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		<title>Une note de recherche sur &#171; Temps, loisirs et mobilit&#233;s &#187; par Benjamin Pradel &#8211; Forum Vies Mobiles &#8211; Mars 2022
</title>
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		<dc:date>2022-04-05T13:50:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
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		<description>
&lt;p&gt;Benjamin Pradel, Forum Vies Mobiles, &#171; Temps, loisirs et mobilit&#233;s &#187;, Notes de recherches, D&#233;but : Mars 2022 - Fin : Mars 2022 &#8211; Le Forum Vies Mobiles est un institut de recherche sur la mobilit&#233; qui pr&#233;pare la transition vers des modes de vies plus d&#233;sir&#233;s et durables. &#8211; Cette note a pour objectif d'alimenter la r&#233;flexion port&#233;e par le Forum Vies Mobiles sur les mobilit&#233;s et les rythmes de vie abord&#233;s par le prisme des loisirs et d'ouvrir des perspectives de recherche. &#192; la crois&#233;e d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;Br&#232;ves &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Benjamin Pradel, &lt;i&gt;Forum Vies Mobiles&lt;/i&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://forumviesmobiles.org/recherches/15528/temps-loisirs-et-mobilites&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Temps, loisirs et mobilit&#233;s&lt;/a&gt; &#187;, Notes de recherches, D&#233;but : Mars 2022 - Fin : Mars 2022
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le &lt;strong&gt;Forum Vies Mobiles&lt;/strong&gt; est un institut de recherche sur la mobilit&#233; qui pr&#233;pare la transition vers des modes de vies plus d&#233;sir&#233;s et durables.
&lt;BR/&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette note a pour objectif d'alimenter la r&#233;flexion port&#233;e par le &lt;i&gt;Forum Vies Mobiles&lt;/i&gt; sur les mobilit&#233;s et les rythmes de vie abord&#233;s par le prisme des loisirs et d'ouvrir des perspectives de recherche. &#192; la crois&#233;e d'un travail de synth&#232;se, d'analyse et d'&#233;tonnement, elle questionne le concept de loisirs en tant qu'activit&#233; sociale dans sa relation au temps et aux d&#233;placements. Elle articule des concepts existants et tente une r&#233;flexion exploratoire sur l'importance de la ma&#238;trise des temps, notamment des temps de loisir et des temps libres, dans la construction du bien-&#234;tre &#224; travers l'id&#233;e de &#171; capabilit&#233; rythmique &#187; et de &#171; temps libre discr&#233;tionnaire &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Habiter l'absence : une question de rythmes
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article2711</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article2711</guid>
		<dc:date>2021-02-10T17:10:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;tude Partir-Revenir analyse les rythmes de l'habiter &#224; travers l'absence domestique, ces moments o&#249; tout ou partie des habitants partent de chez eux pour le travail ou les loisirs, et qui influencent les mani&#232;res dont ils investissent leurs maisons. L'absence &#224; la crois&#233;e des rythmes de l'habiter et de la mobilit&#233; Men&#233;e par le sociologue Benjamin Pradel et la photographe Hortense Soichet, elle a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien de Leroy Merlin Source et du Forum Vies Mobiles dans un partenariat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Sociologie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'absence &#224; la crois&#233;e des rythmes de l'habiter et de la mobilit&#233;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;L'absence &#224; la crois&#233;e des rythmes de l'habiter et de la mobilit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'association de la sociologie et de la photographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;L'association de la sociologie et de la photographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Extrait : quel type d'absent &#234;tes-vous ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Extrait : quel type d'absent &#234;tes-vous ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;L'&#233;tude Partir-Revenir analyse les rythmes de l'habiter &#224; travers l'absence domestique, ces moments o&#249; tout ou partie des habitants partent de chez eux pour le travail ou les loisirs, et qui influencent les mani&#232;res dont ils investissent leurs maisons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'absence &#224; la crois&#233;e des rythmes de l'habiter et de la mobilit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Men&#233;e par le sociologue Benjamin Pradel et la photographe Hortense Soichet, elle a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien de Leroy Merlin Source et du Forum Vies Mobiles dans un partenariat articulant, dans une m&#234;me recherche, les questions de l'habiter et celles des mobilit&#233;s. A travers l'analyse de l'absence domestique comme une exp&#233;rience sociale significative des rythmes des soci&#233;t&#233;s dites hypermobiles, ce travail r&#233;v&#232;le combien les logiques d'habiter et de mobilit&#233; sont intimement li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les rythmes de l'absence, en fr&#233;quence et en dur&#233;e, influencent directement les mani&#232;res d'envisager, d'am&#233;nager et d'organiser les maisons. La maison est alors un dispositif spatial pens&#233;e autant pour y &#234;tre pr&#233;sent que pour bien s'en absenter, partir sereinement, assurant sa permanence et son int&#233;grit&#233; pour y permettre un &#233;ternel retour. Les rythmes de l'absence impactent aussi la socialisation des habitants &#224; partir de la maison comme enjeu de stabilit&#233;. Ils mobilisent des personnes ressources et tissent un r&#233;seau de relations sociales aux statuts divers pour prendre soin de chez eux ou de ceux qui y restent. Ces dispositifs sociaux et spatiaux qui permettent la gestion de l'absence domestique montrent que les rythmes de la mobilit&#233; et du mouvement, sont intimement li&#233;s aux rythmes de l'habiter et de l'ancrage voire se confondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La qu&#234;te d'un bien habiter s'inscrit alors dans la recherche d'un &#233;quilibre choisi, entre pr&#233;sence et absence, entre mouvement et ancrage, qui ne met en p&#233;ril aucune des deux faces de l'habiter. Ainsi, la distanciation spatiale &#224; la maison, le d&#233;part, l'&#233;loignement, s'articule avec la recherche d'une maitrise de la distanciation psychologique &#224; ce qui est quitt&#233;, entre la pr&#233;servation d'un lien d'attention constant pour mieux se rassurer et la recherche d'une coupure permettant l'activit&#233; sereine &#224; distance du chez-soi et des siens. C'est dans ce double rythme de pr&#233;sence et absence &#224; la fois physique et psychologique &#224; la maison que l'habitant qui se d&#233;place construit un rythme de l'habiter. Ce rythme, &#233;lastique, qui l'&#233;loigne et le ram&#232;ne, entrem&#234;le intimement mouvement et ancrage, mobilit&#233; et immobilit&#233;, continuit&#233; et rupture.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'association de la sociologie et de la photographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le rapport &#171; Partir-Revenir : Gestion de l'absence, strat&#233;gies domestiques et mode d'habiter &#187; est accompagn&#233; de deux portfolios &#171; Chronologie de l'absence &#187; et &#171; Typologie des objets de l'absence &#187; qui &#233;clairent diff&#233;remment la probl&#233;matique de l'absence, de l'habiter et de la mobilit&#233; en articulant de diff&#233;rentes fa&#231;ons la photographie et la sociologie. Ces documents sont disponibles en acc&#232;s libre sur le site de &lt;a href=&#034;https://www.leroymerlinsource.fr/habiter/partir-revenir-la-gestion-de-labsence-du-logement/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Leroy Merlin Source&lt;/a&gt; ainsi que sur le site du &lt;a href=&#034;https://fr.forumviesmobiles.org/projet/2019/01/07/partirrevenir-gestion-labsence-au-domicile-12794&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Forum Vies Mobiles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En parall&#232;le, le travail a donn&#233; lieu &#224; une seconde production intitul&#233;e &#171; Id&#233;aux-types de maison travaill&#233;s par l'absence &#187;. Elle rend compte de repr&#233;sentations et imaginaires de maisons impact&#233;es par les rythmes de l'absence, par un croisement de points de vue habitants et de photographies en en relation. Ce travail est disponible sur le site de &lt;a href=&#034;https://www.leroymerlinsource.fr/habiter/partir-revenir-4-maisons-types-pour-interroger-le-lien-a-la-maison/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Leroy Merlin Source&lt;/a&gt; ainsi que sous la forme d'une exposition en ligne accompagn&#233;e d'une visite guid&#233;e audio, accessible sur le site &lt;a href=&#034;http://artisticlab.forumviesmobiles.org/fr/des-ideaux-types-domestiques-travailles-par-l-absence&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Artistic Lab&lt;/a&gt; du Forum Vies Mobiles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Extrait : quel type d'absent &#234;tes-vous ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Les &#233;lastiques : choisir quand oublier. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les &#233;lastiques veulent prendre de la distance avec la maison mais pouvoir y jeter un &#339;il de temps &#224; autre. C'est la situation la plus commune. Ils mettent en place des dispositifs humains et non humains avec lesquels ils dialoguent r&#233;guli&#232;rement &#224; distance. Ils souhaitent pouvoir, lorsqu'ils le d&#233;cident, prendre le pouls du fonctionnement de l'univers domestique sans eux ou de l'univers professionnel qui lui est rattach&#233;, afin de mieux vivre l'absence. La distanciation &#224; la maison, qu'elle soit professionnelle ou de loisirs, est d'autant plus effective qu'ils se rassurent par une communication norm&#233;e avec elle et ses occupants. Pouvoir choisir quand porter attention &#224; la maison distante est le gage d'une absence ma&#238;tris&#233;e et bien v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Les ubiquistes : absents de nulle part. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les ubiquistes veulent &#234;tre partout en m&#234;me temps et v&#233;ritablement absents nulle part. Ils utilisent beaucoup les terminaux portatifs connect&#233;s, au premier rang desquels les smartphones. Ils s'informent, surveillent voire contr&#244;lent l'&#233;tat de la maison vide ou la vie des occupants par des capteurs, des appels, des messages, des instructions, etc. Ce rapport d'ubiquit&#233; se retrouve chez les tr&#232;s mobiles avec enfants qui vivent mal la solitude loin du foyer, dans une forme de compensation de l'absence y compris aupr&#232;s des conjoints, de synchronisation des quotidiens et plus largement de maintien des liens. Il se retrouve aussi chez les angoiss&#233;s qui cherchent &#224; ma&#238;triser et contr&#244;ler &#224; distance leur maison et ceux qui s'y trouvent. L'absence physique se double d'une attention &#224; distance &#224; la maison, voire d'une tension, qui produit une pr&#233;sence en pointill&#233;s &#224; l'ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Les d&#233;tach&#233;s : pr&#233;server l'absence.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les d&#233;tach&#233;s veulent couper du quotidien et pr&#233;server &#224; tout prix la distance. Ils mettent en place tout un ensemble de dispositifs non humains mais surtout humains pour que leur maison et les activit&#233;s quotidiennes qui s'y rattachent puissent fonctionner de fa&#231;on autonome. En situation d'absence professionnelle, ils se reposent avant tout sur les autres membres du m&#233;nage pour assurer une continuit&#233; de ces temps de travail hors domicile. En situation d'absence vacanci&#232;re, notamment en voyage, ils mobilisent des personnes ressources de confiance pour parer aux impr&#233;vus. La pr&#233;paration de leur absence renvoie au plaisir de se donner le luxe de pouvoir oublier ce qui est rattach&#233; &#224; l'univers domestique : le quotidien quand l'habitant est en vacances ; la famille quand l'habitant est en d&#233;placement solo et notamment en d&#233;placement professionnel ; le travail alors que l'habitant est en pleine activit&#233; de loisir. Mais le d&#233;tachement n'est jamais effectif &#224; 100%, ces univers revenant toujours d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Les d&#233;l&#233;gataires : passer le relai. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les d&#233;l&#233;gataires confient la gestion du domicile et la charge de son int&#233;grit&#233; &#224; d'autres qui l'occupent temporairement ou qui y interviennent ponctuellement. Cette d&#233;l&#233;gation de pr&#233;sence et/ou de t&#226;ches est facilit&#233;e par des objets techniques et des &#233;changes toujours possibles. Son importance varie en fonction du degr&#233;s d'interconnaissance avec l'habitant. Le rapport de d&#233;l&#233;gation &#224; des intensit&#233; variables : plus ou moins de t&#226;ches, plus ou moins importantes, confi&#233;es &#224; des personnes ressources ou &#224; des dispositifs techniques, avec plus ou moins de confiance et donc de syst&#232;mes de surveillance et r&#233;assurance. Le locataire temporaire jouit d'une moins grande confiance que le voisin qui jouit d'une moindre confiance que la famille dans l'attention au domicile et &#224; ceux qui s'y trouvent le cas &#233;ch&#233;ant. L'absence d&#233;pend alors d'une d&#233;l&#233;gation de la charge domestique &#224; d'autres en fonction de la confiance qui leur est accord&#233;e. Le risque per&#231;u est alors inversement proportionnel &#224; l'intensit&#233; du lien social avec la personne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rythme : une question de recherche urbaine
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article460</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article460</guid>
		<dc:date>2016-09-12T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est l'introduction de la th&#232;se de Benjamin Pradel : &#171; Rendez-vous en ville ! Urbanisme et urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle : les nouveaux rythmes collectifs &#187; &#8211; soutenue le 27 novembre 2010, sous la direction de Francis Godard et Marie-H&#233;l&#232;ne Massot. Nous le remercions de nous avoir autoris&#233; &#224; la reproduire ici. Prendre le plaisir o&#249; il se trouve, ne pas s'en faire avec exc&#232;s pour le malheur et saisir le rythme qui maintient l'humanit&#233; dans ses attaches. Nietzsche, 1872, Naissance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Sociologie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le rythme au centre de la question de la modernit&#233;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Le rythme au centre de la question de la modernit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La question du temps en sociologie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;La question du temps en sociologie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le rythme : un objet politique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Le rythme : un objet politique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La question du lien social&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;La question du lien social&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Les sciences sociales face &#224; la m&#233;tropole comme objet complexe&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Les sciences sociales face &#224; la m&#233;tropole comme objet complexe&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Objectifs de recherche et plan&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Objectifs de recherche et plan&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est l'introduction de la th&#232;se de Benjamin Pradel : &#171; Rendez-vous en ville ! Urbanisme et urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle : les nouveaux rythmes collectifs &#187; &#8211; soutenue le 27 novembre 2010, sous la direction de Francis Godard et Marie-H&#233;l&#232;ne Massot. Nous le remercions de nous avoir autoris&#233; &#224; la reproduire ici.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=right&gt;Prendre le plaisir o&#249; il se trouve, ne pas s'en faire avec exc&#232;s pour le malheur
&lt;p&gt;et saisir le rythme qui maintient l'humanit&#233; dans ses attaches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nietzsche, 1872, &lt;i&gt;Naissance de la trag&#233;die&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
La ville est une musique compos&#233;e de rythmes et de mesures qui combinent sons et silences, temps forts et temps faibles, acc&#233;l&#233;rations et ralentissements. Son organisation spatiale constitue une port&#233;e qui structure des m&#233;lodies sociales multiples qui, en retour, valident sa forme et activent ses fonctions. La ville est polychronique (Lefebvre, 1981). Elle arrange des rythmes individuels et collectifs, des rythmes naturels et m&#233;caniques, des rythmes mat&#233;riels et virtuels, des rythmes religieux et profanes, politiques et &#233;conomiques, de loisirs et de travail, anciens et nouveaux, lents et rapides, longs et courts. La ville qui dort, qui travaille et qui s'amuse vibre selon des rythmes quotidiens, hebdomadaires, mensuels et annuels lesquels participent aux rythmes longs du temps historique, et &#233;voluent au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s. Dans ce contexte, entendre, ressentir, &#233;tudier un rythme revient &#224; l'isoler de cette polychronie. Il faut alors &#233;couter son tempo, le comparer &#224; ceux qui ont disparu, en comprendre le r&#244;le puis restituer et replacer sa fr&#233;quence en lien avec toutes les autres harmoniques urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le rythme est &#224; la fois une entr&#233;e analytique heuristique et un cadre interpr&#233;tatif pour &#233;tudier le fonctionnement socio-spatial des soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral et des m&#233;tropoles en particulier. L'objectif principal de cette recherche est d'interroger le r&#244;le social, en termes de lien, et spatial, en termes de lieu, des rythmes collectifs de la m&#233;tropole, si tant est qu'ils soient perceptibles. En effet, la d&#233;marche consiste &#224; tendre l'oreille afin de percevoir les rythmes r&#233;guliers et partag&#233;s du temps m&#233;tropolitain qui se pr&#233;sente pourtant souvent dans la recherche comme arythmique, continu et ultrasonique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le rythme au centre de la question de la modernit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ultrasonique car les rythmes collectifs semblent aujourd'hui rang&#233;s au rayon des objets d'&#233;tude obsol&#232;tes de la modernit&#233;. La grande attention de la recherche port&#233;e sur les rythmes individuels conduit &#224; porter la focale sur l'acc&#233;l&#233;ration de la fr&#233;quence et la c&#233;l&#233;rit&#233; de l'encha&#238;nement des activit&#233;s sociales. Le mouvement serait g&#233;n&#233;ral et caract&#233;ristique de l'&#233;volution qu'entretiennent les soci&#233;t&#233;s urbaines avec le temps. La m&#233;tropole serait avant tout constitu&#233;e des rythmes fluides et autonomes des individus flexibles et press&#233;s, branch&#233;s sur le temps continu et virtuel des r&#233;seaux informatiques de la soci&#233;t&#233; d'information et du march&#233; mondial. Arythmique, hypermobile, sans temps morts et en mouvement permanent, la m&#233;tapolis (Ascher, 1995) serait l'incarnation spatiale d'une soci&#233;t&#233; devenue liquide (Bauman, 2005), aux fronti&#232;res floues. Sa morphologie socio-spatiale inconstante, parce que labile, serait le fait d'individus entretenant avec l'espace, le temps et autrui, des rapports tendanciellement erratiques, irr&#233;guliers et instables. Post-moderne, cette soci&#233;t&#233; serait caract&#233;ris&#233;e par la perte de croyance dans la stabilit&#233; du monde et l'affaiblissement des r&#233;cits collectifs coh&#233;sifs. Dans ce cadre, il est difficile de penser le rythme social, tel que l'ont th&#233;oris&#233; les premiers sociologues (Mauss, Hubert, Durkheim), comme une forme de rassemblement p&#233;riodique du corps social, sur un m&#234;me lieu et &#224; une m&#234;me date, s'inscrivant dans un horizon temporel partag&#233; et fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si notre d&#233;marche est de tendre l'oreille, elle consiste &#233;galement &#224; ouvrir l'&#339;il. Il s'agit d'identifier les concentrations sociales m&#233;tropolitaines, c'est-&#224;-dire les rassemblements qui s'inscrivent cycliquement dans l'espace, pour analyser les formes contemporaines du rythme et nuancer la rupture post-moderne entre stabilit&#233; et fluidit&#233; sociale. En effet, les aires urbaines se b&#226;tiraient &#224; partir d'un processus de m&#233;tropolisation reposant sur l'attraction, l'agencement et la diffusion continue de flux de biens, d'informations et de personnes qui se croisent et s'entrelacent sans se rencontrer vraiment, sans se cristalliser dans des formes stables, sans faire soci&#233;t&#233;. En effet, le processus de m&#233;tropolisation r&#233;pondrait aux besoins temporels d'une vie sociale labile et d&#233;synchronis&#233;e ainsi que d'une &#233;conomie mondialis&#233;e qui impose ses r&#232;gles. En tant que t&#234;tes de pont d'un monde r&#233;ticulaire (Sassen, 1999) et lieu de diff&#233;renciation des modes de vie, les m&#233;tropoles seraient devenues d&#233;bitrices d'un temps arythmique qui se joue des fronti&#232;res, distord l'espace, nie les sp&#233;cificit&#233;s des morphologies temporelles locales et fait &#233;clater les temporalit&#233;s sociales. Elles seraient donc travers&#233;es par de multiples rythmes de plus en plus rapides, atomis&#233;s et ind&#233;pendants, et qui &#233;chappent &#224; toute forme d'orchestration locale. La m&#233;tropole de la post-modernit&#233; est-elle devenue &#224; ce point collectivement arythmique ? La rupture est-elle vraiment consomm&#233;e entre la morphologie sociale fluide des soci&#233;t&#233;s post-modernes en r&#233;seau et la morphologie sociale stable des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures referm&#233;es sur leur territoire ? Le temps est-il devenu une ressource utilis&#233;e de mani&#232;re si individuelle qu'il ne pourrait plus &#234;tre question de rythmes collectifs m&#233;tropolitains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au-del&#224; de ces consid&#233;rations post-modernes, notre recherche vise &#224; &#233;tudier le r&#244;le des &#233;v&#233;nements ludiques (f&#234;tes, festivals, manifestations, plages urbaines, foires de No&#235;l) qui envahissent les espaces publics des m&#233;tropoles. En utilisant une th&#233;orie renouvel&#233;e du rythme et du temps qui permet de relire l'histoire de l'urbanisation moderne, nous tenterons de d&#233;montrer que ces &#233;v&#233;nements constituent une forme de rythme collectif participant au fonctionnement de la modernit&#233; urbaine. &lt;strong&gt;Notre th&#232;se est que la fluidification des soci&#233;t&#233;s n'est possible qu'en articulation avec la persistance de configurations spatiales, temporelles et sociales qui se r&#233;inventent pour constituer de nouveaux rep&#232;res collectifs. &lt;/strong&gt; En cela, elle s'inscrit plus dans un courant interpr&#233;tatif hypermoderne qui d&#233;crit l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s selon un processus dialectique, que dans un courant post-moderne qui souligne l'existence d'une rupture historique entre une ancienne modernit&#233; et une nouvelle, entre la ville et la m&#233;tropole. En tant qu'objet de recherche et base d'une th&#233;orie dynamique d'explication de l'&#233;volution de la morphologie sociale, le concept de rythme en appelle &#224; un double positionnement scientifique dans la sociologie urbaine et dans la sociologie du temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La question du temps en sociologie &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Interroger le rythme collectif c'est se pencher sur le temps comme objet social, fa&#231;onnant le social et produit par le social. Or, si &#171; le temps est l'un des objets les mieux partag&#233;s dans les sciences humaines et sociales (&#8230;) il para&#238;t toutefois peu probable d'obtenir un jour un consensus g&#233;n&#233;ral sur sa d&#233;finition car chaque discipline d&#233;fend sa propre conception du temps &#187; (Ramos, 2005). Impossible donc de trouver une th&#233;orie unificatrice du temps, mais il existe une &#171; sociologie du temps &#187; constitu&#233;e de nombreux courants et auteurs. Si nous ne pouvons pas rendre compte de la richesse de cette sociologie, nous pouvons au moins citer quelques auteurs qui ont abord&#233; la question du temps : &#201;mile Durkheim, Marcel Mauss, Maurice Halbwachs, Henri Hubert, Evans-Pritchard, Georges Herbert Mead, Pitrim A. Sorokin mais aussi plus r&#233;cemment William Grossin, Andr&#233; Leroi-Gourhan, Rudolf Rezsohazy, William Moore, Eviatar Zerubavel, Georges Gurvitch, Norbet &#201;lias, Robert K. Merton, Daniel Mercure, Franck Pronovost, Roger Sue, John Urry, Francis Godard, Alain Chenu, Jean Chesneaux, Dominique M&#233;da, etc. La liste est loin d'&#234;tre exhaustive car la probl&#233;matique du temps social regroupe des sociologues qui s'int&#233;ressent &#224; diff&#233;rents objets et traverse les disciplines : anthropologie, ethnologie, g&#233;ographie, &#233;conomie, histoire, urbanisme, chronobiologie. Il a donc fallu op&#233;rer des choix parmi ces nombreuses r&#233;f&#233;rences qui seront parfois cit&#233;es de mani&#232;re rapide. Mais la question du temps et plus particuli&#232;rement des rythmes sociaux est un puits sans fond dans lequel la recherche en sciences sociales ne cesse de tomber mais qui, en tombant, ne cesse de produire de l'analyse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une bibliographie fournie des travaux et ouvrages r&#233;cents sur le temps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Au-del&#224; de cette richesse qu'il convient de prendre en compte, la question du temps &#233;merge depuis une trentaine d'ann&#233;es maintenant comme un objet scientifique. Aux &#201;tats-Unis la fondation de L'International Society for the Study of Time&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'International Society for the Study of Time, fond&#233;e en 1966 par Julius T. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en 1960 et la cr&#233;ation de la revue &lt;i&gt;Time &amp; Society&lt;/i&gt; en 1992, en France la revue &lt;i&gt;Temps libre&lt;/i&gt; parue entre 1980 et 1986 et la premi&#232;re &#233;dition en 1984 de la revue &lt;i&gt;Temporalistes&lt;/i&gt;, cherchent &#224; faire reconna&#238;tre le temps comme objet scientifique. Le temps comme objet de recherche est &#233;galement repris par la sociologie urbaine et l'&#233;conomie politique questionn&#233;es par les cons&#233;quences des mutations du syst&#232;me fordiste sur le fonctionnement des villes. Les ann&#233;es 1970 introduisent la r&#233;flexion sur le temps des villes interrog&#233; par les transformations du temps de travail et du temps de loisir. La th&#233;matique des temporalit&#233;s urbaines s'institutionnalise dans les ann&#233;es 1990 avec l'apparition des politiques temporelles. En 1997, les &lt;i&gt;Annales de la Recherche Urbaine&lt;/i&gt; publient un num&#233;ro intitul&#233; &#171; Emploi du temps &#187;. Dans les ann&#233;es 2000, les rapports &#171; Le temps des villes &#187; et &#171; Les nouveaux rythmes urbains : quels transports &#187;, la mission &#171; temps et territoires &#187; de la DATAR et de multiples colloques dont &#171; Entreprendre la ville. Nouvelles temporalit&#233;s-nouveaux services &#187; &#224; Cerisy, revitalisent le th&#232;me des temporalit&#233;s urbaines. La sociologie du temps est enrichie par une approche plus interdisciplinaire. Les transformations individuelles et collectives du rapport au temps deviennent des entr&#233;es analytiques pour l'&#233;tude des mutations qui s'op&#232;rent dans les soci&#233;t&#233;s occidentales. Le temps des adolescents (Zaffran, 2005), le temps des femmes (M&#233;da, 2001), le temps des couples ou de la famille, le temps des travailleurs, sont &#233;tudi&#233;s au m&#234;me titre que la question des cycles de vie (De Coninck &amp; Godard, 1991), de l'influence des TIC sur la gestion du temps (Guillot, 2008), des transformations du temps de travail, de la mobilit&#233; avec les enqu&#234;tes budgets-temps, du temps de loisir (Chenu &amp; Herpin, 2002), de la fin des routines ou de leur reconfiguration, etc. Un objet semble pourtant faire encore d&#233;faut dans l'analyse sociologique du temps : les &#233;v&#233;nements festifs urbains et calendaires. Souvent analys&#233;s dans leurs dimensions g&#233;ographiques (Augustin, 2009), urbanistique (Gravari-Barbas, 2000) et politiques (Chaudoir &amp; Ostrowetsky, 1996), l'objet de cette th&#232;se est de r&#233;interroger les &#233;v&#233;nements par le prisme des rythmes collectifs et de la m&#233;tropolisation, pour d&#233;montrer que la d&#233;termination sociale du temps est encore pour partie une affaire collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Depuis les premiers travaux sur le temps jusqu'aux multiples d&#233;veloppements r&#233;cents, deux grandes positions peuvent &#234;tre observ&#233;es : d'un c&#244;t&#233;, des travaux mettent avant tout l'accent sur la dimension collective des cadres temporels en abordant le temps comme une cat&#233;gorie sociale g&#233;n&#233;rique au risque d'en exag&#233;rer l'homog&#233;n&#233;it&#233; et de passer outre le processus d'individualisation ; de l'autre c&#244;t&#233;, des travaux mettent l'accent sur la dimension individuelle du temps en insistant sur la pluralit&#233; et la fragmentation des temps sociaux sous-jacents aux activit&#233;s humaines, d&#233;bouchant sur des analyses disciplinaires aux objets de recherche h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Les analyses op&#233;r&#233;es par les tenants de la post-modernit&#233;, qui &#233;vacuent les rythmes collectifs du paysage social, ne sont pas directement b&#226;ties sur le temps comme objet d'&#233;tude sp&#233;cifique. Elles ne parlent pas toujours du quotidien et se pr&#233;sentent souvent sous la forme d'essais plus que de recherches empiriques s'appuyant sur des enqu&#234;tes de terrain (Bauman, Virilio, Chesnaux, Gauchet). Cependant, si elles portent un regard global sur l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;, elles n'en soulignent pas moins la fragmentation, l'individualisation et l'enchev&#234;trement des temps sociaux. La m&#233;tropolisation, la mondialisation, la technicisation, la d&#233;politisation des soci&#233;t&#233;s associ&#233;es &#224; une individualisation radicale, entra&#238;neraient un &#233;clatement, une acc&#233;l&#233;ration, une multiplication, une fluidification des temps sociaux. Le temps collectif est subsum&#233; sous les temps individuels et l'analyse se porte plus sur l'acc&#233;l&#233;ration, l'autonomisation, la d&#233;localisation, l'atomisation de ces derniers, que sur les grands r&#233;cits qui pourraient perdurer et rassembler les temps &#233;clat&#233;s. Si le lien fait sens, ne pouvons-nous pas inverser le raisonnement en interrogeant comment notre rapport collectif au temps influence le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s ? En quoi la d&#233;termination sociale du temps r&#233;v&#232;le et oriente le rythme de fonctionnement des soci&#233;t&#233;s ? N'existe-t-il plus de r&#233;f&#233;rences partag&#233;es &#224; un temps collectif qui produirait des rythmes partag&#233;s ? Au lieu de partir de l'individu pour d&#233;plorer l'affaiblissement des rythmes collectifs, pourquoi ne pas partir de ce qui, dans le contexte actuel, ressemble le plus &#224; des temps partag&#233;s ? Entre th&#233;orie homog&#233;n&#233;isante et th&#233;orie individualiste du temps, nous consid&#233;rons l'objet &#171; temps social &#187; comme une forme de repr&#233;sentation collective propre &#224; un groupe, sur un territoire, &#224; un moment de son d&#233;veloppement, et qui permet la coordination de ses membres. La d&#233;termination sociale du temps ne s'impose pas aux individus, parce que ces derniers s'en saisissent activement pour produire leur quotidien. Elle est un construit historique, qui fait intervenir un rapport dynamique entre l'individu et le collectif : elle place des rep&#232;res dans la dur&#233;e et encadre les actions individuelles en les traduisant en unit&#233;s et r&#233;f&#233;rences collectives qui permettent le vivre-ensemble, parce qu'elles sont utilis&#233;es au quotidien par la grande majorit&#233; du corps social. Face &#224; un temps de r&#233;f&#233;rence mondialis&#233;, nous nous interrogerons sur les &#233;chelles sociales pertinentes pour d&#233;tecter les rythmes du vivre-ensemble ? L'affaiblissement de l'audience des grandes c&#233;r&#233;monies nationales n'est-il pas compens&#233; par des rythmes nouveaux &#224; l'&#233;chelle m&#233;tropolitaine et internationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En introduisant l'histoire de la d&#233;termination sociale du temps, la question du lien entre le pouvoir et le rythme remonte &#224; la surface. D'abord parce que les symboles du temps sont des d&#233;coupages institu&#233;s de la dur&#233;e qui poss&#232;dent une structure p&#233;riodique ; ensuite, parce que les rythmes des pratiques individuelles ne peuvent s'accorder entre-elles et prendre sens que dans une culture partag&#233;e du temps ; enfin, parce que la coordination entre les diff&#233;rents rythmes qui font soci&#233;t&#233; ne peut exister sans les outils de gestion du temps qui s'accordent entre eux gr&#226;ce &#224; des d&#233;coupages institu&#233;s de la dur&#233;e. L'encha&#238;nement des heures et des minutes est une convention au m&#234;me titre que celui des temps collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le rythme : un objet politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Objectivement, pour qu'il y ait changement, il faut qu'un groupe social, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les symboles du temps social sont des constructions collectives et historiques qui refl&#232;tent, autant qu'ils d&#233;terminent, l'organisation politique et sociale de la soci&#233;t&#233;. Nous consid&#233;rons le temps comme l'ensemble des symboles sociaux qui servent &#224; le repr&#233;senter dans l'espace et qui ne sont, en fait, qu'un d&#233;calque conceptuel d'une r&#233;alit&#233; qui &#233;chappe &#224; l'homme (&#201;lias, 1996). Le temps naturel est un temps insondable qui ne contient pas en lui-m&#234;me la notion de mesure, de d&#233;coupage, de proportion. Si la d&#233;termination sociale du temps puise ses racines dans la succession des ph&#233;nom&#232;nes naturels, les symboles qui le composent (du calendrier &#224; l'heure) constituent un instrument &#233;volutif et collectivement partag&#233; au service de l'organisation de l'ensemble des activit&#233;s humaines. Dans cette perspective, l'institutionnalisation des symboles devient une affaire de va-et-vient entre, d'une part, les acteurs individuels qui les utilisent au quotidien et, d'autre part, les institutions qui les cristallisent dans un syst&#232;me de signes partag&#233;s, comme par exemple le calendrier ou l'heure. Il y a donc une question politique derri&#232;re celle du rythme. &#192; grande &#233;chelle, le pouvoir dirigeant divise la dur&#233;e en dictant ou proposant des rythmes partag&#233;s : f&#234;tes religieuses, comm&#233;morations nationales, &#233;lections mais aussi vacances scolaires, interdiction de travail le dimanche. &#192; l'&#233;chelle plus locale, les diff&#233;rentes f&#234;tes et &#233;v&#233;nements p&#233;riodiques instituent des temps partag&#233;s : &#233;v&#233;nement culturel (Nuit Blanche), f&#234;te (des voisins), op&#233;ration festive (plages urbaines), foire (foires de No&#235;l), &#233;v&#233;nement sportif (marathon), etc. Mais avec l'int&#233;gration des soci&#233;t&#233;s, les symboles du temps sont de plus en plus d&#233;termin&#233;s hors des fronti&#232;res nationales pour s'appliquer &#224; un monde en r&#233;seau. Le temps m&#233;tropolitain et ses rythmes politiques sont alors r&#233;interrog&#233;s par la connexion des villes sur des syst&#232;mes temporels d&#233;localis&#233;s. Le processus questionne la souverainet&#233; des territoires et des m&#233;tropoles &#224; produire leurs propres morphologies temporelles. Qui d&#233;termine les symboles du temps mondial ? Dialoguent-ils ou s'opposent-ils avec les temps institu&#233;s des soci&#233;t&#233;s locales ? Quelles sont les modalit&#233;s du temps social utilis&#233;es aujourd'hui dans les m&#233;tropoles en r&#233;seaux pour produire du rythme partag&#233; ? Qui les d&#233;finit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Face &#224; un temps de plus en plus technique, urbain, int&#233;gr&#233; et individualis&#233;, il semble qu'une tendance se dessine dans les villes. Depuis la fin des ann&#233;es 1990, les municipalit&#233;s multiplient la production de f&#234;tes, festivals, manifestations et en revitalisent d'autres plus anciennes (Di M&#233;o, 2005). Ces &#233;v&#233;nements h&#233;t&#233;rog&#232;nes s'inscrivent dans le temps urbain comme autant de rendez-vous r&#233;guliers qui renouvellent les charpentes temporelles des m&#233;tropoles. Leur prise en main par les politiques publiques urbaines (Garat, 2005), conduit &#224; s'interroger sur les objectifs assign&#233;s par les municipalit&#233;s &#224; la d&#233;marche de cr&#233;ation de nouveaux rythmes urbains. Il semblerait que l'&#233;v&#233;nementiel soit devenu un outil d'action publique &#224; l'&#233;chelle de la m&#233;tropole. En effet, il semble que les rythmes collectifs aient un r&#244;le dans la production urbanistique de la ville qu'il conviendra d'interroger, &#224; l'aune de l'affaiblissement de l'efficacit&#233; des pratiques de planification urbaine. La fin d'un horizon temporel stable qui caract&#233;riserait le monde moderne, engendrerait une transformation des temporalit&#233;s de l'action publique urbanistique et ouvrirait sur des actions plus labiles, flexibles et p&#233;riodiques. Cette tendance, si elle est confirm&#233;e, renforce l'id&#233;e que la d&#233;termination du temps est une affaire politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais au-del&#224; de l'action publique et bien que l'&#233;v&#233;nementiel urbain calendaire est ce qui semble se rapprocher le plus d'un rythme collectif institu&#233;, ce dernier est boud&#233; en partie par la sociologie urbaine et, plus g&#233;n&#233;ralement, par les recherches sur le temps. Certes, il ne s'adresse pas &#224; l'ensemble du corps social comme les comm&#233;morations nationales. Il constituerait un &#233;piph&#233;nom&#232;ne social. Certes, il ne peut rassembler l'ensemble du groupe social comme dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles. Il ne serait qu'une illustration parmi d'autre des formes de solidarit&#233;. Certes, il est moins un &#233;l&#233;ment int&#233;grateur et contraignant pour des individus multiappartenants. Il ne permettrait plus le partage de normes collectives. Certes, il est un produit politique qui remplacerait les f&#234;tes cens&#233;ment authentiques d'autrefois. Il serait en partie socialement d&#233;sincarn&#233;. N&#233;anmoins, l'&#233;v&#233;nementiel est-il vraiment en rupture avec un pass&#233; glorieux des rythmes sociaux, &#233;tudi&#233;s par les premiers sociologues ? Au-del&#224; des analyses synchroniques des rassemblements, l'&#233;v&#233;nement, analys&#233; de mani&#232;re diachronique peut &#234;tre r&#233;v&#233;lateur d'une persistance de la dimension it&#233;rative de la vie sociale. Ne pourrait-il pas incarner le rythme de la ville du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle r&#233;v&#233;lateur d'une forme de lien social correspondant aux nouveaux modes de vie m&#233;tropolitains ? C'est ce qu'il conviendra d'interroger ici &#224; travers l'analyse de trois &#233;v&#233;nements r&#233;cents mis en place par les municipalit&#233;s parisienne et bruxelloise : Paris-Plages, Bruxelles-les-Bains et Plaisirs d'Hiver. Ces &#233;v&#233;nements, initi&#233;s par l'action politique, constituent les terrains et l'objet de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si l'&#233;volution de notre rapport au temps interroge la capacit&#233; du pouvoir politique &#224; produire de nouveaux r&#233;cits collectifs, il interroge aussi la capacit&#233; de la recherche &#224; en appr&#233;hender la signification et le r&#244;le social. Or, c'est souvent l'id&#233;e d'une d&#233;sorganisation des temps sociaux et d'une ville fonctionnant en continu qui pointe derri&#232;re les analyses post-modernes de la soci&#233;t&#233;. Sommes-nous face &#224; une v&#233;ritable rupture dans le rapport qu'entretiennent les soci&#233;t&#233;s urbaines aux temps collectifs ou pouvons-nous trouver des liens de continuit&#233; historique avec les rythmes sociaux d'autrefois ? Le temps local collectif et identitaire des soci&#233;t&#233;s traditionnelles s'oppose-t-il vraiment au temps r&#233;ticulaire et individuel des soci&#233;t&#233;s modernes ? Nous d&#233;montrerons que l'interp&#233;n&#233;tration et l'articulation de ces deux temps forment un processus historique inh&#233;rent au d&#233;veloppement des villes et, plus largement, des soci&#233;t&#233;s. S'il existe des tensions entre le temps individuel et le temps collectif, le temps mondial et le temps local, ils n'ont jamais cess&#233; de dialoguer dans l'&#233;volution et l'urbanisation de l'Humanit&#233;. &#192; ce titre, nous constaterions plus dans le processus de m&#233;tropolisation, une transformation des rythmes collectifs et un renouvellement de leurs prescripteurs, que leur dislocation dans un temps r&#233;ticulaire continu, apolitique et individualis&#233;. La ville n'a-t-elle jamais cess&#233; d'accueillir et de produire des rythmes collectifs ? En quoi participent-ils toujours de l'&#233;laboration de sa morphologie spatiale ? De la foire des villes du Moyen-&#194;ge et la f&#234;te foraine des villes classiques, &#224; la F&#234;te de la Musique, les Nuits Blanches ou plages urbaines europ&#233;ennes, pouvons-nous vraiment dire que les m&#233;tropoles et, au-del&#224;, les soci&#233;t&#233;s, sont priv&#233;es de rythmes collectifs et de calendriers partag&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La question du lien social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, derri&#232;re le rythme, il y a aussi la question du lien social red&#233;finit dans le contexte de la modernit&#233;. La sociologie du temps et la sociologie urbaine s'allient pour rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne urbain qui, aujourd'hui comme hier, cristallise &#224; la fois les espoirs plac&#233;s dans l'id&#233;e de progr&#232;s et les interrogations relatives aux cons&#233;quences de ce progr&#232;s sur la transformation des modes d'&#234;tre ensemble et de faire soci&#233;t&#233;. Les m&#233;tropoles constituent le sujet privil&#233;gi&#233; des prospectives qui tendent &#224; d&#233;montrer l'existence d'un changement radical du fonctionnement des groupements humains, changement qui m&#232;nerait &#224; une nouvelle &#233;tape de l'individualisation des soci&#233;t&#233;s. De ce fait, les m&#233;tropoles sont &#233;galement le lieu des critiques adress&#233;es &#224; cette vision progressiste d'une vie sociale cherchant les indices de son unit&#233;. En abordant le rythme comme un objet politique, c'est l'organisation de la soci&#233;t&#233; qui est interrog&#233;e et sa capacit&#233; &#224; produire et maintenir du tissu social malgr&#233; le processus d'individualisation qui red&#233;finit les modalit&#233;s des rapports sociaux. En effet, la question de la fin des rythmes collectifs interroge en premier lieu les nouvelles formes de solidarit&#233; sociale &#171; faites de liens faibles, voire fragiles, changeants et diversifi&#233;s, mais nombreux et largement choisis (&#233;lectifs), qui associent des individus aux appartenances sociales &#233;galement multiples, dans une soci&#233;t&#233; ouverte (non convexe). &#187; (Ascher &amp; Godard, 1999, p. 22). L'&#233;lectivit&#233;, la multiplicit&#233;, la faiblesse des liens sociaux qui, par leur diversit&#233;, rendent finalement le tissu social solide, ne signifient pas la fin de la participation individuelle &#224; des rythmes partag&#233;s socialisants, de l'identification &#224; des groupements physiques, du besoin gr&#233;gaire de sociabilit&#233; collective. Si ces liens peuvent se rompre, ils sont surtout plus &#233;lastiques et donnent au tissu social une grande souplesse qui permet son extension, mais aussi son resserrement selon des rythmes saisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'id&#233;e que le rythme produit du lien social n'est pas nouvelle. Elle a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par Marcel Mauss, Henri Hubert, &#201;mile Durkheim ou encore Maurice Halbwachs au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Cependant, il nous semble que ces th&#233;ories n'ont pas &#233;t&#233; suffisamment r&#233;interrog&#233;es &#224; l'aune de la modernit&#233;, mais simplement subsum&#233;es sous des approches mettant l'individu au c&#339;ur des processus de transformation et d'&#233;clatement des temps sociaux. Pourtant, elles peuvent nous renseigner sur la nature des soci&#233;t&#233;s modernes d&#232;s lors qu'elles sont utilis&#233;es de mani&#232;re souple. Il s'agit de ne pas tomber dans leur penchant holiste et d&#233;terministe, en y r&#233;injectant quelques-uns des traits les plus saillants de la modernit&#233; que sont les processus d'individualisation et de rationalisation. Il s'agit &#233;galement de faire la diff&#233;rence entre les soci&#233;t&#233;s discr&#232;tes &#233;tudi&#233;es par ces anthropologues et sociologues, et les soci&#233;t&#233;s modernes aux contours &#233;largis. Il s'agit enfin de s'&#233;loigner de la dimension religieuse et spirituelle des rythmes anciens sans toutefois nier toute dimension rituelle aux rythmes contemporains. En nous appuyant sur ces auteurs, la question du lien social est au c&#339;ur du rythme des concentrations &#233;v&#233;nementielles, tout en &#233;tant pos&#233;e de mani&#232;re &#224; r&#233;&#233;valuer les modalit&#233;s de la rencontre, de l'engagement dans le rassemblement et des usages sociaux d'une ville appr&#234;t&#233;e pour organiser un vivre-ensemble temporaire. Comment l'entr&#233;e dans une &#171; troisi&#232;me solidarit&#233; &#187; (Ascher &amp; Godard, 1999) bas&#233;e sur le principe de r&#233;flexivit&#233; n'emp&#234;che pas de penser le r&#244;le coh&#233;sif des rythmes m&#233;tropolitains ? Qu'est ce qui se joue, du point de vue de la production du lien social, dans les espaces-temps &#233;v&#233;nementiels ? Sommes-nous face &#224; une simple collection d'individus qui s'ignorent &#224; d&#233;faut de se comprendre ? En quoi la participation individuelle &#224; un &#233;v&#233;nement peut-elle produire du sens et du lien commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Entre la confiance aveugle dans la voie du progr&#232;s et la d&#233;solation face &#224; une r&#233;alit&#233; perdue, la voie m&#233;diane d'une transformation &#224; l'&#233;quilibre de la r&#233;alit&#233; sociale, avec ce qu'elle engendre comme pertes et comme cr&#233;ations, est adopt&#233;e dans ce travail. &#192; propos des rythmes collectifs, c'est dans le d&#233;veloppement des &#233;v&#233;nements festifs urbains que nous pensons trouver les &#233;l&#233;ments d'un tel &#233;quilibre entre fluidit&#233; et structure sociales. C'est aussi dans ces moments que se r&#233;v&#232;lerait une forme de sociabilit&#233; propre au contexte m&#233;tropolitain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Les sciences sociales face &#224; la m&#233;tropole comme objet complexe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 1967, Henri Lefebvre rend compte dans sa sociologie de La vie quotidienne dans le monde moderne, de la dislocation des rythmes, de l'acc&#233;l&#233;ration du tempo de la vie, de la mont&#233;e du risque et de l'incertitude, de l'individualisation du temps social et de la s&#233;paration &#171; homme-nature &#187; dans les soci&#233;t&#233;s modernes urbanis&#233;es. Ces constats sur le fait urbain le m&#232;nent &#224; &#233;crire &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de Rythmanalyse&lt;/i&gt; dans lequel il tente de &#171; montrer les contours, fonder les concepts, indiquer les perspectives [pour] une science en constitution [qui] serait interdisciplinaire (...) car la ville a un rythme propre, chaque ville vit &#224; son rythme &#187; (1992). Les transformations que subissent les villes le pousse &#224; r&#233;fl&#233;chir sur une approche complexe de l'environnement urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si cette th&#232;se sur les rythmes collectifs et la ville est un travail de sociologie, nous souhaitons l'inscrire plus largement dans le champ des &#233;tudes urbaines ou de l'urbanologie, terme introduit en 1981 par Paul Claval dans &lt;i&gt;La logique des villes. Essai d'urbanologie&lt;/i&gt;. Peu repris dans le domaine universitaire, l'urbanologie se dissimule dans la ligne &#233;ditoriale de revues comme &lt;i&gt;Urban Studies&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;Annales de la Recherche Urbaine ou Urbanisme&lt;/i&gt;. Le terme a m&#234;me fait l'objet d'un article de Laurent Devisme en 2001 &lt;i&gt;L'urbanologie : une constitution disciplinaire probl&#233;matique&lt;/i&gt;. Nous pourrions d&#233;finir l'urbanologie, &#224; minima, comme l'&#233;tude scientifique d'un ou de plusieurs aspects du ph&#233;nom&#232;ne d'urbanisation. Toutefois, c'est Marcel Roncayolo qui ouvre la piste la plus f&#233;conde quant &#224; une &#233;tude interdisciplinaire de la ville : &#171; La ville est d'abord un lieu de r&#233;flexions crois&#233;es : est-elle construite pour autant comme un objet scientifique commun ? L'ambition serait consid&#233;rable. En tous cas, et tous les contacts internationaux nous y invitent, on ne peut se contenter du confort d'un enfermement dans des mondes disciplinaires, plus ou moins satisfaits de leurs propres r&#233;sultats. Au bout du compte, &#224; &#233;tudier la ville (concept lui-m&#234;me bien malais&#233; &#224; cerner), on se trouve toujours contraint au d&#233;placement des cloisons, &#224; l'interf&#233;rence des points de vue. &#187; (1994). L'interdisciplinarit&#233; nous para&#238;t essentielle pour saisir la probl&#233;matique urbaine moderne dans toute sa complexit&#233;. Et nous sommes invit&#233;s &#224; une certaine interdisciplinarit&#233; en employant le concept de rythme comme cadre d'analyse pour tenir les fils du temps, de l'espace et du social et comprendre le fonctionnement m&#233;tropolitain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si les m&#233;tropoles semblent &#234;tre les pourvoyeuses des nouveaux rythmes partag&#233;s du contexte de la modernit&#233;, les rythmes sociaux s'expriment &#224; toutes les &#233;chelles du social. Mais comme la majeure partie de la population mondiale vit en ville, c'est sur ce terrain que nous allons chercher les rythmes de la modernit&#233;, ainsi que les acteurs individuels et collectifs qui les animent. Cela ne signifie pas que les rythmes m&#233;tropolitains sont les seuls rythmes des soci&#233;t&#233;s, mais ils incarnent selon nous ceux qui sont les plus r&#233;v&#233;lateurs de l'&#233;volution g&#233;n&#233;rale de ces derni&#232;res. La question des &#233;chelles devra donc &#234;tre pos&#233;e, tout comme celle des disciplines. Car de la sociologie du temps et de l'urbain, &#224; la rythmanalyse impliquant g&#233;ographie, histoire, philosophie entre autres, la diff&#233;renciation est forte pour les tenants des approches disciplinaires. Mais la question du rythme qui n'est pas une bataille d'arri&#232;re garde ne doit pas non plus &#234;tre une bataille disciplinaire. Au contraire, elle permet de d&#233;passer les fronti&#232;res et de saisir les diff&#233;rentes facettes de la r&#233;alit&#233; sociale. Le rythme est &#224; la fois un concept philosophique, un mod&#232;le de morphologie sociale, spatiale et temporelle ainsi qu'un outil d'analyse heuristique pour comprendre le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s modernes. Nous nous positionnons dans une sociologie du temps et une sociologie urbaine tout en nous inspirant continuellement d'une rythmanalyse, projet de recherche qui n'a jamais &#233;t&#233; vraiment achev&#233;. Ce choix scientifique permet de poursuivre quatre objectifs de recherche. Ils interrogent l'id&#233;e d'une ville collectivement arythmique et questionnent la th&#233;orie d'une fluidification des morphologies (sociales, spatiales, temporelles) des soci&#233;t&#233;s, qui sous-tend une lecture quasi-paradigmatique de la modernit&#233; en sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Objectifs de recherche et plan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier objectif&lt;/strong&gt; est th&#233;orique et historique. Il consiste &#224; &#233;tudier l'&#233;volution de la signification du rythme social &#224; travers l'histoire du rapport qu'entretiennent les soci&#233;t&#233;s avec le temps. Pour cela nous nous appuierons sur les premi&#232;res approches du rythme des penseurs de la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tout en int&#233;grant les r&#233;flexions contemporaines sur l'acc&#233;l&#233;ration, l'individualisation et la m&#233;tropolisation des modes de vie. Nous reviendrons alors sur le d&#233;bat qui agite la d&#233;finition du concept depuis la Gr&#232;ce antique et qui oppose le rythme comme mouvement et le rythme comme structure. Soci&#233;t&#233; fluide et ville en continu s'allieraient pour extirper le rythme collectif des morphologies sociales, spatiales et temporelles des groupements humains. Quel est le lien historique entre rythme et d&#233;termination sociale du temps ? En quoi le rythme collectif s'oppose-t-il &#224; la soci&#233;t&#233; post-moderne et &#224; la m&#233;tropole ? Pourquoi cette opposition n'est-elle pas pertinente ? Comment d&#233;passer cette opposition ? Une morphologie sociale fluide est-elle seulement possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Le second objectif&lt;/strong&gt; est th&#233;orique et analytique. Il consiste &#224; utiliser le rythme comme mod&#232;le de morphologie sociale et entr&#233;e analytique dans la modernit&#233;. Pour ce faire, nous proposons un cadre th&#233;orique et interpr&#233;tatif du temps social qui permette d'expliquer la sociogen&#232;se des temps partag&#233;s. Nous rendrons compte de l'efficacit&#233; d'une pens&#233;e dialectique pour penser le rythme moderne, sur la base de th&#233;ories anciennes (Weber) et r&#233;centes (Ascher, Lipovetsky). Nous nous interrogerons sur le concept de synchronisation afin de lier temps individuel et temps collectif et nous reviendrons sur le r&#244;le jou&#233; par les symboles du temps, leur signification, leur mode de construction, dans la production des temps partag&#233;s. Comment expliquer le rassemblement dans une soci&#233;t&#233; d'individus diff&#233;renci&#233;s, plus ind&#233;pendants du groupe et hypermobiles ? Comment les symboles sociaux du temps peuvent-ils produire des rassemblements p&#233;riodiques ? En quoi l'&#233;clatement des temps sociaux ne remet pas en cause la possible convergence des agendas ? Comment les actions individuelles peuvent-elles encore donner du sens collectif au temps et &#224; ses symboles ? De quel type de rythme collectif notre soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral et la ville en particulier peuvent-elles encore se pr&#233;valoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Le troisi&#232;me objectif&lt;/strong&gt; est th&#233;orique et conceptuel. Il consiste &#224; analyser, avec le cadre th&#233;orique produit, le rapport historique et contemporain qu'entretiennent les villes avec les temps collectifs pour identifier une forme de rythme partag&#233; qui correspondrait &#224; la m&#233;tropole moderne. Si les rythmes collectifs existent encore, c'est qu'ils participent du fonctionnement des soci&#233;t&#233;s. De quel rythme collectif parlons-nous lorsque nous &#233;tudions les temps partag&#233;s m&#233;tropolitains ? Nous rapprocherons le rythme de l'objet &#171; &#233;v&#233;nement festif &#187; et proposerons le concept de &#171; rendez-vous collectif &#187; pour rendre compte des m&#233;canismes sociaux, spatiaux et temporels qui instituent une forme de rassemblement p&#233;riodique. Quels r&#244;les jouent ces m&#233;canismes dans la production de la m&#233;tropole et qui les actionne ? Est-ce que le pouvoir politique des villes continue, comme il l'a toujours fait, de produire des rythmes collectifs en ville ? Est-ce que les municipalit&#233;s sont capables de mobiliser leurs services autour de l'enjeu des rythmes collectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Le quatri&#232;me objectif&lt;/strong&gt; est doublement empirique. Il consiste &#224; analyser, via un travail de terrain, le r&#244;le spatial est social des rythmes collectifs dans la m&#233;tropole. La m&#233;thode cherche &#224; valider (ou non) notre d&#233;finition du rythme et souligner sa pertinence pour comprendre le fait urbain. La production croissante d'&#233;v&#233;nements urbains, notamment dans les villes-centres, peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la reconnaissance, par les politiques urbaines, de l'efficacit&#233; pratique du rythme dans l'organisation de la vie m&#233;tropolitaine. Quelles sont les fonctions attribu&#233;es aux rendez-vous collectifs dans la m&#233;tropole ? Nous nous interrogerons d'abord sur leurs fonctions spatiales. Quelles sont les implications pratiques des rendez-vous collectifs dans les mani&#232;res de produire et de penser l'espace public urbain ? Quels rapports entretiennent-ils avec l'urbanisme traditionnel ? Abord&#233;s comme des lieux-moments de concentration du corps social &#224; la mani&#232;re des sociologues traditionnels, nous nous pencherons sur la fonction sociale des rendez-vous collectifs. Est-ce qu'ils jouent encore un r&#244;le dans la production du lien social ? Sur quel mode sont-ils investis par les acteurs urbains ? Pouvons-nous parler d'une forme de sociabilit&#233; et de lien social sp&#233;cifique rattach&#233;e &#224; la nature rythmique du rassemblement &#233;v&#233;nementiel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour atteindre ces objectifs, nous avons fait le choix de s&#233;parer distinctement la production d'un appareillage th&#233;orique d'un c&#244;t&#233;, et l'exposition des r&#233;sultats de son application de l'autre. Le pr&#233;sent document comporte trois parties et sept chapitres. La premi&#232;re partie est essentiellement th&#233;orique. Les suivantes articulent respectivement un chapitre th&#233;orique qui resserre l'approche du rythme autour d'un enjeu particulier (spatial/social) et un chapitre de r&#233;sultats empiriques qui valide les propos du chapitre ant&#233;rieur ainsi que l'appareillage th&#233;orique de la premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;La premi&#232;re partie&lt;/strong&gt; r&#233;unit les chapitres 1, 2 et 3. Elle articule un volet th&#233;orico-historique qui sur la constitution du temps social et l'&#233;volution du rapport individuel et collectif au temps ; un volet th&#233;orico-pratique qui expose notre positionnement, probl&#233;matique et hypoth&#232;se ; un volet th&#233;orico-m&#233;thodologique qui explore les concepts. &lt;strong&gt;Le chapitre 1&lt;/strong&gt; expose la th&#233;orie du rythme chez les sociologues du d&#233;but du si&#232;cle, la met en lien avec la th&#233;orie de &#171; spatialisation du temps &#187; de Norbert &#201;lias et se repose sur l'ensemble pour formuler une histoire de la d&#233;termination sociale du temps, en lien avec le processus d'urbanisation. Il analyse les cons&#233;quences de l'individualisation du rapport au temps sur le rythme social et propose une th&#233;orie du d&#233;senchantement du temps. &lt;strong&gt;Le chapitre 2 &lt;/strong&gt; &#233;tudie les cons&#233;quences de ces &#233;volutions sur le fonctionnement social et urbain, les rapproche des mod&#232;les explicatifs de la soci&#233;t&#233; fluide et de la ville en continu et interroge les questions d'&#233;chelles entre ces deux mod&#232;les. Il explique ensuite la pertinence du choix d'&#233;tudier un nouvel objet (l'&#233;v&#233;nementiel urbain) pour approcher le rythme social, questionne les approches ant&#233;rieures sur cet objet et d&#233;taille la probl&#233;matique ainsi que les hypoth&#232;ses de la recherche. &lt;strong&gt;Le chapitre 3&lt;/strong&gt; propose une d&#233;finition du rythme en forme de cadre d'analyse. Il est consacr&#233; &#224; la r&#233;unification des approches progressistes et culturalistes du rythme et &#224; la r&#233;solution th&#233;orique de l'opposition entre temps individuel et du temps collectif. Il replace la probl&#233;matique du rythme dans la th&#233;orie dialectique de l'hypermodernit&#233;, explique le concept et la possibilit&#233; de synchronisation collective malgr&#233; le processus d'individualisation des temporalit&#233;s sociales, propose une cat&#233;gorisation des rythmes collectifs modernes. Il explicite les m&#233;canismes de la sociogen&#232;se des rythmes en mettant en relation le processus institutionnel de spatialisation du temps (symbolisation) et les enjeux de son interpr&#233;tation par l'acteur (appropriation). Il s'ach&#232;ve sur la d&#233;finition du concept de &#171; rendez-vous collectif &#187; servant &#224; qualifier un type de rythme social m&#233;tropolitain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;La seconde partie&lt;/strong&gt;, qui r&#233;unit les chapitres 4 et 5, met en perspective le r&#244;le spatial des rythmes collectifs dans le processus de m&#233;tropolisation (spatialisation du temps). &lt;strong&gt;Le chapitre 4&lt;/strong&gt; explique et justifie le choix des terrains de recherche, met en perspective les diff&#233;rents enjeux politiques et urbanistiques li&#233;s &#224; la production &#233;v&#233;nementielle dans le cadre du processus de m&#233;tropolisation, d&#233;montre le lien existant entre stimulation de l'attractivit&#233; sociale et production de la centralit&#233; urbanistique. Il propose alors une m&#233;thodologie pour cerner les contours d'un urbanisme &#233;v&#233;nementiel, temporaire, qui diff&#232;re des approches am&#233;nageurs traditionnelles tout en les enrichissant. Il introduit &lt;strong&gt;le chapitre 5&lt;/strong&gt; dans lequel sont expos&#233;s les r&#233;sultats empiriques qui permettent de valider le r&#244;le spatial des rythmes collectifs dans la constitution de la m&#233;tropole, d'expliquer les diff&#233;rentes facettes mat&#233;rielles (techniques), culturels (symboles) et humaines (savoir-faire) sur lesquelles reposent la mise en sc&#232;ne et mise en intrigue &#233;v&#233;nementielles. Il d&#233;montre l'instrumentalisation du temps court de l'&#233;v&#233;nement dans l'accompagnement des projets urbains &#224; moyen terme. Il s'ach&#232;ve sur la d&#233;finition d'un &#171; urbanisme temporaire &#187; qui travaille la ville par la spatialisation du temps et des saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;La troisi&#232;me partie &lt;/strong&gt; regroupe les chapitres 6 et 7 et fait le lien entre rythme de rassemblement et &#233;mergence d'une sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle m&#233;tropolitaine (appropriation du temps spatialis&#233;). Elle expose la relation d'interaction entre production de l'espace (r&#232;gles de l'urbanisme) et production du social (r&#232;gles de socialisation).&lt;strong&gt; Le chapitre 6&lt;/strong&gt; s'int&#233;resse &#224; la valeur et la fonction de la copr&#233;sence et du temps de loisir chez l'individu hypermoderne, aux cons&#233;quences que la transformation/modalisation (Goffman, 1991) des diff&#233;rentes strates du cadre urbain (spatiale, temporelle, sociale) peut avoir sur ses usages sociaux de la ville, interroge la possible existence d'une urbanit&#233; et d'une sociabilit&#233; propres au cadre &#233;v&#233;nementiel. Il propose la m&#233;thodologie des enqu&#234;tes de terrain permettant de cerner le r&#244;le social des rendez-vous collectifs. Il introduit &lt;strong&gt;le chapitre 7&lt;/strong&gt; exposant les r&#233;sultats empiriques qui rendent compte de la sp&#233;cificit&#233; des interactions sociales &#233;v&#233;nementielles &#224; travers la mani&#232;re dont les comportements de l'acteur et les modalit&#233;s de sa participation produisent du sens collectif. Il &#233;tudie les indices d'une modification des comportements en public entre exposition et repli, analyse les modalit&#233;s de l'interaction (physique, visuelle, verbale) dans le rassemblement, replace la rencontre dans une approche en termes de &#171; boucle temporelle &#187; qui met en perspective la production d'une &#171; urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle &#187; dans la logique rythmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, la th&#233;orie du rythme expos&#233;e dans la premi&#232;re partie, qui introduit la double dimension spatiale et sociale dans la d&#233;finition et la sociogen&#232;se du rythme collectif, chapeaute et met en lien les deux parties suivantes, l'une traitant du r&#244;le spatial du rythme, l'autre de son r&#244;le social. La d&#233;couverte de l'articulation d'un &#171; urbanisme temporaire &#187; avec une &#171; urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle &#187; au c&#339;ur de nos terrains de recherche, valident notre construction th&#233;orique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pour une bibliographie fournie des travaux et ouvrages r&#233;cents sur le temps jusqu'&#224; 2001, nous conseillons la lecture de la bibliographie r&#233;dig&#233;e par Thierry Paquot dans &lt;i&gt;Le Quotidien Urbain, essai sur le temps des villes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'International Society for the Study of Time, fond&#233;e en 1966 par Julius T. Fraser, est &#171; une organisation professionnelle de scientifiques et d'humanistes qui veulent explorer la notion et l'exp&#233;rience du temps, ainsi que le r&#244;le jou&#233; par le temps dans le monde physique, organique, intellectuel et social &#187;. Cette soci&#233;t&#233; organise tous les trois ans un colloque international. Elle publie &#233;galement, depuis 1974 et de mani&#232;re ap&#233;riodique, une lettre intitul&#233;e &lt;i&gt;Time's News&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Objectivement, pour qu'il y ait changement, il faut qu'un groupe social, une classe ou une caste, interviennent en imprimant un rythme &#224; une &#233;poque, soit par la force, soit de fa&#231;on insinuante &#187; (Lefebvre, 1981, p. 25)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mobilit&#233;, c&#233;l&#233;rit&#233; et soci&#233;t&#233;. Essai de rythmanalyse sur la polychronie sociale
</title>
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		<dc:date>2016-04-02T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Benjamin Pradel est sociologue sp&#233;cialis&#233; dans les mobilit&#233;s durables et les &#233;tudes urbaines. Il est consultant-chercheur &#224; Kaleido'Scop &#8211; b.pradel@kaleido-scop.eu. R&#233;sum&#233; : Le concept de mobilit&#233; embrasse &#224; la fois la grande &#233;chelle des mouvements des personnes, objets, capitaux et informations &#224; travers le monde et les processus plus locaux des d&#233;placements quotidiens, des mouvements dans les espaces publics et du transport des objets au jour le jour (Hannam, Sheller, Urry, 2006). La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Sociologie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Mobilit&#233;, c&#233;l&#233;rit&#233;, continuit&#233; et labilit&#233; : vers une soci&#233;t&#233; liquide ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Mobilit&#233;, c&#233;l&#233;rit&#233;, continuit&#233; et labilit&#233; : vers une soci&#233;t&#233; liquide ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Rythme &#233;coulement, rythme p&#233;riodique et idiorrythmie : le rythme comme morphologie dynamique ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Rythme &#233;coulement, rythme p&#233;riodique et idiorrythmie : le rythme comme morphologie (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Des in&#233;galit&#233;s temporelles &#224; la polychronie sociale : un changement de regard ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Des in&#233;galit&#233;s temporelles &#224; la polychronie sociale : un changement de regard ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La polychronie sociale, une valeur &#224; d&#233;fendre ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;La polychronie sociale, une valeur &#224; d&#233;fendre ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Benjamin Pradel est sociologue sp&#233;cialis&#233; dans les mobilit&#233;s durables et les &#233;tudes urbaines. Il est consultant-chercheur &#224; Kaleido'Scop &#8211; b.pradel@kaleido-scop.eu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; :&lt;/strong&gt; Le concept de mobilit&#233; embrasse &#224; la fois la grande &#233;chelle des mouvements des personnes, objets, capitaux et informations &#224; travers le monde et les processus plus locaux des d&#233;placements quotidiens, des mouvements dans les espaces publics et du transport des objets au jour le jour (Hannam, Sheller, Urry, 2006). La mobilit&#233; serait devenue le marqueur majeur du fonctionnement des soci&#233;t&#233;s contemporaines, un terme central du XXI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et un &#233;l&#233;ment de discours puissant qui cr&#233;e ses propres effets et environnements. Nous serions entr&#233;s dans une organisation sociale caract&#233;ris&#233;e par le mouvement, d&#233;construisant et r&#233;interrogeant alors notre rapport aux temps et aux rythmes. L'enjeu ici est de questionner, sous forme de synth&#232;se, le rapport analytique entre la mobilit&#233; et le rythme pris comme concept, m&#233;thode et paradigme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
Depuis une trentaine d'ann&#233;es, les dispositifs stables et homog&#232;nes, qui avaient domin&#233; les soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es depuis la Seconde Guerre mondiale, ont progressivement disparu au profit de formes d'organisation &#224; la fois plus diversifi&#233;es et plus labiles. L'acc&#233;l&#233;ration, l'individualisation, la diff&#233;renciation et la croissance des mouvements et flux de biens, d'informations et de personnes &#224; toutes les &#233;chelles qualifient une soci&#233;t&#233; faite d'individus et d'organisations entretenant avec l'espace, le temps et le social des rapports plus incertains, fluctuants et peu solides. Ce mouvement permanent a fait &#233;merger le paradigme de la fluidit&#233; pour d&#233;crire la modernit&#233;. La soci&#233;t&#233; hyper-mobile et liquide (Bauman, 2007) caract&#233;rise un &#171; monde flottant &#187; (Michon, 2005) qui interroge la forme du social. D&#232;s lors, Paul Virilio ou Pierre Sansot d&#233;plorent l'av&#232;nement d'un individu sans attache, flottant dans le corps social autant que dans l'espace-temps, alors que Jean Chesnaux voit dans la question probl&#233;matique du temps acc&#233;l&#233;r&#233; une crise de civilisation (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Godard, 2003a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La morphologie sociale, spatiale et temporelle des groupements humains change sous le coup d'une tendance &#224; la &#171; mobilit&#233; g&#233;ographique g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#187; (Knafou, 1998) et &#224; &#171; l'acc&#233;l&#233;ration des vitesses &#187; (Rosa, 2010). La &#171; transition mobilitaire &#187; (Knafou, 2000) aujourd'hui engag&#233;e semble accompagner la fin des approches morphologiques qui ont pr&#233;valu dans la sociologie au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Nous proposons d'explorer ici les implications de ce &#171; nouveau paradigme de la mobilit&#233; &#187; (Sheller, Urry, 2006) sur la mani&#232;re de lire la structuration du corps social &#224; travers une approche rythmanalytique (Lefebvre, 1992). La &#171; rythmanalyse &#187; d'Henri Lefebvre d&#233;crit le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s en partant de l'abstrait du concept de rythme pour atteindre le concret des faits. La richesse du rythme lui permet de rendre compte de la relation entre le logique et le dialectique, l'identique et le contradictoire, mais &#233;galement entre le syst&#232;me qui se cristallise dans des formes sociales stables et l'individu qui oscille entre ce cadre stable et ses n&#233;cessit&#233;s propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il s'agit sur cette base programmatique de relativiser la liqu&#233;faction du monde et de tenter de redonner de la consistance au concept de morphologie sociale face &#224; une multiplication des possibilit&#233;s de localisation-d&#233;localisation-relocalisation et de synchronisation-d&#233;synchronisation-resynchronisation des activit&#233;s et des individus qui transformeraient radicalement le r&#233;gime rythmique de la soci&#233;t&#233; : &#171; c'est-&#224;-dire la perception et l'organisation de l'espace et du temps dans la vie sociale &#187; (Rosa, 2010). Le temps comme construction sociale (Elias, 1996) devient ainsi un r&#233;v&#233;lateur et un marqueur de ce changement de r&#233;gime. En quoi le d&#233;veloppement de la mobilit&#233; transforme le rapport des soci&#233;t&#233;s au temps et ses repr&#233;sentations et, au-del&#224;, peut-il s'interpr&#233;ter comme un changement de r&#233;gime rythmique ou une nouvelle approche id&#233;elle voire id&#233;ologique du mouvement des soci&#233;t&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le diagnostic, souvent extr&#234;me, d'une soci&#233;t&#233; fluide, ne peut &#233;vacuer la question des nouvelles immobilit&#233;s et lenteurs, in&#233;galit&#233;s et r&#233;sistances, qui agissent comme autant de ph&#233;nom&#232;nes intrins&#232;ques et consubstantiels &#224; la fluidification du social. Ils am&#232;nent &#224; adopter une pens&#233;e critique de l'acc&#233;l&#233;ration et la fluidification du corps social et une approche dialectique liant changement et permanence, vitesse et lenteur, fluidit&#233; et p&#233;riodicit&#233;, mobilit&#233; et immobilit&#233; dans l'interpr&#233;tation du fonctionnement et de l'organisation des soci&#233;t&#233;s. D&#232;s lors, il s'agit de penser les soci&#233;t&#233;s dans la complexit&#233; rythmique de leur morphologie sociale, dans une polychronie questionnant la tendance &#224; un mod&#232;le unique de repr&#233;sentation d'un temps asynchrone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous cherchons de mani&#232;re programmatique &#224; int&#233;grer ces &#233;volutions port&#233;es par les processus de rationalisation, diff&#233;renciation, individualisation et marchandisation intensifi&#233;s par la mobilit&#233; moderne &#224; un paradigme rythmique &#224; l'&#233;quilibre prenant en compte ces couples per&#231;us au premier abord comme antagonistes. Pourquoi la rythmanalyse appara&#238;t-elle heuristique pour d&#233;crire la complexit&#233; d'une soci&#233;t&#233; qui s'organise entre fluidit&#233; et solidit&#233; ? Au-del&#224;, comment penser dans une approche critique la richesse de la polychronie sociale dans une soci&#233;t&#233; semblant valoriser et &#233;riger en valeur de la modernit&#233; la vitesse et le mouvement au d&#233;triment des lieux, des liens et des moments stables ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Mobilit&#233;, c&#233;l&#233;rit&#233;, continuit&#233; et labilit&#233; : vers une soci&#233;t&#233; liquide ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son introduction de &lt;i&gt;La vie quotidienne dans le monde moderne, &lt;/i&gt;Lefebvre souligne que le temps n'a pas de structure mais que la &#171; vie universelle &#187; l'investit en lui donnant une ampleur th&#233;&#226;trale, en rev&#234;tant le quotidien des masques, costumes et d&#233;cors qui servent de r&#233;cit et de r&#233;f&#233;rentiel aux hommes (1968, p. 12). Sous le coup de la mobilit&#233;, ce r&#233;f&#233;rentiel semble aujourd'hui &#234;tre celui de l'instantan&#233;it&#233; et de l'acc&#233;l&#233;ration, tendant vers une fluidit&#233; sociale. Il est port&#233; par une acception tronqu&#233;e du rythme &#224; laquelle correspondent les repr&#233;sentations d'un temps individualis&#233;, lin&#233;aire, scientifique et continu triomphant selon nous un peu trop rapidement dans les paradigmes analytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Hypersynchronisation mondiale et temps lin&#233;aire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; l'&#233;chelle macro, la mobilit&#233; participe de l'int&#233;gration mondiale des territoires et de leur mise en r&#233;seaux au sein desquels les activit&#233;s fonctionnent sur un principe de continuit&#233; et de synchronisation (Castells, 1996) permis par le d&#233;veloppement d'un temps universel, technique et homog&#232;ne. Ce temps scientifique s'est d&#233;velopp&#233; en parall&#232;le d'une croissance des mobilit&#233;s et des communications. Le chemin de fer, le transport maritime, le t&#233;l&#233;graphe, le t&#233;l&#233;phone, puis le transport a&#233;rien et aujourd'hui Internet ont d&#233;multipli&#233; les possibilit&#233;s de d&#233;localisation/relocalisation mais aussi les potentiels de synchronisation/d&#233;synchronisation des activit&#233;s individuelles et collectives. &#192; mesure que la mobilit&#233; permettait de franchir les distances, la mise en correspondance des standards temporels s'engageait pour permettre de coordonner et d'organiser les activit&#233;s, notamment productives et &#233;conomiques (Z&#233;rubavel, 1982). Les premi&#232;res horloges synchronis&#233;es ont ainsi fait leur apparition dans les gares au XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et le raffinement constant des unit&#233;s de mesure du temps a permis une synchronisation toujours plus fine et mondialis&#233;e. Le temps moyen de Greenwich, le temps universel (1928), le temps atomique international (1955) et le temps universel coordonn&#233; (1972) ainsi que la diffusion du calendrier gr&#233;gorien accompagne la r&#233;ticularisation du monde. Ce temps comptable, s'&#233;loignant de ses r&#233;f&#233;rences naturelles, sociales et territoriales, participe d'une repr&#233;sentation d'un temps d&#233;senchant&#233;, de nature lin&#233;aire et homog&#232;ne. Ce temps, faussement arythmique (ou acyclique) correspond &#224; l'image tronqu&#233;e d'une lin&#233;arit&#233; qui, dans un mouvement de rationalisation du rapport au monde, &#233;vacue trop rapidement l'id&#233;e de stabilit&#233; et de cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce temps universel p&#232;se plus fortement sur le rythme quotidien des activit&#233;s que ne le faisait l'alternance naturelle des jours et des nuits et des saisons dans les civilisations agraires. Il correspond &#224; la fin du mod&#232;le de production fordiste avec ses rythmes massifs et &#224; la diffusion d'un mod&#232;le&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;fond&#233; sur la continuit&#233; productive. La mise en r&#233;seau de la production, ses principes de flux tendu et son principe du &lt;i&gt;&#171; following the sun &#187;&lt;/i&gt; pour les multinationales p&#232;se sur l'organisation du travail et sur la vie sociale. La vitesse de r&#233;ponse &#224; la demande devenant un atout comp&#233;titif, l'adaptabilit&#233; de la production et de l'offre selon un mod&#232;le flexible dissocie la dur&#233;e de la p&#233;riodicit&#233; et de la r&#233;p&#233;tition : le travail de nuit progresse, le repos dominical est remis en question, les horaires atypiques se multiplient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les rythmes de travail se multiplient. 53 % des actifs travaillent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce temps lin&#233;aire et disciplin&#233; est aussi celui de la finance qui, &#224; partir des grandes places boursi&#232;res, organise des &#233;changes d&#233;mat&#233;rialis&#233;s via de supercalculateurs fonctionnant sur un rythme d&#233;passant la sensibilit&#233; humaine. Ce temps accompagne &#233;galement une d&#233;mat&#233;rialisation de l'&#233;conomie et des &#233;changes &#224; partir de r&#233;seaux num&#233;riques fonctionnant 24h/24. Sur le r&#233;seau Internet, les commerces ne dorment jamais, les commandes peuvent &#234;tre pass&#233;es &#224; n'importe quel moment, la production se pilote &#224; distance et l'information produite en direct est diffus&#233;e en continu. En 1998, la tentative de commercialisation d'un temps internet par l'entreprise Swatch fond&#233; sur l'absence de fuseaux horaires et le concours lanc&#233; par les Nations Unies pour remplacer un calendrier gr&#233;gorien compliquant la programmation des activit&#233;s &#233;conomiques, industrielles, financi&#232;res et comptables illustrent la tendance : &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Le temps acc&#233;l&#233;r&#233; du march&#233;, de la technique et du progr&#232;s, et le temps &#8220;objectif&#8221; lin&#233;aire de la science s'unissent pour dessaisir &#8220;le monde de la vie&#750; (Zaccai-Reyners, 1995). &#187;&lt;/i&gt; (Dobre, 2003, p. 120)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'acc&#233;l&#233;ration des rythmes de l'&#233;change et de la production a des cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont les pays organisent leurs &#233;conomies et leurs rythmes sociaux. Le lien entre acc&#233;l&#233;ration, lin&#233;arisation et continuit&#233; du temps et d&#233;veloppement d'une &#233;conomie mondiale est en substance ce que Simmel soulignait &#224; propos de la monnaie qui &lt;i&gt;&#171; ne contient pas la plus petite suggestion d'une organisation rythmique du contenu de la vie ; elle offre toujours avec la m&#234;me fra&#238;cheur et la m&#234;me efficacit&#233; ; gr&#226;ce &#224; ses effets de longue port&#233;e et &#224; son pouvoir de r&#233;duction des choses &#224; un m&#234;me et seul crit&#232;re de valeur &#187;&lt;/i&gt; (Simmel &lt;i&gt;in &lt;/i&gt;[Michon, 2005], Trautman, 2007). Le temps technique, scientifique et mondialis&#233; correspond &#224; un syst&#232;me monde de r&#233;seaux hypersynchornis&#233;s qui fonctionnent sur un temps lin&#233;aire, &#171; vide et homog&#232;ne &#187; (Walter Benjamin &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Urry, 2005), d&#233;territorialis&#233;, faisant fi des cycles naturels et des rythmes p&#233;riodiques et massifs qui scandaient la vie des soci&#233;t&#233;s locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Acc&#233;l&#233;ration et individualisation du temps &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; l'&#233;chelle micro, la mobilit&#233; alimente l'image d'un individu entretenant avec l'espace, le temps et les groupes des rapports labiles et erratiques, r&#233;gis par la vitesse et le changement permanent. Aux lieux massivement pratiqu&#233;s et aux rythmes collectifs (religieux, politiques, festifs, agraires, familiaux) se substitue une multiplicit&#233; de rythmes de vie et de micro-r&#233;cits. La conscience moderne du temps repose sur sa plus grande ma&#238;trise individuelle et sa rationalisation, travaillant la d&#233;synchronisation, multiplication et atomisation des rythmes individuels : &lt;i&gt;&#171; Le temps n'est plus o&#249; la vie urbaine &#233;tait rythm&#233;e : au quotidien par les horaires d'entr&#233;e et de sortie des usines, bureaux ou &#233;coles, chaque semaine par le repos dominical, avec ses moments forts (messe, tierc&#233;, repas familial, etc.), chaque ann&#233;e par de longues semaines de vacances invitant &#224; quitter la ville ou &#224; investir diff&#233;remment ses espaces publics. &#187;&lt;/i&gt; (Marconis, 2005) Le calendrier, l'almanach puis l'agenda et le Google Calendar ; l'horloge publique ou priv&#233;e, la montre puis la Google Watch ; le magn&#233;toscope, le DVD gravable puis le disque dur ; le t&#233;l&#233;phone portable associ&#233; au Personnel Digital Assistant (PDA) puis les Smartphones sont autant de technologies d'individualisation de la perception et de la gestion du temps. Elles permettent de multiplier et d'encha&#238;ner rapidement les s&#233;quences d'activit&#233;s, de collectionner les lieux et les appartenances sociales, y compris &#224; distance, voire de mani&#232;re ubiquiste. Elles permettent la d&#233;synchronisation/resynchronisation par l'enregistrement et l'acc&#232;s en direct (Ascher, 2003). Elles acc&#233;l&#232;rent la transmission de l'information et l'&#233;mergence d'un rapport plus r&#233;flexif au temps mais &#233;galement plus instantan&#233; en ouvrant la possibilit&#233; de diff&#233;rer, multiplier et &#233;laborer des programmes d'action personnels plus complexes. Le temps devient une ressource &#224; g&#233;rer et l'expression &#171; le temps c'est de l'argent &#187; remplace celle &#171; il y a un temps pour tout &#187;. La performance s'&#233;rige alors dans la capacit&#233; &#224; en faire plus en moins de temps, en lien avec une injonction &#224; une productivit&#233; toujours plus accrue du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est alors la figure de l'individu branch&#233;, press&#233;, flexible qui est mise en avant pour d&#233;crire le citadin moderne cherchant &#224; s'extraire des rythmes collectifs : &#171; &lt;i&gt;La dynamique des r&#233;seaux techniques tend &#224; se substituer ainsi &#224; la statique des lieux b&#226;tis pour conditionner les mentalit&#233;s et les comportements urbains. &#187; &lt;/i&gt;(Choay, 1994, p. 32) &#192; l'&#233;clatement de l'organisation industrielle du temps correspondrait un individu se d&#233;fendant de suivre toute organisation institutionnelle ou pr&#233;d&#233;finie des temps sociaux pour choisir ses propres sch&#233;mas organisationnels. L'individu hypermoderne se pense ou se croit hyper-ind&#233;pendant des temps du groupe (Castel, 2006), con&#231;oit le fait de vivre en soci&#233;t&#233; comme un contexte dans lequel &#233;voluer de mani&#232;re autonome et d&#233;ployer sa personnalit&#233; propre, et non comme une responsabilit&#233;. Pour Alain Ehrenberg &#171; la fatigue d'&#234;tre soi &#187; et &#171; l'individu incertain &#187; (2000) qui se profile &#224; l'horizon correspond &#224; la figure de &#171; l'homme pr&#233;sent &#187; (La&#239;di, 2002) qui &#233;volue suivant un &#171; temps instantan&#233; &#187; (Urry, 2005), s'adaptant continuellement &#224; des situations non pr&#233;vues et programmant moins ses actions. Jaur&#233;guiberry &#233;voque le &#171; syndrome de l'homme branch&#233; &#187; constitu&#233; d'un ensemble de sympt&#244;mes du mal latent qui guette ceux qui vivent leur exp&#233;rience d'ubiquit&#233; m&#233;diatique selon une logique de pure rentabilit&#233;, et qui se traduit par la peur de rater quelque chose d'important, de ne plus &#234;tre connect&#233;. L'urgence devient un sympt&#244;me (Aubert, 2000) et le stress la maladie de toute une &#233;poque. Les pays occidentaux deviennent des consommateurs acharn&#233;s d'antid&#233;presseurs et d'anxiolytiques pour d&#233;passer les contraintes d'un corps fini. La consommation pouss&#233;e de substances licites (&lt;i&gt;energy drink&lt;/i&gt;, m&#233;dicaments pour dormir ou tenir &#233;veill&#233;) ou illicites (coca&#239;ne, amph&#233;tamine, &lt;i&gt;ecstasy&lt;/i&gt;) est un moyen de tricher avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cependant, de quel individu parlons-nous ? Si le projecteur est souvent braqu&#233; sur les plus mobiles et connect&#233;s pour d&#233;crire cette soci&#233;t&#233; fluide, ces derniers ne ressentent pas l'urgence de la m&#234;me mani&#232;re et nombreux sont ceux ne ressentant pas un manque de temps flagrant ou une acc&#233;l&#233;ration mortif&#232;re (Godard, 2002). Ainsi, si le processus est historique, il doit s'interpr&#233;ter avec prudence et recul. Rationalisation, individualisation et mondialisation du temps via le d&#233;veloppement de la mobilit&#233; s'articulent certes avec une hypersynchronisation mondiale et un fonctionnement m&#233;tropolitain qui reposent davantage sur la continuit&#233; et la c&#233;l&#233;rit&#233; des activit&#233;s sociales et productives. Mais si cette tendance porte l'existence d'une &lt;i&gt;&#171; nouvelle soci&#233;t&#233; urbaine ou d'une cit&#233; globale en continu de moins en moins en phase avec les rythmes de la ville traditionnelle et de dame Nature &#187; &lt;/i&gt;(Gwiazdzinski, 2002, p. 13) sur le devant de la sc&#232;ne, gardons &#224; l'esprit que des mouvements contraires voire compl&#233;mentaires existent au c&#339;ur m&#234;me du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Arythmie et ville en continu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
N&#233;anmoins, c'est bien le mod&#232;le urbain qui incarne le mieux ce changement de paradigme rythmique : &lt;i&gt;&#171; De la vieille cit&#233; industrielle &#224; la nouvelle m&#233;galopole tertiaire nous passons d'un monde temporel &#224; un autre. &#187;&lt;/i&gt; (Godard, 2001, p. 200) C'est face &#224; ce mod&#232;le que se positionnait d&#233;j&#224; Henri Lefebvre en 1967 dans sa sociologie de &lt;i&gt;La vie quotidienne dans le monde moderne, &lt;/i&gt;rendant compte de la dislocation des rythmes, de l'acc&#233;l&#233;ration du tempo de la vie, de la mont&#233;e du risque et de l'incertitude, de l'individualisation du temps social et de la s&#233;paration &#171; homme/nature &#187; dans les soci&#233;t&#233;s modernes urbanis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les villes comme n&#339;uds de croisements et de commutations de flux multiples et continus li&#233; au syst&#232;me global (Veltz, 2000) se font r&#233;ceptacles autant que prescriptrices de la continuit&#233; et l'acc&#233;l&#233;ration temporelle. En tant que centres de commandement du capitalisme plan&#233;taire et des r&#233;seaux, les m&#233;tropoles assurent les fonctions de coordination, de pr&#233;vision et de gestion mondialis&#233;e d'un syst&#232;me de production d&#233;localis&#233; et acc&#233;l&#233;r&#233;. T&#234;tes de pont des r&#233;seaux mondiaux, les m&#233;tropoles concentrent les si&#232;ges des soci&#233;t&#233;s internationales financi&#232;res, bancaires et commerciales qui prennent de plus en plus une ampleur globale sur le fonctionnement des villes &#224; mesure que les prestataires s'efforcent de r&#233;pondre aux besoins de clients eux-m&#234;mes mondialis&#233;s (Peter &amp; Hall, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt;Taylor, 2004 ; Sassen, 1991). Elles deviennent des &lt;i&gt;&#171; centres de services mondiaux &#187; &lt;/i&gt;dont le rapport au temps n'est pas le m&#234;me que le temps local, pressant ce dernier &#224; s'accorder pour r&#233;pondre &#224; des imp&#233;ratifs de productivit&#233;, de fonctionnalit&#233; &#233;conomique en se subordonnant &#224; des syst&#232;mes organisationnels de production souples et continus (Chanlat, 2007). La ville mondiale est une &#171; ville en continu &#187; (Millet, 2002) ou une &#171; ville 24h sur 24 &#187; (Gwiazdzinski, 2002) qui ouvre la r&#233;flexion sur une possible &#171; ville de garde &#187; (Ascher, 2000a) qui augmente toujours plus sa dur&#233;e d'ouverture dans une continuit&#233; temporelle arythmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette ville participe de l'annulation des temps de suspension calendaire et soumet la composition du temps social &#224; une logique d'adaptation total du local &#224; un ordre r&#233;ticulaire soumis au &lt;i&gt;just in time&lt;/i&gt;. Le pr&#233;sent devient paradoxalement un horizon temporel en renouvellement constant s'incarnant dans une continuit&#233; des activit&#233;s devant contenter autant que stimuler une demande atomis&#233;e et lin&#233;aire. Les services ouvrent 24h/24. La vie nocturne se d&#233;veloppe et empi&#232;te sur la vie diurne. L'&#233;clatement des vacances att&#233;nue l'id&#233;e d'une ville qui se vide et s'arr&#234;te en &#233;t&#233;. La consommation des fruits et l&#233;gumes de saison devient annuelle gr&#226;ce aux modes de conservation et &#224; la performance des transports. Les commerces pr&#233;parent No&#235;l d&#232;s octobre et les fournitures scolaires apparaissent dans les rayons d&#232;s juillet. Le service minimum en cas de gr&#232;ve et la remise en cause de la pause dominicale assurent une continuit&#233; des activit&#233;s. La consommation par Internet se fait de jour comme de nuit. Les transports fonctionnent 24h/24. &lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;La ville vingt-quatre heures sur vingt-quatre n'est certainement pas pour demain, mais l'&#233;volution commenc&#233;e avec l'&#233;clairage artificiel des habitations, des lieux de travail puis des rues a toutes les chances de se poursuivre avec les TIC et de faire vivre la ville nuit et jour.&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt; (Ascher, 2000b, p. 186) La continuit&#233; de l'&#233;change et de l'activit&#233; se nourrit d'une mobilit&#233; toujours possible des capitaux, produits et hommes en tant qu'elle engendre des attentes d'instantan&#233;it&#233; dans la r&#233;ponse &#224; la demande. La pause dans le flux, l'immobilisation et l'attente deviennent les sympt&#244;mes d'un dysfonctionnement et non un &#233;l&#233;ment compl&#233;mentaire de l'acc&#233;l&#233;ration et la continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'arr&#234;t d'un a&#233;roport pour cause d'intemp&#233;rie ou la fermeture d'une gare pour cause de s&#233;curit&#233; deviennent des &#233;v&#233;nements nationaux. En France, l'&#233;pisode neigeux de janvier 2009 qui a paralys&#233; deux jours la ville de Marseille a entra&#238;n&#233; le d&#233;clenchement d'un audit technique &#224; la demande du gouvernement. En 2010, l'&#233;ruption d'un volcan islandais perturbant le trafic a&#233;rien europ&#233;en a fait les gros titres pendant plus d'une semaine. C'est que les soci&#233;t&#233;s urbaines ont cherch&#233; la continuit&#233; productive en travaillant &#224; la d&#233;naturalisation des rythmes par la production d'un environnement protecteur des cycles naturels. Les innovations technologiques ont, de par leur pouvoir calorifique, lumineux ou drainant, contribu&#233; &#224; r&#233;duire dans les villes les rep&#232;res temporels naturels. Le chauffage des int&#233;rieurs et des terrasses att&#233;nue la sensibilit&#233; aux variations de temp&#233;rature, l'&#233;clairage public permet l'activit&#233; nocturne dans les centres villes, l'assainissement permet de lutter contre l'humidit&#233; en toute saison, les mat&#233;riaux de construction modernes accumulent la chaleur et la restitue, mettent un terme &#224; la poussi&#232;re des rues et l'am&#233;lioration de l'&#233;tanch&#233;it&#233; rend herm&#233;tique aux &#233;l&#233;ments les int&#233;rieurs (Guillerme, 1997). Les villes s'&#233;loignent du sol (gratte-ciel, m&#233;tro sur&#233;lev&#233;), elles s'enterrent (&#233;gouts, t&#233;l&#233;phone, pneumatiques, chemin de fer urbain, production d'&#233;nergie, passages sous les immeubles&#8230;) et d&#233;veloppent des m&#233;gastructures qui abolissent les saisons. Ces &#233;volutions accompagnent la d&#233;naturalisation des r&#233;f&#233;rences temporelles des activit&#233;s humaines qui, en parall&#232;le, prennent pour r&#233;f&#233;rence le temps continu des r&#233;seaux : &lt;i&gt;&#171; Cette intensification de la vie m&#233;tropolitaine s'oppose au caract&#232;re traditionnel de la vie rurale et urbaine communautaire fond&#233;e sur un rythme lent, r&#233;gulier et cyclique. La sensibilit&#233; &lt;/i&gt;(Gemut), &lt;i&gt;comme fondement synth&#233;tique des rapports sociaux d&#233;sormais effac&#233;s, s'oppose &#224; la vie nerveuse soci&#233;taire associ&#233;e &#224; l'intellect. &#187;&lt;/i&gt; (Simmel &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Jonas, 1995, p. 54)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Rythme &#233;coulement, rythme p&#233;riodique et idiorrythmie : le rythme comme morphologie dynamique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'hypersynchronisation mondiale, la ville en continu, l'individualisation des modes de vie et leurs reflets dans un temps lin&#233;aire et continu seraient les marqueurs d'une modernit&#233; devenue liquide (Bauman, 2007), o&#249; le principe de mobilit&#233; permettant un changement permanent de position spatiale, sociale et temporelle rejoint et alimente l'individualisation des modes de vie. Pour Zygmunt Bauman, th&#233;oricien de la modernit&#233; liquide, de l'amour liquide, de la vie liquide, du temps liquide, de la peur liquide, les liens humains produisant la soci&#233;t&#233; seraient caract&#233;ris&#233;s par une dynamique de changement constant (2004). L'&#233;talement des villes voire leur &#233;clatement en M&#233;tapolis refl&#232;te une organisation sociale qui, par la mobilit&#233;, semble se passer de formes sociales, temporelles et spatiales stables. Ce monde fluide est travers&#233; de mani&#232;re plus ou moins homog&#232;ne de flux erratiques. Dans ce cadre, les formes sociales et les institutions n'ont pas le temps de devenir solides. Elles ne peuvent plus servir de cadre de r&#233;f&#233;rence pour les actions individuelles et de base pour se projeter dans l'avenir. La modernit&#233; avanc&#233;e se caract&#233;riserait alors par un rythme acc&#233;l&#233;r&#233; du renouvellement des relations que l'homme entretient avec les &#234;tres, les choses, les lieux (Toffler&lt;i&gt; in &lt;/i&gt;Mercure, 1995), forgeant un r&#233;gime rythmique renvoyant &#224; la m&#233;taphore de l'&#233;coulement rapide et continu car toujours changeant. Le rythme &#233;coulement repose sur une forme de mobilisme universel (Sauvanet, 2007) et &#171; renvoie surtout &#224; la cadence, &#224; l'allure, &#224; la vitesse ou &#224; la rapidit&#233; avec laquelle se succ&#232;dent des &#233;v&#233;nements et des &#233;tats diff&#233;rents [et fait r&#233;f&#233;rence] le plus souvent &#224; l'acc&#233;l&#233;ration des rythmes de vie, du train de vie ou du tempo de l'existence &#187; (Mercure, 1995, p. 36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'acc&#233;l&#233;ration et la continuit&#233; port&#233;es par la mobilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e ne produit pas une soci&#233;t&#233; &#171; arythmique &#187; (Rosa, 2010), mais une soci&#233;t&#233; dont le fonctionnement s'&#233;loigne de la notion de rythme entendue traditionnellement fond&#233;e sur l'id&#233;e de p&#233;riodicit&#233;, cycle et r&#233;p&#233;tition, celle donn&#233;e par Platon. Le rythme depuis ce dernier associe la forme du mouvement et la mesure : &lt;i&gt;&#171; C'est l'ordre dans le mouvement, le proc&#232;s entier de l'arrangement harmonieux des attitudes corporelles combin&#233; avec un m&#232;tre qui s'appelle d&#233;sormais&lt;/i&gt; rhuthmos. &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; (Benveniste, 1974, p. 334) Le rythme est ici entendu comme une succession de p&#233;riodes marqu&#233;es par des ruptures significatives et r&#233;guli&#232;res dans le d&#233;roulement continu des ph&#233;nom&#232;nes. Cette d&#233;finition est utilis&#233;e par Marcel Mauss, &#201;mile Durkheim ou Maurice Halbwachs dans leurs analyses de la morphologie des soci&#233;t&#233;s, notamment agraires (Michon, 2005). Ils voient dans la p&#233;riodicit&#233; et l'alternance de phases de concentration et de dispersion du corps social une loi qui pr&#233;serve la soci&#233;t&#233; et la fonde et qui s'impose aux conduites individuelles (Mauss et Beuchat, 1905 ; Durkheim, 2002, Halbwachs, 1939). Or, cette loi semble dispara&#238;tre dans la modernit&#233; caract&#233;ris&#233;e par la fluidit&#233;. Loin de toute arythmie, la fluidit&#233; du social renvoie &#224; une seconde acception du rythme, celle relative &#224; l'&#233;coulement d&#233;fendue par H&#233;raclite en son temps. Le rythme h&#233;raclit&#233;en est une configuration particuli&#232;re du mouvant et s'oppose au rythme platonicien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;bat oppose les positions h&#233;raclit&#233;ennes et atomistes, d'une part, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il permet de d&#233;crire le tempo actuel acc&#233;l&#233;r&#233; et continu de la vie individuelle et collective et renvoie &#224; la racine &#233;tymologique du verbe &lt;i&gt;&#171; rhein &#187;&lt;/i&gt; qui signifie couler. Le rythme est un ph&#233;nom&#232;ne proprement dissym&#233;trique, une disposition sans fixit&#233;, et il r&#233;sulte d'un arrangement toujours sujet &#224; changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
N&#233;anmoins, la synth&#232;se entre ces deux acceptions du terme semble possible. Elle est m&#234;me &#224; la base de l'acception du terme par Benveniste pour qui le rythme est une forme assum&#233;e par ce qui est mouvant et fluide, c'est-&#224;-dire &#171; l'ordre dans le mouvement, le proc&#232;s entier de l'arrangement harmonieux des attitudes corporelles combin&#233; avec un m&#232;tre qui s'appelle d&#233;sormais &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt; &#187; (Benveniste, 1974, p. 334). Ce &lt;i&gt;rhuthmos&lt;/i&gt; n'est alors qu'une convention venue de l'ext&#233;rieur pour en mesurer les fluctuations et formes intrins&#232;ques et sous-jacentes &#224; sa d&#233;finition m&#234;me. Le choix de porter l'accent sur le mouvement comme caract&#233;ristique premi&#232;re du rythme moderne des soci&#233;t&#233;s revient &#224; donner aux objets techniques le pouvoir d'orienter notre rapport culturel au temps et d'orienter la recherche plus que de refl&#233;ter, selon nous, la complexit&#233; de la r&#233;alit&#233; sociale. C'est ce que souligne Benveniste pour qui la g&#233;n&#233;ralisation linguistique de l'emploi du rythme pour d&#233;signer les p&#233;riodicit&#233;s d'un ph&#233;nom&#232;ne est la condition, et non la cons&#233;quence, de l'unification rythmique de l'homme et de la nature (Benveniste, 1974). Ainsi, notre utilisation courante du terme, associ&#233;e &#224; l'id&#233;e de p&#233;riodicit&#233;, ne serait qu'une d&#233;formation d'usage de la part d'un homme construisant socialement la cat&#233;gorie &#171; temps &#187; en d&#233;coupant la dur&#233;e en autant de s&#233;quences qui se r&#233;p&#232;tent sur des bases avant tout rationnelles et technicistes (Pradel, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi reconna&#238;tre que la fluidification de la vie sociale ne signifie pas l'absence de r&#233;gularit&#233; et son acc&#233;l&#233;ration et que continuit&#233; ne signifie pas l'absence de ruptures et de pauses, c'est redonner de la complexit&#233; &#224; la lecture du mouvement des soci&#233;t&#233;s modernes. En effet, selon Gurvitch, &lt;i&gt;&#171; le rythme est une acc&#233;l&#233;ration des dur&#233;es et des intervalles, un &#233;quilibre recherche entre la continuit&#233; et la discontinuit&#233; dans les temps &#187; &lt;/i&gt;(1963). Parce que le rythme concilie l'id&#233;e de mouvement et celle de structure, il rend compte de l'interd&#233;pendance entre le renouvellement des formes sociales collectives et l'individualisation des soci&#233;t&#233;s, et non leur disparition. Le rythme permet de penser la persistance de structures temporelles collectives orientant l'action individuelle et la plus grande autonomie d'action de l'individu au sein de ce temps social car il &lt;i&gt;&#171; r&#233;unit en lui, paradoxalement, les traits propres aux structures rigides, qui l'apparente &#224; un m&#233;canisme, et les conditions de la variation, de la novation, de la cr&#233;ation d'effets diff&#233;renci&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (Wunenburger, 1992). Il faut ainsi nuancer la radicalit&#233; des deux interpr&#233;tations du rythme et de leurs cons&#233;quences sur l'explication du fonctionnement des soci&#233;t&#233;s pour penser ensemble &#171; structure &#187; et &#171; fluidit&#233; &#187; dans un rapport d'interaction et de compl&#233;mentarit&#233; rendant compte de la complexit&#233; du monde moderne. L'opposition apparente de la notion de rythme social&lt;i&gt; &#171; exprime bien l'ambigu&#239;t&#233; m&#234;me de la r&#233;alit&#233; sociale &lt;/i&gt; &#187; (Mercure, 1995, p. 18) soulign&#233;e par Lefebvre pour qui si &lt;i&gt;&#171; la r&#233;p&#233;tition cyclique et le r&#233;p&#233;titif lin&#233;aire se distinguent &#224; l'analyse, dans la r&#233;alit&#233; [ils] interf&#233;rent constamment &#187; &lt;/i&gt;(Lefebvre, 1992, p. 16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La relation est davantage compr&#233;hensible en utilisant le concept de soci&#233;t&#233; idiorrythmique de Roland Barthes (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Coste, 2008) utilis&#233; avant tout comme m&#233;taphore qui permet la compr&#233;hension. Entre la pr&#233;servation d'un rythme propre &#224; l'individu et l'imposition par le pouvoir d'un rythme de vie et d'un rythme de temps collectifs, Barthes cherche &#224; d&#233;couvrir &lt;i&gt;&#171; la possibilit&#233; d'un style de vie m&#233;dian o&#249; des groupements d'individus pourraient vivre ensemble sans exclure la possibilit&#233; d'une libert&#233; individuelle qui ne les marginaliserait pas &#187;&lt;/i&gt; (Bert, 2002). Le mod&#232;le de l'idiorrythmie repose sur une conception souple de la contrainte : pas de r&#232;gle, mais des indications qui impliquent, via la mobilit&#233; et la disponibilit&#233; des individus, la possibilit&#233; d'un passage choisi vers le communautarisme ou vers la solitude absolue. Dans cette idiorrythmie se dessine ainsi un mod&#232;le qui semble tendre vers un &#233;quilibre o&#249; la liqu&#233;faction du monde et le rapport continu et changeant des individus et soci&#233;t&#233;s au temps, &#224; l'espace et au social ne pr&#233;sage pas de la fin des permanences et de l'organisation de rythmes collectifs, de lieux partag&#233;s et identitaires et de groupements sociaux stables. Elle permet &#233;galement de penser des vitesses diff&#233;renci&#233;es et des p&#233;riodicit&#233;s pr&#233;serv&#233;es ou nouvelles qui donnent consistance et structures &#224; la morphologie sociale dans son mouvement de liqu&#233;faction et individualisation. Il s'agit alors d'analyser la complexit&#233; et multiplicit&#233; des &#171; mani&#232;res de fluer &#187; (Michon, 2005, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 2007, 2015) individuelles et leurs possibles synchronisations. La mani&#232;re de fluer poss&#232;de une dimension active et programmatique. Elle porte sur la qualit&#233; de l'engagement de l'individu dans le temps et le processus d'individuation. Elle peut se comprendre comme une th&#233;orie de l'action dans laquelle l'individu ma&#238;trise l'agencement de ses diff&#233;rentes activit&#233; au sein duquel, par synchronisation, des formes collectives peuvent exister (Michon, 2005, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 2007, 2015). Dans ce cadre, l'immobilit&#233; est pens&#233;e comme compl&#233;mentaire et intrins&#232;que de la mobilit&#233;, la lenteur de la c&#233;l&#233;rit&#233; et la p&#233;riodicit&#233; de la fluidit&#233; &#224; l'image des deux faces d'une pi&#232;ce de monnaie, l'une ne se d&#233;finissant pas sans l'autre. C'est ce que souligne Giddens pour qui &lt;i&gt;&#171; le temps r&#233;versible des institutions est &#224; la fois la condition et le r&#233;sultat des pratiques organis&#233;es et accomplies dans la continuit&#233; de la vie quotidienne, la principale manifestation de la dualit&#233; du structurel&lt;/i&gt; &#187; (Giddens, 1987, p. 85).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Des in&#233;galit&#233;s temporelles &#224; la polychronie sociale : un changement de regard ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Repenser cette dualit&#233; intrins&#232;que au concept de rythme permet de saisir la fluidification du corps social en tant que structure duale et non l'h&#233;g&#233;monie d'un ordre sur un autre. Il faut ainsi lire les interpr&#233;tations expos&#233;es en premi&#232;re partie avec prudence et comme un postulat &#224; partir duquel nous adoptons un recul critique. En effet, la ville est polychronique (Lefebvre, 1992) et le mouvement engag&#233; par la mobilit&#233; ne concerne pas tous les individus de la m&#234;me fa&#231;on (Bacqu&#233; et Fol, 2008 ; Ollivro, 2009). L&#224; o&#249; Henri Lefebvre d&#233;fendait cette polychronie sociale, la mobilit&#233; comme valeur de la modernit&#233; a fait de la lenteur et de l'immobilit&#233; des rythmes asynchrones &#224; la norme, des anachronismes, marqueurs de moindre performance et comp&#233;tence individuelle, d'inadaptation &#224; la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui. Ne penser que l'acc&#233;l&#233;ration et la fluidit&#233;, c'est marginaliser des rythmes individuels et collectifs qui participent pourtant de la structuration du corps social ; c'est prendre comme r&#233;f&#233;rence des principes &#233;conomiques fond&#233;s sur l'importance d'une productivit&#233; accrue, du d&#233;veloppement du march&#233; et de l'ad&#233;quation offre/demande comme moteur du progr&#232;s et bien &#234;tre. Or, &lt;i&gt;&#171; le rythme appara&#238;t comme un temps r&#233;gl&#233;, r&#233;gi par des lois rationnelles, mais en liaison avec le moins rationnel de l'&#234;tre humain : le v&#233;cu, le charnel, le corps &#187;&lt;/i&gt; (Lefebvre, 1992, p.18). C'est ainsi que le rythme permet de r&#233;unir les aspects les plus quantitatifs mis en avant par un syst&#232;me de production qui marque les repr&#233;sentations du temps autour d'une mobilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e et les aspects qualitatifs, qui relient, qui fondent les ensembles qui en r&#233;sultent et qui doivent &#234;tre r&#233;ins&#233;r&#233;s dans une analyse critique de cette acc&#233;l&#233;ration tout azimut qui caract&#233;riserait les soci&#233;t&#233;s modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le &#171; temps des d&#233;crochages et du chass&#233;-crois&#233; &#187; (Ollivro, 2000) n'est pas v&#233;cu de la m&#234;me mani&#232;re par tous. Il est construit de mani&#232;re diff&#233;renci&#233;e selon la motilit&#233; (Kaufmann, 2001) de chacun en fonction des appartenances sociales, lieux de r&#233;sidence, ressources &#233;conomiques, capacit&#233;s d'organisation, etc. Les individus se construisent ainsi dans une soci&#233;t&#233; hyper-mobile selon des diff&#233;rences et in&#233;galit&#233;s dans le rapport qu'ils entretiennent &#224; l'espace, dans la ma&#238;trise de leurs temps et l'organisation de leurs appartenances sociales. On constate ainsi la mont&#233;e d'un individualisme n&#233;gatif, un &#171; individu par d&#233;faut &#187; (Castel, 2006), qui d&#233;coule d'une contrainte d'adaptation des modes de vie &#224; une donne temporelle domin&#233;e par l'id&#233;e de vitesse, continuit&#233; et flexibilit&#233;. L'arythmie collective impos&#233;e et la continuit&#233; des activit&#233;s marginalisent ceux qui ne peuvent rester branch&#233;s, joignables et r&#233;actifs et/ou qui ne peuvent n&#233;gocier l'organisation de leurs espaces-temps. On peut distinguer le type &lt;i&gt;&#171; employ&#233;-mari&#233; &#224; une ouvri&#232;re-d'une PME de province-selon des horaires de travail r&#233;guliers &#187; du type &#171; cadre-vivant seul(e)-dans des entreprises parisiennes-haut de gamme-selon des horaires totalement flexibilis&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (Godard, 2002). &#192; ces &#171; oubli&#233;s de la civilisation du temps &#187; (Godard, 2003) s'opposent ceux capables de red&#233;finir, dans un tel contexte d'acc&#233;l&#233;ration, la force de leurs rapports avec l'id&#233;e de charpente temporelle collective et d'ancrage spatial. Leur ma&#238;trise et l'acc&#232;s aux technologies de d&#233;localisation/relocalisation et d&#233;synchronisation/resynchronisation se traduit par une am&#233;lioration de la mobilit&#233; et de l'acc&#232;s &#224; l'information, qui leur assure une flexibilit&#233; et une qualit&#233; de vie moins soumises aux contraintes spatio-temporelles collectives (Gaber &amp; Gruer, 2002). Dans cette veine, certains distinguent les mobiles, immobiles et les ubiquistes au sein des entreprises internationales (Gherardi, Pierre, 2010). D'autres soulignent la formation d'une &lt;i&gt;&#171; kinetic elite &#187;&lt;/i&gt; (Wood et Graham, 2006) faite de grands voyageurs, d'affaire ou de loisirs, ma&#238;trisant la mobilit&#233; &#224; longue distance, ses syst&#232;mes de r&#233;servation, ses lieux avec ses contr&#244;les et ses normes, par exemple les a&#233;roports. Ces hyper-mobiles accumulent les privil&#232;ges de par leur fid&#233;lit&#233; aux entreprises de transport (cartes grands voyageurs SNCF, cartes Flying Blue, etc.) leur facilitant un peu plus le d&#233;placement (acc&#232;s aux salles d'attente VIP, r&#233;ductions, facilit&#233;s de paiement, etc.), d&#233;tourant les contours d'une &#233;lite qui se diff&#233;rencie des &lt;i&gt;&#171; low speed &#187;&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;&#171; low mobility majority &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces diff&#233;rences de mobilit&#233; refl&#232;tent davantage aujourd'hui des structures et des hi&#233;rarchies de pouvoir et de positions qui ont quelque chose &#224; voir avec la vitesse et qui distinguent ceux qui suivent de ceux qui restent derri&#232;re (Rosa, 2010). La norme mobilitaire devient un horizon &#224; atteindre et sa transformation en quasi-injonction politique est construite sur une repr&#233;sentation sp&#233;cifique de la mobilit&#233; relative aux mani&#232;res d'analyser mais aussi d'agir sur la soci&#233;t&#233;. Or, certaines populations hypermobiles ne sont pas consid&#233;r&#233;es comme telles et restent stigmatis&#233;es : les Roms, les migrants, les travailleurs saisonniers, les teufeurs adeptes des &lt;i&gt;rave parties&lt;/i&gt; semblent rester dans les discours politiques &#224; la marge de la soci&#233;t&#233; hypermobile en ne correspondant pas &#224; la norme accept&#233;e d'une mobilit&#233; de loisirs et quotidienne en plein essor. De m&#234;me, des populations r&#233;put&#233;es peu mobiles le sont plus qu'on ne le croit : les adolescents des Zones Urbaines Sensibles d&#233;veloppent des mobilit&#233;s longues distances, des comp&#233;tences dans le d&#233;placement qui participent pleinement de leur socialisation (Oppenchaim, 2011) ; certaines populations pr&#233;caires d&#233;sign&#233;es, voire condamn&#233;es, car pas assez mobiles, montrent en fait une importante capacit&#233; de mobilit&#233; sous forte contrainte (Jouffe, 2007). Enfin, des populations r&#233;put&#233;es hypermobiles le sont finalement moins que d'autres : les habitants des espaces p&#233;riurbains semblent tenir le haut du pav&#233; de la mobilit&#233; quotidienne de par leur &#233;loignement aux lieux de travail et leur d&#233;pendance &#224; la voiture. Ils ont &#233;t&#233; montr&#233;s du doigt face &#224; l'id&#233;e de d&#233;veloppement durable dans le cadre des objectifs de r&#233;duction des gaz &#224; effet de serre relativement aux populations des centres, utilisant les transports en commun dans une proximit&#233; entre travail et domicile. Or, en prenant l'ensemble des d&#233;placements (loisirs et travail), ces derniers se d&#233;placent en moyenne plus et plus loin que les p&#233;riurbains, notamment dans leurs mobilit&#233;s de loisirs et d'affaires, allant chercher hors des villes des lieux de loisirs : ce ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; d&#233;nomm&#233; &#171; l'effet barbecue &#187; ou &#171; mobilit&#233; de compensation &#187; (Orfeuil et Soleyret, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On le voit, la tendance &#224; la fluidification du social et l'hypermobilit&#233; n'est pas homog&#232;ne et les valeurs qui les supportent ne sont pas univoques. L'id&#233;alisation du mouvement et de la vitesse, comme corollaires de la modernit&#233; et pour certains f&#233;tiches, renvoie alors des populations &#224; leur immobilit&#233;, lenteur ou mobilit&#233; diff&#233;rentes de la norme et souligne qu'ils ne sont pas aussi libres que d'autres, selon une norme construite. Le &#171; droit &#224; la mobilit&#233; &#187; devient une injonction &#224; prendre le train du mouvement l&#224; o&#249; une pens&#233;e en termes de ralentissement revaloriserait les individus qui ne suivent pas le rythme et faciliterait leur int&#233;gration sociale. Si la &#171; rapidit&#233; diff&#233;renci&#233;e &#187; (Ollivro, 2000) peut refl&#233;ter une in&#233;galit&#233; face &#224; la mobilit&#233; et au temps, elle peut &#234;tre &#233;galement abord&#233;e comme une forme de pr&#233;servation, dans la fluidit&#233;, d'une certaine consistance &#224; la morphologie sociale, une granularit&#233; au c&#339;ur de la liquidit&#233;. Il s'agit alors d'accompagner ces diff&#233;rences, de leur donner &#224; chacune une valeur propre en acceptant une soci&#233;t&#233; polychronique dont l'accessibilit&#233; aux ressources (travail, loisirs, culture, etc.) peut prendre des formes vari&#233;es et s'accorder aux rythmes vari&#233;s des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans cette m&#234;me veine visant &#224; relativiser la puissance du paradigme mobilitaire et, avec lui, de la fluidit&#233;, plusieurs analyses tendent &#224; prouver que le rythme p&#233;riodique n'a pas quitt&#233; nos soci&#233;t&#233;s. Sa pr&#233;sence s'est au contraire accrue sous des formes renouvel&#233;es. D'abord, il existe toujours des rythmes collectifs. Ils se multiplient m&#234;me &#224; mesure qu'ils se recomposent. Si les grandes c&#233;r&#233;monies nationales perdent en audience, les &#233;v&#233;nements cycliques festifs se multiplient dans les villes et m&#233;tropoles devenues le lieu de vie de la majorit&#233; de la population dans les pays d&#233;velopp&#233;s (Pradel, 2010 ; Gui M&#233;o, 2005). Les visiteurs reviennent alors, dans une relation cyclique aux lieux festifs, conditionn&#233;e en grande partie par la promesse d'&#233;prouver et de participer &#224; une ambiance sociale sp&#233;cifique (Pradel, 2012). Et le succ&#232;s de fr&#233;quentation, m&#233;diatique et d'attention des grands &#233;v&#233;nements internationaux ne se d&#233;ment pas. Ensuite, le principe de routines continue de structurer l'action tout en &#233;tant plus adaptatives (De Conninck &amp; Guillot, 2007, Pradel &amp; Chardonnel, 2014). Parce que les horaires atypiques peuvent conduire &#224; une r&#233;elle d&#233;t&#233;rioration de la vie sociale, on observe une tendance des actifs occup&#233;s &#224; recomposer le mod&#232;le des cinq jours travaill&#233;s et deux jours ch&#244;m&#233;s dans le cadre de la flexibilit&#233;, afin de se synchroniser avec les rythmes des membres de leur famille (Lallement, 2002). De m&#234;me, la synchronisation alimentaire autour du repas du soir persiste (Saint Pol, 2006), notamment de la part des ouvriers, alors que les cadres cherchent &#224; pr&#233;server le petit d&#233;jeuner en famille (Chenu &amp; Herpin, 2002). Enfin, des synchronisations collectives et spatiales produisant des formes stables au c&#339;ur du mouvement structurent la vie sociale. Les &#171; lieux-moments &#187; (Pradel, 2010) sont le fait d'un agencement des trajectoires spatiales (d&#233;placements) et temporelles (agendas) personnelles qui se synchronisent pour produire des situations de copr&#233;sence dans des lieux et des moments d&#233;termin&#233;s. Ce ph&#233;nom&#232;ne peut s'inscrire dans le mouvement m&#234;me, donnant naissance &#224; des &lt;i&gt;&#171; places of movement &#187;&lt;/i&gt; (Hetherington, 1997), v&#233;ritables lieux construits par et dans le mouvement. La synchronisation, le rendez-vous r&#233;p&#233;t&#233;, peuvent m&#234;me &#234;tre une ressource du d&#233;placement pour l'organiser et le rendre plus simple, rapide, agr&#233;able, donnant naissance &#224; des identit&#233;s collectives, &#171; identit&#233;s de mouvement &#187;, dans les pratiques de co-d&#233;placement (Pradel &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, 2014). Ce type de n&#339;uds sociaux programm&#233;s et p&#233;riodiques continue de structurer la vie individuelle et collective dans tous les domaines de la vie sociale. Tout n'est pas fluide et, dans la fluidit&#233;, des formes apparaissent et se maintiennent. L'immobilit&#233;, l'ancrage, la lenteur structurent encore nos soci&#233;t&#233;s en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La polychronie sociale, une valeur &#224; d&#233;fendre ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#233;l&#233;ration et l'emprise de la mobilit&#233; sur le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s participent d'une r&#233;organisation des liens qu'elles entretiennent avec l'espace et le temps. Tous les ouvrages sur le sujet mentionnent ce changement profond tout en participant du mouvement (Rosa, 2010). Cette acc&#233;l&#233;ration et ce mobilisme universel se muent parfois en nouveau r&#233;cit collectif dont on ne peut s'&#233;chapper au risque de rester au bord de la route car, derri&#232;re, se d&#233;ploie une certaine repr&#233;sentation du progr&#232;s port&#233;e par la technique et les logiques &#233;conomiques de march&#233;. Les r&#233;seaux sont devenus les nouveaux meneurs rythmiques auxquels les soci&#233;t&#233;s locales doivent s'accorder sur un mode de continuit&#233; et c&#233;l&#233;rit&#233; pour ne pas rester en reste de la croissance de l'&#233;conomie monde. Ils valorisent une performance rythmique individuelle acc&#233;l&#233;r&#233;e, reposant sur des performances rythmiques techniques, qui engendrent de nouvelles in&#233;galit&#233;s et de nouvelles impossibilit&#233;s pour des corps mus par des rythmes finis et organiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le paradigme de la fluidit&#233; d&#233;crit cette tendance globalisante qui donne alors au concept de morphologie une r&#233;sonance anachronique car rendant compte d'une structure trop fig&#233;e, m&#234;me si le concept de morphologie chez Mauss &#233;tait d&#233;j&#224; temporalis&#233;. La question rythmique et le mod&#232;le idiorrythmique invitent &#224; repenser l'approche morphologique des soci&#233;t&#233;s en int&#233;grant pleinement les diff&#233;rentiels de vitesse et de mobilit&#233; des individus et des groupes et les moments de cristallisation des espaces-temps sociaux au milieu du flux. Ces diff&#233;rentiels rendent compte d'une mobilit&#233; en tant qu'indicateur autant qu'id&#233;ologie d'une discipline du temps dict&#233;e par les rythmes de la production et d'une &#233;conomie et qui requiert des individus plus ou moins mobiles et fonde une hi&#233;rarchie des c&#233;l&#233;rit&#233;s. Si le retournement de cette hi&#233;rarchie ou son lissage peut constituer un horizon d'attente, il est aussi possible de penser une soci&#233;t&#233; offrant les moyens &#224; chacun de s'int&#233;grer selon ses capacit&#233;s rythmiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La polychronie sociale peut &#234;tre envisag&#233;e comme une complexit&#233; &#224; aplanir dans un rythme unique, un &#233;coulement permanent des &#234;tres et des choses. Il s'agit alors d'organiser des m&#233;canismes compensatoires permettant &#224; chacun d'acc&#233;der &#224; ce rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. C'est en partie dans ce sens que se d&#233;ploient les aides &#224; la mobilit&#233; individuelle &#224; travers le concept de &#171; management de la mobilit&#233; &#187; (Rocci, 2009) o&#249; chacun doit pouvoir acc&#233;der aux rythmes int&#233;gratifs, notamment du travail, en augmentant sa capacit&#233; d'acc&#233;l&#233;ration et de d&#233;placement. Mais cette seule solution individualis&#233;e ne peut seule exister, au risque d'acc&#233;l&#233;rer toujours plus le fonctionnement social et de laisser toujours plus d'individus &#224; la marge. Les diff&#233;rentiels rythmiques peuvent alors aussi &#234;tre int&#233;gr&#233;s comme une donn&#233;e fondatrice de la polychronie sociale abord&#233;e comme une richesse. Il s'agit de ralentir et ouvrir le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s &#224; la pluralit&#233; des rythmes. Il s'agit de redonner aux soci&#233;t&#233;s des rythmes plus tendus en articulant temps collectifs et temps individuels et en respectant la nature plurielle, allochrone (irr&#233;gulier) et isochrone (r&#233;gulier), lente et rapide, de la soci&#233;t&#233; et de ses individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce n'est pas tant &#224; l'individu de fournir seul l'effort de s'accrocher aux rythmes int&#233;gratifs des soci&#233;t&#233;s modernes, mais aussi &#224; ces derni&#232;res de les multiplier &#224; destination de tous et de les rendre accessibles. C'est &#233;galement &#224; elles d'aider &#224; la s&#233;curisation des rythmes de vie diff&#233;renci&#233;s en mettant en place des m&#233;canismes r&#233;assurant les temporalit&#233;s asynchrones dans leur singularit&#233; et en organisant des compensations capables de les pr&#233;server d'une trop grande acc&#233;l&#233;ration. En se mettant au niveau des tensions produites par des rythmes de vie de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;s et diff&#233;renci&#233;s, cette vision porterait &#224; agir concr&#232;tement sur l'organisation sociale du temps en offrant les moyens d'une r&#233;sistance aux effets n&#233;gatifs de la modernit&#233; liquide (Michon, 2005, 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 2007). D&#233;j&#224;, quelques mouvements inverses &#233;mergent en contrepoint autour du &#171; slow &#187; &lt;i&gt;(slow food, slow city, slow life)&lt;/i&gt; faisant &#233;cho au &lt;i&gt;Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt; de Paul Lafargue d&#233;non&#231;ant, d&#233;j&#224; en 1880, l'asservissement du rythme humain &#224; celui de la machine productive et au r&#233;gime temporel impos&#233; par l'industrie triomphante. Ainsi &#233;merge la reconnaissance d'un &#171; droit au temps &#187; face &#224; une n&#233;olib&#233;ralisation des rythmes urbains et de la diversit&#233; des territoires temporels (Mallet, 2014). La reprise en main de son temps fait alors &#233;cho &#224; la revendication d'un droit &#224; l'immobilit&#233; et &#224; la lenteur sans qu'elle ne soit synonyme de marginalisation sociale pour celui qui la d&#233;fend et la met en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ascher, F., 2000a, &#171; Postface : Les mobilit&#233;s et les temporalit&#233;s condensateurs des mutations urbaines &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Bonnet, M. et Desjeux, D., (dirs), &lt;i&gt;Les territoires de la mobilit&#233;&lt;/i&gt;, Paris : PUF, pp. 201-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ascher, F., 2000b, &lt;i&gt;Ces &#233;v&#233;nements nous d&#233;passent, feignons d'en &#234;tre les organisateurs. Essai sur la soci&#233;t&#233; contemporaine&lt;/i&gt;, Paris : Ed. de l'Aube, 304 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ascher, F., 2003, &#171; En finir avec la notion de centralit&#233; ? &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Centralit&#233; dans la ville en mutation. Quelles perspectives d'action pour les pouvoirs publics ?&lt;/i&gt; Lyon : CERTU, pp. 19-29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Benveniste, E., 1974, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, 334 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bert, J-F., 2002, &#171; Roland Barthes, Comment vivre ensemble, cours et s&#233;minaire au coll&#232;ge de France (1976-1977) &#187;, &lt;i&gt;Le Portique&lt;/i&gt; [En ligne], &lt;a href=&#034;http://leportique.revues.org/index673.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://leportique.revues.org/index673.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bonnet, M. &amp; Desjeux, D., (dir), &lt;i&gt;Les territoires de la mobilit&#233;&lt;/i&gt;, PUF, 2000, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Chenu, A. &amp; Herpin, N., 2002, &#171; Une pause dans la marche vers la civilisation des loisirs ? &#187; &lt;i&gt;in Temps sociaux et temps professionnels aux travers des enqu&#234;tes &#171; Emploi du Temps &#187;, &#201;conomie et Statistique&lt;/i&gt;, n&#176; 352-353.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Coste, C., 2008, &#171; Comment vivre ensemble de Roland Barthes &#187;, &lt;i&gt;Recherches &amp; Travaux&lt;/i&gt;, n&#176; 72, pp. 201-215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Di M&#233;o, G. (dir.), 2005, &#171; Le renouveau des f&#234;tes et des festivals &#187;, &lt;i&gt;Annales de g&#233;ographie&lt;/i&gt;, n&#176; 643, 328 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Durkheim, E., 2002, &lt;i&gt;Les formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 647 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ehrenberg, A., 1999, &lt;i&gt;L'individu incertain&lt;/i&gt;, Paris : Hachette, 351 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ehrenberg, A., 2000, &lt;i&gt;La fatigue d'&#234;tre soi&lt;/i&gt;, Paris : Odile Jacob, 412 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Godard, F., 2001, &lt;i&gt;La ville en mouvement&lt;/i&gt;, Paris : Gallimard, coll. Decouverte, 127 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Godard, F., 2002, &#171; Les temps du quotidien &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le(s) public(s). Politiques publiques et &#233;quipements culturels&lt;/i&gt;, actes du colloque DEP/OFCE PARIS, 28-29-30 novembre 2002, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;http://www.culture.gouv.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.culture.gouv.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Godard, F., 2003, &#171; Cessons d'opposer temps individuels et temps collectifs &#187;, &lt;i&gt;Revue Projet&lt;/i&gt;, n&#176; 273, pp. 35-42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Guillerme, A., 1997, &#171; La disparition des saisons dans la ville &#187;, &lt;i&gt;Annales de la Recherche Urbaine&lt;/i&gt;, n&#176; 61, pp. 9-14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gurvitch, G., 1968, &lt;i&gt;La vocation actuelle de la sociologie. Tome 1 : Vers la sociologie diff&#233;rentielle&lt;/i&gt;, Paris : PUF, 501 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gherardi A., &amp; Pierre, P., 2010, &#171; Mobilit&#233;s g&#233;ographiques et &#233;carts de pouvoir au sein de trois entreprises mondialis&#233;es. Mobiles, immobiles et &#171; ubiquistes &#187; &#187;,&lt;i&gt;Revue Europ&#233;enne des Migrations Internationales&lt;/i&gt;, vol. 26, n&#176; 1, pp. 161-185.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gwiazdzinski, L., 2002, &#171; Les temps changent &#187; &lt;i&gt;in La ville 24 heures sur 24&lt;/i&gt;, Paris : Ed. de l'Aube/Datar, pp. 2-25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Halbwachs, M., 1939, &#171; La m&#233;moire collective chez les musiciens &#187;, &lt;i&gt;Revue philosophique&lt;/i&gt;, pp.136-165.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hannam, K., Sheller, M., Urry, J., 2006, &#171; Mobilities, Immobilities and Moorings &#187;, &lt;i&gt;Mobilities, &lt;/i&gt;vol. 1, n&#176;1, pp 1-22.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Hetherington, K., 1997, &#8220;In place of geometry : the materiality of place&#8221;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Hetherington, K. &amp; Munro, R., (Eds), &lt;i&gt;Ideas of Difference&lt;/i&gt;, Oxford : Blackwell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jonas, S., 1995, &#171; La m&#233;tropolisation de la soci&#233;t&#233; dans l'&#339;uvre de Goerg Simmel &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; R&#233;my, J. (dir.) &lt;i&gt;Georg Simmel : Ville et modernit&#233;&lt;/i&gt;, Paris : l'Harmattan, pp. 51-60.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jouffe, Y., 2007, &lt;i&gt;Pr&#233;caires mais mobiles, Tactiques de mobilit&#233; des pr&#233;caires flexibles et nouveaux services de mobilit&#233;&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat en sociologie, &#201;cole Nationale des Ponts et Chauss&#233;es, 736 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pradel, B., 2010, &lt;i&gt;Rendez-vous en ville !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Urbanisme temporaire et urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle : les nouveaux rythmes collectifs&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat de sociologie, Universit&#233; Paris-Est, 525 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pradel, B. &amp; Chardonnel, S., 2014, &#171; Routines de d&#233;placement et interactions sociales dans les espaces p&#233;riurbains : vers une &#171; territorialit&#233; mobile &#187; ? &#187;, 13&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; colloque AISLF GT-23, Mobilit&#233; spatiale fluidit&#233; sociale, &lt;i&gt;M&#233;tro, boulot, dodo, quoi de neuf dans nos routines ? &lt;/i&gt;Lille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pradel, B. &lt;i&gt;et ali.&lt;/i&gt; 2014, &#171; Relations sociales et solidarit&#233;s collectives dans les d&#233;placements p&#233;riurbains : vers une identit&#233; de mouvement ? &#187;, &lt;i&gt;Recherche Transport S&#233;curit&#233;, &lt;/i&gt;n&#176; 30, pp. 125-141.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les rythmes de travail se multiplient. 53 % des actifs travaillent occasionnellement le samedi, 47 % d&#233;clarent le faire au moins une fois par mois, 25 % d'entre eux le dimanche et 19 % travaillent au moins une nuit par mois. Les emplois du temps et les horaires fixes sont en recul. Ils concernaient 65 % des salari&#233;s en 1978 et 52 % en 1991. Les horaires journaliers tendent &#224; devenir flexibles et les horaires atypiques se cumulent : 37 % des salari&#233;s ne travaillent pas le m&#234;me nombre d'heures chaque jour, 22% ne travaillent pas le m&#234;me nombre de jours chaque semaine et 24 % voient leurs horaires de travail changer au cours du mois. La journ&#233;e de travail s'&#233;tend en soir&#233;e, les gens se couchent en moyenne plus tard (23h de nos jours contre 21h en 1950). Pr&#232;s d'un actif parisien sur deux travaille r&#233;guli&#232;rement ou occasionnellement entre 20h et minuit. Un salari&#233; parisien sur trois a des horaires de travail d&#233;cal&#233;s en soir&#233;e ou le week-end.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le d&#233;bat oppose les positions h&#233;raclit&#233;ennes et atomistes, d'une part, et les positions platoniciennes et aristot&#233;liciennes, d'autre part. Pour les premi&#232;res, l'univers est toujours en mouvement, il s'&#233;coule, et le rythme ne s'accommode pas de l'id&#233;e de mesure, de r&#233;gularit&#233;, de cycle qui sont des concepts propres &#224; l'homme ; pour les seconds, il n'est pas de changement sans quelques persistances et r&#233;gularit&#233;s, et le rythme poss&#232;de intrins&#232;quement une dimension p&#233;riodique, relative &#224; l'homme. Le rythme h&#233;raclit&#233;en est plut&#244;t de nature allochrone parce qu'il insiste sur l'irr&#233;gularit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes. Il peut s'appliquer &#224; la nature animale de l'homme. Le rythme platonicien est plut&#244;t de nature isochrone parce qu'il introduit une &#233;galit&#233; de dur&#233;e entre diff&#233;rentes s&#233;quences qui se succ&#232;dent dans l'observation de ces m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes. Il peut s'appliquer &#224; la nature sociale de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cessons d'opposer rythmes individuels et rythmes collectifs
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article727</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article727</guid>
		<dc:date>2013-01-11T16:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; : L'individualisation grandissante de l'organisation des temps sociaux m&#232;nerait &#224; l'affaiblissement des rythmes de la vie collective de nagu&#232;re, voire &#224; une crise du lien social. Mais si nos temps individuels sont d&#233;synchronis&#233;s et le lien social plus erratique, cela ne signifie pas que la vie collective ne puisse plus se structurer autour de rythmes communs. Plus qu'une disparition, nous serions face &#224; une reconfiguration des rythmes sociaux autour de la figure de l'individu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;Premi&#232;re journ&#233;e d'&#233;tudes RHUTHMOS
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Boucle temporelle et engagement collectif : un mod&#232;le d'action rythmique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Boucle temporelle et engagement collectif : un mod&#232;le d'action rythmique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La programmation du d&#233;placement : l'indice d'une app&#233;tence &#224; la socialisation collective&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;La programmation du d&#233;placement : l'indice d'une app&#233;tence &#224; la socialisation collective&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'exp&#233;rience du rassemblement : l'apprentissage it&#233;ratif des r&#232;gles de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;L'exp&#233;rience du rassemblement : l'apprentissage it&#233;ratif des r&#232;gles de la sociabilit&#233; (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Rencontres et renouvellement de la participation&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Rencontres et renouvellement de la participation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; : &lt;/strong&gt; L'individualisation grandissante de l'organisation des temps sociaux m&#232;nerait &#224; l'affaiblissement des rythmes de la vie collective de nagu&#232;re, voire &#224; une crise du lien social. Mais si nos temps individuels sont d&#233;synchronis&#233;s et le lien social plus erratique, cela ne signifie pas que la vie collective ne puisse plus se structurer autour de rythmes communs. Plus qu'une disparition, nous serions face &#224; une reconfiguration des rythmes sociaux autour de la figure de l'individu multi-appartenant et maitre de son agenda. Les rythmes collectifs s'expliquent alors par l'engagement choisi et programm&#233; des acteurs dans des situations de copr&#233;sence situ&#233;e. Cet engagement qui se r&#233;p&#232;te suivant les rencontres et l'ambiance sociale du rassemblement r&#233;v&#232;le un besoin persistant de lieux et de moments d&#233;di&#233;s &#224; la socialisation collective. &#192; ce titre, le succ&#232;s de fr&#233;quentation des &#233;v&#233;nements festifs s'explique parce qu'ils signalent physiquement la possibilit&#233; du rassemblement et permettent l'exp&#233;rience d'une sociabilit&#233; collective en d&#233;cadrage avec la s&#233;rialit&#233; des rapports sociaux quotidiens. Derri&#232;re la socialisation &#233;v&#233;nementielle s'esquisse la figure d'un lien social it&#233;ratif et associationniste qui engendre des rythmes partag&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre de cet article dialogue avec celui de Francis Godard, 2003, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots-cl&#233;s : &lt;/strong&gt; rythme individuel, rythme collectif, &#233;v&#233;nement festif, boucle temporelle, programmation, socialisation, r&#232;gles sociales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Abstract :&lt;/strong&gt; The growing individualisation of the organisation of social time could weaken collective rhythms or even lead to a crisis in social ties. Though personal temporalities are desynchronized and social ties are less stable than in the past, society is still structured around shared rhythms. We are faced not with the disappearance of social rhythms, but their reconfiguration around individuals who belong to multiple groups and manage their own agendas. Collective rhythms may be explained in terms of voluntary, planned commitments by actors to participate in co-presence situations. These commitments, which may recur depending on face-to-face contacts and the social atmosphere of the resulting meetings, reveal a continuing need for times and places dedicated to collective socialisation. High attendance at festive events can be explained by the fact that they actively, physically signal the possibility of meeting others and furthermore enable collective socialisation experiences outside the serial framework of everyday social ties. Behind event socialisation we discover iterative, voluntary social ties, which engender shared rhythms.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Key words : &lt;/strong&gt; individual rhythm, collective rhythm, festive events, time warp, planned commitments, collective socialisation, social rules&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
L'individualisation du rapport au temps, marqu&#233;e par l'&#233;largissement des marges de libert&#233; dans la gestion des activit&#233;s, entra&#238;nerait l'affaiblissement voire la disparition des rythmes collectifs. Le citadin hyper-ind&#233;pendant (Gauchet, 1999), press&#233; et flexible, model&#233; par l'intensification des rythmes de la vie &#233;conomique que personnifie la m&#233;tropole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Compar&#233;s aux rythmes des milieux temporels ruraux, les rythmes des milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Simmel &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Jonas, 1995), &#233;voluerait hors des r&#233;f&#233;rentiels collectifs locaux. Cet &#171; homme pr&#233;sent &#187; (La&#239;di, 2002) agissant selon des imp&#233;ratifs soudains, sans programmer, fonctionnerait selon un &#171; temps instantan&#233; &#187; (Urry, 2005) laissant de c&#244;t&#233; les rythmes r&#233;guliers et collectifs du calendrier. Socialement et spatialement hypermobile, il participerait d'une &#171; soci&#233;t&#233; liquide &#187; (Bauman, 2007) entretenant avec l'espace, le temps et le social des liens labiles et erratiques. Cette individualisation du rapport au temps acc&#233;l&#233;rerait le &#171; cr&#233;puscule des temps solidaires &#187; (Rauch, 2003) au profit d'un entrelacs d'individus dont les &#171; mani&#232;res de fluer &#187; ne se rencontreraient que dans de brefs moments de synchronisations rarement r&#233;p&#233;t&#233;s. Si la tendance &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;isation de la morphologie sociale n'est pas remise en question, le mod&#232;le de l'individu a-temporel, a-programmateur et collectivement arythmique sur lequel elle repose doit &#234;tre nuanc&#233;. Pour cela, l'analyse des ressorts individuels &#224; la synchronisation collective dans des formes de rassemblement urbains modernes est convoqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le succ&#232;s de fr&#233;quentation des spectacles, &#233;v&#233;nements, festivals, f&#234;tes en tout genre (Di M&#233;o, 2005) montre un engouement des populations pour des rassemblements p&#233;riodiques. Ce type d'objet, que nous d&#233;signerons par le terme g&#233;n&#233;rique d'&#233;v&#233;nements, se multiplie depuis les ann&#233;es 1990 dans les villes de toutes tailles (Garat, 2005). Ils participent d'une offre multiple de rythmes partag&#233;s dans le domaine ludico-festif dans laquelle l'individu peut piocher pour remplir son agenda. Contrairement aux rythmes contraignant des communaut&#233;s qui s'imposent aux individus sous peine d'exclusion (Durkheim, 2002 ; Mauss &amp; Hubert, 1899), ces &#233;v&#233;nements dans l'espace public rel&#232;vent plut&#244;t d'une forme de &#171; rendez-vous urbains &#187; (Pradel, 2010) &#224; la participation libre. Leurs lieux et leurs dates sont marqu&#233;s politiquement par des am&#233;nagements symboliques, techniques et fonctionnels dans la ville en attente d'une hypoth&#233;tique appropriation collective. Cette validation par les usages produit alors du rythme social : alternance de phases successives et r&#233;guli&#232;res d'intensit&#233; croissante et d&#233;croissante de la vie sociale correspondant &#224; &#171; un rythme de dispersion et de concentration, de vie individuelle et de vie collective &#187; (Mauss, 1906). Ce ph&#233;nom&#232;ne rythmique poss&#232;de une fonction de socialisation (Durkheim, 2002 ; Mauss, 1906) qui est la cons&#233;quence du rassemblement : quantitativement la situation de densit&#233; sociale multiplie les contacts, qualitativement le contexte de copr&#233;sence transforme le contenu des consciences vis-&#224;-vis d'autrui (Durkheim, 2002). Mais cette fonction de socialisation est aussi un facteur explicatif du rythme. La concentration sociale p&#233;riodique produite par Paris-Plages s'expliquerait par la participation d'un individu qui, bien que plus autonome vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233;, n'est pas totalement d&#233;tach&#233; de celle-ci et cherche des moments pour en &#233;prouver son appartenance et en tester le liant social. Ni totalement fluide et ouverte, ni totalement solide et contraignante, la morphologie sociale m&#233;tropolitaine serait plut&#244;t idiorrythmique selon l'expression consacr&#233;e de Barthes (Coste, 2008). Elle reposerait sur l'insociable sociabilit&#233; de l'homme &#233;prouvant la n&#233;cessit&#233; et le besoin de conciliation entre son d&#233;sir de solitude (d&#233;tachement) et son d&#233;sir d'interactions sociales de grande ampleur (engagement). Elle est fond&#233;e sur la capacit&#233; d'engagement et de d&#233;tachement rythmique des individus vis-&#224;-vis des groupes, dans une solidarit&#233; sociale r&#233;flexive et it&#233;rative. Il s'agit dans cet article de comprendre les modalit&#233;s de cette solidarit&#233; it&#233;rative et d'en exposer les m&#233;canismes par l'analyse de l'engagement socio-temporel des participants dans des &#233;v&#233;nements collectifs p&#233;riodiques. En d'autres termes, comment et pourquoi les mani&#232;res de fluer individuelles se resynchronisent-elles avec le groupe &#224; intervalles r&#233;guliers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ambition est ici d'utiliser les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te quantitative pour saisir le rythme et sa fonction socialisatrice. Pour cela, nous r&#233;utilisons les donn&#233;es d'une enqu&#234;te sur les publics de Paris-Plages, rassemblement p&#233;riodique estival dans la capitale. Mise en place depuis 2002 par la Mairie de Paris, durant un mois en &#233;t&#233; de la mi-juillet &#224; la mi-aout, sur les berges de Seine notamment, cette plage urbaine &#233;ph&#233;m&#232;re aux activit&#233;s gratuites attire franciliens et touristes. Fortement fr&#233;quent&#233; les jours de beau temps, le lieu produit de la concentration sociale chaque &#233;t&#233;, durant un laps de temps d&#233;fini. L'enqu&#234;te par questionnaires a &#233;t&#233; effectu&#233;e durant l'&#233;dition 2007 de Paris-Plages sur un &#233;chantillon de 1509 personnes. Nous nous attacherons &#224; expliquer le succ&#232;s de ce rythme collectif &#224; partir de la synchronisation des rythmes individuels : qu'est ce qui motive cette synchronisation et pourquoi se r&#233;p&#232;te-t-elle annuellement ? Ce rythme collectif estival rel&#232;ve-t-il d'une &#171; action de faire ensemble &#187; (Mauss &amp; Beuchat, 1904) o&#249; n'est-il qu'une simple collection d'individus dispos&#233;s les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres qui ne se rencontrent gu&#232;re ? L'hypoth&#232;se principale est que la fonction socialisante de Paris-Plages explique sa fr&#233;quentation. Sa p&#233;riodicit&#233; serait la cons&#233;quence d'une synchronisation p&#233;riodique des agendas individuels avec une offre &#233;v&#233;nementielle, motiv&#233;e par la recherche de sociabilit&#233; collective. Les rythmes collectifs se r&#233;organiseraient autour des pratiques de loisirs et continueraient d'exercer un attrait pour le citadin de par leur fonction socialisante, l'obligeant &#224; anticiper et programmer sa participation pour se synchroniser avec le groupe et le poussant &#224; revenir r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Boucle temporelle et engagement collectif : un mod&#232;le d'action rythmique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s gratuites (man&#232;ge, piscine, spectacles, sports, etc.) et marchandes (buvettes, restauration, etc.), la promenade et la red&#233;couverte des berges pi&#233;tonnes (fermeture des berges &#224; la circulation, illumination nocturnes), l'incongruit&#233; des mises en sc&#232;ne (sable, palmier, parasol en pleine ville) et les am&#233;nit&#233;s historiques des lieux (paysage class&#233; Unesco, soleil toute la journ&#233;e, proximit&#233; avec l'eau), expliquent en grande partie la fr&#233;quentation de Paris-Plages (Pradel, 2008). Mais au-del&#224; de ces &#233;l&#233;ments mat&#233;riels, nous postulons que c'est aussi et peut-&#234;tre avant tout le r&#244;le social que l'&#233;v&#233;nement joue, dans la m&#233;tropole, &#224; travers la copr&#233;sence qu'il stimule, qui explique la participation individuelle et l'engagement rythmique. Le rassemblement &#233;v&#233;nementiel p&#233;riodique, qui s'oppose &#224; la s&#233;rialit&#233; de la vie sociale au quotidien, repose sur un processus d'auto-alimentation du collectif par le collectif. L'analyse n'est pas nouvelle. Gabriel Tarde disait &#224; propos des foules attentives &#224; un spectacle &#171; [qu'] &#224; vrai dire, c'est la foule surtout, dans ces occasions, qui se sert de spectacle &#224; elle-m&#234;me. La foule attire et admire la foule. &#187; (Tarde, [1901] 1989). Whyte a d&#233;montr&#233;, en filmant les flux pi&#233;tons dans les rues, qu'il existait un principe de &#171; self congestion &#187; (1980) et Lars Lerup (1978) &#224; quel point les usagers des lieux publics ext&#233;rieurs &#233;taient attir&#233;s par la pr&#233;sence des autres et que se d&#233;veloppaient dans ce cas des formes de &#171; congruence &#187;. Plus r&#233;cemment les travaux de Samuel Bordreuil (2004) renforcent ces approches spatiales de l'analyse de la tendance sociale de l'individu &#224; &#171; fr&#233;quenter les fr&#233;quentations &#187; (Bordreuil, 2004). Ce tropisme urbain est analys&#233; ici dans sa dimension temporelle et rythmique. S'il est rendu possible par l'existence d'un lieu permettant la copr&#233;sence, il existe aussi et surtout parce que situ&#233; dans le temps, il permet la convergence des parcours temporels individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, pour expliquer le rythme collectif &#224; partir de l'acteur et non pas seulement du groupe, il faut comprendre comment et pourquoi un individu qui organiserait ses &#171; &#233;quations temporelles personnelles &#187; (Grossin, 1996) sur le mode de l'urgence et de la c&#233;l&#233;rit&#233;, s'accorde annuellement avec la p&#233;riodicit&#233; d'un &#233;v&#233;nement &#233;ph&#233;m&#232;re, int&#233;grant du m&#234;me coup cette &#233;quation. Cette int&#233;gration se fait par la mise en place d'une boucle rythmique reposant sur la synchronisation de l'action individuelle avec la date de l'&#233;v&#233;nement, en fonction d'un besoin de socialisation collective. Elle s'articule dans le temps avec l'offre &#233;v&#233;nementielle dans un rapport d'opportunit&#233; et/ou de programmation et explique la cyclicit&#233; du rassemblement puisque, agr&#233;g&#233;es, ces boucles rythmiques individuelles produisent la fr&#233;quentation de Paris-Plages, gage de sa reprogrammation politique. Le sch&#233;ma suivant d&#233;crit ainsi, &#224; l'&#233;chelle individuelle, les modalit&#233;s sociales qui expliquent la dimension it&#233;rative de la socialisation &#233;v&#233;nementielle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH233/Pradel1-2db55.jpg?1714969301' width='500' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; T &#187; repr&#233;sente le processus de socialisation qui se d&#233;ploie pendant la dur&#233;e de pr&#233;sence dans l'&#233;v&#233;nement et peut s'exprimer en termes d'heure, de jour ou d'ann&#233;e selon l'&#233;chelle d'analyse. T est l'&#233;chelle de mesure temporelle du caract&#232;re it&#233;ratif de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; T-1 &#187; repr&#233;sente le moment de la programmation du d&#233;placement vers l'&#233;v&#233;nement, c'est-&#224;-dire de la prise de d&#233;cision de l'engagement dans le rassemblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; T+1 &#187; repr&#233;sente la r&#233;p&#233;tition hypoth&#233;tique de la boucle T, c'est-&#224;-dire le renouvellement de la visite et/ou la prolongation de celle en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les &lt;i&gt;interactions &lt;/i&gt; sont saisies &#224; travers les discussions/bavardages que d&#233;clare avoir eu l'individu avec autrui. Ces &#233;changes verbaux, au m&#234;me titre que les &#233;changes visuels et physiques, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme un r&#233;v&#233;lateur de l'influence r&#233;ciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu'ils sont en pr&#233;sence physique imm&#233;diate les uns des autres (Goffman, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&lt;i&gt;appropriation &lt;/i&gt; qui concerne ici le temps pass&#233; &#224; Paris-Plages, renvoie implicitement aux modalit&#233;s d'utilisation des lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&lt;i&gt;apprentissage &lt;/i&gt; correspond &#224; la socialisation, c'est-&#224;-dire au processus par lequel l'individu int&#233;riorise un certain nombre de valeurs, de r&#232;gles de comportement, de savoirs-&#234;tre et savoir-faire, qui lui permettent tout &#224; la fois de se forger sa personnalit&#233; et de vivre avec les autres, ici, les r&#232;gles sociales de Paris-Plages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La synchronisation de ces boucles temporelles avec les dates de l'&#233;v&#233;nement produit le rassemblement, mais la socialisation permise par le rassemblement explique l'existence et le renouvellement de ces boucles temporelles qui font perdurer le rythme &#224; l'&#233;chelle collective. En dehors de l'utilit&#233; &#233;conomique du temps qui domine notre conception des temporalit&#233;s, l'utilit&#233; du temps en termes de socialisation est une valeur en hausse. Le face-&#224;-face physique se voit aujourd'hui dot&#233; d'une survaleur en tant que choix communicationnel dans un environnement d'ubiquit&#233; m&#233;diatique (Jaur&#233;guiberry, 2004). L'organisation des temps personnels peut ainsi &#234;tre orient&#233;e de telle sorte &#224; permettre la synchronisation avec le groupe parce qu'elle est port&#233;e par le besoin de copr&#233;sence d'un individu qui n'est ni totalement flexible, ni totalement optimisateur, ni totalement construit par les contraintes dans lesquelles il &#233;volue. Ainsi, &#171; les individus, m&#234;me s'ils sont pris dans une conjoncture donn&#233;e, acceptent rarement d'&#234;tre &#8220;pris par le temps&#8221; et de se trouver emport&#233;s dans un rapport au temps qui ne leur convient pas &#187; (De Coninck &amp; Guillot, 2007). La sociogen&#232;se du rythme collectif s'explique &#224; partir de cette boucle temporelle qui met au jour le lien entre organisation individuelle du temps et besoin de rassemblement organis&#233;e. Le lien social est au centre du d&#233;clenchement de cette boucle m&#234;lant anticipation du rendez-vous &#233;v&#233;nementiel, appropriation des lieux et production d'un vivre-ensemble particulier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La programmation du d&#233;placement : l'indice d'une app&#233;tence &#224; la socialisation collective&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le loisir dans le cadre du temps libre peut &#234;tre une ressource mobilisable, instrumentalis&#233;e dans l'optique d'une recherche de sociabilit&#233; qui s'inscrit dans une organisation individuelle de son temps. La mobilit&#233; de loisir rel&#232;ve alors moins d'une &#171; mobilit&#233; de transit &#187; que d'une &#171; mobilit&#233; de sociabilit&#233; &#187; (Ramadier, Petropoulou &amp; Bronner, 2008) qui r&#233;v&#232;le une app&#233;tence pour le rassemblement. Cette mobilit&#233; fait l'objet d'une programmation qui renvoie &#224; une anticipation de l'engagement dans le groupe. On ne vient ainsi pas par hasard &#224; Paris-Plages : 76 % des participants ont programm&#233; leur visite dont 65 % &#224; plus de 48h &#224; l'avance. De par sa nature &#233;ph&#233;m&#232;re, Paris-Plages repr&#233;sente un horizon socio-temporel &#224; atteindre dans l'action obligeant &#224; planifier la visite en &#233;laborant une strat&#233;gie temporelle. Cette anticipation s'&#233;labore au domicile qui est &#171; &#224; la source de la volont&#233;, c'est-&#224;-dire de la dimension volitive de la capacit&#233; d'action &#187; (Jouffes, 2007, p. 457). Parmi les 71 % des participants qui viennent depuis leur domicile, 84 % programment leur d&#233;placement, tandis que les moins programmateurs entretiennent plus une relation d'opportunit&#233; &#224; l'&#233;v&#233;nement du fait de la proximit&#233; de leur lieu de d&#233;part. Dans leur grande majorit&#233;, les participants se d&#233;voilent comme des programmateurs rationnels dans le choix de leurs rythmes partag&#233;s. L'anticipation constitue un aboutissement des capacit&#233;s de l'acteur &#224; se projeter dans le collectif, de mani&#232;re r&#233;flexive dans l'espace et le temps, pour participer &#224; la dynamique de socialisation festive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais cette app&#233;tence pour la copr&#233;sence &#233;v&#233;nementielle qui explique l'anticipation pourrait &#234;tre sous-tendue par une pr&#233;c&#233;dente exp&#233;rience satisfaisante de Paris-Plages. Rien n'est moins s&#251;r cependant car plus les primo-participants &#224; Paris-Plages (qui n'ont pourtant pas encore d'exp&#233;rience du lieu) anticipent leur engagement dans le rassemblement, plus ils trouvent le contact social plus facile que dans le reste de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH197/Pradel2-2f384.jpg?1714969301' width='500' height='197' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sous-&#233;chantillon permet d'effacer le poids que peut faire peser une pr&#233;c&#233;dente visite de l'&#233;v&#233;nement, et donc une appr&#233;ciation pr&#233;alable de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle, sur la d&#233;cision de participation. Ainsi, la perception d'une certaine facilit&#233; dans les contacts de la part de ces nouveaux venus se traduit par une plus grande probabilit&#233; d'entrer en interactions avec autrui en fonction de leur degr&#233; d'anticipation du d&#233;placement. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH222/Pradel3-43ead.jpg?1714969301' width='500' height='222' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'anciennet&#233; de la programmation du d&#233;placement semble bien s'expliquer par une app&#233;tence pour la sociabilit&#233; festive puisqu'elle augmente la probabilit&#233; de rencontre. Cette app&#233;tence se traduit par une certaine ouverture sociale puisque c'est sur les rencontres fortuites avec des personnes inconnues que la variable joue le plus : 17 % des visites fortuites des primo-participants d&#233;bouchent sur une rencontre avec un inconnu, contre 23 % lorsqu'elles ont &#233;t&#233; pr&#233;vues la veille et 27 % deux jours &#224; l'avance. &#192; plus court terme, la programmation de la visite &#224; Paris-Plages permet &#233;galement de retrouver les membres d'un r&#233;seau social pr&#233;existant en se donnant rendez-vous sur les lieux. &#192; l'inverse, lorsque la participation n'est pas programm&#233;e, la probabilit&#233; de faire des rencontres, quel que soit son type, diminue. Il y a donc un attendu en terme de socialisation chez les primo-participants qui semblent poss&#233;der une pr&#233;-connaissance des effets sociaux de la concentration : un changement de la conscience qui s'apparente &#224; une forme d'effervescence de la vie psychique individuelle, qui se transforme pour accueillir le semblable et rendre les contacts plus nombreux et plus intimes (Durkheim, 2002). Si l'on consid&#232;re maintenant l'ensemble de l'&#233;chantillon, 53 % des participants qui ont programm&#233; leur d&#233;placement ont fait des rencontres, contre 40 % de ceux qui se sont retrouv&#233;s par hasard &#224; Paris-Plages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les corr&#233;lations retenues dans cet article sont significatives avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et parmi les programmateurs, 57 % de ceux qui ont d&#233;cid&#233; de leur d&#233;placement la veille ont fait des rencontres, contre 48 % de ceux qui l'ont d&#233;cid&#233; dans la journ&#233;e. Plus il anticipe &#224; l'avance sa participation au rendez-vous baln&#233;aire, plus le participant fait des rencontres et r&#233;v&#232;le sa plus forte app&#233;tence &#224; la sociabilit&#233; collective. Cette derni&#232;re s'observe &#233;galement dans l'analyse des usages de l'espace &#233;v&#233;nementiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Derri&#232;re ces corr&#233;lations, se cache celle qui relie l'anticipation du d&#233;placement avec la dur&#233;e de pr&#233;sence &#224; Paris-Plages, qui correspond &#224; un plus fort investissement social dans les lieux. Lorsque la visite a &#233;t&#233; programm&#233;e deux jours &#224; l'avance, 37 % des participants restent plus de 4h, lorsqu'elle a &#233;t&#233; pr&#233;vue la veille ils ne plus que 21 % &#224; rester plus de 4h et 15 % lorsqu'elle a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e le jour m&#234;me. &#192; l'oppos&#233;, 44 % des visites fortuites durent moins d'une heure. Le couple dur&#233;e de pr&#233;sence et programmation de la visite refl&#232;te une plus grande insertion dans le groupe rassembl&#233; via les utilisations diff&#233;rentes des am&#233;nit&#233;s de Paris-Plages : 51 % de ceux qui sont rest&#233; moins d'une demi-heure se sont promen&#233;s et 12 % ont utilis&#233;s les lieux de d&#233;tente et d'arr&#234;t. Une participation br&#232;ve est rarement programm&#233;e. Elle se traduit par une simple travers&#233;e des lieux, une rapide &#233;valuation du site et l'assouvissement d'une certaine curiosit&#233;. Elle est le signe d'un faible engagement dans le collectif. En revanche, une participation longue est souvent programm&#233;e. Elle se traduit par une plus grande utilisation de l'offre &#233;v&#233;nementielle : 34 % de ceux qui sont rest&#233;s entre 1 et 2 heures se sont promen&#233;s et 27 % ont utilis&#233;s les lieux de d&#233;tente ; 25 % de ceux qui sont rest&#233;s plus de 4h se sont promen&#233;s et 19 % ont utilis&#233;s les lieux de d&#233;tente. Le fait de s'arr&#234;ter dans les espaces de d&#233;tente n'est pas anodin car l'anonymat, proportionnel &#224; la dur&#233;e du passage ainsi qu'&#224; la densit&#233; de rotation des individus dans un lieu, ne r&#233;siste pas &#224; l'immobilisme (Petonnet, 1987). D'abord, la participation &#224; une activit&#233; revient &#224; entrer dans des processus de socialisation avec des inconnus (Tai-chi, fitness, piscine, beach-soccer ou beach-volley en &#233;quipe, etc.). Ensuite, prendre part au groupe des plagistes ou s'allonger sur un transat dans les zones de d&#233;tente oblige &#224; une certaine lecture des r&#232;gles implicites des groupes ainsi constitu&#233;s, comme par exemple l'obligation de rester allong&#233; sur le sable, de poss&#233;der les attributs du plagiste ou de comprendre le zonage social interne aux plages (Pradel, 2010). Enfin, les activit&#233;s et l'insertion dans ces zones sont souvent le fait de personnes en groupes, de couples ou d'amis qui viennent profiter du lieu pour se retrouver, pique-niquer, faire un sport d'&#233;quipe, boire un coup. Ainsi, Paris-Plages devient un lieu de socialisation et un lieu de rendez-vous pour passer l'apr&#232;s-midi au soleil. La simple participation &#224; l'ambiance sociale et la copr&#233;sence estivale, qui diff&#232;rent de celles exp&#233;riment&#233;es au quotidien, devient un motif de satisfaction qui explique, derri&#232;re l'utilisation des &#233;quipements, l'engagement temporel de l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s avoir franchi le seuil symbolique s&#233;parant l'instant T de l'instant T+1 dans la boucle temporelle, nous nous int&#233;ressons maintenant au c&#339;ur du processus de socialisation &#233;v&#233;nementielle. Il s'incarne dans une dynamique s&#233;quentielle d'apprentissage des r&#232;gles de la rencontre propre aux rendez-vous collectifs et explique le lien entre rythme et interactions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'exp&#233;rience du rassemblement : l'apprentissage it&#233;ratif des r&#232;gles de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'inclinaison &#224; la rencontre est un caract&#232;re qui sied aux participants des rassemblements festifs en g&#233;n&#233;ral, les interactions effectives d&#233;pendent de l'exp&#233;rience de l'&#233;v&#233;nement. L'apprentissage des r&#232;gles sp&#233;cifiques qui encadrent les rencontres &#224; Paris-Plages est un processus cumulatif de savoir-&#234;tre et savoir-faire. Le propos n'est pas ici de d&#233;crire ce jeu collectif de la &#171; baln&#233;arit&#233; urbaine &#187; (Pradel, 2010). Il s'agit de montrer en quoi la familiarisation avec la dynamique sociale interne de Paris-Plages qui organise les interactions, est li&#233;e avec la r&#233;gularit&#233; et donc la rythmicit&#233; des participations. Chez le primo-participant, le pr&#233;-connaissance des modalit&#233;s de la copr&#233;sence repose sur une repr&#233;sentation id&#233;elle de l'&#233;v&#233;nement forg&#233;e au fil des exp&#233;riences de diverses formes de rassemblements festifs. En revanche, chez ceux qui sont d&#233;j&#224; venus cette projection repose sur une exp&#233;rience v&#233;cue qui leur donne un avantage en mati&#232;re de connaissance des r&#232;gles de socialisation propres &#224; Paris-Plages. L'&#233;cart entre les 17 % de primo-participants pr&#233;sents par hasard et qui ont rencontr&#233; un inconnu, et les 27 % des habitu&#233;s de Paris-Plages (chaque ann&#233;e) pr&#233;sents eux-aussi par hasard et qui ont rencontr&#233; un inconnu, montre que l'ouverture sociale ne suffit pas &#224; expliquer la propension aux rencontres. Le constat qui est fait est le m&#234;me face &#224; l'&#233;cart entre les 29 % de primo-participants par hasard qui trouvent le contact plus facile qu'ailleurs, et les 41 % des habitu&#233;s pr&#233;sents &#233;galement par hasard qui ont le m&#234;me jugement. L'inclinaison &#224; la rencontre est moins efficace en mati&#232;re de socialisation que l'exp&#233;rience des lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, il existe un rythme d'apprentissage du jeu et de la r&#232;gle de socialisation baln&#233;aire qui se d&#233;ploie &#224; trois &#233;chelles de temps (jour, mois, ann&#233;e) et qui explique en partie le rythme des visites. La perception de l'ambiance sociale particuli&#232;re de Paris-Plages et la probabilit&#233; de faire des rencontres au fil des participations r&#233;v&#232;lent ce processus. &#192; l'&#233;chelle de la journ&#233;e, la dur&#233;e de visite permet de percevoir une diff&#233;rence avec la sociabilit&#233; ordinaire qui influence en retour l'engagement dans le rassemblement situ&#233; (Voies sur Berges), les zones dens&#233;ment fr&#233;quent&#233;es (plages, concerts, etc.), les activit&#233;s collectives (cours de danse, p&#233;tanque, etc.), etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH186/Pradel4-7b024.jpg?1714969301' width='500' height='186' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La proportion des participants qui per&#231;oivent une plus grande facilit&#233; dans les contacts sociaux &#224; Paris-Plages par rapport au reste de l'environnement urbain croit avec le temps pass&#233; sur le site : 58 % de ceux qui sont rest&#233;s plus de 4h et 45 % de ceux qui sont rest&#233;s plus de 2h &#224; Paris-Plages trouvent le contact social plus facile, contre seulement 34 % de ceux qui sont rest&#233;s moins d'une heure. Cette tendance ne s'oppose pas &#224; la perception d'une ambiance sociale d&#233;l&#233;t&#232;re, mais plus &#224; un jugement neutre (&#171; contact ni plus, ni moins, facile &#187;) qui &#233;volue vers une prise de conscience de la convivialit&#233; des relations sociales &#224; mesure que la connaissance du lieu augmente. Si nous soulignons encore une fois que la corr&#233;lation est &#233;galement vraie pour les primo-participants, l'exp&#233;rience ant&#233;rieure des lieux explique et renforce cette &#233;volution de la perception. En effet, l'apprentissage des r&#232;gles du jeu &#233;volue selon le nombre de participations sur une seule et m&#234;me &#233;dition qui dure un mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La corr&#233;lation est av&#233;r&#233;e mais nous ne pr&#233;sentons pas les tableaux ici. Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : 45 % des participants qui viennent 2 ou 3 fois &#224; Paris-Plages dans le mois trouvent le contact plus facile qu'ailleurs contre 56 % lorsqu'ils viennent plus de 5 fois. L'apprentissage &#233;volue &#233;galement selon la r&#233;gularit&#233; des visites depuis le lancement de l'op&#233;ration en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH160/Pradel5-1093f.jpg?1714969301' width='500' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'image du tableau pr&#233;c&#233;dent, la r&#233;gularit&#233; des participations augmente la perception de la sociabilit&#233; festive au d&#233;triment d'un jugement relativement neutre. Si notre enqu&#234;te concerne seulement les interactions verbales, il faut garder &#224; l'esprit que la perception englobe toutes les formes d'interactions dans l'espace public : verbales, visuelles et physiques. Au fil de l'exp&#233;rience totale (un espace, un moment, un groupe) du rassemblement de Paris-Plages, le participant prend la mesure du message latent du lieu (Korosec-Serfaty, 1988). Il l'accepte et le diffuse pour participer de la red&#233;finition de l'anonymat et de la prise de distance vis-&#224;-vis d'autrui caract&#233;risant le quotidien de la vie sociale dans la grande ville : 47 % des personnes trouvant le contact social facile et ayant fourni au moins une r&#233;ponse affirment avoir bavard&#233; avec un inconnu, contre 20 % de celles qui trouvent le contact moins facile ou de m&#234;me nature que dans le reste de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De mani&#232;re assez logique, l'appr&#233;ciation de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle qui s'explique par l'acquisition d'un savoir-&#234;tre dans le groupe d&#233;bouche sur une plus grande probabilit&#233; de rentrer en contact effectifs avec les protagonistes du rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH183/Pradel6-2-1e8e0.jpg?1714969301' width='500' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La proportion des participants qui n'ont fait aucune rencontre d&#233;croit &#224; mesure qu'ils acqui&#232;rent de l'exp&#233;rience dans le lieu, tandis que leur propension &#224; entrer en contact avec des inconnus augmente. Le ph&#233;nom&#232;ne s'observe de fa&#231;on identique avec le nombre de participation mensuel : 42 % des participants qui viennent 2 ou 3 fois dans le mois ne font aucune rencontre et 26 % rencontre une personne inconnue, contre respectivement 20 % et 39 % de ceux qui viennent plus de 5 fois. Le ph&#233;nom&#232;ne est &#233;galement visible &#224; l'&#233;chelle pluriannuelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH163/Pradel7-25f70.jpg?1714969301' width='500' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la perception de l'ambiance sociale rel&#232;ve d'un ressenti, l'apprentissage de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle se traduit en acte concret &#224; travers les chroniques de la rencontre. Plus il reste longtemps et plus il participe r&#233;guli&#232;rement au rendez-vous, plus le participant entre en contact avec des personnes qu'il ne conna&#238;t pas et/ou rencontre par hasard de personnes qu'il conna&#238;t d&#233;j&#224;. Outre les rencontres d'une population de voisinage, ce dernier type de rencontre peut s'expliquer par la construction d'une tradition collective de la part des plus r&#233;guliers des participants qui, d'ann&#233;e en ann&#233;e se retrouvent sur les m&#234;mes lieux et produisent un groupe qui se r&#233;ifie chaque &#233;t&#233;. Le directeur de la DGEP qui suit l'&#233;v&#233;nement depuis huit ans confirme qu'il &#171; retrouve les m&#234;mes gens aux m&#234;mes endroits. Je prends une photo le 20 juillet 2005, je reprends la m&#234;me le 21 juillet 2006 j'ai la m&#234;me personne au m&#234;me endroit. Les gens, comme s'ils n'&#233;taient pas partis, ils venaient de quitter leur fauteuil et ils reprenaient place dans leur hamac. &#187;. Par exemple, beaucoup de nounous se retrouvent &#224; Paris-Plages lors de la promenade de l'apr&#232;s midi avec l'enfant qu'elles gardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, la corr&#233;lation &#171; exp&#233;rience de Paris-Plages/rencontres effectives &#187; peut s'expliquer de mani&#232;re purement quantitative : une pr&#233;sence plus longue entra&#238;ne une augmentation des rencontres par l'accumulation des situations d'interaction. Au-del&#224; de la probabilit&#233; statistique, la corr&#233;lation s'explique par l'adaptation comportementale de chaque participant &#224; un mode d'&#234;tre ensemble particulier o&#249; les barri&#232;res sociales &#224; la rencontre diminuent. L'anonymat urbain, cette forme particuli&#232;re de r&#233;serve &#224; l'&#233;gard d'autrui rendant possible la vie individuelle au milieu de la multitude (Jarrigeon, 2005) devient un anonymat modifi&#233;, labile. La neutralisation syst&#233;matique des &#233;chelles temporelles cach&#233;es montre que la rencontre est surtout la cons&#233;quence de cet apprentissage qualitatif des r&#232;gles de la socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Premi&#232;rement, en comparant les taux de rencontre des primo-participants avec celui des participants ponctuels et des participants r&#233;guliers, on observe qu'&#224; temps de pr&#233;sence &#233;gal, le n&#233;ophyte fait moins de rencontres que le plagiste ponctuel qui fait moins de rencontres que le plagiste confirm&#233;. Les &#233;carts les plus importants se situent dans la cat&#233;gorie des rencontres avec des personnes inconnues qui illustrent, selon nous, le mieux cette sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle. Lorsqu'ils restent moins de 2h, 19 % des primo-participants ont bavard&#233; avec un inconnu, contre 22 % des participants ponctuels et 27 % des participants annuels. Lorsqu'ils restent plus de 4h, 28 % des primo-participants ont bavard&#233; avec un inconnu, contre 36 % des participants ponctuels et 48 % des participants annuels. La r&#233;gularit&#233; pluriannuelle de la visite augmente les rencontres pendant la visite en cours parce que l'apprentissage des r&#232;gles de sociabilit&#233; de Paris-Plages poss&#232;de un caract&#232;re cumulatif qui articule diff&#233;rentes &#233;chelles de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Deuxi&#232;mement, &#224; temps de pr&#233;sence &#233;gal, le taux de rencontre avec des inconnus augmente avec le nombre de participation d&#233;j&#224; effectu&#233;es durant l'&#233;dition 2007 de r&#233;f&#233;rence. Lorsqu'ils sont rest&#233;s moins de 2h, 37 % des participants qui sont venus plus de 5 fois &#224; Paris-Plages en 2007 ont bavard&#233; avec un inconnu, contre 20 % de ceux qui ne sont venus que 2 &#224; 3 fois dans le mois. Le taux de rencontres fortuites augmente lui aussi avec le nombre des visites estivales, ce qui tendrait &#224; d&#233;montrer qu'il se constitue une population de plagistes parisiens estivaux qui se retrouvent r&#233;guli&#232;rement sur les lieux, peu importe s'ils se connaissaient avant ou non. Enfin, si le taux d'isolement (aucune rencontre) ne cesse de d&#233;croitre avec le nombre de visite, il est toujours plus important chez les visiteurs qui sont rest&#233;s moins de 2h que chez les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Troisi&#232;mement, &#224; nombre de visite &#233;gal durant l'&#233;dition 2007, le participant r&#233;gulier a toujours plus de chance de bavarder avec un inconnu que le participant ponctuel. Si pour une unique visite l'&#233;cart n'est pas significatif (3 %), il augmente avec le nombre de visites. &#192; 2 &#224; 3 participations, 25 % des participants ponctuels et 31 % des participants annuels ont rencontr&#233; un inconnu, soit 6 points de diff&#233;rence. &#192; plus de 5 participations, 34 % des participants ponctuels ont rencontr&#233; un inconnu et 46 % des participants annuels, soit 12 points d'&#233;carts. L'effet de la participation estivale sur la rencontre avec des inconnus est renforc&#233; par la r&#233;gularit&#233; pluriannuelle de la visite. Le rythme calendaire joue ici son r&#244;le d'acc&#233;l&#233;rateur de la socialisation par l'apprentissage cumul&#233; sur plusieurs ann&#233;es des r&#232;gles sociales du lieu. Mais si les participants ponctuels discutent moins avec des inconnus, c'est en partie parce qu'ils utilisent plus l'&#233;v&#233;nement pour donner rendez-vous &#224; des connaissances, pratique que l'on retrouve moins chez les participants pluriannuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Globalement, la perception de la facilit&#233; des contacts sociaux augmente avec l'exp&#233;rience des lieux &#224; toutes les &#233;chelles de temps (horaire, mensuelle, pluriannuelle) tandis qu'en parall&#232;le le taux d'isolement social d&#233;croit (quel que soit les types de rencontre) et le taux de rencontre avec des inconnus augmente. Le ph&#233;nom&#232;ne r&#233;v&#232;le l'existence d'une sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle qui rel&#232;ve d'un apprentissage d'un vivre-ensemble urbano-baln&#233;aire. Certains utilisent le rassemblement ponctuellement pour r&#233;ifier un r&#233;seau social pr&#233;existant et &#233;prouver les liens du groupe en situation de foule. D'autres cherchent &#224; rompre l'isolement social, &#224; draguer, &#224; faire des rencontres et multiplient alors les visites. D'autres, enfin, s'installent dans le rassemblement pour profiter des lieux et, dans un climat vacancier et s&#233;curis&#233;, s'ouvrent &#224; la discussion, m&#234;me furtive. Dans tous les cas, le rythme de participation augmente le nombre des interactions &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; et produit du lien social sur des bases associatives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Rencontres et renouvellement de la participation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous passons maintenant &#224; la relation entre T et T+1 qui repose sur des d&#233;clarations d'intention et non des faits av&#233;r&#233;s. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la propension &#224; renouveler l'engagement dans le rassemblement &#233;v&#233;nementiel a tendance &#224; augmenter avec la perception de l'ambiance sociale et la rencontre. Globalement, 74 % des participants &#224; Paris-Plages 2007 souhaitent revenir dans l'ann&#233;e en cours et 76 % l'ann&#233;e suivante. La fid&#233;lisation des publics fonctionne d&#232;s la premi&#232;re exp&#233;rience puisque les primo-participants sont 70 % &#224; souhaiter revenir l'ann&#233;e en cours et 66 % l'ann&#233;e suivante. Les rythmes collectifs continuent donc de structurer l'ann&#233;e pour certaines populations sur lesquelles les villes peuvent s'appuyer pour dynamiser de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re leur fr&#233;quentation. Si la visite unique est finalement rare et peu commune, son renouvellement varie en fonction de l'appr&#233;ciation de l'ambiance sociale : parmi les participants qui trouvent le contact social plus facile que dans le reste de la ville, 84 % reviendront durant l'&#233;dition en cours et l'ann&#233;e suivante, alors que ceux qui trouvent le contact ni plus ni moins facile sont 67 % &#224; programmer une nouvelle visite pendant l'&#233;dition et 70 % l'ann&#233;e suivante. La convivialit&#233; des lieux r&#233;active annuellement la boucle temporelle de participation &#224; deux &#233;chelles de temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH156/Pradel8-9d718.jpg?1714969301' width='500' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fait remarquable, les participants qui trouvent le contact moins facile sont plus enclins &#224; revenir dans l'ann&#233;e (72 %) que ceux qui portent un jugement neutre. Ils sont m&#234;me moins affirmatifs dans leur propos que ces derniers. Soit ce ph&#233;nom&#232;ne est l'indice d'une forme de pers&#233;v&#233;rance dans l'envie de percer la dynamique sociale du lieu qu'ils n'ont pas encore bien appr&#233;hend&#233;, soit il refl&#232;te la part des publics qui viennent uniquement pour profiter des am&#233;nagements et se trouvent agac&#233;s de leur forte fr&#233;quentation qui emp&#234;che d'en profiter pleinement. Si la perception de l'ambiance sociale joue sur l'engagement rythmique dans le rassemblement, la rencontre &#224; &#233;galement un effet sur le renouvellement de la visite : 86 % des participants qui ont rencontr&#233; des connaissances, 83 % de ceux qui ont rencontr&#233; des inconnus et 80 % de ceux qui ont utilis&#233; l'&#233;v&#233;nement pour donner rendez-vous affirment qu'ils reviendront durant l'&#233;t&#233; 2007 contre 67 % des participants qui n'ont fait aucun type de rencontre. Le ph&#233;nom&#232;ne est moins marqu&#233; en ce qui concerne le renouvellement de la visite l'ann&#233;e suivante et s'interpr&#232;te plus en termes de tendance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH191/Pradel9-66324.jpg?1714969301' width='500' height='191' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si 73 % des participants qui n'ont fait aucune rencontre souhaitent revenir en 2008, ils sont 85 % &#224; affirmer la m&#234;me chose lorsqu'ils ont rencontr&#233; des connaissances par hasard et 82 % lorsqu'ils ont bavard&#233; avec une personne inconnue. Les utilisateurs du lieu pour donner rendez-vous avec des membres de leur r&#233;seau social sont 75 % &#224; souhaiter revenir et 22 % &#224; &#234;tre encore ind&#233;cis. Cela correspond &#224; leur engagement ponctuel &#233;voqu&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons boucl&#233; la boucle temporelle. La programmation de la participation au rendez-vous collectif, l'appropriation spatiotemporelle des lieux et la sociabilit&#233; qui s'y d&#233;ploie forment un triptyque explicatif des rythmes collectifs. Ainsi, parmi les participants qui viennent chaque ann&#233;e, 59 % viennent plus de 3 fois tandis que ceux qui ne viennent que ponctuellement depuis 2001 ne sont que 35 % &#224; venir plus de trois fois. Or, les participants qui font plus de trois visites &#224; Paris-Plages sont 59 % &#224; rester plus de 2 heures contre 40 % pour ceux qui ne viennent qu'une seule fois. Une part importante du public &#233;v&#233;nementiel programme sa visite, vient longtemps, souvent, r&#233;guli&#232;rement et devient les fid&#232;les de l'&#233;v&#233;nement. Dans l'explication de ces pratiques rythmiques au niveau individuel, la sociabilit&#233; en situation fait jeu &#233;gal avec les dimensions fonctionnelles ou esth&#233;tiques des lieux qui l'influencent. Le rythme d'apparition/disparition de ces fonctions, qui marque l'espace-temps urbain, rend possible la concentration d'une partie de la population et organise une morphologie spatiale et saisonni&#232;re de la m&#233;tropole. L'engagement rythmique de l'individu &#224; l'&#233;chelle pluriannuelle dans ces &#233;v&#233;nements r&#233;v&#232;le un besoin de copr&#233;sence qui contrebalance en partie l'id&#233;e du d&#233;veloppement croissant d'un zapping territorial, d'un renouvellement constant des pratiques spatiales et d'un moindre engagement dans des activit&#233;s r&#233;guli&#232;res collectives. Au-del&#224; de l'utilisation des am&#233;nagements ludiques, ou plut&#244;t en articulation avec eux, cet engagement peut s'expliquer par la volont&#233; individuelle de participer &#224; un rassemblement qui est vecteur d'interactions multiples, remodel&#233;es dans un faire-semblant ludique extra-quotidien. La fonction loisir devient alors un pr&#233;texte &#224; la rencontre car &#171; dans et par l'espace de loisir s'&#233;bauche une p&#233;dagogie de l'espace et du temps, &#224; l'&#233;tat virtuel et d&#233;ni&#233;, certes, mais comme indication et contre-indication. Le temps restitue sa valeur d'usage. La critique de l'espace du travail, implicite ou explicite, entra&#238;ne &#224; son tour celle des gestes bris&#233;s (sp&#233;cialis&#233;s), du mutisme, de la g&#234;ne et du malaise. &#187; (Lefebvre, 2000, p. 443)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si l'urbanit&#233; baln&#233;aire de Paris-Plages est b&#226;tie sur une initiative politique d'am&#233;nagements temporaires, elle repose surtout sur leur saisissement collectif par des individus qui s'en servent pour d&#233;velopper une copr&#233;sence aux accents d'in&#233;dit, de rituel institu&#233;, renversant les codes ordinaires du vivre-ensemble et en synchronisant leurs pratiques de la ville. Ce vivre-ensemble est une forme de relation affine &#224; la soci&#233;t&#233; urbaine qui se b&#226;tit &#224; partir de l'offre multiple de rassemblement &#233;v&#233;nementiel. Il illustre &#171; une relation d'association fond&#233;e ni sur l'obligation normative, ni sur l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt;, mais sur l'id&#233;e d'une relation &#224; autrui librement consentie comme fin en soi &#187; (Soulet, 2004). La multiplication et le succ&#232;s des rassemblements libres, de la &lt;i&gt;rave party&lt;/i&gt; aux ap&#233;ros g&#233;ants en passant par les festivals, exprime le besoin de vivre-ensemble dans une relation choisie, r&#233;flexive, maitris&#233;e, associative et rythm&#233;e au groupe social. Cette interpr&#233;tation renvoie &#224; la notion d'interactions n&#233;o-dialectiques entre niveaux individuels et collectifs qui, dans une perspective dynamique, peut &#234;tre rapproch&#233;e du mod&#232;le de soci&#233;t&#233; idiorrythmique de Roland Barthes qui reposent sur une conception souple de la contrainte : pas de r&#232;gle, mais des indications qui impliquent, via la mobilit&#233; et la disponibilit&#233; des individus, la possibilit&#233; d'un passage choisi vers le communautarisme ou vers la solitude absolue. Ainsi, la coordination des rythmes individuels fluides avec ceux, r&#233;guliers, du groupe est l'objet d'un choix parmi diff&#233;rents possibles, qui r&#233;pond &#224; un besoin. Ce lien associatif, replac&#233; dans une perspective temporelle, est au fondement du rythme collectif parce qu'il est aussi un lien it&#233;ratif lorsque ces possibles sont des &#233;v&#233;nements festifs. Et si la socialisation &#224; Paris-Plages repose pour certains sur une &#171; urbanit&#233; aussi festive que factice &#187; (Garnier, 2008), elle s'explique finalement par une recherche de &lt;i&gt;the place to be&lt;/i&gt; parce que &lt;i&gt;the others are in&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bauman Z., 2007. &lt;i&gt;Liquid Time : Living in an Age of Uncertainty&lt;/i&gt;, Cambridge, Polity Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bordreuil J-S., 2004. &#171; Faire la ville sur les flux ? Faire ville dans les flux. Entrer dans la compagnie des passants &#187;, actes du colloque &lt;i&gt;Faire la ville avec les flux&lt;/i&gt;, Paris, Institut de la Ville en Mouvement, 29 et 30 mars, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;http://www.ville-en-mouvement.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ville-en-mouvement.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Coste C., 2008. &#171; Comment vivre ensemble de Roland Barthes &#187;, &lt;i&gt;Recherches &amp; Travaux&lt;/i&gt;, n&#176; 72, p. 201-215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De Coninck F., Guillot C., 2007. &#171; L'individualisation du rapport au temps, marqueur d'une &#233;volution sociale &#187;, &lt;i&gt;&#191;Interrogation ? &lt;/i&gt; n&#176; 5, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;http://www.revue-interrogations.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.revue-interrogations.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Durkheim &#201;., [1912] 2002. &lt;i&gt;Les formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Garat I., 2005. &#171; La f&#234;te et le festival, &#233;l&#233;ments de promotion des espaces et repr&#233;sentation d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale &#187;, &lt;i&gt;Annales de g&#233;ographie&lt;/i&gt;, n&#176; 643, p. 265-284.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gauchet M., 2006. &#171; Conclusion : vers une mutation anthropologique ? &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Aubert N. (dir.), &lt;i&gt;L'individu hypermoderne&lt;/i&gt;, Toulouse, Eres, p. 291-301.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jouffe Y., &lt;i&gt;Pr&#233;caires mais mobiles, Tactiques de mobilit&#233; des pr&#233;caires flexibles et nouveaux services de mobilit&#233;&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat de sociologie soutenue le 3 juillet 2007, &#201;cole Nationale des Ponts et Chauss&#233;es, 736 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Korosec-Serfaty P., 1988. &#171; La sociabilit&#233; publique et ses territoires &#8211; Places et espaces publics urbains &#187;, &lt;i&gt;Architecture and Behaviour&lt;/i&gt;, Vol. 4, n&#176; 2, p. 111-132.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lefebvre H., [1974] 2000. &lt;i&gt;La production de l'espace&lt;/i&gt;, Paris, Anthropos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mauss M., Hubert H., 1899. &#171; M&#233;langes d'histoires des religions : Essai sur la nature et la fonction du sacrifice &#187;, &lt;i&gt;L'Ann&#233;e Sociologique&lt;/i&gt;, tome II, p. 29-138.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
P&#233;tonnet C., 1987. &#171; L'anonymat ou la pellicule protectrice &#187;, &lt;i&gt;Le temps de la r&#233;flexion&lt;/i&gt;, n&#176; VIII, p. 247-261.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pradel B., 2010. &lt;i&gt;Rendez-vous en ville ! Urbanisme temporaire et urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle : les nouveaux rythmes collectifs&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat en sociologie soutenue le 27 novembre 2010, Universit&#233; Paris-Est, 535 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rauch A., 2003. &#171; Les loisirs, un temps lib&#233;r&#233; ? &#187;, &lt;i&gt;Revue Projet&lt;/i&gt;, n&#176; 273, p. 43-52.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ramadier T., P&#233;tropoulou C., Bronner A-C., 2008. &#171; Quelle mobilit&#233; quotidienne intra-urbaine sans la voiture ? Le cas des adolescents d'une banlieue de Strasbourg &#187;, &lt;i&gt;Enfances, familles, g&#233;n&#233;ration&lt;/i&gt;, n&#176; 8, p. 60-85&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Sauvanet P., 2007. &lt;i&gt;Le rythme grec d'H&#233;raclite &#224; Aristote&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Simmel G., 2007. &lt;i&gt;Les grande villes et la vie de l'esprit&lt;/i&gt;, Paris, L'Herne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Soulet M-H, 2004, &#171; Les mutations contemporaines du lien social &#187;, Actes de la conf&#233;rence de Carthage, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;http://mijsgd.ds.iscte.pt/textos/politicas%20sociais/Conference%20Carthage.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://mijsgd.ds.iscte.pt/textos/politicas%20sociais/Conference%20Carthage.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tarde G., 1989. &lt;i&gt;L'Opinion et la Foule&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Urry J., 2005. &lt;i&gt;Sociologie des mobilit&#233;s. Une nouvelle fronti&#232;re pour la sociologie ?&lt;/i&gt; Paris, Armand Colin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Whyte H. W., 1980. &lt;i&gt;The Social Life of Small Urban Places&lt;/i&gt;, Washington D.C, The Conservation Foundation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le titre de cet article dialogue avec celui de Francis Godard, 2003, &#171; Cessons d'opposer temps individuel et temps collectif &#187;, &lt;i&gt;Revue Projet&lt;/i&gt;, n&#176; 273, p. 35-42&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Compar&#233;s aux rythmes des milieux temporels ruraux, les rythmes des milieux urbains &#171; apparaissent courts, tendus, facilement r&#233;currents dans des ensembles ramass&#233;s. [...] Les semaines se suivent et se ressemblent, &#233;t&#233; comme hiver, r&#233;serve faite de quelques loisirs, plus souvent ext&#233;rieurs pendant les beaux jours. Les temps se disputent une pr&#233;&#233;minence, malgr&#233; leur conjonction n&#233;cessaire. Ils se succ&#232;dent et se chevauchent plus souvent ou plus fortement qu'ils ne s'entrecroisent. &#187; (Grossin, 1996, p.3). Mais aujourd'hui, cette &#171; r&#233;serve faite de quelques loisirs &#187; n'est-elle pas devenue un &#233;l&#233;ment fondamental de l'identit&#233; temporelle des m&#233;tropoles et de ses rythmes collectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Toutes les corr&#233;lations retenues dans cet article sont significatives avec un risque d'erreur maximum, exprim&#233; en pourcentage, de 5 %, suivant le test du Khi&#178;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La corr&#233;lation est av&#233;r&#233;e mais nous ne pr&#233;sentons pas les tableaux ici. Pour plus de d&#233;tails nous renvoyons le lecteur &#224; la th&#232;se &#224; partir de laquelle a &#233;t&#233; &#233;crit cet article : PRADEL. B., 2010, &lt;i&gt;Rendez-vous en ville ! Urbanisme temporaire et urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle : les nouveaux rythmes collectifs&lt;/i&gt;, Universit&#233; Paris-Est, &#201;cole doctorale Ville, Transports, Territoires, sous la direction de Francis Godard et Marie-H&#233;l&#232;ne Massot, 535 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cessons d'opposer rythmes individuels et rythmes collectifs
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article733</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article733</guid>
		<dc:date>2012-10-12T07:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
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&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; : L'individualisation grandissante de l'organisation des temps sociaux m&#232;nerait &#224; l'affaiblissement des rythmes de la vie collective de nagu&#232;re, voire &#224; une crise du lien social. Mais si nos temps individuels sont d&#233;synchronis&#233;s et le lien social plus erratique, cela ne signifie pas que la vie collective ne puisse plus se structurer autour de rythmes communs. Plus qu'une disparition, nous serions face &#224; une reconfiguration des rythmes sociaux autour de la figure de l'individu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Sociologie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Boucle temporelle et engagement collectif : un mod&#232;le d'action rythmique&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Boucle temporelle et engagement collectif : un mod&#232;le d'action rythmique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La programmation du d&#233;placement : l'indice d'une app&#233;tence &#224; la socialisation collective&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;La programmation du d&#233;placement : l'indice d'une app&#233;tence &#224; la socialisation collective&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'exp&#233;rience du rassemblement : l'apprentissage it&#233;ratif des r&#232;gles de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;L'exp&#233;rience du rassemblement : l'apprentissage it&#233;ratif des r&#232;gles de la sociabilit&#233; (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Rencontres et renouvellement de la participation&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;Rencontres et renouvellement de la participation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Conclusion&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_4'&gt;Conclusion&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Bibliographie&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_5'&gt;Bibliographie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;R&#233;sum&#233; : &lt;/strong&gt; L'individualisation grandissante de l'organisation des temps sociaux m&#232;nerait &#224; l'affaiblissement des rythmes de la vie collective de nagu&#232;re, voire &#224; une crise du lien social. Mais si nos temps individuels sont d&#233;synchronis&#233;s et le lien social plus erratique, cela ne signifie pas que la vie collective ne puisse plus se structurer autour de rythmes communs. Plus qu'une disparition, nous serions face &#224; une reconfiguration des rythmes sociaux autour de la figure de l'individu multi-appartenant et ma&#238;tre de son agenda. Les rythmes collectifs s'expliquent alors par l'engagement choisi et programm&#233; des acteurs dans des situations de copr&#233;sence situ&#233;e. Cet engagement qui se r&#233;p&#232;te suivant les rencontres et l'ambiance sociale du rassemblement r&#233;v&#232;le un besoin persistant de lieux et de moments d&#233;di&#233;s &#224; la socialisation collective. &#192; ce titre, le succ&#232;s de fr&#233;quentation des &#233;v&#233;nements festifs s'explique parce qu'ils signalent physiquement la possibilit&#233; du rassemblement et permettent l'exp&#233;rience d'une sociabilit&#233; collective en d&#233;cadrage avec la s&#233;rialit&#233; des rapports sociaux quotidiens. Derri&#232;re la socialisation &#233;v&#233;nementielle s'esquisse la figure d'un lien social it&#233;ratif et associationniste qui engendre des rythmes partag&#233;s.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre de cet article dialogue avec celui de Francis Godard, 2003, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Mots-cl&#233;s : &lt;/strong&gt; rythme individuel, rythme collectif, &#233;v&#233;nement festif, boucle temporelle, programmation, socialisation, r&#232;gles sociales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Abstract :&lt;/strong&gt; The growing individualisation of the organisation of social time could weaken collective rhythms or even lead to a crisis in social ties. Though personal temporalities are desynchronized and social ties are less stable than in the past, society is still structured around shared rhythms. We are faced not with the disappearance of social rhythms, but their reconfiguration around individuals who belong to multiple groups and manage their own agendas. Collective rhythms may be explained in terms of voluntary, planned commitments by actors to participate in co-presence situations. These commitments, which may recur depending on face-to-face contacts and the social atmosphere of the resulting meetings, reveal a continuing need for times and places dedicated to collective socialisation. High attendance at festive events can be explained by the fact that they actively, physically signal the possibility of meeting others and furthermore enable collective socialisation experiences outside the serial framework of everyday social ties. Behind event socialisation we discover iterative, voluntary social ties, which engender shared rhythms.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Key words : &lt;/strong&gt; individual rhythm, collective rhythm, festive events, time warp, planned commitments, collective socialisation, social rules&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
L'individualisation du rapport au temps, marqu&#233;e par l'&#233;largissement des marges de libert&#233; dans la gestion des activit&#233;s, entra&#238;nerait l'affaiblissement voire la disparition des rythmes collectifs. Le citadin hyper-ind&#233;pendant (Gauchet, 1999), press&#233; et flexible, model&#233; par l'intensification des rythmes de la vie &#233;conomique que personnifie la m&#233;tropole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Compar&#233;s aux rythmes des milieux temporels ruraux, les rythmes des milieux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Simmel &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Jonas, 1995), &#233;voluerait hors des r&#233;f&#233;rentiels collectifs locaux. Cet &#171; homme pr&#233;sent &#187; (La&#239;di, 2002) agissant selon des imp&#233;ratifs soudains, sans programmer, fonctionnerait selon un &#171; temps instantan&#233; &#187; (Urry, 2005) laissant de c&#244;t&#233; les rythmes r&#233;guliers et collectifs du calendrier. Socialement et spatialement hypermobile, il participerait d'une &#171; soci&#233;t&#233; liquide &#187; (Bauman, 2007) entretenant avec l'espace, le temps et le social des liens labiles et erratiques. Cette individualisation du rapport au temps acc&#233;l&#233;rerait le &#171; cr&#233;puscule des temps solidaires &#187; (Rauch, 2003) au profit d'un entrelacs d'individus dont les &#171; mani&#232;res de fluer &#187; ne se rencontreraient que dans de brefs moments de synchronisations rarement r&#233;p&#233;t&#233;s. Si la tendance &#224; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;isation de la morphologie sociale n'est pas remise en question, le mod&#232;le de l'individu a-temporel, a-programmateur et collectivement arythmique sur lequel elle repose doit &#234;tre nuanc&#233;. Pour cela, l'analyse des ressorts individuels &#224; la synchronisation collective dans des formes de rassemblement urbains modernes est convoqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le succ&#232;s de fr&#233;quentation des spectacles, &#233;v&#233;nements, festivals, f&#234;tes en tout genre (Di M&#233;o, 2005) montre un engouement des populations pour des rassemblements p&#233;riodiques. Ce type d'objet, que nous d&#233;signerons par le terme g&#233;n&#233;rique d'&#233;v&#233;nements, se multiplie depuis les ann&#233;es 1990 dans les villes de toutes tailles (Garat, 2005). Ils participent d'une offre multiple de rythmes partag&#233;s dans le domaine ludico-festif dans laquelle l'individu peut piocher pour remplir son agenda. Contrairement aux rythmes contraignant des communaut&#233;s qui s'imposent aux individus sous peine d'exclusion (Durkheim, 2002 ; Mauss &amp; Hubert, 1899), ces &#233;v&#233;nements dans l'espace public rel&#232;vent plut&#244;t d'une forme de &#171; rendez-vous urbains &#187; (Pradel, 2010) &#224; la participation libre. Leurs lieux et leurs dates sont marqu&#233;s politiquement par des am&#233;nagements symboliques, techniques et fonctionnels dans la ville en attente d'une hypoth&#233;tique appropriation collective. Cette validation par les usages produit alors du rythme social : alternance de phases successives et r&#233;guli&#232;res d'intensit&#233; croissante et d&#233;croissante de la vie sociale correspondant &#224; &#171; un rythme de dispersion et de concentration, de vie individuelle et de vie collective &#187; (Mauss, 1906). Ce ph&#233;nom&#232;ne rythmique poss&#232;de une fonction de socialisation (Durkheim, 2002 ; Mauss, 1906) qui est la cons&#233;quence du rassemblement : quantitativement la situation de densit&#233; sociale multiplie les contacts, qualitativement le contexte de copr&#233;sence transforme le contenu des consciences vis-&#224;-vis d'autrui (Durkheim, 2002). Mais cette fonction de socialisation est aussi un facteur explicatif du rythme. La concentration sociale p&#233;riodique produite par Paris-Plages s'expliquerait par la participation d'un individu qui, bien que plus autonome vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233;, n'est pas totalement d&#233;tach&#233; de celle-ci et cherche des moments pour en &#233;prouver son appartenance et en tester le liant social. Ni totalement fluide et ouverte, ni totalement solide et contraignante, la morphologie sociale m&#233;tropolitaine serait plut&#244;t idiorrythmique selon l'expression consacr&#233;e de Barthes (Coste, 2008). Elle reposerait sur l'insociable sociabilit&#233; de l'homme &#233;prouvant la n&#233;cessit&#233; et le besoin de conciliation entre son d&#233;sir de solitude (d&#233;tachement) et son d&#233;sir d'interactions sociales de grande ampleur (engagement). Elle est fond&#233;e sur la capacit&#233; d'engagement et de d&#233;tachement rythmique des individus vis-&#224;-vis des groupes, dans une solidarit&#233; sociale r&#233;flexive et it&#233;rative. Il s'agit dans cet article de comprendre les modalit&#233;s de cette solidarit&#233; it&#233;rative et d'en exposer les m&#233;canismes par l'analyse de l'engagement socio-temporel des participants dans des &#233;v&#233;nements collectifs p&#233;riodiques. En d'autres termes, comment et pourquoi les mani&#232;res de fluer individuelles se resynchronisent-elles avec le groupe &#224; intervalles r&#233;guliers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'ambition est ici d'utiliser les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te quantitative pour saisir le rythme et sa fonction socialisatrice. Pour cela, nous r&#233;utilisons les donn&#233;es d'une enqu&#234;te sur les publics de Paris-Plages, rassemblement p&#233;riodique estival dans la capitale. Mise en place depuis 2002 par la Mairie de Paris, durant un mois en &#233;t&#233; de la mi-juillet &#224; la mi-aout, sur les berges de Seine notamment, cette plage urbaine &#233;ph&#233;m&#232;re aux activit&#233;s gratuites attire franciliens et touristes. Fortement fr&#233;quent&#233; les jours de beau temps, le lieu produit de la concentration sociale chaque &#233;t&#233;, durant un laps de temps d&#233;fini. L'enqu&#234;te par questionnaires a &#233;t&#233; effectu&#233;e durant l'&#233;dition 2007 de Paris-Plages sur un &#233;chantillon de 1509 personnes. Nous nous attacherons &#224; expliquer le succ&#232;s de ce rythme collectif &#224; partir de la synchronisation des rythmes individuels : qu'est ce qui motive cette synchronisation et pourquoi se r&#233;p&#232;te-t-elle annuellement ? Ce rythme collectif estival rel&#232;ve-t-il d'une &#171; action de faire ensemble &#187; (Mauss &amp; Beuchat, 1904) o&#249; n'est-il qu'une simple collection d'individus dispos&#233;s les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres qui ne se rencontrent gu&#232;re ? L'hypoth&#232;se principale est que la fonction socialisante de Paris-Plages explique sa fr&#233;quentation. Sa p&#233;riodicit&#233; serait la cons&#233;quence d'une synchronisation p&#233;riodique des agendas individuels avec une offre &#233;v&#233;nementielle, motiv&#233;e par la recherche de sociabilit&#233; collective. Les rythmes collectifs se r&#233;organiseraient autour des pratiques de loisirs et continueraient d'exercer un attrait pour le citadin de par leur fonction socialisante, l'obligeant &#224; anticiper et programmer sa participation pour se synchroniser avec le groupe et le poussant &#224; revenir r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Boucle temporelle et engagement collectif : un mod&#232;le d'action rythmique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s gratuites (man&#232;ge, piscine, spectacles, sports, etc.) et marchandes (buvettes, restauration, etc.), la promenade et la red&#233;couverte des berges pi&#233;tonnes (fermeture des berges &#224; la circulation, illumination nocturnes), l'incongruit&#233; des mises en sc&#232;ne (sable, palmier, parasol en pleine ville) et les am&#233;nit&#233;s historiques des lieux (paysage class&#233; Unesco, soleil toute la journ&#233;e, proximit&#233; avec l'eau), expliquent en grande partie la fr&#233;quentation de Paris-Plages (Pradel, 2008). Mais au-del&#224; de ces &#233;l&#233;ments mat&#233;riels, nous postulons que c'est aussi et peut-&#234;tre avant tout le r&#244;le social que l'&#233;v&#233;nement joue, dans la m&#233;tropole, &#224; travers la copr&#233;sence qu'il stimule, qui explique la participation individuelle et l'engagement rythmique. Le rassemblement &#233;v&#233;nementiel p&#233;riodique, qui s'oppose &#224; la s&#233;rialit&#233; de la vie sociale au quotidien, repose sur un processus d'auto-alimentation du collectif par le collectif. L'analyse n'est pas nouvelle. Gabriel Tarde disait &#224; propos des foules attentives &#224; un spectacle &#171; [qu'] &#224; vrai dire, c'est la foule surtout, dans ces occasions, qui se sert de spectacle &#224; elle-m&#234;me. La foule attire et admire la foule. &#187; (Tarde, [1901] 1989). Whyte a d&#233;montr&#233;, en filmant les flux pi&#233;tons dans les rues, qu'il existait un principe de &#171; self congestion &#187; (1980) et Lars Lerup (1978) &#224; quel point les usagers des lieux publics ext&#233;rieurs &#233;taient attir&#233;s par la pr&#233;sence des autres et que se d&#233;veloppaient dans ce cas des formes de &#171; congruence &#187;. Plus r&#233;cemment les travaux de Samuel Bordreuil (2004) renforcent ces approches spatiales de l'analyse de la tendance sociale de l'individu &#224; &#171; fr&#233;quenter les fr&#233;quentations &#187; (Bordreuil, 2004). Ce tropisme urbain est analys&#233; ici dans sa dimension temporelle et rythmique. S'il est rendu possible par l'existence d'un lieu permettant la copr&#233;sence, il existe aussi et surtout parce que situ&#233; dans le temps, il permet la convergence des parcours temporels individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, pour expliquer le rythme collectif &#224; partir de l'acteur et non pas seulement du groupe, il faut comprendre comment et pourquoi un individu qui organiserait ses &#171; &#233;quations temporelles personnelles &#187; (Grossin, 1996) sur le mode de l'urgence et de la c&#233;l&#233;rit&#233;, s'accorde annuellement avec la p&#233;riodicit&#233; d'un &#233;v&#233;nement &#233;ph&#233;m&#232;re, int&#233;grant du m&#234;me coup cette &#233;quation. Cette int&#233;gration se fait par la mise en place d'une boucle rythmique reposant sur la synchronisation de l'action individuelle avec la date de l'&#233;v&#233;nement, en fonction d'un besoin de socialisation collective. Elle s'articule dans le temps avec l'offre &#233;v&#233;nementielle dans un rapport d'opportunit&#233; et/ou de programmation et explique la cyclicit&#233; du rassemblement puisque, agr&#233;g&#233;es, ces boucles rythmiques individuelles produisent la fr&#233;quentation de Paris-Plages, gage de sa reprogrammation politique. Le sch&#233;ma suivant d&#233;crit ainsi, &#224; l'&#233;chelle individuelle, les modalit&#233;s sociales qui expliquent la dimension it&#233;rative de la socialisation &#233;v&#233;nementielle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH233/Pradel1-2db55.jpg?1714969301' width='500' height='233' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; T &#187; repr&#233;sente le processus de socialisation qui se d&#233;ploie pendant la dur&#233;e de pr&#233;sence dans l'&#233;v&#233;nement et peut s'exprimer en termes d'heure, de jour ou d'ann&#233;e selon l'&#233;chelle d'analyse. T est l'&#233;chelle de mesure temporelle du caract&#232;re it&#233;ratif de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; T-1 &#187; repr&#233;sente le moment de la programmation du d&#233;placement vers l'&#233;v&#233;nement, c'est-&#224;-dire de la prise de d&#233;cision de l'engagement dans le rassemblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; T+1 &#187; repr&#233;sente la r&#233;p&#233;tition hypoth&#233;tique de la boucle T, c'est-&#224;-dire le renouvellement de la visite et/ou la prolongation de celle en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les &lt;i&gt;interactions &lt;/i&gt; sont saisies &#224; travers les discussions/bavardages que d&#233;clare avoir eu l'individu avec autrui. Ces &#233;changes verbaux, au m&#234;me titre que les &#233;changes visuels et physiques, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme un r&#233;v&#233;lateur de l'influence r&#233;ciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu'ils sont en pr&#233;sence physique imm&#233;diate les uns des autres (Goffman, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&lt;i&gt;appropriation &lt;/i&gt; qui concerne ici le temps pass&#233; &#224; Paris-Plages, renvoie implicitement aux modalit&#233;s d'utilisation des lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&lt;i&gt;apprentissage &lt;/i&gt; correspond &#224; la socialisation, c'est-&#224;-dire au processus par lequel l'individu int&#233;riorise un certain nombre de valeurs, de r&#232;gles de comportement, de savoirs-&#234;tre et savoir-faire, qui lui permettent tout &#224; la fois de se forger sa personnalit&#233; et de vivre avec les autres, ici, les r&#232;gles sociales de Paris-Plages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La synchronisation de ces boucles temporelles avec les dates de l'&#233;v&#233;nement produit le rassemblement, mais la socialisation permise par le rassemblement explique l'existence et le renouvellement de ces boucles temporelles qui font perdurer le rythme &#224; l'&#233;chelle collective. En dehors de l'utilit&#233; &#233;conomique du temps qui domine notre conception des temporalit&#233;s, l'utilit&#233; du temps en termes de socialisation est une valeur en hausse. Le face-&#224;-face physique se voit aujourd'hui dot&#233; d'une survaleur en tant que choix communicationnel dans un environnement d'ubiquit&#233; m&#233;diatique (Jaur&#233;guiberry, 2004). L'organisation des temps personnels peut ainsi &#234;tre orient&#233;e de telle sorte &#224; permettre la synchronisation avec le groupe parce qu'elle est port&#233;e par le besoin de copr&#233;sence d'un individu qui n'est ni totalement flexible, ni totalement optimisateur, ni totalement construit par les contraintes dans lesquelles il &#233;volue. Ainsi, &#171; les individus, m&#234;me s'ils sont pris dans une conjoncture donn&#233;e, acceptent rarement d'&#234;tre &#8220;pris par le temps&#8221; et de se trouver emport&#233;s dans un rapport au temps qui ne leur convient pas &#187; (De Coninck &amp; Guillot, 2007). La sociogen&#232;se du rythme collectif s'explique &#224; partir de cette boucle temporelle qui met au jour le lien entre organisation individuelle du temps et besoin de rassemblement organis&#233;e. Le lien social est au centre du d&#233;clenchement de cette boucle m&#234;lant anticipation du rendez-vous &#233;v&#233;nementiel, appropriation des lieux et production d'un vivre-ensemble particulier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;La programmation du d&#233;placement : l'indice d'une app&#233;tence &#224; la socialisation collective&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le loisir dans le cadre du temps libre peut &#234;tre une ressource mobilisable, instrumentalis&#233;e dans l'optique d'une recherche de sociabilit&#233; qui s'inscrit dans une organisation individuelle de son temps. La mobilit&#233; de loisir rel&#232;ve alors moins d'une &#171; mobilit&#233; de transit &#187; que d'une &#171; mobilit&#233; de sociabilit&#233; &#187; (Ramadier, Petropoulou &amp; Bronner, 2008) qui r&#233;v&#232;le une app&#233;tence pour le rassemblement. Cette mobilit&#233; fait l'objet d'une programmation qui renvoie &#224; une anticipation de l'engagement dans le groupe. On ne vient ainsi pas par hasard &#224; Paris-Plages : 76 % des participants ont programm&#233; leur visite dont 65 % &#224; plus de 48h &#224; l'avance. De par sa nature &#233;ph&#233;m&#232;re, Paris-Plages repr&#233;sente un horizon socio-temporel &#224; atteindre dans l'action obligeant &#224; planifier la visite en &#233;laborant une strat&#233;gie temporelle. Cette anticipation s'&#233;labore au domicile qui est &#171; &#224; la source de la volont&#233;, c'est-&#224;-dire de la dimension volitive de la capacit&#233; d'action &#187; (Jouffes, 2007, p. 457). Parmi les 71 % des participants qui viennent depuis leur domicile, 84 % programment leur d&#233;placement, tandis que les moins programmateurs entretiennent plus une relation d'opportunit&#233; &#224; l'&#233;v&#233;nement du fait de la proximit&#233; de leur lieu de d&#233;part. Dans leur grande majorit&#233;, les participants se d&#233;voilent comme des programmateurs rationnels dans le choix de leurs rythmes partag&#233;s. L'anticipation constitue un aboutissement des capacit&#233;s de l'acteur &#224; se projeter dans le collectif, de mani&#232;re r&#233;flexive dans l'espace et le temps, pour participer &#224; la dynamique de socialisation festive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais cette app&#233;tence pour la copr&#233;sence &#233;v&#233;nementielle qui explique l'anticipation pourrait &#234;tre sous-tendue par une pr&#233;c&#233;dente exp&#233;rience satisfaisante de Paris-Plages. Rien n'est moins s&#251;r cependant car plus les primo-participants &#224; Paris-Plages (qui n'ont pourtant pas encore d'exp&#233;rience du lieu) anticipent leur engagement dans le rassemblement, plus ils trouvent le contact social plus facile que dans le reste de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH197/Pradel2-2f384.jpg?1714969301' width='500' height='197' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sous-&#233;chantillon permet d'effacer le poids que peut faire peser une pr&#233;c&#233;dente visite de l'&#233;v&#233;nement, et donc une appr&#233;ciation pr&#233;alable de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle, sur la d&#233;cision de participation. Ainsi, la perception d'une certaine facilit&#233; dans les contacts de la part de ces nouveaux venus se traduit par une plus grande probabilit&#233; d'entrer en interactions avec autrui en fonction de leur degr&#233; d'anticipation du d&#233;placement. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH222/Pradel3-43ead.jpg?1714969301' width='500' height='222' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'anciennet&#233; de la programmation du d&#233;placement semble bien s'expliquer par une app&#233;tence pour la sociabilit&#233; festive puisqu'elle augmente la probabilit&#233; de rencontre. Cette app&#233;tence se traduit par une certaine ouverture sociale puisque c'est sur les rencontres fortuites avec des personnes inconnues que la variable joue le plus : 17 % des visites fortuites des primo-participants d&#233;bouchent sur une rencontre avec un inconnu, contre 23 % lorsqu'elles ont &#233;t&#233; pr&#233;vues la veille et 27 % deux jours &#224; l'avance. &#192; plus court terme, la programmation de la visite &#224; Paris-Plages permet &#233;galement de retrouver les membres d'un r&#233;seau social pr&#233;existant en se donnant rendez-vous sur les lieux. &#192; l'inverse, lorsque la participation n'est pas programm&#233;e, la probabilit&#233; de faire des rencontres, quel que soit leur type, diminue. Il y a donc un attendu en terme de socialisation chez les primo-participants qui semblent poss&#233;der une pr&#233;-connaissance des effets sociaux de la concentration : un changement de la conscience qui s'apparente &#224; une forme d'effervescence de la vie psychique individuelle, qui se transforme pour accueillir le semblable et rendre les contacts plus nombreux et plus intimes (Durkheim, 2002). Si l'on consid&#232;re maintenant l'ensemble de l'&#233;chantillon, 53 % des participants qui ont programm&#233; leur d&#233;placement ont fait des rencontres, contre 40 % de ceux qui se sont retrouv&#233;s par hasard &#224; Paris-Plages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les corr&#233;lations retenues dans cet article sont significatives avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et parmi les programmateurs, 57 % de ceux qui ont d&#233;cid&#233; de leur d&#233;placement la veille ont fait des rencontres, contre 48 % de ceux qui l'ont d&#233;cid&#233; dans la journ&#233;e. Plus il anticipe &#224; l'avance sa participation au rendez-vous baln&#233;aire, plus le participant fait des rencontres et r&#233;v&#232;le sa plus forte app&#233;tence &#224; la sociabilit&#233; collective. Cette derni&#232;re s'observe &#233;galement dans l'analyse des usages de l'espace &#233;v&#233;nementiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Derri&#232;re ces corr&#233;lations, se cache celle qui relie l'anticipation du d&#233;placement avec la dur&#233;e de pr&#233;sence &#224; Paris-Plages, qui correspond &#224; un plus fort investissement social dans les lieux. Lorsque la visite a &#233;t&#233; programm&#233;e deux jours &#224; l'avance, 37 % des participants restent plus de 4h, lorsqu'elle a &#233;t&#233; pr&#233;vue la veille ils ne plus que 21 % &#224; rester plus de 4h et 15 % lorsqu'elle a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e le jour m&#234;me. &#192; l'oppos&#233;, 44 % des visites fortuites durent moins d'une heure. Le couple dur&#233;e de pr&#233;sence et programmation de la visite refl&#232;te une plus grande insertion dans le groupe rassembl&#233; via les utilisations diff&#233;rentes des am&#233;nit&#233;s de Paris-Plages : 51 % de ceux qui sont rest&#233; moins d'une demi-heure se sont promen&#233;s et 12 % ont utilis&#233;s les lieux de d&#233;tente et d'arr&#234;t. Une participation br&#232;ve est rarement programm&#233;e. Elle se traduit par une simple travers&#233;e des lieux, une rapide &#233;valuation du site et l'assouvissement d'une certaine curiosit&#233;. Elle est le signe d'un faible engagement dans le collectif. En revanche, une participation longue est souvent programm&#233;e. Elle se traduit par une plus grande utilisation de l'offre &#233;v&#233;nementielle : 34 % de ceux qui sont rest&#233;s entre 1 et 2 heures se sont promen&#233;s et 27 % ont utilis&#233;s les lieux de d&#233;tente ; 25 % de ceux qui sont rest&#233;s plus de 4h se sont promen&#233;s et 19 % ont utilis&#233;s les lieux de d&#233;tente. Le fait de s'arr&#234;ter dans les espaces de d&#233;tente n'est pas anodin car l'anonymat, proportionnel &#224; la dur&#233;e du passage ainsi qu'&#224; la densit&#233; de rotation des individus dans un lieu, ne r&#233;siste pas &#224; l'immobilisme (Petonnet, 1987). D'abord, la participation &#224; une activit&#233; revient &#224; entrer dans des processus de socialisation avec des inconnus (Tai-chi, fitness, piscine, beach-soccer ou beach-volley en &#233;quipe, etc.). Ensuite, prendre part au groupe des plagistes ou s'allonger sur un transat dans les zones de d&#233;tente oblige &#224; une certaine lecture des r&#232;gles implicites des groupes ainsi constitu&#233;s, comme par exemple l'obligation de rester allong&#233; sur le sable, de poss&#233;der les attributs du plagiste ou de comprendre le zonage social interne aux plages (Pradel, 2010). Enfin, les activit&#233;s et l'insertion dans ces zones sont souvent le fait de personnes en groupes, de couples ou d'amis qui viennent profiter du lieu pour se retrouver, pique-niquer, faire un sport d'&#233;quipe, boire un coup. Ainsi, Paris-Plages devient un lieu de socialisation et un lieu de rendez-vous pour passer l'apr&#232;s-midi au soleil. La simple participation &#224; l'ambiance sociale et la copr&#233;sence estivale, qui diff&#232;rent de celles exp&#233;riment&#233;es au quotidien, devient un motif de satisfaction qui explique, derri&#232;re l'utilisation des &#233;quipements, l'engagement temporel de l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Apr&#232;s avoir franchi le seuil symbolique s&#233;parant l'instant T de l'instant T+1 dans la boucle temporelle, nous nous int&#233;ressons maintenant au c&#339;ur du processus de socialisation &#233;v&#233;nementielle. Il s'incarne dans une dynamique s&#233;quentielle d'apprentissage des r&#232;gles de la rencontre propre aux rendez-vous collectifs et explique le lien entre rythme et interactions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'exp&#233;rience du rassemblement : l'apprentissage it&#233;ratif des r&#232;gles de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'inclinaison &#224; la rencontre est un caract&#232;re qui sied aux participants des rassemblements festifs en g&#233;n&#233;ral, les interactions effectives d&#233;pendent de l'exp&#233;rience de l'&#233;v&#233;nement. L'apprentissage des r&#232;gles sp&#233;cifiques qui encadrent les rencontres &#224; Paris-Plages est un processus cumulatif de savoir-&#234;tre et savoir-faire. Le propos n'est pas ici de d&#233;crire ce jeu collectif de la &#171; baln&#233;arit&#233; urbaine &#187; (Pradel, 2010). Il s'agit de montrer en quoi la familiarisation avec la dynamique sociale interne de Paris-Plages qui organise les interactions, est li&#233;e avec la r&#233;gularit&#233; et donc la rythmicit&#233; des participations. Chez le primo-participant, le pr&#233;-connaissance des modalit&#233;s de la copr&#233;sence repose sur une repr&#233;sentation id&#233;elle de l'&#233;v&#233;nement forg&#233;e au fil des exp&#233;riences de diverses formes de rassemblements festifs. En revanche, chez ceux qui sont d&#233;j&#224; venus cette projection repose sur une exp&#233;rience v&#233;cue qui leur donne un avantage en mati&#232;re de connaissance des r&#232;gles de socialisation propres &#224; Paris-Plages. L'&#233;cart entre les 17 % de primo-participants pr&#233;sents par hasard et qui ont rencontr&#233; un inconnu, et les 27 % des habitu&#233;s de Paris-Plages (chaque ann&#233;e) pr&#233;sents eux-aussi par hasard et qui ont rencontr&#233; un inconnu, montre que l'ouverture sociale ne suffit pas &#224; expliquer la propension aux rencontres. Le constat qui est fait est le m&#234;me face &#224; l'&#233;cart entre les 29 % de primo-participants par hasard qui trouvent le contact plus facile qu'ailleurs, et les 41 % des habitu&#233;s pr&#233;sents &#233;galement par hasard qui ont le m&#234;me jugement. L'inclinaison &#224; la rencontre est moins efficace en mati&#232;re de socialisation que l'exp&#233;rience des lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, il existe un rythme d'apprentissage du jeu et de la r&#232;gle de socialisation baln&#233;aire qui se d&#233;ploie &#224; trois &#233;chelles de temps (jour, mois, ann&#233;e) et qui explique en partie le rythme des visites. La perception de l'ambiance sociale particuli&#232;re de Paris-Plages et la probabilit&#233; de faire des rencontres au fil des participations r&#233;v&#232;lent ce processus. &#192; l'&#233;chelle de la journ&#233;e, la dur&#233;e de visite permet de percevoir une diff&#233;rence avec la sociabilit&#233; ordinaire qui influence en retour l'engagement dans le rassemblement situ&#233; (Voies sur Berges), les zones dens&#233;ment fr&#233;quent&#233;es (plages, concerts, etc.), les activit&#233;s collectives (cours de danse, p&#233;tanque, etc.), etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH186/Pradel4-7b024.jpg?1714969301' width='500' height='186' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La proportion des participants qui per&#231;oivent une plus grande facilit&#233; dans les contacts sociaux &#224; Paris-Plages par rapport au reste de l'environnement urbain croit avec le temps pass&#233; sur le site : 58 % de ceux qui sont rest&#233;s plus de 4h et 45 % de ceux qui sont rest&#233;s plus de 2h &#224; Paris-Plages trouvent le contact social plus facile, contre seulement 34 % de ceux qui sont rest&#233;s moins d'une heure. Cette tendance ne s'oppose pas &#224; la perception d'une ambiance sociale d&#233;l&#233;t&#232;re, mais plus &#224; un jugement neutre (&#171; contact ni plus, ni moins, facile &#187;) qui &#233;volue vers une prise de conscience de la convivialit&#233; des relations sociales &#224; mesure que la connaissance du lieu augmente. Si nous soulignons encore une fois que la corr&#233;lation est &#233;galement vraie pour les primo-participants, l'exp&#233;rience ant&#233;rieure des lieux explique et renforce cette &#233;volution de la perception. En effet, l'apprentissage des r&#232;gles du jeu &#233;volue selon le nombre de participations sur une seule et m&#234;me &#233;dition qui dure un mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La corr&#233;lation est av&#233;r&#233;e mais nous ne pr&#233;sentons pas les tableaux ici. Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : 45 % des participants qui viennent 2 ou 3 fois &#224; Paris-Plages dans le mois trouvent le contact plus facile qu'ailleurs contre 56 % lorsqu'ils viennent plus de 5 fois. L'apprentissage &#233;volue &#233;galement selon la r&#233;gularit&#233; des visites depuis le lancement de l'op&#233;ration en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH160/Pradel5-1093f.jpg?1714969301' width='500' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'image du tableau pr&#233;c&#233;dent, la r&#233;gularit&#233; des participations augmente la perception de la sociabilit&#233; festive au d&#233;triment d'un jugement relativement neutre. Si notre enqu&#234;te concerne seulement les interactions verbales, il faut garder &#224; l'esprit que la perception englobe toutes les formes d'interactions dans l'espace public : verbales, visuelles et physiques. Au fil de l'exp&#233;rience totale (un espace, un moment, un groupe) du rassemblement de Paris-Plages, le participant prend la mesure du message latent du lieu (Korosec-Serfaty, 1988). Il l'accepte et le diffuse pour participer de la red&#233;finition de l'anonymat et de la prise de distance vis-&#224;-vis d'autrui caract&#233;risant le quotidien de la vie sociale dans la grande ville : 47 % des personnes trouvant le contact social facile et ayant fourni au moins une r&#233;ponse affirment avoir bavard&#233; avec un inconnu, contre 20 % de celles qui trouvent le contact moins facile ou de m&#234;me nature que dans le reste de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De mani&#232;re assez logique, l'appr&#233;ciation de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle qui s'explique par l'acquisition d'un savoir-&#234;tre dans le groupe d&#233;bouche sur une plus grande probabilit&#233; de rentrer en contact effectifs avec les protagonistes du rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH183/Pradel6-2-1e8e0.jpg?1714969301' width='500' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La proportion des participants qui n'ont fait aucune rencontre d&#233;croit &#224; mesure qu'ils acqui&#232;rent de l'exp&#233;rience dans le lieu, tandis que leur propension &#224; entrer en contact avec des inconnus augmente. Le ph&#233;nom&#232;ne s'observe de fa&#231;on identique avec le nombre de participation mensuel : 42 % des participants qui viennent 2 ou 3 fois dans le mois ne font aucune rencontre et 26 % rencontre une personne inconnue, contre respectivement 20 % et 39 % de ceux qui viennent plus de 5 fois. Le ph&#233;nom&#232;ne est &#233;galement visible &#224; l'&#233;chelle pluriannuelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH163/Pradel7-25f70.jpg?1714969301' width='500' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la perception de l'ambiance sociale rel&#232;ve d'un ressenti, l'apprentissage de la sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle se traduit en acte concret &#224; travers les chroniques de la rencontre. Plus il reste longtemps et plus il participe r&#233;guli&#232;rement au rendez-vous, plus le participant entre en contact avec des personnes qu'il ne conna&#238;t pas et/ou rencontre par hasard de personnes qu'il conna&#238;t d&#233;j&#224;. Outre les rencontres d'une population de voisinage, ce dernier type de rencontre peut s'expliquer par la construction d'une tradition collective de la part des plus r&#233;guliers des participants qui, d'ann&#233;e en ann&#233;e se retrouvent sur les m&#234;mes lieux et produisent un groupe qui se r&#233;ifie chaque &#233;t&#233;. Le directeur de la DGEP qui suit l'&#233;v&#233;nement depuis huit ans confirme qu'il &#171; retrouve les m&#234;mes gens aux m&#234;mes endroits. Je prends une photo le 20 juillet 2005, je reprends la m&#234;me le 21 juillet 2006 j'ai la m&#234;me personne au m&#234;me endroit. Les gens, comme s'ils n'&#233;taient pas partis, ils venaient de quitter leur fauteuil et ils reprenaient place dans leur hamac. &#187;. Par exemple, beaucoup de nounous se retrouvent &#224; Paris-Plages lors de la promenade de l'apr&#232;s midi avec l'enfant qu'elles gardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, la corr&#233;lation &#171; exp&#233;rience de Paris-Plages/rencontres effectives &#187; peut s'expliquer de mani&#232;re purement quantitative : une pr&#233;sence plus longue entra&#238;ne une augmentation des rencontres par l'accumulation des situations d'interaction. Au-del&#224; de la probabilit&#233; statistique, la corr&#233;lation s'explique par l'adaptation comportementale de chaque participant &#224; un mode d'&#234;tre ensemble particulier o&#249; les barri&#232;res sociales &#224; la rencontre diminuent. L'anonymat urbain, cette forme particuli&#232;re de r&#233;serve &#224; l'&#233;gard d'autrui rendant possible la vie individuelle au milieu de la multitude (Jarrigeon, 2005) devient un anonymat modifi&#233;, labile. La neutralisation syst&#233;matique des &#233;chelles temporelles cach&#233;es montre que la rencontre est surtout la cons&#233;quence de cet apprentissage qualitatif des r&#232;gles de la socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Premi&#232;rement, en comparant les taux de rencontre des primo-participants avec celui des participants ponctuels et des participants r&#233;guliers, on observe qu'&#224; temps de pr&#233;sence &#233;gal, le n&#233;ophyte fait moins de rencontres que le plagiste ponctuel qui fait moins de rencontres que le plagiste confirm&#233;. Les &#233;carts les plus importants se situent dans la cat&#233;gorie des rencontres avec des personnes inconnues qui illustrent, selon nous, le mieux cette sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle. Lorsqu'ils restent moins de 2h, 19 % des primo-participants ont bavard&#233; avec un inconnu, contre 22 % des participants ponctuels et 27 % des participants annuels. Lorsqu'ils restent plus de 4h, 28 % des primo-participants ont bavard&#233; avec un inconnu, contre 36 % des participants ponctuels et 48 % des participants annuels. La r&#233;gularit&#233; pluriannuelle de la visite augmente les rencontres pendant la visite en cours parce que l'apprentissage des r&#232;gles de sociabilit&#233; de Paris-Plages poss&#232;de un caract&#232;re cumulatif qui articule diff&#233;rentes &#233;chelles de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Deuxi&#232;mement, &#224; temps de pr&#233;sence &#233;gal, le taux de rencontre avec des inconnus augmente avec le nombre de participation d&#233;j&#224; effectu&#233;es durant l'&#233;dition 2007 de r&#233;f&#233;rence. Lorsqu'ils sont rest&#233;s moins de 2h, 37 % des participants qui sont venus plus de 5 fois &#224; Paris-Plages en 2007 ont bavard&#233; avec un inconnu, contre 20 % de ceux qui ne sont venus que 2 &#224; 3 fois dans le mois. Le taux de rencontres fortuites augmente lui aussi avec le nombre des visites estivales, ce qui tendrait &#224; d&#233;montrer qu'il se constitue une population de plagistes parisiens estivaux qui se retrouvent r&#233;guli&#232;rement sur les lieux, peu importe s'ils se connaissaient avant ou non. Enfin, si le taux d'isolement (aucune rencontre) ne cesse de d&#233;croitre avec le nombre de visite, il est toujours plus important chez les visiteurs qui sont rest&#233;s moins de 2h que chez les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Troisi&#232;mement, &#224; nombre de visite &#233;gal durant l'&#233;dition 2007, le participant r&#233;gulier a toujours plus de chance de bavarder avec un inconnu que le participant ponctuel. Si pour une unique visite l'&#233;cart n'est pas significatif (3 %), il augmente avec le nombre de visites. &#192; 2 &#224; 3 participations, 25 % des participants ponctuels et 31 % des participants annuels ont rencontr&#233; un inconnu, soit 6 points de diff&#233;rence. &#192; plus de 5 participations, 34 % des participants ponctuels ont rencontr&#233; un inconnu et 46 % des participants annuels, soit 12 points d'&#233;carts. L'effet de la participation estivale sur la rencontre avec des inconnus est renforc&#233; par la r&#233;gularit&#233; pluriannuelle de la visite. Le rythme calendaire joue ici son r&#244;le d'acc&#233;l&#233;rateur de la socialisation par l'apprentissage cumul&#233; sur plusieurs ann&#233;es des r&#232;gles sociales du lieu. Mais si les participants ponctuels discutent moins avec des inconnus, c'est en partie parce qu'ils utilisent plus l'&#233;v&#233;nement pour donner rendez-vous &#224; des connaissances, pratique que l'on retrouve moins chez les participants pluriannuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Globalement, la perception de la facilit&#233; des contacts sociaux augmente avec l'exp&#233;rience des lieux &#224; toutes les &#233;chelles de temps (horaire, mensuelle, pluriannuelle) tandis qu'en parall&#232;le le taux d'isolement social d&#233;croit (quel que soit les types de rencontre) et le taux de rencontre avec des inconnus augmente. Le ph&#233;nom&#232;ne r&#233;v&#232;le l'existence d'une sociabilit&#233; &#233;v&#233;nementielle qui rel&#232;ve d'un apprentissage d'un vivre-ensemble urbano-baln&#233;aire. Certains utilisent le rassemblement ponctuellement pour r&#233;ifier un r&#233;seau social pr&#233;existant et &#233;prouver les liens du groupe en situation de foule. D'autres cherchent &#224; rompre l'isolement social, &#224; draguer, &#224; faire des rencontres et multiplient alors les visites. D'autres, enfin, s'installent dans le rassemblement pour profiter des lieux et, dans un climat vacancier et s&#233;curis&#233;, s'ouvrent &#224; la discussion, m&#234;me furtive. Dans tous les cas, le rythme de participation augmente le nombre des interactions &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; et produit du lien social sur des bases associatives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Rencontres et renouvellement de la participation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous passons maintenant &#224; la relation entre T et T+1 qui repose sur des d&#233;clarations d'intention et non des faits av&#233;r&#233;s. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la propension &#224; renouveler l'engagement dans le rassemblement &#233;v&#233;nementiel a tendance &#224; augmenter avec la perception de l'ambiance sociale et la rencontre. Globalement, 74 % des participants &#224; Paris-Plages 2007 souhaitent revenir dans l'ann&#233;e en cours et 76 % l'ann&#233;e suivante. La fid&#233;lisation des publics fonctionne d&#232;s la premi&#232;re exp&#233;rience puisque les primo-participants sont 70 % &#224; souhaiter revenir l'ann&#233;e en cours et 66 % l'ann&#233;e suivante. Les rythmes collectifs continuent donc de structurer l'ann&#233;e pour certaines populations sur lesquelles les villes peuvent s'appuyer pour dynamiser de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re leur fr&#233;quentation. Si la visite unique est finalement rare et peu commune, son renouvellement varie en fonction de l'appr&#233;ciation de l'ambiance sociale : parmi les participants qui trouvent le contact social plus facile que dans le reste de la ville, 84 % reviendront durant l'&#233;dition en cours et l'ann&#233;e suivante, alors que ceux qui trouvent le contact ni plus ni moins facile sont 67 % &#224; programmer une nouvelle visite pendant l'&#233;dition et 70 % l'ann&#233;e suivante. La convivialit&#233; des lieux r&#233;active annuellement la boucle temporelle de participation &#224; deux &#233;chelles de temps.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH156/Pradel8-9d718.jpg?1714969301' width='500' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fait remarquable, les participants qui trouvent le contact moins facile sont plus enclins &#224; revenir dans l'ann&#233;e (72 %) que ceux qui portent un jugement neutre. Ils sont m&#234;me moins affirmatifs dans leur propos que ces derniers. Soit ce ph&#233;nom&#232;ne est l'indice d'une forme de pers&#233;v&#233;rance dans l'envie de percer la dynamique sociale du lieu qu'ils n'ont pas encore bien appr&#233;hend&#233;, soit il refl&#232;te la part des publics qui viennent uniquement pour profiter des am&#233;nagements et se trouvent agac&#233;s de leur forte fr&#233;quentation qui emp&#234;che d'en profiter pleinement. Si la perception de l'ambiance sociale joue sur l'engagement rythmique dans le rassemblement, la rencontre &#224; &#233;galement un effet sur le renouvellement de la visite : 86 % des participants qui ont rencontr&#233; des connaissances, 83 % de ceux qui ont rencontr&#233; des inconnus et 80 % de ceux qui ont utilis&#233; l'&#233;v&#233;nement pour donner rendez-vous affirment qu'ils reviendront durant l'&#233;t&#233; 2007 contre 67 % des participants qui n'ont fait aucun type de rencontre. Le ph&#233;nom&#232;ne est moins marqu&#233; en ce qui concerne le renouvellement de la visite l'ann&#233;e suivante et s'interpr&#232;te plus en termes de tendance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH191/Pradel9-66324.jpg?1714969301' width='500' height='191' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si 73 % des participants qui n'ont fait aucune rencontre souhaitent revenir en 2008, ils sont 85 % &#224; affirmer la m&#234;me chose lorsqu'ils ont rencontr&#233; des connaissances par hasard et 82 % lorsqu'ils ont bavard&#233; avec une personne inconnue. Les utilisateurs du lieu pour donner rendez-vous avec des membres de leur r&#233;seau social sont 75 % &#224; souhaiter revenir et 22 % &#224; &#234;tre encore ind&#233;cis. Cela correspond &#224; leur engagement ponctuel &#233;voqu&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_4&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons boucl&#233; la boucle temporelle. La programmation de la participation au rendez-vous collectif, l'appropriation spatiotemporelle des lieux et la sociabilit&#233; qui s'y d&#233;ploie forment un triptyque explicatif des rythmes collectifs. Ainsi, parmi les participants qui viennent chaque ann&#233;e, 59 % viennent plus de 3 fois tandis que ceux qui ne viennent que ponctuellement depuis 2001 ne sont que 35 % &#224; venir plus de trois fois. Or, les participants qui font plus de trois visites &#224; Paris-Plages sont 59 % &#224; rester plus de 2 heures contre 40 % pour ceux qui ne viennent qu'une seule fois. Une part importante du public &#233;v&#233;nementiel programme sa visite, vient longtemps, souvent, r&#233;guli&#232;rement et devient les fid&#232;les de l'&#233;v&#233;nement. Dans l'explication de ces pratiques rythmiques au niveau individuel, la sociabilit&#233; en situation fait jeu &#233;gal avec les dimensions fonctionnelles ou esth&#233;tiques des lieux qui l'influencent. Le rythme d'apparition/disparition de ces fonctions, qui marque l'espace-temps urbain, rend possible la concentration d'une partie de la population et organise une morphologie spatiale et saisonni&#232;re de la m&#233;tropole. L'engagement rythmique de l'individu &#224; l'&#233;chelle pluriannuelle dans ces &#233;v&#233;nements r&#233;v&#232;le un besoin de copr&#233;sence qui contrebalance en partie l'id&#233;e du d&#233;veloppement croissant d'un zapping territorial, d'un renouvellement constant des pratiques spatiales et d'un moindre engagement dans des activit&#233;s r&#233;guli&#232;res collectives. Au-del&#224; de l'utilisation des am&#233;nagements ludiques, ou plut&#244;t en articulation avec eux, cet engagement peut s'expliquer par la volont&#233; individuelle de participer &#224; un rassemblement qui est vecteur d'interactions multiples, remodel&#233;es dans un faire-semblant ludique extra-quotidien. La fonction loisir devient alors un pr&#233;texte &#224; la rencontre car &#171; dans et par l'espace de loisir s'&#233;bauche une p&#233;dagogie de l'espace et du temps, &#224; l'&#233;tat virtuel et d&#233;ni&#233;, certes, mais comme indication et contre-indication. Le temps restitue sa valeur d'usage. La critique de l'espace du travail, implicite ou explicite, entra&#238;ne &#224; son tour celle des gestes bris&#233;s (sp&#233;cialis&#233;s), du mutisme, de la g&#234;ne et du malaise. &#187; (Lefebvre, 2000, p. 443)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si l'urbanit&#233; baln&#233;aire de Paris-Plages est b&#226;tie sur une initiative politique d'am&#233;nagements temporaires, elle repose surtout sur leur saisissement collectif par des individus qui s'en servent pour d&#233;velopper une copr&#233;sence aux accents d'in&#233;dit, de rituel institu&#233;, renversant les codes ordinaires du vivre-ensemble et en synchronisant leurs pratiques de la ville. Ce vivre-ensemble est une forme de relation affine &#224; la soci&#233;t&#233; urbaine qui se b&#226;tit &#224; partir de l'offre multiple de rassemblement &#233;v&#233;nementiel. Il illustre &#171; une relation d'association fond&#233;e ni sur l'obligation normative, ni sur l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt;, mais sur l'id&#233;e d'une relation &#224; autrui librement consentie comme fin en soi &#187; (Soulet, 2004). La multiplication et le succ&#232;s des rassemblements libres, de la &lt;i&gt;rave party&lt;/i&gt; aux ap&#233;ros g&#233;ants en passant par les festivals, exprime le besoin de vivre-ensemble dans une relation choisie, r&#233;flexive, maitris&#233;e, associative et rythm&#233;e au groupe social. Cette interpr&#233;tation renvoie &#224; la notion d'interactions n&#233;o-dialectiques entre niveaux individuels et collectifs qui, dans une perspective dynamique, peut &#234;tre rapproch&#233;e du mod&#232;le de soci&#233;t&#233; idiorrythmique de Roland Barthes qui reposent sur une conception souple de la contrainte : pas de r&#232;gle, mais des indications qui impliquent, via la mobilit&#233; et la disponibilit&#233; des individus, la possibilit&#233; d'un passage choisi vers le communautarisme ou vers la solitude absolue. Ainsi, la coordination des rythmes individuels fluides avec ceux, r&#233;guliers, du groupe est l'objet d'un choix parmi diff&#233;rents possibles, qui r&#233;pond &#224; un besoin. Ce lien associatif, replac&#233; dans une perspective temporelle, est au fondement du rythme collectif parce qu'il est aussi un lien it&#233;ratif lorsque ces possibles sont des &#233;v&#233;nements festifs. Et si la socialisation &#224; Paris-Plages repose pour certains sur une &#171; urbanit&#233; aussi festive que factice &#187; (Garnier, 2008), elle s'explique finalement par une recherche de &lt;i&gt;the place to be&lt;/i&gt; parce que &lt;i&gt;the others are in&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_5&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bauman Z., 2007. &lt;i&gt;Liquid Time : Living in an Age of Uncertainty&lt;/i&gt;, Cambridge, Polity Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bordreuil J-S., 2004. &#171; Faire la ville sur les flux ? Faire ville dans les flux. Entrer dans la compagnie des passants &#187;, actes du colloque &lt;i&gt;Faire la ville avec les flux&lt;/i&gt;, Paris, Institut de la Ville en Mouvement, 29 et 30 mars, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;http://www.ville-en-mouvement.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ville-en-mouvement.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Coste C., 2008. &#171; Comment vivre ensemble de Roland Barthes &#187;, &lt;i&gt;Recherches &amp; Travaux&lt;/i&gt;, n&#176; 72, p. 201-215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De Coninck F., Guillot C., 2007. &#171; L'individualisation du rapport au temps, marqueur d'une &#233;volution sociale &#187;, &lt;i&gt;&#191;Interrogation ? &lt;/i&gt; n&#176; 5, [En ligne] URL : &lt;a href=&#034;http://www.revue-interrogations.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.revue-interrogations.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Durkheim &#201;., [1912] 2002. &lt;i&gt;Les formes &#233;l&#233;mentaires de la vie religieuse&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Garat I., 2005. &#171; La f&#234;te et le festival, &#233;l&#233;ments de promotion des espaces et repr&#233;sentation d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale &#187;, &lt;i&gt;Annales de g&#233;ographie&lt;/i&gt;, n&#176; 643, p. 265-284.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Gauchet M., 2006. &#171; Conclusion : vers une mutation anthropologique ? &#187;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Aubert N. (dir.), &lt;i&gt;L'individu hypermoderne&lt;/i&gt;, Toulouse, Eres, p. 291-301.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Garnier J-P., 2008. &#171; Sc&#233;nographie pour un simulacre : l'espace public r&#233;enchant&#233; &#187;, &lt;i&gt;Espaces et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, n&#176; 143, p. 67-81.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Godard F., 2003. &#171; Cessons d'opposer temps individuel et temps collectif &#187;, &lt;i&gt;Revue Projet&lt;/i&gt;, n&#176; 273, p. 35-42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Grossin W., 1996. &#171; La notion de milieu temporel &#187;, &lt;i&gt;Temporalistes&lt;/i&gt;, n&#176; 32, p. 20-26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jouffe Y., &lt;i&gt;Pr&#233;caires mais mobiles, Tactiques de mobilit&#233; des pr&#233;caires flexibles et nouveaux services de mobilit&#233;&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat de sociologie soutenue le 3 juillet 2007, &#201;cole Nationale des Ponts et Chauss&#233;es, 736 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Korosec-Serfaty P., 1988. &#171; La sociabilit&#233; publique et ses territoires &#8211; Places et espaces publics urbains &#187;, &lt;i&gt;Architecture and Behaviour&lt;/i&gt;, Vol. 4, n&#176; 2, p. 111-132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Jaur&#233;guiberry F., 2004. &#171; &#171; Hyper-mobilit&#233; et t&#233;l&#233;communication &#187; in. Allemand S., Ascher F., L&#233;vy J. (dir.), &lt;i&gt;Les sens du mouvement&lt;/i&gt;, Paris, Belin, p. 130-139.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La&#239;di Z., 2002. &#171; Le temps de l'urgence &#187; &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Boulin J-Y., Dommergues P., Godard F., &lt;i&gt;La nouvelle aire du temps&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de l'Aube/DATAR, p. 51-59.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lefebvre H., [1974] 2000. &lt;i&gt;La production de l'espace&lt;/i&gt;, Paris, Anthropos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Lerup L., 1978. &#171; Environmental and Behaviour Congruence as Measure of Goodness in Public Spaces : the Case of Stockholm &#187;, &lt;i&gt;Ekistics&lt;/i&gt;, n&#176; 204, p. 341-358.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mauss M., 1906. &#171; Essai sur les variations saisonni&#232;res des soci&#233;t&#233;s eskimos. &#201;tude de morphologie sociale &#187;, &lt;i&gt;L'Ann&#233;e Sociologique&lt;/i&gt;, 1904-1905, p. 49-196.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mauss M., Hubert H., 1899. &#171; M&#233;langes d'histoires des religions : Essai sur la nature et la fonction du sacrifice &#187;, &lt;i&gt;L'Ann&#233;e Sociologique&lt;/i&gt;, tome II, p. 29-138.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Millet B., 2002. &#171; L'homme dans la ville en continu &#187; &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Gwiazdzinski L. (dir.), &lt;i&gt;La ville 24 heures sur 24&lt;/i&gt;, Paris, &#201;d. de l'Aube/DATAR, p. 87-95&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
P&#233;tonnet C., 1987. &#171; L'anonymat ou la pellicule protectrice &#187;, &lt;i&gt;Le temps de la r&#233;flexion&lt;/i&gt;, n&#176; VIII, p. 247-261.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pradel B., 2010. &lt;i&gt;Rendez-vous en ville ! Urbanisme temporaire et urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle : les nouveaux rythmes collectifs&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat en sociologie soutenue le 27 novembre 2010, Universit&#233; Paris-Est, 535 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Le titre de cet article dialogue avec celui de Francis Godard, 2003, &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article917' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Cessons d'opposer temps individuel et temps collectif &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Revue Projet&lt;/i&gt;, n&#176; 273, p. 35-42&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Compar&#233;s aux rythmes des milieux temporels ruraux, les rythmes des milieux urbains &#171; apparaissent courts, tendus, facilement r&#233;currents dans des ensembles ramass&#233;s. [...] Les semaines se suivent et se ressemblent, &#233;t&#233; comme hiver, r&#233;serve faite de quelques loisirs, plus souvent ext&#233;rieurs pendant les beaux jours. Les temps se disputent une pr&#233;&#233;minence, malgr&#233; leur conjonction n&#233;cessaire. Ils se succ&#232;dent et se chevauchent plus souvent ou plus fortement qu'ils ne s'entrecroisent. &#187; (Grossin, 1996, p.3). Mais aujourd'hui, cette &#171; r&#233;serve faite de quelques loisirs &#187; n'est-elle pas devenue un &#233;l&#233;ment fondamental de l'identit&#233; temporelle des m&#233;tropoles et de ses rythmes collectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Toutes les corr&#233;lations retenues dans cet article sont significatives avec un risque d'erreur maximum, exprim&#233; en pourcentage, de 5 %, suivant le test du Khi&#178;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;La corr&#233;lation est av&#233;r&#233;e mais nous ne pr&#233;sentons pas les tableaux ici. Pour plus de d&#233;tails nous renvoyons le lecteur &#224; la th&#232;se &#224; partir de laquelle a &#233;t&#233; &#233;crit cet article : PRADEL. B., 2010, &lt;i&gt;Rendez-vous en ville ! Urbanisme temporaire et urbanit&#233; &#233;v&#233;nementielle : les nouveaux rythmes collectifs&lt;/i&gt;, Universit&#233; Paris-Est, &#201;cole doctorale Ville, Transports, Territoires, sous la direction de Francis Godard et Marie-H&#233;l&#232;ne Massot, 535 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Individualisation des rythmes sociaux et urgence g&#233;n&#233;ralis&#233;e : le mythe de l'acteur hors du temps collectif (3/3)
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article514</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article514</guid>
		<dc:date>2012-04-02T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est tir&#233; du second chapitre de la th&#232;se de Benjamin Pradel que l'on pourra trouver dans son int&#233;gralit&#233; ici. Les r&#233;f&#233;rences bibliographiques ont &#233;t&#233; regroup&#233;es l&#224;. Si les explications macro-sociales ou top-down permettent de souligner l'affaiblissement du r&#244;le des rythmes collectifs dans la d&#233;termination du temps par l'imposition d'un temps continu, dans lequel les scansions culturelles du groupe se retrouvent noy&#233;es, il ne faut pas conclure trop vite &#224; un total d&#233;terminisme. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Rythmes du social
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;1. Une nouvelle discipline du temps in&#233;galement v&#233;cue&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;1. Une nouvelle discipline du temps in&#233;galement v&#233;cue&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;2. Une gestion temporelle ind&#233;pendante des rythmes sociaux ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;2. Une gestion temporelle ind&#233;pendante des rythmes sociaux ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3. Le r&#232;gne de l'urgence : une d&#233;programmation de la vie sociale ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;3. Le r&#232;gne de l'urgence : une d&#233;programmation de la vie sociale ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est tir&#233; du second chapitre de la th&#232;se de Benjamin Pradel que l'on pourra trouver dans son int&#233;gralit&#233; &lt;a href=&#034;http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00546513_v4/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Les r&#233;f&#233;rences bibliographiques ont &#233;t&#233; regroup&#233;es &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/pdf/Benjamin_Pradel_Bibliographie.pdf' class=&#034;spip_in&#034; type='application/pdf'&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si les explications macro-sociales ou &lt;i&gt;top-down&lt;/i&gt; permettent de souligner l'affaiblissement du r&#244;le des rythmes collectifs dans la d&#233;termination du temps par l'imposition d'un temps continu, dans lequel les scansions culturelles du groupe se retrouvent noy&#233;es, il ne faut pas conclure trop vite &#224; un total d&#233;terminisme. L'&#233;mergence de ce temps a-rythmique &#224; dominante &#233;conomique, faisant fi des liturgies traditionnelles, rencontre le mouvement de plus longue port&#233;e historique de l'individuation. Avec le processus de civilisation th&#233;oris&#233; par Norbert &#201;lias nous avons fait le choix de ne pas donner de pr&#233;&#233;minence &#224; une approche holiste sur une approche via l'individu dans l'explication du d&#233;senchantement du temps. Ainsi, en parall&#232;le du processus d'int&#233;gration mondiale des soci&#233;t&#233;s via la d&#233;termination d'un temps plan&#233;taire, la seconde facette du d&#233;senchantement et de la rationalisation du temps est celle de son individualisation. Ce temps d&#233;coup&#233; en instants strictement &#233;quivalents qui s'encha&#238;nent de mani&#232;re de plus en plus rapide et qui ne disent rien de la valeur symbolique affect&#233;e &#224; chaque moment, c'est aussi celui de l'individu strat&#233;gique qui rentabilise son temps et se d&#233;solidarise des grands r&#233;cits rythmiques. Au temps continu des r&#233;seaux correspondrait un individu cherchant &#224; &#233;laborer ses propres rythmes personnels ind&#233;pendamment des scansions collectives. D'autant plus qu'aux rythmes institutionnels s'oppose le temps v&#233;cu ou temps personnel, multiple et subjectif, de plus en plus souvent mis en avant face &#224; des temps collectivement contraints. Pour Andr&#233; Rauch, &#171; apr&#232;s le temps collectif de la montre, et apr&#232;s en avoir termin&#233; avec les imp&#233;ratifs du calendrier, on se met au rythme de l'agenda et des dur&#233;es personnalis&#233;es &#187; (2003, p. 50).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le temps plan&#233;taire n'existe comme r&#233;alit&#233; sociale que parce qu'il est utilis&#233; et appropri&#233; par les individus dans leurs modes de vie quotidiens, dans la structuration de leurs rapports sociaux et spatiaux. Le temps social n'a de valeur que s'il est saisi par les acteurs. Ainsi, la technicisation du rapport au temps interroge la possibilit&#233; de l'existence des rythmes collectifs dans la soci&#233;t&#233; moderne parce qu'elle permettrait une plus grande autonomie de l'acteur vis-&#224;-vis du temps collectif et institutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;1. Une nouvelle discipline du temps in&#233;galement v&#233;cue &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La construction du rapport au temps provient d'un double mouvement dans lequel les individus se saisissent du contexte temporel et de ses d&#233;coupages pour se les approprier et ce faisant, les valident, les rejettent ou les font &#233;voluer. La capacit&#233; d'appropriation du temps social n'a &#233;t&#233; rendue possible qu'avec la d&#233;mocratisation de l'accessibilit&#233; technique et intellectuelle des symboles du temps spatialis&#233;. Les phases d'appropriation du calendrier ou de l'horloge constituent un gradim&#232;tre de la gestion du temps par les individus, se substituant &#224; une soumission passive &#224; un temps collectivement signifi&#233; par des donneurs de temps. Le calendrier, l'almanach, l'agenda, l'horloge publique ou priv&#233;e, la montre, le &#171; Personnel Digital Assistant &#187; (PDA), le t&#233;l&#233;phone portable et maintenant les smartphones sont autant de technologies d'individualisation de la perception et de la gestion du temps (Le Goff, 2002). L'individualisation du rapport au temps entre donc dans l'histoire longue de l'humanit&#233;, du passage des communaut&#233;s aux soci&#233;t&#233;s et plus g&#233;n&#233;ralement de la place grandissante accord&#233;e &#224; l'individu dans le monde social depuis les bouleversements politiques et &#233;conomiques des XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. &#192; mesure que la d&#233;termination du temps gagnait en pr&#233;cision et que se rel&#226;chaient les trames narratives contraignantes des appartenances traditionnelles et communautaires, la ma&#238;trise individuelle du temps grandissait avec l'affirmation de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'av&#232;nement d'un temps quantitatif r&#233;f&#233;r&#233; &#224; un mouvement m&#233;canique strictement reproductible est utile pour organiser la vie sociale et a donn&#233; lieu &#224; une consid&#233;rable autodiscipline du temps comme le d&#233;montre &#201;lias. Mais c'est ce m&#234;me temps, &#171; un temps vide et sans surprises, un temps d&#233;nu&#233; de sens &#187; (Zarifian, 2001) qui, parce qu'il &#233;mane d'une utilit&#233; instrumentale pour certains groupes sociaux, impose sa dictature. Ainsi, l'accessibilit&#233; au temps spatialis&#233; et &#224; la m&#233;trique de la mesure est in&#233;gale. Un foss&#233; s&#233;pare les individus qui r&#232;glent leurs activit&#233;s au moyen d'une montre et d'un agenda de ceux qui ignoraient jusqu'&#224; leur date de naissance, les marchands des paysans, les clercs des fid&#232;les, les urbains des ruraux, les riches des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le m&#234;me foss&#233; existe aujourd'hui face &#224; la c&#233;l&#233;rit&#233; et la continuit&#233; du temps des r&#233;seaux qui p&#232;sent diff&#233;remment sur les pratiques des individus selon qu'ils ma&#238;trisent ou non un certain nombre d'instruments d'organisation du temps, selon qu'ils adh&#232;rent &#224; un certain rythme de vie dit &#171; moderne &#187; ou &#171; postmoderne &#187;. Francis Godard oppose le type &#171; cadre &#8211; vivant seul(e) &#8211; dans des entreprises parisiennes &#8211; haut de gamme &#8211; selon des horaires totalement flexibilis&#233;s &#187; au type &#171; employ&#233; &#8211; mari&#233; &#224; une ouvri&#232;re &#8211; d'une PME de province &#8211; selon des horaires de travail r&#233;guliers &#187; (Godard, 2002). D'un c&#244;t&#233;, nous constatons la mont&#233;e d'un individualisme n&#233;gatif ou &#171; l'individu par d&#233;faut &#187; (Castel, 2006) qui d&#233;coule d'une contrainte d'adaptation des modes de vie &#224; une donne temporelle domin&#233;e par l'id&#233;e de continuit&#233; et de flexibilit&#233;. D&#232;s lors, l'arythmie collective impos&#233;e et la continuit&#233; des activit&#233;s &#233;rig&#233;e en progr&#232;s universel marginalisent ceux qui ne peuvent rester branch&#233;s, joignables et r&#233;actifs et/ou qui ne peuvent n&#233;gocier l'organisation de leur temps. Ils sont les &#171; oubli&#233;s de la civilisation du temps &#187; (Godard, 2003b, p. 41). De l'autre c&#244;t&#233;, la transformation des rythmes de vie est le fait d'un individu qui red&#233;finit, dans un tel contexte, la force de ses rapports avec l'id&#233;e de charpente temporelle collective. Sa ma&#238;trise et l'acc&#232;s aux technologies de d&#233;localisation/relocalisation ou d&#233;synchronisation/resynchronisation se traduit par une am&#233;lioration de sa mobilit&#233; et de l'acc&#232;s &#224; l'information, qui lui assurent une flexibilit&#233; et une qualit&#233; de vie moins soumises aux contraintes temporelles collectives (Gaber &amp; Gruer, 2002). Si les transformations &#224; l'&#339;uvre dans le domaine du temps travail p&#232;sent n&#233;gativement sur certains, elles permettent pour d'autres une diversification des modes d'organisation spatiotemporelle per&#231;ue comme un &#233;largissement des possibles. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la d&#233;stabilisation du syst&#232;me temporel fordiste contribue &#224; red&#233;finir les modes d'organisation des temps individuels, soit sous contrainte, soit par choix. Par exemple, 37 % des salari&#233;s ne travaillent pas le m&#234;me nombre d'heures chaque jour, 22 % ne travaillent pas le m&#234;me nombre de jours chaque semaine et 24 % voient leurs horaires de travail changer au cours du mois (Urbain, 2002a). Une nouvelle discipline du temps &#233;merge ainsi d'un processus d'individualisation des modes de vie, de transformation de l'organisation du travail et d'affaiblissement des &#171; donneurs de temps &#187; face au temps continu des r&#233;seaux. Elle est consubstantielle de l'augmentation de l'influence du mod&#232;le de la personnalit&#233; hypermoderne, celle qui aspire &#224; une plus grande autonomie dans la gestion de ses temps sociaux. Le temps ne se consomme plus comme un produit de masse mais comme un produit pour un consommateur exigeant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;2. Une gestion temporelle ind&#233;pendante des rythmes sociaux ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Organiser ses temps sociaux n'est plus une question plus ou moins r&#233;gl&#233;e de l'ext&#233;rieur. Les marges de libert&#233; dans le choix de l'&#233;conomie de son temps sont &#233;largies. Cette opportunit&#233; n'est pas saisie de la m&#234;me mani&#232;re par tout le monde. &#192; ce titre, la figure de l'individu press&#233;, branch&#233;, flexible, se pensant d&#233;tach&#233; du cadre collectif s'impose dans les analyses contemporaines des &#233;volutions des modes de vie notamment en milieu urbain (Jaur&#233;guiberry, 2003 ; Gauchet, 1999) et questionne les possibilit&#233;s d'&#233;mergence de concentrations r&#233;guli&#232;res de la morphologie sociale. &#192; l'&#233;clatement de l'organisation industrielle du temps et apr&#232;s l'individu traditionnel puis moderne, correspondrait l'individu hypermoderne se d&#233;fendant de suivre toute organisation institutionnelle ou pr&#233;d&#233;finie des temps sociaux pour choisir ses propres sch&#233;mas temporels. Il se place au-del&#224; d'une volont&#233; d'ind&#233;pendance, se pense ou se croit hyper-ind&#233;pendant du groupe (Castel, 2006), con&#231;oit le fait de vivre en soci&#233;t&#233; comme un contexte, pas une responsabilit&#233;, dans lequel il peut d&#233;ployer sa personnalit&#233; propre. Des auteurs tels que Christopher Lasch, Richard Sennett, Gilles Lipovetsky ou Alain Ehrenberg mettent l'accent sur l'inflation de l'individualisme, de la subjectivit&#233;, difficile &#224; concilier avec des syst&#232;mes de r&#233;gulations collectives qui sont le propre de la vie en soci&#233;t&#233;. Par exemple, en ce qui concerne le rapport aux temps institu&#233;s de la religion, il existe une chute des pratiques religieuses, mensuelles, festives et dominicales qui r&#233;pondent &#224; un rythme collectif. Cela ne signifie pas un d&#233;clin de la religion mais une prise de distance avec le principe m&#234;me d'institution religieuse et une &#171; diss&#233;mination des petits r&#233;cits croyants que les individus produisent eux-m&#234;mes &#224; partir de leurs aspirations, de leurs int&#233;r&#234;ts, de leurs dispositions, de leurs exp&#233;riences &#187; (Hervieu-L&#233;ger &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Ruano-Borbalan, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'individu reconstruit pour lui-m&#234;me les grands r&#233;cits du temps en les modelant suivant ses envies. Il est le mod&#232;le de l'individu le plus visible parce qu'il occupe l'avant-sc&#232;ne de la modernit&#233;. Il met au premier plan de ses pr&#233;occupations, ou comme valeur premi&#232;re, le temps v&#233;cu et subjectif sur le temps abstrait et collectif. Il adh&#232;re au temps des r&#233;seaux, continu et acc&#233;l&#233;r&#233;, parce qu'il lui permet de s'extraire des contraintes locales d'un temps social r&#233;gl&#233; par des conventions plus ou moins formelles. Il se saisit des m&#234;mes technologies qui ont permis &#224; l'&#233;chelle mondiale l'hyper-synchronisation des activit&#233;s pour redessiner, &#224; l'&#233;chelle individuelle, ses possibilit&#233;s de ma&#238;trise de son temps propre. Les techniques de localisation spatiotemporelle &#8211; du terminal GPS au terminal GSM, du PDA au micro PC, de l'automobile &#224; l'Internet &#8211; lui permettent d'&#233;laborer des programmes d'activit&#233;s d&#233;tach&#233;es des scansions du groupe, adaptables selon les situations, changeant selon ses d&#233;sirs. Il d&#233;veloppe un rapport plus r&#233;flexif au temps ce qui entra&#238;ne chez lui une capacit&#233; de diff&#233;rer ses actions, d'&#233;laborer des programmes d'action personnels, de singulariser son espace-temps. C'est un individu hypermobile qui flue, s'&#233;coule, se r&#233;pand voire s'&#233;panche dans un rapport au temps, &#224; l'espace et &#224; l'alt&#233;rit&#233; qui appara&#238;t dans un premier temps comme arythmique et sans tempo collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'individu serait entr&#233; dans une dynamique croissante de distinction radicale de ses modes de vie, de diff&#233;renciation, passant notamment par l'articulation autonome de ses s&#233;quences d'activit&#233;s, les d&#233;synchronisant volontairement des temps du groupe. La d&#233;synchronisation signifie ici que l'encha&#238;nement quotidien, hebdomadaire ou saisonnier des activit&#233;s de l'individu appara&#238;t comme singulier et soumis en derni&#232;re instance &#224; sa propre conduite, sans que cela ne cr&#233;e trop de tensions avec les rythmes d'autres personnes (Trautman, 2007). Ainsi la d&#233;synchronisation est une forme de diff&#233;renciation suppos&#233;e recherch&#233;e par tous, suivant la logique que &#171; l'acc&#232;s &#224; la diff&#233;rence est une valeur, un bien rare qui vaut cher &#187; (Bourdin &amp; Masboungi, 2004) et qu'il convient de convoiter. L'individu hypermoderne fait de la possibilit&#233; de se d&#233;synchroniser des temps du groupe un &#233;l&#233;ment de construction identitaire, en fuyant la stabilit&#233; des rythmes institutionnels, voire traditionnels, et en d&#233;veloppant des appartenances &#224; faible contrainte temporelle. L'absence d'appartenance peut prendre des formes n&#233;gatives, mais il existe &#233;galement une absence ou flexibilit&#233; des appartenances v&#233;cue positivement. Les liens sociaux sont d'abord et avant tout marqu&#233;s par la mobilit&#233;, le choix permanent, la capacit&#233; de se d&#233;placer ais&#233;ment dans l'espace affectif, social, cognitif. De ce fait, ils sont aussi flexibles dans le temps, ne durent pas longtemps ou se r&#233;activent de mani&#232;re tr&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;re, rendant potentiellement obsol&#232;te l'id&#233;e de morphologie temporelle propre &#224; un groupe social. Apr&#232;s le temps de la montre et le rejet des imp&#233;ratifs du calendrier et des institutions, chacun se met au rythme de son propre agenda en construisant des dur&#233;es et des rythmes personnalis&#233;s, faiblement d&#233;pendant d'autrui. Par exemple, l'apparition chez les voyagistes des offres dont la dur&#233;e correspond &#224; de longs week-ends et des mini-semaines illustre une tendance &#224; un &#233;clatement de la prise de vacances tout au long de l'ann&#233;e et &#224; la d&#233;-massification des comportements vacanciers. Les s&#233;jours raccourcissent, se multiplient r&#233;duisant peu &#224; peu la port&#233;e du sch&#233;ma traditionnel saisonnier des grandes vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'individu hypermoderne est celui qui semble endosser le plus radicalement l'image de l'homme flexible qui passe son temps &#224; jongler d'une activit&#233; &#224; l'autre, d'un &#233;v&#233;nement &#224; l'autre, qui semble d'autant plus improviser qu'il peut reprogrammer sans cesse sa journ&#233;e. Un homme pour lequel le temps n'a plus de consistance (Guillot &amp; De Conninck, 2007). En conservant l'exemple des pratiques vacanci&#232;res, cette flexibilit&#233; du temps s'observe dans la tendance &#224; consommer le temps libre o&#249; il se trouve dans le corps de l'ann&#233;e voire de la semaine. Des sites Internet proposant, 24 heures sur 24, des voyages en ligne ou des s&#233;jours &#171; derni&#232;re minute &#187; &#224; l'image du site Lastminut.com ou des billets &#171; derni&#232;res minutes &#187; de la SNCF permettent de mettre en pratique et incitent financi&#232;rement une consommation du temps sur coup de t&#234;te, &#224; la vol&#233;e, chamboulant l'agenda initial. La dimension collective et relativement stable des temps sociaux &#233;clate sous les coups de butoir d'une individualisation du rapport au temps. La mobilit&#233; accrue permet de multiplier les activit&#233;s dans une m&#234;me s&#233;quence temporelle, affiner leurs articulations, acc&#233;l&#233;rer leur encha&#238;nement : amener les enfants &#224; l'&#233;cole sur le chemin du travail tout en passant par la pharmacie, faire ses courses en rentrant du travail le t&#233;l&#233;phone &#224; l'oreille pour r&#233;gler la venue de la nounou le soir, permettant, apr&#232;s &#234;tre pass&#233; faire une heure de sport, de sortir au th&#233;&#226;tre. Les technologies de la communication offrent la possibilit&#233; de g&#233;rer, avec une quasi-ubiquit&#233;, diff&#233;rentes t&#226;ches simultan&#233;ment : l'Internet &#224; domicile permet de consulter ses mails professionnels tandis que le t&#233;l&#233;phone portable ouvre la possibilit&#233; de rester connecter en toute circonstance &#224; diff&#233;rentes sph&#232;res d'activit&#233;s, par exemple pendant un d&#233;placement en voiture. Le r&#233;gime temporel des r&#233;seaux correspondrait &#224; un homme ayant toujours r&#234;v&#233; d'&#234;tre ici et ailleurs en m&#234;me temps, lib&#233;r&#233; de la notion de temps perdu, organisant comme il le souhaite son quotidien au gr&#233; de ses envies propres, maximisant l'utilit&#233; marginale du temps gagn&#233; et minimisant le temps perdu dans un horizon temporel court.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3. Le r&#232;gne de l'urgence : une d&#233;programmation de la vie sociale ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le mode d'action &#171; en urgence &#187; est longtemps demeur&#233; une fa&#231;on relativement exceptionnelle de traiter une situation, le XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle semble marqu&#233; par l'ascension irr&#233;sistible de son r&#232;gne (Aubert, 2000). L'urgence serait en passe de devenir un mode privil&#233;gi&#233; de r&#233;gulation sociale, une modalit&#233; d'organisation de la vie collective et une forme individuelle de gestion de ses temps sociaux. Or, l'urgence de l'action individuelle s'oppose &#224; la p&#233;riodicit&#233; des rythmes collectifs. Comment penser la r&#233;gularit&#233; des actions collectives si l'individu fonctionne dans l'urgence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La r&#233;gulation du temps assur&#233;e dans l'instantan&#233;it&#233; par la logique du temps continu des r&#233;seaux notamment &#233;conomiques et la r&#233;volution des TIC se sont conjugu&#233;s pour instaurer le r&#232;gne d'une &#233;conomie r&#233;gie par la dictature du &#171; temps r&#233;el &#187; et de l'imm&#233;diatet&#233; des r&#233;ponses aux sollicitations du march&#233;. Cette logique expos&#233;e plus haut s'&#233;tend &#224; l'ensemble des sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; jusque dans la vie personnelle. D'abord parce que la logique professionnelle d&#233;teint sur les modes de vie priv&#233;e. Dans la sph&#232;re du travail notamment, l'instantan&#233;it&#233;, la r&#233;activit&#233;, l'acc&#233;l&#233;ration des processus, ont des cons&#233;quences sur le temps dont dispose un salari&#233; pour r&#233;pondre &#224; une sollicitation, effectuer une t&#226;che. De plus, les entreprises peuvent avoir comme r&#233;action de rejeter sur leurs salari&#233;s les risques auxquels elles sont confront&#233;es en faisant du rythme de travail humain une variable d'ajustement. Par empreinte n&#233;gative, le temps hors travail se soumet &#224; ce temps flexible. Les TIC permettent &#233;galement un plus grand enchev&#234;trement des temps sociaux qui constitue un facteur aggravant de l'urgence dans la mesure o&#249; les individus doivent souvent r&#233;pondre &#224; des sollicitations multiples et jongler avec le temps pour les faire tenir ensemble (Isaac, Campoy &amp; Kalika, 2007). La multiplication des possibilit&#233;s techniques de coordination des activit&#233;s, leur embo&#238;tement temporel accru et leur insertion dans une logique de temps continu &#224; saisir ici et maintenant acc&#233;l&#232;rent le rythme de vie de l'individu hypermoderne. C'est ce que John Urry appelle l'&#233;mergence d'un &#171; temps instantan&#233; &#187;. Le temps instantan&#233; souligne le caract&#232;re simultan&#233; des relations sociales et techniques qui s'oppose aux intervalles s&#233;par&#233;s et mesurables du temps de l'horloge. Il souligne &#233;galement l'importance des dur&#233;es exceptionnellement courtes et fragment&#233;es qui s'illustrent dans les pratiques de zapping m&#233;diatique, social ou spatial. La possibilit&#233; de passer rapidement d'un endroit &#224; un autre ou d'un interlocuteur &#224; un autre repose sur des TIC qui fonctionnent selon des instants tr&#232;s brefs et hors de port&#233;e du v&#233;cu humain (Urry, 2005). Est-il n&#233;cessaire que le rapport technique au temps valorise autant la dur&#233;e, qu'il enferme la vie sociale dans une rigueur pr&#233;tendument rationnelle qui n'a souvent d'autre justification qu'elle-m&#234;me et qui menace jusqu'&#224; la sant&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Via l'image du &#171; temps instantan&#233; &#187; de Urry, l'urgence devient une forme d'organisation du temps &#224; travers l'av&#232;nement d'un &#171; homme pr&#233;sent &#187; (La&#239;di, 2002, p. 51), port&#233; par ce glissement dans les repr&#233;sentations du temps. Pour l'homme pr&#233;sent l'attente est devenue insupportable parce qu'elle n'apporte pas de b&#233;n&#233;fice. L'attente fait perdre quelque chose et ce sentiment de perte renvoie &#224; l'incertitude de l'avenir. Le tout, tout de suite s'&#233;rige alors en revendication et le v&#233;cu devient la valeur positive par excellence, voire tyrannique (La&#239;di, 2002). Il s'agit de faire plus dans un laps de temps toujours plus r&#233;duit en contractant les dur&#233;es, en allongeant les plages d'activit&#233; et en les articulant de plus en plus finement. La chasse au temps mort, &#224; l'ennui, &#224; la lenteur est lanc&#233;e et la r&#233;gularit&#233; devient synonyme d'archa&#239;sme voire de conservatisme. Il n'est plus question de suivre des rythmes pr&#233;form&#233;s &#224; partir desquels l'individu pourrait programmer &#224; l'avance ses activit&#233;s et construire un sch&#233;ma temporel stable car redondant. Aux logiques de planification faisant usage de l'exactitude se substituent des logiques d'adaptation qui jouent sur les occasions et permettent de coordonner un comportement &#224; un imp&#233;ratif soudain (Jaur&#233;guiberry, 2003). Pour permettre ce fonctionnement adaptatif, l'individu doit pouvoir &#224; tout moment s'extraire et se d&#233;sengager de la situation spatiale, sociale mais surtout temporelle dans laquelle il se trouve. Il doit &#233;galement ne pas s'engager sur le long terme car cela reviendrait &#224; hypoth&#233;quer sa capacit&#233; &#224; &#234;tre flexible dans l'organisation de ses activit&#233;s futures. Il peut aussi chercher &#224; prolonger son temps d'activit&#233; et rester en veille pour s'adapter &#224; des demandes d&#233;connect&#233;es de son temps de r&#233;f&#233;rence local. Ce type de fonctionnement, tourbillonnant et r&#233;actif, ramasse l'exp&#233;rience du temps dans une sorte de pr&#233;sent continu qui rejette au loin les incertitudes voire les questions existentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Mais l'articulation pragmatique entre &#171; l'homme pr&#233;sent &#187; de La&#239;di et le &#171; temps instantan&#233; &#187; de Urry reste difficile. En effet, lorsque le temps instantan&#233; devient hors de port&#233;e du temps v&#233;cu, l'homme pr&#233;sent, en cherchant &#224; rattraper ce temps qui lui &#233;chappe, triche avec ses propres limites. De nouveaux probl&#232;mes apparaissent pour celui qui, branch&#233; en permanence au temps continu des r&#233;seaux, s'engage de mani&#232;re extr&#234;me dans le pr&#233;sent, voire dans l'instant. Le citadin branch&#233; sur plusieurs canaux, encha&#238;nant voire superposant ses activit&#233;s, s'adaptant &#224; l'urgence par des programmes temporels flexibles et variant en temps r&#233;el, est un individu qui triche parfois avec ses rythmes internes. La distanciation entre une d&#233;termination du temps bas&#233;e sur des s&#233;quences m&#233;caniques puis scientifiques et les s&#233;quences naturelles de jadis renvoie &#224; la question des rythmes biologiques et de la finitude de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'horizon temporel se r&#233;duit &#224; la semaine, la journ&#233;e voire l'heure ou la minute et se couvre des nuages annonciateurs de l'angoisse de ne pouvoir faire ce qui &#233;tait pr&#233;vu &#224; cause d'un manque de temps, d'une contamination d'activit&#233; soudaine, d'une difficult&#233; &#224; op&#233;rer des choix, d'une impossibilit&#233; de s'adapter au temps instantan&#233;. Jaur&#233;guiberry &#233;voque le &#171; syndrome de l'homme branch&#233; &#187; constitu&#233; d'un ensemble de sympt&#244;mes du mal latent qui guette ceux qui vivent leur exp&#233;rience d'ubiquit&#233; m&#233;diatique selon une logique de pure rentabilit&#233;, et qui se traduit par la peur de rater quelque chose d'important, de ne plus &#234;tre connect&#233; (Jaur&#233;guiberry, 2003). L'urgence devient un sympt&#244;me (Aubert, 2002), le v&#233;cu devient tyrannique (La&#239;di, 2003), le d&#233;sir est ruin&#233; par la guerre des temps (Stiegler, 2002). Le stress devient la maladie de toute une &#233;poque, et les pays occidentaux des consommateurs acharn&#233;s d'antid&#233;presseurs et d'anxiolytiques pour d&#233;passer les contraintes d'un corps fini. Les recherches en chronobiologie montrent que l'homme poss&#232;de une organisation temporelle, des rythmes nycth&#233;m&#233;raux, qui en font un animal &#224; activit&#233; diurne. La sensation de faim, le besoin de dormir, l'attention intellectuelle, l'activit&#233; sexuelle mais aussi la temp&#233;rature corporelle et la tension art&#233;rielle sont des processus physiologiques r&#233;gul&#233;s par des s&#233;cr&#233;tions synchronis&#233;es avec l'alternance du jour et de la nuit, voire r&#233;parties suivant un sch&#233;ma annuel (Millet 2002). Certains en viennent alors &#224; tricher avec le temps via la consommation pouss&#233;e de substances licites (&lt;i&gt;energy drink&lt;/i&gt;, m&#233;dicaments pour dormir ou tenir &#233;veill&#233;) ou illicites (coca&#239;ne, amph&#233;tamine, &lt;i&gt;ecstasy&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;D'un c&#244;t&#233;, si le trop plein d'exactitude et de planification fige le corps social, de l'autre, trop d'opportunisme et d'al&#233;as rendent l'action individuelle impr&#233;visible et la soci&#233;t&#233; incertaine. L'urgence articul&#233;e &#224; la flexibilit&#233; appara&#238;t comme un des pi&#232;ges du temps, comme un mode d'action qui exclut la programmation et l'id&#233;e de rythme p&#233;riodique per&#231;u comme une contrainte et une rigidit&#233;. L'individu ne serait-il plus en mesure de programmer des phases d'action &#224; long terme ? Ne serait-il plus capable de se projeter dans le temps long pour atteindre des objectifs autres que ceux dict&#233;s par la sph&#232;re du travail et du loisir individuel ? Pour Andr&#233; Rauch, il semble donc qu'avec &#171; l'av&#232;nement des dur&#233;es individualis&#233;es, on peut &#233;ventuellement parler d'un &#8220;cr&#233;puscule&#8221; des temps solidaires &#187; (2003, p. 51).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;Center&gt;* * * * *&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'hyper-synchronisation mondiale et l'individualisation du temps s'allient pour interroger la port&#233;e sociale des rythmes collectifs &#224; l'&#233;poque moderne et d&#233;senchanter le temps &#224; travers la rationalisation de ses repr&#233;sentations. Le temps social de r&#233;f&#233;rence est plus quantitatif, homog&#232;ne, continu, mondialis&#233; tandis que les temporalit&#233;s individuelles sont plus ind&#233;pendantes du temps institu&#233; du groupe, moins programm&#233;es, plus flexibles, moins r&#233;guli&#232;res. Ces &#233;volutions expliqueraient l'affaiblissement des rythmes partag&#233;s, notamment lorsqu'elles sont articul&#233;es avec le processus de m&#233;tropolisation tel que l'expose Georg Simmel. C'est dans les espaces urbains que les citadins d&#233;veloppent les traits marquants de la modernit&#233; qui sont la propension &#224; l'individualisation, &#224; l'intellectualisation et &#224; la rationalisation des rapports sociaux, des activit&#233;s, du rapport au monde. La m&#233;tropole est l'univers de la raison et de l'intellect dans lequel l'esprit objectif prend le pas sur l'esprit subjectif, le temps quantitatif sur le temps qualitatif rempli de sens collectif et, jadis, en rapport avec la nature. Or, le combat livr&#233; par l'homme moderne afin de maintenir sa singularit&#233; face &#224; la pr&#233;pond&#233;rance de la soci&#233;t&#233; urbaine et des techniques qui lui sont ext&#233;rieures (par exemple le temps technique) est pr&#233;sent&#233; par Simmel comme la &#171; forme la plus r&#233;cente du combat avec la nature que l'homme primitif a livr&#233; pour son existence &#187; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Jonas, p. 55). L'homme prot&#233;geait ainsi son individualit&#233; d'une trop grande fusion avec un ordre naturel contraignant pour s'extraire illusoirement de sa condition d'animal par l'acc&#233;l&#233;ration de ses rythmes de vie. En d&#233;couplant ses rythmes de ceux de la nature, l'homme et ses organisations sociales ne prendraient plus comme r&#233;f&#233;rence pour la d&#233;termination du temps les variations de la morphologie sociale mais des techniques utilisables individuellement (Rosa, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;En &#233;tirant de mani&#232;re extr&#234;me ce processus, Simmel explique que l'individu, en cherchant &#224; prot&#233;ger sa libert&#233;, s'enferme dans une solitude individuelle, dans un temps a-culturel et dans le fameux &#171; anonymat des grandes villes &#187;. Pour William Grossin, &#171; la rencontre des temps serr&#233;s dans le milieu temporel urbain produit une effervescence physique et mentale ressentie parfois comme agr&#233;able, stimulante, efficace, mais fatigante &#224; la longue. &#187; (Grossin, 1996, p. 3). Collectivement, cet anonymat et cette fatigue posent la question de la possibilit&#233; de produire de nouveaux rythmes sociaux d&#233;sanonymant et lents. Le pouvoir politique urbain pourrait alors devenir le successeur des croyances dans l'ordre cyclique naturel et de la soumission aux grands donneurs de temps historiques, apr&#232;s le recul de la religion et l'affaiblissement de l'&#201;tat centralis&#233;. Cependant, il semble que ce soit plut&#244;t la figure de la ville en continu, a-rythmique, &lt;i&gt;&#171; the Twenty-Four Hour City &#187;&lt;/i&gt; n&#233;e en Grande Bretagne (Paquot, 2009) qui s'impose &#224; l'analyse et gagne du terrain dans les explications du fonctionnement urbain. Derri&#232;re le mod&#232;le de la ville en continu, c'est aussi une nouvelle mani&#232;re d'aborder le concept de rythme en sciences sociales qui se d&#233;voile. Le rythme individualis&#233;, fond&#233; sur un principe de fluidit&#233;, se rependrait dans le monde social et donc dans ses mod&#232;les interpr&#233;tatifs. Au pire ces mod&#232;les font dispara&#238;tre l'id&#233;e m&#234;me de rythmes collectifs des villes, au mieux, lorsqu'ils parviennent &#224; en isoler certains, ils leur allouent un r&#244;le davantage folklorique que social et fonctionnel dans l'organisation des m&#233;tropoles et des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Int&#233;gration des soci&#233;t&#233;s et temps mondialis&#233; : la n&#233;gation des rythmes collectifs locaux (2/3)
</title>
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		<dc:date>2012-03-02T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Pradel
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&lt;p&gt;Ce texte est tir&#233; du second chapitre de la th&#232;se de Benjamin Pradel que l'on pourra trouver dans son int&#233;gralit&#233; ici. Les r&#233;f&#233;rences bibliographiques ont &#233;t&#233; regroup&#233;es l&#224;. Nous nous int&#233;ressons dans un premier temps au mouvement d'int&#233;gration d'un temps mondial pour comprendre de quelle mani&#232;re ce processus questionne la valeur et le r&#244;le des rythmes sociaux dans l'organisation des soci&#233;t&#233;s modernes. Le passage d'une repr&#233;sentation cyclique du temps &#224; une repr&#233;sentation lin&#233;aire, la mise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Rythmes du social
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;1. Du temps cyclique au temps lin&#233;aire : la rupture primitive pour une unification du temps&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;1. Du temps cyclique au temps lin&#233;aire : la rupture primitive pour une unification du (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;2. La d&#233;termination du calendrier et le temps mondialis&#233;&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;2. La d&#233;termination du calendrier et le temps mondialis&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3. La d&#233;termination du temps quotidien : du temps transcendantal au temps instrumental&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;3. La d&#233;termination du temps quotidien : du temps transcendantal au temps instrumental&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est tir&#233; du second chapitre de la th&#232;se de Benjamin Pradel que l'on pourra trouver dans son int&#233;gralit&#233; &lt;a href=&#034;http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00546513_v4/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Les r&#233;f&#233;rences bibliographiques ont &#233;t&#233; regroup&#233;es &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/pdf/Benjamin_Pradel_Bibliographie.pdf' class=&#034;spip_in&#034; type='application/pdf'&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Nous nous int&#233;ressons dans un premier temps au mouvement d'int&#233;gration d'un temps mondial pour comprendre de quelle mani&#232;re ce processus questionne la valeur et le r&#244;le des rythmes sociaux dans l'organisation des soci&#233;t&#233;s modernes. Le passage d'une repr&#233;sentation cyclique du temps &#224; une repr&#233;sentation lin&#233;aire, la mise en concordance des calendriers locaux dans un calendrier mondial et la mont&#233;e en pr&#233;cision des symboles de d&#233;termination du temps quotidien constituent trois &#233;volutions qui ont radicalement transform&#233; le rapport des soci&#233;t&#233;s au temps. La d&#233;termination sociale du temps serait arriv&#233;e &#224; un tel niveau d'int&#233;gration mondiale et de pr&#233;cision technique qu'elle se serait d&#233;tach&#233;e des rythmes collectifs locaux et des r&#233;f&#233;rences naturelles. Elle refl&#232;terait ainsi l'&#233;mergence d'une morphologie sociale caract&#233;ris&#233;e avant tout par la fluidit&#233;, la flexibilit&#233; et la continuit&#233; plus que par la cyclicit&#233;, la fixit&#233; et l'alternance. Le processus de globalisation, parfois pr&#233;sent&#233; comme synonyme de marche vers le progr&#232;s mais dont on ne conna&#238;t pas les premiers de cord&#233;es, aurait mis le temps social au pas pour imposer un temps d&#233;sincarn&#233;, d&#233;senchant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Pr&#233;cisons tout de m&#234;me que l'histoire de la rationalisation du temps et de la complexification de son appareillage symbolique fait se chevaucher plusieurs phases. L'&#233;mergence d'un syst&#232;me unifi&#233; du temps est interpr&#233;t&#233;e ici comme la derni&#232;re phase de cette histoire qui a vu se t&#233;lescoper et se chevaucher, &#224; plusieurs moments, le temps m&#233;canique utilis&#233; par les &#233;lites, notamment urbaines, et le temps traditionnel et saisonnier utilis&#233; dans les campagnes ; le temps religieux de la cloche de l'&#233;glise et le temps civil du beffroi ; le temps de l'activit&#233; industrielle de l'ouvrier et le temps grossier des espaces ruraux, etc. Nous rendons compte d'un processus long, non lin&#233;aire et non unidirectionnel, qui fait appara&#238;tre le r&#244;le important jou&#233; par les diff&#233;rents pouvoirs religieux et civils au cours des si&#232;cles dans la d&#233;termination du temps social, et le r&#244;le de l'espace urbain comme lieu de l'incubation et de d&#233;ploiement de cette conscience moderne du temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;1. Du temps cyclique au temps lin&#233;aire : la rupture primitive pour une unification du temps &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'histoire de l'unification du temps &#224; l'&#233;chelle mondiale repose d'abord sur le remplacement d'une vision cyclique du temps par une vision lin&#233;aire de la dur&#233;e. Mircea Eliade rejoint les propos de Durkheim &#233;voqu&#233;s plus haut tout en renfor&#231;ant le r&#244;le des saisons dans la d&#233;termination du temps lorsqu'il montre que le sens du temps venait &#224; l'homme dans son combat avec la nature et que l'horizon temporel des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures au christianisme &#233;tait d&#233;fini par le &#171; mythe de l'&#233;ternel retour &#187;. Le temps cyclique &#233;tait celui du cosmos observable dans le monde visible de la nature et qui servait de base aux religions primitives (B&#233;nichou, 1992). Pour rep&#233;rer des s&#233;quences &#233;l&#233;mentaires semblables et r&#233;guli&#232;res dans son environnement, il fallait toute la patience d'un individu ou d'un groupe scrutant et reportant sur des supports mat&#233;riels les hauteurs du soleil, les retours de la pleine lune ou le cycle des v&#233;g&#233;taux. Sans que cela soit pleinement d&#233;montr&#233;, l'os d'Ishango datant de 20 000 ans av. J-C ou l'os de l'abri Blanchard datant de 32 000 ans av. J.-C. sont pour certains pal&#233;ontologues les premiers outils de spatialisation du temps et de symbolisation des cycles naturels. Moins ancien, Stonehenge dont la construction s'est d&#233;roul&#233;e de 2 900 av. J.-C. environ &#224; 1 600 av. J.-C. environ, poss&#232;de les caract&#233;ristiques d'un instrument de mesure rep&#233;rant, gr&#226;ce &#224; des marqueurs, des redondances dans l'environnement sur une p&#233;riode donn&#233;e. Ces premi&#232;res formes de d&#233;termination du temps servaient autant &#224; conjurer la peur d'un lendemain &#224; l'existence incertaine dans un &#233;tat th&#233;ologique du rapport au monde, qu'&#224; organiser l'activit&#233; sociale suivant des points de rep&#232;re &#224; dimension magique. La question de savoir si le soleil se l&#232;verait ind&#233;finiment ou la saison des pluies reviendrait r&#233;guli&#232;rement restait sans r&#233;ponse rassurante. Pour ces soci&#233;t&#233;s primitives, il faut sans cesse r&#233;actualiser le mythe de l'&#233;ternel retour lors de c&#233;r&#233;monies rituelles permettant d'abolir la dur&#233;e et de se situer en permanence dans le pr&#233;sent, hors de l'histoire (B&#233;nichou, 1992). La plus c&#233;l&#232;bre des f&#234;tes pa&#239;ennes, qui a longtemps r&#233;sist&#233; &#224; la r&#233;appropriation par le christianisme, est celle du solstice d'&#233;t&#233; et de ses feux, devenue la Saint-Jean, c&#233;l&#233;brant le retour du soleil. Seul le rapport th&#233;ologique au monde permettait de surmonter la peur de la finitude, l'incertitude du non retour face &#224; des ph&#233;nom&#232;nes produits par des agents surnaturels et dont l'intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Lorsqu'avec l'av&#232;nement du christianisme l'homme a quitt&#233; ce monde limit&#233; pour s'engager dans une progression directe, lin&#233;aire, vers la r&#233;demption et le salut, il s'est retrouv&#233; expos&#233; pour la premi&#232;re fois aux dangers inh&#233;rents aux processus historiques. C'est notamment saint Augustin qui rompt le cercle du temps romain, rejetant les &#171; cycles trompeurs &#187; pour dater les &#233;v&#233;nements par rapport au Christ (Hassard, 1990). Le principe de datation lin&#233;aire &#224; partir d'un point fixe d'origine fournit alors une lecture lin&#233;aire du temps selon un axe : &#171; L'apparition du Christ, la r&#233;alisation de la promesse, l'Incarnation donnent au temps une dimension historique, ou mieux un centre. &#187; (Le Goff, 1977, p. 49) La repr&#233;sentation elliptique du temps constitu&#233;e d'une s&#233;rie de cycles continus d'&#233;v&#233;nements (l'&#233;tat final du cycle &#233;tant identique &#224; l'&#233;tat initial &#8211; les solstices) laisse place &#224; une repr&#233;sentation lin&#233;aire du temps constitu&#233;e d'une s&#233;rie de cycles discontinus (l'&#233;tat final diff&#232;re de l'&#233;tat initial puisque le temps est une ligne que l'on parcourt). L'irr&#233;versibilit&#233; du temps est alors endog&#232;ne &#224; sa repr&#233;sentation qui &#171; en Occident se caract&#233;rise par le sch&#232;me d'un cours lin&#233;aire et non cyclique du temps, inscrit entre l'Incarnation et la Parousie attendue &#187;. (Corbin, 2002, p. 17) La repr&#233;sentation du temps institu&#233;e par l'&#201;glise relie les repr&#233;sentations du temps historique des soci&#233;t&#233;s &#224; l'inscription de ces m&#234;mes soci&#233;t&#233;s dans un devenir transcendantal commun &#224; toute l'humanit&#233;. Si l'id&#233;e que l'an de Rome 754 devint l'an 1 de l'&#232;re chr&#233;tienne s'impose tr&#232;s doucement dans le monde jud&#233;o-chr&#233;tien, elle refl&#232;te le pouvoir de l'&#201;glise sur l'organisation de la vie des soci&#233;t&#233;s. Elle ne fut adopt&#233;e en France qu'au VIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle mais elle ne se g&#233;n&#233;ralisa que vers l'an mil et ne s'universalisa vraiment qu'au cours du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Toutefois, l'id&#233;e de cycle ne dispara&#238;t pas &#224; l'&#233;poque car le primat de l'&#233;coulement lin&#233;aire se trouve traditionnellement scand&#233; par le cycle liturgique qui se confond toujours avec l'alternance des saisons. Le cycle dispara&#238;t comme repr&#233;sentation finie et anxiog&#232;ne du devenir et du monde des hommes, toujours &#224; renouveler, en ad&#233;quation avec leur environnement, pour r&#233;appara&#238;tre sous forme d'un marqueur socialement performant ma&#238;tris&#233; en premier lieu par l'institution politico-religieuse. Cette rupture consacre le d&#233;but de l'institution de d&#233;coupages calendaires du temps pris dans des enjeux de pouvoir. La lente affirmation d'un syst&#232;me de temps homog&#232;ne s'explique par la concurrence d'institutions qui marquent chacune une volont&#233; d'unifier les soci&#233;t&#233;s selon leurs propres normes. Peu &#224; peu l'appareillage symbolique d&#233;terminant le temps social va se complexifier pour mettre &#224; distance les anciens ordres temporels li&#233;s aux rythmes de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;2. La d&#233;termination du calendrier et le temps mondialis&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la d&#233;termination du temps fait appara&#238;tre les enjeux de pouvoir et de territoire aff&#233;rent &#224; la ma&#238;trise et l'imposition des symboles de la mesure du temps par certaines institutions. Le calendrier est un de ces symboles du temps spatialis&#233;. Le d&#233;veloppement qui suit ne vaut que pour le monde Occidental et jud&#233;o-chr&#233;tien &#224; partir de l'Empire romain. En effet, bien avant l'aire chr&#233;tienne les Chinois, Babyloniens ou &#201;gyptiens avaient &#233;tabli des formes de calendriers propres. Dans un premier temps, politique et religion s'accommodent des apports et des r&#233;formes de l'une et de l'autre dans un rapport de compl&#233;mentarit&#233; voire de symbiose. Le premier calendrier romain, dit &#171; de Romulus &#187;, fut rectifi&#233; successivement par les pontifes, les &lt;i&gt;imperatores &lt;/i&gt; Jules C&#233;sar et Auguste, puis fut adopt&#233; lors du Concile de Nic&#233;e. La reconnaissance d'un temps commun permit &#224; l'&#201;glise, en concordance avec l'Empire romain, de travailler son unit&#233; par l'int&#233;gration et l'unification des diff&#233;rentes tendances chr&#233;tiennes. &#192; partir de la base lin&#233;aire du temps, qui remettait en cause les fondements des pratiques pa&#239;ennes, le christianisme imposa sa liturgie pour remplacer les rituels saisonniers encore en cours au temps de la romanit&#233;, unifier le territoire de la chr&#233;tient&#233; et se pr&#233;senter en tant qu'ordonnateur de la bonne marche des soci&#233;t&#233;s humaines. Le pouvoir politique et religieux d&#233;termina ainsi conjointement et en bonne entente le rythme calendaire des soci&#233;t&#233;s, dans un mouvement allant des villes vers les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Avec l'adoption de ces calendriers, l'&#201;glise impose son rythme c&#233;r&#233;moniel l&#224; o&#249; elle s'implante. En pays chr&#233;tien, seules les autorit&#233;s religieuses avaient le droit de d&#233;terminer les jours de f&#234;te au cours des conciles. En Europe, l'&#201;glise cherche la ma&#238;trise du temps d&#232;s le III&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Dans un mouvement de syncr&#233;tisme global, elle impose un rythme liturgique cadenc&#233; construit par emprunts, superpositions et substitutions de cultes d&#233;j&#224; existants. Les exemples qui montrent les racines pa&#239;ennes, juives, romaines, orientales ou nordiques des f&#234;tes chr&#233;tiennes sont nombreux. La f&#234;te de P&#226;ques est une &#233;manation de la Pessah juive ; la f&#234;te des morts avait son &#233;quivalent &#224; Rome o&#249; les d&#233;funts de chaque famille &#233;taient c&#233;l&#233;br&#233;s ; l'&#201;piphanie est &#224; l'origine une f&#234;te &#201;gyptienne autour d'Osiris et du soleil renaissant. Les f&#234;tes religieuses ne sacrifiaient donc pas &#224; l'analogie rythmique avec le temps naturel, base fondamentale des pratiques th&#233;ologiques ant&#233;rieures, mais la subsumaient sous des r&#233;f&#233;rentiels nouveaux. Leur institution, en lieu et place des rites pa&#239;ens saisonniers, &#233;tait indispensable pour une diffusion et une imposition dans les campagnes d'une &#201;glise universelle rayonnant &#224; partir des lieux de pouvoir que constituaient les villes. Au V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle saint L&#233;on d&#233;plore de voir encore des fid&#232;les saluer le soleil levant pendant les c&#233;l&#233;brations de No&#235;l dans la basilique Saint-Pierre alors qu'un si&#232;cle plus t&#244;t saint Augustin exhortait d&#233;j&#224; ses fr&#232;res &#224; ne plus f&#234;ter le soleil ce jour-l&#224; (B&#233;nichou, 1992). En m&#234;me temps que les rythmes de l'&#201;glise se constituaient et s'imposaient depuis les villes, le rythme des saisons naturelles comme cadre organisationnel de l'action des hommes s'effa&#231;ait sous les symboles de la chr&#233;tient&#233; tout en conservant le parall&#233;lisme astronomique primitif. On peut d&#233;j&#224; ici parler d'un d&#233;but de d&#233;senchantement du temps et de ses cycles par l'imposition d'un mod&#232;le temporel syst&#233;mique &#233;loignant l'homme de ses croyances primitives. Partant des villes o&#249; ils ont leurs maisons, missionnaires et cur&#233;s entreprennent l'&#233;vang&#233;lisation m&#233;thodique du plat pays et l'imposition de ce nouveau temps chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le christianisme va ainsi s'approprier le calendrier en organisant le rapport au temps v&#233;cu selon les noms des saints, les dates des f&#234;tes et une symbolique qui impose une histoire universelle des chr&#233;tiens. Cependant, jusqu'&#224; la seconde moiti&#233; du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, aucun centre urbain de moins de 20 000 habitants ne s'organisait collectivement autour du calendrier et encore moins autour de l'heure (Godard, 2003a). C'est d'abord par la d&#233;termination d'un rythme festif collectif que le temps calendaire s'enkyste dans la soci&#233;t&#233; et ce n'est qu'&#224; partir du XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que la datation des documents avec le jour ne devient uniforme. Entre 1582 et 1564 le calendrier gr&#233;gorien est stabilis&#233; puis adopt&#233; en Italie, en Espagne et dans ses colonies d'Am&#233;rique Latine, Californie et Philippines, au Portugal et dans sa colonie br&#233;silienne, en France, en Autriche, en Pologne la m&#234;me ann&#233;e puis en Grande-Bretagne en 1752. Ainsi &#171; num&#233;rot&#233;s, les mois et les jours du calendrier repr&#233;sentent alors des structures r&#233;currentes &#224; l'int&#233;rieur d'un devenir qui ne se r&#233;p&#232;te pas &#187; (&#201;lias, 1996, p. 12). Qui ma&#238;trise et d&#233;termine ces structures r&#233;currentes et y impose ses temps forts, ma&#238;trise une part de l'organisation des soci&#233;t&#233;s comme l'atteste l'&#233;pisode du Calendrier r&#233;publicain entre 1793 et 1806.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Finalement, la d&#233;termination du calendrier gr&#233;gorien est le fruit d'un m&#233;lange entre des r&#233;f&#233;rences religieuses, profanes et naturelles. Sa diffusion, lente mais inexorable, va ouvrir sur un temps de r&#233;f&#233;rence unifi&#233; accompagnant l'int&#233;gration des &#201;tats-Nations dans un vaste ensemble &#224; l'&#233;chelle mondiale constitu&#233; de liens diplomatiques et &#233;conomiques. L'Australie adopte le calendrier &#224; la fin du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le Japon en 1873, la Russie en 1918, la Turquie en 1927 et toute l'Afrique au cours du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. L'Iran, l'Afghanistan, l'Arabie-Saoudite, le Pakistan ou l'&#201;thiopie n'utilisent pas le calendrier gr&#233;gorien et d'autres pays l'associent &#224; un autre calendrier. L'adoption du calendrier refl&#232;te le besoin de synchronisation d'une soci&#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e &#224; l'&#233;chelle mondiale et dont les villes sont les agents les plus visibles. Si chaque pays y positionne ses temps forts donnant aux calendriers des formes locales particuli&#232;res, c'est le besoin de coordination des activit&#233;s, notamment productives, qui a pouss&#233; l'adoption de la structure calendaire en 12 mois d&#233;coup&#233;s en 30 ou 31 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Les derni&#232;res tentatives de r&#233;forme &#233;manent de la Soci&#233;t&#233; des Nations puis de l'Organisation des Nations Unies et n'ont jamais abouti. Mais aujourd'hui la question se pose du grand &#233;cart qui se creuse entre l'usage du calendrier comme outil de coordination des activit&#233;s plan&#233;taires et le calendrier comme reflet des identit&#233;s locales &#224; travers ses rythmes institu&#233;s. La capacit&#233; de d&#233;termination politique ou religieuse de temps forts et de temps faibles est interrog&#233;e par une activit&#233; locale d'avantage reli&#233;e et d&#233;pendante du temps continu et informatique des r&#233;seaux, fonctionnellement productif et &#233;conomiquement efficace. La remise en cause du caract&#232;re ch&#244;m&#233; du dimanche ou du lundi de Pentec&#244;te en France s'appuie sur des arguments &#233;conomiques. Les traditionnels &#171; donneurs de temps &#187;, r&#233;gulateurs des rythmes calendaires dans un temps lin&#233;aire se trouvent ench&#226;ss&#233;s dans une soci&#233;t&#233; qui suit davantage la logique &#233;conomique du temps continu et productif. Ainsi, &#224; l'approche de l'an 2000, lorsqu'il s'est agi d'adapter les syst&#232;mes informatiques face &#224; la menace d'un &lt;i&gt;bug &lt;/i&gt; dans l'activit&#233; bancaire et financi&#232;re, la question s'est pos&#233;e entre les autorit&#233;s de diff&#233;rentes religions, de savoir quel calendrier &#233;tait la r&#233;f&#233;rence. Le calendrier gr&#233;gorien l'emporta car largement diffus&#233; et servant d&#233;j&#224; de r&#233;f&#233;rence au syst&#232;me informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La logique de r&#233;seau et de commutativit&#233; internationale qui fait fi des particularismes des rythmes locaux se retrouve &#224; propos de l'adaptation du calendrier &#224; la nouvelle donne &#233;conomique mondiale. Les Nations Unies estiment que le calendrier gr&#233;gorien complique la programmation des activit&#233;s &#233;conomiques, industrielles, financi&#232;res et comptables. Les semestres, les trimestres et les mois ne comportent pas tous le m&#234;me nombre de jours ; les semaines se succ&#232;dent ind&#233;pendamment de la dur&#233;e du mois et les mois ne commencent pas tous par le m&#234;me jour de la semaine. L'institution mondiale a lanc&#233; un concours international sur le sujet. Ces &#233;volutions font craindre une uniformisation des calendriers pour les transformer en simples rep&#232;res chronologiques au service des seules activit&#233;s &#233;conomiques de l'homme moderne, sans aucun ancrage territorial, sans r&#233;f&#233;rence &#224; une communaut&#233; et une culture identifi&#233;e par son territoire. Pour H&#233;l&#232;ne B&#233;nichou, &#171; l'instauration d'un calendrier perp&#233;tuel et fixe, pour ne pas dire fig&#233; comme la mort, conduirait finalement &#224; d&#233;shumaniser l'homme ; ce dernier s'y trouverait comme perdu dans un temps vide, &#233;tranger &#224; lui-m&#234;me et &#224; son histoire, &#224; son origine et &#224; son destin, sans racines, sans rep&#232;res, sans horizon : l'homme impersonnel d'un calendrier universel, un homme absurde &#187; (1992).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Autant la d&#233;termination des diff&#233;rentes liturgies calendaires refl&#232;te une tentative de r&#233;gulation et de domination (Zarifian, 2002) d'une soci&#233;t&#233; par une institution voire une id&#233;ologie, autant la n&#233;gation de ses temps collectifs au profit d'un temps continu car plan&#233;taire, fonctionnel et quantitatif au service de l'&#233;change, qu'il soit virtuel ou r&#233;el, met en tension le temps discontinu des soci&#233;t&#233;s locales et le temps continu des march&#233;s mondiaux. L'histoire de la d&#233;termination du calendrier est celle de la rationalisation du temps li&#233; &#224; l'int&#233;gration des soci&#233;t&#233;s &#224; un march&#233; &#233;conomique mondial. Elle rejoint celle de la d&#233;termination des horaires quotidiens, des d&#233;coupages de la dur&#233;e s'instituant lentement comme l'instrument de coordination des activit&#233;s humaines. Le passage d'un temps con&#231;u comme une suite de rituels collectifs, per&#231;u comme discontinu et qualitatif, en instrument de mesure, rationnel et quantitatif, est celui du passage de la communaut&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; marqu&#233;e par des donneurs de temps. Il interroge l'existence de nouveaux donneurs de temps et marqueurs du calendrier ainsi que l'&#233;chelle &#224; laquelle ces derniers pourraient &#233;merger. La m&#233;tropole ne pourrait-elle pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la nouvelle &#233;chelle de d&#233;ploiement des rythmes calendaires ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3. La d&#233;termination du temps quotidien : du temps transcendantal au temps instrumental&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la d&#233;termination du temps &#224; l'&#233;chelle du quotidien correspond &#224; un processus de rationalisation et d'affinement des symboles du temps social au service de la r&#233;gulation et coordination techniques de soci&#233;t&#233;s de plus en plus complexes. L'apparition des subdivisions du temps articule la domination d'une institution sur le rythme de la soci&#233;t&#233; &#224; un processus accru d'individualisation par rapport &#224; ces m&#234;mes institutions. C'est le d&#233;but de la construction du temps social objectiv&#233; par opposition au temps social substantiv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;3.1 Le temps quotidien naturel et religieux : le rythme des foudres du ciel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Pendant encore longtemps, la repr&#233;sentation d'un temps cyclique et naturel marque le cours des activit&#233;s humaines, y compris dans les villes, face &#224; la lente diffusion du calendrier parmi les &#233;lites cl&#233;ricales et princi&#232;res. Le temps continuait de ressembler &#224; une suite de rythmes collectifs. Jusqu'au XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le temps paysan, approximatif et relativement indiff&#233;rent &#224; l'encadrement de la dur&#233;e par des syst&#232;mes comptables (Muchembled, 2002), continue de s'imposer &#224; la vie sociale. C'est le cycle du soleil et de la lune, l'aube, le jour, le cr&#233;puscule et la nuit qui stabilisent la pens&#233;e, et la communaut&#233; paysanne, encore majoritaire, fait r&#233;f&#233;rence. &#192; travers les activit&#233;s qui lui sont subordonn&#233;es, les variations naturelles constituent encore des rep&#232;res tr&#232;s significatifs y compris dans les plus gros des bourgs et des cit&#233;s. Les faubourgs ne sont encore qu'embryonnaires et le monde rural au pied des remparts de la Cit&#233; dicte ses rythmes &#224; travers l'approvisionnement alimentaire ou le rythme des travaux des champs attirant une partie de la main d'&#339;uvre d&#233;s&#339;uvr&#233;e des villes dans les campagnes. La journ&#233;e de l'artisan &#233;tait encore d&#233;termin&#233;e par le lever et le coucher du soleil. Les rues, ouvertes aux vents et &#224; la pluie, mal drain&#233;es et boueuses laissaient s'engouffrer les intemp&#233;ries, ralentissant les d&#233;placements, remplissant les tavernes, embourbant les plus lourdes des charrettes. Une averse faisait fermer les &#233;choppes donnant directement vers l'ext&#233;rieur et situ&#233;es aux rez-de-chauss&#233;e des maisonn&#233;es. La v&#233;g&#233;tation urbaine, tr&#232;s pr&#233;sente, faisait partie de l'espace quotidien. Elle se densifiait avec l'humidit&#233; et disparaissait avec la gel&#233;e au gr&#233; des saisons. Elle servait de fourrage pour les animaux, connotait les repas tout en prolif&#233;rant sur les murs dans les joints de chaux (Guillerme, 1994). La nuit transformait la ville en milieu hostile et dictait l'arr&#234;t des activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;En dehors de ces variations naturelles et au-del&#224; des villes, les 7 heures canoniales du calendrier julien et ses 7 offices religieux rythmaient autant la vie du monast&#232;re qu'elles ponctuaient le d&#233;roulement de la journ&#233;e dans les espaces environnants. En 321, l'empereur Constantin, grand r&#233;formateur chr&#233;tien, introduit l'id&#233;e du dimanche comme jour de repos et ce n'est qu'en 1215, au concile de Latran IV, que l'obligation de la messe dominicale est institu&#233;e : &#171; Le dimanche a permis &#224; l'&#201;glise de contr&#244;ler r&#233;guli&#232;rement le temps &#233;conomique et social. &#187; (Godard, 2003a) Les cloches commencent &#224; faire conna&#238;tre ce rythme aux moines, mais aussi aux habitants alentour et tr&#232;s vite dans les villes. Si les Romains utilisaient d&#233;j&#224; les &lt;i&gt;&#171; tintinabulae &#187;&lt;/i&gt; pour annoncer certains &#233;v&#233;nements comme les march&#233;s, les spectacles, l'ouverture des bains, etc., c'est autour du VI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que les cloches vont faire leur apparition dans les &#233;glises situ&#233;es au centre des villages et des villes, lorsqu'elles n'en comportaient pas plusieurs. Elles rythmaient le temps autant sacr&#233; que profane. Les ang&#233;lus d&#233;coupaient la journ&#233;e (6h, 12h, 18h), annon&#231;aient un bapt&#234;me, un tr&#233;pas, un danger ou un incendie. Suivant la mani&#232;re de jouer, dans les champs, les paysans avaient compris de quoi il retournait et accouraient ou se recueillaient. Ces &#233;v&#233;nements, tout comme les jours de bonnes r&#233;coltes ou de v&#234;lage, marquaient le quotidien et devenaient des r&#233;f&#233;rences pour se situer dans un pass&#233; ou un futur. &#192; la limite, quelques cadrans solaires, impr&#233;cis et changeant ou clepsydres grossi&#232;res pouvaient compl&#233;ter le dispositif de la cloche (Le Goff, 1977). C'est avec le d&#233;veloppement du commerce dans des villes en r&#233;seau et d'un march&#233; d'&#233;change que la n&#233;cessit&#233; de d&#233;terminer le temps par des mesures plus fines et quantifiables, que les cloches se sont dot&#233;es d'une fonction r&#233;gulatrice et horlog&#232;re (Dorhn-Van, Braunstein &amp; Mannoni, 1997). Peu &#224; peu, des points qui n'&#233;taient jusqu'alors que vaguement d&#233;finis sont fix&#233;s sur l'axe du temps quotidien, faisant &#233;merger une organisation temporelle plus fine que le cycle festif et un rapport plus individuel au temps. Les rythmes collectifs comme marqueurs qualitatifs du temps sont absorb&#233;s par une logique comptable r&#233;gissant notamment le travail et les &#233;changes commerciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;3.2 Le temps des marchands : la diffusion d'un nouvel esprit du temps dans les villes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'affinement de la d&#233;termination du temps correspond &#224; un &#233;tat d'esprit li&#233; au d&#233;veloppement de l'&#233;conomie marchande qui s'incarne dans les villes entre les XIV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. L'extension g&#233;ographique des march&#233;s par l'augmentation de la port&#233;e des &#233;changes augmente le degr&#233; de complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s de plus en plus int&#233;gr&#233;es et en appelle &#224; des instruments de plus en plus fiables permettant d'encadrer les transactions. Avec le d&#233;veloppement des &#233;changes interurbains le besoin de rationalisation et d'affinement des symboles sociaux du temps va d&#233;velopper une conscience nouvelle du temps qui s'incarne dans l'horloge, ses cycles m&#233;caniques et quotidiens, les secondes et les heures : &#171; On est pass&#233; d'une forme de d&#233;termination du temps ponctuelle, discontinue, li&#233;e aux situations, &#224; une trame temporelle continue, aux mailles de plus en plus fines, enserrant et conditionnant dans son universalit&#233; toute l'&#233;tendue des activit&#233;s humaines. &#187; (&#201;lias, 1991, p. 106) Il existe une relation historique entre le d&#233;veloppement des r&#233;seaux commerciaux, que nous rapprochons du processus d'int&#233;gration territoriale, et le changement de paradigme de d&#233;termination du temps. Avec la d&#233;termination du calendrier plan&#233;taire, la rationalisation du temps quotidien traduit une &#233;tape de plus dans le processus de distanciation. La concurrence entre le temps des communaut&#233;s locales, p&#233;riodique et collectif, et le temps rationnel et individuel, issu notamment des besoins de l'&#233;change marchand, va tourner &#224; l'avantage de ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Gr&#226;ce aux besoins croissants d'approvisionnement des villes en extension et le d&#233;veloppement du n&#233;goce, les marchands et financiers convoitent avec succ&#232;s les charges municipales et prennent de plus en plus de place dans l'organisation des temps sociaux. Les march&#233;s urbains de n&#233;goce n&#233;cessitent de nouvelles r&#232;glementations afin d'organiser un &#233;change concurrentiel juste. Le d&#233;veloppement d'un r&#233;seau commercial de villes, le gonflement quantitatif des transactions, la mainmise des n&#233;gociants sur de nouveaux produits et le contr&#244;le de l'industrie rurale rendent n&#233;cessaire la transformation du temps en objet de mesure. La dur&#233;e d'un voyage d'une place &#224; une autre, les variations de prix durant une op&#233;ration commerciale, la dur&#233;e du travail artisanal et ouvrier deviennent l'objet de r&#233;glementations avec lesquelles il faut savoir jongler dans le temps pour d&#233;gager des marges de b&#233;n&#233;fice. La domination commerciale des villes s'accompagne d'un contr&#244;le financier (Neveux, 1998) qui va faire du temps un facteur d'enrichissement. La g&#233;n&#233;ralisation des lettres de change et les traites, l'&#233;largissement du domaine mon&#233;taire avec le bim&#233;tallisme, la reprise de la frappe de l'or et la multiplication des signes mon&#233;taires compliquent les op&#233;rations. Elles entra&#238;nent des tendances inflationnistes et des probl&#232;mes de change qui r&#233;clament un temps mieux mesur&#233; et de moins en moins ancr&#233; dans l'espace traditionnel. Du c&#244;t&#233; de la demande, les &#171; grands consommateurs &#187; et le d&#233;veloppement &#171; d'une &#233;conomie politique urbaine caract&#233;ris&#233;e par le souci de garantir l'approvisionnement r&#233;gulier en nourriture, la modicit&#233; de son prix et la stabilit&#233; dans l'activit&#233; des producteurs et commer&#231;ants &#187; (Weber, 1992, p. 28) s'appuient sur des r&#233;f&#233;rentiels temporels communs n&#233;cessitant une stabilit&#233; toute math&#233;matique. L'appareillage symbolique du temps se rationalise et renforce la puissance de la classe marchande &#224; mesure que les villes prennent la t&#234;te d'un syst&#232;me &#233;conomique de moins en moins fond&#233; sur les revenus agraires : &#171; Les activit&#233;s urbaines et, de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, la mani&#232;re de vivre en ville produisent des temps caract&#233;ristiques qui diff&#232;rent profond&#233;ment de ceux qui r&#232;glent &#8211; et surtout r&#233;glaient &#8211; la vie &#224; la campagne. &#187; (Ghorra-Gobin, 1996, p. 2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le temps devient un instrument rationnel permettant de coordonner des activit&#233;s, de les rendre &#233;quivalentes, de mesurer et d'organiser, de sp&#233;culer et d'&#233;changer. Ce temps ne s'oppose pas au temps religieux puisqu'au XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'&#201;glise cr&#233;e le mont-de-pi&#233;t&#233; pour permettre des emprunts sans taux usuraires. Le d&#233;compte des heures apparu dans les villes italiennes autour du XIV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle se g&#233;n&#233;ralise. Les horloges se multiplient dans les r&#233;sidences et ch&#226;teaux princiers puis rapidement en ville au XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle sous la forme des horloges publiques qui vont rythmer de nouvelles heures utilis&#233;es &#224; des fins professionnelles et pour une classe pr&#233;cise. Les &#171; heures &#187;, en tant que s&#233;quence de pri&#232;re, ne jouent plus de r&#244;le r&#233;gulateur dans la Cit&#233;. L'horloge communale prend de l'ampleur et devient un instrument de domination &#233;conomique, sociale et politique des marchands, financiers, n&#233;gociants et parfois bourgeois qui r&#233;gentent la commune (Le Goff, 1977). La construction de certains beffrois porteurs d'horloges est alors motiv&#233;e par le besoin de sonner les heures des transactions commerciales et du travail, de coordonner le commerce et l'artisanat urbain, de marquer les pauses des travailleurs, les horaires de vente et ceux de circulation dans les rues (Dohrn-van, Rossum, Braunstein &amp; Mannoni, 1997). Peu &#224; peu, &#171; le milieu technologique superpose un temps nouveau, mesurable, c'est-&#224;-dire orient&#233; et pr&#233;visible, au temps &#224; la fois &#233;ternellement recommenc&#233; et perp&#233;tuellement impr&#233;visible du milieu naturel &#187; (Le Goff, 1977, p. 56). Le temps se contracte dans le quotidien renvoyant les rythmes calendaires &#224; une culture du temps plus traditionnelle que fonctionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La rationalisation du temps vers le d&#233;compte moderne des heures est l'expression d'un vaste processus de la&#239;cisation des formes urbaines de l'existence (Dohrn-van Rossum, Braunstein &amp; Mannoni, 1997, p. 119). D'abord, les classes bourgeoises et urbaines qui cherchent &#224; se d&#233;marquer du temps religieux valorisent le temps quotidien. Ensuite, au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la prise en main par le pouvoir royal des institutions municipales les vide de leur substance politique. La puissance de la cit&#233; s'incarne d&#233;sormais dans la pierre et les images (Neveux, 1998), c'est-&#224;-dire dans l'h&#244;tel de ville et son horloge &#224; sonnerie, face &#224; la cloche de l'&#201;glise et aux casernes royales. Enfin, le temps simple des campagnes dispara&#238;t parce que le pouvoir municipal doit dicter un temps la&#239;c, propre &#224; la cit&#233;, r&#233;glementant une organisation complexe et raffin&#233;e des activit&#233;s et institutions urbaines. Les m&#233;caniques horlog&#232;res qui refl&#232;tent cette complexit&#233; deviennent des symboles de prestige culturel dans la concurrence que se livrent les municipalit&#233;s. Ce temps urbain va &#234;tre diffus&#233; &#224; partir du XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dans les plus petites villes et bourgs sous la pression des administrations territoriales. Le d&#233;compte m&#233;canique des heures, essentiellement local et urbain, transforme en profondeur la perception du temps et son utilisation pour aller vers une abstraction de plus en plus grande. Les citadins vont lentement changer leur rapport au temps face au d&#233;veloppement pr&#233;capitalistique d'un esprit universel de rationalisation et de m&#233;canisation que Sombart attribue avant tout aux marchands. &#192; la fin de l'urbanisation du premier degr&#233; et avec le d&#233;veloppement du mouvement communal, la ville ma&#238;trise rationnellement le cours du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Cependant, si l'esprit d'un temps rationnel se diffuse, la vari&#233;t&#233; des signaux donne &#224; la ville une organisation temporelle multiforme dans laquelle les cloches de l'&#233;glise et de la municipalit&#233; annoncent &#224; la fois les heures et les &#233;v&#233;nements, tant&#244;t en rentrant en concurrence, tant&#244;t en se compl&#233;tant. Avec La R&#233;forme, l'&#201;glise se met &#224; l'heure de la production et r&#233;sout la question du travail en faisant de celui-ci quelque chose de sacr&#233;. C'est pour Max Weber un &#233;l&#233;ment du d&#233;veloppement de l'esprit du capitalisme : &#171; Le temps est pr&#233;cieux, infiniment, car chaque heure perdue est soustraite au travail qui concourt &#224; la gloire divine. &#187; (Weber, 1989) Avec la r&#233;volution industrielle, le d&#233;veloppement des transports et l'essor du capitalisme, une seule r&#233;f&#233;rence commune du temps &#233;merge peu &#224; peu. Elle est aussi scientifique que la division du travail salari&#233; et son utilisation par le capitalisme industriel ouvre sur la question du temps comme variable productive s'imposant &#224; une masse salariale grandissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;3.3 Le temps industriel : organiser et rentabiliser le travail des hommes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Avec la diffusion de l'horloge et sa miniaturisation, c'est l'universalisation d'un rapport norm&#233;, quantitatif et individuel au temps qui appara&#238;t peu &#224; peu. La n&#233;cessit&#233; du trafic g&#233;n&#233;ralise d&#232;s le XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle un rattachement des villes &#224; l'esprit scientifique des horloges. Le chemin de fer et le t&#233;l&#233;graphe, rendent plus saillantes les disparit&#233;s des horaires urbains, r&#233;gionaux et nationaux. L'acc&#233;l&#233;ration et la densification du syst&#232;me de communication et d'information exigent l'int&#233;gration des temps locaux &#224; un syst&#232;me synchronis&#233; (Dohrn-van, Rossum, Braunstein, Mannoni, 1997). La vitesse sur rail va obliger les gares &#224; coordonner leurs heures puis leurs minutes, brisant les cercles locaux d'existence dans un mouvement d'int&#233;gration territoriale et provoquant le passage du jour &#224; l'heure comme scansion nouvelle des rythmes de vie (Studeny, 1995). Le temps horaire devient alors un cadre d'intelligibilit&#233; commun&#233;ment partag&#233; qui d&#233;passe ses racines citadines. Sa mesure se met &#224; la port&#233;e du plus grand nombre. Sa d&#233;termination n'est plus seulement l'apanage des institutions qui d&#233;tiennent l'autorit&#233; mais devient un instrument utilisable par presque tout un chacun pour r&#233;gler ses activit&#233;s. C'est le d&#233;but de l'individualisation de la ma&#238;trise du temps et de la capacit&#233; de se situer dans un cadre temporel qui ne fait plus r&#233;f&#233;rence aux groupes locaux d'appartenance mais &#224; un monde int&#233;gr&#233;. L'industriel peut r&#233;gler le travail de ses salari&#233;s. Le contrema&#238;tre falsifie parfois les horloges. Les travailleurs agricoles se cotisent pour acheter une pendule et contre-contr&#244;ler le temps de travail impos&#233;. L'horloge s'installe dans la maison et r&#232;gle la vie domestique. L'ouvrier regarde l'horloge de l'atelier. Le voyageur commence &#224; manier quotidiennement les horaires des trains. Les trajets &#224; cheval d&#233;pendant du climat deviennent incongrus face &#224; la locomotive &#224; vapeur faisant fi de la pluie, de la nuit, de la neige et du froid. Ce temps tend &#224; devenir la norme. Il repousse les limites des rythmes traditionnels de l'activit&#233; jadis r&#233;gl&#233;s grossi&#232;rement et produit des tensions entre les temps calendaires du groupe d'appartenance et celui d&#233;termin&#233; techniquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&#192; partir du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la d&#233;termination du temps est guid&#233;e par des n&#233;cessit&#233;s productives et l'appropriation de la sur-valeur du travail salari&#233;. La mont&#233;e en pr&#233;cision appara&#238;t comme une n&#233;cessit&#233;, chez le capitaliste, pour r&#233;guler le travail tout comme il l'&#233;tait, chez le marchand, pour r&#233;guler les &#233;changes. Le temps occupe alors une place centrale dans la r&#233;flexion sociale de l'&#233;poque industrielle. Chez Marx, l'exploitation du temps-marchandise se trouve &#224; la base de toute sa pens&#233;e &#233;conomique. Le temps mesur&#233;, parce qu'il permet de mettre en relation le travail fourni avec d'autres activit&#233;s dans une &#233;quivalence mon&#233;taire, se pare encore un peu plus d'une rationalit&#233; instrumentale dont l'horloge est la gardienne. Pour pouvoir &#234;tre capt&#233; par le capitalisme, le temps doit &#234;tre saisi pour lui-m&#234;me, sous une forme pure et calculable et &#234;tre totalement d&#233;tach&#233; des rapports sociaux pr&#233;-modernes qui le m&#233;diatisaient jadis (nature, religion et politique). C'est dans l'exploitation rationnelle du temps que le capitaliste s'arrogera la sur-valeur du travail (Zarifian, 2001). Le temps comme objet de calcul &#233;conomique occupe une place centrale. Il devient le pivot autour duquel l'ensemble des autres temps sociaux sont am&#233;nag&#233;s (Pronovost, 1996). Les horloges se multiplient en raison de la r&#233;duction de leur taille et de leur co&#251;t. &#192; l'ext&#233;rieur, l'usine se pare de petits clochers, d'horloges de fa&#231;ade puis de grandes tours &#224; cloches et de sir&#232;nes appelant les ouvriers au travail. &#192; l'int&#233;rieur, l'horloge puis le chronom&#232;tre permettent des unit&#233;s de calcul fines pour le paiement du travail et les amendes pour perte de temps. Les t&#226;ches productives se d&#233;composent en temps d'ex&#233;cution et de chronom&#233;trage des phases successives &#224; l'obtention du produit fini. L'id&#233;e d'une production en continue est le r&#234;ve d'un capitalisme industriel imposant au temps social, le temps du travail, de la machine et du profit. L'activit&#233; productive s'enferme dans des b&#226;timents r&#233;gl&#233;s sur le temps de l'horloge m&#233;canique et fait fi des variations ext&#233;rieures. En Angleterre puis en France, le chauffage, d'abord dans les usines, puis dans les maisons et l'&#233;clairage au gaz permettent une uniformisation &#224; bon march&#233; du temps de travail rendu ind&#233;pendant des facteurs saisonniers ou naturels (Guillerme, 1994) : &#171; L'industrie ignore les temps morts du jour et de la nuit ou des saisons et peut produire de la lumi&#232;re pendant la nuit, de la chaleur pendant l'hiver, de la glace en &#233;t&#233;. &#187; (Gwiazdzinski, 2002, p. 21) Rationalisation du temps et pression &#224; la continuit&#233; du fonctionnement de l'industrie repoussent les rythmes collectifs p&#233;riodiques dans la sph&#232;re des activit&#233;s non productives et a-fonctionnelles. D&#232;s ce moment, la classe dirigeante mettra toute son &#233;nergie pour refuser le &#171; Droit &#224; la paresse &#187;, comme l'&#233;crivait Paul Lafargue, neveu de Marx...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Si les gens du XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle n'avaient que peu pris conscience de la r&#233;volution qui s'op&#233;rait avec l'horloge, l'utilisation &#233;conomiquement rationnelle du temps et la nouvelle discipline temporelle du travail deviennent des pr&#233;occupations publiques et politiques. La pression du temps industriel va &#234;tre &#224; la base de l'&#233;mergence de la question sociale et des premi&#232;res lois de r&#233;glementation du temps de travail. Certaines lois obligent que le temps de travail soit r&#233;gul&#233; en fonction des horloges publiques pour ne pas isoler l'usine du temps civil. Des r&#232;glementations vont poindre dans l'organisation du temps de travail face aux cons&#233;quences sociales du syst&#232;me productif capitaliste. Elles illustrent les premi&#232;res formes politiques d'opposition &#224; la logique du temps continu de l'&#233;conomie et traduisent la tension existante entre temps du travail et temps d&#233;mocratique. Cette m&#233;diation entre le temps &#233;conomiquement productif et le d&#233;gagement d'un temps individuel de repos pose les bases d'une charpente temporelle collective encadrant les pratiques individuelles. La n&#233;cessit&#233; pour l'&#201;tat naissant de ne pas laisser la ma&#238;trise du temps aux industriels se fait ainsi sentir pour maintenir la paix sociale et organiser la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Tout au long du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'organisation industrielle du temps va pr&#233;dominer dans un rapport plus ou moins pacifi&#233; avec la mont&#233;e de la figure de l'&#201;tat providence. La r&#233;glementation des rythmes du travail qui va ouvrir un rythme du loisir va structurer les grands rythmes collectifs hebdomadaires et annuels avec, en 1936, l'invention des cong&#233;s pay&#233;s. Si le temps se resserre pour organiser le travail, il s'ouvre par compensation sur des temps ouverts &#224; l'oisivet&#233;, &#224; la d&#233;tente et au repos. Le travailleur trouve dans le &#171; compromis fordiste &#187; d'apr&#232;s-guerre une juste r&#233;mun&#233;ration r&#233;duisant le m&#233;contentement soulev&#233; par les premiers principes d'organisation tayloriste de la production. Les horaires scolaires, le travail, les loisirs, le temps familial, composent un syst&#232;me relativement partag&#233; et stable. Les f&#234;tes nationales qui ont encore un grand &#233;cho aupr&#232;s des populations avec les bals du 14 juillet, les comm&#233;morations et les d&#233;fil&#233;s, ponctuent l'ann&#233;e de leurs jours ch&#244;m&#233;s et ludiques. C'est le temps de la rythmicit&#233;, de la synchronisation progressive du travail, le temps uniforme et born&#233; des horaires pr&#233;visibles et r&#233;guliers (Bouffartigue &amp; Bouteiller, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;En faisant un bon dans l'histoire, la fin du compromis fordiste et du r&#233;gime temporel qui lui est attach&#233; questionne l'&#233;volution la plus r&#233;cente de la r&#233;organisation du rapport des soci&#233;t&#233;s modernes au temps. Elle n'est pas analys&#233;e comme une rupture mais comme une &#233;tape de plus de la radicalisation des soci&#233;t&#233;s dans la construction d'une somme de r&#233;f&#233;rents temporels servant le d&#233;veloppement de ses activit&#233;s et l'int&#233;gration d'un syst&#232;me mondial. Avec la mise en r&#233;seau international des &#233;conomies et l'av&#232;nement du temps continu, il est plus difficile d'identifier une institution pr&#233;cise &#224; l'origine d'une nouvelle donne temporelle comme a pu l'&#234;tre l'&#201;glise, le prince marchand ou l'industriel. Si l'organisation du temps politique et &#233;conomique a &#233;t&#233; le fait d'un accord plus ou moins tacite entre les sph&#232;res politiques, &#233;conomiques et les repr&#233;sentants de la sph&#232;re du travail sur des territoires nationaux, les r&#232;glementations de l'Organisation Internationale du Travail peinent &#224; faire consensus face &#224; la diversit&#233; des &#233;conomies et des cultures. L'organisation des charpentes temporelles des territoires nationaux, int&#233;gr&#233;s &#224; diff&#233;rents niveaux plan&#233;taires, est appel&#233;e &#224; plus de flexibilit&#233; par le syst&#232;me productif et financier. Les diff&#233;rentes r&#232;glementations horaires et annuelles du temps de travail font l'objet d'un dumping social. Elles sont utilis&#233;es &#224; des fins de mise en continuit&#233; de l'activit&#233; productive. Les &#201;tats ne sont plus &#224; m&#234;me de dicter, de mani&#232;re unilat&#233;rale ou multilat&#233;rale, une organisation du temps suivant l'id&#233;e d'un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral qui lui-m&#234;me vacille sous l'aspiration des individus &#224; devenir ma&#238;tres de leur temps. Les rythmes collectifs nationaux sont parfois mis en face d'exigences de continuit&#233; productive mais aussi consommatoire. La rationalisation de la d&#233;termination du temps d&#233;bouche sur une interrogation en termes de renouvellement des rythmes partag&#233;s producteurs d'un temps culturel, qualitatif et identitaire. N'est-ce pas alors le moment pour les villes de se saisir des calendriers et de d&#233;finir ce que pourrait &#234;tre un temps local &#233;quilibr&#233; entre les besoins de l'&#233;conomie et du social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;3.4 Le temps continu du r&#233;seau des march&#233;s mondiaux : quand le virtuel saisit le r&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La tendance la plus forte qui qualifie le rapport moderne qu'entretiennent les soci&#233;t&#233;s au temps est la d&#233;stabilisation et le brouillage &#171; des symboliques rattach&#233;es aux diff&#233;rentes s&#233;quences de temps que celles-ci soient appr&#233;hend&#233;es au regard de leur contenu (temps travaill&#233;/non travaill&#233;) ou dans leur dimension chronologique, qu'elles soient quotidiennes (oppositions jour/nuit, matin/apr&#232;s-midi), hebdomadaire (semaine/fin de semaine), annuelle (distribution des cong&#233;s ; annualisation du temps travaill&#233;) &#187; (Boulin, 2002, p. 54). Le d&#233;ploiement d'un temps des r&#233;seaux, temps du march&#233; mondial, domin&#233; par la logique techno-&#233;conomique semblerait expliquer le trac&#233; d'une nouvelle carte du temps sur les ruines du temps industriel. Les villes-centres des m&#233;tropoles en r&#233;seau sont le r&#233;ceptacle et le diffuseur de ce temps continu qui interroge la valence des rythmes collectifs de la vie locale dans ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;3.4.1 Un temps vide et homog&#232;ne ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;De nouvelles formes de d&#233;termination du temps &#233;mergent d'une recherche de mise en concordance des unit&#233;s de mesure, exig&#233;es par l'int&#233;gration continue d'un syst&#232;me monde. Le temps moyen de Greenwich calcul&#233; pour obtenir le &#171; midi solaire &#187;, le temps universel d&#233;fini en 1928 dont la mesure est effectu&#233;e en observant des objets en dehors du syst&#232;me solaire, le temps atomique international (TAI) d&#233;fini en 1955 avec la premi&#232;re horloge atomique au c&#233;sium et en 1972, l'adoption du temps universel coordonn&#233; (UTC) rationalisent d'avantage les unit&#233;s symboliques du temps tout en les &#233;loignant de ses r&#233;f&#233;rences naturelles, sociales, territoriales mais aussi m&#233;caniques. Illustrant la radicalisation de la tendance et &#224; l'image du calendrier r&#233;clam&#233; par les Nations Unies, l'invention en 1998 d'un temps Internet commercialis&#233; par l'entreprise Swatch se fonde sur l'absence de fuseaux horaires et de fronti&#232;res g&#233;ographiques. L'heure est alors partout dans le monde celle du si&#232;ge de la compagnie. Ainsi, pour certains, &#171; le temps acc&#233;l&#233;r&#233; du march&#233;, de la technique et du progr&#232;s, et le temps &#8220;objectif&#8221; lin&#233;aire de la science s'unissent pour dessaisir &#8220;le monde de la vie&#8221; (Zacca&#239;-Reyners, 1995) de la ma&#238;trise, m&#234;me partielle, de son temps propre &#187; (Dobr&#233;, 2003, p. 120). L'int&#233;gration des &#233;conomies locales &#224; l'&#233;conomie mondiale pose la question de notre capacit&#233; de r&#233;gulation collective du temps, et de la production de nouveaux r&#233;cits locaux face &#224; une logique d'hypersynchronisation mondiale. L'interd&#233;pendance croissante des &#233;conomies, l'innovation technologique et le basculement d'une &#233;conomie industrielle &#224; une &#233;conomie de services sont des facteurs de transformation de la charpente temporelle h&#233;rit&#233;e du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Avec l'acc&#233;l&#233;ration des rythmes de communication et l'instantan&#233;it&#233; de l'information, l'espace se r&#233;tr&#233;cit et le temps se contracte dans l'instant. Peu &#224; peu la d&#233;synchronisation des syst&#232;mes horaires et l'extension des plages d'activit&#233; deviennent des facteurs centraux du d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La logique de la nouvelle organisation de l'&#233;conomie de march&#233; encourage une production de biens et de services rapidement mobilisables, adaptables aux fluctuations des march&#233;s internationaux, r&#233;pondant &#224; des consommateurs aux modes de vie diff&#233;renci&#233;s. Avec le d&#233;veloppement des technologies de l'information et de la communication (TIC) et des transports, la demande et l'offre peuvent s'&#233;loigner g&#233;ographiquement l'une de l'autre, se d&#233;synchroniser et se resynchroniser presque en continu. La demande suit des temporalit&#233;s g&#233;ographiquement situ&#233;es mais selon des cr&#233;neaux horaires plan&#233;taires diff&#233;renci&#233;s auxquels l'offre s'adapte en continu. Le march&#233; mondial est ouvert en permanence. Son rythme s'&#233;loigne des anciens rythmes de la vie sociale des aires culturelles dont d&#233;pendent les individus qui la font fonctionner. Et pour faire face aux al&#233;as des ravitailleurs, de la m&#233;t&#233;o, voire des gr&#232;ves qui pourraient perturber la continuit&#233; des &#233;changes, le syst&#232;me &#233;conomique et productif triche en se dotant d'une m&#233;moire-tampon ou de stock-tampon (Rabin, 2002). Il a alors le temps de s'adapter &#224; une demande qui d'aventure montrerait un caract&#232;re discontinu. D&#233;tach&#233;e ou contournant les contraintes spatiales et les enjeux territoriaux voire sociaux, la logique du march&#233; se d&#233;veloppe &#224; partir d'une comp&#233;tition par le temps qui impose une m&#233;trique unifi&#233;e &#224; toutes les formes d'activit&#233; (Veltz, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne fait &#233;merger un temps universel et continu qui opposerait le synchronique et le diachronique en les d&#233;composant dans un temps de r&#233;f&#233;rence virtuel (Stiegler, 2002). C'est le r&#232;gne de l'&#233;conomie de la vitesse et de la fluidit&#233; qui valorise le court terme et la r&#233;activit&#233;. L'instantan&#233;it&#233; devient la norme comp&#233;titive qui donne l'avantage au &lt;i&gt;first mover&lt;/i&gt;, r&#233;duit les cycles d'innovation et multiplie &#224; un rythme de plus en plus fr&#233;n&#233;tique les mutations des produits (Veltz, 2000). L'instantan&#233;it&#233; se d&#233;cline dans l'id&#233;e de continuit&#233; productive illustr&#233;e par les principes du &lt;i&gt;following the sun&lt;/i&gt;, de flux tendu, des trois-huit, du &lt;i&gt;just in time&lt;/i&gt;, de la flexibilit&#233; du travail et de la r&#233;activit&#233; promue dans le mod&#232;le toyotiste. Le temps devient une variable quantitative d'ajustement, une ressource &#224; utiliser, &#233;pargner ou gaspiller selon les imp&#233;ratifs de production. Cette logique imposerait une &#171; repr&#233;sentation d'un temps monochrone, s&#233;quentiel, lin&#233;aire et &#233;conomique [qui met] fin peu &#224; peu dans la plupart des pays occidentaux aux conceptions traditionnelles, aux temps de l'ancien ordre social &#187; (Chanlat, 2007, p. 163). Le temps prend alors la forme imagi&#232;re d'un enc&#233;phalogramme plat, sans discontinuit&#233;, sans rythme et sans interruption notoire dans lequel les agents doivent saisir des opportunit&#233;s de march&#233;. Il p&#232;se plus fortement sur le rythme quotidien et annuel des individus et des soci&#233;t&#233;s que ne le faisait l'alternance naturelle des jours et des nuits, objectiv&#233;e dans le temps des fuseaux horaires et des saisons, r&#233;ifi&#233;e dans les calendriers nationaux, reprise par les institutions religieuses ou politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;3.4.2 Le temps comme quantit&#233; n&#233;gociable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La dimension virtuelle de ce temps continu peut &#234;tre appr&#233;hend&#233;e &#224; travers quelques exemples simples. La logique d'activit&#233; des r&#233;seaux financiers et des places boursi&#232;res s'appuie sur ce temps. La rentabilit&#233; que peut engendrer l'&#233;change de flux financiers et d'argent d&#233;mat&#233;rialis&#233; &#233;mane d'une gestion de micro-d&#233;calages temporels &#224; l'origine de l'id&#233;e m&#234;me de sp&#233;culation. Plus ces d&#233;calages peuvent s'encha&#238;ner dans un temps de r&#233;f&#233;rence mondial et continu, plus l'investisseur boursier peut esp&#233;rer gagner de l'argent. Or, la monnaie &#171; ne contient pas la plus petite suggestion d'une organisation rythmique du contenu de la vie ; elle offre toujours avec la m&#234;me fra&#238;cheur et la m&#234;me efficacit&#233; ; gr&#226;ce &#224; ses effets de longue port&#233;e et &#224; son pouvoir de r&#233;duction des choses &#224; un m&#234;me et seul crit&#232;re de valeur &#187; (Simmel &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Trautman 2007). La vente et l'achat d'actions se d&#233;roulent dans le temps a-rythmique et acc&#233;l&#233;r&#233; du r&#233;seau boursier qui prime sur le temps rythmique des individus qui le font fonctionner ou sur les contraintes productives des entreprises cot&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Cette vie &#233;conomique que personnifie la m&#233;tropole, lieu d'&#233;changes, de production et de circulation de la valeur intensifie le rythme de vie des citadins et s'oppose au caract&#232;re cyclique et communautaire du temps traditionnel (Simmel &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Jonas, 1995). La fermeture inopin&#233;e de la bourse de New-York est un &#233;v&#233;nement majeur bouleversant le fonctionnement des march&#233;s mondiaux. Les r&#233;seaux de communication repoussent les limites du temps contraint et permettent des &#233;changes quasi intemporels et ubiquistes. Sur le r&#233;seau Internet, les commerces ne dorment jamais, les commandes peuvent &#234;tre pass&#233;es &#224; n'importe quel moment de l'ann&#233;e, l'information est produite en direct et diffus&#233;e en continu donnant parfois lieu &#224; de s&#233;rieux cafouillages r&#233;dactionnels. Les portails web et les syst&#232;mes d'information offrent des outils de mobilit&#233; de mani&#232;re continue (Gaber &amp; Gruer, 2002). L&#224; aussi, la d&#233;faillance d'un serveur central provoque une vague de panique chez les professionnels comme chez les particuliers habitu&#233;s &#224; une connectivit&#233; continue. Le r&#233;seau mondial du transport a&#233;rien permet de se rendre partout dans des plages de temps de plus en plus &#233;tendues. D&#233;sormais, l'id&#233;ologie d'un temps continu s'impose comme une croyance qui veut convaincre que nous rentrons dans un mouvement in&#233;vitable de l'int&#233;gration dans l'espace marchand de toutes les institutions r&#233;gulatrices de la vie sociale (Huet, 2002). Le fonctionnement urbain devrait, &#224; ce titre, se plier aux exigences temporelles de l'espace marchand, pour ne pas &#234;tre mis &#224; l'&#233;cart des richesses du march&#233;-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le d&#233;ploiement de la logique de continuit&#233; temporelle catalys&#233;e par les n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques transforme l'organisation sociale du temps h&#233;rit&#233;e de la r&#233;volution industrielle et du compromis fordiste des ann&#233;es 1920. D&#232;s les ann&#233;es 1970, la nouvelle discipline du travail exige de nouveaux comportements. Elle s'oppose &#224; l'alternance d'intenses p&#233;riodes d'activit&#233; et d'inactivit&#233; sur laquelle les hommes avaient model&#233; leurs propres rythmes de travail pendant des si&#232;cles (Thompson, 1967). Aujourd'hui, si la r&#233;gularit&#233; du travail est moins soumise au rythme de la machine, il est toujours mesur&#233; &#224; l'aune du temps d&#233;bit, du temps vitesse qui caract&#233;rise la productivit&#233; telle qu'elle est pilot&#233;e par les crit&#232;res de rentabilit&#233; qui gouvernent les entreprises, dans une soci&#233;t&#233; passant de l'industrie &#224; l'information (Lojkine, 2002). L'&#233;quation fordiste devient caduque face &#224; de nouveaux processus de production : autonomie des m&#233;thodes de travail, fin de la hi&#233;rarchisation pyramidale, fin de la standardisation des t&#226;ches productives, valorisation des structures horizontales qui favorisent la flexibilit&#233; et la r&#233;activit&#233;, diversification des cadres organisationnels des activit&#233;s, transformation et multiplication des normes et des formes du travail (Orfeuil, Massot &amp; Bellanger, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Ainsi l'annualisation du temps de travail comme mode d'organisation a fortement progress&#233; tout comme les &#171; cr&#233;dits-temps &#187; ou les RTT devenus une variable d'ajustement temporelle de la production. Ces techniques comptables d'un temps flexible permettent d'adapter les horaires &#224; l'activit&#233; par l'alternance de p&#233;riodes hautes et basses dans presque tous les pays Europ&#233;ens. Entre 1986 et 1990, la modulation du temps de travail s'est accrue (Lallement, 1995) et aujourd'hui, pr&#232;s de 35 % des salari&#233;s fran&#231;ais seraient ainsi concern&#233;s (Kouzis &amp; Kretsos, 2003). Mais les p&#233;riodes basses et hautes ne sont pas du tout respect&#233;es, surtout dans les PME-PMI et les salari&#233;s ne sont pas toujours pr&#233;venus longtemps &#224; l'avance des changements (Ardenti, 2005) La disponibilit&#233; exig&#233;e aupr&#232;s de certains, les contraintes impos&#233;es dans la prise de jours de repos ou le recours au ch&#244;mage technique permettent &#224; la production de suivre les fluctuations annuelles de la demande et rendent impr&#233;visibles les calendriers d'activit&#233;. L'assouplissement des cadres temporels du travail affaiblit ce dernier en tant que synchroniseur social homog&#232;ne et universalisant permettant d'expliquer les rythmes collectifs. La modification des principes d'organisation du travail entra&#238;ne, via une cascade causale (de l'entreprise &#224; l'&#233;tablissement, au collectif de travail puis &#224; l'individu) la formation de nouveaux modes de vie (Godard, 2001) soumis &#224; un temps continu. La cloche de l'usine rythmant l'activit&#233; quotidienne et l'organisation relativement stable du travail sur l'ann&#233;e dispara&#238;t au profit des pointeuses, des horaires atypiques et variables, de l'annualisation du temps de travail, de l'interchangeabilit&#233; des personnes, de la n&#233;gociation &#224; court terme de son agenda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Nous sommes arriv&#233;s au terme de notre histoire de la rationalisation des modes de d&#233;termination du temps par l'int&#233;gration des soci&#233;t&#233;s locales &#224; un temps-monde. Nous avons constat&#233; la perte de pouvoir successive des donneurs de temps au profit d'un ordre temporel d&#233;sacralis&#233;, mondial, rationnel domin&#233; par un esprit scientifique, technique, ench&#226;ssant le travail dans le temps rentabilis&#233; et acc&#233;l&#233;r&#233; des sph&#232;res &#233;conomiques et marchandes. Dans ce processus, les villes ont &#233;t&#233; au c&#339;ur du d&#233;ploiement du temps moderne puisqu'elles sont &#224; l'origine du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie moderne, des &#233;changes marchands, de la mon&#233;tarisation des activit&#233;s, de l'int&#233;gration mondiale, de l'organisation rationnelle des activit&#233;s. Aujourd'hui, la ville s'ench&#226;sse logiquement dans le temps des r&#233;seaux mais ses besoins sociaux et locaux questionnent la mani&#232;re dont elle doit &#234;tre organis&#233;e face &#224; la continuit&#233; du temps mondial. L'id&#233;e de rythme social, de p&#233;riodicit&#233; collective et donc d'une s&#233;rie de ruptures marquant des moments particuliers permettant la coh&#233;sion du groupe se perd dans une continuit&#233; temporelle qui rejaillit sur le fonctionnement quotidien, hebdomadaire ou annuel des villes et de ses habitants. Et &#171; plus s'allongent et se diff&#233;rencient les cha&#238;nes d'interd&#233;pendance fonctionnelle qui relient les hommes entre eux, plus s&#233;v&#232;re devient la dictature des horloges &#187; (&#201;lias, 1996, p. 135). N&#233;anmoins, le temps mondial ne fait pas que s'imposer au fonctionnement des villes. L'appropriation par les citadins des m&#234;mes TIC et syst&#232;mes en r&#233;seau, technologies de d&#233;placement et services qui ont permis l'hypersynchronisation mondiale, fa&#231;onne en retour le rapport moderne des soci&#233;t&#233;s urbaines au temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;[&#192; SUIVRE...]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les caract&#233;ristiques traditionnelles du rythme social (1/3)
</title>
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		<dc:creator>Benjamin Pradel
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&lt;p&gt;Ce texte est tir&#233; du second chapitre de la th&#232;se de Benjamin Pradel que l'on pourra trouver dans son int&#233;gralit&#233; ici. Les r&#233;f&#233;rences bibliographiques ont &#233;t&#233; regroup&#233;es l&#224;. Le concept de rythme n'appara&#238;t pas dans les dictionnaires de sociologie alors qu'il a &#233;t&#233; au centre des pr&#233;occupations de plusieurs auteurs fondateurs de la discipline comme Marcel Mauss, &#201;mile Durkheim, Maurice Halbwachs, Henri Hubert, Henri Beuchat mais aussi Georges Gurvitch ou Andr&#233; Leroi-Gourhan. La plupart de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Rythmes du social
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;1. Le rythme social traditionnel&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;1. Le rythme social traditionnel&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;2. Rythme social et synchronie avec le milieu ambiant&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;2. Rythme social et synchronie avec le milieu ambiant&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;3. Rythme social, saisonnalit&#233; et d&#233;termination du temps&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;3. Rythme social, saisonnalit&#233; et d&#233;termination du temps&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;4. Du processus de d&#233;senchantement du temps : vers une marginalisation des rythmes collectifs ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire_3'&gt;4. Du processus de d&#233;senchantement du temps : vers une marginalisation des rythmes (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est tir&#233; du second chapitre de la th&#232;se de Benjamin Pradel que l'on pourra trouver dans son int&#233;gralit&#233; &lt;a href=&#034;https://theses.hal.science/tel-00546513&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. Les r&#233;f&#233;rences bibliographiques ont &#233;t&#233; regroup&#233;es &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/pdf/Benjamin_Pradel_Bibliographie.pdf' class=&#034;spip_in&#034; type='application/pdf'&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le concept de rythme n'appara&#238;t pas dans les dictionnaires de sociologie alors qu'il a &#233;t&#233; au centre des pr&#233;occupations de plusieurs auteurs fondateurs de la discipline comme Marcel Mauss, &#201;mile Durkheim, Maurice Halbwachs, Henri Hubert, Henri Beuchat mais aussi Georges Gurvitch ou Andr&#233; Leroi-Gourhan. La plupart de ces auteurs aborde le rythme &#224; partir de sa d&#233;finition platonicienne. Adoptant une posture plut&#244;t holiste, ils observent, dans les variations p&#233;riodiques de la morphologie sociale des groupes et des soci&#233;t&#233;s, les indices de l'existence d'une loi sociale du rythme refl&#233;tant le caract&#232;re hom&#233;ostatique des soci&#233;t&#233;s. Le lien qu'ils &#233;laborent entre rythme collectif, temps social et variations du milieu ambiant est remis en question par le passage des soci&#233;t&#233;s traditionnelles &#224; la morphologie sociale rythm&#233;e, aux soci&#233;t&#233;s modernes et urbanis&#233;s &#224; la morphologie sociale plus ind&#233;termin&#233;es. La pertinence de cette remise en question et de cette rupture est l'objet de nos interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;1. Le rythme social traditionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;1.1 Le rythme platonicien comme r&#233;f&#233;rence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Depuis D&#233;mocrite jusqu'&#224; H&#233;rodote le rythme renvoie d'abord &#224; une &#171; forme distinctive, figure proportionn&#233;e &#187; ou encore un &#171; arrangement caract&#233;ristique des parties dans un tout &#187;. De toutes les d&#233;finitions antiques, celle sur laquelle repose la d&#233;finition la plus connue et utilis&#233;e par les sociologues qui ont &#233;tudi&#233; le rythme social au d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, est celle donn&#233;e par Platon qui associe la forme du mouvement et la mesure (Kahn &amp; &lt;i&gt;al.&lt;/i&gt; 2007). Le rythme platonicien &#171; c'est l'ordre dans le mouvement, le proc&#232;s entier de l'arrangement harmonieux des attitudes corporelles combin&#233; avec un m&#232;tre qui s'appelle d&#233;sormais &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; &#187; (Benveniste, 1974, p. 334). Cette acception est &#233;galement celle du &lt;i&gt;Larousse&lt;/i&gt; qui d&#233;finit le rythme comme &#171; le retour, &#224; des intervalles r&#233;guliers dans le temps, d'un fait, d'un ph&#233;nom&#232;ne &#187;. C'est aussi la premi&#232;re d&#233;finition de l'&lt;i&gt;ATLIF&lt;/i&gt; o&#249; le rythme correspond &#224; une &#171; r&#233;p&#233;tition p&#233;riodique (d'un ph&#233;nom&#232;ne de nature physique, auditive ou visuelle) &#187; qui peut prendre son origine dans des ph&#233;nom&#232;nes naturels ou des artefacts m&#233;caniques. C'est enfin la d&#233;finition du &lt;i&gt;Petit Robert&lt;/i&gt; o&#249; le rythme est un &#171; mouvement r&#233;gulier, p&#233;riodique, cadenc&#233; &#187;. Cependant, nous soulignons d&#232;s &#224; pr&#233;sent que d&#233;finir le rythme, c'est entrer dans un d&#233;bat philosophique qui perdure depuis la Gr&#232;ce antique. Nous n'avons pas la pr&#233;tention de refermer ce d&#233;bat. Il s'agit de le transposer dans le contexte de la recherche actuelle afin de trouver une position m&#233;diane qui permette de pr&#233;server sa richesse pour expliquer le fonctionnement temporel de la vie sociale, &#224; l'&#233;chelle individuelle et collective. Le d&#233;bat oppose les positions h&#233;raclit&#233;ennes et atomistes d'une part, et les positions platoniciennes et aristot&#233;liciennes d'autre part. Pour les premiers, l'univers est toujours en mouvement, s'&#233;coule, et le rythme ne s'accommode pas de l'id&#233;e de mesure, de r&#233;gularit&#233;, de cycle qui sont des concepts propres &#224; l'homme ; pour les seconds, il n'est pas de changement sans quelques persistances et r&#233;gularit&#233;s, et le rythme poss&#232;de intrins&#232;quement une dimension p&#233;riodique, relative &#224; l'homme. Le rythme h&#233;raclit&#233;en est plut&#244;t de nature allochrone parce qu'il insiste sur l'irr&#233;gularit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes. Il peut s'appliquer &#224; la nature animale de l'homme. Le rythme platonicien est plut&#244;t de nature isochrone parce qu'il introduit une &#233;galit&#233; de dur&#233;e entre diff&#233;rentes s&#233;quences qui se succ&#232;dent dans l'observation de ces m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes. Il peut s'appliquer &#224; la nature sociale de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Adopter la p&#233;riodicit&#233; comme fondement du rythme, c'est donner &#224; la r&#233;p&#233;tition le pouvoir de produire de l'harmonie &#224; travers l'id&#233;e m&#233;trique. Cela implique l'engagement d'une comptabilit&#233; m&#233;trique dans l'observation, la d&#233;tection et la d&#233;finition du rythme. En associant le rythme au m&#232;tre, compris comme un &#233;talon, une unit&#233; qui permet de reconna&#238;tre l'ordre dans le mouvement, le rythme s'&#233;loigne d'une nature subjective et d'une forme irr&#233;guli&#232;re. Il entre dans l'&#232;re de la raison partag&#233;e dans un ensemble de symboles relatifs les uns par rapport aux autres. Le rythme est susceptible d'&#234;tre mesur&#233; d&#232;s lors qu'on applique au d&#233;roulement des choses une grille de lecture qui permet de dissocier les r&#233;gularit&#233;s dans la succession des ph&#233;nom&#232;nes &#233;tudi&#233;s dans une perspective diachronique. En effet, si la reconnaissance d'un rythme en appelle &#224; un processus d'&#233;valuation d'une grandeur ou d'une quantit&#233;, par comparaison avec une autre de m&#234;me esp&#232;ce, prise comme terme de r&#233;f&#233;rence, alors le rythme n'existe que par convention sociale. Il n'existe pas en soi. Pour appr&#233;hender le rythme, l'homme doit ainsi le r&#233;ifier gr&#226;ce &#224; un univers de signes ma&#238;trisables, un syst&#232;me de mesure relativement stable, qui fait entrer tout ph&#233;nom&#232;ne dans l'univers social. Cette convention s'observe par exemple dans les formes de spatialisation de s&#233;quences identiques qui constituent les symboles du temps. Ils sous-tendent l'id&#233;e d'une d&#233;termination sociale du temps &#224; travers le rythme ou plut&#244;t d'une co-d&#233;termination entre le temps et le rythme. Le relativisme de cette approche du rythme d&#233;coule d'une vision toute sociale de ce dernier et place la connaissance &#224; la hauteur de la nature humaine et non en dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;C'est cette d&#233;finition platonicienne du rythme comme succession de p&#233;riodes marqu&#233;es par des ruptures significatives et r&#233;guli&#232;res dans le d&#233;roulement continu des ph&#233;nom&#232;nes qui est la base de la d&#233;finition des rythmes sociaux pour Marcel Mauss et &#201;mile Durkheim. Chez ces auteurs, le rythme est une loi sociale qui pr&#233;serve la soci&#233;t&#233; et la fonde &#224; travers l'alternance p&#233;riodique de phases de concentration et de dispersion de la morphologie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;1.2 Le rythme collectif p&#233;riodique comme loi sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Pour &#201;mile Durkheim, &#171; le rythme de la vie collective domine et embrasse les rythmes vari&#233;s de toutes les vies &#233;l&#233;mentaires &#187; (2002, p. 415). Le rythme est un fait social qui s'impose aux conduites individuelles. Il est le produit de la vie collective et d&#233;termine le temps social. En s'exprimant dans des moments rituels revenant &#224; intervalle r&#233;gulier dans le temps long, il sert de r&#233;f&#233;rence &#224; la localisation de chacun dans la dur&#233;e et dans le collectif. Cette approche fait du rythme collectif une loi sociale d&#233;voilant le caract&#232;re hom&#233;ostatique de la soci&#233;t&#233; et ici des communaut&#233;s &#224; solidarit&#233; m&#233;canique. Le rythme est un &#233;l&#233;ment fondateur de la vie en soci&#233;t&#233; &#224; travers les &#171; n&#233;cessit&#233;s p&#233;riodiques de la r&#233;fection collective &#187; (Durkheim, 2002, p. 415). Le corps social, en tant que groupement humain, ne peut perdurer dans un &#233;tat constant d'atomisation de ses membres dans l'espace et le temps. Les f&#234;tes et les rites, en tant que rassemblements, produisent d'intenses moments d'effervescence qui d&#233;pendent du fait m&#234;me que le groupe est assembl&#233;, et non des raisons pour lesquelles il est assembl&#233;. Or il &#171; n'est pas de religion ni, par cons&#233;quent, de soci&#233;t&#233; qui n'ait connu et pratiqu&#233; cette division du temps en deux parties tranch&#233;es qui alternent l'une avec l'autre suivant une loi variable avec les peuples et les civilisations &#187; (2002, p. 300). Ainsi, Durkheim voit dans le fait religieux et ses rassemblements p&#233;riodiques l'origine m&#234;me des soci&#233;t&#233;s, un fait social propre &#224; toute forme de groupement humain. La religion et la soci&#233;t&#233; &#233;tant les deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce, la raison du rassemblement est le rassemblement lui-m&#234;me et sa p&#233;riodicit&#233;, n&#233;cessaire &#224; la pr&#233;servation de la soci&#233;t&#233; dans le temps long, explique la morphologie sociale rythm&#233;e des formes de groupements humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Marcel Mauss affirme &#233;galement que la totalit&#233; sociale poss&#232;de une morphologie temporelle rythm&#233;e qui s'impose comme une loi universelle de la vie en soci&#233;t&#233;. Dans son &lt;i&gt;Essai sur les variations saisonni&#232;res des soci&#233;t&#233;s eskimos&lt;/i&gt;, il explique que les soci&#233;t&#233;s territorialis&#233;es changent de forme spatiale pour leur propre survivance dans un rapport synchronique avec les variations de leur milieu ambiant. D&#233;passant l'approche proprement sacr&#233;e des rythmes chez Durkheim, il conclut &#224; l'existence d'une &#171; grande loi qui assure non seulement la vie religieuse mais la vie sociale tout enti&#232;re : la loi du rythme collectif &#187; (Mauss, 1904, p. 52). L'id&#233;e de variabilit&#233; dans l'espace-temps de la morphologie sociale des groupements humains poss&#232;de &#171; une g&#233;n&#233;ralit&#233; que l'on ne soup&#231;onne pas au premier abord &#187; (Mauss, 1904, p. 56). Le rythme social s'exprime dans les alternances formelles de r&#233;partition g&#233;ographique du groupe sur un territoire qui rel&#232;ve d'une n&#233;cessit&#233; de survie. Le peuple eskimo est nomade et dispers&#233; lors des saisons d'abondance du gibier et devient s&#233;dentaire et regroup&#233; lorsque celui-ci se fait plus rare. Ce rythme de la vie collective d&#233;termine temporellement les comportements individuels et correspond aux variations saisonni&#232;res. Mais pour Mauss, le rythme social n'&#233;mane pas des variations saisonni&#232;res, il prend naissance dans la vie collective. Le rythme social s'explique par l'existence m&#234;me du groupe et inversement, le rythme social produit le groupe dans un rapport interactif. Sans la loi g&#233;n&#233;rale du rythme, la soci&#233;t&#233; n'existerait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Enfin, Maurice Halbwachs dans &lt;i&gt;La m&#233;moire collective chez les musiciens&lt;/i&gt; souligne cette dimension intrins&#232;quement sociale du rythme p&#233;riodique en s'int&#233;ressant au langage. Le rythme du langage n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne ext&#233;rieur &#224; l'homme qui aurait trouv&#233; dans la nature un mode de succession des ph&#233;nom&#232;nes tel qu'il en ressorte un rythme particulier, &#224; partir duquel il va d&#233;velopper le langage. Halbwachs voit dans la production du langage, n&#233;cessaire &#224; la vie en groupe, l'expression du rythme tel qu'il ne r&#233;sulte que d'une disposition sociale. Le rythme est &#171; ce qui nous permet de distinguer les parties de la phrase et les mots qui, sans cela, se fondraient l'un dans l'autre et ne nous pr&#233;senteraient qu'une surface continue et confuse sur laquelle n&#244;tre attention n'aurait aucune prise. Nous sommes de bonne heure familiaris&#233;s avec la mesure. Mais c'est la soci&#233;t&#233;, et non la nature mat&#233;rielle qui nous y a pli&#233;s &#187;. (Halbwachs, 1939, p. 14). Le rythme est dict&#233; par la forme des mots, leur consonance, la structure des phrases r&#233;gl&#233;es par des conventions sociales dans une perspective de compr&#233;hension mutuelle. Le terme de mesure n'est pas anodin car il renvoie directement &#224; la d&#233;finition platonicienne et p&#233;riodique du rythme. Le rythme du langage est une convention qui permet l'&#233;change compr&#233;hensif et fonde le social, autant qu'il d&#233;coule du social car il n'existe pas, dans la nature, d'id&#233;e de mesure. Par souci de clart&#233;, nous pouvons opposer cette approche sociale du rythme &#224; celle d'Andr&#233; Leroi-Gourhan pour qui le rythme du langage s'ancre avant tout dans la sp&#233;cificit&#233; morphologique et fonctionnelle du corps humain (Bidet, 2007) et donc dans sa nature biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le rythme est de nature proprement collective et l'individu solitaire ne saurait en &#234;tre pourvu. Sans rythme il est difficile de penser l'existence m&#234;me des soci&#233;t&#233;s humaines. La religion, les saisons ou le langage ne sont que des supports &#224; la loi du rythme qui affecte la morphologie sociale. Le rythme social, parce qu'il impose aux individus une activit&#233; collective r&#233;guli&#232;re et commune, les dispose au partage d'une mesure collective du temps et de la dur&#233;e. Si nous partageons l'id&#233;e que le rythme collectif est n&#233;cessaire &#224; la persistance des soci&#233;t&#233;s et des groupes, nous nous &#233;loignons de la posture holiste et d&#233;terministe adopt&#233;e par ces auteurs. Cependant, Durkheim lui-m&#234;me s'en &#233;loigne d&#232;s qu'il affirme que &#171; s'il y a un rythme de la vie collective, on peut &#234;tre assur&#233; qu'il y en a un autre dans la vie de l'individuel, plus g&#233;n&#233;ralement, dans celle de l'univers. Le premier est seulement plus marqu&#233; et plus apparent que les autres. &#187; (2002, p. 28). L'individu n'est pas seulement d&#233;termin&#233; par le rythme, mais il s'y engage en participant &#224; un &#171; instant fugitif o&#249; la soci&#233;t&#233; prend, o&#249; les hommes prennent conscience sentimentalement d'eux-m&#234;mes et de leur situation vis-&#224;-vis d'autrui &#187; (Mauss in Michon, 2005a, p. 429). Si dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles la non-participation aux rythmes &#233;tait sanctionn&#233;e par une forme de marginalisation sociale ayant pour but de pr&#233;venir l'anomie, il n'en est plus de m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s modernes. Il s'agira de prendre en compte cette marge laiss&#233;e &#224; l'individu pour se d&#233;gager ou s'ins&#233;rer dans les groupes et la soci&#233;t&#233; auxquels il appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;1.3 Variation de la morphologie sociale et socialisation collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Marcel Mauss d&#233;finit la morphologie sociale comme le substrat mat&#233;riel des soci&#233;t&#233;s, la forme et la densit&#233; de leur &#233;tablissement sur un territoire ainsi que l'ensemble des choses qui servent de si&#232;ge &#224; la vie collective (Mauss, 1904). Les variations de densit&#233; de la morphologie sociale renvoient aux variations de la distance physique entre ses membres. Si nous pouvons penser des &#233;tats m&#233;dians, le rythme social est identifi&#233; dans l'alternance entre deux &#233;tats extr&#234;mes de la morphologie sociale. La plupart du temps distants les uns des autres, les individus appartenant &#224; une m&#234;me soci&#233;t&#233; ou groupe social se regroupent ponctuellement selon des rythmes r&#233;guliers. Mauss explique ainsi que &#171; la vie sociale ne se maintient pas au m&#234;me niveau aux diff&#233;rents moments de l'ann&#233;e ; mais elle passe par des phases successives et r&#233;guli&#232;re d'intensit&#233; croissante et d&#233;croissante, de repos et d'activit&#233;, de d&#233;pense et de r&#233;paration [&#8230;]. De l&#224; ce rythme de dispersion et de concentration, de vie individuelle et de vie collective &#187; (1904, p. 473). Dans &lt;i&gt;M&#233;langes d'histoire des religions : Essai sur la nature et la fonction du sacrifice&lt;/i&gt;, il d&#233;crit le rythme des cycles sacrificiels selon la m&#234;me approche &#171; Le mythe d'Osiris dont les membres &#233;pars &#233;taient rassembl&#233;s par Isis est une image de ce rythme et de cette alternance. &#187; (Hubert &amp; Mauss, 1899, p. 71). Durkheim d&#233;finit &#233;galement le rythme social par l'alternance entre &#171; les mouvements de concentration ou de dispersion de la soci&#233;t&#233; &#187; (Durkheim, 2002, p. 415). Le rythme social s'identifie, sur le terrain, par l'observation des rassemblements r&#233;guliers des membres d'une soci&#233;t&#233; ou d'un groupe et c'est de cette mani&#232;re que nous l'avons abord&#233; par le travail d'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'alternance de ces phases correspond &#224; un ph&#233;nom&#232;ne d'agr&#233;gation des individus qui, consid&#233;r&#233; d'une mani&#232;re quantitative, peut &#234;tre un support de socialisation collective. La socialisation, c'est-&#224;-dire le processus par lequel l'individu int&#233;riorise un certain nombre de valeurs, de normes de comportement, de savoirs, qui lui permettent tout &#224; la fois de se forger sa personnalit&#233; et de vivre avec les autres, peut proc&#233;der d'une situation de densit&#233; sociale particuli&#232;re. La concentration est synonyme de r&#233;duction des distances physiques entre les individus ce qui augmente potentiellement les &#233;changes interpersonnels en densifiant les rapports de face-&#224;-face et les interactions, qu'elles soient verbales, visuelles ou corporelles. Durant ces concentrations, &#233;merge un vivre ensemble mais surtout un faire ensemble. Mauss explique ainsi que &#171; derri&#232;re le simple fait du rythme appara&#238;t une r&#233;alit&#233; sociale, un groupe d&#233;termin&#233; d'individus chantant et dansant. Le rythme, facult&#233; d'ensemble, vient directement d'une action faite ensemble &#187; (Mauss &amp; Beuchat, 1904). Ce faire ensemble &#224; travers la concentration du corps social rel&#232;ve d'un &#171; besoin qui s'affirme parfois avec une &#233;nergie particuli&#232;re : on s'embrasse, on s'enlace, on se serre le plus possible les uns contre les autres &#187; (Durkheim, 2002, p. 380). Mais &#224; la dimension quantitative du rythme social supportant une forme de socialisation s'ajoute une dimension qualitative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La socialisation collective port&#233;e par le rythme social traduit deux &#233;tats qualitatifs de la vie sociale. Pour Durkheim, la forme dispers&#233;e des soci&#233;t&#233;s correspond &#224; un moment o&#249; l'activit&#233; &#233;conomique domine et o&#249; les individus vaquent &#224; leurs occupations quotidiennes tandis que sa forme concentr&#233;e correspond &#224; un moment o&#249; l'activit&#233; religieuse et sociale domine et s'inscrit dans des espaces suivant des temporalit&#233;s pr&#233;cises. Les moments de concentration, moments o&#249; la vie sociale domine pour Durkheim, phase d'intensit&#233; de la vie sociale pour Mauss, sont consid&#233;r&#233;s comme des temps forts par opposition aux temps faibles qui s'ins&#232;rent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Il ne suffit pas d'op&#233;rer une comptabilit&#233; des participants pour d&#233;finir l'intensit&#233; de ces temps forts. Le rassemblement produit et augmente une disposition particuli&#232;re &#224; la sociabilit&#233; du sujet vis-&#224;-vis de ses semblables. En effet, une des cons&#233;quences du rapprochement des individus est &#171; de multiplier entre eux les contacts et de les rendre plus intimes. Par cela m&#234;me, le contenu des consciences change &#187; (Durkheim, 2002, p. 497). Ce changement des consciences s'apparente &#224; une forme d'effervescence de la vie psychique individuelle qui se transforme pour accueillir le semblable (celui qui appartient &#224; la m&#234;me communaut&#233;) et le diff&#233;rent (ego dans son individualit&#233;). La transformation de la posture mentale dans la relation &#224; l'autre, qui caract&#233;rise l'individu dans le rassemblement, est retenue ici comme un &#233;l&#233;ment central du rythme. La seconde dimension qualitative est contenue dans l'id&#233;e de culte et de rite. Les phases de concentrations rituelles permettent &#171; de resserrer les liens qui attachent le fid&#232;le &#224; son dieu, du m&#234;me coup elles resserrent r&#233;ellement les liens qui unissent l'individu &#224; la soci&#233;t&#233; dont il est membre, puisque le dieu n'est que l'expression figur&#233;e de la soci&#233;t&#233;. &#187; (Durkheim, 2002, p. 220) &#192; travers le rythme collectif c'est la soci&#233;t&#233; qui pr&#233;serve ses chances de survie en renfor&#231;ant sa coh&#233;sion. Le rythme lie l'individu, consid&#233;r&#233; comme un organisme isol&#233; de son entourage, &#224; un groupe dans une relation non continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le rythme social provient de l'alternance entre concentration et dispersion, entre vie publique et vie priv&#233;e, engagement et distanciation dans le groupe. La variation rythmique de la morphologie spatiale des soci&#233;t&#233;s selon les variations de la nature repr&#233;sente une premi&#232;re forme de spatialisation du temps. Elle produit un &#233;quilibre entre vie individuelle et vie collective permettant la socialisation de chacun, sans &#234;tre ni toujours isol&#233;, ni toujours rassembl&#233;. Un tel &#233;quilibre morphologique existe-t-il encore dans le fonctionnement des soci&#233;t&#233;s modernes souvent promises &#224; un processus d'atomisation de la vie sociale ? La morphologie sociale des soci&#233;t&#233;s est coh&#233;sive parce qu'elle est aussi une morphologie temporelle et spatiale qui varie selon des phases rythmiques de concentration et dispersion. Ces analyses se situent &#224; l'&#233;chelle de petites communaut&#233;s sans moyen de d&#233;mat&#233;rialisation de l'interaction. Les moyens modernes de communication et de localisation spatiotemporelle rendraient-il alors caduc le besoin d'alternance entre des phases de concentration et de dispersion des soci&#233;t&#233;s ? Les soci&#233;t&#233;s modernes ne ressentiraient-elle plus la n&#233;cessit&#233; sociale de calquer leurs rythmes sur les variations de la nature environnante dont elles se sont affranchies par la technique ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;2. Rythme social et synchronie avec le milieu ambiant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La structure p&#233;riodique du rythme social est attribu&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; de coh&#233;sion du groupe et plus largement &#224; l'id&#233;e de sacr&#233;. Cependant, la r&#233;gularit&#233; des phases de concentration et de dispersion plonge ses racines dans la relation que la soci&#233;t&#233; entretient avec son environnement naturel direct. Il existe un lien &#233;troit entre le d&#233;veloppement du rythme social et la nature, &#224; travers le rapport vital et th&#233;ologique qu'entretient l'homme avec le milieu ambiant (Bidet, 2006). La d&#233;pendance des soci&#233;t&#233;s eskimos &#224; la variabilit&#233; des ressources naturelles explique que leur rythme social soit synchrone avec les saisons. Mauss remarque que le rythme social correspond au cycle animal de reproduction du gibier. Les moments de dispersion sociale sont en phase avec les p&#233;riodes de chasse et de p&#234;che en &#233;t&#233; tandis que les moments de concentration du groupe correspondent &#224; la rar&#233;faction du gibier en hiver et oblige au partage des ressources. De m&#234;me, les sacrifices autour du mythe d'Osiris s'articulent avec les temps de la vie agricole calqu&#233;s sur les variations saisonni&#232;res : &#171; Le sacrifice contenait en lui-m&#234;me, abstraction faite du retour r&#233;gulier des travaux agricoles, la condition de sa p&#233;riodicit&#233;. &#187; (1969, p. 71) et plus loin : &#171; Nous savons que le sacrifice se r&#233;p&#232;te p&#233;riodiquement parce que le rythme de la nature exige cette p&#233;riodicit&#233;. &#187; (1969, p. 81) L'exigence de synchronisation du groupe avec les saisons pour les soci&#233;t&#233;s agraires et magiques provient &#224; la fois d'une n&#233;cessit&#233; vitale de survie mais &#233;galement d'une n&#233;cessit&#233; th&#233;ologique de ma&#238;trise d'une nature dominatrice. Pour Durkheim, &#171; il y a une impression que l'homme ne peut pas ne pas &#233;prouver la pr&#233;sence de la nature. Il ne peut pas entrer en rapport avec elle sans se rendre compte qu'elle le d&#233;borde et le d&#233;passe. Elle l'&#233;crase de son immensit&#233; &#187; (2002, p. 83). L'homme ne saurait assister au spectacle des cycles de l'univers en t&#233;moin indiff&#233;rent puisqu'il se place, en tant qu'observateur, au centre d'un univers nourricier et hostile, qu'il v&#233;n&#232;re autant qu'il craint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Si le lien entre rythme social et saisons est act&#233;, la structure p&#233;riodique du rythme r&#233;siste &#224; une explication par un d&#233;terminisme environnemental. Mauss, en souhaitant pr&#233;server la force d&#233;terminante du social, interroge plus qu'il n'affirme la pr&#233;&#233;minence du social sur l'environnemental dans l'explication des rythmes : &#171; On en vient m&#234;me &#224; se demander si les influences proprement saisonni&#232;res ne seraient pas surtout les causes occasionnelles qui marquent le mouvement de l'ann&#233;e o&#249; chacune de ces deux phases peut se situer de la mani&#232;re la plus opportune, plut&#244;t que des causes d&#233;terminantes et n&#233;cessitantes du m&#233;canisme tout entier. &#187; (1906, p. 471) Hubert h&#233;site &#233;galement entre la nature proprement sociale ou environnementale du rythme jusqu'&#224; ce qu'il tranche : &#171; H&#226;tons nous d'ajouter que la p&#233;riodicit&#233; de certains actes religieux n'a pas besoin de s'expliquer par cette logique sociale ; cependant, m&#234;me lorsqu'il s'agit de f&#234;tes agraires, on est toujours oblig&#233; d'en tenir compte ; elle s'ajoute au retour p&#233;riodique des ph&#233;nom&#232;nes naturels, pour d&#233;terminer leur date et leur n&#233;cessit&#233;. &#187; (1901, p. 234) L'interrogation se retrouve chez Durkheim qui, bien que refusant de faire na&#238;tre les rythmes du sacr&#233; dans le besoin humain d'assigner des causes aux ph&#233;nom&#232;nes physiques ext&#233;rieurs, observe la synchronisation des rythmes religieux avec les saisons. Ainsi, &#171; comme les changements saisonniers sont, pour la nature, des &#233;poques critiques, ils sont une occasion naturelle de rassemblements &#187; (2002, p. 334). Nous noterons au passage qu'ils sont aussi une occasion au suicide pour Durkheim. Derri&#232;re la corr&#233;lation entre variations saisonni&#232;res et taux de suicide, Durkheim explique que c'est la variation de l'intensit&#233; de la vie sociale qui est d&#233;terminante. Or, cette variation est li&#233;e au rythme de l'activit&#233; qui d&#233;pend de l'alternance des jours et des nuits et des saisons (Borlandi, 2000). Les saisons serviraient de rep&#232;res qui, une fois saisies par le social, permettraient de p&#233;renniser le rythme n&#233;cessaire &#224; la pr&#233;servation du groupe. Mais l'interrogation de la charge explicative des saisons sur le rythme social demeure car pour Mauss, &#171; quelque certaine que soit cette influence des facteurs biologiques et techniques, nous n'entendons pas dire qu'elle suffise &#224; rendre compte de tout ph&#233;nom&#232;nes &#187; (1906, p. 95). Le rythme social n'est pas totalement pens&#233; en dehors de toute d&#233;termination de l'homme comme &#234;tre de nature. N&#233;anmoins, ces auteurs mettent au premier plan la dimension hom&#233;ostatique des groupements humains sans reconna&#238;tre pleinement, dans cette force de survie sociale, l'importance du lien qu'ils poss&#232;dent avec leur environnement physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La mise au second plan d'un d&#233;terminisme environnemental pour expliquer le rythme social est un positionnement qui ne nous satisfait pas car l'hom&#233;ostasie sociale n'existe qu'en rapport avec l'environnement physique. Sur cette question, Andr&#233; Leroi-Gourhan attribue la structure du rythme social au besoin &#224; la fois physique et psychique d'assurer une prise du groupe sur l'univers, &#171; de r&#233;aliser l'insertion de l'homme, &#224; travers l'appareil symbolique, dans le mouvant et l'al&#233;atoire qui l'entourent &#187; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Bidet, 2006, p. 9). Si le rythme est social, le social lui-m&#234;me n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne &#233;th&#233;r&#233; et a-contextuel. Il se construit dans un rapport &#233;troit avec l'environnement dont la ma&#238;trise et la compr&#233;hension par le symbole et la technique participent au processus de civilisation. En tant qu'animal social, l'homme n'est pas dissociable de son groupe d'appartenance, ni de son environnement bio-physique. Le rythme se situe &#224; l'interaction entre le social et l'environnemental en tant qu'il permet la vie de l'homme dans son milieu d'origine autant que sa vie en collectivit&#233;. Or ces deux dimensions sont n&#233;cessaires pour la pr&#233;servation de l'esp&#232;ce humaine. Une totale d&#233;connexion des rythmes de l'individu du rythme du groupe et des variations de son environnement ne serait pas pensable. Travailler sur les rythmes sociaux sur la base des travaux et th&#233;ories du d&#233;but du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle permet ainsi de s'interroger sur les transformations du rapport &#171; groupes sociaux/espace physique &#187; face &#224; la complexification et l'urbanisation des soci&#233;t&#233;s. La distanciation des rythmes sociaux d'avec les variations environnementales (&#201;lias, 1996) et la rationalisation technique de la d&#233;termination du temps questionnent la sociogen&#232;se des rythmes sociaux modernes. Quels sont, parmi les &#233;l&#233;ments traditionnels du rythme, ceux qui subsistent et ceux qui disparaissent dans le rapport qu'entretiennent les soci&#233;t&#233;s modernes avec le temps ? Cette question renvoie au processus de d&#233;termination du temps. Le d&#233;coupage de la dur&#233;e en s&#233;quences proportionnelles toujours plus fines, li&#233;e &#224; la ma&#238;trise technique de l'environnement, remettrait peu &#224; peu en cause de l'id&#233;e m&#234;me de rythme social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;3. Rythme social, saisonnalit&#233; et d&#233;termination du temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour Durkheim, le rythme de la vie sociale et religieuse en tant que loi universelle est &#224; la base de la cat&#233;gorie de temps. Cette loi &#171; a amen&#233; les hommes &#224; introduire, dans la continuit&#233; et l'homog&#233;n&#233;it&#233; de la dur&#233;e, des distinctions et des diff&#233;renciations qu'elle ne comporte pas naturellement &#187; (Durkheim, 2002, p. 300). De m&#234;me, Mauss citant Hubert note que ce dernier &#171; est arriv&#233; r&#233;cemment, &#224; propos de l'id&#233;e de temps, &#224; l'hypoth&#232;se d'un rythme de la vie collective qui expliquerait la formation du calendrier &#187; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Michon, 2005b, p. 415). La pr&#233;&#233;minence du d&#233;terminisme social du temps via la loi du rythme est remplac&#233;e par une position m&#233;diane mettant en avant l'id&#233;e de l'interaction entre l'homme et son environnement qui est constitutive des rythmes et du temps. Le rythme n'existe pas dans la nature en tant que ph&#233;nom&#232;ne de mesure concret mais sans les r&#233;gularit&#233;s observ&#233;es dans la nature, le rythme et le temps social comme mesure permettant la coordination de la vie de l'homme en collectivit&#233; n'existeraient pas. La position que nous adoptons ici est aussi celle d'&#201;lias pour qui &#171; r&#233;alit&#233;, l'humanit&#233;, et donc aussi la &#8220;soci&#233;t&#233;&#8221; et la &#8220;culture&#8221;, etc. ne sont pas moins &#8220;naturelles&#8221;, pas moins parties d'un seul et m&#234;me univers que les atomes ou les mol&#233;cules &#187; (&#201;lias, 1996, p. 97).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;L'observation primitive des saisons et des lunaisons a permis &#224; l'&#234;tre humain en groupe, tout entier pris dans son environnement, de faire perdurer les distinctions de la dur&#233;e et de les cristalliser dans des repr&#233;sentations spatialis&#233;es comme le calendrier. C'est pour cela que nous pouvons parler de symboles du temps puisque le temps renvoie &#224; un d&#233;calque de s&#233;quences observables dans la nature. Pour Norbert &#201;lias, le temps est un instrument dont la gen&#232;se s'explique par l'existence d'un processus physique d'origine environnementale &#8211; le retour des saisons observ&#233; par un individu capable de r&#233;unir dans une synth&#232;se conceptuelle ce qui se pr&#233;sente &#224; lui comme une succession et non comme un ensemble. Ainsi, &#171; le concept de temps ne renvoie ni au &#8220;d&#233;calque&#8221; conceptuel d'un flux existant objectivement ni &#224; une forme d'exp&#233;rience commune &#224; l'ensemble des hommes pr&#233;c&#233;dant tout contact avec le monde &#187; (&#201;lias, 1996 p. 13). &#201;lias s'&#233;loigne d'un trop grand sociologisme en donnant &#224; l'environnement un r&#244;le indispensable dans l'apparition du temps social et en repla&#231;ant la soci&#233;t&#233; au sein de son territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le rythme social ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme premier dans la cha&#238;ne causale qui m&#232;ne &#224; la production du temps social. Sa structure p&#233;riodique, &#224; la base du d&#233;coupage de la dur&#233;e et du temps chez Durkheim, n'existe que parce qu'elle prend comme r&#233;f&#233;rence les saisons. Le rythme se confond avec le temps social &#224; travers le rapport homme/nature obligeant les soci&#233;t&#233;s &#224; suivre les variations impos&#233;es par l'environnement. Ainsi, &#171; les instruments de d&#233;termination du temps sont toujours des s&#233;quences observables d'&#233;v&#233;nements &#187; (&#201;lias, 1996, p. 19). Or, les premiers &#233;v&#233;nements observables dans les soci&#233;t&#233;s primitives venaient du milieu ambiant. Si, pour Durkheim, &#171; un calendrier exprime le rythme de l'activit&#233; collective en m&#234;me temps qu'il a pour fonction d'en assurer la r&#233;gularit&#233; &#187; (2002, p. 21), l'activit&#233; collective agricole primitive renvoie directement aux variations saisonni&#232;res. Ainsi le d&#233;veloppement de l'agriculture est pour &#201;lias, un d&#233;clencheur de la construction sociale du temps. Lorsqu'il conna&#238;t le moment du retour de la saison des pluies parce qu'il a consign&#233; les occurrences d'apparition du ph&#233;nom&#232;ne et a observ&#233; sa r&#233;gularit&#233; traduite dans le langage, l'homme peut ma&#238;triser plus facilement sa production agricole, organiser les semailles, les moissons et les f&#234;tes qui vont avec, donc les rythmes sociaux. Dans le temps primitif, les contextes sont index&#233;s les uns sur les autres et un &#233;v&#233;nement du quotidien d'origine naturelle, comme par exemple le moment o&#249; le b&#233;tail part ou rentre des p&#226;turages, rythme la vie sociale du groupe. C'est ce qu'Evans-Pritchard appelait &#171; l'horloge-b&#233;tail &#187;. Le d&#233;coupage de la dur&#233;e provient non d'une loi immanente mais d'une observation m&#233;thodique de la marche du monde. La variation rythmique de la morphologie spatiale des soci&#233;t&#233;s selon les variations de la nature repr&#233;sente une premi&#232;re forme de spatialisation du temps qui s'ancre dans les pratiques collectives. Il y a interaction et simultan&#233;it&#233; entre les rythmes sociaux et les variations saisonni&#232;res plus que pr&#233;&#233;minence explicative des premiers dans la d&#233;termination sociale du temps : &#171; Le geste humain simultan&#233;isait le ciel, en y projetant un rythme humain, appr&#233;ciant les d&#233;placements apparents des objets c&#233;lestes. &#187; (Lefebvre, 1992, p. 38)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Autrement dit, les premiers rythmes des soci&#233;t&#233;s se confondent avec l'existence des variations saisonni&#232;res prises comme s&#233;quences de base &#224; la construction du temps social parce que l'homme est un &#234;tre de nature autant que de culture. &#192; l'arri&#232;re plan, sous le temps v&#233;cu, quotidien et cosmique il y a du cycle. Or, le premier de ces cycles qui se donne &#224; voir &#224; l'&#234;tre humain est celui des saisons : &#171; Le quotidien se compose de cycles et entre dans des cycles plus larges. [&#8230;] Il n'y &#224; rien de lin&#233;aire. Les correspondances d&#233;voil&#233;es par les symboles et par les mots ont une port&#233;e ontologique. Ils se fondent dans l'&#202;tre. Les heures, les jours, les mois, les ans, les p&#233;riodes et si&#232;cles s'impliquent. &#187; (Lefebvre, 1968, p. 16) Le rapport nature/humanit&#233; d&#233;voil&#233; dans la production du temps social forme une ontologie. Le temps social marqu&#233; par la r&#233;p&#233;tition provient de l'adaptation des hommes &#224; des donn&#233;es structurelles environnementales qui leur permettent de vivre en groupe, et de le pr&#233;server par la ma&#238;trise de l'incertitude de l'avenir. L'adaptation passe par la production d'un appareillage symbolique qui permet l'orientation dans l'espace et le positionnement dans la dur&#233;e, la coordination entre les membres du groupe et la coordination de l'activit&#233; collective et individuelle avec les contraintes et les ressources de l'environnement. Cet appareillage symbolique est le temps m&#234;me et l'ensemble doit &#234;tre pens&#233; dans le rapport &#233;volutif qu'entretiennent les soci&#233;t&#233;s avec leur environnement. L'homme interpr&#232;te comme des propri&#233;t&#233;s inn&#233;es, non apprises de sa propre pens&#233;e, et ainsi de toute pens&#233;e, des concepts qui appartiennent au r&#233;pertoire &#233;tabli du langage et du savoir de son &#233;poque, mais pas de toutes les &#233;poques &#8211; et qui sont le produit d'efforts th&#233;oriques et pratiques d'une longue cha&#238;ne de g&#233;n&#233;ration. Penser le &#171; temps &#187;, penser &#224; travers la cat&#233;gorie &#171; temps &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; d&#233;coupage de la dur&#233;e &#187;, revient &#224; mobiliser un corpus de connaissances qui n'a pas toujours exist&#233; tel que nous le connaissons aujourd'hui : &#171; Dans une large mesure, les hommes vivent &#224; l'int&#233;rieur d'un monde de symboles qu'ils ont eux-m&#234;mes cr&#233;&#233;. &#187; (&#201;lias, 1996, p. 70) La production de ces symboles qui d&#233;coule de l'association d'un signifi&#233; et d'un signifiant n'est pas claire dans les travaux d'&#201;lias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;En partant du psychisme individuel et non du groupe, &#201;lias &#233;voque la capacit&#233; cognitive de l'homme &#224; op&#233;rer des liaisons, capacit&#233; qui lui a permise de percevoir un certain ordre dans les mouvements naturels auxquels il applique la cat&#233;gorie de rythme et &#224; partir desquels il construit le temps social. En tant que cat&#233;gorie de pens&#233;e, le rythme devient un &#233;l&#233;ment de compr&#233;hension et d'appropriation du monde b&#226;ti par analogie structurelle avec le milieu ambiant. Si &#171; nous projetons un rythme dans les choses et les &#233;v&#233;nements. Et [si] c'est l'homme qui projette ses sch&#232;mes de pens&#233;e sur le monde, et non le monde qui impose ses rythmes &#224; l'homme &#187; (Sauvanet, 2007), alors le monde environnant ne peut &#234;tre &#233;cart&#233; de l'analyse du rythme social. Les variations de la nature, en se donnant &#224; la perception humaine, sont autant de prises permettant la &#171; projection &#187; de sch&#232;mes humains collectifs n&#233;cessaires &#224; la vie sociale car l'&#233;tude de l'homme en soci&#233;t&#233; doit aussi, selon nous, &#234;tre celle de l'homme dans son environnement. Parce qu'il trouve dans la nature les rep&#232;res permettant &#224; ses besoins d'organisation du lien social d'&#234;tre satisfaits, les variations saisonni&#232;res sont utilis&#233;s par l'homme en groupe comme le support des rythmes sociaux. Pierre Sauvanet affirme que le rythme grec se dit toujours de la mati&#232;re de l'homme, jamais de l'univers, mais ne nie pas que la philosophie grecque comme anthropologie du corps est toujours aussi une cosmologie en rapport avec les objets de l'environnement per&#231;us par l'homme. Pas de rythme de l'univers donc mais des variations en liens avec la corporalit&#233; humaine, voire la soci&#233;t&#233; comme ensemble de corporalit&#233;s, traduites symboliquement et pratiquement en termes de rythme puis de temps comme cat&#233;gorie de pens&#233;e permettant la coh&#233;sion du groupe. Mais &#201;lias ne s'interroge pas sur la mani&#232;re de passer d'une capacit&#233; psychique &#224; op&#233;rer des liaisons &#224; l'institutionnalisation d'un temps stabilis&#233; et commun au groupe. Entre les deux, nous &#233;voquerons l'existence d'institutions organisant les symboles du temps dans un sch&#233;ma stabilis&#233; et normatif, enjeu de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;La structure d'intelligibilit&#233; symbolique partag&#233;e qu'est le temps permet la vie sociale dans son milieu ambiant de r&#233;f&#233;rence. Le temps et ses d&#233;coupages a valeur d'outil et plonge ses racines dans l'interaction entre l'&#234;tre social et son environnement, l'un ne pouvant se penser sans l'autre. Cet appareillage &#233;volue au fil des red&#233;finitions des relations que la soci&#233;t&#233; entretient vis-&#224;-vis de son environnement, notamment &#224; travers la rationalisation du rapport au monde, le d&#233;veloppement technique et l'&#233;mergence de la figure de l'individu. &#192; ce titre cette red&#233;finition peut &#234;tre pilot&#233;e, orient&#233;e par diff&#233;rents pouvoirs. Les s&#233;quences symbolis&#233;es, d'abord collectives et grossi&#232;rement d&#233;finies, deviennent plus pr&#233;cises, plus complexes et plus ind&#233;pendantes des variations du milieu ambiant avec le d&#233;veloppement d'un savoir scientifique sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_3&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?id_auteur=87&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;4. Du processus de d&#233;senchantement du temps : vers une marginalisation des rythmes collectifs ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, dans les soci&#233;t&#233;s les moins avanc&#233;es, &#171; la chronologie des &#233;v&#233;nements sociaux [&#233;tait] largement tributaire d'observations portant sur des &#233;v&#233;nements physiques r&#233;currents ext&#233;rieurs &#224; l'homme &#187; (&#201;lias, 1996, p. 48). L'urbanisation, la m&#233;canisation et la marchandisation des soci&#233;t&#233;s vont rendre de plus en plus autonomes les &#171; enclaves sociales &#187; vis-&#224;-vis des &#233;chelles naturelles permettant la construction du temps social.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans nos soci&#233;t&#233;s hautement industrialis&#233;es et urbanis&#233;es, les relations entre l'alternance des saisons et les divisions du calendrier sont de plus en plus indirectes et l&#226;ches [&#8230;] L'autonomie relative des enclaves sociales s'est consid&#233;rablement accrue, sans jamais devenir absolue. (&#201;lias, 1996, p. 48)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;C'est par la mont&#233;e en pr&#233;cision des modes de d&#233;termination du temps que ce dernier s'est &#233;loign&#233; de ses r&#233;f&#233;rences collectives et naturelles. Pour Leroi-Gourhan, la domestication du temps d&#233;signe le passage d'une rythmicit&#233; naturelle &#224; une &#171; rythmicit&#233; r&#233;guli&#232;rement conditionn&#233;e dans le r&#233;seau des symboles calend&#233;riques, horaires, m&#233;triques &#187; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Bidet, 2007). Le temps social se d&#233;ploie dans un dispositif symbolique fait d'intervalles r&#233;gularis&#233;s, s'&#233;loigne d'un rapport th&#233;ologique et direct au monde et se substitue de mani&#232;re croissante &#224; la rythmicit&#233; du monde naturel. Leroi-Gourhan pointe alors le danger de la disparition de toute cr&#233;ation rythmique annihil&#233;e par un conditionnement social pratiquement total et l'assujettissement des individus &#224; une grille dans laquelle ils seraient bloqu&#233;s : &#171; Comment ce mammif&#232;re d&#233;suet, avec les besoins archa&#239;ques qui ont &#233;t&#233; le moteur de toute son ascension, continuera-t-il de pousser son rocher sur la pente s'il ne lui reste un jour que l'image de sa r&#233;alit&#233; ? &#187; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Bidet, p. 42)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Le rel&#226;chement du lien entre la d&#233;termination du temps et ses r&#233;f&#233;rences naturelles cycliques et, par extension, l'affaiblissement du r&#244;le des rythmes collectifs dans la construction de la soci&#233;t&#233;, est ce que Norbert &#201;lias interpr&#232;te comme un &#171; processus de distanciation &#187;. Le processus de distanciation se caract&#233;rise par une plus &#233;troite adh&#233;sion &#224; un r&#233;el objectiv&#233; et s'oppose celui &#171; d'engagement &#187;, un plus fort investissement des symboles par l'imaginaire. Le temps ne serait plus investi d'un imaginaire particulier. Il perdrait sa valeur culturelle et collective qui, &#224; travers le rythme, permettait la coh&#233;sion dans le groupe et le partage d'un temps commun identitaire. Ainsi, l'histoire longue de la d&#233;termination sociale du temps comme appareillage symbolique de plus en plus complexe s'apparente &#224; une distanciation des soci&#233;t&#233;s d'avec leur environnement &#224; travers l'objectivation scientifique de ph&#233;nom&#232;nes autrefois consid&#233;r&#233;s comme magiques. La structuration historique d'un syst&#232;me de &#171; repr&#233;sentation du temps &#187; reposant sur des segmentations fines de la dur&#233;e est interpr&#233;t&#233;e comme une forme de rationalisation et de ma&#238;trise d'un monde incertain, &#224; la fois hostile et nourricier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Ce processus de distanciation et de d&#233;sengagement mystique de l'homme vis-&#224;-vis de son rapport traditionnel au temps ressemble au processus de &#171; d&#233;senchantement du monde &#187; &lt;i&gt;(Entzauberung der Welt)&lt;/i&gt; &#8211; que nous pr&#233;f&#233;rerons &#224; celui de &#171; d&#233;magification &#187; &#8211; qui se trouve dans l'&#339;uvre de Max Weber. Weber travaille avec deux modalit&#233;s du d&#233;senchantement du monde : la religieuse, qui correspond &#224; l'&#233;limination de la magie au profit des religions &#233;thiques, et la scientifique, qui conduit &#224; la perte du sens dans les soci&#233;t&#233;s modernes (Pierucci, 2005). Le d&#233;senchantement s'explique par un processus d'accumulation de connaissances empiriques, de d&#233;veloppement de la science et de la domination du monde par le calcul. Il rel&#232;gue le sensible et le non-utilitaire dans le champ de l'irrationnel et les place aux marges du fonctionnement des soci&#233;t&#233;s. Il &#233;vacue le besoin de comprendre les objets techniques que nous utilisons, &#224; partir du moment o&#249; il nous suffit de pouvoir compter sur eux. Ainsi le temps ne serait plus investi d'une dimension qualitative et sociale. Il deviendrait vide et homog&#232;ne et l'accroissement de la pr&#233;cision des instruments permettant de nous y orienter (du GSM au GPS) refl&#232;terait cet &#233;tat. Le d&#233;senchantement du monde passerait en partie par un d&#233;senchantement du temps, sa d&#233;sincarnation culturelle, et renverrait les rythmes collectifs dans la sph&#232;re du folklorique, du non utilitaire, voire de l'obstacle au progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;Pour expliquer la rationalisation de la d&#233;termination du temps, nous mobilisons un double processus historique : celui de l'int&#233;gration progressive, via les soci&#233;t&#233;s nationales, des modes de d&#233;termination du temps dans un syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence mondialis&#233; ; celui de l'individualisation du rapport au temps gr&#226;ce au d&#233;veloppement de la technique et de la science. La rationalisation du temps et la question des rythmes collectifs sont en partie li&#233;s &#224; la d&#233;localisation progressive des r&#233;f&#233;rences temporelles traditionnelles et locales, rendue possible par le ph&#233;nom&#232;ne de globalisation des soci&#233;t&#233;s. La compr&#233;hension du processus d'int&#233;gration de ces groupes, qui va de pair avec celui d'individualisation, est toujours de la plus haute importance pour le travail de recherche sociologique tant th&#233;orique qu'empirique, et pour son application &#224; la pratique sociale (&#201;lias, 1991). Ces deux mouvements imbriqu&#233;s, qui font le grand &#233;cart entre processus individuels et processus collectifs, concernent de nombreuses dimensions constitutives des soci&#233;t&#233;s et celle de la d&#233;termination sociale du temps et des rythmes ne fait pas exception. Le sociologue doit donc d&#233;passer les mod&#232;les de soci&#233;t&#233; qui prennent en compte les unit&#233;s sociales correspondant &#224; l'organisation des &#201;tats ou des tribus. Il n'y a pas d'objet plus partag&#233; par des millions d'individus r&#233;partis sur l'ensemble de la plan&#232;te que le temps social. Le calendrier, les fuseaux horaires, le mode de d&#233;termination de la seconde ou la repr&#233;sentation lin&#233;aire du temps sont les choses les mieux partag&#233;es sur la plan&#232;te, au plus par l'ensemble des &#201;tats-Nation, du moins par les soci&#233;t&#233;s occidentales urbanis&#233;es. Et les &#201;tats ne d&#233;terminent pas unilat&#233;ralement le temps sur leur territoire sous peine de s'extraire du syst&#232;me mondial notamment &#233;conomique et financier. Si les pays musulmans fonctionnent culturellement sur des calendriers h&#233;giriens, la finance de ces pays doit se r&#233;f&#233;rer au calendrier gr&#233;gorien des bourses de Londres, Paris ou New-York pour organiser les transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;[&#192; SUIVRE...]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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