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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Graphes et &#233;critures
</title>
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		<dc:date>2013-12-29T18:09:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Fabbri
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		<description>
&lt;p&gt;Le moment le plus remarquable dans l'&#339;uvre de Goodman, Langages de l'art, c'est sans doute sa th&#233;orie de la notation ; c'est aussi une th&#233;orie de l'&#339;uvre, une approche critique de l'ontologie &#8211; la construction de ce que j'appellerai une ontologie du singulier. La danse joue un r&#244;le d&#233;cisif dans l'&#233;laboration de ces deux aspects de la pens&#233;e de Goodman : &#171; La possibilit&#233; d'une notation pour la danse a &#233;t&#233; l'une des questions initiales qui m'ont conduit &#224; &#233;tudier les syst&#232;mes notationnels. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;Danse, th&#233;&#226;tre et spectacle vivant &#8211; GALERIES &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Ontologie et rythmes&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Ontologie et rythmes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Notation et modernit&#233; en danse&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Notation et modernit&#233; en danse&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;De la notation &#224; l'&#339;uvre&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;De la notation &#224; l'&#339;uvre&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Le moment le plus remarquable dans l'&#339;uvre de Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, c'est sans doute sa th&#233;orie de la notation ; c'est aussi une th&#233;orie de l'&#339;uvre, une approche critique de l'ontologie &#8211; la construction de ce que j'appellerai une ontologie du singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La danse joue un r&#244;le d&#233;cisif dans l'&#233;laboration de ces deux aspects de la pens&#233;e de Goodman : &#171; La possibilit&#233; d'une notation pour la danse a &#233;t&#233; l'une des questions initiales qui m'ont conduit &#224; &#233;tudier les syst&#232;mes notationnels.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, trad. J. Morizot, Paris, Jacqueline Chambon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Si cette question de la notation est d&#233;cisive &#224; propos de la danse, c'est que, tout comme pour la musique, c'est son existence et sa permanence qui sont en jeu. Le principe de la partition est une r&#233;ponse &#224; ce souci, et c'est une r&#233;ponse qui se passe de toute pens&#233;e de l'essence. La permanence et la consistance d'une &#339;uvre &#233;ph&#233;m&#232;re peuvent &#234;tre pens&#233;es &#224; partir de l'ex&#233;cution r&#233;it&#233;r&#233;e d'une construction symbolique, la partition, qui note ses propri&#233;t&#233;s constitutives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Des objections peuvent imm&#233;diatement s'&#233;lever : contrairement &#224; la musique, la danse n'a jamais dispos&#233; d'un syst&#232;me de notation consensuel, mais de plusieurs, souvent jug&#233;s insatisfaisants pour des raisons diverses. Et surtout, la plupart des danseurs ne construisent pas leur &#339;uvre sous forme de partition, quoique cela arrive. La notation serait plut&#244;t l'affaire du notateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Pouillaude, D'une graphie qui ne dit rien, .&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut cependant consid&#233;rer que le notateur intervient activement dans la constitution de l'&#339;uvre comme telle, dans la construction de sa permanence et de son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Ontologie et rythmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'importance accord&#233;e par Goodman &#224; la notation le conduit &#224; partager les arts en deux r&#233;gimes : arts autographiques et arts allographiques. Si on consid&#232;re ce partage comme une classification qui se substituerait aux anciennes distinctions, arts du temps et arts de l'espace par exemple, il est clair qu'elle ne fonctionne pas plus que les pr&#233;c&#233;dentes. Ni la danse, ni l'&#233;criture, ni l'architecture n'y trouvent v&#233;ritablement leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les arts autographiques peuvent &#234;tre d&#233;finis comme des arts &#224; une phase : la r&#233;alisation de l'&#339;uvre n'est pr&#233;c&#233;d&#233;e d'aucune partition ; le proc&#232;s de production est directement l'&#233;laboration de l'&#339;uvre. Si on y inclut la peinture et la sculpture, on voit que cette d&#233;finition est d&#233;j&#224; imparfaite, pour les bronzes en particulier. Les arts allographiques sont ceux qui comme la musique se pr&#233;sentent en deux phases, &#233;criture de la partition, ex&#233;cution de cette partition. L'&#233;criture &#8211; entendue comme l'ensemble des arts litt&#233;raires &#8211; comporte, elle, ces deux aspects en une seule phase, elle est en m&#234;me temps notation et &#233;criture. Quant &#224; la danse, comme on l'a dit, elle se passe souvent de la notation. Enfin, l'architecture proc&#232;de bien &#224; partir de plans mais, d'une part, ces plans laissent souvent de c&#244;t&#233; ce qui rel&#232;ve de la construction, pourtant d&#233;terminante, et ils donnent souvent lieu &#224; la r&#233;alisation d'une seule &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce partage des arts est donc plut&#244;t la distinction de deux r&#233;gimes de l'art, auxquels peuvent successivement appartenir les diff&#233;rents arts mentionn&#233;s. Le r&#233;gime autographique met l'accent sur le proc&#232;s historique de production : la relation d'un sujet &#224; une activit&#233; t&#233;l&#233;ologiquement orient&#233;e, conform&#233;ment &#224; l'ontologie aristot&#233;licienne qui fonde sa th&#233;orie de l'art en g&#233;n&#233;ral. Le r&#233;gime allographique jette les bases d'une toute autre ontologie de l'&#339;uvre : l'&#339;uvre trouve son identit&#233; et sa permanence dans le fonctionnement d'un syst&#232;me symbolique qui peut &#234;tre not&#233; et conserv&#233;, rejou&#233; par des acteurs et ma&#238;tres d'&#339;uvre diff&#233;rents, la partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ce syst&#232;me, on peut donner la consistance d'un sch&#232;me, mais ce sch&#232;me doit &#234;tre compris comme une forme d&#233;mocrit&#233;enne, comme rythme. Benveniste, dans son article consacr&#233; au rythme dans son expression linguistique, distingue le &#171; sch&#232;ma &#187; &#8211; qui est une forme fixe, r&#233;alis&#233;e dans une position stable &#8211; du rythme, qui &#171; d&#233;signe la forme dans l'instant qu'elle est assum&#233;e par ce qui est mouvant, mobile, fluide, la forme de ce qui n'a pas de consistance organique : il convient au &lt;i&gt;pattern&lt;/i&gt; d'un &#233;l&#233;ment fluide, &#224; une lettre arbitrairement model&#233;e, &#224; un p&#233;plos qu'on arrange &#224; son gr&#233;, &#224; la disposition particuli&#232;re du mouvement ou de l'humeur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Benveniste, Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 1, Paris, Gallimard, 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La partition n'est pas un sch&#232;me intentionnel qui trouverait sa r&#233;alisation dans une mati&#232;re, comme une sorte d'incarnation de l'id&#233;e initiale. Ce sch&#232;me a plut&#244;t la consistance d'une forme symbolique qui est toujours r&#233;articul&#233;e dans son ex&#233;cution &#224; d'autres syst&#232;mes symboliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En danse, la partition note en g&#233;n&#233;ral les moments d'une s&#233;rie de mouvements, trac&#233;s, pas, gestes. Son r&#244;le est de saisir les points d'articulation d'un mouvement qui para&#238;t continu ; elle constitue, en partie arbitrairement les &#171; caract&#232;res &#187; d'une danse qui serviront &#224; son &#233;criture, au sens fort &#233;voqu&#233; plus haut, &#233;criture qui inclut le &#171; script &#187;, les indications de qualit&#233;s, et tout ce qui fait une danse, costumes, corps, d&#233;cors ou agencement de l'espace sc&#233;nique. Dans un article consacr&#233; &#224; Schlemmer, j'avais insist&#233; sur la mani&#232;re dont le costume constitue lui-m&#234;me un syst&#232;me articul&#233; en marques et caract&#232;res et comment il modifie la construction du mouvement : &#171; On donne un gant rouge &#224; la main gauche d'une silhouette uniform&#233;ment blanche. Aussit&#244;t l'accent s'y trouve port&#233;, non seulement de fa&#231;on optique, mais comme un moment du sensible : l'&#233;quilibre corporel et psychique est d&#233;plac&#233;. Un bas vert donn&#233; &#224; la jambe oppos&#233;e donne un accent nouveau, qui entre en relation avec le gant rouge selon un axe de direction d&#233;termin&#233; et provoque de nouvelles complications.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O. Schlemmer, &#171; Programme de la premi&#232;re repr&#233;sentation du ballet triadique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Il en va de m&#234;me du masque, dont nous pouvons voir l'importance chez Schlemmer, chez Wigman (cf. infra) et&#8230; chez Goodman lui-m&#234;me dans la performance &#224; laquelle il contribue, &lt;i&gt;Hockey Seen : A Nightmare in Three Periods and Sudden Death&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#339;uvre a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; Cambridge, Massachussetts, en 1972, et reprise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si la partition assure &#224; l'&#339;uvre une identit&#233; et une permanence, ce n'est donc pas &#224; la fa&#231;on d'une essence : l'&#339;uvre qui en est la r&#233;alisation poss&#232;de une autre dimension, non plus seulement symbolique mais esth&#233;tique. Pour les arts allographiques comme pour les arts autographiques, les qualit&#233;s esth&#233;tiques se d&#233;couvrent dans la r&#233;alisation et la pr&#233;sence sensible de l'&#339;uvre. Le fonctionnement esth&#233;tique se d&#233;finit &#224; partir de sympt&#244;mes plut&#244;t que de crit&#232;res. Il semble m&#234;me que ces sympt&#244;mes se d&#233;finissent &#224; rebours des caract&#232;res de la partition : densit&#233; syntaxique et s&#233;mantique, contre disjointure syntaxique et s&#233;mantique, saturation et prolif&#233;ration des caract&#232;res, contre s&#233;lection des caract&#232;res significatifs, enfin, exemplification (ou pr&#233;sentification) contre notation et abstraction. Pourtant, cette densit&#233; est elle-m&#234;me d&#233;finie comme une forme sp&#233;cifique de fonctionnement symbolique, en ce qu'elle articule plusieurs syst&#232;mes symboliques. De la disjointure s&#233;mantique &#224; la densit&#233; du sens, la diff&#233;rence est de degr&#233;, ou, pourrait-on dire de complexit&#233;. Toute &#339;uvre r&#233;articule une s&#233;rie d'agencements &#224; plusieurs autres : l'invariant est principe de variation ; il est modifi&#233;, modul&#233; par d'autres &#233;l&#233;ments qui acqui&#232;rent &#224; son contact le m&#234;me mode d'existence que lui. Mais ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments ont la valeur d'accents rythmiques, qui prennent cette valeur en s'additionnant, se cumulant pour former des points d'intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il n'est pas n&#233;cessaire que la partition ait &#233;t&#233; not&#233;e pr&#233;alablement pour qu'elle soit d&#233;terminante : une &#339;uvre v&#233;ritablement &#233;crite suppose toujours ce double syst&#232;me de discrimination entre les caract&#232;res et de r&#233;agencement du discontinu au continu. Elle r&#233;sulte d'une tension entre effacement et suppl&#233;mentation, comme le souligne la logique des diagrammes analogiques ou digitaux, que nous ne pouvons ici qu'&#233;voquer. Il conviendrait cependant d'engager sur ce point une lecture pr&#233;cise de la relation que les graphes et diagrammes goodmaniens entretiennent avec la double fonction du diagramme chez Deleuze, chez Ch&#226;telet, et des graphes chez Val&#233;ry.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Notation et modernit&#233; en danse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la notation est bien l'indice d'un changement de r&#233;gime de l'art, alors, l'importance prise par la notation de la danse chez Laban doit &#234;tre particuli&#232;rement significative de la modernit&#233; qu'il entend construire pour la danse. Ce n'est donc pas un hasard non plus si Goodman s'arr&#234;te tout particuli&#232;rement sur les principes de cette notation, laissant de c&#244;t&#233; de plus anciens syst&#232;mes comme la notation Feuillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La notation Feuillet est en partie figurative, de l'ordre du graphe plut&#244;t que de l'&#233;criture. La partition reproduit l'espace de la sc&#232;ne et la figure des trac&#233;s, des d&#233;placements. Elle parvient toutefois &#224; une d&#233;composition plus abstraite du mouvement dans l'analyse des pas et comporte ainsi une dimension alphab&#233;tique. La kin&#233;tographie de Laban semble, elle, viser d'embl&#233;e le mode de fonctionnement d'un alphabet. Elle se construit &#224; partir de l'analyse du mouvement en &#233;l&#233;ments minimaux, a-signifiants, tout comme les caract&#232;res de l'alphabet et d&#233;note les mouvements et d&#233;placements par la combinaison de ces caract&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le principe de cette notation correspond aux exigences d'une notation alphab&#233;tique mais se distingue de ce que l'on nomme aussi &#171; &#233;criture &#187; : l'agencement d'un discours, ou d'une danse, ce que l'on sous-entend lorsque l'on parle de chor&#233;-graphie. On a vu que l'&#233;criture ainsi entendue n'est que partiellement une partition. Elle est partition au sens o&#249; elle repose sur la notation alphab&#233;tique, mais elle n'est pas simplement une notation, dans la mesure o&#249; ce qui est not&#233;, c'est un discours porteur d'une signifiance. Toute la difficult&#233; de la th&#233;orie de la notation chez Goodman tient dans cette distinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La partition, comme notation, consiste dans une double articulation syntaxique et s&#233;mantique. L'articulation syntaxique consiste dans le fait de d&#233;finir les caract&#232;res de telle fa&#231;on qu'une marque de caract&#232;re puisse &#234;tre attribu&#233;e soit &#224; un caract&#232;re soit &#224; un autre, de fa&#231;on discriminante. En musique, la notation satisfait d'abord au r&#233;quisit de disjointure syntaxique : les notes sont suffisamment disjointes pour qu'on puisse leur faire correspondre des marques discriminables. &#192; cette premi&#232;re articulation, il faut en ajouter une autre : la disjointure s&#233;mantique. L'&#233;criture d'une note permet de d&#233;terminer ce qu'il faut jouer, un agencement particulier des sons. Elle d&#233;finit une &#171; classe de concordance &#187; : l'ensemble des ex&#233;cutions de la partition. Ainsi d&#233;finie, la notation ressemble &#224; un alphabet mais pas &#224; une langue naturelle. La double articulation d&#233;finit chez Saussure des unit&#233;s signifiantes, et ces unit&#233;s ne sont pas absolument disjointes, au sens o&#249; plusieurs significations peuvent correspondre &#224; un m&#234;me signe. En mati&#232;re de notation, la s&#233;mantique consiste dans le fait de se r&#233;f&#233;rer &#224; un geste ou un son, ind&#233;pendamment de sa signification et ind&#233;pendamment du sens produit par l'&#339;uvre elle-m&#234;me. En quoi une s&#233;mantique qui ne se r&#233;f&#232;re qu'&#224; une ex&#233;cution peut-elle &#234;tre nomm&#233;e s&#233;mantique ? S'agit-il d'une analogie ? Le fait de &#171; se r&#233;f&#233;rer &#224; &#187; est une structure du sens et se retrouve dans la notation : elle se fonde ainsi principalement sur la d&#233;notation. Mais la r&#233;f&#233;rence ne suffit pas &#224; d&#233;finir le sens qui suppose un processus d'&#233;nonciation, une relation &#224; un sujet. La notation labanienne r&#233;pond bien aux r&#233;quisits d'une notation : cela signifie-t-il qu'elle cong&#233;die tout sens, trouvant dans cette abstration une figure d&#233;cisive de sa modernit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goodman insiste, comme on l'a vu sur l'importance de la danse dans sa th&#233;orie de la notation. Pourtant, les pages qu'il consacre &#224; la notation Laban sont courtes et tr&#232;s elliptiques. La disjointure syntaxique ne semble pas faire probl&#232;me. Laban a suffisamment distingu&#233; les &#233;l&#233;ments qui doivent &#234;tre not&#233;s pour que les marques ou signes puissent eux aussi &#234;tre distingu&#233;s (pas, directions, positions). Plus difficile est la question de savoir si ces marques ou signes suffisent &#224; d&#233;terminer clairement quel acte doit leur correspondre. Les directions que peuvent prendre un mouvement sont infiniment modulables. Comment noter une direction interm&#233;diaire ? Il est int&#233;ressant de voir, comme le souligne Goodman, que la notation retenue pour la direction ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; celui de la position des aiguilles d'une montre. On indique ainsi huit directions possibles &#224; partir d'un point. Les directions interm&#233;diaires sont not&#233;es comme interm&#233;diaires et l'ensemble des directions se r&#233;duit &#224; seize. Comme pour les marques de temps, on suppose qu'il n'est pas utile d'aller en de&#231;&#224; d'un certain fractionnement. Il y a donc bien disjointure s&#233;mantique au sens o&#249; une figure suffit &#224; d&#233;terminer quelle direction doit &#234;tre prise, laissant de c&#244;t&#233; les subtiles variations qui peuvent avoir une valeur esth&#233;tique, mais aucune importance du point de vue de la fid&#233;lit&#233; &#224; la partition et au projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un tel syst&#232;me notationnel semble d&#233;finir le mouvement dans&#233; selon les principes d'un mouvement m&#233;canique ; tout comme un piano m&#233;canique pourrait interpr&#233;ter une partition transf&#233;r&#233;e sur un papier perfor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toute partition comporte, outre les indications fondamentales pour l'ex&#233;cution des sons ou des mouvements, ce que Goodman appelle une &#171; mise en partition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En musique, tout ce qui indique des variations dans l'ex&#233;cution comme celles qui prescrivent un tempo, une mani&#232;re de fluer, une intensit&#233;, les &lt;i&gt;legato&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fortissimo&lt;/i&gt;, etc. s'indique en marge de la partition, comme ce qui peut diriger l'ex&#233;cution afin de lui conf&#233;rer une valeur expressive. Il est clair que ces indications sont li&#233;es aux &#233;motions, au sens que l'on veut conf&#233;rer &#224; une m&#233;lodie ou &#224; un mouvement. Elles sont susceptibles de variations qui ne sont pas not&#233;es et comme telles elles n'appartiennent pas &#224; la partition, elles peuvent conduire &#224; une interpr&#233;tation qui fait sortir l'ex&#233;cution de la partition elle-m&#234;me. Par exemple, le tempo d'une pi&#232;ce de Bach peut aussi modifier radicalement sa perception en rendant indiscernable ce qui &#233;tait clairement disjoint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces indications rel&#232;vent plut&#244;t du script que de la notation proprement dite. Le script est une notation disjointe syntaxiquement, mais pas s&#233;mantiquement. La notation d'un discours est un script : elle permet de noter clairement des unit&#233;s phon&#233;tiques distinctes par des caract&#232;res d'&#233;criture ainsi disjoints. Mais les signes auxquels elle fait r&#233;f&#233;rence ne sont pas eux-m&#234;mes suffisamment discrimin&#233;s : un m&#234;me signe peut avoir plusieurs significations et un m&#234;me script plusieurs sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est int&#233;ressant de voir que la prise en compte du sens dans une partition conduit &#224; mettre en question la disjointure s&#233;mantique. L&#224; o&#249; il y a disjointure s&#233;mantique, il n'y a pas de place pour l'interpr&#233;tation proprement dite, on peut rester dans l'ex&#233;cution. L&#224; o&#249; il y a interpr&#233;tation, il n'y a plus l'assurance d'une identit&#233; de l'&#339;uvre. &#171; Un rem&#232;de possible, note Goodman, consisterait &#224; restreindre tr&#232;s s&#233;v&#232;rement et de mani&#232;re appropri&#233;e les mots ou les images admis.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 254.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il y a l&#224; une approche radicalement diff&#233;rente de celle que propose Benveniste &#224; propos des langages de l'art. Benveniste maintient la th&#232;se que seul le langage verbal poss&#232;de une double articulation s&#233;miotique et s&#233;mantique. La musique ne constitue pas un langage, dans la mesure o&#249; les unit&#233;s constitu&#233;es &#224; partir des sons dans la gamme ne sont pas dot&#233;es de significations ; elles sont combinables simultan&#233;ment et syntaxiquement, sans grammaire et sans principe de s&#233;lection paradigmatique. Il y a bien une disjointure syntaxique, des caract&#232;res discrimin&#233;s pour des unit&#233;s de sons, mais pas de s&#233;miotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Benveniste, Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 2, Paris, Gallimard, 1974, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela n'exclut pas qu'il y ait signifiance ; cette signifiance toutefois ne pourra se pr&#233;ciser que dans l'interpr&#233;tation, en relation avec le langage, comme interpr&#233;tant. La signifiance dans le langage au contraire s'articule selon deux modes, s&#233;miotique et s&#233;mantique et seul le s&#233;mantique &#171; se r&#233;f&#232;re &#224; &#187; une situation et un sujet. C'est la coexistence de ces deux modes de fonctionnement qui permet le choix des mots et de la syntaxe en fonction du sens, et qui fait la caract&#233;ristique et la supr&#233;matie des syst&#232;mes linguistiques sur les autres syst&#232;mes s&#233;miotiques et les arts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La th&#233;orie des langages de l'art chez Goodman op&#232;re une r&#233;duction du s&#233;mantique &#224; la seule d&#233;notation, lorsqu'il s'agit de penser le principe de la notation : celle-ci consiste dans le fait de d&#233;noter, ou de noter un geste, un son, au moyen d'un caract&#232;re, ind&#233;pendamment de tout signifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
S'agit-il d'une suspension de la question du sens qui serait essentielle &#224; une pens&#233;e de l'art et de l'&#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La partition ne constitue pas encore l'&#339;uvre : l'&#339;uvre en danse comme en musique dans son passage &#224; la sc&#232;ne ou &#224; la salle, tient compte des indications pr&#233;sentes dans le script, qui suppose l'usage d'un syst&#232;me linguistique, un langage qui produit du sens. Ce passage de la notation et du script &#224; l'&#339;uvre n'est pas livr&#233; &#224; la seule intuition. Il suppose une construction et une &#233;valuation de ce qui peut &#234;tre conforme ou non &#224; la partition. Au lieu d'une pr&#233;sentation directe et non analytique de l'&#339;uvre sur sc&#232;ne &#8211; comme on imagine que c'est le cas pour l'improvisation, elle permet de mettre en &#233;vidence le caract&#232;re construit de l'&#339;uvre dans sa pr&#233;sentation m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;De la notation &#224; l'&#339;uvre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le parcours de Goodman dans &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt; est tout entier tendu vers cette id&#233;e d'une rationalisation possible de l'exp&#233;rience esth&#233;tique, fond&#233;e sur la mise en &#233;vidence du caract&#232;re construit de l'&#339;uvre dans son rapport au langage ; une esth&#233;tique fond&#233;e sur une po&#233;tique, au sens val&#233;ryen. Comme toute po&#233;tique, celle-ci est pr&#233;sente dans l'&#339;uvre m&#234;me, dans la pr&#233;cision et la d&#233;licatesse de son fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#339;uvre n'est donc pas la pr&#233;sentation sensible d'un concept, mais l'agencement d'une partition (existante ou possible) selon une interpr&#233;tation. Les relations inter-symboliques se substituent aux concepts : une repr&#233;sentation n'est pas une image, mais elle mobilise les propri&#233;t&#233;s de l'image selon un fonctionnement symbolique complexe, qui va de la d&#233;notation &#224; la m&#233;taphore, en passant par l'exemplification. C'est comme si la complexit&#233; des syst&#232;mes linguistiques &#233;tait r&#233;introduite &#224; partir d'une premi&#232;re phase de r&#233;duction. La th&#233;orie de ce double mouvement est propos&#233;e dans l'analyse du fonctionnement des diagrammes et des graphes. Mais on peut ici l'exemplifier &#224; partir de la danse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le principe de cette s&#233;mantique construite peut en effet &#234;tre &#233;clairci par l'analyse de la s&#233;mantique gestuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goodman insiste sur l'absence de relation &#171; motiv&#233;e &#187; entre le geste et l'&#233;motion. Certains gestes fonctionnent comme des mots, ils d&#233;notent (le refus, l'hommage&#8230;). D'autres semblent exprimer une &#233;motion, mais il n'y a, entre le geste et l'&#233;motion, ni relation causale, ni relation de ressemblance. C'est la culture ou l'&#233;ducation qui conduisent &#224; associer spontan&#233;ment certains gestes &#224; certaines &#233;motions. L'int&#233;r&#234;t de la remarque vient de ce qu'elle est associ&#233;e &#224; un texte de Doris Humphrey qui souligne que les postures qui paraissent les plus naturelles et presque animales (la s&#233;duction, l'effroi) doivent &#234;tre reconstruites dans la danse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 83.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression doit &#234;tre con&#231;ue comme l'exemplification m&#233;taphorique de ce qui est d&#233;not&#233; comme triste ou gai : un geste expressif est l'exemplification m&#233;taphorique de ce qu'il exprime. Cela veut dire d'abord que la propri&#233;t&#233; appartient au geste, non &#224; celui qui le fait, que le geste est dit &#171; l&#233;ger &#187; s'il exprime la l&#233;g&#232;ret&#233; ; mais que cette propri&#233;t&#233; est acquise, qu'elle ne peut lui appartenir naturellement, seulement m&#233;taphoriquement. Ce qui est litt&#233;ralement l&#233;ger, c'est un corps, pas un geste. C'est par le transfert des propri&#233;t&#233;s qui caract&#233;risent un corps l&#233;ger &#224; un geste que celui-ci peut &#234;tre d&#233;not&#233; comme &#171; l&#233;ger &#187; et qu'il exemplifie la l&#233;g&#232;ret&#233;. La th&#233;orie de la m&#233;taphore est un des moments les plus importants de l'&#339;uvre de Goodman : la m&#233;taphore n'est jamais simplement une image mais le transfert d'un ensemble d'&#233;tiquettes &#224; un autre domaine. Par exemple la gaiet&#233; ne s'exprime pas directement par un sourire, elle peut, pour un visage, se d&#233;ployer en un ensemble de signes qui d&#233;notent ordinairement la gait&#233;. Parler d'une toile gaie, ce n'est pas la comparer &#224; un sourire, mais y rep&#233;rer le transfert d'une s&#233;rie de marques, en elles-m&#234;mes non expressives, mais associ&#233;es culturellement &#224; la gait&#233; et qui se recomposent ou se r&#233;agencent dans un autre syst&#232;me symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur ce point, la notation labanienne de l'effort, ou des qualit&#233;s de mouvement, distincte de la kin&#233;tographie, peut nous &#233;clairer un peu. La notation des qualit&#233;s de mouvement repose sur le principe de la m&#233;taphore tel qu'il est analys&#233; par Goodman. Un corps l&#233;ger peut voler ou peut &#234;tre &#171; &#233;pousset&#233; &#187; ; mais il n'est pas n&#233;cessaire, ni suffisant d'actionner les bras pour avoir l'air de voler, ni de faire semblant d'&#233;pousseter pour &#233;voquer la d&#233;licatesse. En revanche, on peut analyser la qualit&#233; des mouvements de voler ou d'&#233;pousseter tr&#232;s rigoureusement en discriminant les facteurs qui doivent &#234;tre pris en compte (envers le poids, l'espace, le temps, le flux). On obtient ainsi la notation des composantes d'une gestuelle qui peut s'approprier ces qualit&#233;s selon un agencement qui lui est propre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. von Laban, La Ma&#238;trise du Mouvement, trad. J. Challet-Haas et M. Bastien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'expression est une composante essentielle de l'art de la danse mais il s'en faut que tous les gestes et mouvements soient expressifs. Les gestes dans la danse peuvent fonctionner comme des mots, des verbes qui d&#233;notent, ou bien exemplifier et exprimer. Inversement, le ma&#238;tre de gymnastique exemplifie le plus souvent ce qu'il prescrit ; le mime d&#233;note et parfois seulement exemplifie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 95.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression est toutefois &#233;troitement associ&#233;e au sch&#233;ma notable d'un geste ; ce sch&#233;ma en rend compte suffisamment pour que l'&#233;motion en soit indissociable :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'acteur ou le danseur ou le spectateur remarque quelquefois et se rappelle le sentiment d'un mouvement plut&#244;t que son sch&#233;ma, pour autant qu'on puisse r&#233;ellement distinguer les deux. Dans l'exp&#233;rience esth&#233;tique, l'&#233;motion est un moyen de discerner quelles propri&#233;t&#233;s une &#339;uvre poss&#232;de et exprime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Inversement, si l'&#233;motion peut fonctionner comme une notation, une marque m&#233;morielle, c'est qu'elle a &#233;t&#233; associ&#233;e &#224; un sch&#233;ma analysable. &#171; Que des gestes puissent &#234;tre cit&#233;s &#187; est un des principes de l'art de Brecht. Il suppose, jusque dans l'improvisation et la recherche d'un geste, la conscience analytique de ses caract&#233;ristiques motrices ou expressives. C'est ce qui le rend citable, appropriable ou r&#233;appropriable, et signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un retour au texte de Goodman sur la m&#233;taphore permet de pr&#233;ciser ce qui est en jeu ici :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; l'organisation par un sch&#232;me immigrant co&#239;ncide avec une organisation qui est d&#233;j&#224; autrement r&#233;alis&#233;e dans le nouveau r&#232;gne, l'unique int&#233;r&#234;t de la m&#233;taphore r&#233;side dans la mani&#232;re dont cette organisation se trouve ainsi mise en rapport avec l'application du sch&#232;me dans son r&#232;gne d'origine et parfois avec ce qu'exemplifient les &#233;tiquettes du sch&#232;me. Mais l&#224; o&#249; il en r&#233;sulte une organisation inaccoutum&#233;e, de nouvelles associations et distinctions se constituent aussi &#224; l'int&#233;rieur du r&#232;gne de transfert ; et la m&#233;taphore porte d'autant plus que celles-ci intriguent davantage et ont plus d'importance.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 110.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'exemple du geste l&#233;ger permet dans un premier temps de comprendre de quoi il s'agit : si le geste &#171; &#233;voque &#187; la l&#233;g&#232;ret&#233;, voire, plus pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;poussetage, il renvoie au domaine ordinaire auquel il emprunte certaines de ses composantes ; il peut tr&#232;s vite devenir d&#233;notatif (mouvement d'&#233;carter de la main, d'envoyer ailleurs avec d&#233;sinvolture). S'il articule ces composantes dans un agencement plus complexe, il peut contribuer &#224; cr&#233;er un personnage ou une allure &#233;trange et intrigante. L'&#339;uvre prend corps lorsqu'elle n'est plus seulement la r&#233;alisation d'un sch&#233;ma gestuel, postural, du trac&#233; d'un d&#233;placement, mais lorsqu'elle int&#232;gre suffisamment d'&#233;l&#233;ments &#233;trangers de telle fa&#231;on qu'ils rendent le mouvement &#224; la fois &#233;nigmatique, &#233;trange, et inconcevable sans cette &#233;tranget&#233;. Il faut que le corps &#233;tranger y trouve sa place sans &#234;tre &#224; proprement parler &#171; incorpor&#233; &#187;. Certains de ces &#233;l&#233;ments peuvent &#234;tre not&#233;s comme des composantes qualitatives du mouvement lui-m&#234;me mais, le plus souvent, ils naissent de la rencontre entre d&#233;placements, corpor&#233;it&#233; singuli&#232;re, costumes, musique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On peut exemplifier cette id&#233;e de fa&#231;on plus approfondie &#224; propos d'une des ic&#244;nes du discours th&#233;orique sur la danse, &lt;i&gt;Hexentanz&lt;/i&gt; de Mary Wigman, si souvent cit&#233;e et analys&#233;e que nous pouvons nous appuyer sur certaines de ces analyses, en particulier celles qu'en propose Dominique Brun. Mais c'est en recourant aux notions propos&#233;es par Goodman que nous pourrons mettre ces derni&#232;res &#224; l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La fameuse danse de la sorci&#232;re exprime une forme de sauvagerie et de force ; et sans doute cette impression est-elle conditionn&#233;e par une culture, une certaine id&#233;e de la danse ici prise &#224; contrepied. L'&#233;tranget&#233; de la danse provient aussi en partie du statut m&#234;me du document qui fait resurgir longtemps apr&#232;s la corpor&#233;it&#233; d'une danseuse disparue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La musique joue un r&#244;le d&#233;terminant dans ce sentiment de sauvagerie et de force : si on coupe le son, la danse perd en vigueur. Mais on sait que ce solo a &#233;t&#233; compos&#233; sans musique dans un premier temps. Mary Wigman parle de rythmes qui naissent du corps lui-m&#234;me et qu'il faut apprendre &#224; ordonner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Wigman, Le langage de la danse, trad. Jacqueline Robinson, Paris, Chiron, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La musique qui est utilis&#233;e dans la version film&#233;e repose cependant sur des rythmes percussifs qui sont une des marques de l'&#339;uvre de Wigman et qu'elle compose elle-m&#234;me. &#192; propos de certaines de ses &#339;uvres, elle &#233;voque l'influence premi&#232;re de la musique sur l'&#233;laboration de la danse (le son du gong dans la cr&#233;ation de &lt;i&gt;Monotonie&lt;/i&gt;). Une telle musique peut jouer pour nous un r&#244;le m&#233;taphorique au sens premier du terme d&#233;fini par Goodman. Elle renvoie la danse au domaine des arts non occidentaux &#224; une certaine id&#233;e de la primitivit&#233; dans l'entre-deux guerres ; elle illustre alors ou exemplifie certaines des qualit&#233;s de la danse m&#234;me. En r&#233;alit&#233;, elle intervient directement dans l'accentuation de certaines postures, de certaines suspensions ; elle est alors une composante de la danse &#8211; m&#233;taphore au sens 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le costume semble lui aussi avoir &#233;t&#233; &#171; import&#233; &#187;, et transf&#233;r&#233; dans la danse, comme un &#233;l&#233;ment qui renvoie &#224; un domaine &#233;tranger, soierie orientale &#8211; &#171; cette splendeur &#233;tal&#233;e devant moi : des dessins hardis de fils de m&#233;tal, un fond rouge cuivr&#233;, miroitant d'or et d'argent, un trac&#233; noir ; c'&#233;tait excitant, sauvage, barbare &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Wigman, Le langage de la danse, op. cit., p. 42.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#233;taphore au sens 1. Mais de ces couleurs il reste peu de chose dans le film dont nous disposons. En revanche, comme le souligne Dominique Brun, l'&#233;chancrure tr&#232;s large du costume dans le dos appara&#238;t lorsqu'elle tourne sur elle-m&#234;me et cette &#233;chancrure devient une ouverture de l'espace : &#171; Mais au moment o&#249;, en tournant, elle montre son dos nu, alors l'espace se dilate. En effet, dans sa nudit&#233;, ce dos appara&#238;t immense ; il est, si je puis dire, ventru. Il est &#233;trange de le d&#233;crire ainsi, mais je ne trouve pas d'autre mot : le dos de la sorci&#232;re est ventru parce qu'il appara&#238;t soudain porteur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Brun, Le corps de Mary Wigman est un medium, .&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; M&#233;taphore au sens 2. Le costume devient un &#233;l&#233;ment de la danse m&#234;me, de son univers et de sa corpor&#233;it&#233; propre. Le dos devient un ventre. On conserve le rapport &#224; l'animalit&#233;, mais celle-ci se dit en des termes qui sont ceux d'un mouvement corporel paradoxal : le ventre porte la station, mais c'est le dos qui porte le mouvement de rotation sur les ischions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On pourrait poursuivre ainsi l'analyse &#224; l'infini comme le sugg&#232;re Goodman, en prenant appui sur la partition, et en y articulant ce que la danseuse y adjoint, de fa&#231;on pr&#233;cise parce que le mouvement &#233;crit est lui-m&#234;me pr&#233;cis. On peut simplement souligner pour finir le r&#244;le particulier du masque. L'id&#233;e du masque vient d'un autre personnage qui est le personnage de &#171; C&#233;r&#233;monie &#187;. Con&#231;u pour donner au visage une expression &#171; lisse, immacul&#233;e &#224; travers toutes les phases de la danse &#187;, il n'appartient pas forc&#233;ment en tant que masque, aux univers barbares qu'&#233;voque la danse de la sorci&#232;re. Il s'agit en le recr&#233;ant de l'int&#233;grer aux univers que la danse a accueillis et recompos&#233;s. Son statut est plus proche de celui mouvement lui-m&#234;me, transform&#233; par les m&#233;taphores qu'il appelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#339;uvre de Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, permet donc de d&#233;velopper le principe d'une po&#233;tique de l'&#339;uvre : ce n'est pas seulement une th&#233;orie du symbole fond&#233;e sur le seul principe de la d&#233;notation et de la r&#233;f&#233;rence, qui priverait le symbole de toute son &#233;paisseur s&#233;mantique. Ce n'est pas non plus un cong&#233; donn&#233; &#224; l'ontologie bien qu'effectivement l'&#339;uvre soit envisag&#233;e sous l'angle de son fonctionnement. C'est pourquoi je propose de consid&#233;rer l'ontologie &#224; laquelle il s'adosse comme une ontologie du singulier, ontologie qui se passe, comme on sait, d'une th&#233;orie de l'essence de l'art. L'identit&#233; d'une &#339;uvre, non d'un art, y est pens&#233;e comme diff&#233;rence selon le principe qui d&#233;finit le rythme d&#233;mocrit&#233;en : &#171; Les choses diff&#232;rent par le rythme, par le contact, par la tournure ; le contact est l'ordre et la tournure est la position.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, M&#233;taphysique, 985 b 4, cit&#233; par Benveniste dans Probl&#232;mes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Qu'une &#339;uvre puisse acqu&#233;rir sens et persistance dans l'&#234;tre &#224; partir d'un syst&#232;me qui proc&#232;de par morcellement et effacement, la danse le montre suffisamment, devenant &#339;uvre en accueillant ce qui donne force au sch&#233;ma initial, lui conf&#233;rant la consistance d'un acte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, trad. J. Morizot, Paris, Jacqueline Chambon, 1990, p. 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F. Pouillaude, &lt;i&gt;D'une graphie qui ne dit rien&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-poetique-2004-1-page-99.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://www.cairn.info/revue-poetique-2004-1-page-99.htm&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;. Benveniste, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 1&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, p. 333.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O. Schlemmer, &#171; Programme de la premi&#232;re repr&#233;sentation du ballet triadique &#187; (1922), cit&#233; dans V. Fabbri, &#171; La construction de la sc&#232;ne comme image-temps &#187;&lt;i&gt;, in&lt;/i&gt; C. Rousier (dir.),&lt;i&gt; Oskar Schlemmer, l'homme et la figure d'art&lt;/i&gt;, Pantin, &#201;ditions du Centre National de la danse, 2002, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#339;uvre a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; Cambridge, Massachussetts, en 1972, et reprise en Belgique en 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 254.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;. Benveniste, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; &lt;i&gt;2&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1974, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. von Laban, &lt;i&gt;La Ma&#238;trise du Mouvement, &lt;/i&gt;trad. J. Challet-Haas et M. Bastien, Arles, Actes sud, 1994, p. 106-107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Wigman, &lt;i&gt;Le langage de la danse&lt;/i&gt;, trad. Jacqueline Robinson, Paris, Chiron, 1990, p. 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Wigman, &lt;i&gt;Le langage de la danse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D. Brun, &lt;i&gt;Le corps de Mary Wigman est un medium, &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-reperes-cahier-de-danse-2012-2-page-20.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://www.cairn.info/revue-reperes-cahier-de-danse-2012-2-page-20.htm&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, 985 b 4, cit&#233; par Benveniste dans &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 1&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 329.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Graphes et &#233;critures
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1075</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1075</guid>
		<dc:date>2013-12-15T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Fabbri
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le moment le plus remarquable dans l'&#339;uvre de Goodman, Langages de l'art, c'est sans doute sa th&#233;orie de la notation ; c'est aussi une th&#233;orie de l'&#339;uvre, une approche critique de l'ontologie &#8211; la construction de ce que j'appellerai une ontologie du singulier. La danse joue un r&#244;le d&#233;cisif dans l'&#233;laboration de ces deux aspects de la pens&#233;e de Goodman : &#171; La possibilit&#233; d'une notation pour la danse a &#233;t&#233; l'une des questions initiales qui m'ont conduit &#224; &#233;tudier les syst&#232;mes notationnels. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Philosophie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Ontologie et rythmes&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Ontologie et rythmes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Notation et modernit&#233; en danse&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Notation et modernit&#233; en danse&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;De la notation &#224; l'&#339;uvre&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;De la notation &#224; l'&#339;uvre&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Le moment le plus remarquable dans l'&#339;uvre de Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, c'est sans doute sa th&#233;orie de la notation ; c'est aussi une th&#233;orie de l'&#339;uvre, une approche critique de l'ontologie &#8211; la construction de ce que j'appellerai une ontologie du singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La danse joue un r&#244;le d&#233;cisif dans l'&#233;laboration de ces deux aspects de la pens&#233;e de Goodman : &#171; La possibilit&#233; d'une notation pour la danse a &#233;t&#233; l'une des questions initiales qui m'ont conduit &#224; &#233;tudier les syst&#232;mes notationnels.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, trad. J. Morizot, Paris, Jacqueline Chambon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Si cette question de la notation est d&#233;cisive &#224; propos de la danse, c'est que, tout comme pour la musique, c'est son existence et sa permanence qui sont en jeu. Le principe de la partition est une r&#233;ponse &#224; ce souci, et c'est une r&#233;ponse qui se passe de toute pens&#233;e de l'essence. La permanence et la consistance d'une &#339;uvre &#233;ph&#233;m&#232;re peuvent &#234;tre pens&#233;es &#224; partir de l'ex&#233;cution r&#233;it&#233;r&#233;e d'une construction symbolique, la partition, qui note ses propri&#233;t&#233;s constitutives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Des objections peuvent imm&#233;diatement s'&#233;lever : contrairement &#224; la musique, la danse n'a jamais dispos&#233; d'un syst&#232;me de notation consensuel, mais de plusieurs, souvent jug&#233;s insatisfaisants pour des raisons diverses. Et surtout, la plupart des danseurs ne construisent pas leur &#339;uvre sous forme de partition, quoique cela arrive. La notation serait plut&#244;t l'affaire du notateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Pouillaude, D'une graphie qui ne dit rien, .&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut cependant consid&#233;rer que le notateur intervient activement dans la constitution de l'&#339;uvre comme telle, dans la construction de sa permanence et de son identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Ontologie et rythmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'importance accord&#233;e par Goodman &#224; la notation le conduit &#224; partager les arts en deux r&#233;gimes : arts autographiques et arts allographiques. Si on consid&#232;re ce partage comme une classification qui se substituerait aux anciennes distinctions, arts du temps et arts de l'espace par exemple, il est clair qu'elle ne fonctionne pas plus que les pr&#233;c&#233;dentes. Ni la danse, ni l'&#233;criture, ni l'architecture n'y trouvent v&#233;ritablement leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les arts autographiques peuvent &#234;tre d&#233;finis comme des arts &#224; une phase : la r&#233;alisation de l'&#339;uvre n'est pr&#233;c&#233;d&#233;e d'aucune partition ; le proc&#232;s de production est directement l'&#233;laboration de l'&#339;uvre. Si on y inclut la peinture et la sculpture, on voit que cette d&#233;finition est d&#233;j&#224; imparfaite, pour les bronzes en particulier. Les arts allographiques sont ceux qui comme la musique se pr&#233;sentent en deux phases, &#233;criture de la partition, ex&#233;cution de cette partition. L'&#233;criture &#8211; entendue comme l'ensemble des arts litt&#233;raires &#8211; comporte, elle, ces deux aspects en une seule phase, elle est en m&#234;me temps notation et &#233;criture. Quant &#224; la danse, comme on l'a dit, elle se passe souvent de la notation. Enfin, l'architecture proc&#232;de bien &#224; partir de plans mais, d'une part, ces plans laissent souvent de c&#244;t&#233; ce qui rel&#232;ve de la construction, pourtant d&#233;terminante, et ils donnent souvent lieu &#224; la r&#233;alisation d'une seule &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce partage des arts est donc plut&#244;t la distinction de deux r&#233;gimes de l'art, auxquels peuvent successivement appartenir les diff&#233;rents arts mentionn&#233;s. Le r&#233;gime autographique met l'accent sur le proc&#232;s historique de production : la relation d'un sujet &#224; une activit&#233; t&#233;l&#233;ologiquement orient&#233;e, conform&#233;ment &#224; l'ontologie aristot&#233;licienne qui fonde sa th&#233;orie de l'art en g&#233;n&#233;ral. Le r&#233;gime allographique jette les bases d'une toute autre ontologie de l'&#339;uvre : l'&#339;uvre trouve son identit&#233; et sa permanence dans le fonctionnement d'un syst&#232;me symbolique qui peut &#234;tre not&#233; et conserv&#233;, rejou&#233; par des acteurs et ma&#238;tres d'&#339;uvre diff&#233;rents, la partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ce syst&#232;me, on peut donner la consistance d'un sch&#232;me, mais ce sch&#232;me doit &#234;tre compris comme une forme d&#233;mocrit&#233;enne, comme rythme. Benveniste, dans son article consacr&#233; au rythme dans son expression linguistique, distingue le &#171; sch&#232;ma &#187; &#8211; qui est une forme fixe, r&#233;alis&#233;e dans une position stable &#8211; du rythme, qui &#171; d&#233;signe la forme dans l'instant qu'elle est assum&#233;e par ce qui est mouvant, mobile, fluide, la forme de ce qui n'a pas de consistance organique : il convient au &lt;i&gt;pattern&lt;/i&gt; d'un &#233;l&#233;ment fluide, &#224; une lettre arbitrairement model&#233;e, &#224; un p&#233;plos qu'on arrange &#224; son gr&#233;, &#224; la disposition particuli&#232;re du mouvement ou de l'humeur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Benveniste, Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 1, Paris, Gallimard, 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La partition n'est pas un sch&#232;me intentionnel qui trouverait sa r&#233;alisation dans une mati&#232;re, comme une sorte d'incarnation de l'id&#233;e initiale. Ce sch&#232;me a plut&#244;t la consistance d'une forme symbolique qui est toujours r&#233;articul&#233;e dans son ex&#233;cution &#224; d'autres syst&#232;mes symboliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En danse, la partition note en g&#233;n&#233;ral les moments d'une s&#233;rie de mouvements, trac&#233;s, pas, gestes. Son r&#244;le est de saisir les points d'articulation d'un mouvement qui para&#238;t continu ; elle constitue, en partie arbitrairement les &#171; caract&#232;res &#187; d'une danse qui serviront &#224; son &#233;criture, au sens fort &#233;voqu&#233; plus haut, &#233;criture qui inclut le &#171; script &#187;, les indications de qualit&#233;s, et tout ce qui fait une danse, costumes, corps, d&#233;cors ou agencement de l'espace sc&#233;nique. Dans un article consacr&#233; &#224; Schlemmer, j'avais insist&#233; sur la mani&#232;re dont le costume constitue lui-m&#234;me un syst&#232;me articul&#233; en marques et caract&#232;res et comment il modifie la construction du mouvement : &#171; On donne un gant rouge &#224; la main gauche d'une silhouette uniform&#233;ment blanche. Aussit&#244;t l'accent s'y trouve port&#233;, non seulement de fa&#231;on optique, mais comme un moment du sensible : l'&#233;quilibre corporel et psychique est d&#233;plac&#233;. Un bas vert donn&#233; &#224; la jambe oppos&#233;e donne un accent nouveau, qui entre en relation avec le gant rouge selon un axe de direction d&#233;termin&#233; et provoque de nouvelles complications.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O. Schlemmer, &#171; Programme de la premi&#232;re repr&#233;sentation du ballet triadique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Il en va de m&#234;me du masque, dont nous pouvons voir l'importance chez Schlemmer, chez Wigman (cf. infra) et&#8230; chez Goodman lui-m&#234;me dans la performance &#224; laquelle il contribue, &lt;i&gt;Hockey Seen : A Nightmare in Three Periods and Sudden Death&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#339;uvre a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; Cambridge, Massachussetts, en 1972, et reprise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si la partition assure &#224; l'&#339;uvre une identit&#233; et une permanence, ce n'est donc pas &#224; la fa&#231;on d'une essence : l'&#339;uvre qui en est la r&#233;alisation poss&#232;de une autre dimension, non plus seulement symbolique mais esth&#233;tique. Pour les arts allographiques comme pour les arts autographiques, les qualit&#233;s esth&#233;tiques se d&#233;couvrent dans la r&#233;alisation et la pr&#233;sence sensible de l'&#339;uvre. Le fonctionnement esth&#233;tique se d&#233;finit &#224; partir de sympt&#244;mes plut&#244;t que de crit&#232;res. Il semble m&#234;me que ces sympt&#244;mes se d&#233;finissent &#224; rebours des caract&#232;res de la partition : densit&#233; syntaxique et s&#233;mantique, contre disjointure syntaxique et s&#233;mantique, saturation et prolif&#233;ration des caract&#232;res, contre s&#233;lection des caract&#232;res significatifs, enfin, exemplification (ou pr&#233;sentification) contre notation et abstraction. Pourtant, cette densit&#233; est elle-m&#234;me d&#233;finie comme une forme sp&#233;cifique de fonctionnement symbolique, en ce qu'elle articule plusieurs syst&#232;mes symboliques. De la disjointure s&#233;mantique &#224; la densit&#233; du sens, la diff&#233;rence est de degr&#233;, ou, pourrait-on dire de complexit&#233;. Toute &#339;uvre r&#233;articule une s&#233;rie d'agencements &#224; plusieurs autres : l'invariant est principe de variation ; il est modifi&#233;, modul&#233; par d'autres &#233;l&#233;ments qui acqui&#232;rent &#224; son contact le m&#234;me mode d'existence que lui. Mais ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments ont la valeur d'accents rythmiques, qui prennent cette valeur en s'additionnant, se cumulant pour former des points d'intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il n'est pas n&#233;cessaire que la partition ait &#233;t&#233; not&#233;e pr&#233;alablement pour qu'elle soit d&#233;terminante : une &#339;uvre v&#233;ritablement &#233;crite suppose toujours ce double syst&#232;me de discrimination entre les caract&#232;res et de r&#233;agencement du discontinu au continu. Elle r&#233;sulte d'une tension entre effacement et suppl&#233;mentation, comme le souligne la logique des diagrammes analogiques ou digitaux, que nous ne pouvons ici qu'&#233;voquer. Il conviendrait cependant d'engager sur ce point une lecture pr&#233;cise de la relation que les graphes et diagrammes goodmaniens entretiennent avec la double fonction du diagramme chez Deleuze, chez Ch&#226;telet, et des graphes chez Val&#233;ry.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Notation et modernit&#233; en danse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la notation est bien l'indice d'un changement de r&#233;gime de l'art, alors, l'importance prise par la notation de la danse chez Laban doit &#234;tre particuli&#232;rement significative de la modernit&#233; qu'il entend construire pour la danse. Ce n'est donc pas un hasard non plus si Goodman s'arr&#234;te tout particuli&#232;rement sur les principes de cette notation, laissant de c&#244;t&#233; de plus anciens syst&#232;mes comme la notation Feuillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La notation Feuillet est en partie figurative, de l'ordre du graphe plut&#244;t que de l'&#233;criture. La partition reproduit l'espace de la sc&#232;ne et la figure des trac&#233;s, des d&#233;placements. Elle parvient toutefois &#224; une d&#233;composition plus abstraite du mouvement dans l'analyse des pas et comporte ainsi une dimension alphab&#233;tique. La kin&#233;tographie de Laban semble, elle, viser d'embl&#233;e le mode de fonctionnement d'un alphabet. Elle se construit &#224; partir de l'analyse du mouvement en &#233;l&#233;ments minimaux, a-signifiants, tout comme les caract&#232;res de l'alphabet et d&#233;note les mouvements et d&#233;placements par la combinaison de ces caract&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le principe de cette notation correspond aux exigences d'une notation alphab&#233;tique mais se distingue de ce que l'on nomme aussi &#171; &#233;criture &#187; : l'agencement d'un discours, ou d'une danse, ce que l'on sous-entend lorsque l'on parle de chor&#233;-graphie. On a vu que l'&#233;criture ainsi entendue n'est que partiellement une partition. Elle est partition au sens o&#249; elle repose sur la notation alphab&#233;tique, mais elle n'est pas simplement une notation, dans la mesure o&#249; ce qui est not&#233;, c'est un discours porteur d'une signifiance. Toute la difficult&#233; de la th&#233;orie de la notation chez Goodman tient dans cette distinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La partition, comme notation, consiste dans une double articulation syntaxique et s&#233;mantique. L'articulation syntaxique consiste dans le fait de d&#233;finir les caract&#232;res de telle fa&#231;on qu'une marque de caract&#232;re puisse &#234;tre attribu&#233;e soit &#224; un caract&#232;re soit &#224; un autre, de fa&#231;on discriminante. En musique, la notation satisfait d'abord au r&#233;quisit de disjointure syntaxique : les notes sont suffisamment disjointes pour qu'on puisse leur faire correspondre des marques discriminables. &#192; cette premi&#232;re articulation, il faut en ajouter une autre : la disjointure s&#233;mantique. L'&#233;criture d'une note permet de d&#233;terminer ce qu'il faut jouer, un agencement particulier des sons. Elle d&#233;finit une &#171; classe de concordance &#187; : l'ensemble des ex&#233;cutions de la partition. Ainsi d&#233;finie, la notation ressemble &#224; un alphabet mais pas &#224; une langue naturelle. La double articulation d&#233;finit chez Saussure des unit&#233;s signifiantes, et ces unit&#233;s ne sont pas absolument disjointes, au sens o&#249; plusieurs significations peuvent correspondre &#224; un m&#234;me signe. En mati&#232;re de notation, la s&#233;mantique consiste dans le fait de se r&#233;f&#233;rer &#224; un geste ou un son, ind&#233;pendamment de sa signification et ind&#233;pendamment du sens produit par l'&#339;uvre elle-m&#234;me. En quoi une s&#233;mantique qui ne se r&#233;f&#232;re qu'&#224; une ex&#233;cution peut-elle &#234;tre nomm&#233;e s&#233;mantique ? S'agit-il d'une analogie ? Le fait de &#171; se r&#233;f&#233;rer &#224; &#187; est une structure du sens et se retrouve dans la notation : elle se fonde ainsi principalement sur la d&#233;notation. Mais la r&#233;f&#233;rence ne suffit pas &#224; d&#233;finir le sens qui suppose un processus d'&#233;nonciation, une relation &#224; un sujet. La notation labanienne r&#233;pond bien aux r&#233;quisits d'une notation : cela signifie-t-il qu'elle cong&#233;die tout sens, trouvant dans cette abstration une figure d&#233;cisive de sa modernit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goodman insiste, comme on l'a vu sur l'importance de la danse dans sa th&#233;orie de la notation. Pourtant, les pages qu'il consacre &#224; la notation Laban sont courtes et tr&#232;s elliptiques. La disjointure syntaxique ne semble pas faire probl&#232;me. Laban a suffisamment distingu&#233; les &#233;l&#233;ments qui doivent &#234;tre not&#233;s pour que les marques ou signes puissent eux aussi &#234;tre distingu&#233;s (pas, directions, positions). Plus difficile est la question de savoir si ces marques ou signes suffisent &#224; d&#233;terminer clairement quel acte doit leur correspondre. Les directions que peuvent prendre un mouvement sont infiniment modulables. Comment noter une direction interm&#233;diaire ? Il est int&#233;ressant de voir, comme le souligne Goodman, que la notation retenue pour la direction ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; celui de la position des aiguilles d'une montre. On indique ainsi huit directions possibles &#224; partir d'un point. Les directions interm&#233;diaires sont not&#233;es comme interm&#233;diaires et l'ensemble des directions se r&#233;duit &#224; seize. Comme pour les marques de temps, on suppose qu'il n'est pas utile d'aller en de&#231;&#224; d'un certain fractionnement. Il y a donc bien disjointure s&#233;mantique au sens o&#249; une figure suffit &#224; d&#233;terminer quelle direction doit &#234;tre prise, laissant de c&#244;t&#233; les subtiles variations qui peuvent avoir une valeur esth&#233;tique, mais aucune importance du point de vue de la fid&#233;lit&#233; &#224; la partition et au projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un tel syst&#232;me notationnel semble d&#233;finir le mouvement dans&#233; selon les principes d'un mouvement m&#233;canique ; tout comme un piano m&#233;canique pourrait interpr&#233;ter une partition transf&#233;r&#233;e sur un papier perfor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toute partition comporte, outre les indications fondamentales pour l'ex&#233;cution des sons ou des mouvements, ce que Goodman appelle une &#171; mise en partition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En musique, tout ce qui indique des variations dans l'ex&#233;cution comme celles qui prescrivent un tempo, une mani&#232;re de fluer, une intensit&#233;, les &lt;i&gt;legato&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fortissimo&lt;/i&gt;, etc. s'indique en marge de la partition, comme ce qui peut diriger l'ex&#233;cution afin de lui conf&#233;rer une valeur expressive. Il est clair que ces indications sont li&#233;es aux &#233;motions, au sens que l'on veut conf&#233;rer &#224; une m&#233;lodie ou &#224; un mouvement. Elles sont susceptibles de variations qui ne sont pas not&#233;es et comme telles elles n'appartiennent pas &#224; la partition, elles peuvent conduire &#224; une interpr&#233;tation qui fait sortir l'ex&#233;cution de la partition elle-m&#234;me. Par exemple, le tempo d'une pi&#232;ce de Bach peut aussi modifier radicalement sa perception en rendant indiscernable ce qui &#233;tait clairement disjoint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces indications rel&#232;vent plut&#244;t du script que de la notation proprement dite. Le script est une notation disjointe syntaxiquement, mais pas s&#233;mantiquement. La notation d'un discours est un script : elle permet de noter clairement des unit&#233;s phon&#233;tiques distinctes par des caract&#232;res d'&#233;criture ainsi disjoints. Mais les signes auxquels elle fait r&#233;f&#233;rence ne sont pas eux-m&#234;mes suffisamment discrimin&#233;s : un m&#234;me signe peut avoir plusieurs significations et un m&#234;me script plusieurs sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est int&#233;ressant de voir que la prise en compte du sens dans une partition conduit &#224; mettre en question la disjointure s&#233;mantique. L&#224; o&#249; il y a disjointure s&#233;mantique, il n'y a pas de place pour l'interpr&#233;tation proprement dite, on peut rester dans l'ex&#233;cution. L&#224; o&#249; il y a interpr&#233;tation, il n'y a plus l'assurance d'une identit&#233; de l'&#339;uvre. &#171; Un rem&#232;de possible, note Goodman, consisterait &#224; restreindre tr&#232;s s&#233;v&#232;rement et de mani&#232;re appropri&#233;e les mots ou les images admis.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 254.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il y a l&#224; une approche radicalement diff&#233;rente de celle que propose Benveniste &#224; propos des langages de l'art. Benveniste maintient la th&#232;se que seul le langage verbal poss&#232;de une double articulation s&#233;miotique et s&#233;mantique. La musique ne constitue pas un langage, dans la mesure o&#249; les unit&#233;s constitu&#233;es &#224; partir des sons dans la gamme ne sont pas dot&#233;es de significations ; elles sont combinables simultan&#233;ment et syntaxiquement, sans grammaire et sans principe de s&#233;lection paradigmatique. Il y a bien une disjointure syntaxique, des caract&#232;res discrimin&#233;s pour des unit&#233;s de sons, mais pas de s&#233;miotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Benveniste, Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 2, Paris, Gallimard, 1974, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela n'exclut pas qu'il y ait signifiance ; cette signifiance toutefois ne pourra se pr&#233;ciser que dans l'interpr&#233;tation, en relation avec le langage, comme interpr&#233;tant. La signifiance dans le langage au contraire s'articule selon deux modes, s&#233;miotique et s&#233;mantique et seul le s&#233;mantique &#171; se r&#233;f&#232;re &#224; &#187; une situation et un sujet. C'est la coexistence de ces deux modes de fonctionnement qui permet le choix des mots et de la syntaxe en fonction du sens, et qui fait la caract&#233;ristique et la supr&#233;matie des syst&#232;mes linguistiques sur les autres syst&#232;mes s&#233;miotiques et les arts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La th&#233;orie des langages de l'art chez Goodman op&#232;re une r&#233;duction du s&#233;mantique &#224; la seule d&#233;notation, lorsqu'il s'agit de penser le principe de la notation : celle-ci consiste dans le fait de d&#233;noter, ou de noter un geste, un son, au moyen d'un caract&#232;re, ind&#233;pendamment de tout signifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
S'agit-il d'une suspension de la question du sens qui serait essentielle &#224; une pens&#233;e de l'art et de l'&#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La partition ne constitue pas encore l'&#339;uvre : l'&#339;uvre en danse comme en musique dans son passage &#224; la sc&#232;ne ou &#224; la salle, tient compte des indications pr&#233;sentes dans le script, qui suppose l'usage d'un syst&#232;me linguistique, un langage qui produit du sens. Ce passage de la notation et du script &#224; l'&#339;uvre n'est pas livr&#233; &#224; la seule intuition. Il suppose une construction et une &#233;valuation de ce qui peut &#234;tre conforme ou non &#224; la partition. Au lieu d'une pr&#233;sentation directe et non analytique de l'&#339;uvre sur sc&#232;ne &#8211; comme on imagine que c'est le cas pour l'improvisation, elle permet de mettre en &#233;vidence le caract&#232;re construit de l'&#339;uvre dans sa pr&#233;sentation m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;De la notation &#224; l'&#339;uvre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le parcours de Goodman dans &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt; est tout entier tendu vers cette id&#233;e d'une rationalisation possible de l'exp&#233;rience esth&#233;tique, fond&#233;e sur la mise en &#233;vidence du caract&#232;re construit de l'&#339;uvre dans son rapport au langage ; une esth&#233;tique fond&#233;e sur une po&#233;tique, au sens val&#233;ryen. Comme toute po&#233;tique, celle-ci est pr&#233;sente dans l'&#339;uvre m&#234;me, dans la pr&#233;cision et la d&#233;licatesse de son fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#339;uvre n'est donc pas la pr&#233;sentation sensible d'un concept, mais l'agencement d'une partition (existante ou possible) selon une interpr&#233;tation. Les relations inter-symboliques se substituent aux concepts : une repr&#233;sentation n'est pas une image, mais elle mobilise les propri&#233;t&#233;s de l'image selon un fonctionnement symbolique complexe, qui va de la d&#233;notation &#224; la m&#233;taphore, en passant par l'exemplification. C'est comme si la complexit&#233; des syst&#232;mes linguistiques &#233;tait r&#233;introduite &#224; partir d'une premi&#232;re phase de r&#233;duction. La th&#233;orie de ce double mouvement est propos&#233;e dans l'analyse du fonctionnement des diagrammes et des graphes. Mais on peut ici l'exemplifier &#224; partir de la danse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le principe de cette s&#233;mantique construite peut en effet &#234;tre &#233;clairci par l'analyse de la s&#233;mantique gestuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goodman insiste sur l'absence de relation &#171; motiv&#233;e &#187; entre le geste et l'&#233;motion. Certains gestes fonctionnent comme des mots, ils d&#233;notent (le refus, l'hommage&#8230;). D'autres semblent exprimer une &#233;motion, mais il n'y a, entre le geste et l'&#233;motion, ni relation causale, ni relation de ressemblance. C'est la culture ou l'&#233;ducation qui conduisent &#224; associer spontan&#233;ment certains gestes &#224; certaines &#233;motions. L'int&#233;r&#234;t de la remarque vient de ce qu'elle est associ&#233;e &#224; un texte de Doris Humphrey qui souligne que les postures qui paraissent les plus naturelles et presque animales (la s&#233;duction, l'effroi) doivent &#234;tre reconstruites dans la danse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 83.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression doit &#234;tre con&#231;ue comme l'exemplification m&#233;taphorique de ce qui est d&#233;not&#233; comme triste ou gai : un geste expressif est l'exemplification m&#233;taphorique de ce qu'il exprime. Cela veut dire d'abord que la propri&#233;t&#233; appartient au geste, non &#224; celui qui le fait, que le geste est dit &#171; l&#233;ger &#187; s'il exprime la l&#233;g&#232;ret&#233; ; mais que cette propri&#233;t&#233; est acquise, qu'elle ne peut lui appartenir naturellement, seulement m&#233;taphoriquement. Ce qui est litt&#233;ralement l&#233;ger, c'est un corps, pas un geste. C'est par le transfert des propri&#233;t&#233;s qui caract&#233;risent un corps l&#233;ger &#224; un geste que celui-ci peut &#234;tre d&#233;not&#233; comme &#171; l&#233;ger &#187; et qu'il exemplifie la l&#233;g&#232;ret&#233;. La th&#233;orie de la m&#233;taphore est un des moments les plus importants de l'&#339;uvre de Goodman : la m&#233;taphore n'est jamais simplement une image mais le transfert d'un ensemble d'&#233;tiquettes &#224; un autre domaine. Par exemple la gaiet&#233; ne s'exprime pas directement par un sourire, elle peut, pour un visage, se d&#233;ployer en un ensemble de signes qui d&#233;notent ordinairement la gait&#233;. Parler d'une toile gaie, ce n'est pas la comparer &#224; un sourire, mais y rep&#233;rer le transfert d'une s&#233;rie de marques, en elles-m&#234;mes non expressives, mais associ&#233;es culturellement &#224; la gait&#233; et qui se recomposent ou se r&#233;agencent dans un autre syst&#232;me symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sur ce point, la notation labanienne de l'effort, ou des qualit&#233;s de mouvement, distincte de la kin&#233;tographie, peut nous &#233;clairer un peu. La notation des qualit&#233;s de mouvement repose sur le principe de la m&#233;taphore tel qu'il est analys&#233; par Goodman. Un corps l&#233;ger peut voler ou peut &#234;tre &#171; &#233;pousset&#233; &#187; ; mais il n'est pas n&#233;cessaire, ni suffisant d'actionner les bras pour avoir l'air de voler, ni de faire semblant d'&#233;pousseter pour &#233;voquer la d&#233;licatesse. En revanche, on peut analyser la qualit&#233; des mouvements de voler ou d'&#233;pousseter tr&#232;s rigoureusement en discriminant les facteurs qui doivent &#234;tre pris en compte (envers le poids, l'espace, le temps, le flux). On obtient ainsi la notation des composantes d'une gestuelle qui peut s'approprier ces qualit&#233;s selon un agencement qui lui est propre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. von Laban, La Ma&#238;trise du Mouvement, trad. J. Challet-Haas et M. Bastien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'expression est une composante essentielle de l'art de la danse mais il s'en faut que tous les gestes et mouvements soient expressifs. Les gestes dans la danse peuvent fonctionner comme des mots, des verbes qui d&#233;notent, ou bien exemplifier et exprimer. Inversement, le ma&#238;tre de gymnastique exemplifie le plus souvent ce qu'il prescrit ; le mime d&#233;note et parfois seulement exemplifie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 95.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression est toutefois &#233;troitement associ&#233;e au sch&#233;ma notable d'un geste ; ce sch&#233;ma en rend compte suffisamment pour que l'&#233;motion en soit indissociable :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'acteur ou le danseur ou le spectateur remarque quelquefois et se rappelle le sentiment d'un mouvement plut&#244;t que son sch&#233;ma, pour autant qu'on puisse r&#233;ellement distinguer les deux. Dans l'exp&#233;rience esth&#233;tique, l'&#233;motion est un moyen de discerner quelles propri&#233;t&#233;s une &#339;uvre poss&#232;de et exprime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N. Goodman, Langages de l'art, op. cit., p. 291.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Inversement, si l'&#233;motion peut fonctionner comme une notation, une marque m&#233;morielle, c'est qu'elle a &#233;t&#233; associ&#233;e &#224; un sch&#233;ma analysable. &#171; Que des gestes puissent &#234;tre cit&#233;s &#187; est un des principes de l'art de Brecht. Il suppose, jusque dans l'improvisation et la recherche d'un geste, la conscience analytique de ses caract&#233;ristiques motrices ou expressives. C'est ce qui le rend citable, appropriable ou r&#233;appropriable, et signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un retour au texte de Goodman sur la m&#233;taphore permet de pr&#233;ciser ce qui est en jeu ici :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; l'organisation par un sch&#232;me immigrant co&#239;ncide avec une organisation qui est d&#233;j&#224; autrement r&#233;alis&#233;e dans le nouveau r&#232;gne, l'unique int&#233;r&#234;t de la m&#233;taphore r&#233;side dans la mani&#232;re dont cette organisation se trouve ainsi mise en rapport avec l'application du sch&#232;me dans son r&#232;gne d'origine et parfois avec ce qu'exemplifient les &#233;tiquettes du sch&#232;me. Mais l&#224; o&#249; il en r&#233;sulte une organisation inaccoutum&#233;e, de nouvelles associations et distinctions se constituent aussi &#224; l'int&#233;rieur du r&#232;gne de transfert ; et la m&#233;taphore porte d'autant plus que celles-ci intriguent davantage et ont plus d'importance.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 110.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'exemple du geste l&#233;ger permet dans un premier temps de comprendre de quoi il s'agit : si le geste &#171; &#233;voque &#187; la l&#233;g&#232;ret&#233;, voire, plus pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;poussetage, il renvoie au domaine ordinaire auquel il emprunte certaines de ses composantes ; il peut tr&#232;s vite devenir d&#233;notatif (mouvement d'&#233;carter de la main, d'envoyer ailleurs avec d&#233;sinvolture). S'il articule ces composantes dans un agencement plus complexe, il peut contribuer &#224; cr&#233;er un personnage ou une allure &#233;trange et intrigante. L'&#339;uvre prend corps lorsqu'elle n'est plus seulement la r&#233;alisation d'un sch&#233;ma gestuel, postural, du trac&#233; d'un d&#233;placement, mais lorsqu'elle int&#232;gre suffisamment d'&#233;l&#233;ments &#233;trangers de telle fa&#231;on qu'ils rendent le mouvement &#224; la fois &#233;nigmatique, &#233;trange, et inconcevable sans cette &#233;tranget&#233;. Il faut que le corps &#233;tranger y trouve sa place sans &#234;tre &#224; proprement parler &#171; incorpor&#233; &#187;. Certains de ces &#233;l&#233;ments peuvent &#234;tre not&#233;s comme des composantes qualitatives du mouvement lui-m&#234;me mais, le plus souvent, ils naissent de la rencontre entre d&#233;placements, corpor&#233;it&#233; singuli&#232;re, costumes, musique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On peut exemplifier cette id&#233;e de fa&#231;on plus approfondie &#224; propos d'une des ic&#244;nes du discours th&#233;orique sur la danse, &lt;i&gt;Hexentanz&lt;/i&gt; de Mary Wigman, si souvent cit&#233;e et analys&#233;e que nous pouvons nous appuyer sur certaines de ces analyses, en particulier celles qu'en propose Dominique Brun. Mais c'est en recourant aux notions propos&#233;es par Goodman que nous pourrons mettre ces derni&#232;res &#224; l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La fameuse danse de la sorci&#232;re exprime une forme de sauvagerie et de force ; et sans doute cette impression est-elle conditionn&#233;e par une culture, une certaine id&#233;e de la danse ici prise &#224; contrepied. L'&#233;tranget&#233; de la danse provient aussi en partie du statut m&#234;me du document qui fait resurgir longtemps apr&#232;s la corpor&#233;it&#233; d'une danseuse disparue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La musique joue un r&#244;le d&#233;terminant dans ce sentiment de sauvagerie et de force : si on coupe le son, la danse perd en vigueur. Mais on sait que ce solo a &#233;t&#233; compos&#233; sans musique dans un premier temps. Mary Wigman parle de rythmes qui naissent du corps lui-m&#234;me et qu'il faut apprendre &#224; ordonner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Wigman, Le langage de la danse, trad. Jacqueline Robinson, Paris, Chiron, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La musique qui est utilis&#233;e dans la version film&#233;e repose cependant sur des rythmes percussifs qui sont une des marques de l'&#339;uvre de Wigman et qu'elle compose elle-m&#234;me. &#192; propos de certaines de ses &#339;uvres, elle &#233;voque l'influence premi&#232;re de la musique sur l'&#233;laboration de la danse (le son du gong dans la cr&#233;ation de &lt;i&gt;Monotonie&lt;/i&gt;). Une telle musique peut jouer pour nous un r&#244;le m&#233;taphorique au sens premier du terme d&#233;fini par Goodman. Elle renvoie la danse au domaine des arts non occidentaux &#224; une certaine id&#233;e de la primitivit&#233; dans l'entre-deux guerres ; elle illustre alors ou exemplifie certaines des qualit&#233;s de la danse m&#234;me. En r&#233;alit&#233;, elle intervient directement dans l'accentuation de certaines postures, de certaines suspensions ; elle est alors une composante de la danse &#8211; m&#233;taphore au sens 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le costume semble lui aussi avoir &#233;t&#233; &#171; import&#233; &#187;, et transf&#233;r&#233; dans la danse, comme un &#233;l&#233;ment qui renvoie &#224; un domaine &#233;tranger, soierie orientale &#8211; &#171; cette splendeur &#233;tal&#233;e devant moi : des dessins hardis de fils de m&#233;tal, un fond rouge cuivr&#233;, miroitant d'or et d'argent, un trac&#233; noir ; c'&#233;tait excitant, sauvage, barbare &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Wigman, Le langage de la danse, op. cit., p. 42.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#233;taphore au sens 1. Mais de ces couleurs il reste peu de chose dans le film dont nous disposons. En revanche, comme le souligne Dominique Brun, l'&#233;chancrure tr&#232;s large du costume dans le dos appara&#238;t lorsqu'elle tourne sur elle-m&#234;me et cette &#233;chancrure devient une ouverture de l'espace : &#171; Mais au moment o&#249;, en tournant, elle montre son dos nu, alors l'espace se dilate. En effet, dans sa nudit&#233;, ce dos appara&#238;t immense ; il est, si je puis dire, ventru. Il est &#233;trange de le d&#233;crire ainsi, mais je ne trouve pas d'autre mot : le dos de la sorci&#232;re est ventru parce qu'il appara&#238;t soudain porteur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Brun, Le corps de Mary Wigman est un medium, .&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; M&#233;taphore au sens 2. Le costume devient un &#233;l&#233;ment de la danse m&#234;me, de son univers et de sa corpor&#233;it&#233; propre. Le dos devient un ventre. On conserve le rapport &#224; l'animalit&#233;, mais celle-ci se dit en des termes qui sont ceux d'un mouvement corporel paradoxal : le ventre porte la station, mais c'est le dos qui porte le mouvement de rotation sur les ischions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On pourrait poursuivre ainsi l'analyse &#224; l'infini comme le sugg&#232;re Goodman, en prenant appui sur la partition, et en y articulant ce que la danseuse y adjoint, de fa&#231;on pr&#233;cise parce que le mouvement &#233;crit est lui-m&#234;me pr&#233;cis. On peut simplement souligner pour finir le r&#244;le particulier du masque. L'id&#233;e du masque vient d'un autre personnage qui est le personnage de &#171; C&#233;r&#233;monie &#187;. Con&#231;u pour donner au visage une expression &#171; lisse, immacul&#233;e &#224; travers toutes les phases de la danse &#187;, il n'appartient pas forc&#233;ment en tant que masque, aux univers barbares qu'&#233;voque la danse de la sorci&#232;re. Il s'agit en le recr&#233;ant de l'int&#233;grer aux univers que la danse a accueillis et recompos&#233;s. Son statut est plus proche de celui mouvement lui-m&#234;me, transform&#233; par les m&#233;taphores qu'il appelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#339;uvre de Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, permet donc de d&#233;velopper le principe d'une po&#233;tique de l'&#339;uvre : ce n'est pas seulement une th&#233;orie du symbole fond&#233;e sur le seul principe de la d&#233;notation et de la r&#233;f&#233;rence, qui priverait le symbole de toute son &#233;paisseur s&#233;mantique. Ce n'est pas non plus un cong&#233; donn&#233; &#224; l'ontologie bien qu'effectivement l'&#339;uvre soit envisag&#233;e sous l'angle de son fonctionnement. C'est pourquoi je propose de consid&#233;rer l'ontologie &#224; laquelle il s'adosse comme une ontologie du singulier, ontologie qui se passe, comme on sait, d'une th&#233;orie de l'essence de l'art. L'identit&#233; d'une &#339;uvre, non d'un art, y est pens&#233;e comme diff&#233;rence selon le principe qui d&#233;finit le rythme d&#233;mocrit&#233;en : &#171; Les choses diff&#232;rent par le rythme, par le contact, par la tournure ; le contact est l'ordre et la tournure est la position.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote, M&#233;taphysique, 985 b 4, cit&#233; par Benveniste dans Probl&#232;mes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Qu'une &#339;uvre puisse acqu&#233;rir sens et persistance dans l'&#234;tre &#224; partir d'un syst&#232;me qui proc&#232;de par morcellement et effacement, la danse le montre suffisamment, devenant &#339;uvre en accueillant ce qui donne force au sch&#233;ma initial, lui conf&#233;rant la consistance d'un acte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, trad. J. Morizot, Paris, Jacqueline Chambon, 1990, p. 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;F. Pouillaude, &lt;i&gt;D'une graphie qui ne dit rien&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-poetique-2004-1-page-99.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://www.cairn.info/revue-poetique-2004-1-page-99.htm&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;. Benveniste, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 1&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, p. 333.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O. Schlemmer, &#171; Programme de la premi&#232;re repr&#233;sentation du ballet triadique &#187; (1922), cit&#233; dans V. Fabbri, &#171; La construction de la sc&#232;ne comme image-temps &#187;&lt;i&gt;, in&lt;/i&gt; C. Rousier (dir.),&lt;i&gt; Oskar Schlemmer, l'homme et la figure d'art&lt;/i&gt;, Pantin, &#201;ditions du Centre National de la danse, 2002, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#339;uvre a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; Cambridge, Massachussetts, en 1972, et reprise en Belgique en 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 254.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;. Benveniste, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; &lt;i&gt;2&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1974, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. von Laban, &lt;i&gt;La Ma&#238;trise du Mouvement, &lt;/i&gt;trad. J. Challet-Haas et M. Bastien, Arles, Actes sud, 1994, p. 106-107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;N. Goodman, &lt;i&gt;Langages de l'art&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Wigman, &lt;i&gt;Le langage de la danse&lt;/i&gt;, trad. Jacqueline Robinson, Paris, Chiron, 1990, p. 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Wigman, &lt;i&gt;Le langage de la danse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;D. Brun, &lt;i&gt;Le corps de Mary Wigman est un medium, &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-reperes-cahier-de-danse-2012-2-page-20.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://www.cairn.info/revue-reperes-cahier-de-danse-2012-2-page-20.htm&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote, &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt;, 985 b 4, cit&#233; par Benveniste dans &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 1&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 329.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Po&#233;tique de la philosophie
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article407</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article407</guid>
		<dc:date>2011-09-21T07:12:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Fabbri
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La question qui va &#234;tre pos&#233;e ici est celle de savoir ce que la po&#233;tique d'Henri Meschonnic apporte &#224; la philosophie, en quoi la po&#233;tique d&#233;range, d&#233;place, renouvelle les questions qui forment le fond de la philosophie. Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de ce que la po&#233;tique apporte du point de vue de la th&#233;orie du langage, mais du point de vue de la lecture des textes philosophiques. Henri Meschonnic ne cesse de lire les philosophes, mais il faut avouer que ceux-ci le lisent peu ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Philosophie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La po&#233;tique : une anti-philosophie ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;La po&#233;tique : une anti-philosophie ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Sujet philosophique et sujet du discours&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Sujet philosophique et sujet du discours&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Vers une critique d'Adorno&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Vers une critique d'Adorno&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'inconscient du discours philosophique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;L'inconscient du discours philosophique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le sujet Heidegger&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Le sujet Heidegger&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La rh&#233;torique de la philosophie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;La rh&#233;torique de la philosophie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Critique ou sauvetage des textes ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire_6'&gt;Critique ou sauvetage des textes ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;La question qui va &#234;tre pos&#233;e ici est celle de savoir ce que la po&#233;tique d'Henri Meschonnic apporte &#224; la philosophie, en quoi la po&#233;tique d&#233;range, d&#233;place, renouvelle les questions qui forment le fond de la philosophie. Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de ce que la po&#233;tique apporte du point de vue de la th&#233;orie du langage, mais du point de vue de la lecture des textes philosophiques. Henri Meschonnic ne cesse de lire les philosophes, mais il faut avouer que ceux-ci le lisent peu ou se r&#233;clament peu de ces lectures ; pour ceux qui prennent le temps de lire plus qu'une &#233;tude ponctuelle, il appara&#238;t cependant que son travail est d&#233;cisif pour nous sortir &#224; la fois de l'histoire de la philosophie et d'un certain rapport &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette question nous conduira n&#233;cessairement &#224; nous demander si la po&#233;tique de la philosophie peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une forme du discours philosophique lui-m&#234;me dans la mesure o&#249; la philosophie revendique le moment critique comme constitutif de sa propre d&#233;marche. La po&#233;tique para&#238;t aujourd'hui constituer une part importante de ce moment critique, mais peut-&#234;tre n'est-ce pas un trait d'&#233;poque : la philosophie platonicienne ne se constitue-t-elle pas &#224; partir d'une critique des discours sophistiques, pratiquant &#224; sa fa&#231;on une po&#233;tique du discours, non simplement une r&#233;futation logique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La question n'en est pas moins paradoxale puisque la po&#233;tique est pr&#233;sent&#233;e dans certaines &#233;tudes comme une anti-philosophie. Par exemple, dans &lt;i&gt;Le Langage Heidegger&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens, au sens o&#249; la po&#233;tique est une critique de la philosophie, qu'il n'y aura pas ici une &#171; analyse philosophique &#187; de textes philosophiques, mais une po&#233;tique de ces textes. C'est-&#224;-dire en partie, une anti-philosophie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, Le Langage Heidegger, Paris, PUF, 1990, p. 8. Cet ouvrage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut opposer &#224; ce passage la mise au point qui le suit quelques pages plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de la po&#233;tique n'est pas le point de vue de la philosophie. Pour autant, il ne se fait pas en dehors de la philosophie. Pour la po&#233;tique, il n'y a ni dedans ni dehors de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Il s'agit, jusque dans la philosophie, de savoir (et de savoir comment savoir) ce qu'on fait des mots. Les mots font vos linceuls et vos drapeaux. Comme on fait les mots on vit. Le sens des mots n'est pas s&#233;parable du sens de la vie. Po&#233;tiquement. Politiquement. Jusque dans la philosophie. C'est son roman, ou son po&#232;me, comme on veut. La prosodie qui l'accompagne. Et qui est diff&#233;rente selon chaque voix, chaque &#233;coute. En plus de tout ce qu'elle peut dire. Mais m&#234;l&#233;e &#224; ce qu 'elle dit. D'o&#249; les &#233;lans, les r&#233;sistances, les ruses. [...] C'est pourquoi la po&#233;tique est une &#233;coute traversi&#232;re. Un questionnement. Un exercice du sujet. (p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La po&#233;tique : une anti-philosophie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En un sens donc, la po&#233;tique ne part pas de la philosophie, elle part d'une pratique de la po&#233;sie de la traduction et de leur th&#233;orie, point de vue non philosophique. C'est pourquoi souvent, le discours d'Henri Meschonnic para&#238;t opposer arbitrairement &#224; la logique propre du discours philosophique un point de vue ext&#233;rieur, une norme, une r&#232;gle qui est celle du savoir po&#233;tique. Mais inversement on peut consid&#233;rer que le discours philosophique pr&#233;suppose ce point de vue sans l'assumer v&#233;ritablement. La philosophie, en particulier la ph&#233;nom&#233;nologie, engage une r&#233;flexion sur la po&#233;sie et sur le langage, tout en laissant de c&#244;t&#233; l'&#233;tat le plus avanc&#233; de la th&#233;orie du langage. De ce fait elle manque aussi tout ce qu'elle pourrait savoir de son propre discours, dont elle n'a qu'une conscience partielle. Un aspect du travail d'Henri Meschonnic consiste &#224; souligner ce manque qui s'inscrit alors comme manque du discours philosophique lui-m&#234;me. La po&#233;tique est inscrite dans le discours philosophique comme une exigence dont l'accomplissement serait ind&#233;finiment diff&#233;r&#233;. Mais inversement, la philosophie est inscrite dans le travail de la po&#233;tique comme une exigence non moins imp&#233;rative, c'est du moins ce que je voudrais montrer. C'est pourquoi la po&#233;tique n'est ni dedans ni dehors, et qu'elle traverse le texte philosophique, mais de cette travers&#233;e, ni elle ni la philosophie ne sortent inchang&#233;es.
Ce que je voudrais montrer dans ce qui suit, c'est donc que la po&#233;tique travaille &#224; une transformation des questions que la philosophie se pose &#224; propos de son propre discours. Cette rencontre n'est possible que parce que la po&#233;tique de Meschonnic enl&#232;ve le rythme &#224; une &#233;tude purement formelle et l'articule au sens. Le rythme est pour Henri Meschonnic non pas de l'ordre de la forme, mais du sens : je rappelle ici la d&#233;finition du rythme qui est donn&#233;e dans &lt;i&gt;Critique du rythme&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;finis le rythme dans le langage comme l'organisation des marques par lesquelles les signifiants linguistiques et extra-linguistiques (dans le cas de la communication orale surtout) produisent une s&#233;mantique sp&#233;cifique distincte du sens lexical, et que j'appelle la signifiance, c'est-&#224;-dire les valeurs propres &#224; un discours et un seul. Ces marques peuvent se situer &#224; tous les niveaux du langage, accentuelles, prosodiques, lexicales et syntaxiques.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, Critique du rythme. Anthropologie historique du langage, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le rythme n'est donc pas une forme qui accompagnerait ni m&#234;me qui incarnerait un sens logiquement constitu&#233;, mais il constitue une signifiance qui travaille d&#233;place, transforme le sens conceptuellement articul&#233;. Ainsi d&#233;fini, le rythme n'appartient pas &#224; la po&#233;sie versifi&#233;e, mais concerne tout discours. Tout discours est justifiable d'une approche po&#233;tique ou rythmique, mais dans cette approche, le discours philosophique a n&#233;cessairement une place sp&#233;cifique, puisqu'il se d&#233;finit comme l'&#233;tude des articulations conceptuelles et appelle par cons&#233;quent une r&#233;flexion pr&#233;cise sur la mani&#232;re dont le syst&#232;me logique s'articule au syst&#232;me de la signifiance. De ce point de vue la po&#233;tique rencontre un questionnement que l'on trouve aussi bien chez Hegel que chez Deleuze dans des termes diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans certains cas, la proximit&#233; est flagrante, par exemple, chez Hegel dans la &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt;, la dialectique est pens&#233;e comme rythme. Je rappelle le texte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce conflit entre la forme d'une proposition en g&#233;n&#233;ral et l'unit&#233; du concept qui d&#233;truit cette forme, est semblable &#224; celui qui se produit dans le rythme entre le m&#232;tre et l'accent. Le rythme r&#233;sulte de l'intervalle suspendu en leur milieu et de leur r&#233;union. De la m&#234;me fa&#231;on, dans la proposition philosophique, l'identit&#233; du sujet et du pr&#233;dicat ne doit pas an&#233;antir leur diff&#233;rence, qui est exprim&#233;e par la forme de la proposition, et leur unit&#233; doit surgir au contraire comme une harmonie. La forme de la proposition, c'est l'apparition du sens d&#233;termin&#233;, ou l'accent, qui diff&#233;rencie le substrat dont elle est remplie ; mais le fait que le pr&#233;dicat exprime la substance, et que le sujet lui-m&#234;me tombe dans l'universel, constitue l'&lt;i&gt;unit&#233; &lt;/i&gt; dans laquelle cet accent s'&#233;vanouit jusqu'&#224; n'&#234;tre plus entendu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hegel, Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit, trad. Lefebvre, Paris, Aubier, 1991, p. 69.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On ne peut cependant pas encore v&#233;ritablement parler de rythme du discours puisqu'il s'agit ici essentiellement de la proposition logique, non de la signifiance qui r&#233;sulte de l'organisation mat&#233;rielle et non seulement formelle du discours. D'autre part le rythme est consid&#233;r&#233; ici comme un paradigme &#224; partir duquel peut &#234;tre pens&#233;e une relation logique, ce qui suppose une distinction radicale entre la prose et la po&#233;sie, la prose n'&#233;tant capable que d'un analogue du rythme proprement dit qui appartient &#224; la po&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En revanche, chez Deleuze, on trouve l'id&#233;e que le discours philosophique constitue un syst&#232;me dans lequel les articulations conceptuelles sont travaill&#233;es par un r&#233;seau de r&#233;sonances, constitu&#233;es m&#234;me par ce syst&#232;me : &#171; Les mots, dit-il dans &lt;i&gt;Diff&#233;rence et R&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, sont de v&#233;ritables intensit&#233;s dans certains syst&#232;mes esth&#233;tiques, les concepts aussi sont des intensit&#233;s du point de vue du syst&#232;me philosophique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze, Diff&#233;rence et R&#233;p&#233;tition, Paris, PUF, 1997 (1re &#233;d. 1968), p. 155.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; La structure de ce r&#233;seau est s&#233;rielle, al&#233;atoire et produit un effet de sens qui &#233;chappe &#224; la conscience des articulations conceptuelles : &#171; Il faut qu'un syst&#232;me se constitue sur la base de deux ou plusieurs s&#233;ries, chaque s&#233;rie &#233;tant d&#233;finie par les diff&#233;rences entre les termes qui la composent &#187; (p. 154) . Un tel syst&#232;me rel&#232;ve bien de l'ordre de la signifiance, par l'importance qu'y prend la diff&#233;rence, mais ce qui distingue cette conception du rythme de celle qui est d&#233;velopp&#233;e par Meschonnic, c'est l'id&#233;e de la subjectivit&#233; qui la sous-tend. Il y a bien un sujet du discours, qui est le soi de la r&#233;p&#233;tition, ce qui se r&#233;p&#232;te dans le mouvement de diff&#233;renciation. Ce que Deleuze appelle le soi de la r&#233;p&#233;tition para&#238;t d'abord consister dans la structure m&#234;me du syst&#232;me, les effets de r&#233;p&#233;tition, de r&#233;sonances : en quoi se trouve &#233;limin&#233;e l'hypoth&#232;se d'un sujet transcendantal ; le sujet est au contraire configur&#233; dans le travail de l'&#339;uvre. Mais ce sujet pr&#233;suppose malgr&#233; tout ce que Deleuze appelle un sujet larvaire, substrat biologique du sujet de l'&#339;uvre. Le rythme est alors pens&#233; comme une complexification qui est en m&#234;me temps une intensification des rythmes biologiques. Le syst&#232;me philosophique est ainsi distingu&#233; du sujet transcendantal, mais rapport&#233; au sujet biologique, qui a une consistance mat&#233;rielle, charnelle, mais pas d'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie sur ce point &#224; mon &#233;tude sur &#171; Les figures du rythme dans l'&#339;uvre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Sujet philosophique et sujet du discours&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble au contraire que l'int&#233;r&#234;t de la th&#233;orie du rythme d&#233;velopp&#233;e par Meschonnic consiste dans la th&#233;orie du sujet qui lui est li&#233;e. Plus pr&#233;cis&#233;ment cette th&#233;orie permet de penser l'historicit&#233; du sujet engag&#233; dans le discours, donc, pour ce qui nous concerne, l'historicit&#233; du sujet engag&#233; dans le discours philosophique. Le sujet du discours est d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale distingu&#233; du sujet empirique d'une part et du sujet transcendantal d'autre part, mais il n'est pas pens&#233; ind&#233;pendamment de l'individu, c'est-&#224;-dire de son existence sociale et historique. L'individu n'est pas &#224; proprement parler le sujet empirique, au sens o&#249; il n'est pas donn&#233; d'avance comme pour les empiristes : l'individu est au contraire pour Meschonnic un travail, on pourrait dire un processus. Dans ce travail se constituent &#224; la fois la socialit&#233; et la singularit&#233; subjective. Ni le social ni la subjectivit&#233; singuli&#232;re ne sont donn&#233;s, l'individu est ce qui se constitue dans une tension entre ces deux p&#244;les. Le social n'existe pas plus hors de l'individu que le sujet : &lt;i&gt;&#171; C'est dans l'individu que se r&#233;alise autant le sujet que le social &#187;&lt;/i&gt; (CR, p. 95). L'individu est donc premier, mais sa primaut&#233; est celle de la parole par rapport &#224; la langue : c'est &#224; partir de paroles singuli&#232;res que l'on apprend sa langue maternelle, mais cette parole n'est pas simplement la mise en &#339;uvre ou l'assimilation de structures existantes, mais aussi le travail dans lequel elles existent en se transformant. C'est pourquoi les relations du sujet et de l'individu sont en quelque sorte r&#233;versibles : l'individu est la subjectivation au sens o&#249; le sujet n'est pas un transcendantal, mais il est aussi le r&#233;sultat de cette subjectivation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le sujet est l'individuation&lt;/i&gt; : le travail qui fait que le social devient l'individuel, et que l'individu peut, fragmentairement, ind&#233;finiment, acc&#233;der au statut de sujet, qui ne peut &#234;tre qu'historique, et social. Comme on acc&#232;de, ind&#233;finiment, &#224; sa langue maternelle. (p. 95)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette relation &#224; la langue est plus qu'une comparaison qui permet de d&#233;finir le sujet. On peut dire que le sujet de la pens&#233;e est le m&#234;me que le sujet de l'&#233;nonciation, de m&#234;me que le temps subjectif est la temporalit&#233; produite par l'&#233;nonciation (LH, p. 220). Cette th&#233;orie du sujet renvoie donc &#224; la th&#233;orie du discours comme englobant d&#233;velopp&#233;e par Benveniste dans les &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Benveniste, &#171; Structure de la langue et structure de la soci&#233;t&#233; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exp&#233;rience du sujet se constitue &#224; travers le discours ; le v&#233;cu empirique prend sens &#224; partir de et dans les cat&#233;gories de la langue, l'exp&#233;rience n'est en ce sens jamais donn&#233;e en dehors de toute relation avec un discours. C'est pourquoi on peut soutenir qu'un discours est marqu&#233; par une exp&#233;rience historique sans &#234;tre pour autant d&#233;termin&#233; ext&#233;rieurement par un v&#233;cu social et historique. Cette exp&#233;rience est inscrite dans la langue utilis&#233;e et dans le travail qui s'op&#232;re sur cette langue dans le discours. Ce travail constitue le rythme m&#234;me du discours, et l'analyse du rythme est par cons&#233;quent l'analyse de la subjectivit&#233; engag&#233;e dans le discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette th&#233;orie de la subjectivit&#233; et du rythme fonde la l&#233;gitimit&#233; d'une po&#233;tique du discours philosophique et la position sp&#233;cifique de la po&#233;tique d&#233;velopp&#233;e plus haut, ni dedans ni dehors. L'hypoth&#232;se est qu'une exp&#233;rience s'inscrit dans un discours en s'y configurant. Cette exp&#233;rience est la vie m&#234;me du sujet. &#192; la po&#233;tique du sujet est li&#233;e une r&#233;&#233;laboration des id&#233;es de vie et d'exp&#233;rience que l'on pourrait rapporter &#224; la fois &#224; Bergson et &#224; Benjamin, contre une conception &#233;troitement kantienne de l'exp&#233;rience. L'exp&#233;rience n'est pas l'objet du discours, ni ses conditions d&#233;terminantes, mais elle est le sujet m&#234;me dans la totalit&#233; de ses manifestations jusque dans l'&#233;criture, y compris philosophique. Le discours philosophique peut alors &#234;tre pens&#233; comme une aventure du sujet, comme une dimension sp&#233;cifique de la vie. Il faut donc distinguer cette id&#233;e de la vie de celle que l'on trouve chez Deleuze, la vie n'est pas ici rapport&#233;e au biologique, mais &#224; l'histoire, dans le fil de la philosophie de Benjamin. Meschonnic cite sur ce point un passage de la &lt;i&gt;T&#226;che du traducteur&lt;/i&gt; : &#171; C'est en reconnaissant bien plut&#244;t &#224; la vie tout ce dont il y a histoire, et qui n'en est pas seulement le th&#233;&#226;tre, qu'on rend pleinement justice &#224; ce concept de vie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. Benjamin, La T&#226;che du traducteur. &#338;uvres I : Mythe et violence, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; relation qui modifie aussi bien l'id&#233;e de vie que celle d'histoire. La po&#233;tique de la philosophie peut donc &#224; partir de l&#224; se fonder sur l'id&#233;e d'une historicit&#233; du discours qui &#233;chappe &#224; l'historicisme et au sociologisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette perspective propre &#224; la po&#233;tique conduit Meschonnic &#224; se confronter &#224; l'&#339;uvre d'Adorno et &#224; s'en d&#233;marquer. Pour Adorno aussi le langage de la philosophie doit faire l'objet d'une &#233;tude sp&#233;cifique. Cette &#233;tude doit &#234;tre autre chose qu'une &#233;tude formelle ou stylistique, mais elle proc&#232;de de l'id&#233;e que le langage porte en lui une exp&#233;rience historique qui marque et surd&#233;termine l'articulation conceptuelle. C'est cette lecture qui est tent&#233;e &#224; la fois dans &lt;i&gt;Le Jargon de l'authenticit&#233;&lt;/i&gt; et dans ses &lt;i&gt;Trois &#233;tudes sur Hegel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Vers une critique d'Adorno&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lecture des &#339;uvres philosophiques se fonde pour Adorno sur une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du langage du sens, qui est &#233;labor&#233;e &#224; partir d'une exp&#233;rience de l'art et de la po&#233;sie, et qui a une fonction critique par rapport &#224; la philosophie. La r&#233;flexion sur l'art et sur la po&#233;sie permet de saisir ce qui dans le langage ne rel&#232;ve pas du signe et du concept, ce qui passe entre les signes et qui en modifie l'ordre. Cette vis&#233;e doit &#234;tre distingu&#233;e de celle de la ph&#233;nom&#233;nologie, elle se construit m&#234;me contre la th&#233;orie de langage d&#233;velopp&#233;e par la ph&#233;nom&#233;nologie : pour la ph&#233;nom&#233;nologie, seule la po&#233;sie saisit l'essence non communicationnelle du langage, mais le principe du langage po&#233;tique peut &#234;tre en quelque sorte assimil&#233; par la philosophie ; c'est ce qui conduit la philosophie &#224; po&#233;tiser son discours. Pour Adorno, comme pour Meschonnic, la po&#233;sie et l'art r&#233;sistent infiniment &#224; toute tentative d'assimilation de la part de la philosophie, et c'est en ce sens qu'ils importent &#224; celle-ci, comme une critique permanente de sa tentation de r&#233;duire l'ordre du langage &#224; celui de la logicit&#233;, mais cette critique doit conduire &#224; &#233;laborer un discours qui lui soit propre. La critique de la philosophie par l'exp&#233;rience de l'art est ce qui fonde dans l'un comme dans l'autre cas une lecture et une critique du discours philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Malgr&#233; cette proximit&#233;, la diff&#233;rence essentielle entre les deux projets tient &#224; ce que pour Adorno le sens ne peut &#234;tre pens&#233; qu'&#224; partir de la cat&#233;gorie de v&#233;rit&#233; et dans sa fonction r&#233;f&#233;rentielle : ce qu'il s'agit de critiquer c'est la r&#233;duction du langage &#224; sa fonction communicationnelle, ce qu'il faut retrouver c'est sa capacit&#233; &#224; nommer le singulier. Cette transformation n'est pas l'&#339;uvre d'un sujet singulier : elle se r&#233;alise dans l'&#339;uvre et dans le discours philosophique, &#224; travers le mode d'articulation qui leur est propre. C'est un travail de la forme, pens&#233; comme une tension qui unit directement le social et le singulier, le social est pr&#233;sent dans l'&#339;uvre sans m&#233;diation, comme un effet du langage dont elle part, sur lequel le sujet priv&#233; n'a pas de prise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La personne priv&#233;e ne d&#233;cide m&#234;me pas de la production effective des &#339;uvres d'art. Implicitement, l'&#339;uvre d'art exige la division du travail, et l'individu y fonctionne essentiellement selon les r&#232;gles de cette division. En se livrant &#224; la mati&#232;re, la production aboutit au sein de l'individualisation la plus extr&#234;me, &#224; un universel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. W. Adorno, Th&#233;orie esth&#233;tique, trad. M. Jimenez et E. Kaufholz, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le sujet qui parle est n&#233;cessairement social, et c'est comme social qu'il est un universel (p. 217). L'int&#233;r&#234;t des analyses d'Adorno consiste &#224; montrer que l'universel et le concept ne pr&#233;c&#232;dent pas le langage mais s'y constituent comme effet du langage communicationnel, suivant en cela les analyses marxistes de la r&#233;ification. De m&#234;me, pour la philosophie, l'apport critique de la philosophie d'Adorno consiste &#224; montrer que le moment de l'universalit&#233; dans le discours philosophique est essentiellement un effet du langage, et plus pr&#233;cis&#233;ment d'un usage social du langage. Ainsi l'universel h&#233;g&#233;lien est rapport&#233; &#224; un effet du langage des &#233;changes et de la division du travail d'une mani&#232;re qui tente d'&#233;chapper &#224; l'historicisme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le Hegel de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie&lt;/i&gt;, qui, plus que par la suite a une conscience aigu&#235; de l'esprit comme activit&#233; vivante et de son identit&#233; avec le sujet social r&#233;el, a reconnu l'esprit spontan&#233; comme travail, sinon dans sa th&#233;orie, du moins dans sa langue m&#234;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. W. Adorno, Trois &#233;tudes sur Hegel, Paris, Payot, 1979, trad. Coll&#232;ge de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, la critique de l'universel passe par un travail sur le langage, l'invention d'un idiome, d'un langage du singulier. C'est ce qui fait la proximit&#233; du projet adornien avec une po&#233;tique de l'&#339;uvre et du discours philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais le probl&#232;me est que ce travail sur le langage reste pens&#233; comme un effet de l'&#339;uvre et du discours, non comme un travail du sujet. Le sujet latent, le v&#233;ritable sujet de l'&#339;uvre est social, tandis que la singularit&#233; de l'&#339;uvre est conquise dans son articulation formelle, qui est pens&#233;e comme logicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. W. Adorno, Th&#233;orie esth&#233;tique, op. cit., p. 178.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les principes de l'esth&#233;tique adornienne se retrouvent dans la lecture du discours philosophique. Le discours philosophique se constitue lui aussi, comme l'&#339;uvre d'art dans une tension entre l'universel, le concept et la nomination du singulier. Cette tension toutefois s'effectue selon un travail logique qui est celui de la dialectique. Dans une &#233;tude consacr&#233;e &#224; Hegel, &lt;i&gt;Skoteinos, ou comment lire&lt;/i&gt;, Adorno analyse comment le discours h&#233;g&#233;lien permet de d&#233;finir cette exigence de singularit&#233;. Il souligne qu'elle se traduit n&#233;cessairement par son obscurit&#233; et son caract&#232;re &#233;nigmatique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Si jamais la philosophie pouvait se d&#233;finir ; ce serait comme l'effort pour dire ce dont on ne peut parler ; pour amener le non-identique &#224; l'expression, quand l'expression l'identifie toujours. C'est ce que Hegel essaie de faire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. W. Adorno, Trois &#233;tudes sur Hegel, op. cit., p. 113&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais il ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Toute langue philosophique est en ce sens une langue contre la langue, elle est marqu&#233;e du sceau de sa propre impossibilit&#233;. (p. 112)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le projet adornien appara&#238;t donc comme &#233;minemment paradoxal. Il se fonde sur une critique de l'universalit&#233; emprunt&#233;e &#224; la th&#233;orie du f&#233;tichisme et de la r&#233;ification : l'universel r&#233;sulte de la division du travail et du d&#233;veloppement des &#233;changes, mais en m&#234;me temps cette critique de la transcendance de l'universel ne se donne pas les moyens de penser la r&#233;alit&#233; de l'individu. Meschonnic reproche donc &#224; Adorno de maintenir la transcendance et le primat du social par rapport &#224; l'individu ; cette transcendance est la transcendance de l'universel, et le mouvement d'individuation ne s'effectue que dans l'&#339;uvre, c'est-&#224;-dire d'une mani&#232;re finalement id&#233;elle, selon une logique h&#233;g&#233;lienne (CR, p. 22). L'individu empirique est essentiellement social et le particulier n'a d'existence que contingente. Les analyses de Meschonnic visent au contraire &#224; montrer comment l'individuation qui s'effectue dans l'&#339;uvre est un moment du processus d'individuation qui s'effectue d&#233;j&#224; dans le langage ordinaire, comme discours. Au point de vue de la langue, qui maintient le primat du social et de l'universel, il faut substituer le point de vue du discours, qui est celui du sujet singulier. En ce sens, ce n'est pas l'&#339;uvre par elle-m&#234;me qui engendre le sujet, mais l'&#339;uvre est une aventure du sujet, un moment du processus d'individuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les conditions d'une po&#233;tique du discours philosophique sont donc, une th&#233;orie de l'historicit&#233; du sujet comme histoire du singulier, et une th&#233;orie du sens qui le d&#233;gage du concept de v&#233;rit&#233; et de la condition de l'universalit&#233;. C'est pourquoi la po&#233;tique de la philosophie ne peut faire l'&#233;conomie d'un autre d&#233;bat, qui la confronte cette fois avec la psychanalyse. La proximit&#233; de la psychanalyse avec la po&#233;tique tient &#224; ce qu'elle donne une consistance &#224; la singularit&#233; de l'individu : le sujet empirique est d'embl&#233;e un sujet qui poss&#232;de une singularit&#233;, et cette singularit&#233; s'analyse &#224; partir de son discours. La singularit&#233; qui se r&#233;v&#232;le dans ce discours passe n&#233;cessairement entre les mots, entre les articulations logiques et conceptuelles du discours, elle se constitue dans un travail par lequel le sujet transforme le social, lui &#233;chappe en partie lui r&#233;siste, mais tout en y inscrivant sa marque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'inconscient du discours philosophique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Meschonnic souligne dans une &#233;tude consacr&#233;e aux th&#233;ories du langage dans la psychanalyse, qu'il y a chez Freud une attention au langage qui d&#233;borde la th&#233;orie du langage dont il part, qui renouvelle la th&#233;orie du sens et du sujet. Pour Freud, le discours ordinaire est d&#233;j&#224; un discours singulier en ce qu'il inscrit en lui une singularit&#233; radicale qui est celle du corps. Le corps ne s'inscrit pas dans les mots de la langue mais dans les signifiants du discours, et plus pr&#233;cis&#233;ment dans les relations qui se tissent entre ces signifiants, et qui d&#233;bordent n&#233;cessairement ce qui est signifi&#233;. Ce qui importe ce sont les cha&#238;nes de signifiants, constitu&#233;es par leur parent&#233; mat&#233;rielle. La parent&#233; entre cette technique et la d&#233;finition du rythme est &#233;vidente si l'on se rapporte en particulier &#224; la d&#233;finition du rythme telle qu'elle a &#233;t&#233; rappel&#233;e tout &#224; l'heure : le rythme est pr&#233;cis&#233;ment cette signifiance qui se constitue dans les relations que tissent les signifiants dans leur mat&#233;rialit&#233;, signifiance qui reste latente, non explicit&#233;e sur le plan conceptuel. De cette signifiance on peut dire qu'elle traverse le discours, qu'elle le prend de travers ou de c&#244;t&#233;. Freud pratique si l'on suit Meschonnic cette &#233;coute traversi&#232;re du langage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Freud n'applique pas une doctrine du langage. Il pratique une attention au langage qu'on pourrait dire paralinguistique : elle prend le sens de c&#244;t&#233;, par l'associativit&#233;, sans &#234;tre associationniste, cherchant l'explication d'encha&#238;nements de mots bizarres.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, Le Signe et le Po&#232;me, Paris, Gallimard, 1975, p. 307. Cet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une diff&#233;rence essentielle entre cette &#233;coute psychanalytique et l'&#233;coute ou l'analyse du rythme d'un discours est que pour Freud, les signifiants linguistiques s'articulent aux signifiants non-linguistiques. Les repr&#233;sentations de mots s'articulent aux repr&#233;sentations de choses, par exemple dans le r&#233;bus ou dans l'hi&#233;roglyphe. De ce fait, le signifiant psychanalytique inscrit le corps dans le discours, et agit sur le corps par le discours :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le langage est alors une th&#233;orie et une pratique du corps. Dans la schizophr&#233;nie, le corps r&#233;alise les m&#233;taphores. (p. 309)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le signifiant psychanalytique est sp&#233;cifiquement performatif ; il fait ce qu'il dit, il agit ce qu'il parle. Il peut faire faire. Les deux repr&#233;sentations recouvrent du r&#233;f&#233;rent, et du signifi&#233;. C'est un sch&#233;ma unificateur du corps et du langage, mais aussi du corps et du sujet individuel avec le social et avec l'objectal. (p. 311)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, l'&#233;coute po&#233;tique est une &#233;coute qui ne cherche &#224; saisir que les signifiants linguistiques, donc un inconscient linguistique. Cet inconscient est n&#233;cessairement articul&#233; au corps, mais cette articulation au corps n'est pas pens&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on par la po&#233;tique que par la psychanalyse. La po&#233;tique saisit l'expression linguistique du corps et la mani&#232;re dont elle s'articule au sens manifeste, conceptuel. Elle analyse en quelque sorte la pr&#233;sence du corps dans le discours, alors que la psychanalyse &#233;tudie la mani&#232;re dont le discours se met dans le corps. La po&#233;tique met en &#233;vidence le fonctionnement propre des cha&#238;nes de signifiants linguistiques. En ce sens elle participe &#224; l'exploration de l'inconscient et de l'archa&#239;que, mais en souligne la dimension sp&#233;cifiquement linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est donc l'inconscient du discours, il est une figure de l'origine, du sujet comme origine. Le sujet n'est pas pour la po&#233;tique simplement produit par l'articulation esth&#233;tique, formelle logique de l'&#339;uvre, comme c'est le cas chez Adorno, par exemple, ou d'une certaine fa&#231;on aussi chez Deleuze. Il y a une ant&#233;riorit&#233; du sujet et de la signifiance sur le sens de l'&#339;uvre et du discours, c'est-&#224;-dire plusieurs niveaux d'articulation du sens, mais&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;l'ant&#233;riorit&#233; du rythme sur le sens des mots est indissociable de ces mots, m&#234;me si le rythme fait sens autrement, partiellement. &#201;tant du discours, il n'est pas ant&#233;rieur au discours particulier o&#249; il est un autre du sens. S'il y a une ant&#233;riorit&#233; du rythme, elle pr&#233;c&#232;de le sens des mots, mais non les mots eux-m&#234;mes. Ant&#233;riorit&#233; seulement par rapport &#224; la priorit&#233; habituelle du sens. (CR, p. 99)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le rythme est l'archa&#239;que, mais l'archa&#239;que n'est pas le pass&#233; : il a une permanence qui est celle de ce qui fonctionne, l'origine comme fonctionnement. Archa&#239;sme du pr&#233;historique d'une part, de ce qui pr&#233;c&#232;de toute histoire, mais aussi des diff&#233;rentes formations historiques qui s'inscrivent dans le fonctionnement de la langue. &#192; cette historicit&#233; g&#233;n&#233;rale du discours s'ajoute celle de l'histoire individuelle. Par exemple, dans le cas de Hugo :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Si le rythme est un &#233;l&#233;ment du syst&#232;me d'un discours, il tient &#224; l'histoire de ce discours. Il y a une histoire des rythmes de Hugo. Et s'il y a une histoire des rythmes dans un discours, une histoire particuli&#232;re qui s'ajoute &#224; l'historicit&#233; g&#233;n&#233;rale du discours, cette histoire n'est-elle pas aussi l'histoire d'un individu, son devenir sujet ? (CR, p. 100)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'inconscient n'est pas alors l'autre du sujet, il est le sujet lui-m&#234;me en tant qu'il advient :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;je &lt;/i&gt; est l'impersonnel du subjectif, &#233;tant, outre la premi&#232;re personne, l'&#233;change de la fonction de sujet, tout autre que la non-personne, l'absent, le cach&#233;, le &#171; il &#187;. Le discours tout entier, &lt;i&gt;je&lt;/i&gt;, syst&#232;me du je, rythme, rejoint sur ce point ce que Lacan &#233;crit du sujet : &#171; Le sujet n'est rien d'autre &#8211; qu'il ait ou non conscience de quel signifiant il est l'effet &#8211; que ce qui glisse dans une cha&#238;ne de signifiants &#187;. Passage du sujet dans la signifiance. Avec la diff&#233;rence que le signifiant en psychanalyse est aussi extra-linguistique, mais le signifiant rythme, qui n'est plus non plus le signifiant du signe, reste &#233;l&#233;ment du discours. Activit&#233; du sujet, la signifiance n'est pas le sujet. Lacan le rappelle, &#171; le langage n'est pas l'&#234;tre parlant &#187;. N'a pas d'inconscient. Mais le rythme, qu'on ne lit pas, mais qui s'entend dans ce qu'on lit et qu'on ne peut pas lire sans lui, est aussi &#233;vident et incompr&#233;hensible, que &#171; la dimension de la vie &#187; dans &#171; ceux qui parlent &#187;. Il est dans un rapport au sens, &#224; l'intention, comparable &#224; celui de la vie au langage. (SP, p. 102)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; La po&#233;tique de la philosophie sera donc l'&#233;tude du mode de fonctionnement inconscient d'un discours philosophique, mode de fonctionnement propre &#224; un sujet, et qui vise &#224; restituer la relation entre ce discours et l'histoire singuli&#232;re du sujet. Cette &#233;tude heurte de front la pr&#233;tention de la philosophie &#224; l'autonomie et &#224; l'universalit&#233; ; on accepte sans trop de difficult&#233; que l'&#339;uvre d'un po&#232;te soit rapport&#233;e &#224; sa subjectivit&#233; singuli&#232;re, mais on refuse de ramener la subjectivit&#233; philosophique &#224; une exp&#233;rience singuli&#232;re, m&#234;me si l'on distingue le sujet singulier du sujet empirique. Le discours philosophique para&#238;t trop souvent devoir se constituer par un d&#233;passement des mots vers les concepts, et par une r&#233;duction de l'articulation syntaxique &#224; une articulation logique. Montrer qu'un discours philosophique d&#233;veloppe une signifiance qui traverse et transforme l'articulation logique, c'est invalider l'approche philosophique du philosophique. M&#234;me si le sujet du discours n'est pas le sujet empirique ou le sujet social dont parle Adorno, elle met en question l'autonomie de la d&#233;marche philosophique, et la capacit&#233; de la philosophie &#224; int&#233;grer &#224; son propre discours autor&#233;flexivit&#233; et autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le sujet Heidegger&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais donc pr&#233;ciser &#224; partir d'un exemple, les &#233;tudes consacr&#233;es &#224; Heidegger, ce que la po&#233;tique fait &#224; la philosophie, en quoi elle la transforme. J'aborderai &#224; partir de cet exemple la diff&#233;rence entre la po&#233;tique de Meschonnic et la lecture derridienne du discours heidegg&#233;rien pour montrer comment cette lecture, la lecture derridienne peut &#234;tre pens&#233;e comme une ultime tentative de laisser la philosophie &#224; la philosophie, tout en pensant le plus loin possible le caract&#232;re de discours de la philosophie, le travail d'&#233;criture qui s'y accomplit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La premi&#232;re partie du livre consacr&#233; &#224; Heidegger permet de pr&#233;ciser la nature de la continuit&#233; entre le politique et le philosophique, en quel sens la po&#233;tique se d&#233;marque de l'historicisme et du sociologisme. Meschonnic y critique plusieurs attitudes : celle d'abord qui consiste &#224; nier tout lien de sa politique avec son ontologie, celle ensuite qui consiste &#224; affirmer ce lien, mais sans analyser v&#233;ritablement cette continuit&#233; &#224; partir du discours. Une place particuli&#232;re est faite aux analyses de Jean-Michel Palmier qui souligne la relation entre la philosophie de Heidegger et la pens&#233;e ambiante, mais qui pose que le sens de cet engagement ne peut se comprendre qu'&#224; partir des textes philosophiques de Heidegger : &#171; S'il est incontestable que ces textes portent l'empreinte du milieu id&#233;ologique de l'Allemagne de 1933, ils n'en demeurent pas moins des fragments de sa probl&#233;matique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-M. Palmier, Les &#201;crits politiques de Heidegger, L'Herne, 1968, p. 277, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; L'exigence est juste, selon Meschonnic, de distinguer le philosophique de l'id&#233;ologique, au sens o&#249; le milieu politique et id&#233;ologique peut expliquer l'engagement, mais non le philosophique lui-m&#234;me. Il n'y a pas de lien de causalit&#233; entre une attitude politique et une probl&#233;matique philosophique. En revanche, on peut poser qu'il y a une solidarit&#233; entre un discours politique et une conception du langage. C'est donc plus sp&#233;cialement &#224; partir de cette conception, et en particulier &#224; partir de l'attitude de Heidegger &#224; l'&#233;gard de la po&#233;sie, que l'on pourra comprendre en quoi l'exercice de la pens&#233;e philosophique peut se r&#233;v&#233;ler solidaire d'une attitude politique. Ou, pour reprendre ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut, le point de vue s&#233;miologique inverse le point de vue sociologique, dans la mesure o&#249; la langue est l'interpr&#233;tant de la soci&#233;t&#233;, au lieu que le discours soit d&#233;termin&#233; par des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il faut donc renvoyer dos &#224; dos aussi bien ceux qui tiennent &#224; la s&#233;paration de l'homme et de l'&#339;uvre, que ceux qui postulent une relation de causalit&#233; de l'homme &#224; l'&#339;uvre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La confusion de l'individu et de l'&#339;uvre et la s&#233;paration de l'individu et de l'&#339;uvre sont deux figures oppos&#233;es d'une m&#234;me incompr&#233;hension de leur relation. Qui montre combien le &lt;i&gt;Contre Sainte Beuve&lt;/i&gt; a encore de travail &#224; faire sur la pens&#233;e de la pens&#233;e. Car Proust distinguait de l'individu le sujet de l'&#233;criture, sp&#233;cifique et irr&#233;ductible &#224; la psychologie comme &#224; la sociologie, ce binaire du signe et de la langue.(LH, p. 110)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; entre l'engagement de Heidegger et son &#339;uvre doit donc se constater dans l'&#339;uvre elle-m&#234;me, comme solidarit&#233; entre les &#233;l&#233;ments mythologiques que l'on trouve chez Heidegger, et sa th&#233;orie et pratique du langage, de telle sorte que les &#233;l&#233;ments qui renvoient &#224; son engagement ne soient plus consid&#233;r&#233;s comme neutralis&#233;s par une coh&#233;rence philosophique qui les d&#233;passerait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'int&#233;rieur de trois autres ordres de coh&#233;rence qu'il faut poser, autrement la question. Le premier est celui de l'anti-modernisme et de la mythologie heidegg&#233;rienne de la terre. Le second est celui de l'essentialisation du langage, du sujet et du temps. Le troisi&#232;me est la relation des deux premiers entre eux pour rendre compte d'une continuit&#233; entre les &#233;crits de politique philosophique et l'&#233;criture de la pens&#233;e. R&#233;cusant la facilit&#233; qu'il y aurait &#224; isoler quelques phrases, comme des hapax de l'horrible extraits d'une s&#233;r&#233;nit&#233; fictive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
S'ajoute un quatri&#232;me ordre de coh&#233;rence, qui n'est plus intratextuel : celui de la concordance d'&#233;poque entre les mots de Heidegger et les mots des autres, celui de leur historicit&#233;. (LH, p. 122)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi d&#233;finie la po&#233;tique de la philosophie rencontre certains aspects de la m&#233;thode de lecture de Blanchot et de Derrida (LH, p. 160). Meschonnic reprend certains &#233;l&#233;ments de leur analyse qui montrent la continuit&#233; entre le discours du rectorat et celui de &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt;, par la reprise de m&#234;mes termes. La m&#233;thode utilise le principe de l'associativit&#233;, en particulier les associations qui constituent des paradigmes, et qui constituent ainsi des r&#233;p&#233;titions latentes : unit&#233; paradigmatique par exemple entre l'autoaffirmation &lt;i&gt;(Selbstbehauptung)&lt;/i&gt;, l'autom&#233;diation &lt;i&gt;(Selbstbesinnung)&lt;/i&gt;, l'autod&#233;termination &lt;i&gt;(Selbstverwaltung)&lt;/i&gt;. L'id&#233;e directrice de cette m&#233;thode d'analyse est que la relation du philosophique au politique est d&#233;ni&#233;e, c'est pourquoi elle ne peut se donner &#224; lire que par le principe de cette associativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La rh&#233;torique de la philosophie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;tique prolonge et approfondit l'analyse de la signifiance en analysant les figures de rh&#233;torique, non pour en &#233;num&#233;rer les effets, mais pour &#233;tudier la continuit&#233; de ces effets et le sens de leur reprise d'un discours &#224; l'autre, par exemple, l'usage du superlatif absolu dans le discours du rectorat, en relation avec son usage dans &lt;i&gt;Sein und Zeit&lt;/i&gt;, sa relation &#224; une logique et une philosophie de l'essence. L'analyse de cette figure de rh&#233;torique conduit &#224; consid&#233;rer le concept d'essence comme un proc&#233;d&#233; d'essentialisation, et celui-ci comme une figure de la superlativation : &#171; L'essentialisation est une superlativation. (LH, p. 173) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'id&#233;e directrice de cette analyse, c'est que le discours philosophique est en l'occurrence un r&#233;alisme et que le r&#233;alisme des essences est un effet du discours. En somme, Heidegger est d&#233;j&#224; dans Parm&#233;nide lorsque celui-ci affirme que c'est une seule et m&#234;me chose &#234;tre et penser. La figure majeure de cette rh&#233;torique est donc la tautologie : le discours affirme alors l'existence de ce qu'il dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre, seul sujet, est l'auto-sujet du verbe &#234;tre, l'&#234;tre est. Sa grammaire id&#233;ale est celle de Port-Royal, qui ram&#232;ne tous les verbes &#224; l'essence, plus l'accident : &#171; je vis = je suis vivant &#187;. L'&#234;tre et un pr&#233;dicat. Substantialisation. C'est le verbe substantif. On verra aussi que Heidegger s'int&#233;resse peu &#224; la conjugaison. (LH, p. 195)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toute l'analyse de Meschonnic tend donc &#224; montrer que ce qui est manqu&#233; dans le langage de Heidegger, c'est le discours dans sa capacit&#233; &#224; faire acc&#233;der le sujet au sens ; Heidegger n'atteint que la langue, les mots et les essences, jamais le rythme d'un discours, ce qui le conduit &#224; manquer aussi le po&#232;me. Th&#232;se centrale maintenue &#224; travers toutes les &#233;tudes consacr&#233;es &#224; Heidegger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'une certaine mani&#232;re la po&#233;tique de la philosophie reprend et transforme la d&#233;marche platonicienne sur deux points : critiquer la th&#232;se de Parm&#233;nide &#224; partir d'une analyse des conditions de possibilit&#233; du discours et rendre possible ainsi la pens&#233;e de l'art et des discours qui ne disent pas l'essence, mais le devenir et le temps, &#224; partir de quoi seulement est possible la philosophie. De la m&#234;me fa&#231;on, il s'agit ici de penser la possibilit&#233; de penser, contre Heidegger, la sp&#233;cificit&#233; de la po&#233;sie et de l'art sans les r&#233;duire &#224; une prosopop&#233;e de l'&#234;tre et de l'essence. Rendre justice &#224; l'art et &#224; la po&#233;sie suppose que l'on pense la possibilit&#233; pour un discours de dire le temps et le sujet, que ce qui est temporel, fini, vou&#233; &#224; la disparition acc&#232;de enfin au sens. &#192; la po&#233;tique-critique du discours heideggerien est donc li&#233;e une th&#233;orie de la temporalit&#233; et de l'&#339;uvre qui fait l'int&#233;r&#234;t de ce livre, qu'on ne peut r&#233;duire &#224; une charge pol&#233;mique contre Heidegger. C'est de cette th&#233;orie et de cette exp&#233;rience de l'&#339;uvre que peut &#234;tre comprise la d&#233;marche de Meschonnic. Inversement c'est ce point de vue qui rend difficile sa lecture pour des philosophes rompus &#224; la lecture essentiellement logique des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est de ces difficult&#233;s que je voudrais rendre compte maintenant. Rapidement d'abord pour la question de la tautologie, plus longuement pour la question de l'&#339;uvre d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En ce qui concerne la tautologie, on vient de le voir, la critique de Meschonnic peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e de la fa&#231;on suivante : pour Heidegger, on ne peut dire v&#233;ritablement que l'&#234;tre, et ce dire n'est que la r&#233;p&#233;tition du sujet dans le verbe, une substantialisation du verbe qui emp&#234;che la pens&#233;e du temps. Cette question de la tautologie est pr&#233;cis&#233;ment celle qui est pos&#233;e dans le passage de la &lt;i&gt;Pr&#233;face &#224; la Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt; que l'on a cit&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Il y s'agit des relations entre sujet et pr&#233;dicat dans la proposition philosophique. Hegel critique la pens&#233;e de la repr&#233;sentation qui dissout le sujet dans le pr&#233;dicat, instaurant une relation d'identit&#233; qui ignore la diff&#233;rence m&#234;me mat&#233;rialis&#233;e dans la forme de la proposition. La lecture philosophique au contraire consiste &#224; maintenir cette diff&#233;rence, et &#224; ne penser l'unit&#233; que comme une unit&#233; harmonique. C'est en ce sens qu'il y a une lecture rythmique. On pourrait dire que la critique de Meschonnic se maintient dans la repr&#233;sentation, et pose comme identit&#233; ce qui dans le discours philosophique n'est pas une identit&#233;. Dans ce cas, il faudrait n&#233;cessairement invalider toute lecture non philosophique des textes philosophiques, parce qu'elle ne respecte pas le mode de fonctionnement propre au discours philosophique. Mais alors, r&#233;ciproquement il faut aussi r&#233;cuser la lecture philosophique des textes po&#233;tiques ou des &#339;uvres d'art, dans la mesure o&#249; elle y projette son propre souci qui est celui de la v&#233;rit&#233; et non de la signifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il me semble qu'une lecture qui ne joue pas le jeu du discours philosophique qu'elle lit n'est justifiable que dans la mesure o&#249; elle montre qu'elle rend possible une autre philosophie et que le jeu qui se joue dans le discours critiqu&#233; n'est pas compatible avec ses propres pr&#233;tentions ou exigences. La po&#233;tique de Meschonnic r&#233;pond &#224; ces exigences, m&#234;me si on a souvent l'impression qu'il s'agit pour lui avant tout de sortir de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En ce qui concerne le probl&#232;me de la tautologie, la critique de Meschonnic permet de montrer que le rythme selon lequel on lit un discours philosophique ne peut &#234;tre enti&#232;rement rapport&#233; &#224; des r&#232;gles ou exigences logiques. M&#234;me si la tautologie a une autre signification pour le dialecticien que pour le po&#233;ticien, elle a aussi dans le discours m&#234;me des effets tangents ou traversiers. La forme grammaticale ne suffit pas &#224; d&#233;terminer le sens logique selon lequel on doit lire la proposition, mais &#233;claire effectivement plusieurs autres aspects de la pens&#233;e de Heidegger, par exemple le rythme non plus logique mais formel de son discours, son caract&#232;re incantatoire, et aussi sa pens&#233;e du temps qui est n&#233;cessairement disjointe de la temporalit&#233; de l'&#233;nonciation. Pour le premier point je renvoie &#224; l'&#233;tude d&#233;velopp&#233;e au chapitre intitul&#233; &#171; L'&#234;tre contre le langage &#187;. Meschonnic y montre qu'&#224; partir de la tautologie, toute progression dans l'analyse prend n&#233;cessairement la forme d'une reprise et d'une relance qui donne au discours un caract&#232;re incantatoire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre l&#226;che l'&#233;tant dans le risque. Cette l&#226;ch&#233;e lan&#231;ante est l'authentique risque. L'&#234;tre de l'&#233;tant est cette relation de lancement &#224; l'&#233;tant. L'&#233;tant du moment est le risqu&#233;. L'&#234;tre est le risque tout simplement. Il nous risque, les hommes. Il risque les vivants. L'&#233;tant est, dans la mesure o&#249; il reste le toujours risqu&#233;. Mais reste risqu&#233; l'&#233;tant dans l'&#234;tre, c'est-&#224;-dire dans un risque. L'&#233;tant est pour cela lui-m&#234;me risquant, livr&#233; au risque. L'&#233;tant est, en marchant avec le risque, dans quoi il est l&#226;ch&#233;. L'&#234;tre de l'&#233;tant est le risque.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Passage de Holzwege cit&#233; dans LH, p. 199.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Pour le second point, il &#233;claire l'incapacit&#233; de Heidegger &#224; penser le temps subjectif en relation avec l'&#233;nonciation, son aveuglement &#224; l'&#233;gard des apports de la linguistique comme le montre le passage suivant, qui associe la conception vulgaire du temps et celle qu'en donne la linguistique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aide du concept vulgaire et traditionnel de temps, auquel la linguistique pouss&#233;e par le besoin s'accroche, le probl&#232;me de la structure existentiale-temporelle des genres d'action ne peut m&#234;me pas &#234;tre pos&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Passage d'&#202;tre et temps cit&#233; dans LH, p. 236.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces deux exemples montrent que l'argumentation logique est d&#233;termin&#233;e dans le discours lui-m&#234;me par des &#233;l&#233;ments linguistiques. Ils suffisent &#224; mon avis &#224; justifier une approche du philosophique qui ne mette pas le philosophique dans la seule logicit&#233; du discours. Inversement, on pourrait souligner que cette lecture doit &#234;tre articul&#233;e avec une lecture pr&#233;cise de la structure logique, le probl&#232;me &#233;tant toujours de savoir se confronter &#224; une pluralit&#233; d'approches, &#224; partir de laquelle seulement peut &#234;tre saisie la singularit&#233; et l'historicit&#233; d'un discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette m&#233;thode vaut &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; pour la lecture philosophique des &#339;uvres d'art et des po&#232;mes. La conception traditionnelle et ph&#233;nom&#233;nologique de la philosophie voudrait qu'un philosophe puisse aborder les &#339;uvres d'art &#224; partir de sa propre probl&#233;matique, ce qui en soi n'est pas injustifiable. En revanche, il y a un probl&#232;me lorsque cette lecture pr&#233;tend appr&#233;hender ainsi le mode d'existence sp&#233;cifique de l'&#339;uvre. Je voudrais montrer que c'est de ce d&#233;bat qu'il est question &#224; propos du texte consacr&#233; &#224; l'&lt;i&gt;Origine de l'&#339;uvre d'art&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La critique de ce texte tient dans le livre consacr&#233; &#224; Heidegger assez peu de place. Elle concerne premi&#232;rement la critique de la modernit&#233;, qui se lit dans le statut accord&#233; &#224; la technique, et deuxi&#232;mement le mode d'approche de l'&#339;uvre qui consiste &#224; s'interroger sur sa v&#233;rit&#233;, &#224; confondre le r&#233;f&#233;rent et l'&#339;uvre, l'&#339;uvre servant d'illustration &#224; un propos plus g&#233;n&#233;ral. Heidegger d&#233;crit l'&#339;uvre, et ce faisant d&#233;crit un monde, le monde du paysan ou le r&#233;f&#233;rent du tableau. L'&#339;uvre sert seulement de support &#224; une r&#234;verie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le discours sur l'art s'est retrouv&#233; ce qu'il &#233;tait avant m&#234;me d'aborder l'art et les &#339;uvres : un discours sur l'essence, un discours de l'essence sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aussi, devant une &#339;uvre de peinture, &lt;i&gt;das Gem&#228;lde&lt;/i&gt; devient &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;. Image. Heidegger parle de la chose &lt;i&gt;repr&#233;sent&#233;e&lt;/i&gt;. Il n'a rien dit de l'art. En faire un chemin vers l'essence de la v&#233;rit&#233; ne dit pas ce qu'il y a de propre &#224; ce chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Heidegger est pass&#233; &#224; travers le tableau. (LH, p. 379)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_6&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=41&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Critique ou sauvetage des textes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question pos&#233;e &#224; propos de ce texte est la m&#234;me que celle qui est soulev&#233;e par Derrida dans &#171; Restitutions, de la v&#233;rit&#233; en pointure &#187;, &#224; propos de la controverse Schapiro-Heidegger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Derrida, La V&#233;rit&#233; en peinture, Paris, Flammarion, 1978, p. 290 sq.&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la r&#233;ponse de Derrida est fonci&#232;rement diff&#233;rente. D'une certaine mani&#232;re Schapiro reproche aussi &#224; Heidegger, d'avoir proc&#233;d&#233; &#224; une r&#234;verie sur la peinture, et de n'avoir pas su regarder. Heidegger projette sur le tableau une r&#234;verie au sujet de la vie paysanne, alors qu'il s'agit de chaussures d'homme et de citadin. Il serait en quelque sorte pris en flagrant d&#233;lit de projection id&#233;ologique, alors qu'il pr&#233;tend s'adonner &#224; la r&#233;flexion la plus profonde sur la v&#233;rit&#233;. Le propos de Derrida consiste &#224; partir de l&#224; &#224; montrer que le texte de Heidegger &#233;chappe pour l'essentiel &#224; cette critique. Sa m&#233;thode consiste &#224; restituer au texte son rythme propre pour montrer qu'il ne s'agit pas dans ce texte de confondre l'&#339;uvre avec son r&#233;f&#233;rent. La v&#233;rit&#233; dont il est question n'est pas la v&#233;rit&#233; au sens courant du terme qui est pens&#233;e &#224; partir de la notion de r&#233;f&#233;rence. Le propos de Derrida nous importe donc au premier chef, parce qu'il y est question du texte dans son rythme, et parce qu'il pointe une difficult&#233; qui appara&#238;t &#224; la lecture des textes de Meschonnic. Dire que Heidegger confond l'&#339;uvre et le r&#233;f&#233;rent n'est-ce pas finalement prendre la forme grammaticale du discours pour sa v&#233;rit&#233; logique. Est-ce parce qu'on parle des chaussures et de la paysanne que l'on confond l'&#339;uvre et son r&#233;f&#233;rent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Voyons d'abord ce que Derrida entend par le rythme du texte : le rythme du texte, c'est d'abord sa continuit&#233; et sa coh&#233;rence logique. Derrida reproche &#224; Schapiro d'avoir pr&#234;t&#233; &#224; Heidegger le souci d'attribuer ces chaussures &#224; quelqu'un, d'avoir cherch&#233; &#224; penser le sujet du tableau, aux diff&#233;rents sens du mot sujet, alors que c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est mis en question dans cette lecture. Il lui reproche donc d'avoir isol&#233; du texte une vingtaine de lignes de leur contexte, d'avoir arr&#234;t&#233; le mouvement de la pens&#233;e (p. 325). &#171; Schapiro a extrait ce long passage rythm&#233; par un &#233;trange &#8220;et pourtant&#8221; &#187; (p. 352). Les termes dans lesquels Derrida &#233;voque inversement sa propre m&#233;thode &#233;voquent ceux de la po&#233;tique. L'attribution &#224; laquelle proc&#232;de Heidegger doit &#234;tre pens&#233;e en fonction de ses effets dans le texte : &#171; Il reste &#224; d&#233;limiter la place et la fonction de cette &#8220;attribution&#8221; dans le texte, la carte de ses effets sur le long cours de sa d&#233;marche, sa non-congruence apparente avec les motifs dominants de l'essai &#187;. Plus loin, il est question des accents du texte (p. 345). Or, ces accents et ce rythme sont essentiellement la logique de discours Heideggerien, logique qui est restitu&#233;e pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de ses propres pr&#233;suppos&#233;s, la critique du &lt;i&gt;subjectum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi Derrida commence-t-il par accorder &#224; Schapiro que Heidegger para&#238;t tomber dans la plus na&#239;ve r&#233;f&#233;rentialit&#233;. Mais il montre ensuite que celui-ci pose explicitement comme r&#233;quisit de pouvoir consid&#233;rer cette &#339;uvre en dehors de toute attention &#224; la peinture elle-m&#234;me (p. 374), comme s'il suffisait de poser explicitement ce postulat pour qu'il soit acceptable. Bref, ce qui l'int&#233;resse dans ce tableau c'est qu'il rassemble en lui-m&#234;me plusieurs modes d'inutilit&#233;, l'inutilit&#233; du tableau, l'inutilit&#233; de chaussures d&#233;lass&#233;es, l'inutilit&#233; de cet exemple pour saisir l'utilit&#233; du produit dont il est question. Les chaussures ne sont donc pas le sujet du tableau, mais une marque ou une sur-marque de la peinture elle-m&#234;me, elles disent ce qu'est la peinture. Si on s'en tient l&#224;, il y a cependant, admet Derrida, un risque de f&#233;tichiser la peinture, un risque d'autor&#233;f&#233;rentialit&#233;. Mais les chaussures dans le tableau et le tableau dans le texte finissent par mettre au jour l'essence de l'utile, arrachent l'utile &#224; sa d&#233;finition ordinaire, pour faire appara&#238;tre la condition m&#234;me de l'utilit&#233;, qui n'est pas un rapport utilitaire au monde, mais une relation premi&#232;re &#224; la terre, la fiabilit&#233;. La condition de l'utilit&#233; est saisie &#224; partir de l'inutilit&#233; elle-m&#234;me, comme fiabilit&#233; ou solidit&#233; &lt;i&gt;(Verl&#228;sslichkeit)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Ce que veut montrer Derrida, c'est que le texte philosophique n'est pas plus &#224; propos de l'&#339;uvre d'art que l'&#339;uvre d'art n'est &#224; propos des chaussures, qu'elles soient celles de Van Gogh ou d'une paysanne. Le discours parle de ce qui le rend possible : la &lt;i&gt;Verl&#228;sslichkeit&lt;/i&gt;. Le tableau devient &#233;criture comme les chaussures sont devenues tableau, l'art et l'&#233;criture consistent &#224; &#233;tablir un rapport aux choses qui ne soit plus objectal mais un rapport de transformation du texte par une exp&#233;rience. L'exp&#233;rience dont il s'agit ici est clairement marqu&#233;e par un rapport subjectif au monde, exp&#233;rience de la marche, relation &#224; la m&#232;re. Cette exp&#233;rience est exp&#233;rience originaire du rapport au monde et &#224; la terre, exp&#233;rience qui rend possible le rapport symbolique au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toute cette analyse para&#238;t donc sauver de mani&#232;re d&#233;finitive le texte de Heidegger de l'accusation de r&#233;f&#233;rentialit&#233; na&#239;ve, mais on peut faire remarquer que s'il n'y a pas de na&#239;vet&#233; dans la r&#233;f&#233;rence, il s'agit quand m&#234;me bien de r&#233;f&#233;rence, et d'analyser des concepts et des significations. Rien ne permet d'affirmer que quelque chose y soit dit de la peinture et Derrida avoue au terme de ce parcours que &#171; l'instance ou plut&#244;t la restance picturale para&#238;t omise, secondaris&#233;e, instrumentalis&#233;e &#224; son tour. On oublie la peinture. &#187; (p. 405) Cette remarque appelle une ultime r&#233;futation de cette accusation d'aveuglement ou d'insensibilit&#233; &#224; la peinture. Derrida montre que ce dont il s'agit finalement &#224; travers toute cette analyse qui aboutit &#224; la notion de &lt;i&gt;Verl&#228;sslichkeit&lt;/i&gt;, c'est du dedans et du dehors de la peinture, du rapport de proximit&#233; et d'&#233;loignement que nous avons &#224; elle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tout rapport &#224; un texte pictural implique ce mouvement double et doublement entrelac&#233; &#224; lui-m&#234;me. C'est un certain &lt;i&gt;fort-da&lt;/i&gt; que d&#233;crit le discours heidegg&#233;rien. Tout le discours heid&#233;ggerien (ici et ailleurs s'entretient du &lt;i&gt;fort-da&lt;/i&gt; et ici d'un tableau qui marque ou fait marcher le &lt;i&gt;fort-da&lt;/i&gt; en peinture. Disons que le titre du tableau pourrait &#234;tre aussi bien &lt;i&gt;la peinture&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;les chaussures&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;fort-da&lt;/i&gt;. (p. 408)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bref, c'est bien de peinture finalement qu'il s'agit dans ce texte, si l'on suit Derrida, m&#234;me s'il appert dans la suite de l'analyse qu'&#233;videmment tout n'est pas dit sur ce tableau. Inversement, les analyses de Schapiro sont renvoy&#233;es &#224; leurs pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques. Derri&#232;re ces investigations, dit-il,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;une arm&#233;e de fant&#244;mes r&#233;clame ses chaussures. Des fant&#244;mes en armes, ou une immense foule de d&#233;port&#233;s recherchant leur nom. Si vous voulez vous rendre &#224; ce th&#233;&#226;tre, voici le chemin de l'affect : la m&#233;moire sans fond d'une d&#233;possession, d'une expropriation, d'une spoliation. Et des tonnes de chaussures entass&#233;es l&#224;, paires m&#234;l&#233;es et perdues. (p. 377)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mettre en &#233;vidence la coh&#233;rence philosophique du texte de Heidegger, c'est donc bien pour Derrida vouloir sauver la philosophie de l'affect. Cette volont&#233; conduit &#224; l&#233;gitimer une esth&#233;tique qui se passe d'une r&#233;flexion sur l'historicit&#233; de la peinture sans mettre en question ce choix initial. La lecture de Derrida s'&#233;puise en quelque sorte &#224; montrer qu'il s'agit dans le texte de Heidegger d'une r&#233;flexion sur une exp&#233;rience de la peinture, mais elle ne se demande pas si les conditions de cette exp&#233;rience sont recevables. Or la fin du texte aurait d&#251;, me semble-t-il, le conduire &#224; confronter les modalit&#233;s de cette exp&#233;rience &#224; une autre approche de l'art qui est celle de Benjamin, et qui ne n&#233;glige pas, elle, les enjeux politiques et &#233;thiques de l'art. La question de la proximit&#233; de l'&#339;uvre telle qu'elle est pos&#233;e &#224; partir d'un autre texte qui est l'&lt;i&gt;Introduction &#224; la m&#233;taphysique&lt;/i&gt; &#233;voque immanquablement les analyses de Benjamin consacr&#233;es &#224; l'aura :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le tableau de Van Gogh, &#233;crit Derrida est un des exemples de ce qui &lt;i&gt;est l&#224; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;(da)&lt;/i&gt;. Il vient apr&#232;s d'autres exemples de type diff&#233;rent mais qui ont en commun d'&lt;i&gt;&#234;tre l&#224;&lt;/i&gt;, comme &#233;tant (le b&#226;timent du lyc&#233;e, une cha&#238;ne de montagnes, le portail d'une &#233;glise romane, un &#201;tat, etc.) mais dont il est difficile de dire en quoi consiste l'&#234;tre de l'&#233;tant qui permet &#224; chaque fois de dire que l'&#233;tant &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;. (p. 443)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce rapport de proximit&#233; et d'&#233;loignement qui se trouve inlassablement interrog&#233; chez Benjamin, mais &#224; partir des conditions historiques de r&#233;ception des &#339;uvres d'art. Heidegger au contraire dans l'&lt;i&gt;Origine &lt;/i&gt; exclut ces conditions d'exposition de sa r&#233;flexion sur le mode de pr&#233;sence de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La confrontation Heidegger-Schapiro aboutit donc &#224; d&#233;fendre le point de vue heidegg&#233;rien, l'id&#233;e que l'on puisse philosopher sur l'art sans tenir compte de ses conditions de r&#233;ception, ce qui peut assur&#233;ment &#234;tre fait, mais ne dispense pas inversement de s'interroger sur les limites de cette exp&#233;rience de l'art et de montrer qu'une telle philosophie est tributaire d'un mode d'exp&#233;rience d&#233;termin&#233;. Ce faisant, on prend au s&#233;rieux le caract&#232;re d'exp&#233;rience de toute philosophie, et on se donne les moyens de l'analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'analyse de cette exp&#233;rience suppose que l'on recherche la continuit&#233; d'un texte &#224; l'autre entre les fragments d'exp&#233;riences qui y apparaissent ; inversement cela conduit &#224; fragmenter les textes eux-m&#234;mes, et &#224; suspendre la question de leur coh&#233;rence interne. La question de cette coh&#233;rence ne peut cependant &#234;tre n&#233;glig&#233;e, elle est ce qui constitue effectivement un aspect de la force de la philosophie heidegg&#233;rienne. Mais elle peut &#234;tre suspendue pour faire appara&#238;tre une autre coh&#233;rence qui est celle d'une exp&#233;rience et d'une vie. La m&#233;thode de la po&#233;tique peut ainsi &#234;tre compar&#233;e &#224; la m&#233;thode de lecture que proposait Benjamin dans l'&lt;i&gt;Origine du drame baroque allemand&lt;/i&gt; et dans les &lt;i&gt;Affinit&#233;s &#233;lectives&lt;/i&gt;. Il faut, pour saisir l'id&#233;e d'une &#339;uvre, se livrer &#224; l'exploration micrologique de son contenu mat&#233;riel, cette exploration met n&#233;cessairement en question l'unit&#233; globale et formelle de l'&#339;uvre, c'est ce qui justifie selon lui l'approche de l'id&#233;e de drame &#224; partir d'&#339;uvres mineures dont la coh&#233;rence formelle n'est pas achev&#233;e. Dans l'analyse de cette id&#233;e entrent ainsi en relation des &#339;uvre de nature et de qualit&#233; diff&#233;rente, une continuit&#233; se dessine qui est la configuration d'une exp&#233;rience, d'un rapport au monde. Pour un texte philosophique, cette fragmentation n'est justifiable que si elle isole non des contenus conceptuels, qui n'ont de sens comme on l'a vu avec Hegel que dans la continuit&#233; et l'encha&#238;nement des propositions, mais des formes lexicales, rythmiques, prosodiques, qu'il faut ensuite articuler avec le syst&#232;me logique et conceptuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;*&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'&#233;tude po&#233;tique d'une &#339;uvre comme celle de Heidegger introduit donc un point de vue salutaire sur l'&#339;uvre : certes, on peut reconna&#238;tre &#224; Heidegger le m&#233;rite d'une analyse extr&#234;mement pr&#233;cise du mode de pr&#233;sence auratique de l'&#339;uvre d'art ; mais c'est une analyse qui se fonde sur une exp&#233;rience de l'&#339;uvre et du monde qui est singuli&#232;re et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Fragmenter l'&#339;uvre c'est en rompre le charme incantatoire, quitte &#224; en perdre de vue momentan&#233;ment la logique propre, mais cette logique n'est finalement que la toile d'araign&#233;e dont parle Benjamin dans la pr&#233;face &#224; l'&lt;i&gt;Origine du drame baroque allemand&lt;/i&gt;, dans les filets de laquelle on cherche &#224; prendre la v&#233;rit&#233;. Si la parole est le dire de l'&#234;tre, elle cherche n&#233;cessairement &#224; le d&#233;voiler, quelles que soient les modalit&#233;s finales de ce d&#233;voilement. Contre cette conception de l'&#234;tre et du discours, la po&#233;tique rappelle au contraire que la v&#233;rit&#233; n'est que l'embrasement du voile, par l'&#233;tude fragmentaire et micrologique de la signifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si la v&#233;rit&#233; est de cet ordre, la po&#233;tique de la philosophie est pr&#233;cis&#233;ment ce qui pointe la valeur philosophique d'une &#339;uvre, sa teneur de v&#233;rit&#233;. Elle d&#233;monte la rh&#233;torique apparente pour saisir dans l'&#339;uvre l'exp&#233;rience v&#233;ritable &#224; partir de laquelle elle m&#232;ne son travail. Pour Heidegger, cette teneur pourrait bien consister dans l'analyse d'une exp&#233;rience qui rend pensable ce qui para&#238;t souvent impensable, et qui tient moins &#224; une exp&#233;rience de la mort et de l'angoisse qu'&#224; l'exp&#233;rience d'une immobilisation de la culture. Le courage de Meschonnic &#233;tant alors d'ouvrir les yeux sur ce qui forme le fond de cette exp&#233;rience, dont se d&#233;tourne l'&#233;tude du texte en sa continuit&#233; et sa logique propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Corr&#233;lativement, la po&#233;tique du discours philosophique peut faire appara&#238;tre la teneur philosophique de textes qui ne rel&#232;vent pas de la rh&#233;torique philosophique et universitaire. Je pense en particulier &#224; la remarquable &#233;tude consacr&#233;e &#224; Humboldt dans &lt;i&gt;Po&#233;tique du traduire&lt;/i&gt; o&#249; appara&#238;t d'ailleurs toute l'ambigu&#239;t&#233; du rapport de Meschonnic &#224; la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En dehors, au d&#233;but de l'&#233;tude : &#171; Il ne s'agit pas davantage ici d'une prise philosophique sur un texte philosophique. Mais de la tentative pour montrer la po&#233;tique jusque dans un texte philosophique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, Po&#233;tique du traduire, Lagrasse, Verdier, 1999, p. 344-45.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En dedans ensuite : &#171; Le travail de la pens&#233;e fait une po&#233;tique s'il transforme les valeurs de la langue en valeur de discours, propres &#224; un seul discours. &#187; (p. 350)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bref, ni dedans ni dehors, mais &#224; travers et au c&#339;ur du philosophique : ce que fait appara&#238;tre le travail de Meschonnic, c'est que toute lecture v&#233;ritable proc&#232;de d'un rapport de sujet &#224; sujet, d'exp&#233;rience &#224; exp&#233;rience, tissant des relations de fraternit&#233; v&#233;ritable, ou de conflit, mais sans pathos, l&#224; o&#249; n'apparaissent d'abord que des textes tiss&#233;s de mots.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &lt;i&gt;Le Langage Heidegger&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1990, p. 8. Cet ouvrage sera ici indiqu&#233; LH.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;, Lagrasse, Verdier, 1982, p. 216. Cet ouvrage sera ici indiqu&#233; CR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Hegel, &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt;, trad. Lefebvre, Paris, Aubier, 1991, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Deleuze, &lt;i&gt;Diff&#233;rence et R&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1997 (1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1968), p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je renvoie sur ce point &#224; mon &#233;tude sur &#171; Les figures du rythme dans l'&#339;uvre de G. Deleuze &#187;, &lt;i&gt;Studi di Estetica&lt;/i&gt;, N&#176; 21, 2000, Bologne, p. 125 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;. Benveniste, &#171; Structure de la langue et structure de la soci&#233;t&#233; &#187;, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale II&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;W. Benjamin, &lt;i&gt;La T&#226;che du traducteur. &#338;uvres I : Mythe et violence&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, Les Lettres nouvelles, 1971, p. 263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;T. W. Adorno, &lt;i&gt;Th&#233;orie esth&#233;tique&lt;/i&gt;, trad. M. Jimenez et E. Kaufholz, Paris, Klincksieck, 1989, p. 215-216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;T. W. Adorno, &lt;i&gt;Trois &#233;tudes sur Hegel&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1979, trad. Coll&#232;ge de philosophie, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;T. W. Adorno, &lt;i&gt;Th&#233;orie esth&#233;tique, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;T. W. Adorno, &lt;i&gt;Trois &#233;tudes sur Hegel, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 113&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &lt;i&gt;Le Signe et le Po&#232;me&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1975, p. 307. Cet ouvrage sera ici indiqu&#233; SP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J.-M. Palmier, &lt;i&gt;Les &#201;crits politiques de Heidegger&lt;/i&gt;, L'Herne, 1968, p. 277, cit&#233; dans LH, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Passage de &lt;i&gt;Holzwege&lt;/i&gt; cit&#233; dans LH, p. 199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Passage d'&lt;i&gt;&#202;tre et temps&lt;/i&gt; cit&#233; dans LH, p. 236.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Derrida, &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233; en peinture&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1978, p. 290 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &lt;i&gt;Po&#233;tique du traduire&lt;/i&gt;, Lagrasse, Verdier, 1999, p. 344-45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pascal MICHON, Rythmes, pouvoir, mondialisation
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article225</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article225</guid>
		<dc:date>2010-11-13T19:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Fabbri
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;V&#233;ronique FABBRI &#8211; Rue Descartes, N&#176; 51, Paris, PUF, 2006, p. 120 &#224; 126. P. Michon, Rythmes, pouvoir, mondialisation, PUF, coll. Pratiques th&#233;oriques, 2005, 467 p. Ce qu'on appelle commun&#233;ment aujourd'hui, et depuis peu, &#171; mondialisation &#187; semble &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne tout r&#233;cent, li&#233; &#224; la reconfiguration des &#233;changes &#233;conomiques, aux ruptures introduites dans un &#233;quilibre international jusqu'alors structur&#233; en blocs, au d&#233;veloppement de moyens de communication ultra-rapides (internet), &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L102xH150/arton225-932b6.png?1716285318' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ronique FABBRI &#8211; &lt;i&gt;Rue Descartes&lt;/i&gt;, N&#176; 51, Paris, PUF, 2006, p. 120 &#224; 126.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
P. Michon, &lt;i&gt;Rythmes, pouvoir, mondialisation&lt;/i&gt;, PUF, coll. Pratiques th&#233;oriques, 2005, 467 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce qu'on appelle commun&#233;ment aujourd'hui, et depuis peu, &#171; mondialisation &#187; semble &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne tout r&#233;cent, li&#233; &#224; la reconfiguration des &#233;changes &#233;conomiques, aux ruptures introduites dans un &#233;quilibre international jusqu'alors structur&#233; en blocs, au d&#233;veloppement de moyens de communication ultra-rapides (internet), &#224; la mise en question des identit&#233;s nationales mais aussi priv&#233;es (famille, processus d'individuation et d'identification). Les concepts de r&#233;seau, de fluidification, la critique d'une conception syst&#233;mique de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat t&#233;moignent de la volont&#233; de proposer de nouveaux mod&#232;les d'analyse pour une exp&#233;rience in&#233;dite. Tout se passe comme si les anciens mod&#232;les d'analyse des modes d'organisation sociaux avaient &#233;t&#233; ad&#233;quats &#224; la r&#233;alit&#233; qu'ils pr&#233;tendaient d&#233;crire, et qu'il fallait leur en substituer d'autres calqu&#233;s sur le langage qui les accompagne commun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La force du livre de Pascal Michon est de montrer que, d'une part, ces mod&#232;les n'ont jamais &#233;t&#233; vraiment ad&#233;quats au mode d'organisation de la plupart des soci&#233;t&#233;s, et que d'autre part, depuis la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et dans la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, nombre de sociologues et d'anthropologues ont tent&#233; d'analyser les mouvements de transformation des soci&#233;t&#233;s modernes en mettant en &#233;vidence ces ph&#233;nom&#232;nes de fluidification des structures, de dissolutions des individualit&#233;s et des identit&#233;s, qui nous semblent caract&#233;riser la p&#233;riode actuelle, mais semblent donc avoir &#233;t&#233; rep&#233;rables d&#232;s cette p&#233;riode. L'exploration attentive de ces d&#233;marches permet de montrer la pertinence de la question des rythmes, concept-question plus que concept fonctionnel : la mondialisation s'analyse plut&#244;t en termes de changement de rythmes qu'en termes de dissolution, de dispersion et de r&#233;ticulation des formes (d'organisation, d'individuation&#8230;). La question des rythmes est celle m&#234;me de la possibilit&#233; de penser une r&#233;alit&#233; en mouvement : il convient de rappeler ici que Benveniste avait &#224; partir d'une analyse de ses sens pr&#233;socratiques, montr&#233; que le terme de rythme s'emploie &#224; propos des formes en mouvement, celles qui se laissent saisir comme configurations, r&#233;agencements en tension des divers &#233;l&#233;ments d'un mouvement. Poser la question du rythme des soci&#233;t&#233;s modernes revient &#224; poser l'existence de formes, d'agencements qui constituent un mode de pouvoir mais aussi de subjectivation sp&#233;cifique, un rapport nouveau &#224; l'individuation, aux formes d'identit&#233;s, &#224; partir desquels on peut entrevoir les conditions d'une construction de ce qui est &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le premier temps de l'analyse est consacr&#233; &#224; une critique du structuralisme en mati&#232;re d'anthropologie, &#224; partir d'une relecture pr&#233;cise des textes de Marcel Mauss, Marcel Granet, Edward Evans Prichard, qui met en &#233;vidence la port&#233;e de la question du rythme dans l'&#233;tude des soci&#233;t&#233;s dites traditionnelles. Les rythmes sont des modes d'organisation fluents ; cela signifie que m&#234;me les soci&#233;t&#233;s qui passent pour traditionnelles ne sont pas organis&#233;es selon une structure qui reste identique dans le temps : selon les p&#233;riodes de l'ann&#233;e, les formes de socialit&#233; changent. Mais ces changements ne sont pas organis&#233;s selon un mod&#232;le cosmique ou naturel transcendant, comme si les saisons chaudes devaient n&#233;cessairement induire une intensification des relations, et les saisons froides le gel des &#233;changes. Le temps cosmique ou saisonnier sert de point de rep&#232;re pour la mise en place de modes de socialit&#233; qui ne doivent rien &#224; la nature, mais qui semblent devoir se succ&#233;der selon une alternance ou une p&#233;riodicit&#233; qui a une fonction rythmique : il s'agit de provoquer des moments d'intensification de la vie collective et individuelle, en m&#233;nageant des moments de reprise ou de dissolution des formes. La notion de p&#233;riode pose probl&#232;me au sens o&#249; elle semble r&#233;f&#233;rer &#224; la m&#233;trique ou &#224; la scansion ; dans la conception pr&#233;socratique du rythme et dans la &lt;i&gt;Critique du rythme&lt;/i&gt; d'Henri Meschonnic qui constitue une r&#233;f&#233;rence th&#233;orique majeure de ces recherches, le rythme est essentiellement dissoci&#233; de la m&#233;trique, non que tout rythme soit sans m&#232;tre, mais parce qu'il est possible de penser un rythme sans m&#232;tre. P&#233;riodes et alternances peuvent en r&#233;alit&#233; &#234;tre pens&#233;es ind&#233;pendamment de l'id&#233;e d'un mouvement cyclique qui induit le retour du m&#234;me, plut&#244;t comme une tension configuratrice qui m&#233;nage la possibilit&#233; d'une fluidification reconfiguratrice, mouvement ondulatoire, oscillatoire qui s'accompagne de refontes des relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un des temps forts de ce
premier mouvement de l'analyse
consiste &#224; montrer la valeur
rythmique des mod&#232;les math&#233;matiques
et duels de la Chine
Ancienne, &#224; partir des &#233;tudes de
Marcel Granet et de Fran&#231;ois
Jullien : le Yin et le Yang, ou les
math&#233;matiques chinoises,
peuvent avoir une fonction
embl&#233;matique, une valeur
symbolique et cosmique, mais il
ne s'agit pas d'organiser les
relations humaines selon un
principe transcendant ; plut&#244;t de
trouver un principe r&#233;gulateur
d'association et de dissociation,
de tissage qui produit des
consonances, plut&#244;t que des
oppositions : &#171; Ainsi la pens&#233;e
chinoise appara&#238;t-elle comme asubstantialiste
ou a-ontologique,
mais elle l'est d'une
mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente du structuralisme.
Le syst&#232;me classificatoire
des oppositions
symboliques index&#233;es sur les
deux embl&#232;mes majeurs du Yin
et du Yang n'appara&#238;t pas du
tout comme une structure
compos&#233;e de relations purement
diff&#233;rentielles, comme
Levi-Strauss qui s'appuyait sur
le mod&#232;le r&#233;ducteur de la
phonologie le croyait, mais
comme un ensemble d'oppositions,
non pas &lt;i&gt;exclusives &lt;/i&gt; mais
&lt;i&gt;inclusives, se r&#233;alisant rythmiquement&lt;/i&gt; &#187; (p.63). La combinatoire
produite articule des
modes d'organisation de
l'espace-temps concret, dans
lequel s'inscrivent des corps et
des postures, non pas un
syst&#232;me diff&#233;rentiel de relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En quel sens peut-on dire alors
que les soci&#233;t&#233;s modernes se
caract&#233;risent par une &#171; d&#233;rythmisation &#187; des relations interinviduelles
qui met en danger le
processus d'individuation ? On
pourrait penser en effet que le
propre de toute soci&#233;t&#233; est de
&#171; fluer &#187;, de ne se d&#233;finir par
aucune structure, ni aucun
syst&#232;me stable. Ce qui manque
aux soci&#233;t&#233;s modernes est cette
p&#233;riodicit&#233; que nous venons
d'analyser comme articulation
d'espaces-temps concrets : les
soci&#233;t&#233;s capitalistes ont &#224; la fois
le m&#233;rite de d&#233;samarrer les
modes de socialit&#233; de toute r&#233;f&#233;rence
&#224; une hi&#233;rarchie naturelle
et cosmique, et l'inconv&#233;nient
de soumettre les individus &#224; des
fluctuations purement quantitatives
et abstraites qui n'articulent
plus postures et gestes, en
m&#233;nageant des espaces-temps
d'intensification et de d&#233;tentes
des relations individuelles. On
pense bien s&#251;r aux analyses de
Deleuze et Guattari qui font du
capitalisme une circulation de
flux &#171; d&#233;cod&#233;s &#187;. Mais c'est &#224;
partir d'une relecture pr&#233;cise et
&#233;clairante de Simmel, Freud,
Benjamin, Klemperer, que
Pascal Michon reprend l'&#233;tude
du caract&#232;re a-rythmique de ces
soci&#233;t&#233;s. L'int&#233;r&#234;t de ces r&#233;f&#233;rences
est d'&#233;clairer le statut de
certains ph&#233;nom&#232;nes corporels
et langagiers : le d&#233;veloppement
de danses qui n'ont pas d'autres
sens que de soumettre le corps
&#224; la scansion d'un rythme qui
n'est plus que nombre, les
modes de d&#233;placements fond&#233;s
sur la vitesse, le choc (du
fl&#226;neur au passant, du voyage-formation
au voyage-d&#233;paysement).
Surtout, la plupart de ces
&#233;tudes, notamment celle de
Klemperer, permettent de
mettre au centre des analyses
l'emprise croissante de la langue
sur la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le probl&#232;me de ces soci&#233;t&#233;s est
en effet de tenter de cr&#233;er une
re-rythmisation des modes de
vie collectifs qui se trouve alors
dissoci&#233;e de la fluidification
abstraite des &#233;changes : cette
re-rythmisation s'apparente
alors plut&#244;t &#224; une m&#233;trique.
Dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques,
la scansion de l'espace-temps
social se d&#233;cline &#224; partir
des processus de rassemblements
&#233;lectoraux, qui constituent
la soci&#233;t&#233; en &#171; public &#187; ; le
&#171; public &#187; se caract&#233;rise,
contrairement &#224; la foule, et en
cela proche des masses, par
son caract&#232;re virtuel. Dans les
soci&#233;t&#233;s totalitaires, il s'agit de
faire alterner le rassemblement
des masses et celui des foules :
l'intensification est hyst&#233;risation.
Dans tous les cas, on a
affaire &#224; une emprise de la
langue sur les corps : faute de
pouvoir s'&#233;noncer &#224; partir d'un
espace-temps local et topologique,
les individus communiquent
sur un mode en partie
d&#233;subjectiv&#233;, d&#233;samarr&#233; de
postures qui s'inventeraient
conjointement aux discours. Il y
a bien une forme de subjectivit&#233;
produite dans les r&#233;gimes
totalitaires comme le montrent
les analyses de Klemperer et
Tchakhotine, mais qui n'est
qu'un simulacre de subjectivation,
une assurance du moi,
excluant l'autre en s'incluant
dans une communaut&#233; de
langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Inversement, l'analyse des
modes de discours qui se d&#233;veloppent
dans cette p&#233;riode
peut faire appara&#238;tre des tentatives
plus heureuses de subjectivation :
Benjamin montre ainsi
comment, chez Baudelaire et
chez Proust, au d&#233;faut d'une
exp&#233;rience directement authentique,
se construit dans les
rythmes d'un po&#232;me, d'une
&#233;criture, une exp&#233;rience de la
modernit&#233; qui est aussi une
forme de subjectivation. En un sens, la fluidit&#233; des soci&#233;t&#233;s modernes rend possible des r&#233;appropriations singuli&#232;res de l'exp&#233;rience qui ne passent plus par le r&#233;cit traditionnel, mais par le collage, le montage, proc&#233;d&#233;s propres &#224; la photographie et au cin&#233;ma, l'invention de gestes et de formes de socialit&#233; non centralis&#233;es (l'exploration de l'espace-temps urbain selon des modes de perception renouvel&#233;s, l'apparition de rythmes nouveaux dans la danse et le langage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le concept de r&#233;seau ne rend
que partiellement compte de
ces transformations : il consacre
la disparition de formes d&#233;finies
d'individuation, de relations
inter-individuelles et de pouvoir.
Mais ce qu'il importe de penser,
et de tenir ensemble, c'est
l'&#233;mergence de nouvelles formes
de pouvoir rythmiques m&#233;triques,
et de nouvelles
formes de subjectivation
possibles, condition &#224; laquelle
seulement on peut esp&#233;rer sortir
des mod&#232;les anciens. Les analyses des modes de socialit&#233; propres &#224; la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#233;clairent les enjeux d'une sociologie des soci&#233;t&#233;s contemporaines : nous vivons certes dans un monde plus &#171; fluide &#187; mais les n&#339;uds et points de connexion des r&#233;seaux n'ont pas la virtualit&#233; qu'on leur pr&#234;te. C'est l'intensit&#233; de rencontres entre des singularit&#233;s qui peut produire une rythmique propre, dissoci&#233;e des sch&#232;mes cosmiques et embl&#233;matiques des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures. Il appartient
&#224; la sociologie et &#224; l'anthropologie
d'en rep&#233;rer les figures,
en les dissociant des formes de
re-rythmisation artificielles ou
autoritaires, auxquelles les
soci&#233;t&#233;s actuelles restent plus
que jamais expos&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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