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		<title>La signification de l'argent pour le rythme de vie
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		<dc:date>2017-10-23T12:20:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Georg Simmel
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&lt;p&gt;Titre original : &#171; Die Bedeutung des Geldes f&#252;r das Tempo des Lebens &#187; [1897/1900] in G. Simmel, Gesamtausgabe, vol. 5 : Aufs&#228;tze und Abhandlungen 1894 bis 1900, &#233;dit&#233; par H.-J. Dahme et D. P. Frisby, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1992, p. 215-234. Traduction fr. A. Berlan. Ce texte a &#233;t&#233; originellement traduit et mis en ligne par la revue Trivium N&#176; 9-2011. On entend souvent parler du &#171; rythme de vie &#187; et dire qu'il permet de distinguer les diff&#233;rentes p&#233;riodes historiques, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;1er XXe si&#232;cle
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Titre original : &#171; Die Bedeutung des Geldes f&#252;r das Tempo des Lebens &#187; [1897/1900] in G. Simmel, &lt;/i&gt;Gesamtausgabe&lt;i&gt;, vol. 5 : &lt;/i&gt;Aufs&#228;tze und Abhandlungen 1894 bis 1900&lt;i&gt;, &#233;dit&#233; par H.-J. Dahme et D. P. Frisby, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1992, p. 215-234. Traduction fr. A. Berlan. Ce texte a &#233;t&#233; originellement traduit et mis en ligne par la revue &lt;a href=&#034;http://trivium.revues.org/4071&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trivium&lt;/a&gt; N&#176; 9-2011.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simmel a repris cet article, en en supprimant certains passages et en en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
On entend souvent parler du &#171; rythme de vie &#187; et dire qu'il permet de distinguer les diff&#233;rentes p&#233;riodes historiques, les diverses r&#233;gions du monde ou m&#234;me d'un pays, les individus d'un m&#234;me groupe. Pour expliquer ce que cet &#233;l&#233;ment de diff&#233;rence essentielle signifie vraiment pour tout ce qui se rapporte &#224; l'&#234;tre humain, on ne peut se contenter de l'&#233;vidence selon laquelle le rythme de vie d&#233;pend du nombre de repr&#233;sentations qui nous traversent l'esprit &#224; un moment donn&#233;. Il faudrait au moins pr&#233;ciser que ce qui importe ici, c'est le nombre de repr&#233;sentations &lt;i&gt;diff&#233;rentes&lt;/i&gt;. Or, on sugg&#232;re ainsi que notre monde int&#233;rieur &lt;i&gt;(Vorstellungswelt)&lt;/i&gt; se d&#233;ploie dans deux dimensions et que le rythme de vie est fonction de leurs grandeurs respectives. Plus les diff&#233;rences de contenu entre les repr&#233;sentations qui nous traversent l'esprit au cours d'une unit&#233; de temps sont importantes (m&#234;me si le nombre de ces repr&#233;sentations ne varie pas), plus on vit, plus long est pour ainsi dire le chemin parcouru. Le rythme de vie, tel que nous le ressentons, est le produit du nombre et de l'importance des changements qui affectent l'existence. On peut saisir le r&#244;le que joue l'argent dans la d&#233;termination du rythme de vie d'une &#233;poque donn&#233;e &#224; la lumi&#232;re, justement, des effets que les &lt;i&gt;fluctuations &lt;/i&gt; de la monnaie entra&#238;nent sur les &lt;i&gt;fluctuations &lt;/i&gt; de ce rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On a affirm&#233; que l'accroissement de la masse mon&#233;taire en circulation (que ce soit par l'importation de m&#233;tal ou la d&#233;valuation de la monnaie, en raison d'une balance commerciale exc&#233;dentaire ou d'une &#233;mission de papier-monnaie) ne devrait modifier en rien la situation int&#233;rieure du pays. Lorsque la masse mon&#233;taire augmente, les marchandises et les services co&#251;tent certes plus cher qu'avant, mais (abstraction faite des quelques personnes dont les revenus consistent en des rentr&#233;es fixes qui ne peuvent &#234;tre augment&#233;s) comme chacun est aussi bien consommateur que producteur, ce que l'on gagne en plus en tant que producteur, on le d&#233;pense en tant que consommateur, et tout reste comme avant. Mais quand bien m&#234;me l'accroissement de la masse mon&#233;taire aurait objectivement pour effet de faire monter tous les prix de fa&#231;on proportionnelle, il n'en entra&#238;nerait pas moins, sur le plan psychologique, de profonds bouleversements. Car malgr&#233; la relativit&#233; absolue de l'argent, le prix de certains articles et les montants des salaires acqui&#232;rent, &#224; force de rester les m&#234;mes pendant un certain temps, un c&#244;t&#233; immuable, en ce sens qu'on finit par se dire que ces prix sont dans l'absolu, en soi et pour soi, ad&#233;quats, ou qu'il faut bien se contenter de ces salaires. Il en r&#233;sulte que leurs augmentations ou leurs baisses conjointes ne se neutralisent absolument pas : on ne se r&#233;sout pas facilement &#224; payer une marchandise plus ch&#232;re qu'on &#233;tait habitu&#233; &#224; le faire auparavant, m&#234;me si l'on a vu son propre revenu augmenter entre-temps. Par ailleurs, on se laisse facilement entra&#238;ner, par des revenus accrus, &#224; toutes sortes de d&#233;penses, sans r&#233;fl&#233;chir au fait que le surplus gagn&#233; est en fait compens&#233; par la mont&#233;e des prix des biens de consommation courante. Le simple accroissement de la quantit&#233; d'argent que l'on se trouve soudainement avoir en poche renforce, quelle que soit la conscience qu'on ait de son caract&#232;re purement relatif, la tentation de le d&#233;penser et provoque un accroissement des ventes de marchandises, et par l&#224; m&#234;me une augmentation, une acc&#233;l&#233;ration et une multiplication des repr&#233;sentations &#233;conomiques. Ce trait fondamental de notre constitution psychologique, qui consiste &#224; laisser le relatif se muer en absolu, &#244;te son caract&#232;re fluctuant &#224; la relation entre un objet et une somme d'argent, pour en faire une ad&#233;quation objective et durable. Il en r&#233;sulte que, d&#232;s qu'un terme de l'&#233;quation change, on est &#233;branl&#233; et d&#233;sorient&#233;. Du point de vue de leurs effets psychologiques, les changements dans les actifs et les passifs ne se compensent pas imm&#233;diatement, bien au contraire : de chaque c&#244;t&#233; du bilan, ils apparaissent en eux-m&#234;mes surprenants ou inad&#233;quats ; d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, la conscience des processus &#233;conomiques est interrompue dans la r&#233;gularit&#233; habituelle de son cours ; et de chaque c&#244;t&#233;, le contraste avec le montant pr&#233;c&#233;dent est diff&#233;remment ressenti. M&#234;me si l'on sait pertinemment, gr&#226;ce &#224; l'&lt;i&gt;intellect &lt;/i&gt; et au calcul, que si les revenus et les prix montent, cela revient au m&#234;me, le &lt;i&gt;sentiment &lt;/i&gt; (plus conservateur et plus difficile &#224; raisonner) reste encore longtemps attach&#233; aux rapports fig&#233;s et absolutis&#233;s, ce qui se manifeste dans les protestations contre l'augmentation des prix ou dans les exc&#232;s soudains de d&#233;pense, avant que les r&#233;percussions psychologiques du changement ne finissent par s'&#233;quilibrer des deux c&#244;t&#233;s. Tant que cette adaptation n'est pas totalement achev&#233;e, l'accroissement r&#233;gulier de la masse mon&#233;taire ne cesse de provoquer des impressions de d&#233;calage &lt;i&gt;(Differenzgef&#252;hle)&lt;/i&gt; et des chocs psychologiques. Cela creuse les contrastes et les d&#233;marcations r&#233;ciproques &lt;i&gt;(Sich-Gegeneinander-Absetzen)&lt;/i&gt; entre les repr&#233;sentations qui traversent notre esprit, et acc&#233;l&#232;re donc le rythme de vie. Car si la vie ne peut pas s'&#233;couler plus ou moins vite, une m&#234;me unit&#233; de temps peut en revanche, comme nous l'avons vu, &#234;tre remplie de contenus plus ou moins accentu&#233;s et clairement distincts, qui attirent ou non l'attention, ce qui d&#233;terminera un rythme de vie plus ou moins rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les effets d'acc&#233;l&#233;ration que provoque l'accroissement de la masse mon&#233;taire dans le d&#233;roulement des processus &#233;conomiques et psychiques sont merveilleusement bien illustr&#233;s par les cons&#233;quences de l'&#233;mission des mauvaises monnaies-papier. Un afflux d'argent artificiel, sans fondement, entra&#238;ne d'abord une mont&#233;e de tous les prix par embard&#233;es et sans aucune r&#233;gulation interne. Mais le premier exc&#233;dent d'argent suffit &#224; peine &#224; satisfaire les demandes de certaines cat&#233;gories de marchandises. Voil&#224; pourquoi chaque &#233;mission de papier-monnaie peu fiable en appelle une deuxi&#232;me, et cette deuxi&#232;me d'autres encore. C'est le tragique de ce genre d'op&#233;rations : la deuxi&#232;me &#233;mission est n&#233;cessaire pour satisfaire les demandes qui d&#233;coulent de la premi&#232;re. Et plus l'argent lui-m&#234;me devient le centre des mouvements, plus largement cela se fera sentir : les r&#233;volutions dans les prix provoqu&#233;es par les d&#233;luges de papier monnaie entra&#238;nent des sp&#233;culations qui, pour r&#233;ussir, exigent des r&#233;serves d'argent toujours plus grandes. On peut dire que l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de la vie sociale par l'accroissement de la masse mon&#233;taire se manifestera le plus clairement l&#224; o&#249; l'argent n'a plus qu'une pure signification fonctionnelle, sans la moindre valeur substantielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Substanzwert : &#224; propos de ce concept, cf. G. Simmel, Philosophie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce cas, l'acc&#233;l&#233;ration du rythme &#233;conomique global se fait, pour ainsi dire, &#224; un rythme encore sup&#233;rieur car d&#233;sormais, elle se d&#233;veloppe m&#234;me de mani&#232;re purement immanente, puisqu'elle se manifeste en premier lieu par l'acc&#233;l&#233;ration de la fabrication d'argent elle-m&#234;me. L'existence de cette corr&#233;lation est confirm&#233;e lorsque, dans les pays dont le rythme &#233;conomique est rapide, le papier-monnaie succombe particuli&#232;rement vite &#224; sa croissance quantitative. Un grand connaisseur de l'Am&#233;rique du Nord raconte &#224; ce propos : &#171; On ne peut pas attendre d'un peuple si impatient du moindre profit, si p&#233;n&#233;tr&#233; de l'id&#233;e que l'on peut devenir riche en partant de rien, ou du moins de tr&#232;s peu, qu'il s'impose les limitations qui, en Angleterre ou en Allemagne, r&#233;duisent au minimum les dangers des &#233;missions de papier-monnaie &#187;. Au demeurant, l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie par l'afflux de papier-monnaie tient surtout aux bouleversements de la propri&#233;t&#233; qui en r&#233;sultent. C'est notamment ce qui s'est pass&#233; en Am&#233;rique du Nord, dont l'&#233;conomie &#233;tait bas&#233;e sur le papier-monnaie jusqu'&#224; la guerre d'Ind&#233;pendance. L'argent fabriqu&#233; en masse, dont les cours &#233;taient encore assez &#233;lev&#233;s &#224; l'origine, subissait de terribles pertes. Ainsi, celui qui hier encore &#233;tait riche pouvait se retrouver pauvre le lendemain ; et inversement, celui qui avait acquis des valeurs durables en empruntant de l'argent, remboursait sa dette avec une monnaie entre-temps d&#233;valu&#233;e et devenait ainsi riche. Ainsi, non seulement chacun avait s&#233;rieusement int&#233;r&#234;t &#224; faire aboutir au plus vite ses op&#233;rations &#233;conomiques, &#224; &#233;viter les engagements &#224; long terme et &#224; apprendre &#224; sauter sur les occasions ; mais en outre, les basculements de propri&#233;t&#233; engendraient des impressions continuelles de contraste, des d&#233;chirures et des &#233;branlements soudains de l'image &#233;conomique du monde, qui se propageaient naturellement aux autres aspects de la vie et la faisaient appara&#238;tre plus intense ou plus rapide. Une monnaie qui perd de sa valeur agit n&#233;cessairement sur les stimulations psychologiques de deux mani&#232;res contradictoires : d'un c&#244;t&#233;, chacun va essayer de se d&#233;barrasser de cette monnaie et la diff&#233;rence apparue entre sa valeur et les valeurs stables va nourrir l'impatience de transformer cet argent en richesse durable ; d'un autre c&#244;t&#233;, celui qui d&#233;tient de la monnaie qui n'a de valeur que dans certaines circonstances sera vivement int&#233;ress&#233; au maintien de la situation dans laquelle cette monnaie a de la valeur. Lors de l'introduction des assignats, Mirabeau soulignait que partout o&#249; il s'en trouverait devrait &#233;galement persister le d&#233;sir que se maintienne leur cr&#233;dit : &#171; Vous compterez un d&#233;fenseur n&#233;cessaire &#224; vos mesures, un cr&#233;ancier int&#233;ress&#233; &#224; vos succ&#232;s &#187;. D&#233;fenseur d'un ordre politique qui ne serait sinon peut-&#234;tre d&#233;fendu par personne, une monnaie de ce type cr&#233;e ainsi un clivage sp&#233;cifique et donne un nouveau souffle aux antagonismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais en r&#233;alit&#233;, de tels succ&#232;s dans l'accroissement des moyens d'&#233;change ne semblent &#234;tre aussi nombreux que si l'on part, comme nous l'avons fait pr&#233;c&#233;demment, d'un pr&#233;suppos&#233; simpliste : celui selon lequel la diminution du prix de l'argent nous touche autant en tant que consommateurs qu'en tant que producteurs. En r&#233;alit&#233;, les ph&#233;nom&#232;nes sont bien plus complexes et variables. Objectivement d'abord : l'accroissement de la masse mon&#233;taire ne provoque dans un premier temps que la mont&#233;e du prix de quelques marchandises, laissant dans un premier temps les autres &#224; leur ancien niveau. On a cru pouvoir constater que depuis le XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les prix des marchandises europ&#233;ennes s'&#233;taient accrus lentement et dans un ordre d&#233;termin&#233;, &#224; la suite de l'afflux de m&#233;tal am&#233;ricain. L'accroissement des liquidit&#233;s dans un pays ne touche d'abord que certains groupes, ceux qui en captent le flux. Les prix qui commencent &#224; monter sont donc ceux des marchandises pour lesquelles seuls les membres de ces groupes sont en concurrence, tandis que les autres marchandises, celles dont le prix d&#233;pend de la majorit&#233; de la population, restent aussi peu on&#233;reuses qu'auparavant. La p&#233;n&#233;tration progressive de l'afflux mon&#233;taire dans d'autres cercles entra&#238;ne des efforts d'&#233;quilibrage ; le rapport habituel des prix entre les marchandises se trouve d&#233;stabilis&#233; ; puisque les sommes allou&#233;es aux diff&#233;rents postes n'&#233;voluent pas de la m&#234;me mani&#232;re, le budget m&#233;nager conna&#238;t forc&#233;ment des perturbations et des glissements. En bref, le fait qu'un accroissement de la masse mon&#233;taire dans un espace &#233;conomique ferm&#233; n'influence &lt;i&gt;pas de mani&#232;re &#233;gale&lt;/i&gt; le prix de toutes les marchandises, a n&#233;cessairement pour effet de stimuler le cours des repr&#233;sentations des acteurs &#233;conomiques, et a forc&#233;ment pour cons&#233;quence r&#233;currente des impressions de d&#233;calage, des ruptures dans les proportions habituelles, ainsi que l'exigence de tentatives d'&#233;quilibrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ces ph&#233;nom&#232;nes d'in&#233;galit&#233; dans le prix des marchandises correspond le fait que certaines personnes et certaines professions profitent tout particuli&#232;rement d'un nouvel afflux d'argent. On a remarqu&#233; depuis longtemps qu'une &#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale des prix ne se r&#233;percute qu'en dernier lieu sur la r&#233;mun&#233;ration du travail salari&#233;. Moins une couche &#233;conomique est capable de r&#233;sistance, plus l'accroissement de la masse mon&#233;taire met de temps &#224; parvenir, au compte-gouttes, jusqu'&#224; elle ; bien souvent m&#234;me, cet accroissement ne lui parvient (sous la forme de l'augmentation des revenus), que longtemps apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;j&#224; fait ressentir sous la forme de l'augmentation des prix des articles qu'elle consomme couramment. Il en r&#233;sulte des chocs et des irritations de toutes sortes, l'esprit est constamment maintenu en tension par les d&#233;calages qui se font jour entre les couches sociales. Dans le nouveau contexte engendr&#233; par l'accroissement des moyens d'&#233;change en effet, le maintien du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; (aussi bien en ce qui concerne le rapport des couches sociales entre elles que le train de vie des particuliers) n'exige plus seulement de pers&#233;v&#233;rer comme avant, de mani&#232;re conservatrice ou d&#233;fensive, mais d'engager un combat positif, de passer &#224; l'attaque. C'est essentiellement pour cette raison que les accroissements de la quantit&#233; d'argent disponible stimulent autant le rythme de la vie sociale : par-del&#224; les distinctions d&#233;j&#224; pr&#233;sentes, ils en cr&#233;ent de nouvelles, ils provoquent des c&#233;sures jusque dans le budget des m&#233;nages, ce qui fait que le cours des repr&#233;sentations ne peut que s'acc&#233;l&#233;rer et s'amplifier continuellement. Au reste, on comprendra ais&#233;ment qu'un important reflux de la masse mon&#233;taire doive n&#233;cessairement provoquer des ph&#233;nom&#232;nes similaires, mais pour ainsi dire inverses. L'&#233;troite corr&#233;lation entre l'argent et le rythme de la vie se manifeste justement ici dans le fait que l'accroissement de la masse mon&#233;taire comme sa diminution, parce qu'ils ne touchent pas tout le monde de mani&#232;re &#233;gale, entra&#238;nent des ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;calage qui se refl&#232;tent sur le plan psychique sous forme de ruptures, de stimulations ou de concentrations du cours des repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En dehors des effets qu'ont les &#233;volutions de la masse mon&#233;taire (effets qui montrent que le rythme de vie est pour ainsi dire fonction de ces &#233;volutions), la concentration des contenus de la vie appara&#238;t aussi dans un autre effet de la circulation mon&#233;taire. De mani&#232;re caract&#233;ristique, cette derni&#232;re tend &#224; se concentrer en un nombre relativement restreint de places financi&#232;res. Du point de vue de leur diffusion dans l'espace, on peut ranger les objets &#233;conomiques sur une &#233;chelle dont je n'indiquerai ici, de mani&#232;re tr&#232;s grossi&#232;re, que quelques-uns des degr&#233;s les plus caract&#233;ristiques. Le premier est celui de l'agriculture, dont les &#233;l&#233;ments (les domaines agricoles) ne peuvent par nature &#234;tre r&#233;unis dans un m&#234;me lieu ; in&#233;vitablement, l'agriculture se rattache au principe d'ext&#233;riorit&#233; qui &#224; l'origine caract&#233;rise l'espace. La production industrielle se laisse d&#233;j&#224; davantage concentrer : compar&#233;e &#224; l'artisanat ou &#224; l'industrie domestique, l'activit&#233; en usine repr&#233;sente une certaine condensation spatiale, et le centre industriel moderne est un microcosme o&#249; affluent tous les types de mati&#232;res premi&#232;res disponibles sur terre, pour y prendre des formes qui proviennent des quatre coins du monde. La finance constitue le degr&#233; le plus extr&#234;me de concentration. En raison de sa forme abstraite, l'argent se situe au-del&#224; de toute relation d&#233;termin&#233;e avec l'espace : il peut &#233;tendre ses effets jusqu'aux confins les plus recul&#233;s du monde, il est m&#234;me &#224; tout instant, en quelque sorte, le centre d'un cercle d'actions potentielles. &#192; l'inverse, il permet aussi de concentrer les plus grandes sommes dans la plus petite forme qui soit, jusqu'&#224; ce ch&#232;que de cinq millions de dollars &#233;tabli un jour par Jay Gould. Or, de m&#234;me que l'argent permet de comprimer les valeurs et que ses formes toujours plus abstraites permettent de le comprimer lui-m&#234;me, la finance tend aussi &#224; se concentrer. &#192; mesure que l'&#233;conomie d'un pays repose de plus en plus sur l'argent, on voit progresser la concentration des op&#233;rations financi&#232;res en de gros n&#339;uds de circulation mon&#233;taire. La ville a toujours &#233;t&#233;, &#224; la diff&#233;rence de la campagne, le si&#232;ge de l'&#233;conomie mon&#233;taire ; on retrouve le m&#234;me rapport entre les petites et les grandes villes, &#224; tel enseigne qu'un historien anglais a pu affirmer que Londres, tout au long de son histoire, ne s'est jamais comport&#233; comme le c&#339;ur de l'Angleterre, mais parfois comme son cerveau et toujours comme son porte-monnaie. Et d&#232;s la fin de la R&#233;publique romaine, on dit que le moindre sou d&#233;pens&#233; en Gaule &#233;tait comptabilis&#233; dans les registres des financiers &#224; Rome. Cette force centrip&#232;te de la finance fait le jeu de deux partis : celui des d&#233;biteurs, puisqu'ils empruntent &#224; bon march&#233; gr&#226;ce &#224; la concurrence des capitaux qui confluent en un m&#234;me centre (&#224; Rome, le taux d'int&#233;r&#234;t &#233;tait moiti&#233; moindre que la moyenne habituelle dans l'Antiquit&#233;), et celui des bailleurs de fonds puisque, s'ils ne pr&#234;tent pas l'argent &#224; des taux aussi &#233;lev&#233;s qu'ils ne pourraient le faire en des lieux isol&#233;s, ils restent n&#233;anmoins &#224; tout moment assur&#233;s de lui trouver un usage, ce qui est plus important. Mais la raison plus profonde de la formation de centres financiers r&#233;side manifestement dans le caract&#232;re relatif de l'argent : car d'un c&#244;t&#233;, il n'exprime que les rapports de valeur entre les marchandises ; et de l'autre, toute quantit&#233; d'argent donn&#233;e poss&#232;de une valeur qu'il est moins possible de d&#233;terminer directement que celle de n'importe quelle autre marchandise, mais plus que toute autre : cette quantit&#233; ne tire son sens que de la comparaison avec la quantit&#233; totale offerte. C'est ainsi que la concentration de l'argent maximale en un point donn&#233;, la comparaison permanente des plus grandes sommes possibles et simplement l'&#233;quilibrage d'une grande partie de l'offre et de la demande aboutissent &#224; une d&#233;termination optimale de la valeur de l'argent, ainsi qu'&#224; son utilisation maximale. Un boisseau de c&#233;r&#233;ales a toujours une certaine signification en tout lieu, m&#234;me le plus isol&#233;, quelles que soient les fluctuations de son prix en argent. Mais une quantit&#233; d'argent n'a de sens que dans la rencontre avec d'autres valeurs ; et plus il en rencontre, plus il parvient &#224; acqu&#233;rir un sens de mani&#232;re s&#251;re et juste. Voil&#224; ce qui explique non seulement que &#171; tout se rue vers l'or &#187; (les personnes comme les choses), mais aussi que l'argent, de son c&#244;t&#233;, se rue vers &#171; tout &#187;, cherche &#224; entrer en relation avec d'autres monnaies, avec toutes les valeurs possibles, ainsi qu'avec leurs propri&#233;taires. Et l'on retrouve la m&#234;me corr&#233;lation en sens inverse : la confluence d'un grand nombre de personnes engendre un besoin d'argent particuli&#232;rement important. En Allemagne, l'une des principales demandes d'argent a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e par les foires annuelles institu&#233;es par les seigneurs locaux pour tirer profit de l'&#233;change des monnaies et des taxes douani&#232;res. Cette concentration artificielle, en un lieu donn&#233;, du trafic commercial d'une r&#233;gion plus vaste a fortement accru et le d&#233;sir d'acheter et le volume des transactions, et c'est alors que l'usage de l'argent est devenu une n&#233;cessit&#233; g&#233;n&#233;rale. Il suffit qu'il y ait, quelque part, un grand nombre de personnes ayant une activit&#233; &#233;conomique, et m&#234;me un grand nombre de personnes tout court, pour que la demande d'argent y soit relativement plus forte qu'ailleurs. Parce qu'il est par nature indiff&#233;rent, l'argent constitue en effet le meilleur &lt;i&gt;pont &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Br&#252;cke : ce terme courant joue un r&#244;le important dans la pens&#233;e de Simmel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le moyen d'entente le plus appropri&#233; entre un grand nombre de personnes diff&#233;rentes ; et plus ces personnes sont nombreuses, moins il y a de chances que des int&#233;r&#234;ts autres que mon&#233;taires puissent former la base de leurs relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tout cela sugg&#232;re bien &#224; quel point l'argent entra&#238;ne cette intense densification du processus de repr&#233;sentation que l'on appelle l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie, et qui se mesure au nombre et &#224; la diversit&#233; des impressions et des excitations qui affluent et se succ&#232;dent. La tendance de l'argent &#224; confluer et &#224; s'accumuler, sinon dans les mains d'un seul individu, du moins dans des centres &#233;troitement circonscrits, &#224; faire converger dans ces lieux les int&#233;r&#234;ts individuels et donc les individus eux-m&#234;mes, &#224; mettre ces derniers en contact sur un terrain commun et ainsi &#224; concentrer la plus grande diversit&#233; dans l'espace le plus r&#233;duit (facult&#233; qui est aussi li&#233;e &#224; la forme de valeur qu'il repr&#233;sente) &#8211; cette tendance et cette capacit&#233; de l'argent ont pour effet, sur le plan psychique, de rehausser la bigarrure et la pl&#233;nitude de la vie, c'est-&#224;-dire son rythme. Le meilleur symbole en est la Bourse. Les valeurs et les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, r&#233;duits &#224; leur seule expression mon&#233;taire, parviennent &#224; s'y r&#233;unir, ainsi que leurs porteurs, dans l'espace le plus restreint qui soit, ce qui leur permet de s'&#233;quilibrer, de se r&#233;partir et de s'&#233;valuer avec le moins de m&#233;diations possibles. Cette double condensation, des valeurs dans la forme physique de l'argent, et de la circulation mon&#233;taire dans celle de la Bourse, permet aux valeurs de passer par le plus grand nombre de mains en un temps record : &#224; la Bourse de New York, chaque ann&#233;e, c'est cinq fois le montant de la r&#233;colte de coton qui circule sous forme de sp&#233;culations sur cette mati&#232;re premi&#232;re et, d&#232;s 1887, cette m&#234;me Bourse vendait cinquante fois la production de p&#233;trole de l'ann&#233;e. En m&#234;me temps, la Bourse est peut-&#234;tre le lieu o&#249; l'excitation inh&#233;rente &#224; la vie &#233;conomique atteint son paroxysme : ses fluctuations sanguines et chol&#233;riques entre optimisme et pessimisme, ses r&#233;actions nerveuses aux pond&#233;rables et aux impond&#233;rables, la rapidit&#233; avec laquelle on s'empare de chaque changement de conjoncture avant de l'oublier au profit du suivant &#8211; tout cela implique une acc&#233;l&#233;ration extr&#234;me du rythme de vie : ses modifications se concentrent et s'enchainent f&#233;brilement les unes apr&#232;s les autres et l'influence sp&#233;cifique de l'argent sur le cours de la vie psychique appara&#238;t alors de la mani&#232;re la plus &#233;clatante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En tant que niveleur des valeurs &lt;i&gt;(Werth-Ausgleicher)&lt;/i&gt; et moyen d'&#233;change dont l'universalit&#233; est absolue, l'argent a la capacit&#233; de tout mettre en relation : s'il jette un pont entre les personnes ayant une activit&#233; &#233;conomique, il en jette aussi un entre les choses. Sur le plan des objets, il remplit la fonction qui, du c&#244;t&#233; des sujets, est celle du commer&#231;ant. Si le marchand est l'incarnation par excellence de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent, l'analogie qu'il y a entre lui et l'argent s'exprime parfaitement dans le fait que l'argent joue exactement le m&#234;me r&#244;le entre les marchandises que celui que joue le marchand entre les humains. Il d&#233;pouille les choses (et, dans une certaine mesure, les humains aussi) de leur inaccessibilit&#233; mutuelle, il les sort de leur isolement originel et les met en relation, en &#233;quivalence, en interaction. Il en r&#233;sulte une diversification et une vivacit&#233; extraordinaire des flux de repr&#233;sentations. Sur un point essentiel, il faut donc compl&#233;ter notre d&#233;finition de l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie par la profusion et la diversit&#233; des repr&#233;sentations : ces derni&#232;res ne doivent pas traverser la l'esprit en restant isol&#233;es les unes des autres et centr&#233;es sur elles-m&#234;mes, mais &#234;tre reli&#233;es entre elles par des liens d'association. Plus une repr&#233;sentation, nouvelle par son contenu, est reli&#233;e aux pr&#233;c&#233;dentes, plus elle joue un r&#244;le vivifiant dans notre esprit. Pour que l'on puisse parler de profusion ou de diversit&#233; de la vie int&#233;rieure &lt;i&gt;(Vorstellungsleben)&lt;/i&gt;, il faut que cette derni&#232;re ait une certaine unit&#233;, qu'il y ait un point de recoupement et un arri&#232;re-plan commun entre les repr&#233;sentations, sans quoi l'on ne peut percevoir l'ajout d'un &#233;l&#233;ment, ni mesurer la distance qui le s&#233;pare des autres. Mais ce n'est pas un Moi dont l'unit&#233; est m&#233;taphysique qui conf&#232;re au cours des repr&#233;sentations cette unit&#233; sans laquelle on ne pourrait parler de rythme de vie au sens o&#249; nous l'avons fait jusqu'ici. Au contraire, cette unit&#233; consiste dans la simple fonction qui fait que les repr&#233;sentations, suivant des lois psychologiques, entrent en relation les unes avec les autres : ce qui les relie n'est donc pas un lien substantiel, mais un lien dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Penser que l'&#171; unit&#233; &#187; que nous attribuons &#224; une entit&#233; ne renvoie pas n&#233;cessairement &#224; un point d'indivisibilit&#233; substantielle et m&#233;taphysique, qu'un tel point n'est en fait que l'hypostase de l'interaction entre les &#233;l&#233;ments de cette entit&#233;, interaction qui seule constitue le contenu r&#233;el de son &#171; unit&#233; &#187; : voil&#224; s&#251;rement l'une des id&#233;es les plus lumineuses de la critique moderne. Nous pouvons d&#233;sormais parler de l'unit&#233; du monde sans avoir &#224; lui chercher un substrat dans les sp&#233;culations th&#233;istes ou spiritualistes, mais seulement dans le fait, r&#233;el, que chaque &#233;l&#233;ment du monde est d&#233;termin&#233; par tous les autres. Nous pouvons d&#233;sormais parler de l'unit&#233; de l'organisme sans pr&#233;supposer une force vitale indivisible, mais seulement la d&#233;pendance fonctionnelle de chaque organe &#224; l'&#233;gard des autres. L'unit&#233; de l'&#201;tat ne repose plus &#224; nos yeux sur l'&#171; &#226;me du peuple &#187;, la &#171; conscience collective &#187; ou tout autre substrat mystique : ce concept se contente des vives interactions qui font que, quelle que soit l'action exerc&#233;e ou subie par un &#233;l&#233;ment au sein de l'&#201;tat, elle influence aussi les autres d'une mani&#232;re ou d'une autre. Dans tous les cas, l'unit&#233; n'a donc, pour ainsi dire, rien de solipsiste : c'est une fonction de la multiplicit&#233;, sans laquelle elle ne pourrait avoir de r&#233;alit&#233; imm&#233;diate ; elle n'existe qu'en tant que forme dans laquelle la multiplicit&#233; des parties d'un objet d&#233;ploie sa vie. Les concepts d'unit&#233; et de multiplicit&#233; ne se compl&#232;tent pas seulement sur le plan de la logique, mais aussi sur le plan de la r&#233;alit&#233; concr&#232;te. C'est la multiplicit&#233; des &#233;l&#233;ments qui produit (en vertu des relations r&#233;ciproques qu'ils entretiennent les uns avec les autres) ce que nous appelons l'unit&#233; de l'ensemble, mais il serait impossible de se repr&#233;senter cette multiplicit&#233; sans cette unit&#233;. Le cercle qui semble ici se produire ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;, d&#232;s lors qu'on veut exposer logiquement la d&#233;pendance mutuelle de deux concepts qui s'impliquent l'un l'autre &lt;i&gt;(Wechselbegriffe&lt;/i&gt;). C'est ainsi que l'&#171; &#226;me &#187; humaine est pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;une&lt;/i&gt;, parce que tous ses &#233;l&#233;ments constitutifs, les repr&#233;sentations, sont en relation et en lien &#233;troits ; mais c'est justement pour cela que ces &#233;l&#233;ments peuvent alors se mesurer les uns aux autres, s'ajouter les uns aux autres, et que la conscience individuelle appara&#238;t comme telle, elle qui pour nous repr&#233;sente justement la multiplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En &#233;tablissant des liens id&#233;els et r&#233;els entre les choses, en constituant un nouveau point de comparaison entre elles et en les transformant en &#233;l&#233;ments d'un univers &#233;conomique englobant, l'argent contribue donc &#224; cette unit&#233; fonctionnelle de la vie int&#233;rieure &lt;i&gt;(Vorstellungsleben)&lt;/i&gt;, au regard de laquelle l'addition de ses contenus particuliers, ainsi que leur diff&#233;rence, devient manifeste. Ainsi, l'argent n'a pas seulement pour effet objectif que les contenus de repr&#233;sentation se multiplient et s'engagent dans un mouvement fait d'oscillations et d'oppositions vivantes ; par les relations qu'il &#233;tablit entre les choses, l'argent les rend comparables et commensurables, les met au m&#234;me niveau, ce qui fait que les repr&#233;sentations se pr&#233;sentent effectivement comme les contenus d'&lt;i&gt;un &lt;/i&gt; organisme psychique. Ce sont pour ainsi dire les deux versants de sa fonction : multiplier les repr&#233;sentations et, en m&#234;me temps, tisser entre elles des liens vivants qui, en contribuant &#224; l'unit&#233; de l'&#226;me, rendent la pluralit&#233; sensible et constituent ainsi la condition interne pour que les contenus de la vie suivent un &lt;i&gt;cours &lt;/i&gt; et un rythme d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'argent contribue encore &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, supra-individuel, &#224; ce contraste et &#224; cet arri&#232;re-plan dont la vie a besoin pour d&#233;terminer son rythme. Aux premiers stades de l'&#233;volution sociale, il y avait sans doute une harmonie essentielle entre, d'un c&#244;t&#233;, les besoins, les forces et les qualit&#233;s des individus, et de l'autre, l'ordre objectif, la technique, la forme ext&#233;rieure et la productivit&#233; de la vie. En effet, il est impossible que les normes juridiques, &#233;thiques, techniques et &#233;conomiques n'aient pas &#233;man&#233; directement d'abord des qualit&#233;s propres aux individus et de leurs relations. Plus encore, ces conditions subjectives et individuelles, tout comme ces conditions objectives, formaient &#224; l'origine une unit&#233; indivise de la vie, et c'est sur cette toile de fond qu'a pu ensuite se constituer l'opposition entre la norme impersonnelle et l'individualit&#233;. Cette diff&#233;renciation se fait &#224; mesure qu'augmente la taille et la dur&#233;e de vie des groupes sociaux : plus il y a d'&#234;tres humains qui se r&#232;glent sur une norme, entrent dans une relation ou emploient une technique, plus vite ces choses acqui&#232;rent une existence s&#233;par&#233;e et se constituent, au-dessus des individus, en formes autonomes qui attendent de se voir attribuer un contenu, en puissances qui veulent &#234;tre ob&#233;ies, en exigences techniques qui veulent &#234;tre satisfaites. Domination et subordination sont ainsi, &#224; l'origine, l'expression ad&#233;quate de la force, de l'influence &lt;i&gt;(Suggestion)&lt;/i&gt; et de la pi&#233;t&#233; des individus eux-m&#234;mes. Jusqu'au jour o&#249;, finalement, la forme de cette relation se lib&#232;re de ceux qui la portaient et se fige en &#171; positions &#187; de domination ou de subordination &#8211; formes vides, existant pour ainsi dire par elles-m&#234;mes, qui attendent que des individus leur &#171; donnent chair &#187;. Ce que nous appelons le droit est ainsi, &#224; l'origine, la forme sous laquelle les &#233;nergies &#233;conomiques et &#233;thiques des individus ou des classes s'expriment, jusqu'&#224; ce qu'elle devienne une structure &lt;i&gt;(Gebilde)&lt;/i&gt; autonome et une fin en soi, qui fait face &#224; ces forces r&#233;elles avec, tout du moins, une relative ind&#233;pendance. Ainsi, la production mat&#233;rielle, sa technique, son organisation et leurs cons&#233;quences sur les mani&#232;res d'&#234;tre et de faire des individus, sont d'abord en corr&#233;lation directe avec les capacit&#233;s et les souhaits des individus. Mais la production mat&#233;rielle &#233;volue, en particulier depuis que, d'un c&#244;t&#233;, la technique a pris la forme de sciences sp&#233;cifiques et que, de l'autre, un nombre croissant d'&#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs interviennent dans la formation des individus. La production mat&#233;rielle acquiert alors une puissance et une progression qui lui sont propres et qui, assez souvent, ne suivent plus celles des individus, avec lesquels elle entretient des rapports tr&#232;s variables. Pour une bonne part de ces objectivations par lesquelles les contenus de vie prennent leur autonomie en s'ext&#233;riorisant hors des sujets qui les ont port&#233;s, l'argent est de la plus grande importance. Car il est le grand interm&#233;diaire entre les humains et les choses et pr&#233;pare ainsi la dissociation de leurs &#233;volutions respectives. D'un point de vue technique, la production tend &#224; se refermer sur elle-m&#234;me &#224; partir du moment o&#249; elle se fait contre argent, pour un cercle anonyme de clients, et qu'elle devient &#8211; ce qui n'est, l&#224; encore, possible que par l'argent &#8211; production de masse. Le droit gagne la possibilit&#233; de se constituer en &#233;difice purement immanent, compl&#232;tement logique, lorsque l'argent, la substance qui est toujours homog&#232;ne, constitue le but ultime de ses dispositions. Lorsque ce n'est pas le cas, comme par exemple dans le p&#233;nal, le droit ne peut pas autant, face au cas individuel, pr&#233;senter une telle consistance int&#233;rieure et ne reposer, objectivement, que sur lui-m&#234;me. Le rapport des classes sociales entre elles, les droits et les devoirs de chacune, la participation de chacune aux sph&#232;res et aux biens culturels, si difficiles &#224; &#233;tablir durablement lorsque le caract&#232;re incommensurable des personnalit&#233;s se fait sentir directement dans ces cat&#233;gories, le sont bien moins lorsque leur contenu est -ou peut &#234;tre- finalement r&#233;duit &#224; de l'argent, &#224; diff&#233;rentes sommes d'argent. Dans tous ces domaines de la vie, nous observons donc une persistance et un d&#233;veloppement de structures objectives qui prennent leur autonomie face aux individus qui s'y trouvent impliqu&#233;s, structures que leur propre logique &lt;i&gt;(Gesetzm&#228;&#223;igkeit)&lt;/i&gt; rend souvent indiff&#233;rentes, et souvent hostiles, aux int&#233;r&#234;ts et aux aspirations des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'existence historique, &#224; n'importe quel stade sup&#233;rieur, se pr&#233;sente donc selon deux axes : les structures impersonnelles, l'ordre objectif et le travail, d'un c&#244;t&#233;, les personnes avec leurs qualit&#233;s et leurs besoins subjectifs, de l'autre. Il en r&#233;sulte des diff&#233;rences souvent consid&#233;rables de rythme d'&#233;volution entre les deux. Les institutions dans lesquelles les forces et les relations des individus s'&#233;taient autrefois exprim&#233;es de mani&#232;re ad&#233;quate, &#224; force de prendre leurs distances et leur autonomie &#224; l'&#233;gard du d&#233;veloppement vivant des personnes, peuvent finir par se raidir et se p&#233;trifier. Mais elles peuvent aussi, pour la m&#234;me raison, aller trop vite et trop loin dans leur &#233;volution pour laisser aux personnes le temps de s'y adapter. Dans les deux cas, on est confront&#233; &#224; de grandes difficult&#233;s. Le droit, &#233;labor&#233; logiquement &#224; partir de certaines donn&#233;es fondamentales, formalis&#233; dans un codex de lois en principe immuables, port&#233; par un ordre &lt;i&gt;(Stand)&lt;/i&gt; particulier, acquiert face aux autres relations, aux autres besoins de la vie ressentis par les personnes, cette raideur qui fait qu'il se transmet finalement comme une maladie incurable, que la raison devient non-sens et le bienfait calamit&#233;. D&#232;s que les impulsions religieuses se cristallisent en un tr&#233;sor de dogmes d&#233;termin&#233;s et que ces derniers se trouvent pris en charge, dans le cadre de la division du travail, par un corps distinct de la communaut&#233; des croyants, la religion est soumise au m&#234;me processus. On retrouve quelque chose de formellement identique dans la contradiction, mise en avant par Marx, entre les rapports de production et les forces productives au sein de la soci&#233;t&#233; : la r&#233;partition de la propri&#233;t&#233;, l'ordre du travail, les rapports de domination entre les classes correspondent &#224; un moment donn&#233; presque exactement aux forces et aux besoins des individus ; mais aussit&#244;t qu'ils se transforment en puissances impersonnelles ou en normes rigides qui s'imposent &#224; la vie au lieu d'en &#233;maner en permanence, ils entrent en conflit avec les &#233;nergies et les aspirations que les personnes ont continu&#233; &#224; d&#233;velopper par ailleurs. Ici, le c&#244;t&#233; personnel peut prendre le pas sur le c&#244;t&#233; objectif aussi bien que l'inverse. Les progr&#232;s de la technique industrielle moderne ont par exemple transf&#233;r&#233; hors du foyer, en des lieux o&#249; les objets peuvent &#234;tre fabriqu&#233;s moins cher et de mani&#232;re plus appropri&#233;e, un nombre extraordinaire d'activit&#233;s domestiques qui autrefois revenaient aux femmes. Un tr&#232;s grand nombre de femmes des classes bourgeoises se sont ainsi vues priv&#233;es du contenu actif de leur vie, sans que la place laiss&#233;e vide n'ait &#233;t&#233; aussi rapidement r&#233;investie par d'autres activit&#233;s et d'autres objectifs. L'&#171; insatisfaction &#187; polymorphe des femmes modernes et l'inemploi de leurs forces, qui ont en retour toutes sortes de r&#233;percussions perturbatrices, voire destructrices, leur tentatives tant&#244;t saines, tant&#244;t maladives, de prouver leurs capacit&#233;s hors du foyer : voil&#224; ce qui r&#233;sulte du fait que la technique a pris, dans son d&#233;veloppement objectif, une autre voie, plus rapide, que celle prise par les personnes qu'elle domine. Ce processus de diff&#233;renciation dissocie donc les contenus de vie, d'une part en structures autonomes qui se d&#233;veloppent avec leurs propres forces, en suivant des lois qui leurs sont immanentes et, d'autre part, en destins personnels qui sont coup&#233;s de ces structures tout en &#233;tant domin&#233;s par elles. Il entra&#238;ne ainsi un d&#233;doublement de l'ordre temporel en ce qui concerne les affaires humaines, ou plut&#244;t il cr&#233;e, au-dessus de l'axe du d&#233;veloppement personnel, un second axe de d&#233;veloppement, &#224; l'aune duquel se mesure le rythme du premier. Il arrive m&#234;me fr&#233;quemment que ce soit seulement par la diff&#233;rence entre ces deux rythmes que l'on prenne conscience du fait que l'une ou l'autre de ces deux dimensions de l'existence va trop rapidement de l'avant : soit que le d&#233;veloppement des humains, en tant que personnes compl&#232;tes, s'acc&#233;l&#232;re au point de d&#233;passer celui des structures, soit qu'&#224; l'inverse ce soient les int&#233;r&#234;ts ou les relations objectiv&#233;s, transform&#233;s en organismes sp&#233;cifiques, qui progressent trop vite pour que l'adaptation individuelle puisse tenir le rythme. Puisque l'argent est l'un des principaux facteurs de cette dissociation, il contribue &#224; provoquer les effets pr&#233;c&#233;demment d&#233;crits sur l'ordre temporel de la vie, et m&#234;me &#224; lui communiquer pour la premi&#232;re fois, dans des directions d&#233;termin&#233;es, un rythme v&#233;ritable et conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, la vitesse propre &#224; la circulation de l'argent, par rapport &#224; celle de tout autre objet, acc&#233;l&#232;re directement le rythme g&#233;n&#233;ral de vie, &#224; mesure que l'argent devient le centre vers lequel tous les int&#233;r&#234;ts convergent. La rondeur des pi&#232;ces de monnaie, raison pour laquelle on dit &#171; que les affaires roulent &#187;, symbolise le rythme du mouvement que l'argent communique aux transactions. M&#234;me si les pi&#232;ces pr&#233;sentaient autrefois des angles, leur utilisation a d&#251; rapidement les user et les arrondir ; des n&#233;cessit&#233;s physiques ont ainsi offert &#224; l'intensit&#233; du trafic la forme de l'outil qui lui servirait le mieux. En comparant la capacit&#233; de circulation du foncier avec celle de l'argent, on met en lumi&#232;re la diff&#233;rence de rythme de vie entre les &#233;poques o&#249; c'est l'argent qui constitue le pivot des mouvements &#233;conomiques, et celles o&#249; c'est le foncier. Pensons par exemple au caract&#232;re que prennent les prestations fiscales dans leurs fluctuations ext&#233;rieures et int&#233;rieures, selon qu'elles sont pr&#233;lev&#233;es sur tel ou tel objet. Dans l'Angleterre anglo-saxonne et normande, les impositions pesaient exclusivement sur la propri&#233;t&#233; terrienne ; au XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on en vint &#224; imposer les int&#233;r&#234;ts du fermage et la possession de b&#233;tail ; peu apr&#232;s, on commen&#231;a &#224; pr&#233;lever l'imp&#244;t sur certaines portions de la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re (le quart, le septi&#232;me et le treizi&#232;me). Ainsi, les objets soumis &#224; l'imp&#244;t devinrent de plus en plus mobiles, jusqu'&#224; ce que le revenu mon&#233;taire apparaisse finalement comme le fondement v&#233;ritable de l'imposition. Celle-ci atteint ainsi un degr&#233; encore inconnu de flexibilit&#233; et de nuance, ce qui permit une variabilit&#233; bien plus grande dans la prestation du particulier, fluctuant chaque ann&#233;e, tout en assurant une plus grande r&#233;gularit&#233; de la recette globale. D'un c&#244;t&#233;, l'importance directe de la terre ou de l'argent pour le rythme de vie explique la grande valeur que des peuples conservateurs accordent &#224; l'agriculture. Les Chinois sont convaincus qu'elle seule garantit la tranquillit&#233; et la p&#233;rennit&#233; des &#201;tats et, sur la base de cette corr&#233;lation, ils ont lourdement impos&#233; la vente de terres agricoles ; &#224; telle enseigne que la plupart des achats de terre s'y font seulement de mani&#232;re priv&#233;e, en renon&#231;ant &#224; l'inscription au cadastre. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l&#224; o&#249; l'argent a provoqu&#233; l'acc&#233;l&#233;ration de la vie &#233;conomique, celle-ci cherche &#224; imposer son propre rythme &#224; la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, qui lui oppose des r&#233;sistances. Du c&#244;t&#233; conservateur, on a ainsi soulign&#233; que la l&#233;gislation sur les hypoth&#232;ques d&#233;velopp&#233;e ces derni&#232;res d&#233;cennies tendait &#224; liqu&#233;fier la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et &#224; la transformer en une sorte de papier-monnaie dont on peut se d&#233;faire sous la forme d'autant de parts que l'on veut ; au point que, comme le disait Waldeck, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re semble ne plus exister que pour &#234;tre mise en vente judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour caract&#233;riser la contribution de l'argent &#224; la d&#233;termination du rythme de vie, celle qu'il fournit en vertu de son propre caract&#232;re, et ind&#233;pendamment des cons&#233;quences techniques qu'il entra&#238;ne, dont nous avons parl&#233; au d&#233;but, on pourrait partir de la r&#233;flexion suivante. Une analyse plus pr&#233;cise des concepts de permanence et de changement fait appara&#238;tre une double opposition dans la mani&#232;re dont ils se r&#233;alisent. Si nous consid&#233;rons le monde sous l'angle de la substance, nous en arrivons ais&#233;ment &#224; l'id&#233;e d'un &#7961;&#957; &#954;&#945;&#236; &#960;&#8118;&#957;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'un et le tout ; en grec dans le texte. Cette formule sert &#224; d&#233;signer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'un &#234;tre immuable qui, excluant toute augmentation et toute diminution, conf&#232;re aux choses un caract&#232;re de permanence absolue. Mais si l'on consid&#232;re la mise en forme de cette substance, toute permanence en est retir&#233;e : une forme passe sans cesse dans une autre et le monde offre le spectacle d'un &lt;i&gt;perpetuum mobile&lt;/i&gt;. Tel est le double aspect cosmologique de l'&#233;tant, assez souvent pouss&#233;, par l'interpr&#233;tation, jusqu'&#224; la m&#233;taphysique. Mais dans le cadre d'une empirie plus profonde, l'opposition entre permanence et mouvement se r&#233;partit autrement. En effet, si nous consid&#233;rons l'image du monde telle qu'elle s'offre imm&#233;diatement &#224; nous, on constate que ce sont justement certaines &lt;i&gt;formes &lt;/i&gt; qui subsistent pendant un temps, tandis que les &#233;l&#233;ments r&#233;els qu'elles relient se trouvent continuellement en mouvement. Ainsi, l'arc-en-ciel perdure malgr&#233; le d&#233;placement continuel des particules d'eau, la forme organique malgr&#233; l'&#233;change constant des mati&#232;res qui la constituent. Et il en va ainsi de chaque chose inorganique qui subsiste un moment comme telle : ce qui persiste en elle, c'est seulement le rapport et l'interaction entre ses plus petits &#233;l&#233;ments, lanc&#233;s de leur c&#244;t&#233; dans des mouvements mol&#233;culaires incessants qui &#233;chappent &#224; notre perception. La r&#233;alit&#233; est donc elle-m&#234;me prise dans un flux perp&#233;tuel, et m&#234;me si nous ne pouvons pas le constater directement, par manque d'acuit&#233; visuelle, les formes et les constellations de mouvements se figent pour donner lieu au ph&#233;nom&#232;ne de l'objet qui dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; c&#244;t&#233; de ces deux mani&#232;res oppos&#233;es d'appliquer les concepts de permanence et de mouvement au monde repr&#233;sent&#233;, on en trouve une troisi&#232;me. La permanence peut en effet avoir un sens qui la situe au-del&#224; de toute dur&#233;e, si longue soit-elle. Prenons le cas le plus simple, mais suffisant pour notre propos, des lois de la nature. Leur validit&#233; tient au fait qu'&#224; partir d'une certaine constellation d'&#233;l&#233;ments, il r&#233;sultera un effet d&#233;termin&#233;, objectivement n&#233;cessaire. Cette n&#233;cessit&#233; est donc totalement ind&#233;pendante de la question de savoir quand les conditions sont r&#233;unies dans la r&#233;alit&#233; : une fois ou des millions de fois, maintenant ou dans cent mille ans. Rien de cela n'affecte la validit&#233; de la loi, dont la permanence est &#233;ternelle, au sens d'intemporelle, et ne signifie rien de plus que sa simple existence. Par nature et par d&#233;finition, la loi exclut tout changement et tout mouvement en son sein. Cette forme sp&#233;cifique et absolue de permanence doit avoir son pendant dans une forme correspondante de mouvement. De m&#234;me que la permanence peut s'accro&#238;tre au-del&#224; de toute dur&#233;e, si longue soit-elle, jusqu'&#224; ce que, dans la validit&#233; &#233;ternelle des lois de la nature ou des formules math&#233;matiques, toute r&#233;f&#233;rence temporelle d&#233;termin&#233;e soit purement et simplement effac&#233;e ; de m&#234;me, changement et mouvement peuvent &#234;tre con&#231;us de mani&#232;re si absolue qu'il n'en existe plus aucune mesure temporelle d&#233;termin&#233;e. Si tout mouvement se meut entre un ici et un l&#224;-bas, l'ici a compl&#232;tement disparu dans ce changement absolu (qui repr&#233;sente l'inverse de la &lt;i&gt;species aeternitatis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e de l'&#233;ternit&#233; ; en latin dans le texte (NDT).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), et l'on pourrait dire, dans l'esprit des paradoxes h&#233;g&#233;liens, qu'un tel objet se trouve &#224; l'endroit o&#249; il n'est pas. Alors que les premiers objets intemporels que nous avons &#233;voqu&#233;s ont leur validit&#233; sous la forme de la permanence, ces derniers trouvent leur validit&#233; dans la forme du passager, de la non-dur&#233;e. Selon moi, il ne fait aucun doute que cette opposition est, elle aussi, bien assez vaste pour accueillir une vision du monde. D'un c&#244;t&#233;, si l'on connaissait toutes les lois qui r&#233;gissent la r&#233;alit&#233;, cette derni&#232;re serait effectivement ramen&#233;e, par le complexe de ces lois, &#224; son contenu absolu, &#224; sa signification &#233;ternelle au sens d'intemporelle (pour autant, cela ne suffirait pas &#224; construire la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, parce que la loi comme telle, en vertu de son contenu id&#233;el, est compl&#232;tement indiff&#233;rente aux cas particuliers dans lesquels elle se r&#233;alise). Mais d'un autre c&#244;t&#233;, c'est justement parce que le contenu de la r&#233;alit&#233; passe int&#233;gralement dans les lois qui font sans cesse sortir les effets des causes, et aussit&#244;t agir comme cause ce qui &#224; l'instant m&#234;me &#233;tait encore effet, que l'on peut d&#233;sormais voir la r&#233;alit&#233; (le ph&#233;nom&#232;ne concret, historique et saisissable du monde) prise dans ce fleuve absolu qu'&#233;voquaient les expressions symboliques d'H&#233;raclite. Si l'on ram&#232;ne l'image du monde &#224; cette opposition, tout ce qui dure et d&#233;passe l'instant est arrach&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; et rassembl&#233; dans ce royaume id&#233;el des lois pures ; dans la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, les choses n'ont aucune dur&#233;e ; &#224; peine apparue, chaque forme est aussit&#244;t dissoute par la force des lois qui travaillent sans rel&#226;che en arri&#232;re-plan ; en quelque sorte, les formes ne trouvent vie que dans le fait d'&#234;tre d&#233;truites, et leur fixation en choses qui durent &#8211; si peu que ce soit &#8211; est une conception imparfaite, qui ne parvient pas &#224; suivre le rythme des mouvements de la r&#233;alit&#233;. Le monde se partage ainsi entre ce qui dure purement et simplement d'un c&#244;t&#233;, et ce qui ne dure absolument pas de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour le mouvement absolu de l'univers, il n'est certainement pas de meilleur symbole que l'argent. Le sens de l'argent est d'&#234;tre d&#233;pens&#233; ; d&#232;s qu'il repose, ce n'est plus de l'argent selon sa valeur et son sens sp&#233;cifiques. L'action qu'il exerce parfois, lorsqu'il dort, consiste en une anticipation de son mouvement &#224; venir. Il n'est rien que le porteur d'un mouvement dans lequel, justement, tout ce qui n'est pas mouvement est enti&#232;rement supprim&#233;. Pour ainsi dire, il est &lt;i&gt;actus purus&lt;/i&gt; : il ne vit qu'en s'ext&#233;riorisant continuellement de tout point donn&#233;, et constitue ainsi le p&#244;le oppos&#233; et la n&#233;gation directe de tout &#234;tre-pour-soi. C'est donc &#224; l'aide d'un symbole tir&#233; de l'univers historique que l'on peut comprendre la sp&#233;cificit&#233; de la nature, en tant qu'elle est soumise &#224; la cat&#233;gorie du mouvement absolu et de l'ext&#233;riorisation continuelle de soi, plus clairement qu'&#224; l'aide d'un exemple tir&#233; de la nature elle-m&#234;me, puisque nul cas empirique que l'on puisse voir n'incarne cette cat&#233;gorie dans toute sa puret&#233;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, la possibilit&#233; d'employer l'argent pour une pr&#233;sentation absolue de cette cat&#233;gorie jette en retour une lumi&#232;re crue sur l'argent lui-m&#234;me, comme r&#233;alisation la plus pure du principe de mouvement. Nous avons ainsi trouv&#233; l'expression abstraite et absolue de tous les effets concrets et relatifs qu'il exerce sur la d&#233;termination du rythme de vie, en vertu de son r&#244;le dans la vie pratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Simmel a repris cet article, en en supprimant certains passages et en en rajoutant d'autres, &#224; la toute fin de son grand livre de 1900 G. Simmel, &lt;i&gt;Philosophie de l'argent&lt;/i&gt;, trad. S. Cornille et P. Ivernel, Paris, PUF, 1987, p. 643-662 (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Substanzwert&lt;/i&gt; : &#224; propos de ce concept, cf. G. Simmel, &lt;i&gt;Philosophie de l'argent, op. cit&lt;/i&gt;., chap. 2, p. 125-233, ici traduit par &#171; valeur substance &#187; (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Br&#252;cke &lt;/i&gt; : ce terme courant joue un r&#244;le important dans la pens&#233;e de Simmel, qui l'a conceptualis&#233; dans un essai intitul&#233; &#171; Pont et porte &#187;, disponible dans le recueil &lt;i&gt;La trag&#233;die de la culture et autres essais&lt;/i&gt;, trad. S. Cornille et P. Ivernel, Paris, Rivages, 1988, p. 61-68 (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'un et le tout ; en grec dans le texte. Cette formule sert &#224; d&#233;signer l'unit&#233; absolue de l'&#234;tre (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'id&#233;e de l'&#233;ternit&#233; ; en latin dans le texte (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La signification de l'argent pour le rythme de vie
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article466</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article466</guid>
		<dc:date>2011-12-12T12:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Georg Simmel
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Titre original : &#171; Die Bedeutung des Geldes f&#252;r das Tempo des Lebens &#187; [1897/1900] in G. Simmel, Gesamtausgabe, vol. 5 : Aufs&#228;tze und Abhandlungen 1894 bis 1900, &#233;dit&#233; par H.-J. Dahme et D. P. Frisby, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1992, p. 215-234. Traduction fr. A. Berlan. Ce texte a &#233;t&#233; originellement traduit et mis en ligne par la revue Trivium N&#176; 9-2011. On entend souvent parler du &#171; rythme de vie &#187; et dire qu'il permet de distinguer les diff&#233;rentes p&#233;riodes historiques, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Sociologie &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Titre original : &#171; Die Bedeutung des Geldes f&#252;r das Tempo des Lebens &#187; [1897/1900] in G. Simmel, &lt;/i&gt;Gesamtausgabe&lt;i&gt;, vol. 5 : &lt;/i&gt;Aufs&#228;tze und Abhandlungen 1894 bis 1900&lt;i&gt;, &#233;dit&#233; par H.-J. Dahme et D. P. Frisby, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1992, p. 215-234. Traduction fr. A. Berlan. Ce texte a &#233;t&#233; originellement traduit et mis en ligne par la revue &lt;a href=&#034;http://trivium.revues.org/4071&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trivium&lt;/a&gt; N&#176; 9-2011.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simmel a repris cet article, en en supprimant certains passages et en en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
On entend souvent parler du &#171; rythme de vie &#187; et dire qu'il permet de distinguer les diff&#233;rentes p&#233;riodes historiques, les diverses r&#233;gions du monde ou m&#234;me d'un pays, les individus d'un m&#234;me groupe. Pour expliquer ce que cet &#233;l&#233;ment de diff&#233;rence essentielle signifie vraiment pour tout ce qui se rapporte &#224; l'&#234;tre humain, on ne peut se contenter de l'&#233;vidence selon laquelle le rythme de vie d&#233;pend du nombre de repr&#233;sentations qui nous traversent l'esprit &#224; un moment donn&#233;. Il faudrait au moins pr&#233;ciser que ce qui importe ici, c'est le nombre de repr&#233;sentations &lt;i&gt;diff&#233;rentes&lt;/i&gt;. Or, on sugg&#232;re ainsi que notre monde int&#233;rieur &lt;i&gt;(Vorstellungswelt)&lt;/i&gt; se d&#233;ploie dans deux dimensions et que le rythme de vie est fonction de leurs grandeurs respectives. Plus les diff&#233;rences de contenu entre les repr&#233;sentations qui nous traversent l'esprit au cours d'une unit&#233; de temps sont importantes (m&#234;me si le nombre de ces repr&#233;sentations ne varie pas), plus on vit, plus long est pour ainsi dire le chemin parcouru. Le rythme de vie, tel que nous le ressentons, est le produit du nombre et de l'importance des changements qui affectent l'existence. On peut saisir le r&#244;le que joue l'argent dans la d&#233;termination du rythme de vie d'une &#233;poque donn&#233;e &#224; la lumi&#232;re, justement, des effets que les &lt;i&gt;fluctuations &lt;/i&gt; de la monnaie entra&#238;nent sur les &lt;i&gt;fluctuations &lt;/i&gt; de ce rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On a affirm&#233; que l'accroissement de la masse mon&#233;taire en circulation (que ce soit par l'importation de m&#233;tal ou la d&#233;valuation de la monnaie, en raison d'une balance commerciale exc&#233;dentaire ou d'une &#233;mission de papier-monnaie) ne devrait modifier en rien la situation int&#233;rieure du pays. Lorsque la masse mon&#233;taire augmente, les marchandises et les services co&#251;tent certes plus cher qu'avant, mais (abstraction faite des quelques personnes dont les revenus consistent en des rentr&#233;es fixes qui ne peuvent &#234;tre augment&#233;s) comme chacun est aussi bien consommateur que producteur, ce que l'on gagne en plus en tant que producteur, on le d&#233;pense en tant que consommateur, et tout reste comme avant. Mais quand bien m&#234;me l'accroissement de la masse mon&#233;taire aurait objectivement pour effet de faire monter tous les prix de fa&#231;on proportionnelle, il n'en entra&#238;nerait pas moins, sur le plan psychologique, de profonds bouleversements. Car malgr&#233; la relativit&#233; absolue de l'argent, le prix de certains articles et les montants des salaires acqui&#232;rent, &#224; force de rester les m&#234;mes pendant un certain temps, un c&#244;t&#233; immuable, en ce sens qu'on finit par se dire que ces prix sont dans l'absolu, en soi et pour soi, ad&#233;quats, ou qu'il faut bien se contenter de ces salaires. Il en r&#233;sulte que leurs augmentations ou leurs baisses conjointes ne se neutralisent absolument pas : on ne se r&#233;sout pas facilement &#224; payer une marchandise plus ch&#232;re qu'on &#233;tait habitu&#233; &#224; le faire auparavant, m&#234;me si l'on a vu son propre revenu augmenter entre-temps. Par ailleurs, on se laisse facilement entra&#238;ner, par des revenus accrus, &#224; toutes sortes de d&#233;penses, sans r&#233;fl&#233;chir au fait que le surplus gagn&#233; est en fait compens&#233; par la mont&#233;e des prix des biens de consommation courante. Le simple accroissement de la quantit&#233; d'argent que l'on se trouve soudainement avoir en poche renforce, quelle que soit la conscience qu'on ait de son caract&#232;re purement relatif, la tentation de le d&#233;penser et provoque un accroissement des ventes de marchandises, et par l&#224; m&#234;me une augmentation, une acc&#233;l&#233;ration et une multiplication des repr&#233;sentations &#233;conomiques. Ce trait fondamental de notre constitution psychologique, qui consiste &#224; laisser le relatif se muer en absolu, &#244;te son caract&#232;re fluctuant &#224; la relation entre un objet et une somme d'argent, pour en faire une ad&#233;quation objective et durable. Il en r&#233;sulte que, d&#232;s qu'un terme de l'&#233;quation change, on est &#233;branl&#233; et d&#233;sorient&#233;. Du point de vue de leurs effets psychologiques, les changements dans les actifs et les passifs ne se compensent pas imm&#233;diatement, bien au contraire : de chaque c&#244;t&#233; du bilan, ils apparaissent en eux-m&#234;mes surprenants ou inad&#233;quats ; d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, la conscience des processus &#233;conomiques est interrompue dans la r&#233;gularit&#233; habituelle de son cours ; et de chaque c&#244;t&#233;, le contraste avec le montant pr&#233;c&#233;dent est diff&#233;remment ressenti. M&#234;me si l'on sait pertinemment, gr&#226;ce &#224; l'&lt;i&gt;intellect &lt;/i&gt; et au calcul, que si les revenus et les prix montent, cela revient au m&#234;me, le &lt;i&gt;sentiment &lt;/i&gt; (plus conservateur et plus difficile &#224; raisonner) reste encore longtemps attach&#233; aux rapports fig&#233;s et absolutis&#233;s, ce qui se manifeste dans les protestations contre l'augmentation des prix ou dans les exc&#232;s soudains de d&#233;pense, avant que les r&#233;percussions psychologiques du changement ne finissent par s'&#233;quilibrer des deux c&#244;t&#233;s. Tant que cette adaptation n'est pas totalement achev&#233;e, l'accroissement r&#233;gulier de la masse mon&#233;taire ne cesse de provoquer des impressions de d&#233;calage &lt;i&gt;(Differenzgef&#252;hle)&lt;/i&gt; et des chocs psychologiques. Cela creuse les contrastes et les d&#233;marcations r&#233;ciproques &lt;i&gt;(Sich-Gegeneinander-Absetzen)&lt;/i&gt; entre les repr&#233;sentations qui traversent notre esprit, et acc&#233;l&#232;re donc le rythme de vie. Car si la vie ne peut pas s'&#233;couler plus ou moins vite, une m&#234;me unit&#233; de temps peut en revanche, comme nous l'avons vu, &#234;tre remplie de contenus plus ou moins accentu&#233;s et clairement distincts, qui attirent ou non l'attention, ce qui d&#233;terminera un rythme de vie plus ou moins rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les effets d'acc&#233;l&#233;ration que provoque l'accroissement de la masse mon&#233;taire dans le d&#233;roulement des processus &#233;conomiques et psychiques sont merveilleusement bien illustr&#233;s par les cons&#233;quences de l'&#233;mission des mauvaises monnaies-papier. Un afflux d'argent artificiel, sans fondement, entra&#238;ne d'abord une mont&#233;e de tous les prix par embard&#233;es et sans aucune r&#233;gulation interne. Mais le premier exc&#233;dent d'argent suffit &#224; peine &#224; satisfaire les demandes de certaines cat&#233;gories de marchandises. Voil&#224; pourquoi chaque &#233;mission de papier-monnaie peu fiable en appelle une deuxi&#232;me, et cette deuxi&#232;me d'autres encore. C'est le tragique de ce genre d'op&#233;rations : la deuxi&#232;me &#233;mission est n&#233;cessaire pour satisfaire les demandes qui d&#233;coulent de la premi&#232;re. Et plus l'argent lui-m&#234;me devient le centre des mouvements, plus largement cela se fera sentir : les r&#233;volutions dans les prix provoqu&#233;es par les d&#233;luges de papier monnaie entra&#238;nent des sp&#233;culations qui, pour r&#233;ussir, exigent des r&#233;serves d'argent toujours plus grandes. On peut dire que l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de la vie sociale par l'accroissement de la masse mon&#233;taire se manifestera le plus clairement l&#224; o&#249; l'argent n'a plus qu'une pure signification fonctionnelle, sans la moindre valeur substantielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Substanzwert : &#224; propos de ce concept, cf. G. Simmel, Philosophie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce cas, l'acc&#233;l&#233;ration du rythme &#233;conomique global se fait, pour ainsi dire, &#224; un rythme encore sup&#233;rieur car d&#233;sormais, elle se d&#233;veloppe m&#234;me de mani&#232;re purement immanente, puisqu'elle se manifeste en premier lieu par l'acc&#233;l&#233;ration de la fabrication d'argent elle-m&#234;me. L'existence de cette corr&#233;lation est confirm&#233;e lorsque, dans les pays dont le rythme &#233;conomique est rapide, le papier-monnaie succombe particuli&#232;rement vite &#224; sa croissance quantitative. Un grand connaisseur de l'Am&#233;rique du Nord raconte &#224; ce propos : &#171; On ne peut pas attendre d'un peuple si impatient du moindre profit, si p&#233;n&#233;tr&#233; de l'id&#233;e que l'on peut devenir riche en partant de rien, ou du moins de tr&#232;s peu, qu'il s'impose les limitations qui, en Angleterre ou en Allemagne, r&#233;duisent au minimum les dangers des &#233;missions de papier-monnaie &#187;. Au demeurant, l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie par l'afflux de papier-monnaie tient surtout aux bouleversements de la propri&#233;t&#233; qui en r&#233;sultent. C'est notamment ce qui s'est pass&#233; en Am&#233;rique du Nord, dont l'&#233;conomie &#233;tait bas&#233;e sur le papier-monnaie jusqu'&#224; la guerre d'Ind&#233;pendance. L'argent fabriqu&#233; en masse, dont les cours &#233;taient encore assez &#233;lev&#233;s &#224; l'origine, subissait de terribles pertes. Ainsi, celui qui hier encore &#233;tait riche pouvait se retrouver pauvre le lendemain ; et inversement, celui qui avait acquis des valeurs durables en empruntant de l'argent, remboursait sa dette avec une monnaie entre-temps d&#233;valu&#233;e et devenait ainsi riche. Ainsi, non seulement chacun avait s&#233;rieusement int&#233;r&#234;t &#224; faire aboutir au plus vite ses op&#233;rations &#233;conomiques, &#224; &#233;viter les engagements &#224; long terme et &#224; apprendre &#224; sauter sur les occasions ; mais en outre, les basculements de propri&#233;t&#233; engendraient des impressions continuelles de contraste, des d&#233;chirures et des &#233;branlements soudains de l'image &#233;conomique du monde, qui se propageaient naturellement aux autres aspects de la vie et la faisaient appara&#238;tre plus intense ou plus rapide. Une monnaie qui perd de sa valeur agit n&#233;cessairement sur les stimulations psychologiques de deux mani&#232;res contradictoires : d'un c&#244;t&#233;, chacun va essayer de se d&#233;barrasser de cette monnaie et la diff&#233;rence apparue entre sa valeur et les valeurs stables va nourrir l'impatience de transformer cet argent en richesse durable ; d'un autre c&#244;t&#233;, celui qui d&#233;tient de la monnaie qui n'a de valeur que dans certaines circonstances sera vivement int&#233;ress&#233; au maintien de la situation dans laquelle cette monnaie a de la valeur. Lors de l'introduction des assignats, Mirabeau soulignait que partout o&#249; il s'en trouverait devrait &#233;galement persister le d&#233;sir que se maintienne leur cr&#233;dit : &#171; Vous compterez un d&#233;fenseur n&#233;cessaire &#224; vos mesures, un cr&#233;ancier int&#233;ress&#233; &#224; vos succ&#232;s &#187;. D&#233;fenseur d'un ordre politique qui ne serait sinon peut-&#234;tre d&#233;fendu par personne, une monnaie de ce type cr&#233;e ainsi un clivage sp&#233;cifique et donne un nouveau souffle aux antagonismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais en r&#233;alit&#233;, de tels succ&#232;s dans l'accroissement des moyens d'&#233;change ne semblent &#234;tre aussi nombreux que si l'on part, comme nous l'avons fait pr&#233;c&#233;demment, d'un pr&#233;suppos&#233; simpliste : celui selon lequel la diminution du prix de l'argent nous touche autant en tant que consommateurs qu'en tant que producteurs. En r&#233;alit&#233;, les ph&#233;nom&#232;nes sont bien plus complexes et variables. Objectivement d'abord : l'accroissement de la masse mon&#233;taire ne provoque dans un premier temps que la mont&#233;e du prix de quelques marchandises, laissant dans un premier temps les autres &#224; leur ancien niveau. On a cru pouvoir constater que depuis le XVI&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les prix des marchandises europ&#233;ennes s'&#233;taient accrus lentement et dans un ordre d&#233;termin&#233;, &#224; la suite de l'afflux de m&#233;tal am&#233;ricain. L'accroissement des liquidit&#233;s dans un pays ne touche d'abord que certains groupes, ceux qui en captent le flux. Les prix qui commencent &#224; monter sont donc ceux des marchandises pour lesquelles seuls les membres de ces groupes sont en concurrence, tandis que les autres marchandises, celles dont le prix d&#233;pend de la majorit&#233; de la population, restent aussi peu on&#233;reuses qu'auparavant. La p&#233;n&#233;tration progressive de l'afflux mon&#233;taire dans d'autres cercles entra&#238;ne des efforts d'&#233;quilibrage ; le rapport habituel des prix entre les marchandises se trouve d&#233;stabilis&#233; ; puisque les sommes allou&#233;es aux diff&#233;rents postes n'&#233;voluent pas de la m&#234;me mani&#232;re, le budget m&#233;nager conna&#238;t forc&#233;ment des perturbations et des glissements. En bref, le fait qu'un accroissement de la masse mon&#233;taire dans un espace &#233;conomique ferm&#233; n'influence &lt;i&gt;pas de mani&#232;re &#233;gale&lt;/i&gt; le prix de toutes les marchandises, a n&#233;cessairement pour effet de stimuler le cours des repr&#233;sentations des acteurs &#233;conomiques, et a forc&#233;ment pour cons&#233;quence r&#233;currente des impressions de d&#233;calage, des ruptures dans les proportions habituelles, ainsi que l'exigence de tentatives d'&#233;quilibrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; ces ph&#233;nom&#232;nes d'in&#233;galit&#233; dans le prix des marchandises correspond le fait que certaines personnes et certaines professions profitent tout particuli&#232;rement d'un nouvel afflux d'argent. On a remarqu&#233; depuis longtemps qu'une &#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale des prix ne se r&#233;percute qu'en dernier lieu sur la r&#233;mun&#233;ration du travail salari&#233;. Moins une couche &#233;conomique est capable de r&#233;sistance, plus l'accroissement de la masse mon&#233;taire met de temps &#224; parvenir, au compte-gouttes, jusqu'&#224; elle ; bien souvent m&#234;me, cet accroissement ne lui parvient (sous la forme de l'augmentation des revenus), que longtemps apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;j&#224; fait ressentir sous la forme de l'augmentation des prix des articles qu'elle consomme couramment. Il en r&#233;sulte des chocs et des irritations de toutes sortes, l'esprit est constamment maintenu en tension par les d&#233;calages qui se font jour entre les couches sociales. Dans le nouveau contexte engendr&#233; par l'accroissement des moyens d'&#233;change en effet, le maintien du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; (aussi bien en ce qui concerne le rapport des couches sociales entre elles que le train de vie des particuliers) n'exige plus seulement de pers&#233;v&#233;rer comme avant, de mani&#232;re conservatrice ou d&#233;fensive, mais d'engager un combat positif, de passer &#224; l'attaque. C'est essentiellement pour cette raison que les accroissements de la quantit&#233; d'argent disponible stimulent autant le rythme de la vie sociale : par-del&#224; les distinctions d&#233;j&#224; pr&#233;sentes, ils en cr&#233;ent de nouvelles, ils provoquent des c&#233;sures jusque dans le budget des m&#233;nages, ce qui fait que le cours des repr&#233;sentations ne peut que s'acc&#233;l&#233;rer et s'amplifier continuellement. Au reste, on comprendra ais&#233;ment qu'un important reflux de la masse mon&#233;taire doive n&#233;cessairement provoquer des ph&#233;nom&#232;nes similaires, mais pour ainsi dire inverses. L'&#233;troite corr&#233;lation entre l'argent et le rythme de la vie se manifeste justement ici dans le fait que l'accroissement de la masse mon&#233;taire comme sa diminution, parce qu'ils ne touchent pas tout le monde de mani&#232;re &#233;gale, entra&#238;nent des ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;calage qui se refl&#232;tent sur le plan psychique sous forme de ruptures, de stimulations ou de concentrations du cours des repr&#233;sentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En dehors des effets qu'ont les &#233;volutions de la masse mon&#233;taire (effets qui montrent que le rythme de vie est pour ainsi dire fonction de ces &#233;volutions), la concentration des contenus de la vie appara&#238;t aussi dans un autre effet de la circulation mon&#233;taire. De mani&#232;re caract&#233;ristique, cette derni&#232;re tend &#224; se concentrer en un nombre relativement restreint de places financi&#232;res. Du point de vue de leur diffusion dans l'espace, on peut ranger les objets &#233;conomiques sur une &#233;chelle dont je n'indiquerai ici, de mani&#232;re tr&#232;s grossi&#232;re, que quelques-uns des degr&#233;s les plus caract&#233;ristiques. Le premier est celui de l'agriculture, dont les &#233;l&#233;ments (les domaines agricoles) ne peuvent par nature &#234;tre r&#233;unis dans un m&#234;me lieu ; in&#233;vitablement, l'agriculture se rattache au principe d'ext&#233;riorit&#233; qui &#224; l'origine caract&#233;rise l'espace. La production industrielle se laisse d&#233;j&#224; davantage concentrer : compar&#233;e &#224; l'artisanat ou &#224; l'industrie domestique, l'activit&#233; en usine repr&#233;sente une certaine condensation spatiale, et le centre industriel moderne est un microcosme o&#249; affluent tous les types de mati&#232;res premi&#232;res disponibles sur terre, pour y prendre des formes qui proviennent des quatre coins du monde. La finance constitue le degr&#233; le plus extr&#234;me de concentration. En raison de sa forme abstraite, l'argent se situe au-del&#224; de toute relation d&#233;termin&#233;e avec l'espace : il peut &#233;tendre ses effets jusqu'aux confins les plus recul&#233;s du monde, il est m&#234;me &#224; tout instant, en quelque sorte, le centre d'un cercle d'actions potentielles. &#192; l'inverse, il permet aussi de concentrer les plus grandes sommes dans la plus petite forme qui soit, jusqu'&#224; ce ch&#232;que de cinq millions de dollars &#233;tabli un jour par Jay Gould. Or, de m&#234;me que l'argent permet de comprimer les valeurs et que ses formes toujours plus abstraites permettent de le comprimer lui-m&#234;me, la finance tend aussi &#224; se concentrer. &#192; mesure que l'&#233;conomie d'un pays repose de plus en plus sur l'argent, on voit progresser la concentration des op&#233;rations financi&#232;res en de gros n&#339;uds de circulation mon&#233;taire. La ville a toujours &#233;t&#233;, &#224; la diff&#233;rence de la campagne, le si&#232;ge de l'&#233;conomie mon&#233;taire ; on retrouve le m&#234;me rapport entre les petites et les grandes villes, &#224; tel enseigne qu'un historien anglais a pu affirmer que Londres, tout au long de son histoire, ne s'est jamais comport&#233; comme le c&#339;ur de l'Angleterre, mais parfois comme son cerveau et toujours comme son porte-monnaie. Et d&#232;s la fin de la R&#233;publique romaine, on dit que le moindre sou d&#233;pens&#233; en Gaule &#233;tait comptabilis&#233; dans les registres des financiers &#224; Rome. Cette force centrip&#232;te de la finance fait le jeu de deux partis : celui des d&#233;biteurs, puisqu'ils empruntent &#224; bon march&#233; gr&#226;ce &#224; la concurrence des capitaux qui confluent en un m&#234;me centre (&#224; Rome, le taux d'int&#233;r&#234;t &#233;tait moiti&#233; moindre que la moyenne habituelle dans l'Antiquit&#233;), et celui des bailleurs de fonds puisque, s'ils ne pr&#234;tent pas l'argent &#224; des taux aussi &#233;lev&#233;s qu'ils ne pourraient le faire en des lieux isol&#233;s, ils restent n&#233;anmoins &#224; tout moment assur&#233;s de lui trouver un usage, ce qui est plus important. Mais la raison plus profonde de la formation de centres financiers r&#233;side manifestement dans le caract&#232;re relatif de l'argent : car d'un c&#244;t&#233;, il n'exprime que les rapports de valeur entre les marchandises ; et de l'autre, toute quantit&#233; d'argent donn&#233;e poss&#232;de une valeur qu'il est moins possible de d&#233;terminer directement que celle de n'importe quelle autre marchandise, mais plus que toute autre : cette quantit&#233; ne tire son sens que de la comparaison avec la quantit&#233; totale offerte. C'est ainsi que la concentration de l'argent maximale en un point donn&#233;, la comparaison permanente des plus grandes sommes possibles et simplement l'&#233;quilibrage d'une grande partie de l'offre et de la demande aboutissent &#224; une d&#233;termination optimale de la valeur de l'argent, ainsi qu'&#224; son utilisation maximale. Un boisseau de c&#233;r&#233;ales a toujours une certaine signification en tout lieu, m&#234;me le plus isol&#233;, quelles que soient les fluctuations de son prix en argent. Mais une quantit&#233; d'argent n'a de sens que dans la rencontre avec d'autres valeurs ; et plus il en rencontre, plus il parvient &#224; acqu&#233;rir un sens de mani&#232;re s&#251;re et juste. Voil&#224; ce qui explique non seulement que &#171; tout se rue vers l'or &#187; (les personnes comme les choses), mais aussi que l'argent, de son c&#244;t&#233;, se rue vers &#171; tout &#187;, cherche &#224; entrer en relation avec d'autres monnaies, avec toutes les valeurs possibles, ainsi qu'avec leurs propri&#233;taires. Et l'on retrouve la m&#234;me corr&#233;lation en sens inverse : la confluence d'un grand nombre de personnes engendre un besoin d'argent particuli&#232;rement important. En Allemagne, l'une des principales demandes d'argent a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233;e par les foires annuelles institu&#233;es par les seigneurs locaux pour tirer profit de l'&#233;change des monnaies et des taxes douani&#232;res. Cette concentration artificielle, en un lieu donn&#233;, du trafic commercial d'une r&#233;gion plus vaste a fortement accru et le d&#233;sir d'acheter et le volume des transactions, et c'est alors que l'usage de l'argent est devenu une n&#233;cessit&#233; g&#233;n&#233;rale. Il suffit qu'il y ait, quelque part, un grand nombre de personnes ayant une activit&#233; &#233;conomique, et m&#234;me un grand nombre de personnes tout court, pour que la demande d'argent y soit relativement plus forte qu'ailleurs. Parce qu'il est par nature indiff&#233;rent, l'argent constitue en effet le meilleur &lt;i&gt;pont &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Br&#252;cke : ce terme courant joue un r&#244;le important dans la pens&#233;e de Simmel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le moyen d'entente le plus appropri&#233; entre un grand nombre de personnes diff&#233;rentes ; et plus ces personnes sont nombreuses, moins il y a de chances que des int&#233;r&#234;ts autres que mon&#233;taires puissent former la base de leurs relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Tout cela sugg&#232;re bien &#224; quel point l'argent entra&#238;ne cette intense densification du processus de repr&#233;sentation que l'on appelle l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie, et qui se mesure au nombre et &#224; la diversit&#233; des impressions et des excitations qui affluent et se succ&#232;dent. La tendance de l'argent &#224; confluer et &#224; s'accumuler, sinon dans les mains d'un seul individu, du moins dans des centres &#233;troitement circonscrits, &#224; faire converger dans ces lieux les int&#233;r&#234;ts individuels et donc les individus eux-m&#234;mes, &#224; mettre ces derniers en contact sur un terrain commun et ainsi &#224; concentrer la plus grande diversit&#233; dans l'espace le plus r&#233;duit (facult&#233; qui est aussi li&#233;e &#224; la forme de valeur qu'il repr&#233;sente) &#8211; cette tendance et cette capacit&#233; de l'argent ont pour effet, sur le plan psychique, de rehausser la bigarrure et la pl&#233;nitude de la vie, c'est-&#224;-dire son rythme. Le meilleur symbole en est la Bourse. Les valeurs et les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, r&#233;duits &#224; leur seule expression mon&#233;taire, parviennent &#224; s'y r&#233;unir, ainsi que leurs porteurs, dans l'espace le plus restreint qui soit, ce qui leur permet de s'&#233;quilibrer, de se r&#233;partir et de s'&#233;valuer avec le moins de m&#233;diations possibles. Cette double condensation, des valeurs dans la forme physique de l'argent, et de la circulation mon&#233;taire dans celle de la Bourse, permet aux valeurs de passer par le plus grand nombre de mains en un temps record : &#224; la Bourse de New York, chaque ann&#233;e, c'est cinq fois le montant de la r&#233;colte de coton qui circule sous forme de sp&#233;culations sur cette mati&#232;re premi&#232;re et, d&#232;s 1887, cette m&#234;me Bourse vendait cinquante fois la production de p&#233;trole de l'ann&#233;e. En m&#234;me temps, la Bourse est peut-&#234;tre le lieu o&#249; l'excitation inh&#233;rente &#224; la vie &#233;conomique atteint son paroxysme : ses fluctuations sanguines et chol&#233;riques entre optimisme et pessimisme, ses r&#233;actions nerveuses aux pond&#233;rables et aux impond&#233;rables, la rapidit&#233; avec laquelle on s'empare de chaque changement de conjoncture avant de l'oublier au profit du suivant &#8211; tout cela implique une acc&#233;l&#233;ration extr&#234;me du rythme de vie : ses modifications se concentrent et s'enchainent f&#233;brilement les unes apr&#232;s les autres et l'influence sp&#233;cifique de l'argent sur le cours de la vie psychique appara&#238;t alors de la mani&#232;re la plus &#233;clatante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En tant que niveleur des valeurs &lt;i&gt;(Werth-Ausgleicher)&lt;/i&gt; et moyen d'&#233;change dont l'universalit&#233; est absolue, l'argent a la capacit&#233; de tout mettre en relation : s'il jette un pont entre les personnes ayant une activit&#233; &#233;conomique, il en jette aussi un entre les choses. Sur le plan des objets, il remplit la fonction qui, du c&#244;t&#233; des sujets, est celle du commer&#231;ant. Si le marchand est l'incarnation par excellence de l'int&#233;r&#234;t pour l'argent, l'analogie qu'il y a entre lui et l'argent s'exprime parfaitement dans le fait que l'argent joue exactement le m&#234;me r&#244;le entre les marchandises que celui que joue le marchand entre les humains. Il d&#233;pouille les choses (et, dans une certaine mesure, les humains aussi) de leur inaccessibilit&#233; mutuelle, il les sort de leur isolement originel et les met en relation, en &#233;quivalence, en interaction. Il en r&#233;sulte une diversification et une vivacit&#233; extraordinaire des flux de repr&#233;sentations. Sur un point essentiel, il faut donc compl&#233;ter notre d&#233;finition de l'acc&#233;l&#233;ration du rythme de vie par la profusion et la diversit&#233; des repr&#233;sentations : ces derni&#232;res ne doivent pas traverser la l'esprit en restant isol&#233;es les unes des autres et centr&#233;es sur elles-m&#234;mes, mais &#234;tre reli&#233;es entre elles par des liens d'association. Plus une repr&#233;sentation, nouvelle par son contenu, est reli&#233;e aux pr&#233;c&#233;dentes, plus elle joue un r&#244;le vivifiant dans notre esprit. Pour que l'on puisse parler de profusion ou de diversit&#233; de la vie int&#233;rieure &lt;i&gt;(Vorstellungsleben)&lt;/i&gt;, il faut que cette derni&#232;re ait une certaine unit&#233;, qu'il y ait un point de recoupement et un arri&#232;re-plan commun entre les repr&#233;sentations, sans quoi l'on ne peut percevoir l'ajout d'un &#233;l&#233;ment, ni mesurer la distance qui le s&#233;pare des autres. Mais ce n'est pas un Moi dont l'unit&#233; est m&#233;taphysique qui conf&#232;re au cours des repr&#233;sentations cette unit&#233; sans laquelle on ne pourrait parler de rythme de vie au sens o&#249; nous l'avons fait jusqu'ici. Au contraire, cette unit&#233; consiste dans la simple fonction qui fait que les repr&#233;sentations, suivant des lois psychologiques, entrent en relation les unes avec les autres : ce qui les relie n'est donc pas un lien substantiel, mais un lien dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Penser que l'&#171; unit&#233; &#187; que nous attribuons &#224; une entit&#233; ne renvoie pas n&#233;cessairement &#224; un point d'indivisibilit&#233; substantielle et m&#233;taphysique, qu'un tel point n'est en fait que l'hypostase de l'interaction entre les &#233;l&#233;ments de cette entit&#233;, interaction qui seule constitue le contenu r&#233;el de son &#171; unit&#233; &#187; : voil&#224; s&#251;rement l'une des id&#233;es les plus lumineuses de la critique moderne. Nous pouvons d&#233;sormais parler de l'unit&#233; du monde sans avoir &#224; lui chercher un substrat dans les sp&#233;culations th&#233;istes ou spiritualistes, mais seulement dans le fait, r&#233;el, que chaque &#233;l&#233;ment du monde est d&#233;termin&#233; par tous les autres. Nous pouvons d&#233;sormais parler de l'unit&#233; de l'organisme sans pr&#233;supposer une force vitale indivisible, mais seulement la d&#233;pendance fonctionnelle de chaque organe &#224; l'&#233;gard des autres. L'unit&#233; de l'&#201;tat ne repose plus &#224; nos yeux sur l'&#171; &#226;me du peuple &#187;, la &#171; conscience collective &#187; ou tout autre substrat mystique : ce concept se contente des vives interactions qui font que, quelle que soit l'action exerc&#233;e ou subie par un &#233;l&#233;ment au sein de l'&#201;tat, elle influence aussi les autres d'une mani&#232;re ou d'une autre. Dans tous les cas, l'unit&#233; n'a donc, pour ainsi dire, rien de solipsiste : c'est une fonction de la multiplicit&#233;, sans laquelle elle ne pourrait avoir de r&#233;alit&#233; imm&#233;diate ; elle n'existe qu'en tant que forme dans laquelle la multiplicit&#233; des parties d'un objet d&#233;ploie sa vie. Les concepts d'unit&#233; et de multiplicit&#233; ne se compl&#232;tent pas seulement sur le plan de la logique, mais aussi sur le plan de la r&#233;alit&#233; concr&#232;te. C'est la multiplicit&#233; des &#233;l&#233;ments qui produit (en vertu des relations r&#233;ciproques qu'ils entretiennent les uns avec les autres) ce que nous appelons l'unit&#233; de l'ensemble, mais il serait impossible de se repr&#233;senter cette multiplicit&#233; sans cette unit&#233;. Le cercle qui semble ici se produire ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;, d&#232;s lors qu'on veut exposer logiquement la d&#233;pendance mutuelle de deux concepts qui s'impliquent l'un l'autre &lt;i&gt;(Wechselbegriffe&lt;/i&gt;). C'est ainsi que l'&#171; &#226;me &#187; humaine est pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;une&lt;/i&gt;, parce que tous ses &#233;l&#233;ments constitutifs, les repr&#233;sentations, sont en relation et en lien &#233;troits ; mais c'est justement pour cela que ces &#233;l&#233;ments peuvent alors se mesurer les uns aux autres, s'ajouter les uns aux autres, et que la conscience individuelle appara&#238;t comme telle, elle qui pour nous repr&#233;sente justement la multiplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En &#233;tablissant des liens id&#233;els et r&#233;els entre les choses, en constituant un nouveau point de comparaison entre elles et en les transformant en &#233;l&#233;ments d'un univers &#233;conomique englobant, l'argent contribue donc &#224; cette unit&#233; fonctionnelle de la vie int&#233;rieure &lt;i&gt;(Vorstellungsleben)&lt;/i&gt;, au regard de laquelle l'addition de ses contenus particuliers, ainsi que leur diff&#233;rence, devient manifeste. Ainsi, l'argent n'a pas seulement pour effet objectif que les contenus de repr&#233;sentation se multiplient et s'engagent dans un mouvement fait d'oscillations et d'oppositions vivantes ; par les relations qu'il &#233;tablit entre les choses, l'argent les rend comparables et commensurables, les met au m&#234;me niveau, ce qui fait que les repr&#233;sentations se pr&#233;sentent effectivement comme les contenus d'&lt;i&gt;un &lt;/i&gt; organisme psychique. Ce sont pour ainsi dire les deux versants de sa fonction : multiplier les repr&#233;sentations et, en m&#234;me temps, tisser entre elles des liens vivants qui, en contribuant &#224; l'unit&#233; de l'&#226;me, rendent la pluralit&#233; sensible et constituent ainsi la condition interne pour que les contenus de la vie suivent un &lt;i&gt;cours &lt;/i&gt; et un rythme d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'argent contribue encore &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, supra-individuel, &#224; ce contraste et &#224; cet arri&#232;re-plan dont la vie a besoin pour d&#233;terminer son rythme. Aux premiers stades de l'&#233;volution sociale, il y avait sans doute une harmonie essentielle entre, d'un c&#244;t&#233;, les besoins, les forces et les qualit&#233;s des individus, et de l'autre, l'ordre objectif, la technique, la forme ext&#233;rieure et la productivit&#233; de la vie. En effet, il est impossible que les normes juridiques, &#233;thiques, techniques et &#233;conomiques n'aient pas &#233;man&#233; directement d'abord des qualit&#233;s propres aux individus et de leurs relations. Plus encore, ces conditions subjectives et individuelles, tout comme ces conditions objectives, formaient &#224; l'origine une unit&#233; indivise de la vie, et c'est sur cette toile de fond qu'a pu ensuite se constituer l'opposition entre la norme impersonnelle et l'individualit&#233;. Cette diff&#233;renciation se fait &#224; mesure qu'augmente la taille et la dur&#233;e de vie des groupes sociaux : plus il y a d'&#234;tres humains qui se r&#232;glent sur une norme, entrent dans une relation ou emploient une technique, plus vite ces choses acqui&#232;rent une existence s&#233;par&#233;e et se constituent, au-dessus des individus, en formes autonomes qui attendent de se voir attribuer un contenu, en puissances qui veulent &#234;tre ob&#233;ies, en exigences techniques qui veulent &#234;tre satisfaites. Domination et subordination sont ainsi, &#224; l'origine, l'expression ad&#233;quate de la force, de l'influence &lt;i&gt;(Suggestion)&lt;/i&gt; et de la pi&#233;t&#233; des individus eux-m&#234;mes. Jusqu'au jour o&#249;, finalement, la forme de cette relation se lib&#232;re de ceux qui la portaient et se fige en &#171; positions &#187; de domination ou de subordination &#8211; formes vides, existant pour ainsi dire par elles-m&#234;mes, qui attendent que des individus leur &#171; donnent chair &#187;. Ce que nous appelons le droit est ainsi, &#224; l'origine, la forme sous laquelle les &#233;nergies &#233;conomiques et &#233;thiques des individus ou des classes s'expriment, jusqu'&#224; ce qu'elle devienne une structure &lt;i&gt;(Gebilde)&lt;/i&gt; autonome et une fin en soi, qui fait face &#224; ces forces r&#233;elles avec, tout du moins, une relative ind&#233;pendance. Ainsi, la production mat&#233;rielle, sa technique, son organisation et leurs cons&#233;quences sur les mani&#232;res d'&#234;tre et de faire des individus, sont d'abord en corr&#233;lation directe avec les capacit&#233;s et les souhaits des individus. Mais la production mat&#233;rielle &#233;volue, en particulier depuis que, d'un c&#244;t&#233;, la technique a pris la forme de sciences sp&#233;cifiques et que, de l'autre, un nombre croissant d'&#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs interviennent dans la formation des individus. La production mat&#233;rielle acquiert alors une puissance et une progression qui lui sont propres et qui, assez souvent, ne suivent plus celles des individus, avec lesquels elle entretient des rapports tr&#232;s variables. Pour une bonne part de ces objectivations par lesquelles les contenus de vie prennent leur autonomie en s'ext&#233;riorisant hors des sujets qui les ont port&#233;s, l'argent est de la plus grande importance. Car il est le grand interm&#233;diaire entre les humains et les choses et pr&#233;pare ainsi la dissociation de leurs &#233;volutions respectives. D'un point de vue technique, la production tend &#224; se refermer sur elle-m&#234;me &#224; partir du moment o&#249; elle se fait contre argent, pour un cercle anonyme de clients, et qu'elle devient &#8211; ce qui n'est, l&#224; encore, possible que par l'argent &#8211; production de masse. Le droit gagne la possibilit&#233; de se constituer en &#233;difice purement immanent, compl&#232;tement logique, lorsque l'argent, la substance qui est toujours homog&#232;ne, constitue le but ultime de ses dispositions. Lorsque ce n'est pas le cas, comme par exemple dans le p&#233;nal, le droit ne peut pas autant, face au cas individuel, pr&#233;senter une telle consistance int&#233;rieure et ne reposer, objectivement, que sur lui-m&#234;me. Le rapport des classes sociales entre elles, les droits et les devoirs de chacune, la participation de chacune aux sph&#232;res et aux biens culturels, si difficiles &#224; &#233;tablir durablement lorsque le caract&#232;re incommensurable des personnalit&#233;s se fait sentir directement dans ces cat&#233;gories, le sont bien moins lorsque leur contenu est -ou peut &#234;tre- finalement r&#233;duit &#224; de l'argent, &#224; diff&#233;rentes sommes d'argent. Dans tous ces domaines de la vie, nous observons donc une persistance et un d&#233;veloppement de structures objectives qui prennent leur autonomie face aux individus qui s'y trouvent impliqu&#233;s, structures que leur propre logique &lt;i&gt;(Gesetzm&#228;&#223;igkeit)&lt;/i&gt; rend souvent indiff&#233;rentes, et souvent hostiles, aux int&#233;r&#234;ts et aux aspirations des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'existence historique, &#224; n'importe quel stade sup&#233;rieur, se pr&#233;sente donc selon deux axes : les structures impersonnelles, l'ordre objectif et le travail, d'un c&#244;t&#233;, les personnes avec leurs qualit&#233;s et leurs besoins subjectifs, de l'autre. Il en r&#233;sulte des diff&#233;rences souvent consid&#233;rables de rythme d'&#233;volution entre les deux. Les institutions dans lesquelles les forces et les relations des individus s'&#233;taient autrefois exprim&#233;es de mani&#232;re ad&#233;quate, &#224; force de prendre leurs distances et leur autonomie &#224; l'&#233;gard du d&#233;veloppement vivant des personnes, peuvent finir par se raidir et se p&#233;trifier. Mais elles peuvent aussi, pour la m&#234;me raison, aller trop vite et trop loin dans leur &#233;volution pour laisser aux personnes le temps de s'y adapter. Dans les deux cas, on est confront&#233; &#224; de grandes difficult&#233;s. Le droit, &#233;labor&#233; logiquement &#224; partir de certaines donn&#233;es fondamentales, formalis&#233; dans un codex de lois en principe immuables, port&#233; par un ordre &lt;i&gt;(Stand)&lt;/i&gt; particulier, acquiert face aux autres relations, aux autres besoins de la vie ressentis par les personnes, cette raideur qui fait qu'il se transmet finalement comme une maladie incurable, que la raison devient non-sens et le bienfait calamit&#233;. D&#232;s que les impulsions religieuses se cristallisent en un tr&#233;sor de dogmes d&#233;termin&#233;s et que ces derniers se trouvent pris en charge, dans le cadre de la division du travail, par un corps distinct de la communaut&#233; des croyants, la religion est soumise au m&#234;me processus. On retrouve quelque chose de formellement identique dans la contradiction, mise en avant par Marx, entre les rapports de production et les forces productives au sein de la soci&#233;t&#233; : la r&#233;partition de la propri&#233;t&#233;, l'ordre du travail, les rapports de domination entre les classes correspondent &#224; un moment donn&#233; presque exactement aux forces et aux besoins des individus ; mais aussit&#244;t qu'ils se transforment en puissances impersonnelles ou en normes rigides qui s'imposent &#224; la vie au lieu d'en &#233;maner en permanence, ils entrent en conflit avec les &#233;nergies et les aspirations que les personnes ont continu&#233; &#224; d&#233;velopper par ailleurs. Ici, le c&#244;t&#233; personnel peut prendre le pas sur le c&#244;t&#233; objectif aussi bien que l'inverse. Les progr&#232;s de la technique industrielle moderne ont par exemple transf&#233;r&#233; hors du foyer, en des lieux o&#249; les objets peuvent &#234;tre fabriqu&#233;s moins cher et de mani&#232;re plus appropri&#233;e, un nombre extraordinaire d'activit&#233;s domestiques qui autrefois revenaient aux femmes. Un tr&#232;s grand nombre de femmes des classes bourgeoises se sont ainsi vues priv&#233;es du contenu actif de leur vie, sans que la place laiss&#233;e vide n'ait &#233;t&#233; aussi rapidement r&#233;investie par d'autres activit&#233;s et d'autres objectifs. L'&#171; insatisfaction &#187; polymorphe des femmes modernes et l'inemploi de leurs forces, qui ont en retour toutes sortes de r&#233;percussions perturbatrices, voire destructrices, leur tentatives tant&#244;t saines, tant&#244;t maladives, de prouver leurs capacit&#233;s hors du foyer : voil&#224; ce qui r&#233;sulte du fait que la technique a pris, dans son d&#233;veloppement objectif, une autre voie, plus rapide, que celle prise par les personnes qu'elle domine. Ce processus de diff&#233;renciation dissocie donc les contenus de vie, d'une part en structures autonomes qui se d&#233;veloppent avec leurs propres forces, en suivant des lois qui leurs sont immanentes et, d'autre part, en destins personnels qui sont coup&#233;s de ces structures tout en &#233;tant domin&#233;s par elles. Il entra&#238;ne ainsi un d&#233;doublement de l'ordre temporel en ce qui concerne les affaires humaines, ou plut&#244;t il cr&#233;e, au-dessus de l'axe du d&#233;veloppement personnel, un second axe de d&#233;veloppement, &#224; l'aune duquel se mesure le rythme du premier. Il arrive m&#234;me fr&#233;quemment que ce soit seulement par la diff&#233;rence entre ces deux rythmes que l'on prenne conscience du fait que l'une ou l'autre de ces deux dimensions de l'existence va trop rapidement de l'avant : soit que le d&#233;veloppement des humains, en tant que personnes compl&#232;tes, s'acc&#233;l&#232;re au point de d&#233;passer celui des structures, soit qu'&#224; l'inverse ce soient les int&#233;r&#234;ts ou les relations objectiv&#233;s, transform&#233;s en organismes sp&#233;cifiques, qui progressent trop vite pour que l'adaptation individuelle puisse tenir le rythme. Puisque l'argent est l'un des principaux facteurs de cette dissociation, il contribue &#224; provoquer les effets pr&#233;c&#233;demment d&#233;crits sur l'ordre temporel de la vie, et m&#234;me &#224; lui communiquer pour la premi&#232;re fois, dans des directions d&#233;termin&#233;es, un rythme v&#233;ritable et conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, la vitesse propre &#224; la circulation de l'argent, par rapport &#224; celle de tout autre objet, acc&#233;l&#232;re directement le rythme g&#233;n&#233;ral de vie, &#224; mesure que l'argent devient le centre vers lequel tous les int&#233;r&#234;ts convergent. La rondeur des pi&#232;ces de monnaie, raison pour laquelle on dit &#171; que les affaires roulent &#187;, symbolise le rythme du mouvement que l'argent communique aux transactions. M&#234;me si les pi&#232;ces pr&#233;sentaient autrefois des angles, leur utilisation a d&#251; rapidement les user et les arrondir ; des n&#233;cessit&#233;s physiques ont ainsi offert &#224; l'intensit&#233; du trafic la forme de l'outil qui lui servirait le mieux. En comparant la capacit&#233; de circulation du foncier avec celle de l'argent, on met en lumi&#232;re la diff&#233;rence de rythme de vie entre les &#233;poques o&#249; c'est l'argent qui constitue le pivot des mouvements &#233;conomiques, et celles o&#249; c'est le foncier. Pensons par exemple au caract&#232;re que prennent les prestations fiscales dans leurs fluctuations ext&#233;rieures et int&#233;rieures, selon qu'elles sont pr&#233;lev&#233;es sur tel ou tel objet. Dans l'Angleterre anglo-saxonne et normande, les impositions pesaient exclusivement sur la propri&#233;t&#233; terrienne ; au XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on en vint &#224; imposer les int&#233;r&#234;ts du fermage et la possession de b&#233;tail ; peu apr&#232;s, on commen&#231;a &#224; pr&#233;lever l'imp&#244;t sur certaines portions de la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re (le quart, le septi&#232;me et le treizi&#232;me). Ainsi, les objets soumis &#224; l'imp&#244;t devinrent de plus en plus mobiles, jusqu'&#224; ce que le revenu mon&#233;taire apparaisse finalement comme le fondement v&#233;ritable de l'imposition. Celle-ci atteint ainsi un degr&#233; encore inconnu de flexibilit&#233; et de nuance, ce qui permit une variabilit&#233; bien plus grande dans la prestation du particulier, fluctuant chaque ann&#233;e, tout en assurant une plus grande r&#233;gularit&#233; de la recette globale. D'un c&#244;t&#233;, l'importance directe de la terre ou de l'argent pour le rythme de vie explique la grande valeur que des peuples conservateurs accordent &#224; l'agriculture. Les Chinois sont convaincus qu'elle seule garantit la tranquillit&#233; et la p&#233;rennit&#233; des &#201;tats et, sur la base de cette corr&#233;lation, ils ont lourdement impos&#233; la vente de terres agricoles ; &#224; telle enseigne que la plupart des achats de terre s'y font seulement de mani&#232;re priv&#233;e, en renon&#231;ant &#224; l'inscription au cadastre. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l&#224; o&#249; l'argent a provoqu&#233; l'acc&#233;l&#233;ration de la vie &#233;conomique, celle-ci cherche &#224; imposer son propre rythme &#224; la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, qui lui oppose des r&#233;sistances. Du c&#244;t&#233; conservateur, on a ainsi soulign&#233; que la l&#233;gislation sur les hypoth&#232;ques d&#233;velopp&#233;e ces derni&#232;res d&#233;cennies tendait &#224; liqu&#233;fier la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et &#224; la transformer en une sorte de papier-monnaie dont on peut se d&#233;faire sous la forme d'autant de parts que l'on veut ; au point que, comme le disait Waldeck, la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re semble ne plus exister que pour &#234;tre mise en vente judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour caract&#233;riser la contribution de l'argent &#224; la d&#233;termination du rythme de vie, celle qu'il fournit en vertu de son propre caract&#232;re, et ind&#233;pendamment des cons&#233;quences techniques qu'il entra&#238;ne, dont nous avons parl&#233; au d&#233;but, on pourrait partir de la r&#233;flexion suivante. Une analyse plus pr&#233;cise des concepts de permanence et de changement fait appara&#238;tre une double opposition dans la mani&#232;re dont ils se r&#233;alisent. Si nous consid&#233;rons le monde sous l'angle de la substance, nous en arrivons ais&#233;ment &#224; l'id&#233;e d'un &#7961;&#957; &#954;&#945;&#236; &#960;&#8118;&#957;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'un et le tout ; en grec dans le texte. Cette formule sert &#224; d&#233;signer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'un &#234;tre immuable qui, excluant toute augmentation et toute diminution, conf&#232;re aux choses un caract&#232;re de permanence absolue. Mais si l'on consid&#232;re la mise en forme de cette substance, toute permanence en est retir&#233;e : une forme passe sans cesse dans une autre et le monde offre le spectacle d'un &lt;i&gt;perpetuum mobile&lt;/i&gt;. Tel est le double aspect cosmologique de l'&#233;tant, assez souvent pouss&#233;, par l'interpr&#233;tation, jusqu'&#224; la m&#233;taphysique. Mais dans le cadre d'une empirie plus profonde, l'opposition entre permanence et mouvement se r&#233;partit autrement. En effet, si nous consid&#233;rons l'image du monde telle qu'elle s'offre imm&#233;diatement &#224; nous, on constate que ce sont justement certaines &lt;i&gt;formes &lt;/i&gt; qui subsistent pendant un temps, tandis que les &#233;l&#233;ments r&#233;els qu'elles relient se trouvent continuellement en mouvement. Ainsi, l'arc-en-ciel perdure malgr&#233; le d&#233;placement continuel des particules d'eau, la forme organique malgr&#233; l'&#233;change constant des mati&#232;res qui la constituent. Et il en va ainsi de chaque chose inorganique qui subsiste un moment comme telle : ce qui persiste en elle, c'est seulement le rapport et l'interaction entre ses plus petits &#233;l&#233;ments, lanc&#233;s de leur c&#244;t&#233; dans des mouvements mol&#233;culaires incessants qui &#233;chappent &#224; notre perception. La r&#233;alit&#233; est donc elle-m&#234;me prise dans un flux perp&#233;tuel, et m&#234;me si nous ne pouvons pas le constater directement, par manque d'acuit&#233; visuelle, les formes et les constellations de mouvements se figent pour donner lieu au ph&#233;nom&#232;ne de l'objet qui dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#192; c&#244;t&#233; de ces deux mani&#232;res oppos&#233;es d'appliquer les concepts de permanence et de mouvement au monde repr&#233;sent&#233;, on en trouve une troisi&#232;me. La permanence peut en effet avoir un sens qui la situe au-del&#224; de toute dur&#233;e, si longue soit-elle. Prenons le cas le plus simple, mais suffisant pour notre propos, des lois de la nature. Leur validit&#233; tient au fait qu'&#224; partir d'une certaine constellation d'&#233;l&#233;ments, il r&#233;sultera un effet d&#233;termin&#233;, objectivement n&#233;cessaire. Cette n&#233;cessit&#233; est donc totalement ind&#233;pendante de la question de savoir quand les conditions sont r&#233;unies dans la r&#233;alit&#233; : une fois ou des millions de fois, maintenant ou dans cent mille ans. Rien de cela n'affecte la validit&#233; de la loi, dont la permanence est &#233;ternelle, au sens d'intemporelle, et ne signifie rien de plus que sa simple existence. Par nature et par d&#233;finition, la loi exclut tout changement et tout mouvement en son sein. Cette forme sp&#233;cifique et absolue de permanence doit avoir son pendant dans une forme correspondante de mouvement. De m&#234;me que la permanence peut s'accro&#238;tre au-del&#224; de toute dur&#233;e, si longue soit-elle, jusqu'&#224; ce que, dans la validit&#233; &#233;ternelle des lois de la nature ou des formules math&#233;matiques, toute r&#233;f&#233;rence temporelle d&#233;termin&#233;e soit purement et simplement effac&#233;e ; de m&#234;me, changement et mouvement peuvent &#234;tre con&#231;us de mani&#232;re si absolue qu'il n'en existe plus aucune mesure temporelle d&#233;termin&#233;e. Si tout mouvement se meut entre un ici et un l&#224;-bas, l'ici a compl&#232;tement disparu dans ce changement absolu (qui repr&#233;sente l'inverse de la &lt;i&gt;species aeternitatis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e de l'&#233;ternit&#233; ; en latin dans le texte (NDT).&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), et l'on pourrait dire, dans l'esprit des paradoxes h&#233;g&#233;liens, qu'un tel objet se trouve &#224; l'endroit o&#249; il n'est pas. Alors que les premiers objets intemporels que nous avons &#233;voqu&#233;s ont leur validit&#233; sous la forme de la permanence, ces derniers trouvent leur validit&#233; dans la forme du passager, de la non-dur&#233;e. Selon moi, il ne fait aucun doute que cette opposition est, elle aussi, bien assez vaste pour accueillir une vision du monde. D'un c&#244;t&#233;, si l'on connaissait toutes les lois qui r&#233;gissent la r&#233;alit&#233;, cette derni&#232;re serait effectivement ramen&#233;e, par le complexe de ces lois, &#224; son contenu absolu, &#224; sa signification &#233;ternelle au sens d'intemporelle (pour autant, cela ne suffirait pas &#224; construire la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, parce que la loi comme telle, en vertu de son contenu id&#233;el, est compl&#232;tement indiff&#233;rente aux cas particuliers dans lesquels elle se r&#233;alise). Mais d'un autre c&#244;t&#233;, c'est justement parce que le contenu de la r&#233;alit&#233; passe int&#233;gralement dans les lois qui font sans cesse sortir les effets des causes, et aussit&#244;t agir comme cause ce qui &#224; l'instant m&#234;me &#233;tait encore effet, que l'on peut d&#233;sormais voir la r&#233;alit&#233; (le ph&#233;nom&#232;ne concret, historique et saisissable du monde) prise dans ce fleuve absolu qu'&#233;voquaient les expressions symboliques d'H&#233;raclite. Si l'on ram&#232;ne l'image du monde &#224; cette opposition, tout ce qui dure et d&#233;passe l'instant est arrach&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; et rassembl&#233; dans ce royaume id&#233;el des lois pures ; dans la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, les choses n'ont aucune dur&#233;e ; &#224; peine apparue, chaque forme est aussit&#244;t dissoute par la force des lois qui travaillent sans rel&#226;che en arri&#232;re-plan ; en quelque sorte, les formes ne trouvent vie que dans le fait d'&#234;tre d&#233;truites, et leur fixation en choses qui durent &#8211; si peu que ce soit &#8211; est une conception imparfaite, qui ne parvient pas &#224; suivre le rythme des mouvements de la r&#233;alit&#233;. Le monde se partage ainsi entre ce qui dure purement et simplement d'un c&#244;t&#233;, et ce qui ne dure absolument pas de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour le mouvement absolu de l'univers, il n'est certainement pas de meilleur symbole que l'argent. Le sens de l'argent est d'&#234;tre d&#233;pens&#233; ; d&#232;s qu'il repose, ce n'est plus de l'argent selon sa valeur et son sens sp&#233;cifiques. L'action qu'il exerce parfois, lorsqu'il dort, consiste en une anticipation de son mouvement &#224; venir. Il n'est rien que le porteur d'un mouvement dans lequel, justement, tout ce qui n'est pas mouvement est enti&#232;rement supprim&#233;. Pour ainsi dire, il est &lt;i&gt;actus purus&lt;/i&gt; : il ne vit qu'en s'ext&#233;riorisant continuellement de tout point donn&#233;, et constitue ainsi le p&#244;le oppos&#233; et la n&#233;gation directe de tout &#234;tre-pour-soi. C'est donc &#224; l'aide d'un symbole tir&#233; de l'univers historique que l'on peut comprendre la sp&#233;cificit&#233; de la nature, en tant qu'elle est soumise &#224; la cat&#233;gorie du mouvement absolu et de l'ext&#233;riorisation continuelle de soi, plus clairement qu'&#224; l'aide d'un exemple tir&#233; de la nature elle-m&#234;me, puisque nul cas empirique que l'on puisse voir n'incarne cette cat&#233;gorie dans toute sa puret&#233;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, la possibilit&#233; d'employer l'argent pour une pr&#233;sentation absolue de cette cat&#233;gorie jette en retour une lumi&#232;re crue sur l'argent lui-m&#234;me, comme r&#233;alisation la plus pure du principe de mouvement. Nous avons ainsi trouv&#233; l'expression abstraite et absolue de tous les effets concrets et relatifs qu'il exerce sur la d&#233;termination du rythme de vie, en vertu de son r&#244;le dans la vie pratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Simmel a repris cet article, en en supprimant certains passages et en en rajoutant d'autres, &#224; la toute fin de son grand livre de 1900 G. Simmel, &lt;i&gt;Philosophie de l'argent&lt;/i&gt;, trad. S. Cornille et P. Ivernel, Paris, PUF, 1987, p. 643-662 (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Substanzwert&lt;/i&gt; : &#224; propos de ce concept, cf. G. Simmel, &lt;i&gt;Philosophie de l'argent, op. cit&lt;/i&gt;., chap. 2, p. 125-233, ici traduit par &#171; valeur substance &#187; (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Br&#252;cke &lt;/i&gt; : ce terme courant joue un r&#244;le important dans la pens&#233;e de Simmel, qui l'a conceptualis&#233; dans un essai intitul&#233; &#171; Pont et porte &#187;, disponible dans le recueil &lt;i&gt;La trag&#233;die de la culture et autres essais&lt;/i&gt;, trad. S. Cornille et P. Ivernel, Paris, Rivages, 1988, p. 61-68 (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'un et le tout ; en grec dans le texte. Cette formule sert &#224; d&#233;signer l'unit&#233; absolue de l'&#234;tre (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'id&#233;e de l'&#233;ternit&#233; ; en latin dans le texte (NDT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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