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		<title>Une prison &#224; l'&#233;preuve du temps. Temporalit&#233;s carc&#233;rales d'hier et d'aujourd'hui
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		<dc:date>2016-10-27T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manuela Cunha
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&lt;p&gt;Manuela Ivone P. da Cunha est professeur &#224; l'Universidade do Minho, CRIA-UM (Portugal) et chercheur associ&#233; &#224; l'IDEMEC (France). Nous la remercions de nous avoir autoris&#233; &#224; reproduire ce texte d&#233;j&#224; paru dans S. Humbert, N. Derasse &amp; J.-P. Royer (dir.), La prison, du temps pass&#233; au temps d&#233;pass&#233;, Paris, L'Harmattan, 2012, p. 143-153. Nous avons souvent tendance, notamment dans les rencontres scientifiques qui font du temps leur protagoniste, &#224; parler de diff&#233;rents types de temps &#8211; le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Manuela Ivone P. da Cunha est professeur &#224; l'Universidade do Minho, CRIA-UM (Portugal) et chercheur associ&#233; &#224; l'IDEMEC (France). Nous la remercions de nous avoir autoris&#233; &#224; reproduire ce texte d&#233;j&#224; paru dans S. Humbert, N. Derasse &amp; J.-P. Royer (dir.),&lt;/i&gt; La prison, du temps pass&#233; au temps d&#233;pass&#233;, &lt;i&gt;Paris, L'Harmattan, 2012, p. 143-153.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous avons souvent tendance, notamment dans les rencontres scientifiques qui font du temps leur protagoniste, &#224; parler de diff&#233;rents types de temps &#8211; le temps de la nature, le temps de la montre, le temps cyclique, le temps progressif, et ainsi de suite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie la Wenner-Gren Foundation for Anthropological Research (Gr. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De telle sorte qu'une notion qui commence par &#234;tre un simple raccourci descriptif, une &#233;tiquette pratique qui peut avoir quelque pertinence analytique (ex. L&#233;vi-Strauss, 1962 ; Leine, 1997), se d&#233;tache de son usage original et devient une ontologie, finissant par gagner une existence propre ou par acqu&#233;rir dans nos raisonnements une r&#233;alit&#233; qu'elle n'avait pas auparavant. Comme s'il y avait, r&#233;ellement, diff&#233;rents types de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En utilisant ici l'expression le temps &#171; carc&#233;ral &#187;, je ne manquerai pas de faire moi aussi de m&#234;me, mais on peut penser ici &#224; Alfred Gell, qui prenait toujours soin de pr&#233;ciser que &#171; le temps est toujours le m&#234;me, mais c'est de diff&#233;rentes mani&#232;res qu'il devient important dans les affaires humaines &#187; (1992 : 315).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La prison est un excellent exemple pour v&#233;rifier la justesse de cette pr&#233;cision. Nous savons bien que le temps de la prison n'est pas d'une esp&#232;ce diff&#233;rente de celui du monde libre. Mais il nous semble que, l&#224;-bas, il n'appara&#238;t pas de la m&#234;me mani&#232;re. Quand une sentence est exprim&#233;e en mois ou en ann&#233;es de privation de libert&#233;, le temps est plus qu'un aspect de la vie recluse. Il se confond avec elle, avec les processus qui prennent place en son cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais si le temps prend ce relief en prison, il en vient aussi &#224; son tour &#224; mettre plus en &#233;vidence les logiques de l'exp&#233;rience carc&#233;rale. C'est pour cela qu'examiner la fa&#231;on dont il est v&#233;cu et repr&#233;sent&#233; en prison constitue une voie fondamentale pour comprendre la r&#233;clusion elle-m&#234;me. Je propose ici de montrer, &#224; partir de deux p&#233;riodes de travail de terrain dans la principale prison pour femmes au Portugal (le &lt;i&gt;Estabelecimento Prisional &lt;/i&gt; de Tires, de 1987 &#224; 1989 et en 1997), comment une transformation dans la relation au temps met en &#233;vidence une profonde mutation dans la nature de la prison contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lors de mon premier passage &#224; Tires, la rupture avec l'ext&#233;rieur repr&#233;sentait une donn&#233;e in&#233;vitable de la r&#233;clusion. Les murs de la prison mat&#233;rialisaient une fronti&#232;re sociologique et symbolique tr&#232;s marqu&#233;e. Et ceci d'abord parce qu'&#234;tre prisonnier voulait dire se trouver s&#233;par&#233; de l'univers des relations ext&#233;rieures. Pour qui y entrait, la prison repr&#233;sentait donc un vide social. Mais devenir prisonnier s'accompagnait aussi d'un stigmate qui mettait en cause l'identit&#233; personnelle et sociale ant&#233;rieure (Cunha 1994).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or la relation avec le temps exprimait de fa&#231;on tr&#232;s claire cette rupture avec l'ext&#233;rieur. Si l'on consid&#232;re la p&#233;riode de temps que repr&#233;sente la dur&#233;e de la peine, les prisonni&#232;res en parlaient comme d'une &#171; interruption &#187; &#8211; une interruption dans un parcours de vie &#8211;, indiquant ainsi une discontinuit&#233; par rapport au pass&#233; et au futur. Comme s'il s'agissait d'une parenth&#232;se, la dur&#233;e de la peine &#233;tait per&#231;ue en tant qu' &#171; un temps &#224; part &#187;. Cette expression &#233;tait d'ailleurs interchangeable avec une autre, tout aussi courante dans le discours des prisonni&#232;res lorsqu'elles s'exprimaient sur la prison : &#171; un monde &#224; part &#187; (Cunha 1995). Comme si, &#224; l'occasion d'un changement d'endroit, le temps s'immobilisait. Se trouvait ainsi pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me une relation d'homologie entre les dimensions de l'espace et du temps constat&#233;e dans plusieurs contextes culturels (Szamosi, 1986 ; Shirley Ardener, 1993 : 6-8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De la m&#234;me fa&#231;on, le pass&#233; et le futur &#233;taient alors des r&#233;alit&#233;s temporellement et spatialement bien d&#233;limit&#233;es. Par &#171; pass&#233; &#187; et &#171; futur &#187; les d&#233;tenues se r&#233;f&#233;raient toujours, respectivement, aux p&#233;riodes ant&#233;rieure et post&#233;rieure &#224; leur incarc&#233;ration. Ces mots ne servaient jamais &#224; situer les &#233;v&#232;nements compris dans la dur&#233;e de la d&#233;tention. La peine de prison &#233;tait alors per&#231;ue comme un pr&#233;sent immobile, un temps suspendu dans la longue dur&#233;e. Ce &#171; temps &#224; part &#187; &#233;tait donc coup&#233; du pass&#233; et du futur, de la m&#234;me fa&#231;on que les murs de la prison coupaient celle-ci de l'espace ext&#233;rieur. On pourrait dire que dans le pr&#233;sent repr&#233;sent&#233; par les d&#233;tenues il n'y avait pas de r&#233;sidus du pass&#233;, ni d'&#233;l&#233;ments &#233;mergeant du futur.
C'est l&#224; la perception qui pr&#233;valait lors de mon premier travail de terrain, et qui est r&#233;currente en de nombreuses situations classiques de r&#233;clusion p&#233;nale. Il se trouve pourtant qu'un retour &#224; Tires dix ann&#233;es plus tard allait me mettre devant une situation tr&#232;s diff&#233;rente. Entre les diverses alt&#233;rations qui s'&#233;taient entre temps op&#233;r&#233;es dans le profil de la population incarc&#233;r&#233;e, on remarquait un changement assez significatif. Il s'agit de r&#233;seaux de parent&#233; et voisinage plus ou moins vastes qui ont commenc&#233; &#224; se transposer du monde ext&#233;rieur vers l'int&#233;rieur de la prison. C'&#233;tait donc des r&#233;seaux carc&#233;raux pr&#233;constitu&#233;s, c'est &#224; dire que ces prisonni&#232;res se connaissaient avant, que leurs vies &#233;taient entrelac&#233;es par ces liens pr&#233;alables. Or, d'habitude on suppose qu'en prison la r&#232;gle est pr&#233;cis&#233;ment l'oppos&#233;, autrement dit que les prisons combineraient des vies plus ou moins au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Je ne vais pas m'arr&#234;ter ici sur les raisons de cette transformation. Ce qu'il importe de souligner est le fait que ces r&#233;seaux d'interconnaissance pr&#233;alable ont modifi&#233; de diverses mani&#232;res la vie en r&#233;clusion (voir Cunha 2002 ; 2007). Tout d'abord parce que, lorsqu'elles deviennent prisonni&#232;res, ces personnes ne sont plus extirp&#233;es de leur monde social. D'importants segments de ce monde sont transf&#233;r&#233;s avec elle. En ce qui concerne cet aspect, la prison cesse donc d'&#234;tre un monde &#224; part. Il &#233;tait in&#233;vitable que ceci ait des cons&#233;quences sur la fa&#231;on qu'a eu le temps de prendre du relief dans le quotidien carc&#233;ral. Pour les prisonni&#232;res ins&#233;r&#233;es dans ces r&#233;seaux de parent&#233; et de voisinage, les id&#233;es d'interruption et de s&#233;paration ne sont plus associ&#233;es &#224; la prison, sauf dans la limite du fait qu'elles v&#233;hiculent, tr&#232;s concr&#232;tement, l'obstacle que la r&#233;clusion repr&#233;sente pour la r&#233;solution de probl&#232;mes &#224; l'ext&#233;rieur, soit parce qu'elle retarde la r&#233;solution de ces probl&#232;mes, ou encore parce qu'elle en cause de nouveaux. Mais, de fait, la s&#233;paration spatiale a cess&#233; d'entra&#238;ner la perception d'&lt;i&gt;un temps &#224; part&lt;/i&gt;. Ceci signifie que les repr&#233;sentations de la temporalit&#233; ont cess&#233; d'&#234;tre li&#233;es, comme c'&#233;tait le cas auparavant, &#224; la spatialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En second lieu, le &#171; pass&#233; &#187; n'&#233;quivaut plus &#224; &#171; l'ext&#233;rieur &#187; et il est devenu pour cela une r&#233;alit&#233; temporelle incluse dans la dur&#233;e de la peine. Quant au futur tel qu'il &#233;tait imagin&#233; &#8211; et toujours plac&#233;, comme je l'ai pr&#233;cis&#233;, dans la post-r&#233;clusion &#8212;, il a cess&#233; d'&#234;tre ce domaine irr&#233;el dans lequel se projetaient les fantaisies les plus improbables, comme si par magie la vie allait se transformer pour le mieux lors de la sortie. Le futur a commenc&#233; au contraire &#224; &#234;tre pris comme un ensemble de possibilit&#233;s plausibles qui sont enracin&#233;es dans le pr&#233;sent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un inventaire critique des notions de futur voir Ara&#250;jo (2005) et Adam (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en est ainsi parce que les r&#233;f&#233;rents du futur, comme ceux du pass&#233;, en sont venus &#224; faire partie de la prison. C'est &#224; dire que la relation &lt;i&gt;intra-muros&lt;/i&gt; avec les membres de la famille, les amis et les voisins &#8211; une relation qui est ant&#233;rieure &#224; la r&#233;clusion et se prolonge au-del&#224; d'elle &#8211; imprime constamment un sens de &#171; r&#233;alit&#233; &#187; qui ne permet pas de grandes fantaisies quant au futur. Il existe un plus grand sens du concret, les plans pour le futur sont plus modestes. La m&#234;me continuit&#233; reposant sur des r&#233;seaux d'interconnaissance pr&#233;-carc&#233;raux qui att&#233;nue la fronti&#232;re entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur de la prison est donc aussi celle qui induit une continuit&#233; entre le pass&#233;, le pr&#233;sent, et le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Dix ans plus t&#244;t, lors de ma premi&#232;re recherche, la dur&#233;e de la peine apparaissait comme un temps fig&#233;, un pr&#233;sent &#233;pais, non progressif. Il est &#233;vident que pas une seule prisonni&#232;re ne doutait du passage du temps, et cette certitude, comme il semble aller de soi, leur &#233;tait indispensable. Mais les divers processus qui se d&#233;veloppaient dans le laps de temps de l'incarc&#233;ration n'&#233;taient pas int&#233;gr&#233;s dans la dur&#233;e personnelle de chacune, ils n'&#233;taient pas investis de sens &#8211; d'o&#249; la notion d'un temps perdu. Les &#233;v&#233;nements qui avaient lieu au cours de la d&#233;tention n'avaient pas une qualit&#233; cumulative dans l'autobiographie des d&#233;tenues et ne faisaient m&#234;me pas l'objet d'une organisation chronologique. C'&#233;tait comme s'ils se dissolvaient, indistincts, dans l'horizon temporel de la r&#233;clusion. De plus, l'illusion d'un pr&#233;sent &#233;ternel, d'un temps cristallis&#233;, &#233;tait renforc&#233;e par l'&#233;coulement indiff&#233;renci&#233; de la dur&#233;e de l'emprisonnement, qui &#233;tait faite de s&#233;quences r&#233;p&#233;titives de faits et d'actions, ce que Gell (1992 : 25) appelle un &#171; non-changement diachronique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cependant, bien que ce &#171; non-changement diachronique &#187; contribu&#226;t &#224; rendre moins saillant le passage du temps, ce n'&#233;tait pas uniquement la nature r&#233;p&#233;titive de la temporalit&#233; carc&#233;rale qui nourrissait les repr&#233;sentations locales d'un temps cristallis&#233;. On observe aussi des existences routini&#232;res dans le monde libre, o&#249; aussi bien le temps de travail que le temps de loisir peuvent s'av&#233;rer tout aussi monotones. Pourtant, en libert&#233; ces temps rel&#232;vent d'ordres distincts entre eux et ont un sens que leurs succ&#233;dan&#233;s &#233;taient alors loin de reproduire, comme d'ailleurs l'avait remarqu&#233; Erving Goffman (1968 : 47-54) &#224; propos des institutions totales. &#192; Tires, la diff&#233;rence qualitative entre la p&#233;riode de travail et la p&#233;riode de loisir s'att&#233;nuait : elles &#233;taient toutes deux incluses dans une m&#234;me logique punitive. C'&#233;tait d'ailleurs avec une relative indiff&#233;rence qu'&#233;tait accueillie la sonnette indiquant la fin de la premi&#232;re et le d&#233;but de la deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Lors de mon deuxi&#232;me travail, l'extr&#234;me r&#233;gularit&#233; des jours n'avait pas cess&#233; d'&#234;tre rythm&#233;e par un horaire r&#233;glement&#233; jusque dans les moindres d&#233;tails. Mais la monotonie de ces rythmes minutieux ne dominait plus les repr&#233;sentations de la temporalit&#233; carc&#233;rale qui la donnaient auparavant comme un pr&#233;sent suspendu et vide. C'est que le sens du quotidien carc&#233;ral se construit maintenant dans le prolongement du quotidien pr&#233;-carc&#233;ral et non plus en opposition &#224; lui. C'est &#224; dire que la r&#233;gularit&#233; des rythmes institutionnels est dor&#233;navant rel&#233;gu&#233;e &#224; un second plan par les parents et amis, par les protagonistes de la vie r&#233;elle et non par de simples cod&#233;tenues, lesquelles auparavant &#233;taient vues comme des relations temporaires, circonscrites &#224; la r&#233;clusion et d&#233;nu&#233;es de signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Je ne m'arr&#234;te pas sur le fait que ces relations pouvaient elles aussi &#234;tre subordonn&#233;es &#224; la mensuration du temps. La dur&#233;e de la d&#233;tention &#233;tait prise en compte comme atout ou comme handicap, au m&#234;me titre que d'autres crit&#232;res, dans la d&#233;cision d'entamer une relation d'amiti&#233; avec une cod&#233;tenue ou de s'y investir fortement : une prisonni&#232;re purgeant dix ans de r&#233;clusion &#233;viterait autant que possible de se lier d'amiti&#233; avec une autre qui serait condamn&#233;e &#224; une courte peine. En jouant ce r&#244;le dans la sociabilit&#233;, le temps &#233;tait ainsi r&#233;ifi&#233; &#224; l'extr&#234;me : d'une dimension, il passait &#224; &#234;tre un recours et une valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Dans le contexte p&#233;nitentiaire le calendrier n'&#233;tait en effet que syst&#232;me de mesure, notation d'une dur&#233;e qu'on ne comptabilisait que pour estimer le temps perdu, que personne ne vous rend, ou celui qui reste &#224; faire jusqu'&#224; la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Or il est vrai que le calendrier est, en tout contexte, un instrument de mesure du temps. Cependant, dans un contexte carc&#233;ral classique, les journ&#233;es tendent &#224; se succ&#233;der, indistinctes, m&#234;me si l'une d'elles est un jour d'anniversaire. Il n'y a pas de &#171; jours personnels &#187;. C'est un temps d&#233;sincarn&#233;, non-v&#233;cu, le temps homog&#232;ne du calendrier. Ceci nous conduit alors &#224; une autre question : comment &#233;tait p&#233;riodis&#233; le temps &#224; Tires ? Lors de mon premier passage, dans les ann&#233;es 1980, et au contraire de ce qui se passera la deuxi&#232;me fois, cette p&#233;riodisation &#233;tait engendr&#233;e essentiellement par des processus carc&#233;raux et, dans cette mesure, &#233;tait sp&#233;cifique &#224; la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Dans les clich&#233;s relatifs &#224; l'univers p&#233;nitentiaire, les jours se traduisent par des traits non dat&#233;s gribouill&#233;s sur le mur de la cellule, &#224; la fa&#231;on du calendrier de Robinson Cruso&#233;. Or &#224; Tires des ann&#233;es 80, ce mode d'inscription du temps n'&#233;tait pas commun, pas plus sur les murs que dans les agendas. Si les jours restaient des unit&#233;s calendaires importantes en elles-m&#234;mes, leur succession n'&#233;tait pas not&#233;e de fa&#231;on s&#233;quentielle, l'une apr&#232;s l'autre, trait apr&#232;s trait &#8211; les prisonni&#232;res me disaient que si elles le faisaient elles &#171; deviendraient folles &#187;. Quant aux mois et aux ann&#233;es, ils ne repr&#233;sentaient pas des unit&#233;s de p&#233;riodisation saillantes. La totalit&#233; de la peine n'&#233;tait pas d&#233;compos&#233;e en de telles p&#233;riodes, mais plut&#244;t en quarts, en moiti&#233;s, en deux tiers. Ces fractions correspondaient &#224; des moments &#224; partir desquels les d&#233;tenues avaient la possibilit&#233; de faire la demande d'une sortie temporaire, de l'acc&#232;s &#224; un r&#233;gime carc&#233;ral plus ouvert, ou d'une libert&#233; conditionnelle, par exemple. Les semaines, ou plut&#244;t les week-ends, continuaient en prison &#224; &#234;tre des marqueurs saillants du cours de l'existence. Cependant ils ne conservaient pas cette qualit&#233; en tant qu'unit&#233;s &#171; donn&#233;es &#187; de mesure du temps et de sa progression, mais parce qu'ils &#233;taient les seuls moments p&#233;riodiques &#171; personnalis&#233;s &#187;. Les week-ends &#233;taient en effet le moment des visites pr&#233;vu par le r&#232;glement et le contact hebdomadaire avec la famille et les amis rythmait ainsi la dur&#233;e. Pour les d&#233;tenues qui ne les recevaient pas, l'illusion d'&lt;i&gt;un temps &#224; part&lt;/i&gt;, d'un &#233;ternel pr&#233;sent, leur pesait encore plus. Pour celles qui avaient le plus de chance, le contact hebdomadaire avec famille et amis rythmait, d'une certaine fa&#231;on, cette dur&#233;e. D'ailleurs, l'impact de ces &#233;v&#233;nements dans la scansion du temps ne se limitait pas aux moments o&#249; ils survenaient. Ils &#233;taient plut&#244;t les points culminants d'une progression qui se d&#233;roulait tout au long de la semaine pr&#233;c&#233;dente, pour d&#233;cro&#238;tre au long de la semaine suivante : pendant les journ&#233;es qui les pr&#233;c&#233;daient, les d&#233;tenues se concentraient dans leur anticipation, se pr&#233;parant &#224; son av&#232;nement (ce qu'elles allaient dire, comment elles s'habilleraient, ce qu'elles demanderaient qu'on leur apporte lors de la visite suivante) ; pendant les jours qui les suivaient, la visite r&#233;sonnait encore, &#233;tant comment&#233;e, revue, rem&#233;mor&#233;e. Les visites produisaient ainsi dans la temporalit&#233; l' &#187;effet accord&#233;on &#187; remarqu&#233;, entre autres, par Cohen et Taylor (1974 : 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par cons&#233;quent les seuls moments p&#233;riodiques qui entrecoupaient de fa&#231;on marquante pour les d&#233;tenues l'homog&#233;n&#233;it&#233; du r&#233;gime temporel de la prison &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment des points calendaires articul&#233;s sur le monde ext&#233;rieur et ancr&#233;s en lui. Ainsi, c'&#233;tait par le biais de la r&#233;p&#233;tition des visites, et non en elle-m&#234;me, en tant qu'unit&#233; de temps du calendrier, que la semaine constituait une p&#233;riodisation pertinente de la vie dans la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Le m&#234;me se passait avec d'autres &#233;v&#233;nements, comme les f&#234;tes de No&#235;l, par exemple. Ces occasions, qui signalent des moments c&#233;l&#233;br&#233;s aussi &#224; l'ext&#233;rieur, permettaient l'entr&#233;e de fragments du monde ext&#233;rieur dans la prison, notamment gr&#226;ce aux artistes de vari&#233;t&#233;s qui venaient s'y produire ou parce qu'&#233;taient alors autoris&#233;s des comportements r&#233;serv&#233;s &#224; la vie en libert&#233;, comme la consommation de boissons alcooliques. Les f&#234;tes, de m&#234;me que les visites, introduisaient ainsi une discontinuit&#233; dans la dur&#233;e carc&#233;rale qui, &#224; ces moments-l&#224;, ne repr&#233;sentait plus &#171; un temps &#224; part &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; &#192; pr&#233;sent, c'est &#224; dire dix ans plus tard, f&#234;tes et visites continuent &#224; &#234;tre des moments importants, mais elles le sont de la m&#234;me fa&#231;on que des &#233;v&#233;nements de ce type sont appr&#233;ci&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur. S'il est vrai qu'elles restent cruciales dans la vie carc&#233;rale, d'un autre c&#244;t&#233; elles ne pr&#233;sident plus &#224; la p&#233;riodisation du temps, car elles ne constituent plus les seuls ponts avec le monde &lt;i&gt;extra-muros&lt;/i&gt;. Aujourd'hui, la vie en prison n'est plus centr&#233;e sur le quotidien carc&#233;ral et la relation&lt;i&gt; intra-muros&lt;/i&gt; avec parents, amis et voisins prolonge la vie pr&#233;-carc&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Or c'est pr&#233;cis&#233;ment sur cette base qu'est venue se cr&#233;er aussi une continuit&#233; avec les modalit&#233;s pr&#233;-carc&#233;rales de perception et de p&#233;riodisation du temps. Les prisonni&#232;res s'expriment, certes, sur la duret&#233; de la longueur de leur peine. La peine est toujours dure. Mais les d&#233;tenues n'envisagent plus celle-ci comme un &#233;ternel pr&#233;sent ou, si l'on veut, ce &#171; pr&#233;sent &#187; peut para&#238;tre &#171; &#233;ternel &#187; parce qu'il est long, mais non pas parce qu'il serait non-progressif. La pr&#233;sence de parents, amis et voisins semble avoir ainsi introduit dans la temporalit&#233; carc&#233;rale une perception de &#171; changement diachronique &#187;. En tout cas, ce sens de la diachronie est bien plus manifeste aujourd'hui que ce n'&#233;tait le cas dans le pass&#233;. C'est aussi pour ceci que les usages et les lectures du calendrier dans la prison convergent maintenant avec ceux de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; De fait, parall&#232;lement au d&#233;coupage de la peine en quarts, moiti&#233;s et tiers &#8211; une segmentation qui se maintient aujourd'hui &#8211; toutes les unit&#233;s calendaires demeurent aussi pertinentes qu'&#224; l'ext&#233;rieur, au contraire de ce qui se passait avant. Jours, semaines et ann&#233;es font d&#233;sormais couramment partie du vocabulaire utilis&#233; dans la prison. Et de m&#234;me que se transporte du monde libre le calendrier &#171; objectif &#187;, qui continuera &#224; marquer le temps dans la prison, ce calendrier pr&#233;serve en outre les marques &#171; subjectives &#187; que chaque d&#233;tenue lui aura imprim&#233;es avant la r&#233;clusion. Par exemple, les anniversaires c&#233;l&#232;brent certains jours &#171; personnels &#187; et sont f&#234;t&#233;s par les parents, amis et voisins sans qu'il soit n&#233;cessaire de les annoncer. Ceci ne se passerait pas avec n'importe quelles cod&#233;tenues, lesquelles, &#233;videmment, ne connaissent pas la signification de ces dates. En somme, les &#233;v&#232;nements et rythmes inscrits dans le calendrier carc&#233;ral n'ont pas oblit&#233;r&#233; le calendrier non-carc&#233;ral ; ils coexistent maintenant avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Tout ceci permet de tirer quelques conclusions. Hier comme aujourd'hui, le temps est per&#231;u comme un probl&#232;me central de la vie carc&#233;rale. Simplement cette centralit&#233; ne s'impose pas pour les m&#234;mes raisons. Le probl&#232;me commun r&#233;side dans le fait qu'aussi bien autrefois que maintenant on pense non pas que le temps est trop rare (c'est ce qui se passe &#224; l'ext&#233;rieur) mais, au contraire, qu'il y en a trop. Cependant, dans le pass&#233;, les d&#233;tenues trouvaient le temps en prison probl&#233;matique parce qu'il leur semblait en d&#233;phasage par rapport &#224; la temporalit&#233; du monde ext&#233;rieur. Revenant &#224; ce propos &#224; ce que disait Gell, la distinction pertinente ne concerne pas tant diff&#233;rents &#171; concepts de temps &#187;, mais plut&#244;t diff&#233;rentes conceptions du fonctionnement du monde. Certaines soci&#233;t&#233;s (que d'aucuns ont qualifi&#233; de &#171; soci&#233;t&#233;s froides &#187; ou &#171; au temps cyclique &#187;) pensent que le monde, tout en tournant, demeure le m&#234;me. D'autres, au contraire, croient qu'il n'arr&#234;te pas de changer (les soci&#233;t&#233;s dites &#171; chaudes &#187; ou &#171; au temps historique &#187;). Mais les unes comme les autres, quelle que soient leur vision du cours du temps, sont parfaitement conscientes de ce que le monde tourne, c'est &#224; dire que le temps passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Transposant cela dans la prison, le probl&#232;me des prisonni&#232;res que j'ai connues dans le pass&#233; est qu'elles vivaient d'une certaine fa&#231;on en simultan&#233; dans ces deux r&#233;gimes de perception. Le temps leur paraissait cristallis&#233; parce que les processus qui se d&#233;roulaient dans la prison &#233;taient r&#233;p&#233;titifs. Mais elles savaient que, &#224; l'int&#233;rieur de la prison aussi bien qu'&#224; l'ext&#233;rieur, le monde continuait &#224; tourner et que, &#224; l'ext&#233;rieur, le monde changeait &#224; mesure que le temps passait. Comment allait se passer les retrouvailles avec la famille, les amis, le travail ? Les d&#233;tenues savaient que ce n'est pas sans cons&#233;quence qu'elles vivaient &#8211; ou pensaient vivre &#8211; de fa&#231;on &#171; statique &#187; dans un monde &#171; dynamique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Ces deux moments parall&#232;les et dont les rythmes &#233;taient diff&#233;rents, encore que se d&#233;veloppant dans une m&#234;me dur&#233;e, se trouvaient reli&#233;s dans la conscience des d&#233;tenues. Mais le d&#233;phasage entre eux faisait que pour elles le temps apparaisse comme une menace, ou au moins une menace plus tangible que dans le monde libre. Ceci a d&#233;sormais cess&#233; d'&#234;tre vrai pour la plupart d'entre elles. Parce que de la m&#234;me mani&#232;re que la pr&#233;sence de parents, amis et voisins est venu instiller un sens de diachronie dans l'exp&#233;rience de la vie carc&#233;rale, elle a aussi synchronis&#233; la temporalit&#233; carc&#233;rale avec celle du monde libre. Au travers de ces r&#233;seaux pr&#233;-carc&#233;raux, la notion d'une progression interne et externe a commenc&#233; &#224; converger. Et puisqu'elle ne repr&#233;sente plus &lt;i&gt;un temps &#224; part&lt;/i&gt;, la prison a cess&#233; d'&#234;tre vue comme une suspension de la trajectoire personnelle. Les &#233;v&#233;nements qui prennent place dans le cours de la d&#233;tention int&#232;grent la ligne continue de la chronologie de la vie. C'est ainsi en grande partie parce que les relations externes, pr&#233;-carc&#233;rales, ne sont pas interrompues par la d&#233;tention et que les relations &#171; internes &#187; ne cesseront pas avec elle. Ces relations progressent dans le cadre de la prison, comme elles le font &#224; l'ext&#233;rieur, et elles connaissent des d&#233;veloppements qui prolongent le pass&#233; et se r&#233;percuteront dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences Bibliographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Adam, Barbara : 2005, &#171; Futures in the Making : Social Theory Perspectives and Methodological Dilemmas &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Ara&#250;jo, E (org.). &lt;i&gt;O Futuro N&#227;o Pode Come&#231;ar&lt;/i&gt;, NES-UM : Braga : pp. 47-59.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ara&#250;jo, Em&#237;lia : 2005, &#171; O Conceito de Futuro &#187;, in Ara&#250;jo, E (org.). &lt;i&gt;O Futuro N&#227;o Pode Come&#231;ar&lt;/i&gt;, NES-UM : Braga : pp. 1-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ardener, Shirley : 1993, &#171; Ground Rules and Social Maps for Women : An Introduction &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; S. Ardener (ed.), &lt;i&gt;Women and Space : Ground Rules and Social Maps&lt;/i&gt;, Oxford, Berg : pp. 1-30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cohen, Stanley ; Taylor, Laurie : 1974, &lt;i&gt;Psychological Survival. The Experience of Long Term Imprisonment&lt;/i&gt;, New York, Vintage Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cunha, Manuela P. da : 1994, &lt;i&gt;Malhas que a Reclus&#227;o Tece. Quest&#245;es de Identidade numa Pris&#227;o Feminina&lt;/i&gt;, Lisboa, Cadernos do Centro de Estudos Judici&#225;rios.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cunha, Manuela P. da : 1997, &#171; Le Temps Suspendu : Rythmes et Dur&#233;es dans une Prison Portugaise &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, n. 29:pp. 59-68. Cet article est &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article422' class=&#034;spip_in&#034;&gt;accessible ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cunha, Manuela P. da : 2002, &lt;i&gt;Entre o Bairro e a Pris&#227;o : Tr&#225;fico e Trajectos&lt;/i&gt;, Lisboa, Fim de S&#233;culo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cunha, Manuela P. da 2007 : &#171; Les liens du trafic : parent&#233;, voisinage et genre dans des narcomarch&#233;s &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; M. Kokoreff, M. P&#233;raldi et M. Weinberger (orgs.), &lt;i&gt;&#201;conomies criminelles et mondes urbains&lt;/i&gt;, Paris, PUF : pp. 109-119.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gell, Alfred : 1992, &lt;i&gt;The Anthropology of Time. Cultural Constructions of Temporal Maps and Images&lt;/i&gt;, Oxford, Berg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goffman, Erving : 1968 [1961], &lt;i&gt;Asiles. &#201;tudes sur la Condition Sociale des Malades Mentaux&lt;/i&gt;, Paris, Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L&#233;vi-Strauss, Claude : 1962, &lt;i&gt;La Pens&#233;e Sauvage&lt;/i&gt;, Paris, Plon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Levine, Robert : 1997, &lt;i&gt;A Geography of Time : On Tempo, Culture, and the Pace of Life&lt;/i&gt;, New York, Basic Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Szamosi, G&#233;za : 1986, &lt;i&gt;The Twin Dimensions. Inventing Time and Space&lt;/i&gt;, New York, McGraw-Hill.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je remercie la Wenner-Gren Foundation for Anthropological Research (Gr. 6099) qui a financ&#233; une partie de cette recherche. Cet article reprend deux publications sur ce sujet (2002, 2004) et se place en miroir &#224; une autre, concernant une enqu&#234;te de terrain pr&#233;c&#233;dente dans la m&#234;me institution (Cunha, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour un inventaire critique des notions de futur voir Ara&#250;jo (2005) et Adam (2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps suspendu &#8211; Rythmes et dur&#233;es dans une prison portugaise
</title>
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		<dc:date>2016-10-26T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manuela Cunha
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		<description>
&lt;p&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha et la revue Terrain. Revue d'ethnologie de l'Europe de nous avoir autoris&#233;s &#224; reproduire ce texte. Celui-ci a d&#233;j&#224; paru dans Terrain, N&#176; 29, 1997, p. 59-68 et &#233;t&#233; mis en ligne ici. R&#233;sum&#233; : Le temps est une r&#233;f&#233;rence omnipr&#233;sente de la vie en prison, l'un et l'autre &#233;tant parfois assimil&#233;s. L'emprisonnement entra&#238;ne un changement du rapport &#224; un temps qui devient plus objectiv&#233;. Multiforme, ce rapport varie selon les diverses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Pass&#233;, pr&#233;sent, futur&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Pass&#233;, pr&#233;sent, futur&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Les visites et les f&#234;tes&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Les visites et les f&#234;tes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#201;valuer le temps qui passe&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;&#201;valuer le temps qui passe&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le &#171; temps morne &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Le &#171; temps morne &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le &#171; ralenti &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Le &#171; ralenti &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha et la revue&lt;/i&gt; Terrain. Revue d'ethnologie de l'Europe &lt;i&gt;de nous avoir autoris&#233;s &#224; reproduire ce texte. Celui-ci a d&#233;j&#224; paru dans&lt;/i&gt; Terrain, &lt;i&gt;N&#176; 29, 1997, p. 59-68 et &#233;t&#233; mis en ligne &lt;a href=&#034;http://terrain.revues.org/3224&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; : &lt;/strong&gt; Le temps est une r&#233;f&#233;rence omnipr&#233;sente de la vie en prison, l'un et l'autre &#233;tant parfois assimil&#233;s. L'emprisonnement entra&#238;ne un changement du rapport &#224; un temps qui devient plus objectiv&#233;. Multiforme, ce rapport varie selon les diverses p&#233;riodisations mises en &#339;uvres par les d&#233;tenues. Pr&#233;sent, pass&#233; et futur deviennent des r&#233;alit&#233;s discontinues. Le pass&#233; et le futur n'&#233;tant situables que dans la temporalit&#233; extra-carc&#233;rale, le pr&#233;sent p&#233;nitentiaire appara&#238;t comme un temps non progressif, o&#249; s'&#233;coule une dur&#233;e indiff&#233;renci&#233;e. Celle-ci est scand&#233;e non par des unit&#233;s calendaires en tant que telles, mais par les moments p&#233;riodiques reliant les d&#233;tenues &#224; l'ext&#233;rieur. Le mode d'estimation du temps varie selon les &#233;tapes de progression dans la peine, le temps v&#233;cu semblant se contracter ou se dilater. Mais si le temps en prison est per&#231;u comme probl&#232;me, c'est parce qu'&#224; l'ext&#233;rieur, le monde change &#224; un autre rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots cl&#233;s : &lt;/strong&gt; Portugal, femmes, prison, temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
Presque dix ans apr&#232;s ma premi&#232;re recherche &#224; l'&#233;tablissement p&#233;nitentiaire de Tires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet &#233;tablissement est encore au Portugal la seule prison de femmes destin&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je viens de retourner sur le terrain : c'est presque en vain que je cherche dans les fichiers la pr&#233;sence des anciennes d&#233;tenues que j'avais alors rencontr&#233;es. Je r&#233;alise que &#171; mon temps &#187; a pass&#233; vite. Il me semble pourtant que c'&#233;tait hier. Il est vrai qu'au Portugal la limite maximale des peines de prison &#233;tait encore r&#233;cemment de vingt ann&#233;es et que diff&#233;rentes condamnations ne s'additionnent pas de fa&#231;on arithm&#233;tique. De plus, une libert&#233; conditionnelle peut normalement &#234;tre accord&#233;e apr&#232;s la moiti&#233; de la peine. Voil&#224; qui explique le renouvellement complet de la population d'un &#233;tablissement qui a connu d'autres importants changements en raison notamment de modifications dans la l&#233;gislation, du remplacement de la presque totalit&#233; du personnel dirigeant et technique, de l'agrandissement des installations. Mais l'&#233;volution la plus notable consiste surtout en une augmentation consid&#233;rable du nombre de prisonni&#232;res : moins de 200 il y a dix ans, elles sont aujourd'hui environ 900, condamn&#233;es dans leur grande majorit&#233; pour trafic de stup&#233;fiants et pour des crimes associ&#233;s &#224; la toxicomanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces transformations ont d'ailleurs en partie motiv&#233; mon retour sur un terrain que je retrouve donc marqu&#233; par le passage du temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma premi&#232;re enqu&#234;te portait sur les modes d'articulation entre sociabilit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette nouvelle recherche n'&#233;tant toutefois qu'&#224; son d&#233;but, c'est encore du temps de mon s&#233;jour ant&#233;rieur qu'il va &#234;tre question dans cet article. Il sera exprim&#233; au travers d'un temps verbal de convention &#8211; le pr&#233;sent ethnographique &#8211;, auquel &#233;choit d'ordinaire la fonction rh&#233;torique de renforcer l'autorit&#233; documentaire des descriptions offertes par un texte. Mais ici ce pr&#233;sent ethnographique ne parvient pas &#224; occulter le fait qu'il fonctionne &#233;galement, dans une certaine mesure, selon un mode fictionnel : la r&#233;alit&#233; qu'il affirme pr&#233;sente s'est &#233;vanouie en se modifiant profond&#233;ment. Aux yeux de l'ethnographe reprenant aujourd'hui l'observation d'un terrain qui lui para&#238;t nouveau, ce pr&#233;sent ethnographique semble presque aussi fig&#233; que l'est le pr&#233;sent carc&#233;ral pour les d&#233;tenues. Car leur temps, &#224; la diff&#233;rence du mien et de celui des membres du personnel de la prison (dont je ne m'occuperai pas ici), n'a pas &#171; pass&#233; vite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#171; Dehors je passais le temps, ici c'est le temps qui me passe &#187; : d'une situation &#224; l'autre, de la libert&#233; &#224; la r&#233;clusion, le temps s'est transform&#233; de contexte en agent, tandis que la d&#233;tenue qui s'exprimait ainsi a &#233;t&#233; transform&#233;e d'agent en sujet passif. Impr&#233;gnant auparavant la vie quotidienne, le temps, avec l'incarc&#233;ration, s'est aussi transform&#233; en objet distinct, en &lt;i&gt;chose &lt;/i&gt; qu'on mesure, qu'on compte, qu'on calcule, qu'on &#233;value : un quart de la peine, la moiti&#233; de la peine, les deux tiers de la peine ; deux proc&#232;s en instance, deux ans pour chacun, avec le cumul des peines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les diverses sentences prononc&#233;es dans des condamnations pour des crimes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#231;a fait trois ans, moins six mois de remise, une amnistie pour l'&#233;lection du pr&#233;sident de la R&#233;publique, peut-&#234;tre une autre &#224; l'occasion de la visite du pape...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pourtant, il semble qu'il serait sp&#233;cialement difficile de faire du &#171; temps &#187; le th&#232;me sp&#233;cifique d'une &#233;tude sur la prison, &#224; la diff&#233;rence d'autres aspects de la vie carc&#233;rale. Le &#171; temps &#187; est en effet indissociable de la &#171; prison &#187; : la longueur d'une sentence est exprim&#233;e en mois, en ann&#233;es de vie recluse. Le temps englobe cette vie, c'est sa r&#233;f&#233;rence omnipr&#233;sente, &#224; tel point que l'un et l'autre semblent &#234;tre assimil&#233;s dans la langue portugaise, qui d&#233;signe l'accomplissement de la peine par l'expression &lt;i&gt;cumprir tempo&lt;/i&gt; (c'est-&#224;-dire, litt&#233;ralement, &#171; accomplir &#187;, &#171; r&#233;aliser du temps &#187; : tirer son temps, qu'en anglais on traduirait de fa&#231;on encore plus &#233;loquente par &lt;i&gt;to do time&lt;/i&gt;, &#171; faire du temps &#187;). Ainsi, une prisonni&#232;re qui m'avait spontan&#233;ment propos&#233; d'&#233;crire sur &#171; le temps en prison &#187; ne parvenait en fait &#224; parler que de son exp&#233;rience de la vie p&#233;nitentiaire ; c'&#233;tait en vain qu'elle essayait, &#224; chaque paragraphe, de revenir &#224; son th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est n&#233;anmoins possible d'aborder sous plusieurs registres la temporalit&#233; carc&#233;rale. Cette derni&#232;re expression ne sugg&#232;re pas l'existence, en prison, d'une conceptualisation sp&#233;cifique du temps. Elle n'a donc aucune implication de type cognitif et d&#233;signe simplement les fa&#231;ons dont, dans ce milieu, le rapport au temps est v&#233;cu et repr&#233;sent&#233;. Comme le dit Alfred Gell, &#171; le temps est toujours le m&#234;me, mais c'est de diff&#233;rentes mani&#232;res que le temps devient important dans les affaires humaines &#187; (1992 : 315). Multiforme, ce rapport au temps pr&#233;sente des aspects diff&#233;rents et on s'aper&#231;oit qu'il varie en fonction des diverses p&#233;riodisations mises en &#339;uvre par les d&#233;tenues tout au long de leur incarc&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Pass&#233;, pr&#233;sent, futur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord prendre en compte l'intervalle de temps que repr&#233;sente la totalit&#233; de la peine. Les d&#233;tenues soulignent moins la notion de &#171; dur&#233;e limit&#233;e &#187; que celle d'&#171; interruption &#187; &#8211; interruption d'un parcours de vie &#8211; signifiant ainsi une discontinuit&#233; par rapport au pass&#233; et au futur. Comme s'il s'agissait d'une parenth&#232;se, la dur&#233;e de la peine est sp&#233;cialement accentu&#233; dans le contexte carc&#233;ral : c'est le type de langage que Gell qualifie de &#171; r&#233;ificateur du temps &#187; et qui correspond &#224; un r&#233;gime temporel plus objectiv&#233; que v&#233;cu. Par cette r&#233;ification, le temps appara&#238;t non comme une dimension, note Gell, mais comme une ressource aux quantit&#233;s variables : &#171; Le temps par lui-m&#234;me, et sans la participation des choses, n'est pas une ressource qu'on peut &#233;conomiser ou d&#233;tourner d'une utilisation vers une autre, comme s'il &#233;tait quelque ressource &#233;th&#233;r&#233;e &#224; l'image du soleil. N'&#233;tant pas une entit&#233; &#233;conomisable, il n'a pas de valeur &#187; (1992 : 213). En prison, le temps est bel et bien per&#231;u comme une valeur, au point de jouer un important r&#244;le dans les modes de constitution de la sociabilit&#233; locale. Ainsi la dur&#233;e de la d&#233;tention est-elle prise en compte comme un atout ou un handicap, au m&#234;me titre que d'autres crit&#232;res, dans la d&#233;cision d'entamer une relation d'amiti&#233; avec une cod&#233;tenue ou de s'y investir fortement : une prisonni&#232;re purgeant dix ans de r&#233;clusion &#233;vitera par principe (bien qu'en n'y arrivant pas toujours) de se lier d'amiti&#233; avec une autre qui serait condamn&#233;e &#224; une courte peine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Les visites et les f&#234;tes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; question jusqu'&#224; pr&#233;sent de la temporalit&#233; carc&#233;rale consid&#233;r&#233;e comme une dur&#233;e homog&#232;ne. Cette homog&#233;n&#233;it&#233; d&#233;coule, d'une part, de la relative indiff&#233;renciation des diverses activit&#233;s rythmant le passage de chaque journ&#233;e : puisque le travail et le loisir, on l'a vu, sont inclus dans une m&#234;me logique, le passage de l'un &#224; l'autre n'introduit pas, dans le contexte du quotidien carc&#233;ral, une variation du m&#234;me ordre que celle qu'elle provoque dans la perception de la temporalit&#233; &#171; &#224; l'ext&#233;rieur &#187;. L'homog&#233;n&#233;it&#233; est suscit&#233;e aussi, d'autre part, par l'indistinction entre les journ&#233;es. En g&#233;n&#233;ral, dans le folklore et les clich&#233;s relatifs &#224; l'univers p&#233;nitentiaire, celles-ci ne se traduisent que par des traits non dat&#233;s gribouill&#233;s avec des moyens de fortune sur le mur de la cellule, rappelant l'image du calendrier de Robinson Cruso&#233;. Or, dans l'&#233;tablissement de Tires, ce mode d'inscription du temps n'est pas commun, pas plus sur les murs que dans les agendas. Si les journ&#233;es restent des unit&#233;s calendaires importantes en elles-m&#234;mes, leur succession n'est pas not&#233;e de fa&#231;on s&#233;quentielle, l'une apr&#232;s l'autre, trait apr&#232;s trait &#8211; &#171; Si je le faisais je deviendrais folle, je remarquerais tous les jours le temps qu'il me reste encore &#224; tenir... Je laisse passer, comme &#231;a je me rends moins compte. &#187; En mati&#232;re de notation et de comptabilisation de la progression temporelle, les mois et, dans une moindre mesure, les ann&#233;es ne repr&#233;sentent plus des unit&#233;s de p&#233;riodisation saillantes. La totalit&#233; de la peine n'est pas d&#233;compos&#233;e en de telles p&#233;riodes, mais en quarts, en moiti&#233;s, en deux tiers. Ces fractions correspondent &#224; des moments &#224; partir desquels les d&#233;tenues acqui&#232;rent la possibilit&#233; de faire la demande &#8211; au r&#233;sultat incertain &#8211; d'une sortie temporaire, de l'acc&#232;s &#224; un r&#233;gime carc&#233;ral plus ouvert, d'une libert&#233; conditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les semaines, ou plut&#244;t les week-ends, demeurent en prison des marqueurs saillants du cours de l'existence. Cependant, ils ne conservent pas cette qualit&#233; en tant qu'unit&#233;s &#171; donn&#233;es &#187; de mesure du temps et de sa progression, mais parce qu'ils sont les seuls moments r&#233;currents individualis&#233;s ou personnalis&#233;s. Les week-ends sont en effet le moment normal des visites pr&#233;vu par le r&#232;glement. Pour les d&#233;tenues qui ne re&#231;oivent pas de visites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La prison de Tires &#233;tant le seul &#233;tablissement central f&#233;minin du pays, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'illusion d'un &#171; temps &#224; part &#187;, d'un pr&#233;sent &#233;ternel, est encore plus pesante. Pour les plus heureuses, le contact hebdomadaire avec la famille et les amis imprime un certain rythme &#224; cette dur&#233;e. De plus, l'impact de ces &#233;v&#233;nements dans la scansion du temps ne se limite pas aux moments de leur occurrence. Ils ne sont que les points culminants d'une progression qui s'&#233;tale sur toute la semaine pr&#233;c&#233;dente et d&#233;cro&#238;t au long de la semaine suivante : les jours ant&#233;rieurs on se pr&#233;pare (ce qu'on dira, ce qu'on demandera d'apporter lors de la visite suivante, comment on s'embellira), on se concentre dans leur anticipation ; les jours suivants on les commente, on s'accroche &#224; leur souvenir, ils retentissent encore. Ils produisent ainsi sur la temporalit&#233; cet &#171; effet accord&#233;on &#187; que mentionnent, entre autres, Cohen et Taylor (1974 : 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'autres &#233;v&#233;nements r&#233;currents, comme les f&#234;tes de No&#235;l, ont un effet semblable. Il faut ici remarquer que les seuls moments p&#233;riodiques qui entrecoupent de fa&#231;on marquante pour les d&#233;tenues l'homog&#233;n&#233;it&#233; du r&#233;gime temporel de la prison sont des points calendaires articul&#233;s sur le monde ext&#233;rieur. Ainsi, c'est par le biais de la r&#233;p&#233;tition des visites, et non en elle-m&#234;me, en tant qu'unit&#233; de temps du calendrier, que la semaine parvient &#224; constituer une p&#233;riodisation pertinente de la vie dans la prison. A l'inverse, aucun &#233;v&#233;nement ne scande le rythme mensuel : le mois ne ressort pas, ou seulement en une faible mesure, comme segment temporel. De la m&#234;me mani&#232;re que les visites, les f&#234;tes annuelles qui signalent des occasions c&#233;l&#233;br&#233;es ailleurs (No&#235;l, par exemple) apportent des fragments du monde ext&#233;rieur dans la prison, notamment gr&#226;ce aux artistes de vari&#233;t&#233;s qui viennent s'y produire. De plus, les d&#233;tenues sont alors autoris&#233;es &#8211; dans une certaine mesure &#8211; &#224; se livrer &#224; des comportements normalement r&#233;serv&#233;s &#224; la vie libre : la consommation de boissons alcoolis&#233;es ; des relations avec le personnel exemptes des marqueurs habituels de la hi&#233;rarchie ; un contact plus direct avec le personnel dirigeant de l'&#233;tablissement, voire avec des hauts repr&#233;sentants du syst&#232;me judiciaire, en &#233;vitant le filtre habituellement obligatoire du long processus bureaucratique des demandes formelles. Les f&#234;tes et les visites introduisent ainsi une discontinuit&#233; dans la dur&#233;e carc&#233;rale qui, &#224; ces moments-l&#224;, ne constitue plus tout &#224; fait un &#171; temps &#224; part &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#201;valuer le temps qui passe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes mani&#232;res selon lesquelles les d&#233;tenues &#233;valuent le temps qui s'&#233;coule sont un aspect important de la temporalit&#233; carc&#233;rale. Selon les diverses circonstances et les phases de progression dans la peine, le temps v&#233;cu semble se contracter ou se dilater par rapport au temps de l'horloge. Dans une dur&#233;e globalement tr&#232;s r&#233;p&#233;titive et vide de sens (m&#234;me si elle peut &#234;tre ponctu&#233;e par les quelques moments forts d&#233;crits ci-dessus), le temps para&#238;t se ralentir, la dur&#233;e estim&#233;e exc&#233;dant alors la dur&#233;e &#171; r&#233;elle &#187;, c'est-&#224;-dire chronom&#233;trique. Mais dans le domaine de la perception temporelle, la psychologie a aussi montr&#233; ce que Thomas Mann avait d&#233;j&#224; sugg&#233;r&#233; dans &lt;i&gt;La Montagne magique&lt;/i&gt; : de telles p&#233;riodes de temps monotone s'acc&#233;l&#232;rent dans la m&#233;moire ; c'est-&#224;-dire qu'une fois transpos&#233;es dans le pass&#233; du souvenir ces p&#233;riodes se r&#233;tr&#233;cissent. Or, comme l'a remarqu&#233; Hans Toch (1992 : 28), ces mouvements contradictoires de ralentissement et d'acc&#233;l&#233;ration &#171; conspirent contre les prisonniers &#187; : &#171; Si le temps en prison est psychologiquement plus long que la condamnation chronologique du d&#233;tenu, sa punition exc&#232;de ce que prescrit la sentence. Et si le temps en prison para&#238;t plus court r&#233;trospectivement, l'effet dissuasif de l'emprisonnement est r&#233;duit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais les modes d'estimation du temps varient aussi selon les diff&#233;rentes &#233;tapes que l'on peut distinguer dans l'ensemble de la dur&#233;e de la d&#233;tention. Cette variation d&#233;coule en partie des divers sens que les prisonni&#232;res attribuent successivement &#224; leur peine. Trois cycles, dont la dur&#233;e est diff&#233;rente pour chacune d'entre elles, paraissent se succ&#233;der de fa&#231;on r&#233;currente dans l'ensemble de la population de l'&#233;tablissement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;volution de la peine traduite par ces cycles n'est pas du m&#234;me ordre que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lors d'une premi&#232;re phase, qui correspond au d&#233;but de l'incarc&#233;ration, les d&#233;tenues expriment de vifs sentiments de r&#233;volte, accompagn&#233;s d'un d&#233;montage d&#233;culpabilisant de leur crime &#8211; quand elles acceptent de la qualifier comme tel, ou qu'elles admettent l'avoir commis. Elles se sentent injustement punies par la longueur de leur sentence ainsi que par l'attribution de l'&#233;tiquette de d&#233;linquante. Mais tandis qu'elles ne se reconnaissent pas du tout dans cette derni&#232;re identit&#233;, elles l'utilisent en revanche afin de d&#233;finir leurs cod&#233;tenues, dont elles tiennent &#224; se distinguer. Elles refusent aussi les petits arbitraires de la vie carc&#233;rale, rendus intol&#233;rables par la grande expectative qu'elles entretiennent quant &#224; la droiture id&#233;ale des &#171; justiciers &#187;, depuis les juges jusqu'aux gardiennes. Ce sentiment d'une hostilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; leur encontre est renforc&#233; par les caract&#233;ristiques propres au premier stade d'un type de r&#233;gime p&#233;nitentiaire qui est connu sous le nom de &#171; syst&#232;me progressif &#187; (Cunha 1994 : 30-34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Selon ce syst&#232;me, l'ex&#233;cution de la peine est r&#233;partie en trois phases, l'acc&#232;s &#224; la derni&#232;re (un r&#233;gime de confiance, ou la libert&#233; conditionnelle) d&#233;pendant du comportement de la d&#233;tenue. Pendant la premi&#232;re phase, c'est-&#224;-dire la &#171; p&#233;riode d'observation &#187;, qui pr&#233;c&#232;de le r&#233;gime de vie en commun pendant la journ&#233;e et d'isolement en cellule la nuit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit en fait d'un isolement tout relatif : du fait de la surpopulation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les prisonni&#232;res sont suppos&#233;es rester en isolement continu. Lors de la cr&#233;ation de l'&#233;tablissement en 1954, cette p&#233;riode, d'une dur&#233;e variable ne d&#233;passant pas quelques semaines, &#233;tait destin&#233;e &#224; permettre l'examen de la nouvelle venue par divers membres du personnel (m&#233;decin, assistante sociale, &#233;ducatrice), &#224; la suite duquel la d&#233;tenue &#233;tait affect&#233;e &#224; la section p&#233;nitentiaire jug&#233;e lui convenir le mieux. Aujourd'hui, le manque de personnel sp&#233;cialis&#233; a r&#233;duit l'accompagnement de la d&#233;tenue &#224; un entretien avec l'assistante sociale. La fonction originelle de ce premier stade s'en est donc trouv&#233;e infl&#233;chie. Il n'a plus maintenant qu'un effet intimidatoire : l'isolement n'est interrompu que par les contacts avec les gardiennes, les repas sont pris dans la cellule, les heures de promenade sont diff&#233;rentes de celles des autres prisonni&#232;res. Faisant corps avec d'autres proc&#233;dures qui ont lieu lors de l'entr&#233;e dans l'institution (le d&#233;pouillement des articles personnels et des biens de consommation, restitu&#233;s plus tard ; le remplacement des v&#234;tements civils par l'uniforme), cette p&#233;riode dramatise la coupure entre le milieu carc&#233;ral et l'ext&#233;rieur. Les sentiments d'injustice s'ajoutent donc aux caract&#233;ristiques de ce premier stade, le rendant sp&#233;cialement lourd. Le temps imagin&#233; est alors non seulement vide de sens, il est aussi vid&#233; d'interactions et de &lt;i&gt;stimuli &lt;/i&gt; sociaux : il devient statique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le &#171; temps morne &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; ce stade de d&#233;n&#233;gation et de r&#233;gime carc&#233;ral tr&#232;s strict, la vie p&#233;nitentiaire se &#171; normalise &#187; dans la routine, et les sentiments de r&#233;volte s'att&#233;nuent. Pour faire face &#224; une situation de r&#233;clusion qui para&#238;t s'&#233;terniser, les d&#233;tenues essaient avec plus ou moins de succ&#232;s de lui trouver quelque sens. Empruntant des expressions employ&#233;es par le personnel de la prison, plusieurs prisonni&#232;res affirment alors qu'elles reconnaissent &#171; &#234;tre l&#224; pour r&#233;parer une erreur &#187;, &#171; pour payer une dette &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;. Elles discernent aussi quelques points positifs dans leur incarc&#233;ration, m&#234;me si c'est d'une mani&#232;re plus r&#233;trospective que prospective : &#171; La prison m'a fait penser &#224; des choses dont je crois que je ne m'&#233;tais jamais aper&#231;ue, le sens de l'argent et de l'&#233;conomie, la valeur de la libert&#233; &#187;, &#171; J'ai au moins r&#233;alis&#233; que c'&#233;tait important le travail, l'effort, la discipline dans la vie... &#187;. Une telle interpr&#233;tation de la peine valorise quelques-uns des aspects qui la constituent. Elle n'en annule toutefois pas sa repr&#233;sentation globale comme un &#171; temps perdu &#187;, mais elle fait de cette p&#233;riode un &#171; temps morne &#187;, voire un &#171; temps mort &#187; relativement plus paisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quand approche la possibilit&#233; de la sortie, il arrive m&#234;me que quelques d&#233;tenues craignent d'&#234;tre trop apais&#233;es &#8211; &#171; trop endormies &#187; &#8211; pour faire face &#224; la vie &#224; l'ext&#233;rieur, traduisant par d'autres mots la formule bien connue des criminologues : &#171; adaptation &#224; la prison, d&#233;sadaptation &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;. Lorsqu'a &#233;t&#233; enfin purg&#233;e la moiti&#233; de la peine, il devient possible de demander une mise en libert&#233; conditionnelle. Un nouveau cycle s'ouvre alors pour chaque d&#233;tenue. L'une d'elles disait, &#224; ce propos, que &#171; y a deux choses o&#249; je tombe jamais juste : les num&#233;ros du Loto et la date de ma conditionnelle &#187;. Ayant &#233;t&#233; con&#231;u comme une forme de transition vers la libert&#233;, ce privil&#232;ge est aussi utilis&#233; par le personnel en guise d'efficace instrument de gestion de la discipline dans l'institution et d'encouragement du &#171; bon comportement &#187; des d&#233;tenues. Mais il ne suffit pas toujours de pr&#233;senter un dossier exemplaire pour obtenir la libert&#233; conditionnelle &#224; partir de la moiti&#233; de la peine. Cette d&#233;cision, qui tient compte de l'avis du personnel, est prise par un juge d'ex&#233;cution des peines. Son verdict d&#233;pend de divers crit&#232;res plus ou moins formels : le taux de succ&#232;s des libert&#233;s conditionnelles accord&#233;es par le m&#234;me juge dans tous les &#233;tablissements de son ressort ; le type de crime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les condamn&#233;es pour trafic de stup&#233;fiants rencontrent beaucoup plus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le comportement de la d&#233;tenue pendant l'audience, qui prend souvent l'aspect d'une sorte de r&#233;p&#233;tition du jugement initial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le &#171; ralenti &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces traits particuliers des processus d'attribution de la libert&#233; conditionnelle se traduisent par une ind&#233;termination et une variabilit&#233; pas toujours comprises par les d&#233;tenues, qui qualifient ces d&#233;cisions d'arbitraires : &#171; [X] est exactement en tout point dans la m&#234;me situation que moi, c'est aussi un cas de drogue, mais elle l'a eue [la conditionnelle] et pas moi. En plus, il y a des trafiquantes qui s'en vont et leurs clientes qui restent &#187;, &#171; Celles qui travaillent bien, qui ne posent pas de probl&#232;mes, elles restent, c'est qu'ils ont besoin d'elles ; les casseuses, ils veulent vite s'en d&#233;barrasser. Maintenant j'ai abandonn&#233; le travail, peut-&#234;tre que &#231;a marche &#187;. Les prisonni&#232;res fondent aussi leur espoir d'obtenir la libert&#233; conditionnelle non seulement sur l'&#233;valuation personnelle de leur parcours carc&#233;ral, mais aussi sur leur interpr&#233;tation des rencontres avec le juge : &#171; On ne comprend pas, il a dit que &#231;a ne poserait pas de probl&#232;me, que j'allais sortir, et puis il parle avec la directrice et il revient en arri&#232;re &#187;, &#171; Il promet une chose, il en fait une autre. Quand je suis entr&#233;e, il m'a dit que si j'avais un bon comportement, si je travaillais, j'aurais la conditionnelle au milieu de la peine. Ce n'est pas vrai. Les gens ne savent jamais quand ils vont sortir, il n'y a jamais de date pr&#233;vue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A l'impression d'arbitraire se combine donc l'ambigu&#239;t&#233;. Il en r&#233;sulte un &#233;tat d'anxi&#233;t&#233; dont se plaignent les prisonni&#232;res et qui atteint aussi leurs familles : &#171; Mon mari a besoin de savoir quand est-ce que je sors pour d&#233;cider s'il accepte ou pas un travail &#224; l'&#233;tranger. Il ne me croit pas quand je lui dis que je n'en sais rien, il pense que je lui cache quelque chose &#187;, &#171; Mes enfants attendaient, ma s&#339;ur avait tout pr&#233;par&#233;, une maison, un travail, et puis, tout est fini &#187;, &#171; Des mois avant de sortir, m&#234;me quand j'&#233;tais pratiquement s&#251;re que j'allais sortir, quand mes enfants t&#233;l&#233;phonaient pour savoir quand je partais, je r&#233;pondais que je ne savais pas, pour ne pas les d&#233;cevoir encore une fois. Et apr&#232;s j'ai fini par ne plus leur t&#233;l&#233;phoner, de peur qu'ils demandent encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, les &#233;tapes et le terme d'une &#171; &#233;volution int&#233;rieure &#187; ressentie par les d&#233;tenues ne co&#239;ncident pas avec sa reconnaissance par l'institution sous la forme d'une attribution de la libert&#233; conditionnelle. Le fait de ne pas sortir quand elles se croyaient pr&#234;tes et &#224; la date pour laquelle elles s'&#233;taient pr&#233;par&#233;es mentalement ram&#232;ne les d&#233;tenues &#224; l'&#233;tat de r&#233;volte et de d&#233;pression qu'elles connurent apr&#232;s leur incarc&#233;ration. Plusieurs lui associent des allergies, des &#233;vanouissements et d'autres troubles physiologiques. Quelques-unes commencent alors &#224; prendre des tranquillisants. &#171; La prison m'aurait fait du bien si j'&#233;tais sortie quelques mois plus t&#244;t. Je pensais &#224; ce que &#231;a m'avait apport&#233;, j'&#233;tais pleine d'&#233;nergie, j'avais des id&#233;es et des projets. Maintenant j'ai d&#233;croch&#233;, je ne fais plus d'efforts et je ne supporte plus le poids de l'ambiance du pavillon. Juste avant la sortie, tout est insupportable. &#187; &#171; Le juge ne comprend pas comment quelques mois de plus ou de moins, avant la sortie, peuvent faire une &#233;norme diff&#233;rence. Il ne comprend pas leur importance, et que c'est les plus durs de tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien que cette derni&#232;re p&#233;riode soit relativement courte sur le calendrier, les d&#233;tenues la per&#231;oivent comme la plus longue dans toute la dur&#233;e p&#233;nitentiaire. A propos de mon &#171; temps &#187; de vacances, l'une d'entre elles qui disait vivre &#171; dans l'obsession d'avant la conditionnelle &#187; me demandait, perplexe : &#171; Qu'est-ce qui vous est arriv&#233; ? [...] Quoi, vous n'avez &#233;t&#233; absente qu'un mois ? Un mois en para&#238;t six. On perd la notion exacte du temps. &#187; Pour celles &#224; qui a &#233;t&#233; refus&#233; le droit &#224; la libert&#233; conditionnelle, le temps en prison devient doublement punitif. Il ne s'agit plus de &#171; remplir &#187; comme un automate un temps vide, le temps s'impose alors constamment &#224; la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si le temps en prison constitue bien s&#251;r un probl&#232;me, selon diff&#233;rentes modalit&#233;s et en fonction des &#233;tapes de progression dans la peine, ce n'est, &#233;videmment, pas parce qu'il en manque, mais parce qu'il y en a trop. Et c'est aussi parce qu'il appara&#238;t d&#233;phas&#233; par rapport au temps du monde ext&#233;rieur. Pour Gell, &#171; [Il] est &#233;galement essentiel, &#224; la fois pour la croyance que le monde tourne et tourne en &#233;tant toujours le m&#234;me, et pour la croyance contraire que le monde tourne et tourne en devenant diff&#233;rent, que l'on croie que le monde tourne et tourne &#187; (1992 : 36). Si toutes les soci&#233;t&#233;s croient en effet que le monde tourne, certaines (qui ont &#233;t&#233; qualifi&#233;es, d'une mani&#232;re critiqu&#233;e notamment par Gell, de soci&#233;t&#233;s &#171; froides &#187; ou au &#171; temps cyclique &#187;) croient qu'il reste le m&#234;me, d'autres croient qu'il n'arr&#234;te pas de changer (les soci&#233;t&#233;s &#171; chaudes &#187; ou au &#171; temps historique &#187;). Le probl&#232;me dans le cas des prisonni&#232;res est qu'elles vivent en quelque sorte dans ces deux r&#233;gimes &#224; la fois. Dans la prison, le temps leur para&#238;t fig&#233; parce que les processus qui y ont lieu se r&#233;p&#232;tent inlassablement. Mais elles savent que, dans la prison comme au-dehors, le monde tourne et qu'&#224; l'ext&#233;rieur le monde change au fur et &#224; mesure que le temps s'&#233;coule. Comment va-t-on retrouver la famille, le travail, les amis... ? Outre ce que la s&#233;paration elle-m&#234;me peut induire (un divorce ou un abandon, la perte d'un emploi, par exemple), il n'est pas d&#233;nu&#233; de cons&#233;quences de vivre &#171; statique &#187; &#224; l'&#233;cart d'un monde dynamique : &#171; Je ne sais plus parler aux gens, comment avoir un rapport normal avec eux. Les choses me font peur, comme aller au cin&#233;ma, je transpire et je n'ai plus tellement le sens de l'humour. Tout le monde me dit que je suis un peu bizarre, et &#231;a m'effraie encore plus. &#187; Ces deux mondes parall&#232;les et dont les rythmes sont diff&#233;rents, bien que se d&#233;veloppant dans la m&#234;me dur&#233;e, sont li&#233;s dans la conscience des prisonni&#232;res. Mais le d&#233;calage entre eux fait que pour ces femmes, plus encore que pour quiconque, le temps est une menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans ma nouvelle recherche, je n'ai pu encore qu'entrevoir, au travers des notes des &#233;ducatrices dans les fiches des d&#233;tenues, le drame de plusieurs s&#233;ropositives dont la principale pr&#233;occupation est de &#171; ne pas finir ses jours en prison &#187;. Parce que, pour elles, il risque de ne plus &#234;tre seulement un intervalle, le temps en prison devient alors doublement mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;On trouvera une &#233;tude compl&#233;mentaire &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article451' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt; Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ardener S. (ss la dir. de), 1993. &lt;i&gt;Women and Space : Ground Rules and Social Maps&lt;/i&gt;, Oxford, Berg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Clemmer D., 1940. &lt;i&gt;The Prison Community&lt;/i&gt;, New York, Rinehart and Co.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cohen S. et L. Taylor, 1974. &lt;i&gt;Psychological Survival. The Experience of Long Term Imprisonment&lt;/i&gt;, New York, Vintage Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cunha M., 1994. &lt;i&gt;Malhas que a reclus&#227;o tece. Quest&#246;es de identidade numa pris&#227;o feminina&lt;/i&gt;, Lisboa, Cadernos do Centro de Estudos Judici&#225;rios, 2/92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1995. &#171; Sociabilit&#233;, &#171; soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; culture &#187; carc&#233;rales. La prison f&#233;minine de Tires (Portugal) &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, n&#176; 24, pp. 119-132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gell A., 1992. T&lt;i&gt;he Anthropology of Time. Cultural Constructions of Temporal Maps and Images&lt;/i&gt;, Oxford, Berg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goffman E., 1968. &lt;i&gt;Asiles. &#201;tude sur la condition sociale des malades mentaux&lt;/i&gt;, Paris, Ed. de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Husserl E., 1966. &lt;i&gt;The Phenomenology of Internal Time Consciousness&lt;/i&gt;, Bloomington, Midland Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mann T. (s. d.). &lt;i&gt;A Montanha M&#225;gica&lt;/i&gt;, Lisboa, Edi&#231;&#227;o Livros do Brasil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Szamosi G., 1986. &lt;i&gt;The Twin Dimensions. Inventing Time and Space,&lt;/i&gt; New York, McGraw-Hill.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toch H., 1992. &lt;i&gt;Living in Prison. The Ecology of Survival&lt;/i&gt;, Washington DC, American Psychological Association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Wheeler S., 1961. &#171; Socialization in correctional communities &#187;, &lt;i&gt;American Sociological Review&lt;/i&gt;, n&#176; 26.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet &#233;tablissement est encore au Portugal la seule prison de femmes destin&#233;e &#224; accueillir des condamn&#233;es &#224; des peines de longue dur&#233;e. N&#233;anmoins, en raison de la surpopulation p&#233;nale, s'y trouvent aussi des condamn&#233;es &#224; des peines courtes, ainsi que des d&#233;tenues pr&#233;ventives. Lors de ma premi&#232;re recherche, les condamnations relevaient en majorit&#233; du trafic de stup&#233;fiants et des crimes contre la propri&#233;t&#233;. La population p&#233;nale &#233;tait relativement jeune (moins de 30 ans), d'un faible niveau scolaire et exer&#231;ant des professions &#224; bas revenus d'ordinaire associ&#233;es au sexe f&#233;minin. L'importante proportion de d&#233;tenues &#233;trang&#232;res (29 %) correspondait au grand nombre de condamnations pour trafic de stup&#233;fiants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ma premi&#232;re enqu&#234;te portait sur les modes d'articulation entre sociabilit&#233;s et identit&#233;s, et les strat&#233;gies de recomposition de celles-ci. Plus sp&#233;cifiquement, il &#233;tait question des fa&#231;ons selon lesquelles l'identit&#233; de genre, l'identit&#233; sexuelle et l'identit&#233; &#171; d&#233;viante &#187; &#8211; ou son refus &#8211; interviennent dans l'organisation des rapports sociaux en prison. Il s'agissait aussi de d&#233;gager les &#233;ventuels liens entre les logiques sociales internes &#224; la prison et des logiques extra-carc&#233;rales. Cette ligne d'enqu&#234;te m'a fait interroger les courantes notions de &#171; soci&#233;t&#233; &#187; et &#171; culture &#187; carc&#233;rales (Cunha 1995). L'&#233;volution de la composition de la population d&#233;tenue rend la poursuite de cette r&#233;flexion encore plus n&#233;cessaire pour ma nouvelle enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les diverses sentences prononc&#233;es dans des condamnations pour des crimes diff&#233;rents ne sont pas additionn&#233;es arithm&#233;tiquement (&#224; la diff&#233;rence, par exemple, du syst&#232;me am&#233;ricain), une formule l&#233;gale permettant d'en comprimer la dur&#233;e totale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La prison de Tires &#233;tant le seul &#233;tablissement central f&#233;minin du pays, elle rassemble des d&#233;tenues originaires de toutes les r&#233;gions, y compris les lointaines &#238;les de Mad&#232;re et des A&#231;ores. Cela implique souvent pour les visiteurs un long d&#233;placement et des d&#233;penses que tous ne peuvent pas se permettre. Ce probl&#232;me, &#233;videmment, devient dramatique dans le cas des d&#233;tenues &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#233;volution de la peine traduite par ces cycles n'est pas du m&#234;me ordre que celle que d&#233;crit le concept de &lt;i&gt;prisonization &lt;/i&gt; (l'assimilation d'une &#171; culture carc&#233;rale &#187; constitu&#233;e en opposition au personnel et aux valeurs de la soci&#233;t&#233; ext&#233;rieure). Donald Clemmer (1940), le cr&#233;ateur de ce concept, soutenait que plus les d&#233;tenus &#233;taient expos&#233;s &#224; cette &#171; culture carc&#233;rale &#187;, plus important serait leur degr&#233; de &lt;i&gt;prisonization&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'int&#233;gration des valeurs du monde carc&#233;ral. Stanton Wheeler (1961) nuan&#231;a cette th&#233;orie : classant les prisonniers selon les phases dans leur parcours carc&#233;ral, il v&#233;rifia que la transition entre les phases initiales et interm&#233;diaires de l'incarc&#233;ration confirmait l'affirmation de Clemmer. Dans la phase pr&#233;c&#233;dant la lib&#233;ration le ph&#233;nom&#232;ne de &lt;i&gt;prisonization &lt;/i&gt; ne se constaterait cependant plus. Des &#233;tudes contradictoires se succ&#233;d&#232;rent, et ce th&#232;me devint le centre d'un d&#233;bat qui marqua pendant des d&#233;cennies les approches sociologiques et criminologiques sur les prisons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit en fait d'un isolement tout relatif : du fait de la surpopulation qui affecte cet &#233;tablissement, chaque cellule peut loger jusqu'&#224; trois d&#233;tenues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les condamn&#233;es pour trafic de stup&#233;fiants rencontrent beaucoup plus de difficult&#233;s pour l'obtention de la libert&#233; conditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>El tiempo que no cesa. La erosi&#243;n de la frontera carcelaria
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article451</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article451</guid>
		<dc:date>2016-10-25T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manuela Cunha
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha de nous avoir autoris&#233; &#224; reproduire ce texte. Cette &#233;tude renvoie &#224; une &#233;tude plus ancienne que l'on trouvera ici. Elle a d&#233;j&#224; paru dans RENGLONES 58-59, Noviembre de 2004-Abril de 2005. Alfred Gell defend&#237;a que &#8220;time is always one and the same, [but it is in] manifold ways that time becomes salient in human affairs&#8221; . La prisi&#243;n es un contexto en donde se evidencia la exactitud de esta precisi&#243;n. El tiempo en la c&#225;rcel no es de una (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Anthropologie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;El viejo tiempo&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;El viejo tiempo&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Regreso a Tires&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Regreso a Tires&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;El pasado y el futuro en prisi&#243;n&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;El pasado y el futuro en prisi&#243;n&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;El recuento de los d&#237;as y los a&#241;os&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;El recuento de los d&#237;as y los a&#241;os&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusiones&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Conclusiones&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha de nous avoir autoris&#233; &#224; reproduire ce texte. Cette &#233;tude renvoie &#224; une &#233;tude plus ancienne que l'on trouvera &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article422' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Elle a d&#233;j&#224; paru dans RENGLONES 58-59, Noviembre de 2004-Abril de 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alfred Gell defend&#237;a que &#8220;time is always one and the same, [but it is in] manifold ways that time becomes salient in human affairs&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;El tiempo es siempre uno y el mismo [pero es de] diversas maneras que ese (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La prisi&#243;n es un contexto en donde se evidencia la exactitud de esta precisi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
El tiempo en la c&#225;rcel no es de una especie diferente del que
transcurre en el mundo libre, pero &#233;ste no se destaca all&#237; del
mismo modo. Y es que su importancia es extrema cuando una
sentencia se expresa en meses o a&#241;os de privaci&#243;n de libertad.
En vez de ser un aspecto m&#225;s de la vida en reclusi&#243;n, el tiempo
parece que se confunde con ella.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si el tiempo adquiere en este espacio tal importancia, de
manera inversa tambi&#233;n hace que resalten m&#225;s las l&#243;gicas de la experiencia carcelaria. Por esto, examinar el modo como &#233;ste se vive y representa en la prisi&#243;n constituye una v&#237;a fundamental para comprender la propia reclusi&#243;n.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Desde ahora deseo aclarar que el an&#225;lisis de la temporalidad carcelaria (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Con base en dos periodos
de trabajo de campo en Tires, la principal instituci&#243;n carcelaria
femenina portuguesa, separados por una d&#233;cada (1987-1989
y 1997), se pretende demostrar c&#243;mo una transformaci&#243;n en
la relaci&#243;n con el tiempo puede ilustrar un cambio profundo
en la naturaleza de la prisi&#243;n contempor&#225;nea.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;El viejo tiempo&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mi primera estancia en Tires, la ruptura con el exterior era
un aspecto ineludible de la reclusi&#243;n. Los muros de la c&#225;rcel
materializaban una frontera con grandes implicaciones sociol&#243;gicas
y simb&#243;licas. Ser preso era estar separado de una red
de relaciones anteriores &#8212;una especie de intervalo social&#8212;,
adem&#225;s de implicar un estigma que pon&#237;a a prueba la identidad
pasada. Sin embargo, la prisi&#243;n representaba una marginaci&#243;n
relativamente circunstancial, ya que el estigma se circunscrib&#237;a
a los l&#237;mites materiales y temporales de la detenci&#243;n y era
posible ocultarlo despu&#233;s de la liberaci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La relaci&#243;n con el tiempo subrayaba esa ruptura con el
exterior. Al considerar el tiempo total de la pena, las reclusas
lo evaluaban menos en su sentido de duraci&#243;n limitada
que en el de interrupci&#243;n &#8212;del transcurso de su vida&#8212;,
lo que significaba una discontinuidad en relaci&#243;n al presente
y al futuro. Como si se tratara de un par&#233;ntesis, la duraci&#243;n
de la reclusi&#243;n se entend&#237;a como un &#8220;tiempo aparte&#8221;. Esta
formulaci&#243;n era intercambiable con otra, tambi&#233;n com&#250;n en
el discurso carcelario : &#8220;un mundo aparte&#8221;. Las dimensiones
gemelas, el tiempo y el espacio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase G. Szamosi, The twin dimensions. Inventing time and space, Nueva York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ser&#237;an as&#237; indisociadas en la pr&#225;ctica, lo que llevaba al extremo una relaci&#243;n de homolog&#237;a que Shirley Ardener se&#241;alara como forma cultural com&#250;n a
varios contextos etnogr&#225;ficos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Ardener, &#8220;Ground rules and social maps for women : an introduction&#8221;, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; como si en raz&#243;n de un cambio de lugar el tiempo se inmovilizara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pasado y futuro se convert&#237;an del mismo modo en realidades
temporales bien delimitadas. Por &#8220;pasado&#8221; y &#8220;futuro&#8221; las
reclusas se&#241;alaban siempre a los periodos anterior y posterior a
la reclusi&#243;n. Tales t&#233;rminos jam&#225;s eran empleados para nombrar
hechos ocurridos o por ocurrir durante la detenci&#243;n ; se refer&#237;an
tan s&#243;lo a eventos fuera de la c&#225;rcel. La pena de prisi&#243;n adquir&#237;a
as&#237; el sentido de un presente inm&#243;vil, suspendido en la larga
duraci&#243;n. Este &#8220;tiempo aparte&#8221; estaba separado del pasado y
futuro tal como los muros de la prisi&#243;n las separaban del espacio
exterior. Si invirti&#233;ramos los t&#233;rminos de una definici&#243;n de
Husserl, podr&#237;a decirse que en este presente no exist&#237;an ni
residuos del pasado ni elementos emergentes del futuro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Husserl, The phenomenology of internal time consciousness, Bloomington, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Regreso a Tires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Diez a&#241;os m&#225;s tarde el escenario era muy diferente. Para comenzar,
el perfil social de la poblaci&#243;n reclusa hab&#237;a sufrido una
profunda alteraci&#243;n. Se presentaba homogeneizado no s&#243;lo
por una acentuada pobreza sino tambi&#233;n por una abrumadora
proporci&#243;n de delitos por drogas. Sin embargo, es m&#225;s
significativo a&#250;n otro cambio, relacionado con esta dr&#225;stica
reducci&#243;n de la anterior variedad social y criminal. Vastas
redes de parentesco y vecindad empezaron a transponerse
colectivamente a la prisi&#243;n : t&#237;as, primas, cu&#241;adas, hermanas,
madres y abuelas pueden estar ahora recluidas juntas y formar
parentelas de m&#225;s de una decena de personas &#8212;sin contar
con los familiares masculinos presos en otros establecimientos.
Los c&#237;rculos de parentesco se cruzan a su vez con los de
vecindad, y as&#237; se forman extensas redes de reclusas que ya se
conocen desde antes, es decir, en redes de relaciones en verdad
preconstituidas &#8212;cuando se supone que en las prisiones las
vidas se reunir&#237;an m&#225;s o menos al azar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En otro lugar ya se ha analizado con m&#225;s detalle las causas
de esta reorganizaci&#243;n de las poblaciones carcelarias ocurrida
en los a&#241;os noventa. Me enfocar&#233; aqu&#237; a indicar que se relacionan en forma directa o indirecta con la econom&#237;a a peque&#241;a escala de la droga&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase M. P. da. Cunha, Entre o bairro e a pris&#227;o : tr&#225;fico e trajectos, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Por un lado, la econom&#237;a de la droga llev&#243; a los barrios pobres de las periferias urbanas portuguesas una
estructura de oportunidades ilegales muy amplia y accesible.
Todos, independientemente de la edad, g&#233;nero o inserci&#243;n
&#233;tnica, por s&#237; solos o asociados en peque&#241;os c&#237;rculos de parientes
y vecinos, pudieron tener acceso a ella. Por otro, el tr&#225;fico
fragmentado, el m&#225;s expuesto y arriesgado, indujo patrones
espec&#237;ficos de represi&#243;n, ya sea por generar una gesti&#243;n judicial
masificada que no pocas veces &#8220;produce&#8221; en forma artificial
grandes redes de tr&#225;fico (al yuxtaponer n&#250;cleos de individuos
incriminados pero en realidad no relacionados entre s&#237;), o
por motivar una acci&#243;n policiaca proactiva, m&#225;s que nunca
enfocada en determinadas colonias que se volvieron blancos
colectivos de intervenciones rutinarias. Es evidente, entonces,
que la probabilidad de detenci&#243;n es mayor en estos territorios.
Como en otros pa&#237;ses donde la guerra a la droga adopt&#243; estilos
similares, la mayor&#237;a de la poblaci&#243;n carcelaria proviene de las
&#225;reas estigmatizadas, por lo que la geograf&#237;a de la reclusi&#243;n
se ha vuelto previsible. Por consiguiente, no es de sorprender
que ahora, en Portugal como en otras naciones, los correclusos
sean con frecuencia parientes y vecinos, ya sea que entren a
la prisi&#243;n de forma simult&#225;nea o no.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tampoco sorprende por eso que la frontera simb&#243;lica que
la prisi&#243;n representaba en otros tiempos se haya desvanecido.
El estigma que se asociaba a la reclusi&#243;n se instituye ahora a
antes de la detenci&#243;n, por la sola pertenencia a determinados
barrios de mala fama. La marginaci&#243;n a la que ese estigma
se refiere es m&#225;s estructural que circunstancial, y la prisi&#243;n
es ya una realidad incrustada en la vida de estos territorios
urbanos donde se ha vuelto un elemento vulgar de muchas
biograf&#237;as, un destino banal : todos los residentes tienen un
conocido o un familiar que est&#225; o estuvo preso. Miembros
de diferentes familias se desplazan a la prisi&#243;n en conjunto y
aprovechan el viaje de uno u otro vecino que viene a visitar
una pariente &#8212;para visitar al mismo tiempo a una vecina
presa. En este c&#237;rculo, las condiciones de preso y visitante
son casi intercambiables debido el recurrente deslizamiento
de una hacia otra en diferentes momentos de la trayectoria
de una persona.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Las redes precarcelarias de interconocimiento vinieron
a alterar de manera significativa la faz de la reclusi&#243;n. Para
comenzar, cuando una persona es presa ya no es extirpada de
su mundo social : importantes segmentos de este son transferidos
con ella. Cuando la iniciaci&#243;n a la vida carcelaria se hace
junto con parientes, amigos y vecinos, o por parientes, amigos
y vecinos, la identidad personal y social encuentra otras bases
de sustentaci&#243;n en un espacio que en principio las suspende,
cuando no las corroe. Las relaciones preestablecidas act&#250;an
como un filtro entre el orden penitenciario y la persona, y
vinieron a subvertir el paradigm&#225;tico intervalo social que hasta
aqu&#237; informaba de alto a bajo cualquier estudio carcelario, por
lo regular asentado en una representaci&#243;n de la prisi&#243;n como
un mundo aparte. Esta subversi&#243;n no podr&#237;a dejar de tener
tambi&#233;n consecuencias en el modo como el tiempo pas&#243; a
destacarse en la cotidianidad de la c&#225;rcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Claro que a&#250;n hoy subsiste en la prisi&#243;n una minor&#237;a de
reclusas de perfil carcelario cl&#225;sico, no enredadas en lazos de parentesco
y vecindad. Esta minor&#237;a todav&#237;a expresa ideas de
&#237;ndole similar a las del pasado, tales como : &#8220;nosotras aqu&#237;
estamos aisladas, el tiempo parece que lleg&#243; aqu&#237; y se detuvo&#8221;.
Las ideas de interrupci&#243;n y separaci&#243;n fueron, sin embargo,
expurgadas del discurso recluso que ahora predomina, a no ser
en la medida en que vehiculan, de manera concreta, el obst&#225;culo
que la reclusi&#243;n representa para la resoluci&#243;n de determinados
problemas en el exterior, sea porque prorroga esa resoluci&#243;n
o porque ah&#237; genera nuevos problemas. Sin embargo, la separaci&#243;n
espacial dejar&#237;a de generar la percepci&#243;n de un tiempo
aparte, por lo que las representaciones de la temporalidad no
se vinculan, como otrora, a la espacialidad.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;El pasado y el futuro en prisi&#243;n&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Por otra parte, el pasado ya no equivale a exterior ; pas&#243; a ser
una realidad temporal incluida en la duraci&#243;n de la pena. En
cuanto al futuro imaginado desde la prisi&#243;n, &#233;ste ya no es del
dominio de la irrealidad como hace diez a&#241;os, cuando abrigaba
las fantas&#237;as m&#225;s improbables y que, por eso mismo, tanto
reconfortaba como inquietaba a las reclusas, al provocarles los
bruscos sobresaltos de quien despierta de una fantas&#237;a, sobre
todo cuando la liberaci&#243;n se aproximaba ; ahora, al contrario,
se imagina como un conjunto de posibilidades plausibles
ancladas en el presente, tal vez porque los referentes del
futuro, como los del pasado, se encuentran en parte incorporados
a la prisi&#243;n. De hecho, la relaci&#243;n con parientes
y conocidos es anterior a la reclusi&#243;n y se prolongar&#225; m&#225;s
all&#225; de ella, lo que le imprime un sentido de realidad que
no permite evasiones prolongadas. Los planes que con
o sin ellos se hacen &#8212;cuando se hacen&#8212; son concretos,
modestos, comedidos y destinados a reparar los estragos
que la reclusi&#243;n habr&#225; provocado. La vida no va a cambiar
para mejor por una hipot&#233;tica &#8220;vuelta de hoja&#8221; al salir de
la prisi&#243;n ; se espera nada m&#225;s que no empeore mucho. As&#237;,
la misma continuidad asentada en las redes precarcelarias
de interconocimiento, que por un lado aten&#250;a la frontera
interior-exterior, es tambi&#233;n la que induce una continuidad
entre el pasado, presente y futuro durante la reclusi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hace una d&#233;cada la duraci&#243;n de la pena configuraba
un presente denso, no progresivo. Ninguna reclusa dudaba
del paso del tiempo y esta certeza les resultaba imprescindible.
Sin embargo, los diferentes procesos desarrollados en ese lapso
no eran integrados a la duraci&#243;n personal de cada una. Por un
lado, porque no estaban investidos de sentido &#8212;de ah&#237; proced&#237;a
la noci&#243;n de &#8220;un tiempo perdido&#8221; para todo y cualquier
efecto. Los acontecimientos que ocurr&#237;an en el transcurso de
la detenci&#243;n no pose&#237;an un estatuto acumulativo en la autobiograf&#237;a
de las reclusas, por lo que no eran, como hoy, objeto
de una organizaci&#243;n cronol&#243;gica ; parec&#237;an entonces disolverse,
indistintos, en el horizonte temporal de la reclusi&#243;n. Por otro,
la ilusi&#243;n de un eterno presente era reforzada por el transcurrir
indiferenciado del tiempo en prisi&#243;n, constituido de secuencias
repetitivas de hechos y acciones &#8212;aquello que Gell llamar&#237;a
de &#8220;no-cambio diacr&#243;nico&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gell, op. cit., p. 25.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aunque este no-cambio contribuyera a volver menos perceptible
el paso del tiempo, la naturaleza repetitiva de la temporalidad
carcelaria no era s&#243;lo lo que alimentaba las representaciones
locales de un tiempo cristalizado. Tambi&#233;n pueden verse
existencias rutinarias en el mundo libre, donde el tiempo del
trabajo y el entretenimiento pueden caracterizarse por
la misma monoton&#237;a. Sin embargo, en libertad estos
tiempos resultan de distintas &#243;rdenes y tienen un sentido
que sus suced&#225;neos carcelarios estaban entonces lejos de
reproducir, como Goffman lo percibiera a prop&#243;sito de
las instituciones totales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Goffman, Asiles. &#201;tudes sur la condition sociale des malades mentaux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En Tires, la diferencia cualitativa entre el periodo de trabajo y el de entretenimiento se atenuaba, pues ambos estaban incluidos en la misma
l&#243;gica punitiva. Se percib&#237;a una relativa indiferencia en
la manera como era acogido el toque del timbre que indicaba
el fin de un periodo y el inicio de otro ; el trabajo ten&#237;a menos
un sentido econ&#243;mico que moralizador, y la motivaci&#243;n para
trabajar proven&#237;a sobre todo del temor a castigos indirectos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hoy, el empobrecimiento generalizado de las reclusas condujo
a que readquiriese un sentido m&#225;s convergente con el del
trabajo en el exterior : no s&#243;lo es m&#225;s procurado, sin necesidad
de ser impuesto, sino tambi&#233;n se destina casi siempre a financiar
consumos esenciales. Y es precisamente por contrastar
con el actual sentido del trabajo en la c&#225;rcel, que los periodos
de entretenimiento tambi&#233;n han readquirido su valor como
oportunidad de recreaci&#243;n y reposo, tan anhelados en Tires
como en libertad. Esto significa que las l&#243;gicas y el escenario
estructural caracter&#237;sticos de las instituciones totales no inducen
por s&#237; solos a una determinada relaci&#243;n con el entretenimiento
y el trabajo que les ser&#237;a inherente y espec&#237;fico, sino
que interact&#250;an con otros factores. Es por eso relativizable la
aserci&#243;n de Goffman seg&#250;n la cual &#8220;Les institutions totales
sont [...] incompatibles avec cette structure de base de notre
soci&#233;t&#233; qu'est le rapport travail-salaire&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 53. &#8220;Las instituciones totales son [...] incompatibles con esta (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En segundo lugar, la extrema regularidad de los d&#237;as sigue
siendo pautada por un horario reglamentario cumplido en
detalle. No obstante, la monoton&#237;a de los ritmos minuciosos
parece haber dejado de orientar las representaciones de la
temporalidad carcelaria, que antes configuraban como un presente
suspendido, vac&#237;o e ins&#237;pido, una temporalidad tambi&#233;n
goffmaniana&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 112-115.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : el sentido de lo cotidiano se construye ahora como prolongaci&#243;n de lo cotidiano previo a la prisi&#243;n, no en
oposici&#243;n a &#233;l. La regularidad de los ritmos institucionales
es relegada a segundo plano por las irregularidades normales
de un d&#237;a a d&#237;a centrado en los parientes y vecinos, en los
acontecimientos que los aproximan o separan y que, de forma
simult&#225;nea, vinculan este d&#237;a a d&#237;a con el exterior.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hace una d&#233;cada los incidentes de la sociabilidad no subvert&#237;an
las percepciones de una temporalidad llana y vac&#237;a, una
vez que las relaciones con las compa&#241;eras eran vistas como
temporales, circunscriptas a la reclusi&#243;n y destituidas de significado.
Adem&#225;s, las relaciones sociales locales pod&#237;an estar
tambi&#233;n subordinadas a la medida del tiempo. Para iniciar una
relaci&#243;n de camarader&#237;a con una compa&#241;era o &#8220;invertir&#8221; afectivamente
en alguien, ellas ponderaban la extensi&#243;n de la pena
de esa detenida como elemento a favor o en contra. Alguien
condenado a una pena de diez a&#241;os evitar&#237;a, en la medida de
lo posible, hacerse amiga de quien estuviera cumpliendo una
pena corta. Interviniendo en los modos de constituci&#243;n de
la sociabilidad, el tiempo era reificado al extremo, dejando
de ser una dimensi&#243;n para pasar a ser recurso y valor. En la
prisi&#243;n, el calendario no era sino sistema de medida, notaci&#243;n
de una duraci&#243;n que tan s&#243;lo se contabilizaba para estimar el
&#8220;tiempo perdido que nadie nos lo regresa&#8221;, o aquel que &#8220;falta por
cumplir&#8221; hasta la liberaci&#243;n. Tales formulaciones, as&#237; como las
de &#8220;aqu&#237; el tiempo no falta, hay tiempo de sobra&#8221;, nacen de un
tipo de caracterizaci&#243;n del tiempo que surg&#237;a con una especial
nitidez en el contexto carcelario. Se trata, una vez m&#225;s, de una
reificaci&#243;n discursiva que designa un r&#233;gimen temporal m&#225;s
objetivado que vivido. Gell la analiza de la siguiente forma :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Time by itself, and without the participation of things, is
not a resource which can be economized on or diverted
from one use to another, as though it were some ethereal
natural resource like sunlight. Not being an economizable
entity, it has no value&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gell, op. cit., p. 212. &#8220;El tiempo en s&#237; mismo, y sin la participaci&#243;n de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;El recuento de los d&#237;as y los a&#241;os&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;El calendario es, en cualquier contexto, un instrumento de
medida del tiempo. Sin embargo, fuera de la prisi&#243;n cada individuo
lo marcar&#225; a su manera, modul&#225;ndolo con un sentido
personal que en buena parte es compartido por los que est&#225;n
cercanos a &#233;l. De todos modos en el marco penitenciario de
Tires, los d&#237;as se suced&#237;an indistintos : el 1 de julio era igual al 30
de noviembre, aunque se tratara de un cumplea&#241;os. No hab&#237;a
d&#237;as personales, era un tiempo descarnado, no apropiado, es
decir, el tiempo homog&#233;neo del calendario. Entonces, &#191;c&#243;mo
era periodizado el tiempo ? Esta periodizaci&#243;n se engendraba
principalmente por procesos prisionales y, en esa medida, era
espec&#237;fica a la c&#225;rcel, al contrario de lo que sucede ahora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En los clich&#233;s que circulan sobre el universo carcelario, los
d&#237;as se traducen por trazos no fechados dibujados en la pared
de la celda, como el calendario de Robinson Crusoe. En Tires
no era com&#250;n este modo de inscripci&#243;n en las paredes ni en
agendas. Si los d&#237;as segu&#237;an siendo unidades calend&#225;ricas
importantes en s&#237; mismas, su sucesi&#243;n no era anotada de forma
secuencial .&#8220;Me quedar&#237;a loca si los contara todos los d&#237;as ; de
esa manera yo ver&#237;a cu&#225;nto tiempo todav&#237;a tengo que aguantar...
Mejor lo dejo pasar, as&#237; no me doy tanto cuenta&#8221;. En materia
de notaci&#243;n y contabilizaci&#243;n de la progresi&#243;n temporal, los
meses, y en menor medida los a&#241;os, dejaban de representar
unidades de periodizaci&#243;n relevantes. La totalidad de la pena
no se contabilizaba en tales periodos sino en cuartos, tercios,
mitades, fracciones que se correspond&#237;an con los momentos
a partir de los que las detenidas podr&#237;an solicitar una salida
precaria, el acceso a un r&#233;gimen penitenciario m&#225;s abierto o
la libertad condicional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Las semanas, o mejor dicho los fines de semana, continuaban
siendo marcadores importantes del curso de la existencia
en la prisi&#243;n. Sin embargo no conservaban esta cualidad por
ser unidades &#8220;dadas&#8221; de medida del tiempo y de su progresi&#243;n,
sino porque se constitu&#237;an en los &#250;nicos momentos peri&#243;dicos
individualizados o personalizados. Los fines de semana eran
el momento de las visitas seg&#250;n el reglamento, y para las reclusas
que no las recib&#237;an la ilusi&#243;n de un tiempo aparte, de un
eterno presente, les pesaba a&#250;n m&#225;s. Para las que las recib&#237;an,
el contacto semanal con la familia y los amigos ritmaba esta
duraci&#243;n. Adem&#225;s, el impacto de estos eventos en el ritmo del
tiempo no se limitaba a los momentos en que ocurr&#237;an : eran los
puntos culminantes de una progresi&#243;n que se desarrollaba a lo
largo de toda la semana precedente, para decrecer durante la
semana siguiente. En los d&#237;as previos, las detenidas se dedicaban
a anticiparlos, prepar&#225;ndose para su llegada (qu&#233; les iban
a decir, c&#243;mo se iban a arreglar, qu&#233; pedir&#237;an que les trajeran
en la visita siguiente) ; en los d&#237;as posteriores la visita resonaba
a&#250;n, era comentada, recordada. Las visitas produc&#237;an de este
modo un &#8220;efecto acorde&#243;n&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. and L. Taylor Cohen, Psychological survival. The experience of long term (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Como consecuencia, los &#250;nicos momentos peri&#243;dicos que
entrecortaban la homogeneidad del r&#233;gimen temporal de la prisi&#243;n
eran las fechas articuladas con el mundo exterior y ancladas
en &#233;l. As&#237;, era por v&#237;a de la repetici&#243;n de las visitas, y no en s&#237;
misma como unidad de tiempo del calendario, que la semana
constitu&#237;a una periodizaci&#243;n pertinente de la vida en prisi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Por otra parte, ning&#250;n evento elevaba el ritmo mensual : el
mes no resaltaba o apenas figuraba de manera muy tenue como
segmento temporal. Otros acontecimientos recurrentes,
como las fiestas de Navidad ten&#237;an un efecto semejante al
de las visitas. Las fiestas anuales que marcaban en la prisi&#243;n
ocasiones celebradas fuera de ella introduc&#237;an fragmentos del
mundo exterior, gracias a los artistas que all&#237; iban a actuar.
Asimismo, a las detenidas se les permit&#237;a en esas ocasiones
adoptar comportamientos reservados a la vida libre : consumir
bebidas alcoh&#243;licas ; relacionarse con el &lt;i&gt;staff &lt;/i&gt; sin observar
los indicadores habituales de jerarqu&#237;a ; mantener contacto
directo con el personal dirigente del establecimiento y hasta
con altos representantes del sistema judicial y penitenciario
que a veces se presentaban en las conmemoraciones, ocasi&#243;n
en que pod&#237;an hurtar pedidos y solicitudes al inevitable filtro
del largo proceso burocr&#225;tico al que se subordinaban. Las
fiestas y visitas introduc&#237;an una discontinuidad en la duraci&#243;n
carcelaria que en esos momentos se constitu&#237;a menos en &#8220;un
tiempo aparte&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hoy, fiestas y visitas siguen siendo ocasiones importantes
pero casi del mismo modo que en el exterior. En otras palabras,
aunque sigan siendo cruciales en la vivencia carcelaria, han
perdido la centralidad de antes en lo que respecta a la marcaci&#243;n
del tiempo y su periodizaci&#243;n. Si su importancia proven&#237;a por
ser los &#250;nicos puentes significativos con el mundo extramuros,
en el presente, y en primer t&#233;rmino, la transposici&#243;n de las fronteras
de la prisi&#243;n es continua y ocurre en m&#250;ltiples formas. La
vivencia intramuros dej&#243; de ser autorreferencial para reportarse
constantemente al exterior. En segundo t&#233;rmino, la vida en
prisi&#243;n prolonga de alg&#250;n modo la vida de afuera, dado que
en su interior se mantienen relaciones con parientes, amigos
y vecinos &#8212;y no s&#243;lo por medio de cartas y visitas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Es sobre todo en esta continuidad relacional que parece
tambi&#233;n fundamentarse una continuidad con los modos anteriores
de percibir y periodizar el tiempo. Por eso las reclusas
que no reciben visitas pero tienen parientes detenidos en Tires
reclaman por la extensi&#243;n de la pena, pero no as&#237; porque su
duraci&#243;n configure un presente eterno ; puede decirse que
&#233;ste les podr&#225; parecer eterno por ser extenso, no porque sea
no-progresivo. Adem&#225;s, si las familiares y conocidas presas de
una reclusa no se encuentran en el mismo pabell&#243;n, en los d&#237;as
apropiados ellas podr&#225;n visitarlas en sus propios pabellones
dentro del mismo establecimiento, motivo por el cual las visitas
ya no representan s&#243;lo puentes hacia el exterior. La presencia
de parientes, amigos y vecinos parece haber introducido un
sentido de diacron&#237;a en la temporalidad carcelaria &#8212;o de
cambio diacr&#243;nico. Ese es, en todo caso, mucho m&#225;s manifiesto
que en el pasado, tal como los usos y lecturas del calendario
pasaron a converger con los de fuera de la prisi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De hecho, junto a la divisi&#243;n de la pena en cuartos, mitades
y tercios&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Estas fracciones temporales se expresan ahora en forma ligeramente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, una segmentaci&#243;n que se mantuvo en Tires, todas las unidades calend&#225;ricas permanecen tan relevantes como extramuros, lo que no suced&#237;a hace diez a&#241;os. D&#237;as, semanas, meses y a&#241;os figuran ahora en el vocabulario de la prisi&#243;n.
Los d&#237;as son unidades de tiempo cuya sucesi&#243;n no s&#243;lo se
registra, como tambi&#233;n su secuenciaci&#243;n pas&#243; a reportarse
al mes en el que se encuentran. Se dice &#8220;hoy es 29 de mayo&#8221;
del mismo modo que se pregunta, como afuera, &#8220;&#191;qu&#233; d&#237;a
[del mes] es hoy ?&#8221; Y as&#237; como se transporta del exterior el
calendario &#8220;objetivo&#8221;, que continuar&#225; actuante en la prisi&#243;n,
&#233;ste tambi&#233;n preservar&#225; las modulaciones &#8220;subjetivas&#8221; que
cada detenida le hab&#237;a atribuido antes de su reclusi&#243;n. Por
ejemplo, los cumplea&#241;os, que se ven como d&#237;as &#8220;personales&#8221;,
son compartidos y festejados junto a parientes, amigos y vecinos
sin que sea necesario explicarles de qu&#233; se trata, cosa que
no suceder&#237;a con otras compa&#241;eras reclusas, a quienes tales
fechas deben serles comunicadas, pues no est&#225;n enteradas.
En suma, las calendarizaciones en la c&#225;rcel no obnubilaron
el calendario ni las calendarizaciones fuera de la prisi&#243;n ; m&#225;s
bien coexisten con &#233;stas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusiones&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Hoy, como ayer, el tiempo es representado como un problema
central de la vida carcelaria ; sin embargo, esta centralidad no
se impone por las mismas razones. La zona de intersecci&#243;n
que lo convierte en un problema com&#250;n al presente y al pasado
reside en el hecho de que el tiempo es siempre considerado
excesivo y no escaso (al contrario de percepciones externas que
lo consideran como un bien insuficiente y huidizo). Pero en el
pasado, adem&#225;s, el tiempo parec&#237;a intr&#237;nsecamente problem&#225;tico
porque se presentaba a las reclusas desfasado en relaci&#243;n a
la temporalidad del mundo exterior. Para Gell, en general,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;The relevant distinction does not lie between different
&#8220;concepts of time&#8221;, but different conceptions of the world
and its workings. [...] But it is equally essential, both
to the belief that &#8220;the world goes on and on being the
same&#8221;, and to the contrary belief that &#8220;the world goes
on and on becoming different&#8221; that one believes that
the world goes on and on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gell, op. cit., p. 36. &#8220;La diferencia relevante no se sit&#250;a entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si todas las sociedades saben que el mundo gira, algunas creen
que al girar permanece igual (&#8220;sociedades fr&#237;as&#8221; o de &#8220;tiempo
c&#237;clico&#8221;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase C. L&#233;vi-Strauss, La Pens&#233;e sauvage, Par&#237;s, Plon, 1962.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mientras que otras creen que no cesa de cambiar (&#8220;sociedades calientes&#8221; o de &#8220;tiempo hist&#243;rico&#8221;). &lt;i&gt;Mutatis
mutandis&lt;/i&gt;, en el caso de las prisioneras, en el pasado el problema
resid&#237;a en que viv&#237;an de alg&#250;n modo al mismo tiempo
en estos dos reg&#237;menes de percepci&#243;n. El tiempo les parec&#237;a
cristalizado porque los procesos que se desarrollaban en la
c&#225;rcel se repet&#237;an ah&#237; de manera inapelable. Pero tambi&#233;n
sab&#237;an que en la prisi&#243;n, como all&#225; afuera, el mundo gira, y
que en el exterior &#233;ste cambia con el paso del tiempo. &#191;C&#243;mo
ir&#237;a a ser el reencuentro con los familiares, amigos o el trabajo ?
M&#225;s all&#225; de las rupturas que su ausencia podr&#237;a inducir (una
separaci&#243;n, un abandono, la p&#233;rdida de un empleo, lo que
har&#237;a que tal reencuentro ni siquiera sucediera), el hecho de
vivir &#8212;o de creer vivir&#8212; est&#225;ticas en un mundo din&#225;mico les
traer&#237;a otras consecuencias :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ya ni s&#233; c&#243;mo dirigirme a las personas, c&#243;mo llevar una
relaci&#243;n normal con la gente. Las cosas me dan miedo.
No s&#233;, salir al cine &#8212;hasta sudo&#8212;, y ya no tengo aquel
sentido de humor. Todos afuera me dicen que estoy
bastante rara y eso hace que me asuste m&#225;s.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Estos dos mundos paralelos, cuyos ritmos eran diferentes aunque
se desarrollaran en una misma duraci&#243;n, estaban unidos en la
conciencia de las reclusas. Sin embargo el desfase entre ambos
hac&#237;a que el tiempo les resultara una amenaza, o por lo menos
una amenaza m&#225;s aguda y tangible que en el mundo libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hoy, el alejamiento f&#237;sico del exterior tambi&#233;n puede debilitar
relaciones personales y laborales, aunque &#233;stas configuren
con menor nitidez el reforzamiento simb&#243;lico de la frontera
interior-exterior. As&#237;, por ejemplo, las mujeres por las que
los maridos habr&#225;n traicionado o abandonado a las esposas
podr&#225;n ser presas ellas mismas en Tires y ah&#237; recibir las visitas
de esos hombres, lo que hace que la gesti&#243;n de esa ruptura
por parte de las reclusas que la sufrieron no sea muy diferente de la que har&#237;an en el exterior : enfrentan &lt;i&gt;in loco&lt;/i&gt; las sombras
de los compa&#241;eros y de las rivales, los cotilleos de los
vecinos que conocen esos tri&#225;ngulos amorosos y se amparan
en viejas amigas, tambi&#233;n presentes ah&#237; ; la inestabilidad laboral
y el desempleo intermitente que ya afectaba a la mayor&#237;a de las
detenidas antes de la reclusi&#243;n (ahora m&#225;s marcados que en el
pasado) hacen de la ruptura con el trabajo una m&#225;s entre tantas
otras, reproduci&#233;ndose en este intervalo penitenciario relaciones
y sentidos laborales similares a los previos a la c&#225;rcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A pesar de estas rupturas, as&#237; como la presencia de familiares
y conocidos introduce de manera directa o indirecta el sentido
de diacron&#237;a en la vivencia de la prisi&#243;n, parece tambi&#233;n sincronizar
la temporalidad de la c&#225;rcel con la de afuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A trav&#233;s de estas redes de relaciones previas a la prisi&#243;n, las
nociones de la progresi&#243;n interna y externa convergen, tal como
pasaron a converger dos mundos antes paralelos, considerados
ah&#237; uno est&#225;tico y otro din&#225;mico. Como ya no representa &#8220;un
tiempo aparte&#8221;, la reclusi&#243;n deja de ser vista como una suspensi&#243;n
de la trayectoria personal y los acontecimientos que tienen
lugar en su transcurso no poseen un estatuto diferente al de
los acontecimientos exteriores. Pasan, como ellos, a entrar en
la cronolog&#237;a personal y a acumularse en la autobiograf&#237;a. Las
relaciones externas, previas a la c&#225;rcel, no se interrumpen con
la detenci&#243;n, y las relaciones [&#8220;carcelarias&#8221;] no cesar&#225;n con ella.
Tales relaciones progresan en la prisi&#243;n, conociendo desarrollos
que prolongan el pasado y repercutir&#225;n en el futuro. Ya no son
extirpadas de la biograf&#237;a &#8212;como hace una d&#233;cada&#8212; en raz&#243;n
de su asociaci&#243;n estigmatizante con la prisi&#243;n. No son siquiera
extirpables, ya que son preconstituidas y, asimismo, el estigma
que las acompa&#241;a es anterior a la detenci&#243;n. A prop&#243;sito de la
noci&#243;n de un tiempo perdido, recurrente en las instituciones
totales, Goffman se&#241;ala que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la rigueur des conditions de vie dans les
institutions [totales], elle ne suffit pas &#224; rendre compte
de ce sentiment de vie g&#226;ch&#233;e. Il nous faut plut&#244;t en
chercher la raison dans l'hiatus social impos&#233; par
l'entr&#233;e &#224; l'institution et dans l'impossibilit&#233; fr&#233;quente
d'y acqu&#233;rir des avantages susceptibles d'&#234;tre transf&#233;r&#233;s
&#224; l'ext&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Goffman, op. cit., p. 113 (&#233;nfasis de la autora). &#8220;Cualquiera que sea el (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Para muchos efectos, el tiempo de la reclusi&#243;n es un tiempo
&#8220;arrancado a la vida&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 112.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, y es cierto que habr&#225; pocos medios de invertirlo en el futuro. Sin embargo, todo lo dem&#225;s se transfiere
al exterior, pues la prisi&#243;n dej&#243; de ser un intervalo social.
Cuando Goffman tipific&#243; las instituciones totales, estableci&#243;
una caracter&#237;stica distintiva fundamental : que en ellas est&#225;n
removidas las barreras separadoras de las diversas esferas de
la vida del individuo, que &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; recortan en el mundo
exterior dominios disociados de relaciones, diferentes pertenencias
e identidades. Tales esferas pasar&#237;an a ser gestionadas
en com&#250;n, como una sola. A la luz de este criterio parecer&#237;a
que la prisi&#243;n de Tires se volvi&#243; hipertotal. En la superficie,
as&#237; lo es. No s&#243;lo las esferas de residencia, trabajo y entretenimiento
se encuentran congregadas en un espacio sino tambi&#233;n
la prisi&#243;n incorpor&#243; de manera f&#237;sica y simb&#243;lica al barrio (en
forma de largos segmentos de familias y vecinos). Tambi&#233;n
incluir&#237;a trayectos in&#233;ditos, como las visitas en circuito cerrado,
del interior hacia el interior de la prisi&#243;n, cuando las reclusas
visitan a familiares y amigos presos en otros pabellones de la
c&#225;rcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
No obstante, y de forma parad&#243;jica, al incorporar el mundo
exterior la prisi&#243;n ve atenuarse un rasgo esencial de las instituciones
totales, un elemento consustancial a todas las dem&#225;s
caracter&#237;sticas de estos universos y cuya importancia anal&#237;tica
es crucial : la ruptura intra-extramuros. Este elemento es el eje
central que agrega todas esas caracter&#237;sticas en un todo te&#243;rico
coherente a partir del que se define el sentido de cada una. Los
campos de vida recreados en las instituciones totales no anulan
los exteriores, que permanecen como referentes &lt;i&gt;in absentia&lt;/i&gt;
para los internos. As&#237;, en el edificio goffmaniano esta misma
tensi&#243;n entre el interior y el exterior esclarece las vivencias
internas y permite que adquieran su car&#225;cter &#8220;t&#237;pico&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Es cierto que la ruptura entre estos dos mundos se ha atenuado
de diversas formas. Cambios organizacionales, que
desde la posguerra se afirmaban por todos lados, permeabilizaron esta frontera, volviendo a las prisiones menos aut&#225;rquicas y abri&#233;ndolas a flujos de todo tipo (bienes, servicios, comunicaciones, entre
otros). Y fue la constataci&#243;n de esta apertura institucional
que llev&#243; a algunos autores a cuestionar la pertinencia del
modelo de Goffman y a considerarlo de alguna manera
caducado&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase G. Lemire, Anatomie de la prison, Montr&#233;al, Presses de l'Universit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sin embargo, Tires revela porosidades de orden m&#225;s
profundo y subterr&#225;neo. En lo que respecta a las reclusas,
el encarcelamiento de parientes, amigos y vecinos
hizo que la prisi&#243;n ya no sea un par&#233;ntesis, un an&#243;nimo intervalo
social. Las amplias redes de interconocimiento previo la
colocan en continuidad con el mundo exterior antes, durante
y despu&#233;s de la reclusi&#243;n y transformaron la naturaleza de las
relaciones carcelarias. &#201;stas no s&#243;lo se orientan por nociones
extracarcelarias sino tambi&#233;n la vivencia externa e interna se
retroalimentan, se engloban a veces en uno y otro sentido. Dada
esta constante &#8220;intrusi&#243;n mutua&#8221;, el cotidiano de la prisi&#243;n
deja de ser autorreferencial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Del mismo modo que tal continuidad hurta esta instituci&#243;n
a la esencia de las definiciones goffmanianas, tambi&#233;n desaf&#237;a
ideas corrientes sobre la prisi&#243;n como un universo aparte, antes
retraducidas por acad&#233;micos en las categor&#237;as &#8220;cultura carcelaria&#8221;
y &#8220;sociedad penitenciaria&#8221;. En este caso, se supon&#237;a
que este &#8220;mundo aparte&#8221; era el lugar de una cultura,
y que habr&#237;a tan s&#243;lo que formular su contenido &#8212;aunque
[fuese formulado] de manera variable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;El debate hist&#243;rico en los estudios carcelarios acerca de los or&#237;genes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#225;s tarde, y con la excepci&#243;n reciente de Lo&#239;c Wacquant, que relanza el debate en otros t&#233;rminos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Wacquant, As pris&#245;es da mis&#233;ria, Oeiras, Celta, 2000.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, el estatuto te&#243;rico de la prisi&#243;n dejar&#237;a de suscitar las grandes interrogantes del pasado, en parte porque no constituye ya un objeto en s&#237; misma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La prisi&#243;n pasa a constituirse en vez de eso en un marco para el estudio de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sobre tales cuestiones cay&#243; el polvo del olvido. Pero la frontera carcelaria continuar&#237;a a delimitar a&#250;n una unidad de an&#225;lisis en la medida que proporcionar&#237;a si no el texto, por lo menos el contexto de las relaciones sociales locales. En esta limitada acepci&#243;n, tal frontera parece no ser entendida como problem&#225;tica. Sin embargo, las continuidades
relacionales que hoy definen Tires vinieron tambi&#233;n a
diluirla en este aspecto, raz&#243;n por la cual el terreno te&#243;rico
no est&#225; menos atrapado por los muros de la prisi&#243;n. Por
consiguiente, no se trata apenas de reinsertar la instituci&#243;n
en el cuadro global de las fuerzas extracarcelarias (jur&#237;dicas,
pol&#237;ticas, econ&#243;micas, hist&#243;ricas) que la moldean. Tal punto
est&#225;, desde hace mucho, establecido.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Para comprender las interacciones, experiencias y percepciones
de las reclusas hay que desplazar el enfoque hacia
la interface entre el mundo interno y el externo, o mover la
lente entre ambos, para poder captar las redes de sentido que
los ligan en permanencia. Las constelaciones carcelarias de
parientes, amigos y vecinos nos invitan m&#225;s que nunca a una
profil&#225;ctica manera de ver, que coloque el exterior y el interior,
el barrio y la prisi&#243;n en continuidad anal&#237;tica. S&#243;lo as&#237;
podremos darnos cuenta de la intr&#237;nseca traslocalidad de la
trama carcelaria.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8220;El tiempo es siempre uno y el mismo [pero es de] diversas maneras que ese tiempo se vuelve conspicuo en los asuntos humanos&#8221;. A. Gell, &lt;i&gt;The anthropology of time. Cultural constructions of temporal maps and images&lt;/i&gt;, Oxford, Berg, 1992, p. 315.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Desde ahora deseo aclarar que el an&#225;lisis de la temporalidad carcelaria examina tan s&#243;lo la forma c&#243;mo la relaci&#243;n con el tiempo es localmente entendida en el &#225;mbito
de la duraci&#243;n de la pena ; no sugiere la existencia, en la prisi&#243;n, de conceptos espec&#237;ficos de tiempo, por lo que no contiene ninguna implicaci&#243;n de tipo cognitivo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase G. Szamosi, &lt;i&gt;The twin dimensions. Inventing time and space&lt;/i&gt;, Nueva York, McGraw-Hill, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Ardener, &#8220;Ground rules and social maps for women : an introduction&#8221;, en S. Ardener (ed.), &lt;i&gt;Women and space : ground rules and social maps&lt;/i&gt;, Oxford, Berg, 1993, p. 6-8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Husserl, &lt;i&gt;The phenomenology of internal time consciousness&lt;/i&gt;, Bloomington, Midland Books, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase M. P. da. Cunha, &lt;i&gt;Entre o bairro e a pris&#227;o : tr&#225;fico e trajectos&lt;/i&gt;, Lisboa, Fim de S&#233;culo, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gell, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Goffman, &lt;i&gt;Asiles. &#201;tudes sur la condition sociale des malades mentaux&lt;/i&gt;, Par&#237;s, Minuit, 1968, p. 47-54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 53. &#8220;Las instituciones totales son [...] incompatibles con esta estructura de base de nuestra sociedad que consiste en la relaci&#243;n trabajo-salario&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 112-115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gell, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 212. &#8220;El tiempo en s&#237; mismo, y sin la participaci&#243;n de las cosas, no es un recurso que se pueda economizar o distraer de un uso a otro, como si fuera alg&#250;n recurso et&#233;reo natural como la luz del sol. Al no ser una entidad susceptible de ser economizada, no tiene valor&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. and L. Taylor Cohen, &lt;i&gt;Psychological survival. The experience of long term imprisonment&lt;/i&gt;, Nueva York, Vintage Books, 1974, p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Estas fracciones temporales se expresan ahora en forma ligeramente diferente. Reflejando una pol&#237;tica de ejecuci&#243;n de penas m&#225;s restrictiva, el acceso a determinados derechos que esas unidades de tiempo se&#241;alar&#237;an es ahora verbalizado en forma negativa, aunque siguen periodizando el tiempo : &#8220;Acab&#233; el primer corte [de la libertad condicional], ahora estoy cumpliendo el segundo. A ver si el juez me deja ir con siete meses de sellos&#8221; [el tiempo de sellos corresponde a la duraci&#243;n de la libertad condicional] ; o : &#8220;el juez me dio un corte de un a&#241;o. Puede ser que despu&#233;s me diga que me vaya con dos meses de sello&#8221; ; o, tambi&#233;n, &#8220;mi corte acaba en octubre&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gell, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 36. &#8220;La diferencia relevante no se sit&#250;a entre diferentes &#8216;conceptos de tiempo', sino en diferentes concepciones del mundo y sus funcionamientos [&#8230;] Pero es igualmente esencial, tanto para la opini&#243;n de que &#8216;el mundo es y continuar&#225; siendo el mismo', y a la opini&#243;n contraria de que &#8216;el mundo es y continuar&#225; siendo diferente' que el creer que el mundo es y s&#243;lo es&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase C. L&#233;vi-Strauss, &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt;, Par&#237;s, Plon, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Goffman, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 113 (&#233;nfasis de la autora). &#8220;Cualquiera que sea el rigor de las condiciones de vida en las instituciones [totales], no basta para darse cuenta de este sentimiento de vida arruinada o fracasada. Hay que buscar m&#225;s bien la raz&#243;n de la misma en el hiato, escisi&#243;n o ruptura social impuesto por la entrada a la instituci&#243;n y en la frecuente imposibilidad de adquirir all&#237; algunas ventajas susceptibles de ser transferidas al exterior&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase G. Lemire, &lt;i&gt;Anatomie de la prison&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Presses de l'Universit&#233; de Montr&#233;al, 1990 ; K. Farrington, &#8220;The modern prison as total institution ? Public perception versus objective reality&#8221;, en &lt;i&gt;Crime and Delinquency&lt;/i&gt;, vol. 38, n&#250;m. 1, 1992, p. 6-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;El debate hist&#243;rico en los estudios carcelarios acerca de los or&#237;genes end&#243;genos o ex&#243;genos del sistema sociocultural penitenciario se contiene dentro de esa misma formulaci&#243;n y participa plenamente de ella (v&#233;ase D. Clemmer, &lt;i&gt;The prison community&lt;/i&gt;, Nueva York, Rinehart &amp; Co., 1940 ; G. Sykes y S. Messinger. &#8220;The inmate social system&#8221;, en R. Cloward &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;., &lt;i&gt;Theoretical studies in social organization of the prison&lt;/i&gt;, Nueva York, Social Research Council, 1960, p. 5-19 ; &lt;i&gt;versus &lt;/i&gt; J. Irwin y D. Cressey. &#8220;Thieves, convicts and the inmate culture&#8221;, en &lt;i&gt;Social Problems&lt;/i&gt;, n&#250;m. 10, 1962, p. 142-155). En otras palabras, es m&#225;s el contenido que es debatido de la categor&#237;a cultura carcelaria, que los contornos o la pertinencia de la categor&#237;a en s&#237;, aceptados por ambas partes del debate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Wacquant, &lt;i&gt;As pris&#245;es da mis&#233;ria&lt;/i&gt;, Oeiras, Celta, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La prisi&#243;n pasa a constituirse en vez de eso en un marco para el estudio de tem&#225;ticas parcelarias (v&#233;ase la agresi&#243;n en A. Mandaraka-Sheppard, &lt;i&gt;The dynamics of agression in women's prisons in England&lt;/i&gt;, Londres, Gower, 1986 ; la pobreza, A. Marchetti, &lt;i&gt;Pauvret&#233;s en prison&lt;/i&gt;, Ramonville Saint-Agne, Er&#232;s, 1997 ; el suicidio, N. Bourgoin, &lt;i&gt;Le suicide en prison&lt;/i&gt;, Par&#237;s, L'Harmattan, 1994, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>El tiempo que no cesa. La erosi&#243;n de la frontera carcelaria
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article454</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article454</guid>
		<dc:date>2011-11-02T18:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manuela Cunha
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha de nous avoir autoris&#233; &#224; reproduire ce texte. Cette &#233;tude renvoie &#224; une &#233;tude plus ancienne que l'on trouvera ici. Elle a d&#233;j&#224; paru dans RENGLONES 58-59, Noviembre de 2004-Abril de 2005. Alfred Gell defend&#237;a que &#8220;time is always one and the same, [but it is in] manifold ways that time becomes salient in human affairs&#8221; . La prisi&#243;n es un contexto en donde se evidencia la exactitud de esta precisi&#243;n. El tiempo en la c&#225;rcel no es de una (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Rythmes des corps
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;El viejo tiempo&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;El viejo tiempo&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Regreso a Tires&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Regreso a Tires&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;El pasado y el futuro en prisi&#243;n&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;El pasado y el futuro en prisi&#243;n&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;El recuento de los d&#237;as y los a&#241;os&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;El recuento de los d&#237;as y los a&#241;os&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusiones&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Conclusiones&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha de nous avoir autoris&#233; &#224; reproduire ce texte. Cette &#233;tude renvoie &#224; une &#233;tude plus ancienne que l'on trouvera &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article422' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Elle a d&#233;j&#224; paru dans RENGLONES 58-59, Noviembre de 2004-Abril de 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alfred Gell defend&#237;a que &#8220;time is always one and the same, [but it is in] manifold ways that time becomes salient in human affairs&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;El tiempo es siempre uno y el mismo [pero es de] diversas maneras que ese (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La prisi&#243;n es un contexto en donde se evidencia la exactitud de esta precisi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
El tiempo en la c&#225;rcel no es de una especie diferente del que
transcurre en el mundo libre, pero &#233;ste no se destaca all&#237; del
mismo modo. Y es que su importancia es extrema cuando una
sentencia se expresa en meses o a&#241;os de privaci&#243;n de libertad.
En vez de ser un aspecto m&#225;s de la vida en reclusi&#243;n, el tiempo
parece que se confunde con ella.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si el tiempo adquiere en este espacio tal importancia, de
manera inversa tambi&#233;n hace que resalten m&#225;s las l&#243;gicas de la experiencia carcelaria. Por esto, examinar el modo como &#233;ste se vive y representa en la prisi&#243;n constituye una v&#237;a fundamental para comprender la propia reclusi&#243;n.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Desde ahora deseo aclarar que el an&#225;lisis de la temporalidad carcelaria (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Con base en dos periodos
de trabajo de campo en Tires, la principal instituci&#243;n carcelaria
femenina portuguesa, separados por una d&#233;cada (1987-1989
y 1997), se pretende demostrar c&#243;mo una transformaci&#243;n en
la relaci&#243;n con el tiempo puede ilustrar un cambio profundo
en la naturaleza de la prisi&#243;n contempor&#225;nea.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;El viejo tiempo&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mi primera estancia en Tires, la ruptura con el exterior era
un aspecto ineludible de la reclusi&#243;n. Los muros de la c&#225;rcel
materializaban una frontera con grandes implicaciones sociol&#243;gicas
y simb&#243;licas. Ser preso era estar separado de una red
de relaciones anteriores &#8212;una especie de intervalo social&#8212;,
adem&#225;s de implicar un estigma que pon&#237;a a prueba la identidad
pasada. Sin embargo, la prisi&#243;n representaba una marginaci&#243;n
relativamente circunstancial, ya que el estigma se circunscrib&#237;a
a los l&#237;mites materiales y temporales de la detenci&#243;n y era
posible ocultarlo despu&#233;s de la liberaci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La relaci&#243;n con el tiempo subrayaba esa ruptura con el
exterior. Al considerar el tiempo total de la pena, las reclusas
lo evaluaban menos en su sentido de duraci&#243;n limitada
que en el de interrupci&#243;n &#8212;del transcurso de su vida&#8212;,
lo que significaba una discontinuidad en relaci&#243;n al presente
y al futuro. Como si se tratara de un par&#233;ntesis, la duraci&#243;n
de la reclusi&#243;n se entend&#237;a como un &#8220;tiempo aparte&#8221;. Esta
formulaci&#243;n era intercambiable con otra, tambi&#233;n com&#250;n en
el discurso carcelario : &#8220;un mundo aparte&#8221;. Las dimensiones
gemelas, el tiempo y el espacio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase G. Szamosi, The twin dimensions. Inventing time and space, Nueva York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ser&#237;an as&#237; indisociadas en la pr&#225;ctica, lo que llevaba al extremo una relaci&#243;n de homolog&#237;a que Shirley Ardener se&#241;alara como forma cultural com&#250;n a
varios contextos etnogr&#225;ficos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Ardener, &#8220;Ground rules and social maps for women : an introduction&#8221;, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; como si en raz&#243;n de un cambio de lugar el tiempo se inmovilizara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pasado y futuro se convert&#237;an del mismo modo en realidades
temporales bien delimitadas. Por &#8220;pasado&#8221; y &#8220;futuro&#8221; las
reclusas se&#241;alaban siempre a los periodos anterior y posterior a
la reclusi&#243;n. Tales t&#233;rminos jam&#225;s eran empleados para nombrar
hechos ocurridos o por ocurrir durante la detenci&#243;n ; se refer&#237;an
tan s&#243;lo a eventos fuera de la c&#225;rcel. La pena de prisi&#243;n adquir&#237;a
as&#237; el sentido de un presente inm&#243;vil, suspendido en la larga
duraci&#243;n. Este &#8220;tiempo aparte&#8221; estaba separado del pasado y
futuro tal como los muros de la prisi&#243;n las separaban del espacio
exterior. Si invirti&#233;ramos los t&#233;rminos de una definici&#243;n de
Husserl, podr&#237;a decirse que en este presente no exist&#237;an ni
residuos del pasado ni elementos emergentes del futuro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Husserl, The phenomenology of internal time consciousness, Bloomington, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Regreso a Tires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Diez a&#241;os m&#225;s tarde el escenario era muy diferente. Para comenzar,
el perfil social de la poblaci&#243;n reclusa hab&#237;a sufrido una
profunda alteraci&#243;n. Se presentaba homogeneizado no s&#243;lo
por una acentuada pobreza sino tambi&#233;n por una abrumadora
proporci&#243;n de delitos por drogas. Sin embargo, es m&#225;s
significativo a&#250;n otro cambio, relacionado con esta dr&#225;stica
reducci&#243;n de la anterior variedad social y criminal. Vastas
redes de parentesco y vecindad empezaron a transponerse
colectivamente a la prisi&#243;n : t&#237;as, primas, cu&#241;adas, hermanas,
madres y abuelas pueden estar ahora recluidas juntas y formar
parentelas de m&#225;s de una decena de personas &#8212;sin contar
con los familiares masculinos presos en otros establecimientos.
Los c&#237;rculos de parentesco se cruzan a su vez con los de
vecindad, y as&#237; se forman extensas redes de reclusas que ya se
conocen desde antes, es decir, en redes de relaciones en verdad
preconstituidas &#8212;cuando se supone que en las prisiones las
vidas se reunir&#237;an m&#225;s o menos al azar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En otro lugar ya se ha analizado con m&#225;s detalle las causas
de esta reorganizaci&#243;n de las poblaciones carcelarias ocurrida
en los a&#241;os noventa. Me enfocar&#233; aqu&#237; a indicar que se relacionan en forma directa o indirecta con la econom&#237;a a peque&#241;a escala de la droga&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase M. P. da. Cunha, Entre o bairro e a pris&#227;o : tr&#225;fico e trajectos, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Por un lado, la econom&#237;a de la droga llev&#243; a los barrios pobres de las periferias urbanas portuguesas una
estructura de oportunidades ilegales muy amplia y accesible.
Todos, independientemente de la edad, g&#233;nero o inserci&#243;n
&#233;tnica, por s&#237; solos o asociados en peque&#241;os c&#237;rculos de parientes
y vecinos, pudieron tener acceso a ella. Por otro, el tr&#225;fico
fragmentado, el m&#225;s expuesto y arriesgado, indujo patrones
espec&#237;ficos de represi&#243;n, ya sea por generar una gesti&#243;n judicial
masificada que no pocas veces &#8220;produce&#8221; en forma artificial
grandes redes de tr&#225;fico (al yuxtaponer n&#250;cleos de individuos
incriminados pero en realidad no relacionados entre s&#237;), o
por motivar una acci&#243;n policiaca proactiva, m&#225;s que nunca
enfocada en determinadas colonias que se volvieron blancos
colectivos de intervenciones rutinarias. Es evidente, entonces,
que la probabilidad de detenci&#243;n es mayor en estos territorios.
Como en otros pa&#237;ses donde la guerra a la droga adopt&#243; estilos
similares, la mayor&#237;a de la poblaci&#243;n carcelaria proviene de las
&#225;reas estigmatizadas, por lo que la geograf&#237;a de la reclusi&#243;n
se ha vuelto previsible. Por consiguiente, no es de sorprender
que ahora, en Portugal como en otras naciones, los correclusos
sean con frecuencia parientes y vecinos, ya sea que entren a
la prisi&#243;n de forma simult&#225;nea o no.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tampoco sorprende por eso que la frontera simb&#243;lica que
la prisi&#243;n representaba en otros tiempos se haya desvanecido.
El estigma que se asociaba a la reclusi&#243;n se instituye ahora a
antes de la detenci&#243;n, por la sola pertenencia a determinados
barrios de mala fama. La marginaci&#243;n a la que ese estigma
se refiere es m&#225;s estructural que circunstancial, y la prisi&#243;n
es ya una realidad incrustada en la vida de estos territorios
urbanos donde se ha vuelto un elemento vulgar de muchas
biograf&#237;as, un destino banal : todos los residentes tienen un
conocido o un familiar que est&#225; o estuvo preso. Miembros
de diferentes familias se desplazan a la prisi&#243;n en conjunto y
aprovechan el viaje de uno u otro vecino que viene a visitar
una pariente &#8212;para visitar al mismo tiempo a una vecina
presa. En este c&#237;rculo, las condiciones de preso y visitante
son casi intercambiables debido el recurrente deslizamiento
de una hacia otra en diferentes momentos de la trayectoria
de una persona.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Las redes precarcelarias de interconocimiento vinieron
a alterar de manera significativa la faz de la reclusi&#243;n. Para
comenzar, cuando una persona es presa ya no es extirpada de
su mundo social : importantes segmentos de este son transferidos
con ella. Cuando la iniciaci&#243;n a la vida carcelaria se hace
junto con parientes, amigos y vecinos, o por parientes, amigos
y vecinos, la identidad personal y social encuentra otras bases
de sustentaci&#243;n en un espacio que en principio las suspende,
cuando no las corroe. Las relaciones preestablecidas act&#250;an
como un filtro entre el orden penitenciario y la persona, y
vinieron a subvertir el paradigm&#225;tico intervalo social que hasta
aqu&#237; informaba de alto a bajo cualquier estudio carcelario, por
lo regular asentado en una representaci&#243;n de la prisi&#243;n como
un mundo aparte. Esta subversi&#243;n no podr&#237;a dejar de tener
tambi&#233;n consecuencias en el modo como el tiempo pas&#243; a
destacarse en la cotidianidad de la c&#225;rcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Claro que a&#250;n hoy subsiste en la prisi&#243;n una minor&#237;a de
reclusas de perfil carcelario cl&#225;sico, no enredadas en lazos de parentesco
y vecindad. Esta minor&#237;a todav&#237;a expresa ideas de
&#237;ndole similar a las del pasado, tales como : &#8220;nosotras aqu&#237;
estamos aisladas, el tiempo parece que lleg&#243; aqu&#237; y se detuvo&#8221;.
Las ideas de interrupci&#243;n y separaci&#243;n fueron, sin embargo,
expurgadas del discurso recluso que ahora predomina, a no ser
en la medida en que vehiculan, de manera concreta, el obst&#225;culo
que la reclusi&#243;n representa para la resoluci&#243;n de determinados
problemas en el exterior, sea porque prorroga esa resoluci&#243;n
o porque ah&#237; genera nuevos problemas. Sin embargo, la separaci&#243;n
espacial dejar&#237;a de generar la percepci&#243;n de un tiempo
aparte, por lo que las representaciones de la temporalidad no
se vinculan, como otrora, a la espacialidad.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;El pasado y el futuro en prisi&#243;n&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Por otra parte, el pasado ya no equivale a exterior ; pas&#243; a ser
una realidad temporal incluida en la duraci&#243;n de la pena. En
cuanto al futuro imaginado desde la prisi&#243;n, &#233;ste ya no es del
dominio de la irrealidad como hace diez a&#241;os, cuando abrigaba
las fantas&#237;as m&#225;s improbables y que, por eso mismo, tanto
reconfortaba como inquietaba a las reclusas, al provocarles los
bruscos sobresaltos de quien despierta de una fantas&#237;a, sobre
todo cuando la liberaci&#243;n se aproximaba ; ahora, al contrario,
se imagina como un conjunto de posibilidades plausibles
ancladas en el presente, tal vez porque los referentes del
futuro, como los del pasado, se encuentran en parte incorporados
a la prisi&#243;n. De hecho, la relaci&#243;n con parientes
y conocidos es anterior a la reclusi&#243;n y se prolongar&#225; m&#225;s
all&#225; de ella, lo que le imprime un sentido de realidad que
no permite evasiones prolongadas. Los planes que con
o sin ellos se hacen &#8212;cuando se hacen&#8212; son concretos,
modestos, comedidos y destinados a reparar los estragos
que la reclusi&#243;n habr&#225; provocado. La vida no va a cambiar
para mejor por una hipot&#233;tica &#8220;vuelta de hoja&#8221; al salir de
la prisi&#243;n ; se espera nada m&#225;s que no empeore mucho. As&#237;,
la misma continuidad asentada en las redes precarcelarias
de interconocimiento, que por un lado aten&#250;a la frontera
interior-exterior, es tambi&#233;n la que induce una continuidad
entre el pasado, presente y futuro durante la reclusi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hace una d&#233;cada la duraci&#243;n de la pena configuraba
un presente denso, no progresivo. Ninguna reclusa dudaba
del paso del tiempo y esta certeza les resultaba imprescindible.
Sin embargo, los diferentes procesos desarrollados en ese lapso
no eran integrados a la duraci&#243;n personal de cada una. Por un
lado, porque no estaban investidos de sentido &#8212;de ah&#237; proced&#237;a
la noci&#243;n de &#8220;un tiempo perdido&#8221; para todo y cualquier
efecto. Los acontecimientos que ocurr&#237;an en el transcurso de
la detenci&#243;n no pose&#237;an un estatuto acumulativo en la autobiograf&#237;a
de las reclusas, por lo que no eran, como hoy, objeto
de una organizaci&#243;n cronol&#243;gica ; parec&#237;an entonces disolverse,
indistintos, en el horizonte temporal de la reclusi&#243;n. Por otro,
la ilusi&#243;n de un eterno presente era reforzada por el transcurrir
indiferenciado del tiempo en prisi&#243;n, constituido de secuencias
repetitivas de hechos y acciones &#8212;aquello que Gell llamar&#237;a
de &#8220;no-cambio diacr&#243;nico&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gell, op. cit., p. 25.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aunque este no-cambio contribuyera a volver menos perceptible
el paso del tiempo, la naturaleza repetitiva de la temporalidad
carcelaria no era s&#243;lo lo que alimentaba las representaciones
locales de un tiempo cristalizado. Tambi&#233;n pueden verse
existencias rutinarias en el mundo libre, donde el tiempo del
trabajo y el entretenimiento pueden caracterizarse por
la misma monoton&#237;a. Sin embargo, en libertad estos
tiempos resultan de distintas &#243;rdenes y tienen un sentido
que sus suced&#225;neos carcelarios estaban entonces lejos de
reproducir, como Goffman lo percibiera a prop&#243;sito de
las instituciones totales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Goffman, Asiles. &#201;tudes sur la condition sociale des malades mentaux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En Tires, la diferencia cualitativa entre el periodo de trabajo y el de entretenimiento se atenuaba, pues ambos estaban incluidos en la misma
l&#243;gica punitiva. Se percib&#237;a una relativa indiferencia en
la manera como era acogido el toque del timbre que indicaba
el fin de un periodo y el inicio de otro ; el trabajo ten&#237;a menos
un sentido econ&#243;mico que moralizador, y la motivaci&#243;n para
trabajar proven&#237;a sobre todo del temor a castigos indirectos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hoy, el empobrecimiento generalizado de las reclusas condujo
a que readquiriese un sentido m&#225;s convergente con el del
trabajo en el exterior : no s&#243;lo es m&#225;s procurado, sin necesidad
de ser impuesto, sino tambi&#233;n se destina casi siempre a financiar
consumos esenciales. Y es precisamente por contrastar
con el actual sentido del trabajo en la c&#225;rcel, que los periodos
de entretenimiento tambi&#233;n han readquirido su valor como
oportunidad de recreaci&#243;n y reposo, tan anhelados en Tires
como en libertad. Esto significa que las l&#243;gicas y el escenario
estructural caracter&#237;sticos de las instituciones totales no inducen
por s&#237; solos a una determinada relaci&#243;n con el entretenimiento
y el trabajo que les ser&#237;a inherente y espec&#237;fico, sino
que interact&#250;an con otros factores. Es por eso relativizable la
aserci&#243;n de Goffman seg&#250;n la cual &#8220;Les institutions totales
sont [...] incompatibles avec cette structure de base de notre
soci&#233;t&#233; qu'est le rapport travail-salaire&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 53. &#8220;Las instituciones totales son [...] incompatibles con esta (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En segundo lugar, la extrema regularidad de los d&#237;as sigue
siendo pautada por un horario reglamentario cumplido en
detalle. No obstante, la monoton&#237;a de los ritmos minuciosos
parece haber dejado de orientar las representaciones de la
temporalidad carcelaria, que antes configuraban como un presente
suspendido, vac&#237;o e ins&#237;pido, una temporalidad tambi&#233;n
goffmaniana&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 112-115.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : el sentido de lo cotidiano se construye ahora como prolongaci&#243;n de lo cotidiano previo a la prisi&#243;n, no en
oposici&#243;n a &#233;l. La regularidad de los ritmos institucionales
es relegada a segundo plano por las irregularidades normales
de un d&#237;a a d&#237;a centrado en los parientes y vecinos, en los
acontecimientos que los aproximan o separan y que, de forma
simult&#225;nea, vinculan este d&#237;a a d&#237;a con el exterior.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hace una d&#233;cada los incidentes de la sociabilidad no subvert&#237;an
las percepciones de una temporalidad llana y vac&#237;a, una
vez que las relaciones con las compa&#241;eras eran vistas como
temporales, circunscriptas a la reclusi&#243;n y destituidas de significado.
Adem&#225;s, las relaciones sociales locales pod&#237;an estar
tambi&#233;n subordinadas a la medida del tiempo. Para iniciar una
relaci&#243;n de camarader&#237;a con una compa&#241;era o &#8220;invertir&#8221; afectivamente
en alguien, ellas ponderaban la extensi&#243;n de la pena
de esa detenida como elemento a favor o en contra. Alguien
condenado a una pena de diez a&#241;os evitar&#237;a, en la medida de
lo posible, hacerse amiga de quien estuviera cumpliendo una
pena corta. Interviniendo en los modos de constituci&#243;n de
la sociabilidad, el tiempo era reificado al extremo, dejando
de ser una dimensi&#243;n para pasar a ser recurso y valor. En la
prisi&#243;n, el calendario no era sino sistema de medida, notaci&#243;n
de una duraci&#243;n que tan s&#243;lo se contabilizaba para estimar el
&#8220;tiempo perdido que nadie nos lo regresa&#8221;, o aquel que &#8220;falta por
cumplir&#8221; hasta la liberaci&#243;n. Tales formulaciones, as&#237; como las
de &#8220;aqu&#237; el tiempo no falta, hay tiempo de sobra&#8221;, nacen de un
tipo de caracterizaci&#243;n del tiempo que surg&#237;a con una especial
nitidez en el contexto carcelario. Se trata, una vez m&#225;s, de una
reificaci&#243;n discursiva que designa un r&#233;gimen temporal m&#225;s
objetivado que vivido. Gell la analiza de la siguiente forma :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Time by itself, and without the participation of things, is
not a resource which can be economized on or diverted
from one use to another, as though it were some ethereal
natural resource like sunlight. Not being an economizable
entity, it has no value&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gell, op. cit., p. 212. &#8220;El tiempo en s&#237; mismo, y sin la participaci&#243;n de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;El recuento de los d&#237;as y los a&#241;os&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;El calendario es, en cualquier contexto, un instrumento de
medida del tiempo. Sin embargo, fuera de la prisi&#243;n cada individuo
lo marcar&#225; a su manera, modul&#225;ndolo con un sentido
personal que en buena parte es compartido por los que est&#225;n
cercanos a &#233;l. De todos modos en el marco penitenciario de
Tires, los d&#237;as se suced&#237;an indistintos : el 1 de julio era igual al 30
de noviembre, aunque se tratara de un cumplea&#241;os. No hab&#237;a
d&#237;as personales, era un tiempo descarnado, no apropiado, es
decir, el tiempo homog&#233;neo del calendario. Entonces, &#191;c&#243;mo
era periodizado el tiempo ? Esta periodizaci&#243;n se engendraba
principalmente por procesos prisionales y, en esa medida, era
espec&#237;fica a la c&#225;rcel, al contrario de lo que sucede ahora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En los clich&#233;s que circulan sobre el universo carcelario, los
d&#237;as se traducen por trazos no fechados dibujados en la pared
de la celda, como el calendario de Robinson Crusoe. En Tires
no era com&#250;n este modo de inscripci&#243;n en las paredes ni en
agendas. Si los d&#237;as segu&#237;an siendo unidades calend&#225;ricas
importantes en s&#237; mismas, su sucesi&#243;n no era anotada de forma
secuencial .&#8220;Me quedar&#237;a loca si los contara todos los d&#237;as ; de
esa manera yo ver&#237;a cu&#225;nto tiempo todav&#237;a tengo que aguantar...
Mejor lo dejo pasar, as&#237; no me doy tanto cuenta&#8221;. En materia
de notaci&#243;n y contabilizaci&#243;n de la progresi&#243;n temporal, los
meses, y en menor medida los a&#241;os, dejaban de representar
unidades de periodizaci&#243;n relevantes. La totalidad de la pena
no se contabilizaba en tales periodos sino en cuartos, tercios,
mitades, fracciones que se correspond&#237;an con los momentos
a partir de los que las detenidas podr&#237;an solicitar una salida
precaria, el acceso a un r&#233;gimen penitenciario m&#225;s abierto o
la libertad condicional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Las semanas, o mejor dicho los fines de semana, continuaban
siendo marcadores importantes del curso de la existencia
en la prisi&#243;n. Sin embargo no conservaban esta cualidad por
ser unidades &#8220;dadas&#8221; de medida del tiempo y de su progresi&#243;n,
sino porque se constitu&#237;an en los &#250;nicos momentos peri&#243;dicos
individualizados o personalizados. Los fines de semana eran
el momento de las visitas seg&#250;n el reglamento, y para las reclusas
que no las recib&#237;an la ilusi&#243;n de un tiempo aparte, de un
eterno presente, les pesaba a&#250;n m&#225;s. Para las que las recib&#237;an,
el contacto semanal con la familia y los amigos ritmaba esta
duraci&#243;n. Adem&#225;s, el impacto de estos eventos en el ritmo del
tiempo no se limitaba a los momentos en que ocurr&#237;an : eran los
puntos culminantes de una progresi&#243;n que se desarrollaba a lo
largo de toda la semana precedente, para decrecer durante la
semana siguiente. En los d&#237;as previos, las detenidas se dedicaban
a anticiparlos, prepar&#225;ndose para su llegada (qu&#233; les iban
a decir, c&#243;mo se iban a arreglar, qu&#233; pedir&#237;an que les trajeran
en la visita siguiente) ; en los d&#237;as posteriores la visita resonaba
a&#250;n, era comentada, recordada. Las visitas produc&#237;an de este
modo un &#8220;efecto acorde&#243;n&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. and L. Taylor Cohen, Psychological survival. The experience of long term (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Como consecuencia, los &#250;nicos momentos peri&#243;dicos que
entrecortaban la homogeneidad del r&#233;gimen temporal de la prisi&#243;n
eran las fechas articuladas con el mundo exterior y ancladas
en &#233;l. As&#237;, era por v&#237;a de la repetici&#243;n de las visitas, y no en s&#237;
misma como unidad de tiempo del calendario, que la semana
constitu&#237;a una periodizaci&#243;n pertinente de la vida en prisi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Por otra parte, ning&#250;n evento elevaba el ritmo mensual : el
mes no resaltaba o apenas figuraba de manera muy tenue como
segmento temporal. Otros acontecimientos recurrentes,
como las fiestas de Navidad ten&#237;an un efecto semejante al
de las visitas. Las fiestas anuales que marcaban en la prisi&#243;n
ocasiones celebradas fuera de ella introduc&#237;an fragmentos del
mundo exterior, gracias a los artistas que all&#237; iban a actuar.
Asimismo, a las detenidas se les permit&#237;a en esas ocasiones
adoptar comportamientos reservados a la vida libre : consumir
bebidas alcoh&#243;licas ; relacionarse con el &lt;i&gt;staff &lt;/i&gt; sin observar
los indicadores habituales de jerarqu&#237;a ; mantener contacto
directo con el personal dirigente del establecimiento y hasta
con altos representantes del sistema judicial y penitenciario
que a veces se presentaban en las conmemoraciones, ocasi&#243;n
en que pod&#237;an hurtar pedidos y solicitudes al inevitable filtro
del largo proceso burocr&#225;tico al que se subordinaban. Las
fiestas y visitas introduc&#237;an una discontinuidad en la duraci&#243;n
carcelaria que en esos momentos se constitu&#237;a menos en &#8220;un
tiempo aparte&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hoy, fiestas y visitas siguen siendo ocasiones importantes
pero casi del mismo modo que en el exterior. En otras palabras,
aunque sigan siendo cruciales en la vivencia carcelaria, han
perdido la centralidad de antes en lo que respecta a la marcaci&#243;n
del tiempo y su periodizaci&#243;n. Si su importancia proven&#237;a por
ser los &#250;nicos puentes significativos con el mundo extramuros,
en el presente, y en primer t&#233;rmino, la transposici&#243;n de las fronteras
de la prisi&#243;n es continua y ocurre en m&#250;ltiples formas. La
vivencia intramuros dej&#243; de ser autorreferencial para reportarse
constantemente al exterior. En segundo t&#233;rmino, la vida en
prisi&#243;n prolonga de alg&#250;n modo la vida de afuera, dado que
en su interior se mantienen relaciones con parientes, amigos
y vecinos &#8212;y no s&#243;lo por medio de cartas y visitas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Es sobre todo en esta continuidad relacional que parece
tambi&#233;n fundamentarse una continuidad con los modos anteriores
de percibir y periodizar el tiempo. Por eso las reclusas
que no reciben visitas pero tienen parientes detenidos en Tires
reclaman por la extensi&#243;n de la pena, pero no as&#237; porque su
duraci&#243;n configure un presente eterno ; puede decirse que
&#233;ste les podr&#225; parecer eterno por ser extenso, no porque sea
no-progresivo. Adem&#225;s, si las familiares y conocidas presas de
una reclusa no se encuentran en el mismo pabell&#243;n, en los d&#237;as
apropiados ellas podr&#225;n visitarlas en sus propios pabellones
dentro del mismo establecimiento, motivo por el cual las visitas
ya no representan s&#243;lo puentes hacia el exterior. La presencia
de parientes, amigos y vecinos parece haber introducido un
sentido de diacron&#237;a en la temporalidad carcelaria &#8212;o de
cambio diacr&#243;nico. Ese es, en todo caso, mucho m&#225;s manifiesto
que en el pasado, tal como los usos y lecturas del calendario
pasaron a converger con los de fuera de la prisi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De hecho, junto a la divisi&#243;n de la pena en cuartos, mitades
y tercios&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Estas fracciones temporales se expresan ahora en forma ligeramente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, una segmentaci&#243;n que se mantuvo en Tires, todas las unidades calend&#225;ricas permanecen tan relevantes como extramuros, lo que no suced&#237;a hace diez a&#241;os. D&#237;as, semanas, meses y a&#241;os figuran ahora en el vocabulario de la prisi&#243;n.
Los d&#237;as son unidades de tiempo cuya sucesi&#243;n no s&#243;lo se
registra, como tambi&#233;n su secuenciaci&#243;n pas&#243; a reportarse
al mes en el que se encuentran. Se dice &#8220;hoy es 29 de mayo&#8221;
del mismo modo que se pregunta, como afuera, &#8220;&#191;qu&#233; d&#237;a
[del mes] es hoy ?&#8221; Y as&#237; como se transporta del exterior el
calendario &#8220;objetivo&#8221;, que continuar&#225; actuante en la prisi&#243;n,
&#233;ste tambi&#233;n preservar&#225; las modulaciones &#8220;subjetivas&#8221; que
cada detenida le hab&#237;a atribuido antes de su reclusi&#243;n. Por
ejemplo, los cumplea&#241;os, que se ven como d&#237;as &#8220;personales&#8221;,
son compartidos y festejados junto a parientes, amigos y vecinos
sin que sea necesario explicarles de qu&#233; se trata, cosa que
no suceder&#237;a con otras compa&#241;eras reclusas, a quienes tales
fechas deben serles comunicadas, pues no est&#225;n enteradas.
En suma, las calendarizaciones en la c&#225;rcel no obnubilaron
el calendario ni las calendarizaciones fuera de la prisi&#243;n ; m&#225;s
bien coexisten con &#233;stas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusiones&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Hoy, como ayer, el tiempo es representado como un problema
central de la vida carcelaria ; sin embargo, esta centralidad no
se impone por las mismas razones. La zona de intersecci&#243;n
que lo convierte en un problema com&#250;n al presente y al pasado
reside en el hecho de que el tiempo es siempre considerado
excesivo y no escaso (al contrario de percepciones externas que
lo consideran como un bien insuficiente y huidizo). Pero en el
pasado, adem&#225;s, el tiempo parec&#237;a intr&#237;nsecamente problem&#225;tico
porque se presentaba a las reclusas desfasado en relaci&#243;n a
la temporalidad del mundo exterior. Para Gell, en general,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;The relevant distinction does not lie between different
&#8220;concepts of time&#8221;, but different conceptions of the world
and its workings. [...] But it is equally essential, both
to the belief that &#8220;the world goes on and on being the
same&#8221;, and to the contrary belief that &#8220;the world goes
on and on becoming different&#8221; that one believes that
the world goes on and on&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gell, op. cit., p. 36. &#8220;La diferencia relevante no se sit&#250;a entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si todas las sociedades saben que el mundo gira, algunas creen
que al girar permanece igual (&#8220;sociedades fr&#237;as&#8221; o de &#8220;tiempo
c&#237;clico&#8221;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase C. L&#233;vi-Strauss, La Pens&#233;e sauvage, Par&#237;s, Plon, 1962.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mientras que otras creen que no cesa de cambiar (&#8220;sociedades calientes&#8221; o de &#8220;tiempo hist&#243;rico&#8221;). &lt;i&gt;Mutatis
mutandis&lt;/i&gt;, en el caso de las prisioneras, en el pasado el problema
resid&#237;a en que viv&#237;an de alg&#250;n modo al mismo tiempo
en estos dos reg&#237;menes de percepci&#243;n. El tiempo les parec&#237;a
cristalizado porque los procesos que se desarrollaban en la
c&#225;rcel se repet&#237;an ah&#237; de manera inapelable. Pero tambi&#233;n
sab&#237;an que en la prisi&#243;n, como all&#225; afuera, el mundo gira, y
que en el exterior &#233;ste cambia con el paso del tiempo. &#191;C&#243;mo
ir&#237;a a ser el reencuentro con los familiares, amigos o el trabajo ?
M&#225;s all&#225; de las rupturas que su ausencia podr&#237;a inducir (una
separaci&#243;n, un abandono, la p&#233;rdida de un empleo, lo que
har&#237;a que tal reencuentro ni siquiera sucediera), el hecho de
vivir &#8212;o de creer vivir&#8212; est&#225;ticas en un mundo din&#225;mico les
traer&#237;a otras consecuencias :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ya ni s&#233; c&#243;mo dirigirme a las personas, c&#243;mo llevar una
relaci&#243;n normal con la gente. Las cosas me dan miedo.
No s&#233;, salir al cine &#8212;hasta sudo&#8212;, y ya no tengo aquel
sentido de humor. Todos afuera me dicen que estoy
bastante rara y eso hace que me asuste m&#225;s.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Estos dos mundos paralelos, cuyos ritmos eran diferentes aunque
se desarrollaran en una misma duraci&#243;n, estaban unidos en la
conciencia de las reclusas. Sin embargo el desfase entre ambos
hac&#237;a que el tiempo les resultara una amenaza, o por lo menos
una amenaza m&#225;s aguda y tangible que en el mundo libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hoy, el alejamiento f&#237;sico del exterior tambi&#233;n puede debilitar
relaciones personales y laborales, aunque &#233;stas configuren
con menor nitidez el reforzamiento simb&#243;lico de la frontera
interior-exterior. As&#237;, por ejemplo, las mujeres por las que
los maridos habr&#225;n traicionado o abandonado a las esposas
podr&#225;n ser presas ellas mismas en Tires y ah&#237; recibir las visitas
de esos hombres, lo que hace que la gesti&#243;n de esa ruptura
por parte de las reclusas que la sufrieron no sea muy diferente de la que har&#237;an en el exterior : enfrentan &lt;i&gt;in loco&lt;/i&gt; las sombras
de los compa&#241;eros y de las rivales, los cotilleos de los
vecinos que conocen esos tri&#225;ngulos amorosos y se amparan
en viejas amigas, tambi&#233;n presentes ah&#237; ; la inestabilidad laboral
y el desempleo intermitente que ya afectaba a la mayor&#237;a de las
detenidas antes de la reclusi&#243;n (ahora m&#225;s marcados que en el
pasado) hacen de la ruptura con el trabajo una m&#225;s entre tantas
otras, reproduci&#233;ndose en este intervalo penitenciario relaciones
y sentidos laborales similares a los previos a la c&#225;rcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A pesar de estas rupturas, as&#237; como la presencia de familiares
y conocidos introduce de manera directa o indirecta el sentido
de diacron&#237;a en la vivencia de la prisi&#243;n, parece tambi&#233;n sincronizar
la temporalidad de la c&#225;rcel con la de afuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A trav&#233;s de estas redes de relaciones previas a la prisi&#243;n, las
nociones de la progresi&#243;n interna y externa convergen, tal como
pasaron a converger dos mundos antes paralelos, considerados
ah&#237; uno est&#225;tico y otro din&#225;mico. Como ya no representa &#8220;un
tiempo aparte&#8221;, la reclusi&#243;n deja de ser vista como una suspensi&#243;n
de la trayectoria personal y los acontecimientos que tienen
lugar en su transcurso no poseen un estatuto diferente al de
los acontecimientos exteriores. Pasan, como ellos, a entrar en
la cronolog&#237;a personal y a acumularse en la autobiograf&#237;a. Las
relaciones externas, previas a la c&#225;rcel, no se interrumpen con
la detenci&#243;n, y las relaciones [&#8220;carcelarias&#8221;] no cesar&#225;n con ella.
Tales relaciones progresan en la prisi&#243;n, conociendo desarrollos
que prolongan el pasado y repercutir&#225;n en el futuro. Ya no son
extirpadas de la biograf&#237;a &#8212;como hace una d&#233;cada&#8212; en raz&#243;n
de su asociaci&#243;n estigmatizante con la prisi&#243;n. No son siquiera
extirpables, ya que son preconstituidas y, asimismo, el estigma
que las acompa&#241;a es anterior a la detenci&#243;n. A prop&#243;sito de la
noci&#243;n de un tiempo perdido, recurrente en las instituciones
totales, Goffman se&#241;ala que&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la rigueur des conditions de vie dans les
institutions [totales], elle ne suffit pas &#224; rendre compte
de ce sentiment de vie g&#226;ch&#233;e. Il nous faut plut&#244;t en
chercher la raison dans l'hiatus social impos&#233; par
l'entr&#233;e &#224; l'institution et dans l'impossibilit&#233; fr&#233;quente
d'y acqu&#233;rir des avantages susceptibles d'&#234;tre transf&#233;r&#233;s
&#224; l'ext&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Goffman, op. cit., p. 113 (&#233;nfasis de la autora). &#8220;Cualquiera que sea el (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Para muchos efectos, el tiempo de la reclusi&#243;n es un tiempo
&#8220;arrancado a la vida&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 112.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, y es cierto que habr&#225; pocos medios de invertirlo en el futuro. Sin embargo, todo lo dem&#225;s se transfiere
al exterior, pues la prisi&#243;n dej&#243; de ser un intervalo social.
Cuando Goffman tipific&#243; las instituciones totales, estableci&#243;
una caracter&#237;stica distintiva fundamental : que en ellas est&#225;n
removidas las barreras separadoras de las diversas esferas de
la vida del individuo, que &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; recortan en el mundo
exterior dominios disociados de relaciones, diferentes pertenencias
e identidades. Tales esferas pasar&#237;an a ser gestionadas
en com&#250;n, como una sola. A la luz de este criterio parecer&#237;a
que la prisi&#243;n de Tires se volvi&#243; hipertotal. En la superficie,
as&#237; lo es. No s&#243;lo las esferas de residencia, trabajo y entretenimiento
se encuentran congregadas en un espacio sino tambi&#233;n
la prisi&#243;n incorpor&#243; de manera f&#237;sica y simb&#243;lica al barrio (en
forma de largos segmentos de familias y vecinos). Tambi&#233;n
incluir&#237;a trayectos in&#233;ditos, como las visitas en circuito cerrado,
del interior hacia el interior de la prisi&#243;n, cuando las reclusas
visitan a familiares y amigos presos en otros pabellones de la
c&#225;rcel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
No obstante, y de forma parad&#243;jica, al incorporar el mundo
exterior la prisi&#243;n ve atenuarse un rasgo esencial de las instituciones
totales, un elemento consustancial a todas las dem&#225;s
caracter&#237;sticas de estos universos y cuya importancia anal&#237;tica
es crucial : la ruptura intra-extramuros. Este elemento es el eje
central que agrega todas esas caracter&#237;sticas en un todo te&#243;rico
coherente a partir del que se define el sentido de cada una. Los
campos de vida recreados en las instituciones totales no anulan
los exteriores, que permanecen como referentes &lt;i&gt;in absentia&lt;/i&gt;
para los internos. As&#237;, en el edificio goffmaniano esta misma
tensi&#243;n entre el interior y el exterior esclarece las vivencias
internas y permite que adquieran su car&#225;cter &#8220;t&#237;pico&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Es cierto que la ruptura entre estos dos mundos se ha atenuado
de diversas formas. Cambios organizacionales, que
desde la posguerra se afirmaban por todos lados, permeabilizaron esta frontera, volviendo a las prisiones menos aut&#225;rquicas y abri&#233;ndolas a flujos de todo tipo (bienes, servicios, comunicaciones, entre
otros). Y fue la constataci&#243;n de esta apertura institucional
que llev&#243; a algunos autores a cuestionar la pertinencia del
modelo de Goffman y a considerarlo de alguna manera
caducado&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ase G. Lemire, Anatomie de la prison, Montr&#233;al, Presses de l'Universit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sin embargo, Tires revela porosidades de orden m&#225;s
profundo y subterr&#225;neo. En lo que respecta a las reclusas,
el encarcelamiento de parientes, amigos y vecinos
hizo que la prisi&#243;n ya no sea un par&#233;ntesis, un an&#243;nimo intervalo
social. Las amplias redes de interconocimiento previo la
colocan en continuidad con el mundo exterior antes, durante
y despu&#233;s de la reclusi&#243;n y transformaron la naturaleza de las
relaciones carcelarias. &#201;stas no s&#243;lo se orientan por nociones
extracarcelarias sino tambi&#233;n la vivencia externa e interna se
retroalimentan, se engloban a veces en uno y otro sentido. Dada
esta constante &#8220;intrusi&#243;n mutua&#8221;, el cotidiano de la prisi&#243;n
deja de ser autorreferencial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Del mismo modo que tal continuidad hurta esta instituci&#243;n
a la esencia de las definiciones goffmanianas, tambi&#233;n desaf&#237;a
ideas corrientes sobre la prisi&#243;n como un universo aparte, antes
retraducidas por acad&#233;micos en las categor&#237;as &#8220;cultura carcelaria&#8221;
y &#8220;sociedad penitenciaria&#8221;. En este caso, se supon&#237;a
que este &#8220;mundo aparte&#8221; era el lugar de una cultura,
y que habr&#237;a tan s&#243;lo que formular su contenido &#8212;aunque
[fuese formulado] de manera variable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;El debate hist&#243;rico en los estudios carcelarios acerca de los or&#237;genes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#225;s tarde, y con la excepci&#243;n reciente de Lo&#239;c Wacquant, que relanza el debate en otros t&#233;rminos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Wacquant, As pris&#245;es da mis&#233;ria, Oeiras, Celta, 2000.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, el estatuto te&#243;rico de la prisi&#243;n dejar&#237;a de suscitar las grandes interrogantes del pasado, en parte porque no constituye ya un objeto en s&#237; misma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La prisi&#243;n pasa a constituirse en vez de eso en un marco para el estudio de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sobre tales cuestiones cay&#243; el polvo del olvido. Pero la frontera carcelaria continuar&#237;a a delimitar a&#250;n una unidad de an&#225;lisis en la medida que proporcionar&#237;a si no el texto, por lo menos el contexto de las relaciones sociales locales. En esta limitada acepci&#243;n, tal frontera parece no ser entendida como problem&#225;tica. Sin embargo, las continuidades
relacionales que hoy definen Tires vinieron tambi&#233;n a
diluirla en este aspecto, raz&#243;n por la cual el terreno te&#243;rico
no est&#225; menos atrapado por los muros de la prisi&#243;n. Por
consiguiente, no se trata apenas de reinsertar la instituci&#243;n
en el cuadro global de las fuerzas extracarcelarias (jur&#237;dicas,
pol&#237;ticas, econ&#243;micas, hist&#243;ricas) que la moldean. Tal punto
est&#225;, desde hace mucho, establecido.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Para comprender las interacciones, experiencias y percepciones
de las reclusas hay que desplazar el enfoque hacia
la interface entre el mundo interno y el externo, o mover la
lente entre ambos, para poder captar las redes de sentido que
los ligan en permanencia. Las constelaciones carcelarias de
parientes, amigos y vecinos nos invitan m&#225;s que nunca a una
profil&#225;ctica manera de ver, que coloque el exterior y el interior,
el barrio y la prisi&#243;n en continuidad anal&#237;tica. S&#243;lo as&#237;
podremos darnos cuenta de la intr&#237;nseca traslocalidad de la
trama carcelaria.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#8220;El tiempo es siempre uno y el mismo [pero es de] diversas maneras que ese tiempo se vuelve conspicuo en los asuntos humanos&#8221;. A. Gell, &lt;i&gt;The anthropology of time. Cultural constructions of temporal maps and images&lt;/i&gt;, Oxford, Berg, 1992, p. 315.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Desde ahora deseo aclarar que el an&#225;lisis de la temporalidad carcelaria examina tan s&#243;lo la forma c&#243;mo la relaci&#243;n con el tiempo es localmente entendida en el &#225;mbito
de la duraci&#243;n de la pena ; no sugiere la existencia, en la prisi&#243;n, de conceptos espec&#237;ficos de tiempo, por lo que no contiene ninguna implicaci&#243;n de tipo cognitivo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase G. Szamosi, &lt;i&gt;The twin dimensions. Inventing time and space&lt;/i&gt;, Nueva York, McGraw-Hill, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. Ardener, &#8220;Ground rules and social maps for women : an introduction&#8221;, en S. Ardener (ed.), &lt;i&gt;Women and space : ground rules and social maps&lt;/i&gt;, Oxford, Berg, 1993, p. 6-8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Husserl, &lt;i&gt;The phenomenology of internal time consciousness&lt;/i&gt;, Bloomington, Midland Books, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase M. P. da. Cunha, &lt;i&gt;Entre o bairro e a pris&#227;o : tr&#225;fico e trajectos&lt;/i&gt;, Lisboa, Fim de S&#233;culo, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gell, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Goffman, &lt;i&gt;Asiles. &#201;tudes sur la condition sociale des malades mentaux&lt;/i&gt;, Par&#237;s, Minuit, 1968, p. 47-54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 53. &#8220;Las instituciones totales son [...] incompatibles con esta estructura de base de nuestra sociedad que consiste en la relaci&#243;n trabajo-salario&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ibid, p. 112-115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gell, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 212. &#8220;El tiempo en s&#237; mismo, y sin la participaci&#243;n de las cosas, no es un recurso que se pueda economizar o distraer de un uso a otro, como si fuera alg&#250;n recurso et&#233;reo natural como la luz del sol. Al no ser una entidad susceptible de ser economizada, no tiene valor&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;S. and L. Taylor Cohen, &lt;i&gt;Psychological survival. The experience of long term imprisonment&lt;/i&gt;, Nueva York, Vintage Books, 1974, p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Estas fracciones temporales se expresan ahora en forma ligeramente diferente. Reflejando una pol&#237;tica de ejecuci&#243;n de penas m&#225;s restrictiva, el acceso a determinados derechos que esas unidades de tiempo se&#241;alar&#237;an es ahora verbalizado en forma negativa, aunque siguen periodizando el tiempo : &#8220;Acab&#233; el primer corte [de la libertad condicional], ahora estoy cumpliendo el segundo. A ver si el juez me deja ir con siete meses de sellos&#8221; [el tiempo de sellos corresponde a la duraci&#243;n de la libertad condicional] ; o : &#8220;el juez me dio un corte de un a&#241;o. Puede ser que despu&#233;s me diga que me vaya con dos meses de sello&#8221; ; o, tambi&#233;n, &#8220;mi corte acaba en octubre&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;A. Gell, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 36. &#8220;La diferencia relevante no se sit&#250;a entre diferentes &#8216;conceptos de tiempo', sino en diferentes concepciones del mundo y sus funcionamientos [&#8230;] Pero es igualmente esencial, tanto para la opini&#243;n de que &#8216;el mundo es y continuar&#225; siendo el mismo', y a la opini&#243;n contraria de que &#8216;el mundo es y continuar&#225; siendo diferente' que el creer que el mundo es y s&#243;lo es&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase C. L&#233;vi-Strauss, &lt;i&gt;La Pens&#233;e sauvage&lt;/i&gt;, Par&#237;s, Plon, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Goffman, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 113 (&#233;nfasis de la autora). &#8220;Cualquiera que sea el rigor de las condiciones de vida en las instituciones [totales], no basta para darse cuenta de este sentimiento de vida arruinada o fracasada. Hay que buscar m&#225;s bien la raz&#243;n de la misma en el hiato, escisi&#243;n o ruptura social impuesto por la entrada a la instituci&#243;n y en la frecuente imposibilidad de adquirir all&#237; algunas ventajas susceptibles de ser transferidas al exterior&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;V&#233;ase G. Lemire, &lt;i&gt;Anatomie de la prison&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Presses de l'Universit&#233; de Montr&#233;al, 1990 ; K. Farrington, &#8220;The modern prison as total institution ? Public perception versus objective reality&#8221;, en &lt;i&gt;Crime and Delinquency&lt;/i&gt;, vol. 38, n&#250;m. 1, 1992, p. 6-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;El debate hist&#243;rico en los estudios carcelarios acerca de los or&#237;genes end&#243;genos o ex&#243;genos del sistema sociocultural penitenciario se contiene dentro de esa misma formulaci&#243;n y participa plenamente de ella (v&#233;ase D. Clemmer, &lt;i&gt;The prison community&lt;/i&gt;, Nueva York, Rinehart &amp; Co., 1940 ; G. Sykes y S. Messinger. &#8220;The inmate social system&#8221;, en R. Cloward &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt;., &lt;i&gt;Theoretical studies in social organization of the prison&lt;/i&gt;, Nueva York, Social Research Council, 1960, p. 5-19 ; &lt;i&gt;versus &lt;/i&gt; J. Irwin y D. Cressey. &#8220;Thieves, convicts and the inmate culture&#8221;, en &lt;i&gt;Social Problems&lt;/i&gt;, n&#250;m. 10, 1962, p. 142-155). En otras palabras, es m&#225;s el contenido que es debatido de la categor&#237;a cultura carcelaria, que los contornos o la pertinencia de la categor&#237;a en s&#237;, aceptados por ambas partes del debate.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L. Wacquant, &lt;i&gt;As pris&#245;es da mis&#233;ria&lt;/i&gt;, Oeiras, Celta, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La prisi&#243;n pasa a constituirse en vez de eso en un marco para el estudio de tem&#225;ticas parcelarias (v&#233;ase la agresi&#243;n en A. Mandaraka-Sheppard, &lt;i&gt;The dynamics of agression in women's prisons in England&lt;/i&gt;, Londres, Gower, 1986 ; la pobreza, A. Marchetti, &lt;i&gt;Pauvret&#233;s en prison&lt;/i&gt;, Ramonville Saint-Agne, Er&#232;s, 1997 ; el suicidio, N. Bourgoin, &lt;i&gt;Le suicide en prison&lt;/i&gt;, Par&#237;s, L'Harmattan, 1994, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps suspendu &#8211; Rythmes et dur&#233;es dans une prison portugaise
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article424</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article424</guid>
		<dc:date>2011-10-12T06:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Manuela Cunha
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha et la revue Terrain. Revue d'ethnologie de l'Europe de nous avoir autoris&#233;s &#224; reproduire ce texte. Celui-ci a d&#233;j&#224; paru dans Terrain, N&#176; 29, 1997, p. 59-68 et mis en ligne &#224; l'adresse http://terrain.revues.org/3224. R&#233;sum&#233; : Le temps est une r&#233;f&#233;rence omnipr&#233;sente de la vie en prison, l'un et l'autre &#233;tant parfois assimil&#233;s. L'emprisonnement entra&#238;ne un changement du rapport &#224; un temps qui devient plus objectiv&#233;. Multiforme, ce rapport (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Rythmes des corps
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Pass&#233;, pr&#233;sent, futur&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Pass&#233;, pr&#233;sent, futur&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Les visites et les f&#234;tes&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Les visites et les f&#234;tes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;&#201;valuer le temps qui passe&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;&#201;valuer le temps qui passe&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le &#171; temps morne &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Le &#171; temps morne &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le &#171; ralenti &#187;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Le &#171; ralenti &amp;#187&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous remercions chaleureusement Manuela Ivone Cunha et la revue&lt;/i&gt; Terrain. Revue d'ethnologie de l'Europe &lt;i&gt;de nous avoir autoris&#233;s &#224; reproduire ce texte. Celui-ci a d&#233;j&#224; paru dans&lt;/i&gt; Terrain, &lt;i&gt;N&#176; 29, 1997, p. 59-68 et mis en ligne &#224; l'adresse &lt;a href=&#034;http://terrain.revues.org/3224&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://terrain.revues.org/3224&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; : &lt;/strong&gt; Le temps est une r&#233;f&#233;rence omnipr&#233;sente de la vie en prison, l'un et l'autre &#233;tant parfois assimil&#233;s. L'emprisonnement entra&#238;ne un changement du rapport &#224; un temps qui devient plus objectiv&#233;. Multiforme, ce rapport varie selon les diverses p&#233;riodisations mises en &#339;uvres par les d&#233;tenues. Pr&#233;sent, pass&#233; et futur deviennent des r&#233;alit&#233;s discontinues. Le pass&#233; et le futur n'&#233;tant situables que dans la temporalit&#233; extra-carc&#233;rale, le pr&#233;sent p&#233;nitentiaire appara&#238;t comme un temps non progressif, o&#249; s'&#233;coule une dur&#233;e indiff&#233;renci&#233;e. Celle-ci est scand&#233;e non par des unit&#233;s calendaires en tant que telles, mais par les moments p&#233;riodiques reliant les d&#233;tenues &#224; l'ext&#233;rieur. Le mode d'estimation du temps varie selon les &#233;tapes de progression dans la peine, le temps v&#233;cu semblant se contracter ou se dilater. Mais si le temps en prison est per&#231;u comme probl&#232;me, c'est parce qu'&#224; l'ext&#233;rieur, le monde change &#224; un autre rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots cl&#233;s : &lt;/strong&gt; Portugal,femmes,prison,temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
Presque dix ans apr&#232;s ma premi&#232;re recherche &#224; l'&#233;tablissement p&#233;nitentiaire de Tires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet &#233;tablissement est encore au Portugal la seule prison de femmes destin&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je viens de retourner sur le terrain : c'est presque en vain que je cherche dans les fichiers la pr&#233;sence des anciennes d&#233;tenues que j'avais alors rencontr&#233;es. Je r&#233;alise que &#171; mon temps &#187; a pass&#233; vite. Il me semble pourtant que c'&#233;tait hier. Il est vrai qu'au Portugal la limite maximale des peines de prison &#233;tait encore r&#233;cemment de vingt ann&#233;es et que diff&#233;rentes condamnations ne s'additionnent pas de fa&#231;on arithm&#233;tique. De plus, une libert&#233; conditionnelle peut normalement &#234;tre accord&#233;e apr&#232;s la moiti&#233; de la peine. Voil&#224; qui explique le renouvellement complet de la population d'un &#233;tablissement qui a connu d'autres importants changements en raison notamment de modifications dans la l&#233;gislation, du remplacement de la presque totalit&#233; du personnel dirigeant et technique, de l'agrandissement des installations. Mais l'&#233;volution la plus notable consiste surtout en une augmentation consid&#233;rable du nombre de prisonni&#232;res : moins de 200 il y a dix ans, elles sont aujourd'hui environ 900, condamn&#233;es dans leur grande majorit&#233; pour trafic de stup&#233;fiants et pour des crimes associ&#233;s &#224; la toxicomanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces transformations ont d'ailleurs en partie motiv&#233; mon retour sur un terrain que je retrouve donc marqu&#233; par le passage du temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma premi&#232;re enqu&#234;te portait sur les modes d'articulation entre sociabilit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette nouvelle recherche n'&#233;tant toutefois qu'&#224; son d&#233;but, c'est encore du temps de mon s&#233;jour ant&#233;rieur qu'il va &#234;tre question dans cet article. Il sera exprim&#233; au travers d'un temps verbal de convention &#8211; le pr&#233;sent ethnographique &#8211;, auquel &#233;choit d'ordinaire la fonction rh&#233;torique de renforcer l'autorit&#233; documentaire des descriptions offertes par un texte. Mais ici ce pr&#233;sent ethnographique ne parvient pas &#224; occulter le fait qu'il fonctionne &#233;galement, dans une certaine mesure, selon un mode fictionnel : la r&#233;alit&#233; qu'il affirme pr&#233;sente s'est &#233;vanouie en se modifiant profond&#233;ment. Aux yeux de l'ethnographe reprenant aujourd'hui l'observation d'un terrain qui lui para&#238;t nouveau, ce pr&#233;sent ethnographique semble presque aussi fig&#233; que l'est le pr&#233;sent carc&#233;ral pour les d&#233;tenues. Car leur temps, &#224; la diff&#233;rence du mien et de celui des membres du personnel de la prison (dont je ne m'occuperai pas ici), n'a pas &#171; pass&#233; vite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#171; Dehors je passais le temps, ici c'est le temps qui me passe &#187; : d'une situation &#224; l'autre, de la libert&#233; &#224; la r&#233;clusion, le temps s'est transform&#233; de contexte en agent, tandis que la d&#233;tenue qui s'exprimait ainsi a &#233;t&#233; transform&#233;e d'agent en sujet passif. Impr&#233;gnant auparavant la vie quotidienne, le temps, avec l'incarc&#233;ration, s'est aussi transform&#233; en objet distinct, en &lt;i&gt;chose &lt;/i&gt; qu'on mesure, qu'on compte, qu'on calcule, qu'on &#233;value : un quart de la peine, la moiti&#233; de la peine, les deux tiers de la peine ; deux proc&#232;s en instance, deux ans pour chacun, avec le cumul des peines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les diverses sentences prononc&#233;es dans des condamnations pour des crimes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#231;a fait trois ans, moins six mois de remise, une amnistie pour l'&#233;lection du pr&#233;sident de la R&#233;publique, peut-&#234;tre une autre &#224; l'occasion de la visite du pape...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pourtant, il semble qu'il serait sp&#233;cialement difficile de faire du &#171; temps &#187; le th&#232;me sp&#233;cifique d'une &#233;tude sur la prison, &#224; la diff&#233;rence d'autres aspects de la vie carc&#233;rale. Le &#171; temps &#187; est en effet indissociable de la &#171; prison &#187; : la longueur d'une sentence est exprim&#233;e en mois, en ann&#233;es de vie recluse. Le temps englobe cette vie, c'est sa r&#233;f&#233;rence omnipr&#233;sente, &#224; tel point que l'un et l'autre semblent &#234;tre assimil&#233;s dans la langue portugaise, qui d&#233;signe l'accomplissement de la peine par l'expression &lt;i&gt;cumprir tempo&lt;/i&gt; (c'est-&#224;-dire, litt&#233;ralement, &#171; accomplir &#187;, &#171; r&#233;aliser du temps &#187; : tirer son temps, qu'en anglais on traduirait de fa&#231;on encore plus &#233;loquente par &lt;i&gt;to do time&lt;/i&gt;, &#171; faire du temps &#187;). Ainsi, une prisonni&#232;re qui m'avait spontan&#233;ment propos&#233; d'&#233;crire sur &#171; le temps en prison &#187; ne parvenait en fait &#224; parler que de son exp&#233;rience de la vie p&#233;nitentiaire ; c'&#233;tait en vain qu'elle essayait, &#224; chaque paragraphe, de revenir &#224; son th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est n&#233;anmoins possible d'aborder sous plusieurs registres la temporalit&#233; carc&#233;rale. Cette derni&#232;re expression ne sugg&#232;re pas l'existence, en prison, d'une conceptualisation sp&#233;cifique du temps. Elle n'a donc aucune implication de type cognitif et d&#233;signe simplement les fa&#231;ons dont, dans ce milieu, le rapport au temps est v&#233;cu et repr&#233;sent&#233;. Comme le dit Alfred Gell, &#171; le temps est toujours le m&#234;me, mais c'est de diff&#233;rentes mani&#232;res que le temps devient important dans les affaires humaines &#187; (1992 : 315). Multiforme, ce rapport au temps pr&#233;sente des aspects diff&#233;rents et on s'aper&#231;oit qu'il varie en fonction des diverses p&#233;riodisations mises en &#339;uvre par les d&#233;tenues tout au long de leur incarc&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Pass&#233;, pr&#233;sent, futur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord prendre en compte l'intervalle de temps que repr&#233;sente la totalit&#233; de la peine. Les d&#233;tenues soulignent moins la notion de &#171; dur&#233;e limit&#233;e &#187; que celle d'&#171; interruption &#187; &#8211; interruption d'un parcours de vie &#8211; signifiant ainsi une discontinuit&#233; par rapport au pass&#233; et au futur. Comme s'il s'agissait d'une parenth&#232;se, la dur&#233;e de la peine est sp&#233;cialement accentu&#233; dans le contexte carc&#233;ral : c'est le type de langage que Gell qualifie de &#171; r&#233;ificateur du temps &#187; et qui correspond &#224; un r&#233;gime temporel plus objectiv&#233; que v&#233;cu. Par cette r&#233;ification, le temps appara&#238;t non comme une dimension, note Gell, mais comme une ressource aux quantit&#233;s variables : &#171; Le temps par lui-m&#234;me, et sans la participation des choses, n'est pas une ressource qu'on peut &#233;conomiser ou d&#233;tourner d'une utilisation vers une autre, comme s'il &#233;tait quelque ressource &#233;th&#233;r&#233;e &#224; l'image du soleil. N'&#233;tant pas une entit&#233; &#233;conomisable, il n'a pas de valeur &#187; (1992 : 213). En prison, le temps est bel et bien per&#231;u comme une valeur, au point de jouer un important r&#244;le dans les modes de constitution de la sociabilit&#233; locale. Ainsi la dur&#233;e de la d&#233;tention est-elle prise en compte comme un atout ou un handicap, au m&#234;me titre que d'autres crit&#232;res, dans la d&#233;cision d'entamer une relation d'amiti&#233; avec une cod&#233;tenue ou de s'y investir fortement : une prisonni&#232;re purgeant dix ans de r&#233;clusion &#233;vitera par principe (bien qu'en n'y arrivant pas toujours) de se lier d'amiti&#233; avec une autre qui serait condamn&#233;e &#224; une courte peine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Les visites et les f&#234;tes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; question jusqu'&#224; pr&#233;sent de la temporalit&#233; carc&#233;rale consid&#233;r&#233;e comme une dur&#233;e homog&#232;ne. Cette homog&#233;n&#233;it&#233; d&#233;coule, d'une part, de la relative indiff&#233;renciation des diverses activit&#233;s rythmant le passage de chaque journ&#233;e : puisque le travail et le loisir, on l'a vu, sont inclus dans une m&#234;me logique, le passage de l'un &#224; l'autre n'introduit pas, dans le contexte du quotidien carc&#233;ral, une variation du m&#234;me ordre que celle qu'elle provoque dans la perception de la temporalit&#233; &#171; &#224; l'ext&#233;rieur &#187;. L'homog&#233;n&#233;it&#233; est suscit&#233;e aussi, d'autre part, par l'indistinction entre les journ&#233;es. En g&#233;n&#233;ral, dans le folklore et les clich&#233;s relatifs &#224; l'univers p&#233;nitentiaire, celles-ci ne se traduisent que par des traits non dat&#233;s gribouill&#233;s avec des moyens de fortune sur le mur de la cellule, rappelant l'image du calendrier de Robinson Cruso&#233;. Or, dans l'&#233;tablissement de Tires, ce mode d'inscription du temps n'est pas commun, pas plus sur les murs que dans les agendas. Si les journ&#233;es restent des unit&#233;s calendaires importantes en elles-m&#234;mes, leur succession n'est pas not&#233;e de fa&#231;on s&#233;quentielle, l'une apr&#232;s l'autre, trait apr&#232;s trait &#8211; &#171; Si je le faisais je deviendrais folle, je remarquerais tous les jours le temps qu'il me reste encore &#224; tenir... Je laisse passer, comme &#231;a je me rends moins compte. &#187; En mati&#232;re de notation et de comptabilisation de la progression temporelle, les mois et, dans une moindre mesure, les ann&#233;es ne repr&#233;sentent plus des unit&#233;s de p&#233;riodisation saillantes. La totalit&#233; de la peine n'est pas d&#233;compos&#233;e en de telles p&#233;riodes, mais en quarts, en moiti&#233;s, en deux tiers. Ces fractions correspondent &#224; des moments &#224; partir desquels les d&#233;tenues acqui&#232;rent la possibilit&#233; de faire la demande &#8211; au r&#233;sultat incertain &#8211; d'une sortie temporaire, de l'acc&#232;s &#224; un r&#233;gime carc&#233;ral plus ouvert, d'une libert&#233; conditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les semaines, ou plut&#244;t les week-ends, demeurent en prison des marqueurs saillants du cours de l'existence. Cependant, ils ne conservent pas cette qualit&#233; en tant qu'unit&#233;s &#171; donn&#233;es &#187; de mesure du temps et de sa progression, mais parce qu'ils sont les seuls moments r&#233;currents individualis&#233;s ou personnalis&#233;s. Les week-ends sont en effet le moment normal des visites pr&#233;vu par le r&#232;glement. Pour les d&#233;tenues qui ne re&#231;oivent pas de visites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La prison de Tires &#233;tant le seul &#233;tablissement central f&#233;minin du pays, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'illusion d'un &#171; temps &#224; part &#187;, d'un pr&#233;sent &#233;ternel, est encore plus pesante. Pour les plus heureuses, le contact hebdomadaire avec la famille et les amis imprime un certain rythme &#224; cette dur&#233;e. De plus, l'impact de ces &#233;v&#233;nements dans la scansion du temps ne se limite pas aux moments de leur occurrence. Ils ne sont que les points culminants d'une progression qui s'&#233;tale sur toute la semaine pr&#233;c&#233;dente et d&#233;cro&#238;t au long de la semaine suivante : les jours ant&#233;rieurs on se pr&#233;pare (ce qu'on dira, ce qu'on demandera d'apporter lors de la visite suivante, comment on s'embellira), on se concentre dans leur anticipation ; les jours suivants on les commente, on s'accroche &#224; leur souvenir, ils retentissent encore. Ils produisent ainsi sur la temporalit&#233; cet &#171; effet accord&#233;on &#187; que mentionnent, entre autres, Cohen et Taylor (1974 : 99).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'autres &#233;v&#233;nements r&#233;currents, comme les f&#234;tes de No&#235;l, ont un effet semblable. Il faut ici remarquer que les seuls moments p&#233;riodiques qui entrecoupent de fa&#231;on marquante pour les d&#233;tenues l'homog&#233;n&#233;it&#233; du r&#233;gime temporel de la prison sont des points calendaires articul&#233;s sur le monde ext&#233;rieur. Ainsi, c'est par le biais de la r&#233;p&#233;tition des visites, et non en elle-m&#234;me, en tant qu'unit&#233; de temps du calendrier, que la semaine parvient &#224; constituer une p&#233;riodisation pertinente de la vie dans la prison. A l'inverse, aucun &#233;v&#233;nement ne scande le rythme mensuel : le mois ne ressort pas, ou seulement en une faible mesure, comme segment temporel. De la m&#234;me mani&#232;re que les visites, les f&#234;tes annuelles qui signalent des occasions c&#233;l&#233;br&#233;es ailleurs (No&#235;l, par exemple) apportent des fragments du monde ext&#233;rieur dans la prison, notamment gr&#226;ce aux artistes de vari&#233;t&#233;s qui viennent s'y produire. De plus, les d&#233;tenues sont alors autoris&#233;es &#8211; dans une certaine mesure &#8211; &#224; se livrer &#224; des comportements normalement r&#233;serv&#233;s &#224; la vie libre : la consommation de boissons alcoolis&#233;es ; des relations avec le personnel exemptes des marqueurs habituels de la hi&#233;rarchie ; un contact plus direct avec le personnel dirigeant de l'&#233;tablissement, voire avec des hauts repr&#233;sentants du syst&#232;me judiciaire, en &#233;vitant le filtre habituellement obligatoire du long processus bureaucratique des demandes formelles. Les f&#234;tes et les visites introduisent ainsi une discontinuit&#233; dans la dur&#233;e carc&#233;rale qui, &#224; ces moments-l&#224;, ne constitue plus tout &#224; fait un &#171; temps &#224; part &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;&#201;valuer le temps qui passe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes mani&#232;res selon lesquelles les d&#233;tenues &#233;valuent le temps qui s'&#233;coule sont un aspect important de la temporalit&#233; carc&#233;rale. Selon les diverses circonstances et les phases de progression dans la peine, le temps v&#233;cu semble se contracter ou se dilater par rapport au temps de l'horloge. Dans une dur&#233;e globalement tr&#232;s r&#233;p&#233;titive et vide de sens (m&#234;me si elle peut &#234;tre ponctu&#233;e par les quelques moments forts d&#233;crits ci-dessus), le temps para&#238;t se ralentir, la dur&#233;e estim&#233;e exc&#233;dant alors la dur&#233;e &#171; r&#233;elle &#187;, c'est-&#224;-dire chronom&#233;trique. Mais dans le domaine de la perception temporelle, la psychologie a aussi montr&#233; ce que Thomas Mann avait d&#233;j&#224; sugg&#233;r&#233; dans &lt;i&gt;La Montagne magique&lt;/i&gt; : de telles p&#233;riodes de temps monotone s'acc&#233;l&#232;rent dans la m&#233;moire ; c'est-&#224;-dire qu'une fois transpos&#233;es dans le pass&#233; du souvenir ces p&#233;riodes se r&#233;tr&#233;cissent. Or, comme l'a remarqu&#233; Hans Toch (1992 : 28), ces mouvements contradictoires de ralentissement et d'acc&#233;l&#233;ration &#171; conspirent contre les prisonniers &#187; : &#171; Si le temps en prison est psychologiquement plus long que la condamnation chronologique du d&#233;tenu, sa punition exc&#232;de ce que prescrit la sentence. Et si le temps en prison para&#238;t plus court r&#233;trospectivement, l'effet dissuasif de l'emprisonnement est r&#233;duit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais les modes d'estimation du temps varient aussi selon les diff&#233;rentes &#233;tapes que l'on peut distinguer dans l'ensemble de la dur&#233;e de la d&#233;tention. Cette variation d&#233;coule en partie des divers sens que les prisonni&#232;res attribuent successivement &#224; leur peine. Trois cycles, dont la dur&#233;e est diff&#233;rente pour chacune d'entre elles, paraissent se succ&#233;der de fa&#231;on r&#233;currente dans l'ensemble de la population de l'&#233;tablissement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;volution de la peine traduite par ces cycles n'est pas du m&#234;me ordre que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lors d'une premi&#232;re phase, qui correspond au d&#233;but de l'incarc&#233;ration, les d&#233;tenues expriment de vifs sentiments de r&#233;volte, accompagn&#233;s d'un d&#233;montage d&#233;culpabilisant de leur crime &#8211; quand elles acceptent de la qualifier comme tel, ou qu'elles admettent l'avoir commis. Elles se sentent injustement punies par la longueur de leur sentence ainsi que par l'attribution de l'&#233;tiquette de d&#233;linquante. Mais tandis qu'elles ne se reconnaissent pas du tout dans cette derni&#232;re identit&#233;, elles l'utilisent en revanche afin de d&#233;finir leurs cod&#233;tenues, dont elles tiennent &#224; se distinguer. Elles refusent aussi les petits arbitraires de la vie carc&#233;rale, rendus intol&#233;rables par la grande expectative qu'elles entretiennent quant &#224; la droiture id&#233;ale des &#171; justiciers &#187;, depuis les juges jusqu'aux gardiennes. Ce sentiment d'une hostilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; leur encontre est renforc&#233; par les caract&#233;ristiques propres au premier stade d'un type de r&#233;gime p&#233;nitentiaire qui est connu sous le nom de &#171; syst&#232;me progressif &#187; (Cunha 1994 : 30-34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Selon ce syst&#232;me, l'ex&#233;cution de la peine est r&#233;partie en trois phases, l'acc&#232;s &#224; la derni&#232;re (un r&#233;gime de confiance, ou la libert&#233; conditionnelle) d&#233;pendant du comportement de la d&#233;tenue. Pendant la premi&#232;re phase, c'est-&#224;-dire la &#171; p&#233;riode d'observation &#187;, qui pr&#233;c&#232;de le r&#233;gime de vie en commun pendant la journ&#233;e et d'isolement en cellule la nuit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit en fait d'un isolement tout relatif : du fait de la surpopulation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les prisonni&#232;res sont suppos&#233;es rester en isolement continu. Lors de la cr&#233;ation de l'&#233;tablissement en 1954, cette p&#233;riode, d'une dur&#233;e variable ne d&#233;passant pas quelques semaines, &#233;tait destin&#233;e &#224; permettre l'examen de la nouvelle venue par divers membres du personnel (m&#233;decin, assistante sociale, &#233;ducatrice), &#224; la suite duquel la d&#233;tenue &#233;tait affect&#233;e &#224; la section p&#233;nitentiaire jug&#233;e lui convenir le mieux. Aujourd'hui, le manque de personnel sp&#233;cialis&#233; a r&#233;duit l'accompagnement de la d&#233;tenue &#224; un entretien avec l'assistante sociale. La fonction originelle de ce premier stade s'en est donc trouv&#233;e infl&#233;chie. Il n'a plus maintenant qu'un effet intimidatoire : l'isolement n'est interrompu que par les contacts avec les gardiennes, les repas sont pris dans la cellule, les heures de promenade sont diff&#233;rentes de celles des autres prisonni&#232;res. Faisant corps avec d'autres proc&#233;dures qui ont lieu lors de l'entr&#233;e dans l'institution (le d&#233;pouillement des articles personnels et des biens de consommation, restitu&#233;s plus tard ; le remplacement des v&#234;tements civils par l'uniforme), cette p&#233;riode dramatise la coupure entre le milieu carc&#233;ral et l'ext&#233;rieur. Les sentiments d'injustice s'ajoutent donc aux caract&#233;ristiques de ce premier stade, le rendant sp&#233;cialement lourd. Le temps imagin&#233; est alors non seulement vide de sens, il est aussi vid&#233; d'interactions et de &lt;i&gt;stimuli &lt;/i&gt; sociaux : il devient statique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le &#171; temps morne &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; ce stade de d&#233;n&#233;gation et de r&#233;gime carc&#233;ral tr&#232;s strict, la vie p&#233;nitentiaire se &#171; normalise &#187; dans la routine, et les sentiments de r&#233;volte s'att&#233;nuent. Pour faire face &#224; une situation de r&#233;clusion qui para&#238;t s'&#233;terniser, les d&#233;tenues essaient avec plus ou moins de succ&#232;s de lui trouver quelque sens. Empruntant des expressions employ&#233;es par le personnel de la prison, plusieurs prisonni&#232;res affirment alors qu'elles reconnaissent &#171; &#234;tre l&#224; pour r&#233;parer une erreur &#187;, &#171; pour payer une dette &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;. Elles discernent aussi quelques points positifs dans leur incarc&#233;ration, m&#234;me si c'est d'une mani&#232;re plus r&#233;trospective que prospective : &#171; La prison m'a fait penser &#224; des choses dont je crois que je ne m'&#233;tais jamais aper&#231;ue, le sens de l'argent et de l'&#233;conomie, la valeur de la libert&#233; &#187;, &#171; J'ai au moins r&#233;alis&#233; que c'&#233;tait important le travail, l'effort, la discipline dans la vie... &#187;. Une telle interpr&#233;tation de la peine valorise quelques-uns des aspects qui la constituent. Elle n'en annule toutefois pas sa repr&#233;sentation globale comme un &#171; temps perdu &#187;, mais elle fait de cette p&#233;riode un &#171; temps morne &#187;, voire un &#171; temps mort &#187; relativement plus paisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quand approche la possibilit&#233; de la sortie, il arrive m&#234;me que quelques d&#233;tenues craignent d'&#234;tre trop apais&#233;es &#8211; &#171; trop endormies &#187; &#8211; pour faire face &#224; la vie &#224; l'ext&#233;rieur, traduisant par d'autres mots la formule bien connue des criminologues : &#171; adaptation &#224; la prison, d&#233;sadaptation &#224; la soci&#233;t&#233; &#187;. Lorsqu'a &#233;t&#233; enfin purg&#233;e la moiti&#233; de la peine, il devient possible de demander une mise en libert&#233; conditionnelle. Un nouveau cycle s'ouvre alors pour chaque d&#233;tenue. L'une d'elles disait, &#224; ce propos, que &#171; y a deux choses o&#249; je tombe jamais juste : les num&#233;ros du Loto et la date de ma conditionnelle &#187;. Ayant &#233;t&#233; con&#231;u comme une forme de transition vers la libert&#233;, ce privil&#232;ge est aussi utilis&#233; par le personnel en guise d'efficace instrument de gestion de la discipline dans l'institution et d'encouragement du &#171; bon comportement &#187; des d&#233;tenues. Mais il ne suffit pas toujours de pr&#233;senter un dossier exemplaire pour obtenir la libert&#233; conditionnelle &#224; partir de la moiti&#233; de la peine. Cette d&#233;cision, qui tient compte de l'avis du personnel, est prise par un juge d'ex&#233;cution des peines. Son verdict d&#233;pend de divers crit&#232;res plus ou moins formels : le taux de succ&#232;s des libert&#233;s conditionnelles accord&#233;es par le m&#234;me juge dans tous les &#233;tablissements de son ressort ; le type de crime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les condamn&#233;es pour trafic de stup&#233;fiants rencontrent beaucoup plus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le comportement de la d&#233;tenue pendant l'audience, qui prend souvent l'aspect d'une sorte de r&#233;p&#233;tition du jugement initial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le &#171; ralenti &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces traits particuliers des processus d'attribution de la libert&#233; conditionnelle se traduisent par une ind&#233;termination et une variabilit&#233; pas toujours comprises par les d&#233;tenues, qui qualifient ces d&#233;cisions d'arbitraires : &#171; [X] est exactement en tout point dans la m&#234;me situation que moi, c'est aussi un cas de drogue, mais elle l'a eue [la conditionnelle] et pas moi. En plus, il y a des trafiquantes qui s'en vont et leurs clientes qui restent &#187;, &#171; Celles qui travaillent bien, qui ne posent pas de probl&#232;mes, elles restent, c'est qu'ils ont besoin d'elles ; les casseuses, ils veulent vite s'en d&#233;barrasser. Maintenant j'ai abandonn&#233; le travail, peut-&#234;tre que &#231;a marche &#187;. Les prisonni&#232;res fondent aussi leur espoir d'obtenir la libert&#233; conditionnelle non seulement sur l'&#233;valuation personnelle de leur parcours carc&#233;ral, mais aussi sur leur interpr&#233;tation des rencontres avec le juge : &#171; On ne comprend pas, il a dit que &#231;a ne poserait pas de probl&#232;me, que j'allais sortir, et puis il parle avec la directrice et il revient en arri&#232;re &#187;, &#171; Il promet une chose, il en fait une autre. Quand je suis entr&#233;e, il m'a dit que si j'avais un bon comportement, si je travaillais, j'aurais la conditionnelle au milieu de la peine. Ce n'est pas vrai. Les gens ne savent jamais quand ils vont sortir, il n'y a jamais de date pr&#233;vue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A l'impression d'arbitraire se combine donc l'ambigu&#239;t&#233;. Il en r&#233;sulte un &#233;tat d'anxi&#233;t&#233; dont se plaignent les prisonni&#232;res et qui atteint aussi leurs familles : &#171; Mon mari a besoin de savoir quand est-ce que je sors pour d&#233;cider s'il accepte ou pas un travail &#224; l'&#233;tranger. Il ne me croit pas quand je lui dis que je n'en sais rien, il pense que je lui cache quelque chose &#187;, &#171; Mes enfants attendaient, ma s&#339;ur avait tout pr&#233;par&#233;, une maison, un travail, et puis, tout est fini &#187;, &#171; Des mois avant de sortir, m&#234;me quand j'&#233;tais pratiquement s&#251;re que j'allais sortir, quand mes enfants t&#233;l&#233;phonaient pour savoir quand je partais, je r&#233;pondais que je ne savais pas, pour ne pas les d&#233;cevoir encore une fois. Et apr&#232;s j'ai fini par ne plus leur t&#233;l&#233;phoner, de peur qu'ils demandent encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, les &#233;tapes et le terme d'une &#171; &#233;volution int&#233;rieure &#187; ressentie par les d&#233;tenues ne co&#239;ncident pas avec sa reconnaissance par l'institution sous la forme d'une attribution de la libert&#233; conditionnelle. Le fait de ne pas sortir quand elles se croyaient pr&#234;tes et &#224; la date pour laquelle elles s'&#233;taient pr&#233;par&#233;es mentalement ram&#232;ne les d&#233;tenues &#224; l'&#233;tat de r&#233;volte et de d&#233;pression qu'elles connurent apr&#232;s leur incarc&#233;ration. Plusieurs lui associent des allergies, des &#233;vanouissements et d'autres troubles physiologiques. Quelques-unes commencent alors &#224; prendre des tranquillisants. &#171; La prison m'aurait fait du bien si j'&#233;tais sortie quelques mois plus t&#244;t. Je pensais &#224; ce que &#231;a m'avait apport&#233;, j'&#233;tais pleine d'&#233;nergie, j'avais des id&#233;es et des projets. Maintenant j'ai d&#233;croch&#233;, je ne fais plus d'efforts et je ne supporte plus le poids de l'ambiance du pavillon. Juste avant la sortie, tout est insupportable. &#187; &#171; Le juge ne comprend pas comment quelques mois de plus ou de moins, avant la sortie, peuvent faire une &#233;norme diff&#233;rence. Il ne comprend pas leur importance, et que c'est les plus durs de tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien que cette derni&#232;re p&#233;riode soit relativement courte sur le calendrier, les d&#233;tenues la per&#231;oivent comme la plus longue dans toute la dur&#233;e p&#233;nitentiaire. A propos de mon &#171; temps &#187; de vacances, l'une d'entre elles qui disait vivre &#171; dans l'obsession d'avant la conditionnelle &#187; me demandait, perplexe : &#171; Qu'est-ce qui vous est arriv&#233; ? [...] Quoi, vous n'avez &#233;t&#233; absente qu'un mois ? Un mois en para&#238;t six. On perd la notion exacte du temps. &#187; Pour celles &#224; qui a &#233;t&#233; refus&#233; le droit &#224; la libert&#233; conditionnelle, le temps en prison devient doublement punitif. Il ne s'agit plus de &#171; remplir &#187; comme un automate un temps vide, le temps s'impose alors constamment &#224; la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si le temps en prison constitue bien s&#251;r un probl&#232;me, selon diff&#233;rentes modalit&#233;s et en fonction des &#233;tapes de progression dans la peine, ce n'est, &#233;videmment, pas parce qu'il en manque, mais parce qu'il y en a trop. Et c'est aussi parce qu'il appara&#238;t d&#233;phas&#233; par rapport au temps du monde ext&#233;rieur. Pour Gell, &#171; [Il] est &#233;galement essentiel, &#224; la fois pour la croyance que le monde tourne et tourne en &#233;tant toujours le m&#234;me, et pour la croyance contraire que le monde tourne et tourne en devenant diff&#233;rent, que l'on croie que le monde tourne et tourne &#187; (1992 : 36). Si toutes les soci&#233;t&#233;s croient en effet que le monde tourne, certaines (qui ont &#233;t&#233; qualifi&#233;es, d'une mani&#232;re critiqu&#233;e notamment par Gell, de soci&#233;t&#233;s &#171; froides &#187; ou au &#171; temps cyclique &#187;) croient qu'il reste le m&#234;me, d'autres croient qu'il n'arr&#234;te pas de changer (les soci&#233;t&#233;s &#171; chaudes &#187; ou au &#171; temps historique &#187;). Le probl&#232;me dans le cas des prisonni&#232;res est qu'elles vivent en quelque sorte dans ces deux r&#233;gimes &#224; la fois. Dans la prison, le temps leur para&#238;t fig&#233; parce que les processus qui y ont lieu se r&#233;p&#232;tent inlassablement. Mais elles savent que, dans la prison comme au-dehors, le monde tourne et qu'&#224; l'ext&#233;rieur le monde change au fur et &#224; mesure que le temps s'&#233;coule. Comment va-t-on retrouver la famille, le travail, les amis... ? Outre ce que la s&#233;paration elle-m&#234;me peut induire (un divorce ou un abandon, la perte d'un emploi, par exemple), il n'est pas d&#233;nu&#233; de cons&#233;quences de vivre &#171; statique &#187; &#224; l'&#233;cart d'un monde dynamique : &#171; Je ne sais plus parler aux gens, comment avoir un rapport normal avec eux. Les choses me font peur, comme aller au cin&#233;ma, je transpire et je n'ai plus tellement le sens de l'humour. Tout le monde me dit que je suis un peu bizarre, et &#231;a m'effraie encore plus. &#187; Ces deux mondes parall&#232;les et dont les rythmes sont diff&#233;rents, bien que se d&#233;veloppant dans la m&#234;me dur&#233;e, sont li&#233;s dans la conscience des prisonni&#232;res. Mais le d&#233;calage entre eux fait que pour ces femmes, plus encore que pour quiconque, le temps est une menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans ma nouvelle recherche, je n'ai pu encore qu'entrevoir, au travers des notes des &#233;ducatrices dans les fiches des d&#233;tenues, le drame de plusieurs s&#233;ropositives dont la principale pr&#233;occupation est de &#171; ne pas finir ses jours en prison &#187;. Parce que, pour elles, il risque de ne plus &#234;tre seulement un intervalle, le temps en prison devient alors doublement mena&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=80&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt; Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ardener S. (ss la dir. de), 1993. &lt;i&gt;Women and Space : Ground Rules and Social Maps&lt;/i&gt;, Oxford, Berg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Clemmer D., 1940. &lt;i&gt;The Prison Community&lt;/i&gt;, New York, Rinehart and Co.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cohen S. et L. Taylor, 1974. &lt;i&gt;Psychological Survival. The Experience of Long Term Imprisonment&lt;/i&gt;, New York, Vintage Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cunha M., 1994. &lt;i&gt;Malhas que a reclus&#227;o tece. Quest&#246;es de identidade numa pris&#227;o feminina&lt;/i&gt;, Lisboa, Cadernos do Centro de Estudos Judici&#225;rios, 2/92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1995. &#171; Sociabilit&#233;, &#171; soci&#233;t&#233; &#187;, &#171; culture &#187; carc&#233;rales. La prison f&#233;minine de Tires (Portugal) &#187;, &lt;i&gt;Terrain&lt;/i&gt;, n&#176; 24, pp. 119-132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gell A., 1992. T&lt;i&gt;he Anthropology of Time. Cultural Constructions of Temporal Maps and Images&lt;/i&gt;, Oxford, Berg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Goffman E., 1968. &lt;i&gt;Asiles. &#201;tude sur la condition sociale des malades mentaux&lt;/i&gt;, Paris, Ed. de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Husserl E., 1966. &lt;i&gt;The Phenomenology of Internal Time Consciousness&lt;/i&gt;, Bloomington, Midland Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mann T. (s. d.). &lt;i&gt;A Montanha M&#225;gica&lt;/i&gt;, Lisboa, Edi&#231;&#227;o Livros do Brasil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Szamosi G., 1986. &lt;i&gt;The Twin Dimensions. Inventing Time and Space,&lt;/i&gt; New York, McGraw-Hill.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toch H., 1992. &lt;i&gt;Living in Prison. The Ecology of Survival&lt;/i&gt;, Washington DC, American Psychological Association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Wheeler S., 1961. &#171; Socialization in correctional communities &#187;, &lt;i&gt;American Sociological Review&lt;/i&gt;, n&#176; 26.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet &#233;tablissement est encore au Portugal la seule prison de femmes destin&#233;e &#224; accueillir des condamn&#233;es &#224; des peines de longue dur&#233;e. N&#233;anmoins, en raison de la surpopulation p&#233;nale, s'y trouvent aussi des condamn&#233;es &#224; des peines courtes, ainsi que des d&#233;tenues pr&#233;ventives. Lors de ma premi&#232;re recherche, les condamnations relevaient en majorit&#233; du trafic de stup&#233;fiants et des crimes contre la propri&#233;t&#233;. La population p&#233;nale &#233;tait relativement jeune (moins de 30 ans), d'un faible niveau scolaire et exer&#231;ant des professions &#224; bas revenus d'ordinaire associ&#233;es au sexe f&#233;minin. L'importante proportion de d&#233;tenues &#233;trang&#232;res (29 %) correspondait au grand nombre de condamnations pour trafic de stup&#233;fiants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ma premi&#232;re enqu&#234;te portait sur les modes d'articulation entre sociabilit&#233;s et identit&#233;s, et les strat&#233;gies de recomposition de celles-ci. Plus sp&#233;cifiquement, il &#233;tait question des fa&#231;ons selon lesquelles l'identit&#233; de genre, l'identit&#233; sexuelle et l'identit&#233; &#171; d&#233;viante &#187; &#8211; ou son refus &#8211; interviennent dans l'organisation des rapports sociaux en prison. Il s'agissait aussi de d&#233;gager les &#233;ventuels liens entre les logiques sociales internes &#224; la prison et des logiques extra-carc&#233;rales. Cette ligne d'enqu&#234;te m'a fait interroger les courantes notions de &#171; soci&#233;t&#233; &#187; et &#171; culture &#187; carc&#233;rales (Cunha 1995). L'&#233;volution de la composition de la population d&#233;tenue rend la poursuite de cette r&#233;flexion encore plus n&#233;cessaire pour ma nouvelle enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les diverses sentences prononc&#233;es dans des condamnations pour des crimes diff&#233;rents ne sont pas additionn&#233;es arithm&#233;tiquement (&#224; la diff&#233;rence, par exemple, du syst&#232;me am&#233;ricain), une formule l&#233;gale permettant d'en comprimer la dur&#233;e totale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La prison de Tires &#233;tant le seul &#233;tablissement central f&#233;minin du pays, elle rassemble des d&#233;tenues originaires de toutes les r&#233;gions, y compris les lointaines &#238;les de Mad&#232;re et des A&#231;ores. Cela implique souvent pour les visiteurs un long d&#233;placement et des d&#233;penses que tous ne peuvent pas se permettre. Ce probl&#232;me, &#233;videmment, devient dramatique dans le cas des d&#233;tenues &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'&#233;volution de la peine traduite par ces cycles n'est pas du m&#234;me ordre que celle que d&#233;crit le concept de &lt;i&gt;prisonization &lt;/i&gt; (l'assimilation d'une &#171; culture carc&#233;rale &#187; constitu&#233;e en opposition au personnel et aux valeurs de la soci&#233;t&#233; ext&#233;rieure). Donald Clemmer (1940), le cr&#233;ateur de ce concept, soutenait que plus les d&#233;tenus &#233;taient expos&#233;s &#224; cette &#171; culture carc&#233;rale &#187;, plus important serait leur degr&#233; de &lt;i&gt;prisonization&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire d'int&#233;gration des valeurs du monde carc&#233;ral. Stanton Wheeler (1961) nuan&#231;a cette th&#233;orie : classant les prisonniers selon les phases dans leur parcours carc&#233;ral, il v&#233;rifia que la transition entre les phases initiales et interm&#233;diaires de l'incarc&#233;ration confirmait l'affirmation de Clemmer. Dans la phase pr&#233;c&#233;dant la lib&#233;ration le ph&#233;nom&#232;ne de &lt;i&gt;prisonization &lt;/i&gt; ne se constaterait cependant plus. Des &#233;tudes contradictoires se succ&#233;d&#232;rent, et ce th&#232;me devint le centre d'un d&#233;bat qui marqua pendant des d&#233;cennies les approches sociologiques et criminologiques sur les prisons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit en fait d'un isolement tout relatif : du fait de la surpopulation qui affecte cet &#233;tablissement, chaque cellule peut loger jusqu'&#224; trois d&#233;tenues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les condamn&#233;es pour trafic de stup&#233;fiants rencontrent beaucoup plus de difficult&#233;s pour l'obtention de la libert&#233; conditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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