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		<title>Individualisation et globalisation
</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alberto Melucci
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		<description>
&lt;p&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans les Cahiers de recherche sociologique, n&#176; 24, 1995, p. 184-206. Il a &#233;t&#233; depuis republi&#233; par &#201;rudit ici.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique47" rel="directory"&gt;Comment penser le pouvoir dans le monde contemporain ?
&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1251 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/pdf/Alberto_Melucci_Individualisation_et_globalisation.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 3.5 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779450480' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans les&lt;/i&gt; Cahiers de recherche sociologique,&lt;i&gt; n&#176; 24, 1995, p. 184-206. Il a &#233;t&#233; depuis republi&#233; par &#201;rudit &lt;a href=&#034;http://id.erudit.org/iderudit/1002282ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rythmes internes et rythmes sociaux dans un monde plan&#233;taire
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article316</link>
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		<dc:date>2011-04-03T11:07:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alberto Melucci
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous reproduisons ici un texte d&#233;j&#224; ancien mais toujours actuel du grand sociologue et psychoth&#233;rapeute italien Alberto Melucci. Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans Nouvelles pratiques sociales, vol. 10, n&#176; 2, 1997, p. 195-202. R&#233;sum&#233; : Cet article pose la question du nouveau statut de l'exp&#233;rience du temps dans une soci&#233;t&#233; complexe &#224; dimension plan&#233;taire. Le temps n'est plus seulement lin&#233;aire mais multiple, et pour les individus, la question se pose de savoir, d'une part, comment reconduire cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Rythmes du social
&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le paradoxe de l'incertitude&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=60&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Le paradoxe de l'incertitude&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Rythmes internes, rythmes sociaux&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=60&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Rythmes internes, rythmes sociaux&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;M&#233;tamorphoses et limites&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=60&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;M&#233;tamorphoses et limites&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous reproduisons ici un texte d&#233;j&#224; ancien mais toujours actuel du grand sociologue et psychoth&#233;rapeute italien Alberto Melucci. Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans&lt;/i&gt; Nouvelles pratiques sociales, &lt;i&gt;vol. 10, n&#176; 2, 1997, p. 195-202.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
R&#233;sum&#233; : Cet article pose la question du nouveau statut de l'exp&#233;rience du temps dans une soci&#233;t&#233; complexe &#224; dimension plan&#233;taire. Le temps n'est plus seulement lin&#233;aire mais multiple, et pour les individus, la question se pose de savoir, d'une part, comment reconduire cette multiplicit&#233; &#224; l'unit&#233; et, d'autre part, comment contenir ses d&#233;calages dans un parcours int&#233;gr&#233;. En particulier, la coupure entre temps internes et temps sociaux se fait plus aigu&#235; et le temps du corps, des rythmes biologiques et &#233;motionnels, ne s'int&#232;gre plus facilement aux cadences d'une soci&#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e et fond&#233;e sur la raison instrumentale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=60&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le paradoxe de l'incertitude&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons dans un monde plan&#233;taire complexe. Une complexit&#233; synonyme de diff&#233;renciation, un rythme acc&#233;l&#233;r&#233; vers le changement, un plus large spectre de possibilit&#233;s qui sont offertes &#224; notre action. La science et la technologie contribuent &#224; ces changements dans une proportion telle qu'on ne peut le comparer &#224; aucune autre &#233;tape de l'&#233;volution de l'homme. Et m&#234;me si notre plan&#232;te est marqu&#233;e par des clivages et des in&#233;galit&#233;s dramatiques (Est-Ouest, Nord-Sud), ces tendances sont les caract&#233;ristiques communes d'une culture plan&#233;taire qui repose sur la science et la technologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quand les champs de notre exp&#233;rience sont de plus en plus diff&#233;renci&#233;s par la sp&#233;cialisation technologique, il n'est plus possible de transf&#233;rer et d'appliquer les m&#234;mes mod&#232;les d'action d'un milieu &#224; un autre, du temps de travail aux heures de loisirs, de la famille &#224; la communaut&#233;, des relations amoureuses aux relations professionnelles. Chaque champ poss&#232;de son propre langage, ses r&#232;gles, ses codes comportementaux. Et qui plus est, lorsque le changement produit par la science et la technologie se fait aussi fr&#233;quent et rapide, nous ne pouvons plus compter sur nos mod&#232;les ant&#233;rieurs pour parvenir &#224; r&#233;soudre les nouveaux probl&#232;mes. Finalement, comme la s&#233;rie d'options qui nous sont offertes par un environnement technique de plus en plus vaste d&#233;passe notre capacit&#233; d'action r&#233;elle, nous nous heurtons &#224; un constant probl&#232;me de choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'exp&#233;rience commune dans un monde complexe fond&#233; sur la science et la technologie est l'incertitude, une somme croissante et parfois accablante d'incertitudes. Que devons-nous faire dans un contexte diff&#233;rent ? Et que devons-nous faire face &#224; un nouveau probl&#232;me ? Mais fondamentalement, que devons-nous faire face &#224; l'exc&#232;s de possibilit&#233;s ? M&#234;me notre besogne quotidienne ordinaire se transforme en exercices de r&#233;solution de probl&#232;mes : d&#233;coder le livret d'instructions des quelque 99 cha&#238;nes que propose notre t&#233;l&#233;viseur ou, encore, choisir la destination de nos prochaines vacances parmi une profusion de programmes d'agences de voyages...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le paradoxe de l'incertitude est qu'il est impossible de ne pas choisir. En fait, m&#234;me le non-choix est une mani&#232;re de choisir. Le choix qui, g&#233;n&#233;ralement, est associ&#233; &#224; une id&#233;e de libert&#233; et de responsabilit&#233;, devient un destin qui est synonyme, au contraire, de n&#233;cessit&#233;. Nous vivons tous cet &#233;trange paradoxe. Tandis que nos possibilit&#233;s d'actions s'&#233;largissent, nous nous sentons de plus en plus sous pression : nous devons op&#233;rer des choix fr&#233;quents et permanents et, en r&#233;alit&#233;, nous n'avons aucun moyen d'&#233;viter cette op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce paradoxe engendre de nouveaux probl&#232;mes d'ordre psychologique ainsi qu'une nouvelle s&#233;rie de troubles affectifs et comportementaux. Choisir parmi autant de possibilit&#233;s se r&#233;v&#232;le &#234;tre une lourde t&#226;che et ce qui est laiss&#233; de c&#244;t&#233; est toujours, de fa&#231;on disproportionn&#233;e, plus consid&#233;rable que ce qui est choisi. Le sentiment de perte est in&#233;vitable et il est bien souvent la base de nouveaux syndromes pathologiques : &#171; d&#233;pression endog&#232;ne &#187;, comme les manuels, dans leur terminologie technique, veulent bien l'appeler, et qui, en fait, n'est rien d'autre que la pure exp&#233;rience de perte sans un objet bien d&#233;termin&#233;. Une r&#233;ponse diff&#233;rente, mais compl&#233;mentaire au paradoxe mentionn&#233; ci-dessus, est l'effort de garder d&#233;sesp&#233;r&#233;ment l'ensemble de toutes les possibilit&#233;s. Nous pouvons observer la fragmentation de la personnalit&#233;, qui tente de nier la partialit&#233; de chaque choix en divisant sa r&#233;alit&#233; interne, ou le syndrome maniaco-d&#233;pressif, et dans ce cas, la personne multiplie ses efforts dans un cercle sans fin et &#233;reintant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=60&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Rythmes internes, rythmes sociaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Observons notre vie quotidienne. Une mani&#232;re fondamentale de construire notre exp&#233;rience est notre propre d&#233;finition du temps. Dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e
sur la science et la technologie, cette d&#233;finition est de plus en plus multiple. Les p&#233;riodes que nous vivons sont fort diff&#233;rentes, &#224; tel point qu'elles peuvent parfois nous sembler antith&#233;tiques. Ainsi, nous faisons l'exp&#233;rience de p&#233;riodes qu'il est difficile de mesurer, des moments &#233;tendus et d'autres fortement acc&#233;l&#233;r&#233;s. Il suffit tout simplement de penser &#224; la r&#233;volution provoqu&#233;e par les images qui nous arrivent de la t&#233;l&#233;vision, du cin&#233;ma et de la publicit&#233;, des images qui ont le pouvoir de nous transporter dans le pass&#233; ou dans le futur, un passage qui peut s'effectuer tr&#232;s lentement ou bien &#224; tr&#232;s grands pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les discontinuit&#233;s qui existent entre les diff&#233;rents moments que nous vivons sont beaucoup plus perceptibles que par le pass&#233; : il y a, en particulier, des divisions bien &#233;tablies entre les moments que nous vivons dans nos propres exp&#233;riences, affections et &#233;motions int&#233;rieures et les tranches de temps qui sont r&#233;gl&#233;es par les rythmes et les r&#244;les sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La diff&#233;renciation du temps cr&#233;e de nouveaux probl&#232;mes. Cela accro&#238;t la difficult&#233; qu'il y a &#224; ramener les diff&#233;rentes p&#233;riodes &#224; une mesure homog&#232;ne et g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Cela augmente &#233;galement le besoin d'int&#233;grer ces diff&#233;rences &#224; l'int&#233;rieur de l'unit&#233; d'une biographie individuelle et d'un &#171; sujet &#187; d'action coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par ailleurs, un temps diff&#233;renci&#233; s'identifie de plus en plus &#224; un temps sans histoire, ou, mieux encore, &#224; un temps flanqu&#233; de beaucoup d'histoires relativement ind&#233;pendantes. Par cons&#233;quent, le temps perd son &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; ; le pr&#233;sent devient cette inestimable mesure du sens des choses. Enfin, ce temps multiple et discontinu peut &#234;tre vu comme quelque chose de &#171; construit &#187;, comme un produit nettement culturel et technologique. Notre existence a annul&#233; le cycle naturel du jour et de la nuit et les autres moments procur&#233;s par la nature sont &#233;galement en train de se dissoudre. L'exp&#233;rience des saisons fond sur nos tables de salle &#224; manger, l&#224; o&#249; les aliments perdent toute r&#233;f&#233;rence par rapport aux cycles saisonniers ; ou lors de nos vacances qui nous offrent un soleil tropical ou de la neige &#224; n'importe quel moment de l'ann&#233;e. M&#234;me la naissance et la mort, des &#233;v&#233;nements qui sont la quintessence du rythme de la nature, sont en train de perdre leur r&#244;le indispensable pour devenir des produits de l'intervention m&#233;dicale et sociale soutenue par des moyens technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le temps social, les temps des &#233;v&#233;nements collectifs et de l'exp&#233;rience, construit par notre environnement technologique, est un temps lin&#233;aire. Il se caract&#233;rise par la continuit&#233; et la nature unique des &#233;v&#233;nements qui se suivent les uns les autres dans une seule direction, en d'autres termes, ils sont irr&#233;versibles. Ainsi, nous pouvons parler d'un avant et d'un apr&#232;s. Nous pouvons m&#234;me aller jusqu'&#224; r&#233;tablir une stricte relation de cause &#224; effet entre l'avant et l'apr&#232;s : des &#233;v&#233;nements ant&#233;rieurs sont vus comme suscitant ou produisant des &#233;v&#233;nements qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le temps social est mesurable. Il est d&#233;compos&#233; en rythmes ou unit&#233;s de mesure que nous admettons tous ; par cons&#233;quent, ceux-ci sont diff&#233;rents pour chaque cat&#233;gorie d'&#233;v&#233;nement : de longues et de courtes p&#233;riodes de temps, des activit&#233;s de train-train quotidien ou des &#233;v&#233;nements plus irr&#233;guliers. Ce type de temps peut &#234;tre pr&#233;dit, car on peut &#233;tablir des comparaisons entre diff&#233;rentes p&#233;riodes de temps et l&#224;, le pass&#233; nous aide, avec plus ou moins de pr&#233;cision, &#224; envisager le futur. Enfin, le temps social est uniforme : il y a pour chaque type d'&#233;v&#233;nement une scansion particuli&#232;re, un rythme &#233;tabli sur lequel est structur&#233;e l'exp&#233;rience sociale et sur lequel se fondent les attentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le temps interne &#8211; profond&#233;ment personnel, un temps individuel &#8211; poss&#232;de des caract&#233;ristiques oppos&#233;es. Comme dans le cas du temps sacr&#233; ou mythique, il est multiple et discontinu. L'exp&#233;rience interne regroupe des temps diff&#233;rents qui existent en son sein ; ils se succ&#232;dent, s'entrecroisent et se chevauchent. Il y a, pour commencer, un temps cyclique qui s'approche du mythe : dans le corps, les sensations et les r&#234;ves, des &#233;v&#233;nements reviennent et se r&#233;p&#232;tent sous une forme &#224; peu pr&#232;s identique. Le temps int&#233;rieur est &#233;galement un temps simultan&#233;. En fait, beaucoup de tranches de temps existent de mani&#232;re simultan&#233;e : hier et aujourd'hui, mon temps et celui de l'autre, ici et l&#224;. Je peux &#234;tre adulte et enfant, noir et blanc, dans l'avant et dans l'&#224; venir. La simultan&#233;it&#233; du temps interne abolit la non-contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par cons&#233;quent, le temps interne est &#233;galement multidirectionnel : nous pouvons tr&#232;s bien &#233;tablir les relations existant entre des &#233;v&#233;nements qui d&#233;filent dans un mouvement de va-et-vient de l'avant vers l'arri&#232;re &#224; travers le temps, mais aussi de haut en bas (et en changeant par l&#224; de plans temporels). Nous pouvons nous mouvoir &#224; travers le temps interne de fa&#231;on &#224; la fois cons&#233;cutive et simultan&#233;e. Il est, donc, constamment r&#233;versible : ce qui vient de me survenir transforme mon pass&#233;, ce qui survient &#224; un autre change mon temps ; l'effet produit peut s'annuler, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans l'exp&#233;rience int&#233;rieure, le temps n'est pas mesurable puisque la perception du temps varie d'un moment &#224; l'autre, de situation &#224; situation. Mais surtout, le temps interne peut rester immobile ; il a la facult&#233; de cesser de s'&#233;couler. Cela peut survenir &#224; travers un flou rapide d'une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements r&#233;p&#233;t&#233;s (moments, sensations, images) tellement fugaces qu'ils constituent un cycle pour tr&#232;s peu de temps, mais cr&#233;ent en fait l'exp&#233;rience de l'immobilit&#233; ou bien cela peut &#234;tre le r&#233;sultat d'une absence d'&#233;v&#233;nements et de r&#233;flexions &#233;prouv&#233;s comme un vide. Dans les deux cas, le temps cesse d'&#234;tre s&#233;quentiel et devient alors un point fixe, immobile. Le passage entre les diff&#233;rents moments est discontinu et marqu&#233; par l'interruption. Les moments internes sont impr&#233;visibles ; ils peuvent soudainement faire irruption les uns dans les autres, un peu comme un &#233;v&#233;nement qui vient interrompre le train-train.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les rythmes internes sont, par cons&#233;quent, variables et ne peuvent &#234;tre attribu&#233;s une fois pour toutes &#224; une cat&#233;gorie bien pr&#233;cise. Une minute peut &#171; durer une heure &#187;, alors qu'une journ&#233;e peut s'envoler en un instant ; une sensation exactement identique est quelquefois rapide et d'autres fois d'une lenteur mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans la soci&#233;t&#233; actuelle, l'opposition entre le temps interne et le temps social ne pourrait pas &#234;tre plus marqu&#233;e. Naturellement, la culture engendre des m&#233;canismes de contr&#244;le de cette tension &#8211; comme l'art, le jeu et les mythes. Les individus, eux aussi, poss&#232;dent des ressources pour concilier des moments oppos&#233;s &#8211; le sommeil, l'imagination ou l'amour ne sont que des exemples. Cependant, dans notre soci&#233;t&#233;, la contradiction est mise en &#233;vidence lorsqu'il y a un conflit plus direct entre les rythmes internes et les contraintes des r&#232;gles sociales, comme dans les relations entre adulte et enfant, dans le traitement de la folie ou dans la d&#233;finition sociale de la diversit&#233;. Dans l'existence d'un individu, la maladie est le signe le plus &#233;vident de l'opposition entre le temps interne et le temps social. Le passage d'un temps &#224; l'autre, leur cohabitation facile, sinon assez harmonieuse, est l'une des principales conditions de l'&#233;quilibre personnel ainsi qu'un facteur critique pour la vie sociale dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=60&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;M&#233;tamorphoses et limites &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident d&#233;sormais que notre exp&#233;rience et la mani&#232;re dont nous la construisons s'av&#232;rent de plus en plus fragment&#233;es. Aujourd'hui, les individus appartiennent &#224; une pluralit&#233; de r&#233;seaux, d'associations, de groupes de r&#233;f&#233;rence. Y pr&#233;parer son entr&#233;e et sa sortie est beaucoup plus rapide et plus fr&#233;quent que par le pass&#233;, et le temps que nous y investissons est r&#233;duit. En attendant, la quantit&#233; d'informations que nous &#233;mettons ou que nous recevons augmente et atteint cette fois un niveau sans pr&#233;c&#233;dent. Les m&#233;dias, l'environnement professionnel, les relations interpersonnelles et le temps libre continuent &#224; g&#233;n&#233;rer des informations pour l'individu qui les re&#231;oit, les analyse, les apprend par c&#339;ur et r&#233;pond parfois par plus d'informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La rapidit&#233; du changement, la pluralit&#233; des associations, des groupes d'appartenance, la profusion de possibilit&#233;s et de messages qui s'imposent &#224; nous, tout cela sert &#224; affaiblir les points de r&#233;f&#233;rence sur lesquels se fonde notre identit&#233;. La possibilit&#233; pour chacun d'entre nous d'affirmer avec conviction et continuit&#233; &#171; je suis X, Y ou Z &#187; devient de plus en plus incertaine. La n&#233;cessit&#233; de r&#233;-&#233;tablir sans cesse qui je suis et qu'est-ce qui assure la continuit&#233; de ma biographie devient plus pr&#233;gnante. Le sentiment d'&#234;tre &#171; sans abri &#187; s'installe alors, &#224; tel point que nous devons constamment b&#226;tir et reb&#226;tir notre &#171; foyer &#187; devant ces situations et ces &#233;v&#233;nements qui changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La signification du pr&#233;sent ne se trouve pas dans la destination finale de l'histoire ; le temps perd sa finalit&#233; et la catastrophe (nucl&#233;aire, &#233;cologique) devient une possibilit&#233;. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;veloppement qui, pour la premi&#232;re fois, r&#233;v&#232;le clairement la caract&#232;re unique de notre exp&#233;rience individuelle. Le temps interne, et chaque moment qui l'accompagne, est exceptionnel. Non seulement il ne retourne pas dans un cycle sans fin qui se r&#233;p&#232;te, mais encore il emporte avec lui un autre sens, un autre plus limit&#233; que ce que nous sommes capables de produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La m&#233;tamorphose semble &#234;tre la meilleure r&#233;ponse que l'on puisse donner &#224; ce besoin de continuit&#233; dans le changement. L'unit&#233; et la continuit&#233; de l'exp&#233;rience individuelle ne peuvent &#234;tre trouv&#233;es dans une identification fixe comportant un mod&#232;le, un groupe ou une culture bien d&#233;finis. Elles doivent donc &#234;tre plut&#244;t fond&#233;es sur une capacit&#233; interne &#224; &#171; changer de forme &#187;, &#224; se red&#233;finir constamment dans le pr&#233;sent, &#224; renverser des d&#233;cisions et des choix. Mais cela signifie aussi ch&#233;rir le pr&#233;sent comme une exp&#233;rience unique et irr&#233;p&#233;table avec laquelle je me r&#233;alise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous pouvons uniquement pr&#233;server notre unit&#233; en nous montrant capables &#171; d'ouvrir et de fermer &#187;, de prendre part et de s'&#233;loigner du flux de messages. Il devient, par cons&#233;quent, vital de trouver un rythme d'entr&#233;e et de sortie qui permette &#224; chacun d'entre nous de communiquer de fa&#231;on sens&#233;e sans nullifier notre existence interne. Cependant, dans cette alternance entre bruit et silence, nous avons besoin d'une int&#233;grit&#233; interne qui puisse survivre &#224; travers les changements. Pour vivre le caract&#232;re discontinu et variable du temps et de l'espace, nous devons trouver un moyen d'unifier l'exp&#233;rience autrement que par notre moi &#171; rationnel &#187;. Fragmentation et impr&#233;visibilit&#233; &#233;chappent &#224; la pens&#233;e causale et &#224; la logique de l'efficacit&#233;. En revanche, elles exigent la sagesse de la perception plus imm&#233;diate, de la conscience intuitive et de l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rapport avec l'autre devient, de cette fa&#231;on, la possibilit&#233; de choisir et de reconna&#238;tre la diff&#233;rence. Une relation existe quand et si ce qui me distingue de l'autre est accept&#233; et devient la base de la communication. Par cons&#233;quent, communiquer signifie d&#233;pendre de ce qui est commun afin de d&#233;couvrir et d'affirmer la diff&#233;rence de l'autre. Nous pouvons choisir de communiquer, mais la possibilit&#233; de choix introduit de l'impr&#233;vu et du risque dans nos rapports et transforme ceux-ci en un champ d'engagement &#233;motionnel et de d&#233;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Notre identit&#233; doit trouver ses racines dans le pr&#233;sent pour s'occuper d'autant de fluctuations et de m&#233;tamorphoses. Nous devons avoir la facult&#233; d'ouvrir et de fermer nos voies de communication avec le monde ext&#233;rieur afin de maintenir nos rapports sans &#234;tre submerg&#233;s par l'&#233;norme quantit&#233; de signaux. De plus, pour embrasser un vaste champ d'exp&#233;rience qui ne peut confiner avec les limites strictes de la pens&#233;e rationaliste, nous avons besoin de nouvelles capacit&#233;s pour un contact imm&#233;diat et intuitif avec la r&#233;alit&#233;. Ces exigences d&#233;placent les limites entre int&#233;rieur et ext&#233;rieur et font ressortir la n&#233;cessit&#233; d'une conscience personnelle et d'une responsabilit&#233; plus grandes, d'un contact plus &#233;troit avec notre exp&#233;rience interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une conscience capable de jongler avec le plus large spectre possible d'informations sans &#234;tre submerg&#233;e pour autant, capable de &#171; voir &#187; sans &#234;tre pour autant aveugl&#233;e, facilite le passage de l'interne vers l'externe, du temps int&#233;rieur vers le temps social et &lt;i&gt;vice versa&lt;/i&gt;. Une communication fluide entre ces deux dimensions d'exp&#233;rience est essentielle pour notre int&#233;grit&#233; individuelle. Et inversement, la difficult&#233; de passer de l'une &#224; l'autre est un signe &#233;vident d'une forme quelconque de malaise ou de pathologie. Un acc&#232;s obstru&#233; vers le monde interne laisse une personne &#224; bout de ressources, abandonn&#233;e dans un r&#244;le vide et monotone de masques sociaux. L'incapacit&#233; d'&#233;chapper &#224; la sph&#232;re incommunicable de l'exp&#233;rience interne enferme l'individu dans la prison du silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La d&#233;finition et la reconnaissance de ces limites est la cl&#233; pour se d&#233;placer dans l'une ou l'autre direction : vers la communication avec l'ext&#233;rieur et conform&#233;ment aux r&#232;gles du temps social ; ou dans le sens d'une voix interne qui parle &#224; chaque personne dans son langage secret. De cette fa&#231;on, on &#233;tablit un cycle d'ouverture et de fermeture, une oscillation permanente entre les deux niveaux d'exp&#233;rience. L'individu doit devenir de plus en plus l'arbitre et le r&#233;gulateur de cette oscillation ; il est le seul &#224; avoir la facult&#233; de donner le rythme et le &lt;i&gt;tempo&lt;/i&gt;. De tels passages marquent l'&#233;volution dynamique, les m&#233;tamorphoses de l'existence personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette charni&#232;re fragile entre l'interne et l'externe est le point de rencontre entre les signaux internes et externes que nous devons d&#233;coder afin de r&#233;ussir &#224; nous situer par rapport aux changements de notre int&#233;riorit&#233; mais aussi dans notre interaction avec un monde qui est de plus en plus &#171; construit &#187; par la science et la technologie. Comme la s&#233;rie de possibilit&#233;s devient trop vaste &#224; c&#244;t&#233; de nos opportunit&#233;s d'action et d'exp&#233;rience r&#233;elles, la question des limites devient, elle, le probl&#232;me fondamental de notre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On demande aux humains d'un monde plan&#233;taire de s'acheter une nouvelle sagesse. Une &#233;valuation des chances qui sont offertes par la science et la technologie ne peut &#234;tre s&#233;par&#233;e d'une prise de conscience des limites de l'homme et de la nature : et c'est l&#224; le plus pr&#233;cieux h&#233;ritage de ce qu'on appelle les &#171; cultures traditionnelles &#187;. Ce probl&#232;me de choix, d'incertitude et de risque rappelle &#224; tout un chacun &#8211; dans le sc&#233;nario hyper-technologique de notre soci&#233;t&#233; complexe &#8211; l'exp&#233;rience humaine des limites. Et de la libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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