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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Pascal MICHON, Rythmes, pouvoir, mondialisation
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article224</link>
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		<dc:date>2010-12-23T19:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Saverio Ansaldi
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cet article a paru pour la premi&#232;re fois dans la revue Multitudes N&#176; 30, 2007, p. 219-226, sous le titre : &#171; Les rythmes des multitudes. Mondialisation et nouvelles formes d'individuation &#187; P. Michon, Rythmes, pouvoir, mondialisation, Paris, PUF, 2005. Le ph&#233;nom&#232;ne d&#233;sormais irr&#233;versible de la mondialisation soul&#232;ve sans cesse de nouvelles questions auxquelles on fournit souvent des r&#233;ponses partielles et inad&#233;quates. Que faire face &#224; la rapidit&#233; et la violence avec lesquelles la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L102xH150/arton224-a5fb1.png?1717616390' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a paru pour la premi&#232;re fois dans la revue&lt;/i&gt; Multitudes &lt;i&gt;N&#176; 30, 2007, p. 219-226, sous le titre : &#171; Les rythmes des multitudes. Mondialisation et nouvelles formes d'individuation &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
P. Michon, &lt;i&gt;Rythmes, pouvoir, mondialisation&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le ph&#233;nom&#232;ne d&#233;sormais irr&#233;versible de la mondialisation soul&#232;ve
sans cesse de nouvelles questions auxquelles on fournit souvent des r&#233;ponses partielles et inad&#233;quates. Que faire face &#224; la rapidit&#233; et la violence
avec lesquelles la finance globale gouverne et d&#233;termine la vie de
milliards d'individus ? Comment r&#233;pondre d'une mani&#232;re efficace et active
aux nouveaux modes de production capitalistes ? Quelles sont les
formes de vie capables de produire de v&#233;ritables politiques de libert&#233;
et d'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pascal Michon s'interroge sur l'ensemble de ces probl&#233;matiques dans
un ouvrage &#224; maints &#233;gards magistral et d'une rare envergure conceptuelle : &lt;i&gt;Rythmes, pouvoir, mondialisation&lt;/i&gt; (Presses universitaires de France,
coll. &#171; Pratiques th&#233;oriques &#187;, 2005). Le point de d&#233;part de l'auteur est
le suivant : &#171; Face &#224; la nature dynamique et souvent fugace des formes
qui caract&#233;risent ce nouveau monde, les approches syst&#233;miques et individualistes
typiques de la seconde moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'av&#232;rent d&#233;sormais
inop&#233;rantes mais nous ne savons pas encore par quoi les remplacer,
d'o&#249; une certaine confusion dans nos fa&#231;ons d'orienter notre
regard et notre action. Il nous faut donc &#233;laborer un nouveau type d'approche,
mieux ajust&#233; aux conditions sociales et historiques actuelles &#8212;
une pens&#233;e adapt&#233;e au monde fluide dans lequel nous venons d'entrer. &#187;
Les approches th&#233;oriques que nous avons connues jusqu'&#224; pr&#233;sent ne
nous permettent pas de saisir les mutations et les changements induits
par la mondialisation. En effet, &#171; nous sommes d&#233;sormais entr&#233;s dans
un univers domin&#233; par des modes d'organisation fluides en grande partie
inconnus de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, m&#233;langeant conceptions nomades
de l'individuation, modes de travail r&#233;ticulaires, r&#232;gles &#233;conomiques h&#233;rit&#233;es
du vieux laisser-faire, laisser-passer lib&#233;ral et formes politiques internationales
totalement in&#233;dites. Une nouvelle &#232;re de l'histoire vient
de commencer &#187; (p. 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D&#232;s le d&#233;but de son ouvrage, Pascal Michon se d&#233;marque tr&#232;s nettement
des analyses les plus r&#233;pandues, en particulier des conceptions
&#171; r&#233;ticularistes &#187; de la mondialisation. Ce type d'analyses souffrirait &#224;
ses yeux d'une surestimation politique de la technologie. Pour les tenants
des hypoth&#232;ses r&#233;ticularistes, les nouvelles technologies (information,
transports, communication, finance) seraient cens&#233;es produire
de nouvelles formes de subjectivation, d&#233;termin&#233;es par les connexions
et l'assemblage des r&#233;seaux. Or, &#171; les analyses r&#233;ticularistes sont tout &#224;
fait discutables. [...] Le pouvoir qui vient d'&#233;merger se caract&#233;rise par
une unicit&#233; de puissance impos&#233;e &#224; des peuples multiples qui fait penser
aux empires du pass&#233; ; comme jadis, il organise autour de lui un
monde compos&#233; de vassaux et d'oblig&#233;s ; comme jadis, il utilise son h&#233;g&#233;monie pour extraire des quantit&#233;s prodigieuses de richesse du monde
qu'il domine et pour assurer artificiellement &#224; une pl&#232;be imp&#233;riale un
niveau de vie sup&#233;rieur &#224; ce qu'elle produit ; comme jadis, il poss&#232;de
un centre n&#233;vralgique, constitu&#233; aujourd'hui par les &#201;tats-Unis ; comme
jadis, il utilise r&#233;guli&#232;rement la force et la violence l&#224; o&#249; cela lui semble
n&#233;cessaire &#187; (p. 11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En d&#233;finitive, &#171; les analyses en termes individualistes et syst&#233;miques
sont obsol&#232;tes, mais les analyses r&#233;ticularistes, tout en reconnaissant
un certain nombre des r&#233;alit&#233;s auxquelles nous avons affaire, ne sont
pas enti&#232;rement satisfaisantes. Il nous faut donc les remplacer par un
nouveau type d'approche qui tienne compte du r&#244;le jou&#233; par les techniques
r&#233;ticulaires sans minorer l'importance du contexte social et langagier
dans lequel elles interviennent ; une approche qui ne se contente
pas d'inverser les paradigmes m&#233;thodologiques pr&#233;c&#233;dents et qui soit
apte &#224; reconna&#238;tre les formes du mouvement de l'individuation ; une
approche, enfin, qui permette d'articuler les formes de micropouvoirs
p&#233;n&#233;trant les corps avec les formes macropolitiques &#233;tatiques et aujourd'hui
imp&#233;riales &#187; (p. 13-14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quel est donc ce &#171; nouveau type d'approche &#187; &#224; m&#234;me de nous faire
comprendre les nouveaux enjeux de la mondialisation ? La r&#233;ponse fournie
par Pascal Michon est &#224; cet &#233;gard tout fait originale et novatrice :
&#171; la th&#232;se que je voudrais soutenir dans ce livre est qu'au moins une
partie de ces besoins pourrait &#234;tre satisfaite si nous appliquions aux r&#233;alit&#233;s
actuelles un regard instruit au contact de r&#233;alit&#233;s sociales d&#233;j&#224; anciennes
mais, paradoxalement, &#224; nouveau tr&#232;s proches de nous &#187;. En
effet, &#171; &#224; quelques diff&#233;rences pr&#232;s, tous ces ph&#233;nom&#232;nes sont communs
&#224; notre &#233;poque et &#224; celle qui s'est d&#233;roul&#233;e lors de ce que l'on a appel&#233;
la &#8220;premi&#232;re mondialisation&#8221; &#187; (p. 14-15). Comme le souligne l'auteur,
&#171; entre 1890 et 1940, tout un ensemble d'&#233;tudes se sont int&#233;ress&#233;es &#224;
des ph&#233;nom&#232;nes de dissolution rapide des organisations psychiques et
collectives et de concentration du pouvoir, qui &#233;taient relativement similaires
&#224; ceux que nous observons actuellement &#187; (p. 16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, comment peut-on interpr&#233;ter la nouvelle mondialisation &#224; la lumi&#232;re
de l'ancienne ? Quel est le facteur ou le concept reliant les deux
&#233;poques ? &#192; partir de quels param&#232;tres peut-on jeter un pont &#224; travers
l'histoire ? De l'avis de Pascal Michon, c'est la notion de &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt; qui permet
d'effectuer une telle transition. Cette notion se retrouve en effet
d&#233;j&#224; au centre des analyses consacr&#233;es &#224; la premi&#232;re mondialisation.
Les questions que de nombreux auteurs se sont pos&#233;es au d&#233;but du
XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#233;taient tr&#232;s proches des n&#244;tres : &#171; comment d&#233;crire, comprendre, critiquer des organisations sociales et des formes de vie apparemment emport&#233;es dans un flux incessant de transformations ?
Comment expliquer les nouvelles concentrations de force qui apparaissent
dans un monde pourtant fluide ? Quels modes d'actions imaginer
pour s'y opposer ? Quelles formes sociopolitiques alternatives
proposer ? &#187; (p. 16). La notion de rythme a repr&#233;sent&#233; dans cette perspective
un outil conceptuel extr&#234;mement efficace pour tenter de r&#233;soudre
les probl&#232;mes pos&#233;s par la premi&#232;re mondialisation. Elle peut aujourd'hui
&#224; nouveau jouer un r&#244;le d&#233;cisif dans la constitution d'un appareil
critique et th&#233;orique en mesure de nous faire comprendre la nouvelle
mondialisation ; cette notion &#171; permet de penser &#224; la fois la forme
et le mouvement, la libert&#233; de l'action et la dynamique du pouvoir. Elle
respecte l'aspect flottant de la nouvelle r&#233;alit&#233; tout en &#233;chappant aux
conceptions anomiques et apolitiques &#187; (p. 17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ce propos, une premi&#232;re question s'impose. Que doit-on entendre
par &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt; ? Quel est le concept de rythme commun &#224; la premi&#232;re et &#224;
la deuxi&#232;me mondialisation ? Selon Pascal Michon, le rythme peut &#234;tre
d&#233;fini comme &#233;tant &#171; une forme de mouvement de l'individuation, ou
encore comme organisation temporelle complexe des processus par lesquels
sont produits les individus psychiques et collectifs &#187; (ibidem).
C'est pr&#233;cis&#233;ment cette d&#233;finition du rythme qui nous permet d'interpr&#233;ter
la nouvelle mondialisation &#224; partir des exp&#233;riences et des observations
r&#233;alis&#233;es pendant et &#224; la suite de la premi&#232;re mondialisation.
Le pari th&#233;orique de Pascal Michon est &#224; ce propos passionnant et audacieux.
Il s'agit en effet ni plus ni moins que de traverser une immense
litt&#233;rature suivant les r&#232;gles d'une m&#233;thodologie interdisciplinaire extr&#234;mement ouverte et f&#233;conde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La &#171; d&#233;couverte &#187; des rythmes de l'individuation commence selon
Pascal Michon avec les travaux de Mauss et de Durkheim. Pour ce dernier
en particulier, le rythme de la vie collective d&#233;termine et fa&#231;onne
l'ensemble des faits sociaux. Chez Mauss, les rythmes de l'individuation
sociale sont d'origine historique, se d&#233;roulant selon une logique
sp&#233;cifique et d&#233;termin&#233;e. Pascal Michon montre d'une mani&#232;re tout &#224;
fait convaincante la constitution progressive chez Mauss d'une d&#233;finition
du rythme comme forme du mouvement de l'individuation. En
ce sens, chez Durkheim et chez Mauss, mais &#233;galement chez Evans-
Pritchard, le rythme poss&#232;de une dimension politique fondamentale,
affectant directement la morphologie de la soci&#233;t&#233; et l'intensit&#233; de l'individuation
psychique et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette conception politique du rythme se retrouve &#233;galement dans
l'oeuvre sociologique de Gabriel Tarde, dont Pascal Michon fournit une
interpr&#233;tation extr&#234;mement riche et articul&#233;e. &#171; Les travaux de Tarde
montrent une rupture dans un fonctionnement social traditionnel au
moins trimill&#233;naire. Ils en esquissent les principales caract&#233;ristiques et
en indiquent les causes les plus importantes. &#187; En effet, &#171; selon Tarde,
tr&#232;s proche en cela de Simmel, l'invention, la cr&#233;ation, l'innovation d&#233;pendent
d'une rupture de l'&#233;quilibre et de la stabilit&#233; rythmiques vers
lesquels tend tout syst&#232;me social par des &#8220;variations dissym&#233;triques&#8221;
qui viennent en rompre les cycles et les cadences &#187; (p. 112-118). Dans
cette optique, les ph&#233;nom&#232;nes sociaux d&#233;pendent des &#171; lois de l'imitation &#187;, c'est-&#224;-dire de l'interaction permanente des s&#233;ries imitatives et
des synth&#232;ses cr&#233;atrices traversant les individus. Ainsi, &#171; la soci&#233;t&#233;, les
groupes et les individus sont donc compos&#233;s d'une multitude de forces
ou d'ondes imitatives qui, tant&#244;t courent parall&#232;lement les unes aux
autres, tant&#244;t se croisent et s'affrontent, tant&#244;t se chevauchent et s'entraident &#187; (p. 125). C'est l'ensemble de ces formes imitatives qui oriente
en permanence l'individuation psychique et collective, en constituant
des groupes ou des assemblages de d&#233;sirs et de croyances communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est pourquoi, pour Tarde, &#224; la diff&#233;rence de Durkheim, la soci&#233;t&#233;
n'est pas donn&#233;e mais produite par la communaut&#233; des actes individuels
d'invention et d'imitation. Le &#171; social &#187; est toujours le r&#233;sultat mouvant
et m&#233;tamorphosant de la multitude diss&#233;min&#233;e des d&#233;sirs et des
id&#233;es s'entrecroisant dans les actes imitatifs accomplis par les individus.
&#171; La soci&#233;t&#233; contemporaine [...] est un milieu arythmique form&#233;
d'atomes individuels en perp&#233;tuelle oscillation interne et sans cesse potentialis&#233;s / d&#233;pontentialis&#233;s par des croisements de flux qui se d&#233;placent
en tous sens. Ainsi la sociologie de tardienne appara&#238;t-elle comme
l'un des premiers essais de grande envergure pour tenter de rendre
compte des nouvelles formes d'organisation sociale en train de na&#238;tre
du fait de la d&#233;rythmisation induite par le d&#233;veloppement des techniques
m&#233;diatiques &#187; (p. 130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'analyse comparatiste des &#339;uvres de Mauss, Durkheim et Tarde permet
&#224; Pascal Michon de mettre en &#233;vidence la complexit&#233; des th&#233;matiques
li&#233;es &#224; la notion de rythme. Les travaux de ces anthropologues
et sociologues montrent le double processus caract&#233;risant les soci&#233;t&#233;s
modernes, ax&#233; en m&#234;me temps sur la rythmisation et la d&#233;rythmisation
de l'individuation psychique et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; cet &#233;gard, &#171; le premier travail de grande ampleur qui ait reli&#233; la
question des rythmes de l'individuation psychique et collective et celle
de la d&#233;rythmisation des soci&#233;t&#233;s modernes a &#233;t&#233; celui de Sigmund
Freud &#187; (p. 133). Plus sp&#233;cifiquement, c'est la conception freudienne
de l'appareil psychique qui permet d'&#233;tablir ce rapport ; en effet, l'appareil
psychique appara&#238;t comme un syst&#232;me qui doit en permanence
r&#233;gler ces oscillations &#224; partir des lois dict&#233;es par les cycles sociaux, et
cela malgr&#233; l'action r&#233;it&#233;r&#233;e produite par ses forces de d&#233;sorganisation
internes. C'est la raison pour laquelle l'appareil psychique tel qu'il est
d&#233;crit par Freud peut &#234;tre d&#233;fini comme un &#171; rythme des rythmes &#187;,
autrement dit comme une dynamique rythmique capable de faire coexister
et interagir des ph&#233;nom&#232;nes oppos&#233;s (lois sociales &#8212; d&#233;sirs individuels).
En ce sens, &#171; les rythmes ne sont pas seulement des moyens
de contr&#244;le et d'organisation du chaos des mondes int&#233;rieur et ext&#233;rieur.
Ils sont &#224; la fois des occasions d'institutionnalisation sociale,
d'organisation psychique, et de d&#233;sorganisation, d'entropie du psychisme
et du groupe &#187; (p. 153).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La probl&#233;matique politique du rythme acquiert n&#233;anmoins une dimension
proprement philosophique avec l'&#339;uvre de Walter Benjamin.
Pascal Michon fonde en particulier son analyse sur les textes consacr&#233;s
par Benjamin &#224; Baudelaire. Dans cette perspective, la th&#233;matique
du &#171; rythme &#187; de la langue acquiert une importance fondamentale. Ce
qui est au centre de la r&#233;flexion philosophique et litt&#233;raire de Benjamin
est le statut politique de l'art dans son rapport avec l'appareillage technique
de la modernit&#233;. Dans sa lecture de Baudelaire, Benjamin essaye
de faire appara&#238;tre la n&#233;cessit&#233; ind&#233;passable d'une v&#233;ritable &#171; politisation
de l'art &#187;. Pour Benjamin, &#171; ce qui est d&#233;sormais en jeu dans le
monde moderne, c'est le d&#233;ploiement d'une activit&#233; &lt;i&gt;politique &lt;/i&gt; : 1&#176;) qui
puisse remplir l'espace laiss&#233; vide par la d&#233;rythmisation et mette &#224; profit
la relativisation, la d&#233;naturalisation et la d&#233;sacralisation de l'exp&#233;rience
pour mettre en place des formes d'individuation psychiques et
collectives plus humaines ; 2&#176;) cela sans revenir, comme le font les r&#233;gimes
fascistes, aux rythmes traditionnels, naturels et cultuels, ni se laisser
dominer, comme dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes, par les nouveaux
rythmes techniques &#187; (p. 240).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La politisation de l'art r&#233;pond pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces deux exigences : en
effet, &#171; seul l'art qui rejette simultan&#233;ment, en vertu de sa nature m&#234;me,
toute incantation et toute m&#233;canisation, peut permettre de jouir de l'infini
des possibilit&#233;s qu'offre d&#233;sormais un monde d&#233;sacralis&#233; et de proposer
des rythmes v&#233;ritablement subjectivants. En ce sens, &#8220;communisme&#8221;
et &#8220;art&#8221; sont, pour Benjamin, une seule et m&#234;me chose.Toute
pratique artistique est du communisme en acte et tout communisme
un art politique [...]. Une soci&#233;t&#233; communiste serait une soci&#233;t&#233; o&#249; tous
les individus seraient les artistes de leur vie et o&#249; tous les groupes se
constitueraient et vivraient dans une cr&#233;ation de soi permanente &#187;
(p. 242-244). Dans ses &#233;tudes sur Baudelaire, Benjamin fait &#233;merger
le caract&#232;re et la puissance subversives de la politique de l'art ; une telle
politique passe par la constitution d'une &lt;i&gt;po&#233;tique de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; capable
de d&#233;velopper les interactions existant entre les nouvelles formes de vie
et les mouvements de la signifiance dans la langage. C'est pourquoi la
politisation de l'art est ins&#233;parable d'une probl&#233;matisation du langage
et d'une mise en perspective de sa fonction d&#233;terminante dans le processus
de l'individuation psychique et collective. Ainsi, le &#171; communisme
de l'art &#187; et la &#171; pratique litt&#233;raire &#187; baudelairienne se r&#233;v&#232;lent comme
&#233;tant la condition de possibilit&#233; majeure pour fonder et pour l&#233;gitimer
une d&#233;mocratie de l'action et de l'expression, c'est-&#224;-dire une d&#233;mocratie
en mesure de relier la libre cr&#233;ation langagi&#232;re &#224; l'institution de
nouvelles formes de vie rendues d&#233;sormais possibles par la complexit&#233;
et la richesse des outils technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; la lumi&#232;re de cet immense travail d'ex&#233;g&#232;se et d'interpr&#233;tation, qui
traverse &#233;galement l'&#339;uvre de Simmel, de Kracauer et de Klemperer,
Pascal Michon nous livre ses conclusions quant &#224; la n&#233;cessit&#233; th&#233;orique
d'une &#171; pens&#233;e du rythme &#187;, indispensable pour &#233;clairer les enjeux de
la nouvelle mondialisation. En effet, &#171; il existe des formes du mouvement
de l'individuation et ce sont ces formes &#8212; ce que j'appelle les
rythmes &#8212;, leur intrication et leur devenir, en interaction avec les nouveaux
pouvoirs, qu'il nous faut chercher &#224; comprendre et &#224; critiquer &#187;
(p. 421). Ces formes du mouvement de l'individuation d&#233;terminent la
puissance v&#233;ritable du r&#233;el, descriptible et compr&#233;hensible dans les processus
d'interaction permanente &#8212; rythmique &#8212; entre des &#171; &#234;tres &#187; en
acte et des &#171; pouvoirs &#187;. C'est pourquoi &#171; ce que nous appelons un &#8220;individu&#8221;
est en r&#233;alit&#233; un corps-langage dont la puissance est en permanentes
transformations, mais [...] ces modifications ne sont pas totalement
erratiques et suivent des formes sociales et historiques qui sont
partag&#233;es par de nombreux autres corps-langages. La th&#232;se que je d&#233;fends
ici est que le pouvoir &#8212; que celui-ci soit le macropouvoir de l'&#201;tat,
les pouvoirs des dispositifs foucaldiens ou les micropouvoirs dispers&#233;s
dans les multitudes &#8212; consiste &#224; organiser, contr&#244;ler, influencer ses
transformations &#187; (p. 424-425).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La force politique du rythme de l'individuation psychique et collective
r&#233;side ainsi dans sa &#171; mani&#232;re de fluer &#187;, c'est-&#224;-dire dans sa capacit&#233;
de transformation et d'innovation des actes pratico-linguistiques. Cela
permettrait en d&#233;finitive de &#171; redonner aux multitudes le r&#244;le qu'elles
n'auraient jamais d&#251; cesser d'avoir dans la d&#233;finition du pouvoir en g&#233;n&#233;ral
et de l'&#201;tat en particulier &#187; (p. 429).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans le contexte de la nouvelle mondialisation, la notion de rythme
peut ainsi repr&#233;senter un outil conceptuel et politique absolument indispensable
pour r&#233;pondre aux d&#233;fis du XXI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en particulier en
ce qui concerne la d&#233;finition d'une &#171; d&#233;mocratie des multitudes &#187;.
Selon Pascal Michon, &#171; les d&#233;mocratie lib&#233;rales ont [...] remplac&#233; les
&#8220;corps disciplin&#233;s&#8221; d'autrefois par des &#8220;corps fluides&#8221;, dont on peut l&#233;gitiment
douter qu'ils aient acquis au cours de cette mutation une quelconque
puissance sup&#233;rieure d'agir &#8212; voire simplement d'&#234;tre. Sur le
plan corporel, les mod&#232;les rythmiques m&#233;caniques et disciplinaires ont
&#233;t&#233; en partie abandonn&#233;s pour laisser la place &#224; une asth&#233;nie et une arythmie
qui ne sont pas moins dommageables pour l'individuation. &#192; cet
&#233;gard, la dissolution est aujourd'hui si avanc&#233;e et les risques de voir se
d&#233;velopper des formes de rerythmisation autoritaires que l'on voit d&#233;j&#224;
poindre si &#233;lev&#233;s, qu'un rerythmisation d&#233;mocratique de la corpor&#233;it&#233;
est l'un des grands enjeux politiques du si&#232;cle qui commence &#187; (p. 452).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Outre celui-ci, deux autres enjeux se r&#233;v&#232;lent d&#233;cisifs pour Pascal
Michon dans la constitution d'une d&#233;mocratie des multitudes : 1&#176;) une
nouvelle fa&#231;on de rerythmer l'&#233;conomie capitaliste &#224; travers une plus
juste r&#233;partition des richesses et une l&#233;gitimation politique de nouveaux
modes de production (immat&#233;riels et langagiers) ; 2&#176;) l'invention rapide
de nouvelles alternances morphologiques, fond&#233;es sur une variation
significative de l'intensit&#233; de la socialit&#233;. Dans cette optique, il est
&#233;vident que &#171; le rythme reste un &lt;i&gt;probl&#232;me &lt;/i&gt; d&#233;terminant pour comprendre
et critiquer le monde d'aujourd'hui &#187; (p. 458).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans ce travail d'une port&#233;e th&#233;orique incontestable, Pascal Michon
r&#233;ussit ainsi &#224; conjuguer les analyses litt&#233;raires de Meschonnic et de
Benjamin aux r&#233;flexions sociologiques les plus novatrices de Gabriel
Tarde et de Gilbert Simondon, en nous ouvrant des perspectives politiques
d'une densit&#233; conceptuelle rare et raffin&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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