&#232;res des soci&#233;t&#233;s eskimos&lt;/i&gt;, demeure une source de r&#233;flexion pour comprendre les relations des soci&#233;t&#233;s &#224; leurs espaces, notamment pour la g&#233;ographe que je suis ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le don, pr&#233;sent&#233; dans l'&lt;i&gt;Essai sur le don&lt;/i&gt;, paru en 1925, con&#231;u &#224; la fois comme le &#171; roc &#187; du lien social et de sa morale, comme constitutif des soci&#233;t&#233;s et orchestr&#233; selon un cycle &#224; trois temps : donner, recevoir et rendre ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le corps, dont le &lt;i&gt;Manuel d'ethnographie&lt;/i&gt; montre toute l'importance et nous incite &#224; prendre en consid&#233;ration ses expressions et fonctions, par exemple &#224; travers la figure de la danse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces textes seront appel&#233;s dans cet article par les initiales EVS ; ES ; ME.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; mes yeux, un fil rouge traverse ces centres d'int&#233;r&#234;t a priori et &#224; premi&#232;re vue dispers&#233;s : il s'agit de la question des rythmes qui constituent un des axes fondamentaux de la pens&#233;e de Marcel Mauss. Je le cite : &#171; Socialement et individuellement, l'homme est un animal rythmique &#187; [&lt;i&gt;ME&lt;/i&gt; : 85] ; &#171; L'homme est un animal rythm&#233; &#187; [&lt;i&gt;ibidem &lt;/i&gt; : 109] ; et dans toute son &#339;uvre revient l'id&#233;e plus ou moins explicite que le corps, le travail et l'art sont des rythmes, m&#234;me s'ils ne sont pas que rythmiques. Il y a l&#224; l'affirmation de deux &#233;l&#233;ments : d'une part, l'existence n'est pas assimilable &#224; de la pure fluidit&#233; ; de la discontinuit&#233; l'anime aussi (&#171; la vie n'est pas un long fleuve tranquille &#187; disent certains) ; d'autre part, ces s&#233;quences ne sont pas r&#233;ductibles &#224; une simple instantan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, Henri Lefebvre, dans un opuscule posthume, intitul&#233; &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de rythmanalyse&lt;/i&gt; [1992], dont il avait introduit d&#233;j&#224; les th&#232;mes dans le tome III de la &lt;i&gt;Critique de la vie quotidienne : de la Modernit&#233; au modernisme&lt;/i&gt; (paru en 1982), met, &#224; l'instar de Marcel Mauss, les probl&#232;mes de rythmes et de rythmicit&#233; au c&#339;ur m&#234;me de l'interrogation sur les hommes et les soci&#233;t&#233;s. Au point de faire de la &#171; rythmanalyse &#187;, une nouvelle discipline, une discipline charni&#232;re, transdisciplinaire et pluridisciplinaire, avec, comme projet, celui de &#171; comprendre le myst&#232;re de l'abstrait et du concret, de l'&#233;tatique et du quotidien, du discontinu et du continu &#187; (pr&#233;face de Ren&#233; Lourau, p. 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais r&#233;fl&#233;chir aux pratiques humaines en termes de rythme rel&#232;ve &#224; la fois d'une grande banalit&#233;, tant chacun d'entre nous croit conna&#238;tre le sens du terme ou voit tout au moins &#224; quoi il renvoie, et d'un certain myst&#232;re d&#232;s qu'on tente de le d&#233;finir avec un minimum de rigueur : il est plus facile de l'invoquer que de le d&#233;finir (et je remercie Alain Caill&#233; de m'avoir encourag&#233;e &#224; en parler alors que ma pr&#233;sentation n'est qu'une &#233;bauche intuitive, bien qu'autoris&#233;e par les &#233;crits m&#234;me de Marcel Mauss). En effet, cette r&#233;flexion aurait n&#233;cessit&#233; un travail plus syst&#233;matique et plus approfondi que celui que j'ai fait jusque-l&#224; sur ce rapport du rythme et du don ; je pense, par exemple, &#224; la prise en compte des &#233;tudes r&#233;alis&#233;es sur &#171; l'instant bachelardien &#187; et la &#171; dur&#233;e bergsonienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En d&#233;pit de ces limites personnelles et &#224; la suite d'autres chercheurs membres du MAUSS, tel Pascal Michon, je crois utile, dans un monde et une soci&#233;t&#233; analys&#233;s comme de plus en plus fluides, de r&#233;fl&#233;chir aux rapports &#233;troits qu'entretiennent le don et le rythme. D'une part, si le rythme para&#238;t &#234;tre au fondement de toute pr&#233;sence terrestre en tant que condens&#233; de temps, d'espace et d'&#233;nergie, le cycle du don, &#224; la base de ce qui fait tenir ensemble une soci&#233;t&#233; et maintenir &#171; debout &#187; les hommes dans l'estime d'eux-m&#234;mes &#224; travers la reconnaissance d'autrui, s'inscrit lui aussi dans les rythmes de l'existence terrestre. D'autre part, les actes de donner, recevoir, rendre mais aussi les quatre composantes du don &#8211; l'obligation et la libert&#233;, le calcul et la gratuit&#233; &#8211; constituent autant de formes &#224; r&#233;inscrire dans les rythmes m&#234;me du don pour en comprendre la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aussi, j'analyserai d'abord la pr&#233;sence du rythme dans les temps cycliques et dans le mixte des composantes du don. Puis, je montrerai que la transformation du don en poison s'accompagne du passage de l'eurythmie &#224; l'arythmie. Enfin, j'insisterai sur le fait que toutes ces relations, tous ces jeux et passages proc&#232;dent du r&#244;le moteur de l'&#233;nergie qui replace chaque don dans des r&#233;seaux de poly-rythmie (ou de pluri- ou multi- rythmie) dans le quotidien de nos vies et des soci&#233;t&#233;s, l&#224; o&#249; l'analyse tend &#224; en faire trop souvent des actes isol&#233;s les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=39#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Des rythmes dans le don&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, la lecture d'Alain Caill&#233; m'incite &#224; penser le paradigme de &#171; l'esprit du don &#187; sur le mode d'une pulsation qui propulse toute relation dans des cycles de fr&#233;quences et d'intensit&#233;s variables d'acc&#233;l&#233;ration et de d&#233;c&#233;l&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Les composantes du rythme dans le cycle du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si on prend au s&#233;rieux l'id&#233;e que le cycle du don maussien est susceptible de relever de la notion de rythme, la r&#233;flexion d'Henri Lefebvre constitue une aide appr&#233;ciable, m&#234;me si certains peuvent la juger aujourd'hui insuffisamment aboutie. En effet, il la pr&#233;sente en fonction de trois caract&#233;ristiques principales : le mouvement, la r&#233;p&#233;tition et la mesure, chacune &#233;tant tr&#232;s souvent confondue avec le terme m&#234;me de rythme tant le sens de ce dernier est complexe voire obscur.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le mouvement exprime l'encha&#238;nement de gestes, d&#233;pend de la vitesse plus ou moins lente ou rapide et associe &#224; la fois une allure pouvant prendre des apparences plus ou moins m&#233;caniques et/ ou organiques, ainsi qu'un aspect d&#233;cisionnel de la part de divers acteurs. La liaison de tout don au mouvement est bien reconnaissable et simple &#224; &#233;tablir.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La r&#233;p&#233;tition (qui est de l'ordre de la p&#233;riodicit&#233;) s'ordonne dans le temps et dans l'espace ; elle op&#232;re des retours et des reprises. Mais il n'y a pas de r&#233;p&#233;tition absolue, &#224; l'identique, ind&#233;finiment. Au contraire, il y a toujours de l'impr&#233;vu, du neuf, de la diff&#233;rence qui s'introduisent dans le r&#233;p&#233;titif, qui se d&#233;cline de fa&#231;on cyclique et/ ou de mani&#232;re lin&#233;aire, ces deux formes interf&#233;rant constamment dans la r&#233;alit&#233;. L&#224; encore, qui r&#233;fl&#233;chit sur ce qui est donn&#233;, re&#231;u et rendu se rend vite compte de l'absence d'&#233;galit&#233; quantifiable et &#233;tablie par avance qui pr&#233;side &#224; cette relation, diff&#233;rente de celle du march&#233; par exemple.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La mesure enfin (qui renvoie &#224; la structure) correspond &#224; de la loi, &#224; du projet, qui existe aussi dans tout rythme. Ce dernier pr&#233;sente ainsi le m&#234;me paradoxe que le don : l'un comme l'autre &#8211; loin d'&#234;tre ce qu'ils paraissent souvent, c'est-&#224;-dire, naturels, spontan&#233;s, sans loi autre que celle de leur propre d&#233;ploiement &#8211; impliquent au contraire, aussi, obligation calcul&#233;e et pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est sans doute parce que le don est rythme qu'il a parmi d'autres composantes, celle de l'obligation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Les modalit&#233;s du rythme dans les grammaires du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; la fois dans les actes du don (donner, recevoir, rendre) et dans les champs de la pratique qui l'anime (outre l'obligation, la libert&#233;, le calcul et la gratuit&#233;), sont rep&#233;rables aussi quelques modalit&#233;s du rythme.
De la m&#234;me fa&#231;on qu'il n'y a rien d'inerte dans le monde, mais des choses et des &#234;tres vivants, c'est-&#224;-dire des formes inscrites dans des rythmes tr&#232;s divers, certains tr&#232;s lents, d'autres plus vifs &#224; l'&#233;chelle de nos vies humaines, il en est de m&#234;me pour celles du don qui anime la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rep&#233;rons, en reprenant certaines cat&#233;gories d'Henri Lefebvre, quelques types de rythmes qui habitent ainsi le don : il y a des &#171; rythmes secrets &#187;, non pas qui ne se savent pas mais qui ne se disent pas n&#233;cessairement : des rythmes silencieux dont on ne parle pas, ou peu, ou rarement, mais qui se manifestent, des dons plus ou moins visibles ou lisibles, plus ou moins implicites. Il y a des &#171; rythmes publics et sociaux &#187; qui donnent lieu &#224; des dons d&#233;clar&#233;s, manifestes, officiels. Il existe des &#171; rythmes fictifs &#187; qui se rattachent davantage &#224; l'ordre des dons imaginaires ; mais encore des rythmes &#171; dominateurs/domin&#233;s &#187; qui endettent beaucoup et m&#234;me trop, parfois, pour permettre aux receveurs de se placer en position de possibles donateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, si le rythme appara&#238;t comme mesurable et de ce fait rationalisable (dans sa part quantitative), il rel&#232;ve aussi de ce qui &#233;chappe &#224; la raison (tel l'&#233;v&#233;nement ou l'impr&#233;visible), ce qui fait que la raison s'&#233;chappe &#224; elle-m&#234;me quand de l'exc&#232;s l'habite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ausculter ainsi le don &#224; l'aune de ses rythmes, &#233;couter ses battements et &#234;tre sensible &#224; ses vibrations permet peut-&#234;tre alors de mieux comprendre comment de la m&#233;lodie et de l'harmonie de la relation, temps de sollicitude eurythmique, celle-ci bascule dans celle de l'arythmie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=39#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;De l'eurythmie &#224; l'arythmie du don&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t n&#233;cessaire de s&#233;parer deux registres d'analyse qu'on a souvent tendance &#224; m&#233;langer tant l'exp&#233;rience du don est proche et rend difficile la mise &#224; distance : celui du don v&#233;cu et celui de sa compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; &lt;strong&gt;Celui du don v&#233;cu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En cl&#233; de &#171; rythmes &#187;, la sollicitude devient de l'eurythmie qui exprime &#224; la fois &#171; un mouvement bien fait &#187; et &#171; un mouvement qui fait du bien &#187; [Michon, 2008].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cela n&#233;cessite de prendre le temps de se mettre au rythme de l'autre, chacun vivant dans des temporalit&#233;s multiples mais pas toutes harmoniques en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme, comme scansion et articulation, est aussi organisateur de la force des hommes. Pour Mauss, si le don constitue le roc du lien social, le rythme correspond &#224; une pratique de la communaut&#233; qui vise, par l&#224; m&#234;me, &#224; resserrer le tissu social. Ainsi, dans &lt;i&gt;&#338;uvres &lt;/i&gt; [t. II : 251 et suivantes, &#224; propos de l'ouvrage de Gummere, &lt;i&gt;The beginning of poetry&lt;/i&gt;], Mauss montre que l'origine du rythme de la parole et du chant ne rel&#232;ve pas de l'individu mais est &#224; rechercher dans le groupe d'hommes qui concertent leur voix et leurs gestes en une m&#234;me masse dansante. Il reprend l'image d'une &#171; horde homog&#232;ne &#187; qui est plus qu'une foule, qui n'est homog&#232;ne que par l'effet d'une rythmisation commune des voix et des gestes : &#171; Alors le langage devient naturellement rythm&#233; parce que le rythme est le seul moyen d'&#233;tablir un concert juste des diff&#233;rents efforts vocaux. Et aussi le rythme est bien le r&#233;sultat de l'association ; les forces individuelles n'auraient jamais rien produit de pareil si elles &#233;taient rest&#233;es isol&#233;es &#187; (p. 254). Il s'agit de penser la naissance du rythme parl&#233; et chant&#233; dans les rapports qu'entretiennent les corps et les consciences de chaque individu &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me groupe : le rythme, facult&#233; d'ensemble, vient directement d'une action faite ensemble &#187; (p. 252). Se pose alors le probl&#232;me de la cadence unique impos&#233;e pour tous dans la construction des sujets humains, qui n&#233;cessite la reconnaissance de modulations mineures laiss&#233;es &#224; la spontan&#233;it&#233; et &#224; la libre expression des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, si on n&#233;glige de construire et de faire une place pour cette &#233;coute indispensable du rythme de l'autre, s'ensuivent des mouvements d'arythmie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; titre d'exemple, l'arythmie survient quand des temporalit&#233;s dissoci&#233;es et dissonantes entre des &#233;lus et des habitants brisent les effets harmoniques du don r&#233;ciproque r&#233;alis&#233; au nom de l'esprit de la d&#233;mocratie et cr&#233;ent des dissensions, des ranc&#339;urs et du ressentiment. Le renversement du don eurythmique en poison arythmique s'op&#232;re ainsi quand une temporalit&#233; dominante ne laisse pas &#224; l'autre le temps de recevoir et surtout de rendre. Ainsi, se placer en position de recevoir n&#233;cessite de pouvoir se mettre au rythme de l'autre ; mais cette posture est trop souvent pens&#233;e comme un acte passif alors qu'elle exige d'entrer dans la dynamique et le temps de l'autre ; non, ne pas recevoir, c'est seulement continuer &#224; son propre rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Celui de la compr&#233;hension du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Analyser le don comme un rythme facilite l'appr&#233;hension de ses multiples facettes et permet d'en approcher la richesse quant &#224; ses r&#244;les et leurs significations sociales et existentielles. Prenons deux exemples.
D'abord, celui de la contestation &#224; propos du don d'amiti&#233; : sa d&#233;clinaison en cl&#233; de rythme permet de couper court &#224; toutes les mauvaises et fausses querelles pour savoir si elle peut contenir ou non une part de calcul et pour appr&#233;hender son degr&#233; indispensable de gratuit&#233;. Comme tout rythme, l'amiti&#233; tol&#232;re des temps diff&#233;renci&#233;s, tant&#244;t gratuits, tant&#244;t int&#233;ress&#233;s, sans pour autant remettre syst&#233;matiquement en cause la qualit&#233; de la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Second exemple : celui de la discussion &#224; propos de la &#171; puret&#233; du don &#187; : comprendre le don comme une composition de temps variables en tant que rythme, certains moments de pure spontan&#233;it&#233;, d'autres de calcul plus ou moins conscient montre que le processus donataire ne saurait &#234;tre assimil&#233; &#224; quelque chose d'inerte et de pr&#233; programm&#233; dans un seul et unique instant, celui de la &#171; gr&#226;ce &#187;, fig&#233; et pr&#233;d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'unit&#233; de sens est &#224; prendre dans la totalit&#233; du cycle qui compose la relation (donner-recevoir-rendre) et non dans la fragmentation, la dissociation, la parcellisation qui casse le sens g&#233;n&#233;ral du rythme. Ainsi, la danse n'a pas de sens si chaque pas est pris isol&#233;ment : le don n'est autre qu'une valse &#224; trois temps ; de m&#234;me, la marche n'a d'efficace que dans l'encha&#238;nement du mouvement altern&#233; des jambes ; sinon, la position de d&#233;s&#233;quilibre accentu&#233; provoque la chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Chaque temps a sa raison d'&#234;tre mais c'est leur encha&#238;nement global qui est porteur de significations : chaque temps du don n'est pas &#224; interpr&#233;ter isol&#233;ment ; il en va ainsi pour comprendre la socialit&#233; des Eskimos. Elle renvoie &#224; une totalit&#233;, l'ensemble des rythmes de d&#233;placements annuels et non les variations saisonni&#232;res hivernales et estivales prises s&#233;par&#233;ment : &#171; La vie sociale ne se maintient pas au m&#234;me niveau aux diff&#233;rents moments de l'ann&#233;e ; mais elle passe par des phases successives et r&#233;guli&#232;res d'intensit&#233; croissante et d&#233;croissante, de repos et d'activit&#233;, de d&#233;pense et de r&#233;paration [&#8230;] De l&#224; ce rythme de dispersion et de concentration, de vie individuelle et de vie collective&#8230; &#187; [&lt;i&gt;VSE&lt;/i&gt; : 473]. Or, comme le souligne Pascal Michon dans un commentaire de cet extrait de Marcel Mauss : &#171; C'est la succession de ces temps qualitativement diff&#233;rents qui permet aux groupes sociaux de ravauder r&#233;guli&#232;rement leur organisation, d'inventer si n&#233;cessaire les formes qui assurent leur coh&#233;sion interne, et de (re) dessiner leur identit&#233; externe &#187; [2005 : 51]. Dans un sport collectif, au football ou au rugby, le &#171; beau jeu &#187; n'est autre que l'ensemble des &#171; passes &#187;, la suite coordonn&#233;e de dons et de r&#233;ceptions du ballon, autant de gestes rythm&#233;s qui conduisent au plaisir de la construction collective voire &#224; celui du point gagnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, le don comme affaire de rythme ne se r&#233;duit pas &#224; de la simple mesure, &#224; de la stricte chronom&#233;trie. Il existe des temporalit&#233;s de rythme embo&#238;t&#233;es qui correspondent &#224; des sens de don qui se renversent. Il convient alors de les interpr&#233;ter &#224; la bonne &#233;chelle : &#224; propos des Yanomamis, dans son ouvrage &lt;i&gt;Yanomami. L'ire et le d&#233;sir&lt;/i&gt;, Catherine Al&#232;s [2006] montre ainsi que le rythme &#224; court terme du cycle de mort se transforme en rythme de cycle de vie sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est pourquoi mettre le don au centre de toute vie sociale, comme nous y invite Marcel Mauss, c'est aussi poser la question de la place du rythme dans l'organisation des soci&#233;t&#233;s humaines et dans la construction des individus comme sujets humain. Ou encore, c'est envisager le probl&#232;me de la structuration des soci&#233;t&#233;s par le rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette d&#233;marche contribue &#224; mettre en lumi&#232;re quelques aspects essentiels de nos modalit&#233;s d'existence collective et individuelle :
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la polyrythmie des relations de don se d&#233;cline dans notre vie en faisant de nous, non pas seulement &#171; tour &#224; tour &#187; des donneurs-receveurs-donneurs mais aussi &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; des &#234;tres de dons, de r&#233;ceptions et de rendus, aux prises avec les temporalit&#233;s multiples qui sous-tendent les rythmes divers qui orchestrent notre quotidien ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si la platitude, le flux permanent sans discontinuit&#233; ou al&#233;atoire et le moment individualis&#233; traduisent l'absence de rythme, ils abolissent aussi l'effet vertueux du cycle du don : casser le rythme, c'est casser l'efficace du don/contre-don ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, l'id&#233;e de rythme comme art de marquer et de structurer en commun le temps induit et implique celle de mouvement et de s&#233;quence, anim&#233;s par le r&#244;le moteur de l'&#233;nergie. La r&#233;ciprocit&#233;, qui suppose &#224; la fois l'alliance et la distance, r&#233;sulte de ces &#233;changes coexistants d'&#233;nergie. Dans cette perspective, le don comme convertisseur d'&#233;nergies, ayant un r&#244;le d'alternateur et de commutateur, fait jouer et battre ensemble les rythmes du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=39#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;AL&#200;S C., 2006, &lt;i&gt;Yanomami. L'ire et le d&#233;sir&lt;/i&gt;, Paris, Karthala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
LEFEBVRE H., 1992, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de rythmanalyse. Introduction &#224; la connaissance des rythmes&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MAUSS M., 1973 [1904-05], &#171; Morphologie sociale. Essai sur les variations saisonni&#232;res des soci&#233;t&#233;s eskimos &#187;, in &lt;i&gt;Sociologie et Anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; [1925], &#171; Essai sur le don &#187;, in &lt;i&gt;Sociologie et Anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 1967 [1937], &lt;i&gt;Manuel d'ethnographie&lt;/i&gt;, Paris, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 1974, &lt;i&gt;&#338;uvres, tome II&lt;/i&gt;, Paris, Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MICHON P., 2005, &lt;i&gt;Rythmes, pouvoir, mondialisation&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 2007, &lt;i&gt;Les Rythmes du politique. D&#233;mocratie et capitalisme mondialis&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Les Prairies ordinaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces textes seront appel&#233;s dans cet article par les initiales&lt;i&gt; EVS ; ES ; ME&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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