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		<title>Sur les &#171; Temps v&#233;cu dans le rythme du corps vivant &#187; (Bernard Andrieu, philosophe &#8211; S&#233;minaire Rythmologies &#8211; 17 janvier 2023)
</title>
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		<dc:date>2023-02-24T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Amphoux
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		<description>
&lt;p&gt;La composition est un combat contre le silence, contre le non-sonore. Le silence est tout ce que j'entends en moi et qui ne peut pourtant devenir musique. Ce serait id&#233;al si, par une parfaite capillarit&#233; de toutes les strates de ma conscience et de mon inconscient, l'acte de mon pr&#233;l&#232;vement &#233;tait libre de la contingence de mon existence chronologique. Emmanuel Nunes L'expos&#233; de Bernard Andrieu me paraissait prometteur mais le d&#233;bat m'a pour ainsi dire laiss&#233; sur ma faim. Et le hasard a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique97" rel="directory"&gt;Rythmologies &#8211; Rebonds
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La composition est un combat contre le silence, contre le non-sonore. Le silence est tout ce que j'entends en moi et qui ne peut pourtant devenir musique. Ce serait id&#233;al si, par une parfaite capillarit&#233; de toutes les strates de ma conscience et de mon inconscient, l'acte de mon pr&#233;l&#232;vement &#233;tait libre de la contingence de mon existence chronologique.
&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;DIV ALIGN=&#034;right&#034;&gt;Emmanuel Nunes&lt;/DIV&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'expos&#233; de Bernard Andrieu me paraissait prometteur mais le d&#233;bat m'a pour ainsi dire laiss&#233; sur ma faim. Et le hasard a fait que je suis tomb&#233; juste apr&#232;s sur cette phrase de Nunes dans un programme de l'IRCAM, qui me paraissait exprimer assez exactement ce qui me manquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La th&#233;orie de l'&#233;cart temporel entre le corps d&#233;crit, le corps v&#233;cu et le corps vivant est pour moi extr&#234;mement int&#233;ressante dans la mesure o&#249; elle trouve sa coh&#233;sion dans la construction progressive et r&#233;currente d'une s&#233;rie d'homologies qui peu &#224; peu &#171; se tiennent &#187;. Montrant que si les cat&#233;gories sont fluentes et restent par principe discutables, les relations homologues qu'elles &#233;tablissent entre elles sont par contre stables, ou plut&#244;t m&#233;ta-stables : la conscience, l'&#233;motion, le r&#233;flexe ; le conscient, l'inconscient, l'involontaire ; l'impression consciente, la conscience pr&#233;-r&#233;flexive, l'activation pr&#233;-motrice ; l'attention, l'&#233;veil et l'&#233;mersion, pour celles que j'ai pu noter ou recomposer ; et j'y ajouterais volontiers le repr&#233;sent&#233;, le pr&#233;sent&#233; et le pr&#233;sent. Il me semble par contre que si l'effort de d&#233;finition relative de chacun des termes de ces trilogies se r&#233;duit &#224; un &#171; &#233;cart temporel &#187;, mesur&#233; par des vitesses diff&#233;rentes (avec au passage des &#233;carts d'une ou plusieurs puissances de 10 entre les 3 instances), on perd la richesse potentielle du mod&#232;le. Pourquoi ? Parce que l'on &#233;tablit implicitement une hi&#233;rarchie entre la plus lente et la plus rapide, hi&#233;rarchie qui risque fort d'&#234;tre positive pour certains, n&#233;gative pour les autres, et de reconduire aux oppositions duales entre la science rationnelle et la po&#233;sie intuitive auxquelles le mod&#232;le &#233;tait cens&#233; &#233;chapper ; cette menace me para&#238;t pointer lorsqu'on en arrive, par exemple, &#224; dire que la conscience est en retard sur le pr&#233;conscient ou l'inconscient. Le mod&#232;le &#224; ce niveau t&#233;moignerait de &#171; l'hypertrophie de la conscience &#187; contre laquelle il est cens&#233; lutter. Et l'&#233;cologie du corps se r&#233;duirait &#224; une relation de porosit&#233; (la peau vue en rose ?!...) entre un dedans et un dehors, le corps et le milieu, r&#233;gl&#233;e par un degr&#233; de conscience ou d'inconscience plus ou moins fort. C'est finalement la conscience (c-&#224;-d. le r&#233;gime de la connaissance, de la repr&#233;sentation ou de l'attention) qui r&#233;git le mod&#232;le, alors m&#234;me que son but affich&#233; semblait &#234;tre d'en relativiser la pr&#233;-&#233;minence &#8211; r&#233;sultat inverse donc puisqu'il montrerait &#224; son propre insu la supr&#233;matie de la conscience).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plus que d'&lt;i&gt;&#233;cart temporel&lt;/i&gt; (ce qui sous-entend une r&#233;duction de la notion de temps &#224; la mesure d'une dur&#233;e), ne vaudrait-il pas mieux alors parler de diff&#233;rence de &lt;i&gt;temporalit&#233;&lt;/i&gt; ? De diff&#233;rence de registre temporel ou de niveau d'organisation temporel plut&#244;t que de vitesse mesurable ? De formes de synchronisation qui donnent des rythmes, plut&#244;t que de rythmes qui sont d&#233;j&#224; donn&#233;s ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En d'autres termes, le mod&#232;le pourrait &#233;chapper &#224; cette critique s'il obligeait &#224; faire tourner les points de vue &#8211; s'il permettait de dire, de mani&#232;re &#233;quivalente, la &lt;i&gt;diff&#233;rance&lt;/i&gt; entre les trois instances, la diff&#233;rence de l'une des trois en adoptant le point de vue des deux autres ? La conscience alors ne pourrait plus &#234;tre seulement con&#231;ue comme &#171; en retard &#187; par rapport &#224; la perception ou &#224; la sensation, mais pourrait aussi l'&#234;tre, voire devrait simultan&#233;ment l'&#234;tre comme &#171; synchrone &#187; ou &#171; en avance &#187;. Le corps vivant n'est-il pas simultan&#233;ment et conjointement caract&#233;ris&#233; par les trois types de rapport au monde d&#233;sign&#233;s, sans que l'un ne puisse pr&#233;c&#233;der l'autre ? &lt;i&gt;Ce qui fait le caract&#232;re vivant&lt;/i&gt; d'un corps, d'un &#234;tre ou d'une situation (&#224; la lettre sa &lt;i&gt;vivacit&#233;&lt;/i&gt;), n'est-ce pas pr&#233;cis&#233;ment la mani&#232;re d'articuler, peut-&#234;tre de synchroniser d&#233;synchroniser resynchroniser les 3 porosit&#233;s ? Davantage ce qui fait&lt;i&gt; &#171; la &#187; &lt;/i&gt;Porosit&#233; (&#171; avec un grand P &#187;) d'une peau naturelle, d'une interface technique ou d'un transect urbain, n'est-ce pas la mani&#232;re d'hybrider les 3 types d'&#233;change ? Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce qui est int&#233;ressant dans la notion de &#171; &lt;i&gt;Vivant &#187;&lt;/i&gt;, c'est qu'elle peut d&#233;signer &#224; la fois la modalit&#233; tierce que repr&#233;sente le vivant par rapport au v&#233;cu et au conscient (le vivant, supin que j'&#233;crirais ici d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#171; avec un petit v &#187;, comme modalit&#233; de ce qui litt&#233;ralement est &#171; en train de se vivre au pr&#233;sent &#187; par rapport au &#171; pr&#233;sent&#233; &#187; v&#233;cu et au &#171; re-pr&#233;sent&#233; &#187; conscient), et, &#224; un autre niveau d'organisation ou de repr&#233;sentation, la forme d'agencement entre les 3 modalit&#233;s, le Vivant &#171; avec un grand V &#187; ou la vivacit&#233;, qui litt&#233;ralement disait-on &#171; fait le vivant &#187;) &#8211; leur &lt;i&gt;mise en r&#233;sonance&lt;/i&gt;. Hypoth&#232;se : le vivant, dans le passage du petit au grand V, franchit la limite de l'&#233;chelle consid&#233;r&#233;e (il devient l'op&#233;rateur du changement d'&#233;chelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces r&#233;flexions apportent il est vrai un peu d'eau &#224; mon moulin en consolidant une autre triade, temporelle, qui repose sur une distinction s&#233;mantique que je cherche &#224; activer entre la cadence, le rythme et la pulsation. Dans cette association s&#233;mantique, si la cadence renvoie bien &#224; l'ordre du connu (de la mesure objective et de la vitesse absolue &#8211; cosmos ?), le rythme s'inscrit plut&#244;t dans celui du v&#233;cu (de la perception d'un nous et de la naissance du collectif &#8211; osmose ?) tandis que la pulsation, plus corporelle, rel&#232;verait de celui du sensible, du vivant ou du &#171; se sentir-vivant &#187; (dismose ?). Mais lorsque quelqu'un dit &#171; &#231;a pulse &#187;, il peut bien en &#234;tre conscient tout en jouissant de la rencontre entre ce que fait son corps impulsivement et ce qu'il dit &#233;motivement. Sa jouissance (rupture &#8221;dismotique&#8221; ?) est peut-&#234;tre li&#233;e &#224; ce moment cr&#233;ateur et n&#233;guentropique. La Pulsation, en un sens majeur, int&#232;gre sa propre pulsation dans la mise en r&#233;sonance de la cadence et du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Et ce &#171; moment de r&#233;sonance &#187; (cf. le fameux &lt;i&gt;Kairos ?)&lt;/i&gt; n'est-il pas l'op&#233;rateur de ce que l'on appelle changement d'&#233;chelle en projet ou changement de niveau d'organisation en biologie &#8211; moment d'&#233;chappement &#224; son propre registre de r&#233;f&#233;rence ? Ne renvoie-t-il pas aux notions que d&#233;signent dans les trois registres, des expressions aussi diff&#233;rentes que la &#171; juste mesure &#187; pour la conscience, &lt;i&gt;l'Erfahrung&lt;/i&gt; de Benjamin (et non &lt;i&gt;l'Erlebnis&lt;/i&gt;) pour le v&#233;cu, ou encore le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; (Barthes), le &lt;i&gt;sitio&lt;/i&gt; (Castaneda) ou le &#171; point de vie &#187; (A&#239;t Touati) pour le vivant. Tel est aussi finalement le &#171; moment de cr&#233;ation &#187; tel que peut-&#234;tre l'&#233;voque le compositeur Nunes lorsqu'il parle de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;une &#171; parfaite capillarit&#233; &#187; (porosit&#233; int&#233;grale) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&#171; entre toutes les strates &#187; (l'&#233;paisseur d'un sol et d'une zone critique, justement vivante, telle que peuvent l'explorer la biologie &#8211; et non une accumulation seulement historique de l'ordre dans lequel les couches se sont superpos&#233;es telle que l'analyse la g&#233;omorphologie) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&#171; de sa conscience et de son inconscient &#187; (ce n'est peut-&#234;tre pas un hasard s'il associe conscience &#224; inconscient et non &#224; inconscience &#8211; l'inconscient englobe la conscience et non l'inverse, &lt;i&gt;la pleine conscience est celle de sa propre m&#233;connaissance&lt;/i&gt;) ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&#171; qui le lib&#232;re de sa contingence chronologique &#187; (c-&#224;-d. du temps simplement mesurable au niveau d'une conscience, implicitement sup&#233;rieure, c-&#224;-d. selon cette m&#233;taphore, superficielle !)&#8230;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
PS : Pascaline Thioll&#232;re m'invite &#224; rapprocher ces r&#233;flexions des mod&#232;les &#233;cologiques de B. Stiegler, de ses successeurs et pr&#233;d&#233;cesseurs, Schr&#246;dinger, Canguilhem, Georgesco-Roegen &lt;i&gt;and co&lt;/i&gt;&#8230; La cadence, mesurable et r&#233;p&#233;titive, y serait fondamentalement &lt;i&gt;entropique&lt;/i&gt; dans la mesure o&#249; elle m&#232;ne au seuil de l'indiff&#233;renciation &#8211; qu'on l'entende d'ailleurs au sens militaire (la cadence est un agent de destruction), au sens productif (c'est un agent de soumission et de prol&#233;tarisation), ou m&#234;me au sens musical des musiques d'ameublement (c'est un instrument de destruction de l'oreille), &#8230; Le rythme, infinit&#233;siment variable et surprenant, par sa capacit&#233; sociale &#224; synchroniser des corps et &#233;chapper au repli individuel, serait &lt;i&gt;n&#233;guentropique&lt;/i&gt; (il contribuerait &#224; retarder la dissipation des capacit&#233;s d'&#233;coute culturelle dans la multiplicit&#233; des &#233;coutes individuelles). Quant &#224; la pulsation, elle ne serait pas simplement n&#233;guentropique au sens du rythme en tant qu'instrument de lutte contre la r&#233;ponse indiff&#233;rente et automatis&#233;e du corps au m&#233;tronome, elle le serait plus profond&#233;ment comme une modalit&#233; de relance du d&#233;sir et d'un renouvellement d'&#233;nergie subjective, de ce que Stiegler appelle la &lt;i&gt;libido&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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