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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Une pens&#233;e de l'oreille. L'hi&#233;roglyphe po&#233;tique chez Diderot
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		<dc:date>2016-07-13T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Elisabeth Sejten
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		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est originellement paru dans A. E. Sejten, Diderot ou le d&#233;fi esth&#233;tique. Les &#233;crits de jeunesse 1746-1751, Paris, Vrin, 1999, p. 190-197. Nous remercions chaleureusement Anne Elisabeth Sejten ainsi que les &#201;ditions Vrin de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Diderot a h&#226;te d'introduire avec l'hi&#233;roglyphe un signe dont le caract&#232;re d&#233;passe celui du signe proprement linguistique. Nous avons d&#233;j&#224; not&#233; comment, durant le long d&#233;bat sur les inversions, il s'enthousiasmait pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique49" rel="directory"&gt;XVIIIe si&#232;cle
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est originellement paru dans A. E. Sejten&lt;/i&gt;, Diderot ou le d&#233;fi esth&#233;tique. Les &#233;crits de jeunesse 1746-1751, &lt;i&gt;Paris, Vrin, 1999, p. 190-197. Nous remercions chaleureusement Anne Elisabeth Sejten ainsi que les &#201;ditions Vrin de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
Diderot a h&#226;te d'introduire avec l'&lt;i&gt;hi&#233;roglyphe&lt;/i&gt; un signe dont le caract&#232;re d&#233;passe celui du signe proprement linguistique. Nous avons d&#233;j&#224; not&#233; comment, durant le long d&#233;bat sur les inversions, il s'enthousiasmait pour certains mots aptes &#224; produire des significations condens&#233;es, voire &#171; ce que le grec et le latin rendent par &lt;i&gt;un seul mot&lt;/i&gt; &#187;. Car, &#171; ce mot prononc&#233;, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; est dit, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; est entendu &#187; (162, nous soulignons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous appuierons ici sur le texte de la Lettre sur les sourds et muets &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Et il donnait l'exemple d'&lt;i&gt;&#171; esurio &#187;&lt;/i&gt; pour d&#233;montrer que l'homme latin &#171; croyait ne rendre qu'une seule id&#233;e &#187; (158). C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; la recherche de &#171; ces termes qui &#233;quivalent &#224; un long discours &#187; (158) que Diderot avec l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique parvient enfin &#224; &#233;chapper au pi&#232;ge des r&#232;gles dispensatrices qui pr&#233;supposent un usage &#171; correct &#187; du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Conform&#233;ment &#224; son &#233;tymologie grecque, l'hi&#233;roglyphe veut dire inscription sacr&#233;e, d'o&#249; l'id&#233;e d'une certaine affinit&#233;, divine ou mystique, qu'il &#233;tablit entre image et signification. C'est probablement dans ce sens, vague et suggestif, du terme que Diderot l'emploi, et non pas pour des raisons scientifiques pr&#233;cises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon J. Chouillet, la connaissance qu'avait Diderot de l'&#233;criture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l'aura de l'hi&#233;roglyphe qui le fascine, non pas l'entit&#233; empirique sujette aux tentatives de d&#233;chiffrage des &#233;gyptologues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Chouillet confirme que l'hi&#233;roglyphe a exerc&#233; sur Diderot une attraction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est que l'hi&#233;roglyphe, de fa&#231;on exemplaire, satisfait aux exigences pos&#233;es par la simultan&#233;it&#233; de l'expression po&#233;tique. M&#234;me lorsqu'il exprime plusieurs choses, il le fait d'un seul coup et se situe ainsi au niveau de &#171; l'&#233;tat de l'&#226;me dans un m&#234;me instant &#187; (162), cet &#233;tat affectif que les inversions m&#233;connaissaient &#224; grand tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La r&#233;flexion sur l'&#226;me trouve ainsi son prolongement esth&#233;tique naturel dans l'hi&#233;roglyphe. Car on n'acc&#232;de pas &#224; &#171; ces expressions hi&#233;roglyphiques &#187;, au moyen de la &#171; connaissance &#187; proprement dite, mais &#171; plut&#244;t &#187; du &#171; sentiment vif &#187; (172). L'hi&#233;roglyphe, en effet, serait ce qui, du c&#244;t&#233; de l'art et de l'expression artistique, parlerait directement au sentiment et &#224; l'&#226;me. C'est qu'il est compos&#233;, non pas de signes linguistiques, mais d'images, ou plus pr&#233;cis&#233;ment de &#171; termes &#233;nergiques &#187; (169), &#233;nergie qui rend possible une signification &lt;i&gt;dynamique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;synth&#233;tique&lt;/i&gt;. Risquant encore une all&#233;gorie, Diderot compare justement la po&#233;sie avec &#171; un tissu d'hi&#233;roglyphes entass&#233;s les uns sur les autres &#187; (169). Le mot po&#233;tique n'est pas un mot comme les autres, la phrase po&#233;tique n'est pas une phrase comme les autres, dans la mesure o&#249; la po&#233;sie d&#233;fait l'ordre syntactique pour que naisse un ensemble vivant dans lequel les mots dansent, empi&#233;tant les uns sur les autres, formant un seul accord, une seule expression, un seul sentiment ou &#233;tat d'&#226;me. Voil&#224; pourquoi Diderot peut affirmer que &#171; toute po&#233;sie est embl&#233;matique &#187; (169)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Doolittle avance l'hypoth&#232;se selon laquelle l'embl&#232;me se rapporterait &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est &#233;galement au moyen de l'hi&#233;roglyphe que la parole po&#233;tique s'ouvre au passage impersonnel d'un &#233;trange &lt;i&gt;esprit&lt;/i&gt; qui la met en mouvement : &#171; Il passe alors dans le discours du po&#232;te un esprit qui en meut et vivifie toutes les syllabes. &#187; (169) Le caract&#232;re singulier des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques provient donc de l'affinit&#233; avec laquelle le discours po&#233;tique se loge en la &lt;i&gt;mat&#233;rialit&#233;&lt;/i&gt; m&#234;me de l'expression linguistique (&#171; les syllabes &#187;). Il ne s'agit pas de signes arbitraires, dont la signification passerait par le code et la convention, la signification po&#233;tique &#233;tant ins&#233;parable des mots employ&#233;s qui, par cons&#233;quent, cessent d'&#234;tre des signes vides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que Lessing distinguera, dans le Laocoon publi&#233; en 1766, entre &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le po&#232;me na&#238;t de fa&#231;on organique des syllabes investies dans une force spirituelle insondable, esprit qui les vitalise tout en y trouvant sa propre source d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Concept assez complexe, l'hi&#233;roglyphe agit donc &#224; plusieurs niveaux. D'une part, il d&#233;signe un sens totalisant, &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; ou plut&#244;t, puisqu'il est mat&#233;riel, la figure qui d'un seul coup visualise et fixe le sens ou le sentiment d'un ensemble textuel. C'est cette fonction totalisante qui se manifeste dans l'id&#233;e de &#171; l'embl&#232;me &#187; qui renvoie &#224; &#171; l'hi&#233;roglyphe subtil qui r&#232;gne dans une description enti&#232;re &#187; (171)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En pla&#231;ant sur le m&#234;me plan l'hi&#233;roglyphe et l'embl&#232;me par rapport &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, la formation m&#234;me de cet embl&#232;me est rendue techniquement possible au niveau des syllabes en elles-m&#234;mes insignifiantes, &#233;tant donn&#233; que l'hi&#233;roglyphe &#171; d&#233;pend de la distribution des longues et des br&#232;ves dans les langues &#224; quantit&#233; marqu&#233;e, et de la distribution des voyelles entre les consonnes dans les mots de toute langue &#187; (171)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la lettre au P&#232;re Berthier, Diderot &#233;largit sa description, puisque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rien d'&#233;tonnant, par cons&#233;quent, si la construction du concept de l'hi&#233;roglyphe s'op&#232;re surtout au niveau du d&#233;tail, presque technique, que repr&#233;sentent les syllabes. Tous les exemples que donnent Diderot de l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique confirment cette subtilit&#233; des syllabes en po&#233;sie. Chaque syllabe renferme une image sonore qui condense une signification enti&#232;re, tel un vers de Boileau, dans lequel les syllabes pour ainsi dire miment l'expression indivisible : les images musicales font par exemple que le second h&#233;mistiche effectue une &#171; chute &#187;, &#233;voquant ainsi le passage de l'&#233;tat de veille au sommeil que veut exprimer Boileau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diderot cite un verre du Lutrin : &#171; Soupire, &#233;tend les bras, ferme l'&#339;il et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que les images qui &#233;manent des vers d&#233;passent la litt&#233;ralit&#233; (&#171; toutes ces images sont enferm&#233;es dans les quatre vers de Virgile &#187; (172)), le po&#232;me s'est transform&#233; en tissu d'hi&#233;roglyphes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aussi mat&#233;riel qu'immat&#233;riel, l'hi&#233;roglyphe semble n'&#234;tre rien d'autre que &lt;i&gt;le lien&lt;/i&gt; qui unit le visuel au spirituel, les images sonores aux id&#233;es : &#171; le lien subtil qui les resserre [les id&#233;es [&#8230;] images] &#187; (178). Il co&#239;ncide avec le rythme syllabique, mais, comme Diderot le pr&#233;cisera dans la &lt;i&gt;Lettre &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt;&#8230;&lt;/i&gt;, la musique &#171; n'a de ressources que dans les intervalles et la dur&#233;e des sons &#187; (207), donc, au fond, renvoy&#233;e au &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt; des intervalles qui s&#233;parent les sons. Autrement dit, le &lt;i&gt;lien subtil&lt;/i&gt; de l'hi&#233;roglyphe est d'une nature plut&#244;t a&#233;rienne, dispositif immat&#233;riel que sugg&#232;rent sans r&#233;serve les adjectifs avec lesquels Diderot colore son concept d'hi&#233;roglyphe en parlant tant&#244;t d' &#171; embl&#232;mes fugitifs &#187; (182), tant&#244;t d' &#171; hi&#233;roglyphe [&#8230;] si l&#233;ger et si fugitif &#187; (207). L'hi&#233;roglyphe po&#233;tique relie les syllabes de sorte qu'apparaisse un ensemble de sonorit&#233;s et d'images qui, tout en vibrant avec l'id&#233;e du po&#232;te, exprime celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Les hi&#233;roglyphes analys&#233;s par Diderot baignent ainsi tous dans les syllabes, dans la dur&#233;e, l'accent est le timbre du vocabulaire du po&#232;me. En ce sens, on pourrait les appeler des calligraphies musicales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir M. Foucault, Ceci n'est pas une pipe, Paris, Fata Morgana, 1980, texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'ils sont ins&#233;parables de leur propre existence mat&#233;rielle, de tous ces &#233;l&#233;ments textuels et sonores qui en soi ne veulent rien dire, mais qui, musicalement, imitent un parcours, une synth&#232;se, bref, l'av&#232;nement d'une image &#224; son id&#233;e, et inversement, de l'id&#233;e &#224; son image. C'est pourquoi la pr&#233;sentation de l'hi&#233;roglyphe que nous propose Diderot prend essentiellement la forme d'un commentaire sur les &lt;i&gt;traductions&lt;/i&gt; po&#233;tiques. Car en passant d'une langue &#224; une autre, l'hi&#233;roglyphe se monte &#224; peu pr&#232;s &lt;i&gt;intraduisible&lt;/i&gt;. Diderot simule la na&#239;vet&#233; pour la d&#233;noncer aussit&#244;t : &#171; Je croyais avec tout le monde, qu'un po&#232;te pouvait &#234;tre traduit par un autre : c'est une erreur, et me voil&#224; d&#233;sabus&#233;. On rendra la pens&#233;e, on aura peut-&#234;tre le bonheur de trouver l'&#233;quivalent d'une expression &#187; (170 - 171). En traduisant des po&#232;mes, il ne suffit pas de proc&#233;der &#224; un mot &#224; mot. Si le contenu po&#233;tique (&#171; penser &#187;) peut &#234;tre traduit, il est beaucoup plus difficile de trouver l'&#171; expression &#187; juste. Pour y parvenir, il y faudrait du &#171; bonheur &#187;, et cela m&#234;me pour les po&#232;tes les plus grands, tel Virgile dont la &#171; semi &#187;-traduction d'un vers de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; re&#231;oit ce jugement mod&#233;r&#233; : &#171; C'est quelque chose, mais ce n'est pas tout &#187; (171).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le probl&#232;me de la traduction, crucial pour les textes po&#233;tiques, met l'accent sur le probl&#232;me de la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; en art. Parce que l'hi&#233;roglyphe &#233;mane d'un tissu de sons et d'images, en m&#234;me temps qu'il agit &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci, il est fort difficile de le recr&#233;er dans une autre langue. Les mots &#233;quivalents seraient porteurs d'une musicalit&#233; autre, d'autres images qui feraient perdre l'hi&#233;roglyphe, et on aurait &#171; l'embl&#232;me d&#233;li&#233; &#187; (171), un hi&#233;roglyphe arrach&#233; &#224; sa texture et &#224; sa force : &#171; l'hi&#233;roglyphe subtil qui r&#232;gne dans une description enti&#232;re [&#8230;] dispara&#238;t n&#233;cessairement dans la meilleure traduction &#187; (171). Et Diderot prend pour t&#233;moin le po&#232;te lui-m&#234;me pour insister davantage sur cet obstacle que repr&#233;sente la &#171; contextualit&#233; &#187; originaire : &#171; C'est l&#224; ce qui faisait dire &#224; Virgile, qu'il &#233;tait aussi difficile d'enlever un vers &#224; Hom&#232;re que d'arracher un clou &#224; la massue d'Hercule. Plus un po&#232;te est charg&#233; de ces hi&#233;roglyphes, plus il est difficile &#224; rendre &#187; (172). Plus les liens internes, qui font l'armature dynamique de l'hi&#233;roglyphe, sont forts, profonds et &#171; immat&#233;riellement mat&#233;riels &#187;, plus il est difficile de traduire la po&#233;sie dont il est la forme cr&#233;atrice. Un vers du po&#232;me &#233;pique d'Hom&#232;re, un clou de la massue d'Hercule, l'atome d'une mol&#233;cule, la maille d'un tricot, quelle que soit l'image qu'on choisisse, l'intraduisibilit&#233; r&#233;sulte de la structure subtile &lt;i&gt;liante&lt;/i&gt; de l'hi&#233;roglyphe, de la capacit&#233; avec laquelle il mime, soutient et &#233;voque le contenu, la pens&#233;e ou l'id&#233;e d'un po&#232;me &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; le langage. Inversement, c'est cette r&#233;sistance de l'hi&#233;roglyphe qui assure &#224; l'&#339;uvre d'art son caract&#232;re unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi Diderot commente-t-il plusieurs traductions po&#233;tiques, plus ou moins heureuses. La traduction est tant&#244;t en-de&#231;&#224; de l'original grec, tant&#244;t surcharg&#233;e, comme dans le cas de Racine traduisant l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; : &#171; Il y a plus de sublime dans ces deux vers d'Hom&#232;re, que dans toute la pompeuse d&#233;claration de Racine. &#187; (80) Que ce soit Longin, Boileau ou La Motte qui tente une traduction de la sc&#232;ne d'Ajax de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, aucun d'eux ne trouve l'expression juste : &#171; Quelque g&#233;nie qu'on ait, on ne dit pas mieux qu'Hom&#232;re quand il dit bien. &#187; (176) D'o&#249; le conseil que donne Diderot aux traducteurs : &#171; &lt;i&gt;Entendons-le&lt;/i&gt; du moins avant que de tenter d'ench&#233;rir sur lui. Mais il est tellement charg&#233; de ces hi&#233;roglyphes po&#233;tiques [&#8230;] que ce n'est pas &#224; la dixi&#232;me lecture qu'on peut se flatter d'y avoir tout &lt;i&gt;vu&lt;/i&gt; &#187; (176, nous soulignons). Qu'un po&#232;me, &#233;pique ou non, soit hi&#233;roglyphique ne veut donc pas dire qu'il soit path&#233;tique ou lourd, mais qu'il manifeste une tension entre &lt;i&gt;entendre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;. Il faudrait entendre le po&#232;me hi&#233;roglyphique au sens double d' &#171; entendre &#187; : &#233;couter et comprendre. Pr&#234;ter une oreille aux images sonores est la condition pour saisir l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique, car c'est alors que l'on s'apercevrait du fait que le langage s'est transform&#233; en images, en pr&#233;sence et en simultan&#233;it&#233;, en mati&#232;re sensible, cat&#233;gories qui toutes rel&#232;vent de la vue. L'immanence sensorielle de l'expression hi&#233;roglyphique parvient &#224; faire voyager le langage &#224; travers des noyaux d'intraduisibilit&#233;. P&#233;n&#233;trer dans les vers, qui s'ouvrent comme de l'int&#233;rieur gr&#226;ce au jeu dans lequel les sons syllabiques entrent avec les mots &#171; visibles &#187;, ce serait donc, d'une certaine mani&#232;re, saisir l'intraduisible hi&#233;roglyphe po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La difficult&#233; de traduire l'hi&#233;roglyphe d'une langue &#224; une autre recouvre ainsi une intraduisibilit&#233; plus profonde, intrins&#232;que, dans le langage po&#233;tique en tant que tel. C'est surtout en traitant de la r&#233;ception des po&#232;mes (et moins de leur production) que Diderot touche &#224; cette dimension essentielle du probl&#232;me de la traduction de la repr&#233;sentation. Parce que l'hi&#233;roglyphe, si fin, exerce son pouvoir un niveau presque subconscient (&#171; presque personne s'en aper&#231;oit &#187; (170)), &#171; l'intelligence de l'embl&#232;me po&#233;tique n'est pas donn&#233;e &#224; tout le monde &#187; (169), et souvent les &#171; expressions hi&#233;roglyphiques [&#8230;] [sont] perdues pour les lecteurs ordinaires &#187; (172). Diderot distingue ainsi entre d'une part &#171; l'homme de go&#251;t &#187; (170), qui sait d&#233;chiffrer le jeu hi&#233;roglyphique, et, d'autre part, la plupart des lecteurs qui dans le meilleur des cas s'&#233;crient &#171; que cela est beau ! &#187; (170) sans trop savoir pourquoi. Le plus souvent l'oreille peu &#233;duqu&#233;e et insensible de l'homme &#171; ordinaire &#187; se r&#233;v&#233;lerait cependant par des propos r&#233;probateurs : &#171; Il est constant que celui &#224; qui l'intelligence des propri&#233;t&#233;s hi&#233;roglyphiques des mots n'a pas &#233;t&#233; donn&#233;e, ne saisira souvent dans les &#233;pith&#232;tes que le mat&#233;riel, il sera sujet &#224; les trouver oisives ; il accusera des id&#233;es d'&#234;tre l&#226;ches ou des images d'&#234;tre &#233;loign&#233;es [&#8230;] et il perdra une de ces bagatelles qui r&#232;glent les rangs entre les &#233;crivains excellents. &#187; (178) Le bon sens, non plus, ne suffit pas &#224; saisir les subtilit&#233;s de l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique : &#171; La lecture des po&#232;tes les plus clairs a donc aussi sa difficult&#233; ? oui, sans doute ; et je puis assurer qu'il y a mille fois plus de gens en &#233;tat d'entendre un g&#233;om&#232;tre qu'un po&#232;te, parce qu'il y a mille gens de bon sens contre un homme de go&#251;t, et mille personnes de go&#251;t contre une d'un go&#251;t exquis. &#187; (178) Autant dire que la lecture des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques exige de la culture, de l'&#233;ducation et de l'esprit. Il y faudrait une oreille cultiv&#233;e et une lecture technique, voire savante. L'hi&#233;roglyphe, expression la plus simple du beau naturel, pr&#233;suppose paradoxalement, pour &#234;tre &#171; entendu &#187;, un maximum d'esprit et de techniques culturelles (d'o&#249; le danger de d&#233;cadence). C'est pourquoi, &#224; la limite, &#171; il faut &#234;tre en &#233;tat de le cr&#233;er [l'hi&#233;roglyphe] pour le sentir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le lecteur des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques co&#239;nciderait donc, apr&#232;s tout, avec le po&#232;te lui-m&#234;me. Chez le g&#233;nie po&#233;tique, le talent pour le langage hi&#233;roglyphique est &#171; naturel &#187; : &#171; Ces probl&#232;mes que le g&#233;nie po&#233;tique r&#233;sout sans se les proposer &#187; (170). Si l'hi&#233;roglyphe expose et d&#233;passe &#224; la fois l'intraduisibilit&#233; immanente au langage po&#233;tique, il met par l&#224; m&#234;me en lumi&#232;re une tension consid&#233;rable entre le travail de d&#233;chiffrage exig&#233; de ses lecteurs et la pr&#233;destination naturelle des vrais po&#232;tes, entre &#233;ducation et talent naturel, entre ma&#238;trise et &#233;motion, entre le&#231;on et don&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait voir dans ces oppositions un pr&#233;sage de la fameuse th&#232;se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il &#233;tait &#171; donn&#233; &#187; au g&#233;nie, et il ne n'est pr&#233;cis&#233;ment pas &#224; la plupart des hommes, aussi &#233;duqu&#233;s soient-ils. Pour &#234;tre &#171; entendu &#187; (181) et vu, ou &#171; saisi &#187; (170), il &#171; exigera [&#8230;] ou une imagination ou une sagacit&#233; peu communes &#187; (181).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M&#234;me si ces remarques de Diderot sur les lecteurs des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques ne parviennent pas &#224; se d&#233;faire de certaines connotations &#233;litaires (&#171; l'homme de go&#251;t &#187; etc.), il faudra bien voir que l'exigence de certaines techniques interpr&#233;tatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'interpr&#233;tation des &#339;uvres d'art ne soit pas gratuite, mais exige une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui d'ailleurs font appel autant &#224; la raison (la &#171; sagacit&#233; &#187;) qu'&#224; l'imagination, conduit Diderot &#224; entamer l'autre grande discussion esth&#233;tique de sa &lt;i&gt;Lettre&lt;/i&gt;, celle qui porte sur un &#233;ventuel principe d'unit&#233; dans les arts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous nous appuierons ici sur le texte de la &lt;i&gt;Lettre sur les sourds et muets &#224; l'usage de ceux qui parlent et qui entendent&lt;/i&gt; (1751) tel qu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli et pr&#233;sent&#233; par Jacques Chouillet dans les &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes, DPV IV&lt;/i&gt;, Paris, Hermann, 1978, p. 134-191. Sans autre indication, les chiffres entre parenth&#232;ses renvoient &#224; cette &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Selon J. Chouillet, la connaissance qu'avait Diderot de l'&#233;criture hi&#233;roglyphique &#233;tait aussi restreinte que celle des &#233;gyptologues de l'&#233;poque. M&#234;me si l'on peut supposer, quoique sur des bases peu s&#251;res, qu'une certaine influence soit exerc&#233;e de Vico (&lt;i&gt;La Scienza Nuova&lt;/i&gt;, 1725) &#224; Warburton et &#224; son &lt;i&gt;Essai sur les Hi&#233;roglyphes des &#201;gyptiens&lt;/i&gt;, qui avait &#233;t&#233; traduit en France deux ans avant l'&lt;i&gt;Essai&lt;/i&gt; de Condillac, qui s'en serait inspir&#233; pour son chapitre &#171; &#201;criture &#187;, auquel Diderot &#224; son tour a pu &#234;tre sensible. J. Chouillet a cependant raison d'objecter que cette filiation compliqu&#233;e en soi n'est pas d&#233;cisive ; est, en revanche, d&#233;cisif l'usage tout-&#224;-fait original que Diderot fait de l'hi&#233;roglyphe. &#192; ce sujet, voir &lt;i&gt;La formation des id&#233;es esth&#233;tiques de Diderot&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin, 1973, p. 222-225.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Chouillet confirme que l'hi&#233;roglyphe a exerc&#233; sur Diderot une attraction particuli&#232;re en soulignant que l'occurrence de son synonyme, &#224; savoir &#171; embl&#232;me &#187;, est bien moins fr&#233;quente que le vocabulaire hi&#233;roglyphique (cinq occurrences par opposition aux vingt-quatre occurrences de hi&#233;roglyphe et de ses d&#233;rivations (&lt;i&gt;La formation..., Ibid.&lt;/i&gt;)). Or, par opposition &#224; l'hi&#233;roglyphe l'embl&#232;me fut entour&#233; de significations pr&#233;cises (symbole, morale, etc.) depuis la publication en 1531 par Andrea Alcialis d'&lt;i&gt;Emblematum liber&lt;/i&gt;, ouvrage de r&#233;f&#233;rence dans la derni&#232;re &#233;dition &#233;largie remontait &#224; 1661. Voir James Doolittle, &#171; Hieroglyph and Emblem in Diderot's &lt;i&gt;Lettre sur les Sourds et Muets&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Diderot Studies II&lt;/i&gt;, N.Y., Syracuse, 1952, p. 156. Diderot pr&#233;f&#232;re donc au concept qui fut savamment &#233;tabli celui, impr&#233;cis et flottant, de l'hi&#233;roglyphe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Doolittle avance l'hypoth&#232;se selon laquelle l'embl&#232;me se rapporterait &#224; l'ensemble du po&#232;me, l'hi&#233;roglyphe au niveau des d&#233;tails : &#171; Now the hieroglyph is fragmentary, but the poem is complete [&#8230;] &#171; embl&#233;matique &#187;. [&#8230;] While it is true that he seems to use the two terms synonymously, it is also true in each of its five occurrences of the word &lt;i&gt;embl&#232;me&lt;/i&gt; may be understood to refer to a poem as a whole, whereas &lt;i&gt;hi&#233;roglyphe&lt;/i&gt; mainly denotes a detail within a poem. &#187; &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rappelons que Lessing distinguera, dans le &lt;i&gt;Laocoon&lt;/i&gt; publi&#233; en 1766, entre &#171; nat&#252;rliche Zeichen &#187; (signes conformes &#224; la nature) et &#171; willk&#252;rliche Zeichen &#187; (signes arbitraires ou conventionnels), distinction qui lui permettra pr&#233;cis&#233;ment de penser la diff&#233;rence entre la po&#233;sie et la peinture, dans la mesure o&#249; son esth&#233;tique exige qu'il y ait harmonie entre le caract&#232;re des signes et l'objet repr&#233;sent&#233;. Voir Lessing, &lt;i&gt;Laokoon, oder &#252;ber die Grenzen der Malerei und Poesie&lt;/i&gt;, Francfort, Insel Verlag, 1988, p. 53. On comprendra, du m&#234;me coup, l'affinit&#233; des remarques de Diderot sur l'importance du moment choisi par le peintre avec la pens&#233;e esth&#233;tique de Lessing.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En pla&#231;ant sur le m&#234;me plan l'hi&#233;roglyphe et l'embl&#232;me par rapport &#224; l'ensemble du po&#232;me, le texte semble ici contredire l'hypoth&#232;se de J. Doolittle cit&#233;e pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans la lettre au P&#232;re Berthier, Diderot &#233;largit sa description, puisque l'harmonie est obtenue aussi bien au niveau de chaque mot et de ses syllabes qu'&#224; celui de la p&#233;riode enti&#232;re, deux harmonies qui ensemble rendent possible l'hi&#233;roglyphe : &#171; Il faut la consid&#233;rer [l'harmonie oratoire] dans les mots et dans la p&#233;riode, et que c'est du concours de ces deux harmonies que r&#233;sulte l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique. &#187; (211)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Diderot cite un verre du &lt;i&gt;Lutrin&lt;/i&gt; : &#171; Soupire, &#233;tend les bras, ferme l'&#339;il et s'endort &#187; (169) et se lance aussit&#244;t dans son d&#233;chiffrage hi&#233;roglyphique : &#171; Celui qui s'assure du nombre d'un vers par ses doigts, sentira-t-il combien il est heureux pour un po&#232;te qui a le &lt;i&gt;soupir&lt;/i&gt; &#224; peindre, d'avoir dans sa langue un mot dont la premi&#232;re syllabe est sourde, la seconde tenue, et la derni&#232;re muette. On lit &lt;i&gt;&#233;tend les bras&lt;/i&gt;, mais on ne soup&#231;onne gu&#232;re la longueur et la lassitude des bras d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;es dans ce monosyllabe pluriel ; ces bras &#233;tendus retombent si doucement avec le premier h&#233;mistiche du vers, que presque personne ne s'en aper&#231;oit, non plus du mouvement subit de la paupi&#232;re dans &lt;i&gt;ferme l'&#339;il&lt;/i&gt;, et du passage imperceptible de la veille au sommeil dans la chute du second h&#233;mistiche &lt;i&gt;ferme l'&#339;il et s'endort.&lt;/i&gt; &#187; (170)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir M. Foucault, &lt;i&gt;Ceci n'est pas une pipe&lt;/i&gt;, Paris, Fata Morgana, 1980, texte dans lequel Foucault, commentant la peinture de Magritte, rapporte la simultan&#233;it&#233; du texte de l'image &#224; la calligraphie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pourrait voir dans ces oppositions un pr&#233;sage de la fameuse th&#232;se ult&#233;rieure sur le &lt;i&gt;Paradoxe du com&#233;dien&lt;/i&gt;, dont le sang-froid et les techniques professionnelles sont la condition m&#234;me pour r&#233;ussir en art dramatique. Le m&#233;tier et la ma&#238;trise des sentiments sont n&#233;cessaires &#224; la repr&#233;sentation des sentiments sublimes. Cette polarit&#233; froide/chaude correspondrait d'ailleurs au d&#233;veloppement de la r&#233;flexion dramatique chez Diderot lui-m&#234;me, dans la mesure o&#249; sa p&#233;riode dite path&#233;tique, culminant en 1759, se verra succ&#233;d&#233;e par des vues de plus en plus formalistes que l'on pourra trouver bien plus tard chez Baudelaire lecteur de Poe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Que l'interpr&#233;tation des &#339;uvres d'art ne soit pas gratuite, mais exige une connaissance formelle des techniques artistiques, cela constituera &#233;galement l'un des acquis de la critique d'art ult&#233;rieure de Diderot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une pens&#233;e de l'oreille. L'hi&#233;roglyphe po&#233;tique chez Diderot
</title>
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		<dc:date>2012-01-02T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Elisabeth Sejten
</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce texte est originellement paru dans A. E. Sejten, Diderot ou le d&#233;fi esth&#233;tique. Les &#233;crits de jeunesse 1746-1751, Paris, Vrin, 1999, p. 190-197. Nous remercions chaleureusement Anne Elisabeth Sejten ainsi que les &#201;ditions Vrin de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici. Diderot a h&#226;te d'introduire avec l'hi&#233;roglyphe un signe dont le caract&#232;re d&#233;passe celui du signe proprement linguistique. Nous avons d&#233;j&#224; not&#233; comment, durant le long d&#233;bat sur les inversions, il s'enthousiasmait pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;Po&#233;tique et &#201;tudes litt&#233;raires &#8211; GALERIE &#8211; Nouvel article
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est originellement paru dans A. E. Sejten&lt;/i&gt;, Diderot ou le d&#233;fi esth&#233;tique. Les &#233;crits de jeunesse 1746-1751, &lt;i&gt;Paris, Vrin, 1999, p. 190-197. Nous remercions chaleureusement Anne Elisabeth Sejten ainsi que les &#201;ditions Vrin de nous avoir autoris&#233; &#224; le reproduire ici&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;
Diderot a h&#226;te d'introduire avec l'&lt;i&gt;hi&#233;roglyphe&lt;/i&gt; un signe dont le caract&#232;re d&#233;passe celui du signe proprement linguistique. Nous avons d&#233;j&#224; not&#233; comment, durant le long d&#233;bat sur les inversions, il s'enthousiasmait pour certains mots aptes &#224; produire des significations condens&#233;es, voire &#171; ce que le grec et le latin rendent par &lt;i&gt;un seul mot&lt;/i&gt; &#187;. Car, &#171; ce mot prononc&#233;, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; est dit, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; est entendu &#187; (162, nous soulignons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous appuierons ici sur le texte de la Lettre sur les sourds et muets &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Et il donnait l'exemple d'&lt;i&gt;&#171; esurio &#187;&lt;/i&gt; pour d&#233;montrer que l'homme latin &#171; croyait ne rendre qu'une seule id&#233;e &#187; (158). C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; la recherche de &#171; ces termes qui &#233;quivalent &#224; un long discours &#187; (158) que Diderot avec l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique parvient enfin &#224; &#233;chapper au pi&#232;ge des r&#232;gles dispensatrices qui pr&#233;supposent un usage &#171; correct &#187; du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Conform&#233;ment &#224; son &#233;tymologie grecque, l'hi&#233;roglyphe veut dire inscription sacr&#233;e, d'o&#249; l'id&#233;e d'une certaine affinit&#233;, divine ou mystique, qu'il &#233;tablit entre image et signification. C'est probablement dans ce sens, vague et suggestif, du terme que Diderot l'emploi, et non pas pour des raisons scientifiques pr&#233;cises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon J. Chouillet, la connaissance qu'avait Diderot de l'&#233;criture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est l'aura de l'hi&#233;roglyphe qui le fascine, non pas l'entit&#233; empirique sujette aux tentatives de d&#233;chiffrage des &#233;gyptologues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Chouillet confirme que l'hi&#233;roglyphe a exerc&#233; sur Diderot une attraction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est que l'hi&#233;roglyphe, de fa&#231;on exemplaire, satisfait aux exigences pos&#233;es par la simultan&#233;it&#233; de l'expression po&#233;tique. M&#234;me lorsqu'il exprime plusieurs choses, il le fait d'un seul coup et se situe ainsi au niveau de &#171; l'&#233;tat de l'&#226;me dans un m&#234;me instant &#187; (162), cet &#233;tat affectif que les inversions m&#233;connaissaient &#224; grand tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La r&#233;flexion sur l'&#226;me trouve ainsi son prolongement esth&#233;tique naturel dans l'hi&#233;roglyphe. Car on n'acc&#232;de pas &#224; &#171; ces expressions hi&#233;roglyphiques &#187;, au moyen de la &#171; connaissance &#187; proprement dite, mais &#171; plut&#244;t &#187; du &#171; sentiment vif &#187; (172). L'hi&#233;roglyphe, en effet, serait ce qui, du c&#244;t&#233; de l'art et de l'expression artistique, parlerait directement au sentiment et &#224; l'&#226;me. C'est qu'il est compos&#233;, non pas de signes linguistiques, mais d'images, ou plus pr&#233;cis&#233;ment de &#171; termes &#233;nergiques &#187; (169), &#233;nergie qui rend possible une signification &lt;i&gt;dynamique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;synth&#233;tique&lt;/i&gt;. Risquant encore une all&#233;gorie, Diderot compare justement la po&#233;sie avec &#171; un tissu d'hi&#233;roglyphes entass&#233;s les uns sur les autres &#187; (169). Le mot po&#233;tique n'est pas un mot comme les autres, la phrase po&#233;tique n'est pas une phrase comme les autres, dans la mesure o&#249; la po&#233;sie d&#233;fait l'ordre syntactique pour que naisse un ensemble vivant dans lequel les mots dansent, empi&#233;tant les uns sur les autres, formant un seul accord, une seule expression, un seul sentiment ou &#233;tat d'&#226;me. Voil&#224; pourquoi Diderot peut affirmer que &#171; toute po&#233;sie est embl&#233;matique &#187; (169)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Doolittle avance l'hypoth&#232;se selon laquelle l'embl&#232;me se rapporterait &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est &#233;galement au moyen de l'hi&#233;roglyphe que la parole po&#233;tique s'ouvre au passage impersonnel d'un &#233;trange &lt;i&gt;esprit&lt;/i&gt; qui la met en mouvement : &#171; Il passe alors dans le discours du po&#232;te un esprit qui en meut et vivifie toutes les syllabes. &#187; (169) Le caract&#232;re singulier des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques provient donc de l'affinit&#233; avec laquelle le discours po&#233;tique se loge en la &lt;i&gt;mat&#233;rialit&#233;&lt;/i&gt; m&#234;me de l'expression linguistique (&#171; les syllabes &#187;). Il ne s'agit pas de signes arbitraires, dont la signification passerait par le code et la convention, la signification po&#233;tique &#233;tant ins&#233;parable des mots employ&#233;s qui, par cons&#233;quent, cessent d'&#234;tre des signes vides&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que Lessing distinguera, dans le Laocoon publi&#233; en 1766, entre &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le po&#232;me na&#238;t de fa&#231;on organique des syllabes investies dans une force spirituelle insondable, esprit qui les vitalise tout en y trouvant sa propre source d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Concept assez complexe, l'hi&#233;roglyphe agit donc &#224; plusieurs niveaux. D'une part, il d&#233;signe un sens totalisant, &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; ou plut&#244;t, puisqu'il est mat&#233;riel, la figure qui d'un seul coup visualise et fixe le sens ou le sentiment d'un ensemble textuel. C'est cette fonction totalisante qui se manifeste dans l'id&#233;e de &#171; l'embl&#232;me &#187; qui renvoie &#224; &#171; l'hi&#233;roglyphe subtil qui r&#232;gne dans une description enti&#232;re &#187; (171)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En pla&#231;ant sur le m&#234;me plan l'hi&#233;roglyphe et l'embl&#232;me par rapport &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, la formation m&#234;me de cet embl&#232;me est rendue techniquement possible au niveau des syllabes en elles-m&#234;mes insignifiantes, &#233;tant donn&#233; que l'hi&#233;roglyphe &#171; d&#233;pend de la distribution des longues et des br&#232;ves dans les langues &#224; quantit&#233; marqu&#233;e, et de la distribution des voyelles entre les consonnes dans les mots de toute langue &#187; (171)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la lettre au P&#232;re Berthier, Diderot &#233;largit sa description, puisque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rien d'&#233;tonnant, par cons&#233;quent, si la construction du concept de l'hi&#233;roglyphe s'op&#232;re surtout au niveau du d&#233;tail, presque technique, que repr&#233;sentent les syllabes. Tous les exemples que donnent Diderot de l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique confirment cette subtilit&#233; des syllabes en po&#233;sie. Chaque syllabe renferme une image sonore qui condense une signification enti&#232;re, tel un vers de Boileau, dans lequel les syllabes pour ainsi dire miment l'expression indivisible : les images musicales font par exemple que le second h&#233;mistiche effectue une &#171; chute &#187;, &#233;voquant ainsi le passage de l'&#233;tat de veille au sommeil que veut exprimer Boileau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diderot cite un verre du Lutrin : &#171; Soupire, &#233;tend les bras, ferme l'&#339;il et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que les images qui &#233;manent des vers d&#233;passent la litt&#233;ralit&#233; (&#171; toutes ces images sont enferm&#233;es dans les quatre vers de Virgile &#187; (172)), le po&#232;me s'est transform&#233; en tissu d'hi&#233;roglyphes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aussi mat&#233;riel qu'immat&#233;riel, l'hi&#233;roglyphe semble n'&#234;tre rien d'autre que &lt;i&gt;le lien&lt;/i&gt; qui unit le visuel au spirituel, les images sonores aux id&#233;es : &#171; le lien subtil qui les resserre [les id&#233;es [&#8230;] images] &#187; (178). Il co&#239;ncide avec le rythme syllabique, mais, comme Diderot le pr&#233;cisera dans la &lt;i&gt;Lettre &#224; M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;lle&lt;/sup&gt;&#8230;&lt;/i&gt;, la musique &#171; n'a de ressources que dans les intervalles et la dur&#233;e des sons &#187; (207), donc, au fond, renvoy&#233;e au &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt; des intervalles qui s&#233;parent les sons. Autrement dit, le &lt;i&gt;lien subtil&lt;/i&gt; de l'hi&#233;roglyphe est d'une nature plut&#244;t a&#233;rienne, dispositif immat&#233;riel que sugg&#232;rent sans r&#233;serve les adjectifs avec lesquels Diderot colore son concept d'hi&#233;roglyphe en parlant tant&#244;t d' &#171; embl&#232;mes fugitifs &#187; (182), tant&#244;t d' &#171; hi&#233;roglyphe [&#8230;] si l&#233;ger et si fugitif &#187; (207). L'hi&#233;roglyphe po&#233;tique relie les syllabes de sorte qu'apparaisse un ensemble de sonorit&#233;s et d'images qui, tout en vibrant avec l'id&#233;e du po&#232;te, exprime celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; Les hi&#233;roglyphes analys&#233;s par Diderot baignent ainsi tous dans les syllabes, dans la dur&#233;e, l'accent est le timbre du vocabulaire du po&#232;me. En ce sens, on pourrait les appeler des calligraphies musicales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir M. Foucault, Ceci n'est pas une pipe, Paris, Fata Morgana, 1980, texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'ils sont ins&#233;parables de leur propre existence mat&#233;rielle, de tous ces &#233;l&#233;ments textuels et sonores qui en soi ne veulent rien dire, mais qui, musicalement, imitent un parcours, une synth&#232;se, bref, l'av&#232;nement d'une image &#224; son id&#233;e, et inversement, de l'id&#233;e &#224; son image. C'est pourquoi la pr&#233;sentation de l'hi&#233;roglyphe que nous propose Diderot prend essentiellement la forme d'un commentaire sur les &lt;i&gt;traductions&lt;/i&gt; po&#233;tiques. Car en passant d'une langue &#224; une autre, l'hi&#233;roglyphe se monte &#224; peu pr&#232;s &lt;i&gt;intraduisible&lt;/i&gt;. Diderot simule la na&#239;vet&#233; pour la d&#233;noncer aussit&#244;t : &#171; Je croyais avec tout le monde, qu'un po&#232;te pouvait &#234;tre traduit par un autre : c'est une erreur, et me voil&#224; d&#233;sabus&#233;. On rendra la pens&#233;e, on aura peut-&#234;tre le bonheur de trouver l'&#233;quivalent d'une expression &#187; (170 - 171). En traduisant des po&#232;mes, il ne suffit pas de proc&#233;der &#224; un mot &#224; mot. Si le contenu po&#233;tique (&#171; penser &#187;) peut &#234;tre traduit, il est beaucoup plus difficile de trouver l'&#171; expression &#187; juste. Pour y parvenir, il y faudrait du &#171; bonheur &#187;, et cela m&#234;me pour les po&#232;tes les plus grands, tel Virgile dont la &#171; semi &#187;-traduction d'un vers de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; re&#231;oit ce jugement mod&#233;r&#233; : &#171; C'est quelque chose, mais ce n'est pas tout &#187; (171).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le probl&#232;me de la traduction, crucial pour les textes po&#233;tiques, met l'accent sur le probl&#232;me de la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; en art. Parce que l'hi&#233;roglyphe &#233;mane d'un tissu de sons et d'images, en m&#234;me temps qu'il agit &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci, il est fort difficile de le recr&#233;er dans une autre langue. Les mots &#233;quivalents seraient porteurs d'une musicalit&#233; autre, d'autres images qui feraient perdre l'hi&#233;roglyphe, et on aurait &#171; l'embl&#232;me d&#233;li&#233; &#187; (171), un hi&#233;roglyphe arrach&#233; &#224; sa texture et &#224; sa force : &#171; l'hi&#233;roglyphe subtil qui r&#232;gne dans une description enti&#232;re [&#8230;] dispara&#238;t n&#233;cessairement dans la meilleure traduction &#187; (171). Et Diderot prend pour t&#233;moin le po&#232;te lui-m&#234;me pour insister davantage sur cet obstacle que repr&#233;sente la &#171; contextualit&#233; &#187; originaire : &#171; C'est l&#224; ce qui faisait dire &#224; Virgile, qu'il &#233;tait aussi difficile d'enlever un vers &#224; Hom&#232;re que d'arracher un clou &#224; la massue d'Hercule. Plus un po&#232;te est charg&#233; de ces hi&#233;roglyphes, plus il est difficile &#224; rendre &#187; (172). Plus les liens internes, qui font l'armature dynamique de l'hi&#233;roglyphe, sont forts, profonds et &#171; immat&#233;riellement mat&#233;riels &#187;, plus il est difficile de traduire la po&#233;sie dont il est la forme cr&#233;atrice. Un vers du po&#232;me &#233;pique d'Hom&#232;re, un clou de la massue d'Hercule, l'atome d'une mol&#233;cule, la maille d'un tricot, quelle que soit l'image qu'on choisisse, l'intraduisibilit&#233; r&#233;sulte de la structure subtile &lt;i&gt;liante&lt;/i&gt; de l'hi&#233;roglyphe, de la capacit&#233; avec laquelle il mime, soutient et &#233;voque le contenu, la pens&#233;e ou l'id&#233;e d'un po&#232;me &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; le langage. Inversement, c'est cette r&#233;sistance de l'hi&#233;roglyphe qui assure &#224; l'&#339;uvre d'art son caract&#232;re unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi Diderot commente-t-il plusieurs traductions po&#233;tiques, plus ou moins heureuses. La traduction est tant&#244;t en-de&#231;&#224; de l'original grec, tant&#244;t surcharg&#233;e, comme dans le cas de Racine traduisant l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; : &#171; Il y a plus de sublime dans ces deux vers d'Hom&#232;re, que dans toute la pompeuse d&#233;claration de Racine. &#187; (80) Que ce soit Longin, Boileau ou La Motte qui tente une traduction de la sc&#232;ne d'Ajax de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, aucun d'eux ne trouve l'expression juste : &#171; Quelque g&#233;nie qu'on ait, on ne dit pas mieux qu'Hom&#232;re quand il dit bien. &#187; (176) D'o&#249; le conseil que donne Diderot aux traducteurs : &#171; &lt;i&gt;Entendons-le&lt;/i&gt; du moins avant que de tenter d'ench&#233;rir sur lui. Mais il est tellement charg&#233; de ces hi&#233;roglyphes po&#233;tiques [&#8230;] que ce n'est pas &#224; la dixi&#232;me lecture qu'on peut se flatter d'y avoir tout &lt;i&gt;vu&lt;/i&gt; &#187; (176, nous soulignons). Qu'un po&#232;me, &#233;pique ou non, soit hi&#233;roglyphique ne veut donc pas dire qu'il soit path&#233;tique ou lourd, mais qu'il manifeste une tension entre &lt;i&gt;entendre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;. Il faudrait entendre le po&#232;me hi&#233;roglyphique au sens double d' &#171; entendre &#187; : &#233;couter et comprendre. Pr&#234;ter une oreille aux images sonores est la condition pour saisir l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique, car c'est alors que l'on s'apercevrait du fait que le langage s'est transform&#233; en images, en pr&#233;sence et en simultan&#233;it&#233;, en mati&#232;re sensible, cat&#233;gories qui toutes rel&#232;vent de la vue. L'immanence sensorielle de l'expression hi&#233;roglyphique parvient &#224; faire voyager le langage &#224; travers des noyaux d'intraduisibilit&#233;. P&#233;n&#233;trer dans les vers, qui s'ouvrent comme de l'int&#233;rieur gr&#226;ce au jeu dans lequel les sons syllabiques entrent avec les mots &#171; visibles &#187;, ce serait donc, d'une certaine mani&#232;re, saisir l'intraduisible hi&#233;roglyphe po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La difficult&#233; de traduire l'hi&#233;roglyphe d'une langue &#224; une autre recouvre ainsi une intraduisibilit&#233; plus profonde, intrins&#232;que, dans le langage po&#233;tique en tant que tel. C'est surtout en traitant de la r&#233;ception des po&#232;mes (et moins de leur production) que Diderot touche &#224; cette dimension essentielle du probl&#232;me de la traduction de la repr&#233;sentation. Parce que l'hi&#233;roglyphe, si fin, exerce son pouvoir un niveau presque subconscient (&#171; presque personne s'en aper&#231;oit &#187; (170)), &#171; l'intelligence de l'embl&#232;me po&#233;tique n'est pas donn&#233;e &#224; tout le monde &#187; (169), et souvent les &#171; expressions hi&#233;roglyphiques [&#8230;] [sont] perdues pour les lecteurs ordinaires &#187; (172). Diderot distingue ainsi entre d'une part &#171; l'homme de go&#251;t &#187; (170), qui sait d&#233;chiffrer le jeu hi&#233;roglyphique, et, d'autre part, la plupart des lecteurs qui dans le meilleur des cas s'&#233;crient &#171; que cela est beau ! &#187; (170) sans trop savoir pourquoi. Le plus souvent l'oreille peu &#233;duqu&#233;e et insensible de l'homme &#171; ordinaire &#187; se r&#233;v&#233;lerait cependant par des propos r&#233;probateurs : &#171; Il est constant que celui &#224; qui l'intelligence des propri&#233;t&#233;s hi&#233;roglyphiques des mots n'a pas &#233;t&#233; donn&#233;e, ne saisira souvent dans les &#233;pith&#232;tes que le mat&#233;riel, il sera sujet &#224; les trouver oisives ; il accusera des id&#233;es d'&#234;tre l&#226;ches ou des images d'&#234;tre &#233;loign&#233;es [&#8230;] et il perdra une de ces bagatelles qui r&#232;glent les rangs entre les &#233;crivains excellents. &#187; (178) Le bon sens, non plus, ne suffit pas &#224; saisir les subtilit&#233;s de l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique : &#171; La lecture des po&#232;tes les plus clairs a donc aussi sa difficult&#233; ? oui, sans doute ; et je puis assurer qu'il y a mille fois plus de gens en &#233;tat d'entendre un g&#233;om&#232;tre qu'un po&#232;te, parce qu'il y a mille gens de bon sens contre un homme de go&#251;t, et mille personnes de go&#251;t contre une d'un go&#251;t exquis. &#187; (178) Autant dire que la lecture des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques exige de la culture, de l'&#233;ducation et de l'esprit. Il y faudrait une oreille cultiv&#233;e et une lecture technique, voire savante. L'hi&#233;roglyphe, expression la plus simple du beau naturel, pr&#233;suppose paradoxalement, pour &#234;tre &#171; entendu &#187;, un maximum d'esprit et de techniques culturelles (d'o&#249; le danger de d&#233;cadence). C'est pourquoi, &#224; la limite, &#171; il faut &#234;tre en &#233;tat de le cr&#233;er [l'hi&#233;roglyphe] pour le sentir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le lecteur des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques co&#239;nciderait donc, apr&#232;s tout, avec le po&#232;te lui-m&#234;me. Chez le g&#233;nie po&#233;tique, le talent pour le langage hi&#233;roglyphique est &#171; naturel &#187; : &#171; Ces probl&#232;mes que le g&#233;nie po&#233;tique r&#233;sout sans se les proposer &#187; (170). Si l'hi&#233;roglyphe expose et d&#233;passe &#224; la fois l'intraduisibilit&#233; immanente au langage po&#233;tique, il met par l&#224; m&#234;me en lumi&#232;re une tension consid&#233;rable entre le travail de d&#233;chiffrage exig&#233; de ses lecteurs et la pr&#233;destination naturelle des vrais po&#232;tes, entre &#233;ducation et talent naturel, entre ma&#238;trise et &#233;motion, entre le&#231;on et don&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait voir dans ces oppositions un pr&#233;sage de la fameuse th&#232;se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il &#233;tait &#171; donn&#233; &#187; au g&#233;nie, et il ne n'est pr&#233;cis&#233;ment pas &#224; la plupart des hommes, aussi &#233;duqu&#233;s soient-ils. Pour &#234;tre &#171; entendu &#187; (181) et vu, ou &#171; saisi &#187; (170), il &#171; exigera [&#8230;] ou une imagination ou une sagacit&#233; peu communes &#187; (181).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
M&#234;me si ces remarques de Diderot sur les lecteurs des hi&#233;roglyphes po&#233;tiques ne parviennent pas &#224; se d&#233;faire de certaines connotations &#233;litaires (&#171; l'homme de go&#251;t &#187; etc.), il faudra bien voir que l'exigence de certaines techniques interpr&#233;tatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'interpr&#233;tation des &#339;uvres d'art ne soit pas gratuite, mais exige une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui d'ailleurs font appel autant &#224; la raison (la &#171; sagacit&#233; &#187;) qu'&#224; l'imagination, conduit Diderot &#224; entamer l'autre grande discussion esth&#233;tique de sa &lt;i&gt;Lettre&lt;/i&gt;, celle qui porte sur un &#233;ventuel principe d'unit&#233; dans les arts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Nous nous appuierons ici sur le texte de la &lt;i&gt;Lettre sur les sourds et muets &#224; l'usage de ceux qui parlent et qui entendent&lt;/i&gt; (1751) tel qu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli et pr&#233;sent&#233; par Jacques Chouillet dans les &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes, DPV IV&lt;/i&gt;, Paris, Hermann, 1978, p. 134-191. Sans autre indication, les chiffres entre parenth&#232;ses renvoient &#224; cette &#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Selon J. Chouillet, la connaissance qu'avait Diderot de l'&#233;criture hi&#233;roglyphique &#233;tait aussi restreinte que celle des &#233;gyptologues de l'&#233;poque. M&#234;me si l'on peut supposer, quoique sur des bases peu s&#251;res, qu'une certaine influence soit exerc&#233;e de Vico (&lt;i&gt;La Scienza Nuova&lt;/i&gt;, 1725) &#224; Warburton et &#224; son &lt;i&gt;Essai sur les Hi&#233;roglyphes des &#201;gyptiens&lt;/i&gt;, qui avait &#233;t&#233; traduit en France deux ans avant l'&lt;i&gt;Essai&lt;/i&gt; de Condillac, qui s'en serait inspir&#233; pour son chapitre &#171; &#201;criture &#187;, auquel Diderot &#224; son tour a pu &#234;tre sensible. J. Chouillet a cependant raison d'objecter que cette filiation compliqu&#233;e en soi n'est pas d&#233;cisive ; est, en revanche, d&#233;cisif l'usage tout-&#224;-fait original que Diderot fait de l'hi&#233;roglyphe. &#192; ce sujet, voir &lt;i&gt;La formation des id&#233;es esth&#233;tiques de Diderot&lt;/i&gt;, Paris, Armand Colin, 1973, p. 222-225.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Chouillet confirme que l'hi&#233;roglyphe a exerc&#233; sur Diderot une attraction particuli&#232;re en soulignant que l'occurrence de son synonyme, &#224; savoir &#171; embl&#232;me &#187;, est bien moins fr&#233;quente que le vocabulaire hi&#233;roglyphique (cinq occurrences par opposition aux vingt-quatre occurrences de hi&#233;roglyphe et de ses d&#233;rivations (&lt;i&gt;La formation..., Ibid.&lt;/i&gt;)). Or, par opposition &#224; l'hi&#233;roglyphe l'embl&#232;me fut entour&#233; de significations pr&#233;cises (symbole, morale, etc.) depuis la publication en 1531 par Andrea Alcialis d'&lt;i&gt;Emblematum liber&lt;/i&gt;, ouvrage de r&#233;f&#233;rence dans la derni&#232;re &#233;dition &#233;largie remontait &#224; 1661. Voir James Doolittle, &#171; Hieroglyph and Emblem in Diderot's &lt;i&gt;Lettre sur les Sourds et Muets&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Diderot Studies II&lt;/i&gt;, N.Y., Syracuse, 1952, p. 156. Diderot pr&#233;f&#232;re donc au concept qui fut savamment &#233;tabli celui, impr&#233;cis et flottant, de l'hi&#233;roglyphe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J. Doolittle avance l'hypoth&#232;se selon laquelle l'embl&#232;me se rapporterait &#224; l'ensemble du po&#232;me, l'hi&#233;roglyphe au niveau des d&#233;tails : &#171; Now the hieroglyph is fragmentary, but the poem is complete [&#8230;] &#171; embl&#233;matique &#187;. [&#8230;] While it is true that he seems to use the two terms synonymously, it is also true in each of its five occurrences of the word &lt;i&gt;embl&#232;me&lt;/i&gt; may be understood to refer to a poem as a whole, whereas &lt;i&gt;hi&#233;roglyphe&lt;/i&gt; mainly denotes a detail within a poem. &#187; &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Rappelons que Lessing distinguera, dans le &lt;i&gt;Laocoon&lt;/i&gt; publi&#233; en 1766, entre &#171; nat&#252;rliche Zeichen &#187; (signes conformes &#224; la nature) et &#171; willk&#252;rliche Zeichen &#187; (signes arbitraires ou conventionnels), distinction qui lui permettra pr&#233;cis&#233;ment de penser la diff&#233;rence entre la po&#233;sie et la peinture, dans la mesure o&#249; son esth&#233;tique exige qu'il y ait harmonie entre le caract&#232;re des signes et l'objet repr&#233;sent&#233;. Voir Lessing, &lt;i&gt;Laokoon, oder &#252;ber die Grenzen der Malerei und Poesie&lt;/i&gt;, Francfort, Insel Verlag, 1988, p. 53. On comprendra, du m&#234;me coup, l'affinit&#233; des remarques de Diderot sur l'importance du moment choisi par le peintre avec la pens&#233;e esth&#233;tique de Lessing.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;En pla&#231;ant sur le m&#234;me plan l'hi&#233;roglyphe et l'embl&#232;me par rapport &#224; l'ensemble du po&#232;me, le texte semble ici contredire l'hypoth&#232;se de J. Doolittle cit&#233;e pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Dans la lettre au P&#232;re Berthier, Diderot &#233;largit sa description, puisque l'harmonie est obtenue aussi bien au niveau de chaque mot et de ses syllabes qu'&#224; celui de la p&#233;riode enti&#232;re, deux harmonies qui ensemble rendent possible l'hi&#233;roglyphe : &#171; Il faut la consid&#233;rer [l'harmonie oratoire] dans les mots et dans la p&#233;riode, et que c'est du concours de ces deux harmonies que r&#233;sulte l'hi&#233;roglyphe po&#233;tique. &#187; (211)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Diderot cite un verre du &lt;i&gt;Lutrin&lt;/i&gt; : &#171; Soupire, &#233;tend les bras, ferme l'&#339;il et s'endort &#187; (169) et se lance aussit&#244;t dans son d&#233;chiffrage hi&#233;roglyphique : &#171; Celui qui s'assure du nombre d'un vers par ses doigts, sentira-t-il combien il est heureux pour un po&#232;te qui a le &lt;i&gt;soupir&lt;/i&gt; &#224; peindre, d'avoir dans sa langue un mot dont la premi&#232;re syllabe est sourde, la seconde tenue, et la derni&#232;re muette. On lit &lt;i&gt;&#233;tend les bras&lt;/i&gt;, mais on ne soup&#231;onne gu&#232;re la longueur et la lassitude des bras d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;es dans ce monosyllabe pluriel ; ces bras &#233;tendus retombent si doucement avec le premier h&#233;mistiche du vers, que presque personne ne s'en aper&#231;oit, non plus du mouvement subit de la paupi&#232;re dans &lt;i&gt;ferme l'&#339;il&lt;/i&gt;, et du passage imperceptible de la veille au sommeil dans la chute du second h&#233;mistiche &lt;i&gt;ferme l'&#339;il et s'endort.&lt;/i&gt; &#187; (170)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir M. Foucault, &lt;i&gt;Ceci n'est pas une pipe&lt;/i&gt;, Paris, Fata Morgana, 1980, texte dans lequel Foucault, commentant la peinture de Magritte, rapporte la simultan&#233;it&#233; du texte de l'image &#224; la calligraphie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pourrait voir dans ces oppositions un pr&#233;sage de la fameuse th&#232;se ult&#233;rieure sur le &lt;i&gt;Paradoxe du com&#233;dien&lt;/i&gt;, dont le sang-froid et les techniques professionnelles sont la condition m&#234;me pour r&#233;ussir en art dramatique. Le m&#233;tier et la ma&#238;trise des sentiments sont n&#233;cessaires &#224; la repr&#233;sentation des sentiments sublimes. Cette polarit&#233; froide/chaude correspondrait d'ailleurs au d&#233;veloppement de la r&#233;flexion dramatique chez Diderot lui-m&#234;me, dans la mesure o&#249; sa p&#233;riode dite path&#233;tique, culminant en 1759, se verra succ&#233;d&#233;e par des vues de plus en plus formalistes que l'on pourra trouver bien plus tard chez Baudelaire lecteur de Poe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Que l'interpr&#233;tation des &#339;uvres d'art ne soit pas gratuite, mais exige une connaissance formelle des techniques artistiques, cela constituera &#233;galement l'un des acquis de la critique d'art ult&#233;rieure de Diderot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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