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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Le rythme &#224; l'articulation de la psychanalyse et de la linguistique
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		<dc:date>2011-10-10T10:57:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Josette Larue-Tondeur
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		<description>
&lt;p&gt;On pourrait avantageusement inclure le rythme, en tant que trace de la subjectivit&#233; du locuteur, dans les modalit&#233;s &#233;nonciatives, comme le souhaite Meschonnic. C'est ce que nous allons essayer de montrer en nous appuyant sur la th&#233;orie psychanalytique de Hermann et les travaux de Fonagy et Abraham. Le rythme est partout et nulle part : il organise tous les discours, mais il n'appara&#238;t dans aucun signe : le sens d&#233;borde les signes et le rythme d&#233;borde le sens ; il concerne tous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Psychanalyse et psychoth&#233;rapie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;D&#233;finition, interdisciplinarit&#233;, &#233;tymologie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;D&#233;finition, interdisciplinarit&#233;, &#233;tymologie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Points de vue convergents : Fonagy, Abraham et Baudelaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Points de vue convergents : Fonagy, Abraham et Baudelaire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Application de la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; des textes litt&#233;raires&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Application de la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; des textes litt&#233;raires&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;On pourrait avantageusement inclure le rythme, en tant que trace de la subjectivit&#233; du locuteur, dans les modalit&#233;s &#233;nonciatives, comme le souhaite Meschonnic. C'est ce que nous allons essayer de montrer en nous appuyant sur la th&#233;orie psychanalytique de Hermann et les travaux de Fonagy et Abraham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est partout et nulle part : il organise tous les discours, mais il n'appara&#238;t dans aucun signe : le sens d&#233;borde les signes et le rythme d&#233;borde le sens ; il concerne tous les domaines de la linguistique mais aucun en particulier ; et il est au c&#339;ur de la jonction entre psychanalyse et linguistique parce qu'il exprime des pulsions psychiques profondes qui sous-tendent les discours. Il est primordial et souvent n&#233;glig&#233;, justement parce qu'il n'appara&#238;t pas sous forme de signe, qu'il n'est pas sp&#233;cifique &#224; un champ particulier de la linguistique et probablement aussi parce qu'il implique l'&#234;tre humain dans sa totalit&#233;, ce qui suscite des r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; la d&#233;finition du rythme, son caract&#232;re interdisciplinaire et l'&#233;tymologie du mot, nous exposerons la th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann et les points de vue convergents du linguiste Fonagy et du psychanalyste Nicolas Abraham sur le rythme, dont les th&#233;ories concordent avec les intuitions de Baudelaire. Enfin nous verrons quelques applications de la th&#233;orie d'Abraham sur des textes litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;D&#233;finition, interdisciplinarit&#233;, &#233;tymologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maurice Grammont d&#233;finit ainsi le rythme (Grammont, 1967, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d 1904, p. 85) : il est &#171; constitu&#233; par le retour des temps marqu&#233;s &#224; intervalles th&#233;oriquement &#233;gaux &#187;. Mais la stricte r&#233;gularit&#233; tue le rythme. On parle de &lt;i&gt;rythme cardiaque&lt;/i&gt; &#224; propos du temps qui s'&#233;coule entre deux battements. C'est une forme de structuration du temps. L'arythmie cardiaque n'est pas une absence de rythme, malgr&#233; le pr&#233;fixe privatif : c'est l'irr&#233;gularit&#233; du rythme. Le rythme serait donc un jeu d'alternance structurale entre r&#233;gularit&#233; et irr&#233;gularit&#233;, une alternance de tempi. Une autre d&#233;finition non contradictoire avec la premi&#232;re, c'est le &#171; mouvement de la parole dans l'&#233;criture &#187; selon G&#233;rald Manley Hopkins, po&#232;te britannique cit&#233; par Meschonnic (Meschonnic, 1985, p. 115).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est relatif au domaine de la prosodie, mais il concerne toutes les disciplines de la linguistique. En ce sens, Meschonnic parle d'une recherche &#171; traversi&#232;re &#187; &#224; propos du rythme parce qu'il &#171; traverse le discours &#187; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 77). Il concerne la phon&#233;tique parce qu'il se caract&#233;rise par l'accentuation de certaines syllabes, au moyen de la longueur des voyelles, leur intensit&#233; et leur hauteur. Il est li&#233; &#224; l'intonation, donc &#224; tout ce qui est expressif. Mais il est li&#233; aussi au domaine de la syntaxe, car il va de pair avec les groupes syntaxiques, surtout en fran&#231;ais o&#249; l'accent de mots est tr&#232;s r&#233;duit, comparativement &#224; l'anglais par exemple. L'accent porte essentiellement sur la derni&#232;re syllabe d'un groupe de souffle, qui correspond g&#233;n&#233;ralement &#224; un groupe syntaxique. Et il est &#233;troitement li&#233; &#224; la s&#233;mantique parce qu'il produit du sens, ce qu'on remarque en po&#233;sie parce que tout y est utilis&#233; au maximum, mais c'est vrai ailleurs aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans les &#233;tudes litt&#233;raires, on se contente d'&#233;voquer le rythme ternaire dit &#171; &#233;minemment po&#233;tique &#187;, selon l'expression consacr&#233;e des manuels, sans expliquer pourquoi il est ressenti comme tel. Et le rythme est utilis&#233; en permanence, dans tout discours, mais sans qu'on lui accorde l'importance qu'il m&#233;rite malgr&#233; les effets de sens produits. Or, le rythme fait partie des manifestations inconscientes comme les lapsus par exemple, ce que nous allons tenter d'expliquer. Il constitue un indice d'&#233;nonciation, c'est-&#224;-dire une trace du locuteur. Mais comme il &#171; s'avance masqu&#233; &#187;, selon l'expression de Freud &#224; propos de l'Inconscient, le rythme est g&#233;n&#233;ralement utilis&#233; &#224; l'insu du locuteur. Il est d'autant plus r&#233;v&#233;lateur, mais on le conna&#238;t mal. Meschonnic, qui a proc&#233;d&#233; &#224; des travaux importants sur le rythme, souhaite &#224; juste titre qu'on inclue l'&#233;tude du rythme dans les modalisations du discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Benveniste pr&#233;cise l'&#233;tymologie et l'histoire de ce mot dans le chapitre 27 de ses &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; : &#171; rhuthmos &#187; est l'abstrait d'un mot qui veut dire &#171; couler &#187;. En grec, &#171; rhuthmos &#187; s'oppose &#224; la forme fixe pour d&#233;signer la forme changeante, fluide, &#171; improvis&#233;e, momentan&#233;e, modifiable &#187;. Le sens moderne existe en grec, mais r&#233;sulte d'une sp&#233;cialisation due &#224; Platon. Celui-ci applique d'abord le mot &#224; &#171; la forme du mouvement que le corps humain accomplit dans la danse, et &#224; la disposition des figures en lesquelles ce mouvement se r&#233;sout &#187;. La notion de rythme corporel est &#171; soumis[e] &#224; la loi des nombres &#187;, d'o&#249; la d&#233;termination de la forme par une &#171; mesure &#187; et son assujettissement &#224; un ordre. C'est de l&#224; que vient le nouveau sens chez Platon : la &#171; disposition &#187; &#171; constitu&#233;e par une s&#233;quence ordonn&#233;e de mouvements lents et rapides &#187;. Et enfin, &#171; c'est l'ordre dans le mouvement, le proc&#232;s entier de l'arrangement harmonieux des attitudes corporelles combin&#233; avec un m&#232;tre qui s'appelle d&#233;sormais &#8220;rhuthmos&#8221; &#187;. Le sens premier de configuration spatiale proportionn&#233;e est pass&#233; &#224; celle des mouvements dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Th&#232;se psychanalytique d'Imre Hermann&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Imre Hermann, dans &lt;i&gt;L'Instinct filial &lt;/i&gt; (1943), montre l'importance de ce qu'il appelle &#171; l'instinct filial &#187; ou &#171; l'instinct d'agrippement &#187;, qui consiste chez les petits singes &#224; s'accrocher au pelage de la m&#232;re. Cet instinct, moins &#233;vident chez le petit humain faute de pelage maternel, est observable dans les r&#233;actions du b&#233;b&#233; qui attrape le doigt qu'on lui tend et s'y cramponne. On peut voir aussi une tendance marqu&#233;e &#224; attraper les cheveux. Cet agrippement, qui va de pair avec l'instinct vital, tend &#224; &#233;viter l'angoisse de la s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'enfant qui ne peut assouvir cet instinct d'accrochage &#224; la m&#232;re ou &#224; son substitut, quand il ne meurt pas d'hospitalisme, conna&#238;t une angoisse de s&#233;paration d'autant plus forte &#224; l'&#226;ge adulte. Il manifeste alors une propension &#224; s'agripper &#224; ses proches, ce qui ne facilite pas ses relations &#224; autrui. Ou bien il pr&#233;sente la r&#233;action inverse de se cacher et migrer, comme ces voyageurs perp&#233;tuels qui partent le plus loin possible et de mani&#232;re r&#233;it&#233;r&#233;e, ce qui est peu favorable &#224; la fondation d'une famille harmonieuse. L'obsession de la fuite et le d&#233;sir de migration sont les th&#232;mes essentiels des romans de Le Cl&#233;zio. Ni l'agrippement abusif ni l'&#233;loignement syst&#233;matique ne facilitent les rapports avec l'entourage. La relation duelle entre la m&#232;re et l'enfant d&#233;termine ou tout au moins influence fortement le comportement ult&#233;rieur. L'alternance fusion vs s&#233;paration va de pair avec la prise d'autonomie progressive qui s'effectue essentiellement pendant les trois premi&#232;res ann&#233;es, ces ann&#233;es caract&#233;ris&#233;es par un oubli presque total, mais se prolonge jusqu'&#224; l'&#226;ge adulte et souvent bien au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le b&#233;b&#233; singe s'agrippe &#224; sa m&#232;re et s'&#233;loigne d'elle progressivement pour faire ses exp&#233;riences, d'autant plus audacieux qu'il a l'assurance de pouvoir se raccrocher &#224; elle en cas de danger. Le petit d'homme aussi acquiert plus facilement son autonomie s'il peut se r&#233;fugier aupr&#232;s de sa m&#232;re quand un danger survient. Mais il n'a pas toujours cette possibilit&#233;. Or pour rem&#233;dier &#224; l'absence et &#224; l'angoisse de s&#233;paration, le petit humain s'approprie la m&#233;diation du langage, comme le montre Freud &#224; propos du jeu de &lt;i&gt;Fort-da&lt;/i&gt; qui permet de s'assurer de la persistance de l'objet &#233;loign&#233; (&#171; Au del&#224; du principe de plaisir &#187; 1920). Et ce langage se prof&#232;re par le souffle selon un certain rythme organisateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Points de vue convergents : Fonagy, Abraham et Baudelaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fonagy, dans &lt;i&gt;La vive Voix&lt;/i&gt;, montre que des pulsions profondes affectent les sonorit&#233;s et les rythmes. Il applique au rythme le syst&#232;me de ressemblances et oppositions que Jakobson attribue aux sonorit&#233;s et groupes grammaticaux. Il attire l'attention sur le fait que le rythme est per&#231;u d&#232;s la vie intra-ut&#233;rine sous la forme des battements du c&#339;ur maternel. C'est un rythme binaire. Et ce rythme binaire caract&#233;rise aussi le premier acte relationnel de la t&#233;t&#233;e par la succion sur le rythme de base du troch&#233;e, la tension suivie de d&#233;tente correspondant &#224; l'app&#233;tit suivi d'assouvissement (Abraham, 1987, p. 110). C'est donc un rythme pair qui caract&#233;rise la fusion avec la m&#232;re. Dans le processus de fusion &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; s&#233;paration, la recherche d'un rythme r&#233;gulier, avec r&#233;p&#233;tition de la m&#234;me structure, correspond au d&#233;sir de fusion totale, d'assouvissement dans la relation duelle. Et ce peut &#234;tre une sorte de substitution &#224; l'absence de la m&#232;re. Mais la fusion totale serait l&#233;tale. Et un rythme toujours identique, fr&#233;quent dans les comptines, serait monotone dans un po&#232;me. Le rythme po&#233;tique se construit sur fond de rythme r&#233;gulier avec des ruptures qui symbolisent la s&#233;paration. Selon Nicolas Abraham &lt;i&gt;(op. cit.)&lt;/i&gt;, le rythme pair correspond au d&#233;sir de fusion tandis que le rythme impair correspond au d&#233;sir de s&#233;paration, d'autonomie. Il montre sur les exemples litt&#233;raires de &#171; L'apprenti sorcier &#187; de Goethe et du &#171; Corbeau &#187; d'Edgar Poe (&#171; The Raven &#187;) la rupture du rythme pair et le surgissement du rythme impair qui peut s'av&#233;rer g&#233;n&#233;rateur de toute-puissance cr&#233;atrice ou d'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est un jeu incessant entre r&#233;gularit&#233; et ruptures, ressemblances et diff&#233;rences, qui correspond au d&#233;sir ambivalent de fusion et s&#233;paration, de retour f&#339;tal et d'autonomie, comme dans la relation duelle de Hermann. Le rythme impair s'oppose au rythme pair, ce qui se per&#231;oit dans l'adjectif &#171; impair &#187; d&#233;riv&#233; de &#171; pair &#187;, pr&#233;fix&#233;. On peut envisager un cas particulier de ce ph&#233;nom&#232;ne : le rythme binaire favorise la fusion tandis que le rythme ternaire, dit &#171; &#233;minemment po&#233;tique &#187; dans les manuels de litt&#233;rature, mais sans explication, correspond plus volontiers &#224; l'&#233;loignement et l'essai d'autonomie. Ce dernier est provoqu&#233; par l'&#233;nergie de la r&#233;volte, la volont&#233; d'autonomie par rapport &#224; une fusion &#233;touffante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En po&#233;sie, les allit&#233;rations et assonances, la fluidit&#233; des liquides et la douceur des nasales participent &#224; l'euphonie. Mais la recherche d'harmonie se fonde aussi et surtout sur le rythme. Par exemple le t&#233;tram&#232;tre assure cette alliance de rythme binaire et ternaire qui correspond &#224; la fois au d&#233;sir ambivalent de fusion et de s&#233;paration, comme dans l'alexandrin c&#233;l&#232;bre de Racine : &#171; Je le vis, je rougis, je p&#226;lis &#224; sa vue &#187; (&lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;, I, 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le recours au rythme pair correspond aux &#171; besoins &#187; d&#233;crits par Baudelaire dans &lt;i&gt;Fus&#233;es &lt;/i&gt; XXII : &#171; Je crois que le charme infini et myst&#233;rieux qui g&#238;t dans la contemplation d'un navire, et surtout d'un navire en mouvement, tient, dans le premier cas, &#224; la r&#233;gularit&#233; et la sym&#233;trie, qui sont un des besoins primordiaux de l'esprit humain, au m&#234;me degr&#233; que la complication et l'harmonie. &#187; Il est remarquable que le grand po&#232;te Baudelaire utilise tr&#232;s peu le rythme ternaire et recherche plus volontiers la sym&#233;trie, ce qui s'explique peut-&#234;tre par un instinct filial qui n'a pu se satisfaire dans l'enfance, comme semble l'indiquer la biographie de Pichois. Proust aussi pratique plus volontiers la sym&#233;trie, amplement complexifi&#233;e, ce qui correspond &#224; un d&#233;sir de fusion du narrateur avec la m&#232;re (Larue-Tondeur, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme s'appuie sur le m&#232;tre et les groupes de souffle, et se combine avec les r&#233;currences sonores qui reviennent &#224; intervalles plus ou moins r&#233;guliers. Formellement, le rythme ternaire consiste le plus souvent en trois groupes de souffle &#233;quivalents par leur fonction et leur longueur, ce qui provoque une &#233;quivalence de sens, comme l'a montr&#233; Jakobson : &#171; La fonction po&#233;tique projette le principe d'&#233;quivalence de l'axe de la s&#233;lection sur l'axe de la combinaison &#187;, selon sa c&#233;l&#232;bre formule des &lt;i&gt;Essais de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (Jakobson, 1963, p. 220). Ce n'est pas un rythme ternaire comme en musique, une mesure &#224; trois temps qui s'applique &#224; tout un morceau, mais au contraire un rythme ternaire qui s'applique le plus souvent &#224; un groupe inclus dans une phrase et se d&#233;tache sur le reste du texte. Mais nous en verrons plusieurs formes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Application de la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; des textes litt&#233;raires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, dans un passage des &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt; concernant les soir&#233;es &#224; Combourg, le rythme ternaire final tend &#224; an&#233;antir les personnages parentaux et pr&#233;ludent &#224; l'autonomie du narrateur :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le reste de la soir&#233;e, l'oreille n'&#233;tait plus frapp&#233;e que &lt;strong&gt;du bruit mesur&#233; de ses pas, des soupirs de ma m&#232;re et du murmure du vent.&lt;/strong&gt; &#187; (Chateaubriand, 1848, I, 3)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le rythme ternaire n'op&#232;re pas seul. Tous les &#233;l&#233;ments de la langue concourent &#224; la production du sens. Tout le paragraphe tend &#224; op&#233;rer une r&#233;duction des personnages, avec la disparition des domestiques et l'&#233;loignement des parents, renforc&#233;e par les formules restrictives &#171; ne&#8230;que &#187;. La m&#232;re soupire &#224; l'&#233;cart et le p&#232;re compar&#233; &#224; un spectre s'isole &#224; la fois par sa d&#233;marche automatique et son comportement. Le rythme ternaire final &#171; du bruit mesur&#233; de ses pas, des soupirs de ma m&#232;re et du murmure du vent &#187; tend &#224; cr&#233;er une &#233;quivalence entre les trois compl&#233;ments d'agent de longueur &#233;quivalente, donc entre le p&#232;re, la m&#232;re et le vent, ce qui r&#233;duit les parents &#224; un d&#233;placement d'air et les an&#233;antit. Les &#233;quivalences grammaticales et rythmiques produisent une &#233;quivalence s&#233;mantique selon Jakobson. Ce rythme ternaire final correspond &#224; une s&#233;paration qui tient de l'expulsion. Bien &#233;videmment, on peut consid&#233;rer que l'an&#233;antissement des parents contribue au culte du moi du grand romantique, mais c'est aussi le proc&#233;d&#233; de choix de la prise d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous allons observer le m&#234;me proc&#233;d&#233; sur deux phrases d'un texte de Colette, &#171; Les Vrilles de la vigne &#187;, fragment liminaire du recueil de po&#233;sie en prose portant le m&#234;me titre (1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition 1908) : ce texte est engendr&#233; par une m&#233;taphore associant le rossignol pris aux vrilles de la vigne avec la narratrice prisonni&#232;re de son partenaire et qui se lib&#232;re par sa voix. L'oiseau &#233;perdu ne sait plus que la peur est &#224; l'origine de son chant, il reste captif et se limite, dans son vain d&#233;sir de s&#233;paration, &#224; un refrain dont le rythme ternaire reste rudimentaire : &#171; Tant que la vigne &lt;strong&gt;pousse, pousse, pousse&lt;/strong&gt;&#8230; &#187; sont les paroles que lui attribue la narratrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; En revanche, la narratrice domine sa peur et conquiert son autonomie gr&#226;ce &#224; sa voix qui se manifeste dans un rythme ternaire complexifi&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voudrais &lt;strong&gt;dire, dire, dire&lt;/strong&gt; tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui &lt;strong&gt;m'enchante et me blesse et m'&#233;tonne.&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le premier rythme ternaire &#171; dire, dire, dire &#187; reprend la structure du refrain de l'oiseau avec trois verbes, &#224; l'infinitif cette fois, mais la suite de la phrase d&#233;ploie les possibilit&#233;s de ce rythme : les r&#233;p&#233;titions de &#171; tout ce que &#187; laissent attendre un autre rythme ternaire, attente d'abord d&#233;&#231;ue puisqu'une quatri&#232;me relative pr&#233;c&#233;d&#233;e de &#171; tout ce &#187; le rompt, mais elle comporte elle-m&#234;me un retour du rythme ternaire avec la construction grammaticale &#171; me &#187; suivi d'un verbe : &#171; tout ce qui m'enchante et me blesse et m'&#233;tonne &#187;. Cette complexification du rythme ternaire va de pair avec la prise d'autonomie et peut se sch&#233;matiser de la mani&#232;re suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dire, dire, dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce que&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce qui&#8230; me + V, me + V, me + V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par ailleurs le retour provisoire au rythme pair peut correspondre &#224; une h&#233;sitation, une r&#233;ticence &#224; la lib&#233;ration de la fusion ali&#233;nante avec le partenaire dont la &#171; sage main fra&#238;che se pose sur [sa] bouche &#187; pour l'emp&#234;cher de poursuivre son discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces deux textes litt&#233;raires illustrent la th&#233;orie de Nicolas Abraham &#224; propos du rythme impair li&#233; au d&#233;sir de s&#233;paration. Voyons maintenant un exemple de rythme pair associ&#233; au d&#233;sir de fusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jakobson &#233;tudie les glissements d'accents en les reliant au plaisir de l'inattendu th&#233;oris&#233; par Edgar Allan Poe :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le glissement de l'accent de mot du temps marqu&#233; sur le temps non-marqu&#233; (&#171; pied renvers&#233; &#187;) dans les mots polysyllabiques, est inconnu dans les formes traditionnelles du vers russe, mais fr&#233;quent dans la po&#233;sie anglaise apr&#232;s une pause m&#233;trique et/ou une pause syntaxique. [&#8230;] Dans le vers &#171; Nearer, my God, to Thee, nearer to Thee &#187; (&#171; Plus pr&#232;s de Toi, mon Dieu, plus pr&#232;s de Toi &#187;), la syllabe accentu&#233;e d'un m&#234;me mot appara&#238;t deux fois sur le temps non-marqu&#233;, d'abord au d&#233;but du vers et une seconde fois au d&#233;but d'un groupe de mots. &#187; (Jakobson, 1963, p. 228- 229)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le vers de Sarah F. Adams (1805-1848) cit&#233; par Jakobson manifeste un effet de sens par le d&#233;placement d'accent habituel. On peut proc&#233;der &#224; l'&#233;tude des effets de sens du rythme ainsi transform&#233;. Si l'on ajoute &#224; cela le caract&#232;re fusionnel du rythme pair selon N. Abraham, le vers prend tout son sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'accent de &#171; nearer &#187; habituellement plac&#233; sur la premi&#232;re syllabe, le suffixe &#171; -er &#187; du comparatif n'&#233;tant jamais accentu&#233;, est ici d&#233;plac&#233; sur la seconde. En effet le pentam&#232;tre &#239;ambique comporte cinq groupes de deux syllabes dont la deuxi&#232;me est accentu&#233;e, ce qui n&#233;cessite ce d&#233;placement. Le r&#233;sultat est d'abord que le mot &#171; nearer &#187; r&#233;sonne de mani&#232;re &#233;trange. Et l'effet qui s'ensuit est d'accentuer le suffixe accroissant la proximit&#233; du point de vue s&#233;mantique, &#171; -er &#187; hyperbolisant en quelque sorte le sens de &#171; near &#187;. En outre, il se rapproche de celui qui se trouve sur &#171; Thee &#187;, surtout dans la deuxi&#232;me occurrence du groupe &#171; nearer to Thee &#187;, la proximit&#233; est ainsi mim&#233;e par le rythme : &#171; Nearer, my God, to Thee, nearer to Thee &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En outre, &#171; Thee &#187; &#233;tant employ&#233; presque uniquement pour la pri&#232;re, son emploi est rare, si bien que deux anomalies sont contenues dans le seul groupe de mots &#171; nearer to Thee &#187;, l'accent sur le suffixe et l'emploi du pronom de deuxi&#232;me personne, ce qui produit une impression d'atmosph&#232;re tr&#232;s particuli&#232;re. Par ailleurs, ce groupe est r&#233;p&#233;t&#233; parall&#232;lement avec l'insertion dans la premi&#232;re occurrence de l'apostrophe &#171; my God &#187; qui s'y trouve sertie, mise en valeur ainsi entour&#233;e. Or, elle comporte deux mots qui rapprochent l'orant de son Dieu car celui qui prie est pr&#233;sent dans le possessif &#171; my &#187; qui est juxtapos&#233; &#224; &#171; God &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Finalement, le d&#233;placement d'accent, r&#233;p&#233;t&#233;, participe &#224; favoriser une proximit&#233; maximale de l'orant et de son Dieu, ce qui suscite une impression de ferveur accrue. Et le rythme pair a pour fonction de provoquer la fusion avec Dieu, favoris&#233;e par le d&#233;placement d'accent et les mots employ&#233;s. Les &#233;l&#233;ments de la langue entrent en synergie pour manifester cette fusion. La traduction du cantique en fran&#231;ais perd, outre la d&#233;perdition habituelle en po&#233;sie, l'effet &#233;motionnel du d&#233;placement d'accent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En revanche, dans le conte philosophique de Voltaire intitul&#233; &#171; Zadig &#187;, les trois &#171; mais &#187; r&#233;volt&#233;s du personnage &#233;ponyme envers l'hermite m&#233;tamorphos&#233; en ange marquent une scansion ternaire par l'expression &#171; mais, dit Zadig &#187; qui &#233;loigne de la fusion avec le divin. Ils sont situ&#233;s &#224; la fin du chapitre XVII, qui constitue une transposition sulfureuse de la XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; sourate du Coran dont le sens global est celui de la parole biblique selon laquelle &#171; les voies de Dieu sont imp&#233;n&#233;trables &#187;. Voltaire transforme la demande : dans la sourate, c'est Mo&#239;se qui demande &#224; l'inconnu l'autorisation de le suivre ; dans &lt;i&gt;Zadig&lt;/i&gt;, c'est l'ermite, l'ange Jesrad, qui propose &#224; &lt;i&gt;Zadig &lt;/i&gt; de l'accompagner, ce qui facilite l'expression de la r&#233;volte. L'inconnu de la sourate &#233;tait r&#233;ticent &#224; se laisser accompagner et posait la condition de ne pas l'interroger. Mo&#239;se le questionne quand m&#234;me, mais avec r&#233;v&#233;rence, tandis que Zadig laisse libre cours &#224; ses injures et ses contestations : l'ermite br&#251;le la maison de son h&#244;te et noie le neveu de son h&#244;tesse, se justifiant &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; par le fait qu'un tr&#233;sor est enfoui sous la maison et que le neveu aurait assassin&#233; sa tante s'il avait v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt;Mais quoi ! dit Zadig&lt;/strong&gt;, il est donc n&#233;cessaire qu'il y ait des crimes et des malheurs, et les malheurs tombent sur les gens de bien ! &#8211; Les m&#233;chants, r&#233;pondit Jesrad, sont toujours malheureux : ils servent &#224; &#233;prouver un petit nombre de justes r&#233;pandus sur la terre, et il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien. &#8211; &lt;strong&gt;Mais, dit Zadig&lt;/strong&gt;, s'il n'y avait que du bien, et point de mal ? &#8211; Alors, reprit Jesrad, cette terre serait une autre terre ; l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements serait un autre ordre de sagesse ; et cet autre ordre, qui serait parfait, ne peut &#234;tre que dans la demeure &#233;ternelle de l'&#202;tre supr&#234;me, de qui le mal ne peut approcher. Il a cr&#233;&#233; des millions de mondes dont aucun ne peut ressembler &#224; l'autre. Cette immense vari&#233;t&#233; est un attribut de sa puissance immense. Il n'y a ni deux feuilles d'arbre sur la terre, ni deux globes dans les champs infinis du ciel, qui soient semblables ; et tout ce que tu vois sur le petit atome o&#249; tu es n&#233; devait &#234;tre dans sa place et dans son temps fixe, selon les ordres immuables de celui qui embrasse tout. Les hommes pensent que cet enfant qui vient de p&#233;rir est tomb&#233; dans l'eau par hasard, que c'est par un m&#234;me hasard que cette maison est br&#251;l&#233;e ; mais il n'y a point de hasard : tout est &#233;preuve, ou punition, ou r&#233;compense, ou pr&#233;voyance. Souviens-toi de ce p&#234;cheur qui se croyait le plus malheureux de tous les hommes. Orosmade t'a envoy&#233; pour changer sa destin&#233;e. Faible mortel, cesse de disputer contre ce qu'il faut adorer. &#8211; &lt;strong&gt;Mais, dit Zadig&lt;/strong&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme il disait &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt;, l'ange prenait d&#233;j&#224; son vol vers la dixi&#232;me sph&#232;re. Zadig, &#224; genoux, adora la Providence, et se soumit. L'ange lui cria du haut des airs : &#171; Prends ton chemin vers Babylone. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quand l'ermite est transform&#233; en l'ange Jesrad, Zadig se prosterne en lui demandant s'il est venu lui apprendre &#171; &#224; se soumettre aux ordres &#233;ternels &#187;. Cependant sa r&#233;action va &#233;voluer vers la r&#233;volte.
Il commence par sugg&#233;rer qu'il aurait mieux valu am&#233;liorer cet enfant que le noyer, ce &#224; quoi l'ange r&#233;pond que s'il avait &#233;t&#233; vertueux il aurait &#233;t&#233; assassin&#233;. Cela montre une volont&#233; de Voltaire de ridiculiser l'ange et du m&#234;me coup la th&#233;orie de Leibniz selon laquelle tout est n&#233;cessaire, qui est aussi la cible de l'ironie dans &lt;i&gt;Candide&lt;/i&gt;. Cette intervention de Jesrad fournit &#224; Zadig l'occasion de prof&#233;rer un premier &#171; mais &#187; de r&#233;volte : &#171; &#8211; Mais quoi ! dit Zadig, il est donc n&#233;cessaire qu'il y ait des crimes et des malheurs, et les malheurs tombent sur les gens de bien ! &#187; Ce &#171; mais &#187; est int&#233;gr&#233; dans l'interjection &#171; Mais quoi ! &#187; exprimant l'affect de r&#233;volte. L'argument de l'ange &#171; il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien &#187; suscite un deuxi&#232;me &#171; mais &#187; de r&#233;volte : &#171; - Mais, dit Zadig, s'il n'y avait que du bien, et point de mal ? &#187;. Gr&#226;ce &#224; l'incise, ce &#171; mais &#187; est isol&#233; du reste de la r&#233;partie. L'ange explique que la perfection n'est pas de ce monde et que rien n'arrive par hasard, achevant son discours par &#171; faible mortel, cesse de disputer contre ce qu'il faut adorer. &#187; Le troisi&#232;me &#171; Mais &#187; de Zadig est interrompu par le d&#233;part de l'ange. Comme le souligne Dominique Maingueneau dans son analyse des connecteurs argumentatifs (Maingueneau, 1986, p. 141), c'est l'expression d'une attitude de refus : &#171; Zadig prof&#232;re son &lt;i&gt;mais &lt;/i&gt; en quelque sorte &#8220;pour l'honneur&#8221;, n'ayant pas d'argument &#224; opposer &#224; l'Ange mais d&#233;sireux de lui signifier son refus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est remarquable que la r&#233;volte de Zadig explose en trois &#171; mais &#187;, avec la revendication d'autonomie qui s'oppose absolument &#224; la soumission et la fusion. Bien qu'il ne s'agisse pas &#224; proprement parler d'un rythme ternaire habituel, le d&#233;tachement des trois &#171; mais &#187; appara&#238;t bien comme une r&#233;volte organis&#233;e en trois temps, avec une progression qui r&#233;duit les mots de l'interjection &#171; Mais quoi ! &#187; &#224; un &#171; mais &#187; suivi d'une virgule pour les besoins de l'incise, jusqu'&#224; produire un concentr&#233; de refus dans le troisi&#232;me &#171; mais &#187; suivi de point de suspension. Ceux-ci figurent graphiquement que &#171; le &lt;i&gt;mais &lt;/i&gt; reste en suspens &#187; selon l'expression de Dominique Maingueneau (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 140) et laisse imaginer la stupeur, voire la fureur, de Zadig. Par ailleurs l'&#233;loignement physique du personnage divin suit imm&#233;diatement le rythme ternaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dominique Maingueneau a soulign&#233; l'ambigu&#239;t&#233; du troisi&#232;me &#171; mais &#187; : refus de Zadig qui n'a plus d'argument ou fuite de l'ange devant les objections par incapacit&#233; de r&#233;pondre. Zadig a &#233;chou&#233; &#224; convaincre Jesrad et l'ange a &#233;chou&#233; &#224; enseigner la soumission au mortel. C'est plus qu'un &#233;loignement par autonomie, c'est une s&#233;paration d&#233;finitive que marque le trio de &#171; mais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rythme exprime des pulsions psychiques profondes comme le d&#233;sir ambivalent de fusion et de s&#233;paration, n&#233;cessaire sous ces deux p&#244;les notamment pour la contemplation esth&#233;tique fusionnelle et l'affirmation d'une pens&#233;e cr&#233;atrice autonome. La th&#233;orie de Nicolas Abraham selon laquelle le rythme pair correspond &#224; la recherche de fusion li&#233;e &#224; l'instinct d'agrippement, le rythme impair &#224; une volont&#233; de s&#233;paration g&#233;n&#233;ratrice &#224; la fois d'autonomie et d'angoisse, fonctionne particuli&#232;rement bien sur les textes litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La po&#233;sie et plus g&#233;n&#233;ralement la litt&#233;rarit&#233; exhibe l'importance du rythme, mais celui-ci est &#224; l'&#339;uvre dans tout discours et m&#233;rite d'&#234;tre pris en compte par la linguistique, car il est &#233;troitement li&#233; &#224; l'investissement de l'&#234;tre total dans la cr&#233;ativit&#233; verbale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=83&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; N. Abraham &amp; M. Torok, &lt;i&gt;L'&#201;corce et le Noyau&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1987 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1978.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C. Baudelaire,&lt;i&gt; Fus&#233;es&lt;/i&gt; XXVII, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; publication 1887 par Eug&#232;ne Cr&#233;pet.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;. Benveniste, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1974 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1966.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; F.-R. de Chateaubriand, &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-tombe&lt;/i&gt; &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1849-50.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Colette, &lt;i&gt;Les Vrilles de la vigne&lt;/i&gt; &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1908.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; I. Fonagy, &lt;i&gt;La vive Voix&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1983, 346 p.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S. Freud, &#171; Au-del&#224; du principe de plaisir &#187;, &lt;i&gt;Essais de psychanalyse&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1951 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1920.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M. Grammont, &lt;i&gt;Le vers fran&#231;ais, ses moyens d'expression, son harmonie&lt;/i&gt;, Paris, Delagrave, 1967 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1904.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; I. Hermann, &lt;i&gt;L'Instinct filial&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 1972 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1943.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; I. Hermann, &lt;i&gt;Psychanalyse et Logique&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 1978.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R. Jakobson, &lt;i&gt;Essais de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, trad. N. Ruwet, Paris, Minuit, 1963 &#8211; 11 essais dont le plus ancien date de 1949.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J. Larue-Tondeur, &lt;i&gt;Schizophr&#233;nie et Po&#233;sie : l'&#233;criture po&#233;tique de la mer&lt;/i&gt;, Limoges, Lambert-Lucas, 2009.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D. Maingueneau, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de linguistique pour le texte litt&#233;raire&lt;/i&gt;, Paris, Bordas, 1986.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; H. Meschonnic, &lt;i&gt;Les &#201;tats de la po&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1985.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S. F. Adams, &lt;i&gt;Nearer, my God, to Thee, nearer to Thee&lt;/i&gt; &#8211; 1841. &lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voltaire, &lt;i&gt;Zadig &#8211; Romans et contes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1972 &#8211; 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1748.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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