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		<title>Ainsi marche Anna Cruz
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Bisson
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&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la mineure &#171; Rythmanalyses &#187; de la revue Multitudes, n&#176; 46, 2011. Nous remercions la revue Multitudes et F&#233;d&#233;ric Bisson de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Anna Cruz passe dans la rue au bruit de ses chaussures. Telle une sorte d'aura sonore, le mart&#232;lement sur l'asphalte est une puissance. Anna enfonce en cadence ses talons dans la conscience comme les aiguilles d'un vaudou quotidien. Le rythme prend son pied. Il n'est pas seulement la carrure (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;Pour une &#233;thique et une politique du rythme
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le Rythme comme r&#233;p&#233;tition et comme diff&#233;rence&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Le Rythme comme r&#233;p&#233;tition et comme diff&#233;rence&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Polyrythmie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Polyrythmie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Microrythmie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Microrythmie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la mineure &#171; Rythmanalyses &#187; de la revue&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.multitudes.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Multitudes&lt;/a&gt;,&lt;i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.multitudes.net/category/l-edition-papier-en-ligne/multitudes-46-automne-2011-en/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176; 46&lt;/a&gt;, 2011. Nous remercions la revue &lt;/i&gt; Multitudes &lt;i&gt; et F&#233;d&#233;ric Bisson de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Anna Cruz passe dans la rue au bruit de ses chaussures. Telle une sorte d'aura sonore, le mart&#232;lement sur l'asphalte est une &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt;. Anna enfonce en cadence ses talons dans la conscience comme les aiguilles d'un vaudou quotidien. Le rythme prend son pied. Il n'est pas seulement la carrure objective des pas, mais est ins&#233;parable de l'auto-affection des jambes et de tout le corps dans la r&#233;p&#233;tition du choc de m&#233;tal. On l'a dans la peau. Dans une cage d'escalier ou dans un hall, la ligne des pas se r&#233;fl&#233;chit dans son &#233;cho qui l'amplifie, la redouble, la d&#233;phase. M&#234;me sans r&#233;flexion, la cadence des talons n'est pas seule, elle est prise dans le corps avec le balancement de la queue de cheval, du bras souple et du poignet qui se casse sur le sac &#224; main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais la puissance rythmique de la d&#233;marche est ambigu&#235; : elle &#233;pouse en m&#234;me temps la cadence d'un &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; qui la met au pas d'une f&#233;minit&#233; spectaculaire et st&#233;r&#233;otyp&#233;e, qui la synchronise avec les phases d'une vie puls&#233;e. Elle passe &#224; flux tendu, une pendule dans le derri&#232;re. Le rythme lin&#233;aire des pas press&#233;s est envelopp&#233; dans le rythme cyclique de la semaine et de la journ&#233;e qui d&#233;termine les variations de son tempo, m&#233;tro, bureau, restau. L'individuation d'Anna est produite dans un jeu de forces cadentielles. Femme cristalline, on voit &#224; travers elle les p&#233;riodicit&#233;s sociales. M&#233;tronomique, elle est prise par le pouvoir jusque dans les poses et les saccades spasmodiques du sexe dont la norme virile l'assujettit de cinq &#224; sept. Comment se lib&#233;rer ? Il suffit parfois d'un doigt distingu&#233; qui contrecarre la plus dure pulsation, d'un sol&#233;cisme dans le geste &#233;rotique de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Anna Cruz n'est pas comme les infirmi&#232;res observ&#233;es par Marcel Mauss de son lit d'h&#244;pital &#224; New York, sa d&#233;marche n'est pas seulement une idiosyncrasie sociale. Une individuation rythmique plie les forces cadentielles sur elles-m&#234;mes, les affecte d'un soi irrationnel. Chaque rythme a ses petites singularit&#233;s. Un raclement soudain du talon sur l'asphalte introduit un d&#233;phasage dans la r&#233;p&#233;tition, une syncope. Un arr&#234;t de flamant rose pour r&#233;ajuster la lani&#232;re de cuir laisse fluer une anacrouse dans la marche &#224; la reprise. Une discordance interne dans le style de la d&#233;marche, un contraste anachronique ou une in&#233;galit&#233; d'appui entre les deux pieds, une gaucherie ou une pudeur mal surmont&#233;e affranchissent Anna de la discipline m&#233;trique qui produit &#224; la cha&#238;ne le corps f&#233;minin comme spectacle. Elle &lt;i&gt;chevauche&lt;/i&gt; le temps. Ainsi marche Anna Cruz.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le Rythme comme r&#233;p&#233;tition et comme diff&#233;rence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Anna Cruz est un personnage conceptuel, une personnification du concept de Rythme. D&#233;crivant ce qu'il appelle les &#171; masses rythmiques &#187;, Elias Canetti &#233;crit : &#171; Le rythme est &#224; l'origine un rythme des pieds. Tout homme marche, et comme il marche sur deux jambes et qu'il frappe alternativement le sol de ses pieds, qu'il ne peut avancer qu'en faisant chaque fois ce m&#234;me mouvement des pieds, il se produit, intentionnellement ou non, un bruit rythmique. Les deux pieds ne se posent jamais avec la m&#234;me force. La diff&#233;rence peut &#234;tre plus ou moins grande entre eux, selon les dispositions ou l'humeur personnelles &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elias Canetti, Masse et puissance, Paris, Gallimard, 1966, p. 29.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;p&#233;tition rythmique n'est pas une r&#233;p&#233;tition m&#233;canique, elle est d&#233;di&#233;e &#224; une diff&#233;rence de potentiel constituante qu'elle d&#233;ploie contin&#251;ment. La diff&#233;rence rythmique est la diff&#233;rence entre un temps &lt;i&gt;fort&lt;/i&gt; et un temps &lt;i&gt;faible&lt;/i&gt;. Mais un temps fort ne se r&#233;duit pas au battement isochrone de la mesure, il est la pointe cr&#233;atrice d'un &#233;v&#233;nement. La force est une intensit&#233;. L'intensit&#233; rythmique de la &lt;i&gt;Gradiva&lt;/i&gt; &#8211; &#171; celle qui marche &#187; &#8211; est dans la position &#233;trange du pied de la jambe qui reste en arri&#232;re, dont la plante se rel&#232;ve verticalement &#224; chaque pas. Contrairement &#224; l'interpr&#233;tation freudienne, ce motif obsessionnel n'est pas r&#233;p&#233;t&#233; &#224; l'identique &#224; travers le temps, de l'enfance de Norbert Hanold jusqu'&#224; Pomp&#233;i. On ne r&#233;p&#232;te pas parce qu'on refoule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition, Paris, PUF, 1968, pp. 28-29.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme dans le film de Raymonde Carasco, le rythme vif du pied soutire au contraire au motif de marbre une s&#233;rie diff&#233;rentielle de poses et de d&#233;tails intensifs, aux vitesses in&#233;gales. Il le r&#233;p&#232;te &#224; chaque fois comme diff&#233;rent. M&#234;me dans les masses les plus organiques, la diff&#233;rence s'instille toujours entre les pas et d&#233;r&#232;gle la marche du dedans. Le rythme est par essence boiteux, &lt;i&gt;aksak&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Notre vie est faite de rythmes. Ce ne sont pas seulement les cycles cosmiques et biologiques. Nous vivons &#224; cheval sur des p&#233;riodicit&#233;s incommensurables. Notre concept de Rythme n'est plus le concept romantique qui a connu une vogue intellectuelle au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#224; un moment de l'histoire europ&#233;enne o&#249; la mutation sociale en cours conditionnait des r&#233;actions communautaires n&#233;o-pythagoriciennes (chez Matila C. Ghyka) ou irrationalistes (notamment en Allemagne, chez Ludwig Klages, Wilhelm Fliess ou Rudolf Bode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Olivier Hanse, A l'&#233;cole du rythme. Utopies communautaires allemandes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) contre le capitalisme. Nos f&#234;tes se sont d&#233;sancr&#233;es du solstice. M&#234;me dans les clich&#233;s publicitaires, nous ne pouvons aujourd'hui plus s&#233;rieusement voir le Rythme comme une &lt;i&gt;eurythmie&lt;/i&gt; collective avec les cycles de la terre, du cosmos et avec la pulsation universelle de la Vie. Au cours de son histoire, l'&#233;mancipation de la diff&#233;rence au c&#339;ur du concept de Rythme l'a peu &#224; peu rapproch&#233; de sa plus grande intensit&#233;, en lib&#233;rant la r&#233;p&#233;tition de sa soumission &#224; l'identit&#233;. Anna Cruz est de notre temps, elle passe &#224; contretemps du pouvoir. Son talon haut rationalise la bizarrerie aristocratique du pied de Gradiva, dress&#233; sur la pointe de ses orteils, mais elle devient en m&#234;me temps par l&#224; androgyne et d'autant plus martiale, &lt;i&gt;Mars gradivus&lt;/i&gt;, son pied d'autant plus &#233;rectile, comme dans le tableau d'Andr&#233; Masson. Par ses singularit&#233;s, elle fait r&#233;gner l'in&#233;gal dans la mesure ; anacrousique, elle instaure le suspens du temps comme premier, donne sa force rythmique au temps faible. Paradoxalement, l'&lt;i&gt;arythmie&lt;/i&gt; appara&#238;t d&#233;sormais comme la source du rythme : &#171; le rythme est l'In&#233;gal ou l'Incommensurable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980, p. 385.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il ne fait pas &#233;cole comme en 1900, par des institutions de danse, de gymnastique ou de &#171; rythmique &#187; qui le mettent en application. Mais il y a n&#233;anmoins une pr&#233;sence diffuse et erratique du rythme dans la th&#233;orie des sciences et des arts de notre temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le num&#233;ro 16 de la revue Interm&#233;dialit&#233;s, d&#233;di&#233; &#224; l'action de &#171; Rythmer &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gaston Bachelard puis Henri Lefebvre ont fix&#233; le cadre g&#233;n&#233;ral de la &lt;i&gt;rythmanalyse&lt;/i&gt;, &#224; la fronti&#232;re de la science et de la po&#233;sie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bachelard, La dialectique de la dur&#233;e, Paris, PUF, 1950, chapitre VIII, &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelle peut &#234;tre la f&#233;condit&#233; de cette m&#233;thode transdisciplinaire pour l'intelligibilit&#233; du fait politique contemporain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans notre modernit&#233; avanc&#233;e, le fait rythmique du pouvoir ne consiste pas seulement dans une &lt;i&gt;acc&#233;l&#233;ration&lt;/i&gt; uniforme du temps social, comme on a tendance &#224; le dire trop facilement. L'&lt;i&gt;accelerando&lt;/i&gt; est une variation du tempo, non du rythme. Dans les cultes de possession, par exemple dans le motif &lt;i&gt;adarum&lt;/i&gt; du candombl&#233; de Bahia, le rythme qui accompagne la transe ne se r&#233;duit ni au profil heurt&#233; du motif en lui-m&#234;me, ni &#224; l'acc&#233;l&#233;ration des tambours qui l'actualisent. Il faut qu'en cours d'acc&#233;l&#233;ration, la r&#233;p&#233;tition soit tout &#224; coup entrecoup&#233;e de &#171; brisures rythmiques &#187;, &#171; feintes &#187; du tambourinaire, &#171; cass&#233;s &#187; qui &#171; interrompent le mouvement de la danse et suscitent un &#233;tat de paroxysme propice aux crises de &lt;i&gt;loa&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred M&#233;traux, Le vaudou ha&#239;tien, Paris, Gallimard, 1958, p. 161 et p. 169, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'une mani&#232;re analogue, Hartmut Rosa montre que chaque acc&#233;l&#233;ration du tempo social s'accompagne n&#233;cessairement pour nous de d&#233;c&#233;l&#233;rations immanentes (&lt;i&gt;slow food, slow travel, slow sex, slow living&lt;/i&gt;, etc.) et de &#171; contrecoups dysfonctionnels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hartmut Rosa, Acc&#233;l&#233;ration. Une critique sociale du temps, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rythme n'est jamais simple, il consiste dans un &#233;cheveau de tempi in&#233;gaux. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans les interstices du pouvoir que peuvent battre &#224; contretemps les intensit&#233;s existentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par une ambivalence tactique, le rythme est donc &#224; la fois instrument du pouvoir et vecteur des &#233;lans qui lui r&#233;sistent. Ce sont ces deux traits du Rythme que je voudrais successivement esquisser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Polyrythmie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(I) &lt;i&gt;La r&#233;p&#233;tition rythmique n'est ni m&#233;tronomique (lin&#233;aire), ni p&#233;riodique (cyclique). Mesure et p&#233;riodicit&#233; ne sont que les enveloppes ext&#233;rieures d'une polyrythmie fondamentale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un m&#233;tronome peut tr&#232;s bien ne mesurer aucun rythme. Le fonctionnement &#224; vide des feux de circulation la nuit, quand il n'y a aucune voiture pour s'arr&#234;ter au rouge, constitue une mesure sans rythme, une r&#233;p&#233;tition tournant sur elle-m&#234;me. Dans l'administration de nos vies, une r&#233;p&#233;tition ainsi m&#233;canis&#233;e perd sa vitalit&#233;. Pour autant, le rythme ne s'&lt;i&gt;oppose&lt;/i&gt; pas &#224; la mesure, elle lui sert au contraire de point d'appui mat&#233;riel pour investir son &#233;nergie. La mesure m&#233;canique des feux est le pivot par o&#249; se croisent les flux automobiles. Une intemp&#233;rie, une irr&#233;gularit&#233; (br&#251;ler le feu rouge) introduisent dans le rythme l'al&#233;a essentiel qui le d&#233;phase de la mesure, comme Charlot de la cadence de la cha&#238;ne de montage. Les flux rythmiques ont-ils leur raison dans la p&#233;riodicit&#233;, par exemple l'alternance jour/nuit ou travail/repos ? Les ph&#233;nom&#232;nes de masse sont pr&#233;visibles, les heures d'embouteillage sont d&#233;termin&#233;es par les cycles sociaux. Mais la p&#233;riodicit&#233; collective est une abstraction, elle &#233;merge d'un brouillard de rythmes disparates qui frottent les uns contre les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par exemple une ville est travers&#233;e de forces g&#233;ophysiques, historiques, politiques, &#233;conomiques. Un corps social se constitue dans le rapport conflictuel de ces forces pulsatiles &#8211; ou &lt;i&gt;pulsions&lt;/i&gt; &#8211; qui le traversent. Henri Lefebvre oppose ainsi les villes oc&#233;aniques, puls&#233;es par le cycle lunaire des mar&#233;es, et les villes m&#233;diterran&#233;ennes o&#249; domine le cycle solaire. Mais ce contraste entre deux types de p&#233;riodicit&#233;s n'est pas &#224; lui seul d&#233;terminant, car les d&#233;terminations physiques se redoublent d'un investissement politique de l'espace. Dans les villes m&#233;diterran&#233;ennes solaires, l'&#201;tat n'a pu p&#233;n&#233;trer au c&#339;ur de la cit&#233; que par des interventions discontinues, en s'intercalant dans le rythme traditionnel des &#233;changes commerciaux et symboliques. Elles contrastent ainsi avec les villes oc&#233;aniques du Nord, moins rituelles, plus civiques, o&#249; les relations plus abstraites ont permis au pouvoir public de se s&#233;parer r&#233;ellement du domaine priv&#233; et de structurer la vie sociale de mani&#232;re plus r&#233;guli&#232;re, plus m&#233;trique. Le temps social d'une ville est scand&#233; par le type d'alliance &#8211; plus rituelle au Sud, plus contractuelle au Nord &#8211; qui passe dans le quotidien pour organiser les relations humaines. Mais le contraste p&#233;n&#232;tre ainsi &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des villes m&#233;diterran&#233;ennes, par exemple Venise, qui th&#233;&#226;tralise sa lutte int&#233;rieure entre l'&#201;tat qui cherche &#224; marquer l'espace, et les citoyens qui se l'approprient par toute une s&#233;rie de libres pratiques temporelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Lefebvre et Catherine R&#233;gulier, &#171; Essai de rythmanalyse des villes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le rythme d'une ville est h&#233;t&#233;rog&#232;ne, &#224; cheval sur les pulsations d'un corps physique et politique. La monorythmie tue la vie. Ainsi quand une ville traditionnelle ne conserve plus assez de vitalit&#233; pour absorber le tourisme moderne en le moulant sur ses propres rythmes, c'est le tourisme qui d&#233;sormais d&#233;fait sa polyrythmie fondamentale en lui imposant une mesure homog&#232;ne, transformant peu &#224; peu la ville en une s&#233;rie de sites scl&#233;ros&#233;s, comme &#224; Paris la Tour Eiffel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Maie G&#233;rardot, &#171; Rythmes des lieux, rythme de la ville &#187;, Urbanisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M&#234;me si la chronobiologie maintient la norme de l'eurythmie par sa recherche de synchronisateurs exog&#232;nes (le cycle circadien, la photop&#233;riode) ou d'oscillateurs endog&#232;nes (les horloges biologiques), les rythmes du monde ne se pr&#233;sentent plus pour nous en &lt;i&gt;bouquets&lt;/i&gt;, mais en &lt;i&gt;paquets&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Lefebvre et C. R&#233;gulier, &#171; Le projet rythmanalytique &#187;, p. 196.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, enchev&#234;tr&#233;s, &#233;pingl&#233;s les uns sur les autres, parfois contradictoires entre eux, d&#233;nu&#233;s de toute finalit&#233; ou harmonie pr&#233;&#233;tablies. La dur&#233;e est toujours plurielle, &#224; plusieurs vitesses. Le temps ne passe jamais brutalement d'un rythme &#224; un autre, sans chevauchement entre eux. On continue &#224; vivre sur des habitudes rythmiques longtemps apr&#232;s que le contexte o&#249; elles ont &#233;t&#233; contract&#233;es est r&#233;volu. Notre vie pulsionnelle oscille entre la tension projective et la compulsion de r&#233;p&#233;tition qui interdit la d&#233;tente, dans ce que Freud appelle un &#171; rythme-h&#233;sitation &#187; douloureux. L'angoisse est le sympt&#244;me de notre impuissance commune &#224; r&#233;investir dans le pr&#233;sent la pulsation des pulsions fix&#233;es. Mais ces rythmes-fant&#244;mes ne sont pas seulement des m&#233;canismes inertes, ils peuvent servir de support &#224; un nouvel &#233;lan qui se les r&#233;approprie pour une autre finalit&#233;. Historiquement, il y a ainsi toujours recouvrement et interf&#233;rence entre des rapports politiques et sociaux qui ne s'ajustent pas. Il appartient certes &#224; l'essence m&#234;me du pouvoir capitaliste que de m&#233;caniser le temps social au &#171; rythme &#187; de la production, soumettant la force de travail &#224; une alternance p&#233;riodique anabolisme/catabolisme. Mais le temps social ne co&#239;ncide pas exactement avec la pulsation &#233;conomique. D&#232;s la pr&#233;face du&lt;i&gt; Capital&lt;/i&gt;, Marx note : &#171; outre les maux de l'&#233;poque actuelle, nous avons &#224; supporter une longue s&#233;rie de maux h&#233;r&#233;ditaires provenant de la v&#233;g&#233;tation continue des modes de production qui ont v&#233;cu, avec la suite des rapports politiques et sociaux &#224; contretemps qu'ils engendrent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le commentaire de Daniel Bensa&#239;d, La discordance des temps. Essai sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le temps social introduit toujours un d&#233;calage entre les infrastructures et les superstructures, qui interdit de voir le progr&#232;s comme lin&#233;aire et univoque. Il est du m&#234;me coup h&#226;tif de consid&#233;rer que le pouvoir n&#233;olib&#233;ral casserait n&#233;cessairement les h&#233;ritages sociaux, les traiterait comme des archa&#239;smes ; il utilise au contraire les contretemps et les anachronismes &#224; ses fins, n'acc&#233;l&#232;re ses flux qu'en prenant appui sur les conservatismes et les principes juridiques inertes du pass&#233;. Par exemple le contr&#244;le l&#233;gal du t&#233;l&#233;chargement, d&#233;phas&#233; de l'actuelle production musicale immat&#233;rielle, est cautionn&#233; par le vieux principe lib&#233;ral de la propri&#233;t&#233;, qui sert d'alibi th&#233;orique &#224; la circulation du capital dans le r&#233;seau de l'industrie culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans nos soci&#233;t&#233;s, le primat de l'&#233;conomique sur le social a substitu&#233; au rythme in&#233;gal du don et du contre-don la commune mesure capitaliste de l'&#233;change. Cela ne d&#233;truit pas pour autant la polyrythmie. La mont&#233;e de la biopolitique a superpos&#233; &#224; la cadence capitaliste tout un &#233;ventail de proc&#233;dures rythmiques qui &#224; la fois l'ont renforc&#233;e et diffract&#233;e. La naissance des milieux d'enfermement dans les soci&#233;t&#233;s modernes (coll&#232;ge, puis caserne, usine, h&#244;pital) ne s'est pas seulement faite par l'organisation panoptique de l'espace, mais aussi par une rationalisation m&#233;trique du temps, dont les sonneries et les horloges de pointage sont les instruments. L'anatomo-politique elle-m&#234;me est rythmique : c'est toujours par la r&#233;p&#233;tition qu'on plie un corps &#224; une norme, rester assis sur sa chaise, se tenir droit, etc. La production rythmique de l'individu assure depuis le XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle son oscillation m&#233;tronomique &#224; travers la discontinuit&#233; du r&#233;seau disciplinaire, de l'&#233;cole &#224; l'usine et &#224; l'atelier. Mais &#224; mesure que le contr&#244;le a pu s'&#233;tendre technologiquement hors les murs, de nouvelles proc&#233;dures, plus continues, plus fluides, se sont greff&#233;es sur les m&#233;canismes de gestion isorythmique, sans les remplacer. Un &#171; temps liquide &#187; passe dans le temps solide des institutions. Par exemple &#224; l'&#233;cole, les &#233;l&#232;ves continuent d'&#234;tre soumis au vieux d&#233;coupage m&#233;trique du temps discontinu, tout en se connectant d'une heure &#224; l'autre &#224; un temps public et perp&#233;tuellement pr&#233;sent gr&#226;ce &#224; leurs i-phones, &#171; surfant &#187; sur un flux continu d'informations et de savoirs parcellaires. Il est r&#233;actionnaire de d&#233;noncer ce parasitage du temps scolaire par une temporalit&#233; venue du dehors, en souhaitant un retour &#224; la discipline. Avant m&#234;me d'&#234;tre d'ordre symbolique, le malaise du corps enseignant s'explique d'abord rythmiquement, par une discordance temporelle entre la polyrythmie r&#233;elle de la vie scolaire et la repr&#233;sentation disciplinaire anachronique qui continue de l'encadrer. P&#233;dagogiquement, il s'agit plut&#244;t d'exp&#233;rimenter les mani&#232;res dont le temps fluide peut prendre appui sur le temps solide, se rythmer avec lui en &#233;tant structur&#233; par sa division m&#233;trique, le traverser sans le liquider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Suivant le mot de Marx et Engels, le capitalisme volatilise certes tout ce qui est solide, mais il ne renonce pas pour autant aux choses. La marchandise comme objet f&#233;tiche masque la r&#233;alit&#233; des rapports sociaux de production en les r&#233;ifiant. Plus profond&#233;ment encore, la rythmanalyse r&#233;v&#232;le que la production elle-m&#234;me est un processus. La mati&#232;re de nos rapports sociaux n'est pas dot&#233;e d'une solidit&#233; substantielle ou structurelle (la lutte des classes), elle est m&#233;tastable. Il y a toujours un autre rapport potentiel qui couve sous l'&#233;tat solide des rapports sociaux. Le pouvoir, loin d'&#234;tre monolithique, est la gestion diff&#233;rentielle de la multiplicit&#233; des tempi sociaux. Le biopouvoir ne se contente pas de nous aligner sur des rythmes isochrones. Il peut tout autant nous fluidifier que nous cristalliser, d&#233;truire les p&#233;riodicit&#233;s culturelles ou traditionnelles, nous d&#233;structurer dans un temps non puls&#233;. Toutes ces proc&#233;dures rythmiques, d'abord essaim&#233;es dans la soci&#233;t&#233; r&#233;ticulaire, s'articulent peu &#224; peu entre elles suivant des vis&#233;es strat&#233;giques qui les codent r&#233;troactivement : les structures institutionnelles cristallis&#233;es, par exemple &#233;tatiques, servent de support tactique &#224; la fluidification sociale, et les flexibilisations rendent possibles les cristallisations juridiques et structurelles qui les normalisent. Mais le cristal est toujours ap&#233;riodique : l'unit&#233; strat&#233;gique du pouvoir &#233;tant toujours &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;, elle n'est du coup jamais close, jamais parfaitement coh&#233;rente. Le pouvoir ne conna&#238;t pas l'homog&#233;n&#233;it&#233;. Il comporte toujours des porosit&#233;s et des plis. En m&#234;me temps que le pouvoir, une th&#233;orie processuelle et pluraliste modifie la forme des pratiques de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Microrythmie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(II) &lt;i&gt;Le Rythme n'est pas une structure transcendante, il coule dans une microrythmie, en nouant les uns aux autres des &#171; instants critiques &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;qui sont les pointes d'un devenir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par exemple le c&#339;ur est constitu&#233; de n&#339;uds qui conduisent l'influx nerveux, n&#339;ud sinusal, n&#339;ud d'Atchoff Tawara qui le reprennent et le relancent. Le rythme cardiaque est en outre constitu&#233; par les points d'irr&#233;gularit&#233;, ectopiques, extrasystoliques, qu'il raccorde les uns aux autres &#224; l'int&#233;rieur de fractions de dur&#233;e m&#233;triquement &#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais ces points singuliers de fluxion ne prennent sens que dans une &#233;motion qui fait soudain battre le c&#339;ur autrement, qui transfigure le quotidien. Non seulement les rep&#232;res m&#233;triques (les &#171; temps &#187; de la mesure) sont des coupes immobiles du mouvement rythm&#233;, mais les motifs rythm&#233;s sont eux-m&#234;mes des coupes mobiles dans une &lt;i&gt;transformation qualitative&lt;/i&gt;. Une acc&#233;l&#233;ration de tempo n'est qu'une variation quantitative mesurable en battements. Elle ne devient rythmique qu'&#224; condition que la diff&#233;rence de degr&#233; atteigne un point critique o&#249; elle co&#239;ncide &#224; une diff&#233;rence de nature entre deux &#233;tats que le rythme raccorde l'un &#224; l'autre. Tout rythme a ses &#233;changeurs ou ses tourniquets, comme les escaliers dans les villes escarp&#233;es du Sud, qui, rythmant la marche dans la cit&#233;, font la transition entre les espaces h&#233;t&#233;rog&#232;nes de la ville haute et de la ville basse, du priv&#233; et du public. Le rythme nous transforme. L'individuation est rythmique. Le rythme n'est pas seulement assujettissement, mais appropriation subjective des cadences qu'il fait frotter les unes sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La vie des soci&#233;t&#233;s primitives est rythm&#233;e par les &#171; rites de passage &#187;. Mais que veut dire ici &#171; rythm&#233;e &#187; ? Le retour p&#233;riodique du rite n'est que l'ext&#233;rieur du rythme. Arnold Van Gennep a montr&#233; que le processus d'un rite de passage s'analyse en trois phases : une phase pr&#233;liminaire de s&#233;paration de l'individu, puis une phase liminale ou il se tient &#224; la marge ou sur le seuil d'une renaissance, et enfin une phase post-liminaire d'agr&#233;gation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arnold Van Gennep, Les rites de passage, Paris, Picard, 1981, p. 14.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'individu est d'abord s&#233;par&#233; de son &#233;tat ant&#233;rieur, avant d'&#234;tre agr&#233;g&#233; &#224; son &#233;tat nouveau, qualitativement distinct du premier &#233;tat. Mais le point intense du rite est la phase liminaire pendant laquelle l'individu est en suspens entre deux &#233;tats, &#224; cheval entre deux phases. Le rite donne ainsi une consistance &#224; la transition en elle-m&#234;me : le passage n'est pas seulement le n&#233;ant qui s&#233;pare deux &#233;tats, il est l'&#234;tre m&#234;me du devenir. Un rite de passage est un processus rythmique d'individuation, non seulement parce qu'il se divise en trois phases, mais &lt;i&gt;parce qu'il ne se divise pas sans changer de nature&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire sans se transformer &#224; chaque coupure. De m&#234;me, les rites cycliques, par exemple saisonniers, enveloppent des rites transitifs ; ils ne c&#233;l&#232;brent pas le retour du M&#234;me, mais la jouvence du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Comment nos soci&#233;t&#233;s peuvent-elles r&#233;inventer la puissance rituelle de subjectivation du rythme ? Les rythmes libres ou &#171; idiorrythmies &#187;, comme les appelle Roland Barthes, ne sont pas hors-pouvoir. La d&#233;c&#233;l&#233;ration ne doit pas seulement fonctionner en &#171; &#238;lots &#187;, comme dit Rosa, c'est-&#224;-dire en &#233;rigeant des forteresses de lenteur dans l'empire social de la vitesse. On n'&#233;chappe pas &#224; la tachypsychie de la &#171; grande ville &#187; moderne en la fuyant &#224; la campagne, dans des &#171; niches territoriales &#187; o&#249; les pendules se seraient arr&#234;t&#233;es depuis un si&#232;cle. La lenteur n'est pas intemporelle comme le bon vieux temps, elle est &lt;i&gt;intempestive&lt;/i&gt; : elle doit &#234;tre r&#233;invent&#233;e en rapport avec le temps actuel, &lt;i&gt;&#224; contretemps&lt;/i&gt;. On lutte en creusant des &#171; oasis de d&#233;c&#233;l&#233;ration &#187; &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'espace urbain, comme autant de pores et de plis dans l'architecture de la vitesse. Les rythmes libres ne sont pas seulement des marginalit&#233;s, mais sont nou&#233;s avec le pouvoir contre lequel ils luttent. Par exemple la fluidification du temps de travail (on travaille le dimanche et les jours f&#233;ri&#233;s), renforc&#233;e par le dispositif technologique (on travaille de chez soi), a d&#233;truit l'alternance p&#233;riodique qui s&#233;pare travail et vacance. On ne sort plus du travail. Il n'y a plus de Sabbat. Mais, en m&#234;me temps, c'est l'occasion de faire entrer la vacance dans le travail lui-m&#234;me, par une sorte de suspens, de temps flottant ou gazeux qui se r&#233;pand dans le temps liquide. On transporte le priv&#233; au bureau, on cr&#233;e des espaces interstitiels entre les heures, entre deux portes, dans les couloirs, entre coll&#232;gues, entre soi. La consistance de ces rythmes quotidiens est la mati&#232;re m&#234;me de nos r&#233;sistances au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme n'est certes pas l'&#233;l&#233;ment des ruptures brutales ou des r&#233;volutions violentes, mais plut&#244;t de ce que la langue chinoise appelle les &#171; transformations silencieuses &#187;, c'est-&#224;-dire immanentes &#224; la mesure et au tempo qui les encadrent, larv&#233;es, lentement infus&#233;es. Illusion des tables rases : en fait de lendemains, elles reproduisent le noyau dur de ce avec quoi elles d&#233;sirent rompre. Si le rythme n'&#233;chappe &#224; l'anesth&#233;sie qu'en se laissant animer par l'impr&#233;visibilit&#233; du chaos qu'il organise, inversement, les crises et les ruptures n'&#233;chappent &#224; la catastrophe qu'&#224; condition de pouvoir &#234;tre ressaisies dans un rythme. Les devenirs les plus puissants se font dans la r&#233;p&#233;tition. Au lieu des r&#233;volutions, la libert&#233; rythmique se conquiert par les petites diff&#233;rences qui &#233;mergent au sein de&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;la r&#233;p&#233;tition qu'elle investit. Anna Cruz se transforme insensiblement &#224; travers la r&#233;p&#233;tition de ses pas, &lt;i&gt;devient femme &lt;/i&gt;d'une mani&#232;re farouche et vaporeuse. Elle n'est pas d'un genre ali&#233;n&#233; ou d'une classe domin&#233;e sans en m&#234;me temps les troubler d'un style parodique. Il y a toujours un autre rythme, symbolique, qui se d&#233;guise derri&#232;re la figure actuelle qui le simule : le symbolisme pomp&#233;ien du bas-relief de la Gradiva derri&#232;re le pas de Zo&#233; Bertgang, ou les actrices am&#233;ricaines des ann&#233;es 30 derri&#232;re les femmes fran&#231;aises qui marchent comme les infirmi&#232;res de New York. Jeune fille emprunt&#233;e, toujours au milieu entre deux cat&#233;gories, elle ne fait que passer. Ainsi marche Anna Cruz.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Elias Canetti, &lt;i&gt;Masse et puissance&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1966, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1968, pp. 28-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Olivier Hanse, &lt;i&gt;A l'&#233;cole du rythme. Utopies communautaires allemandes autour de 1900&lt;/i&gt;, Universit&#233; de Saint-Etienne, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1980, p. 385.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le num&#233;ro 16 de la revue &lt;i&gt;Interm&#233;dialit&#233;s&lt;/i&gt;, d&#233;di&#233; &#224; l'action de &#171; Rythmer &#187;, ouvre un large &#233;ventail de rythmanalyses, qui montrent comment le rythme peut nous faire penser la musique, le cin&#233;ma ou la po&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Bachelard, &lt;i&gt;La dialectique de la dur&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1950, chapitre VIII, &#171; La rythmanalyse &#187;. Henri Lefebvre et Catherine R&#233;gulier, &#171; Le projet rythmanalytique &#187;, &lt;i&gt;Communications&lt;/i&gt;, n&#176;41, 1985. Puis Henri Lefebvre, &lt;i&gt;El&#233;ments de rythmanalyse. Introduction &#224; la connaissance des rythmes, &lt;/i&gt;Editions Syllepse, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alfred M&#233;traux, &lt;i&gt;Le vaudou ha&#239;tien&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1958, p. 161 et p. 169, cit&#233; par Gilbert Rouget, &lt;i&gt;La musique et la transe,&lt;/i&gt; Paris, Gallimard, 1990, p. 168.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Hartmut Rosa, &lt;i&gt;Acc&#233;l&#233;ration. Une critique sociale du temps&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2010, p. 109 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Henri Lefebvre et Catherine R&#233;gulier, &#171; Essai de rythmanalyse des villes m&#233;diterran&#233;ennes &#187; (1986), repris dans &lt;i&gt;El&#233;ments de rythmanalyse&lt;/i&gt;, pp. 97-109. Voir p. 105 : &#171; Par un certain usage du temps le citoyen r&#233;siste &#224; l'&#201;tat. Il se d&#233;roule donc une lutte pour l'appropriation par laquelle les rythmes jouent un r&#244;le majeur. Par eux le temps social, donc civil, cherche et parvient &#224; se soustraire au temps &#233;tatique, lin&#233;aire, unirythmique, mesur&#233;/mesurant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Maie G&#233;rardot, &#171; Rythmes des lieux, rythme de la ville &#187;, &lt;i&gt;Urbanisme&lt;/i&gt;, janvier/f&#233;vrier 2011, n&#176;376, p. 81-85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Lefebvre et C. R&#233;gulier, &#171; Le projet rythmanalytique &#187;, p. 196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir le commentaire de Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;La discordance des temps. Essai sur les crises, les classes, l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de la Passion, 1995, pp. 346-347 : &#171; Marx d&#233;couvre donc que le pr&#233;sent n'est pas homog&#232;ne, transparent &#224; lui-m&#234;me, qu'il est tiss&#233; de temporalit&#233;s et de rapports in&#233;gaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Arnold Van Gennep, &lt;i&gt;Les rites de passage&lt;/i&gt;, Paris, Picard, 1981, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le swing cosmique &#8211; Whitehead &#224; la mescaline
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article358</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article358</guid>
		<dc:date>2011-05-22T13:35:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Bisson
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans M. Weber et R. Desmet (dir.), Chromatikon V. Annuaire de la philosophie en proc&#232;s, Louvain, Presses universitaires de Louvain, 2009, p. 133-150. Nous remercions Fr&#233;d&#233;ric Bisson et la revue Chromatikon de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. On trouvera ici un petit &#233;change &#224; son propos. Dans L'Infini turbulent, Henri Michaux met en mots une exp&#233;rience temporelle : Noble, grandiose, impeccable, chaque instant se forme, s'ach&#232;ve, s'effondre, se refait en un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Philosophie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;1. L'intoxication mescalinienne comme exp&#233;rience transcendantale&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire_0'&gt;1. L'intoxication mescalinienne comme exp&#233;rience transcendantale&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;2. Usages&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire_1'&gt;2. Usages&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3. Perception et percept&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire_2'&gt;3. Perception et percept&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;4. Le swing cosmique selon Whitehead&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire_3'&gt;4. Le swing cosmique selon Whitehead&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans M. Weber et R. Desmet (dir.), &lt;/i&gt; Chromatikon V. Annuaire de la philosophie en proc&#232;s,&lt;i&gt; Louvain, Presses universitaires de Louvain, 2009, p. 133-150. Nous remercions Fr&#233;d&#233;ric Bisson et la revue&lt;/i&gt; Chromatikon &lt;i&gt;de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. On trouvera &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article317' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;ici&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; un petit &#233;change &#224; son propos.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L486xH287/Mescaline_2-28aef.jpg?1711324870' width='486' height='287' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
Dans &lt;i&gt;L'Infini turbulent&lt;/i&gt;, Henri Michaux met en mots une exp&#233;rience temporelle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Noble, grandiose, impeccable, chaque instant se forme, s'ach&#232;ve, s'effondre, se refait en un nouvel instant qui se fait, qui se forme, qui s'accomplit, qui s'effondre et se refait en un nouvel instant qui se fait, qui se forme, qui s'ach&#232;ve et se ploie et se relie au suivant qui s'annonce, qui se fait, qui se forme, qui s'ach&#232;ve et s'ext&#233;nue dans le suivant, qui na&#238;t, qui se dresse, qui succombe et au suivant se raccorde, qui vient, qui s'&#233;rige, m&#251;rit et au suivant se joint&#8230; qui se forme et ainsi sans fin, sans ralentissement, sans &#233;puisement, sans accident, d'une perfection &#233;perdue, et monumentalement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, L'Infini turbulent. &#201;dition revue et augment&#233;e, Paris, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Peu de phrases r&#233;sonnent en nous &#224; une telle profondeur, nous donnant le sentiment d'&#234;tre introduits au plus intime du monde en train de se faire. Cette phrase hach&#233;e de virgules doit &#234;tre scand&#233;e, dite plut&#244;t que lue, vocalis&#233;e avec les variations de vitesse et d'intensit&#233; qui seules peuvent exprimer sa puissance cosmogonique. On sent ici battre le c&#339;ur m&#234;me du r&#233;el, dont le rythme syncop&#233; raccorde les instants imp&#233;rieux les uns aux autres et accomplit ainsi la &#171; continuit&#233; universelle &#187;. Ce rythme, n'est-ce pas exactement le &#171; proc&#232;s cr&#233;ateur &#187;, tel que la cosmologie d'Alfred North Whitehead l'a conceptualis&#233; et syst&#233;matis&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;1. L'intoxication mescalinienne comme exp&#233;rience transcendantale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Michaux est le r&#233;cit d'une exp&#233;rience d'intoxication mescalinienne. Mais malgr&#233; ses qualit&#233;s d'&#233;criture po&#233;tique, la valeur de ce r&#233;cit n'est pas d'abord esth&#233;tique. C'est le r&#233;cit d'un apprentissage. Qu'est-ce que Michaux a cherch&#233; &#224; apprendre dans la drogue ? La r&#233;ponse est triple : &#171; L'irr&#233;gulier et difficile apprentissage o&#249; les &#233;l&#233;ments d'un &lt;i&gt;monde&lt;/i&gt;, d'une &lt;i&gt;connaissance &lt;/i&gt; et d'un &lt;i&gt;comportement &lt;/i&gt; nouveau d&#233;filent devant qui saura les voir et les reconna&#238;tre. &#187; (p. 24 &#8211; c'est moi qui souligne) La drogue est charg&#233;e d'une triple efficacit&#233; : &lt;i&gt;cosmologique, gnos&#233;ologique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt;. Elle se place ainsi &#224; l'&#233;tiage de la philosophie, d&#233;finie par les &lt;i&gt;transcendantaux&lt;/i&gt; qui sont ses objets : l'&#202;tre, l'Un, le Vrai, le Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Premi&#232;rement, Michaux charge la drogue du pouvoir de d&#233;voiler le &#171; secret du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, Op. cit., p. 77 : &#171; J'assiste au secret des secrets, mais sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire de livrer l'&lt;i&gt;&#202;tre&lt;/i&gt;. Une telle pr&#233;tention met l'exp&#233;rimentation hallucinog&#232;ne en r&#233;sonance &#171; objective &#187; avec la m&#233;taphysique, qui se risque au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne pour ressaisir le principe d'unit&#233; du monde actuel. L'exp&#233;rience mescalinienne r&#233;actualise spontan&#233;ment le sch&#233;matisme et le style na&#239;f des plus vieilles cosmologies mat&#233;rialistes de la pens&#233;e occidentale : &#171; au commencement est le Grand Tourbillon&#8230; &#187; La drogue enveloppe une h&#233;nologie innocente : tout est &lt;i&gt;un &lt;/i&gt; dans le tourbillon cosmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Deuxi&#232;mement, un monde infini, fait de flux et de turbulences, exige un mode de connaissance ad&#233;quat, aussi mouvant et vertigineux que la r&#233;alit&#233; m&#234;me que l'on cherche &#224; conna&#238;tre : une &#171; connaissance par les gouffres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, Connaissance par les gouffres, &#233;d. revue et corrig&#233;e, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#192; la suite d'Artaud puis de Castaneda, qui ont cherch&#233; dans le culte mexicain du peyotl un rite initiatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Artaud, Les Tarahumaras (1936), in &#338;uvres, Gallimard, Quarto, 2004, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Michaux ne s'expose &#224; la drogue qu'en lui demandant un &lt;i&gt;savoir &lt;/i&gt; : &#171; Les drogues nous ennuient avec leur paradis. Qu'elles nous donnent plut&#244;t un peu de savoir. Nous ne sommes pas un si&#232;cle &#224; paradis.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, Connaissance par les gouffres, op. cit., p. 9.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; La connaissance doit exp&#233;rimenter ses mont&#233;es et ses descentes dans le maelstr&#246;m, non pas comme dans la dialectique platonicienne, mais suivant le rythme in&#233;gal et d&#233;mesur&#233; de l'Infini turbulent. M&#234;me oblit&#233;r&#233;e, lys&#233;e, scotomis&#233;e, &#233;clips&#233;e, ayant perdu la ma&#238;trise de ses vitesses, d&#233;sorient&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, Connaissance par les gouffres, op. cit., p. 218 sq.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la pens&#233;e pense vraiment. L'&#233;tourdissement, le vertige, la fuite des id&#233;es, le d&#233;lire sont des modes de pens&#233;e et de connaissance, plus ou moins rapides, plus ou moins efficaces ou avort&#233;s, mais non moins authentiques que le raisonnement pur, et capables de &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Troisi&#232;mement, cette connaissance ouvre sur un effort pour rendre vivable l'exp&#233;rience de la drogue, c'est-&#224;-dire pour tirer ce qu'il y a de &lt;i&gt;bon &lt;/i&gt; en elle et l'int&#233;grer &#224; un &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt;, &#224; un mode de vie. Michel Foucault a esquiss&#233; cette &#233;thique de la drogue : &#171; Nous devons &#233;tudier les drogues. Nous devons essayer les drogues. Nous devons fabriquer de &lt;i&gt;bonnes &lt;/i&gt; drogues &#8211; susceptibles de produire un plaisir tr&#232;s intense. Je pense que le puritanisme qui est de mise &#224; l'&#233;gard de la drogue &#8211; un puritanisme qui implique que l'on est soit pour, soit contre &#8211; est une attitude erron&#233;e. Les drogues font maintenant partie de notre culture. De m&#234;me qu'il y a de la bonne et de la mauvaise musique, il y a de bonnes et de mauvaises drogues. Et donc, pas plus que nous ne pouvons dire que nous sommes &#171; contre &#187; la musique, nous ne pouvons dire que nous sommes &#171; contre &#187; les drogues.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Foucault, &#171; Sexe, pouvoir et la politique de l'identit&#233; &#187;, interview (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Plus pr&#233;cis&#233;ment, il faudrait dire que l'&#233;thique de la drogue consiste &#224; distinguer un bon &lt;i&gt;usage &lt;/i&gt; de la drogue de toutes les tristes addictions, et &#224; discerner les effets mauvais et les dangers qui subsistent dans les &#171; bonnes &#187; drogues, pour en r&#233;gler l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par sa rigueur scientifique protocolaire, Michaux &#233;l&#232;ve ainsi l'exp&#233;rience de la drogue &#224; une puissance de v&#233;rit&#233;. Le fait est que le mysticisme religieux &#233;ternel, battu en br&#232;che &#224; l'&#232;re du d&#233;senchantement du monde, a trouv&#233; un relais dans la contre-culture des ann&#233;es 1960, &#224; la faveur de la diffusion des psychotropes, de la mescaline, de l'acide lysergique, de la psylocibine. Par une sorte de ruse de la raison, la techno-science qui isole et synth&#233;tise les mol&#233;cules actives du peyotl ou de l'ergot du seigle nourrit une exp&#233;rience spirituelle et renouvelle ainsi &lt;i&gt;malgr&#233; elle&lt;/i&gt; au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle la religion contre laquelle elle s'&#233;tait construite. Mais le scientisme, trahissant les d&#233;couvertes de la science elle-m&#234;me, d&#233;nie cette fraternit&#233; de la science et de la religion. Un tel mysticisme se heurte certes &#224; de s&#233;rieuses objections d&#233;mystificatrices. Comment un &#233;blouissement caus&#233; par une attaque acide du cortex visuel, accident interne de la m&#233;canique nerveuse, pourrait-il pr&#233;tendre au titre de &lt;i&gt;vision &lt;/i&gt; objective ? Le psych&#233;d&#233;lisme ambiant, en fait de lucidit&#233;, semble bien &#234;tre un nouvel id&#233;alisme &#224; l'usage du peuple, o&#249; l'on ne conna&#238;t du monde que ce qu'on y met de soi-m&#234;me. Au-del&#224; m&#234;me de cette na&#239;vet&#233;, le mysticisme sous influence chimique d&#233;choit dans une vulgarit&#233; d&#233;solante, quand on attend de la drogue qu'elle produise par magie le &#171; mis&#233;rable miracle &#187; que la soci&#233;t&#233; d&#233;senchant&#233;e de consommation nous refuse. Les initi&#233;s emportent dans leur extase le style m&#234;me, nombriliste, &#233;triqu&#233;, consum&#233;riste, de la soci&#233;t&#233; dont ils pr&#233;tendent contester les valeurs, et, comme dit Michaux, leur discours fait alors souvent songer &#224; celui de journalistes qui eussent &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; la Crucifixion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, L'Infini turbulent, op. cit., p. 210, note.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La drogue met l'infini &#224; la port&#233;e des brutes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;2. Usages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un usage lib&#233;rateur de la drogue est-il possible ? Whitehead a formul&#233; la plus belle profession de foi de l'empiriste sous la forme d'une &lt;i&gt;litanie de l'exp&#233;rience&lt;/i&gt; : &#171; Toutes les exp&#233;riences que l'on peut avoir, ivre ou sobre, dans le sommeil ou la veille, somnolent ou bien &#233;veill&#233;, l'exp&#233;rience o&#249; l'on a conscience de soi et celle o&#249; l'on s'oublie, l'exp&#233;rience intellectuelle et l'exp&#233;rience physique, l'exp&#233;rience religieuse et celle du sceptique, l'exp&#233;rience de l'angoisse et celle de l'insouciance, l'exp&#233;rience qui anticipe et l'exp&#233;rience r&#233;trospective, l'exp&#233;rience heureuse et l'exp&#233;rience douloureuse, celle qui domine l'&#233;motion et celle qui se contient, l'exp&#233;rience &#224; la lumi&#232;re et l'exp&#233;rience dans l'obscurit&#233;, l'exp&#233;rience normale et l'exp&#233;rience anormale, aucune ne doit &#234;tre omise.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, Aventures d'id&#233;es, trad. fr. par J.-M. Breuvart et A. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Dans cette table des cat&#233;gories, l'exp&#233;rience psychotrope est un cas remarquable de l'exp&#233;rience ivre. Or, William James a rang&#233; l'ivresse d'intoxication dans les formes vari&#233;es de l'exp&#233;rience religieuse : l'alcool et, plus encore, le protoxyde d'azote (s'il est suffisamment dilu&#233; dans l'air), stimulent la conscience mystique jusqu'&#224; &#171; un degr&#233; extraordinaire &#187; et sont, dans leur hilarit&#233; m&#234;me, porteurs d'une &#171; authentique r&#233;v&#233;lation m&#233;taphysique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W. James, The Varieties of Religious Experience. A Study in Human Nature (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Whitehead lui-m&#234;me a quelquefois soulign&#233; l'efficacit&#233; perceptive et &#233;motionnelle de la consommation de drogues. Ce cas particulier de perception n'est pas une simple curiosit&#233; psychologique, car il permet de brouiller la fronti&#232;re du normal et du pathologique, en r&#233;v&#233;lant que la perception &lt;i&gt;en g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; ne se tient jamais dans une stricte normalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, Aventures d'id&#233;es, op. cit., p. 279 : &#171; Il y a des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, la conscience modifi&#233;e acquiert une certaine lucidit&#233; : de m&#234;me que les reflets et les ombres entre les choses hantent &#224; jamais le monde visible comme des fant&#244;mes, de m&#234;me l'illusion ne s'oppose pas &#224; la r&#233;alit&#233;, mais se compose avec elle, sans qu'il soit possible de faire exactement la part entre elles deux. Comment la culture humaine a-t-elle int&#233;gr&#233; cette efficacit&#233; ? Dans toute soci&#233;t&#233; humaine, il y a un usage rituel r&#233;gl&#233; des drogues. C'est certes avec une certaine condescendance moralisatrice de rationaliste victorien que Whitehead &#233;voque le r&#244;le de l'ivresse dans les rituels dionysiaques des religions primitives : &#171; Les rites ne sont pas la seule fa&#231;on de stimuler artificiellement l'&#233;motion. Les drogues ont la m&#234;me efficacit&#233;. Heureusement la gamme des drogues dont disposaient les races primitives &#233;tait limit&#233;e. Mais nous avons des preuves &#233;videntes d'un usage religieux de drogues li&#233; &#224; l'usage religieux du rituel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, La Religion en gestation, trad. fr. par H. Vaillant, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Cette remarque conf&#232;re n&#233;anmoins &#224; la drogue une dimension spirituelle : l'ivresse est une composante des &lt;i&gt;rites&lt;/i&gt; collectifs, dans leur fonction de mise en forme des &lt;i&gt;&#233;motions&lt;/i&gt; collectives. En tant que telle, elle participe aux &#171; premi&#232;res lueurs de la vie de l'esprit s'&#233;levant au-del&#224; de la concentration sur la t&#226;che de subvenir aux n&#233;cessit&#233;s animales &#187;. Or, dans les soci&#233;t&#233;s occidentales modernes, la drogue a &#233;t&#233; coup&#233;e de ses racines spirituelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le monoth&#233;isme chr&#233;tien n'a pas tant r&#233;prim&#233; l'enthousiasme narcotique des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rituel qui accompagne religieusement la prise de drogue comm&#233;more certes encore de nos jours une &#233;motion originelle, mais l'&#233;motion que la r&#233;p&#233;tition rituelle prend ainsi pour objet est celle de la &#171; premi&#232;re fois &#187;, apr&#232;s laquelle le drogu&#233; court dans une qu&#234;te fantasmatique &#233;perdue. L'&#233;motion a &#233;t&#233; d&#233;connect&#233;e du monde, absorb&#233;e dans la substance chimique f&#233;tichis&#233;e. Un tel appauvrissement pathologique de l'&#233;motion, inh&#233;rent &#224; l'usage maniaque de la drogue, n'est pas dict&#233; par la seule substance chimique, mais r&#233;sulte d'un nouveau dispositif strat&#233;gique dans lequel cet usage s'est constitu&#233; et cristallis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ambigu&#239;t&#233; s&#233;mantique de l'anglais &lt;i&gt;&#171; drug &#187;&lt;/i&gt; ne doit pas pr&#234;ter au jeu de mot ; elle sugg&#232;re plut&#244;t qu'il faut penser &lt;i&gt;ensemble &lt;/i&gt; m&#233;dicament et &#171; drogue &#187;, comme deux facettes d'un m&#234;me cristal de biopouvoir. Dans les soci&#233;t&#233;s disciplinaires modernes, l'exclusion hygi&#233;niste de la drogue est le contrepoint d'une appropriation tactique et monopolistique de son usage l&#233;gitime par la m&#233;decine sociale. En devenant m&#233;dicament, la drogue s'est trouv&#233;e captur&#233;e par le pouvoir bio-politique, comme instrument de contr&#244;le et de r&#233;gulation de la population. L'usage des drogues s'est alors redistribu&#233; autour de cette norme pharmaco-politique. Il est superficiel de s'arr&#234;ter &#224; la r&#233;pression l&#233;gale des drogues, car la loi ne s'oppose &#224; l'ill&#233;galit&#233; qu'en apparence ; en r&#233;alit&#233;, elle est, comme l'a montr&#233; Foucault, un d&#233;coupage et une gestion diff&#233;rentielle des ill&#233;galismes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Foucault, Surveiller et Punir, Paris, Gallimard, 1975, p. 318. Dans son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La norme organise une &#233;conomie strat&#233;gique des usages d&#233;viants et des addictions, dessine des limites de tol&#233;rance aux diff&#233;rentes mani&#232;res de tourner la loi : certaines sont invisibles, non reconnues, ou tol&#233;r&#233;es comme compensation des classes domin&#233;es (addictions m&#233;dicamenteuses et consommations r&#233;guli&#232;res de fin de semaine), d'autres sont permises comme privil&#232;ge de la classe dominante (addictions du monde des affaires, etc.), d'autres enfin sont stigmatis&#233;es comme formes pathologiques dangereuses (toxicomanies), jug&#233;es comme &#233;pid&#233;miques et contaminantes pour tout le corps social, combattues au nom de la jeunesse et de la sant&#233; publique. Ainsi se trouve socialement fabriqu&#233;e une d&#233;viance visible, ainsi apparaissent de nouveaux personnages aux identit&#233;s marqu&#233;es, &#171; sujets &#224; risque &#187;, toxicos, junkies. Du point de vue du biopouvoir, le toxico est le consommateur parfait, parfaitement transparent, absolument d&#233;vou&#233; &#224; sa consommation, ne vivant que pour elle. Loin d'&#234;tre le symbole d'une quelconque r&#233;volte contre la soci&#233;t&#233;, le toxico appara&#238;t au contraire comme une pi&#232;ce tactique de sa strat&#233;gie : en se diff&#233;renciant des autres usages, la toxicomanie p&#232;se sur eux, leur fait de l'ombre pour tout un commerce parall&#232;le qu'on maintient dans une relative libert&#233;, et rend par ailleurs d'autant plus acceptable la norme hygi&#233;niste et l'usage pharmaceutique l&#233;gitime. Le d&#233;ni scientiste de la valeur spirituelle de l'exp&#233;rience psychotrope ne se fait donc pas au nom des valeurs scientifiques d&#233;sint&#233;ress&#233;es d'objectivit&#233; ou de v&#233;rifiabilit&#233;, il est li&#233; &#224; tout un dispositif de pouvoir dans lequel la science est prise, comme caution &#171; morale &#187; de l'industrie pharmaceutique et comme vecteur de r&#233;gulation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Contre cette objectivation et cette m&#233;dicalisation, l'id&#233;e d'un retour au rituel archa&#239;que est purement r&#233;active, et la fascination nostalgique pour le culte du peyotl appara&#238;t l&#224; encore comme un sympt&#244;me du pouvoir : on entretient le mythe de la drogue dans une zone de r&#234;verie esth&#233;tique r&#233;serv&#233;e aux classes bourgeoises, qui la go&#251;tent comme un suppl&#233;ment d'&#226;me. Les diff&#233;rentes formes de marginalisme, de la plus mis&#233;rable &#224; la plus &#233;litiste, sont elles-m&#234;mes cod&#233;es par le pouvoir pour fonctionner comme soupapes de s&#233;curit&#233;. Tactiquement s&#233;par&#233;e de la science, la mythologie de la drogue est s&#233;par&#233;e de toute efficacit&#233; perceptive par laquelle elle pourrait mordre sur l'ordre social, ouvrir la soci&#233;t&#233; au monde, aux turbulences de l'Infini. Le pouvoir casse toute possibilit&#233; de s'agencer collectivement avec la drogue et, &#224; travers les discours m&#233;dicaux bienveillants qui les prennent en charge, maintient les drogu&#233;s dans leur solitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. F. Guattari, La R&#233;volution mol&#233;culaire, Paris, Recherches, 1977, &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce que Michaux a compris, c'est que la seule mani&#232;re de rendre &#224; la drogue un pouvoir de v&#233;rit&#233; est de transporter en elle la &#171; volont&#233; de savoir &#187; du pouvoir lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire de substituer aux rites religieux archa&#239;ques des protocoles exp&#233;rimentaux rigoureux, quasi-cliniques : d'un m&#234;me coup, cette pratique nouvelle subvertit les instruments du pouvoir et extrait de la drogue une efficience irr&#233;ductible &#224; tous les conditionnements psychosociaux extrins&#232;ques. Il n'est &#224; cet &#233;gard pas fortuit que la premi&#232;re &#171; r&#233;v&#233;lation &#187; psychotrope de l'&#232;re biopolitique ait eu lieu chez le dentiste, &#224; l'occasion d'une op&#233;ration chirurgicale. De m&#234;me, en f&#233;vrier 1935, c'est &#224; Sainte-Anne, sous la supervision de Daniel Lagache, que Sartre se fait injecter de la mescaline. Dans la m&#234;me perspective, Michaux mime la mise en place d'un dispositif exp&#233;rimental : il mesure les doses de ses prises, les espace &#224; intervalles raisonn&#233;s et calcul&#233;s, s'entoure de pr&#233;cautions multiples pour valider les r&#233;sultats de l'exp&#233;rience. Ce sont certes des &lt;i&gt;protocoles pour rire&lt;/i&gt;, mais un tel rire est subversif. Une dose de v&#233;rit&#233;, aussi petite soit-elle, ne sort pas toute arm&#233;e de la drogue, elle suppose de lib&#233;rer les proc&#233;dures de v&#233;ridiction du r&#233;gime scientifique de v&#233;rit&#233; dans lequel elles fonctionnent politiquement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Foucault, Dits et &#233;crits, II, op. cit., p. 158 : &#171; L'important, je crois, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'inventer une praxis subversive. Mais comment ce cas particulier de l'exp&#233;rience pourrait-il avoir une valeur universelle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3. Perception et percept&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#212; psych&#233;d&#233;lie&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze, Logique du sens, Paris, Minuit, 1969, 22e s&#233;rie, &#171; Porcelaine et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Il est vrai que le spiritualisme psych&#233;d&#233;lique est paradoxal et ambigu : il trouble la fronti&#232;re cart&#233;sienne de la mati&#232;re et de l'esprit, de l'objectif et du subjectif ; de mani&#232;re indissociable et ind&#233;cidable, il soumet l'esprit &#224; la causalit&#233; chimique mol&#233;culaire et &#233;l&#232;ve la m&#233;canique nerveuse c&#233;r&#233;brale &#224; la hauteur de l'esprit. Le cerveau est le plan d'immanence de la nouvelle extase. On peut certes voir l&#224; un sympt&#244;me du nihilisme contemporain qui objective la vie pour en isoler les mol&#233;cules &#233;l&#233;mentaires et se fabriquer une pharmacie du bonheur, prescrivant une pilule de couleur diff&#233;rente pour chaque &#233;tat d'&#226;me. L'extase s'automatise, on la d&#233;clenche &#171; comme on allume une lampe &#187; ; comme dit Michaux, l'exp&#233;rience de la drogue, c'est &#171; la m&#233;taphysique saisie par la m&#233;canique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, Mis&#233;rable miracle. La mescaline, &#233;d. rev. et aug., Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais l'exp&#233;rience &#224; sa source ne bifurque pas encore, elle est riche d'une &#233;nergie potentielle qui appelle une actualisation &#171; organique &#187;. C'est l'univers tout entier qui appara&#238;t comme un vaste syst&#232;me nerveux, comme un organisme o&#249; tous les &#234;tres cellulaires sont en circuit, parcourus par un m&#234;me courant de vie &#233;lectrique. L'extase ne nous fait pas sortir du cerveau, parce que &lt;i&gt;tout est cerveau&lt;/i&gt;, tout est connexion inter-synaptique. L'objectivation biochimique de l'exp&#233;rience psych&#233;d&#233;lique est aussi abstraite que la r&#233;duction subjectiviste au &#171; v&#233;cu &#187; est na&#239;ve et illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une actualisation organique des potentialit&#233;s de la drogue est certes l'&#339;uvre de quelque individualit&#233; &#233;clair&#233;e ; pour conjurer l'automatisme infinitisant, elle exige que l'on se pr&#233;sente &#224; elle religieusement, &#171; presque comme un pr&#234;tre &#187;, et non comme un observateur quelconque. L'air du temps inspire de fait quelques essais individuels remarquables, o&#249; le psych&#233;d&#233;lisme semble pouvoir reprendre le flambeau de la religion &#233;ternelle. De mani&#232;re exemplaire, Alan Watts a tir&#233; de l'acide lysergique une &lt;i&gt;Joyous cosmology&lt;/i&gt; qui r&#233;concilie le corps et l'esprit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Watts, The Joyous Cosmology, New York, Pantheon books, 1962 &#8211; trad. fr. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le f&#233;tichisme de la substance chimique s'efface au profit du processus r&#233;el qu'elle est l'&lt;i&gt;occasion &lt;/i&gt; d'exp&#233;rimenter. La drogue est l'&#233;chelle que l'on voudrait jeter apr&#232;s avoir grimp&#233;. Selon le mot que Huxley emprunte &#224; William Blake, il est devenu banal de dire na&#239;vement qu'elle ouvre les &#171; portes de la perception &#187;, comme si elle levait sur l'&#202;tre le voile de m&#226;y&#226; des apparences dues &#224; nos habitudes perceptives. Huxley se r&#233;clame de Bergson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Huxley, Les Portes de la perception, Monaco, Ed. du Rocher, 1954, p. 24 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la vie ordinaire, les m&#233;canismes c&#233;r&#233;braux et nerveux assurent l'insertion de l'esprit dans la mati&#232;re et filtrent notre perception pour nous adapter aux besoins de l'action. La mescaline, en inhibant cette action s&#233;lective du syst&#232;me nerveux, rel&#226;che la conscience perceptive, qui se met &#224; vivre &lt;i&gt;dans les choses m&#234;mes&lt;/i&gt; : elle entre pour ainsi dire dans la &#171; chrysalide &#187; de la qualit&#233; sensible, dans sa vibration int&#233;rieure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. E. Bergson, Mati&#232;re et M&#233;moire, Paris, PUF, &#171; Quadrige &#187;, p. 229 : &#171; En (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le bergsonisme mescalinien est cependant d'une instabilit&#233; effroyable. Le C&#244;ne de la M&#233;moire se met &#224; tourbillonner comme une toupie au milieu du chaos, o&#249;, comme un vol criard d'oiseaux en &#233;moi, &lt;i&gt;tous mes souvenirs se jettent sur moi&lt;/i&gt;. Les mirages, les hallucinations, les fantasmes sont des v&#233;cus perceptifs qui recouvrent l'exp&#233;rience et trahissent de l'int&#233;rieur son sens cosmologique en la rabattant narcissiquement sur la simple psychologie introspective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. G .Deleuze, &#171; Deux questions sur la drogue &#187; (texte de 1978, in Deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La drogue a ses montagnes russes : elle peut aussi bien nous ouvrir sur un cosmos pour une &lt;i&gt;interstellar overdrive&lt;/i&gt; que nous enfermer entre quatre murs, et ajouter toujours de nouvelles briques dans le mur. Sartre sous mescaline est hant&#233; par des images de langoustes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En f&#233;vrier 1935, Sartre, travaillant sur l'imaginaire, cherche &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est en se d&#233;faisant de toutes ces fausses perceptions trop subjectiv&#233;es que l'on exp&#233;rimente l'Infini turbulent, le &#171; Grand Tourbillon &#187;. Rares sont ceux qui peuvent &lt;i&gt;lutter &lt;/i&gt; avec la drogue, comme on coucherait avec une ennemie : &#171; Le grand Tourbillon, si on y entre au hasard, brise. Il faut de toute n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;se pr&#233;senter bien&lt;/i&gt; &#224; l'infini. [...] M&#234;me l'amour, la meilleure disposition que l'on connaisse pour aller &#224; la rencontre du Grand Tourbillon, m&#234;me lui y va avec danger.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, L'Infini turbulent, op. cit., p. 19 et p. 21-22. Il est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Rares sont ceux qui peuvent arracher &#224; cette &lt;i&gt;turba &lt;/i&gt; chaotique un &lt;i&gt;turbo&lt;/i&gt;, une forme tourbillonnaire distincte. Le texte de Michaux n'est pas une offrande du moi au dieu Peyotl, mais une lutte contre les perceptions et les impressions du moi, pour atteindre aux quelques rares &#233;clairs o&#249; la vie s'&#233;l&#232;ve &#224; une puissance non personnelle. Le v&#233;cu s'efface alors devant le proc&#232;s auto-&#233;rotique de la vie m&#234;me. L'exp&#233;rimentation r&#233;ussit quand on parvient &#224; extraire de la perception un &lt;i&gt;percept &lt;/i&gt; qui puisse se conserver &lt;i&gt;en lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, hors des conditions artificielles particuli&#232;res de la perception chimiquement modifi&#233;e : &#171; noble, grandiose, impeccable, chaque instant se forme... &#187; Mat&#233;rialis&#233; dans le texte, le percept n'est plus une perception, car il est ind&#233;pendant de l'&#233;tat de celui qui l'a &#233;prouv&#233; et peut d&#233;sormais parler &#224; tout le monde, drogu&#233;s ou non drogu&#233;s. Un tel percept est un &lt;i&gt;monument &lt;/i&gt; : il &#171; se forme sans fin, sans ralentissement, sans &#233;puisement, sans accident, d'une perfection &#233;perdue, et &lt;i&gt;monumentalement &lt;/i&gt; &#187;. Non pas qu'il comm&#233;more l'&#233;v&#233;nement pass&#233;, mais parce que le monument donne &#224; l'&#233;v&#233;nement une gloire &#224; jamais pr&#233;sente, qui se refait d'instant en instant, d'un bout &#224; l'autre du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend&amp;id_auteur=51#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;4. Le swing cosmique selon Whitehead&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On pourrait &#234;tre tent&#233; de dire que la m&#233;taphysique du processus trouve dans l'exp&#233;rience mescalinienne une v&#233;rification de ses constructions th&#233;oriques. Mais il serait na&#239;f de croire que la pens&#233;e pure se tient dans une stricte rationalit&#233; aveugle : les constructions th&#233;oriques les plus rigoureusement logiques reposent elles-m&#234;mes sur des intuitions, sur des &#171; visions &#187; qui fournissent &#224; la raison le mat&#233;riau de ses &#233;chafaudages. Les m&#233;taphysiciens n'ont certes pas besoin des drogues pour obtenir ce genre de vision, et c'est comme s'ils parvenaient pour leur part &#224; se saouler &#224; l'eau pure, comme dit Henry Miller. Leur ivresse est faite de sobri&#233;t&#233; et d'asc&#232;se. Il faudrait en ce sens plut&#244;t dire que l'exp&#233;rience mescalinienne mat&#233;rialise l'intuition m&#233;taphysique fondamentale que Whitehead a rationnellement d&#233;velopp&#233;e dans son syst&#232;me cosmologique. Quelle est cette intuition ? Elle remonte au mot d'H&#233;raclite : &#171; toutes choses s'&#233;coulent &#187; ; autrement dit, le monde est en proc&#232;s. Si la mescaline ouvre la perception aux &#171; choses m&#234;mes &#187;, c'est d'abord en nous faisant percevoir le processus imperceptible en lequel s'absorbe leur apparente substantialit&#233; : &#171; J'entre dans la maison. J'y d&#233;couvre que tout le mobilier y est en vie. Tout fait des gestes. Les tables &#171; tablent &#187;, les pots &#171; potent &#187;, les murs &#171; murent &#187;, les appareils &#171; appareillent &#187;. Le monde est fait d'&#233;v&#233;nements, non de choses &lt;i&gt;(&#8220;a world of events instead of things&#8221;)&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Watts, Joyeuse cosmologie, op. cit., p. 120.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Non seulement tout est &#233;v&#233;nement, mais la drogue psych&#233;d&#233;lique nous fait de plus entrer dans l'int&#233;rieur microscopique de l'&#233;v&#233;nement, o&#249; tout se met &#224; fourmiller. Si elle peut nous faire percevoir l'imperceptible, c'est justement parce qu'elle produit une micro-perception. Les nombreuses lignes dessin&#233;es par Michaux sous mescaline ont une nervosit&#233; vibratoire, une griffe rythmique qui est leur style le plus reconnaissable, en de&#231;&#224; de tout contenu figuratif. La main tremble comme un sismographe sensible aux moindres secousses de l'Infini turbulent. Le flux h&#233;raclit&#233;en n'appara&#238;t plus alors dans l'unit&#233; enveloppante d'un fleuve ou d'une rivi&#232;re, mais devient mol&#233;culaire : &#171; On est devenu sensible &#224; de tr&#232;s, tr&#232;s petites unit&#233;s de temps [&#8230;]. La rivi&#232;re des encha&#238;nements, de la phrase, de la m&#233;ditation, de la r&#234;verie, n'est plus. Plus de rivi&#232;res, seulement les gouttes isol&#233;es qui ensemble faisaient rivi&#232;res, discours, masse, continuit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux L'Infini turbulent, op. cit., p. 11-12.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Le flux temporel ne coule plus, il se divise ainsi en &#171; gouttes d'exp&#233;rience &#187;, selon l'expression que Whitehead emprunte &#224; William James pour d&#233;signer les entit&#233;s actuelles : &#171; Les &#171; entit&#233;s actuelles &#187; &#8211; aussi appel&#233;es &#171; occasions actuelles &#187; &#8211; sont les choses r&#233;elles derni&#232;res dont le monde est constitu&#233;. [...] Les faits derniers sont, tous au m&#234;me titre, des entit&#233;s actuelles ; et ces entit&#233;s actuelles sont des gouttes d'exp&#233;rience, complexes et interd&#233;pendantes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, Process and reality, Free Press, Corrected Edition, p. 18. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; L'exp&#233;rience s'&#233;coule goutte &#224; goutte. Chaque instant est un &#233;v&#233;nement, un bloc atomique intense ; chaque &#233;v&#233;nement est &#224; lui-m&#234;me sa propre fin et, &#224; la fois, p&#233;rit dans le passage qui le raccorde au suivant. En ce sens, l'unit&#233; du monde ne peut se faire que dans le &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt; organique qui chevauche cette discontinuit&#233;, relie les pr&#233;sents intensifs les uns aux autres, les fait passer les uns dans les autres. Le fleuve d'H&#233;raclite se r&#233;v&#232;le soudain compos&#233; des mol&#233;cules d'eau qui, dit joliment Ruyer, se donnent la main comme des enfants dans une ronde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Ruyer, La Gnose de Princeton. Des savants &#224; la recherche d'une religion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comment refaire le monde avec des gouttes ? L'intuition fondamentale de la cosmologie de Whitehead est ainsi l'intuition du caract&#232;re &#171; rythmique &#187; de l'unit&#233; du monde :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;The creative process is rhythmic : it swings from the publicity of many things to the individual privacy ; and it swings back from the private individual to the publicity of the objectified individual. The former swing is dominated by the final cause, which is the ideal ; and the letter swing is dominated by the efficient cause, which is actual (&lt;i&gt;Process and Reality&lt;/i&gt;, p. 151).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le proc&#232;s cr&#233;ateur est rythmique : il swingue de la publicit&#233; des choses multiples au caract&#232;re priv&#233; de l'individuel ; et il swingue inversement de l'individualit&#233; priv&#233;e &#224; la publicit&#233; de l'individu objectifi&#233;. Le premier swing est domin&#233; par la cause finale, qui est l'id&#233;al ; et le dernier swing est domin&#233; par la cause efficiente, qui est l'actuel.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;	En quel sens le proc&#232;s est-il rythmique ? Il est rythmique au sens o&#249; il est l'entrelacs de deux sortes de flux : le flux microscopique de la &lt;i&gt;concrescence&lt;/i&gt;, par lequel chaque entit&#233; actuelle se constitue, et le flux macroscopique de la &lt;i&gt;transition&lt;/i&gt;, par lequel les entit&#233;s actuelles passent les unes dans les autres. Tel est le rythme vital de l'&#202;tre : na&#238;tre et p&#233;rir, jouissance de soi et f&#233;condit&#233; pour le monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Parmentier a insist&#233; sur ce caract&#232;re rythmique dans La philosophie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est en ce sens un rythme binaire, au temps puls&#233;, faisant osciller chaque entit&#233; entre son temps &lt;i&gt;fort &lt;/i&gt; (concrescence) et son temps &lt;i&gt;faible &lt;/i&gt; (transition), son flux et son reflux. Chaque pulsation de ce rythme cosmique fait &#233;merger une entit&#233; nouvelle qui unifie le monde en elle. Chaque entit&#233; actuelle ne fait qu'un avec le proc&#232;s de sa concrescence ; elle se forme en cherchant la jouissance de soi &lt;i&gt;(self-enjoyment)&lt;/i&gt; qui l'isole dans l'intensit&#233; priv&#233;e de son pr&#233;sent, dans une ind&#233;pendance causale souveraine par rapport au reste du monde actuel. La nouvelle individuation concrescente absorbe la multiplicit&#233; du monde en pr&#233;hendant les entit&#233;s pass&#233;es publiquement donn&#233;es qui s'objectivent en elle, se soumettant &#224; sa perspective. Le proc&#232;s rythmique atteint son temps fort quand l'entit&#233; individuelle touche &#224; sa fin, &lt;i&gt;climax &lt;/i&gt; o&#249; elle s'ach&#232;ve dans la satisfaction subjective. P&#233;rissant dans son ach&#232;vement, l'entit&#233; nouvelle vient alors s'int&#233;grer &#224; la multiplicit&#233; du monde et y ajouter la nouvelle &#8211; mais d&#233;j&#224; pass&#233;e &#8211; unification qu'elle enveloppait dans sa perspective priv&#233;e. La transition fait ainsi tomber l'entit&#233; actuelle accomplie dans le domaine public du &lt;i&gt;continuum &lt;/i&gt; extensif o&#249; &#224; la fois elle p&#233;rit et s'immortalise objectivement dans de nouvelles pr&#233;hensions. L'actualit&#233; imm&#233;diate de l'entit&#233; satisfaite d&#233;termine les conditions de son objectivation dans les actualisations en cours qui la relancent vers un futur encore ind&#233;termin&#233;. Chaque pr&#233;sent actuel contient d&#233;j&#224; virtuellement, mais r&#233;ellement, son avenir, qui puisera en lui les conditions objectives de sa propre actualisation cr&#233;atrice. D'apr&#232;s le principe whiteheadien de la relativit&#233;, il appartient ainsi &#224; l'essence m&#234;me de tout &#234;tre de constituer un potentiel pour le devenir, et l'ach&#232;vement de chaque proc&#232;s microscopique se relativise dans l'inach&#232;vement constitutif du proc&#232;s macroscopique auquel il s'int&#232;gre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En y regardant de plus pr&#232;s, le rythme cosmique n'appara&#238;t donc comme puls&#233; et binaire que pour les besoins de l'analyse qui d&#233;coupe des temps dans l'unit&#233; organique du devenir. En r&#233;alit&#233;, chaque pulsation se trouve multipli&#233;e par les phases du proc&#232;s qui se chevauchent. Comme un fleuve dans le fleuve, chaque entit&#233; actuelle r&#233;p&#232;te au niveau microscopique de sa concrescence le proc&#232;s macroscopique de l'univers en expansion. Constitu&#233;e de phases subordonn&#233;es de sentir (r&#233;ception, suppl&#233;mentations esth&#233;tique et intellectuelle, satisfaction), la concrescence est d&#233;j&#224; en elle-m&#234;me proprement rythmique, et chacune de ses phases subordonn&#233;es, en tant que pr&#233;hension, est encore un rythme, de telle sorte que le proc&#232;s cr&#233;ateur dans son ensemble est un rythme de rythmes, et m&#234;me un rythme de rythmes de rythmes, etc. Le rythme n'est pas la r&#233;p&#233;tition cyclique monotone d'une structure, il est au contraire la forme m&#234;me de l'avanc&#233;e cr&#233;atrice : &#171; Il ne faut pas chercher le rythme de la vie seulement dans le simple renouvellement cyclique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, La fonction de la raison et autres essais, Paris, Payot, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Ce qui d&#233;finit le proc&#232;s comme rythmique, ce n'est pas le retour p&#233;riodique de la pulsation, mais la &lt;i&gt;polyrythmie fondamentale&lt;/i&gt; qui conjugue les flux &#224; des degr&#233;s &#233;chelonn&#233;s de microrythmie et introduit entre eux un perp&#233;tuel chevauchement. La forme typographique &#224; deux vitesses du r&#233;cit de Michaux, o&#249; le texte principal se trouve doubl&#233; par les notes marginales qui le r&#233;p&#232;tent intensivement, en c&#233;l&#233;rit&#233; ou en raccourci, imite artificiellement ce chevauchement que la mescaline amplifie &#224; l'extr&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Michaux, Mis&#233;rable miracle. La mescaline, Monaco, Ed. du Rocher, 1956, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, dans &lt;i&gt;Mescalin Mix&lt;/i&gt;, Terry Riley utilise les proc&#233;d&#233;s techniques de manipulation de bandes magn&#233;tiques pour recr&#233;er musicalement le rythme mescalinien : ralentis et acc&#233;l&#233;r&#233;s, les rires d&#233;couvrent d'abord des m&#233;lodies et des inflexions rythmiques cach&#233;es, jusqu'&#224; ce que les vitesses et les lenteurs se superposent et se nouent les unes aux autres. Partout, la pulsation n'est elle-m&#234;me que l'effet de la polyrythmie fondamentale d'o&#249; &#233;merge toute individualit&#233;. Ce que Michaux a exp&#233;riment&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce chevauchement rythmique des phases constitutives du proc&#232;s universel, de la concrescence et de la transition, du p&#233;rir perp&#233;tuel et de l'immortalit&#233; objective, de la r&#233;p&#233;tition et de l'avanc&#233;e cr&#233;atrice. Regardant un bouquet de fleurs sous mescaline, Huxley avant lui avait d&#233;j&#224; eu cette vision exacte du rythme cosmique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Istigkeit &lt;/i&gt; &#8211; n'&#233;tait-ce pas l&#224; le mot dont ma&#238;tre Eckhart aimait &#224; se servir ? Le fait d'&#234;tre. L'&#202;tre de la philosophie platonicienne, &#8211; sauf que Platon semble avoir commis l'erreur &#233;norme et grotesque de s&#233;parer l'&#202;tre du devenir, et de l'identifier avec l'abstraction math&#233;matique de l'Id&#233;e. Jamais il n'avait pu voir, le pauvre, un bouquet de fleurs brillant de leur propre lumi&#232;re int&#233;rieure, et quasi fr&#233;missantes sous la pression de la signification dont elles &#233;taient charg&#233;es ; jamais il n'avait pu percevoir que ce que signifiaient d'une fa&#231;on aussi intense la rose, l'iris et l'&#339;illet, ce n'&#233;tait rien de plus, et rien de moins, que ce qu'ils &#233;taient &#8211; &lt;i&gt;une dur&#233;e passag&#232;re qui &#233;tait pourtant une vie &#233;ternelle, un p&#233;rir perp&#233;tuel qui &#233;tait en m&#234;me temps un &#202;tre pur&lt;/i&gt;, un paquet de d&#233;tails menus et uniques dans lesquels, par quelque paradoxe ineffable et pourtant &#233;vident en soi, se voyait la source divine de toute existence.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Huxley, Les Portes de la perception, op. cit., p. 20. C'est moi qui souligne.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce rythme diff&#233;renciant de la r&#233;p&#233;tition, Whitehead sugg&#232;re de le penser comme un &#171; swing &#187;. La traduction de &#171; swing &#187; par &#171; balancement &#187; en att&#233;nue la signification positivement rythmique. Il serait sans doute pr&#233;f&#233;rable de franciser le terme anglais, comme on le fait quand on parle du rythme de jazz swing, contemporain de &lt;i&gt;Process and Reality&lt;/i&gt; : &#171; &#231;a swingue &#187;. Le swing &#233;chappe en effet &#224; la carrure, &#224; la r&#232;gle binaire de la pulsation m&#233;tronomique qui l'encadre, pour lier entre eux par un mouvement fluide les deux temps de la mesure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;cup&#233;ration commerciale du jazz par l'Am&#233;rique blanche capitaliste, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La mesure se d&#233;finit par l'alternance d'un temps fort et d'un temps faible. Or, le swing repose sur un usage syst&#233;matique de la syncope. Une syncope se d&#233;finit techniquement par l'accentuation du temps faible et par sa prolongation sur le temps fort ; elle se caract&#233;rise ainsi par un enjambement des temps constitutifs de la mesure. Dans le swing, le rythme est &#224; cheval sur la mesure. Le swing installe ainsi une sorte de suspens entre le temps faible qu'il accentue et le temps fort suivant sur lequel il le fait &#171; empi&#233;ter &#187; ; il fait flotter un temps libre entre les temps fixes de la pulsation. C'est comme si la marche se reprenait &#224; chaque nouveau pas, perp&#233;tuellement tr&#233;buchante. De m&#234;me que le rythme, dans la syncope syst&#233;matis&#233;e du swing, s'intercale dans le battement p&#233;riodique de la mesure, de m&#234;me, l'avanc&#233;e cr&#233;atrice de la Vie est en syncope sur la trame g&#233;n&#233;rale des lois statiques de la Nature et sur les cycles de concrescence. Le swing cosmique relie l'un &#224; l'autre le public et le priv&#233;, l'objectif et le subjectif, entrelace la jouissance de l'instant &#224; la f&#233;condit&#233; universelle. L'univers en proc&#232;s est un univers en syncope.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;L'Infini turbulent&lt;/i&gt;. &#201;dition revue et augment&#233;e, Paris, &#201;ditions du Mercure de France, 1964, p. 75-76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 77 : &#171; J'assiste au secret des secrets, mais sans pouvoir le percer. Je ne peux plus m'arr&#234;ter de suivre le mouvement &#224; nul autre pareil et qui doit se retrouver partout, math&#233;matique du secret du monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;Connaissance par les gouffres&lt;/i&gt;, &#233;d. revue et corrig&#233;e, Paris, Gallimard, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Artaud, &lt;i&gt;Les Tarahumaras&lt;/i&gt; (1936), &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Gallimard, Quarto, 2004, p. 751 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. C. Castaneda, &lt;i&gt;L'herbe du diable et la petite fum&#233;e&lt;/i&gt; (1968), &lt;i&gt;Voir &lt;/i&gt; (1971), &lt;i&gt;Le Voyage &#224; Ixtlan&lt;/i&gt; (1972). Michaux &#233;voque le culte mexicain du peyotl dans &lt;i&gt;L'Infini turbulent&lt;/i&gt;, p. 205 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. Mais, comme disent Deleuze et Guattari, Michaux pour sa part rejette toute dimension ethnologique, se d&#233;barrasse des rites et des civilisations &#171; pour dresser des protocoles d'exp&#233;rience admirables et minutieux, &#233;purer la question d'une causalit&#233; de la drogue, la cerner au maximum, la s&#233;parer des d&#233;lires et des hallucinations &#187; (&lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1980, p. 346). En d'autres termes, l'exp&#233;rimentation se purifie chez Michaux de tout folklore extrins&#232;que pour entrer dans un dispositif scientifique qui permet de tester ses potentialit&#233;s propres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;Connaissance par les gouffres, op. cit&lt;/i&gt;., p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;Connaissance par les gouffres, op. cit&lt;/i&gt;., p. 218 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Foucault, &#171; Sexe, pouvoir et la politique de l'identit&#233; &#187;, interview publi&#233;e dans &lt;i&gt;The Advocate&lt;/i&gt;, n&#176; 400, 7 ao&#251;t 1984 &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Dits et &#233;crits, tome II&lt;/i&gt; (1976-1988), Paris, Gallimard, 2001, p. 1557. Contrairement &#224; ce que sugg&#232;re ici Foucault, le &#171; bon &#187; ne se r&#233;duit certes pas au plaisir. Mais il suffit de retenir que Foucault a pos&#233; le probl&#232;me de la drogue dans les termes d'une &#233;thique intrins&#232;que, li&#233;e &#224; ses potentialit&#233;s propres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;L'Infini turbulent, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 210, note.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;Aventures d'id&#233;es&lt;/i&gt;, trad. fr. par J.-M. Breuvart et A. Parmentier, Paris, Cerf, 1993, p. 294.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;W. James, &lt;i&gt;The Varieties of Religious Experience. A Study in Human Nature &lt;/i&gt; (1902) &#8211; trad. fr. &lt;i&gt;Les formes multiples de l'exp&#233;rience religieuse&lt;/i&gt;, Exergue, 2001, p. 368. L'exp&#233;rimentation par William James des effets du protoxyde d'azote date du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent : ses observations ont &#233;t&#233; d'abord consign&#233;es dans deux articles, &#8220;Subjective Effects of Nitrous Oxide&#8221;, &lt;i&gt;Mind&lt;/i&gt;, vol. 7, 1882, puis &#8220;Consciousness under Nitrous Oxide&#8221;, &lt;i&gt;Psychological Review&lt;/i&gt;, 5, 1898. James souligne que l'impulsion de cette exp&#233;rience lui a &#233;t&#233; donn&#233;e par le pamphlet de Paul Benjamin Blood, &#8220;The Anaesthetic Revelation and the Gist of Philosophy&#8221;, datant de 1874. &#192; la diff&#233;rence de James qui reproduit volontairement cette exp&#233;rience pour l'observer, Blood a obtenu sa &#171; r&#233;v&#233;lation anesth&#233;sique &#187; involontairement, chez le dentiste : &#8220;it was in the year 1860 that there came to me, through the necessary [medical] use of anaesthetics, a Revelation or insight of the immemorial mystery which among enlightened peoples still persists as the philosophical secret or problem of the world&#8230;&#8221; (Blood, &lt;i&gt;Pluriverse&lt;/i&gt;, pr&#233;face). Par leur ferveur mystique, ces textes constituent l'avant-garde de la tradition psych&#233;d&#233;lique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;Aventures d'id&#233;es, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 279 : &#171; Il y a des &#233;v&#233;nements externes, comme la transmission de la lumi&#232;re ou les mouvements des corps mat&#233;riels, qui sont les modes d'excitation normaux de percepts sensibles de types particuliers. Mais [&#8230;] ces &#233;v&#233;nements ext&#233;rieurs ne sont que les modes normaux. L'usage habituel de drogues &lt;i&gt;[a diet of drugs]&lt;/i&gt; fera aussi bien, quoique l'on ne puisse pas pr&#233;dire de fa&#231;on aussi pr&#233;cise quelle perception en r&#233;sultera. Il n'y a donc aucun type d'&#233;v&#233;nement ext&#233;rieur qui soit n&#233;cessairement associ&#233; &#224; un type pr&#233;cis de percept sensible. Il n'est presque aucun percept qui soit strictement normal. Les illusions grossi&#232;res ne manquent pas, et il y a un certain &#233;l&#233;ment d'illusion qui est presque universel. Un miroir ordinaire produit des percepts illusoires en presque tous les lieux o&#249; on le place. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;La Religion en gestation&lt;/i&gt;, trad. fr. par H. Vaillant, Louvain, Chromatika, 2008, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le monoth&#233;isme chr&#233;tien n'a pas tant r&#233;prim&#233; l'enthousiasme narcotique des vieux cultes pa&#239;ens qu'il ne l'a infl&#233;chi dans un sens symbolique, nous habituant peu &#224; peu &#224; d&#233;solidariser la communion de la transe, gardant le calice sans l'ivresse, le sang du Christ sans la cruaut&#233; primitive. Un rite sans &#233;motion collective, r&#233;duit &#224; la repr&#233;sentation symbolique et &#224; la comm&#233;moration du martyr, perd toute efficacit&#233; r&#233;elle. En ce sens, le christianisme pr&#233;pare la d&#233;ritualisation et la d&#233;spiritualisation de la drogue, lib&#233;rant l'espace de son appropriation hygi&#233;niste par la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Foucault, &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1975, p. 318. Dans son &lt;i&gt;Histoire des amph&#233;tamines&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2009, Pascal Nouvel a appliqu&#233; &#224; la drogue la grille d'analyse foucaldienne : en mettant en &#233;vidence la polyvalence tactique des amph&#233;tamines dans les diff&#233;rents usages que formalise la science, il a montr&#233; qu'elles pouvaient constituer un nouveau &#171; paradigme du biopouvoir &#187; (p. 279). Pascal Nouvel se concentre notamment sur la diff&#233;rence entre l'usage civil et l'usage militaire de la Dex&#233;drine : &#171; Puisque d'un c&#244;t&#233; on organise le savoir pour justifier l'interdiction des amph&#233;tamines pour les civils, il faut que le m&#234;me savoir soit organis&#233; diff&#233;remment pour permettre que les m&#234;mes substances soient autoris&#233;es pour les militaires. On introduit ainsi un double r&#233;gime de justification qui, &#224; chaque fois r&#233;pond &#224; des int&#233;r&#234;ts diff&#233;rents. [&#8230;] Le syst&#232;me de la justification scientifique (en d&#233;pit de sa revendication d'universalit&#233;) ne fait pas dispara&#238;tre les int&#233;r&#234;ts particularis&#233;s des nations. Comme ces int&#233;r&#234;ts diff&#232;rent selon les populations qui sont concern&#233;es par l'usage du produit, la biopolitique se divise contre elle-m&#234;me et &#233;tablit en son sein des r&#233;gimes diff&#233;renci&#233;s qui recourent tous, cependant, &#224; la m&#234;me matrice de justification, celle de la science, en raison cette fois de son caract&#232;re d'objectivit&#233; &#187; (p. 276). Cependant, il me semble que, contrairement &#224; ce que dit Pascal Nouvel, il ne faut voir l&#224; aucun &#171; paradoxe biopolitique &#187;, aucune &#171; contradiction intrins&#232;que &#187; (p. 276) dans l'exercice du biopouvoir. Il appartient &#224; l'essence m&#234;me du pouvoir de diffracter une m&#234;me substance chimique en une pluralit&#233; d'usages politiquement diff&#233;renci&#233;s, en diffractant un m&#234;me savoir en une pluralit&#233; h&#233;t&#233;rog&#232;ne d'applications l&#233;gales. La m&#233;thode foucaldienne consiste &#224; montrer comment ces usages multiples, apparemment contradictoires, se mettent &#224; fonctionner ensemble, c'est-&#224;-dire quel dispositif strat&#233;gique les rend compossibles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. F. Guattari, &lt;i&gt;La R&#233;volution mol&#233;culaire&lt;/i&gt;, Paris, Recherches, 1977, &#171; Les drogues signifiantes &#187;, p. 341 : &#171; Des &#233;tudes d'anthropologie et de linguistique d&#233;montreront peut-&#234;tre un jour que loin d'appartenir &#224; un monde marginal, de relever d'une culture particuli&#232;re, la drogue a jou&#233; un r&#244;le fondamental dans toutes les soci&#233;t&#233;s, dans toutes les aires culturelles et religieuses. On peut penser que c'est son usage, d&#232;s le pal&#233;olithique, qui a contribu&#233; &#224; op&#233;rer le premier &#171; d&#233;colage &#187; du langage humain [&#8230;]. Mais les drogues solitaires du capitalisme ne fonctionnent plus que rarement sur le mode collectif, qui &#233;tait, par exemple, celui du chamanisme. C'est toute notre soci&#233;t&#233; qui est drogu&#233;e, qui &#171; durcit &#187; ses drogues, qui les associe de plus en plus &#224; un go&#251;t de la catastrophe, &#224; une pulsion de fin du monde. Il n'y a plus rien &#224; dire, plus rien &#224; faire ! Il n'y a plus qu'&#224; suivre le mouvement ! Le fascisme, le stalinisme, &#233;taient des drogues collectives dures. La soci&#233;t&#233; de consommation miniaturise la course &#224; la passivit&#233; et &#224; la mort. Plus besoin de construire des camps d'extermination ; on les am&#233;nage en soi-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Foucault, &lt;i&gt;Dits et &#233;crits, II&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 158 : &#171; L'important, je crois, c'est que la v&#233;rit&#233; n'est pas hors pouvoir ni sans pouvoir (elle n'est pas, malgr&#233; un mythe dont il faudrait reprendre l'histoire et les fonctions, la r&#233;compense des esprits libres, l'enfant des longues solitudes, le privil&#232;ge de ceux qui ont su s'affranchir). La v&#233;rit&#233; est de ce monde ; elle y est produite gr&#226;ce &#224; de multiples contraintes. Et elle y d&#233;tient des effets r&#233;gl&#233;s de pouvoir. Chaque soci&#233;t&#233; a son r&#233;gime de v&#233;rit&#233;, sa &#171; politique g&#233;n&#233;rale &#187; de la v&#233;rit&#233; : c'est-&#224;-dire les types de discours qu'elle accueille et fait fonctionner comme vrais ; les m&#233;canismes et les instances qui permettent de distinguer les &#233;nonc&#233;s vrais ou faux, la mani&#232;re dont on sanctionne les uns et les autres ; les techniques et les proc&#233;dures qui sont valoris&#233;es pour l'obtention de la v&#233;rit&#233; ; le statut de ceux qui ont charge de dire ce qui fonctionne comme vrai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Deleuze, &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1969, 22&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; s&#233;rie, &#171; Porcelaine et volcan &#187;, p. 189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;Mis&#233;rable miracle. La mescaline&lt;/i&gt;, &#233;d. rev. et aug., Paris, Gallimard, 1972, p. 128.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Watts, &lt;i&gt;The Joyous Cosmology&lt;/i&gt;, New York, Pantheon books, 1962 &#8211; trad. fr. &lt;i&gt;Joyeuse cosmologie. Aventures dans la chimie de la conscience&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Huxley, &lt;i&gt;Les Portes de la perception&lt;/i&gt;, Monaco, Ed. du Rocher, 1954, p. 24 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Les deux sources&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1932, Bergson accorde &#224; la suite de William James une valeur mystique &#224; l'ivresse d'intoxication : &#171; [Dionysos] ne fut pas d'abord le dieu du vin, mais il le devint sans peine, parce que l'ivresse o&#249; il mettait l'&#226;me n'&#233;tait pas sans ressemblance avec celle que le vin produit. On sait comment William James fut trait&#233; pour avoir qualifi&#233; de mystique, ou &#233;tudi&#233; comme tel, l'&#233;tat cons&#233;cutif &#224; une inhalation de protoxyde d'azote. On voyait l&#224; de l'irr&#233;ligion. Et l'on aurait eu raison, si le philosophe avait fait de la &#171; r&#233;v&#233;lation int&#233;rieure &#187; un &#233;quivalent psychologique du protoxyde, lequel aurait alors &#233;t&#233;, comme disent les m&#233;taphysiciens, cause ad&#233;quate de l'effet produit. Mais l'intoxication ne devait &#234;tre &#224; ses yeux que l'occasion. L'&#233;tat d'&#226;me &#233;tait l&#224;, pr&#233;figur&#233; sans doute avec d'autres, et n'attendait qu'un signal pour se d&#233;clencher. Il e&#251;t pu &#234;tre &#233;voqu&#233; spirituellement, par un effort accompli sur le plan spirituel qui &#233;tait le sien. Mais il pouvait aussi bien l'&#234;tre mat&#233;riellement, par une inhibition de ce qui l'inhibait, par la suppression d'un obstacle, et tel &#233;tait l'effet tout n&#233;gatif du toxique ; le psychologue s'adressait de pr&#233;f&#233;rence &#224; celui-ci, qui lui permettait d'obtenir le r&#233;sultat &#224; volont&#233;. &#187; (p. 230-231)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. E. Bergson, &lt;i&gt;Mati&#232;re et M&#233;moire&lt;/i&gt;, Paris, PUF, &#171; Quadrige &#187;, p. 229 : &#171; En d&#233;finitive nous n'avons pas le choix : si notre croyance &#224; un substrat plus ou moins homog&#232;ne des qualit&#233;s sensibles est fond&#233;e, ce ne peut &#234;tre que par un &lt;i&gt;acte &lt;/i&gt; qui nous ferait saisir ou deviner, &lt;i&gt;dans la qualit&#233; m&#234;me&lt;/i&gt;, quelque chose qui d&#233;passe notre sensation, comme si cette sensation &#233;tait grosse de d&#233;tails soup&#231;onn&#233;s et inaper&#231;us. Son objectivit&#233;, c'est-&#224;-dire ce qu'elle a de plus qu'elle ne donne, consistera pr&#233;cis&#233;ment alors, comme nous le faisions pressentir, dans l'immense multiplicit&#233; des mouvements qu'elle ex&#233;cute, en quelque sorte, &#224; l'int&#233;rieur de sa chrysalide. Elle s'&#233;tale, immobile, en surface ; mais elle vit et vibre en profondeur. &#187; (p. 229)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. G .Deleuze, &#171; Deux questions sur la drogue &#187; (texte de 1978, in &lt;i&gt;Deux r&#233;gimes de fous&lt;/i&gt;, p. 138-141). Deleuze appelle &#171; tournant &#187; de la drogue cet &#233;chec interne &#224; son agencement, cette catastrophe immanente qui d&#233;tourne la drogue de sa propre causalit&#233; sp&#233;cifique, la fait mal tourner, tourner dans un trou noir. &#171; &lt;i&gt;Les micro-perceptions sont recouvertes d'avance&lt;/i&gt;, suivant la drogue consid&#233;r&#233;e, par des hallucinations, des d&#233;lires, de fausses perceptions, des fantasmes, des bouff&#233;es parano&#239;aques. Artaud, Michaux, Burroughs, qui s'y connaissent, ha&#239;ssaient ces &#171; perceptions erron&#233;es &#187;, ces &#171; sentiments mauvais &#187;, qui leur semblaient &#224; la fois une trahison, et pourtant une cons&#233;quence in&#233;vitable &#187; (p. 140).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En f&#233;vrier 1935, Sartre, travaillant sur l'imaginaire, cherche &#224; exp&#233;rimenter la formation des images hallucinatoires. Il avait toujours eu une r&#233;pugnance pour les crustac&#233;s : &#171; Cette chair blanche n'est pas faite pour nous, on la vole &#224; un autre univers. &#187; Ce sont pr&#233;cis&#233;ment des images obsessionnelles de ces b&#234;tes qui le hanteront plusieurs semaines encore apr&#232;s l'exp&#233;rience, dans un &#233;tat d&#233;pressif travers&#233; de violents retours d'acide, comme le rapporte Simone de Beauvoir : &#171; sur ses c&#244;t&#233;s, par derri&#232;re lui grouillaient des crabes, des poulpes, des choses grima&#231;antes &#187;. &#8211; Mais malgr&#233; l'obstacle de ces perceptions hallucinatoires, Sartre parvient &#224; en extraire un percept, le &#171; boursoufl&#233; &#187; : &#171; Je per&#231;ois un monde de boursouflures&#8230; C'est comme si l'on changeait brusquement la cl&#233; de ma perception et qu'on me fit percevoir en boursoufl&#233;, comme on joue un morceau en ut ou en si b&#233;mol&#8230; &#187; (auto-observation rapport&#233;e par M. Merleau-Ponty dans &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt;, p. 392). Dans &lt;i&gt;La Naus&#233;e&lt;/i&gt;, il faut lire la &#171; vision &#187; de la banquette du tramway &#224; la lumi&#232;re de cette exp&#233;rience mescalinienne : &#171; J'appuie ma main sur la banquette, mais je la retire pr&#233;cipitamment : &#231;a existe. Cette chose sur quoi je suis assis, sur quoi j'appuyais ma main s'appelle une banquette. (&#8230;) Je murmure : c'est une banquette, un peu comme un exorcisme. Mais le mot reste sur mes l&#232;vres : il refuse d'aller se poser sur la chose. Elle reste ce qu'elle est, avec sa peluche rouge, milliers de petites pattes rouges, en l'air, toutes raides, de petites pattes mortes. Cet &#233;norme ventre tourn&#233; en l'air, sanglant, ballonn&#233; &#8211; boursoufl&#233; avec toutes ses pattes mortes, [&#8230;] ce n'est pas une banquette &#187; (&lt;i&gt;La Naus&#233;e&lt;/i&gt;, Gallimard, 1938, p. 178-179). Si l'on fait l'hypoth&#232;se que l'ontologie de Sartre est n&#233;e de l'exp&#233;rience mescalinienne de 1935, c'est alors l'&#233;c&#339;urement naus&#233;eux et non l'extase qui livre l'&#202;tre. La cosmologie que Sartre tire de cette exp&#233;rience n'est certes pas joyeuse : le monde comme En Soi, le monde boursoufl&#233; d'&#202;tre. Mais c'est une cosmologie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;L'Infini turbulent, op. cit&lt;/i&gt;., p. 19 et p. 21-22. Il est remarquable que l'exp&#233;rience hallucinog&#232;ne ait pris une m&#234;me forme tourbillonnaire chez diff&#233;rents exp&#233;rimentateurs : cf. Alan Watts, &lt;i&gt;Joyeuse cosmologie, op. cit&lt;/i&gt;., p. 80 : &#171; J'appelle &lt;i&gt;Eenie-Weenie&lt;/i&gt; ce noyau, ce point central du tourbillon, qui tente sans cesse de faire l'amour avec soi-m&#234;me et qui ne peut jamais y arriver &#187;. L'exp&#233;rience hallucinog&#232;ne d&#233;voile ainsi un &lt;i&gt;narcissisme cosmologique&lt;/i&gt; que Merleau-Ponty a dans ses derniers travaux cherch&#233; &#224; sch&#233;matiser sous la forme d'un &#171; tourbillon spatialisant-temporalisant &#187; immanent &#224; ce qu'il appelle la &#171; chair du monde &#187; (&lt;i&gt;Le Visible et l'Invisible&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1964, p. 298). L'exp&#233;rience mescalinienne n'est d'ailleurs pas la seule voie d'acc&#232;s &#224; ce Tourbillon. Parmi tous les arts, la musique a le privil&#232;ge ontologique de figurer &#171; des &#233;pures de l'&#202;tre, son flux et son reflux, sa croissance, ses &#233;clatements, ses tourbillons &#187; (&lt;i&gt;L'&#338;il et l'Esprit&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1964, p. 13-14). Merleau-Ponty a ainsi su formaliser une exp&#233;rience fondamentale, mais son id&#233;alisme ph&#233;nom&#233;nologique lui interdit par principe de construire la cosmologie sp&#233;culative exig&#233;e par cette exp&#233;rience. Il rabat le mouvement tourbillonnaire et la &#171; danse des mol&#233;cules &#187; sur l'&#202;tre et sur la Terre. Comme Athikt&#233;, la danseuse de Paul Val&#233;ry, il semble que la pens&#233;e s'&#233;tourdisse dans le mouvement et cherche toujours &#224; &lt;i&gt;revenir &#224; elle&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;recouvrer ses esprits&lt;/i&gt; : &#171; Allons, petite enfant, rouvrons les yeux. Comment te sens-tu maintenant ? &#8211; Je ne sens rien. Je ne suis pas morte. Et pourtant, je ne suis pas vivante ! &#8211; D'o&#249; reviens-tu ? &#8211; Asile, asile, &#244; mon asile, &#244; Tourbillon ! &#8211; J'&#233;tais en toi, &#244; mouvement, en dehors de toutes les choses&#8230; &#187; (&lt;i&gt;L'&#194;me et la Danse&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1945, p. 151). La cosmologie de Whitehead est un effort unique au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle pour se maintenir sur le plan d'immanence de ce Tourbillon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Watts, &lt;i&gt;Joyeuse cosmologie, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux &lt;i&gt;L'Infini turbulent, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 11-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;Process and reality&lt;/i&gt;, Free Press, Corrected Edition, p. 18. Cf. aussi p. 68 pour la r&#233;f&#233;rence &#224; William James, dans le cadre de sa discussion des paradoxes de Z&#233;non. Whitehead cite ces phrases de James, extraites de &lt;i&gt;Some Problems of Philosophy&lt;/i&gt; : &#8220;Either your experience is of no content, of no change, or it is of a perceptible amount of content or change. Your acquaintance with reality grows literally by buds or drops of perception&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. Ruyer, &lt;i&gt;La Gnose de Princeton. Des savants &#224; la recherche d'une religion&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1974, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Parmentier a insist&#233; sur ce caract&#232;re rythmique dans &lt;i&gt;La philosophie de Whitehead et le probl&#232;me de Dieu&lt;/i&gt;, Paris, Beauchesnes, 1968, p. 281-282 : &#171; Tel est le rythme vital de l'&#234;tre pour Whitehead : assimilation (et donc synth&#232;se cr&#233;atrice : la concrescence) et mort du sujet pour une f&#233;condit&#233; objective (qui constitue son immortalit&#233; dans le tout). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;La fonction de la raison et autres essais&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1969, p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Michaux, &lt;i&gt;Mis&#233;rable miracle. La mescaline&lt;/i&gt;, Monaco, Ed. du Rocher, 1956, p. 14-15 : &#171; Dans ce livre la marge occup&#233;e plus par des raccourcis que par des titres, dit tr&#232;s insuffisamment &lt;i&gt;les chevauchements&lt;/i&gt;, ph&#233;nom&#232;ne toujours pr&#233;sent dans la Mescaline, et sans lequel c'est comme si on parlait d'autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Huxley, &lt;i&gt;Les Portes de la perception, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 20. C'est moi qui souligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La r&#233;cup&#233;ration commerciale du jazz par l'Am&#233;rique blanche capitaliste, dans les ann&#233;es 1920, repose sur une rationalisation m&#233;trique du swing. On doit aux percussionnistes free de la fin des ann&#233;es 1960, comme Milford Graves et Sunny Murray, d'avoir rendu au swing sa sauvagerie polyrythmique essentielle, en le soustrayant r&#233;solument &#224; la pulsation et au tempo r&#233;gulier. Cf. D. Caux, &lt;i&gt;Le silence, les couleurs du prisme &amp; la m&#233;canique du temps qui passe&lt;/i&gt;, Paris, Ed. de l'&#233;clat, 2009, p. 275 : &#171; Le swing sans tempo r&#233;gulier peut para&#238;tre de prime abord un contresens, une formule d&#233;truisant son objet sit&#244;t qu'&#233;nonc&#233;e. Pourtant, il convient de se rappeler que le crit&#232;re rythmique du jazz n'a jamais &#233;t&#233; d'imposer un &#171; quadrillage &#187; m&#233;tronomique du temps mais, au contraire, de contredire plus ou moins insidieusement le battement de base &#8211; soit avec les instruments m&#233;lodiques, soit avec la percussion m&#234;me &#8211; afin de le faire &#171; vivre &#187; en alliant dialectiquement tension et d&#233;tente, rigueur et libert&#233;. L'originalit&#233; de Sunny Murray est d'avoir renvers&#233; le processus en proposant un jeu percussif totalement lib&#233;r&#233; de toute contrainte rigide, la structure s'&#233;tablissant cette fois de l'int&#233;rieur, au gr&#233; de la sensibilit&#233; du musicien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entre le cristal et le brouillard. Rythme et Vie &#224; partir de Whitehead
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article273</link>
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		<dc:date>2011-02-10T13:09:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Bisson
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans M. Weber et R. Desmet (dir.), Chromatikon V. Annuaire de la philosophie en proc&#232;s, Louvain, Presses universitaires de Louvain, 2009, p. 25-42. Nous remercions Fr&#233;d&#233;ric Bisson de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Wherever there is some rhythm, there is some life. A. N. Whitehead The main problem in the art of rhythm is not to abolish monotony, but always to be in the process of overcoming it anew. Alan W. Watts La cosmologie de Whitehead (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Philosophie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;1. P&#233;riodicit&#233; et rythme dans la philosophie de la Nature de Whitehead&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;1. P&#233;riodicit&#233; et rythme dans la philosophie de la Nature de Whitehead&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;2. L'essence du rythme : entre le cristal et le brouillard (PNK, 64.7)&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;2. L'essence du rythme : entre le cristal et le brouillard (PNK, 64.7)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3. Le rythme comme processus graduel selon le minimalisme r&#233;p&#233;titif de Steve Reich&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;3. Le rythme comme processus graduel selon le minimalisme r&#233;p&#233;titif de Steve Reich&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans M. Weber et R. Desmet (dir.),&lt;/i&gt; Chromatikon V. Annuaire de la philosophie en proc&#232;s,&lt;i&gt; Louvain, Presses universitaires de Louvain, 2009, p. 25-42. Nous remercions Fr&#233;d&#233;ric Bisson de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;DIV ALIGN=RIGHT&gt;&lt;i&gt;Wherever there is some rhythm, there is some life.&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A. N. Whitehead&lt;/p&gt;
&lt;/DIV&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;DIV ALIGN=RIGHT&gt;&lt;i&gt;The main problem in the art of rhythm
&lt;p&gt;is not to abolish monotony, but always to be&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;in the process of overcoming it anew.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alan W. Watts&lt;/p&gt;
&lt;/DIV&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
La cosmologie de Whitehead donne les lin&#233;aments d'une rythmologie transcendantale, suivant laquelle &lt;i&gt;tout est rythme&lt;/i&gt;. R&#233;ciproquement, la notion de Rythme est une cl&#233; pour entrer dans la cosmologie de Whitehead. De 1919 &#224; 1929, c'est-&#224;-dire de son &lt;i&gt;Introduction to mathematics&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Principles of Natural Knowledge&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Process and Reality&lt;/i&gt;, ce concept tisse un lien secret, suivant un fil presque invisible. Il nous fait traverser la fronti&#232;re entre la philosophie de la Nature et la cosmologie. Dans la cosmologie accomplie de &lt;i&gt;Process and Reality&lt;/i&gt;, il sera question de l'essence rythmique du proc&#232;s cr&#233;ateur, de son &#171; swing &#187;. Mais, avant de se loger ainsi au c&#339;ur du proc&#232;s cr&#233;ateur, il a d'abord fallu que le Rythme se d&#233;gage progressivement de la gangue de la p&#233;riodicit&#233; naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La pr&#233;sente &#233;tude proc&#232;de en deux temps : d'abord, il s'agit de retracer la gen&#232;se d'un concept strict de Rythme dans la premi&#232;re p&#233;riode de la philosophie de Whitehead. On pourra alors dans un second temps essayer d'&#233;prouver la valeur cosmologique du concept ainsi d&#233;gag&#233;. M&#233;thodologiquement, c'est la musique dite &#171; r&#233;p&#233;titive &#187; qui sera charg&#233;e de nous enseigner le proc&#232;s rythmique qui gouverne le monde. Cet essai de mod&#233;lisation musicologique de la cosmologie &#8211; ou de &lt;i&gt;cosmomusicologie &lt;/i&gt; &#8211; est en outre une contribution au renouveau du pythagorisme, latent dans les arts et les sciences du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;1. P&#233;riodicit&#233; et rythme dans la philosophie de la Nature de Whitehead&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier chapitre de l'enqu&#234;te sur les &lt;i&gt;Principles of Natural Knowledge&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, An Enquiry Concerning the Principles of Natural Knowledge, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le chapitre XVIII, s'intitule &#8220;Rhythms&#8221;. Dans ce court chapitre sont esquiss&#233;es les grandes lignes d'une rythmologie naturelle. De 1911 &#224; 1920, l'int&#233;r&#234;t de Whitehead pour le rythme est d'abord limit&#233; &#224; la philosophie de la Nature. Cet int&#233;r&#234;t est motiv&#233; par son souci de sortir des impasses de la science galil&#233;enne et newtonienne, en cherchant &#224; rendre compte math&#233;matiquement de la Nature sans la d&#233;vitaliser, c'est-&#224;-dire sans la r&#233;duire &#224; la mati&#232;re, abstraite, purement quantitative. Les math&#233;matiques sont capables d'&#233;pouser la vitalit&#233; de la Nature, c'est-&#224;-dire son &#171; existence vibratoire &#187;, son &#171; ruissellement vibratoire &#187; (SMW, 35-36). Bachelard, qui emprunte le terme de &#171; rythmanalyse &#187; &#224; un philosophe br&#233;silien, Lucio Alberto Pinheiro dos Santos, a cherch&#233; &#224; fonder une &#171; m&#233;taphysique g&#233;n&#233;rale &#187; du rythme sur les &#171; bases physiques &#187; solides de la physique ondulatoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Bachelard, La dialectique de la dur&#233;e, Paris, PUF, 1950, p. 132.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme Bachelard, Whitehead prend ontologiquement acte des d&#233;couvertes de la microphysique, qui reviennent &#224; d&#233;raciner le chosisme ou le substantialisme spontan&#233; de notre perception. La physique quantique nous enseigne qu'il n'y a pas de choses, mais seulement des rythmes ondulatoires ; il n'y a pas de substances, mais seulement des vibrations. L'&#233;nergie vibratoire est, comme dit Bachelard, &#171; l'&#233;nergie d'existence &#187; : &#171; Si un corpuscule cessait de vibrer, il cesserait d'&#234;tre &#187;. Ainsi la mati&#232;re, les maisons, les pyramides ne sont pas des choses, ce sont des rythmes, des anarchies vibratoires couronn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Bachelard, La dialectique&#8230;, op. cit., p. 131 : &#171; Les figures les plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le sol se d&#233;robe sous nos pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme se trouve ainsi d'abord d&#233;fini par Whitehead &#224; partir de la p&#233;riodicit&#233; ondulatoire qui r&#233;git la vie naturelle. En 1911, dans &lt;i&gt;Introduction to Mathematics&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, An Introduction to Mathematics, Oxford University Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le chapitre XII s'intitule &#8220;Periodicity in Nature&#8221;, et commence par les mots suivants :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;The whole life of Nature is dominated by the existence of periodic events, that is, by the existence of successive events so analogous to each others that, without any straining of language, they may be termed recurrences of the same event. The rotation of the earth produces the successive days&#8230; (IM, p. 164).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Our bodily life is essentially periodic. It is dominated by the beatings of the heart, and the recurrence of breathing. The presupposition of periodicity is indeed fundamental to our very conception of life. We cannot imagine a course of nature in which, as events progressed, we should be unable to say : &#8220;This has happened before&#8221; (IM, p. 165).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les math&#233;matiques ne peuvent servir &#224; l'investigation de la Nature qu'&#224; condition de pouvoir exprimer &#171; l'essentielle p&#233;riodicit&#233; des choses &#187; (&#8220;the essential periodicity of things&#8221;, IM, p. 172). D'o&#249; l'importance accord&#233;e par Whitehead aux fonctions p&#233;riodiques ou harmoniques. Par sa r&#233;sonance harmonique naturelle, la note de musique est le mod&#232;le de toute r&#233;alit&#233; naturelle. Whitehead reprend le mod&#232;le pythagoricien de la corde, corde de violon qui vibre sous l'archet (IM, p. 170). Un tel son musical est une multiplicit&#233; dont les dimensions constitutives sont les qualit&#233;s secondes de &lt;i&gt;hauteur&lt;/i&gt;, d'&lt;i&gt;intensit&#233; &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;timbre&lt;/i&gt;. Or, comme on peut s'en apercevoir quand on joue les notes graves d'un piano, cette multiplicit&#233; qualitative est une &#171; contraction &#187; ou une &#171; pr&#233;hension &#187; des vibrations p&#233;riodiques qui sont les qualit&#233;s premi&#232;res du son&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Bergson, Mati&#232;re et M&#233;moire, Paris, PUF, 1939, p. 227-228.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La hauteur est d&#233;termin&#233;e par la fr&#233;quence de la vibration ; l'intensit&#233; est d&#233;termin&#233;e par l'amplitude de la vibration ; le timbre d&#233;pend des vibrations secondaires des organes de r&#233;sonance. Ces vibrations secondaires sont dites harmoniques quand leurs longueurs d'ondes sont des fractions enti&#232;res (sous-multiples) de la longueur d'onde de la note fondamentale. Un timbre est un rythme de vibrations p&#233;riodiques qui se chevauchent, une synth&#232;se additive de sinuso&#239;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La d&#233;composition de Fourier permet ainsi d'analyser une sonorit&#233; musicale complexe en une s&#233;rie de fr&#233;quences sinuso&#239;dales simples, celles des vibrations harmoniques qui la composent. Pythagoricien, Whitehead &#233;tend &#224; la Nature enti&#232;re le ph&#233;nom&#232;ne acoustique de la r&#233;sonance, pour l'&#233;lever au rang de &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt;, &#8220;the principle of resonance&#8221; (IM, p. 169-170) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;The word &#8220;resonance&#8221; comes from considerations of sound : but the phenomenon extends far beyond the region of sound. The laws of absorption and emission of light depend on it, the &#8220;tuning&#8221; of receivers for wireless telegraphy, the comparative importance of the influences of planets on each other's motion, the danger to a suspension bridge as troops march over it in step, and the excessive vibration of some ships under the rhythmical beat of their machinery at certain speeds (IM, p. 171).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais tout ce qui vibre est-il par l&#224; rythmique ? La r&#233;p&#233;tition p&#233;riodique des ondes suffit-elle &#224; d&#233;terminer une ontologie rythmique de la Nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D&#233;j&#224; dans cette &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt;, Whitehead inscrit discr&#232;tement la diff&#233;rence dans la r&#233;p&#233;tition. Les s&#233;ries extensives d'ondes p&#233;riodiques int&#232;grent une part constitutive de divergence. Les r&#233;currences &#224; l'&#339;uvre dans le vivant s'y trouvent soumises &#224; des variations infimes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Broadly speaking, all recurrences depending on living beings, such as the beatings of the heart, are subject in comparison with other recurrences to rapid variations (IM, p. 167).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Par exemple le c&#339;ur : son battement r&#233;gulier n'est que de surface. La r&#233;p&#233;tition sourde du pouls n'est pas la mesure du rythme cardiaque qu'il enveloppe. Le temps m&#233;trique que mesure le pouls n'est que la r&#233;sonance dans les art&#232;res de deux cadences cardiaques qui se chevauchent sans se synchroniser : la cadence auriculaire et la cadence ventriculaire, dont le d&#233;phasage infinit&#233;simal produit dans l'intervalle le battement ternaire des &#171; bruits du c&#339;ur &#187;. En ce sens, la polyrythmie est premi&#232;re : il faut au moins deux cadences non simultan&#233;es pour produire une pulsation m&#233;trique, un tempo mesurable. Le rythme proprement dit est ce qui se passe &lt;i&gt;entre &lt;/i&gt; les cadences conjugu&#233;es. Le rythme du c&#339;ur ne se d&#233;finit donc pas par la division r&#233;guli&#232;re du temps, par le retour p&#233;riodique de son battement (diastole-systole), mais par la s&#233;rie discontinue de points critiques, de points d'in&#233;galit&#233; qui se relient les uns aux autres &#224; l'int&#233;rieur de fractions de dur&#233;e m&#233;triquement &#233;gales. Battements ectopiques, alternances &#233;lectriques, torsades de pointes, parasystole atriale ou ventriculaire, pure ou modul&#233;e, rythmes de Luciani-Wenckebach simples ou complexes, tachycardie, fibrillation : ces irr&#233;gularit&#233;s sont des modulations du c&#339;ur dynamique, dont le rythme se fait d'un point critique &#224; l'autre. Telle est la d&#233;finition dynamique ou rythmique du c&#339;ur que donne la th&#233;orie du chaos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Gleick, La th&#233;orie du chaos. Vers une nouvelle science, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il ne s'agit certes l&#224; encore selon Whitehead que d'un accroc dans la trame de la r&#233;p&#233;tition, qui n'affecte pas la r&#233;gularit&#233; des lois de la Nature, mais c'est n&#233;anmoins l'indice qu'il existe dans la Nature un rapport complexe de la r&#233;p&#233;tition &#224; la diff&#233;rence, une sorte d' &#171; int&#233;rieur &#187; de la Nature, dont les lois statistiques ne seraient que la surface enveloppante. Le rythme se d&#233;gage d&#233;j&#224; de la simple p&#233;riodicit&#233;, de la r&#233;p&#233;tition cyclique de surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cet indice nous conduit &#224; chercher plus haut. Ce sont en effet les formes plus &#233;lev&#233;es, les formes proprement spirituelles de l'existence qui vont amplifier la diff&#233;rence d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans les formes inf&#233;rieures, physiques et organiques, de la r&#233;p&#233;tition p&#233;riodique, et manifester le ressort dynamique de toute vie. Dans &lt;i&gt;The Aims of Education&lt;/i&gt;, le chapitre II s'intitule &#8220;The Rhythm of Education&#8221;. Whitehead y justifie le choix du terme &#171; rythme &#187; &#224; propos de la &#171; croissance mentale &#187; que doit accompagner et favoriser l'&#233;ducation scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Life is essentially periodic. It comprises daily periods, with their alternations of work and play, of activity and of sleep, and seasonal periods, which dictate our terms and our holidays ; and also it is composed of well-marked yearly periods. These are the gross obvious periods which no one can overlook. There are also subtler periods of mental growth, with their cyclic recurrences, yet always different as we pass from cycle to cycle, though the subordinate stages are reproduced in each cycle. That is why I have chosen the term &#8220;rhythmic&#8221;, as meaning essentially the conveyance of difference within a framework of repetition. Lack of attention to the rhythm and character of mental growth is a main source of wooden futility in education.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The conveyance of difference within a framework of repetition&#8221;, c'est-&#224;-dire &#171; la transmission de la diff&#233;rence &#224; l'int&#233;rieur d'une armature de r&#233;p&#233;tition &#187;. C'est cette d&#233;finition du rythme qui justifie le titre de l'ouvrage de p&#233;dagogie. On sait que, selon Whitehead, les trois phases essentielles du cycle d'&#233;ducation qui doit accompagner la croissance mentale de l'enfant sont la romance, la pr&#233;cision et la g&#233;n&#233;ralisation. Elles constituent la charpente naturelle &#224; travers laquelle se transmet, comme un train d'ondes, la diff&#233;rence qui fait passer de l'une &#224; l'autre. Le cycle est ouvert. La croissance mentale n'est pas un progr&#232;s lin&#233;aire et continu vers un but, mais plut&#244;t une totalisation tourbillonnaire ouverte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le chapitre III de The Aims of Education, Whitehead d&#233;finit le rythme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont le mouvement ne co&#239;ncide jamais &#224; soi et, tout en tournant sur soi-m&#234;me, passe insensiblement d'un cycle &#224; l'autre, par enroulement r&#233;ciproque, comme dans une Gidouille, un coquillaGe ou une coquille d'escarGot. Le cycle de l'&#233;ducation se d&#233;veloppe ainsi suivant le rythme secret d'une suite de Fibonacci, comme la spirale logarithmique qui g&#233;n&#232;re la coquille du nautile, &lt;i&gt;Spira Mirabilis&lt;/i&gt; de Bernoulli en laquelle le pythagoricien Matila Ghyka a vu le symbole math&#233;matique de la croissance vitale et spirituelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. C. Ghyka, Esth&#233;tique des proportions dans la nature et dans les arts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ghyka montre que le rythme g&#233;om&#233;trique ne se confond pas avec la cadence uniforme de la sym&#233;trie statique, &#171; r&#233;p&#233;tition identique, m&#233;canique, de trame homog&#232;ne, comme dans les arrangements r&#233;guliers des syst&#232;mes cristallins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Ghyka, Essai sur le rythme, Paris, Gallimard, 1938, p. 65-66 et p. 84.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, mais qu'il suppose toujours une asym&#233;trie vivante, o&#249; la proportion irrationnelle est reine. Comme dans l'asym&#233;trie constituante de la spirale &#224; pulsation quadrantale, la r&#233;p&#233;tition cyclique de la croissance mentale est d&#233;di&#233;e &#224; une diff&#233;renciation inachevable, puisque &#171; l'&#233;ducation doit commencer dans la recherche et finir dans la recherche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, c'est cette m&#234;me d&#233;finition qui est pr&#233;cis&#233;ment d&#233;velopp&#233;e dans le dernier chapitre de PNK auquel il est maintenant temps de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;2. L'essence du rythme : entre le cristal et le brouillard (PNK, 64.7)&lt;/h2&gt;&lt;DIV ALIGN=RIGHT&gt;Tout ce qui vit est n&#233; dans le brouillard
&lt;p&gt;et non dans le cristal. Et qui sait si le cristal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;n'est pas une brume au d&#233;clin de sa vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Khalil Gibran,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Proph&#232;te&lt;/i&gt;, Sermon d'Adieu&lt;/p&gt;
&lt;/DIV&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans le dernier chapitre de PNK, la notion de rythme est charg&#233;e d'exprimer la vitalit&#233; de la r&#233;alit&#233; naturelle. Autrement dit, dans le langage conceptuel de Whitehead, le rythme doit exprimer la relation entre l'&lt;i&gt;Objet &lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;&#201;v&#233;nement &lt;/i&gt; qui est sa situation actuelle. On ne peut saisir le Rythme que &lt;i&gt;sur le vif&lt;/i&gt;. Le Rythme est dans l'entre-deux. Comme disent Deleuze et Guattari, il est toujours au milieu, &#171; comme entre deux eaux, entre deux heures, entre chien et loup, &lt;i&gt;twilight &lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;zwielicht&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze &amp; F. Guattari, Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980, p. 385.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Selon Whitehead, il se situe &#224; la crois&#233;e de l'Objet et de l'&#201;v&#233;nement. Est rythmique le mouvement indiscernable de participation par lequel l'&#201;v&#233;nement &lt;i&gt;pr&#233;hende &lt;/i&gt; l'Objet et par lequel l'Objet &lt;i&gt;ingresse &lt;/i&gt; l'&#201;v&#233;nement. La Vie ne saurait &#234;tre d&#233;tach&#233;e de l'&#201;v&#233;nement pour devenir une propri&#233;t&#233; de l'Objet, pas plus qu'elle ne saurait &#234;tre d&#233;tach&#233;e de l'Objet pour devenir une propri&#233;t&#233; du seul &#201;v&#233;nement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'&#234;tre vivant &lt;i&gt;(liveliness)&lt;/i&gt; est le caract&#232;re reconnu de la relation de l'objet &#224; l'&#233;v&#233;nement qui est sa situation. Ainsi, dire que l'objet est vivant supprime la r&#233;f&#233;rence n&#233;cessaire &#224; l'&#233;v&#233;nement et dire qu'un &#233;v&#233;nement est vivant supprime la r&#233;f&#233;rence n&#233;cessaire &#224; l'objet (PNK, 64.3).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les Rythmes sont ainsi les formes concr&#232;tes primordiales et matricielles, les faits ultimes de la Nature, &#224; partir desquels Objets et &#201;v&#233;nements sont abstraits, suivant la m&#233;thode de l'abstraction extensive
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G. Durand, Des &#233;v&#233;nements aux objets. La m&#233;thode de l'abstraction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'un c&#244;t&#233;, le rythme tient d&#233;j&#224; de l'Objet en ce qu'il est dot&#233; d'une structure fondamentale, un &#171; patron &#187; &lt;i&gt;(pattern)&lt;/i&gt; qui le rend reconnaissable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La traduction de l'anglais &#171; pattern &#187; est une difficult&#233; bien connue. Il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; recognition &#187; nomme le rapport de la conscience &#224; l'Objet. Est Objet ce qui peut revenir, identique &#224; soi-m&#234;me, ce qui ne prend pas part au &#171; passage de la Nature &#187;. Les Objets se divisent en Objets &lt;i&gt;uniformes&lt;/i&gt;, comme les couleurs, et en Objets &lt;i&gt;non uniformes&lt;/i&gt;, comme les m&#233;lodies ou les rythmes, qui ne sont pas localisables dans un instant ponctuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, The Concept of Nature, Cambridge University Press, 1920, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un &#171; motif rythmique &#187; ou &#171; patron rythmique &#187; est ainsi un Objet non uniforme, que l'on per&#231;oit et reconna&#238;t comme un tout dans une dur&#233;e qui enveloppe ses parties constitutives instantan&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais, de l'autre c&#244;t&#233;, le rythme ne se r&#233;duit pas &#224; l'identit&#233; objective de sa structure motivique, telle qu'on peut la noter, la fixer sur le papier. Le rythme n'est pas exactement r&#233;gl&#233; comme du papier &#224; musique. Le rythme est quelque chose qui arrive, qui survient, tout &#224; coup. Quelque chose &lt;i&gt;se passe&lt;/i&gt; : c'est l'&#233;v&#233;nement. Le rythme est une r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;qualitative &lt;/i&gt; et, en tant que tel, on ne peut le r&#233;duire &#224; une temporalit&#233; homog&#232;ne, neutre, divisible, mesurable. Sa temporalit&#233; est d'accident. Il est ins&#233;parable du processus d'actualisation par lequel la r&#233;p&#233;tition de l'Objet en situation produit une s&#233;rie de diff&#233;rences sous-entendues (&#8220;no rhythm can be a mere pattern ; for the rhythmic quality depends equally upon the differences involved in each exhibition of the pattern&#8221;, PNK 64.7).
Pour r&#233;sumer : d'un c&#244;t&#233;, le patron rythmique imprime son caract&#232;re organique &#224; l'&#233;v&#233;nement qu'il ingresse ; de l'autre c&#244;t&#233;, simultan&#233;ment, l'&#233;v&#233;nement qui pr&#233;hende le patron objectif le fait s'aventurer dans une situation actuelle o&#249; il lui soutire le maximum de nouveaut&#233; dont il est capable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ce moment de la d&#233;finition, Whitehead propose un mod&#232;le empirique que l'on peut prendre pour fil conducteur. L'essence du rythme se trouve pens&#233;e &#224; partir d'un paradigme physique : le Rythme est ce qui se passe &lt;i&gt;entre le cristal et le brouillard&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;The essence of rhythm is the fusion of sameness and novelty ; so that the whole never loses the essential unity of the pattern, while the parts exhibit the contrast arising from the novelty of their detail. A mere recurrence kills rhythm as surely as does a mere confusion of differences. A crystal lacks rhythm from excess of pattern, while a fog is unrhythmic in that it exhibits a patternless confusion of details. Again there are gradations of rhythm. The more perfect rhythm is built upon component rhythms. A subordinate part with crystalline excess of pattern or with foggy confusion weakens the rhythm. Thus every great rhythm presupposes lesser rhythms without which it could not be. No rhythm can be founded upon mere confusion or mere sameness (PNK 64.7).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce texte tr&#232;s pr&#233;cis m&#233;rite un commentaire scrupuleux. Il faut souligner deux &#233;l&#233;ments conjoints de d&#233;finition, deux dimensions constituantes du Rythme : 1&#176; le Rythme implique une &lt;i&gt;microrythmie &lt;/i&gt; ; 2&#176; le Rythme implique une &lt;i&gt;polyrythmie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Premi&#232;rement, la microrythmie tient au r&#244;le du d&#233;tail dans l'&#233;v&#233;nement rythmique : &#171; Les parties manifestent le contraste &#233;mergeant de la nouveaut&#233; de leur d&#233;tail. &#187; Comme par effet kal&#233;idoscopique, une intoxication &#224; l'acide lysergique peut r&#233;v&#233;ler &#171; la beaut&#233; rythmique des d&#233;tails &#187; dans les choses les plus banales, reflets dans l'eau, limbe de feuille morte, surface d'un mur, ailes de papillons, formations coralliaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Watts, Joyous cosmology, Pantheon books, 1962. Trad. fr. Joyeuse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , etc. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le rythme vient de la tension entre la complexit&#233; mol&#233;culaire houleuse de la r&#233;alit&#233; et la structure globale qui int&#232;gre ce chaos dans l'unit&#233; d'un tout. Le tout structural du rythme enveloppe les parties auxquelles il imprime son unit&#233;, mais, en m&#234;me temps, les parties d&#233;veloppent de petites diff&#233;rences qui ouvrent dans le tout des lignes de fuite. Dans le rythme comme dans toute harmonie vivante, les parties sont &#224; la fois soumises &#224; la loi organique du tout auquel elles s'int&#232;grent et, par leur divergence ou leur excentricit&#233;, dou&#233;es d'une farouche individualit&#233;. De m&#234;me que les nervures du portail sculpt&#233; de la Cath&#233;drale de Chartres vivent leur vie, en toute autonomie et, en m&#234;me temps, renforcent par l&#224; l'harmonie du tout architectural auquel elles appartiennent, &#8211; de m&#234;me, les parties rythmiques d'une structure int&#233;grale gagnent dans l'&#233;v&#233;nement une individualit&#233; qui lib&#232;re le rythme en le sortant de la monotonie ennuyeuse. L'art du rythme est de surmonter la monotonie en l'introduisant dans un proc&#232;s mol&#233;culaire qui renouvelle sans cesse la structure de l'int&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alan Watts propose une d&#233;finition du rythme tr&#232;s proche dans ses termes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, suivant le mot de Goethe, &#171; l'architecture est une musique p&#233;trifi&#233;e &#187; : plus que le motif architectural, que l'on peut totaliser d'un coup d'&#339;il &#224; distance, le rythme musical se d&#233;ploie dans le temps, prend du temps. La musique nous enseigne ainsi que le rythme est suspendu &#224; une synth&#232;se qui reste toujours &lt;i&gt;&#224; venir&lt;/i&gt;. Dans l'&#233;v&#233;nement rythmique, la forme est ouverte ; le tout n'est pas donn&#233;, il est l'Ouvert qui ne cesse de changer &#224; mesure que ses parties renouvellent les figures du patron qu'elles actualisent, en extraient autant de sous-motifs, variantes fantomatiques, reflets changeants et chatoyants. La variation infinit&#233;simale est ce par quoi la &#171; ritournelle &#187; rythmique &#233;chappe &#224; la &#171; rengaine &#187; de la r&#233;p&#233;tition cyclique en laquelle elle risquerait de s'ext&#233;nuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le contraste dont il est ici question (&#8220;the contrast arising&#8221;) est donc le contraste proprement rythmique entre l'identit&#233; du patron et la diff&#233;rence de l'&#233;v&#233;nement qui le met en variation continue. On sait que Whitehead appelle &#171; contraste &#187; la diff&#233;rence de potentiel qui existe par exemple entre deux couleurs comme le bleu et le rouge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. N. Whitehead, Process and Reality, Corrected Edition, New York, The Free (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il peut ainsi y avoir contraste entre deux Objets uniformes (comme le bleu et le rouge), il peut de la m&#234;me mani&#232;re y avoir un contraste inh&#233;rent &#224; un Objet non uniforme, comme une m&#233;lodie ou un rythme. Le contraste est d&#233;j&#224; inscrit dans l'Objet lui-m&#234;me, il est interne &#224; la structure rythmique : comme une dissonance sous le ciel harmonique des hauteurs pures, le contraste rythmique est celui qui existe entre le temps fort et le temps faible de la mesure. L'&#201;v&#233;nement ne fait ainsi qu'actualiser une diff&#233;rence de potentiel qui est d&#233;j&#224; au c&#339;ur de l'Objet qu'il actualise. De m&#234;me qu'il y a plus de contraste harmonique dans la dissonance que dans la consonance, par exemple entre do et fa di&#232;se (quinte diminu&#233;e) plut&#244;t qu'entre do et sol (rapport de quinte, tonique &#224; dominante), &#8211; de m&#234;me le contraste rythmique inh&#233;rent &#224; l'Objet est une tension constitutive, un rapport de forces (fort/faible) o&#249; couve le potentiel des aventures de l'Objet dans l'actualit&#233;. Le temps rythmique est un champ de forces ; l'&#233;v&#233;nement plie la force sur la force, affecte le patron qui le dirige en extension d'une vie mol&#233;culaire intensive. La r&#233;p&#233;tition des temps, temps fort et temps faible, reste abstraite tant qu'elle est appr&#233;hend&#233;e sur fond de la pulsation m&#233;tronomique, tant qu'on ne lib&#232;re pas les accents toniques et intensifs de la comptabilit&#233;, du battement de la main. En r&#233;alit&#233;, la diff&#233;rence rythmique fort/faible n'est pas quantitative, mais intensive ; un temps fort n'est pas le retour p&#233;riodique d'un signal dans un temps homog&#232;ne, il marque au contraire un &#233;v&#233;nement, un passage infinit&#233;simal, une travers&#233;e, un envol dans l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne. La force n'est pas une valeur quantitative, mais une intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Deuxi&#232;mement, tout rythme est un compos&#233; de tendances rythmiques h&#233;t&#233;rog&#232;nes : &#171; Le rythme le plus parfait est construit &#224; partir de composantes rythmiques. &#187; La puret&#233; tue le rythme. Toujours au milieu, le rythme est &lt;i&gt;par essence&lt;/i&gt; impur. C'est la perfection rythmique elle-m&#234;me qui est impure ; elle r&#233;sulte de la composition entre l'ordre du cristal et le chaos du brouillard. Et, dans l'&#233;chelle graduelle des rythmes r&#233;els, la tendance &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233; affaiblit le rythme, qu'il tende vers l'inertie cristalline ou vers l'entropie du brouillard. La cristallisation et la dissipation sont les deux formes extr&#234;mes de mort, entre lesquelles la vie tisse sa r&#233;p&#233;tition rythmique. Il est aussi mortel de partir en fum&#233;e que de se figer dans la structure g&#233;om&#233;trique du cristal. Le rythme comme processus est donc une &lt;i&gt;h&#233;t&#233;rogen&#232;se de cristal et de brouillard&lt;/i&gt;. Pour saisir l'essence du rythme, il nous faut ainsi saisir le point d'indiscernabilit&#233; o&#249; le cristal et le brouillard vont &#224; leur limite pour entrer l'un dans l'autre, o&#249; le cristal devient liquide et o&#249; les nappes de brouillard forment des motifs, des &#171; structures dissipatives &#187;, comme des volutes de fum&#233;e. Tel est le point inassignable de perfection, &#171; rythme-chaos ou chaosmos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze &amp; F. Guattari, Mille plateaux, op. cit., p. 385.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il nous faut saisir le cristal &lt;i&gt;&#224; sa limite&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G. Simondon, L'individu et sa gen&#232;se physico-biologique, Grenoble, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l&#224; o&#249; il est anim&#233; par une &#233;nergie de fluxion. Autrement dit, il s'agit de passer du cristal &#171; cristallis&#233; &#187; au cristal &#171; cristallisant &#187;, c'est-&#224;-dire de la substance ou de la structure cristalline, avec ses attributs d&#233;finis (transparence, opacit&#233;, sym&#233;trie, etc.), au &lt;i&gt;processus de cristallisation&lt;/i&gt; insaisissable qui la produit. Le cristal n'est en effet arythmique que dans la mesure o&#249; l'on en prend une vue photographique, o&#249; l'on prend sur lui une perspective substantialiste, d&#233;riv&#233;e ou abstraite de la r&#233;alit&#233; processuelle qui est la sienne. C'est de ce point de vue substantialiste que Ghyka a maintenu une diff&#233;rence de nature infranchissable entre le cristal et la vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Ghyka, Le Nombre d'or, op. cit., tome I (Les Rythmes), p. 46-48.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En r&#233;alit&#233;, la vie pulse d&#233;j&#224; dans le cristal ; la &#171; sym&#233;trie dynamique &#187;, de type pentagonal, est le c&#339;ur battant de la sym&#233;trie statique, de type cubique ou hexagonal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze,Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition, Paris, PUF, 1968, p. 32.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Le Rythme n'est ni cristal, ni brouillard, il est exactement entre les deux : un processus de cristallisation, un cristal naissant, toujours &#224; la fois en voie de formation et de dissolution&lt;/i&gt;. Comme dit parfaitement le po&#232;te Khalil Gibran, le cristal est une brume en d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le cristal liquide : tel est le paradigme de la vie, d&#233;velopp&#233; apr&#232;s Whitehead par Gilbert Simondon, Raymond Ruyer et Gilles Deleuze. Contre le r&#233;ductionnisme mat&#233;rialiste pour lequel &#171; la vie n'existe pas &#187;, Henri Atlan a explicitement repris ce m&#234;me paradigme dans son livre au titre &#233;vocateur, &lt;i&gt;Entre le cristal et la fum&#233;e&lt;/i&gt; : &#171; Les organisations vivantes sont fluides et mouvantes. Tout essai de les figer &#8211; au laboratoire ou dans notre repr&#233;sentation &#8211; les fait tomber dans l'une ou l'autre de deux formes de mort. [&#8230;] Toute organisation cellulaire est ainsi faite de structures fluides et dynamiques. Le tourbillon liquide &#8211; d&#233;tr&#244;nant l'ordonnancement du cristal &#8211; en est devenu, ou redevenu, le mod&#232;le, ainsi que la flamme de bougie, quelque part entre la rigidit&#233; du min&#233;ral et la d&#233;composition de la fum&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Atlan, Entre le cristal et la fum&#233;e, Paris, Seuil, 1979, p. 5.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour &#233;prouver l'essence du rythme, la m&#233;thode choisie consiste &#224; confier &#224; la musique exp&#233;rimentale du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle la le&#231;on de cosmologie qu'elle contient potentiellement. Prendre au s&#233;rieux une musique peut conduire &#224; lui poser des questions que l'on r&#233;serve d'habitude &#224; la sp&#233;culation philosophique : quelle image du monde implique-t-elle ? Si la musique au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a cess&#233; d'&#234;tre figurative ou descriptive, elle continue n&#233;anmoins de parler du monde plut&#244;t que d'elle-m&#234;me ; elle ne fait plus seulement entendre le divers empirique de la Nature natur&#233;e, mais le &lt;i&gt;processus &lt;/i&gt; suivant lequel le divers est donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=51&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3. Le rythme comme processus graduel selon le minimalisme r&#233;p&#233;titif de Steve Reich&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;DIV ALIGN=RIGHT&gt;Le rythme n'est pas du tout quelque chose
&lt;p&gt;de p&#233;riodique et de r&#233;p&#233;titif. C'est le fait que quelque chose arrive,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quelque chose d'inattendu, d'&lt;i&gt;irrelevant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
John Cage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Cage, Pour les oiseaux. Entretiens avec Daniel Charles, Paris, L'Herne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/DIV&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le &#171; minimalisme r&#233;p&#233;titif &#187; de Steve Reich est une tentative pour faire de la r&#233;p&#233;tition m&#233;trique ou m&#233;canique le moteur d'une diff&#233;rence continue. Comment faire &#233;v&#233;nement &#224; partir d'une trame de r&#233;p&#233;tition, comment faire entrer l'&#233;v&#233;nement dans la r&#233;p&#233;tition ? &lt;i&gt;In C&lt;/i&gt; (1964) de Terry Riley est, &#224; la suite des essais de La Monte Young (pr&#233;curseur surnomm&#233; &#8220;the daddy of us all&#8221; par Brian Eno), un prototype de ce minimalisme hypnotique, o&#249; la r&#233;p&#233;tition simultan&#233;e de plusieurs motifs m&#233;lodiques diff&#233;rents produit une perp&#233;tuelle nouveaut&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;I think I was noticing that things didn't sound the same when you heard them more that once. And the more you heard them, the more different they did sound. Even though something was staying the same, it was changing&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Riley, cit&#233; par K. R. Schwarz, Minimalists, Phaidon Press Limited, 1996, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment arracher &#224; la pure sinuso&#239;de des interf&#233;rences harmoniques d'ondes p&#233;riodiques, des rugosit&#233;s, des frottements de hauteurs et de timbres ? Comment d&#233;traquer l'horloge, comment faire d&#233;lirer le m&#233;tronome ? La solution consiste &#224; dupliquer, &#224; multiplier la pulsation, jusqu'&#224; faire fluer un continuum intensif &#224; travers le discontinu, comme dans le &lt;i&gt;Po&#232;me symphonique pour cent m&#233;tronomes&lt;/i&gt; de Ligeti (1962). Le rythme implique toujours une polyrythmie, superposition de r&#233;p&#233;titions cycliques, cent m&#233;tronomes entre lesquels surgissent, comme des fant&#244;mes bourdonnants, des &#233;clairs rythmiques. D'une mani&#232;re analogue, Reich commence par mettre en place des dispositifs pendulaires fonctionnant de mani&#232;re autonome : &lt;i&gt;Pendulum Music&lt;/i&gt;. La premi&#232;re p&#233;riode de l'&#339;uvre de Steve Reich exp&#233;rimente ainsi des processus musicaux &#171; m&#233;caniques &#187; ou impersonnels, livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes : faire de la musique, c'est comme &#171; tirer en arri&#232;re une balan&#231;oire, la l&#226;cher et l'observer revenir graduellement &#224; l'immobilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Drumming&lt;/i&gt;, &#339;uvre pour percussions datant de 1971, parach&#232;ve et cl&#244;t cette p&#233;riode exp&#233;rimentale, initi&#233;e par &lt;i&gt;Piano Phase&lt;/i&gt; (1967) et continu&#233;e dans &lt;i&gt;Phase Patterns&lt;/i&gt; (1970). On a souvent rapproch&#233; cette &#339;uvre des polyrythmies africaines qui semblent avoir impressionn&#233; Reich lors de son bref voyage en Afrique, au Ghana, en 1970. Mais dans &lt;i&gt;Drumming &lt;/i&gt; le d&#233;ploiement de la diff&#233;rence se trouve syst&#233;matis&#233;, rationalis&#233;, incorpor&#233; &#224; la r&#233;p&#233;tition. &#8220;The conveyance of difference within a framework of repetition&#8221; : le minimalisme r&#233;p&#233;titif de Steve Reich correspond exactement &#224; cette d&#233;finition whiteheadienne du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Steve Reich a &#233;crit en 1968 un manifeste, &lt;i&gt;Music as a gradual process&lt;/i&gt;. Ce manifeste d&#233;fend trois id&#233;es directrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Premi&#232;rement, le morceau de musique doit litt&#233;ralement &#234;tre un processus. Le proc&#233;d&#233; doit &#234;tre audible au moment m&#234;me o&#249; il se produit, le processus compositionnel se confondre avec la musique manifeste. Steve Reich refuse ce que l'on pourrait appeler en plagiant Whitehead, la &#171; bifurcation de la musique &#187; entre le noum&#232;ne et le ph&#233;nom&#232;ne, entre l'&#234;tre et l'appara&#238;tre, c'est-&#224;-dire entre le proc&#233;d&#233; compositionnel et la manifestation sonore. &#8220;I am interested in perceptible processes. I want to be able to hear the process happening throughout the sounding music.&#8221; Ailleurs : &#8220;What I'm interested in is a compositional process and a sounding music that are one and the same thing&#8221;. Dans le dod&#233;caphonisme et le s&#233;rialisme, la rigueur compositionnelle int&#233;rieure n'a aucune expression ph&#233;nom&#233;nale, si bien que le processus musical s'adresse &#224; l'&#339;il, capable de le totaliser, d'en effectuer la synth&#232;se en l'objectivant sur la partition, plut&#244;t qu'&#224; l'oreille. Chez John Cage, les proc&#233;d&#233;s du hasard utilis&#233;s dans la composition ne sont pas non plus perceptibles. Le projet musical de Steve Reich consiste &#224; rendre la musique &#224; l'oreille. L&#224; o&#249; les r&#233;ussites sensibles du dod&#233;caphonisme et du s&#233;rialisme sont produites dans le dos du syst&#232;me d'&#233;criture, le minimalisme r&#233;p&#233;titif se caract&#233;rise au contraire par une totale &lt;i&gt;transparence perceptive&lt;/i&gt; du syst&#232;me. La musique se fait cristal. Reich sort l'&#234;tre de sa cachette (&#8220;The use of hidden structural devices in music never appealed to me&#8221;) et introduit ainsi en musique une ph&#233;nom&#233;nologie : &#171; autant d'appara&#238;tre, autant d'&#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Deuxi&#232;mement, pour &#234;tre perceptible, le processus doit se produire tr&#232;s graduellement, tr&#232;s lentement, se d&#233;ployer dans l'infinit&#233;simal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir G. Deleuze &amp; F. Guattari, Mille plateaux, op. cit., p. 327 : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, afin que l'attention se d&#233;tourne de la r&#233;p&#233;tition m&#233;canique et soit capt&#233;e par le processus qu'elle d&#233;ploie et par l'irr&#233;vocabilit&#233; de sa progression. Il s'agit d'un &#171; processus de d&#233;phasage graduel &#187;. D&#233;couvert par hasard en 1965, lors d'un travail en studio sur bandes magn&#233;tiques
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir M. Nyman, Experimental music, Cage et au-del&#224;, Paris, Allia, 2005, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce proc&#233;d&#233; consiste &#224; d&#233;synchroniser graduellement deux instruments de m&#234;me timbre jouant le m&#234;me motif, suivant une acc&#233;l&#233;ration infinit&#233;simale de l'un d'entre eux, jusqu'&#224; les mettre &#224; distance d'une note. On stabilise alors le tempo, le temps qu'il faut pour prendre conscience du canon ainsi obtenu, avant de glisser insensiblement vers un nouveau canon. Cette technique permet de faire progressivement varier tous les canons possibles d'un motif avec lui-m&#234;me. &lt;i&gt;Drumming &lt;/i&gt; repose ainsi sur un seul et unique motif rythmico-m&#233;lodique tournant en boucle, expos&#233; au d&#233;but de la pi&#232;ce par un bongo solo, qui le construit note par note :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_339 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Sans_titre.jpg' width='112' height='423' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le jeu processuel des constructions, d&#233;constructions et d&#233;phasages soutire &#224; ce court motif r&#233;p&#233;t&#233; &#171; entre 55 et 75 minutes &#187; le maximum de nouveaut&#233; dont il est capable. Ainsi se superpose &#224; la r&#233;p&#233;tition m&#233;canique une perp&#233;tuelle diff&#233;renciation en laquelle elle s'absorbe &#224; notre oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Troisi&#232;mement, La transparence perceptive du processus musical ne conduit pas pour autant &#224; &#233;puiser le myst&#232;re : la r&#233;p&#233;tition r&#233;serve des surprises. Alors que la musique s&#233;rielle ne se surprend qu'en se cachant &#224; elle-m&#234;me son &#234;tre, la musique minimale devient au contraire &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me &lt;i&gt;&#224; force d'&#234;tre elle-m&#234;me et de se ressembler&lt;/i&gt;. Car s'il n'y a plus rien de cach&#233; &lt;i&gt;derri&#232;re &lt;/i&gt; ce qui appara&#238;t, l'apparaissant renferme d&#233;sormais &lt;i&gt;en lui-m&#234;me&lt;/i&gt; une latence ou r&#233;serve in&#233;puisable : &#8220;Even when all the cards are on the table and everyone hears what is gradually happening in a musical process, there are still enough mysteries to satisfy all&#8221;. L'actuel s'engrosse d'un contenu virtuel. Les effets de la musique minimale sont les effets myst&#233;rieux de la surface et du cristal : reflets, d&#233;doublements, irisations, chatoiement. La musique minimale est comme l'eau, d'une profondeur qui n'appartient qu'&#224; la surface, miroitante et insaisissable. Que voit-on dans le cristal ? Comme dans la boule de la voyante ou comme dans les jaspes o&#249; se dessinent des figures suggestives, des fant&#244;mes apparaissent. Perdant rapidement la perception du motif rythmique, la conscience reconstitue en diagonale des motifs &#171; virtuels &#187; involontaires, n&#233;s de l'interpolation hasardeuse des diff&#233;rents instruments d&#233;phas&#233;s. C'est &#224; chaque fois comme une apparition : le motif rythmique se trouve &lt;i&gt;doubl&#233; par son fant&#244;me&lt;/i&gt;. Les fant&#244;mes sortent peu &#224; peu du brouillard de la polyrythmie d&#233;phas&#233;e. Comme dit Deleuze, &#171; tout actuel s'entoure d'un brouillard d'images virtuelles. Ce brouillard s'&#233;l&#232;ve de circuits coexistants plus ou moins &#233;tendus, sur lesquels les images virtuelles se distribuent et courent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze, &#171; L'actuel et le virtuel &#187;, in G. Deleuze &amp; C. Parnet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais ce brouillard se dissipe d&#232;s que l'image virtuelle se rapproche de l'actuel, c'est-&#224;-dire d&#232;s qu'une forme cristallise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;change perp&#233;tuel du virtuel et de l'actuel d&#233;finit un cristal. C'est sur le plan d'immanence qu'apparaissent les cristaux. L'actuel et le virtuel coexistent, et entrent dans un &#233;troit circuit qui nous ram&#232;ne constamment de l'un &#224; l'autre. Ce n'est plus une singularisation, mais une individuation comme processus, l'actuel et son virtuel. Ce n'est plus une actualisation mais une cristallisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze, op. cit., p. 184.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La polyrythmie diff&#233;rentielle de &lt;i&gt;Drumming &lt;/i&gt; est un plan d'immanence pour la cristallisation du virtuel avec l'actuel. Comme les images que l'on voit dans la boule de cristal, dans les jaspes sanguins ou dans la masse cotonneuse des nuages, ces figures r&#233;sultantes ne sont pas &#224; proprement parler dans la musique : ce sont, dit Reich, des &#171; sous-produits psycho-acoustiques &#187; de la r&#233;p&#233;tition. Mais ces simulacres ne sont pas des projections hallucinatoires de l'imaginaire. Sans les actualiser, la musique elle-m&#234;me les contient malgr&#233; tout, &#224; titre de virtualit&#233;s cristallisables, comme la masse des nuages esquisse ou sugg&#232;re d'elle-m&#234;me ce que la conscience imageante fixe en elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un jaspe de l'Or&#233;gon, Roger Caillois a vu la figure filiforme d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans &lt;i&gt;Drumming&lt;/i&gt;, ces r&#233;sultantes fantomatiques, qui se situent au croisement de l'Objet et de la conscience, se trouvent ainsi discr&#232;tement soulign&#233;es par un instrument tiers, par exemple par une voix qui dessine dans le bloc de polyphonie diff&#233;rents contours possibles, comme autant de facettes d'un seul cristal d'&#233;v&#233;nement. Steve Reich confesse qu'il s'est lui-m&#234;me surpris &#224; chantonner ces syllabes rythmiques (&#171; tac &#187;, &#171; toc &#187;, &#171; dac &#187;) qui expriment la joie vivante de se pr&#234;ter au rythme, comme quand on se surprend &#224; taper du pied en cadence, ou &#224; claquer des doigts. Les mouvements corporels compulsifs par lesquels nous accompagnons le rythme ne lui sont pas ext&#233;rieurs, mais expriment une joie immanente &#224; la dur&#233;e rythmique elle-m&#234;me, &lt;i&gt;self-enjoyment&lt;/i&gt;. Individuations transitoires, les motifs fant&#244;mes qui sortent successivement du brouillard polyrythmique &lt;i&gt;se r&#233;jouissent d'eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;, transforment les donn&#233;es objectives du motif initial en satisfaction subjective, ou plut&#244;t, comme dit Whitehead, &#171; superjective &#187;. L'extr&#234;me rationalisation du processus de d&#233;phasage produit des d&#233;riv&#233;s irrationnels, qui &#233;chappent au plan de la rationalit&#233; musicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De quel monde le minimalisme r&#233;p&#233;titif de Steve Reich donne-t-il donc l'image ? C'est un monde o&#249; le processus se confond avec l'auto-production immanente du r&#233;el ; un monde o&#249; la r&#233;currence est source d'impr&#233;visible nouveaut&#233; ; un monde o&#249; l'objectivit&#233; monotone de la structure (celle des &#171; patterns &#187;) se r&#233;sorbe dans la joie subjective et auto-&#233;rotique (&#171; self-enjoyment &#187;) de l'&#233;v&#233;nement qui en surgit ; un monde &#224; facettes, chatoyant, tournant comme un kal&#233;idoscope, o&#249; l'actuel est toujours riche de virtualit&#233;s cristallisables. Est rythmique par excellence cet &#233;v&#233;nement prismatique qui affecte la structure potentielle &#224; partir de laquelle il surgit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le processus de d&#233;phasage n'est pas seulement la condition de l'&#233;v&#233;nement, il ne fait qu'un avec l'&#233;v&#233;nement. L'&#233;v&#233;nement n'est plus localis&#233;, il devient total. Il n'est plus limit&#233; aux accidents et aux explosions soudaines qui surviennent entre les p&#233;riodicit&#233;s, mais il entre dans la trame m&#234;me de la r&#233;p&#233;tition. Le minimalisme r&#233;p&#233;titif nous donne l'image d'un monde o&#249; &lt;i&gt;tout est &#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;. La stabilisation temporaire des canons rythmiques de &lt;i&gt;Drumming &lt;/i&gt; ne doit pas induire en erreur, elle n'est pas le signe d'un primat du motif sur le d&#233;phasage qui le produit, elle n'est qu'un ralentissement dans le flux du devenir. Si l'on consid&#232;re les parties de la dur&#233;e rythmique abstraitement, si l'on d&#233;coupe les canons dans le tout comme autant de motifs individuels autonomes, on ne saisit pas le mouvement qui les relie les uns aux autres. Le tout n'est pas donn&#233;, il est l'Ouvert, durant &#171; entre 55 et 75 minutes &#187;, dans lequel le mouvement s'effectue. Ce qui change d'une partie &#224; l'autre de la dur&#233;e polyrythmique, d'un canon A &#224; un canon B, ce n'est pas seulement l'&#233;tat de B par rapport &#224; A, c'est l'&#233;tat du tout lui-m&#234;me qui comprend les parties et qui les ouvre &#224; la nouveaut&#233; de l'avenir dans lequel il les lance sans arr&#234;t avec lui. Le tout change qualitativement avec ses parties. Le d&#233;phasage n'est pas passage &#233;vanescent entre deux motifs immobiles, comme entre deux positions d'Achille courant apr&#232;s la tortue. Quand nous recomposons le mouvement avec des immobilit&#233;s, nous refaisons l'&#233;volution cr&#233;atrice avec de l'&#233;volu&#233;. La r&#233;alit&#233; rythmique n'est pas dans la s&#233;rie des positions en lesquelles nous d&#233;sarticulons son mouvement quand nous nous le repr&#233;sentons en segments motiviques, mais dans le processus m&#234;me de cristallisation ouverte, &#233;v&#233;nement permanent qui laisse derri&#232;re lui des motifs cristallins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le chant des cigales ou des grillons durant les soir&#233;es d'&#233;t&#233;, le coassement vesp&#233;ral des grenouilles, le bourdonnement des essaims, le clapotement de la pluie sont des brouillards sonores, des masses en vibration constante, en effervescence mol&#233;culaire. Les coups discontinus d'une lourde cloche, r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; intervalles r&#233;guliers, s'absorbent dans la r&#233;sonance inharmonique indivisible de l'airain, jusqu'&#224; donner l'impression d'un continuum vibratoire qui tourne autour de la note fondamentale fondue dans l'airain. De m&#234;me, dans la musique primitive, la mesure r&#233;guli&#232;re est nimb&#233;e du brouillard de timbres des castagnettes, cr&#233;celles, tambourins, grelots, clochettes et coquillages des danseuses, dont la vibration atmosph&#233;rique diffracte la pulsation et l'absorbe dans la vague d'un rythme continu, narcotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Klages, Vom Wesen des Rhythmus (1922). Trad. fr. La nature du rythme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d&#233;phasant graduellement les motifs m&#233;triques des bongos, des marimbas et des glockenspiels, Steve Reich produit m&#233;caniquement un brouillard du m&#234;me genre, o&#249; les timbres se mettent &#224; vibrer les uns contre les autres, couleur contre couleur. Mais le rythme vivant n'est pas purement narcotique. Il ne nous laisse pas dans les vapes. Le brouillard se dissipe en volutes, tourbillons hypnagogiques, individuations tournoyantes qui, une &#224; une, partent en fum&#233;e. Alors que la danse rituelle endort la conscience individuelle dans la fusion affective avec le groupe et le culte des dieux de la terre ou des anc&#234;tres, le rythme vivant nous &#233;veille au contraire &#224; l'&#233;v&#233;nement qui nous fait sortir du cercle pour nous relancer sans cesse vers le nouveau. Toute hypnose n'est pas narcose. La conscience rythmique, comme toute conscience esth&#233;tique, se trouve certes dans un &#233;tat modifi&#233;, mais elle n'est pas h&#233;b&#233;t&#233;e, fascin&#233;e par la vibration atmosph&#233;rique de la masse sonore. Elle est plut&#244;t translucide, ouverte &#224; la cristallisation continue qui se nourrit du brouillard qui l'enveloppe. Elle voit le devenir des formes dans le cristal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;An Enquiry Concerning the Principles of Natural Knowledge&lt;/i&gt;, Cambridge University Press, 1919 (not&#233; PNK).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Bachelard,&lt;i&gt; La dialectique de la dur&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1950, p. 132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Bachelard, &lt;i&gt;La dialectique&#8230;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 131 : &#171; Les figures les plus stables doivent leur stabilit&#233; &#224; un d&#233;saccord rythmique. Elles sont les figures statistiques d'un d&#233;sordre temporel ; rien de plus. Nos maisons sont construites avec une anarchie de vibrations. Les Pyramides, dont la fonction est de contempler les si&#232;cles monotones, sont des cacophonies interminables. Un enchanteur, chef d'orchestre de la mati&#232;re, qui mettrait d'accord les rythmes mat&#233;riels, volatiliserait toutes ces pierres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;An Introduction to Mathematics&lt;/i&gt;, Oxford University Press, 1958 (not&#233; IM).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Bergson, &lt;i&gt;Mati&#232;re et M&#233;moire&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1939, p. 227-228.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Gleick, &lt;i&gt;La th&#233;orie du chaos. Vers une nouvelle science&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1991, p. 352 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans le chapitre III de &lt;i&gt;The Aims of Education&lt;/i&gt;, Whitehead d&#233;finit le rythme de l'&#233;ducation comme un enveloppement tourbillonnaire de cycles : &#171; Il n'y a pas seulement un cycle unique &#224; trois temps, soit libert&#233;, discipline et libert&#233; ; mais [&#8230;] tout le d&#233;veloppement mental est compos&#233; de tels cycles, et de cycles de tels cycles. Un tel cycle est une cellule &#233;l&#233;mentaire, ou une brique ; et le stade complet de la croissance consiste en une structure organique de telles cellules &#187; (trad. fr. par Jean-Marie Breuvart, Louvain-la-Neuve, &#233;ditions Chromatika, p. 42). Plus loin : &#171; Il existe aussi des tourbillons plus petits, avec en chacun d'eux un cycle &#224; trois temps, parcourant leur carri&#232;re chaque jour, chaque semaine, chaque p&#233;riode &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 49).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. C. Ghyka, &lt;i&gt;Esth&#233;tique des proportions dans la nature et dans les arts &lt;/i&gt; (1927), Paris , &#201;ditions du Rocher, 1998, p. 56. Une source principale de l'analyse de Ghyka sur les formations spiral&#233;es est le livre de Theodor Cook, &lt;i&gt;The Curves of Life. Being an Account of Spiral Formations and their Applications to Growth in Nature, to Science and to Art&lt;/i&gt;. Le pythagorisme de Ghyka est par ailleurs impr&#233;gn&#233; de vitalisme bergsonien : &#171; La spirale logarithmique conf&#232;re aussi aux croissances &#171; gnomoniques &#187; dont elle est le profil et le symbole l'&#233;lasticit&#233; et la facult&#233; d'ind&#233;termination croissante dont Bergson a montr&#233; l'importance dans l'&#233;volution de l'&#233;lan vital &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 155). Voir M. Ghyka,&lt;i&gt; Le Nombre d'or. Rites et rythmes pythagoriciens dans le d&#233;veloppement de la civilisation occidentale&lt;/i&gt;, tome II (Les Rites), Paris, Gallimard, 1931, chapitre V : &#171; &#201;lan vital, rythme et dur&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Ghyka, &lt;i&gt;Essai sur le rythme&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1938, p. 65-66 et p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Deleuze &amp; F. Guattari, &lt;i&gt;Mille plateaux,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 1980, p. 385.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir G. Durand, &lt;i&gt;Des &#233;v&#233;nements aux objets. La m&#233;thode de l'abstraction extensive chez A.N. Whitehead&lt;/i&gt;, Frankfurt/Paris/Lancaster, Ontos Verlag, 2007, III, chapitre I : &#171; Les rythmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La traduction de l'anglais &#171; pattern &#187; est une difficult&#233; bien connue. Il nous semble que &#171; patron &#187; serait la traduction la plus litt&#233;ralement fid&#232;le &#224; la racine du terme anglais. Mais, suivant le contexte, nous nous autoriserons &#233;galement &#224; traduire &#171; pattern &#187; par &#171; motif &#187;, qui a l'avantage d'&#234;tre d'usage dans le langage technique de la musique et de l'art en g&#233;n&#233;ral. Le &#171; pattern &#187; est une forme, et, en tant que forme, il est &#224; la fois le motif que l'on dessine (ou chante, ou joue) et le patron ou sch&#233;ma qui sert de mod&#232;le au dessin qui l'imite, et suivant lequel le dessin se dirige. Le &#171; pattern &#187; est donc une forme structur&#233;e et structurante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;The Concept of Nature&lt;/i&gt;, Cambridge University Press, 1920, p. 162. Trad. fr. par J. Douchement, &lt;i&gt;Le concept de nature&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 1998, p. 207.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Watts, &lt;i&gt;Joyous cosmology&lt;/i&gt;, Pantheon books, 1962. Trad. fr. &lt;i&gt;Joyeuse cosmologie. Aventures dans la chimie de la conscience&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1971, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Alan Watts propose une d&#233;finition du rythme tr&#232;s proche dans ses termes m&#234;mes du dernier chapitre de PNK : voir &lt;i&gt;Beyond Theology. The Art of Godmanship&lt;/i&gt;, 1964, p. 41-43. Trad. fr. &lt;i&gt;&#202;tre Dieu. Au-del&#224; de l'au-del&#224;&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l/Gonthier, 1977, p. 46-47 : &#171; [Un] obstacle aux joies du rythme est la monotonie, qu'on &#233;vite par la vari&#233;t&#233; et la complexit&#233;. Il faut cependant un minimum de monotonie (&#8220;some monotony or regularity&#8221;) pour qu'il y ait un rythme, un sch&#233;ma de base (&#8220;rhythm or pattern&#8221;), sans qui nous n'aurions qu'une succession d'intervalles donn&#233;s au hasard. Le probl&#232;me essentiel dans l'art du rythme n'est pas tant de supprimer la monotonie que de constamment &#234;tre en mesure de la d&#233;jouer. [&#8230;] La joie requiert une certaine r&#233;sistance au d&#233;ploiement de l'&#233;nergie, et ce peut &#234;tre la monotonie, la paresse qui transforme l'&#233;nergie en effort, ou au contraire une telle complexit&#233; du rythme que le sch&#233;ma de base dispara&#238;t dans le chaos. Pour conserver son &#233;tat de b&#233;atitude, la conscience infinie doit employer les moyens les plus ing&#233;nieux pour cr&#233;er et surmonter la monotonie, en combinant l'ordre et le hasard de telle sorte que l'ordre ne devienne pas scl&#233;rose et le hasard, chaos. Le jeu du rythme doit rester contr&#244;l&#233;, mais pas au point d'&#234;tre enti&#232;rement pr&#233;visible. Il doit &#234;tre merveilleusement complexe mais sans l'ennui d'avoir &#224; surveiller constamment tout ce qui y entre et en sort. En un mot, la toute-puissance doit &#233;viter &#224; tout prix deux choses : la situation aberrante dans laquelle elle se contr&#244;le totalement, et celle, &#233;galement st&#233;rile, o&#249; elle perd tout contr&#244;le d'elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. N. Whitehead, &lt;i&gt;Process and Reality&lt;/i&gt;, Corrected Edition, New York, The Free Press, 1978, p. 87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Deleuze &amp; F. Guattari, &lt;i&gt;Mille plateaux, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 385.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir G. Simondon, &lt;i&gt;L'individu et sa gen&#232;se physico-biologique&lt;/i&gt;, Grenoble, J&#233;r&#244;me Millon, 1998, Introduction : &#171; On comprendrait alors la valeur paradigmatique de l'&#233;tude de la gen&#232;se des cristaux comme processus d'individuation : elle permettrait de saisir &#224; une &#233;chelle macroscopique un ph&#233;nom&#232;ne qui repose sur des &#233;tats de syst&#232;me appartenant au domaine microphysique, mol&#233;culaire et non molaire ; elle saisirait l'activit&#233; qui est &#224; la limite du cristal en voie de formation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Ghyka, &lt;i&gt;Le Nombre d'or, op. cit.&lt;/i&gt;, tome I (Les Rythmes), p. 46-48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Deleuze,&lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1968, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Atlan, &lt;i&gt;Entre le cristal et la fum&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1979, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Cage, &lt;i&gt;Pour les oiseaux. Entretiens avec Daniel Charles&lt;/i&gt;, Paris, L'Herne, 2002, p. 173-174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;T. Riley, cit&#233; par K. R. Schwarz, &lt;i&gt;Minimalists&lt;/i&gt;, Phaidon Press Limited, 1996, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir G. Deleuze &amp; F. Guattari, &lt;i&gt;Mille plateaux, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 327 : &#171; Certains musiciens modernes opposent au plan transcendant d'organisation, cens&#233; avoir domin&#233; toute la musique classique occidentale, un plan sonore immanent, toujours donn&#233; avec ce qu'il donne, qui fait percevoir l'imperceptible, et ne porte plus que des vitesses et des lenteurs diff&#233;rentielles dans une sorte de clapotement mol&#233;culaire : il faut que l'&#339;uvre d'art marque les secondes, les dixi&#232;mes, les centi&#232;mes de secondes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir M. Nyman, &lt;i&gt;Experimental music, Cage et au-del&#224;&lt;/i&gt;, Paris, Allia, 2005, p. 228 : &#171; En 1965, Reich enregistra la voix d'un pr&#233;dicateur noir sur la place de San Francisco. Plus tard, en studio, il s&#233;lectionna une courte phrase dont les qualit&#233;s musicales l'int&#233;ressaient et en fit deux boucles identiques qu'il passa sur deux magn&#233;tophones suppos&#233;s eux aussi identiques. Il d&#233;couvrit cependant qu'en raison d'infimes diff&#233;rences entre les deux machines, la phrase &#233;tait entendue de mani&#232;re l&#233;g&#232;rement d&#233;synchronis&#233;e par rapport &#224; elle-m&#234;me. Il se prit alors &#224; contr&#244;ler ces divergences en retenant du pouce l'une des bobines mais &#224; un degr&#233; si imperceptible que les hauteurs ne s'en trouvaient pas modifi&#233;es. Deux pi&#232;ces naquirent de cette exp&#233;rience, &lt;i&gt;It's gonna rain &lt;/i&gt; (qui utilise la voix du pr&#233;dicateur) et &lt;i&gt;Come out&lt;/i&gt; (1966) qui est enti&#232;rement construite sur la phrase &#8216;come out to show them' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Deleuze, &#171; L'actuel et le virtuel &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; G. Deleuze &amp; C. Parnet, &lt;i&gt;Dialogues&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1996, p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Deleuze, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans un jaspe de l'Or&#233;gon, Roger Caillois a vu la figure filiforme d'une jeune pr&#234;tresse Maya, &#171; adoratrice du soleil &#187;. Voir R. Caillois, &lt;i&gt;Pierres r&#233;fl&#233;chies&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1975, p. 102 : &#171; Je ne m'int&#233;resse qu'aux dessins des pierres qui, comme ceux des nuages, des &#233;corces ou des l&#233;zardes des murs tentent les caprices de la r&#234;verie par une ambigu&#239;t&#233; ins&#233;parable de leur nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Klages, &lt;i&gt;Vom Wesen des Rhythmus &lt;/i&gt; (1922). Trad. fr. &lt;i&gt;La nature du rythme&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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