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		<title>Le pouvoir paradoxal du batteur de jazz
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		<dc:creator>Pierre Sauvanet
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&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la mineure &#171; Rythmanalyses &#187; de la revue Multitudes, n&#176; 46, 2011. Nous remercions la revue Multitudes et Pierre Sauvanet de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Premier temps. Regardons pour commencer Young and Innocent : la derni&#232;re sc&#232;ne de ce film de jeunesse d'Alfred Hitchcock (1937) est un grand moment de cin&#233;ma &#8212; mais pas seulement. Comme souvent chez le r&#233;alisateur, la trame du film se noue autour de ce jeune homme (young&#8230;), accus&#233; d'un meurtre qu'il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;Pour une &#233;thique et une politique du rythme
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans la mineure &#171; Rythmanalyses &#187; de la revue&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.multitudes.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Multitudes&lt;/a&gt;,&lt;i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.multitudes.net/category/l-edition-papier-en-ligne/multitudes-46-automne-2011-en/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176; 46&lt;/a&gt;, 2011. Nous remercions la revue &lt;/i&gt; Multitudes &lt;i&gt; et Pierre Sauvanet de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Premier temps. Regardons pour commencer &lt;i&gt;Young and Innocent&lt;/i&gt; : la derni&#232;re sc&#232;ne de ce film de jeunesse d'Alfred Hitchcock (1937) est un grand moment de cin&#233;ma &#8212; mais pas seulement. Comme souvent chez le r&#233;alisateur, la trame du film se noue autour de ce jeune homme &lt;i&gt;(young&#8230;)&lt;/i&gt;, accus&#233; d'un meurtre qu'il n'a pas commis &lt;i&gt;(&#8230;and innocent)&lt;/i&gt;, et qui s'enfuit pour essayer de prouver sa non-culpabilit&#233;, paradoxalement aid&#233; dans sa t&#226;che par la propre fille du commissaire. Ils sont tous deux &#224; la recherche de l'assassin, qui a vol&#233; le pardessus du jeune homme, et qui a &#233;trangl&#233; sa victime avec la ceinture, avant de se d&#233;barrasser du manteau en le donnant &#224; un vieux sans abri. Ayant retrouv&#233; un indice (une bo&#238;te d'allumettes &#224; la marque du Grand H&#244;tel dans la poche du manteau), la fille du commissaire et le clochard, bien v&#234;tu pour l'occasion, font le guet plus ou moins discr&#232;tement dans la salle de bal de l'h&#244;tel, noir de monde. L&#224; dansent et s'amusent les clients, au son d'un orchestre de jazz apparemment typique de l'ambiance des ann&#233;es 1940 : les musiciens sont tous blancs, mais &#233;galement tous grim&#233;s comme des noirs (la trace du cirage s'arr&#234;tant loin des l&#232;vres), &#224; l'exception du chef d'orchestre. L'assassin recherch&#233; a un tic, nous le savons : il cligne des yeux. Impossible de le rep&#233;rer dans la foule, bien entendu&#8230; jusqu'&#224; ce que lui-m&#234;me reconnaisse le clochard sous son d&#233;guisement et, en bon parano&#239;aque, se sente menac&#233; en rep&#233;rant des policiers en uniforme. Apr&#232;s un long travelling et zoom avant sur son visage, le musicien de jazz, batteur en l'occurrence, commence par cligner compulsivement des yeux, puis, pris de panique, se retourne pour jouer du marimba &#224; un moment non pr&#233;vu par l'orchestre. Il se fait aussit&#244;t r&#233;primander par le chef, avant de prendre une pause, et des m&#233;dicaments calmants. Lorsqu'il regagne sa place, de plus en plus persuad&#233; qu'il a &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;, il joue de plus en plus mal, jusqu'&#224; se d&#233;caler totalement du rythme d'ensemble, et faire capoter le th&#232;me jou&#233; par l'orchestre ; il s'&#233;vanouit enfin, derri&#232;re les f&#251;ts de sa batterie. Lorsqu'il revient &#224; lui, face &#224; la jeune fille du commissaire, il avoue son crime d'un long rire nerveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sont ici mont&#233;s en parall&#232;le, de fa&#231;on d&#233;lib&#233;r&#233;ment grossie, la panique de la culpabilit&#233; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la perte du sens rythmique, la d&#233;couverte de l'assassin &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la soudaine impossibilit&#233; pour lui de jouer ensemble, de tenir &#224; la fois&lt;i&gt; le rythme et sa place&lt;/i&gt; dans l'orchestre. Est-ce &#224; dire qu'un musicien ne puisse pas &#234;tre un assassin ? Que le sens du rythme soit un gage d'innocence ? Certes non &#8212; mais du moins, que celui qui tient le rythme, ici, ne r&#233;siste pas au sentiment de culpabilit&#233;, comme si quelque chose en lui s'&#233;tait litt&#233;ralement d&#233;fait, d&#233;truit, d&#233;chir&#233;. Le cosmos de la musique a c&#233;d&#233; le pas au chaos du crime, enfin &#233;lucid&#233;... Inversement, il se pourrait que le batteur de jazz, dans la communaut&#233; d'un groupe, ait quelque chose d'un &lt;i&gt;pouvoir de coh&#233;sion&lt;/i&gt;, qui pr&#233;cis&#233;ment n'est pas un pouvoir de coercition, gr&#226;ce notamment &#224; la finesse de la pulsation. C'est ce type de pouvoir qui nous int&#233;ressera ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;*&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Deuxi&#232;me temps. Tous les musiciens de jazz en savent quelque chose, et Miles Davis le premier : m&#234;me et surtout quand on est &lt;i&gt;leader&lt;/i&gt;, il faut choisir son batteur avec le plus grand soin. Non parce qu'il risque d'&#234;tre un assassin, mais parce que le batteur, et lui seul, interagit avec le soliste en m&#234;me temps qu'il permet &#224; tous les instrumentistes d'interagir entre eux. Philly Joe Jones, Jimmy Cobb, puis Tony Williams, Jack DeJohnette : pour le trompettiste, difficile de faire meilleur choix sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On sait que l'instrument lui-m&#234;me est une invention r&#233;cente, originale et h&#233;t&#233;roclite : la batterie est n&#233;e du rapprochement en un seul corps de divers instruments de percussion utilis&#233;s individuellement dans les fanfares (caisse claire, grosse caisse, cymbales...). En r&#233;sulte, pour cet homme-orchestre qu'est le batteur de jazz, la n&#233;cessit&#233; nouvelle d'une technique complexe d'in(ter)d&#233;pendance des quatre membres. Noyau de la traditionnelle &#171; section rythmique &#187; (avec le contrebassiste, ou bassiste, et le pianiste), c'est sur lui que les autres se r&#232;glent, c'est &#224; lui que les autres se r&#233;f&#232;rent en mati&#232;re de temps. Mais pour autant, dans l'&#233;volution du jazz (o&#249; tous les temps marqu&#233;s sans cesse par la grosse caisse, dans les premiers orchestres, ont laiss&#233; la place aux fluctuations l&#233;g&#232;res de la cymbale &lt;i&gt;ride&lt;/i&gt;), le batteur n'est pas un m&#233;tronome : il marque et (se) d&#233;marque, il informe et d&#233;forme en m&#234;me temps, il est toujours &#224; la fois &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;hors&lt;/i&gt; la pulsation. La r&#233;volution du &lt;i&gt;bop&lt;/i&gt; a modifi&#233; en complexit&#233; et profondeur les donn&#233;es rythmiques du &lt;i&gt;swing&lt;/i&gt;, en faisant passer le batteur de simple accompagnateur m&#233;tronomique au statut de soliste virtuose (tel Max Roach), capable de cr&#233;er des figures rythmiques rivalisant avec la ligne m&#233;lodique et la grille harmonique. Aujourd'hui encore, des batteurs europ&#233;ens aussi diff&#233;rents que Daniel Humair ou Aldo Romano peuvent d&#233;fendre la souplesse d'un phras&#233; &#171; trinaire &#187;, mot-valise entre binaire et ternaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais la r&#233;volution du &lt;i&gt;bop&lt;/i&gt;, en affranchissant le batteur de sa fonction m&#233;trique, aura en m&#234;me temps permut&#233; les fonctions entre tous les instrumentistes : d&#232;s lors, il n'y a plus d'un c&#244;t&#233; le soliste, de l'autre les accompagnateurs. Du coup, le rythme gagne tout l'orchestre et devient champ d'immanence des &#233;v&#233;nements dans une sorte d'agencement collectif. En musique improvis&#233;e &#224; plusieurs, le rythme coordonne sans commander, il est f&#233;d&#233;rateur des mouvements sans &#234;tre ali&#233;nant. Le pouvoir paradoxal du batteur de jazz, c'est que le rythme dont il semble l'ordonnateur &#233;merge en r&#233;alit&#233; de tout l'orchestre, dans l'immanence des interactions entre les musiciens. Faut-il y voir une analogie possible avec l'ordre politique ? En tout cas, le groupe de compositeurs-improvisateurs que repr&#233;sente tout ensemble de jazz digne de ce nom n'est peut-&#234;tre pas si &#233;loign&#233; d'une sorte de &lt;i&gt;micro-utopie&lt;/i&gt; sociale dans laquelle, l'&#233;coute de l'autre passant d'abord par le silence impos&#233; &#224; sa propre virtuosit&#233;, le batteur n'est pas le chef, mais le simple &lt;i&gt;m&#233;diateur du temps commun&lt;/i&gt;. On voit ici en quoi le collectif improvisationnel pourrait constituer un mod&#232;le&lt;i&gt; &lt;/i&gt;d'intelligibilit&#233; des groupements sociaux ac&#233;phales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est qu'apr&#232;s avoir &#233;crit ce texte que j'ai d&#233;couvert l'article d'Yves (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'ailleurs, &#224; la limite, le batteur peut tout aussi bien ne pas jouer, ou m&#234;me ne pas exister, comme dans les trios de Jimmy Giuffre : seul compte, &#224; la rigueur, le rythme sous-entendu dans l'improvisation, qui conf&#232;re une contrainte parmi d'autres &#224; la libert&#233; de jouer. Car c'est bien cela, la force du jazz : l'improvisation &#224; plusieurs dans un cadre connu par chacun. Soit encore : souplesse et fluidit&#233; dans des r&#232;gles que l'on s'est &#224; soi-m&#234;me donn&#233;es ; contrainte et libert&#233;, et libert&#233; dans la contrainte, et libert&#233; de cr&#233;ation &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; cr&#233;ation de contrainte. Dans ce cadre commun et f&#233;cond, la finesse de la pulsation aura toujours son mot &#224; dire : le pouvoir paradoxal du batteur de jazz, c'est aussi de savoir jouer &lt;i&gt;tr&#232;s doux&lt;/i&gt;. Il y va du toucher, c'est-&#224;-dire de la question du &lt;i&gt;tact&lt;/i&gt;. Nul besoin d'en mettre partout, comme parfois dans d'autres musiques. Seuls comptent l'&#233;coute, le sens du temps et de l'espace sonore, et le silence y a sa part. Rares sont d'ailleurs les batteurs qui parviennent &#224; jouer avec la m&#234;me rigueur &#224; toutes les intensit&#233;s (parmi les batteurs contemporains, on pense &#224; Bill Stewart, Brian Blade, Eric Harland...). Mais la finesse de la pulsation, ce n'est pas tant une question de volume et d'intensit&#233; que de richesse, de subtilit&#233;, de complexit&#233;. Il faudrait d&#233;fendre r&#233;solument ici &lt;i&gt;une esth&#233;tique et une politique de la pulsation fine&lt;/i&gt;, comme l'intuition d'une sorte de rythme id&#233;al, et pourtant bien r&#233;el : un rythme qui ne serait ni la m&#233;trique binaire des musiques devenues inaudibles tant elles envahissent l'espace public, ni l'absence quasi totale de pulsation des musiques savantes contemporaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour de plus amples d&#233;veloppements sur ce point, je me permets de renvoyer &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;*&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Troisi&#232;me temps, donc&#8230; mais ce n'est pas une valse, encore moins une dissertation. En disque et en tourn&#233;e avec Michel Portal en ce d&#233;but d'ann&#233;e 2011, l'un des plus grands batteurs du monde, si ce n'est le plus grand actuellement, appara&#238;t ici comme un paradigme. On dirait en effet que Jack DeJohnette r&#233;unit tous les paradoxes : il est le batteur de la plus grande constance rythmique, de la plus grande puissance de son, tout en &#233;tant le batteur de la plus grande libert&#233;, de la plus grande douceur par moments. Toutes les qualit&#233;s fondamentales d'un batteur semblent ici r&#233;unies chez le m&#234;me homme : r&#233;gularit&#233; de la pulsation, ma&#238;trise de l'intensit&#233;, &#233;coute des diff&#233;rents timbres, mais aussi sens de l'espace, grande libert&#233; (poly)rythmique, interaction permanente avec les autres musiciens. Lui-m&#234;me se d&#233;finit ainsi comme l'h&#233;ritier de deux grandes traditions, la synth&#232;se de deux grands styles : &#171; J'ai pris la pr&#233;cision de Tony et la d&#233;contraction d'Elvin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit bien entendu de Tony Williams et d'Elvin Jones. On ne peut que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jack DeJohnette, g&#233;ant tranquille, &#233;tait sur sc&#232;ne avec Michel Portal dans ma bonne ville de La Rochelle ce mardi 18 janvier 2011. Je n'&#233;tais pas avec la fille du commissaire, mais jamais je n'oublierai ce concert. Certains n'avaient d'yeux que pour les explosions remarquables d'un Portal pourtant bougon, malgr&#233; les sourires entendus de Bojan Z., d'autres pour l'&#233;l&#233;gante virtuosit&#233; de Lionel Loueke, les plan(te)s d'Ambrose Akinmusire, etc. J'&#233;tais concentr&#233; sur le batteur, pourtant paradoxalement discret ce soir-l&#224;, comme en vacances du trio de Keith Jarrett : un seul solo (en introduction de &lt;i&gt;Ba&#239;lador&lt;/i&gt;, nouveau th&#232;me de Portal), mais totalement ma&#238;tris&#233;, jouant en l&#233;gers &lt;i&gt;flas&lt;/i&gt; une sorte de m&#233;lodie improvis&#233;e sur la r&#233;sonance des toms, sans aucune virtuosit&#233; inutile, avant d'attaquer le rythme binaire complexe &#224; la m&#233;trique impaire, suffisamment complexe pour que m&#234;me le contrebassiste Scott Colley semble chercher un moment le premier temps parmi onze &#8212; bel exemple de danse &#224; onze temps ! Autre exemple de cette discr&#233;tion paradoxale : sauf lors de tr&#232;s rares passages, il joua tout le concert sans le timbre de la caisse claire, la renvoyant au r&#244;le d'un tom parmi d'autres ou presque, et laissant parler, peut-&#234;tre, une sonorit&#233; plus africaine qu'am&#233;ricaine de l'histoire de la batterie. En m&#234;me temps, quelle puissance lors des breaks et des reprises, quelle inventivit&#233; permanente dans le jeu, notamment de cymbales et de grosse caisse, et surtout quel &lt;i&gt;drive&lt;/i&gt; comme disent les anglo-saxons, cette mani&#232;re de conduire tout le monde droit devant sans l'air d'y toucher, avec autant de r&#233;gularit&#233; que de cr&#233;ativit&#233; &#8212; ainsi sur son propre th&#232;me &lt;i&gt;One On One&lt;/i&gt;... Ce th&#232;me en effet, qui fait exactement 11'11'' sur le disque, devient en concert la seule pi&#232;ce &#224; la fois totalement &#233;crite en son commencement et sa fin (autour d'un contraste entre deux rythmes tr&#232;s distincts, sortes de swing rapide et de blues lent), et totalement improvis&#233;e en son milieu ; la version en concert n'avait plus rien &#224; voir avec la version enregistr&#233;e. On retrouve ici le pouvoir du batteur de jazz (enfin, des meilleurs d'entre eux) : savoir &#234;tre &#224; la fois derri&#232;re et devant, c'est-&#224;-dire tout autant conduire qu'accompagner, sans jamais faiblir dans l'instant, sans jamais fl&#233;chir devant l'improvis&#233;&#8230; Et sans culpabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ce n'est qu'apr&#232;s avoir &#233;crit ce texte que j'ai d&#233;couvert l'article d'Yves Citton (&#171; Improvisation, rythmes et mondialisation. Quatorze th&#232;ses sur la fluidification sociale et les r&#233;sistances idiorrythmiques &#187;, publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Textuel&lt;/i&gt;, n&#176; 60, 2010, pp. 127-146 et sur &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article22' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Rhuthmos&lt;/i&gt; ici&lt;/a&gt;), qui d&#233;veloppe de mani&#232;re tr&#232;s suggestive, et beaucoup plus approfondie que la mienne ici, une analyse crois&#233;e de l'imaginaire rythmo-politique et des styles de batterie jazz.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour de plus amples d&#233;veloppements sur ce point, je me permets de renvoyer &#224; : P. Sauvanet, &#171; Pr&#233;sence ou absence du rythme dans les musiques d'aujourd'hui &#187;, &lt;i&gt;Filigrane&lt;/i&gt;, n&#176; 10, &#171; Le rythme &#187;, dir. G. Mathon, E. Dufour, Sampzon, Editions Delatour France, 2009, p. 87-100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Il s'agit bien entendu de Tony Williams et d'Elvin Jones. On ne peut que renvoyer ici &#224; la somme de Georges Paczynski, &lt;i&gt;Une histoire de la batterie de jazz&lt;/i&gt;, et notamment le t. III, &lt;i&gt;Elvin Jones, Tony Williams, Jack DeJohnette : les racines de la modernit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Outre Mesure, 2005 (ici p. 201).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ethnomusicologue et le philosophe : quand ils se rencontrent sur le ph&#233;nom&#232;ne &#171; rythme &#187;
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1305</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1305</guid>
		<dc:date>2014-09-14T15:35:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Sauvanet
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans les Cahiers d'ethnomusicologie, n&#176; 10, 1997, p. 3-16. Il est disponible en ligne &#233;galement ici. Nous remercions Pierre Sauvanet et les Cahiers d'ethnomusicologie de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS. R&#233;sum&#233; : &#171; L'ethnomusicologue et le philosophe &#187; n'est pas le titre d'une nouvelle fable de La Fontaine, dont la morale serait &#171; Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami / Mieux vaudrait un sage ennemi&#8239;&#171; (L'Ours et l'Amateur des Jardins) ; mais, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Philosophie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Structure&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Structure&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;P&#233;riodicit&#233;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;P&#233;riodicit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Mouvement&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Mouvement&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans les&lt;/i&gt; Cahiers d'ethnomusicologie, &lt;i&gt;n&#176; 10, 1997, p. 3-16. Il est disponible en ligne &#233;galement&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://ethnomusicologie.revues.org/692&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Nous remercions Pierre Sauvanet et les &lt;/i&gt;Cahiers d'ethnomusicologie&lt;i&gt; de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; :&lt;/strong&gt; &#171; L'ethnomusicologue et le philosophe &#187; n'est pas le titre d'une nouvelle fable de La Fontaine, dont la morale serait &#171; Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami / Mieux vaudrait un sage ennemi&#8239;&#171; &lt;i&gt;(L'Ours et l'Amateur des Jardins)&lt;/i&gt; ; mais, plus s&#233;rieusement, le r&#233;sultat du constat que, pr&#233;cis&#233;ment sur le probl&#232;me du rythme, les deux protagonistes peuvent se donner mutuellement &#224; penser. Le probl&#232;me philosophique ici trait&#233; consiste en somme &#224; se demander comment et pourquoi le mot &#171; rythme &#187; &#8211; et pas seulement dans la langue fran&#231;aise &#8211; d&#233;signe bien d'autres r&#233;alit&#233;s que musicales (anthropologiques, biologiques, cosmologiques). A la question &#171; comment &#187;, la r&#233;ponse ici esquiss&#233;e consiste &#224; produire une combinatoire de trois concepts (structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement) permettant de rendre raison de l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, le contenu de ces trois grandes cat&#233;gories formelles &#233;tant illustr&#233; en l'occurrence par diverses musiques traditionnelles. A la question &#171; pourquoi &#187;, la seule r&#233;ponse apport&#233;e ne peut &#234;tre qu'une nouvelle question, celle-l&#224; m&#234;me du lien de l'homme et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Abstract : &lt;/strong&gt;&#171; The ethnomusicologist and the philosopher &#187; is not the title of a new La Fontaine fable the moral of which might be &#8216;Nothing is as dangerous as an ignorant friend/Better have a wise enemy' &lt;i&gt;(L'Ours et l'Amateur des Jardins)&lt;/i&gt;. It is more seriously the result of the observation that precisely on the problem of rhythm, the two protagonists can mutually give each other a great deal to think about. The philosophical question assessed here, consists in the main of asking how and why the word rhythm &#8211; and not only in French or English &#8211; defines a great many other realities (anthropological, biological, cosmological). To the question &#8216;how', the answer outlined here involves producing a three concept combinative (structure, periodicity, movement) enabling one to make sense of the range of rhythmical phenomena, the content of the three major formal categories being illustrated on the other hand by a great variety of traditional music. As to the question &#8216;why', the only answer supplied comes in the form of another question, that which stems from the link between man and the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ethnomusicologue rappelle souvent &#224; juste titre combien sa m&#233;thode est empirique : voil&#224; une musique que j'aime et que je ne comprends pas ; comment en rendre compte avec les moyens &#224; la fois les mieux adapt&#233;s &#224; cette musique elle-m&#234;me, et les plus ais&#233;ment communicables &#224; autrui ? La question, qui n'est simple que dans sa formulation, est en somme : &lt;i&gt;qu'est-ce qui se passe dans cette musique&lt;/i&gt; ? C'est alors &#224; l'ethnomusicologue de construire des hypoth&#232;ses cens&#233;es rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne musical tel qu'il se pr&#233;sente &#224; ses yeux et &#224; ses oreilles &#8211; quitte, bien entendu, &#224; ce que ces hypoth&#232;ses puissent &#234;tre r&#233;cus&#233;es du jour au lendemain par l'exp&#233;rience d'un nouveau ph&#233;nom&#232;ne encore inou&#239; jusque l&#224; ou, ce qui pose encore d'autres probl&#232;mes, par une nouvelle interpr&#233;tation du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne sonore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je songe &#224; deux r&#233;centes et passionnantes discussions avec Simha Arom et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a donc en quelque sorte chez l'ethnomusicologue (et tout en faisant la part de ce que le substantif cache de diff&#233;rences individuelles) un double mouvement de fascination et de possession : d'un c&#244;t&#233;, je suis fascin&#233; par la beaut&#233; et l'&#233;tranget&#233; d'une musique (peut-&#234;tre m&#234;me d'autant plus belle qu'elle est &#233;trange) ; de l'autre, je d&#233;sire poss&#233;der intellectuellement, ou du moins ma&#238;triser dans la mesure de mes capacit&#233;s &#8211; qui peuvent toujours en droit &#234;tre remises en question par les faits &#8211;, l'essence d'un ph&#233;nom&#232;ne musical tel qu'il se pr&#233;sente en un lieu et en un temps donn&#233;s (et sans doute est-ce cette volont&#233; de ma&#238;trise qui, quel que soit le nom qu'elle se donne, explique parfois la r&#233;ticence de certains peuples ou individus &#224; voir ainsi leur propre musique &#171; expliqu&#233;e &#187; par d'autres). A chaque nouvelle aventure, se pose donc le probl&#232;me de la pertinence du mod&#232;le explicatif pour une culture donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le philosophe, sans trop tomber dans les lieux communs, ne peut gu&#232;re se targuer d'une m&#233;thode empirique &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; : en langage kantien, m&#234;me si toute notre connaissance des rythmes commence &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; l'exp&#233;rience, il n'en r&#233;sulte pas qu'elle d&#233;rive toute &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'exp&#233;rience. On sait bien que, si l'avantage de la m&#233;thode empirique est de circonscrire clairement son objet, d'&#234;tre toujours ancr&#233;e dans le concret, son inconv&#233;nient est de devoir parfois se contenter d'une accumulation de faits, sans pouvoir op&#233;rer sur eux la synth&#232;se qui s'imposerait. Il est vrai que le philosophe n'est pas un homme de terrain, du moins pas au sens o&#249; l'entend l'ethnomusicologue ; tout ce qu'il aimerait &#234;tre, c'est un homme de la terre, qui n'h&#233;site pas &#224; poser la question de l'universel : &lt;i&gt;qu'est-ce que&#8230; ?&lt;/i&gt; A charge alors au philosophe de &#171; bricoler &#187; tant bien que mal avec des concepts, h&#233;rit&#233;s de la tradition ou invent&#233;s pour l'occasion &#8211; quitte &#224; ce que la r&#233;alit&#233; le rappelle d'elle-m&#234;me &#224; des positions moins conceptuelles. En appliquant la question au domaine du rythme qui nous pr&#233;occupe, il faudrait donc oser se demander d'embl&#233;e : &lt;i&gt;qu'est-ce que le rythme&lt;/i&gt; ? Seulement voil&#224; : comme toujours en philosophie, d&#232;s qu'une question surgit, les autres suivent&#8230; De quel type de rythme parlons-nous (musical ou&#8230; autre) ? Dans ces conditions, le singulier ne doit-il pas c&#233;der la place au pluriel : les rythmes, non le rythme ? Qui plus est, le verbe &#171; &#234;tre &#187; du &#171; qu'est-ce que &#187; ne tend-il pas &#224; figer un ph&#233;nom&#232;ne qui ne peut r&#233;ellement se penser qu'en &#233;tant v&#233;cu ? Appr&#233;hender un rythme, n'est-ce pas le faire vivre en nous : les ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, non le rythme ? Ainsi, jusqu'o&#249; la raison peut-elle rendre raison d'un rythme ?, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces deux paragraphes introductifs sugg&#232;rent que tout semble opposer le philosophe &#224; l'ethnomusicologue, dans leurs questions comme dans leurs m&#233;thodes. Et pourtant, quelque chose au moins les rapproche, et ce n'est peut-&#234;tre pas un hasard si cette rencontre se fait, entre autres, sur la question particuli&#232;rement sensible du rythme : ce que l'on pourrait nommer &lt;i&gt;la recherche patiente de l'intelligibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;. C'est presque une &#233;vidence si l'on pense maintenant cette recherche en termes de &#171; sciences humaines &#187; : que ce soit une musique lointaine proche du c&#339;ur ou tous les domaines de l'existence m&#234;me, il s'agit toujours de &lt;i&gt;comprendre l'incompr&#233;hensible&lt;/i&gt; &#8211; y compris dans son sens &#233;tymologique de &#171; prendre-ensemble &#187;, d'embrasser plusieurs ph&#233;nom&#232;nes du regard. D'ailleurs, la tradition occidentale ne voit-elle pas dans l'&#233;tonnement la source de l'acte de philosopher ? Ne pourrait-on pas en dire autant de l'approche ethnomusicologique ? Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'un philosophe admire profond&#233;ment le travail d'un ethnomusicologue : c'est &#224; la fois un travail extr&#234;mement local et, au moins implicitement, un travail sur l'universalit&#233; de l'humain, sur les rapports nature/culture. Tant de musiques diff&#233;rentes dans le monde, pour une seule humanit&#233; musicale : voil&#224; l'in&#233;puisable source de fascination. O&#249; l'on retrouve L&#233;vi-Strauss : l'universel de la nature, c'est qu'il n'y a apparemment pas de soci&#233;t&#233; sans musique ; le particulier de la culture, c'est qu'aucune soci&#233;t&#233; ne fait de la musique comme une autre. Ce qu'on peut dire encore autrement, en une formule &#224; la limite de la correction grammaticale : &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les soci&#233;t&#233;s ont &lt;i&gt;leur &lt;/i&gt;musique &#8211; ce que d&#233;fend plut&#244;t mal, notamment en mati&#232;re d'uniformit&#233; rythmique, le faux universel d'une certaine &lt;i&gt;world music&lt;/i&gt; (Sauvanet 1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Soit donc le probl&#232;me du rythme : qu'est-ce qu'un philosophe de formation, &#224; condition qu'il ait pratiqu&#233; l'&#233;tonnement &#224; son sujet, peut bien avoir &#224; en dire ? Voici un exemple de probl&#232;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral : comment se fait-il que le mot &lt;i&gt;rythme&lt;/i&gt; &#8211; et pas seulement en fran&#231;ais &#8211; soit utilis&#233;, non seulement en musique, mais encore dans d'autres domaines artistiques (rythme d'une danse, rythme d'un po&#232;me, rythme d'un tableau, etc.), et aussi dans tout un ensemble de pratiques culturelles (rythme de la langue, rythmes des gestes, etc.), dans la constitution naturelle m&#234;me de l'homme (rythmes biologiques), dans des aspects de la nature elle-m&#234;me, dans sa manifestation p&#233;riodique (rythmes des saisons, etc.) ? Cette gradation savante n'a pas n&#233;cessairement pour but de donner le vertige (car il s'agit peut-&#234;tre d'un faux vertige : et si le m&#234;me mot rythme prenait un sens chaque fois diff&#233;rent ?), mais d'&#233;largir th&#233;oriquement la question, en notant simplement que &#171; rythme &#187; peut se dire de ph&#233;nom&#232;nes aussi bien anthropologiques au sens large que biologiques, voire cosmologiques. Ce faisant, il ne s'agit pas pour autant de cautionner &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; certains glissements d'un domaine rythmique vers un autre ; ainsi, pour prendre un seul exemple inspir&#233; de Gilbert Rouget s'opposant &#224; Andrew Neher (Rouget 1990 : 309 sq.), ce n'est pas parce qu'on parle de &#171; rythmes &#187; &lt;i&gt;alpha&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;b&#234;ta&lt;/i&gt; du cerveau et de &#171; rythmes &#187; musicaux que, par la magie du langage, les seconds influent n&#233;cessairement sur les premiers dans les &#233;tats de transe. En posant cette question, il s'agit de prendre conscience du fait que, quelle que soit la mani&#232;re dont on d&#233;finit le rythme d'une musique donn&#233;e (&#233;cart par rapport au m&#232;tre, r&#233;p&#233;tition et variation, s&#233;rie de marquages, syst&#232;me de contrastes, etc.), cette d&#233;finition elle-m&#234;me s'ins&#232;re dans un ensemble plus vaste de ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, dont ce n'est certes pas &#224; l'ethnomusicologue de rendre compte, mais que le philosophe ne peut pas ne pas pointer du doigt, tant il est vrai qu'un des probl&#232;mes du rythme et de sa compr&#233;hension n'est autre que l'hypersp&#233;cialisation des savoirs et le manque d'approches interdisciplinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toujours dans le cadre d'une recherche patiente de l'intelligibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne, c'est alors l'occasion de mettre &#224; l'&#233;preuve les distinctions relev&#233;es au d&#233;but : dans notre approche, le point de d&#233;part est toujours l'exp&#233;rience, avec une &#233;coute et une pratique, sans &#171; travail de terrain &#187; bien entendu ; mais la m&#233;thode g&#233;n&#233;rale choisie pousse &#224; &#233;largir le champ de recherches &#224; tous les domaines rythmiques ; du local on tente ainsi de passer au global, sans tomber dans le total (contre le &#171; panrythmisme &#187;, pour lequel &#171; tout est rythme &#187; et &#171; le rythme est tout &#187;). Soulignons tout d'abord, philosophiquement mais aussi musicologiquement, que le rythme est un &#171; ph&#233;nom&#232;ne &#187;, au sens &#233;tymologique de quelque chose qui appara&#238;t, et dispara&#238;t, dans une situation de perception donn&#233;e, et non une essence qui pourrait exister seule, sans sa manifestation sensible. N'importe quel musicien, mais aussi n'importe quel auditeur, sait bien qu'il y a un moment o&#249; le rythme &#171; prend &#187;, parce que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, il &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; prend. Ce moment de prise et de possession (sans parler ici de transe, ce qui est un autre probl&#232;me) est extr&#234;mement difficile &#224; cerner de fa&#231;on rationnelle ; m&#234;me une int&#233;ressante approche ph&#233;nom&#233;nologique en termes de &#171; conscience rythmisante &#187; comme conscience fascin&#233;e, pour laquelle la perception du rythme devient une rythmisation de la perception, n'est pas toujours satisfaisante (Abraham 1985 : 75 sq.) ; toujours est-il que ce moment existe, et que l'existence m&#234;me d'un &lt;i&gt;seuil rythmique&lt;/i&gt; (en-de&#231;&#224; ou au-del&#224; duquel l'agencement des dur&#233;es n'est que m&#233;trique ou chaotique, en tout cas n'est pas dynamique, dynamog&#232;ne) permet de ne pas oublier la dimension et l'inscription profond&#233;ment sensible, corporelle, du ph&#233;nom&#232;ne rythmique. On pourra penser ici au terme anglo-saxon, dont le jazz use et le rock abuse, qui d&#233;signe d'un m&#234;me mot le rythme et son effet propre, son effectuation m&#234;me : c'est le &lt;i&gt;groove&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;groove&lt;/i&gt;, c'est l'effet rythmique du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, ce ph&#233;nom&#232;ne, il faut encore et toujours tenter d'en rendre raison. L'analyse que nous pr&#233;sentons ici, comme toute analyse rationnelle d'un ph&#233;nom&#232;ne sensible, ne saurait bien entendu prendre en compte tous les aspects du rythme dans sa dimension v&#233;cue ; il faudrait pour cela insister sur le versant ph&#233;nom&#233;nologique de la d&#233;finition, ce que nous ne ferons pas ici (cf. Sauvanet 1996b, III et IV.3). Au sens analytique, le rythme appara&#238;t selon nous comme la combinaison de trois crit&#232;res &#8211; ou au moins de deux d'entre eux &#8211; qui permettent &#224; un sujet donn&#233; de qualifier un certain ph&#233;nom&#232;ne de &#171; rythmique &#187;. On pourra convenir ainsi d'appeler rythme &#171; tout ph&#233;nom&#232;ne per&#231;u, subi ou agi, auquel un sujet peut attribuer au moins deux des trois crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans une perspective interdisciplinaire qui est celle de la philosophie, on notera que chaque crit&#232;re correspond plus particuli&#232;rement &#224; un domaine pr&#233;cis des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Tout se passe en effet comme si chaque &#171; rythmologie &#187; actuelle se consacrait essentiellement &#224; un crit&#232;re en particulier : la psychologie exp&#233;rimentale s'attache aux probl&#232;mes de perception de la structure rythmique (Fraisse 1974) ; la chronobiologie s'attache, elle, aux probl&#232;mes de la p&#233;riodicit&#233; des rythmes biologiques (Reinberg 1993) ; on pourrait &#233;galement citer les recherches d'historiens ou d'&#233;conomistes sur la question des &#171; rythmes &#187; socio-historiques, qui ne sont en fait que des &#171; p&#233;riodes &#187; ; enfin, le mouvement renvoie plus g&#233;n&#233;ralement aux probl&#232;mes rencontr&#233;s dans l'interpr&#233;tation et les tentatives d'explication des rythmes esth&#233;tiques. Afin d'illustrer cette d&#233;finition dans le domaine qui nous occupe ici, de l'&#171; incarner musicalement &#187; en quelque sorte, en lui faisant perdre ce qu'elle peut avoir de quelque peu aride conceptuellement, nous faisons le choix de prendre syst&#233;matiquement des exemples correspondant &#224; ces trois concepts dans diverses musiques traditionnelles, tout en ne perdant pas de vue que la question la plus cruciale &#8211; et donc aussi la plus int&#233;ressante &#8211; est certainement celle du &#171; mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Structure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le concept de structure, tout d'abord, d&#233;j&#224; charg&#233; d'une lourde histoire en anthropologie et en philosophie, nous semble conserver toute sa pertinence et sa f&#233;condit&#233; dans le domaine rythmique. La structure (&lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt; en grec), c'est ici le sch&#233;ma, le motif, la forme fixe, la formule, la &#171; figure &#187; rythmique, en anglais le &lt;i&gt;pattern&lt;/i&gt;. L'ethnomusicologue conna&#238;t bien ce probl&#232;me : un ph&#233;nom&#232;ne rythmique peut toujours &#8211; du moins pour la commodit&#233; de l'analyse &#8211; &#234;tre r&#233;duit &#224; une structure simple, qui est en quelque sorte la &#171; cellule germinale &#187; du morceau musical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Telle est bien, par exemple, la &#171; m&#233;thode structurale &#187; de Simha Arom pour les musiques africaines, fonctionnant par &#171; crit&#232;res de pertinence &#187; et aboutissant &#224; une &#171; mod&#233;lisation &#187; : &#171; Apr&#232;s avoir entendu de nombreuses r&#233;alisations d'une m&#234;me pi&#232;ce, toutes consid&#233;r&#233;es comme &#233;quivalentes, je tente de trouver une forme plus d&#233;pouill&#233;e, plus sch&#233;matique, mais qui soit pr&#233;sente en filigrane dans toutes les r&#233;alisations. Pour ce faire, je demande aux musiciens d'&#233;purer leur interpr&#233;tation, c'est-&#224;-dire d'&#233;laguer les variations de la pi&#232;ce, et je r&#233;p&#233;te la demande jusqu'au moment o&#249; ne subsiste plus que la r&#233;it&#233;ration pure et simple d'un &lt;i&gt;ostinato&lt;/i&gt; strict. Je demande alors s'il est encore possible de retrancher &#8220;quelque chose&#8221; ; si la r&#233;ponse est &#8220;non !&#8221;, je tiens alors la preuve que j'ai atteint le mod&#232;le irr&#233;ductible &#187; (Arom 1993 : 198-200). Ainsi, en &#244;tant quelques &#233;v&#233;nements sonores &#8211; mais arrive un moment o&#249; l'on ne peut plus rien retrancher, sous peine de priver du m&#234;me coup la pi&#232;ce musicale de toute identit&#233; &#8211;, il est possible de parvenir &#224; un mod&#232;le mental qui structure le jeu rythmique, &#224; une figure rythmique authentique, per&#231;ue et pens&#233;e comme une totalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En effet, cette structure n'est pas appr&#233;hend&#233;e cognitivement comme le r&#233;sultat de la simple addition des propri&#233;t&#233;s de ses parties, mais comme un tout constitu&#233; par l'ensemble des relations entre ses parties. On retrouve ici une des &#233;tymologies relev&#233;es par Benveniste (1966 : 330), le &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt; comme &#171; forme distinctive &#187;, &#171; arrangement caract&#233;ristique des parties dans un tout &#187;. &#171; Caract&#233;ristique &#187;, c'est-&#224;-dire que la structure est un principe d'individuation et d'identification du ph&#233;nom&#232;ne rythmique ; &#171; des parties dans un tout &#187; : pour qu'une figure rythmique apparaisse, il faut qu'une forme se d&#233;tache sur un fond, qu'une s&#233;rie d'&#233;l&#233;ments soient saillants &#8211; en un mot, ce qu'on nomme couramment &#171; contraste &#187;. Nous distinguerons ainsi quatre types de parties dans le tout qu'est la structure : &lt;i&gt;dur&#233;e, intensit&#233;, timbre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;hauteur&lt;/i&gt;. Pendant longtemps, on n'a essentiellement travaill&#233; que sur les deux premiers ; avec la classification de Simha Arom (1985 : I, 331-332), les contrastes de timbre ont gagn&#233; droit de cit&#233;, la distinction de ces param&#232;tres visant &#171; &#224; exposer les trois conditions n&#233;cessaires et suffisantes &#224; l'&#233;mergence de toute forme rythmique &#187; (Arom 1992 : 202). Ces trois param&#232;tres sont n&#233;cessaires ; mais sont-ils suffisants ? Le param&#232;tre suppl&#233;mentaire des hauteurs, certes moins important dans les musiques pour percussions, para&#238;t pourtant indispensable &#224; l'universalit&#233; exig&#233;e de la typologie pour les musiques mesur&#233;es. Comme le sugg&#232;re Herv&#233; Rivi&#232;re, il faudra bien que les contrastes de hauteur soient &#233;galement pris en compte dans une approche rythmique g&#233;n&#233;rale, parmi d'autres &#171; param&#232;tres quelconques &lt;i&gt;culturellement pertinents &#187;&lt;/i&gt; (Rivi&#232;re 1995 : 300). Cette quadripartition structurelle du rythme en dur&#233;e, intensit&#233;, timbre et hauteur n'appartient pas d'ailleurs seulement &#224; l'ethnomusicologie (voir, dans ce volume, les prol&#233;gom&#232;nes m&#233;thodologiques de Jean-Pierre Estival et J&#233;r&#244;me Cler, qui s'y ram&#232;nent), ou plus g&#233;n&#233;ralement &#224; la musicologie (Nattiez 1987 : 312-313). On la retrouve notamment en anthropologie g&#233;n&#233;rale (Jousse 1974 : 155), en psychologie exp&#233;rimentale, du moins pour les deux premiers, &#224; propos des illusions perceptives entre les accents de dur&#233;e et les accents d'intensit&#233; (Fraisse 1974 : 82-83), en linguistique et en po&#233;tique enfin, m&#234;me et surtout quand une &#171; critique du rythme &#187; tente d'y &#233;chapper (Meschonnic 1982 : 218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A ce stade de l'analyse, on pourrait &#234;tre tent&#233; de croire que l'id&#233;e de structure n'importe en fait que pour l'ethnomusicologue, dont l'int&#233;r&#234;t veut qu'il explique, et donc, d'une mani&#232;re ou d'une autre, qu'il &lt;i&gt;r&#233;duise&lt;/i&gt; le ph&#233;nom&#232;ne musical. Or il n'en est rien : la structure appara&#238;t &#233;galement comme un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant pour le musicien lui-m&#234;me, en ce qu'elle &lt;i&gt;r&#233;sume&lt;/i&gt; mentalement son discours. A ce titre, il faut souligner ici un point important, qui nous renvoie au probl&#232;me des mod&#232;les cognitifs, abord&#233; par ailleurs dans ce volume : &#171; structure &#187; n'est pas &#171; mesure &#187;. Toute mesure est une structure, mais toute structure n'est pas n&#233;cessairement une mesure. Ce qui compte dans la structure, c'est la pr&#233;sence de contrastes, que ces contrastes (notamment de dur&#233;e, mais aussi d'intensit&#233; et de timbre, voire de hauteur) soient ou non arithm&#233;tiquement formul&#233;s (comme dans la mesure). Ainsi pourra-t-on souligner dans certains r&#233;pertoires traditionnels (en l'occurrence, le r&#233;pertoire &lt;i&gt;qalandari&lt;/i&gt; du Baloutchistan) la &#171; &lt;i&gt;pr&#233;dominance de la structure sur la mesure&lt;/i&gt;. En effet, ce qui importe ici n'est pas de compter 6 temps, ou 5 voire 7, mais de pr&#233;server le contraste de la distribution des longues et des br&#232;ves, comme c'est le cas dans les m&#232;tres po&#233;tiques (&lt;i&gt;bahr&lt;/i&gt;) &#187; (During 1990 : 223-224). Le d&#233;compte arithm&#233;tique de la mesure s'efface alors devant l'image d'un &#233;quilibre interne de la structure puls&#233;e, faite de br&#232;ves ou de longues, de pleins ou de vides, sym&#233;triquement ou asym&#233;triquement dispos&#233;s &#8211; o&#249; nous retrouvons l'&#171; arrangement caract&#233;ristique des parties dans un tout &#187; de Benveniste. En outre, la pr&#233;sence &#233;ventuelle de plusieurs structures rythmiques successives (&lt;i&gt;darbeyn&lt;/i&gt; dans la musique turque) exigerait de penser le rythme en termes de &lt;i&gt;macro-structures&lt;/i&gt;, le tout devenant &#224; son tour la partie d'un autre tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alors, l'importance de ce que nous nommons &#171; structure &#187; n'existe plus seulement pour le musicien, mais pour les musiciens dans leur ensemble, en tant que communaut&#233; vivante. Comme en t&#233;moigne le rapport de ma&#238;tre &#224; &#233;l&#232;ve, l'image condens&#233;e de la structure permet une bonne transmission de l'enseignement oral. Ce qui passe d'un musicien &#224; un autre, c'est bien le &#171; squelette &#187; m&#234;me de la musique, non toute sa &#171; chair &#187;, ce qui serait impossible. La structure repose ainsi la question de la tradition : par son aspect condens&#233;, elle est l'&#233;l&#233;ment fixe de la tradition, ce qui perdure en elle et par elle ; par sa possibilit&#233; infinie de &#171; d&#233;-condensation &#187;, elle ouvre sur l'&#233;l&#233;ment mouvant de l'interpr&#233;tation et de l'improvisation. Le concentr&#233; de pure tradition est aussi la condition de possibilit&#233; de l'interpr&#233;tation. Elie During (1994 : 423-424) cite ainsi les mots du musicien Ch. E., disciple d'un ma&#238;tre de la musique mystique orientale : &#171; Dans chacune des pi&#232;ces et des compositions du Ma&#238;tre, il y a un motif, quelques notes qui sont la clef de vo&#251;te de tout l'&#233;difice. Lorsque je parviens &#224; saisir cet &#233;l&#233;ment, je peux faire ce que je veux de la pi&#232;ce. Elle est comme une cire molle entre mes doigts : je peux lui donner toutes les formes possibles. Et cependant, en m&#234;me temps qu'elle est enti&#232;rement recr&#233;&#233;e, elle reste bien toujours la m&#234;me. C'est selon ce principe que le Ma&#238;tre pouvait jouer mille fois la m&#234;me m&#233;lodie en en donnant pourtant &#224; chaque fois une version nouvelle, diff&#233;rente et singuli&#232;re, de sorte qu'on avait toujours l'impression de l'entendre pour la premi&#232;re fois. &#187; Elie During voit tr&#232;s justement dans cet exemple la confirmation exp&#233;rimentale de son hypoth&#232;se du &lt;i&gt;h&#226;l&lt;/i&gt; comme &#171; cette circulation &lt;i&gt;id&#233;elle&lt;/i&gt; de la case vide dans la structure &#187; (&lt;i&gt;ibid. :&lt;/i&gt;&#8239;423). Il est vrai que le &#171; motif migrant &#187; dont parle ici le musicien est plus m&#233;lodique ou m&#233;lodico-rythmique que purement rythmique ; mais l'importance de la structure germinative est manifestement la m&#234;me dans les deux cas, qui d'ailleurs sont le plus souvent li&#233;s dans la pratique. En outre, dans notre vocabulaire, il faut d&#233;j&#224; noter ici que, sous la structure, perce ce que nous appellerons plus loin &#171; mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;P&#233;riodicit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais voyons pour l'instant le concept de p&#233;riodicit&#233; : nous choisissons de distinguer clairement structure et p&#233;riodicit&#233; dans la d&#233;finition analytique du rythme car, s'il est vrai que la grande majorit&#233; des musiques traditionnelles repose sur des &lt;i&gt;ostinati&lt;/i&gt;, et donc sur des structures p&#233;riodiques, il n'en reste pas moins que, dans l'ensemble de tout ce qu'on nomme &#171; rythme &#187;, il peut exister une structure sans p&#233;riodicit&#233;, aussi bien qu'une p&#233;riodicit&#233; sans structure. En effet, une structure qui ne se r&#233;p&#232;te pas n'en a pas moins une pr&#233;sence en tant que telle, qui peut &#234;tre per&#231;ue dans l'instant par une oreille exerc&#233;e (les musiques occidentales contemporaines qui ont fait le choix esth&#233;tique de bannir toute r&#233;p&#233;tition n'en proposent pas moins des structures &#224; notre perception, parfois mise &#224; rude &#233;preuve) ; &#224; l'inverse, une p&#233;riodicit&#233; non structur&#233;e a aussi son mode d'existence, comme suffit &#224; le montrer le cas du m&#233;tronome en tant que rep&#232;re isochrone. Le tic-tic ou le tac-tac du m&#233;tronome impose une p&#233;riode, il n'offre pas une structure (m&#234;me si la perception humaine, elle, peut y voir un &#171; tic-tac &#187; comme degr&#233; z&#233;ro de la structure). La p&#233;riodicit&#233; seule n'est donc pas une structure, mais &#224; proprement parler une &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt;. La p&#233;riodicit&#233; peut se d&#233;finir comme le retour d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne &#224; intervalles r&#233;guliers, cet intervalle se nommant lui-m&#234;me p&#233;riode, comme dans la d&#233;finition qu'en donne le th&#233;oricien de l'information Abraham Moles, reprise par Simha Arom : &#171; la p&#233;riode est une boucle de temps fond&#233;e sur le &#8220;retour de semblables &#224; des intervalles semblables&#8221; &#187; (Moles 1968, cit&#233; par Arom 1985 : II, 409).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cela &#233;tant, la p&#233;riode seule ne suffit pas &#224; d&#233;terminer ce que nous nommons p&#233;riodicit&#233;. Il faut encore savoir &#224; quelle &lt;i&gt;fr&#233;quence&lt;/i&gt; cette p&#233;riode est r&#233;p&#233;t&#233;e, par rapport &#224; une unit&#233; temporelle donn&#233;e (ainsi une figure musicale d'un m&#234;me morceau peut-elle &#234;tre jou&#233;e &#224; tel ou tel tempo). Le tempo, en tant que vitesse relative d'un ph&#233;nom&#232;ne rythmique, est donc une donn&#233;e extrins&#232;que par rapport &#224; la structure, mais intrins&#232;que par rapport &#224; la p&#233;riodicit&#233;. Et il faut enfin savoir combien de fois cette p&#233;riode est r&#233;p&#233;t&#233;e, dans des limites temporelles donn&#233;es : c'est ce qu'on peut appeler le &lt;i&gt;nombre&lt;/i&gt; de la p&#233;riode (ainsi une figure peut-elle &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e &lt;i&gt;x&lt;/i&gt; fois au cours d'un m&#234;me morceau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En guise d'illustration de la p&#233;riode, on pourra penser ici &#224; la notation originale des cycles temporels musicaux en autant de cercles spatiaux, qui semble bien avoir &#233;t&#233; invent&#233;e par le musicien et th&#233;oricien arabe Saf&#238; al-D&#238;n al-Urmaw&#238;, au XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; Bagdad &#8211; dans le &lt;i&gt;Kit&#226;b al-Adw&#226;r&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Livre des Cycles&lt;/i&gt; de 1252, dont on trouve ais&#233;ment une traduction fran&#231;aise par d'Erlanger (1938 ; cf. Sauvanet 1996b, V.3 ; During 1997, et ici m&#234;me). Cette &#233;criture reste curieusement peu connue, alors m&#234;me qu'elle pr&#233;sente l'avantage d'une sorte de co-naturalit&#233; avec son objet, et qu'elle met particuli&#232;rement bien en &#233;vidence la dimension p&#233;riodique de certains rythmes traditionnels, m&#234;me si elle n'indique par d&#233;finition ni le tempo ni le nombre de r&#233;p&#233;titions. En outre, mettre l'accent sur cette dimension p&#233;riodique des rythmes musicaux, c'est aussi renvoyer implicitement &#224; d'autres rythmes non musicaux, dont la caract&#233;ristique premi&#232;re est pr&#233;cis&#233;ment la p&#233;riodicit&#233; ; on pense bien &#233;videmment ici aux dits &#171; rythmes &#187; biologiques, aux p&#233;riodes cosmiques, aux r&#233;volutions des astres, plus g&#233;n&#233;ralement &#224; tout ce qui, dans le mot &#171; rythme &#187;, &#233;voque le retour et l'alternance. Nous ne disons pas que les p&#233;riodes musicales renvoient n&#233;cessairement aux p&#233;riodes bio-cosmologiques (bien que l'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; arabo-musulmane du XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle y f&#251;t plut&#244;t favorable, &#224; travers la doctrine grecque de l'&lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; et la th&#233;orie des humeurs) ; encore moins que tous ces rythmes se recoupent ; nous disons simplement que, &lt;i&gt;sous le chapitre de la p&#233;riodicit&#233;&lt;/i&gt;, et sous ce chapitre seulement &#8211; et non sous celui de la structure, par exemple &#8211;, ces diff&#233;rents rythmes peuvent tout au moins &#234;tre pens&#233;s en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette nuance m&#233;thodologique, qui n'est sans doute pas qu'une nuance, nous para&#238;t constituer un dernier argument fort en faveur de la n&#233;cessit&#233; th&#233;orique d'une distinction structure/p&#233;riodicit&#233;. Il ne serait pas difficile en effet de montrer que la plupart des rythmes naturels, s'ils sont p&#233;riodiques, ne sont pas ou peu structur&#233;s. Comme le disait d&#233;j&#224; Paul Val&#233;ry (1973 : 1282), &#171; il n'est pas exact de dire : rythme des flots, rythme du c&#339;ur &#8211; etc. &#187;, car &#171; il ne faut pas m&#234;ler et encore moins confondre, &lt;i&gt;p&#233;riode&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;rythme &#187;&lt;/i&gt;. En revanche, dans la plupart des rythmes culturels, structure et p&#233;riodicit&#233; sont presque toujours associ&#233;es (et donc, dans la d&#233;finition, combin&#233;es, en insistant sur le r&#244;le de la structure comme mod&#232;le culturel). L'ordre de la structure est donc plut&#244;t culturel, voire territorial, l'ordre de la p&#233;riodicit&#233; plut&#244;t naturel. Isoler la p&#233;riodicit&#233; de la structure pour la n&#233;cessit&#233; de l'analyse rythmique permet &#233;galement d'en faire une &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; &#224; part enti&#232;re : dans leur coexistence m&#234;me, la p&#233;riodicit&#233; de la structure est la force de la forme. Toutefois, dans ces conditions, une forme fixe, m&#234;me r&#233;p&#233;t&#233;e, suffit-elle &#224; faire un rythme ? La force d'un rythme tient peut-&#234;tre autant &#224; sa capacit&#233; d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233; qu'&#224; celle de s'auto-diff&#233;rencier. C'est ce que souligne &#224; sa fa&#231;on Gilbert Rouget (1980 : 225) : &#171; Les musiques de possession n'op&#232;rent pas simplement, contrairement &#224; ce qu'on pense trop souvent, par r&#233;p&#233;tition et par accumulation. Les devises musicales sont des &#233;nonc&#233;s m&#233;lodiques ou rythmiques et par cons&#233;quent des formes temporelles. Elles sont susceptibles d'&#234;tre vari&#233;es et orn&#233;es. Dans le cours de la c&#233;r&#233;monie elles se succ&#232;dent les unes aux autres pour former des suites qui doivent &#234;tre vues comme autant de mani&#232;res de renouveler et de d&#233;velopper le temps musical tout en lui conservant son unit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Mouvement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le troisi&#232;me et dernier concept de mouvement, avec lequel c'est enfin la suite de l'&#233;tymologie relev&#233;e par Benveniste (1966 : 333) qui se trouve convoqu&#233;e : le &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt; grec n'est pas exactement la forme fixe, le &lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt;, mais &#171; la forme dans l'instant qu'elle est assum&#233;e par ce qui est mouvant, mobile, fluide &#187;, &#171; la forme improvis&#233;e, momentan&#233;e, modifiable &#187;. Le mouvement permet ainsi de rendre raison &#8211; sans les arraisonner &#8211; de nombreux faits rythmiques complexes dans leur manifestation m&#234;me, entre production et r&#233;ception vivantes. Dans le domaine qui nous occupe ici, le mouvement regroupe tout ce qui fait qu'un rythme musical &#171; vit &#187;, s'auto-diff&#233;rencie, ne peut &#234;tre lui-m&#234;me qu'en &#233;tant toujours un autre. Autrement dit, une structure p&#233;riodique sans mouvement serait aussi monotone qu'une bo&#238;te &#224; rythmes (mal programm&#233;e). Ce que nous appelons &#171; mouvement &#187; (ou &lt;i&gt;metabol&#232;&lt;/i&gt;), c'est en somme la diff&#233;rence interne de la r&#233;p&#233;tition, cette diff&#233;rence que la r&#233;p&#233;tition doit elle-m&#234;me porter en son sein pour ne pas mourir de sa belle mort. En ce sens, toutes les syncopes sont du mouvement, comme autant de petites morts qui ne sont l&#224; que pour redonner vie &#224; la structure p&#233;riodique, dans son mouvement m&#234;me. On voit que le concept de mouvement entra&#238;ne avec lui des m&#233;taphores vitalistes ; c'est en effet dans sa logique propre d'opposition &#224; toute m&#233;canique du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pr&#233;cisons encore, dans notre perspective, l'application de ce concept : pour l'analyse, on distinguera ais&#233;ment un mouvement appliqu&#233; &#224; la structure, et un mouvement appliqu&#233; &#224; la p&#233;riodicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la synth&#232;se, la question se pose de savoir s'il n'est pas des cas, par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;1. Lorsque le mouvement affecte la structure existante, tout en conservant la p&#233;riodicit&#233;&lt;/strong&gt;, on pourra en effet parler de &#171; syncope &#187; (comme lorsqu'un musicien ne marque pas le premier temps, volontairement, et que la syncope cr&#233;e un effet de suspension ou de rupture apparente et provisoire de la trame m&#233;trique). Or, ce qui est modifi&#233; par le mouvement peut &#234;tre soit un ou plusieurs des &#233;l&#233;ments de la structure, soit la structure elle-m&#234;me : autrement dit, ce premier type de mouvement est, soit une variation interne &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la structure de base, soit une variation externe &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la structure elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
a) A l'int&#233;rieur de la structure tout d'abord, le mouvement peut affecter chacune de ses d&#233;terminations (dur&#233;e, intensit&#233;, timbre, hauteur). Nous sommes tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement dans une situation contram&#233;trique, o&#249; le &#171; mouvement &#187; conf&#233;r&#233; au rythme correspond &#224; une tension f&#233;conde entre la r&#233;gularit&#233; m&#233;trique et les &#233;v&#233;nements rythmiques (notamment par la modification des param&#232;tres d'intensit&#233; et de timbre). Lorsque Simha Arom parle d'&#171; &lt;i&gt;ostinati&lt;/i&gt; &#224; variations &#187; (Arom 1986 : 91) pour d&#233;signer les musiques d'Afrique subsaharienne, nous entendons &#171; structures p&#233;riodiques en mouvement &#187;, concept que l'on peut &#233;galement &#233;tendre &#224; certaines traditions indiennes et islamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
b) Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, la structure n'est pas n&#233;cessairement r&#233;p&#233;t&#233;e dans son int&#233;gralit&#233; ni dans son int&#233;grit&#233;.&#8239;Le mouvement peut modifier de l'int&#233;rieur la structure existante, comme nous venons de le voir, ou bien faire passer celle-ci &#224; un autre type de structure rythmique (par exemple en ajoutant ou en retranchant un temps). En cas de changement &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; structure, le rythme peut donc &#233;voluer, ou sembler &#233;voluer, vers une tout autre configuration interne : ici le terme de mouvement prend tout son sens. Ainsi, selon le principe de la &#171; plasticit&#233; fondamentale du r&#233;pertoire &lt;i&gt;qalandari&lt;/i&gt; &#187;, &#171; les jeux de transformation d'un cycle rythmique &#224; un autre sont tr&#232;s fr&#233;quents&#8239;&#171; (During 1990 : 223-224), comme lorsqu'un quatre temps devient un cinq temps. Ces jeux conf&#232;rent en quelque sorte du &lt;i&gt;volume&lt;/i&gt; &#224; la musique, par le croisement de plusieurs lignes ou plans rythmiques, et donc des effets de &#171; perspective &#187; et de &#171; profondeur &#187; (&lt;i&gt;ibid. :&lt;/i&gt;&#8239;225) &#8211; autant de m&#233;taphores spatiales qui semblent bien rejoindre ce que nous nommons ici de fa&#231;on tr&#232;s g&#233;n&#233;rale un &#171; mouvement &#187; du ph&#233;nom&#232;ne rythmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;2. Lorsque le mouvement affecte maintenant la p&#233;riodicit&#233; existante, tout en conservant la structure&lt;/strong&gt;, la question qui se pose est celle de la vitesse relative de cette p&#233;riodicit&#233;, autrement dit de l'&#171; agogique &#187;. On peut ainsi trouver de nombreuses variations d'allure &#224; l'int&#233;rieur d'un tempo d&#233;termin&#233; (par exemple ce qui se nomme &lt;i&gt;laya&lt;/i&gt; dans la musique d'Inde du Nord). Comme dans le cas pr&#233;c&#233;dent, on peut distinguer deux types de rapport, interne ou externe, du mouvement &#224; la p&#233;riodicit&#233; : variation &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la p&#233;riodicit&#233;, variation &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la p&#233;riodicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
a) Le premier cas correspond &#224; une variation proportionnelle &#224; l'int&#233;rieur des rapports de temps impos&#233;s par la pulsation premi&#232;re, que cette proportion soit simple (comme lorsqu'un musicien double de vitesse sa partie rythmique, de &#171; croches &#187; en &#171; doubles croches &#187; par exemple), ou relativement complexe (par une sorte de &#171; fluctuation &#187; de la p&#233;riodicit&#233;, qui peut se r&#233;v&#233;ler d'une belle ambigu&#239;t&#233;). C'est en somme &#224; ce type de mouvement de la p&#233;riodicit&#233; que Jean During donne l'appellation de &lt;i&gt;rythmes ovo&#239;des&lt;/i&gt;, d&#233;signant ainsi la capacit&#233; de leur cycle formel &#224; la d&#233;-formation, selon une certaine &#171; souplesse &#187; inh&#233;rente au rythme m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean During : &#171; Rythmes ovo&#239;des et quadrature du cercle &#187;, Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mouvement, qu'il affecte la structure ou la p&#233;riodicit&#233;, semble ainsi &#234;tre une caract&#233;ristique majeure de ces rythmes, alors m&#234;me &#8211; et ce n'est pas l&#224; le moindre des paradoxes que certaines musiques traditionnelles peuvent parfois nous appara&#238;tre comme monotones, ou monochrones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
b) Le second cas correspond, quant &#224; lui, &#224; une variation &#224; l'ext&#233;rieur de ces rapports de temps, de fa&#231;on continue (par acc&#233;l&#233;ration ou ralentissement progressifs du tempo) ou discontinue (passage brusque d'un tempo &#224; un autre, qui peut d'ailleurs se recouper avec une variation de structure, ces deux types de mouvement n'&#233;tant pas exclusifs l'un de l'autre). Un bel exemple de mouvement continu de la p&#233;riodicit&#233; nous est fourni par la c&#233;r&#233;monie de l'&lt;i&gt;ahwach&lt;/i&gt; dans le Haut-Atlas berb&#232;re, puisque le crit&#232;re de r&#233;ussite de cette c&#233;r&#233;monie n'est autre que l'absence de distinction possible du &#171; passage &#187; entre les diff&#233;rents tempos auxquels le rythme est soumis : le d&#233;fi pour l'ensemble des musiciens du village rassembl&#233;s en cercle est pr&#233;cis&#233;ment de r&#233;aliser en une heure environ une acc&#233;l&#233;ration extr&#234;mement progressive du rythme, sans heurts ni solution de continuit&#233; perceptibles, afin de cr&#233;er lentement, subrepticement, un &#233;tat modifi&#233; de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;3. Resterait encore un cas-limite : celui du double mouvement de/dans la structure &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de/dans la p&#233;riodicit&#233;.&lt;/strong&gt; On atteint ici une zone ind&#233;termin&#233;e, une forme de chaos arythmique, voire &#171; errythmique &#187;, en perp&#233;tuelle errance, o&#249;, l'ordre se renversant, tout se passe comme si une sorte de mouvement premier avait repris ses droits sur la structure et la p&#233;riodicit&#233;. Ce n'est pas ici le cas des musiques traditionnelles, dont pr&#233;cis&#233;ment la tradition veut que le mouvement rythmique, si mouvement il y a, reste dans le cadre pr&#233;-d&#233;fini d'une structure et/ou d'une p&#233;riodicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il nous semble ainsi, sans trop vouloir unifier ce qui ne peut pas toujours l'&#234;tre, que ces trois crit&#232;res peuvent trouver un &#233;cho dans toute &#233;tude ethnomusicologique &#8211; m&#234;me s'il est vrai que leur aspect conceptuel est sans doute autant un d&#233;faut (g&#233;n&#233;ralit&#233;) qu'une qualit&#233; (g&#233;n&#233;rativit&#233;). Pour n'&#233;voquer qu'un seul exemple, lorsque Jean-Pierre Estival cite dans ce volume (page 37) les &lt;i&gt;rumberos&lt;/i&gt; de La Havane expliquant eux-m&#234;mes &#171; qu'ils basent leur ex&#233;cution sur les rep&#232;res suivants : la &lt;i&gt;clave&lt;/i&gt;, le tempo de la pulsation et l'&#233;coute interactive des autres parties &#187;, il n'est pas difficile d'y retrouver nos trois concepts de structure (la &lt;i&gt;clave&lt;/i&gt;), de p&#233;riodicit&#233; (qui donne le tempo de la pulsation) et de mouvement (qui se cr&#233;e en l'occurrence par la &lt;i&gt;conversaci&#243;n&lt;/i&gt;, &#224; laquelle il faudrait ajouter l'impromptu du &lt;i&gt;quinto&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rappelons enfin &#224; cette occasion que ces trois crit&#232;res conceptuels n'existent en r&#233;alit&#233; que par et dans la relation qu'ils entretiennent entre eux. Une structure, une p&#233;riodicit&#233;, ou un mouvement seuls, n'existent pas ailleurs qu'en esprit ; ce sont des concepts qu'il faut combiner pour voir dans quelle mesure ils peuvent correspondre &#224; une r&#233;alit&#233; donn&#233;e, et pas seulement d'ailleurs &#224; une r&#233;alit&#233; musicale, comme nous avons essay&#233; de le montrer bri&#232;vement. En tout et pour tout, nous sommes donc en pr&#233;sence d'une combinatoire &#224; sept termes (&#224; laquelle il conviendrait d'ajouter les caract&#233;ristiques internes &#224; chacun des crit&#232;res) : S seule, P seule, M seul (qui ne sont pas selon nous &#224; proprement parler des rythmes), SP sans M, MS sans P, PM sans S, et SPM (derni&#232;re combinaison que nous avons plus d&#233;velopp&#233;e ici en fonction de notre sujet). La d&#233;finition propos&#233;e du rythme se veut ainsi &lt;i&gt;elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, si l'on peut dire, d'ordre rythmique, au sens purement intellectuel d'une relation combinatoire entre le tout et les parties dont il se compose. Comme le dit Claude L&#233;vi-Strauss (1983 : 157), &#171; la nature r&#233;elle du rythme d&#233;coratif &#187; &#8211; et par extension de tout rythme esth&#233;tique, ce qui ne va pas d'ailleurs sans poser probl&#232;me &#8211; est qu'&#171; il s'agit toujours et partout d'une combinatoire &#224; quoi s'attache une satisfaction d'ordre intellectuel. [&#8230;] La notion de rythme recouvre la s&#233;rie des permutations permises pour que l'ensemble forme un syst&#232;me. Cela est vrai des mati&#232;res comme des formes, des couleurs comme des dur&#233;es, des accents ou des timbres, des orientations dans l'espace et des orientations dans le temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans cette belle remarque de L&#233;vi-Strauss, dite comme en passant (et qui ne se pr&#233;sente donc pas comme une nouvelle th&#233;orie du rythme), faut-il voir un ultime cas d'ethnocentrisme, ou m&#234;me pourquoi pas d'auto-aveuglement, qui voudrait faire de tout rythme quelque chose d'intellectuel, de combinatoire, de syst&#233;matique &#8211; en un mot de &lt;i&gt;structural&lt;/i&gt; ? Pour un structuraliste, le rythme peut-il &#234;tre autre chose que structural, masquant malgr&#233; tout la part sensible d'&lt;i&gt;entra&#238;nement&lt;/i&gt; du ph&#233;nom&#232;ne rythmique ?&#8230; Ou bien ne faut-il pas au contraire reconna&#238;tre, jusque dans ses limites, une grande force &#224; cette pens&#233;e du rythme comme &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt;, universel spatio-temporel d&#233;clin&#233; &#224; travers toutes les cultures du monde, et reposant par l&#224;-m&#234;me la question du rapport de l'homme au monde ? Toujours est-il qu'entre l'ethnomusicologue et le philosophe, l'anthropologue est l&#224;. Et que la recherche continue !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ABRAHAM Nicolas, 1985, &lt;i&gt;Rythmes : de l'&#339;uvre, de la traduction et de la psychanalyse&lt;/i&gt;. Paris : Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1985, &lt;i&gt;Polyphonies et polyrythmies instrumentales d'Afrique Centrale&lt;/i&gt;, 2 vol. Paris : SELAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1986, &#171; Musiques d'ici et d'ailleurs &#187;, &lt;i&gt;Eclats/Boulez&lt;/i&gt;, Paris : Ed. du Centre Pompidou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1992, &#171; &#8216;A la recherche du &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; perdu' : m&#233;trique et rythme en musique &#187;. &lt;i&gt;Les Rythmes, Lectures et th&#233;ories&lt;/i&gt;, dir. J.-J. Wunenburger, Paris : L'Harmattan : 195-205.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1993, &#171; Musiques traditionnelles &#187;. &lt;i&gt;La science sauvage, Des savoirs populaires aux ethnosciences&lt;/i&gt;, Paris : Seuil : 190-201.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BENVENISTE Emile, 1966, &#171; La notion de &#8216;rythme' dans son expression linguistique &#187;, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, 1. Paris : Gallimard : 327-335.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Elie, 1994, &#171; Postface/Interface &#187; &#224; Jean During : &lt;i&gt;Quelque chose se passe. Le sens de la tradition dans l'Orient musical&lt;/i&gt;. Paris : Verdier : 407-424.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Jean, 1990, &#171; L'organisation du rythme dans la musique de transe baloutche &#187;. &lt;i&gt;Revue de Musicologie&lt;/i&gt;, 76(2) : 213-225.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Jean, 1994, &lt;i&gt;Quelque chose se passe. Le sens de la tradition dans l'Orient musical&lt;/i&gt;. Paris : Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Jean, 1997, &#171; La repr&#233;sentation du rythme dans la th&#233;orie islamique ancienne &#187; (manuscrit, &#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
ERLANGER Rodolphe d', 1938, &lt;i&gt;La Musique arabe&lt;/i&gt;, Paris : Paul Geuthner, t. III, trad. de Saf&#238; al-D&#238;n al-Urmaw&#238;, &lt;i&gt;Kit&#226;b al-Adw&#226;r&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(Livre des Cycles)&lt;/i&gt;, 1252, et &lt;i&gt;Ris&#226;la al-Sharafiyy&#226;h&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(Ep&#238;tre &#224; Sharaf&#238; al-D&#238;n)&lt;/i&gt;, 1267.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
FRAISSE Paul, 1974, &lt;i&gt;Psychologie du rythme&lt;/i&gt;. Paris : PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
JOUSSE Marcel, 1974, &lt;i&gt;L'Anthropologie du geste&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L&#201;VI-STRAUSS Claude, 1993, &lt;i&gt;Regarder &#201;couter Lire&lt;/i&gt;. Paris : Plon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MESCHONNIC Henri, 1982, &lt;i&gt;Critique du rythme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;. Paris : Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
NATTIEZ Jean-Jacques, 1987, &lt;i&gt;Musicologie g&#233;n&#233;rale et s&#233;miologie&lt;/i&gt;. Paris : Christian Bourgois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
RIVI&#200;RE Herv&#233;, 1995, &#171; D'un point de vue rythmique&#8230; &#187;. &lt;i&gt;Ndroje Balendro, Musiques, terrains, disciplines&lt;/i&gt;, textes offerts &#224; Simha Arom. Paris : SELAF/Peeters : 295-301.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
REINBERG Alain&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;1993&lt;i&gt;, Les Rythmes biologiques&lt;/i&gt; Paris : PUF, &#171; Que sais-je ? &#187;, 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;d.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
ROUGET Gilbert, 1990, (1980) &lt;i&gt;La Musique et la Transe&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1990, notice &#171; Rythme &#187;, in &lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;,&lt;i&gt;Thesaurus&lt;/i&gt;, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1992, &#171; &#8216;Le' rythme : encore une d&#233;finition ! &#187;, in &lt;i&gt;Les Rythmes, Lectures et Th&#233;ories&lt;/i&gt;, Actes du Colloque de Cerisy, dir. J.-J. Wunenburger. Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1995, &#171; World Music &#187;, in &lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment annuel &lt;i&gt;Universalia 95&lt;/i&gt;, &#171; La culture en mouvement &#187;. Paris : 387-389.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1996a, &lt;i&gt;Rythmes et Philosophie&lt;/i&gt;. Paris : Kim&#233; (co-dir. J.-J. Wunenburger).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1996b, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison. Une approche philosophique des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat (2 vol. ), dir. J.-J. Wunenburger, Universit&#233; de Bourgogne (Dijon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
VAL&#201;RY Paul, 1973, &#171; Temps &#187; (1897-1944), in &lt;i&gt;Cahiers&lt;/i&gt;, t. I. Paris : Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade : 1263 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je songe &#224; deux r&#233;centes et passionnantes discussions avec Simha Arom et Jean During qui, chacun dans son domaine et ses choix respectifs, pourront sans doute se retrouver ici. Qu'ils soient vivement remerci&#233;s du pr&#233;cieux temps qu'ils m'ont accord&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour la synth&#232;se, la question se pose de savoir s'il n'est pas des cas, par exemple certaines formes d'improvisation sans sch&#233;ma pr&#233;alable, qui exigeraient de partir du mouvement pur, produisant en lui-m&#234;me une structure et une p&#233;riodicit&#233; ; ce cas n'&#233;tant pas majoritaire dans les musiques traditionnelles, nous n'en traiterons pas ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Jean During : &#171; Rythmes ovo&#239;des et quadrature du cercle &#187;, &lt;i&gt;Cahiers d'ethnomusicologie&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://ethnomusicologie.revues.org/953&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176; 10&lt;/a&gt;, 1997, p. 17-36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'ethnomusicologue et le philosophe : quand ils se rencontrent sur le ph&#233;nom&#232;ne &#171; rythme &#187;
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1308</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1308</guid>
		<dc:date>2014-09-03T16:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Sauvanet
</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans les Cahiers d'ethnomusicologie, n&#176; 10, 1997, p. 3-16. Il est disponible en ligne &#233;galement ici. Nous remercions Pierre Sauvanet et les Cahiers d'ethnomusicologie de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS. R&#233;sum&#233; : &#171; L'ethnomusicologue et le philosophe &#187; n'est pas le titre d'une nouvelle fable de La Fontaine, dont la morale serait &#171; Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami / Mieux vaudrait un sage ennemi&#8239;&#171; (L'Ours et l'Amateur des Jardins) ; mais, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;Musique et Musicologie &#8211; GALERIE &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Structure&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Structure&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;P&#233;riodicit&#233;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;P&#233;riodicit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Mouvement&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Mouvement&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a d&#233;j&#224; paru dans les&lt;/i&gt; Cahiers d'ethnomusicologie, &lt;i&gt;n&#176; 10, 1997, p. 3-16. Il est disponible en ligne &#233;galement&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://ethnomusicologie.revues.org/692&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Nous remercions Pierre Sauvanet et les &lt;/i&gt;Cahiers d'ethnomusicologie&lt;i&gt; de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire sur RHUTHMOS.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; :&lt;/strong&gt; &#171; L'ethnomusicologue et le philosophe &#187; n'est pas le titre d'une nouvelle fable de La Fontaine, dont la morale serait &#171; Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami / Mieux vaudrait un sage ennemi&#8239;&#171; (L'Ours et l'Amateur des Jardins) ; mais, plus s&#233;rieusement, le r&#233;sultat du constat que, pr&#233;cis&#233;ment sur le probl&#232;me du rythme, les deux protagonistes peuvent se donner mutuellement &#224; penser. Le probl&#232;me philosophique ici trait&#233; consiste en somme &#224; se demander comment et pourquoi le mot &#171; rythme &#187; &#8211; et pas seulement dans la langue fran&#231;aise &#8211; d&#233;signe bien d'autres r&#233;alit&#233;s que musicales (anthropologiques, biologiques, cosmologiques). A la question &#171; comment &#187;, la r&#233;ponse ici esquiss&#233;e consiste &#224; produire une combinatoire de trois concepts (structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement) permettant de rendre raison de l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, le contenu de ces trois grandes cat&#233;gories formelles &#233;tant illustr&#233; en l'occurrence par diverses musiques traditionnelles. A la question &#171; pourquoi &#187;, la seule r&#233;ponse apport&#233;e ne peut &#234;tre qu'une nouvelle question, celle-l&#224; m&#234;me du lien de l'homme et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Abstract : &lt;/strong&gt;&#171; The ethnomusicologist and the philosopher &#187; is not the title of a new La Fontaine fable the moral of which might be &#8216;Nothing is as dangerous as an ignorant friend/Better have a wise enemy' (L'Ours et l'Amateur des Jardins). It is more seriously the result of the observation that precisely on the problem of rhythm, the two protagonists can mutually give each other a great deal to think about. The philosophical question assessed here, consists in the main of asking how and why the word rhythm &#8211; and not only in French or English &#8211; defines a great many other realities (anthropological, biological, cosmological). To the question &#8216;how', the answer outlined here involves producing a three concept combinative (structure, periodicity, movement) enabling one to make sense of the range of rhythmical phenomena, the content of the three major formal categories being illustrated on the other hand by a great variety of traditional music. As to the question &#8216;why', the only answer supplied comes in the form of another question, that which stems from the link between man and the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ethnomusicologue rappelle souvent &#224; juste titre combien sa m&#233;thode est empirique : voil&#224; une musique que j'aime et que je ne comprends pas ; comment en rendre compte avec les moyens &#224; la fois les mieux adapt&#233;s &#224; cette musique elle-m&#234;me, et les plus ais&#233;ment communicables &#224; autrui ? La question, qui n'est simple que dans sa formulation, est en somme : &lt;i&gt;qu'est-ce qui se passe dans cette musique&lt;/i&gt; ? C'est alors &#224; l'ethnomusicologue de construire des hypoth&#232;ses cens&#233;es rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne musical tel qu'il se pr&#233;sente &#224; ses yeux et &#224; ses oreilles &#8211; quitte, bien entendu, &#224; ce que ces hypoth&#232;ses puissent &#234;tre r&#233;cus&#233;es du jour au lendemain par l'exp&#233;rience d'un nouveau ph&#233;nom&#232;ne encore inou&#239; jusque l&#224; ou, ce qui pose encore d'autres probl&#232;mes, par une nouvelle interpr&#233;tation du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne sonore&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je songe &#224; deux r&#233;centes et passionnantes discussions avec Simha Arom et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a donc en quelque sorte chez l'ethnomusicologue (et tout en faisant la part de ce que le substantif cache de diff&#233;rences individuelles) un double mouvement de fascination et de possession : d'un c&#244;t&#233;, je suis fascin&#233; par la beaut&#233; et l'&#233;tranget&#233; d'une musique (peut-&#234;tre m&#234;me d'autant plus belle qu'elle est &#233;trange) ; de l'autre, je d&#233;sire poss&#233;der intellectuellement, ou du moins ma&#238;triser dans la mesure de mes capacit&#233;s &#8211; qui peuvent toujours en droit &#234;tre remises en question par les faits &#8211;, l'essence d'un ph&#233;nom&#232;ne musical tel qu'il se pr&#233;sente en un lieu et en un temps donn&#233;s (et sans doute est-ce cette volont&#233; de ma&#238;trise qui, quel que soit le nom qu'elle se donne, explique parfois la r&#233;ticence de certains peuples ou individus &#224; voir ainsi leur propre musique &#171; expliqu&#233;e &#187; par d'autres). A chaque nouvelle aventure, se pose donc le probl&#232;me de la pertinence du mod&#232;le explicatif pour une culture donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le philosophe, sans trop tomber dans les lieux communs, ne peut gu&#232;re se targuer d'une m&#233;thode empirique &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; : en langage kantien, m&#234;me si toute notre connaissance des rythmes commence &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; l'exp&#233;rience, il n'en r&#233;sulte pas qu'elle d&#233;rive toute &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; l'exp&#233;rience. On sait bien que, si l'avantage de la m&#233;thode empirique est de circonscrire clairement son objet, d'&#234;tre toujours ancr&#233;e dans le concret, son inconv&#233;nient est de devoir parfois se contenter d'une accumulation de faits, sans pouvoir op&#233;rer sur eux la synth&#232;se qui s'imposerait. Il est vrai que le philosophe n'est pas un homme de terrain, du moins pas au sens o&#249; l'entend l'ethnomusicologue ; tout ce qu'il aimerait &#234;tre, c'est un homme de la terre, qui n'h&#233;site pas &#224; poser la question de l'universel : &lt;i&gt;qu'est-ce que&#8230; ?&lt;/i&gt; A charge alors au philosophe de &#171; bricoler &#187; tant bien que mal avec des concepts, h&#233;rit&#233;s de la tradition ou invent&#233;s pour l'occasion &#8211; quitte &#224; ce que la r&#233;alit&#233; le rappelle d'elle-m&#234;me &#224; des positions moins conceptuelles. En appliquant la question au domaine du rythme qui nous pr&#233;occupe, il faudrait donc oser se demander d'embl&#233;e : &lt;i&gt;qu'est-ce que le rythme&lt;/i&gt; ? Seulement voil&#224; : comme toujours en philosophie, d&#232;s qu'une question surgit, les autres suivent&#8230; De quel type de rythme parlons-nous (musical ou&#8230; autre) ? Dans ces conditions, le singulier ne doit-il pas c&#233;der la place au pluriel : les rythmes, non le rythme ? Qui plus est, le verbe &#171; &#234;tre &#187; du &#171; qu'est-ce que &#187; ne tend-il pas &#224; figer un ph&#233;nom&#232;ne qui ne peut r&#233;ellement se penser qu'en &#233;tant v&#233;cu ? Appr&#233;hender un rythme, n'est-ce pas le faire vivre en nous : les ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, non le rythme ? Ainsi, jusqu'o&#249; la raison peut-elle rendre raison d'un rythme ?, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces deux paragraphes introductifs sugg&#232;rent que tout semble opposer le philosophe &#224; l'ethnomusicologue, dans leurs questions comme dans leurs m&#233;thodes. Et pourtant, quelque chose au moins les rapproche, et ce n'est peut-&#234;tre pas un hasard si cette rencontre se fait, entre autres, sur la question particuli&#232;rement sensible du rythme : ce que l'on pourrait nommer &lt;i&gt;la recherche patiente de l'intelligibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;. C'est presque une &#233;vidence si l'on pense maintenant cette recherche en termes de &#171; sciences humaines &#187; : que ce soit une musique lointaine proche du c&#339;ur ou tous les domaines de l'existence m&#234;me, il s'agit toujours de &lt;i&gt;comprendre l'incompr&#233;hensible&lt;/i&gt; &#8211; y compris dans son sens &#233;tymologique de &#171; prendre-ensemble &#187;, d'embrasser plusieurs ph&#233;nom&#232;nes du regard. D'ailleurs, la tradition occidentale ne voit-elle pas dans l'&#233;tonnement la source de l'acte de philosopher ? Ne pourrait-on pas en dire autant de l'approche ethnomusicologique ? Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'un philosophe admire profond&#233;ment le travail d'un ethnomusicologue : c'est &#224; la fois un travail extr&#234;mement local et, au moins implicitement, un travail sur l'universalit&#233; de l'humain, sur les rapports nature/culture. Tant de musiques diff&#233;rentes dans le monde, pour une seule humanit&#233; musicale : voil&#224; l'in&#233;puisable source de fascination. O&#249; l'on retrouve L&#233;vi-Strauss : l'universel de la nature, c'est qu'il n'y a apparemment pas de soci&#233;t&#233; sans musique ; le particulier de la culture, c'est qu'aucune soci&#233;t&#233; ne fait de la musique comme une autre. Ce qu'on peut dire encore autrement, en une formule &#224; la limite de la correction grammaticale : &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les soci&#233;t&#233;s ont &lt;i&gt;leur &lt;/i&gt;musique &#8211; ce que d&#233;fend plut&#244;t mal, notamment en mati&#232;re d'uniformit&#233; rythmique, le faux universel d'une certaine &lt;i&gt;world music&lt;/i&gt; (Sauvanet 1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Soit donc le probl&#232;me du rythme : qu'est-ce qu'un philosophe de formation, &#224; condition qu'il ait pratiqu&#233; l'&#233;tonnement &#224; son sujet, peut bien avoir &#224; en dire ? Voici un exemple de probl&#232;me tr&#232;s g&#233;n&#233;ral : comment se fait-il que le mot &lt;i&gt;rythme&lt;/i&gt; &#8211; et pas seulement en fran&#231;ais &#8211; soit utilis&#233;, non seulement en musique, mais encore dans d'autres domaines artistiques (rythme d'une danse, rythme d'un po&#232;me, rythme d'un tableau, etc.), et aussi dans tout un ensemble de pratiques culturelles (rythme de la langue, rythmes des gestes, etc.), dans la constitution naturelle m&#234;me de l'homme (rythmes biologiques), dans des aspects de la nature elle-m&#234;me, dans sa manifestation p&#233;riodique (rythmes des saisons, etc.) ? Cette gradation savante n'a pas n&#233;cessairement pour but de donner le vertige (car il s'agit peut-&#234;tre d'un faux vertige : et si le m&#234;me mot rythme prenait un sens chaque fois diff&#233;rent ?), mais d'&#233;largir th&#233;oriquement la question, en notant simplement que &#171; rythme &#187; peut se dire de ph&#233;nom&#232;nes aussi bien anthropologiques au sens large que biologiques, voire cosmologiques. Ce faisant, il ne s'agit pas pour autant de cautionner &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; certains glissements d'un domaine rythmique vers un autre ; ainsi, pour prendre un seul exemple inspir&#233; de Gilbert Rouget s'opposant &#224; Andrew Neher (Rouget 1990 : 309 sq.), ce n'est pas parce qu'on parle de &#171; rythmes &#187; &lt;i&gt;alpha&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;b&#234;ta&lt;/i&gt; du cerveau et de &#171; rythmes &#187; musicaux que, par la magie du langage, les seconds influent n&#233;cessairement sur les premiers dans les &#233;tats de transe. En posant cette question, il s'agit de prendre conscience du fait que, quelle que soit la mani&#232;re dont on d&#233;finit le rythme d'une musique donn&#233;e (&#233;cart par rapport au m&#232;tre, r&#233;p&#233;tition et variation, s&#233;rie de marquages, syst&#232;me de contrastes, etc.), cette d&#233;finition elle-m&#234;me s'ins&#232;re dans un ensemble plus vaste de ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, dont ce n'est certes pas &#224; l'ethnomusicologue de rendre compte, mais que le philosophe ne peut pas ne pas pointer du doigt, tant il est vrai qu'un des probl&#232;mes du rythme et de sa compr&#233;hension n'est autre que l'hypersp&#233;cialisation des savoirs et le manque d'approches interdisciplinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Toujours dans le cadre d'une recherche patiente de l'intelligibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne, c'est alors l'occasion de mettre &#224; l'&#233;preuve les distinctions relev&#233;es au d&#233;but : dans notre approche, le point de d&#233;part est toujours l'exp&#233;rience, avec une &#233;coute et une pratique, sans &#171; travail de terrain &#187; bien entendu ; mais la m&#233;thode g&#233;n&#233;rale choisie pousse &#224; &#233;largir le champ de recherches &#224; tous les domaines rythmiques ; du local on tente ainsi de passer au global, sans tomber dans le total (contre le &#171; panrythmisme &#187;, pour lequel &#171; tout est rythme &#187; et &#171; le rythme est tout &#187;). Soulignons tout d'abord, philosophiquement mais aussi musicologiquement, que le rythme est un &#171; ph&#233;nom&#232;ne &#187;, au sens &#233;tymologique de quelque chose qui appara&#238;t, et dispara&#238;t, dans une situation de perception donn&#233;e, et non une essence qui pourrait exister seule, sans sa manifestation sensible. N'importe quel musicien, mais aussi n'importe quel auditeur, sait bien qu'il y a un moment o&#249; le rythme &#171; prend &#187;, parce que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, il &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; prend. Ce moment de prise et de possession (sans parler ici de transe, ce qui est un autre probl&#232;me) est extr&#234;mement difficile &#224; cerner de fa&#231;on rationnelle ; m&#234;me une int&#233;ressante approche ph&#233;nom&#233;nologique en termes de &#171; conscience rythmisante &#187; comme conscience fascin&#233;e, pour laquelle la perception du rythme devient une rythmisation de la perception, n'est pas toujours satisfaisante (Abraham 1985 : 75 sq.) ; toujours est-il que ce moment existe, et que l'existence m&#234;me d'un &lt;i&gt;seuil rythmique&lt;/i&gt; (en-de&#231;&#224; ou au-del&#224; duquel l'agencement des dur&#233;es n'est que m&#233;trique ou chaotique, en tout cas n'est pas dynamique, dynamog&#232;ne) permet de ne pas oublier la dimension et l'inscription profond&#233;ment sensible, corporelle, du ph&#233;nom&#232;ne rythmique. On pourra penser ici au terme anglo-saxon, dont le jazz use et le rock abuse, qui d&#233;signe d'un m&#234;me mot le rythme et son effet propre, son effectuation m&#234;me : c'est le &lt;i&gt;groove&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;groove&lt;/i&gt;, c'est l'effet rythmique du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, ce ph&#233;nom&#232;ne, il faut encore et toujours tenter d'en rendre raison. L'analyse que nous pr&#233;sentons ici, comme toute analyse rationnelle d'un ph&#233;nom&#232;ne sensible, ne saurait bien entendu prendre en compte tous les aspects du rythme dans sa dimension v&#233;cue ; il faudrait pour cela insister sur le versant ph&#233;nom&#233;nologique de la d&#233;finition, ce que nous ne ferons pas ici (cf. Sauvanet 1996b, III et IV.3). Au sens analytique, le rythme appara&#238;t selon nous comme la combinaison de trois crit&#232;res &#8211; ou au moins de deux d'entre eux &#8211; qui permettent &#224; un sujet donn&#233; de qualifier un certain ph&#233;nom&#232;ne de &#171; rythmique &#187;. On pourra convenir ainsi d'appeler rythme &#171; tout ph&#233;nom&#232;ne per&#231;u, subi ou agi, auquel un sujet peut attribuer au moins deux des trois crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans une perspective interdisciplinaire qui est celle de la philosophie, on notera que chaque crit&#232;re correspond plus particuli&#232;rement &#224; un domaine pr&#233;cis des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Tout se passe en effet comme si chaque &#171; rythmologie &#187; actuelle se consacrait essentiellement &#224; un crit&#232;re en particulier : la psychologie exp&#233;rimentale s'attache aux probl&#232;mes de perception de la structure rythmique (Fraisse 1974) ; la chronobiologie s'attache, elle, aux probl&#232;mes de la p&#233;riodicit&#233; des rythmes biologiques (Reinberg 1993) ; on pourrait &#233;galement citer les recherches d'historiens ou d'&#233;conomistes sur la question des &#171; rythmes &#187; socio-historiques, qui ne sont en fait que des &#171; p&#233;riodes &#187; ; enfin, le mouvement renvoie plus g&#233;n&#233;ralement aux probl&#232;mes rencontr&#233;s dans l'interpr&#233;tation et les tentatives d'explication des rythmes esth&#233;tiques. Afin d'illustrer cette d&#233;finition dans le domaine qui nous occupe ici, de l'&#171; incarner musicalement &#187; en quelque sorte, en lui faisant perdre ce qu'elle peut avoir de quelque peu aride conceptuellement, nous faisons le choix de prendre syst&#233;matiquement des exemples correspondant &#224; ces trois concepts dans diverses musiques traditionnelles, tout en ne perdant pas de vue que la question la plus cruciale &#8211; et donc aussi la plus int&#233;ressante &#8211; est certainement celle du &#171; mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Structure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le concept de structure, tout d'abord, d&#233;j&#224; charg&#233; d'une lourde histoire en anthropologie et en philosophie, nous semble conserver toute sa pertinence et sa f&#233;condit&#233; dans le domaine rythmique. La structure (&lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt; en grec), c'est ici le sch&#233;ma, le motif, la forme fixe, la formule, la &#171; figure &#187; rythmique, en anglais le &lt;i&gt;pattern&lt;/i&gt;. L'ethnomusicologue conna&#238;t bien ce probl&#232;me : un ph&#233;nom&#232;ne rythmique peut toujours &#8211; du moins pour la commodit&#233; de l'analyse &#8211; &#234;tre r&#233;duit &#224; une structure simple, qui est en quelque sorte la &#171; cellule germinale &#187; du morceau musical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Telle est bien, par exemple, la &#171; m&#233;thode structurale &#187; de Simha Arom pour les musiques africaines, fonctionnant par &#171; crit&#232;res de pertinence &#187; et aboutissant &#224; une &#171; mod&#233;lisation &#187; : &#171; Apr&#232;s avoir entendu de nombreuses r&#233;alisations d'une m&#234;me pi&#232;ce, toutes consid&#233;r&#233;es comme &#233;quivalentes, je tente de trouver une forme plus d&#233;pouill&#233;e, plus sch&#233;matique, mais qui soit pr&#233;sente en filigrane dans toutes les r&#233;alisations. Pour ce faire, je demande aux musiciens d'&#233;purer leur interpr&#233;tation, c'est-&#224;-dire d'&#233;laguer les variations de la pi&#232;ce, et je r&#233;p&#233;te la demande jusqu'au moment o&#249; ne subsiste plus que la r&#233;it&#233;ration pure et simple d'un &lt;i&gt;ostinato&lt;/i&gt; strict. Je demande alors s'il est encore possible de retrancher &#8220;quelque chose&#8221; ; si la r&#233;ponse est &#8220;non !&#8221;, je tiens alors la preuve que j'ai atteint le mod&#232;le irr&#233;ductible &#187; (Arom 1993 : 198-200). Ainsi, en &#244;tant quelques &#233;v&#233;nements sonores &#8211; mais arrive un moment o&#249; l'on ne peut plus rien retrancher, sous peine de priver du m&#234;me coup la pi&#232;ce musicale de toute identit&#233; &#8211;, il est possible de parvenir &#224; un mod&#232;le mental qui structure le jeu rythmique, &#224; une figure rythmique authentique, per&#231;ue et pens&#233;e comme une totalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En effet, cette structure n'est pas appr&#233;hend&#233;e cognitivement comme le r&#233;sultat de la simple addition des propri&#233;t&#233;s de ses parties, mais comme un tout constitu&#233; par l'ensemble des relations entre ses parties. On retrouve ici une des &#233;tymologies relev&#233;es par Benveniste (1966 : 330), le &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt; comme &#171; forme distinctive &#187;, &#171; arrangement caract&#233;ristique des parties dans un tout &#187;. &#171; Caract&#233;ristique &#187;, c'est-&#224;-dire que la structure est un principe d'individuation et d'identification du ph&#233;nom&#232;ne rythmique ; &#171; des parties dans un tout &#187; : pour qu'une figure rythmique apparaisse, il faut qu'une forme se d&#233;tache sur un fond, qu'une s&#233;rie d'&#233;l&#233;ments soient saillants &#8211; en un mot, ce qu'on nomme couramment &#171; contraste &#187;. Nous distinguerons ainsi quatre types de parties dans le tout qu'est la structure : &lt;i&gt;dur&#233;e, intensit&#233;, timbre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;hauteur&lt;/i&gt;. Pendant longtemps, on n'a essentiellement travaill&#233; que sur les deux premiers ; avec la classification de Simha Arom (1985 : I, 331-332), les contrastes de timbre ont gagn&#233; droit de cit&#233;, la distinction de ces param&#232;tres visant &#171; &#224; exposer les trois conditions n&#233;cessaires et suffisantes &#224; l'&#233;mergence de toute forme rythmique &#187; (Arom 1992 : 202). Ces trois param&#232;tres sont n&#233;cessaires ; mais sont-ils suffisants ? Le param&#232;tre suppl&#233;mentaire des hauteurs, certes moins important dans les musiques pour percussions, para&#238;t pourtant indispensable &#224; l'universalit&#233; exig&#233;e de la typologie pour les musiques mesur&#233;es. Comme le sugg&#232;re Herv&#233; Rivi&#232;re, il faudra bien que les contrastes de hauteur soient &#233;galement pris en compte dans une approche rythmique g&#233;n&#233;rale, parmi d'autres &#171; param&#232;tres quelconques &lt;i&gt;culturellement pertinents &#187;&lt;/i&gt; (Rivi&#232;re 1995 : 300). Cette quadripartition structurelle du rythme en dur&#233;e, intensit&#233;, timbre et hauteur n'appartient pas d'ailleurs seulement &#224; l'ethnomusicologie (voir, dans ce volume, les prol&#233;gom&#232;nes m&#233;thodologiques de Jean-Pierre Estival et J&#233;r&#244;me Cler, qui s'y ram&#232;nent), ou plus g&#233;n&#233;ralement &#224; la musicologie (Nattiez 1987 : 312-313). On la retrouve notamment en anthropologie g&#233;n&#233;rale (Jousse 1974 : 155), en psychologie exp&#233;rimentale, du moins pour les deux premiers, &#224; propos des illusions perceptives entre les accents de dur&#233;e et les accents d'intensit&#233; (Fraisse 1974 : 82-83), en linguistique et en po&#233;tique enfin, m&#234;me et surtout quand une &#171; critique du rythme &#187; tente d'y &#233;chapper (Meschonnic 1982 : 218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
A ce stade de l'analyse, on pourrait &#234;tre tent&#233; de croire que l'id&#233;e de structure n'importe en fait que pour l'ethnomusicologue, dont l'int&#233;r&#234;t veut qu'il explique, et donc, d'une mani&#232;re ou d'une autre, qu'il &lt;i&gt;r&#233;duise&lt;/i&gt; le ph&#233;nom&#232;ne musical. Or il n'en est rien : la structure appara&#238;t &#233;galement comme un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant pour le musicien lui-m&#234;me, en ce qu'elle &lt;i&gt;r&#233;sume&lt;/i&gt; mentalement son discours. A ce titre, il faut souligner ici un point important, qui nous renvoie au probl&#232;me des mod&#232;les cognitifs, abord&#233; par ailleurs dans ce volume : &#171; structure &#187; n'est pas &#171; mesure &#187;. Toute mesure est une structure, mais toute structure n'est pas n&#233;cessairement une mesure. Ce qui compte dans la structure, c'est la pr&#233;sence de contrastes, que ces contrastes (notamment de dur&#233;e, mais aussi d'intensit&#233; et de timbre, voire de hauteur) soient ou non arithm&#233;tiquement formul&#233;s (comme dans la mesure). Ainsi pourra-t-on souligner dans certains r&#233;pertoires traditionnels (en l'occurrence, le r&#233;pertoire &lt;i&gt;qalandari&lt;/i&gt; du Baloutchistan) la &#171; &lt;i&gt;pr&#233;dominance de la structure sur la mesure&lt;/i&gt;. En effet, ce qui importe ici n'est pas de compter 6 temps, ou 5 voire 7, mais de pr&#233;server le contraste de la distribution des longues et des br&#232;ves, comme c'est le cas dans les m&#232;tres po&#233;tiques (&lt;i&gt;bahr&lt;/i&gt;) &#187; (During 1990 : 223-224). Le d&#233;compte arithm&#233;tique de la mesure s'efface alors devant l'image d'un &#233;quilibre interne de la structure puls&#233;e, faite de br&#232;ves ou de longues, de pleins ou de vides, sym&#233;triquement ou asym&#233;triquement dispos&#233;s &#8211; o&#249; nous retrouvons l'&#171; arrangement caract&#233;ristique des parties dans un tout &#187; de Benveniste. En outre, la pr&#233;sence &#233;ventuelle de plusieurs structures rythmiques successives (&lt;i&gt;darbeyn&lt;/i&gt; dans la musique turque) exigerait de penser le rythme en termes de &lt;i&gt;macro-structures&lt;/i&gt;, le tout devenant &#224; son tour la partie d'un autre tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Alors, l'importance de ce que nous nommons &#171; structure &#187; n'existe plus seulement pour le musicien, mais pour les musiciens dans leur ensemble, en tant que communaut&#233; vivante. Comme en t&#233;moigne le rapport de ma&#238;tre &#224; &#233;l&#232;ve, l'image condens&#233;e de la structure permet une bonne transmission de l'enseignement oral. Ce qui passe d'un musicien &#224; un autre, c'est bien le &#171; squelette &#187; m&#234;me de la musique, non toute sa &#171; chair &#187;, ce qui serait impossible. La structure repose ainsi la question de la tradition : par son aspect condens&#233;, elle est l'&#233;l&#233;ment fixe de la tradition, ce qui perdure en elle et par elle ; par sa possibilit&#233; infinie de &#171; d&#233;-condensation &#187;, elle ouvre sur l'&#233;l&#233;ment mouvant de l'interpr&#233;tation et de l'improvisation. Le concentr&#233; de pure tradition est aussi la condition de possibilit&#233; de l'interpr&#233;tation. Elie During (1994 : 423-424) cite ainsi les mots du musicien Ch. E., disciple d'un ma&#238;tre de la musique mystique orientale : &#171; Dans chacune des pi&#232;ces et des compositions du Ma&#238;tre, il y a un motif, quelques notes qui sont la clef de vo&#251;te de tout l'&#233;difice. Lorsque je parviens &#224; saisir cet &#233;l&#233;ment, je peux faire ce que je veux de la pi&#232;ce. Elle est comme une cire molle entre mes doigts : je peux lui donner toutes les formes possibles. Et cependant, en m&#234;me temps qu'elle est enti&#232;rement recr&#233;&#233;e, elle reste bien toujours la m&#234;me. C'est selon ce principe que le Ma&#238;tre pouvait jouer mille fois la m&#234;me m&#233;lodie en en donnant pourtant &#224; chaque fois une version nouvelle, diff&#233;rente et singuli&#232;re, de sorte qu'on avait toujours l'impression de l'entendre pour la premi&#232;re fois. &#187; Elie During voit tr&#232;s justement dans cet exemple la confirmation exp&#233;rimentale de son hypoth&#232;se du &lt;i&gt;h&#226;l&lt;/i&gt; comme &#171; cette circulation &lt;i&gt;id&#233;elle&lt;/i&gt; de la case vide dans la structure &#187; (&lt;i&gt;ibid. :&lt;/i&gt;&#8239;423). Il est vrai que le &#171; motif migrant &#187; dont parle ici le musicien est plus m&#233;lodique ou m&#233;lodico-rythmique que purement rythmique ; mais l'importance de la structure germinative est manifestement la m&#234;me dans les deux cas, qui d'ailleurs sont le plus souvent li&#233;s dans la pratique. En outre, dans notre vocabulaire, il faut d&#233;j&#224; noter ici que, sous la structure, perce ce que nous appellerons plus loin &#171; mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;P&#233;riodicit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais voyons pour l'instant le concept de p&#233;riodicit&#233; : nous choisissons de distinguer clairement structure et p&#233;riodicit&#233; dans la d&#233;finition analytique du rythme car, s'il est vrai que la grande majorit&#233; des musiques traditionnelles repose sur des &lt;i&gt;ostinati&lt;/i&gt;, et donc sur des structures p&#233;riodiques, il n'en reste pas moins que, dans l'ensemble de tout ce qu'on nomme &#171; rythme &#187;, il peut exister une structure sans p&#233;riodicit&#233;, aussi bien qu'une p&#233;riodicit&#233; sans structure. En effet, une structure qui ne se r&#233;p&#232;te pas n'en a pas moins une pr&#233;sence en tant que telle, qui peut &#234;tre per&#231;ue dans l'instant par une oreille exerc&#233;e (les musiques occidentales contemporaines qui ont fait le choix esth&#233;tique de bannir toute r&#233;p&#233;tition n'en proposent pas moins des structures &#224; notre perception, parfois mise &#224; rude &#233;preuve) ; &#224; l'inverse, une p&#233;riodicit&#233; non structur&#233;e a aussi son mode d'existence, comme suffit &#224; le montrer le cas du m&#233;tronome en tant que rep&#232;re isochrone. Le tic-tic ou le tac-tac du m&#233;tronome impose une p&#233;riode, il n'offre pas une structure (m&#234;me si la perception humaine, elle, peut y voir un &#171; tic-tac &#187; comme degr&#233; z&#233;ro de la structure). La p&#233;riodicit&#233; seule n'est donc pas une structure, mais &#224; proprement parler une &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt;. La p&#233;riodicit&#233; peut se d&#233;finir comme le retour d'un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne &#224; intervalles r&#233;guliers, cet intervalle se nommant lui-m&#234;me p&#233;riode, comme dans la d&#233;finition qu'en donne le th&#233;oricien de l'information Abraham Moles, reprise par Simha Arom : &#171; la p&#233;riode est une boucle de temps fond&#233;e sur le &#8220;retour de semblables &#224; des intervalles semblables&#8221; &#187; (Moles 1968, cit&#233; par Arom 1985 : II, 409).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cela &#233;tant, la p&#233;riode seule ne suffit pas &#224; d&#233;terminer ce que nous nommons p&#233;riodicit&#233;. Il faut encore savoir &#224; quelle &lt;i&gt;fr&#233;quence&lt;/i&gt; cette p&#233;riode est r&#233;p&#233;t&#233;e, par rapport &#224; une unit&#233; temporelle donn&#233;e (ainsi une figure musicale d'un m&#234;me morceau peut-elle &#234;tre jou&#233;e &#224; tel ou tel tempo). Le tempo, en tant que vitesse relative d'un ph&#233;nom&#232;ne rythmique, est donc une donn&#233;e extrins&#232;que par rapport &#224; la structure, mais intrins&#232;que par rapport &#224; la p&#233;riodicit&#233;. Et il faut enfin savoir combien de fois cette p&#233;riode est r&#233;p&#233;t&#233;e, dans des limites temporelles donn&#233;es : c'est ce qu'on peut appeler le &lt;i&gt;nombre&lt;/i&gt; de la p&#233;riode (ainsi une figure peut-elle &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e &lt;i&gt;x&lt;/i&gt; fois au cours d'un m&#234;me morceau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En guise d'illustration de la p&#233;riode, on pourra penser ici &#224; la notation originale des cycles temporels musicaux en autant de cercles spatiaux, qui semble bien avoir &#233;t&#233; invent&#233;e par le musicien et th&#233;oricien arabe Saf&#238; al-D&#238;n al-Urmaw&#238;, au XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; Bagdad &#8211; dans le &lt;i&gt;Kit&#226;b al-Adw&#226;r&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Livre des Cycles&lt;/i&gt; de 1252, dont on trouve ais&#233;ment une traduction fran&#231;aise par d'Erlanger (1938 ; cf. Sauvanet 1996b, V.3 ; During 1997, et ici m&#234;me). Cette &#233;criture reste curieusement peu connue, alors m&#234;me qu'elle pr&#233;sente l'avantage d'une sorte de co-naturalit&#233; avec son objet, et qu'elle met particuli&#232;rement bien en &#233;vidence la dimension p&#233;riodique de certains rythmes traditionnels, m&#234;me si elle n'indique par d&#233;finition ni le tempo ni le nombre de r&#233;p&#233;titions. En outre, mettre l'accent sur cette dimension p&#233;riodique des rythmes musicaux, c'est aussi renvoyer implicitement &#224; d'autres rythmes non musicaux, dont la caract&#233;ristique premi&#232;re est pr&#233;cis&#233;ment la p&#233;riodicit&#233; ; on pense bien &#233;videmment ici aux dits &#171; rythmes &#187; biologiques, aux p&#233;riodes cosmiques, aux r&#233;volutions des astres, plus g&#233;n&#233;ralement &#224; tout ce qui, dans le mot &#171; rythme &#187;, &#233;voque le retour et l'alternance. Nous ne disons pas que les p&#233;riodes musicales renvoient n&#233;cessairement aux p&#233;riodes bio-cosmologiques (bien que l'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; arabo-musulmane du XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle y f&#251;t plut&#244;t favorable, &#224; travers la doctrine grecque de l'&lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; et la th&#233;orie des humeurs) ; encore moins que tous ces rythmes se recoupent ; nous disons simplement que, &lt;i&gt;sous le chapitre de la p&#233;riodicit&#233;&lt;/i&gt;, et sous ce chapitre seulement &#8211; et non sous celui de la structure, par exemple &#8211;, ces diff&#233;rents rythmes peuvent tout au moins &#234;tre pens&#233;s en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette nuance m&#233;thodologique, qui n'est sans doute pas qu'une nuance, nous para&#238;t constituer un dernier argument fort en faveur de la n&#233;cessit&#233; th&#233;orique d'une distinction structure/p&#233;riodicit&#233;. Il ne serait pas difficile en effet de montrer que la plupart des rythmes naturels, s'ils sont p&#233;riodiques, ne sont pas ou peu structur&#233;s. Comme le disait d&#233;j&#224; Paul Val&#233;ry (1973 : 1282), &#171; il n'est pas exact de dire : rythme des flots, rythme du c&#339;ur &#8211; etc. &#187;, car &#171; il ne faut pas m&#234;ler et encore moins confondre, &lt;i&gt;p&#233;riode&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;rythme &#187;&lt;/i&gt;. En revanche, dans la plupart des rythmes culturels, structure et p&#233;riodicit&#233; sont presque toujours associ&#233;es (et donc, dans la d&#233;finition, combin&#233;es, en insistant sur le r&#244;le de la structure comme mod&#232;le culturel). L'ordre de la structure est donc plut&#244;t culturel, voire territorial, l'ordre de la p&#233;riodicit&#233; plut&#244;t naturel. Isoler la p&#233;riodicit&#233; de la structure pour la n&#233;cessit&#233; de l'analyse rythmique permet &#233;galement d'en faire une &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; &#224; part enti&#232;re : dans leur coexistence m&#234;me, la p&#233;riodicit&#233; de la structure est la force de la forme. Toutefois, dans ces conditions, une forme fixe, m&#234;me r&#233;p&#233;t&#233;e, suffit-elle &#224; faire un rythme ? La force d'un rythme tient peut-&#234;tre autant &#224; sa capacit&#233; d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233; qu'&#224; celle de s'auto-diff&#233;rencier. C'est ce que souligne &#224; sa fa&#231;on Gilbert Rouget (1980 : 225) : &#171; Les musiques de possession n'op&#232;rent pas simplement, contrairement &#224; ce qu'on pense trop souvent, par r&#233;p&#233;tition et par accumulation. Les devises musicales sont des &#233;nonc&#233;s m&#233;lodiques ou rythmiques et par cons&#233;quent des formes temporelles. Elles sont susceptibles d'&#234;tre vari&#233;es et orn&#233;es. Dans le cours de la c&#233;r&#233;monie elles se succ&#232;dent les unes aux autres pour former des suites qui doivent &#234;tre vues comme autant de mani&#232;res de renouveler et de d&#233;velopper le temps musical tout en lui conservant son unit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Mouvement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le troisi&#232;me et dernier concept de mouvement, avec lequel c'est enfin la suite de l'&#233;tymologie relev&#233;e par Benveniste (1966 : 333) qui se trouve convoqu&#233;e : le &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt; grec n'est pas exactement la forme fixe, le &lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt;, mais &#171; la forme dans l'instant qu'elle est assum&#233;e par ce qui est mouvant, mobile, fluide &#187;, &#171; la forme improvis&#233;e, momentan&#233;e, modifiable &#187;. Le mouvement permet ainsi de rendre raison &#8211; sans les arraisonner &#8211; de nombreux faits rythmiques complexes dans leur manifestation m&#234;me, entre production et r&#233;ception vivantes. Dans le domaine qui nous occupe ici, le mouvement regroupe tout ce qui fait qu'un rythme musical &#171; vit &#187;, s'auto-diff&#233;rencie, ne peut &#234;tre lui-m&#234;me qu'en &#233;tant toujours un autre. Autrement dit, une structure p&#233;riodique sans mouvement serait aussi monotone qu'une bo&#238;te &#224; rythmes (mal programm&#233;e). Ce que nous appelons &#171; mouvement &#187; (ou &lt;i&gt;metabol&#232;&lt;/i&gt;), c'est en somme la diff&#233;rence interne de la r&#233;p&#233;tition, cette diff&#233;rence que la r&#233;p&#233;tition doit elle-m&#234;me porter en son sein pour ne pas mourir de sa belle mort. En ce sens, toutes les syncopes sont du mouvement, comme autant de petites morts qui ne sont l&#224; que pour redonner vie &#224; la structure p&#233;riodique, dans son mouvement m&#234;me. On voit que le concept de mouvement entra&#238;ne avec lui des m&#233;taphores vitalistes ; c'est en effet dans sa logique propre d'opposition &#224; toute m&#233;canique du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pr&#233;cisons encore, dans notre perspective, l'application de ce concept : pour l'analyse, on distinguera ais&#233;ment un mouvement appliqu&#233; &#224; la structure, et un mouvement appliqu&#233; &#224; la p&#233;riodicit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la synth&#232;se, la question se pose de savoir s'il n'est pas des cas, par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;1. Lorsque le mouvement affecte la structure existante, tout en conservant la p&#233;riodicit&#233;&lt;/strong&gt;, on pourra en effet parler de &#171; syncope &#187; (comme lorsqu'un musicien ne marque pas le premier temps, volontairement, et que la syncope cr&#233;e un effet de suspension ou de rupture apparente et provisoire de la trame m&#233;trique). Or, ce qui est modifi&#233; par le mouvement peut &#234;tre soit un ou plusieurs des &#233;l&#233;ments de la structure, soit la structure elle-m&#234;me : autrement dit, ce premier type de mouvement est, soit une variation interne &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la structure de base, soit une variation externe &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la structure elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
a) A l'int&#233;rieur de la structure tout d'abord, le mouvement peut affecter chacune de ses d&#233;terminations (dur&#233;e, intensit&#233;, timbre, hauteur). Nous sommes tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement dans une situation contram&#233;trique, o&#249; le &#171; mouvement &#187; conf&#233;r&#233; au rythme correspond &#224; une tension f&#233;conde entre la r&#233;gularit&#233; m&#233;trique et les &#233;v&#233;nements rythmiques (notamment par la modification des param&#232;tres d'intensit&#233; et de timbre). Lorsque Simha Arom parle d'&#171; &lt;i&gt;ostinati&lt;/i&gt; &#224; variations &#187; (Arom 1986 : 91) pour d&#233;signer les musiques d'Afrique subsaharienne, nous entendons &#171; structures p&#233;riodiques en mouvement &#187;, concept que l'on peut &#233;galement &#233;tendre &#224; certaines traditions indiennes et islamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
b) Mais, plus g&#233;n&#233;ralement, la structure n'est pas n&#233;cessairement r&#233;p&#233;t&#233;e dans son int&#233;gralit&#233; ni dans son int&#233;grit&#233;.&#8239;Le mouvement peut modifier de l'int&#233;rieur la structure existante, comme nous venons de le voir, ou bien faire passer celle-ci &#224; un autre type de structure rythmique (par exemple en ajoutant ou en retranchant un temps). En cas de changement &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; structure, le rythme peut donc &#233;voluer, ou sembler &#233;voluer, vers une tout autre configuration interne : ici le terme de mouvement prend tout son sens. Ainsi, selon le principe de la &#171; plasticit&#233; fondamentale du r&#233;pertoire &lt;i&gt;qalandari&lt;/i&gt; &#187;, &#171; les jeux de transformation d'un cycle rythmique &#224; un autre sont tr&#232;s fr&#233;quents&#8239;&#171; (During 1990 : 223-224), comme lorsqu'un quatre temps devient un cinq temps. Ces jeux conf&#232;rent en quelque sorte du &lt;i&gt;volume&lt;/i&gt; &#224; la musique, par le croisement de plusieurs lignes ou plans rythmiques, et donc des effets de &#171; perspective &#187; et de &#171; profondeur &#187; (&lt;i&gt;ibid. :&lt;/i&gt;&#8239;225) &#8211; autant de m&#233;taphores spatiales qui semblent bien rejoindre ce que nous nommons ici de fa&#231;on tr&#232;s g&#233;n&#233;rale un &#171; mouvement &#187; du ph&#233;nom&#232;ne rythmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;2. Lorsque le mouvement affecte maintenant la p&#233;riodicit&#233; existante, tout en conservant la structure&lt;/strong&gt;, la question qui se pose est celle de la vitesse relative de cette p&#233;riodicit&#233;, autrement dit de l'&#171; agogique &#187;. On peut ainsi trouver de nombreuses variations d'allure &#224; l'int&#233;rieur d'un tempo d&#233;termin&#233; (par exemple ce qui se nomme &lt;i&gt;laya&lt;/i&gt; dans la musique d'Inde du Nord). Comme dans le cas pr&#233;c&#233;dent, on peut distinguer deux types de rapport, interne ou externe, du mouvement &#224; la p&#233;riodicit&#233; : variation &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la p&#233;riodicit&#233;, variation &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la p&#233;riodicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
a) Le premier cas correspond &#224; une variation proportionnelle &#224; l'int&#233;rieur des rapports de temps impos&#233;s par la pulsation premi&#232;re, que cette proportion soit simple (comme lorsqu'un musicien double de vitesse sa partie rythmique, de &#171; croches &#187; en &#171; doubles croches &#187; par exemple), ou relativement complexe (par une sorte de &#171; fluctuation &#187; de la p&#233;riodicit&#233;, qui peut se r&#233;v&#233;ler d'une belle ambigu&#239;t&#233;). C'est en somme &#224; ce type de mouvement de la p&#233;riodicit&#233; que Jean During donne l'appellation de &lt;i&gt;rythmes ovo&#239;des&lt;/i&gt;, d&#233;signant ainsi la capacit&#233; de leur cycle formel &#224; la d&#233;-formation, selon une certaine &#171; souplesse &#187; inh&#233;rente au rythme m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean During : &#171; Rythmes ovo&#239;des et quadrature du cercle &#187;, Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mouvement, qu'il affecte la structure ou la p&#233;riodicit&#233;, semble ainsi &#234;tre une caract&#233;ristique majeure de ces rythmes, alors m&#234;me &#8211; et ce n'est pas l&#224; le moindre des paradoxes que certaines musiques traditionnelles peuvent parfois nous appara&#238;tre comme monotones, ou monochrones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
b) Le second cas correspond, quant &#224; lui, &#224; une variation &#224; l'ext&#233;rieur de ces rapports de temps, de fa&#231;on continue (par acc&#233;l&#233;ration ou ralentissement progressifs du tempo) ou discontinue (passage brusque d'un tempo &#224; un autre, qui peut d'ailleurs se recouper avec une variation de structure, ces deux types de mouvement n'&#233;tant pas exclusifs l'un de l'autre). Un bel exemple de mouvement continu de la p&#233;riodicit&#233; nous est fourni par la c&#233;r&#233;monie de l'&lt;i&gt;ahwach&lt;/i&gt; dans le Haut-Atlas berb&#232;re, puisque le crit&#232;re de r&#233;ussite de cette c&#233;r&#233;monie n'est autre que l'absence de distinction possible du &#171; passage &#187; entre les diff&#233;rents tempos auxquels le rythme est soumis : le d&#233;fi pour l'ensemble des musiciens du village rassembl&#233;s en cercle est pr&#233;cis&#233;ment de r&#233;aliser en une heure environ une acc&#233;l&#233;ration extr&#234;mement progressive du rythme, sans heurts ni solution de continuit&#233; perceptibles, afin de cr&#233;er lentement, subrepticement, un &#233;tat modifi&#233; de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;3. Resterait encore un cas-limite : celui du double mouvement de/dans la structure &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de/dans la p&#233;riodicit&#233;.&lt;/strong&gt; On atteint ici une zone ind&#233;termin&#233;e, une forme de chaos arythmique, voire &#171; errythmique &#187;, en perp&#233;tuelle errance, o&#249;, l'ordre se renversant, tout se passe comme si une sorte de mouvement premier avait repris ses droits sur la structure et la p&#233;riodicit&#233;. Ce n'est pas ici le cas des musiques traditionnelles, dont pr&#233;cis&#233;ment la tradition veut que le mouvement rythmique, si mouvement il y a, reste dans le cadre pr&#233;-d&#233;fini d'une structure et/ou d'une p&#233;riodicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il nous semble ainsi, sans trop vouloir unifier ce qui ne peut pas toujours l'&#234;tre, que ces trois crit&#232;res peuvent trouver un &#233;cho dans toute &#233;tude ethnomusicologique &#8211; m&#234;me s'il est vrai que leur aspect conceptuel est sans doute autant un d&#233;faut (g&#233;n&#233;ralit&#233;) qu'une qualit&#233; (g&#233;n&#233;rativit&#233;). Pour n'&#233;voquer qu'un seul exemple, lorsque Jean-Pierre Estival cite dans ce volume (page 37) les &lt;i&gt;rumberos&lt;/i&gt; de La Havane expliquant eux-m&#234;mes &#171; qu'ils basent leur ex&#233;cution sur les rep&#232;res suivants : la &lt;i&gt;clave&lt;/i&gt;, le tempo de la pulsation et l'&#233;coute interactive des autres parties &#187;, il n'est pas difficile d'y retrouver nos trois concepts de structure (la &lt;i&gt;clave&lt;/i&gt;), de p&#233;riodicit&#233; (qui donne le tempo de la pulsation) et de mouvement (qui se cr&#233;e en l'occurrence par la &lt;i&gt;conversaci&#243;n&lt;/i&gt;, &#224; laquelle il faudrait ajouter l'impromptu du &lt;i&gt;quinto&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rappelons enfin &#224; cette occasion que ces trois crit&#232;res conceptuels n'existent en r&#233;alit&#233; que par et dans la relation qu'ils entretiennent entre eux. Une structure, une p&#233;riodicit&#233;, ou un mouvement seuls, n'existent pas ailleurs qu'en esprit ; ce sont des concepts qu'il faut combiner pour voir dans quelle mesure ils peuvent correspondre &#224; une r&#233;alit&#233; donn&#233;e, et pas seulement d'ailleurs &#224; une r&#233;alit&#233; musicale, comme nous avons essay&#233; de le montrer bri&#232;vement. En tout et pour tout, nous sommes donc en pr&#233;sence d'une combinatoire &#224; sept termes (&#224; laquelle il conviendrait d'ajouter les caract&#233;ristiques internes &#224; chacun des crit&#232;res) : S seule, P seule, M seul (qui ne sont pas selon nous &#224; proprement parler des rythmes), SP sans M, MS sans P, PM sans S, et SPM (derni&#232;re combinaison que nous avons plus d&#233;velopp&#233;e ici en fonction de notre sujet). La d&#233;finition propos&#233;e du rythme se veut ainsi &lt;i&gt;elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, si l'on peut dire, d'ordre rythmique, au sens purement intellectuel d'une relation combinatoire entre le tout et les parties dont il se compose. Comme le dit Claude L&#233;vi-Strauss (1983 : 157), &#171; la nature r&#233;elle du rythme d&#233;coratif &#187; &#8211; et par extension de tout rythme esth&#233;tique, ce qui ne va pas d'ailleurs sans poser probl&#232;me &#8211; est qu'&#171; il s'agit toujours et partout d'une combinatoire &#224; quoi s'attache une satisfaction d'ordre intellectuel. [&#8230;] La notion de rythme recouvre la s&#233;rie des permutations permises pour que l'ensemble forme un syst&#232;me. Cela est vrai des mati&#232;res comme des formes, des couleurs comme des dur&#233;es, des accents ou des timbres, des orientations dans l'espace et des orientations dans le temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans cette belle remarque de L&#233;vi-Strauss, dite comme en passant (et qui ne se pr&#233;sente donc pas comme une nouvelle th&#233;orie du rythme), faut-il voir un ultime cas d'ethnocentrisme, ou m&#234;me pourquoi pas d'auto-aveuglement, qui voudrait faire de tout rythme quelque chose d'intellectuel, de combinatoire, de syst&#233;matique &#8211; en un mot de &lt;i&gt;structural&lt;/i&gt; ? Pour un structuraliste, le rythme peut-il &#234;tre autre chose que structural, masquant malgr&#233; tout la part sensible d'&lt;i&gt;entra&#238;nement&lt;/i&gt; du ph&#233;nom&#232;ne rythmique ?&#8230; Ou bien ne faut-il pas au contraire reconna&#238;tre, jusque dans ses limites, une grande force &#224; cette pens&#233;e du rythme comme &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt;, universel spatio-temporel d&#233;clin&#233; &#224; travers toutes les cultures du monde, et reposant par l&#224;-m&#234;me la question du rapport de l'homme au monde ? Toujours est-il qu'entre l'ethnomusicologue et le philosophe, l'anthropologue est l&#224;. Et que la recherche continue !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ABRAHAM Nicolas, 1985, &lt;i&gt;Rythmes : de l'&#339;uvre, de la traduction et de la psychanalyse&lt;/i&gt;. Paris : Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1985, &lt;i&gt;Polyphonies et polyrythmies instrumentales d'Afrique Centrale&lt;/i&gt;, 2 vol. Paris : SELAF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1986, &#171; Musiques d'ici et d'ailleurs &#187;, &lt;i&gt;Eclats/Boulez&lt;/i&gt;, Paris : Ed. du Centre Pompidou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1992, &#171; &#8216;A la recherche du &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; perdu' : m&#233;trique et rythme en musique &#187;. &lt;i&gt;Les Rythmes, Lectures et th&#233;ories&lt;/i&gt;, dir. J.-J. Wunenburger, Paris : L'Harmattan : 195-205.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
AROM Simha, 1993, &#171; Musiques traditionnelles &#187;. &lt;i&gt;La science sauvage, Des savoirs populaires aux ethnosciences&lt;/i&gt;, Paris : Seuil : 190-201.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
BENVENISTE Emile, 1966, &#171; La notion de &#8216;rythme' dans son expression linguistique &#187;, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, 1. Paris : Gallimard : 327-335.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Elie, 1994, &#171; Postface/Interface &#187; &#224; Jean During : &lt;i&gt;Quelque chose se passe. Le sens de la tradition dans l'Orient musical&lt;/i&gt;. Paris : Verdier : 407-424.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Jean, 1990, &#171; L'organisation du rythme dans la musique de transe baloutche &#187;. &lt;i&gt;Revue de Musicologie&lt;/i&gt;, 76(2) : 213-225.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Jean, 1994, &lt;i&gt;Quelque chose se passe. Le sens de la tradition dans l'Orient musical&lt;/i&gt;. Paris : Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
DURING Jean, 1997, &#171; La repr&#233;sentation du rythme dans la th&#233;orie islamique ancienne &#187; (manuscrit, &#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
ERLANGER Rodolphe d', 1938, &lt;i&gt;La Musique arabe&lt;/i&gt;, Paris : Paul Geuthner, t. III, trad. de Saf&#238; al-D&#238;n al-Urmaw&#238;, &lt;i&gt;Kit&#226;b al-Adw&#226;r&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(Livre des Cycles)&lt;/i&gt;, 1252, et &lt;i&gt;Ris&#226;la al-Sharafiyy&#226;h&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(Ep&#238;tre &#224; Sharaf&#238; al-D&#238;n)&lt;/i&gt;, 1267.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
FRAISSE Paul, 1974, &lt;i&gt;Psychologie du rythme&lt;/i&gt;. Paris : PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
JOUSSE Marcel, 1974, &lt;i&gt;L'Anthropologie du geste&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L&#201;VI-STRAUSS Claude, 1993, &lt;i&gt;Regarder &#201;couter Lire&lt;/i&gt;. Paris : Plon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
MESCHONNIC Henri, 1982, &lt;i&gt;Critique du rythme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;. Paris : Verdier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
NATTIEZ Jean-Jacques, 1987, &lt;i&gt;Musicologie g&#233;n&#233;rale et s&#233;miologie&lt;/i&gt;. Paris : Christian Bourgois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
RIVI&#200;RE Herv&#233;, 1995, &#171; D'un point de vue rythmique&#8230; &#187;. &lt;i&gt;Ndroje Balendro, Musiques, terrains, disciplines&lt;/i&gt;, textes offerts &#224; Simha Arom. Paris : SELAF/Peeters : 295-301.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
REINBERG Alain&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;1993&lt;i&gt;, Les Rythmes biologiques&lt;/i&gt; Paris : PUF, &#171; Que sais-je ? &#187;, 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;d.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
ROUGET Gilbert, 1990, (1980) &lt;i&gt;La Musique et la Transe&lt;/i&gt;. Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1990, notice &#171; Rythme &#187;, in &lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;,&lt;i&gt;Thesaurus&lt;/i&gt;, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1992, &#171; &#8216;Le' rythme : encore une d&#233;finition ! &#187;, in &lt;i&gt;Les Rythmes, Lectures et Th&#233;ories&lt;/i&gt;, Actes du Colloque de Cerisy, dir. J.-J. Wunenburger. Paris : L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1995, &#171; World Music &#187;, in &lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment annuel &lt;i&gt;Universalia 95&lt;/i&gt;, &#171; La culture en mouvement &#187;. Paris : 387-389.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1996a, &lt;i&gt;Rythmes et Philosophie&lt;/i&gt;. Paris : Kim&#233; (co-dir. J.-J. Wunenburger).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
SAUVANET Pierre, 1996b, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison. Une approche philosophique des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat (2 vol. ), dir. J.-J. Wunenburger, Universit&#233; de Bourgogne (Dijon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
VAL&#201;RY Paul, 1973, &#171; Temps &#187; (1897-1944), in &lt;i&gt;Cahiers&lt;/i&gt;, t. I. Paris : Gallimard, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade : 1263 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je songe &#224; deux r&#233;centes et passionnantes discussions avec Simha Arom et Jean During qui, chacun dans son domaine et ses choix respectifs, pourront sans doute se retrouver ici. Qu'ils soient vivement remerci&#233;s du pr&#233;cieux temps qu'ils m'ont accord&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour la synth&#232;se, la question se pose de savoir s'il n'est pas des cas, par exemple certaines formes d'improvisation sans sch&#233;ma pr&#233;alable, qui exigeraient de partir du mouvement pur, produisant en lui-m&#234;me une structure et une p&#233;riodicit&#233; ; ce cas n'&#233;tant pas majoritaire dans les musiques traditionnelles, nous n'en traiterons pas ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir Jean During : &#171; Rythmes ovo&#239;des et quadrature du cercle &#187;, &lt;i&gt;Cahiers d'ethnomusicologie&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://ethnomusicologie.revues.org/953&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176; 10&lt;/a&gt;, 1997, p. 17-36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sch&#233;matiser le rhuthmos
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article772</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article772</guid>
		<dc:date>2013-01-18T14:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Sauvanet
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On le sait depuis l'article de Benveniste : skh&#234;ma n'est pas synonyme de rhuthmos, le sch&#233;ma est un faux-ami du rythme. Il partage avec lui un contexte s&#233;mantique proche, celui de la forme, voire de la figure, mais avec une nuance de sens qui est bien plus qu'une nuance : le skh&#234;ma est la forme fixe, le rhuthmos la forme mobile. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment : Quand les auteurs grecs rendent rhuthmos par skh&#234;ma, quand nous-m&#234;me le traduisons par &#171; forme &#187;, ce n'est dans les deux cas qu'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;Premi&#232;re journ&#233;e d'&#233;tudes RHUTHMOS
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On le sait depuis l'article de Benveniste : &lt;i&gt;skh&#234;ma &lt;/i&gt; n'est pas synonyme de &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, le sch&#233;ma est un faux-ami du rythme. Il partage avec lui un contexte s&#233;mantique proche, celui de la forme, voire de la figure, mais avec une nuance de sens qui est bien plus qu'une nuance : le &lt;i&gt;skh&#234;ma &lt;/i&gt; est la forme fixe, le &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; la forme mobile. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand les auteurs grecs rendent &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; par &lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt;, quand nous-m&#234;me le traduisons par &#171; forme &#187;, ce n'est dans les deux cas qu'une approximation. Entre &lt;i&gt;skh&#234;ma &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, il y a une diff&#233;rence : &lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt; par rapport &#224; &lt;i&gt;ekh&#244;&lt;/i&gt;, &#171; je (me) tiens &#187; (cf. pour la relation lat. &lt;i&gt;habitus : habeo&lt;/i&gt;) se d&#233;finit comme une &#171; forme &#187; fixe, r&#233;alis&#233;e, pos&#233;e en quelque sorte comme un objet. Au contraire &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, d'apr&#232;s les contextes o&#249; il est donn&#233;, d&#233;signe la forme dans l'instant qu'elle est assum&#233;e par ce qui est mouvant, mobile, fluide, la forme de ce qui n'a pas consistance organique : il convient au &lt;i&gt;pattern &lt;/i&gt; d'un &#233;l&#233;ment fluide, &#224; une lettre arbitrairement model&#233;e, &#224; un p&#233;plos qu'on arrange &#224; son gr&#233;, &#224; la disposition particuli&#232;re du caract&#232;re ou de l'humeur. C'est la forme improvis&#233;e, momentan&#233;e, modifiable.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Benveniste, &#171; La notion de &#8220;rythme&#8221; dans son expression linguistique &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le rythme, entre forme et flux, c'est une forme toujours en formation, c'est la forme qui prend forme en m&#234;me temps qu'on la nomme. Le rythme, c'est la forme spatiale en tant qu'elle est trans-form&#233;e par et dans le temps. On retrouverait d'ailleurs la m&#234;me nuance entre &#171; forme &#187; et &#171; formation &#187;, en allemand, entre &lt;i&gt;Gestalt&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gestaltung&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; s'en tenir &#224; ces premi&#232;res d&#233;finitions, il para&#238;t donc impossible de relever le d&#233;fi d'une repr&#233;sentation spatiale du rythme. &#192; strictement parler, aucun sch&#233;ma ne saurait jamais rendre compte de la fluidit&#233;, de la complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques... mis &#224; part, bien entendu, certaines &#339;uvres d'art, et au premier chef certaines toiles de Paul Klee &#8212; mais qui pr&#233;cis&#233;ment ne sont pas des &#171; sch&#233;mas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense notamment ici au fameux Rhythmisches (Rythmique, ou En rythme, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, c'est l&#224; qu'il s'agit de ne pas confondre le mot et la chose, comme la th&#233;orie et la pratique : ce que nous cherchons &#224; visualiser ici, ce n'est pas un impossible sch&#233;ma du rythme lui-m&#234;me (qui n'existe que dans son dynamisme propre, qui ne vit qu'en renaissant sans cesse), c'est un sch&#233;ma d'une possible pens&#233;e des diff&#233;rents rythmes. D'ailleurs, quitte &#224; prendre le risque de la caricature, une pens&#233;e qui ne peut pas se sch&#233;matiser, litt&#233;ralement, est une pens&#233;e obscure, &#224; la fois peu claire et peu transmissible. Voil&#224; donc le d&#233;fi &#224; relever ici : non celui d'une image du rythme, mais celui d'un sch&#233;ma de son concept. Ce que, logiquement, il faudra faire en (relativement) peu de mots&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lecteur curieux de plus amples d&#233;veloppements pourra se reporter &#224; P. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 1 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser une premi&#232;re vision des rythmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1028 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH413/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema1-71ece.jpg?1714969300' width='500' height='413' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Topologie, qui est aussi doxologie : la priorit&#233; est de pr&#233;senter une vue synoptique des positions ou des opinions en pr&#233;sence, avant d'en faire une typologie critique. Il faut donc commencer par prendre ici le mot &#171; rythme &#187; au sens le plus large possible, englobant a priori l'ensemble de ses significations existantes (d'o&#249; l'usage provisoire des guillemets). Un premier sch&#233;ma possible a ainsi une longue histoire derri&#232;re lui. La classification par Bo&#232;ce, au VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle de notre &#232;re, des th&#233;ories musicales de l'Antiquit&#233;, fait autorit&#233; du Moyen-Age jusqu'au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &lt;i&gt;musica mundana&lt;/i&gt; (harmonie du monde, harmonie des sph&#232;res), &lt;i&gt;musica humana&lt;/i&gt; (harmonie de l'&#234;tre humain entre les fonctions physiologiques, les facult&#233;s intellectuelles, et les passions), &lt;i&gt;musica instrumentalis&lt;/i&gt; (musique comme r&#233;alit&#233; sonore, produite par des instruments ou par la voix humaine). Sur le m&#234;me mod&#232;le, on peut donc penser les rythmes du monde, les rythmes de l'homme, et les rythmes de la musique. D'ailleurs, Paul Klee propose lui aussi une &#171; diff&#233;renciation fondamentale : &#8220;rythmes cosmiques&#8221; (par exemple, les saisons, le jour et la nuit), &#8220;rythmes organiques&#8221; et &lt;i&gt;rythmes culturels&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Klee, &#201;crits sur l'art, t. I : La pens&#233;e cr&#233;atrice, Paris, Dessain et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par commodit&#233;, on pourra distinguer : &#171; rythmes C comme &lt;i&gt;cosmologiques &lt;/i&gt; &#187; (processus p&#233;riodiques cosmiques), &#171; rythmes B comme &lt;i&gt;biologiques &lt;/i&gt; &#187; (processus p&#233;riodiques inn&#233;s de tout &#234;tre vivant), &#171; rythmes A comme &lt;i&gt;anthropologiques &lt;/i&gt; &#187; (processus p&#233;riodiques et rythmiques acquis de l'&#234;tre humain). Dans cette derni&#232;re cat&#233;gorie, &#171; anthropologique &#187; ne recouvre pas tout ce qui touche &#224; l'humain (auquel cas il faudrait y inclure le biologique), mais ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de l'humain en tant que tel ; c'est-&#224;-dire ici l'ensemble des &#171; rythmes &#187; historiques, techniques, esth&#233;tiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces trois classes (A, B, C) peuvent alors &#234;tre repr&#233;sent&#233;es sch&#233;matiquement sous deux formes diff&#233;rentes, suivant qu'on cherche &#224; d&#233;montrer que tous les rythmes sont imbriqu&#233;s dans une seule et m&#234;me rythmologie, ou qu'on tente de montrer leurs diff&#233;rences et &#233;ventuellement leurs correspondances. Le rythmologue &#171; panrythmiste &#187; &#8212; celui pour qui tout est rythme, et le rythme est tout &#8212; tracera ainsi des cercles concentriques et clos, le plus grand cercle des rythmes cosmologiques incluant le plus petit des rythmes anthropologiques : les rapports englobants entre les trois cercles seront alors des rapports de continuit&#233;. Le chercheur m&#233;thodologiquement prudent tracera quant &#224; lui une s&#233;rie de lignes divisibles &#224; l'infini, formant un arbre possible des diff&#233;rents sens de &#171; rythme &#187; : les rapports entre les trois lignes et leurs subdivisions seront alors des rapports de contigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 2 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser une autre vision des rythmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH573/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema2-e3258.jpg?1714969300' width='500' height='573' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Passant du cercle &#224; l'arbre, on passe en m&#234;me temps de la synth&#232;se apparemment &#233;vidente &#224; l'analyse r&#233;ellement questionnante. Autrement dit, on passe de l'affirmation d'un syst&#232;me m&#233;taphysique aux questions pos&#233;es par une division logique. Ici surgissent naturellement des interrogations que nous retrouvons dans toutes les &#233;tudes rythmologiques, et que nous retrouverons &#233;galement plus loin dans d'autres sch&#233;mas : ainsi en va-t-il d&#233;j&#224; des modes de relations entre les diff&#233;rentes unit&#233;s rythmiques, par exemple de l'influence suppos&#233;e des unes sur les autres&#8230; Ce faisant, il reste toujours &#224; se demander s'il s'agit bien partout du m&#234;me sens du mot &#171; rythme &#187; (d'o&#249; l'usage persistant des guillemets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On pourrait d'ailleurs imaginer encore un autre mode de classification, non plus par domaines d'application, mais par communaut&#233; de p&#233;riodes : lentes, de l'ordre du mois ou de l'ann&#233;e (r&#233;volution des astres, &#171; rythme &#187; des saisons, mais aussi &#171; rythmes &#187; historiques, sociologiques, &#233;conomiques...) ; moyennes, de l'ordre de la journ&#233;e ou de ses divisions (&#171; rythme &#187; nycth&#233;m&#233;ral, des mar&#233;es, mais aussi &#171; rythmes &#187; de travail...) ; rapides, de l'ordre de la minute ou de la seconde (&#171; rythmes &#187; cardiaque, respiratoire, mais aussi &#171; rythmes &#187; musicaux...). On verrait du m&#234;me coup et une fois de plus que, sous le nom de rythme, se trouvent ainsi r&#233;unis un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes dont on peut l&#233;gitimement se demander s'ils appartiennent vraiment au m&#234;me type de r&#233;alit&#233; et, dans ces conditions, pourquoi ils se laisseraient subsumer sous le m&#234;me concept. Le panrythmisme, quant &#224; lui, n'a aucun scrupule &#224; faire varier les rythmes de l'infiniment grand (temporel) &#224; l'infiniment petit. L'avantage d'une classification par p&#233;riodes est alors d'&#233;veiller une critique possible dans le jugement du rythmologue ; outre la question des points communs &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me p&#233;riode, la dimension propre aux p&#233;riodes lentes, par exemple, devrait faire se demander jusqu'o&#249; de tels &#171; rythmes &#187; sont perceptibles par l'homme, et par cons&#233;quent jusqu'o&#249; ils m&#233;ritent toujours ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 3 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser les relations entre les rythmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1033 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH333/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema3-6faee.jpg?1714969300' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une typologie critique ne se contentera pas de classer les rythmes de fa&#231;on s&#233;par&#233;e, mais tentera &#233;galement de les classer selon les relations qu'ils peuvent entretenir entre eux (d'o&#249; ici les entr&#233;es num&#233;riques). Dans cette nouvelle typologie au second degr&#233;, qui inclut la pr&#233;c&#233;dente comme sa condition, les relations interrythmiques pourront &#234;tre ramen&#233;es aux quatre types suivants, par ordre d&#233;croissant du plus au moins fort degr&#233; de r&#233;alit&#233; : premi&#232;rement, relation d'&lt;i&gt;origine &lt;/i&gt; causale (de cause &#224; effet : un rythme est &#224; l'origine d'un autre rythme), et d'origine historique (selon l'anthropologie et la pal&#233;ontologie) ; deuxi&#232;mement, relation d'&lt;i&gt;influence &lt;/i&gt; (action &#224; distance), r&#233;ciproque ou non, sans position explicite d'origine ; troisi&#232;mement, relation d'&lt;i&gt;analogie &lt;/i&gt; (rapport de rapports) ; quatri&#232;mement, relation par position d'un &lt;i&gt;sch&#232;me &lt;/i&gt; entre concret et abstrait. Pour le panrythmisme, ces quatre modes de pens&#233;e ne seraient d'ailleurs nullement exclusifs les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Penser l'origine du rythme, ou le rythme comme origine, causale ou historique, c'est toujours se situer dans une recherche infinie, o&#249; quelques points d'appui, telle l'id&#233;e de communaut&#233;, ne suffisent gu&#232;re &#224; faire oublier le vertige du chercheur. Mais ce qui ressort surtout de cette premi&#232;re typologie, c'est que le rythme, ce n'est pas seulement le rythme de nos pas, le rythme de notre c&#339;ur ou le rythme de notre respiration, ce n'est pas seulement le rythme du geste, de la parole ou de la communaut&#233;, c'est toujours et encore une nature m&#233;diatis&#233;e, transcend&#233;e par une culture. S'il est difficile en effet de nier l'importance des rythmes biologiques subis, c'est pourtant bien par une action proprement humaine, &lt;i&gt;symbolique&lt;/i&gt;, que la marche devient d&#233;marche, voire danse, le battement du c&#339;ur tempo musical, et le rythme respiratoire &#171; souffle &#187; du po&#232;me ou du chant. Le rythme, au-del&#224; de l'origine, devient alors une question fondamentale de m&#233;diation entre le naturel et le culturel en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'influence, r&#233;ciproque ou non, entre divers ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, constitue ici le deuxi&#232;me mode de relation d'une pens&#233;e traditionnelle des rythmes. La caract&#233;ristique principale de l'influence par rapport au premier mode de relation est pr&#233;cis&#233;ment qu'elle ne pr&#233;sente pas toujours de position d'origine ais&#233;ment rep&#233;rable, pr&#233;f&#233;rant lui substituer une fonction, effective ou non, d'action &#224; distance. Une pens&#233;e du rythme comme influence s'attache plus &#224; l'action d'un rythme sur un autre qu'&#224; l'origine de cette action. Paradoxalement, rien n'indique que cette action &#224; distance soit r&#233;elle ; bien souvent, elle n'est qu'imaginaire, induite par le th&#233;oricien ou le praticien, plus que d&#233;duite de la r&#233;alit&#233;. On retrouverait donc ici le probl&#232;me de la l&#233;gitimit&#233; d'une r&#233;flexion en termes d'influence comme d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quant &#224; l'analogie, il y en a mille possibles (chez Augustin, dans le romantisme allemand, etc.) ; mais en mati&#232;re de r&#233;flexion sur les rythmes, mieux vaut d&#233;velopper une forme d'analogie critique. Ce type d'analogie ne correspond gu&#232;re, il est vrai, &#224; l'&#233;tymologie de son pr&#233;fixe : ana- signifie &#171; en haut &#187;, &#171; vers le haut &#187;, et conf&#232;re &#224; l'analogie l'id&#233;e d'un passage ou d'un d&#233;passement, par exemple vers un ordre sup&#233;rieur, ainsi de l'humain au cosmique ou au divin. Pour penser le rythme aujourd'hui, entre panrythmisme trop large et linguistique trop &#233;troite, il faut sans doute conserver le principe de l'analogie, mais en mettant &#171; hors-circuit &#187;, au moins m&#233;thodologiquement, toute perspective m&#233;taphysique &#8212; &#224; moins d'inclure cette perspective dans un besoin anthropologique lui-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s les modes de l'origine, de l'influence et de l'analogie, le sch&#232;me &#8212; &#224; ne pas confondre ici avec le seul sch&#233;ma &#8212; peut appara&#238;tre enfin comme, d'une certaine mani&#232;re, le plus bas degr&#233; du mode de relation. Il s'agit en effet, non plus avec la pr&#233;tention d'une fid&#233;lit&#233; au r&#233;el, mais avec le souci d'une pr&#233;sence &#224; l'imagination, de se donner les moyens d'une simple repr&#233;sentation d'un rythme &#224; travers un autre rythme (la mer, le souffle, etc.). Comme en son sens kantien, le sch&#232;me ne pose donc rien de plus qu'un rapport imaginaire entre deux rythmes : il ne pose ni une source comme l'origine, ni une action comme l'influence, ni une transcendance comme l'analogie. L&#224; o&#249; l'&lt;i&gt;analogon &lt;/i&gt; donnait &#224; penser, le sch&#232;me ne fait que suppl&#233;er &#224; un d&#233;faut de pens&#233;e : sa seule fonction est de pr&#233;sentification. Il n'est donc pas seulement le plus bas degr&#233; du mode de relation, il est peut-&#234;tre aussi le plus haut degr&#233; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 4 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser un concept possible de rythme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH332/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema4-33734.jpg?1714969300' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le pari de ce dernier sch&#233;ma est de repr&#233;senter visuellement la d&#233;finition d&#233;j&#224; propos&#233;e du concept de rythme &#224; partir de trois champs s&#233;mantiques &#224; la fois s&#233;par&#233;s et combin&#233;s. Au sens large, tout emploi du mot rythme peut en effet se rattacher &#224; l'un des trois concepts suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement. Au sens strict, et par souci de clart&#233;, mieux vaut d'ailleurs r&#233;server l'usage du mot rythme &#224; une combinaison d'au moins deux des trois crit&#232;res, si ce n'est trois de pr&#233;f&#233;rence. &#171; Rythme &#187; = &lt;i&gt;tout ph&#233;nom&#232;ne per&#231;u, subi ou agi, auquel un sujet peut attribuer au moins deux des crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi par exemple, qu'y a-t-il au juste de commun entre les trois expressions suivantes : un &#171; rythme ternaire &#187;, un &#171; rythme biologique &#187;, et un &#171; rythme syncop&#233; &#187; ? Dans ces expressions tr&#232;s simples coexistent d&#233;j&#224; trois sens radicalement diff&#233;rents du mot rythme. La premi&#232;re expression n'a de sens qu'en termes de structure et de discontinuit&#233; : le rythme ternaire est plus pr&#233;cis&#233;ment un m&#232;tre, qui pr&#233;sente une structure discontinue dans lequel le po&#233;tique ou le musical pourra venir s'incarner. Rythme iambique et rythme de valse sont tous deux des rythmes ternaires, c'est-&#224;-dire en somme des &lt;i&gt;structures&lt;/i&gt;. La seconde expression n'a de sens qu'en termes de p&#233;riodicit&#233; et de r&#233;gularit&#233; : un rythme biologique est plus pr&#233;cis&#233;ment un cycle, une p&#233;riode, qui fait r&#233;guli&#232;rement retour sur elle-m&#234;me &#224; partir d'un rep&#232;re s&#233;lectionn&#233;. En d'autres termes encore, &#171; rythme ternaire &#187; d&#233;signe a priori une pure structure formelle, &#224; laquelle seule une p&#233;riodicit&#233; potentielle conf&#233;rerait &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; une temporalit&#233; ; &#171; rythme biologique &#187; d&#233;signe au contraire a priori un simple cycle de battements, se r&#233;p&#233;tant &#224; intervalles r&#233;guliers, auquel seule une structure pens&#233;e &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; conf&#233;rerait une intelligibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces premi&#232;res distinctions &#233;l&#233;mentaires, qui datent de 1974 pour Paul (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La troisi&#232;me expression, enfin, est sans doute la plus importante en mati&#232;re de rythmologie, au sens o&#249; elle est aussi la plus difficile &#224; d&#233;finir. Parler de &#171; rythme syncop&#233; &#187;, en effet, n'a de sens qu'en termes de &lt;i&gt;&#171; mouvement &#187;&lt;/i&gt; (faute d'un meilleur terme) : le rythme syncop&#233; introduit une autre dimension n&#233;cessaire au rythme en tant que tel, celle de la diff&#233;rence dans la r&#233;p&#233;tition, de l'autre dans le m&#234;me, voire de l'arythmique dans le rythmique &#8212; ce qui resterait bien entendu &#224; expliciter... Impossible d'ailleurs de commenter ici tous les param&#232;tres du sch&#233;ma, notamment les analogies toujours probl&#233;matiques entre les dimensions sonores et visuelles des rythmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; nouveau la note 2 ici.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En tout et pour tout, la combinatoire compte donc sept termes (plus les caract&#233;ristiques internes &#224; chacun des crit&#232;res) : S seule, P seule, M seul (qui ne sont pas &#224; proprement parler des rythmes), SP sans M, MS sans P, PM sans S, et SPM. Un rythme au sens fort est alors un ph&#233;nom&#232;ne qui, d&#233;passant ses conditions minimales d'apparition, r&#233;ussit &#224; combiner, &#224; des degr&#233;s divers, et dans quelque ordre que ce soit, tous les crit&#232;res structure-p&#233;riodicit&#233;-mouvement, selon les trois dimensions sch&#233;matique, p&#233;riodique, m&#233;tabolique. Si l'on voulait jouer avec les termes de la triade, suivant qu'on choisit de privil&#233;gier tel ou tel aspect du rythme, et en employant d&#233;lib&#233;r&#233;ment des termes &#224; chaque fois diff&#233;rents &#8212; car la chose est plus importante que le mot &#8212;, on pourrait encore ramener la d&#233;finition restreinte &#224; ces quelques formules : &lt;i&gt;structure p&#233;riodique en mouvement, retour d'une forme en devenir, dynamique d'un cycle ordonn&#233;&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Telle qu'elle se donne, cette d&#233;finition semble purement formelle. Elle implique n&#233;anmoins, par la pr&#233;sence du couple perceptif &lt;i&gt;subi/agi&lt;/i&gt; qui d&#233;termine elle-m&#234;me la pr&#233;sence d'un &lt;i&gt;sujet &lt;/i&gt; par rapport &#224; un &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;, la n&#233;cessit&#233; th&#233;orique d'une sensibilit&#233; esth&#233;tique. Le rythme n'est tel que s'il donne lieu &#224; un d&#233;bordement de sa seule valeur formelle par un sujet rythm&#233; ou rythmant, dans sa mat&#233;rialit&#233; et sa corpor&#233;it&#233; propres. La sch&#233;matisation implique donc que le rythme soit un ph&#233;nom&#232;ne non quelconque dans lequel se joue un rapport d'interaction singulier entre le sujet et l'objet, et dans lequel le concept est toujours d&#233;bord&#233; par le r&#233;el. Il n'y a pas de philosophie du rythme possible sans une ph&#233;nom&#233;nologie de ce qui, dans le rythme, &#233;chappe &#224; la raison, voire d'un sujet qui, par le rythme, s'&#233;chapperait &#224; lui-m&#234;me. Dans une ph&#233;nom&#233;nologie du rythme, les trois concepts de la d&#233;finition deviennent alors des verbes d'action : le rythme structure et/ou p&#233;riodise et/ou mouvemente l'espace-temps &#8212; ou plus exactement : l'espace-temps n'existe pour un sujet que s'il est structur&#233; et/ou p&#233;riodis&#233; et/ou mouvement&#233; par un rythme, en un ici et un maintenant. La d&#233;finition propos&#233;e doit donc se lire sur deux versants, ph&#233;nom&#233;nologique et terminologique : sur son premier versant &lt;i&gt;(&#171; tout ph&#233;nom&#232;ne, per&#231;u ou agi, auquel un sujet peut attribuer... &#187;)&lt;/i&gt;, elle renvoie &#224; un sujet (et donc &#224; une irrationalisation possible du rythme, par commotion du sujet) ; sur son deuxi&#232;me versant &lt;i&gt;(&#171; ...au moins deux des crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement &#187;)&lt;/i&gt;, elle renvoie &#224; un objet (et donc &#224; une rationalisation possible du rythme, par construction de l'objet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Insistons : pour penser le rythme, il s'agit donc de cr&#233;er un syst&#232;me ouvert de concepts &#8212; c'est-&#224;-dire lorsque les concepts d&#233;terminent non une essence &#224; proprement parler, mais une circonstance, une &#171; naissance &#187;. Il ne s'agit pas de dire : &#171; le rythme, c'est SPM &#187;, mais : &lt;i&gt;&#171; quelque chose devient du rythme lorsque SPM sont combin&#233;s en un ph&#233;nom&#232;ne &#187;&lt;/i&gt;. Une n&#233;cessaire analyse conceptuelle du rythme en trois moments s&#233;par&#233;s ne doit donc pas faire oublier, dans son formalisme m&#234;me, la pr&#233;sence &lt;i&gt;pour un sujet&lt;/i&gt; du rythme comme tel, c'est-&#224;-dire comme &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;. Le rythme se pr&#233;sente d'abord &#224; notre perception comme un tout qualitatif continu, un &#171; flux &#187;, dont la d&#233;composition quantitative intervient toujours apr&#232;s-coup. L'un des paradoxes, et non le moindre, avec lequel composer, est en effet de diviser l'indivisible ; mais l'indivisible, on le sait, est de l'ordre du sentir, le divisible, de l'ordre du comprendre. Encore faut-il maintenant rassembler le divisible, pour &lt;i&gt;com-prendre&lt;/i&gt; effectivement. Un rythme qui se tient, un rythme qui &#171; tient &#187; le sujet percevant &lt;i&gt;(ekhein)&lt;/i&gt;, c'est un syst&#232;me dynamique de tensions. Tous les ph&#233;nom&#232;nes rythmiques &#8212; comme le rythme grec &#8212; se jouent &#224; la fois et indissociablement entre forme et flux, et g&#233;n&#232;rent un troisi&#232;me terme qui les d&#233;passe tous deux. Tout rythme, pour &#234;tre tel, et quelle que soit la discontinuit&#233; possible de sa structure, doit donner l'impression d'une fluidit&#233; spontan&#233;e. Mais la forme ne pr&#233;existe pas n&#233;cessairement au flux : la forme se cr&#233;e aussi dans le flux, comme le tourbillon se cr&#233;e dans le cours. Telle est bien en dernier ressort la dialectique de la formalisation du rythme et de la rythmisation de la forme : la seconde vient en r&#233;alit&#233; avant la premi&#232;re, et la premi&#232;re ne rend jamais int&#233;gralement raison de la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une pr&#233;sentation th&#233;orique ne peut donc &#234;tre qu'analytique et successive, comme dans l'&#233;num&#233;ration discursive qui pr&#233;c&#232;de. Dans le rythme r&#233;el comme synth&#232;se r&#233;elle, il va de soi que toutes les &#171; branches &#187; du m&#234;me &#171; arbre &#187; rythmique (SPM) coexistent en m&#234;me temps, &#224; des degr&#233;s divers, et pas toujours &#224; la place que leur assigne le discours conceptuel. C'est pourquoi l'esquisse d'une visualisation n'est peut-&#234;tre pas vaine, non par une forme arborescente, mais par intersection d'ensembles de formes diff&#233;rentes, en y ins&#233;rant enfin une sorte de &#171; case vide &#187;. Ce n'est pas l&#224; pure coquetterie, ni simple artifice d'&#233;criture : sans le blanc, la figure n'est pas compl&#232;te ; car le blanc est l&#224; pour signifier que, dans le rythme, quelque chose &#233;chappe toujours &#224; la raison &#8212; et c'est m&#234;me la raison pour laquelle le rythme n'est pas exactement un concept&#8230; Dans le sch&#233;ma, il y a ce qui, dans le rythme, se laisse &#171; arraisonner &#187; (les trois crit&#232;res), et ce qui &#233;chappe &#224; la raison (la case vide). Le rythme est &#224; la fois compr&#233;hensible par la triade conceptuelle et rigoureusement irr&#233;ductible &#224; elle. Le rythme donne donc &#224; penser non seulement un syst&#232;me au minimum ternaire &#8212; contre la pulsation unitaire : p&#233;riodicit&#233; sans structure ni mouvement, contre la cadence binaire : structure et p&#233;riodicit&#233; sans mouvement &#8212;, mais encore un syst&#232;me qui, en fonction des variations de son troisi&#232;me terme, s'&#233;chappe n&#233;cessairement &#224; (de) lui-m&#234;me. Au sens technique du terme, le rythme se m&#233;nage toujours un syst&#232;me d'&lt;i&gt;&#233;chappement&lt;/i&gt;. Le sch&#233;ma, c'est la forme fixe du rythme. Et le reste, c'est le &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; du rythme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Benveniste, &#171; La notion de &#8220;rythme&#8221; dans son expression linguistique &#187; (1951), &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, t. 1, Paris, Gallimard, 1966, coll. &#171; Tel &#187;, p. 333. Pour une synth&#232;se, voir aussi P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense notamment ici au fameux &lt;i&gt;Rhythmisches &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Rythmique&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;En rythme&lt;/i&gt;, de 1930, conserv&#233; au Centre Pompidou), qui a d&#233;j&#224; fait l'objet de nombreux commentaires (cf. entre autres, P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. II, &lt;i&gt;Rythmanalyses&lt;/i&gt;, p. 18-36, et &#171; Question de rythmes, questions de rythme &#187;, &lt;i&gt;Rythmes de l'homme, rythmes du monde&lt;/i&gt;, co-dir. C. Doumet, A. Wald Lasowski, Paris, Hermann, 2010, p. 23-24).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le lecteur curieux de plus amples d&#233;veloppements pourra se reporter &#224; P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison, op. cit.&lt;/i&gt;, t. I, &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;, d'o&#249; ces sch&#233;mas sont extraits, avec les rep&#232;res suivants : p. 19 pour le premier sch&#233;ma, p. 20 pour le second, p. 75 pour le troisi&#232;me, et p. 214 pour le quatri&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Klee, &lt;i&gt;&#201;crits sur l'art, t. I : La pens&#233;e cr&#233;atrice&lt;/i&gt;, Paris, Dessain et Tolra, 1980, p. 268.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces premi&#232;res distinctions &#233;l&#233;mentaires, qui datent de 1974 pour Paul Fraisse (&lt;i&gt;Psychologie du rythme&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1974, et m&#234;me d&#232;s 1956 pour &lt;i&gt;Les Structures rythmiques&lt;/i&gt;, Publications universitaires de Louvain), et de 1990 pour nos propres travaux (notice &#171; Rythme &#187; de l'&lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Thesaurus&lt;/i&gt;, Paris, 1990), sont d'ailleurs reprises en 1998 dans le &lt;i&gt;Trait&#233; du rythme&lt;/i&gt; de Dessons et Meschonnic (Paris, Dunod, 1998), qui ne cite pas toujours ses sources (voir p. 25 pour la structure et la p&#233;riodicit&#233;, p. 52 pour le mouvement).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; nouveau la note 2 ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sch&#233;matiser le rhuthmos
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article777</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article777</guid>
		<dc:date>2012-12-16T11:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Sauvanet
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On le sait depuis l'article de Benveniste : skh&#234;ma n'est pas synonyme de rhuthmos, le sch&#233;ma est un faux-ami du rythme. Il partage avec lui un contexte s&#233;mantique proche, celui de la forme, voire de la figure, mais avec une nuance de sens qui est bien plus qu'une nuance : le skh&#234;ma est la forme fixe, le rhuthmos la forme mobile. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment : Quand les auteurs grecs rendent rhuthmos par skh&#234;ma, quand nous-m&#234;me le traduisons par &#171; forme &#187;, ce n'est dans les deux cas qu'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Philosophie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On le sait depuis l'article de Benveniste : &lt;i&gt;skh&#234;ma &lt;/i&gt; n'est pas synonyme de &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, le sch&#233;ma est un faux-ami du rythme. Il partage avec lui un contexte s&#233;mantique proche, celui de la forme, voire de la figure, mais avec une nuance de sens qui est bien plus qu'une nuance : le &lt;i&gt;skh&#234;ma &lt;/i&gt; est la forme fixe, le &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; la forme mobile. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand les auteurs grecs rendent &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; par &lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt;, quand nous-m&#234;me le traduisons par &#171; forme &#187;, ce n'est dans les deux cas qu'une approximation. Entre &lt;i&gt;skh&#234;ma &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, il y a une diff&#233;rence : &lt;i&gt;skh&#234;ma&lt;/i&gt; par rapport &#224; &lt;i&gt;ekh&#244;&lt;/i&gt;, &#171; je (me) tiens &#187; (cf. pour la relation lat. &lt;i&gt;habitus : habeo&lt;/i&gt;) se d&#233;finit comme une &#171; forme &#187; fixe, r&#233;alis&#233;e, pos&#233;e en quelque sorte comme un objet. Au contraire &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;, d'apr&#232;s les contextes o&#249; il est donn&#233;, d&#233;signe la forme dans l'instant qu'elle est assum&#233;e par ce qui est mouvant, mobile, fluide, la forme de ce qui n'a pas consistance organique : il convient au &lt;i&gt;pattern &lt;/i&gt; d'un &#233;l&#233;ment fluide, &#224; une lettre arbitrairement model&#233;e, &#224; un p&#233;plos qu'on arrange &#224; son gr&#233;, &#224; la disposition particuli&#232;re du caract&#232;re ou de l'humeur. C'est la forme improvis&#233;e, momentan&#233;e, modifiable.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Benveniste, &#171; La notion de &#8220;rythme&#8221; dans son expression linguistique &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le rythme, entre forme et flux, c'est une forme toujours en formation, c'est la forme qui prend forme en m&#234;me temps qu'on la nomme. Le rythme, c'est la forme spatiale en tant qu'elle est trans-form&#233;e par et dans le temps. On retrouverait d'ailleurs la m&#234;me nuance entre &#171; forme &#187; et &#171; formation &#187;, en allemand, entre &lt;i&gt;Gestalt&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gestaltung&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; s'en tenir &#224; ces premi&#232;res d&#233;finitions, il para&#238;t donc impossible de relever le d&#233;fi d'une repr&#233;sentation spatiale du rythme. &#192; strictement parler, aucun sch&#233;ma ne saurait jamais rendre compte de la fluidit&#233;, de la complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques... mis &#224; part, bien entendu, certaines &#339;uvres d'art, et au premier chef certaines toiles de Paul Klee &#8212; mais qui pr&#233;cis&#233;ment ne sont pas des &#171; sch&#233;mas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense notamment ici au fameux Rhythmisches (Rythmique, ou En rythme, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, c'est l&#224; qu'il s'agit de ne pas confondre le mot et la chose, comme la th&#233;orie et la pratique : ce que nous cherchons &#224; visualiser ici, ce n'est pas un impossible sch&#233;ma du rythme lui-m&#234;me (qui n'existe que dans son dynamisme propre, qui ne vit qu'en renaissant sans cesse), c'est un sch&#233;ma d'une possible pens&#233;e des diff&#233;rents rythmes. D'ailleurs, quitte &#224; prendre le risque de la caricature, une pens&#233;e qui ne peut pas se sch&#233;matiser, litt&#233;ralement, est une pens&#233;e obscure, &#224; la fois peu claire et peu transmissible. Voil&#224; donc le d&#233;fi &#224; relever ici : non celui d'une image du rythme, mais celui d'un sch&#233;ma de son concept. Ce que, logiquement, il faudra faire en (relativement) peu de mots&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lecteur curieux de plus amples d&#233;veloppements pourra se reporter &#224; P. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 1 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser une premi&#232;re vision des rythmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1028 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH413/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema1-71ece.jpg?1714969300' width='500' height='413' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Topologie, qui est aussi doxologie : la priorit&#233; est de pr&#233;senter une vue synoptique des positions ou des opinions en pr&#233;sence, avant d'en faire une typologie critique. Il faut donc commencer par prendre ici le mot &#171; rythme &#187; au sens le plus large possible, englobant a priori l'ensemble de ses significations existantes (d'o&#249; l'usage provisoire des guillemets). Un premier sch&#233;ma possible a ainsi une longue histoire derri&#232;re lui. La classification par Bo&#232;ce, au VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle de notre &#232;re, des th&#233;ories musicales de l'Antiquit&#233;, fait autorit&#233; du Moyen-Age jusqu'au XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &lt;i&gt;musica mundana&lt;/i&gt; (harmonie du monde, harmonie des sph&#232;res), &lt;i&gt;musica humana&lt;/i&gt; (harmonie de l'&#234;tre humain entre les fonctions physiologiques, les facult&#233;s intellectuelles, et les passions), &lt;i&gt;musica instrumentalis&lt;/i&gt; (musique comme r&#233;alit&#233; sonore, produite par des instruments ou par la voix humaine). Sur le m&#234;me mod&#232;le, on peut donc penser les rythmes du monde, les rythmes de l'homme, et les rythmes de la musique. D'ailleurs, Paul Klee propose lui aussi une &#171; diff&#233;renciation fondamentale : &#8220;rythmes cosmiques&#8221; (par exemple, les saisons, le jour et la nuit), &#8220;rythmes organiques&#8221; et &lt;i&gt;rythmes culturels&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Klee, &#201;crits sur l'art, t. I : La pens&#233;e cr&#233;atrice, Paris, Dessain et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par commodit&#233;, on pourra distinguer : &#171; rythmes C comme &lt;i&gt;cosmologiques &lt;/i&gt; &#187; (processus p&#233;riodiques cosmiques), &#171; rythmes B comme &lt;i&gt;biologiques &lt;/i&gt; &#187; (processus p&#233;riodiques inn&#233;s de tout &#234;tre vivant), &#171; rythmes A comme &lt;i&gt;anthropologiques &lt;/i&gt; &#187; (processus p&#233;riodiques et rythmiques acquis de l'&#234;tre humain). Dans cette derni&#232;re cat&#233;gorie, &#171; anthropologique &#187; ne recouvre pas tout ce qui touche &#224; l'humain (auquel cas il faudrait y inclure le biologique), mais ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de l'humain en tant que tel ; c'est-&#224;-dire ici l'ensemble des &#171; rythmes &#187; historiques, techniques, esth&#233;tiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces trois classes (A, B, C) peuvent alors &#234;tre repr&#233;sent&#233;es sch&#233;matiquement sous deux formes diff&#233;rentes, suivant qu'on cherche &#224; d&#233;montrer que tous les rythmes sont imbriqu&#233;s dans une seule et m&#234;me rythmologie, ou qu'on tente de montrer leurs diff&#233;rences et &#233;ventuellement leurs correspondances. Le rythmologue &#171; panrythmiste &#187; &#8212; celui pour qui tout est rythme, et le rythme est tout &#8212; tracera ainsi des cercles concentriques et clos, le plus grand cercle des rythmes cosmologiques incluant le plus petit des rythmes anthropologiques : les rapports englobants entre les trois cercles seront alors des rapports de continuit&#233;. Le chercheur m&#233;thodologiquement prudent tracera quant &#224; lui une s&#233;rie de lignes divisibles &#224; l'infini, formant un arbre possible des diff&#233;rents sens de &#171; rythme &#187; : les rapports entre les trois lignes et leurs subdivisions seront alors des rapports de contigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 2 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser une autre vision des rythmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH573/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema2-e3258.jpg?1714969300' width='500' height='573' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Passant du cercle &#224; l'arbre, on passe en m&#234;me temps de la synth&#232;se apparemment &#233;vidente &#224; l'analyse r&#233;ellement questionnante. Autrement dit, on passe de l'affirmation d'un syst&#232;me m&#233;taphysique aux questions pos&#233;es par une division logique. Ici surgissent naturellement des interrogations que nous retrouvons dans toutes les &#233;tudes rythmologiques, et que nous retrouverons &#233;galement plus loin dans d'autres sch&#233;mas : ainsi en va-t-il d&#233;j&#224; des modes de relations entre les diff&#233;rentes unit&#233;s rythmiques, par exemple de l'influence suppos&#233;e des unes sur les autres&#8230; Ce faisant, il reste toujours &#224; se demander s'il s'agit bien partout du m&#234;me sens du mot &#171; rythme &#187; (d'o&#249; l'usage persistant des guillemets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On pourrait d'ailleurs imaginer encore un autre mode de classification, non plus par domaines d'application, mais par communaut&#233; de p&#233;riodes : lentes, de l'ordre du mois ou de l'ann&#233;e (r&#233;volution des astres, &#171; rythme &#187; des saisons, mais aussi &#171; rythmes &#187; historiques, sociologiques, &#233;conomiques...) ; moyennes, de l'ordre de la journ&#233;e ou de ses divisions (&#171; rythme &#187; nycth&#233;m&#233;ral, des mar&#233;es, mais aussi &#171; rythmes &#187; de travail...) ; rapides, de l'ordre de la minute ou de la seconde (&#171; rythmes &#187; cardiaque, respiratoire, mais aussi &#171; rythmes &#187; musicaux...). On verrait du m&#234;me coup et une fois de plus que, sous le nom de rythme, se trouvent ainsi r&#233;unis un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes dont on peut l&#233;gitimement se demander s'ils appartiennent vraiment au m&#234;me type de r&#233;alit&#233; et, dans ces conditions, pourquoi ils se laisseraient subsumer sous le m&#234;me concept. Le panrythmisme, quant &#224; lui, n'a aucun scrupule &#224; faire varier les rythmes de l'infiniment grand (temporel) &#224; l'infiniment petit. L'avantage d'une classification par p&#233;riodes est alors d'&#233;veiller une critique possible dans le jugement du rythmologue ; outre la question des points communs &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me p&#233;riode, la dimension propre aux p&#233;riodes lentes, par exemple, devrait faire se demander jusqu'o&#249; de tels &#171; rythmes &#187; sont perceptibles par l'homme, et par cons&#233;quent jusqu'o&#249; ils m&#233;ritent toujours ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 3 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser les relations entre les rythmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1033 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH333/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema3-6faee.jpg?1714969300' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une typologie critique ne se contentera pas de classer les rythmes de fa&#231;on s&#233;par&#233;e, mais tentera &#233;galement de les classer selon les relations qu'ils peuvent entretenir entre eux (d'o&#249; ici les entr&#233;es num&#233;riques). Dans cette nouvelle typologie au second degr&#233;, qui inclut la pr&#233;c&#233;dente comme sa condition, les relations interrythmiques pourront &#234;tre ramen&#233;es aux quatre types suivants, par ordre d&#233;croissant du plus au moins fort degr&#233; de r&#233;alit&#233; : premi&#232;rement, relation d'&lt;i&gt;origine &lt;/i&gt; causale (de cause &#224; effet : un rythme est &#224; l'origine d'un autre rythme), et d'origine historique (selon l'anthropologie et la pal&#233;ontologie) ; deuxi&#232;mement, relation d'&lt;i&gt;influence &lt;/i&gt; (action &#224; distance), r&#233;ciproque ou non, sans position explicite d'origine ; troisi&#232;mement, relation d'&lt;i&gt;analogie &lt;/i&gt; (rapport de rapports) ; quatri&#232;mement, relation par position d'un &lt;i&gt;sch&#232;me &lt;/i&gt; entre concret et abstrait. Pour le panrythmisme, ces quatre modes de pens&#233;e ne seraient d'ailleurs nullement exclusifs les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Penser l'origine du rythme, ou le rythme comme origine, causale ou historique, c'est toujours se situer dans une recherche infinie, o&#249; quelques points d'appui, telle l'id&#233;e de communaut&#233;, ne suffisent gu&#232;re &#224; faire oublier le vertige du chercheur. Mais ce qui ressort surtout de cette premi&#232;re typologie, c'est que le rythme, ce n'est pas seulement le rythme de nos pas, le rythme de notre c&#339;ur ou le rythme de notre respiration, ce n'est pas seulement le rythme du geste, de la parole ou de la communaut&#233;, c'est toujours et encore une nature m&#233;diatis&#233;e, transcend&#233;e par une culture. S'il est difficile en effet de nier l'importance des rythmes biologiques subis, c'est pourtant bien par une action proprement humaine, &lt;i&gt;symbolique&lt;/i&gt;, que la marche devient d&#233;marche, voire danse, le battement du c&#339;ur tempo musical, et le rythme respiratoire &#171; souffle &#187; du po&#232;me ou du chant. Le rythme, au-del&#224; de l'origine, devient alors une question fondamentale de m&#233;diation entre le naturel et le culturel en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'influence, r&#233;ciproque ou non, entre divers ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, constitue ici le deuxi&#232;me mode de relation d'une pens&#233;e traditionnelle des rythmes. La caract&#233;ristique principale de l'influence par rapport au premier mode de relation est pr&#233;cis&#233;ment qu'elle ne pr&#233;sente pas toujours de position d'origine ais&#233;ment rep&#233;rable, pr&#233;f&#233;rant lui substituer une fonction, effective ou non, d'action &#224; distance. Une pens&#233;e du rythme comme influence s'attache plus &#224; l'action d'un rythme sur un autre qu'&#224; l'origine de cette action. Paradoxalement, rien n'indique que cette action &#224; distance soit r&#233;elle ; bien souvent, elle n'est qu'imaginaire, induite par le th&#233;oricien ou le praticien, plus que d&#233;duite de la r&#233;alit&#233;. On retrouverait donc ici le probl&#232;me de la l&#233;gitimit&#233; d'une r&#233;flexion en termes d'influence comme d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Quant &#224; l'analogie, il y en a mille possibles (chez Augustin, dans le romantisme allemand, etc.) ; mais en mati&#232;re de r&#233;flexion sur les rythmes, mieux vaut d&#233;velopper une forme d'analogie critique. Ce type d'analogie ne correspond gu&#232;re, il est vrai, &#224; l'&#233;tymologie de son pr&#233;fixe : ana- signifie &#171; en haut &#187;, &#171; vers le haut &#187;, et conf&#232;re &#224; l'analogie l'id&#233;e d'un passage ou d'un d&#233;passement, par exemple vers un ordre sup&#233;rieur, ainsi de l'humain au cosmique ou au divin. Pour penser le rythme aujourd'hui, entre panrythmisme trop large et linguistique trop &#233;troite, il faut sans doute conserver le principe de l'analogie, mais en mettant &#171; hors-circuit &#187;, au moins m&#233;thodologiquement, toute perspective m&#233;taphysique &#8212; &#224; moins d'inclure cette perspective dans un besoin anthropologique lui-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s les modes de l'origine, de l'influence et de l'analogie, le sch&#232;me &#8212; &#224; ne pas confondre ici avec le seul sch&#233;ma &#8212; peut appara&#238;tre enfin comme, d'une certaine mani&#232;re, le plus bas degr&#233; du mode de relation. Il s'agit en effet, non plus avec la pr&#233;tention d'une fid&#233;lit&#233; au r&#233;el, mais avec le souci d'une pr&#233;sence &#224; l'imagination, de se donner les moyens d'une simple repr&#233;sentation d'un rythme &#224; travers un autre rythme (la mer, le souffle, etc.). Comme en son sens kantien, le sch&#232;me ne pose donc rien de plus qu'un rapport imaginaire entre deux rythmes : il ne pose ni une source comme l'origine, ni une action comme l'influence, ni une transcendance comme l'analogie. L&#224; o&#249; l'&lt;i&gt;analogon &lt;/i&gt; donnait &#224; penser, le sch&#232;me ne fait que suppl&#233;er &#224; un d&#233;faut de pens&#233;e : sa seule fonction est de pr&#233;sentification. Il n'est donc pas seulement le plus bas degr&#233; du mode de relation, il est peut-&#234;tre aussi le plus haut degr&#233; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Sch&#233;ma n&#176; 4 :&lt;/strong&gt; Comment sch&#233;matiser un concept possible de rythme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/jpg/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH332/Pierre_Sauvanet_Rythme_Schema4-33734.jpg?1714969300' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le pari de ce dernier sch&#233;ma est de repr&#233;senter visuellement la d&#233;finition d&#233;j&#224; propos&#233;e du concept de rythme &#224; partir de trois champs s&#233;mantiques &#224; la fois s&#233;par&#233;s et combin&#233;s. Au sens large, tout emploi du mot rythme peut en effet se rattacher &#224; l'un des trois concepts suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement. Au sens strict, et par souci de clart&#233;, mieux vaut d'ailleurs r&#233;server l'usage du mot rythme &#224; une combinaison d'au moins deux des trois crit&#232;res, si ce n'est trois de pr&#233;f&#233;rence. &#171; Rythme &#187; = &lt;i&gt;tout ph&#233;nom&#232;ne per&#231;u, subi ou agi, auquel un sujet peut attribuer au moins deux des crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi par exemple, qu'y a-t-il au juste de commun entre les trois expressions suivantes : un &#171; rythme ternaire &#187;, un &#171; rythme biologique &#187;, et un &#171; rythme syncop&#233; &#187; ? Dans ces expressions tr&#232;s simples coexistent d&#233;j&#224; trois sens radicalement diff&#233;rents du mot rythme. La premi&#232;re expression n'a de sens qu'en termes de structure et de discontinuit&#233; : le rythme ternaire est plus pr&#233;cis&#233;ment un m&#232;tre, qui pr&#233;sente une structure discontinue dans lequel le po&#233;tique ou le musical pourra venir s'incarner. Rythme iambique et rythme de valse sont tous deux des rythmes ternaires, c'est-&#224;-dire en somme des &lt;i&gt;structures&lt;/i&gt;. La seconde expression n'a de sens qu'en termes de p&#233;riodicit&#233; et de r&#233;gularit&#233; : un rythme biologique est plus pr&#233;cis&#233;ment un cycle, une p&#233;riode, qui fait r&#233;guli&#232;rement retour sur elle-m&#234;me &#224; partir d'un rep&#232;re s&#233;lectionn&#233;. En d'autres termes encore, &#171; rythme ternaire &#187; d&#233;signe a priori une pure structure formelle, &#224; laquelle seule une p&#233;riodicit&#233; potentielle conf&#233;rerait &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; une temporalit&#233; ; &#171; rythme biologique &#187; d&#233;signe au contraire a priori un simple cycle de battements, se r&#233;p&#233;tant &#224; intervalles r&#233;guliers, auquel seule une structure pens&#233;e &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; conf&#233;rerait une intelligibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces premi&#232;res distinctions &#233;l&#233;mentaires, qui datent de 1974 pour Paul (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La troisi&#232;me expression, enfin, est sans doute la plus importante en mati&#232;re de rythmologie, au sens o&#249; elle est aussi la plus difficile &#224; d&#233;finir. Parler de &#171; rythme syncop&#233; &#187;, en effet, n'a de sens qu'en termes de &lt;i&gt;&#171; mouvement &#187;&lt;/i&gt; (faute d'un meilleur terme) : le rythme syncop&#233; introduit une autre dimension n&#233;cessaire au rythme en tant que tel, celle de la diff&#233;rence dans la r&#233;p&#233;tition, de l'autre dans le m&#234;me, voire de l'arythmique dans le rythmique &#8212; ce qui resterait bien entendu &#224; expliciter... Impossible d'ailleurs de commenter ici tous les param&#232;tres du sch&#233;ma, notamment les analogies toujours probl&#233;matiques entre les dimensions sonores et visuelles des rythmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; nouveau la note 2 ici.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En tout et pour tout, la combinatoire compte donc sept termes (plus les caract&#233;ristiques internes &#224; chacun des crit&#232;res) : S seule, P seule, M seul (qui ne sont pas &#224; proprement parler des rythmes), SP sans M, MS sans P, PM sans S, et SPM. Un rythme au sens fort est alors un ph&#233;nom&#232;ne qui, d&#233;passant ses conditions minimales d'apparition, r&#233;ussit &#224; combiner, &#224; des degr&#233;s divers, et dans quelque ordre que ce soit, tous les crit&#232;res structure-p&#233;riodicit&#233;-mouvement, selon les trois dimensions sch&#233;matique, p&#233;riodique, m&#233;tabolique. Si l'on voulait jouer avec les termes de la triade, suivant qu'on choisit de privil&#233;gier tel ou tel aspect du rythme, et en employant d&#233;lib&#233;r&#233;ment des termes &#224; chaque fois diff&#233;rents &#8212; car la chose est plus importante que le mot &#8212;, on pourrait encore ramener la d&#233;finition restreinte &#224; ces quelques formules : &lt;i&gt;structure p&#233;riodique en mouvement, retour d'une forme en devenir, dynamique d'un cycle ordonn&#233;&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Telle qu'elle se donne, cette d&#233;finition semble purement formelle. Elle implique n&#233;anmoins, par la pr&#233;sence du couple perceptif &lt;i&gt;subi/agi&lt;/i&gt; qui d&#233;termine elle-m&#234;me la pr&#233;sence d'un &lt;i&gt;sujet &lt;/i&gt; par rapport &#224; un &lt;i&gt;ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;, la n&#233;cessit&#233; th&#233;orique d'une sensibilit&#233; esth&#233;tique. Le rythme n'est tel que s'il donne lieu &#224; un d&#233;bordement de sa seule valeur formelle par un sujet rythm&#233; ou rythmant, dans sa mat&#233;rialit&#233; et sa corpor&#233;it&#233; propres. La sch&#233;matisation implique donc que le rythme soit un ph&#233;nom&#232;ne non quelconque dans lequel se joue un rapport d'interaction singulier entre le sujet et l'objet, et dans lequel le concept est toujours d&#233;bord&#233; par le r&#233;el. Il n'y a pas de philosophie du rythme possible sans une ph&#233;nom&#233;nologie de ce qui, dans le rythme, &#233;chappe &#224; la raison, voire d'un sujet qui, par le rythme, s'&#233;chapperait &#224; lui-m&#234;me. Dans une ph&#233;nom&#233;nologie du rythme, les trois concepts de la d&#233;finition deviennent alors des verbes d'action : le rythme structure et/ou p&#233;riodise et/ou mouvemente l'espace-temps &#8212; ou plus exactement : l'espace-temps n'existe pour un sujet que s'il est structur&#233; et/ou p&#233;riodis&#233; et/ou mouvement&#233; par un rythme, en un ici et un maintenant. La d&#233;finition propos&#233;e doit donc se lire sur deux versants, ph&#233;nom&#233;nologique et terminologique : sur son premier versant &lt;i&gt;(&#171; tout ph&#233;nom&#232;ne, per&#231;u ou agi, auquel un sujet peut attribuer... &#187;)&lt;/i&gt;, elle renvoie &#224; un sujet (et donc &#224; une irrationalisation possible du rythme, par commotion du sujet) ; sur son deuxi&#232;me versant &lt;i&gt;(&#171; ...au moins deux des crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement &#187;)&lt;/i&gt;, elle renvoie &#224; un objet (et donc &#224; une rationalisation possible du rythme, par construction de l'objet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Insistons : pour penser le rythme, il s'agit donc de cr&#233;er un syst&#232;me ouvert de concepts &#8212; c'est-&#224;-dire lorsque les concepts d&#233;terminent non une essence &#224; proprement parler, mais une circonstance, une &#171; naissance &#187;. Il ne s'agit pas de dire : &#171; le rythme, c'est SPM &#187;, mais : &lt;i&gt;&#171; quelque chose devient du rythme lorsque SPM sont combin&#233;s en un ph&#233;nom&#232;ne &#187;&lt;/i&gt;. Une n&#233;cessaire analyse conceptuelle du rythme en trois moments s&#233;par&#233;s ne doit donc pas faire oublier, dans son formalisme m&#234;me, la pr&#233;sence &lt;i&gt;pour un sujet&lt;/i&gt; du rythme comme tel, c'est-&#224;-dire comme &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;. Le rythme se pr&#233;sente d'abord &#224; notre perception comme un tout qualitatif continu, un &#171; flux &#187;, dont la d&#233;composition quantitative intervient toujours apr&#232;s-coup. L'un des paradoxes, et non le moindre, avec lequel composer, est en effet de diviser l'indivisible ; mais l'indivisible, on le sait, est de l'ordre du sentir, le divisible, de l'ordre du comprendre. Encore faut-il maintenant rassembler le divisible, pour &lt;i&gt;com-prendre&lt;/i&gt; effectivement. Un rythme qui se tient, un rythme qui &#171; tient &#187; le sujet percevant &lt;i&gt;(ekhein)&lt;/i&gt;, c'est un syst&#232;me dynamique de tensions. Tous les ph&#233;nom&#232;nes rythmiques &#8212; comme le rythme grec &#8212; se jouent &#224; la fois et indissociablement entre forme et flux, et g&#233;n&#232;rent un troisi&#232;me terme qui les d&#233;passe tous deux. Tout rythme, pour &#234;tre tel, et quelle que soit la discontinuit&#233; possible de sa structure, doit donner l'impression d'une fluidit&#233; spontan&#233;e. Mais la forme ne pr&#233;existe pas n&#233;cessairement au flux : la forme se cr&#233;e aussi dans le flux, comme le tourbillon se cr&#233;e dans le cours. Telle est bien en dernier ressort la dialectique de la formalisation du rythme et de la rythmisation de la forme : la seconde vient en r&#233;alit&#233; avant la premi&#232;re, et la premi&#232;re ne rend jamais int&#233;gralement raison de la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une pr&#233;sentation th&#233;orique ne peut donc &#234;tre qu'analytique et successive, comme dans l'&#233;num&#233;ration discursive qui pr&#233;c&#232;de. Dans le rythme r&#233;el comme synth&#232;se r&#233;elle, il va de soi que toutes les &#171; branches &#187; du m&#234;me &#171; arbre &#187; rythmique (SPM) coexistent en m&#234;me temps, &#224; des degr&#233;s divers, et pas toujours &#224; la place que leur assigne le discours conceptuel. C'est pourquoi l'esquisse d'une visualisation n'est peut-&#234;tre pas vaine, non par une forme arborescente, mais par intersection d'ensembles de formes diff&#233;rentes, en y ins&#233;rant enfin une sorte de &#171; case vide &#187;. Ce n'est pas l&#224; pure coquetterie, ni simple artifice d'&#233;criture : sans le blanc, la figure n'est pas compl&#232;te ; car le blanc est l&#224; pour signifier que, dans le rythme, quelque chose &#233;chappe toujours &#224; la raison &#8212; et c'est m&#234;me la raison pour laquelle le rythme n'est pas exactement un concept&#8230; Dans le sch&#233;ma, il y a ce qui, dans le rythme, se laisse &#171; arraisonner &#187; (les trois crit&#232;res), et ce qui &#233;chappe &#224; la raison (la case vide). Le rythme est &#224; la fois compr&#233;hensible par la triade conceptuelle et rigoureusement irr&#233;ductible &#224; elle. Le rythme donne donc &#224; penser non seulement un syst&#232;me au minimum ternaire &#8212; contre la pulsation unitaire : p&#233;riodicit&#233; sans structure ni mouvement, contre la cadence binaire : structure et p&#233;riodicit&#233; sans mouvement &#8212;, mais encore un syst&#232;me qui, en fonction des variations de son troisi&#232;me terme, s'&#233;chappe n&#233;cessairement &#224; (de) lui-m&#234;me. Au sens technique du terme, le rythme se m&#233;nage toujours un syst&#232;me d'&lt;i&gt;&#233;chappement&lt;/i&gt;. Le sch&#233;ma, c'est la forme fixe du rythme. Et le reste, c'est le &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; du rythme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Benveniste, &#171; La notion de &#8220;rythme&#8221; dans son expression linguistique &#187; (1951), &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, t. 1, Paris, Gallimard, 1966, coll. &#171; Tel &#187;, p. 333. Pour une synth&#232;se, voir aussi P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense notamment ici au fameux &lt;i&gt;Rhythmisches &lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Rythmique&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;En rythme&lt;/i&gt;, de 1930, conserv&#233; au Centre Pompidou), qui a d&#233;j&#224; fait l'objet de nombreux commentaires (cf. entre autres, P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. II, &lt;i&gt;Rythmanalyses&lt;/i&gt;, p. 18-36, et &#171; Question de rythmes, questions de rythme &#187;, &lt;i&gt;Rythmes de l'homme, rythmes du monde&lt;/i&gt;, co-dir. C. Doumet, A. Wald Lasowski, Paris, Hermann, 2010, p. 23-24).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le lecteur curieux de plus amples d&#233;veloppements pourra se reporter &#224; P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison, op. cit.&lt;/i&gt;, t. I, &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;, d'o&#249; ces sch&#233;mas sont extraits, avec les rep&#232;res suivants : p. 19 pour le premier sch&#233;ma, p. 20 pour le second, p. 75 pour le troisi&#232;me, et p. 214 pour le quatri&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Klee, &lt;i&gt;&#201;crits sur l'art, t. I : La pens&#233;e cr&#233;atrice&lt;/i&gt;, Paris, Dessain et Tolra, 1980, p. 268.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Ces premi&#232;res distinctions &#233;l&#233;mentaires, qui datent de 1974 pour Paul Fraisse (&lt;i&gt;Psychologie du rythme&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1974, et m&#234;me d&#232;s 1956 pour &lt;i&gt;Les Structures rythmiques&lt;/i&gt;, Publications universitaires de Louvain), et de 1990 pour nos propres travaux (notice &#171; Rythme &#187; de l'&lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Thesaurus&lt;/i&gt;, Paris, 1990), sont d'ailleurs reprises en 1998 dans le &lt;i&gt;Trait&#233; du rythme&lt;/i&gt; de Dessons et Meschonnic (Paris, Dunod, 1998), qui ne cite pas toujours ses sources (voir p. 25 pour la structure et la p&#233;riodicit&#233;, p. 52 pour le mouvement).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir &#224; nouveau la note 2 ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question du rythme dans l'&#339;uvre d'Henri Maldiney : approche et discussion
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article736</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article736</guid>
		<dc:date>2012-10-28T19:22:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Sauvanet
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; lors du colloque &#171; Henri Maldiney &#8211; une existence philosophique &#187;, organis&#233; par Pierre Mathey, pr&#233;sident de l'Association Internationale Henri Maldiney, Jean-Philippe Pierron, doyen de la facult&#233; de philosophie de l'Universit&#233; Jean Moulin Lyon 3 et Jocelyn Benoist, directeur des Archives Husserl, &#224; Paris, ENS Ulm, le 14 octobre 2012. Nous remercions Pierre Sauvanet et P&#239;erre Mathey de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Juste un souvenir, si vous voulez bien, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique25" rel="directory"&gt;Philosophie
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;1. Approche&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;1. Approche&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;2. Discussion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;2. Discussion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; lors du colloque &#171; Henri Maldiney &#8211; une existence philosophique &#187;, organis&#233; par Pierre Mathey, pr&#233;sident de l'Association Internationale Henri Maldiney, Jean-Philippe Pierron, doyen de la facult&#233; de philosophie de l'Universit&#233; Jean Moulin Lyon 3 et Jocelyn Benoist, directeur des Archives Husserl, &#224; Paris, ENS Ulm, le 14 octobre 2012. Nous remercions Pierre Sauvanet et P&#239;erre Mathey de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Juste un souvenir, si vous voulez bien, pour commencer&#8230; Non pas de ma premi&#232;re rencontre avec Henri Maldiney, car je dois bien dire que je n'ai jamais eu cette chance ; mais du moins de la premi&#232;re fois o&#249; j'ai entendu parler de son &#339;uvre et de sa pens&#233;e. C'&#233;tait l'&#233;t&#233; 1989, au Centre Culturel de Cerisy-la-Salle, o&#249; j'assistais alors comme &#233;tudiant au colloque sur les Rythmes, organis&#233; par Jean-Jacques Wunenburger. Lors d'une des discussions informelles qui font le charme du lieu, l'un des participants &#8212; dont j'ai r&#233;ellement oubli&#233; le nom &#8212; me demanda, l'air de rien, si je connaissais les travaux sur le rythme d'Henri Maldiney. Et moi qui croyais na&#239;vement avoir fait le tour de la bibliographie sur la question, je fus piqu&#233; au vif par ma propre ignorance... Je lui demandai alors en retour s'il pouvait r&#233;sumer cette autre vision du rythme, et m'expliquer en quelques mots de quoi il retournait. Ce fut logiquement &#224; son tour d'&#234;tre confus, et dans les deux sens du mot : je ne pus recueillir, en guise d'explication, qu'une sorte de grommellement accompagn&#233; par un geste large de la main brassant l'air. Il me dit alors : &#8212; &lt;i&gt;Le rythme ? C'est&#8230; comment dire&#8230; une sorte de vertige&#8230; quelque chose comme un tourbillon&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Depuis ce jour, j'avoue bien humblement que j'ai toujours &#233;t&#233; intimid&#233; par la pens&#233;e d'Henri Maldiney, et je ne suis toujours pas certain d'avoir aujourd'hui les comp&#233;tences ph&#233;nom&#233;nologiques pour &#171; saisir &#187; pleinement sa parole tournoyante, parfois insaisissable. Ce que je sais en revanche, c'est du moins que j'essaie toujours d'en &#171; comprendre &#187; le sens et l'essence, au sens &#233;tymologique de prendre-ensemble, en revenant sans cesse aux textes, et en les laissant r&#233;sonner en moi. Gr&#226;ce &#224; l'aimable invitation de Pierre Mathey et de l'AIHM, je vais donc tenter d'&#233;claircir, pour vous comme pour moi, ce qui rel&#232;ve chez Henri Maldiney d'une th&#233;orie sp&#233;cifique du rythme &#8212; ou des rythmes &#8212;, en la mettant autant que faire se peut en relation avec d'autres points de vue, ant&#233;rieurs, contemporains ou post&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; La pr&#233;sente r&#233;flexion se propose de s'articuler en deux temps. Premi&#232;rement, il importe aujourd'hui de tenter une nouvelle synth&#232;se des apports th&#233;oriques de l'esth&#233;tique de Maldiney &#224; partir de son approche des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques (apr&#232;s notamment l'article d'Eliane Escoubas en 1999&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. E. Escoubas, &#171; Le rythme et le ph&#233;nom&#232;ne, l'esth&#233;tique d'Henri Maldiney (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deuxi&#232;mement, l'analyse des textes pourra ouvrir un espace de discussion autour du sens &#224; donner ici au mot &#171; rythme &#187; (en s'appuyant notamment sur cette citation : &#171; Il n'y a d'esth&#233;tique que du rythme. / Il n'y a de rythme qu'esth&#233;tique &#187;). Le plan sera donc le suivant ; les entr&#233;es num&#233;riques, qui n'ont aucune valeur ni de scientificit&#233; ni d'exhaustivit&#233;, ne sont l&#224; que pour m'aider moi-m&#234;me &#224; y voir plus clair &#8212; ou &#224; entendre plus distinctement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;1. Approche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1. Critique du faux rythme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Partons du dernier texte in&#233;dit paru sur le rythme : les &#171; Notes sur le rythme &#187;, republi&#233;es dans le recueil Henri Maldiney : penser plus avant&#8230;, dirig&#233; par Jean-Pierre Charcosset. Malgr&#233; &#8212; ou pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; &#8212; leur aspect relativement fragmentaire, ces notes nous donnent sans doute le meilleur r&#233;sum&#233; de l'essentiel de la th&#233;orie maldinienne. Citons int&#233;gralement ici les trois premiers paragraphes, puis reprenons clairement les deux objections majeures :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Presque toutes les d&#233;finitions du rythme s'inscrivent dans la perspective de celle d'Aristote : &#171; Le rythme est l'ordre des temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, celle du Robert : &#171; Rythme : distribution d'une dur&#233;e en une suite d'intervalles r&#233;guliers, rendue sensible par le retour d'un rep&#232;re et dou&#233;e d'une fonction et d'un caract&#232;re esth&#233;tiques &#187; ; d&#233;finition aussi m&#233;ticuleuse que fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formants d'un rythme ne sont pas, en effet, des intervalles mais des &#171; tensions &#187; de dur&#233;e dont la distribution n'est pas l'expression d'une loi, et dont l'unit&#233; ne cesse de surgir &#224; l'&#233;tat naissant. Le retour p&#233;riodique du m&#234;me &#8212; le principe de r&#233;p&#233;tition &#8212; est la n&#233;gation absolue de cette cr&#233;ation d'impr&#233;visible et ind&#233;pla&#231;able nouveaut&#233; dont un rythme est l'av&#232;nement-&#233;v&#233;nement. Attribuer &#224; ce retour une valeur esth&#233;tique suppose la m&#234;me m&#233;connaissance. Une configuration temporelle ou spatiale n'acc&#232;de pas au rythme du fait qu'elle serait dou&#233;e d'une fonction esth&#233;tique d&#233;finissable a priori en dehors d'elle. Son moment esth&#233;tique ne lui survient pas. Il est sa dimension m&#234;me, son moment d'existence.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#171; Notes sur le rythme &#187;, Henri Maldiney : penser plus avant&#8230;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;1.1.1. Contre la cadence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La confusion que veut &#224; tout prix &#233;viter, et faire &#233;viter, Maldiney, est avant tout celle du rythme avec la cadence. Derri&#232;re ce mot, o&#249; le philologue entend la marque de la chute, r&#233;guli&#232;re, obstin&#233;e, on retrouve la notion plus abstraite de mesure, qui renvoie elle-m&#234;me &#224; un espace-temps m&#233;trique, celui du temps spatialis&#233; des horloges. C'est ainsi que Maldiney peut convoquer dans la suite du texte deux images oppos&#233;es de la cadence d'une part, et du rythme d'autre part : soit respectivement le tic-tac et la vague. L&#224; o&#249; le tic-tac (qui est d'ailleurs plus exactement un tic-tic, le nom &#233;voquant lui-m&#234;me l'action groupante du cerveau) est une mesure dans tous les sens du terme, &#224; la limite une &lt;i&gt;Gestalt&lt;/i&gt;, fonctionnant par intervalles r&#233;guliers, la vague, elle, est toujours en formation &lt;i&gt;(Gestaltung)&lt;/i&gt;, en auto-mouvement, vivant en quelque sorte sur la cr&#234;te d'elle-m&#234;me, renaissant sans cesse de ses propres failles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On a pu rapprocher la &#171; station rythmique de l'&#339;uvre d'art &#187; chez Maldiney et Deleuze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. J.-C. Goddard, &#171; Henri Maldiney et Gilles Deleuze. La station rythmique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). On pourrait surtout tracer ici un parall&#232;le entre la critique de Maldiney et celle de Meschonnic (au-del&#224; du partage apparent mais anecdotique des pr&#233;noms et des initiales). La premi&#232;re, philosophique et ph&#233;nom&#233;nologique, remonte &#224; 1967, ann&#233;e de publication de &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;. La seconde, po&#233;tique et stylistique, date de 1982. Curieusement, Meschonnic aura la dent assez dure envers Maldiney, alors qu'il lui doit sans doute une intuition similaire, celle du rythme comme mouvement, et notamment mouvement de la parole. D&#233;j&#224;, Maldiney en 1967 pouvait nous inviter &#224; ne pas &#171; confondre de pr&#232;s ou de loin le rythme et la cadence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, Regard Parole Espace, Lausanne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de m&#234;me qu'il commentait largement l'article de Benveniste de 1951&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. E. Benveniste, &#171; La notion de &#8220;rythme&#8221; dans son expression linguistique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui servira pr&#233;cis&#233;ment de base &#224; l'analyse de Meschonnic. Or, l&#224; o&#249; on aurait pu s'attendre &#224; un plus bel hommage, Maldiney n'appara&#238;t en tout et pour tout que sur une page de la &lt;i&gt;Critique du rythme&lt;/i&gt; : &#171; La valorisation la plus grande du rythme n'apporte rien &#224; sa th&#233;orie. Ce que fait l'esth&#233;tique des ph&#233;nom&#233;nologues, dans son discours de la v&#233;rit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, Critique du rythme. Anthropologie historique du langage, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On aura compris ce qui s&#233;pare radicalement Maldiney et Meschonnic : la v&#233;rit&#233; de l'&#339;uvre d'art chez l'un, l'histoire du discours du sujet chez l'autre. Il n'en reste pas moins que, dans ce combat contre la cadence, Maldiney appara&#238;t bien comme pr&#233;curseur, et avant Meschonnic en l'occurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1.1.2. Contre la fonction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La seconde erreur des d&#233;finitions classiques est donc de voir dans le rythme quelque chose comme une &#171; fonction &#187; esth&#233;tique. L'erreur, selon Maldiney, consiste bien &#224; attribuer au ph&#233;nom&#232;ne rythmique quelque chose &#224; la fois d'&lt;i&gt;ant&#233;rieur &lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;ext&#233;rieur &lt;/i&gt; &#224; lui. Or, rien n'est ant&#233;rieur au ph&#233;nom&#232;ne rythmique, car il se d&#233;ploie toujours dans l'instant ; et rien n'est ext&#233;rieur &#224; lui, dans la mesure o&#249; il n'est pas une mesure, pr&#233;cis&#233;ment, c'est-&#224;-dire qu'il ne saurait ob&#233;ir &#224; autre chose qu'&#224; lui-m&#234;me, ou mieux, qu'il semble parfois faire ob&#233;ir toutes choses &#224; lui. Pr&#233;sents &#224; lui, nous nous d&#233;couvrons alors pr&#233;sents &#224; nous : comme le dit souvent Maldiney, le rythme est un existential. Telle est bien la suite du texte d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; Un rythme ne se d&#233;roule pas dans le temps et dans l'espace. Il est le g&#233;n&#233;rateur de son espace-temps. Il ne s'explique pas en lui, il l'implique. [&#8230;] Or, ce rythme, on ne peut l'avoir devant soi. Il n'est pas de l'ordre de l'avoir. Nous sommes au rythme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#171; Notes sur le rythme &#187;, op. cit., p. 20.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ressentir un rythme, c'est le faire sien. Ma&#238;triser un rythme, c'est &#234;tre ma&#238;tris&#233; par lui. Avoir un rythme, c'est l'&#234;tre. Le psychanalyste et ph&#233;nom&#233;nologue Nicolas Abraham a d'ailleurs lui aussi produit une th&#233;orie de ce type tr&#232;s particulier de conscience qu'il nomme la &#171; conscience rythmisante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. N. Abraham, Rythmes. De l'&#339;uvre, de la traduction et de la psychanalyse, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; laquelle nous ne pouvons ici que renvoyer. La perception d'un rythme est en r&#233;alit&#233; une rythmisation de la perception. Et ce qui se joue dans le rythme, c'est &#224; la fois la position du sujet et son d&#233;placement, son d&#233;centrement. Pour le dire encore autrement : l'&#233;tat rythmique est &#224; la fois la marque et le brouillage du sujet. La marque du sujet, c'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de rythme sans sujet percevant ou agissant. Mais son brouillage &#233;galement, c'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de sujet du rythme sans sujet rythm&#233;, sans &#171; rythmisation &#187; du sujet en retour. On voit bien ici &#224; quel point nous sommes loin d'une fonction pr&#233;d&#233;termin&#233;e du rythme esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;1.2. &#201;loge du rythme vrai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si l'esth&#233;tique des rythmes de Maldiney trouve sa pertinence, c'est bien parce qu'elle n'est pas une approche ext&#233;rieure aux rythmes qu'elle &#233;tudie (comme lorsqu'un Pius Servien r&#233;duit la rythmologie &#224; une arithmologie, le plus souvent celle du nombre d'or&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. P. Servien, Les Rythmes comme introduction physique &#224; l'esth&#233;tique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Henri Maldiney tente toujours de rendre raison du rythme en quelque sorte de l'int&#233;rieur. Outre &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187; et les &#171; Notes sur le rythme &#187;, d&#233;j&#224; cit&#233;s, nous pouvons faire intervenir ici un troisi&#232;me texte important de Maldiney, &lt;i&gt;Art et Existence&lt;/i&gt; : &#171; La formation d'une forme est une mutation de l'espace-temps : elle est rythme. Ici &#224; nouveau se fait jour la d&#233;finition d&#233;j&#224; donn&#233;e du rythme : une transformation de l'espace-temps en... lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, Art et existence, Paris, Klincksieck, 1976, p. 183.&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette nouvelle d&#233;finition, s'inscrivent &#224; la fois le mouvement et l'int&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1.2.1. Pour le mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il ne s'agit pas ici du degr&#233; de rapidit&#233; auquel on doit jouer telle musique, &lt;i&gt;allegro &lt;/i&gt; par exemple (le tempo appartient au sens strict au chapitre de la p&#233;riodicit&#233;), ni &#224; proprement parler du mouvement platonicien du corps dans la danse (&lt;i&gt;kineseos taxis&lt;/i&gt;, ordre du mouvement, en &lt;i&gt;Lois&lt;/i&gt;, 665a), mais de tout ce qui fait que le rythme &#171; vit &#187; &#8212; la m&#233;taphore vitale restant encore &#224; interroger &#8212;, en tout cas &#233;volue, rebondit &#224; sa mani&#232;re, pour &#234;tre rythme &#224; part enti&#232;re. Le mouvement, qu'il soit dans l'espace ou dans le temps, ce sont toutes les formes de la syncope. Le mouvement, c'est la forme mouvante &lt;i&gt;(rhuthmos)&lt;/i&gt; oppos&#233;e &#224; la forme fixe &lt;i&gt;(skh&#234;ma)&lt;/i&gt;, c'est le flux et cette &#171; mani&#232;re particuli&#232;re de fluer &#187; selon les &#171; configurations particuli&#232;res du mouvant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Benveniste, op. cit., p. 333.&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'&#233;voque Benveniste dans son article, et qui reste n&#233;cessairement in(d&#233;)fini dans la d&#233;finition, mais qui distingue un v&#233;ritable rythme d'une simple r&#233;p&#233;tition. Comme le dit encore Maldiney, &#171; le propre du rythme est d'impliquer en chaque phase, simultan&#233;ment, des directions contraires qu'il int&#232;gre &#224; titre d'&#233;l&#233;ments radicaux d'un indivisible proc&#232;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, Art et existence, op. cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela est &#233;galement tr&#232;s juste : il y a quelque chose dans le rythme qui lui donne un caract&#232;re absolument fluide, au-del&#224; de la forme. L'un des paradoxes notables du rythme est que, tout en &#233;tant constitu&#233; d'&#233;l&#233;ments que l'on peut analyser comme &#233;tant discontinus, il se donne toujours &#224; nous sous la forme synth&#233;tique d'une continuit&#233; &#8212; et d'une continuit&#233; en mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1.2.2. Pour l'int&#233;riorit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Respirer ! toi po&#232;me invisible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pur &#233;change perp&#233;tuel contre cet &#234;tre mien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de tout l'espace du monde. Contrepes&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o&#249; moi-m&#234;me &#224; moi-m&#234;me rythmiquement j'adviens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. M. Rilke, Sonnets &#224; Orph&#233;e, II, cit&#233; ici par H. Maldiney, Regard Parole (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On sait que Maldiney cite tr&#232;s souvent cette traduction du po&#232;me de Rilke. La respiration est &#224; la fois inspiration et expiration, mouvement rythmique de mon &#234;tre m&#234;me, jusque dans la fameuse &#171; inspiration &#187; du po&#232;te, que notre commentaire ne ferait qu'affadir. Le sch&#232;me du respirer permet ainsi de prendre conscience de ce dont nous n'avons d'ordinaire pas conscience : le simple fait que le souffle nous relie &#224; la vie. Les lectures de Maldiney &#233;tant infinies, les relations du rythme et du souffle apparaissent aussi bien du c&#244;t&#233; de l'Occident que du c&#244;t&#233; de l'Orient. En effet, comment ne pas penser ici &#224; la philosophie chinoise, et notamment au terme &lt;i&gt;qiyun&lt;/i&gt;, qui signifie pr&#233;cis&#233;ment, et indissociablement, &#171; rythme et souffle &#187; ? Xie He, peintre et th&#233;oricien de la fin du V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, dont les principes de la peinture sont au fondement de toute l'esth&#233;tique chinoise, formule ainsi le premier de ces six principes : &lt;i&gt;&#171; Qiyun Shengtong &#187;&lt;/i&gt;, ce qui peut se traduire par : &#171; le rythme harmonique du souffle, c'est le mouvement de la vie &#187;, ou encore par : &#171; Souffle rythmique. Rendre vivant et anim&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Respectivement selon N. Vandier-Nicolas, art. &#171; qiyun (souffle, rythme) &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d'autres termes, le &lt;i&gt;qiyun &lt;/i&gt; serait cet accord silencieux entre le peintre et son sujet, cette &#171; r&#233;sonance &#187; entre l'esprit du monde et celui de l'artiste, lorsqu'il sent dans la main qui tient le pinceau une certaine &#171; pulsation &#187; qui le pousse &#224; peindre. Mais il y a aussi une autre signification : celle de l'&#233;quilibre du &lt;i&gt;qiyun&lt;/i&gt;, comme articulation du souffle dans le dessin lui-m&#234;me. Un dessin ne &#171; respire &#187; vraiment que s'il est isol&#233; sur la page blanche. Il faut un &#171; rythme-souffle &#187; entre les traits noirs et les espaces blancs pour que le dessin prenne vie. Dans le dessin, c'est donc le vide qui poss&#232;de l'&#233;nergie, qui fait s'animer le plein de la figure, par le rythme des traits. Ce principe implique donc le vide comme condition premi&#232;re du rythme : la vie est dans le vide, le suspens du respirer, entre inspiration et expiration. Le blanc en po&#233;sie, le vide en peinture &#8212; et j'ajouterais volontiers le silence en musique : tous produisent du sens par l'absence, du rythme par le respirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On sait d'ailleurs que cette proximit&#233; avec la pens&#233;e chinoise se retrouvera dans la c&#233;l&#232;bre analyse des &lt;i&gt;Kakis &lt;/i&gt; de Mu Ch'i : &#171; Ce qui dans cette &#339;uvre s'ouvre &#224; nous et nous ouvre &#224; nous-m&#234;me, ce n'est aucune esp&#232;ce d'objet, c'est un rythme. Un rythme na&#238;t de rien et il est Un. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, Ouvrir le rien. L'art nu, Paris, Encre Marine, 2000, r&#233;&#233;d. Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais ici peut appara&#238;tre un premier probl&#232;me. Si la ph&#233;nom&#233;nologie depuis Husserl est une recherche d'essences, peut-on r&#233;ellement trouver une essence du rythme ? &#171; Qu'est-ce &#8212; en toute rigueur &#8212; que le rythme ? On peut, on doit d&#233;terminer scientifiquement les conditions physiologiques, physiques, psychologiques, de son apparition, de ses variations, de sa disparition ; mais cela ne nous dit pas ce qu'il est en lui-m&#234;me. Question m&#233;taphysique, r&#233;ponse inefficiente, pensent beaucoup : qui tient le fait n'a que faire de l'essence. Mais justement le rythme a lieu au-del&#224; des ph&#233;nom&#232;nes physiques, ses &#233;l&#233;ments fondateurs. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, op. cit., p. 158.&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Par cette phrase, Henri Maldiney, &#224; la suite de Ludwig Klages, se met clairement &#224; la recherche d'un &#171; &#234;tre &#187; du rythme, d'une essence du ph&#233;nom&#232;ne rythmique. Mais &#8212; &#171; en toute rigueur &#187; &#8212; y a-t-il autre chose que des rythmes existants, jou&#233;s, entendus, dans&#233;s, v&#233;cus ? Que veut dire que &#171; le rythme a lieu au-del&#224; des ph&#233;nom&#232;nes physiques &#187; ? Il se pourrait qu'on se heurte ici &#224; un nouvel obstacle, que l'on pourrait nommer un &#171; essentialisme &#187; du ph&#233;nom&#232;ne rythmique. C'est donc &#171; essentiellement &#187; sur ce point que portera notre discussion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;2. Discussion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1. &#201;loge de Maldiney rythmo-ph&#233;nom&#233;nologue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Comme on l'a vu, Henri Maldiney n'est certes pas le premier philosophe &#224; s'int&#233;resser aux ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Mais il est sans doute l'un des premiers, sinon le premier, &#224; faire du rythme le c&#339;ur d'une philosophie hautement personnelle, en m&#234;me temps qu'il le distingue clairement de la cadence ou de la mesure. En ce sens, il est difficile de ne pas reconna&#238;tre en Maldiney &#224; la fois l'h&#233;ritier d'une lign&#233;e rythmologique, et le pr&#233;curseur d'une pens&#233;e rythmologique nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
2.1.1. Synth&#232;se esth&#233;tique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si l'on s'attarde quelques instants sur ses influences en ce domaine, on peut imaginer une continuit&#233; entre philosophes et artistes qui donnerait la g&#233;n&#233;alogie suivante : H&#233;raclite (et m&#234;me si, comme on sait, le mot m&#234;me de &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; ne figure pas dans les &lt;i&gt;Fragments &lt;/i&gt; ; on pense donc ici &#224; H&#233;raclite en tant qu'il permet une pens&#233;e du rythme plus fluide que formelle, distincte d&#232;s l'origine grecque de Platon ou d'Aristote), H&#246;lderlin (&#171; Toute &#339;uvre d'art n'est qu'un seul et m&#234;me rythme. Tout n'est que rythme. La destin&#233;e de l'homme est un seul rythme c&#233;leste, comme toute &#339;uvre d'art est un rythme unique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos de H&#246;lderlin &#224; Bettina von Arnim (cf. J.-C. F. H&#246;lderlin, &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), Schelling (pour son ontologie du fond, &lt;i&gt;Grund&lt;/i&gt;, sans oublier le commentaire qu'en donne l&#224; aussi Heidegger), Paul Klee (pour la &lt;i&gt;Gestaltung &lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;&#171; Werk ist Weg &#187;&lt;/i&gt;), Ludwig Klages (dont Maldiney aura lu en allemand l'ouvrage &lt;i&gt;Vom Wesen des Rhythmus&lt;/i&gt;, o&#249; se d&#233;veloppe notamment l'id&#233;e vitale que, si la mesure r&#233;p&#232;te, le rythme renouvelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L. Klages, Vom Wesen des Rhythmus (1923), in S&#228;mtliche Werke, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), Erwin Straus enfin bien s&#251;r (avant la parution de la traduction fran&#231;aise, l&#224; encore, son ouvrage &lt;i&gt;Vom Sinn der Sinne&lt;/i&gt; est souvent cit&#233; par Maldiney, notamment pour la distinction fondamentale entre moment gnosique et moment pathique, et sa lecture est manifestement contemporaine de l'&#233;criture de l'esth&#233;tique des rythmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. H. Maldiney, &#171; Le d&#233;voilement de la dimension esth&#233;tique dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Chez ces derniers auteurs, on trouverait aussi des textes d&#233;cisifs, non seulement sur la musique, mais sur la danse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La synth&#232;se personnelle de Maldiney est ici remarquable, en ce qu'elle cristallise un h&#233;ritage. Au-del&#224; de ces influences ais&#233;ment rep&#233;rables, l'originalit&#233; profonde de Maldiney sur la question du rythme est indiscutable : nul autre que lui ne fait du rythme un concept d'une telle force philosophique &#8212; et ce, d'autant plus qu'il n'est pas exactement un concept, qu'il serait m&#234;me presque l'anti-concept, comme nous le verrons plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
2.1.2. Analyse existentielle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'une des originalit&#233;s, et non des moindres, de l'apport de Maldiney, est qu'il n'est pas seulement th&#233;orique, mais existentiel, au sens de l'analyse du m&#234;me nom. On conna&#238;t son engagement aux c&#244;t&#233;s de la psychologie et de la psychiatrie, notamment depuis ses travaux sur Ludwig Binswanger, repris dans &lt;i&gt;Regard Parole Espace&lt;/i&gt;, parall&#232;lement aux textes sur les rythmes. On conna&#238;t &#233;galement, dans cette perspective psychologique, tous les nouveaux textes auxquels la pens&#233;e de Maldiney a pu donner lieu, notamment dans les sections centrales du recueil de Jean-Pierre Charcosset, Henri Maldiney : penser plus avant&#8230; Il n'est donc pas question ici de reprendre l'int&#233;gralit&#233; de ces analyses. Il suffira d'insister sur un point : la dimension vitale du rythme lui-m&#234;me. Comme le dit Maldiney en pensant &#224; Platon : &#171; La mesure introduit la limite &lt;i&gt;(p&#233;ras)&lt;/i&gt; dans l'illimit&#233; &lt;i&gt;(apeiron)&lt;/i&gt;. Or le destin du rythme se joue entre ces deux extr&#234;mes : il meurt d'inertie ou de dissipation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, op. cit., p. 158. L'auteur fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; D'inertie, si la mesure (la &#171; structure &#187;) le limite trop ; de dissipation, si le &#171; mouvement &#187; l'illimite trop. Pour bien comprendre cette position, qui n'est pas d&#233;velopp&#233;e dans la suite de ce texte pr&#233;cis, on peut la rapprocher d'une autre phrase, prononc&#233;e vingt-cinq ans plus tard dans le cadre d'un entretien : il faut toujours penser le rythme &#171; avec ces variations qui sont les moments rythmiques, les moments en lesquels le rythme menac&#233; de s'an&#233;antir, rejaillit &#224; lui-m&#234;me. [...] Ce renouvellement, c'est au fond ce qui fait que l'esth&#233;tique est aussi une &#233;thique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, propos recueillis par C. Youn&#232;s et M. Mangematin, &#171; En visite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On pourrait ici int&#233;grer de longs d&#233;veloppements sur l'&lt;i&gt;ethos &lt;/i&gt; du &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, ainsi que sur la citation suivante, nous nous permettons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;2.2. Questions &#224; Maldiney rythmicien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais voici venu le temps des questions. Repartons maintenant d'une proposition en forme de diptyque, qui surgit au c&#339;ur de &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, et dont Maldiney semble faire une sorte de formule-cl&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a d'esth&#233;tique que du rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a de rythme qu'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux propositions ne sont pas l'envers l'une de l'autre. Car le mot &lt;i&gt;esth&#233;tique &lt;/i&gt; n'a pas le m&#234;me sens dans les deux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, op. cit., p. 153 (et p. 208 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;2.2.1. Esth&#233;tique ou esth&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On ajouterait volontiers que le mot &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt; lui-m&#234;me n'a pas le m&#234;me sens dans les deux propositions. Selon l'auteur en effet, le mot &lt;i&gt;esth&#233;tique &lt;/i&gt; est pris au sens restreint dans la premi&#232;re (c'est-&#224;-dire au sens de th&#233;orie de l'art), au sens large dans la seconde (c'est-&#224;-dire au sens grec de sensation ou de sensibilit&#233;). &#171; Il n'y a d'esth&#233;tique que du rythme &#187; signifie alors que &#171; le rythme est l'essence de l'art et il est son existence, &#233;tant l'acte du style &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 172.&#034; id=&#034;nh6-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quasi r&#233;ciproquement, &#171; il n'y a de rythme qu'esth&#233;tique &#187; signifie que tout rythme est de l'ordre du sentir, que le rythme est la v&#233;rit&#233; de la sensation. Mais le mot &lt;i&gt;rythme &lt;/i&gt; &#233;galement n'est-il pas pris en un sens &#171; ontologique &#187; dans la premi&#232;re proposition (sorte de rythme fondamental, sans pr&#233;cision de domaine artistique), et en un sens plus &#171; ph&#233;nom&#233;nologique &#187; dans la seconde (rythmes esth&#233;tiques concrets, n&#233;cessairement sensibles) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est donc essentiellement cette &#171; rythmesth&#233;tique &#187; qu'il faut enfin questionner au plus pr&#232;s de ses enjeux. Deux questions se posent : premi&#232;rement, le rythme comme v&#233;rit&#233; de l'esth&#233;tique est-il l'essence de l'art ? Deuxi&#232;mement, le rythme comme mot-cl&#233; transartistique est-il commun &#224; tous les arts ? Ces deux questions tr&#232;s vastes, souvent confondues, doivent &#234;tre maintenant distingu&#233;es : la premi&#232;re appelle une r&#233;ponse n&#233;gative, la seconde une r&#233;ponse affirmative. En effet, dire que le rythme est commun &#224; tous les arts ne signifie pas pour autant que le rythme constitue l'essence de tout art. Il y a des &#339;uvres d'art qui sont des &#339;uvres sans &#234;tre &#224; proprement parler rythmiques : pour prendre un exemple volontairement caricatural, une musique (contemporaine par exemple, comme celle de Morton Feldman) qui manque de rythme cesse-t-elle pour autant d'&#234;tre une musique ? De m&#234;me, toutes les toiles de Klee ne sont pas n&#233;cessairement &#171; rythmiques &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En revanche, y a-t-il un seul art dans lequel le rythme puisse ne pas entrer en jeu ? C'est cette possibilit&#233; pour l'&#339;uvre d'&#234;tre rythmique qui fait que le rythme peut &#234;tre dit transartistique. Rythme se dit en plusieurs sens, et dans plusieurs arts : il peut donc &#234;tre un terme esth&#233;tique commun &#224; tous les arts, dans la mesure o&#249; il peut surgir dans telle ou telle &#339;uvre, mais il ne saurait &#234;tre sans abus de langage l'essence de toute &#339;uvre d'art. Pour reprendre les termes pr&#233;c&#233;dents, il est donc bien vrai qu'&#171; il n'y a de rythme qu'esth&#233;tique &#187; (au sens large), mais selon moi, il est faux de dire qu'&#171; il n'y a d'esth&#233;tique que du rythme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce qui n'emp&#234;che pas d'avoir une pr&#233;f&#233;rence pour cet &#233;l&#233;ment : l'&#339;uvre dite rythmique serait celle qui parviendrait &#224; retrouver quelque chose d'originaire dans notre rapport au monde. L'&#339;uvre rythmique, l'&#339;uvre &lt;i&gt;en rythme&lt;/i&gt; dirait Klee, nous donne en m&#234;me temps la forme et la formation, la &lt;i&gt;Gestalt &lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;Gestaltung&lt;/i&gt;, nous fait participer &#224; sa gen&#232;se, &#224; son mouvement propre, selon l'&#233;tymologie de &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; comme &#171; configuration particuli&#232;re du mouvant &#187;. Pour paraphraser Klee : le rythme ne rend pas le sensible, il &lt;i&gt;rend sensible&lt;/i&gt; (visible, audible...). Le rythme n'est pas un mode de la repr&#233;sentation, mais un mode de pr&#233;sence : la rythmicit&#233; de l'&#339;uvre est sa forme d'imm&#233;diatet&#233;. On comprend peut-&#234;tre mieux alors comment le rythme peut appartenir &#224; la fois &#224; toute sensation et &#224; certaines &#339;uvres seulement, qui sont plus ou moins pr&#233;sentes &#224; nos sens. Un ou plusieurs rythmes sont &#224; l'&#339;uvre dans l'&#339;uvre, et seule une distinction de leurs crit&#232;res rythmiques permet de parler de &#171; rythme &#187; au singulier. En fonction de certains crit&#232;res que j'ai d&#233;j&#224; tent&#233; d'exhiber (structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement), certaines &#339;uvres pourront &#234;tre dites &#171; rythmiques &#187;, d'autres ne le pourront pas. Ce qui ne veut pas dire, une fois encore, qu'une &#339;uvre non rythmique ne serait pas une &#339;uvre d'art ; ce qui veut dire en revanche que l'&#339;uvre non rythmique nous &#233;loigne peut-&#234;tre d'un type de rapport privil&#233;gi&#233; au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En approfondissant davantage, le rythme appara&#238;t finalement comme le &#171; levier &#187; qui permet &#224; Henri Maldiney de forcer la r&#233;sistance de ceux qui font toujours du tableau un texte, et de l'art un langage. Car le &#171; rythme &#187; de l'&#339;uvre est pr&#233;cis&#233;ment ce qui &#233;chappe au langage (y compris m&#234;me peut-&#234;tre dans les arts de langage) : le rythme n'est pas de l'ordre du linguistique, et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que d&#233;fend Maldiney dans son analyse &#8212; qui, elle, ne peut &#234;tre autre chose que langagi&#232;re &#8212; des &#339;uvres d'art. Le paradoxe est alors le suivant : &lt;i&gt;&#171; rythme &#187; est le mot choisi pour d&#233;signer ce qui, dans l'&#339;uvre, &#233;chappe aux mots&lt;/i&gt;. D'o&#249; cette formule &#233;trange : &#171; Le rythme n'est pas nommable. Il n'est m&#234;me pas concevable ; il est l'antinomique du concept. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, Art et existence, op. cit., p. 32. &#192; rapprocher de cette autre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dire que le rythme n'est pas concevable serait vouer l'esth&#233;tique au silence ; on montre en fait les &lt;i&gt;limites &lt;/i&gt; internes de sa conceptualisation possible (ce qui suppose donc que le rythme soit au moins partiellement concevable, ne serait-ce que comme auto-d&#233;bordement du concept).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De m&#234;me, si le rythme n'est pas nommable, du moins Henri Maldiney tente-t-il encore et toujours de dire quelque chose sur lui, ou autour de lui, comme le montre par exemple le fr&#233;quent usage m&#233;taphorique du couple diastole-systole, sch&#233;matisant le &#171; rythme &#187; ontologique de d&#233;ploiement-recueillement. Tout le discours esth&#233;tique du ph&#233;nom&#233;nologue peut ainsi &#234;tre mis sur le compte d'une approche patiente, et comme tournoyante, du non-concept de rythme &#8212; ce qui ne va pas, au passage, sans d'apparentes contradictions : &#171; Le rythme est la dimension d'un espace de toute-pr&#233;sence, qui est une pl&#233;nitude sans faille et sans d&#233;bord &#187;, et quelques pages plus loin : le rythme &#171; se transforme en... lui-m&#234;me, &#224; travers des failles, qui sont ses ressources. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 184 et 205.&#034; id=&#034;nh6-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le rythme vit-il donc &#171; sans faille &#187; ou bien &#171; &#224; travers des failles &#187; ? On choisira de s'en tenir &#224; cette ultime formulation : &#171; Le propre d'un rythme est de s'accomplir &#224; travers ses propres failles, en int&#233;grant dans son auto-gen&#232;se les mutations h&#233;t&#233;rog&#232;nes qu'il transforme de l'int&#233;rieur. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 205.&#034; id=&#034;nh6-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En un mot, on toucherait ainsi &#224; un point-limite qu'il faudrait peut-&#234;tre oser nommer &#171; mystique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-P. Charcosset, &#171; Une obstin&#233;e rigueur &#187;, Henri Maldiney. Penser plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au sens o&#249; l'entend Jean-Pierre Charcosset dans son dernier article du recueil &lt;i&gt;Penser plus avant...&lt;/i&gt; (au sens donc o&#249; il n'est pas exactement incompatible avec une &#171; obstin&#233;e rigueur &#187;). Lisons ainsi l'ultime d&#233;finition du rythme par Maldiney, qui me laisse indiscutablement perplexe, m&#234;me si j'y entends bien l'&#233;cho de la pens&#233;e chinoise : &#171; Un rythme est sans fondement. Il est l'improbable absolu. Comme l'est la d&#233;chirure du Rien manifestant son vide. Il r&#233;alise en lui la mutation du Rien en l'Un et du Vide en l'Ouvert [&#8230;], la mutation universelle du Plein et du Vide, qui est le rythme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, Ouvrir le rien. L'art nu, op. cit., p. 457.&#034; id=&#034;nh6-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
2.2.2. Rythme ou rythmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La recherche d'une essence du rythme, ou plut&#244;t du rythme comme essence, semble donc pouvoir s'appliquer &#224; tous les arts sans distinction. Avec un certain recul, on peut avoir parfois l'impression qu'une esth&#233;tique ph&#233;nom&#233;nologique des rythmes cherche toujours l'essence du rythme, sans justifier r&#233;ellement le passage de l'esth&#233;tique &#224; l'essence, ni du pluriel au singulier. Comme l'&#233;crit Henri Maldiney : &#171; Le rythme est la v&#233;rit&#233; de cette communication premi&#232;re avec le monde, en quoi consiste essentiellement l'&lt;i&gt;aisthesis &lt;/i&gt; d'o&#249; l'esth&#233;tique tire son nom, la sensation dans laquelle le sentir s'articule au se mouvoir. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, op. cit., p. 153.&#034; id=&#034;nh6-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cependant, de quel rythme s'agit-il au juste ? En posant que &#171; ce pouvoir du rythme est le fondement de tous les arts &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, L'Art, l'&#233;clair de l'&#234;tre (1993), in &#338;uvres philosophiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Henri Maldiney semble faire comme si la puissance propre du rythme ne connaissait pas de diff&#233;rence inter-artistique. Mais l'on sait bien, esth&#233;tiquement parlant &#8212; c'est-&#224;-dire &#224; la fois sensiblement et artistiquement &#8212;, que le rythme d'un tableau n'est pas celui d'une musique, qui lui-m&#234;me n'est pas exactement l'espace de la nef de Sainte-Sophie de Constantinople. Alors, pluriel ou singulier ? &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187; ou &#171; Notes sur le rythme &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avec le recul, aujourd'hui, vous l'aurez compris, la vision du rythme d'Henri Maldiney ne cesse de me hanter, c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; de me questionner, de l'int&#233;rieur. Une derni&#232;re chose, notamment, me para&#238;t &#233;trange, et j'aimerais en faire &#233;tat devant vous, qui &#234;tes de bien meilleurs sp&#233;cialistes du philosophe que moi. Les exemples de rythme artistique pris par Maldiney sont quasiment toujours, si ce n'est exclusivement, des exemples po&#233;tiques ou plastiques (peinture ou architecture). Ce privil&#232;ge n'a rien de frappant en soi, dans la mesure o&#249; l'on sait que le &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; grec pouvait s'appliquer aussi bien aux formes ou aux formations spatiales que temporelles. Mais ce qui demeure plus &#233;trange, c'est l'absence sym&#233;trique d'exemple musical. D'ailleurs, il ne s'agit jamais d'&#171; exemples &#187; &#224; proprement parler, comme si les &#339;uvres d'art pouvaient &#234;tre des &#171; illustrations &#187; &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; d'une th&#233;orie, ce qui est &#233;videmment absurde. Les r&#233;f&#233;rences artistiques de Maldiney sont toujours des fa&#231;ons de faire vivre le rythme, de le donner &#224; voir &#8212; mais pr&#233;cis&#233;ment, sauf erreur de ma part, jamais de le donner &#224; entendre. On m'objectera que l'esth&#233;tique est traditionnellement plus pictorialiste que musicologique, ce qui est exact historiquement, mais n&#233;anmoins regrettable de mon point de vue. Bref : pourquoi, finalement, si peu d'&#339;uvres rythmiques &#233;tudi&#233;es par Maldiney (presque toujours les m&#234;mes : la nef de Sainte-Sophie de Constantinople, les &lt;i&gt;Kakis &lt;/i&gt; de Mu-Ch'i, la &lt;i&gt;Sainte-Victoire&lt;/i&gt; de C&#233;zanne en 1904-1906), et pourquoi, parmi ces &#339;uvres rythmiques, si peu d'&#339;uvres musicales, pour ne pas dire pas du tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une premi&#232;re r&#233;ponse pourrait appara&#238;tre au fil de l'entretien du philosophe avec Matthieu Guillot, r&#233;alis&#233; en l'an 2000 &#224; Lyon, et repris dans un num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;L'Ouvert&lt;/i&gt; : &#171; Je n'ai pas du tout le m&#234;me contact avec la musique qu'avec la peinture, ou avec l'architecture, ou avec la po&#233;sie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Guillot, &#171; Entretien avec H. Maldiney &#187;, L'Ouvert, n&#176; 5, Lyon, 2012, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il est bien vrai, cependant, que Maldiney consacre quelques pages &#224; la musique, dans tous ses textes sur le rythme. Mais, outre une r&#233;f&#233;rence r&#233;currente &#224; un enregistrement de la haute for&#234;t amazonienne d'o&#249; surgit soudain le son d'une fl&#251;te indienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. H. Maldiney, L'Art, l'&#233;clair de l'&#234;tre, op. cit., p. 57 et 130 (Tumuc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce sont souvent, et curieusement, des propos sur la m&#233;lodie ou l'harmonie. On trouve par exemple cette sentence dans &lt;i&gt;Ouvrir le rien&lt;/i&gt; : &#171; Comme la m&#233;lodie est au fondement des sons, l'espace rythmique de la peinture est au fondement des formes et des images naissantes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, Ouvrir le rien. L'art nu, op. cit., p. 92.&#034; id=&#034;nh6-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il me semble que ceci m&#233;rite pr&#233;cis&#233;ment discussion : apr&#232;s tout, pourquoi la m&#233;lodie ici, et pas le rythme lui-m&#234;me ? C'est &#224; la fin des &#171; Notes sur le rythme &#187; qu'on trouve &#233;galement des consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales sur l'harmonie, dont les r&#232;gles fixes sont analys&#233;es selon les diff&#233;rents modes de la musique grecque antique. Nuls propos sur les m&#232;tres grecs, par exemple, en cet endroit ; nul commentaire, sauf erreur l&#224; encore, d'une &#339;uvre musicale. On ne saurait &#233;videmment reprocher quoi que ce soit &#224; un auteur de cette dimension ; mais il me semble que, lorsqu'on s'int&#233;resse &#224; la du rythme, on ne peut pas ne pas se poser la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un dernier mot, alors, sur ma fascination pour cette pens&#233;e, et sur ce qu'elle nous aura apport&#233;, &#224; tous. En somme, cette pens&#233;e se donne peut-&#234;tre &#224; la fois elle-m&#234;me comme une certaine sorte de&#8230; rythme. Ce n'est pas une pirouette finale, &#224; la rh&#233;torique un peu facile. En &#233;voquant le rythme de la pens&#233;e de Maldiney, je n'entends pas seulement le rythme de son style (ce serait d'ailleurs tout un travail esth&#233;tique en soi qu'il resterait &#224; mener). C'est Jean-Louis Chr&#233;tien, dans son introduction g&#233;n&#233;rale de la nouvelle &#233;dition des &lt;i&gt;&#338;uvres philosophiques&lt;/i&gt; aux &#233;ditions du Cerf, qui &#233;voque cette question du style de Maldiney, qualifi&#233; par lui de &#171; tranchant &#187;, &#171; fortement marqu&#233; par l'asynd&#232;te autant que par la brachylogie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Maldiney, &#338;uvres philosophiques, op. cit., introduction de J.-L. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Henri Maldiney s'efforce constamment &#224; rendre sa phrase aussi ouverte, ou surgissante, que ce qu'il entend penser, &#224; lui donner un caract&#232;re dimensionnel, ce par quoi elle offre une r&#233;sistance &#224; la compr&#233;hension imm&#233;diate. Elle r&#233;sonne toujours au-del&#224; d'elle-m&#234;me&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 23.&#034; id=&#034;nh6-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En somme, j'aurai simplement tent&#233; de reprendre le rythme de Maldiney, en me faisant l'humble &#233;cho de cette r&#233;sonance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. E. Escoubas, &#171; Le rythme et le ph&#233;nom&#232;ne, l'esth&#233;tique d'Henri Maldiney &#187;, &lt;i&gt;Revue d'esth&#233;tique&lt;/i&gt;, n&#176; 36, Paris, Jean-Michel Place, 1999, p. 141 &lt;i&gt;sq&lt;/i&gt;. &#8212; Voir &#233;galement, du m&#234;me auteur, &#171; La partition du visible. Plasticit&#233;, rythme, &#339;uvre &#187;, &lt;i&gt;De la diff&#233;rence des arts&lt;/i&gt;, dir. J. Lauxerois et P. Szendy, Paris, L'Harmattan, Ircam/Centre Georges Pompidou, 1997, p. 109-123, et la r&#233;&#233;dition en 2011 aux &#233;ditions Les Belles Lettres de &lt;i&gt;L'Espace pictural&lt;/i&gt;, Paris, Encre Marine, 1995, notamment p. 57 &lt;i&gt;sq.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &#171; Notes sur le rythme &#187;, &lt;i&gt;Henri Maldiney : penser plus avant&#8230;&lt;/i&gt;, dir. J.-P. Charcosset, Chatou, &#201;ditions de la Transparence, 2012, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. J.-C. Goddard, &#171; Henri Maldiney et Gilles Deleuze. La station rythmique de l'&#339;uvre d'art &#187;, &lt;a href=&#034;http://deleuze.tausendplateaus.de/?p=54&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://deleuze.tausendplateaus.de/?p=54&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; (consult&#233; en septembre 2012). Le rapprochement est surtout pertinent par rapport &#224; l'analyse deleuzienne de la logique de la sensation chez Francis Bacon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, &lt;i&gt;Regard Parole Espace&lt;/i&gt;, Lausanne, L'Age d'Homme, 1973, r&#233;&#233;d. 1994, p. 154 (note).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. E. Benveniste, &#171; La notion de &#8220;rythme&#8221; dans son expression linguistique &#187; (1951), &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguisitique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, t. I, ch. XXVII, Paris, Gallimard, 1966 (cit&#233; par H. Maldiney, &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;., p. 157).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;, Lagrasse, Verdier, 1982, p. 653.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &#171; Notes sur le rythme &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. N. Abraham, &lt;i&gt;Rythmes. De l'&#339;uvre, de la traduction et de la psychanalyse&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. P. Servien, &lt;i&gt;Les Rythmes comme introduction physique &#224; l'esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, Boivin, 1930.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;Art et existence&lt;/i&gt;, Paris, Klincksieck, 1976, p. 183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Benveniste, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 333.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;Art et existence&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;R. M. Rilke, &lt;i&gt;Sonnets &#224; Orph&#233;e&lt;/i&gt;, II, cit&#233; ici par H. Maldiney, &lt;i&gt;Regard Parole Espace&lt;/i&gt;, L'Age d'Homme, Lausanne, 1973, p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Respectivement selon N. Vandier-Nicolas, art. &#171; &lt;i&gt;qiyun&lt;/i&gt; (souffle, rythme) &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#233;die philosophique universelle&lt;/i&gt;, t. II, 2, PUF, 1990, p. 2972, et H. Maldiney, &lt;i&gt;Art et existence, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 179 et 183. Sur ces questions, voir aussi les ouvrages de F. Cheng, &lt;i&gt;Vide et plein&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Souffle-esprit&lt;/i&gt;, tous deux aux &#233;ditions du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;Ouvrir le rien. L'art nu&lt;/i&gt;, Paris, Encre Marine, 2000, r&#233;&#233;d. Les Belles Lettres, 2010, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Propos de H&#246;lderlin &#224; Bettina von Arnim (cf. J.-C. F. H&#246;lderlin, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Pl&#233;iade, 1967, p. 1107), cit&#233;s ici dans la version de M. Blanchot (&lt;i&gt;L'espace litt&#233;raire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1955, p. 303), dont un commentaire figure dans &lt;i&gt;L'&#233;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt; (Paris, Gallimard, 1980, p. 173-175).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. L. Klages, &lt;i&gt;Vom Wesen des Rhythmus&lt;/i&gt; (1923), in &lt;i&gt;S&#228;mtliche Werke, Philosophie III&lt;/i&gt;, Bonn, Bouvier Verlag,, 1974. Les sections importantes de l'ouvrage sont notamment : &#171; Rhythmus als gegliederte Stetigkeit &#187; (le rythme comme continuit&#233; articul&#233;e, p. 512) et &#171; Raumzeitlichkeit des Rhythmus &#187; (spatio-temporalit&#233; du rythme, p. 531). &#192; noter qu'il existe aujourd'hui une &#233;dition fran&#231;aise : &lt;i&gt;La nature du rythme&lt;/i&gt;, trad. O. Hanse, Paris, L'Harmattan, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. H. Maldiney, &#171; Le d&#233;voilement de la dimension esth&#233;tique dans la ph&#233;nom&#233;nologie d'Erwin Straus &#187; (1966), &lt;i&gt;Regard Parole Espace, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 124-146.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 158. L'auteur fait ici explicitement r&#233;f&#233;rence au mixte platonicien tel qu'il est conceptualis&#233; dans un passage du &lt;i&gt;Phil&#232;be &lt;/i&gt; (&#224; partir de 23c).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, propos recueillis par C. Youn&#232;s et M. Mangematin, &#171; En visite chez Henri Maldiney &#187;, &lt;i&gt;Chaos, harmonie, existence, Vers une architecture appropri&#233;e&lt;/i&gt;, n&#176; 4, 1992, p. 15. Dirig&#233; par C. Youn&#232;s, voir &#233;galement Henri Maldiney. &lt;i&gt;Philosophie, art et existence&lt;/i&gt;, Paris, Cerf, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur ce point, ainsi que sur la citation suivante, nous nous permettons de renvoyer le lecteur &#224; de plus amples &#233;tudes dans P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le rythme et la raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, notamment le t. II, &lt;i&gt;Rythmanalyses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 153 (et p. 208 dans la nouvelle &#233;dition des &lt;i&gt;&#338;uvres philosophiques&lt;/i&gt;, Paris, Cerf, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;Art et existence, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 32. &#192; rapprocher de cette autre affirmation : &#171; Un rythme n'est pas th&#233;matisable : il n'admet aucun syst&#232;me &#8212; f&#251;t-il neumatique &#8212; de notations. Il n'est pas formalisable : l'id&#233;e d'une rythmique est mat&#233;riellement fausse ; il n'est de rythme qu'&lt;i&gt;en &#339;uvre&lt;/i&gt;. Toute &#339;uvre d'art a l'unit&#233; et l'unicit&#233; de son rythme. &#187; (&lt;i&gt;Ouvrir le rien. L'art nu, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 278). &#192; nouveau surgit ici la question de l'articulation du ph&#233;nom&#232;ne et de son essence...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 184 et 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 205.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J.-P. Charcosset, &#171; Une obstin&#233;e rigueur &#187;, &lt;i&gt;Henri Maldiney. Penser plus avant&#8230;, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;Ouvrir le rien. L'art nu, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 457.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &#171; L'esth&#233;tique des rythmes &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;L'Art, l'&#233;clair de l'&#234;tre&lt;/i&gt; (1993), &lt;i&gt;in &#338;uvres philosophiques&lt;/i&gt;, Paris, Cerf, 2012, &#171; Espace et po&#233;sie &#187;, p. 126 (et, dans une premi&#232;re version, &lt;i&gt;Espace et po&#233;sie&lt;/i&gt;, dir. M. Collot, J.-C. Mathieu, Paris, Presses de l'ENS, 1987, p. 88).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;M. Guillot, &#171; Entretien avec H. Maldiney &#187;, &lt;i&gt;L'Ouvert&lt;/i&gt;, n&#176; 5, Lyon, 2012, p. 80. Lire &#233;galement la suite de l'entretien, jusqu'&#224; la page 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cf. H. Maldiney, &lt;i&gt;L'Art, l'&#233;clair de l'&#234;tre, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 57 et 130 (&lt;i&gt;Tumuc Humac&lt;/i&gt;, musique de la haute for&#234;t amazonienne enregistr&#233;e par Francis Mazi&#232;re, Paris, BAM LD 314).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;Ouvrir le rien. L'art nu, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Maldiney, &lt;i&gt;&#338;uvres philosophiques, op. cit.&lt;/i&gt;, introduction de J.-L. Chr&#233;tien, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Retour sur quelques malentendus en mati&#232;re de th&#233;orie du rythme
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article446</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article446</guid>
		<dc:date>2011-11-07T20:19:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Sauvanet
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le site Rhuthmos, qui a bien voulu accueillir ce texte, est un site important pour la recherche. Nous, rythmologues, rythmosophes, rythmanalystes (que sais-je encore&#8230;), avons besoin d'un espace vivant et ouvert de discussion, tel que ce r&#233;seau peut pr&#233;cis&#233;ment nous en offrir. Si Henri Meschonnic &#233;tait encore parmi nous &#8212; et je rends ici hommage &#224; sa m&#233;moire &#8212;, qui sait s'il ne s'en serait pas lui-m&#234;me servi ? R&#233;p&#233;tons en ce sens la d&#233;finition actuelle du site, dans laquelle chaque mot compte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&#233;bats
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le site &lt;i&gt;Rhuthmos&lt;/i&gt;, qui a bien voulu accueillir ce texte, est un site important pour la recherche. Nous, rythmologues, rythmosophes, rythmanalystes (que sais-je encore&#8230;), avons besoin d'un espace vivant et ouvert de discussion, tel que ce r&#233;seau peut pr&#233;cis&#233;ment nous en offrir. Si Henri Meschonnic &#233;tait encore parmi nous &#8212; et je rends ici hommage &#224; sa m&#233;moire &#8212;, qui sait s'il ne s'en serait pas lui-m&#234;me servi ? R&#233;p&#233;tons en ce sens la d&#233;finition actuelle du site, dans laquelle chaque mot compte : &#171; Plateforme internationale et transdisciplinaire de recherche sur les rythmes dans les sciences, les philosophies et les arts &#187;. On aura not&#233; le pluriel, et l'ambition de l'ouverture : il s'agit bien ici de rassembler des recherches trop souvent dispers&#233;es, &#224; des fins proprement heuristiques de production d'un savoir rythmologique commun, sans n&#233;gliger les cr&#233;ations artistiques elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, il se trouve que c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce site que j'ai d&#233;couvert l'int&#233;ressant article d'Yves Citton, sous le titre &#171; Improvisation, rythmes et mondialisation. Quatorze th&#232;ses sur la fluidification sociale et les r&#233;sistances idiorrythmiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Y. Citton, &#171; Improvisation, rythmes et mondialisation. Quatorze th&#232;ses sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa r&#233;ponse &#224; cet article (avec la r&#233;activit&#233; que permet pr&#233;cis&#233;ment la mise en ligne), Pascal Michon nous associe, Yves Citton et moi, comme appartenant &#224; une certaine conception essentiellement m&#233;trique et num&#233;rique du rythme (&#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, Rhuthmos, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). J'ignore ce qu'en pense Yves Citton, mais j'avoue pour ma part ne pas du tout me reconna&#238;tre dans cette conception &#8212; qui est aussi une simplification, ne serait-ce que parce que, dans la lign&#233;e grecque, j'ai toujours d&#233;fendu la notion de &lt;i&gt;flux &lt;/i&gt; par rapport &#224; celle de &lt;i&gt;forme &lt;/i&gt; ou bien, dans ma d&#233;finition, le concept de &lt;i&gt;mouvement &lt;/i&gt; par rapport &#224; ceux de &lt;i&gt;structure &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;p&#233;riodicit&#233;&lt;/i&gt;. Cette discussion que j'appelle de mes v&#339;ux, n'est-elle pas la preuve que la recherche sur les rythmes est bien vivante, et peut-&#234;tre m&#234;me plus que jamais ? J'aimerais donc maintenant clarifier certaines de mes positions th&#233;oriques, plut&#244;t que de laisser dire ce que d'autres en disent. En mati&#232;re de th&#233;orie du rythme, quelque part entre un sens de l'&#233;coute et un art de la r&#233;p&#233;tition, il est somme toute logique de faire &lt;i&gt;retour &lt;/i&gt; sur quelques &lt;i&gt;malentendus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il faut donc maintenant citer le paragraphe probl&#233;matique en totalit&#233;. Pascal Michon &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Deux conceptions du rythme s'affrontent depuis la fin du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. La premi&#232;re est issue d'une interaction entre l'analyse musicale et l'analyse m&#233;trique de la po&#233;sie ; elle &#233;tait d&#232;s le d&#233;part congruente avec la rh&#233;torique et elle s'est par la suite diffus&#233;e dans la stylistique. Le rythme appara&#238;t compos&#233;, en proportion variable suivant les auteurs, de deux &#233;l&#233;ments : une base m&#233;trique constitu&#233;e par une succession r&#233;guli&#232;re de temps forts et de temps faibles, et des variations, d&#233;calages, retards, par rapport &#224; cette base. Cette conception, qui &#233;tait d&#233;j&#224; celles des m&#233;triciens grecs et latins, s'appuie sur deux principes : d'une part, le nombre &#8212; les latins traduisaient &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; par &lt;i&gt;numerus &lt;/i&gt; &#8212; et l'&#233;cart par rapport &#224; cette norme num&#233;rique. &#192; cela s'ajoute le fait qu'elle s'applique &#224; tous les arts organis&#233;s dans le temps : la po&#233;sie, la musique et la danse, et par extension &#224; toutes les autres formes artistiques non temporelles comme la peinture ou l'architecture. C'est &#224; cette lign&#233;e que se rattachent le travail de Pierre Sauvanet et aujourd'hui celui d'Yves Citton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, &#167; &#171; Les deux sources de la th&#233;orie du rythme &#187;.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin la seconde conception du rythme. En attendant, il y a au moins trois probl&#232;mes ici (et trois probl&#232;mes d'interpr&#233;tation qui ne sont pas des points de d&#233;tail, mais qui touchent &#224; l'essentiel d'une th&#233;orie du rythme) :
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;primo&lt;/i&gt;, la r&#233;f&#233;rence au nombre n'existe dans ma propre recherche que pour autant qu'elle est sans cesse discut&#233;e, probl&#233;matis&#233;e (voir par exemple ma lecture critique de saint Augustin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme et la Raison, Paris, Kim&#233;, 2000, t. I : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou encore, comme le dit Claudel : &#171; Il faut / qu'il y ait / dans le po&#235;me / un nombre / tel / qu'il emp&#234;che / de compter &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Claudel, &#171; Cent phrases pour &#233;ventails &#187;, &#338;uvre po&#233;tique, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;secundo&lt;/i&gt;, la notion d'&#171; &#233;cart &#187; ne fait pas partie de mes pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques (au contraire m&#234;me, l'une des d&#233;finitions propos&#233;es du rythme consiste &#224; partir d'un mouvement premier, qui en lui-m&#234;me se construit et se p&#233;riodise, comme dans le cas d'un geste improvis&#233; qui se rythmise progressivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, t. I, Rythmologiques, p. 209, et t. II, Rythmanalyses, p. 16-17 puis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; ce que Deleuze nommerait pr&#233;cis&#233;ment une diff&#233;rence &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; la r&#233;p&#233;tition) ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;tertio&lt;/i&gt;, parler &#171; par extension &#187; des formes rythmiques non temporelles sonne comme un &#233;trange contresens, quand on remonte &#224; l'id&#233;e premi&#232;re d'un &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; grec indissolublement spatio-temporel, toujours entre forme et flux, en tant pr&#233;cis&#233;ment que forme spatiale trans-form&#233;e par et dans le temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote, Paris, PUF, 1999.&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ne serait-ce que pour une seule de ces trois raisons, il me semble que mon travail ne saurait &#234;tre aussi ais&#233;ment &#171; rattach&#233; &#224; cette lign&#233;e &#187;. Ou bien alors, cela reviendrait &#224; effacer d'un coup de gomme magique toute la dimension questionnante, probl&#233;matisante, en un mot &#171; ouverte &#187;, de mon humble travail de recherche. Il faut alors remonter un peu plus haut dans l'article de Pascal Michon pour comprendre l'essentiel de son argumentation. Je m'excuse presque de devoir citer mot &#224; mot ce texte : pourtant, encore une fois, il ne s'agit pas l&#224; d'une discussion de d&#233;tail, mais d'un probl&#232;me de fond, touchant aux enjeux m&#234;mes d'une rythmanalyse possible.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me choix concerne le rapport de d&#233;pendance assum&#233; de l'analyse d'Yves Citton &#224; l'&#233;gard des conceptions philosophiques essentialistes du rythme. Comme Pierre Sauvanet, dans la lign&#233;e duquel il place son essai, il introduit un peu de jeu dans la d&#233;finition traditionnelle : le rythme ne se limite pas, selon lui, &#224; la mesure, qu'il complexifie par des d&#233;sajustements, des retards et des avances, des variations et des diversifications. Toutefois, on l'a vu, toutes ces broderies ne peuvent appara&#238;tre que par rapport aux accentuations qui se succ&#232;dent et en constituent les conditions de possibilit&#233;. Le nombre reste la raison du rythme. Or, une fois plac&#233; sous l'&#233;gide du nombre et de la mesure, le rythme devient un concept formel applicable universellement et indiff&#233;remment &#224; tous les ph&#233;nom&#232;nes. Les rythmes du cosmos, du bios et de la sph&#232;re socio-historique peuvent &#234;tre subsum&#233;s sous les m&#234;mes concepts, aux d&#233;pens de leurs sp&#233;cificit&#233;s propres. Certes, Yves Citton ne va pas jusque-l&#224;, mais cette logique essentialiste mine souterrainement ses analyses. Le c&#339;ur de la conception platonicienne du rythme n'est pas remis en question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, op. cit., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Passons sur les probl&#232;mes d&#233;j&#224; rencontr&#233;s plus haut, ceux du nombre et de l'&#233;cart. Passons m&#234;me sur la notion de conception platonicienne du rythme, dont j'ai justement essay&#233; de montrer qu'elle &#233;tait beaucoup plus complexe que ce qu'on en pense couramment (puisque, dans les textes originaux, &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; s'emploie toujours uniquement dans un contexte anthropologique, celui de la danse, de la po&#233;sie et de la musique, et ne se dit jamais par exemple des cycles universels, o&#249; le philosophe grec use du terme de &lt;i&gt;periodos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme grec, op. cit., ch. 5, &#171; L'ordre du mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Concentrons-nous sur l'essentiel, sans jeu de mots : cette &#171; logique essentialiste &#187; qui &#171; mine souterrainement ses analyses &#187;, celle d'Yves Citton comme les miennes, donc. Or je dois bien dire ici que cette &#171; conception philosophique essentialiste du rythme &#187; ne me semble pas d&#233;finir ni positivement, ni exactement ma propre position. Peut-&#234;tre suffirait-il de (re)lire ces phrases, maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;es, pour s'en rendre compte : &#171; Le rythme n'est pas un objet &#187;, &#171; Le rythme n'a pas d'essence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme et la Raison, op. cit., t. I, p. 163, 165 (et d&#233;j&#224; p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; moins de se payer de mots, il para&#238;t difficile d'attribuer une logique essentialiste &#224; quelqu'un qui ne cesse de dire que le rythme n'a pas d'essence... Ce qui est juste en revanche, c'est qu'il faut essayer de cerner les ph&#233;nom&#232;nes rythmiques &#224; travers, non une essence introuvable, mais un ensemble de propri&#233;t&#233;s caract&#233;ristiques. Le chercheur doit alors en rabattre, et accepter de ne jamais pouvoir donner une d&#233;finition &lt;i&gt;g&#233;n&#233;tique &lt;/i&gt; du rythme au sens de Spinoza : la d&#233;finition g&#233;n&#233;tique est celle qui donne l'essence, tandis que nous ne pouvons obtenir que des propri&#233;t&#233;s. Le r&#244;le assign&#233; &#224; la d&#233;finition n'est pas d'atteindre une impossible &#171; chose en soi &#187;, mais de produire &#224; sa mani&#232;re un maximum d'intelligibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, qui n'ont pr&#233;cis&#233;ment rien d'universels ni d'indiff&#233;renci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Inutile de refaire ici tout le chemin qui nous m&#232;ne &#224; cette d&#233;finition possible, qu'il suffit de rappeler au passage : &lt;i&gt;tout ph&#233;nom&#232;ne, per&#231;u ou agi, auquel un sujet peut attribuer au moins deux des crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement&lt;/i&gt;. C'est ainsi, par exemple, qu'un rythme ternaire se comprend en termes de structure, un rythme biologique en termes de p&#233;riodicit&#233;, un rythme syncop&#233; en termes de mouvement. Au moins deux crit&#232;res, c'est-&#224;-dire : structure et p&#233;riodicit&#233; sans mouvement, structure et mouvement sans p&#233;riodicit&#233;, p&#233;riodicit&#233; et mouvement sans structure. Ou bien trois, dans un ordre chaque fois diff&#233;rent et en employant volontairement des synonymes : &lt;i&gt;structure p&#233;riodique en mouvement, retour d'une forme en devenir, dynamique d'un cycle ordonn&#233;&lt;/i&gt;. Ainsi, au lieu d'une structure p&#233;riodique en mouvement, on peut &#233;galement penser un mouvement premier qui se structure et se p&#233;riodise progressivement, comme dans le mod&#232;le po&#233;tique de l'organisation progressive, rythmique et non m&#233;trique, du flux du langage. Au passage, il n'y a l&#224; rien d'incompatible, &#233;videmment, avec la th&#233;orie de Henri Meschonnic, ni partant, avec celle de Pascal Michon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans ces conditions, il s'agit alors de faire de cette apparente faiblesse cognitive une force th&#233;orique, en ce qu'elle nous montre une nouvelle sp&#233;cificit&#233; du rythme, en le pensant pr&#233;cis&#233;ment comme auto-d&#233;bordement du concept, et en conservant toujours une sorte de &#171; case vide &#187; dans son sch&#233;ma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 212-214.&#034; id=&#034;nh7-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. N'oublions pas en effet que la d&#233;finition engage aussi une ph&#233;nom&#233;nologie du &#171; sujet &#187;. La distinction straussienne entre &#171; moment gnosique &#187; et &#171; moment pathique &#187; permet de penser le rythme comme &#233;tant &#224; la fois la marque et le brouillage du sujet, l&#224; o&#249; la conscience rythmisante est aussi conscience dionysiaque : saisir un rythme en tant que ph&#233;nom&#232;ne, n'est-ce pas &#233;galement &#234;tre saisi par lui ? D'o&#249; l'amphibologie possible, en fran&#231;ais, de la formule &lt;i&gt;&#171; Je suis le sujet du rythme &#187;&lt;/i&gt;, entre un sens actif et un sens passif : si je suis le sujet d'un rythme (si je le produis, l'agis), pour autant le rythme n'est pas objet par rapport &#224; moi ; si je suis l'objet d'un rythme (si je le per&#231;ois, suis agi par lui, voire assujetti &#224; lui), pour autant le rythme n'est pas sujet par rapport &#224; moi. La perception du rythme devient alors rythmisation de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Car rythmer, c'est d'abord &#234;tre rythm&#233;. En ce sens, le rythme est &lt;i&gt;exp&#233;rience rythmique&lt;/i&gt; ou il n'est pas. Chez Aristox&#232;ne de Tarente d&#233;j&#224;, la d&#233;finition se pr&#233;sentait sous cette forme (je souligne) : &#171; Le rythme &lt;i&gt;appara&#238;t lorsque&lt;/i&gt; la division des temps prend un ordre d&#233;termin&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristoxenus, Elementa Rhythmica (II, 7), The Fragment of Book II and the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ces conditions, la question n'est plus : &#171; qu'est-ce que le rythme ? &#187;, mais : &#171; qu'est-ce qui &lt;i&gt;fait &#234;tre&lt;/i&gt; le rythme ? par quoi le rythme est-il rythmique ? o&#249; et quand (&#224; partir de quand, jusqu'o&#249;) y a-t-il rythme ? &#187;... &#192; travers cette question du &lt;i&gt;seuil &lt;/i&gt; du ph&#233;nom&#232;ne, nous comprenons &#224; quel point le rythme est une anti-substance, le &#171; rythmisme &#187; un anti-substantialisme. Le rythme, ou plus pr&#233;cis&#233;ment le &lt;i&gt;rythmique&lt;/i&gt;, pose en philosophie la question d'une pens&#233;e modale. Encore une fois, il ne s'agit pas de dire : &#171; le rythme, c'est SPM &#187;, mais : &#171; quelque chose devient du rythme lorsque SPM sont combin&#233;s en un ph&#233;nom&#232;ne pour un sujet donn&#233; &#187;, dans une exp&#233;rience rythmique chaque fois singuli&#232;re &#8212; et pourtant partageable avec d'autres singularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ce stade des op&#233;rations, j'avoue ne pas voir en quoi tout ceci s'opposerait &#224; la seconde source de la conception du rythme, si ce n'est que les contextes &#233;pist&#233;miques (linguistique &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;. philosophie), ou plus exactement les plans de pens&#233;e (analyse &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;. synth&#232;se), ne sont pas exactement les m&#234;mes. J'en viens m&#234;me &#224; croire, finalement, que tout ceci ne fait que renforcer l'int&#233;r&#234;t pour la source &#171; fluide &#187; de la th&#233;orie du rythme, d&#233;fendue par Pascal Michon lui-m&#234;me dans le texte auquel il nous faut revenir une derni&#232;re fois. Pour cette seconde source en effet, &#171; il faut donc donner un sens nouveau et sp&#233;cifique au concept de rythme : non plus celui d'un segment d'une cha&#238;ne, ni celui de niveau d'un ensemble sup&#233;rieur, mais celui d'une &lt;i&gt;organisation d'ensemble du flux&lt;/i&gt; du langage. Cette lign&#233;e romantique a abouti dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; la linguistique g&#233;n&#233;rale de Benveniste et &#224; la po&#233;tique de Meschonnic &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, op. cit. (je souligne).&#034; id=&#034;nh7-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans toujours tout ramener au mod&#232;le linguistique, ce qui me semble &#234;tre une erreur (notamment pour les arts non langagiers comme la musique ou les arts plastiques), je retrouverais bien volontiers ma propre d&#233;finition, entre structure et mouvement, dans cette derni&#232;re formule, r&#233;p&#233;t&#233;e pour l'occasion : &#171; organisation d'ensemble du flux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est ce qu'a bien compris, par exemple, &#201;liane Escoubas, dans la r&#233;&#233;dition r&#233;cente d'un ouvrage qui a fait date : &lt;i&gt;L'Espace pictural&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Escoubas, L'Espace pictural, Paris, Encre Marine, 1995, &#233;d. augment&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle propose en effet une nouvelle &#233;dition augment&#233;e de plusieurs pages d'analyse des &#339;uvres de Paul Klee, largement inspir&#233;e par la trilogie rythmique (ou m&#234;me en l'occurrence rythmanalytique) de structure-p&#233;riodicit&#233;-mouvement. Au passage, on ne saurait suspecter la ph&#233;nom&#233;nologue de structuralisme &#224; outrance : il est donc &#233;vident qu'on peut utiliser le concept de structure dans un sens non-structuraliste. Tout d&#233;pend de l'interpr&#233;tation (et de la combinaison) que l'on donne de cette d&#233;finition &#224; g&#233;om&#233;trie variable, dont l'auteur est toujours heureux de voir &#224; quel point elle peut &#234;tre heuristique entre d'autres mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par rapport &#224; ces deux sources (formelle ou fluide, m&#233;trique ou mobile, pour le dire vite), mon objet principal de recherche, mon seul objet &#224; la limite, aura donc &#233;t&#233; de clarifier et d'approfondir philosophiquement la notion de rythme. En ce sens, il est clair que je ne me sens appartenir ni &#224; une &#233;cole formelle, m&#233;trique ou num&#233;rologique du rythme, ni &#224; une &#233;cole fluide, mobile ou po&#233;tique du rythme. Je ne suis pas de l'&#233;cole augustinienne ou apparemment claud&#233;lienne, comme je ne suis pas de l'&#233;cole meschonnicienne ou apparemment michonienne. D'ailleurs, il n'y a pas d'&#233;cole sauvan&#233;tienne. La seule &#233;cole &#224; laquelle je me sens appartenir est celle de la pens&#233;e du rythme dans toute sa richesse et sa complexit&#233;. Ma seule ambition de philosophe, qui n'a certes rien d'original, et qui n'est pas une posture universitaire, est de contribuer &#224; une meilleure intelligibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Or il me semble que la d&#233;finition tripartite combinatoire, dans quelque ordre qu'on la prenne (c'est-&#224;-dire sans hi&#233;rarchie interne des param&#232;tres), permet pr&#233;cis&#233;ment de rendre compte, &#224; des degr&#233;s divers, de l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, quitte pr&#233;cis&#233;ment &#224; critiquer l'usage parfois un peu trop l&#226;che du mot &#171; rythme &#187; pour des ph&#233;nom&#232;nes approchants ou autres faux-amis (m&#232;tre, cycle, p&#233;riode, etc.). Il s'agit toujours de rendre compte, rendre raison &#8212; l&lt;i&gt;ogon didonai&lt;/i&gt;, disaient les Grecs &#8212; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques dans leur totalit&#233;, leur complexit&#233;, la totalit&#233; de leur complexit&#233;, et la complexit&#233; de leur totalit&#233;. Par exemple, dans le po&#232;me en prose, il est &#233;vident que c'est le &lt;i&gt;mouvement &lt;/i&gt; qui est premier, non la structure ou la p&#233;riodicit&#233;. Et encore une fois, je ne vois pas en quoi je m'opposerais &#224; Meschonnic en disant cela ! La meilleure preuve, peut-&#234;tre, de cette relative compatibilit&#233; th&#233;orique est que le &lt;i&gt;Trait&#233; du rythme&lt;/i&gt; lui-m&#234;me n'h&#233;site pas &#224; reprendre mes propres distinctions... mais sans citer ses sources&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Dessons et H. Meschonnic, Trait&#233; du rythme. Des vers et des proses, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Reste &#224; comprendre l'origine de cette m&#233;prise... Or, je crois simplement que le contresens partiel de Pascal Michon sur les enjeux de ma propre th&#233;orie tient davantage &#224; la lecture de ce que Henri Meschonnic dit de mes textes qu'&#224; la lecture de mes textes eux-m&#234;mes. En ce sens, et en toute amiti&#233;, il s'agit moins d'une m&#233;prise que d'une sorte de &#171; m&#233;lecture &#187; &lt;i&gt;(misreading)&lt;/i&gt; &#8212; mais mieux vaut &#234;tre mal lu que pas lu du tout. Dans un de ses derniers articles en effet, qui faisait suite &#224; une de mes remarques, Henri Meschonnic prend plaisir &#224; contester un fait pourtant incontestable : &#224; savoir que H&#233;raclite, du moins bien entendu dans les fragments qui nous sont parvenus, n'a jamais utilis&#233; le mot rythme &lt;i&gt;(rhuthmos)&lt;/i&gt; ; et, tout en essayant de comprendre ce qui pouvait s'appeler rythme chez H&#233;raclite (&#224; partir du fameux &lt;i&gt;panta rhei&lt;/i&gt;), il faut bien reconna&#238;tre que la notion h&#233;raclit&#233;enne de rythme, en elle-m&#234;me, n'existe pas... Mais je ne parlerai pas davantage ici de cet article non-scientifique, parce que je ne pourrai malheureusement plus en discuter avec son auteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, &#171; Tout coule. Petit retour sur H&#233;raclite pour r&#233;pondre &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
R&#233;sumons ce trop long d&#233;bat. D'un c&#244;t&#233;, Pascal Michon juge apparemment inutile ma tentative d'&#233;claircissement conceptuel, face &#224; laquelle il avoue volontiers avoir une certaine r&#233;sistance (notamment parce que le concept de &#171; structure &#187; lui rappelle un peu trop le structuralisme). De l'autre, je persiste &#224; penser qu'il n'est jamais vain, philosophiquement parlant, de pr&#233;ciser les contextes d'usage d'un mot, et notamment du mot de rythme ; mais je ne tiens pas plus que cela &#224; mes trois termes S, P, M, qu'&#224; la limite on pourrait remplacer ais&#233;ment par les trois adjectifs de formel, cyclique et dynamique, ou par d'autres encore. J'ai la faiblesse de croire que classer les rythmes selon ces trois champs s&#233;mantiques &#8212; et classer, c'est d&#233;j&#224; penser &#8212; permet toujours, sinon d'apporter un gain d'intelligibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, du moins d'&#233;viter de se perdre en discussions inutiles portant sur des objets diff&#233;rents. Car seule une distinction interne des crit&#232;res des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques permet de penser tous ces ph&#233;nom&#232;nes, dans ce qu'ils ont &#224; la fois de commun et de distinct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, &#224; toutes fins utiles, je joins ici une bibliographie quasi exhaustive &#224; la date de cet article, non par vanit&#233; personnelle mal plac&#233;e, mais par souci d'information en ligne, et de v&#233;rification toujours possible des dates et des sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie de Pierre Sauvanet (sur le rythme uniquement)&lt;/strong&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Ouvrages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1. &lt;i&gt;Rythmes et Philosophie&lt;/i&gt;, co-dir. P. Sauvanet et J.-J. Wunenburger, Paris, Editions Kim&#233;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;i&gt;Le Rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, coll. &#171; Philosophies &#187;, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. I : &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. II : &lt;i&gt;Rythmanalyses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1. Notice &#171; Rythme &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;, Thesaurus, Paris, 1990 (repris sur la version CD-ROM et en ligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#171; Ordre et chaos, ou du rythme en philosophie &#187;, &lt;i&gt;Rythme et &#201;criture&lt;/i&gt; n&#176; 2, Cahiers Recherches Interdisciplinaires sur les Textes Modernes, Universit&#233; de Paris-X, Nanterre, 1991, p. 125-133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#171; &#8220;Le&#8221; rythme : encore une d&#233;finition ! &#187;, &lt;i&gt;Les Rythmes, Lectures et Th&#233;ories&lt;/i&gt;, Actes du Colloque de Cerisy de juin 1989, dir. J.-J. Wunenburger, Paris, L'Harmattan, 1992, p. 233-240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#171; Paul Klee, &lt;i&gt;En Rythme&lt;/i&gt; : de l'image au concept &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du RITM&lt;/i&gt; n&#176;4, Universit&#233; de Paris-X, Nanterre, 1994, p. 9-27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#171; Les rythmes en philosophie et sciences humaines, Un &#233;tat de la recherche &#187;, &lt;i&gt;Rythmes&lt;/i&gt;, Bulletin du GERB, Lettre de la Soci&#233;t&#233; Francophone de Chronobiologie, tome 27, n&#176; 3-4, d&#233;c. 1995, p. 4-6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#171; A quelles conditions un discours philosophique sur le rythme est-il possible ? (R&#233;ponse &#224; Henri Meschonnic) &#187;, &lt;i&gt;Rythmes et Philosophie&lt;/i&gt;, co-dir. P. Sauvanet et J.-J. Wunenburger, Paris, Kim&#233;, 1996, p. 23-39 (d&#233;j&#224; cit&#233; dans les ouvrages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#171; L'ethnomusicologue et le philosophe. Quand ils se rencontrent sur le ph&#233;nom&#232;ne &#171; rythme &#187; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de musiques traditionnelles&lt;/i&gt;, n&#176; 10, &#171; Rythmes &#187;, dir. L. Aubert, Gen&#232;ve, hiver 1997-98, p. 3-16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &#171; Polyrythmie corporelle : pour une lecture philosophique de la chronobiologie &#187;,&lt;i&gt; Annales doctorales&lt;/i&gt;, n&#176; 1, &lt;i&gt;Corps et individuation&lt;/i&gt;, dir. J. Gayon, P.-F. Moreau, Dijon, &#201;ditions Universitaires de Dijon, 1998, p. 49-57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &#171; L'ordre du mouvement : Platon et l'origine du rythme &#187;, &lt;i&gt;Le Rythme&lt;/i&gt;, 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Grand Congr&#232;s International du Rythme, Institut Jaques-Dalcroze, 22-25 juillet 1999, Gen&#232;ve, &#201;ditions Papillon, 2000, p. 22-35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. &#171; L'image spatiale d'un rythme temporel &#187;, &lt;i&gt;La Musique et l'Imaginaire&lt;/i&gt;, Actes de la journ&#233;e du 16 f&#233;vrier 2002, dir. D. Pistone, Universit&#233; de Paris-Sorbonne, Observatoire Musical Fran&#231;ais, S&#233;rie &#171; Conf&#233;rences et S&#233;minaires &#187;, n&#176; 14, Paris, 2002, p. 49-58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. &#171; Nouveaux objets : Rythme(s) &#187;, &lt;i&gt;Magazine Litt&#233;raire&lt;/i&gt;, n&#176; 414, &#171; Philosophie et art : la fin de l'esth&#233;tique ? &#187;, novembre 2002, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &#171; Solutions transartistiques : Rythmes &#187;, in P. Sauvanet, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, Ellipses, coll. &#171; Domaines philosophiques &#187;, 2004, &#167; 5.3.2.1., p. 107-109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. &#171; Le rythme : premier bilan d'une recherche &#187;, &lt;i&gt;Le Rythme&lt;/i&gt;, Actes des 2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;es&lt;/sup&gt; Rencontres Interartistiques de l'Observatoire Musical Fran&#231;ais, dir. D. Pistone, 23 mars 2005, S&#233;rie &#171; Conf&#233;rences et S&#233;minaires &#187;, n&#176; 24, dir. P. Lalitte, Universit&#233; Paris-Sorbonne Paris-IV, 2006, p. 7-14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Article &#171; Rythme &#187;, &lt;i&gt;Dictionnaire de philosophie&lt;/i&gt;, dir. J.-P. Zarader, Paris, Ellipses, 2007, p. 517-518.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Article &#171; Rythme &#187;, &lt;i&gt;Dictionnaire d'esth&#233;tique et de philosophie de l'art&lt;/i&gt;, dir. J. Morizot, R. Pouivet, Paris, Armand Colin, 2007, p. 389.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. &#171; &lt;i&gt;Ethos &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;La musique &#224; l'esprit. Enjeux &#233;thiques du ph&#233;nom&#232;ne musical&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2008, Actes du colloque du 4 octobre 2002, dir. J. During, Fondation Ostad Elahi / CNRS, p. 57-66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. &#171; Pr&#233;sence ou absence du rythme dans les musiques d'aujourd'hui &#187;, &lt;i&gt;Filigrane&lt;/i&gt;, n&#176; 10, &#171; Le rythme &#187;, dir. G. Mathon, E. Dufour, Sampzon, Editions Delatour France, 2009, p. 87-100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &#171; Question de rythmes, questions de rythme &#187;, &lt;i&gt;Rythmes de l'homme, rythmes du monde&lt;/i&gt;, co-dir. C. Doumet, A. Wald Lasowski, S&#233;minaire de l'ENS de la rue d'Ulm 2006-2008, Paris, Hermann, 2010, p. 13-24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. &#171; Le pouvoir paradoxal du batteur de jazz &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, n&#176;46, automne 2011, Paris, Editions Amsterdam, mineure &#171; Rythmanalyses &#187;, dir. F. Bisson, Y. Citton, p. 207-210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. &#171; Actualit&#233; de la recherche en rythmanalyse(s) : quelques &#233;l&#233;ments pour un &#233;tat des lieux, suivis d'un retour sur quelques malentendus &#187;, &lt;i&gt;Rythmanalyse&lt;/i&gt;(s), actes de la 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; journ&#233;e d'&#233;tudes, dir. J. Lamy, J.-J. Wunenburger, Lyon, 6 mai 2011, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Y. Citton, &#171; Improvisation, rythmes et mondialisation. Quatorze th&#232;ses sur la fluidification sociale et les r&#233;sistances idiorrythmiques &#187;, Rhuthmos, 2 juillet 2010, &lt;a href=&#034;http://rhuthmos.eu/spip.php?article22&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://rhuthmos.eu/spip.php?article22&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. &#192; noter que la revue &lt;i&gt;Multitudes &lt;/i&gt; a fait para&#238;tre un num&#233;ro consacr&#233; &#224; quelques rythmanalyses, sous la direction de Fr&#233;d&#233;ric Bisson et Yves Citton (n&#176; 46, septembre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, Rhuthmos, 11 ao&#251;t 2010, &lt;a href=&#034;http://rhuthmos.eu/spip.php?article94&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://rhuthmos.eu/spip.php?article94&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, &#167; &#171; Les deux sources de la th&#233;orie du rythme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. I : &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;, p. 55-58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Claudel, &#171; Cent phrases pour &#233;ventails &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvre po&#233;tique&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, &#171; Pl&#233;iade &#187;, 1985, p. 729 (avec la mise en page originale). Et mon commentaire : &#171; Il peut y avoir un &#8220;chiffre&#8221; dans tout rythme &#8212; le d&#233;nombrement est donc possible &#8212;, mais ce chiffre ne fait pas partie du ph&#233;nom&#232;ne rythmique en lui-m&#234;me, qui exige en quelque sorte sa &#8220;nescience&#8221; &#8212; le d&#233;nombrement en tant que tel est inop&#233;rant. Ce n'est pas en disant &#8220;une longue vaut deux br&#232;ves&#8221; que l'on se sera rapproch&#233; un tant soit peu du ph&#233;nom&#232;ne rythmique. La logique paradoxale du rythme peut alors rejoindre celle de la musique pour Leibniz, cette math&#233;matique de l'&#226;me quand l'&#226;me ne sait plus qu'elle compte (&lt;i&gt;&#171; exercitium arithmeticae occultum nescientis se numerare animi &#187;&lt;/i&gt;). La rythmologie suppose l'arithmologie en m&#234;me temps qu'elle la d&#233;pose. &#187; (&lt;i&gt;Le Rythme et la Raison, op. cit.&lt;/i&gt;, t. I, p. 118).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, t. I, &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;, p. 209, et t. II, &lt;i&gt;Rythmanalyses&lt;/i&gt;, p. 16-17 puis 56-71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#167; &#171; Les deux sources de la th&#233;orie du rythme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme grec, op. cit.&lt;/i&gt;, ch. 5, &#171; L'ordre du mouvement (Platon) &#187;, p. 62-93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison, op. cit.&lt;/i&gt;, t. I, p. 163, 165 (et d&#233;j&#224; p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, p. 212-214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristoxenus, &lt;i&gt;Elementa Rhythmica&lt;/i&gt; (II, 7), &lt;i&gt;The Fragment of Book II and the Additional Evidence for Aristoxenean Rhythmic Theory&lt;/i&gt;, L. Pearson ed., Oxford, Clarendon Press, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Escoubas, &lt;i&gt;L'Espace pictural&lt;/i&gt;, Paris, Encre Marine, 1995, &#233;d. augment&#233;e, Paris, Les Belles Lettres, 2011, notamment p. 171-204.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Dessons et H. Meschonnic, &lt;i&gt;Trait&#233; du rythme. Des vers et des proses&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 1998, par exemple p. 18, 25 et 51 pour la diff&#233;rence fondamentale entre structure et p&#233;riodicit&#233; (qui remonte effectivement aux &lt;i&gt;Structures rythmiques&lt;/i&gt; de P. Fraisse, Louvain, 1956), et p. 52 pour l'inclusion de la notion sp&#233;cifique de mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &#171; Tout coule. Petit retour sur H&#233;raclite pour r&#233;pondre &#224; quelques contestations &#187;, &lt;i&gt;Dans le bois de la langue&lt;/i&gt;, Paris, Laurence Teper, 2008, p. 71-84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Retour sur quelques malentendus en mati&#232;re de th&#233;orie du rythme
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article447</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article447</guid>
		<dc:date>2011-11-07T07:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Sauvanet
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le site Rhuthmos, qui a bien voulu accueillir ce texte, est un site important pour la recherche. Nous, rythmologues, rythmosophes, rythmanalystes (que sais-je encore&#8230;), avons besoin d'un espace vivant et ouvert de discussion, tel que ce r&#233;seau peut pr&#233;cis&#233;ment nous en offrir. Si Henri Meschonnic &#233;tait encore parmi nous &#8212; et je rends ici hommage &#224; sa m&#233;moire &#8212;, qui sait s'il ne s'en serait pas lui-m&#234;me servi ? R&#233;p&#233;tons en ce sens la d&#233;finition actuelle du site, dans laquelle chaque mot compte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique33" rel="directory"&gt;Sur le concept de rythme
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le site &lt;i&gt;Rhuthmos&lt;/i&gt;, qui a bien voulu accueillir ce texte, est un site important pour la recherche. Nous, rythmologues, rythmosophes, rythmanalystes (que sais-je encore&#8230;), avons besoin d'un espace vivant et ouvert de discussion, tel que ce r&#233;seau peut pr&#233;cis&#233;ment nous en offrir. Si Henri Meschonnic &#233;tait encore parmi nous &#8212; et je rends ici hommage &#224; sa m&#233;moire &#8212;, qui sait s'il ne s'en serait pas lui-m&#234;me servi ? R&#233;p&#233;tons en ce sens la d&#233;finition actuelle du site, dans laquelle chaque mot compte : &#171; Plateforme internationale et transdisciplinaire de recherche sur les rythmes dans les sciences, les philosophies et les arts &#187;. On aura not&#233; le pluriel, et l'ambition de l'ouverture : il s'agit bien ici de rassembler des recherches trop souvent dispers&#233;es, &#224; des fins proprement heuristiques de production d'un savoir rythmologique commun, sans n&#233;gliger les cr&#233;ations artistiques elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Or, il se trouve que c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce site que j'ai d&#233;couvert l'int&#233;ressant article d'Yves Citton, sous le titre &#171; Improvisation, rythmes et mondialisation. Quatorze th&#232;ses sur la fluidification sociale et les r&#233;sistances idiorrythmiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Y. Citton, &#171; Improvisation, rythmes et mondialisation. Quatorze th&#232;ses sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa r&#233;ponse &#224; cet article (avec la r&#233;activit&#233; que permet pr&#233;cis&#233;ment la mise en ligne), Pascal Michon nous associe, Yves Citton et moi, comme appartenant &#224; une certaine conception essentiellement m&#233;trique et num&#233;rique du rythme (&#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, Rhuthmos, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). J'ignore ce qu'en pense Yves Citton, mais j'avoue pour ma part ne pas du tout me reconna&#238;tre dans cette conception &#8212; qui est aussi une simplification, ne serait-ce que parce que, dans la lign&#233;e grecque, j'ai toujours d&#233;fendu la notion de &lt;i&gt;flux &lt;/i&gt; par rapport &#224; celle de &lt;i&gt;forme &lt;/i&gt; ou bien, dans ma d&#233;finition, le concept de &lt;i&gt;mouvement &lt;/i&gt; par rapport &#224; ceux de &lt;i&gt;structure &lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;p&#233;riodicit&#233;&lt;/i&gt;. Cette discussion que j'appelle de mes v&#339;ux, n'est-elle pas la preuve que la recherche sur les rythmes est bien vivante, et peut-&#234;tre m&#234;me plus que jamais ? J'aimerais donc maintenant clarifier certaines de mes positions th&#233;oriques, plut&#244;t que de laisser dire ce que d'autres en disent. En mati&#232;re de th&#233;orie du rythme, quelque part entre un sens de l'&#233;coute et un art de la r&#233;p&#233;tition, il est somme toute logique de faire &lt;i&gt;retour &lt;/i&gt; sur quelques &lt;i&gt;malentendus&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il faut donc maintenant citer le paragraphe probl&#233;matique en totalit&#233;. Pascal Michon &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Deux conceptions du rythme s'affrontent depuis la fin du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. La premi&#232;re est issue d'une interaction entre l'analyse musicale et l'analyse m&#233;trique de la po&#233;sie ; elle &#233;tait d&#232;s le d&#233;part congruente avec la rh&#233;torique et elle s'est par la suite diffus&#233;e dans la stylistique. Le rythme appara&#238;t compos&#233;, en proportion variable suivant les auteurs, de deux &#233;l&#233;ments : une base m&#233;trique constitu&#233;e par une succession r&#233;guli&#232;re de temps forts et de temps faibles, et des variations, d&#233;calages, retards, par rapport &#224; cette base. Cette conception, qui &#233;tait d&#233;j&#224; celles des m&#233;triciens grecs et latins, s'appuie sur deux principes : d'une part, le nombre &#8212; les latins traduisaient &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; par &lt;i&gt;numerus &lt;/i&gt; &#8212; et l'&#233;cart par rapport &#224; cette norme num&#233;rique. &#192; cela s'ajoute le fait qu'elle s'applique &#224; tous les arts organis&#233;s dans le temps : la po&#233;sie, la musique et la danse, et par extension &#224; toutes les autres formes artistiques non temporelles comme la peinture ou l'architecture. C'est &#224; cette lign&#233;e que se rattachent le travail de Pierre Sauvanet et aujourd'hui celui d'Yves Citton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, &#167; &#171; Les deux sources de la th&#233;orie du rythme &#187;.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin la seconde conception du rythme. En attendant, il y a au moins trois probl&#232;mes ici (et trois probl&#232;mes d'interpr&#233;tation qui ne sont pas des points de d&#233;tail, mais qui touchent &#224; l'essentiel d'une th&#233;orie du rythme) :
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;primo&lt;/i&gt;, la r&#233;f&#233;rence au nombre n'existe dans ma propre recherche que pour autant qu'elle est sans cesse discut&#233;e, probl&#233;matis&#233;e (voir par exemple ma lecture critique de saint Augustin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme et la Raison, Paris, Kim&#233;, 2000, t. I : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou encore, comme le dit Claudel : &#171; Il faut / qu'il y ait / dans le po&#235;me / un nombre / tel / qu'il emp&#234;che / de compter &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Claudel, &#171; Cent phrases pour &#233;ventails &#187;, &#338;uvre po&#233;tique, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;secundo&lt;/i&gt;, la notion d'&#171; &#233;cart &#187; ne fait pas partie de mes pr&#233;suppos&#233;s th&#233;oriques (au contraire m&#234;me, l'une des d&#233;finitions propos&#233;es du rythme consiste &#224; partir d'un mouvement premier, qui en lui-m&#234;me se construit et se p&#233;riodise, comme dans le cas d'un geste improvis&#233; qui se rythmise progressivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, t. I, Rythmologiques, p. 209, et t. II, Rythmanalyses, p. 16-17 puis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; ce que Deleuze nommerait pr&#233;cis&#233;ment une diff&#233;rence &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; la r&#233;p&#233;tition) ;
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;tertio&lt;/i&gt;, parler &#171; par extension &#187; des formes rythmiques non temporelles sonne comme un &#233;trange contresens, quand on remonte &#224; l'id&#233;e premi&#232;re d'un &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; grec indissolublement spatio-temporel, toujours entre forme et flux, en tant pr&#233;cis&#233;ment que forme spatiale trans-form&#233;e par et dans le temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote, Paris, PUF, 1999.&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ne serait-ce que pour une seule de ces trois raisons, il me semble que mon travail ne saurait &#234;tre aussi ais&#233;ment &#171; rattach&#233; &#224; cette lign&#233;e &#187;. Ou bien alors, cela reviendrait &#224; effacer d'un coup de gomme magique toute la dimension questionnante, probl&#233;matisante, en un mot &#171; ouverte &#187;, de mon humble travail de recherche. Il faut alors remonter un peu plus haut dans l'article de Pascal Michon pour comprendre l'essentiel de son argumentation. Je m'excuse presque de devoir citer mot &#224; mot ce texte : pourtant, encore une fois, il ne s'agit pas l&#224; d'une discussion de d&#233;tail, mais d'un probl&#232;me de fond, touchant aux enjeux m&#234;mes d'une rythmanalyse possible.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me choix concerne le rapport de d&#233;pendance assum&#233; de l'analyse d'Yves Citton &#224; l'&#233;gard des conceptions philosophiques essentialistes du rythme. Comme Pierre Sauvanet, dans la lign&#233;e duquel il place son essai, il introduit un peu de jeu dans la d&#233;finition traditionnelle : le rythme ne se limite pas, selon lui, &#224; la mesure, qu'il complexifie par des d&#233;sajustements, des retards et des avances, des variations et des diversifications. Toutefois, on l'a vu, toutes ces broderies ne peuvent appara&#238;tre que par rapport aux accentuations qui se succ&#232;dent et en constituent les conditions de possibilit&#233;. Le nombre reste la raison du rythme. Or, une fois plac&#233; sous l'&#233;gide du nombre et de la mesure, le rythme devient un concept formel applicable universellement et indiff&#233;remment &#224; tous les ph&#233;nom&#232;nes. Les rythmes du cosmos, du bios et de la sph&#232;re socio-historique peuvent &#234;tre subsum&#233;s sous les m&#234;mes concepts, aux d&#233;pens de leurs sp&#233;cificit&#233;s propres. Certes, Yves Citton ne va pas jusque-l&#224;, mais cette logique essentialiste mine souterrainement ses analyses. Le c&#339;ur de la conception platonicienne du rythme n'est pas remis en question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, op. cit., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Passons sur les probl&#232;mes d&#233;j&#224; rencontr&#233;s plus haut, ceux du nombre et de l'&#233;cart. Passons m&#234;me sur la notion de conception platonicienne du rythme, dont j'ai justement essay&#233; de montrer qu'elle &#233;tait beaucoup plus complexe que ce qu'on en pense couramment (puisque, dans les textes originaux, &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; s'emploie toujours uniquement dans un contexte anthropologique, celui de la danse, de la po&#233;sie et de la musique, et ne se dit jamais par exemple des cycles universels, o&#249; le philosophe grec use du terme de &lt;i&gt;periodos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme grec, op. cit., ch. 5, &#171; L'ordre du mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Concentrons-nous sur l'essentiel, sans jeu de mots : cette &#171; logique essentialiste &#187; qui &#171; mine souterrainement ses analyses &#187;, celle d'Yves Citton comme les miennes, donc. Or je dois bien dire ici que cette &#171; conception philosophique essentialiste du rythme &#187; ne me semble pas d&#233;finir ni positivement, ni exactement ma propre position. Peut-&#234;tre suffirait-il de (re)lire ces phrases, maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;es, pour s'en rendre compte : &#171; Le rythme n'est pas un objet &#187;, &#171; Le rythme n'a pas d'essence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Sauvanet, Le Rythme et la Raison, op. cit., t. I, p. 163, 165 (et d&#233;j&#224; p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; moins de se payer de mots, il para&#238;t difficile d'attribuer une logique essentialiste &#224; quelqu'un qui ne cesse de dire que le rythme n'a pas d'essence... Ce qui est juste en revanche, c'est qu'il faut essayer de cerner les ph&#233;nom&#232;nes rythmiques &#224; travers, non une essence introuvable, mais un ensemble de propri&#233;t&#233;s caract&#233;ristiques. Le chercheur doit alors en rabattre, et accepter de ne jamais pouvoir donner une d&#233;finition &lt;i&gt;g&#233;n&#233;tique &lt;/i&gt; du rythme au sens de Spinoza : la d&#233;finition g&#233;n&#233;tique est celle qui donne l'essence, tandis que nous ne pouvons obtenir que des propri&#233;t&#233;s. Le r&#244;le assign&#233; &#224; la d&#233;finition n'est pas d'atteindre une impossible &#171; chose en soi &#187;, mais de produire &#224; sa mani&#232;re un maximum d'intelligibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, qui n'ont pr&#233;cis&#233;ment rien d'universels ni d'indiff&#233;renci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Inutile de refaire ici tout le chemin qui nous m&#232;ne &#224; cette d&#233;finition possible, qu'il suffit de rappeler au passage : &lt;i&gt;tout ph&#233;nom&#232;ne, per&#231;u ou agi, auquel un sujet peut attribuer au moins deux des crit&#232;res suivants : structure, p&#233;riodicit&#233;, mouvement&lt;/i&gt;. C'est ainsi, par exemple, qu'un rythme ternaire se comprend en termes de structure, un rythme biologique en termes de p&#233;riodicit&#233;, un rythme syncop&#233; en termes de mouvement. Au moins deux crit&#232;res, c'est-&#224;-dire : structure et p&#233;riodicit&#233; sans mouvement, structure et mouvement sans p&#233;riodicit&#233;, p&#233;riodicit&#233; et mouvement sans structure. Ou bien trois, dans un ordre chaque fois diff&#233;rent et en employant volontairement des synonymes : &lt;i&gt;structure p&#233;riodique en mouvement, retour d'une forme en devenir, dynamique d'un cycle ordonn&#233;&lt;/i&gt;. Ainsi, au lieu d'une structure p&#233;riodique en mouvement, on peut &#233;galement penser un mouvement premier qui se structure et se p&#233;riodise progressivement, comme dans le mod&#232;le po&#233;tique de l'organisation progressive, rythmique et non m&#233;trique, du flux du langage. Au passage, il n'y a l&#224; rien d'incompatible, &#233;videmment, avec la th&#233;orie de Henri Meschonnic, ni partant, avec celle de Pascal Michon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans ces conditions, il s'agit alors de faire de cette apparente faiblesse cognitive une force th&#233;orique, en ce qu'elle nous montre une nouvelle sp&#233;cificit&#233; du rythme, en le pensant pr&#233;cis&#233;ment comme auto-d&#233;bordement du concept, et en conservant toujours une sorte de &#171; case vide &#187; dans son sch&#233;ma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 212-214.&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. N'oublions pas en effet que la d&#233;finition engage aussi une ph&#233;nom&#233;nologie du &#171; sujet &#187;. La distinction straussienne entre &#171; moment gnosique &#187; et &#171; moment pathique &#187; permet de penser le rythme comme &#233;tant &#224; la fois la marque et le brouillage du sujet, l&#224; o&#249; la conscience rythmisante est aussi conscience dionysiaque : saisir un rythme en tant que ph&#233;nom&#232;ne, n'est-ce pas &#233;galement &#234;tre saisi par lui ? D'o&#249; l'amphibologie possible, en fran&#231;ais, de la formule &lt;i&gt;&#171; Je suis le sujet du rythme &#187;&lt;/i&gt;, entre un sens actif et un sens passif : si je suis le sujet d'un rythme (si je le produis, l'agis), pour autant le rythme n'est pas objet par rapport &#224; moi ; si je suis l'objet d'un rythme (si je le per&#231;ois, suis agi par lui, voire assujetti &#224; lui), pour autant le rythme n'est pas sujet par rapport &#224; moi. La perception du rythme devient alors rythmisation de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Car rythmer, c'est d'abord &#234;tre rythm&#233;. En ce sens, le rythme est &lt;i&gt;exp&#233;rience rythmique&lt;/i&gt; ou il n'est pas. Chez Aristox&#232;ne de Tarente d&#233;j&#224;, la d&#233;finition se pr&#233;sentait sous cette forme (je souligne) : &#171; Le rythme &lt;i&gt;appara&#238;t lorsque&lt;/i&gt; la division des temps prend un ordre d&#233;termin&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristoxenus, Elementa Rhythmica (II, 7), The Fragment of Book II and the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ces conditions, la question n'est plus : &#171; qu'est-ce que le rythme ? &#187;, mais : &#171; qu'est-ce qui &lt;i&gt;fait &#234;tre&lt;/i&gt; le rythme ? par quoi le rythme est-il rythmique ? o&#249; et quand (&#224; partir de quand, jusqu'o&#249;) y a-t-il rythme ? &#187;... &#192; travers cette question du &lt;i&gt;seuil &lt;/i&gt; du ph&#233;nom&#232;ne, nous comprenons &#224; quel point le rythme est une anti-substance, le &#171; rythmisme &#187; un anti-substantialisme. Le rythme, ou plus pr&#233;cis&#233;ment le &lt;i&gt;rythmique&lt;/i&gt;, pose en philosophie la question d'une pens&#233;e modale. Encore une fois, il ne s'agit pas de dire : &#171; le rythme, c'est SPM &#187;, mais : &#171; quelque chose devient du rythme lorsque SPM sont combin&#233;s en un ph&#233;nom&#232;ne pour un sujet donn&#233; &#187;, dans une exp&#233;rience rythmique chaque fois singuli&#232;re &#8212; et pourtant partageable avec d'autres singularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ce stade des op&#233;rations, j'avoue ne pas voir en quoi tout ceci s'opposerait &#224; la seconde source de la conception du rythme, si ce n'est que les contextes &#233;pist&#233;miques (linguistique &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;. philosophie), ou plus exactement les plans de pens&#233;e (analyse &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt;. synth&#232;se), ne sont pas exactement les m&#234;mes. J'en viens m&#234;me &#224; croire, finalement, que tout ceci ne fait que renforcer l'int&#233;r&#234;t pour la source &#171; fluide &#187; de la th&#233;orie du rythme, d&#233;fendue par Pascal Michon lui-m&#234;me dans le texte auquel il nous faut revenir une derni&#232;re fois. Pour cette seconde source en effet, &#171; il faut donc donner un sens nouveau et sp&#233;cifique au concept de rythme : non plus celui d'un segment d'une cha&#238;ne, ni celui de niveau d'un ensemble sup&#233;rieur, mais celui d'une &lt;i&gt;organisation d'ensemble du flux&lt;/i&gt; du langage. Cette lign&#233;e romantique a abouti dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; la linguistique g&#233;n&#233;rale de Benveniste et &#224; la po&#233;tique de Meschonnic &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Michon, op. cit. (je souligne).&#034; id=&#034;nh8-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans toujours tout ramener au mod&#232;le linguistique, ce qui me semble &#234;tre une erreur (notamment pour les arts non langagiers comme la musique ou les arts plastiques), je retrouverais bien volontiers ma propre d&#233;finition, entre structure et mouvement, dans cette derni&#232;re formule, r&#233;p&#233;t&#233;e pour l'occasion : &#171; organisation d'ensemble du flux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est ce qu'a bien compris, par exemple, &#201;liane Escoubas, dans la r&#233;&#233;dition r&#233;cente d'un ouvrage qui a fait date : &lt;i&gt;L'Espace pictural&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Escoubas, L'Espace pictural, Paris, Encre Marine, 1995, &#233;d. augment&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle propose en effet une nouvelle &#233;dition augment&#233;e de plusieurs pages d'analyse des &#339;uvres de Paul Klee, largement inspir&#233;e par la trilogie rythmique (ou m&#234;me en l'occurrence rythmanalytique) de structure-p&#233;riodicit&#233;-mouvement. Au passage, on ne saurait suspecter la ph&#233;nom&#233;nologue de structuralisme &#224; outrance : il est donc &#233;vident qu'on peut utiliser le concept de structure dans un sens non-structuraliste. Tout d&#233;pend de l'interpr&#233;tation (et de la combinaison) que l'on donne de cette d&#233;finition &#224; g&#233;om&#233;trie variable, dont l'auteur est toujours heureux de voir &#224; quel point elle peut &#234;tre heuristique entre d'autres mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par rapport &#224; ces deux sources (formelle ou fluide, m&#233;trique ou mobile, pour le dire vite), mon objet principal de recherche, mon seul objet &#224; la limite, aura donc &#233;t&#233; de clarifier et d'approfondir philosophiquement la notion de rythme. En ce sens, il est clair que je ne me sens appartenir ni &#224; une &#233;cole formelle, m&#233;trique ou num&#233;rologique du rythme, ni &#224; une &#233;cole fluide, mobile ou po&#233;tique du rythme. Je ne suis pas de l'&#233;cole augustinienne ou apparemment claud&#233;lienne, comme je ne suis pas de l'&#233;cole meschonnicienne ou apparemment michonienne. D'ailleurs, il n'y a pas d'&#233;cole sauvan&#233;tienne. La seule &#233;cole &#224; laquelle je me sens appartenir est celle de la pens&#233;e du rythme dans toute sa richesse et sa complexit&#233;. Ma seule ambition de philosophe, qui n'a certes rien d'original, et qui n'est pas une posture universitaire, est de contribuer &#224; une meilleure intelligibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques. Or il me semble que la d&#233;finition tripartite combinatoire, dans quelque ordre qu'on la prenne (c'est-&#224;-dire sans hi&#233;rarchie interne des param&#232;tres), permet pr&#233;cis&#233;ment de rendre compte, &#224; des degr&#233;s divers, de l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, quitte pr&#233;cis&#233;ment &#224; critiquer l'usage parfois un peu trop l&#226;che du mot &#171; rythme &#187; pour des ph&#233;nom&#232;nes approchants ou autres faux-amis (m&#232;tre, cycle, p&#233;riode, etc.). Il s'agit toujours de rendre compte, rendre raison &#8212; l&lt;i&gt;ogon didonai&lt;/i&gt;, disaient les Grecs &#8212; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques dans leur totalit&#233;, leur complexit&#233;, la totalit&#233; de leur complexit&#233;, et la complexit&#233; de leur totalit&#233;. Par exemple, dans le po&#232;me en prose, il est &#233;vident que c'est le &lt;i&gt;mouvement &lt;/i&gt; qui est premier, non la structure ou la p&#233;riodicit&#233;. Et encore une fois, je ne vois pas en quoi je m'opposerais &#224; Meschonnic en disant cela ! La meilleure preuve, peut-&#234;tre, de cette relative compatibilit&#233; th&#233;orique est que le &lt;i&gt;Trait&#233; du rythme&lt;/i&gt; lui-m&#234;me n'h&#233;site pas &#224; reprendre mes propres distinctions... mais sans citer ses sources&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Dessons et H. Meschonnic, Trait&#233; du rythme. Des vers et des proses, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Reste &#224; comprendre l'origine de cette m&#233;prise... Or, je crois simplement que le contresens partiel de Pascal Michon sur les enjeux de ma propre th&#233;orie tient davantage &#224; la lecture de ce que Henri Meschonnic dit de mes textes qu'&#224; la lecture de mes textes eux-m&#234;mes. En ce sens, et en toute amiti&#233;, il s'agit moins d'une m&#233;prise que d'une sorte de &#171; m&#233;lecture &#187; &lt;i&gt;(misreading)&lt;/i&gt; &#8212; mais mieux vaut &#234;tre mal lu que pas lu du tout. Dans un de ses derniers articles en effet, qui faisait suite &#224; une de mes remarques, Henri Meschonnic prend plaisir &#224; contester un fait pourtant incontestable : &#224; savoir que H&#233;raclite, du moins bien entendu dans les fragments qui nous sont parvenus, n'a jamais utilis&#233; le mot rythme &lt;i&gt;(rhuthmos)&lt;/i&gt; ; et, tout en essayant de comprendre ce qui pouvait s'appeler rythme chez H&#233;raclite (&#224; partir du fameux &lt;i&gt;panta rhei&lt;/i&gt;), il faut bien reconna&#238;tre que la notion h&#233;raclit&#233;enne de rythme, en elle-m&#234;me, n'existe pas... Mais je ne parlerai pas davantage ici de cet article non-scientifique, parce que je ne pourrai malheureusement plus en discuter avec son auteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Meschonnic, &#171; Tout coule. Petit retour sur H&#233;raclite pour r&#233;pondre &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
R&#233;sumons ce trop long d&#233;bat. D'un c&#244;t&#233;, Pascal Michon juge apparemment inutile ma tentative d'&#233;claircissement conceptuel, face &#224; laquelle il avoue volontiers avoir une certaine r&#233;sistance (notamment parce que le concept de &#171; structure &#187; lui rappelle un peu trop le structuralisme). De l'autre, je persiste &#224; penser qu'il n'est jamais vain, philosophiquement parlant, de pr&#233;ciser les contextes d'usage d'un mot, et notamment du mot de rythme ; mais je ne tiens pas plus que cela &#224; mes trois termes S, P, M, qu'&#224; la limite on pourrait remplacer ais&#233;ment par les trois adjectifs de formel, cyclique et dynamique, ou par d'autres encore. J'ai la faiblesse de croire que classer les rythmes selon ces trois champs s&#233;mantiques &#8212; et classer, c'est d&#233;j&#224; penser &#8212; permet toujours, sinon d'apporter un gain d'intelligibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques, du moins d'&#233;viter de se perdre en discussions inutiles portant sur des objets diff&#233;rents. Car seule une distinction interne des crit&#232;res des ph&#233;nom&#232;nes rythmiques permet de penser tous ces ph&#233;nom&#232;nes, dans ce qu'ils ont &#224; la fois de commun et de distinct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, &#224; toutes fins utiles, je joins ici une bibliographie quasi exhaustive &#224; la date de cet article, non par vanit&#233; personnelle mal plac&#233;e, mais par souci d'information en ligne, et de v&#233;rification toujours possible des dates et des sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;CENTER&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie de Pierre Sauvanet (sur le rythme uniquement)&lt;/strong&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Ouvrages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1. &lt;i&gt;Rythmes et Philosophie&lt;/i&gt;, co-dir. P. Sauvanet et J.-J. Wunenburger, Paris, Editions Kim&#233;, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;i&gt;Le Rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, coll. &#171; Philosophies &#187;, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. I : &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. II : &lt;i&gt;Rythmanalyses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
1. Notice &#171; Rythme &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#230;dia Universalis&lt;/i&gt;, Thesaurus, Paris, 1990 (repris sur la version CD-ROM et en ligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#171; Ordre et chaos, ou du rythme en philosophie &#187;, &lt;i&gt;Rythme et &#201;criture&lt;/i&gt; n&#176; 2, Cahiers Recherches Interdisciplinaires sur les Textes Modernes, Universit&#233; de Paris-X, Nanterre, 1991, p. 125-133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#171; &#8220;Le&#8221; rythme : encore une d&#233;finition ! &#187;, &lt;i&gt;Les Rythmes, Lectures et Th&#233;ories&lt;/i&gt;, Actes du Colloque de Cerisy de juin 1989, dir. J.-J. Wunenburger, Paris, L'Harmattan, 1992, p. 233-240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#171; Paul Klee, &lt;i&gt;En Rythme&lt;/i&gt; : de l'image au concept &#187;, &lt;i&gt;Cahiers du RITM&lt;/i&gt; n&#176;4, Universit&#233; de Paris-X, Nanterre, 1994, p. 9-27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#171; Les rythmes en philosophie et sciences humaines, Un &#233;tat de la recherche &#187;, &lt;i&gt;Rythmes&lt;/i&gt;, Bulletin du GERB, Lettre de la Soci&#233;t&#233; Francophone de Chronobiologie, tome 27, n&#176; 3-4, d&#233;c. 1995, p. 4-6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#171; A quelles conditions un discours philosophique sur le rythme est-il possible ? (R&#233;ponse &#224; Henri Meschonnic) &#187;, &lt;i&gt;Rythmes et Philosophie&lt;/i&gt;, co-dir. P. Sauvanet et J.-J. Wunenburger, Paris, Kim&#233;, 1996, p. 23-39 (d&#233;j&#224; cit&#233; dans les ouvrages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#171; L'ethnomusicologue et le philosophe. Quand ils se rencontrent sur le ph&#233;nom&#232;ne &#171; rythme &#187; &#187;, &lt;i&gt;Cahiers de musiques traditionnelles&lt;/i&gt;, n&#176; 10, &#171; Rythmes &#187;, dir. L. Aubert, Gen&#232;ve, hiver 1997-98, p. 3-16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &#171; Polyrythmie corporelle : pour une lecture philosophique de la chronobiologie &#187;,&lt;i&gt; Annales doctorales&lt;/i&gt;, n&#176; 1, &lt;i&gt;Corps et individuation&lt;/i&gt;, dir. J. Gayon, P.-F. Moreau, Dijon, &#201;ditions Universitaires de Dijon, 1998, p. 49-57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &#171; L'ordre du mouvement : Platon et l'origine du rythme &#187;, &lt;i&gt;Le Rythme&lt;/i&gt;, 3&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Grand Congr&#232;s International du Rythme, Institut Jaques-Dalcroze, 22-25 juillet 1999, Gen&#232;ve, &#201;ditions Papillon, 2000, p. 22-35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. &#171; L'image spatiale d'un rythme temporel &#187;, &lt;i&gt;La Musique et l'Imaginaire&lt;/i&gt;, Actes de la journ&#233;e du 16 f&#233;vrier 2002, dir. D. Pistone, Universit&#233; de Paris-Sorbonne, Observatoire Musical Fran&#231;ais, S&#233;rie &#171; Conf&#233;rences et S&#233;minaires &#187;, n&#176; 14, Paris, 2002, p. 49-58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. &#171; Nouveaux objets : Rythme(s) &#187;, &lt;i&gt;Magazine Litt&#233;raire&lt;/i&gt;, n&#176; 414, &#171; Philosophie et art : la fin de l'esth&#233;tique ? &#187;, novembre 2002, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &#171; Solutions transartistiques : Rythmes &#187;, in P. Sauvanet, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'esth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, Ellipses, coll. &#171; Domaines philosophiques &#187;, 2004, &#167; 5.3.2.1., p. 107-109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. &#171; Le rythme : premier bilan d'une recherche &#187;, &lt;i&gt;Le Rythme&lt;/i&gt;, Actes des 2&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;es&lt;/sup&gt; Rencontres Interartistiques de l'Observatoire Musical Fran&#231;ais, dir. D. Pistone, 23 mars 2005, S&#233;rie &#171; Conf&#233;rences et S&#233;minaires &#187;, n&#176; 24, dir. P. Lalitte, Universit&#233; Paris-Sorbonne Paris-IV, 2006, p. 7-14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Article &#171; Rythme &#187;, &lt;i&gt;Dictionnaire de philosophie&lt;/i&gt;, dir. J.-P. Zarader, Paris, Ellipses, 2007, p. 517-518.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Article &#171; Rythme &#187;, &lt;i&gt;Dictionnaire d'esth&#233;tique et de philosophie de l'art&lt;/i&gt;, dir. J. Morizot, R. Pouivet, Paris, Armand Colin, 2007, p. 389.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. &#171; &lt;i&gt;Ethos &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;La musique &#224; l'esprit. Enjeux &#233;thiques du ph&#233;nom&#232;ne musical&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2008, Actes du colloque du 4 octobre 2002, dir. J. During, Fondation Ostad Elahi / CNRS, p. 57-66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. &#171; Pr&#233;sence ou absence du rythme dans les musiques d'aujourd'hui &#187;, &lt;i&gt;Filigrane&lt;/i&gt;, n&#176; 10, &#171; Le rythme &#187;, dir. G. Mathon, E. Dufour, Sampzon, Editions Delatour France, 2009, p. 87-100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &#171; Question de rythmes, questions de rythme &#187;, &lt;i&gt;Rythmes de l'homme, rythmes du monde&lt;/i&gt;, co-dir. C. Doumet, A. Wald Lasowski, S&#233;minaire de l'ENS de la rue d'Ulm 2006-2008, Paris, Hermann, 2010, p. 13-24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. &#171; Le pouvoir paradoxal du batteur de jazz &#187;, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, n&#176;46, automne 2011, Paris, Editions Amsterdam, mineure &#171; Rythmanalyses &#187;, dir. F. Bisson, Y. Citton, p. 207-210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. &#171; Actualit&#233; de la recherche en rythmanalyse(s) : quelques &#233;l&#233;ments pour un &#233;tat des lieux, suivis d'un retour sur quelques malentendus &#187;, &lt;i&gt;Rythmanalyse&lt;/i&gt;(s), actes de la 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; journ&#233;e d'&#233;tudes, dir. J. Lamy, J.-J. Wunenburger, Lyon, 6 mai 2011, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Y. Citton, &#171; Improvisation, rythmes et mondialisation. Quatorze th&#232;ses sur la fluidification sociale et les r&#233;sistances idiorrythmiques &#187;, Rhuthmos, 2 juillet 2010, &lt;a href=&#034;http://rhuthmos.eu/spip.php?article22&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://rhuthmos.eu/spip.php?article22&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. &#192; noter que la revue &lt;i&gt;Multitudes &lt;/i&gt; a fait para&#238;tre un num&#233;ro consacr&#233; &#224; quelques rythmanalyses, sous la direction de Fr&#233;d&#233;ric Bisson et Yves Citton (n&#176; 46, septembre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, Rhuthmos, 11 ao&#251;t 2010, &lt;a href=&#034;http://rhuthmos.eu/spip.php?article94&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://rhuthmos.eu/spip.php?article94&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, &#167; &#171; Les deux sources de la th&#233;orie du rythme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 2000, t. I : &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;, p. 55-58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Claudel, &#171; Cent phrases pour &#233;ventails &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvre po&#233;tique&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, &#171; Pl&#233;iade &#187;, 1985, p. 729 (avec la mise en page originale). Et mon commentaire : &#171; Il peut y avoir un &#8220;chiffre&#8221; dans tout rythme &#8212; le d&#233;nombrement est donc possible &#8212;, mais ce chiffre ne fait pas partie du ph&#233;nom&#232;ne rythmique en lui-m&#234;me, qui exige en quelque sorte sa &#8220;nescience&#8221; &#8212; le d&#233;nombrement en tant que tel est inop&#233;rant. Ce n'est pas en disant &#8220;une longue vaut deux br&#232;ves&#8221; que l'on se sera rapproch&#233; un tant soit peu du ph&#233;nom&#232;ne rythmique. La logique paradoxale du rythme peut alors rejoindre celle de la musique pour Leibniz, cette math&#233;matique de l'&#226;me quand l'&#226;me ne sait plus qu'elle compte (&lt;i&gt;&#171; exercitium arithmeticae occultum nescientis se numerare animi &#187;&lt;/i&gt;). La rythmologie suppose l'arithmologie en m&#234;me temps qu'elle la d&#233;pose. &#187; (&lt;i&gt;Le Rythme et la Raison, op. cit.&lt;/i&gt;, t. I, p. 118).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, t. I, &lt;i&gt;Rythmologiques&lt;/i&gt;, p. 209, et t. II, &lt;i&gt;Rythmanalyses&lt;/i&gt;, p. 16-17 puis 56-71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme grec, d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &#171; Idiorrythmie ou eurythmie ? R&#233;ponse &#224; Yves Citton &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#167; &#171; Les deux sources de la th&#233;orie du rythme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme grec, op. cit.&lt;/i&gt;, ch. 5, &#171; L'ordre du mouvement (Platon) &#187;, p. 62-93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Sauvanet, &lt;i&gt;Le Rythme et la Raison, op. cit.&lt;/i&gt;, t. I, p. 163, 165 (et d&#233;j&#224; p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, p. 212-214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristoxenus, &lt;i&gt;Elementa Rhythmica&lt;/i&gt; (II, 7), &lt;i&gt;The Fragment of Book II and the Additional Evidence for Aristoxenean Rhythmic Theory&lt;/i&gt;, L. Pearson ed., Oxford, Clarendon Press, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;P. Michon, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. (je souligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;E. Escoubas, &lt;i&gt;L'Espace pictural&lt;/i&gt;, Paris, Encre Marine, 1995, &#233;d. augment&#233;e, Paris, Les Belles Lettres, 2011, notamment p. 171-204.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;G. Dessons et H. Meschonnic, &lt;i&gt;Trait&#233; du rythme. Des vers et des proses&lt;/i&gt;, Paris, Dunod, 1998, par exemple p. 18, 25 et 51 pour la diff&#233;rence fondamentale entre structure et p&#233;riodicit&#233; (qui remonte effectivement aux &lt;i&gt;Structures rythmiques&lt;/i&gt; de P. Fraisse, Louvain, 1956), et p. 52 pour l'inclusion de la notion sp&#233;cifique de mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;H. Meschonnic, &#171; Tout coule. Petit retour sur H&#233;raclite pour r&#233;pondre &#224; quelques contestations &#187;, &lt;i&gt;Dans le bois de la langue&lt;/i&gt;, Paris, Laurence Teper, 2008, p. 71-84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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