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		<title>Pascal MICHON, Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet
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		<dc:creator>Daniel Vidal
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&lt;p&gt;Ce compte-rendu a d&#233;j&#224; paru dans Archives de sciences sociales des religions, N&#176; 152, octobre-d&#233;cembre 2010 et mis en ligne le 06 mai 2011 ICI. P. Michon, Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet, Paris, Le Cerf, 2010. Le sujet, cet inconnu. Ou, plus exactement, cela qui a &#233;t&#233; maintenu hors champ par les sciences sociales et les philosophies contemporaines. Non que les unes et les autres l'aient ignor&#233;, mais il fut sollicit&#233; de fa&#231;on telle qu'il a toujours &#233;t&#233; soumis, selon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce compte-rendu a d&#233;j&#224; paru dans&lt;/i&gt; Archives de sciences sociales des religions, &lt;i&gt;N&#176; 152, octobre-d&#233;cembre 2010 et mis en ligne le 06 mai 2011 &lt;a href=&#034;http://assr.revues.org/22073&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
P. Michon, &lt;i&gt;Fragments d'inconnu. Pour une histoire du sujet&lt;/i&gt;, Paris, Le Cerf, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le sujet, cet inconnu. Ou, plus exactement, cela qui a &#233;t&#233; maintenu hors champ par les sciences sociales et les philosophies contemporaines. Non que les unes et les autres l'aient ignor&#233;, mais il fut sollicit&#233; de fa&#231;on telle qu'il a toujours &#233;t&#233; soumis, selon Pascal Michon, &#224; des syst&#232;mes r&#233;f&#233;rentiels qui en gommaient l'intelligibilit&#233; singuli&#232;re. Sujet &#224; proprement parler &#171; assujetti &#187;, quand il convient aujourd'hui, pour l'auteur, philosophe et historien, d'en proclamer la souverainet&#233; critique et la capacit&#233; interpr&#233;tante, ainsi qu'il en allait d&#233;j&#224; en ses &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'une histoire du sujet&lt;/i&gt; (1999) et sa &lt;i&gt;Po&#233;tique d'une anti-anthropologie. L'herm&#233;neutique de Gadamer&lt;/i&gt; (2000). Et l'analyse d&#233;montrera que le sujet, toujours discontinu et en partie al&#233;atoire, &#171; fragment&#233; &#187;, est site de &#171; l'aventure &#187; du vivre, son &#171; advenue &#187;. Site d'une existence singuli&#232;re, dont Kierkegaard, que curieusement Pascal Michon n'&#233;voque pourtant jamais, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l'inventeur, au seuil de nos modernit&#233;s. La critique adress&#233;e ici aux sciences sociales quant &#224; leur prise en charge de la question du sujet est solidement &#233;tay&#233;e par le constat du primat accord&#233; &#224; l'&#171; absolutisation du social &#187;, ultime r&#233;f&#233;rentiel invoqu&#233; dans le traitement de la subjectivation, ou de la conception de la langue (et non du langage, ce qui change toute la donne de la dispute th&#233;orique) comme &#171; fondement ontologique ou noyau de communication intersubjective &#187;. Dans le premier cas, les sciences humaines auraient d'embl&#233;e identifi&#233; en l'&#339;uvre de Durkheim, l'argument qui devait les autoriser &#224; subordonner le sujet &#224; l'inscription en lui des imp&#233;ratifs soci&#233;taux qui l'obligent. On n'en vient au sujet qu'au travers de la pleine intelligence du social. Il en va de m&#234;me pour la sociologie moderne du langage, qui, exception faite de l'ethnom&#233;thodologie &#8211; encore que l'auteur demande qu'on l'examine de plus pr&#232;s &#8211; consid&#232;re le langage comme sous-syst&#232;me social, &#224; l'&#233;gal d'autres instances ou agences d'historicit&#233;. Weber pourrait sans doute &#234;tre ici convoqu&#233; comme au principe de cette prise en compte du langage comme signe ne tenant valeur que de sa combinaison avec tout autre principe d'&#233;gale intensit&#233; dans la constitution des types id&#233;aux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Du social &#224; la langue, il convient donc, selon Pascal Michon, de &#171; briser les jeux de miroirs &#187;, afin que de ces &#233;clats puisse se penser v&#233;ritablement le sujet &#171; radicalement historique &#187;. La philosophie, et le &#171; tournant linguistique &#187; qu'elle accomplit depuis une g&#233;n&#233;ration, ne permet pas non plus de poser le sujet en cette radicalit&#233;. Sans doute, Heidegger pense-t-il le langage &#8211; et non plus la langue &#8211; comme site du sujet, lorsque port&#233; &#224; son plus haut niveau d'accomplissement po&#233;tique. Mais cela s'entend comme &#171; discours a-logique capable de faire l'exp&#233;rience de l'&#202;tre &#187; &#8211; et l&#224; encore le po&#233;tique m&#234;me se trouve habilit&#233; par une r&#233;f&#233;rence en absolu, qui en l&#233;gitime, en quelque sorte, la possibilit&#233;. Mais le langage, et la subjectivit&#233; qu'il d&#233;note, ne peuvent s'entendre comme rapport&#233;s &#224; des r&#233;f&#233;rentiels de surplomb &#8211; &#202;tre ou soci&#233;t&#233;. Ils ne peuvent signifier le sujet que comme &#171; interpr&#233;tant du social, sans lequel, souligne l'auteur, celui-ci ne saurait fonctionner ni exister &#187;. Il n'est pas d'en-de&#231;&#224; du langage, non plus qu'un au-del&#224;. La &#171; langue &#187; ni la &#171; Tradition &#187; ne fondent l'invention du sujet. Analysant la lecture par Gadamer des po&#232;mes de Paul Celan, Pascal Michon identifie le point pr&#233;cis o&#249; l'interpr&#233;tation lui semble prendre le pas sur le dit po&#233;tique en tant que signifiance en absolu. On pourrait cependant objecter &#224; l'auteur que, loin de proposer une lecture &#171; clinique &#187; de Celan, qui se pencherait au sens propre sur l'&#339;uvre &#224; partir d'une d&#233;cision en amont, Gadamer tente de ne faire dire au po&#232;me rien qui ne soit pr&#233;cis&#233;ment le &#171; dit &#187; de ce po&#232;me. Et seulement ce qu'il dit en v&#233;rit&#233;. Mais Pascal Michon souligne par l&#224; le risque propre &#224; l'herm&#233;neutique, de substituer au texte, au langage, au po&#232;me, ces analogons que sont le discours commun, la &#171; langue en action &#187;, l'&#233;criture saisie en son fil. Et, par l&#224;, de rater le sujet, ou la subjectivit&#233;, qui fait effraction radicale comme historicit&#233; &#224; chaque fois r&#233;invent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quant au sujet, pr&#233;cise l'auteur, les sciences sociales se fourvoient en assimilant subjectivation et individuation, ou/et &#171; approfondissement &#187; int&#233;rieur. Le reproche para&#238;t av&#233;r&#233; si l'on s'en tient aux th&#233;ories sociologiques fond&#233;es sur le paradigme d'un sujet rationnel ajustant son action &#224; un calcul strat&#233;gique o&#249; doivent s'&#233;quilibrer contribution et r&#233;tribution. Sujet enti&#232;rement &#171; contractuel &#187;, en effet, et dont toute subjectivit&#233; dispara&#238;t comme capacit&#233; &#224; surprendre, et suspendre, le monde. Mais les sciences sociales se sont &#233;loign&#233;es depuis quelques longues d&#233;cennies, de cette conception, pour autant qu'elles en aient &#233;t&#233; en leur principe porteuses. La sociologie de Touraine, par exemple, &#171; pense le sujet &#187; comme acteur ultime de l'historicit&#233;, en la radicalit&#233; m&#234;me que sollicite la m&#233;ditation de Pascal Michon. Si l'on en vient &#224; des champs sociologiques plus pr&#233;cis, concernant par exemple la &#171; science &#187; des religions, il est clair que la mystique, en son dire et son &#233;criture, et tout r&#233;quisit sociologique observ&#233;, ne peut s'entendre que comme site du sujet en sa singularit&#233; et son rythme propre. Que l'on puisse rabattre cette subjectivit&#233; sur des encha&#238;nements de causalit&#233;s qui en diraient la raison, bien des analystes l'ont tent&#233;. Mais d'autres, auxquels il conviendrait d'accorder plein cr&#233;dit &#8211; Michel de Certeau par excellence, ou Jacques Le Brun &#8211;, pensent v&#233;ritablement le &#171; sujet &#187; mystique comme imp&#233;ratif primant sur la raison sociale ou historienne, rejoignant ainsi Pascal Michon au centre vif de sa qu&#234;te. Car le dit mystique est bien cette &#171; hyper-exp&#233;rience du fonctionnement du langage &#187; qui est, pour l'auteur, l'autre nom du sujet. Par lui, comme en po&#233;tique, et au rebours de la saisie positiviste de l'action humaine, et du dualisme qui confronte et relie individu et soci&#233;t&#233;, le langage n'est plus (seulement) ce qui nous &#171; &#233;mancipe des d&#233;terminismes &#187;, autorisant ainsi, selon Paul Ric&#339;ur, qu'une identit&#233; se construise. Pas plus qu'un jeu de signes engren&#233;s les uns aux autres &#171; sans jamais permettre &#224; une signification de se fixer &#187;, d&#233;finissant alors ce qui rel&#232;ve, pour Derrida, sp&#233;cifiquement de la langue. &#192; l'&#8197;&#171; interpr&#233;tance &#187; du social ou de la langue, Pascal Michon substitue l'&#8197;&#171; interpr&#233;tance &#187; du langage. C'est le langage qui dit le sujet, et qui dit la raison, ou la d&#233;raison, de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire. Mais il fait bien plus que la dire : il l'institue. Le sujet est d&#232;s lors l'instituant de l'existence, singuli&#232;re aussi bien que collective. Bref, le sujet est l'absolu du regard et de la voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#171; Sujet et langage sont des inconnus que nous ne pouvons saisir que par fragments &#187;, &#233;crit Pascal Michon. Il lui faut alors examiner toutes les ressources philosophiques, de Hegel et Kant &#224; Nietzsche et Foucault, pour en venir &#224; cette mise en question et en cause des significations de notre h&#233;ritage des Lumi&#232;res et de notre modernit&#233;. Que la modernit&#233; h&#233;g&#233;lienne s'entende comme libert&#233; de la subjectivit&#233; en m&#234;me temps qu'&#233;clatement de la raison ; que le jeu circulaire de l'herm&#233;neutique gadam&#233;rienne suppose le primat de la langue et de la Tradition ; que la communication intersubjective, chez Rawls ou Arendt, requi&#232;re l'analyse des transcendantaux ; que tout discours, chez Nietzsche, Foucault ou Deleuze, soit lieu de &#171; diff&#232;rement transversal &#187; fondant &#171; l'agonistique de la communication &#187; &#8211; l'ensemble de ces &#339;uvres, qui ne se lib&#232;rent que partiellement de la conception d'un &#171; sujet substantiel traditionnel &#187;, ne paraissent plus &#224; m&#234;me de penser le sujet en sa radicalit&#233; historique. On a vu qu'il fallait pour cela fonder le langage comme seule modalit&#233; du sujet, et le langage port&#233; &#224; son exc&#232;s et sa plus haute vertu, et v&#233;rit&#233; : le po&#232;me. Pascal Michon revisite alors Kant et le &#171; jugement esth&#233;tique &#187; ; Gadamer et, nous l'avons vu, son questionnement sur l'art, qui ouvre &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et M&#233;thode&lt;/i&gt;, etc. Ce furent des annonciateurs qui cependant, selon l'auteur, ne rompirent pas cat&#233;goriquement avec les cadres a priori du sujet et du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avec Simmel et, plus directement, avec Groethuysen, l'homme &#171; se probl&#233;matise contin&#251;ment &#187; &#224; partir des &#171; pratiques s&#233;mantiques &#187; (et non s&#233;miotiques, qui renverraient &#224; la langue, et non au langage) qui &#171; soutiennent cette probl&#233;matisation &#187;. L'ouvrage traitera alors de ce langage/sujet dans les termes de l'art. Il faut, &#233;crit Pascal Michon, &#171; se retourner vers une v&#233;ritable &lt;i&gt;po&#233;tique de l'art&lt;/i&gt; &#187; s'inscrivant &#171; en faux contre l'id&#233;e d'un &#233;clatement irr&#233;m&#233;diable des sph&#232;res de valeurs [&#8230;] Une telle exp&#233;rience (esth&#233;tique) est toujours &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt; cognitive, &#233;thique et politique, car elle est toujours exp&#233;rience de subjectivation &#187;. Art, langage, sujet, topiques &#233;quivalentes. Disant l'un, nous &#233;non&#231;ons l'autre, en une passion unifiante qui fait de l'ouvrage de Pascal Michon un br&#251;lot contre le dualisme et sa tradition socio-philosophique. Penser le sujet est ainsi penser ce qui exc&#232;de la langue et l'histoire, la modernit&#233; et la postmodernit&#233;. Car c'est leur substituer &#171; le th&#232;me pluraliste mais non relativiste d'un infini de modernit&#233;s apparaissant continuellement au cours de l'histoire des hommes &#187;. Le langage est ainsi cette &#171; activit&#233; &#187; irradiante et interpr&#233;tante qui est le seul lieu du sujet. Humboldt le pla&#231;ait &#171; au fondement de l'historicit&#233; humaine &#187;, non pas comme principe de potentialit&#233;, mais, selon la terminologie de Pascal Michon, d'&#8197;&#171; instanciation &#187;. Non pas puissance de, mais accomplissement en soi. Et donc, instance d'embl&#233;e d'historicit&#233;, en son &#171; instant &#187; m&#234;me. Commentant Humboldt, Cassirer notait avec perspicacit&#233; qu'il cherchait &#171; &#224; parvenir au point o&#249; l'opposition de la subjectivit&#233; et de l'objectivit&#233;, de l'individualit&#233; et de l'universalit&#233; se r&#233;sout pour devenir pure indiff&#233;renciation &#187;. Est-on si &#233;loign&#233; du &#171; sentiment oc&#233;anique &#187; freudien, ou du pari en absolu du surr&#233;alisme ? Loin, en tout cas, de ne se penser que sous condition de r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#202;tre, comme il en va chez Heidegger, le langage, selon la belle formule de l'auteur, est la &#171; maison de l'&#234;tre &#187; &#8211; et sa raison. L'arbitraire du signe, chez Saussure, concerne langue plus que langage. C'est de cet &#171; arbitraire &#187; que la langue tient son statut de contrat inter-personnel. Mais cette convention, &#171; al&#233;atoire et immuable &#187;, r&#233;git des types d'historicit&#233;s (&#171; action du temps [combin&#233;e] avec celle des forces sociales &#187;, &#233;crit le linguiste). Ainsi se d&#233;finit une tension entre &#171; l'activit&#233; sui-r&#233;f&#233;rentielle du langage et son rapport au monde &#187;, rapport qu'assume, proprement dit, la langue. Aussi bien l'auteur peut-il conclure avec Saussure, en la &#171; radicale historicit&#233; des syst&#232;mes linguistiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais, dans le mesure o&#249; &#171; l'activit&#233; du langage &#187; prime absolument sur les modalisations singuli&#232;res de la langue, Pascal Michon s'&#233;carte de l'argumentation du linguiste pour &#171; penser l'historicit&#233; de l'action [du langage] sans avoir recours &#224; son identification &#224; une action de la collectivit&#233; &#187; &#8211; ou individuelle. Le langage/sujet prime exactement sur les conditions de l'action en situation et le fil du discours qui s'y tient. De l&#224;, sans doute, les r&#233;serves que Pascal Michon exprime &#224; l'&#233;gard de l'ethnom&#233;thodologie. Benveniste, enfin, pour clore ce passage en revue du statut du langage. Celui-ci est bien le &#171; lieu effectif de signifiance, sans transcendance &#187;, o&#249; subjectivation et &#171; sociation &#187; ne se distinguent et moins encore ne s'opposent ; o&#249; le sujet, le langage et le rapport au monde qu'il(s) inaugure(nt), constituent une seule et m&#234;me autor&#233;f&#233;rence. Autrement dit, &#233;crit Pascal Michon, &#171; chaque acte de langage est une action sociale par laquelle se r&#233;inventent sans cesse les relations entre les hommes, et donc le sujet &#187;. Pas plus qu'il n'est soumis au primat du social, le langage n'est assujetti &#224; l'histoire : &#171; c'est le langage qui fonde notre historicit&#233; &#187;. Qu'est-ce alors un sujet ? &#171; L'&#233;mergence dans l'&#234;tre, commente Pascal Michon, d'une propri&#233;t&#233; fondamentale du langage &#187; : le &#171; je &#187;, &#171; l'extraordinaire &#224; l'&#233;tat pur, naissant sans cesse au sein du plus banal &#187;. Le &#171; banal &#187; comme site de transcendance ? Un &#171; je &#187; qui &#171; ne re&#231;oit sa r&#233;alit&#233; que de son &#233;nonciation &#187;. Tr&#232;s proches ici sommes-nous sans doute de l'analyse par Michel de Certeau du &#171; volo &#187; triomphant de la mystique, o&#249; le &#171; je &#187; s'indique comme pure volont&#233;. Benveniste : &#171; Tout homme invente sa langue et l'invente toute sa vie. Et tous les hommes inventent leur propre langue sur l'instant et chacun d'une fa&#231;on distinctive, et chaque fois d'une fa&#231;on nouvelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le sujet est ainsi cette invention proprement inou&#239;e qui vient avec le langage, ainsi que chez Rimbaud la mer all&#233;e avec le soleil. Penser langage est penser sujet. Pascal Michon : &#171; Le langage n'est ni principe de libert&#233;, ni condition de possibilit&#233;, ni n&#233;cessit&#233;, ni horizon, ni chaos. Il est de l'ordre d'une forme de ce qui est mouvant, d'un &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt; et d'une&lt;i&gt; mani&#232;re de fluer&lt;/i&gt;. &#187; Ainsi en va-t-il du sujet, que l'auteur peut alors mettre &#171; &#224; l'&#233;preuve de la litt&#233;rature &#187;. L'auteur reproche &#224; la critique herm&#233;neutique du sujet de dissocier le sens de la forme. Ainsi s'oppose-t-il &#224; la lecture par Gadamer de la po&#233;tique de Celan, qui privil&#233;gierait le sens au d&#233;triment du dit po&#233;tique en sa forme pure. Le lecteur peut avoir quelque r&#233;ticence &#224; admettre le bien-fond&#233; de cette critique : Gadamer pose en effet l'acte de lecture comme inscrit au principe de l'&#339;uvre, comme participant de son efficacit&#233; symbolique et &#233;thique, et de son historicit&#233;. Bref, de la subjectivit&#233; qui s'y joue. Sans pr&#233;juger, au contraire de ce qu'&#233;crit Pascal Michon, de r&#233;f&#233;rence &#224; quelque &#171; sens cach&#233; ou perdu &#187;. Au demeurant, l'auteur en pourrait convenir, qui d&#233;finit le langage comme &#171; activit&#233; productrice de signifiance et de transsubjectivit&#233;, et condition de possibilit&#233; d'une production infinie de formes de vie nouvelles &#8211; une infinit&#233; de formes de subjectivation &#8211; une infinit&#233; de modernit&#233;s &#187;. Ainsi en va-t-il du sujet, cette &#171; &#233;mergence li&#233;e au langage comme activit&#233; &#187; &#8211; sujet aussit&#244;t pluraliste, histori&#233;, abolis tous les garants m&#233;ta-sociaux de l'ordre social. En ce point pr&#233;cis, l'&#339;uvre de Meschonnic est &#224; juste titre sollicit&#233;e. Car pour l'auteur de &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt; (1982) et de &lt;i&gt;Politique du rythme, politique du sujet&lt;/i&gt; (1995), le sujet n'est &#171; ni substance, ni forme, ni n&#339;ud de forces, mais instanciation du langage &#187;. Non qu'il soit immanent &#224; celui-ci, mais il en est, si l'on peut dire, le for int&#233;rieur &#8211; cette intimit&#233; habit&#233;e jusqu'&#224; faire pr&#233;sence pure. L'art, ce langage port&#233; &#224; sa plus haute tension, et &#233;nergie, et le sujet qui s'y livre selon son rythme propre, est ainsi &#224; la fois &#171; individu &#187;, absolument singulier, et &#171; unit&#233; ouverte &#187;, &#171; &#224; l'origine d'une cha&#238;ne infinie de r&#233;-&#233;nonciations &#187;. Telle est bien l'&#233;preuve de la litt&#233;rature, &#224; laquelle Pascal Michon soumet son th&#233;or&#232;me du sujet. Le &#171; je &#187; n'est jamais que cet autre dont Rimbaud a proclam&#233; l'&#233;clat premier, dans le sillage de Hugo (&#171; &#212; insens&#233; qui crois que je ne suis pas toi), et en invite &#224; Aragon (&#171; &#8220;je&#8221; exprime tout le concret de l'homme &#187;). Et le sujet, par cette concr&#233;tude m&#234;me, par cette alt&#233;rit&#233; instituante, par cette vocation &#224; universalit&#233;, assume ainsi un double d&#233;fi : n'&#234;tre qu'&#224; lui-m&#234;me sa propre r&#233;f&#233;rence, et, selon son rythme et sa passion du temps, prendre l'histoire &#224; pleine voix, et, proph&#233;tique et utopique, disant l'aventure du monde et &#171; maximisant la puissance du vivre &#187;. Ainsi est-il en son langage l'interpr&#233;tant &#171; po&#233;tique &#187; du social en la pluralit&#233; de ses significations, la discontinuit&#233; de son histoire, et la mobilit&#233; de ses accomplissements. Le sujet, ou le signifiant donnant &#171; chair s&#233;mantique historique &#187; au social. Mais sujet aussi bien, l'&#339;il fixant Ca&#239;n en sa tombe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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