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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>En r&#233;ponse &#224; la note critique de Thibault Tranchant : &#171; M&#233;thode et Universalit&#233; chez Castoriadis &#187;
</title>
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		<dc:date>2026-04-26T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sophie Klimis
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		<description>
&lt;p&gt;Dans un monde o&#249; la pol&#233;mique &#224; coups de tweet semble avoir impos&#233; son format, m&#234;me dans les milieux acad&#233;miques, il devient rare que le cadre du compte-rendu soit l'occasion d'une r&#233;elle r&#233;flexion critique de fond. Il est encore plus rare qu'une revue accorde la possibilit&#233; &#224; l'auteur du livre recens&#233; de r&#233;pondre en d&#233;tail &#224; son lecteur. C'est pourquoi je voudrais commencer par vivement remercier Thibault Tranchant ainsi que les Cahiers Soci&#233;t&#233;s pour la possibilit&#233; qu'ils m'offrent d'entrer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un monde o&#249; la pol&#233;mique &#224; coups de tweet semble avoir impos&#233; son format, m&#234;me dans les milieux acad&#233;miques, il devient rare que le cadre du compte-rendu soit l'occasion d'une r&#233;elle r&#233;flexion critique de fond. Il est encore plus rare qu'une revue accorde la possibilit&#233; &#224; l'auteur du livre recens&#233; de r&#233;pondre en d&#233;tail &#224; son lecteur. C'est pourquoi je voudrais commencer par vivement remercier Thibault Tranchant ainsi que les &lt;i&gt;Cahiers Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; pour la possibilit&#233; qu'ils m'offrent d'entrer publiquement en dialogue au sujet de mon livre, et ainsi d'en prolonger le geste fondateur : celui de mettre le penser en travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'ai choisi cette expression comme titre g&#233;n&#233;ral d'un projet &#233;ditorial li&#233; &#224; Cornelius Castoriadis pour diverses raisons. D&#232;s la premi&#232;re lecture, j'avais &#233;t&#233; frapp&#233;e par le caract&#232;re ma&#239;eutique des textes de Castoriadis, par leur capacit&#233; &#224; entrer en dialogue avec leurs lecteurs, &#224; f&#233;conder les esprits et &#224; les &#171; faire accoucher &#187; d'une pens&#233;e propre, mais qui, pourtant, s'actualise aussi en partie &#224; partir d'un dynamisme impuls&#233; par eux. Ces textes sont par ailleurs eux-m&#234;mes travaill&#233;s par de multiples sources de pens&#233;e, parfois explicites, parfois implicites. Il en r&#233;sulte une pens&#233;e polyphonique et d&#232;s lors &#233;minemment &lt;i&gt;vivante&lt;/i&gt;, qui incarne la d&#233;finition platonicienne de la pens&#233;e : celle d'&#234;tre un &#171; dialogue de l'&#226;me avec elle-m&#234;me. &#187; On peut donc appliquer au texte de Castoriadis ce que ce dernier disait du dialogue platonicien, &#171; qu'il nous fait voir la pens&#233;e au travail [&#8230;] c'est comme s'il nous disait : voil&#224; comment on pense&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, Sur le Politique de Platon, Paris, Seuil, 1999, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Castoriadis nous aide ainsi &#224; comprendre r&#233;trospectivement le r&#244;le structurel du dialogisme platonicien. La forme dialogue permet &#224; Platon de rendre visible le processus de la pens&#233;e en le mettant en sc&#232;ne &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; l'interaction de divers personnages. Et, en parall&#232;le, les dialogues platoniciens sont une invitation permanente, adress&#233;e &#224; leurs lecteurs, &#224; se r&#233;approprier ce dispositif dialogique en le red&#233;ployant sur leur propre sc&#232;ne psychique. Les dialogues platoniciens apprennent donc &#224; penser, plus pr&#233;cis&#233;ment, ils &lt;i&gt;forment&lt;/i&gt; leurs lecteurs &#224; l'activit&#233; de penser. En ce sens, je consid&#232;re que tout le &lt;i&gt;corpus&lt;/i&gt; castoriadien prolonge et r&#233;&#233;labore cette vis&#233;e formatrice h&#233;rit&#233;e de Platon, ce dont t&#233;moigne l'importance que Castoriadis accordait &#224; la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt;, qu'il consid&#233;rait comme une activit&#233; practico-poi&#233;tique &#224; part enti&#232;re, une activit&#233; transformatrice de soi et du monde, au m&#234;me titre que la cure analytique et l'action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
T. Tranchant a bien per&#231;u que mon projet en trois temps (&lt;i&gt;Polis&lt;/i&gt; &#233;tant le premier tome d'une trilogie) faisait le pari de r&#233;activer ce geste th&#233;orico-practico-poi&#233;tique de &lt;i&gt;formation&lt;/i&gt;. Il ne s'agit donc pas d'un travail d'ex&#233;g&#232;se classique &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; &#171; l'&#339;uvre &#187; de Castoriadis. Mon propos n'est pas de pr&#233;senter et de discuter ses principaux concepts, ni d'exhumer ses sources d'inspiration implicites, pas plus que de reconstituer les dialogues et les pol&#233;miques qui ont jalonn&#233; son parcours. Ces diff&#233;rents objectifs sont bien &#233;videmment tout-&#224;-fait pertinents et honorables, mais ce ne sont pas les miens. Ma vis&#233;e est plut&#244;t de donner &#224; voir &lt;i&gt;comment&lt;/i&gt; Castoriadis h&#233;rite de certaines dynamiques de pens&#233;e tout en les transformant, en rejouant moi-m&#234;me ce processus et en esp&#233;rant le prolonger chez mes lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D&#232;s lors, je peux ici d'embl&#233;e commencer &#224; r&#233;pondre &#224; la principale critique que m'adresse T. Tranchant &#224; la fin de sa recension, celle de n'avoir pas suffisamment th&#233;matis&#233; le maintien d'un certain universalisme politique chez Castoriadis, malgr&#233; sa critique certaine de l'universel dans les domaines du jugement et de la connaissance. Cette critique est justifi&#233;e, pour autant qu'on la situe uniquement sur le plan de ce que mon livre &#171; dit. &#187; Il est ind&#233;niable que Castoriadis a toujours fait du projet d'autonomie (aussi bien au niveau individuel que collectif) la vis&#233;e pratique de l'ensemble de sa d&#233;marche. Je n'ai visiblement pas suffisamment insist&#233; dans mon livre sur ce point axial. C'est pourquoi, il me semble important de reprendre aux tenants de l'analyse des discours leur &#233;clairante distinction entre ce qu'un texte &#171; dit &#187; et ce qu'un texte &#171; fait &#187;, pour montrer que c'est au niveau de ce &#171; faire &#187; que j'ai tent&#233; de situer dans mon propre texte l'exigence castoriadienne d'universalisme politique, en la r&#233;&#233;laborant sur un plan th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Je m'explique. Si l'on m'a bien suivie jusqu'ici, on aura compris que mon ambition, en montrant le penser en travail de Castoriadis, est de mettre en travail le penser de mes lecteurs. Or, si ce processus r&#233;ussit, il constitue &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; une contribution &#224; leur formation &#224; l'autonomie. En effet, qu'est-ce qu'&#234;tre autonome selon Castoriadis ? C'est, en se basant sur certaines de ses formulations les plus parlantes : se comprendre pour se transformer, ou encore, &#234;tre capable de mettre en question l'institution h&#233;rit&#233;e, sans que rien de ce qui est institu&#233; n'&#233;chappe &#224; la possibilit&#233; de cette mise en question. D&#232;s lors, on aura compris qu'il &#233;tait n&#233;cessaire pour moi de montrer l'impossibilit&#233; structurelle de r&#233;ifier en doctrine la pens&#233;e de Castoriadis, dont le caract&#232;re d'&#339;uvre ouverte d&#233;fie toute tentative de syst&#233;matisation. Ceci, parce que la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me dont il s'agit de rendre raison (&lt;i&gt;logon didonai&lt;/i&gt;) se caract&#233;rise par une ouverture structurelle &#224; l'&#233;mergence de la nouveaut&#233;, en droit impr&#233;visible. Selon Castoriadis, &lt;i&gt;l'&#234;tre est en effet cr&#233;ation&lt;/i&gt;. C'est pourquoi T. Tranchant vise juste, encore une fois, lorsqu'il interpr&#232;te ma reprise de la structure labyrinthique du propos de Castoriadis comme &#233;tant li&#233;e &#224; &#171; la perspective postm&#233;taphysique selon laquelle les mots et les choses n'ont ni &#8220;centre&#8221; ni &lt;i&gt;arkh&#232;&lt;/i&gt;. &#187; C'est donc pour rendre compte du fait que &#171; la totalit&#233; de notre exp&#233;rience n'a pas de &#8220;centre&#8221; &#187; que le penseur doit s'assumer comme cr&#233;ateur de formes. Car &#171; l'anarchie n'est pas l'absence d'ordre, elle est plut&#244;t ouverture &#224; la cr&#233;ation de nouvelles formes &#187;, toujours pour le dire avec T. Tranchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'o&#249; ma tentative de travailler cette question en la d&#233;clinant sur diff&#233;rents registres : au niveau du &#171; fond &#187;, en focalisant une part importante de mon analyse sur l'&#233;tude de ce qu'est un &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; social-historique en g&#233;n&#233;ral, et en tentant de reconstituer l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; particulier de la cit&#233; ath&#233;nienne et celui de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Au niveau de la &#171; forme &#187;, en red&#233;ployant une &lt;i&gt;nouvelle&lt;/i&gt; structure labyrinthique &#224; partir des trois principaux carrefours du labyrinthe de Castoriadis (&lt;i&gt;polis, psych&#232;, logos&lt;/i&gt;), tout en d&#233;pla&#231;ant dans l'avant-propos g&#233;n&#233;ral les deux autres (&lt;i&gt;kairos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;koin&#244;nia&lt;/i&gt;). T. Tranchant note qu'il ne s'agit pas l&#224; d'un &#171; clin d'&#339;il savant &#187;. Il est important pour moi d'insister sur ce point : il ne s'agit pas de jouer la carte d'un certain mim&#233;tisme, qui en resterait alors au niveau d'un effet rh&#233;torique assez superficiel, et donc facilement &#233;liminable. Pas plus que ces trois termes grecs ne sont des mani&#232;res &#233;rudites de renvoyer &#224; des th&#232;mes pr&#233;cis : la politique, l'&#226;me, la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ma vis&#233;e &#233;tait plut&#244;t de parvenir &#224; croiser une approche &#171; magmatique &#187; et une approche &#171; ensembliste-identitaire &#187; de la pens&#233;e de Castoriadis. On sait que ce dernier s'&#233;tait dans un premier temps confront&#233; &#224; la question de l'axiomatisation du savoir scientifique, donc de sa possible totalisation dans une forme rationnelle. Et qu'il avait d&#251; constater l'&#233;chec d'un tel projet, et plus encore la contradiction qui lui &#233;tait inh&#233;rente : &#171; l'axiomatisation d'une branche du savoir implique l'ach&#232;vement, la cl&#244;ture &#187;, alors qu'il est incontestable que ce qui caract&#233;rise la science, &#171; c'est le non ach&#232;vement, la progression infinie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, Histoire et cr&#233;ation. Textes philosophiques in&#233;dits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; D'o&#249; le caract&#232;re volontairement ouvert de son &#339;uvre, et singuli&#232;rement des &lt;i&gt;Carrefours du Labyrinthe&lt;/i&gt;, qui ne sont pas de simples recueils d'articles, mais qu'il faut comprendre selon l'analogie &#233;clairante pos&#233;e par Castoriadis avec la construction architecturale,lorsqu'il avait voulu rendre compte de la structure de &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis,L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, Paris, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cela devrait &#234;tre une banalit&#233;, reconnue par tous, que dans le cas du travail de r&#233;flexion, enlever les &#233;chafaudages et nettoyer les abords du b&#226;timent non seulement n'apporte rien au lecteur mais lui enl&#232;ve quelque chose d'essentiel. Contrairement &#224; l'&#339;uvre d'art, il n'y a pas ici d'&#233;difice termin&#233; et &#224; terminer ; autant et plus que les r&#233;sultats, &lt;i&gt;importe le travail de la r&#233;flexion&lt;/i&gt;, et c'est peut-&#234;tre cela surtout qu'un auteur peut donner &#224; voir, s'il peut donner &#224; voir quelque chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit., pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment mieux dire la volont&#233; de faire voir la pens&#233;e au travail et d'inciter son lecteur &#224; entrer dans un tel travail, lequel se r&#233;v&#232;le en fait &#234;tre de l'ordre de la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; ? Car Castoriadis suit ici Aristote, pour lequel la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'action politique, est &#224; elle-m&#234;me sa propre fin, contrairement &#224; la &lt;i&gt;poi&#232;sis&lt;/i&gt;, le processus de production technique, dont la finalit&#233; est ext&#233;rieure &#224; elle-m&#234;me et correspond &#224; l'&#339;uvre objectiv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Un travail d'ex&#233;g&#232;se classique me semble forc&#233;ment transformer en &#171; &#339;uvre &#187; son objet, de par le choix n&#233;cessaire de l'envisager selon un seul prisme th&#233;matique. Ce type d'approche correspond &#224; ce que Castoriadis avait qualifi&#233; d' &#171; ensembliste-identitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit., pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Sa forme extr&#234;me est selon moi le &lt;i&gt;Castoriadis. Key Concepts&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par Suzi Adams, qui entreprend de d&#233;finir et de cerner un &#224; un les principaux concepts qui jalonnent &#171; l'&#339;uvre &#187; de Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suzi Adams (eds), Castoriadis. Key concepts, Londres/New York, Bloomsbury, 2014.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une approche magmatique, quant &#224; elle, devrait rendre compte et pr&#233;server le fourmillement infini des possibles germes de signification des textes &#233;tudi&#233;s. Sa difficult&#233; est ainsi de devoir proposer un cadre, une forme, tout en indiquant d'embl&#233;e la multiplicit&#233; indiscernable de ce qui l'exc&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Voil&#224; pourquoi j'ai tent&#233; de recr&#233;er un nouveau labyrinthe &#224; partir de ces trois carrefours, d&#233;sign&#233;s par des noms grecs qui d&#233;voilent ce &#171; reste &#187; illimit&#233;. En effet, si sous un certain angle, &lt;i&gt;polis, psych&#232;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;d&#233;signent des r&#233;alit&#233;s distinctes, cette distinction s'estompe lorsqu'on change de perspective. La cit&#233;, l'&#226;me et le discours sont des r&#233;alit&#233;s qui s'impliquent n&#233;cessairement et qui s'interp&#233;n&#232;trent les unes les autres, ce que montre de mani&#232;re paradigmatique la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon. Chacun des trois tomes du &lt;i&gt;Penser en travail&lt;/i&gt;envisage donc toujours l'interaction &lt;i&gt;polis, psych&#232;, logos&lt;/i&gt;, mais en &#233;tant centr&#233; sur une &lt;i&gt;dominante&lt;/i&gt;, &#224; partir de laquelle sont r&#233;articul&#233;s les deux autres p&#244;les. &#192; l'int&#233;rieur de chaque carrefour, j'ai tent&#233; de d&#233;velopper une structure en fractales, en recr&#233;ant de nouveaux embranchements, de nouveaux carrefours dans le carrefour, que j'ai aussi baptis&#233;s de noms ou d'expressions en grec ancien (ou en latin, dans un cas). &lt;i&gt;Eidos, Al&#232;theiai&lt;/i&gt; (au pluriel) et &lt;i&gt;D&#232;mokratia&lt;/i&gt;, pour le carrefour &lt;i&gt;Polis&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Psychik&#232;s Monas, Ego Computans, Eipe pros thumon&#8230;,&lt;/i&gt; pour le carrefour &lt;i&gt;Psych&#232;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Rhuthmos, Poi&#232;mata, Deinot&#232;s&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Dialegesthai&lt;/i&gt;, pour le carrefour &lt;i&gt;Logos&lt;/i&gt;. J'ai aussi tent&#233; de transposer quelque chose d'une logique musicale dans mon interpr&#233;tation, en pla&#231;ant quelques citations comme &#171; &#224; la cl&#233; &#187; de chaque nouvel embranchement du carrefour, afin de donner la tonalit&#233; du sens dans lequel le carrefour principal allait y &#234;tre d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Qui plus est, la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; suppose toujours &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; que la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; : la cit&#233;, en tant que communaut&#233; politique des citoyens, n'existe que dans son rapport &#224; celles et ceux qu'elle exclut et avec lesquels les citoyens sont pourtant en interaction permanente (les femmes, les m&#233;t&#232;ques, les esclaves dans l'Ath&#232;nes classique, les sans-papiers, par exemple, aujourd'hui). La &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; ne s'identifie pas au territoire de la ville (&lt;i&gt;astu&lt;/i&gt;), mais elle le suppose, m&#234;me lorsqu'est &#233;voqu&#233;e la possibilit&#233; extr&#234;me de sa d&#233;territorialisation. Castoriadis aimait &#224; citer la phrase que Thucydide place dans la bouche du g&#233;n&#233;ral Nicias, lors d'un &#233;pisode de la guerre du P&#233;loponn&#232;se o&#249; les Ath&#233;niens doivent fuir Ath&#232;nes, en abandonnant leurs morts et leurs bless&#233;s : &#171; la cit&#233;, c'est les hommes (&lt;i&gt;andres gar polis&lt;/i&gt;) &#187;. Mani&#232;re de dire que, m&#234;me d&#233;racin&#233;s, m&#234;me coup&#233;s de tout rapport &#224; leur terre, puisqu'ils sont dispers&#233;s sur leurs bateaux, les citoyens ath&#233;niens forment pourtant encore bien une cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Psych&#232;&lt;/i&gt;, quant &#224; elle, semble ne pouvoir s'entendre qu'envisag&#233;e dans sa relation au corps pour toute la tradition philosophique, jusqu'&#224; &#234;tre purement et simplement dissoute en lui, comme dans les approches contemporaines les plus dures inspir&#233;es des neurosciences, pour lesquelles l'&#226;me n'est plus qu'un mot, une illusion pour d&#233;signer la chimie du cerveau. &#192; suivre Castoriadis, &lt;i&gt;psych&#232;&lt;/i&gt; renvoie par ailleurs &#224; un fonds insondable, plus originaire encore que l'inconscient : ce qu'il appelle le noyau de la monade psychique, qui perdure dans les profondeurs de la &lt;i&gt;psych&#232;&lt;/i&gt; adulte. Voil&#224; pourquoi Castoriadis utilise aussi souvent l'expression de &lt;i&gt;s&#244;ma-psych&#232;&lt;/i&gt; et consid&#232;re que rendre compte de l'humain, c'est rendre compte de cette entit&#233; magmatique constitu&#233;e d'un corps, d'un inconscient, d'un &#171; moi &#187; socialis&#233; et, &#233;ventuellement, d'un sujet toujours &#171; &#224;-faire &#187;, c'est-&#224;-dire en cours d'autonomisation, l'autonomie n'&#233;tant jamais acquise une fois pour toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Enfin, la polys&#233;mie du terme &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, en grec ancien, impose quant &#224; elle de r&#233;fl&#233;chir ensemble les questions du langage, du discours, de la parole, de la raison, de la proportion et de l'intervalle musical, m&#234;me. J'ai notamment tent&#233; de montrer en quoi la r&#233;flexion de Castoriadis sur le langage &#233;tait comme une sorte de basse continue, omnipr&#233;sente dans ses textes, et pourtant rarement th&#233;matis&#233;e pour elle-m&#234;me. Par ailleurs, il m'a sembl&#233; important de prendre la mesure du fait que, au-del&#224; m&#234;me de l'opposition entre &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, qu'il d&#233;boute dans sa critique du Miracle grec, Castoriadis consid&#233;rait toutes les formes de la po&#233;sie (grecque et moderne) comme des formes du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;. En la baptisant &#171; penser-po&#232;me &#187;, j'ai tent&#233; de cerner la singularit&#233; de cette forme de pens&#233;e, en repartant d'&#233;tudes pr&#233;cises des textes qui avaient marqu&#233; Castoriadis, d'un po&#232;me de Sappho &#224; l'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; de Sophocle, en passant par le &lt;i&gt;Prom&#233;th&#233;e Encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;d'Eschyle. Le tout plac&#233; sous l'&#233;gide d'un questionnement m&#233;ta-r&#233;flexif sur la philosophie &#8212; sur son histoire et sur son devenir &#8212;, puisque c'est &#224; elle que sont consacr&#233;s la plupart des articles que Castoriadis avait class&#233;s sous la rubrique &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; dans ses &lt;i&gt;Carrefours du Labyrinthe.&lt;/i&gt; Et c'est en &lt;i&gt;r&#233;pondant&lt;/i&gt; au penser-po&#232;me, que Platon a fait &#233;merger pour la premi&#232;re fois la singularit&#233; du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt; philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ce qui m'a int&#233;ress&#233;e, c'est donc de d&#233;velopper d'autres arborescences &#224; partir de ces trois carrefours, en instillant l'id&#233;e que ce type de &#171; boutures &#187; &#233;taient en droit en nombre ind&#233;termin&#233;. J'ai volontairement ici choisi des m&#233;taphores &#224; connotation v&#233;g&#233;tale, qui renvoient au rhizome deleuzien, car T. Tranchant a &#233;voqu&#233; &#224; plusieurs reprises de possibles comparaisons avec la pens&#233;e de Deleuze, que j'ai pour ma part rapproch&#233; de Castoriadis seulement pour ce qui concernait la compr&#233;hension de la notion de &lt;i&gt;sch&#232;me&lt;/i&gt;. Mais pr&#233;cis&#233;ment, ce faisant, T. Tranchant a, &#224; son tour, d&#233;velopp&#233; de nouvelles arborescences, ou d'autres spires du labyrinthe, si l'on reste dans l'imagerie castoriadienne, en &#171; bouturant &#187; avec la pens&#233;e de Deleuze mais aussi avec celles de Jacques Derrida, d'&#201;tienne Balibar, de Michel Freitag ou encore de Souleymane Bachir Diagne. Une nouvelle architectonique de labyrinthe se dessine ainsi dans le commentaire de T. Tranchant, o&#249; il s'agirait de d&#233;fendre la possibilit&#233; d'un universalisme politique, dans un contexte o&#249; la d&#233;construction de l'universel abstrait par les penseur.e.s des diff&#233;rents f&#233;minismes et post-colonialismes, en elle-m&#234;me bienvenue car visant l'&#233;mancipation, est d&#233;sormais trop souvent r&#233;ifi&#233;e en d&#233;nonciation suspicieuse &#224; l'&#233;gard de &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; formes de recours aux notions d'universel ou d'universalisme, quelles qu'elles soient. M&#234;me s'il ne le dit pas explicitement, c'est bien l'auto-perversion d'un mouvement &#233;mancipatoire en orthodoxie excluante (comme avec le marxisme en son temps), que me semble craindre T. Tranchant. D'o&#249; un geste de &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; pour rester fid&#232;le &#224; l'esprit, qui me semble assez similaire &#224; celui que Castoriadis avait jadis pos&#233; &#224; l'&#233;gard du marxisme, que T. Tranchant pose &#224; son tour vis-&#224;-vis du courant post-moderne (le post-structuralisme), dans lequel il me semble avoir &#233;t&#233; form&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les r&#233;cup&#233;rations n&#233;olib&#233;rales de la pens&#233;e de Deleuze le montrent bien, il me semble : la critique du sujet et l'accent mis sur la multiplicit&#233; de singularit&#233;s irr&#233;ductibles les unes aux autres, peut &#234;tre d&#233;form&#233;e dans le sens d'un hyper-individualisme servant l'assujettissement (au march&#233;) et rendant caduc tout projet politique d'&#233;mancipation. Qui plus est, la non-mixit&#233; invoqu&#233;e comme mani&#232;re de lutter contre les rapports de domination par une certaine militance de l'intersectionnalit&#233;, h&#233;riti&#232;re d'un certain post-structuralisme, r&#233;v&#232;le &#224; mon sens un retour du refoul&#233; universalisant : celui de l'hypostase de la couleur et du sexe (une femme noire ne peut parler, s'entendre et &#234;tre entendue qu'avec une femme noire, un homme blanc ne peut, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, rien comprendre &#224; sa situation&#8230;). La cons&#233;quence en est un mouvement actuel de repli communautaire autour du &#171; M&#234;me &#187; : &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; ne peut plus fr&#233;quenter que son double, &#224; l'identique et non plus son semblable, dans sa diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
D'o&#249;, en r&#233;action et pour rester fid&#232;le au refus (tant par Deleuze que Derrida) de toute domination par le M&#234;me et l'Un, la n&#233;cessit&#233; de maintenir &#171; l'&#233;nonciation politique de l'universel. &#187; Ce que T. Tranchant pense &#224; partir de la &#171; strat&#233;gie de disjonction de l'universel &#187; d&#233;velopp&#233;e par &#201;tienne Balibar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne Balibar, Des universels : essais et conf&#233;rences, Paris, Galil&#233;e, 2016.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. T. Tranchant rappelle que ce dernier a en effet montr&#233; &#171; comment l'on trouve chez des auteurs comme Spinoza et Wittgenstein, malgr&#233; leurs diff&#233;rences, une strat&#233;gie visant &#224; distinguer, sans pourtant les d&#233;sarticuler compl&#232;tement, universalit&#233; th&#233;orique et universalit&#233; pratique. &#187; Selon T. Tranchant, cette perspective permet &#171; le maintien d'un projet politique d'institution de l'universel, entendu comme concr&#233;tisation institutionnelle &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; d'une universalit&#233; normative &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour ma part, je suis repartie de l'&lt;i&gt;&#233;lucidation&lt;/i&gt; propos&#233;e par Castoriadis de l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; social-historique de la cit&#233; des Ath&#233;niens (comme paradigme de la soci&#233;t&#233; autonome) et de celui du capitalisme dans sa premi&#232;re phase (pour ce qui concerne la soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ronome), pour montrer l'effectivit&#233; politique que ce geste de reconstitution th&#233;orique de formes social-historiques &lt;i&gt;pass&#233;es&lt;/i&gt;, pouvait avoir pour &lt;i&gt;aujourd'hui&lt;/i&gt;. La vis&#233;e d'universalisme politique, chez Castoriadis, se situe &#224; mon sens &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;l&#224;, dans une continuit&#233; temporelle&lt;/i&gt; a priori &lt;i&gt;interminable&lt;/i&gt; : dans le fait que des soci&#233;t&#233;s autonomes pass&#233;es et donc, d'un certain point de vue, d&#233;finitivement mortes, peuvent pourtant &#234;tre par nous (re)constitu&#233;es/recr&#233;&#233;es en &#171; indices de possibilit&#233; &#187; et d&#232;s lors redevenir des &#171; germes &#187; inspirant nos formes de vie actuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les expressions entre guillemets sont de Castoriadis.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi, comme l'a bien vu Pierre Ponchon, les conclusions de mon livre ne sont pas uniquement r&#233;capitulatives ou synth&#233;tiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Ponchon, &#171; Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elles forment une partie prospective &#224; part enti&#232;re, o&#249; je tente d'esquisser l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; de la forme social-historique dans laquelle nous vivons, en suivant jusqu'au bout le fil d'Ariane d&#233;roul&#233; &#224; partir de l'analyse des formes social-historiques pass&#233;es. Je vais ici en donner un exemple &#224; partir de l'&#233;tude de cas antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Reconstituer l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; de la cit&#233; ath&#233;nienne correspond dans les analyses de Castoriadis &#224; la tentative de reconstituer leur &lt;i&gt;forme de vie&lt;/i&gt;, ainsi que le &lt;i&gt;type anthropologique&lt;/i&gt; (Ideal-Typ) du citoyen. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, Castoriadis a th&#233;matis&#233; l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; social-historique comme r&#233;sultant de l'interaction complexe de significations imaginaires sociales, d'institutions, de finalit&#233;s et d'affects sp&#233;cifiques. Il a donc fallu voir &#224; quoi ces &#233;l&#233;ments correspondaient dans le cas ath&#233;nien. Si Castoriadis s'est bas&#233; sur plusieurs sources, la plus importante d'entre elles est sans conteste la &lt;i&gt;Guerre du P&#233;loponn&#232;se&lt;/i&gt; de Thucydide, et singuli&#232;rement l'oraison fun&#232;bre attribu&#233;e au strat&#232;ge P&#233;ricl&#232;s, aussi &#233;tudi&#233;e par Hannah Arendt dans &lt;i&gt;La crise de la culture&lt;/i&gt;. J'ai donc consacr&#233; une analyse d&#233;taill&#233;e &#224; ce texte, en comparant les interpr&#233;tations de Castoriadis et d'Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Klimis, &#171; un processus sans fondement &#187; et &#171; la d&#233;mocratie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je l'ai aussi probl&#233;matis&#233; en le mettant en comparaison diff&#233;rentielle sur chacun de ses points principaux avec la critique indirecte adress&#233;e &#224; la d&#233;mocratie ath&#233;nienne par Platon au livre VIII de la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;. Les descriptions des faits et gestes de &#171; l'homme d&#233;mocratique &#187; sont &#224; ce point oppos&#233;es de mani&#232;re sym&#233;trique chez les deux auteurs, que Platon ne peut qu'avoir d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi de composer son portrait satyrique &lt;i&gt;en r&#233;ponse&lt;/i&gt; &#224; la description id&#233;alisante de Thucydide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La comparaison diff&#233;rentielle avec l'Ath&#232;nes antique nous enseigne trois choses cruciales pour penser et r&#233;activer une forme de d&#233;mocratie directe aujourd'hui. Premi&#232;rement, &lt;i&gt;la d&#233;mocratie (ou le projet d'autonomie) suppose de s'&#233;tendre &#224; l'ensemble de la forme de vie d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e&lt;/i&gt;. En effet, Castoriadis souligne avec pertinence que dans l'&lt;i&gt;Oraison&lt;/i&gt;, P&#233;ricl&#232;s ne dit pour ainsi dire rien du fonctionnement institutionnel d'Ath&#232;nes. Par exemple, il &#233;voque la Constitution seulement pour insister sur le fait que le pouvoir (&lt;i&gt;kratos&lt;/i&gt;), &#224; Ath&#232;nes, appartient au &lt;i&gt;d&#232;mos&lt;/i&gt; tout entier compris comme l'ensemble des citoyens, riches et pauvres, nobles ou de naissance moins prestigieuse. Autrement dit, P&#233;ricl&#232;s d&#233;boute tout autant ceux qui pr&#233;tendraient que, sous couvert de d&#233;mocratie, le pouvoir serait en r&#233;alit&#233; essentiellement entre les mains de castes dominantes, que les critiques de la d&#233;mocratie qui assimileraient le &lt;i&gt;d&#232;mos&lt;/i&gt; &#224; une classe sociale, c'est-&#224;-dire aux plus pauvres (les th&#232;tes). Le &lt;i&gt;d&#232;mos&lt;/i&gt; est bel et bien une &lt;i&gt;cr&#233;ation politique&lt;/i&gt;. P&#233;ricl&#232;s insiste d'ailleurs sur cette dimension de &lt;i&gt;cr&#233;ation radicale&lt;/i&gt;, en affirmant que la constitution des Ath&#233;niens &#171; n'imite rien des autres constitutions, c'est bien plut&#244;t elle qui leur sert de paradigme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avec Castoriadis, l'on peut alors s'int&#233;resser &#224; la longue description du mode de vie et de l'&lt;i&gt;&#232;thos&lt;/i&gt; des Ath&#233;niens, tout entier fa&#231;onn&#233; par leur aspiration d&#233;mocratique &#224; la libert&#233; et &#224; l'&#233;galit&#233;. Par exemple, &#171; la contrainte ext&#233;rieure n'est pas de mise pour r&#233;gler les relations entre particuliers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thucydide, La Guerre du P&#233;loponn&#232;se, II, 37, 2.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : chacun respecte les aspirations de son voisin, la plus grande libert&#233; r&#232;gne pour ce qui concerne la gestion des affaires priv&#233;es. Les Ath&#233;niens n'ont pas non plus besoin du recours &#224; la force coercitive pour faire respecter les lois, car &#171; la crainte retient chacun de ne rien faire d'ill&#233;gal. &#187; Le sens de l'honneur g&#233;n&#232;re ainsi une forme d'autolimitation, chacun ayant int&#233;gr&#233; le sens de la honte qui d&#233;coulerait du bl&#226;me public et de la mauvaise r&#233;putation qui s'attacherait &#224; lui s'il transgressait la loi. Mais surtout, P&#233;ricl&#232;s r&#233;sume la forme de vie d&#233;mocratique par deux activit&#233;s qui en constituent aussi la finalit&#233; : &#171; nous vivons un amour achev&#233; du beau au quotidien et nous philosophons sans rel&#226;che&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., II, 49, 1. Ma traduction, voir Sophie Klimis, Le penser en travail. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Castoriadis y lit la &#171; r&#233;ponse &#187;en acte des Ath&#233;niens &#224; la question : &#171; qu'est-ce que l'institution de la soci&#233;t&#233; doit r&#233;aliser ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, Domaines de l'Homme, Paris, Seuil, 1986,p. 306, cit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Pour lui, l'autonomie au sens de l'autogouvernement n'est donc pas une finalit&#233; absolue mais relative, subordonn&#233;e &#224; &#171; la cr&#233;ation d'&#234;tres humains vivant avec la beaut&#233;, vivant avec la sagesse et aimant le bien commun.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Pace&lt;/i&gt; Arendt, il est donc n&#233;cessaire de comprendre comment les diff&#233;rentes sph&#232;res du social et de la politique s'articulent et s'inter-p&#233;n&#232;trent. S'il serait bien &#233;videmment simpliste et m&#234;me erron&#233; de consid&#233;rer que, d&#232;s lors, &#171; tout est politique &#187;, nous pouvons mieux comprendre en quoi de nombreuses revendications de r&#233;activation de la d&#233;mocratie directe se situent totalement en marge des lieux traditionnels de la politique, et concernent des questions &#171; priv&#233;es &#187; telles que l'habitat, l'alimentation, la solidarit&#233; inter-g&#233;n&#233;rationnelle, l'accueil des &#233;trangers, etc. Dans la partie conclusive intitul&#233;e &#171; &lt;i&gt;Koin&#244;nein kai euz&#232;n&lt;/i&gt;. R&#233;inventions du &#8220;faire ensemble&#8221; en vue du &#8220;bien vivre&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, j'ai cherch&#233; &#224; montrer comment, aujourd'hui, &#171; ce n'est pas au sein du prol&#233;tariat ni d'une classe sociale en particulier, que l'on trouve des germes d'autonomie, mais dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et plus particuli&#232;rement dans certaines interactions entre micro-groupes, qui investissent de significations nouvelles les sph&#232;res de l'&lt;i&gt;oikos&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;agora&lt;/i&gt;et de l'&lt;i&gt;eccl&#233;sia&lt;/i&gt;, en r&#233;inventant leurs lignes de partage. Ainsi, accueillir chez soi un migrant est devenu un geste politique fort, tout comme divulguer sur la place publique le contenu de transactions bancaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 394.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans la partie suivante des conclusions, intitul&#233;e&#171; de l'&#233;lan instituant des mouvements citoyens des places aux mouvement socio-politiques de 2018-2019&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 401-413.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, j'ai pr&#233;cis&#233;ment tent&#233; de montrer en quoi ces deux s&#233;quences social-historiques pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme n'en formant qu'une seule, rythm&#233;e en deux temps distincts mais li&#233;s. J'ai donc pris le contre-pied d'un certain nombre d'observateurs, qui ont quant &#224; eux consid&#233;r&#233; que les mouvements sociaux r&#233;cents, comme celui des Gilets jaunes en France, n'&#233;taient &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; politiques. Par ailleurs, cette &#233;tude, centr&#233;e sur le terrain, doit &#234;tre coupl&#233;e avec deux des analyses qui la pr&#233;c&#232;dent, et qui sont plus th&#233;oriques :&#171; quelle d&#233;mocratie ? Quel sujet ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 353-375.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et &#171; quelles t&#226;ches politiques pour le philosophe aujourd'hui ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 375-392.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#192; partir d'une discussion avec d'autres th&#233;oriciens de la d&#233;mocratie dite radicale, dont notamment Jacques Ranci&#232;re et Chantal Mouffe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 356-364, la partie intitul&#233;e &#171; d&#233;mocratie forme de vie versus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai d&#233;gag&#233; ce qui pourrait &#234;tre vu comme le second enseignement &#224; tirer de la comparaison diff&#233;rentielle avec l'Ath&#232;nes d&#233;mocratique. &#192; savoir : qu'il nous faut apprendre &#224; &lt;i&gt;d&#233;sintriquer la notion d'institution de celle de repr&#233;sentation&lt;/i&gt;. La forme de vie ne suffit en effet pas en elle-m&#234;me &#224; garantir la d&#233;mocratie, il y faut des institutions politiques sp&#233;cifiques et durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Autrement dit : nous devons r&#233;apprendre &#224; penser et &#224; mettre en place des institutions de d&#233;mocratie directe, telles que celles qui existaient &#224; Ath&#232;nes. Or aujourd'hui, les tenants d'un retour &#224; la d&#233;mocratie dite radicale rejettent en bloc toute forme d'institutionnalisation. Ils l'associent &#224; la politique politicienne des pseudo-&#233;lites, donc &lt;i&gt;n&#233;cessairement&lt;/i&gt; &#224; la d&#233;mocratie parlementaire repr&#233;sentative. Pourtant, l'essoufflement des mouvements des places, et de mani&#232;re paradigmatique d'un mouvement comme Nuit Debout en France, a montr&#233; qu'il &#233;tait vain de croire que la d&#233;mocratie pourrait rena&#238;tre &#171; spontan&#233;ment &#187;. Que la parole des citoyens se lib&#232;re, qu'ils se r&#233;unissent en assembl&#233;e et d&#233;lib&#232;rent ensemble est une condition n&#233;cessaire mais non suffisante &#224; une r&#233;activation de la d&#233;mocratie directe. Castoriadis l'avait r&#233;sum&#233; de mani&#232;re lapidaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand nous parlerons de la d&#233;mocratie, n'ayons pas simplement en t&#234;te l'existence d'une assembl&#233;e qui d&#233;lib&#232;re et qui d&#233;cide consensuellement, ni l'absence d'une domination au sens factuel du terme par un groupe sp&#233;cial ; la cr&#233;ation grecque de la d&#233;mocratie, de la politique, est cr&#233;ation d'une activit&#233; explicitement auto-institution de la collectivit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, D'Hom&#232;re &#224; H&#233;raclite. Ce qui fait la Gr&#232;ce. 1, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est tout aussi vain de croire que le tirage au sort pourrait &#224; lui seul permettre de r&#233;introduire une forme de d&#233;mocratie directe, comme certains voudraient nous le faire croire de mani&#232;re simpliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Van Reybrouck, Contre les &#233;lections, Paris, Babel, 2014.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le tirage au sort ne &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; pas la d&#233;mocratie, il n'en est qu'un &lt;i&gt;outil&lt;/i&gt;, qui tire son efficacit&#233; de tout un dispositif institutionnel complexe, qui combine des activit&#233;s li&#233;es &#224; la vie de la cit&#233; sur diff&#233;rents registres (y compris rituels et religieux), et dans lequel les citoyens doivent &#234;tre partie prenante &lt;i&gt;sur le temps long&lt;/i&gt;. Cette temporalit&#233; longue est cruciale car elle constitue, dans les faits, une &lt;i&gt;&#233;ducation permanente &#224; la politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si, dans la cit&#233; d&#233;mocratique antique, n'importe quel citoyen tir&#233; au sort pouvait s'acquitter de mani&#232;re f&#233;conde de la charge particuli&#232;re qui lui &#233;tait &#233;chue (pour un an, en g&#233;n&#233;ral), c'est parce que ce m&#234;me citoyen quidam avait &#233;t&#233; pr&#233;alablement form&#233; &#224; la chose publique par une participation en principe &lt;i&gt;hebdomadaire&lt;/i&gt; &#224; l'Assembl&#233;e (&lt;i&gt;ecclesia&lt;/i&gt;). &#192; en croire le t&#233;moignage d'Aristote dans la &lt;i&gt;Constitution des Ath&#233;niens&lt;/i&gt;, l'Assembl&#233;e se r&#233;unissait quatre fois par prytanie, c'est-&#224;-dire environ une fois par semaine. L'ordre du jour de chacune de ces quatre assembl&#233;es &#233;tait d&#233;fini &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; sous forme d'un cadre g&#233;n&#233;ral, ensuite &#171; rempli &#187; de demandes particuli&#232;res pour chaque assembl&#233;e. Par exemple, lors de la premi&#232;re s&#233;ance mensuelle de l'Assembl&#233;e, on d&#233;lib&#233;rait sur des questions relatives &#224; l'approvisionnement et &#224; la d&#233;fense du pays et on confirmait les magistrats dans leurs fonctions. La seconde s&#233;ance &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux suppliques, qu'elles concernent des affaires priv&#233;es ou publiques. Les deux derni&#232;res &#233;taient consacr&#233;es &#224; trois affaires relatives &#224; la cit&#233;, trois &#224; la religion et trois aux h&#233;rauts et ambassadeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On comprend donc que les citoyens qui s'impliquaient raisonnablement dans la vie politique, en participant r&#233;guli&#232;rement aux s&#233;ances de l'Assembl&#233;e, acqu&#233;raient une expertise politique certaine au fil des ans et de la multiplicit&#233; des affaires sur lesquelles ils avaient eu &#224; d&#233;lib&#233;rer et &#224; voter. Bien plus, comme le r&#233;sume Castoriadis, &#171; faire de la politique, &#224; Ath&#232;nes, c'&#233;tait faire de la philosophie en acte &#187;. Car se demander si tel projet de loi &#233;tait juste, tel projet d'urbanisme beau, revient forc&#233;ment aussi &#224; s'interroger sur ce que sont le juste et le beau, consid&#233;r&#233;s en eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Aujourd'hui, on devrait donc d&#233;multiplier les dispositifs d&#233;lib&#233;ratifs impliquant directement les citoyens sur le temps long, &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles politiques, en s'inspirant par exemple des cadres &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ath&#233;niens. Pourquoi le Parlement ne pourrait-il pas mettre &#224; son agenda une assembl&#233;e populaire d&#233;lib&#233;rative, portant, chaque premi&#232;re semaine du mois, sur les questions de solidarit&#233; sociale (s&#233;curit&#233; sociale et retraite) ; la seconde, sur les questions &#233;cologiques et &#233;nerg&#233;tiques ; la troisi&#232;me, sur les questions relatives &#224; la sant&#233; publique et &#224; la justice ; la quatri&#232;me sur les questions relatives &#224; l'enseignement et &#224; la culture, qui sont les piliers &#171; non-marchands &#187; sur lesquels nous devrions collectivement veiller en priorit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De plus, il faudrait leur accorder une force contraignante. En effet, trop souvent de telles assembl&#233;es dites participatives sont purement consultatives. Les &#233;lus en font ce qu'ils veulent, voire, ils s'en servent pour renforcer leurs propres d&#233;cisions. Il serait donc int&#233;ressant de d&#233;multiplier des initiatives comme celle du Parlement de la communaut&#233; germanophone en Belgique, qui, dans un d&#233;cret dat&#233; de 2019, s'est dot&#233; d'un Conseil citoyen permanent, dont les membres sont tir&#233;s au sort. Ce Conseil &#171; peut initier des assembl&#233;es citoyennes ponctuelles, dont les membres sont &#233;galement tir&#233;s au sort, et qui ont pour mission de d&#233;lib&#233;rer et de formuler des recommandations sur un sujet particulier que le conseil citoyen leur a soumis. Au terme des d&#233;lib&#233;rations, les recommandations &#233;mises sont discut&#233;es de fa&#231;on conjointe entre, d'une part, les membres de l'assembl&#233;e citoyenne et d'autre part, les membres de la commission parlementaire en charge de la mati&#232;re concern&#233;e et le(s) ministre(s) comp&#233;tent(s). Les recommandations sont cens&#233;es &#234;tre suivies par des mesures adopt&#233;es par le Parlement ou par le Gouvernement de la communaut&#233; germanophone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Niessen et Min Reuchamps, &#171; le dialogue citoyen permanent en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
S'il serait int&#233;ressant d'introduire de tels conseils ou assembl&#233;es au sein des &#233;coles, surtout dans l'enseignement secondaire sup&#233;rieur, afin d'exercer les capacit&#233;s r&#233;flexives, dialogiques et d&#233;lib&#233;ratives des &#233;l&#232;ves, les instaurer &#224; l'&#233;cole primaire, voire, d&#232;s la maternelle, me semble relever d'une dangereuse illusion. Dans le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral, force est de constater que l'adultification des enfants a pour corollaire l'infantilisation des adultes, dans une vis&#233;e commune de leur formatage en consommateurs, et non de leur r&#233;elle autonomisation de citoyens critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est pourquoi un troisi&#232;me enseignement ou &#171; indice de possibilit&#233; &#187; du projet d'autonomie que l'&#233;tude de la Gr&#232;ce ancienne peut nous fournir, concerne la n&#233;cessit&#233; &lt;i&gt;d'&#233;duquer &#224; l'autonomie et de parvenir &#224; int&#233;grer le conflit comme &#233;l&#233;ment moteur de la vie de la soci&#233;t&#233;, et ce d&#232;s la fin de l'adolescence&lt;/i&gt;. J'ai abord&#233; cette question dans la derni&#232;re partie du livre, intitul&#233;e &#171; pour une &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; d&#233;mocratique permanente dans des institutions agonistiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Outre l'&#233;ducation permanente &#224; la politique constitu&#233;e par la participation adulte citoyenne &#224; l'Assembl&#233;e, j'y ai &#233;voqu&#233; les possibles prolongements contemporains &#224; l'&#233;tude que j'ai consacr&#233;e au r&#244;le &#171; &#233;ducatif &#187; de la trag&#233;die dans la cit&#233; ath&#233;nienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 309-336, la partie intitul&#233;e &#171; la trag&#233;die ath&#233;nienne : une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Rappelons que Castoriadis accorde une grande attention &#224; l'&#233;tude de la trag&#233;die ath&#233;nienne, qu'il n'h&#233;site pas &#224; consid&#233;rer comme &#233;tant une &lt;i&gt;institution politique&lt;/i&gt; de la cit&#233; d&#233;mocratique. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il en fait une institution d'autolimitation, tout comme la &lt;i&gt;graph&#232; para nom&#244;n&lt;/i&gt;, qu'on pourrait traduire par &#171; accusation d'ill&#233;galit&#233; &#187;. L'autolimitation est en effet le compl&#233;ment n&#233;cessaire (et trop souvent oubli&#233; de nos jours) de l'autonomie. Si le collectif citoyen peut se donner &#224; lui-m&#234;me l'ensemble de son institution, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; ses lois, mais aussi ses valeurs et ses finalit&#233;s, il doit, en parall&#232;le, donner des balises &#224; ce processus d'autocr&#233;ation. Les membres d'une soci&#233;t&#233; autonome doivent donc se donner &#224; eux-m&#234;mes leurs propres limites collectives, puisque ces derni&#232;res ne peuvent pas leur &#234;tre impos&#233;es comme de l'ext&#233;rieur, en r&#233;f&#233;rence &#224; une entit&#233; transcendante pos&#233;e comme garante ultime des significations, ce qui est le cas dans les soci&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;ronomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, s'il d&#233;taille toutes les &#233;tapes du fonctionnement de la &lt;i&gt;graph&#232; para nom&#244;n&lt;/i&gt;, Castoriadis, de fa&#231;on tr&#232;s &#233;tonnante, ne dit rien du contexte institutionnel dans lequel s'inscrivaient les performances de trag&#233;dies, &#224; savoir les Grandes Dionysies d'Ath&#232;nes. Ce r&#244;le d'autolimitation que jouerait la trag&#233;die dans la vie politique ath&#233;nienne, il le d&#233;crypte uniquement &#224; partir d'une analyse tr&#232;s classique des textes tragiques, c'est-&#224;-dire qu'il le circonscrit au seul &lt;i&gt;sens des fictions tragiques&lt;/i&gt;. Par exemple, il consid&#232;re que l'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; de Sophocle est &#171; la &#187; trag&#233;die par excellence de la d&#233;mocratie, car elle d&#233;voile, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; les personnages oppos&#233;s et compl&#233;mentaires de Cr&#233;on et d'Antigone, que l'&lt;i&gt;hubris&lt;/i&gt; r&#233;side dans l'incapacit&#233; &#224; s'autolimiter, d'une part, et d'autre part, dans le &lt;i&gt;monos phronein&lt;/i&gt; : dans le fait de croire qu'on peut avoir raison seul, alors que la sagesse pratique (la &lt;i&gt;phron&#232;sis&lt;/i&gt;), ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat d'une d&#233;lib&#233;ration collective, o&#249; l'on apprend &#224; pouvoir &#171; entendre &#171; (dans tous les sens du terme) et &#224; &#171; tisser ensemble &#187;, selon une m&#233;taphore du ch&#339;ur, des points de vue divergents, voire contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est pourquoi j'ai pour ma part tent&#233; de d&#233;velopper l'intuition de Castoriadis, en essayant de montrer en quoi les Grandes Dionysies pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une institution politico-rituelle d'autolimitation en un sens bien sp&#233;cifique, qui n'a rien &#224; voir avec le th&#233;ologico-politique tel que nous l'entendons aujourd'hui. Ce faisant, j'ai aussi essay&#233; de r&#233;pondre &#224; une question lanc&#233;e incidemment dans &lt;i&gt;l'Institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, mais toujours rest&#233;e sans r&#233;ponse : &#171; que serait le symbolisme institutionnel d'une soci&#233;t&#233; autonome ? &#187; En m'appuyant sur divers travaux d'anthropologues de la Gr&#232;ce ancienne (qui se concentrent quant &#224; eux le plus souvent sur l'aspect rituel du festival et des trag&#233;dies, en laissant &#224; l'arri&#232;re-plan la question politique), j'ai tent&#233; de montrer comment le dispositif institutionnel cr&#233;ait une mise en abyme de ce qui &#233;tait repr&#233;sent&#233; dans les fictions tragiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mais le plus important, totalement ignor&#233; par Castoriadis, concerne &#224; mon sens le fait que les ch&#339;urs tragiques &#233;taient compos&#233;s de citoyens et non d'acteurs professionnels. Selon certaines sources, ces citoyens &#233;taient exempt&#233;s de toutes leurs charges militaires et politiques pendant la dur&#233;e des r&#233;p&#233;titions et jusqu'&#224; la performance finale, soit durant une ann&#233;e. Comment comprendre cette exemption autrement qu'en consid&#233;rant que chanter et danser dans un ch&#339;ur de trag&#233;die, &#224; Ath&#232;nes, &#233;taient des formes de la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; politique &#224; part enti&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'ai tent&#233; de d&#233;velopper toutes les implications de cette hypoth&#232;se, en l'associant aussi au fait que plusieurs sources qualifient les po&#232;tes tragiques &#171; d'&#233;ducateurs des citoyens. &#187; Les po&#232;tes &#233;taient leurs propres metteurs en sc&#232;ne et instruisaient donc eux-m&#234;mes leurs ch&#339;urs. Or, il ne s'agissait pas l&#224; simplement de faire apprendre une chor&#233;graphie et de v&#233;rifier la bonne m&#233;morisation d'un texte chant&#233;, mais bien d'une v&#233;ritable initiation aux multiples facettes de soi, plac&#233;e sous le signe de Dionysos, le dieu de la coexistence des contraires. Rappelons en effet que les personnages jou&#233;s par les ch&#339;urs &#233;taient le plus souvent ceux de femmes, d'esclaves et d'&#233;trangers, soit des figures &lt;i&gt;d'anti-citoyens&lt;/i&gt;. Nous pouvons donc nous demander quelles pouvaient &#234;tre les cons&#233;quences pour des citoyens de chanter, de se lamenter, de crier comme des femmes, devant toute la cit&#233; r&#233;unie au th&#233;&#226;tre : int&#233;grer/accepter la part f&#233;minine de leur psych&#233; ? Renforcer leur identit&#233; de citoyen-m&#226;le en passant par un &#233;tat d'ali&#233;nation identitaire transitoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Par ailleurs, un commentateur am&#233;ricain, John Winkler, a &#233;mis dans les ann&#233;es 1990 l'hypoth&#232;se selon laquelle le ch&#339;ur tragique aurait plus sp&#233;cifiquement &#233;t&#233; compos&#233; d'&#233;ph&#232;bes, c'est-&#224;-dire de jeunes gens ayant atteint leur majorit&#233; politique (dix-huit ans), mais contraints de faire un service militaire de deux ans avant d'&#234;tre pleinement int&#233;gr&#233;s au corps civique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;WinklerJ. John, &#171; The Ephebes'Song : Tragoidia and Polis &#187;, in Nothing to do (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La performance tragique aurait ainsi constitu&#233; pour ces jeunes hommes une sorte de &lt;i&gt;rite d'initiation civique&lt;/i&gt;. Quoi qu'il en soit de la composition du ch&#339;ur, il est &#224; mon sens certain que cette &#233;ducation/formation tragique mobilisait de mani&#232;re in&#233;dite aussi bien le corps, que les parties de l'&#226;me dites irrationnelles (l'&lt;i&gt;&#233;pithumia&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;thumos&lt;/i&gt;), dans une vis&#233;e d'apprentissage de la sagesse pratique (&lt;i&gt;phron&#232;sis&lt;/i&gt;). Ce qui explique la critique ac&#233;r&#233;e de Platon &#224; l'&#233;gard de la &lt;i&gt;mim&#232;sis&lt;/i&gt; mobilis&#233;e dans l'&#233;ducation des gardiens de la cit&#233; imagin&#233;e dans la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;. Et plus, g&#233;n&#233;ralement, ceci nous met sur la piste d'une guerre des &#233;ducateurs &#224; Ath&#232;nes, entre les po&#232;tes tragiques, comiques, les sophistes et les philosophes, qui doit constituer le cadre &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; &#224; partir duquel envisager le geste d'institution de la diff&#233;rence philosophique par Platon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
C'est pourquoi j'ai r&#233;fl&#233;chi &#224; l'importance que pourrait avoir, aujourd'hui, l'invention de tels rituels civiques, adress&#233;s &#224; toute la population ou sp&#233;cifiquement &#224; la jeunesse, tout en &#233;tant consciente du caract&#232;re quasi-inaudible d'une telle proposition, dans un contexte o&#249; nous avons surtout en t&#234;te les grands mouvements de propagande li&#233;s aux totalitarismes (des jeunesses hitl&#233;riennes aux grandes manifestations festives sovi&#233;tiques). Dans tous ces cas, il s'est agi d'un formatage id&#233;ologique, ancr&#233; aussi bien dans les corps que dans les &#226;mes. Le pari, risqu&#233;, de la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; tragique, est au contraire celui d'une formation &#224; la critique, c'est-&#224;-dire &#224; la mise en question du sens commun institu&#233; et &#224; la cr&#233;ation collective de nouvelles significations. J'ai trouv&#233; des incarnations d'une telle vis&#233;e dans le projet de r&#233;activer l'engagement citoyen du ch&#339;ur aujourd'hui par la dramaturge allemande Claudia Bosse dans une performance bas&#233;e sur &lt;i&gt;Les Perses&lt;/i&gt; d'Eschyle &#224; Gen&#232;ve en 2006 ; dans les diff&#233;rentes initiatives adress&#233;es aux jeunes par le dramaturge franco-libanais Wajdi Mouawad,depuis le projet &#171; Avoir 20 ans en 2015 &#187;, jusqu'au &#171; Colloque Jeunesse &#187; tenu en 2019 au th&#233;&#226;tre de la Colline &#224; Paris ; ou encore dans le projet suisse &#171; d'universit&#233; nomade de la culture &#187; baptis&#233; &lt;i&gt;La Marmite&lt;/i&gt;, initi&#233; par Mathieu Menghini, o&#249; les diff&#233;rents groupes se r&#233;unissent en ch&#339;urs au niveau cantonal &#224; la fin de leur parcours culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir https://www.youtube.com/watch?v=0TrMitPJ5k4,https://www.youtube.com/watch?v&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
J'ai interagi avec chacun de ces projets &#224; diff&#233;rents titres : en tant que conseill&#232;re dramaturgique du projet de Claudia Bosse en 2006&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://www.theatercombinat.com/projekte/perser/perser_genf_fr.htm&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; en ayant rencontr&#233; Wajdi Mouawad lors d'une activit&#233; de m&#233;diation culturelle &#224; la Com&#233;die de Gen&#232;ve en 2011 et r&#233;dig&#233; en 2014 un article sur son &lt;i&gt;Projet Sophocle&lt;/i&gt;, compl&#233;mentaire au projet &lt;i&gt;Avoir 20 ans en 2015&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; en tant que &#171; marraine &#187; du projet, et &#171; intellectuelle &#187; ayant rencontr&#233; le groupe Monte Verit&#224; sur le th&#232;me &#171; faire communaut&#233; &#187; en 2020 pour &lt;i&gt;la Marmite&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://lamarmite.org/team/sophie-klimis/ethttp://lamarmite.org/evenements/les-co&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En ces temps de pand&#233;mie, o&#249; les th&#233;&#226;tres et tous les lieux de culture ont &#233;t&#233; ferm&#233;s pendant plus d'une ann&#233;e, o&#249; nos gouvernements nous ont donc interdit tant de &#171; vivre dans le beau au quotidien &#187; que de &#171; philosopher ensemble sans rel&#226;che &#187;, en nous privant de ces &#171; communs &#187; fondamentaux &#224; notre humanit&#233;, il faut le redire avec force : les pratiques artistiques jouent un r&#244;le central dans l'universalisme politique en faveur duquel Castoriadis n'aura eu de cesse de s'engager. Il n'y aura pas de relance possible du projet d'autonomie dans un monde sans culture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;Sur le&lt;/i&gt; Politique &lt;i&gt;de Platon&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1999, p. 71, cit&#233; dans Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis. De la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la soci&#233;t&#233; ath&#233;nienne&lt;/i&gt;, Paris, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;Histoire et cr&#233;ation. Textes philosophiques in&#233;dits (1945-1947)&lt;/i&gt;, textes r&#233;unis, pr&#233;sent&#233;s et annot&#233;s par Nicolas Poirier, Paris, Seuil, 2009, p. 25, cit&#233; dans Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis, op. cit.,&lt;/i&gt; p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis,&lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1975. Pour rappel, ce livre est compos&#233; de deux parties r&#233;dig&#233;es &#224; quinze ans d'intervalle. La premi&#232;re reprend le texte &#171; Marxisme et th&#233;orie r&#233;volutionnaire &#187;, publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; d'avril 1964 &#224; juin 1965, qui est lui-m&#234;me une version amplifi&#233;e d'une &#171; Note sur la philosophie et la th&#233;orie marxiste de l'histoire &#187; diffus&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du groupe &lt;i&gt;S ou B&lt;/i&gt; en 1959. Il s'agit d'une critique forte du marxisme, qui signe l'adieu d&#233;finitif de Castoriadis. La seconde partie intitul&#233;e &#171; L'imaginaire social et l'institution &#187; d&#233;veloppe les id&#233;es-m&#232;res de Castoriadis sur le social-historique, le &lt;i&gt;legein&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;teukhein&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;psych&#232;&lt;/i&gt; et les significations imaginaires sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;, pp. 5-6, cit&#233; dans Sophie Klimis,&lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis, op. cit.,&lt;/i&gt; pp. 47-48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;L'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233;, op. cit&lt;/i&gt;., pp. 203-211. Castoriadis identifie cette logique ensembliste-identitaire comme &#233;tant &#171; &#224; la racine de toutes les antinomies de l'attitude contemplative-sp&#233;culative &#187; et il l'oppose explicitement &#224; ce que serait &#171; une logique de la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; &#187; in &lt;i&gt;Histoire et cr&#233;ation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 230. La logique ensembliste-identitaire se caract&#233;rise par le fait que tous ses &#233;l&#233;ments sont pos&#233;s comme distincts et d&#233;finis, conform&#233;ment au principe de la d&#233;termination. Les deux affirmations centrales sur lesquelles cette logique repose sont donc que &#171; &#234;tre, c'est &#234;tre quelque chose de d&#233;termin&#233; &#187; et &#171; parler, c'est dire quelque chose de d&#233;termin&#233; au sujet de l'&#234;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Suzi Adams (eds), &lt;i&gt;Castoriadis. Key concepts&lt;/i&gt;, Londres/New York, Bloomsbury, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;tienne Balibar, &lt;i&gt;Des universels : essais et conf&#233;rences&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les expressions entre guillemets sont de Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Pierre Ponchon, &#171; Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Philosophie antique&lt;/i&gt; [En ligne], Comptes rendus en pr&#233;-publication, mis en ligne le 30 avril 2021, consult&#233; le 26 mai 2021. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/philosant/4225&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;http://journals.openedition.org/philosant/4225&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sophie Klimis, &#171; un processus sans fondement &#187; et &#171; la d&#233;mocratie, institution permanente d'une forme de vie &#187; in &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis, op. cit.,&lt;/i&gt; pp. 231-292.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Thucydide, &lt;i&gt;La Guerre du P&#233;loponn&#232;se&lt;/i&gt;, II, 37, 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., II, 49, 1. Ma traduction, voir Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis, op. cit&lt;/i&gt;., p. 274. Castoriadis traduit quant &#224; lui : &#171; nous vivons dans et par l'amour du beau [&#8230;] nous philocalons &#224; bon march&#233; et nous philosophons sans mollesse. &#187; in &lt;i&gt;La cit&#233; et les lois. Ce qui fait la Gr&#232;ce.2&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2008, pp. 164-166.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;Domaines de l'Homme&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1986,p. 306, cit&#233; dans Sophie Klimis, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p.292.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;I. Polis, op. cit&lt;/i&gt;., pp. 394-400.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 394.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 401-413.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 353-375.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 375-392.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 356-364, la partie intitul&#233;e &#171; d&#233;mocratie forme de vie &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; d&#233;mocratie-r&#233;gime : une fausse antinomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &lt;i&gt;D'Hom&#232;re &#224; H&#233;raclite. Ce qui fait la Gr&#232;ce. 1&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2004, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;David Van Reybrouck, &lt;i&gt;Contre les &#233;lections&lt;/i&gt;, Paris, Babel, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Christophe Niessen et Min Reuchamps, &#171; le dialogue citoyen permanent en Communaut&#233; germanophone &#187;, in &lt;i&gt;Courrier hebdomadaire du Crisp&lt;/i&gt;, 2019/21, n&#176;2426, pp. 5-38 :&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-2019-21-page-5.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-2019-21-page-5.htm&lt;/a&gt;, cit&#233; dans Sophie Klimis,&lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis, op. cit&lt;/i&gt;., p. 415.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis, op. cit&lt;/i&gt;., pp. 413-418.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 309-336, la partie intitul&#233;e &#171; la trag&#233;die ath&#233;nienne : une institution politique d'autolimitation &#187; et plus particuli&#232;rement les pp. 320-336, le sous-chapitre intitul&#233; &#171; Les Grandes Dionysies d'Ath&#232;nes : un imaginaire d&#233;mocratique en performance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;WinklerJ. John, &#171; The Ephebes'Song : Tragoidia and Polis &#187;, in &lt;i&gt;Nothing to do with Dionysos ? Athenian Drama in its Social Context&lt;/i&gt;, &#233;d. Winkler J. John et Zeitlin Froma, Princeton, Princeton Univ. Press, 1990, pp. 20-62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Voir &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=0TrMitPJ5k4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=0TrMitPJ5k4&lt;/a&gt;,&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bvirXpz9Nj0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=bvirXpz9Nj0&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&#034;https://www.colline.fr/publics/etudiants-et-jeunes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.colline.fr/publics/etudiants-et-jeunes&lt;/a&gt;, lamarmite.org, cit&#233;s dans Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine. I. Polis, op. cit&lt;/i&gt;., pp. 416-417.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.theatercombinat.com/projekte/perser/perser_genf_fr.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.theatercombinat.com/projekte/perser/perser_genf_fr.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-tumultes-2014-1-page-123.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;https://www.cairn.info/revue-tumultes-2014-1-page-123.htm&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://lamarmite.org/team/sophie-klimis/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lamarmite.org/team/sophie-klimis/&lt;/a&gt;et&lt;a href=&#034;http://lamarmite.org/evenements/les-conferences-populaires/sophie-klimis-2020/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lamarmite.org/evenements/les-conferences-populaires/sophie-klimis-2020/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Sophie KLIMIS, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis. De la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la cit&#233; des Ath&#233;niens
</title>
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		<dc:date>2026-04-24T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thibault Tranchant
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		<description>
&lt;p&gt;Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis. De la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la cit&#233; des Ath&#233;niens , Paris, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020, 456 pages. Philosophe et hell&#233;niste, la Professeure Sophie Klimis (U. Saint-Louis Bruxelles) r&#233;unit et synth&#233;tise dans Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine une partie consid&#233;rable des travaux, conf&#233;rences, articles et chapitres de livres, qu'elle a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Le fil d'Ariane&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Le fil d'Ariane&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Questions de m&#233;thode : l'&#233;lucidation&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend#outil_sommaire_1'&gt;Questions de m&#233;thode : l'&#233;lucidation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Un universalisme sans universel ?&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Un universalisme sans universel ?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie Klimis,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis. De la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la cit&#233; des Ath&#233;niens&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, Paris, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020, 456 pages.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Philosophe et hell&#233;niste, la Professeure Sophie Klimis (U. Saint-Louis Bruxelles) r&#233;unit et synth&#233;tise dans &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine&lt;/i&gt; une partie consid&#233;rable des travaux, conf&#233;rences, articles et chapitres de livres, qu'elle a consacr&#233;s &#224; ce jour &#224; Castoriadis. S. Klimis a, en effet, contribu&#233; de mani&#232;re significative ces vingt derni&#232;res ann&#233;es &#224; la compr&#233;hension de l'&#339;uvre complexe de Castoriadis, souvent r&#233;duite &#224; des poncifs ou &#224; quelques tropes st&#233;r&#233;otyp&#233;s. On lui doit notamment, avec Philippe Caumi&#232;res et Laurent Van Eynde, la publication des regrett&#233;s &lt;i&gt;Cahiers Castoriadis&lt;/i&gt;de 2006 &#224; 2013, qui furent un des vecteurs &#233;ditoriaux importants de la compr&#233;hension du texte castoriadien, de son contexte et des possibles qu'il d&#233;gage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui en libre acc&#232;s :&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Le fil d'Ariane&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le penser au travail&lt;/i&gt; n'est pas une simple collection de contributions pass&#233;es qui seraient superficiellement r&#233;unies par l'artifice d'une introduction ou d'un avant-propos. Il s'agit d'un projet &#233;ditorial ambitieux qui donne &#224; voir l'unit&#233; d'une ex&#233;g&#232;se plurielle, inform&#233;e et orient&#233;e par une connaissance rigoureuse des lettres classiques, et qui ouvre des perspectives interpr&#233;tatives nouvelles dans le champ des &#233;tudes castoriadiennes. Comme l'indique l'auteure dans son avant-propos, &lt;i&gt;Le penser en travail&lt;/i&gt; est une trilogie. &lt;i&gt;Polis. De la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la cit&#233; des Ath&#233;niens&lt;/i&gt; n'est que son premier volume. Plus qu'un simple clin d'&#339;il savant, la structure de cette trilogie reprend, en partie, celle que Castoriadis avait donn&#233;e aux six tomes des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, divis&#233;s selon cinq cat&#233;gories principales : &lt;i&gt;polis, psych&#233;, logos, koin&#244;nia, kairos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LesFigures du pensable, sixi&#232;me volume des Carrefours, comportent une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chacune de ces cat&#233;gories avait pour fonction de d&#233;limiter un &#171; domaine &#187; constitutif de la complexit&#233; du monde pouvant faire l'objet d'une &#233;lucidation partielle et m&#233;thodologiquement diff&#233;renci&#233;e (&lt;i&gt;polis, psych&#233;, logos&lt;/i&gt;), mais aussi des formes particuli&#232;res d'interventions intempestives en fonction d'un int&#233;r&#234;t pratique pour l'&#233;mancipation (&lt;i&gt;koin&#244;nia&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;kairos&lt;/i&gt;). Si ce premier volume s'int&#233;resse aux d&#233;veloppements de Castoriadis sur la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt;, les deux suivants prendront plus particuli&#232;rement pour objet la &lt;i&gt;psych&#233;&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La composition de la table des mati&#232;res des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, que S. Klimis prolonge, n'est pas qu'une simple question &#233;ditoriale. Elle renvoie, plus profond&#233;ment, &#224; la signification et au but des orientations indissociablement m&#233;thodologiques et politiques de Castoriadis. Comme le rappelle S. Klimis gr&#226;ce &#224; une citation qu'elle met en exergue d'une des sections de l'introduction &#224; son livre, Castoriadis partageait avec les poststructuralistes de son temps, je pense notamment au Derrida de &#171; La structure, le signe et jeu dans le discours des sciences humaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida,&#171; La structure, le signe et jeu dans le discours des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; (que Castoriadis avait admir&#233; en son temps et avec lequel il a entretenu une correspondance &#233;ph&#233;m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la lettre de Castoriadis &#224; Derrida du 27 ao&#251;t 1969 reproduite dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), la perspective postm&#233;taphysique selon laquelle les mots et les choses n'ont ni &#171; centre &#187; ni &lt;i&gt;arkh&#232;&lt;/i&gt;. Notre exp&#233;rience, du monde, du social et du soi est pour Castoriadis &#171; labyrinthique &#187;, non dans le sens o&#249; elle serait inintelligible, mais dans celui o&#249; leurs significations ne peuvent &#234;tre rattach&#233;es &#224; un centre, un fondement, ou &#224; un signifiant-ma&#238;tre &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; que le sujet de la connaissance devrait d&#233;couvrir par l'exercice d'une raison neutre et surplombante. Castoriadis &#233;crivait dans sa pr&#233;face aux &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; que &#171; l'entr&#233;e du Labyrinthe est imm&#233;diatement un de ses centres, ou plut&#244;t nous ne savons plus s'il est un centre, ce qu'est un centre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, &#171; Pr&#233;face &#187; aux Carrefours du labyrinthe, cit&#233; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais, &#224; la diff&#233;rence d'un Derrida pour qui la critique de l'ontoth&#233;ologie a pris la direction d'une philosophie de la diff&#233;r&lt;i&gt;a&lt;/i&gt;nce visant &#224; d&#233;ployer &#224; l'int&#233;rieur de coordonn&#233;es quasi transcendantales les effets d'une indistinction principielle du m&#234;me et de l'autre, Castoriadis s'est engag&#233; sur une voie qui, partant notamment de l'exp&#233;rience du mouvement ouvrier et du constat de la crise contemporaine de la conception galil&#233;o-cart&#233;sienne de la science, consistait &#224; repenser l'&#234;tre, l'action et la connaissance selon un concept radical de cr&#233;ation comme &#233;mergence immotiv&#233;e de nouvelles d&#233;terminations formelles (d'&lt;i&gt;eid&#232;&lt;/i&gt;). Si la totalit&#233; de notre exp&#233;rience n'a pas de &#171; centre &#187;, si elle est &#171; labyrinthique &#187;, cela ne signifie pas pour autant qu'elle n'a aucun sens assignable ou aucune forme : l'anarchie n'est pas l'absence d'ordre, elle est plut&#244;t ouverture &#224; la cr&#233;ation de &lt;i&gt;nouvelles formes&lt;/i&gt;. Ainsi, le titre m&#234;me des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; et la classification quintipartite des textes que l'on y trouve font signe vers une reprobl&#233;misation de probl&#232;mes classiques de la philosophie &#224; partir d'un concept radical de cr&#233;ation eid&#233;tique. Ils supposent une probl&#233;matisation an-archique de l'&#234;tre, de la connaissance et de l'action. La division des &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; en cinq cat&#233;gories est par cons&#233;quent un des fils d'Ariane qu'a suivis Castoriadis pour s'orienter dans le &#171; labyrinthe &#187; que sont pour nous l'&#234;tre, l'action et la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
En prolongeant une telle cat&#233;gorisation et en faisant &#233;cho au th&#232;me du &#171; labyrinthe &#187;, S. Klimis aborde de front la question difficile de la sp&#233;cificit&#233; de l'approche castoriadienne de la philosophie, &#224; la fois dans son unit&#233; intentionnelle constitutive et dans la diversit&#233; de ses d&#233;ploiements r&#233;gionaux. &#192; cette fin, la th&#232;se qui traverse ce volume et qui structurera les deux suivants est que la sp&#233;cificit&#233; de la pratique th&#233;orique de Castoriadis est d'&#234;tre un &lt;i&gt;prattein-poiein&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;un faire th&#233;orique cr&#233;ateur de ses propres d&#233;terminations visant une effectivit&#233; pratique&lt;/i&gt;. &#171; Je pose ici qu'&#224; suivre Castoriadis, le &#8220;projet de th&#233;orie&#8221; rel&#232;ve d'une philosophie qui se reconna&#238;trait enfin en tant que cr&#233;ation th&#233;orique, &lt;i&gt;poi&#232;sis th&#233;&#244;r&#232;tik&#232;&lt;/i&gt;, en droit interminable et revendiquant d&#232;s son invention une forme d'effectivit&#233; pratique. Il nous faudra donc aussi penser la philosophie comme &#233;tant la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; sp&#233;cifique d'une performance de pens&#233;e qui peut transformer le monde commun et la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 45.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est &#224; caract&#233;riser la signification de ce &#171; projet de th&#233;orie &#187; que sont consacr&#233;s les trois tomes de &lt;i&gt;Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine.&lt;/i&gt; &#192; cet &#233;gard, l'ouvrage de S. Klimis pr&#233;sente une qualit&#233; rare, qui est de tenir ensemble, sans r&#233;v&#233;rence particuli&#232;re, l'exigence d'une caract&#233;risation g&#233;n&#233;rale d'une pens&#233;e et celle d'un commentaire minutieux de ses diverses ramifications. Pour ce faire, la d&#233;monstration de l'auteure s'appuie principalement sur la lecture castoriadienne de la cr&#233;ation ath&#233;nienne. Cette r&#233;f&#233;rence s'impose naturellement, non simplement en raison d'une des sp&#233;cialisations disciplinaires de l'auteure, mais du fait que, pour Castoriadis, la pratique ath&#233;nienne &#233;tait le &#171; germe &#187; de la cr&#233;ation du &lt;i&gt;prattein-poiein&lt;/i&gt;, qu'il revendique et dont il souhaitait prolonger l'esprit en acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Plut&#244;t que de r&#233;sumer platement les temps forts de l'ouvrage, je souhaite me concentrer sur deux enjeux compl&#233;mentaires traversant l'ensemble de ce livre, ceux de la m&#233;thode et de l'universalit&#233; chez Castoriadis. L'un des int&#233;r&#234;ts majeurs du livre de S. Klimis est d'avoir restitu&#233; et comment&#233; avec rigueur la m&#233;thode castoriadienne de l'&#171; &#233;lucidation &#187; et d'avoir probl&#233;matis&#233; le statut que l'universel est susceptible (ou non) d'y occuper.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Questions de m&#233;thode : l'&#233;lucidation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre, intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Eidos&lt;/i&gt;. Qu'est-ce qu'une &#8220;figure du pensable&#8221; social-historique ? &#187;, repart d'une des questions les plus difficiles pos&#233;es par l'&#339;uvre castoriadienne, je veux dire le rapport qu'elle institue entre l'&#234;tre, le sujet de la connaissance et l'autonomie moyennant une conceptualisation nouvelle de la notion antique de forme. Comme le rappelle l'auteure en ouverture de ce chapitre, la philosophie de Castoriadis pr&#233;sente une r&#233;&#233;criture originale du concept antique d'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt;. Si, d'Hom&#232;re &#224; H&#233;rodote, &lt;i&gt;eid&#244;&lt;/i&gt; signifiait &#171; voir &#187; et &lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; &#171; la configuration ordonn&#233;e qui appara&#238;t au regard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 69.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, Platon a, comme on sait, donn&#233; une signification m&#233;taphysique &#224; ce mot courant de la langue grecque, contre laquelle Castoriadis s'est &#224; son tour dress&#233; afin de faire &#233;clater la &#171; pens&#233;e h&#233;rit&#233;e &#187;. L'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt;, chez Castoriadis, n'est pas une id&#233;alit&#233; m&#233;taphysique substantielle &#224; laquelle participent les &#234;tres particuliers, mais une cr&#233;ation id&#233;elle &#224; laquelle correspond une unit&#233; formelle contingente et qui permet une certaine vis&#233;e de v&#233;rit&#233;. La connaissance n'est pas la contemplation d'id&#233;alit&#233;s m&#233;taphysiques, mais la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; d'une &#171; figure du pensable &#187; afin de donner &#224; voir, &#224; penser, &#224; conna&#238;tre une objectivit&#233; ph&#233;nom&#233;nale (l'&#233;tant) &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; irr&#233;ductible &#224; sa ph&#233;nom&#233;nalisation (l'&#234;tre). Comme l'&#233;crit S. Klimis : &#171; l'expression &#8220;figure du pensable&#8221; masque donc un oxymore : l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; est une &lt;i&gt;cr&#233;ation de v&#233;rit&#233; objective&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 70.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. S. Klimis souligne sur ce point, ce qui est rare dans l'ex&#233;g&#232;se castoriadienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 117-118.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la proximit&#233; de Castoriadis avec la d&#233;finition deleuzo-guatarrienne de la philosophie comme &#171; cr&#233;ation de concepts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Un des moments centraux de l'activit&#233; de penser est la cr&#233;ation, gr&#226;ce &#224; la lib&#233;ration de l'imagination productrice, de la forme id&#233;elle, d'un &#171; sch&#232;me &#187;, &#224; partir de laquelle l'objectivit&#233; est constitu&#233;e. D'o&#249; chez Castoriadis un d&#233;passement philosophique de la notion de v&#233;rit&#233; comme simple ad&#233;quation pour la caract&#233;riser comme un &#171; mouvement de v&#233;rit&#233; &#187; (que S. Klimis n'h&#233;site pas &#224; rapprocher de la d&#233;finition badiousienne de la v&#233;rit&#233; philosophique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), c'est-&#224;-dire comme dialectique continue entre une objectivit&#233; cr&#233;atrice de ses propres d&#233;terminations et une subjectivit&#233; cr&#233;atrice de ses sch&#232;mes, percepts et affects. L'une des originalit&#233;s de la notion d'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; chez Castoriadis ne r&#233;side donc pas uniquement dans la mani&#232;re dont elle historicise le sujet transcendantal &#224; partir d'un concept radical de cr&#233;ation formelle, ce qui la ferait tomber dans une forme plate de constructivisme abstrait, mais dans la mani&#232;re dont elle dialectise subjectivit&#233; et objectivit&#233; po&#239;&#233;tiques &lt;i&gt;en vue de la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;. C'est la raison pour laquelle Castoriadis entendait se distancier des approches arch&#233;ologiques h&#233;rit&#233;es du &#171; premier Foucault &#187; (celui de &lt;i&gt;Les mots et les choses&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;L'arch&#233;ologie du savoir&lt;/i&gt;), qui, d'apr&#232;s lui, occultent l'ext&#233;riorit&#233; de la pens&#233;e en rebattant l'acte de conna&#238;tre et sa pratique historique sur la succession d'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;s&lt;/i&gt;. Si Foucault et Castoriadis partageaient une certaine forme de sociologie de la connaissance selon laquelle l'acte de conna&#238;tre poss&#232;de une m&#233;diation sociale &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, Castoriadis entendait cependant penser la pratique &#233;pist&#233;mique comme un rapport cr&#233;ateur entre objectivit&#233; et subjectivit&#233; : non seulement le sujet de la connaissance, toujours socialement d&#233;termin&#233;, cr&#233;e des &#171; formes du pensable &#187;, mais celles-ci sont expos&#233;es, dans le mouvement de la d&#233;couverte scientifique, &#224; une ext&#233;riorit&#233; qui am&#232;ne &#224; son tour le sujet &#224; s'interroger sur le contenu de sa cr&#233;ativit&#233; cat&#233;gorielle. Comme le dit S. Klimis, Castoriadis &#171; fait imploser la dichotomie stricte entre &#8220;sujet&#8221; et &#8220;objet&#8221; de la connaissance : son concept d'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; suppose que l'&#234;tre soi d&#233;j&#224; form&#233; au niveau du r&#233;el mais sans &#234;tre r&#233;ifi&#233; en substance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 70.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
On comprend que Castoriadis n'&#233;tait pas un constructiviste &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt;. S'il existe bel et bien un &#171; moment constructiviste &#187; dans la mani&#232;re dont il con&#231;oit la v&#233;rit&#233; et la pratique cr&#233;atrice du sujet de la connaissance, il demeure qu'il situe la cr&#233;ation cat&#233;gorielle par rapport &#224; un r&#233;alisme ontologique pluraliste inspir&#233; de la m&#233;taphysique plurir&#233;gionale d'Aristote. C'est ce que rappelle opportun&#233;ment S. Klimis en soulignant que la cr&#233;ation d'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt;, donc d'une &#171; figure du pensable &#187;, est toujours chez Castoriadis bic&#233;phale, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;particuli&#232;re&lt;/i&gt;. Si, d'un c&#244;t&#233;, il s'agit toujours de donner &#224; penser des articulations ontologiques g&#233;n&#233;rales, c'est-&#224;-dire &#224; l'instar d'Aristote des r&#233;gions de l'&#234;tre (des &#171; strates &#187;, selon sa terminologie), il s'agit aussi, d'un autre c&#244;t&#233;, de penser la sp&#233;cificit&#233; historique des cr&#233;ations eid&#233;tiques dans chacune des r&#233;gions (ou &#171; strates &#187;). Comme l'&#233;crit l'auteure dans le cas de la cr&#233;ation social-historique : &#171; cerner l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; du social-historique suppose pour Castoriadis de d&#233;gager ses &#8220;universaux trans-historiques&#8221; &#8211; c'est-&#224;-dire les traits g&#233;n&#233;raux valant pour toutes les formes social-historiques &#8211; tout autant que les traits particuliers qui caract&#233;risent l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt; de telle forme social-historique et d'elle seule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 71.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La philosophie de Castoriadis est donc ce que l'on pourrait oser nommer une forme &#171; concr&#232;te &#187; de constructivisme, dans le sens o&#249; elle con&#231;oit l'acte de conna&#238;tre comme un proc&#232;s de ph&#233;nom&#233;nalisation tout en cherchant &#224; d&#233;gager, en vue de la v&#233;rit&#233;, une objectivit&#233; ontologique par/dans la cr&#233;ation de d&#233;terminations de pens&#233;e et en prenant acte de la &lt;i&gt;position&lt;/i&gt; du sujet, c'est-&#224;-dire de son immersion dans une objectivit&#233; plurielle, cr&#233;atrice, qui le traverse et &#224; laquelle il participe. &#192; cet &#233;gard, il y aurait dans la philosophie de Castoriadis, ce serait une piste interpr&#233;tative int&#233;ressante que S. Klimis ne poursuit pas malgr&#233; le rapprochement qu'elle fait entre Deleuze et Castoriadis, quelque chose d'assez semblable &#224; ce qu'Anne Sauvagnargues avait nomm&#233; l'&#171; empirisme transcendantal &#187; dans le cas deleuzien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne Sauvagnargues, Deleuze : l'empirisme transcendantal, Paris, PUF, 2009.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : une voie singuli&#232;re pour historiciser le sujet transcendantal moyennant sa participation &#224; une totalit&#233; ontologique cr&#233;atrice qui le constitue et le traverse (la &#171; synth&#232;se passive &#187;, chez Deleuze). Quoi qu'il en soit, la position de Castoriadis semble toutefois prise dans une contradiction, puisqu'elle &#233;nonce la finitude du sujet de la connaissance tout en faisant de l'appr&#233;hension de l'en soi l'une de ses t&#226;ches propres. Comment penser l'&#234;tre d&#232;s lors qu'il n'est donn&#233; que pour un sujet fini moyennant la cr&#233;ation libre de son imagination ? Comment Castoriadis peut-il continuer &#224; vouloir penser l'&#234;tre &lt;i&gt;apr&#232;s la finitude&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reprends librement le titre d'un ouvrage de Quentin Meillassoux afin de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? L'une des forces du commentaire de S. Klimis est de nous faire comprendre l'op&#233;ration m&#233;thodologique qui rend possible chez Castoriadis la r&#233;introduction d'une dogmatique ontologique &#224; l'int&#233;rieur des coordonn&#233;es postkantiennes de sa th&#233;orie de la connaissance. Cette op&#233;ration, c'est l'&lt;i&gt;&#233;lucidation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour nous la faire comprendre, S. Klimis situe Castoriadis dans le temps long de l'histoire de la philosophie et montre ce qu'il doit &#224; la fr&#233;quentation d'Aristote et de Marx. Dans sa &lt;i&gt;Constitution des Ath&#233;niens&lt;/i&gt;, Aristote ne s'&#233;tait pas livr&#233; &#224; une simple consignation des lois, pratiques et institutions politiques des Ath&#233;niens. Il conceptualisa plut&#244;t, comme le soulign&#232;rent Nicole et Patrice Loraux (sur lesquels S. Klimis s'appuie ici), la &#171; &#8220;forme pure&#8221; de la &lt;i&gt;politeia&lt;/i&gt; d&#233;mocratique [&#8230;] dans son incarnation concr&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il s'est agi pour Aristote, &#224; partir du particulier et de la diversit&#233; des faits, de penser le g&#233;n&#233;ral, le &lt;i&gt;katholou&lt;/i&gt;, de la constitution d&#233;mocratique selon l'une des voies possibles du raisonnement qui va des choses connues de nous vers les principes. &#171; Le projet aristot&#233;licien est sous-tendu par une profonde tension : il oscille entre &#8220;rendre raison&#8221; de la singularit&#233; de la cit&#233; des Ath&#233;niens et la transfigurer en paradigme, afin de d&#233;gager la forme &#8220;g&#233;n&#233;rique&#8221; de toute &lt;i&gt;politeia&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 157.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Lecteur admiratif d'Aristote, Marx a &#233;t&#233; sensible &#224; cette orientation m&#233;thodologique aristot&#233;licienne afin de conceptualiser le capital comme &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; historique de l'activit&#233; sociale. Comme le souligne opportun&#233;ment S. Klimis, Marx avait lou&#233; Aristote dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; pour avoir &#233;t&#233; &#171; un grand chercheur qui, le premier, a analys&#233; la forme valeur, ainsi que tant de formes de pens&#233;e, de formes de soci&#233;t&#233; et de formes de la nature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Das Kapital, Haburg, Nikol Vergal, 2016, p. 32 cit&#233; dans Sophie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, en effet, n'&#233;tait pas un trait&#233; d'&#233;conomie &#224; strictement parler, mais, dans le prolongement de la d&#233;finition kantienne de la notion de critique, une restitution des conditions de possibilit&#233; de la forme moderne des rapports sociaux et des discours scientifiques qui les objectivent (l'&#233;conomie politique). L'enjeu du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; est de rendre pensable la constitution de la forme proprement moderne de l'universel concret, ou en d'autres termes la forme capitaliste de l'&#234;tre-social, qui, selon l'ontologie marxienne du social, proc&#232;de du travail comme activit&#233; g&#233;n&#233;rique de l'&#234;tre humain. Pour ce faire, Marx conduit son enqu&#234;te, selon S. Klimis, d'une mani&#232;re analogue (ce qui ne veut pas dire identique) &#224; celle d'Aristote dans le cas de la &lt;i&gt;politeia&lt;/i&gt; ath&#233;nienne. Repartant des &#171; choses connues de nous &#187;, il cr&#233;e r&#233;trospectivement une &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt;&#224; partir de mat&#233;riaux h&#233;t&#233;rog&#232;nes tels que les enqu&#234;tes ouvri&#232;res, les textes juridiques ou les trait&#233;s d'&#233;conomie, ceux pr&#233;cis&#233;ment qui d&#233;coulent de la constitution capitaliste de la coop&#233;ration sociale. L'&#233;lucidation marxienne de la forme capitaliste de l'&#234;tre-social est cr&#233;ation d'un sch&#232;me du pensable (le concept de capital comme mise en forme, mise en sens de l'activit&#233; coop&#233;rative) &#224; laquelle correspond une objectivit&#233; formelle d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e. C'est, de fait, cette dimension poi&#233;tique de la m&#233;thode que Marx soulignait contre l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien dans son introduction aux &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;. S'il consid&#233;rait avec Hegel que la scientificit&#233; requiert l'appr&#233;hension unitaire et synth&#233;tique de la diversit&#233; des &#233;l&#233;ments isol&#233;s par l'entendement, il soulignait par ailleurs que le concept est distinct de l'&#234;tre ; il est un artifice produit par le sujet en vue de conna&#238;tre une objectivit&#233; &#224; laquelle il participe, mais &#224; laquelle il ne s'identifie jamais pleinement : &#171; Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx,Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, trad. M. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les concepts de &#171; forme-valeur &#187;, &#171; forme-argent &#187;, &#171; forme-marchandise &#187;, de &#171; capital &#187;, etc. demeurent des cr&#233;ations eid&#233;tiques, bien qu'elles soient rendues possibles par un d&#233;veloppement objectif des rapports sociaux auquel le sujet connaissant participe. C'est ce rapport entre, objectivit&#233;, cr&#233;ation eid&#233;tique et participation que d&#233;signe la notion d'&#233;lucidation : cr&#233;er le concept, c'est cr&#233;er une &#171; forme du pensable &#187; visant &#224; restituer les configurations formelles que l'&#234;tre est susceptible d'adopter, ce qui n'est possible qu'en raison de la position du sujet connaissant dans une totalit&#233; vivante. De ce point de vue, le probl&#232;me kantien de la finitude, qui interdit de penser l'&#234;tre en soi par-del&#224; sa ph&#233;nom&#233;nalisation par le sujet transcendantal, n'en est un qu'&#224; condition de pr&#233;supposer une conception abstraite, d&#233;sincarn&#233;e, du sujet de la connaissance : si l'&#234;tre et ses formes sont dicibles par-del&#224; leur ph&#233;nom&#233;nalisation, c'est en raison du fait que nous faisons partie de la chair du monde. Comme le disait Michel Freitag, tr&#232;s proche en cela de la triade Aristote-Marx-Castoriadis que S. Klimis restitue, le rapport d'objectivation symbolique du sujet &#224; l'objet n'est possible que parce que le sujet est constitu&#233; par l'objectivit&#233; &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; de pouvoir l'objectiver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Freitag, Dialectique et soci&#233;t&#233;, II. Introduction &#224; une th&#233;orie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa terminologie propre, c'est ce que Castoriadis appelait le &#171; principe d'ind&#233;cidabilit&#233; des origines &#187;, selon lequel &#171; toute connaissance est une coproduction et, dans les cas non triviaux, nous ne pouvons pas vraiment s&#233;parer ce qui vient du &#8220;sujet&#8221; et ce qui vient de l'&#8220;objet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, &#171; Port&#233;e ontologique de l'histoire de la science &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Pour S. Klimis, Castoriadis h&#233;rite de cette fa&#231;on originale, que l'on retrouve d'Aristote &#224; Marx, de dialectiser cr&#233;ation conceptuelle et objectivit&#233; formelle. Or, ajoute l'auteure, l'&#233;lucidation a ceci de singulier qu'elle ne vise pas la cr&#233;ation conceptuelle pour elle-m&#234;me, &lt;i&gt;mais pour bien vivre&lt;/i&gt;. Elle est intrins&#232;quement motiv&#233;e et constitu&#233;e par un int&#233;r&#234;t pratique, son principe et sa fin sont une &lt;i&gt;subjectivation &#233;thique&lt;/i&gt;. C'est en ce sens que S. Klimis peut dire que la philosophie de Castoriadis est un &lt;i&gt;prattein-poiein&lt;/i&gt;, qu'elle est une pratique r&#233;flexive de la pens&#233;e visant son effectivit&#233; pratique. Il est vrai que l'on retrouve cette orientation pratique de la cr&#233;ation conceptuelle d&#232;s Aristote. Dans le livre 2 de l'&lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, par exemple, Aristote soulignait que d&#233;finir l'essence de la vertu n'a pas pour fin de constituer une th&#233;orie de la vertu, mais de devenir soi-m&#234;me vertueux : &#171; ce n'est pas en effet pour savoir ce qu'est la vertu que nous nous livrons &#224; un examen, mais pour devenir bon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote,&#201;thique &#224; Nicomaque, trad. R. Bod&#233;&#252;s, Paris, Flammarion, 2004, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cr&#233;er le concept de vertu, restituer son essence par une d&#233;finition, a pour fin de se cr&#233;er soi-m&#234;me comme vertueux, c'est-&#224;-dire de d&#233;velopper la disposition (&lt;i&gt;hexis&lt;/i&gt;) ad&#233;quate envers ses affections. Une remarque semblable peut &#234;tre faite dans le cas de Marx. Comme l'a bien soulign&#233; Emmanuel Renault, l'op&#233;ration critique chez Marx n'est pas uniquement redevable de sa d&#233;finition kantienne. Elle est redoubl&#233;e par un int&#233;r&#234;t pratique qui aboutit &#224; une d&#233;finition nouvelle de l'op&#233;ration critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Renault,Marx et l'id&#233;e de critique, Paris, PUF, 1995.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Critiquer n'est pas uniquement expliquer les conditions de possibilit&#233; d'une objectivit&#233; ph&#233;nom&#233;nalis&#233;e, c'est aussi &lt;i&gt;prendre parti&lt;/i&gt; en faveur du d&#233;veloppement de la raison dans l'histoire. La critique de l'&#233;conomie politique vise &#224; restituer les conditions sociales et &#233;conomiques qui rendent son discours efficient et &#171; vrai &#187;, mais elle veut aussi, et surtout, montrer qu'elle camoufle et justifie une contradiction, une irrationalit&#233;, qu'il convient de d&#233;passer, c'est-&#224;-dire la division ali&#233;nante des rapports sociaux selon la logique de la forme-valeur. La critique de l'&#233;conomie politique est une cr&#233;ation conceptuelle motiv&#233;e par un int&#233;r&#234;t pratique en faveur de l'&#233;mancipation, et elle est ins&#233;parable &#224; cet &#233;gard d'un proc&#232;s de subjectivation &#233;thique : l'identification et l'essor de la conscience de classe r&#233;volutionnaire. La critique de l'&#233;conomie politique est de ce point de vue un &lt;i&gt;prattein-poiein&lt;/i&gt;, un faire th&#233;orique cr&#233;ateur, dans le sens o&#249; elle est a pour enjeu une certaine effectivit&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La lecture que fait S. Klimis d'Aristote et de Marx est instruite par le geste philosophique de Castoriadis. En un sens, c'est ce dernier, qui visait &#224; repenser les questions centrales de la &#171; pens&#233;e h&#233;rit&#233;e &#187; &#224; partir d'un concept radical de cr&#233;ation formelle en vue de l'autonomie, qui permet de mieux comprendre, r&#233;trospectivement, ce qu'Aristote et Marx ont fait. La critique castoriadienne de la &#171; pens&#233;e h&#233;rit&#233;e &#187; nous donne &#224; voir, malgr&#233; leurs tendances nomologiques (Marx) ou ontoth&#233;ologiques (Aristote), la fra&#238;cheur du &lt;i&gt;prattein-poieien&lt;/i&gt; qui orientait leur pens&#233;e et qui lui donnait tout son dynamisme. Car, comme le souligne l'auteure, il y eut &#171; d'importantes tensions [&#8230;] entre ce que Marx &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; et ce que son texte &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Si la conceptualisation de la forme propre du capital par Marx est le r&#233;sultat d'une &#171; &#233;lucidation &#187;, il n'en demeure pas moins qu'elle d&#233;boucha &#8211; ce fut le sens de la critique de Marx pas Castoriadis &#224; partir de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1950 &#8211; sur des formulations positivistes et nomologistes qui tendent &#224; oblit&#233;rer la concr&#233;tude des rapports sociaux capitalistes (la lutte des classes) pour ne voir en eux que l'effet d'un d&#233;veloppement historique &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien entendu, ce premier volume de &lt;i&gt;Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine&lt;/i&gt; ne se contente pas de faire de Castoriadis un h&#233;ritier de Marx et d'Aristote et ne consiste pas seulement &#224; faire ressortir l'originalit&#233; de &#171; l'&#233;lucidation &#187;. Je me suis arr&#234;t&#233; longuement sur ce th&#232;me, car il m'a paru &#234;tre l'une des contributions les plus originales qu'offre ce livre &#224; la compr&#233;hension du texte castoriadien et, au-del&#224;, un socle m&#233;thodologique favorable &#224; sa mobilisation effective dans diff&#233;rents champs pratiques ou th&#233;oriques. Poursuivre Castoriadis signifiera, ce que souligne par ailleurs l'auteure en conclusion de ce premier tome, continuer avec et contre lui &#8211; comme il le fit soit dit en passant avec Marx &#8211; d'&#233;lucider ce qui est, au sens technique de ce terme propos&#233; par Castoriadis, depuis et en vue de l'autonomie. Cela dit, bien plus qu'un livre sur la m&#233;thode de Castoriadis, l'ouvrage de S. Klimis offre de nombreux d&#233;veloppements circonstanci&#233;s sur diff&#233;rents aspects de la pens&#233;e de Castoriadis lors desquels elle explore les d&#233;bouch&#233;s de l'&#233;lucidation castoriadienne de la cr&#233;ation ath&#233;nienne. S. Klimis propose ainsi un parcours rigoureux sur la question de la d&#233;finition du social-historique (chapitre 1), sur les conditions imaginaires de la cr&#233;ation d&#233;mocratique ath&#233;nienne (chapitre 2) et, enfin, sur la sp&#233;cificit&#233; de la forme de vie d&#233;mocratique o&#249; les questions de la &lt;i&gt;paideia&lt;/i&gt; et de la subjectivation autonome sont trait&#233;es avec profondeur (chapitre 3). Le lecteur pourra appr&#233;cier la richesse de ces d&#233;veloppements qui, dans chacun des cas, s'appuie sur une litt&#233;rature secondaire cons&#233;quente tout en offrant des inflexions originales gr&#226;ce &#224; une connaissance &#233;rudite des lettres classiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Un universalisme sans universel ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'un des enjeux majeurs traversant ce premier volume de &lt;i&gt;Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine&lt;/i&gt; est la question de l'universel. Je dirais m&#234;me que le livre de S. Klimis permet de circonscrire cette question comme l'un des lieux le plus vif et pol&#233;mique de la r&#233;flexion castoriadienne, aussi bien pour elle-m&#234;me que dans le cadre des nouvelles coordonn&#233;es th&#233;orico-pratiques qu'imposent aujourd'hui les critiques de l'universalisme abstrait par les f&#233;minismes et les d&#233;colonialismes postmodernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
S. Klimis estime que Castoriadis &lt;i&gt;n&lt;/i&gt;'&#233;tait &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; un penseur de l'universel, mais plut&#244;t du &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; en raison de son approche singuli&#232;re, l'&#233;lucidation, des rapports entre l'&#234;tre, le conna&#238;tre et le faire. Castoriadis, en effet, h&#233;rite de la th&#232;se aristot&#233;licienne selon laquelle la m&#233;thode doit s'adapter &#224; l'objet de l'enqu&#234;te et de la recherche. Non seulement on ne peut rechercher de la m&#234;me mani&#232;re dans chacun des domaines de l'&#234;tre, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans celui des choses humaines (&lt;i&gt;ta anthr&#244;pina&lt;/i&gt;), mais on ne saurait non plus faire de la v&#233;rit&#233; th&#233;orique propre &#224; la connaissance des objets suprasensibles l'&#233;talon de la rectitude dans le domaine pratique. C'est, par exemple, ce que rappelle le Stagirite dans le livre 2 de l'&lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt; avant de commenter l'opinion commune selon laquelle la vertu morale consiste &#224; &#171; agir selon la raison correcte &#187; (&lt;i&gt;kata ton orthon logon&lt;/i&gt;) : comprendre ce que signifie cette expression n&#233;cessite de &#171; renoncer &#224; la rigueur, conform&#233;ment &#224; la r&#232;gle [&#8230;] selon laquelle il faut exiger les arguments appropri&#233;s &#224; la mati&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote,&#201;thique &#224; Nicomaque,op. cit., p. 103 [1104 a 1-10].&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il faudra, dans ce cas, comprendre l'expression &#171; agir selon la raison correcte &#187; non pas comme la connaissance et l'application d'une r&#232;gle universelle, mais comme l'orientation de l'action selon une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale sensible &#224; la diversit&#233; des contextes et aux &#171; circonstances opportunes &#187;. D'o&#249; cette th&#232;se bien connue d'Aristote selon laquelle la vertu morale ne consiste pas &#224; appliquer une r&#232;gle &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et universelle, mais &#224; viser un &#171; milieu relatif &#224; nous &#187; dans des circonstances contingentes, ce qui requiert de d&#233;velopper sa facult&#233; de juger et de d&#233;velopper une disposition (&lt;i&gt;hexis&lt;/i&gt;) plut&#244;t qu'une connaissance abstraite du bien. L'homme prudent n'appuie pas son action sur un raisonnement qui irait de l'universel au particulier, car, dans le domaine pratique, on ne peut pr&#233;tendre qu'au g&#233;n&#233;ral. S. Klimis a tout &#224; fait raison de souligner le rapport qu'entretient Castoriadis avec cette critique de l'universel th&#233;orique dans le &#171; domaine de l'homme &#187;. Ainsi qu'elle le souligne dans le cas de la recherche sociologique et historique chez Castoriadis et de ses implications pratiques : &#171; ce n'est pas la question strictement th&#233;orique de l'universel qui constitue l'enjeu central de sa recherche. Bien plut&#244;t, il s'agit de comprendre la singularit&#233; du processus d'autocr&#233;ation d'une forme g&#233;n&#233;rale de la soci&#233;t&#233;, dans un processus de compr&#233;hension qui transforme en retour l'inscription social-historique du chercheur lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie Klimis, Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Non seulement Castoriadis excluait que la connaissance des &#171; choses humaines &#187; p&#251;t pr&#233;tendre &#224; l'universalit&#233; (ce qui ne signifie pas qu'il n'est pas possible de conceptualiser une forme &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; du social-historique et de ses &#171; universaux &#187; constitutifs, c'est-&#224;-dire ses invariants g&#233;n&#233;raux tels que le langage, l'&#233;ducation ou le pouvoir), mais l'ensemble de sa r&#233;flexion pratique &#233;tait orient&#233; &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; la d&#233;termination de la pratique depuis le lieu d'une th&#233;orie &#224; pr&#233;tention universelle comme voulut l'&#234;tre, par exemple, le mat&#233;rialisme historique. Que l'&#339;uvre de Castoriadis soit motiv&#233;e par une critique forte de l'universel dans le domaine pratique, tant du point de vue de l'action comme telle que de celui de la connaissance de ses conditions sociales et historiques, c'est ce dont on peut se convaincre ais&#233;ment en consultant sa trajectoire intellectuelle allant de sa critique du marxisme-l&#233;ninisme dans &lt;i&gt;Socialisme ou Barbarie&lt;/i&gt; jusqu'&#224; celle de Platon dans &lt;i&gt;Sur&lt;/i&gt; Le politique &lt;i&gt;de Platon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Qu'il y ait une critique de l'universel dans le domaine du jugement pratique et dans celui de la connaissance social-historique par Castoriadis, cela est ind&#233;niable. De ce constat, l'auteure tire toutefois une conclusion qui m&#233;rite d'&#234;tre comment&#233;e en raison de la polys&#233;mie de la notion d'universel. En effet, dans les pages conclusives de son livre, S. Klimis soutient que l'une des le&#231;ons importantes de Castoriadis pour le philosophe et le citoyen est de &#171; renoncer &#224; l'universel &#187; au profit du &lt;i&gt;katholou,&lt;/i&gt; du g&#233;n&#233;ral. Il vaut la peine de citer le passage &lt;i&gt;in extenso :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour qui souhaite conserver la pr&#233;misse de base de l'analyse de Castoriadis, &#224; savoir que le social-historique est cr&#233;ation, il serait contradictoire de pr&#233;tendre pouvoir d&#233;gager des lois universelles du social-historique, valables en tous temps et en tous lieux. Sommes-nous pour autant renvoy&#233;s &#224; la multiplicit&#233; indiscernable de tous les contextes empiriques ? La philosophie, doit-elle c&#233;der la place &#224; l'analyse socio-politique situ&#233;e, afin d'expier ses tentations m&#233;taphysiques d'unit&#233;/totalit&#233; compr&#233;hensive ? Je ne le pense pas, pour autant qu'on renonce &#224; cette notion d'universel, sans chercher &#224; r&#233;aliser la quadrature du cercle avec des notions telles que celles d'&#171; universel lat&#233;ral &#187; ou d'&#171; universel concret &#187;, etc. Le &lt;i&gt;katholou&lt;/i&gt; tel qu'Aristote l'a th&#233;matis&#233; me semble &#224; cet &#233;gard offrir une alternative int&#233;ressante, moyennant sa r&#233;&#233;laboration th&#233;orique, car Aristote ne l'avait pas utilis&#233; pour penser le social-historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 380.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la critique par Castoriadis de l'universel dans les domaines du jugement et de la connaissance du social-historique, bien r&#233;elle et tr&#232;s justement restitu&#233;e par S. Klimis, ne le conduit pas pour autant &#224; abandonner une forme volontariste d'&lt;i&gt;universalisme politique&lt;/i&gt;, ce qui me semble cette fois insuffisamment th&#233;matis&#233; par l'auteure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans un article r&#233;cent, Genevi&#232;ve Gendreau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genevi&#232;ve Gendreau, &#171; Historicit&#233; et responsabilit&#233; : sur la relativit&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a soulign&#233; en s'appuyant sur un d&#233;bat entre Castoriadis et le MAUSS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis,D&#233;mocratie et relativisme : d&#233;bat avec le MAUSS, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que l'&#233;lucidation des formes social-historiques ne d&#233;bouche pas sur un &#171; relativisme &#187;, mais est conditionn&#233;e par un choix normatif explicite en faveur du &#171; projet d'autonomie &#187; (ce que S. Klimis rel&#232;ve aussi tout au long de son ouvrage) et se prolonge par une &#233;valuation nette des soci&#233;t&#233;s dans l'espace et le temps (ce qui justement fait l'objet de mon commentaire). Comme l'&#233;crit bien G. Gendreau :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On retrouve en effet chez Castoriadis, 1/ d'une part, la conscience extr&#234;mement fine, digne du culturalisme le plus abouti [&#8230;], de l'&#233;gale dignit&#233; ontologique et anthropologique des soci&#233;t&#233;s, en vertu de la richesse, de la complexit&#233;, de la coh&#233;rence et de la compl&#233;tude des ressources symboliques et imaginaires qu'elles d&#233;ploient et de la puissance des significations imaginaires sociales qui les meuvent ; mais, 2/ d'autre part, l'affirmation forte, explicite, de l'in&#233;galit&#233; &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; des soci&#233;t&#233;s, c'est-&#224;-dire la revendication politique envers le projet d'autonomie et, par suite, le rejet de toute forme d'h&#233;t&#233;ronomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genevi&#232;ve Gendreau, &#171; Historicit&#233; et responsabilit&#233; : sur la relativit&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Castoriadis affirmait en effet que &#171; rien dans ce que j'ai dit ou &#233;crit ne m'engage &#224; &#8220;respecter les diff&#233;rences&#8221; &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; respecter les diff&#233;rences. Je ne respecte pas l'h&#233;t&#233;ronomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, &#171; Fait et &#224; faire &#187;, dans Les carrefours du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
S'il est donc vrai que Castoriadis nous apprend &#224; &#171; renoncer &#224; l'universel &#187; en faveur du g&#233;n&#233;ral, tout particuli&#232;rement dans le domaine du jugement et de la connaissance des choses humaines, il serait faux de dire qu'il nous am&#232;ne &#224; abandonner l'universalisme, c'est-&#224;-dire, comme nous le rappellent &#201;tienne Balibar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne Balibar, Des universels : essais et conf&#233;rences, Paris, Galil&#233;e, 2016.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Souleymane Bachir Diagne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Souleymane Bachir Diagne, &#171; Penser l'universel avec &#201;tienne Balibar &#187;,Raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&lt;i&gt;&#233;nonciation politique de l'universel&lt;/i&gt;. &#171; On parlera d'universalisme pour marquer la position de celui qui d&#233;clare universelle sa propre particularit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle, En qu&#234;te d'Afrique(s) : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, ce qui ouvre, bien entendu, l'exposition d'une telle &#233;nonciation &#224; une demande de justification. Ainsi, l'universalisme se distingue de l'universel comme le performatif se distingue de l'assertif : si le premier entend produire des effets et cr&#233;er une v&#233;rit&#233;, le second s'ajuste au monde selon une exigence de v&#233;ridiction. Renoncer &#224; l'&#233;talon d'une v&#233;rit&#233; logico-math&#233;matique dans le &#171; domaine de l'homme &#187; ne conduit donc pas n&#233;cessairement &#224; abandonner le projet de la cr&#233;ation d'une v&#233;rit&#233; politique, soit d'une institution d'une &#233;nonciation de l'universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La position de Castoriadis relativement &#224; l'universel et &#224; l'universalisme peut trouver un &#233;clairage gr&#226;ce &#224; l'interpr&#233;tation balibarienne de la &#171; strat&#233;gie de disjonction &#187; de l'universel. Dans &lt;i&gt;Des universels&lt;/i&gt;, Balibar montre comment l'on trouve chez des auteurs comme Spinoza et Wittgenstein, malgr&#233; leurs diff&#233;rences, une strat&#233;gie visant &#224; distinguer, sans pourtant les d&#233;sarticuler compl&#232;tement, universalit&#233; th&#233;orique et universalit&#233; pratique. Chez Wittgenstein, par exemple, le passage du &lt;i&gt;Tractatus&lt;/i&gt; aux &lt;i&gt;Recherches philosophiques&lt;/i&gt; signifie un changement de perspective radical sur la question de la v&#233;ridiction. Alors que le premier prend pour objet la &#171; forme logique identiquement pr&#233;sente dans la relation d'&#233;tats de choses empiriques &#187;, le second s'int&#233;resse &#224; la &#171; vari&#233;t&#233; infinie des jeux de langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;tienne Balibar, Des universel : essais et conf&#233;rences, op. cit., p. 103.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, situant ainsi la question de l'universalit&#233; par rapport &#224; la contingence des pratiques et l'&#233;quivocit&#233; de ses &#233;nonciations concr&#232;tes. Dans ce passage d'une perspective &#224; l'autre se joue moins une destitution comme telle de l'universel qu'une modification de son statut et de son efficience d&#233;pendamment du registre de son usage. C'est pourquoi, selon Balibar, les strat&#233;gies de disjonction de l'universel&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;ne nous invitent pas &#224; abandonner l'id&#233;e (et l'id&#233;al) de l'universalit&#233; &#8211; elles nous montrent au contraire que cette id&#233;e peut &#234;tre d&#233;fendue &lt;i&gt;aussi bien&lt;/i&gt; en th&#233;orie qu'en pratique. Mais elles nous &#244;tent l'illusion que nous pourrions d&#233;river des &#171; formes universelles de vie &#187; d'une connaissance scientifique du monde, et de quelque th&#233;orie ou doctrine que ce soit [&#8230;]. Cela signifie aussi que des &lt;i&gt;institutions universelles&lt;/i&gt;, ou au moins la volont&#233; d'y tendre, constituent un projet politique pertinent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 106-107.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie spino-wittgensteinienne de la disjonction de l'universel expos&#233;e par Balibar n'est &#233;videmment pas superposable au traitement castoriadien de cette question. En effet, si une telle strat&#233;gie, &#171; disjoint &#187; l'universel, elle suppose toutefois qu'il y a quelque chose comme une v&#233;rit&#233; universelle qui peut faire l'objet d'une appr&#233;hension ou d'une mise en &#339;uvre : l'universel pratique et th&#233;orique sont moins irr&#233;ductibles l'un &#224; l'autre que deux modes qualitativement diff&#233;rents d'une v&#233;rit&#233;. D'o&#249; le maintien dans cette perspective d'un projet politique d'institution de l'universel, entendu comme concr&#233;tion institutionnelle &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; d'une universalit&#233; normative &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. S. Klimis nous apprend, au contraire, qu'il n'y a chez Castoriadis aucune universalit&#233; th&#233;orique dans le domaine de l'homme, ce qui ruine dans son principe m&#234;me l'id&#233;e d'une disjonction compl&#233;mentaire de l'universel en vue de son effectuation concr&#232;te. De fait, Castoriadis soutenait explicitement que les v&#233;rit&#233;s social-historiques, soit les &#171; universaux &#187; (les invariants anthropologiques g&#233;n&#233;raux) sur lesquels d&#233;bouche l'&#233;lucidation anthropologique, n'ont &lt;i&gt;aucune&lt;/i&gt; valeur normative et prescriptive pour la raison pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornelius Castoriadis, &#171; Fait et &#224; faire &#187;, op. cit., p. 29.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le maintien d'un universalisme chez Castoriadis n'est donc pas li&#233; &#224; une strat&#233;gie de disjonction de l'universel &#224; proprement parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Malgr&#233; cette diff&#233;rence importante, il me semble que l'on trouve chez Castoriadis une strat&#233;gie disjonctive semblable au niveau de son concept de raison comme cr&#233;ation de v&#233;rit&#233;. L'hypoth&#232;se conclusive que je souhaite formuler est que le maintien de l'universalisme chez Castoriadis, en d&#233;pit de son rejet de l'universel, tient &#224; une strat&#233;gie de disjonction, au sens balibarien que je viens d'&#233;voquer, appliqu&#233;e &#224; sa notion de raison comme cr&#233;ation d'une vis&#233;e de v&#233;rit&#233;. Raison th&#233;orique et raison pratique sont chez Castoriadis deux modalit&#233;s d'une &lt;i&gt;cr&#233;ation de v&#233;rit&#233;, soit d'universel&lt;/i&gt;. Elles sont les deux faces de ce que S. Klimis nomme le &lt;i&gt;prattein-poiein&lt;/i&gt;. L'&#171; universel concret &#187; de Castoriadis n'est pas l'effectuation d'une norme, par exemple l'id&#233;e de droit comme chez Hegel, mais l'institution des conditions de possibilit&#233; d'un proc&#232;s r&#233;flexif d'autocr&#233;ation au sein d'une totalit&#233; diff&#233;renci&#233;e qui reste toujours &#224; &#233;lucider. Ce serait donc moins un universalisme sans universel que nous propose Castoriadis, qu'un universalisme ayant pour essence la cr&#233;ation d'une vis&#233;e d'universel et pour modes h&#233;t&#233;rog&#232;nes la philosophie et la politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aujourd'hui en libre acc&#232;s :&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pusl/16029?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;https://books.openedition.org/pusl/16029?lang=fr&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Les&lt;i&gt;Figures du pensable&lt;/i&gt;, sixi&#232;me volume des &lt;i&gt;Carrefours&lt;/i&gt;, comportent une sixi&#232;me cat&#233;gorie : &lt;i&gt;poi&#233;sis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Jacques Derrida,&#171; La structure, le signe et jeu dans le discours des sciences humaines &#187;,dans &lt;i&gt;L'&#233;criture et la diff&#233;rence&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1967, p. 409-428.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Voir la lettre de Castoriadis &#224; Derrida du 27 ao&#251;t 1969 reproduite dans la biographie de Fran&#231;ois Dosse, &lt;i&gt;Castoriadis : une vie&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2014, p. 511-512. Derrida avait alors publi&#233;, dans la m&#234;me ann&#233;e (1967), &lt;i&gt;De la grammatologie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La voix et le ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt;,&lt;i&gt;L'&#233;criture et la diff&#233;rence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &#171; Pr&#233;face &#187; aux &lt;i&gt;Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, cit&#233; dans Sophie Klimis &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis. De la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la soci&#233;t&#233; ath&#233;nienne&lt;/i&gt;, Paris, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020, p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 117-118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf&lt;/i&gt;. Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 223.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Anne Sauvagnargues, &lt;i&gt;Deleuze : l'empirisme transcendantal&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je reprends librement le titre d'un ouvrage de Quentin Meillassoux afin de souligner la place possible que Castoriadis pourrait occuper dans l'essor des nouveaux r&#233;alismes sp&#233;culatifs ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 156.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 157.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Das Kapital,&lt;/i&gt; Haburg, Nikol Vergal, 2016, p. 32 cit&#233; dans Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis&lt;/i&gt;,&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 157. Je reproduis la traduction modifi&#233;e du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; par Sophie Klimis. Elle souligne que la traduction de Joseph Roy tend &#224; gommer l'usage par Marx de la notion de forme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Karl Marx,&lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, trad. M. Husson et G. Badia, Paris, &#201;ditions sociales, 1972. Consult&#233; en ligne :&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1857/08/km18570829.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1857/08/km18570829.htm&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Michel Freitag, &lt;i&gt;Dialectique et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;II&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Introduction &#224; une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du symbolique&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Liber, 2011, notamment chap. 3 et 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &#171; Port&#233;e ontologique de l'histoire de la science &#187;, dans &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe, II&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Domaines de l'homme&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1986, p. 529.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote,&lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, trad. R. Bod&#233;&#252;s, Paris, Flammarion, 2004, p. 102 [1103 b 26-30]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Emmanuel Renault,&lt;i&gt;Marx et l'id&#233;e de critique&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Aristote,&lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;,&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 103 [1104 a 1-10].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sophie Klimis, &lt;i&gt;Le penser en travail. Castoriadis et le labyrinthe de la cr&#233;ation humaine, I. Polis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 165.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 380.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Genevi&#232;ve Gendreau, &#171; Historicit&#233; et responsabilit&#233; : sur la relativit&#233; du relativisme chez Castoriadis &#187;, dans T. Tranchant et S. Vibert (dir.), &lt;i&gt;Les carrefours du temps. Temporalit&#233;s et histoire dans l'&#339;uvre de Cornelius Castoriadis&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, PUL, 2020, p. 253&#8209;278.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis,&lt;i&gt;D&#233;mocratie et relativisme : d&#233;bat avec le MAUSS&lt;/i&gt;, Paris, Mille et une nuits, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Genevi&#232;ve Gendreau, &#171; Historicit&#233; et responsabilit&#233; : sur la relativit&#233; du relativisme chez Castoriadis &#187;,&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;,p. 266.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &#171; Fait et &#224; faire &#187;, dans &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe. 5, Fait et &#224; faire&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2008, p. 9&#8209;98, [p. 63].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;tienne Balibar, &lt;i&gt;Des universels : essais et conf&#233;rences&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Souleymane Bachir Diagne, &#171; Penser l'universel avec &#201;tienne Balibar &#187;,&lt;i&gt;Raison publique&lt;/i&gt;, n&#176; 19, 2014, p. 15&#8209;21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle, &lt;i&gt;En qu&#234;te d'Afrique(s) : universalisme et pens&#233;e d&#233;coloniale&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 2018, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;tienne Balibar, &lt;i&gt;Des universel : essais et conf&#233;rences&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 106-107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cornelius Castoriadis, &#171; Fait et &#224; faire &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Christopher F. HASTY, Meter as Rhythm
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3196</link>
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		<dc:date>2025-10-03T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chris Stover
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Christopher F. HASTY, Meter as Rhythm, New York/Oxford, Oxford Uni. Press, 1994. This is the English version of a commissioned piece that appears in German in Musikschrifttum 1 : Musiktheorie, edited by Ullrich Scheideler and Felix Wo&#776;rner. Ba&#776;renreiter and Metzler, 2015. It has already been published here. We thank Chris Stover for the permission to republish it here. In Meter as Rhythm, Christopher Hasty offers a radical alternative to conventional oppositional accounts that cast meter (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Christopher F. HASTY, &lt;i&gt;Meter as Rhythm&lt;/i&gt;, New York/Oxford, Oxford Uni. Press, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;This is the English version of a commissioned piece that appears in German in&lt;/i&gt; Musikschrifttum 1 : Musiktheorie, &lt;i&gt;edited by Ullrich Scheideler and Felix Wo&#776;rner. Ba&#776;renreiter and Metzler, 2015. It has already been published &lt;a href=&#034;https://www.chrisstovermusic.com/hastys-meter-as-rhythm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;here&lt;/a&gt;. We thank Chris Stover for the permission to republish it here.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In &lt;i&gt;Meter as Rhythm&lt;/i&gt;, Christopher Hasty offers a radical alternative to conventional oppositional accounts that cast meter as a fixed set of locations or timepoints and rhythm as the variegated expressive shapes that occupy the space that meter delineates. In challenging this viewpoint, Hasty is attempting &#8220;to take meter seriously&#8221; (Hasty 1999, 292) by considering it not as a container or frame within which rhythms occur but as an active, vital rhythmic impulse itself. This involves emphasising process over product, becoming over being, and qualitative change over quantitative measurement. Hasty acknowledges the influence of A. N. Whitehead on his theory ; Whitehead, like Bergson, holds that there are no unchanged substances and that being is always conditioned by the qualitative flux of becoming. In asserting that meter is a constitutive process, Hasty rejects the notion that duration is an abstraction removed from the musical events that constitute it. Instead, meter is a &#8220;process whereby completed, durationally determinate events (not timepoints) can condition newly emerging events&#8221; (Hasty 1999, 283). Why not timepoints ? Because Hasty asks us to consider the events that define metric identity through the totality of their durational existence, as inseparable from, irreducible to, and constitutive of duration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasty's theory is founded on the notion of durational &lt;i&gt;projection&lt;/i&gt;. A projective account considers durations as active events. An event begins, and while it is taking place its durational identity is yet to be determined ; it is only when it gives way to a new beginning that it is completed (or &#8220;past&#8221;) and that it acquires projective durational potential, which may or may not be actualized in a new event. While an event is present, therefore, it has a dual identity : it is determinate because it has begun and indeterminate because its identity is not yet known, since it is still in the process of becoming. Beginning, therefore, engenders a potential for duration. When a duration ends, there is no longer becoming : the event has become. End&#8212;defined in two ways, as an &#8220;aim&#8221; or &#8220;goal&#8221; and as &#8220;cessation,&#8221; &#8220;stop,&#8221; or &#8220;limit&#8221;&#8212;is thus a denial of the ongoingness of activity that beginning engendered. The aim or goal of becoming is the identity of the event ; the point at which it gives way to the next event is the point at which it ceases or stops. Thus two definitions of &#8220;end&#8221; : an aim while the event is becoming, a cessation thereafter. It is the beginning of the new event that &#8220;makes past&#8221; the first event, giving the first event its duration. This first event can then project its durational potential onto the new event. In this way the two events are co-constitutive : it is not until the first event ends that it has projective potential, which is then projected onto the new event.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second events can also behave as &lt;i&gt;continuations &lt;/i&gt; that &#8220;will participate in the becoming of an event previously begun&#8221; (104). The first event is past, but &#8220;present&#8221; in its implications for the becoming of the new event. Continuation signifies a decision not to think of the new event as a new beginning, and therefore not to make the first event past. In the example below (following Hasty's Example 9.5, p. 109), there is a new event at &#8220;R&#8221; (giving durational determinacy to the first event, which is then projected as durational potential onto the new event), but if we choose to interpret (that is, if there is some phenomenological reason for choosing to interpret) the new event as a continuation, then multiple strata of projective activity result.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/png/hasty_ex_1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L500xH275/hasty_ex_1-32f74.png?1759473259' width='500' height='275' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;In this example, beginning and continuation are construed at at least one level as one event. Note that (1) Q' is not a continuation for Q ; it is a continuation of Q for S (at the bar-measure level), (2) Q' is a new beginning for Q (at the half-note level), and (3) R' is a continuation of R (at the quarter-note level) and for Q'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Once beginning and continuation are understood, Hasty refines some of his terms to reflect specific musical behaviors that might impact metrical interpretation. The most important of these is &lt;i&gt;anacrusis&lt;/i&gt;, which is a particular kind of continuation that, rather than looking back to the beginning, is connected cognitively to the next beginning. Another important concept is &lt;i&gt;deferral&lt;/i&gt;, which is an action often found in triple meter whereby an expected new beginning is recast as a further continuation of the present event.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasty unpacks the implications of his theory through a series of close readings of musical excerpts, each serving to illuminate a particular aspect of durational projection as it applies to meter. For example, in his analysis of the Courante from Bach's C Major Cello Suite, BWV 1009, Hasty challenges sedimented notions of metric identity, asking if every bar of 3/4 of the Courante is the same &lt;i&gt;measure &lt;/i&gt; of 3/4. A reading that suggests so is impoverished (at best) ; Hasty demonstrates how the particularity of events in each measure, with the projective/projected potentials that result, is much more variegated than a traditional metric reading would allow. This becomes more clear when Hasty compares two Courantes. In the Eb Major Courante (BWV 1010), contrasts of harmonic motion and stasis are interpreted as real metric events, and Hasty makes a case both for a radically different metric reading from that of the C Major Courante and for different interpretations at different points in the Eb Major Courante itself, based on new projective information that emerges over the course of its unfolding.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After a detailed engagement with Beethoven's Symphony no. 1, Hasty expands the scope of his theory to consider its relevance for a number of pre- and post-tonal repertoires. In an analysis of Monteverdi's &#8220;Ohime&#768;, se tanto amate,&#8221; Hasty describes projective implications that suggest a displacement of the notated meter. This is achieved by anacrusic deferral, extending the two co-dependent events&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;/ \ (or anacrusis &#8594; continuation)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;to&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align: justify;&#034;&gt;/ \ (| &#8594; \) (new beginning recast as deferral),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;leading to the displaced next beginning. In this graphic illustration, the third event is expected to be a new beginning based on the projective implications of the first pair, but is reinterpreted as a deferral that points to a new beginning, which subsequently validates this reading. There is strong support for this reading, since the new perceived event bears the trace of the rhythmic character of the first two two-bar measures. While these sorts of displacements are common, it is important to emphasize that here it is a projective action, the deferral of continuation that erases the expectation of a new beginning, that engenders the metric reinterpretation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasty's reading of this passage suggests some of the value of a theory of meter as projection. Since, as Hasty frequently notes, most metric/rhythmic theory focuses on Western art music between 1700 and 1900, there is cause to believe that those theories will apply problematically to earlier or later music. Indeed, Hasty's argument is that traditional theories reduce meter to type in a way that is not even consonant with the musics that they do claim to represent. A projective account of meter as rhythm, stemming from focused, sensitive experience with the music as sounds manifesting in time, is repertoire-neutral and conceivably applicable to any musical experience. A number of recent theorists have begun to demonstrate this, considering groove-based popular music (Attas 2015 ; Butterfield 2006), and diasporic West African music (Stover 2009) from projective perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The last chapters of &lt;i&gt;Meter as Rhythm&lt;/i&gt; turn to temporal issues in 20th-century Western art music. Works by Webern, Babbitt, Boulez, and Lutoslawski are read closely in terms of their meter-projective implications, and many perceptual challenges are foregrounded. In the analysis of Webern's Quintet, op. 22, for example, durational condensations and accelerations are read as metric impulses ; these interpretations are abetted by tonal, timbral, registral, and gestural phenomena, which taken together conspire to project durations that reveal nuanced metric disturbances&#8212;an expected continuation coming in too late, for instance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While implicit throughout Hasty's theory, the question of performative interpretation is foregrounded in the Webern analysis (and in aspects of the Bach analyses). This is complementary to the listener-orientation that drives most of Hasty's narrative, and it does much to temper accusations of subjectivity. Hasty doesn't go very far in unpacking the dialogue between interpretation/production and experience/reception, but there is much fruitful space for future research.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is highly recommended by this author that, once the longer, more detailed analyses in the second half of the book have been reached, the reader spends some time with the pieces under investigation&#8212;listening carefully, repeatedly, without the score, thinking about the projective implications that emerge. This activity will be greatly rewarded once one returns to Hasty's analyses, particularly since Hasty admits the subjective orientation of his theory and its openness to rival (or complementary) interpretations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As many (even sympathetic) critics have noted, Hasty's book is very challenging, both in the density of its philosophical rigor and in the novelty of its concepts. A fruitful entry into Hasty's theory is his exchange with Justin London (London 1999 ; Hasty 1999). London's critique is on logical&#8212;philosophical and cognitive grounds, and while London's suggestion that cognitive studies have demonstrated that listeners do respond to metric impulses as something of a grid against which rhythm is construed is convincing, his philosophical argument is less so, and his mischaracterization of some of Hasty's key concepts provides Hasty with a platform to clarify the more difficult aspects of his theory. Other related research includes an extended essay on the ongoing-ness of musical experience (Hasty 2010) and a forthcoming book, &lt;i&gt;Thinking with Rhythm&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;References : &lt;/strong&gt;Robin Attas, &#8220;Form as Process : The Buildup Introduction in Popular Music&#8221; (&lt;i&gt;Music Theory Spectrum&lt;/i&gt; 37/2, 2015) . Matthew Butterfield, &#8220;The Power of Anacrusis : Engendered Feeling in Groove-Based Musics&#8221; (&lt;i&gt;Music Theory Online&lt;/i&gt; 12/4, 2006). Christopher Hasty, &#8220;Just in Time for More Dichotomies&#8212;A Hasty Response&#8221; (&lt;i&gt;Music Theory Spectrum&lt;/i&gt; 21/2, 1999) ; &#8220;If Music is Ongoing Experience, What Might Music Theory Be : A Suggestion from the Drastic&#8221; (&lt;i&gt;Zeitschrift der Gesellschaft fu&#776;r Musiktheorie&lt;/i&gt;, 2010). Justin London, &#8220;Hasty's Dichotomy&#8221; (&lt;i&gt;Music Theory Spectrum&lt;/i&gt; 21/2, 1999). Chris Stover, &lt;i&gt;A Theory of Flexible Rhythmic Spaces for Diasporic African Music&lt;/i&gt; (PhD Dissertation, University of Washington, 2009).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marie FORMARIER, Entre rh&#233;torique et musique. Essai sur le rythme latin antique et m&#233;di&#233;val
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3178</link>
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		<dc:date>2025-09-12T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Dolbeau
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Marie FORMARIER, Entre rh&#233;torique et musique. Essai sur le rythme latin antique et m&#233;di&#233;val, Turnhout, Brepols, 2014. Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru dans Cahiers de civilisation m&#233;di&#233;vale. IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; - XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, n&#176; 240, 2017, pp. 407-408. Livre important et ambitieux, qui vise &#224; d&#233;gager des &#233;l&#233;ments de continuit&#233; entre les rythmes oratoires antiques d'une part, de Cic&#233;ron &#224; Augustin et C&#233;saire d'Arles, le r&#233;citatif et le chant du haut Moyen &#194;ge d'autre part. Apr&#232;s l'introduction, une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Marie FORMARIER, &lt;i&gt;Entre rh&#233;torique et musique. Essai sur le rythme latin antique et m&#233;di&#233;val&lt;/i&gt;, Turnhout, Brepols, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru dans &lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccm/5672&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cahiers de civilisation m&#233;di&#233;vale. IX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; - XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;n&#176; 240, 2017, pp. 407-408.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Livre important et ambitieux, qui vise &#224; d&#233;gager des &#233;l&#233;ments de continuit&#233; entre les rythmes oratoires antiques d'une part, de Cic&#233;ron &#224; Augustin et C&#233;saire d'Arles, le r&#233;citatif et le chant du haut Moyen &#194;ge d'autre part. Apr&#232;s l'introduction, une premi&#232;re partie, qui fournit l'arri&#232;re-plan conceptuel (p. 15-185), comporte quatre chapitres. Les deux premiers cherchent &#224; d&#233;finir, aussi pr&#233;cis&#233;ment que possible, en remontant jusqu'aux philosophes et th&#233;oriciens grecs, les notions de rythme (en latin &lt;i&gt;numerus&lt;/i&gt;), de m&#232;tre et d'arythmie. Le chapitre 3 &#233;tudie successivement les principes musicaux de la segmentation rythmique, puis leur adaptation oratoire (dur&#233;es, pieds, silences, &lt;i&gt;c&#244;la&lt;/i&gt;, p&#233;riodes), en privil&#233;giant le domaine latin. Le &lt;i&gt;numerus &lt;/i&gt; oratoire y est d&#233;fini comme &#171; la d&#233;limitation et l'encha&#238;nement harmonieux de segments du discours : syllabes, mots, incises, membres et p&#233;riodes &#187;. La configuration rythmique repose sur deux proc&#233;d&#233;s, diff&#233;renci&#233;s par la longueur des segments : un style hach&#233;, aux segments courts, caract&#233;ris&#233; par l'emploi des figures de sym&#233;trie (rimes, antith&#232;ses) et la recherche d'isocolie ; un style p&#233;riodique, o&#249; des segments plus longs procurent une certaine fluidit&#233;. Le quatri&#232;me chapitre reprend les &#233;l&#233;ments du pr&#233;c&#233;dent, mais sous l'angle de la communication : en musique, tempo rapide et modulations visent &#224; susciter de fortes &#233;motions, tandis que les valeurs longues, un tempo lent ou mod&#233;r&#233;, signifient calme et gravit&#233; ; de m&#234;me, en rh&#233;torique, le style hach&#233; et v&#233;h&#233;ment remue l'auditeur, alors qu'un grand style p&#233;riodique flatte l'oreille et provoque l'admiration. Augustin reprend &#224; son compte les objectifs de Cic&#233;ron &lt;i&gt;(docere/delectare/flectere)&lt;/i&gt;, avec des modifications li&#233;es au christianisme : la persuasion a d&#233;sormais pour but la conversion du c&#339;ur ; le chant, qui introduit &#224; la joie c&#233;leste, participe aussi d'une tradition h&#233;bra&#239;que, illustr&#233;e par le iubilus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La seconde partie, en deux chapitres compl&#233;t&#233;s par des annexes (p. 187-300 et 307-328), propose des analyses d&#233;taill&#233;es de textes oratoires antiques ou tardo-antiques, puis de pi&#232;ces musicales du haut Moyen &#194;ge, selon un m&#234;me syst&#232;me de segmentation rythmique. Ces analyses reposent sur le rep&#233;rage des marqueurs syntaxiques, s&#233;mantiques et prosodiques (quantit&#233;s, accents et hiatus) et cherchent &#224; refl&#233;ter la pratique contemporaine des pauses faibles, interm&#233;diaires et fortes. Le pied (c'est-&#224;-dire une dur&#233;e compos&#233;e d'arsis et thesis) repr&#233;sente le module de base ; l'unit&#233; s&#233;mantique est qualifi&#233;e de cellule ou de section, selon qu'elle est d&#233;pendante ou non sur le plan syntaxique ; la phrase est appel&#233;e s&#233;quence. Le chapitre 5 (&#171; Analyse et mod&#233;lisation du rythme oratoire latin &#187;) comporte six analyses, trois de rythme hach&#233; (Cic&#233;ron, fragment du &lt;i&gt;Pro Scauro&lt;/i&gt; ; Augustin, s. 40, 7 ; C&#233;saire, s. 82, 3), trois de rythme p&#233;riodique (Cic&#233;ron, fragment du &lt;i&gt;Pro Cornelio&lt;/i&gt; ; Augustin, s. 41, 1 ; C&#233;saire, s. 11 [235 dans la num&#233;rotation de Morin]). Contrairement &#224; ce qui se passe d'habitude, l'A. &#8211; et c'est sa grande originalit&#233; &#8211; analyse l'ensemble d'un passage en prose, pas seulement les fins de phrase ou de &lt;i&gt;c&#244;la&lt;/i&gt;. Les deux exemples du &lt;i&gt;Pro Scauro&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;Pro Cornelio&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; comment&#233;s dans l'&lt;i&gt;Orator&lt;/i&gt; par Cic&#233;ron lui-m&#234;me ; ceux d'Augustin et de C&#233;saire, s&#233;lectionn&#233;s par l'A., ont h&#233;las &#233;t&#233; reproduits, pour trois d'entre eux (Augustin, s. 40-41 ; C&#233;saire, s. 235), d'apr&#232;s des &#233;ditions non critiques, ce qui brouille un peu les r&#233;sultats. Deux principes g&#233;n&#233;raux ressortent de ces exemples : le soin apport&#233; &#224; la dynamique de la phrase (alternance des modules rythmiques ; mouvement parabolique de la p&#233;riode ou, dans le style hach&#233;, du passage entier), la d&#233;limitation des segments par des cadences m&#233;triques ou accentuelles, annonc&#233;es par des signaux pr&#233;alables (comme des anacrouses ou des rythmes d&#233;pourvus de frapp&#233;s). Le chapitre 6 (&#171; Analyse et mod&#233;lisation du rythme latin chant&#233; &#187;) vise &#224; v&#233;rifier si le rythme oratoire infl&#233;chit l'&#233;laboration du chant chr&#233;tien. L'exemple retenu est la &lt;i&gt;Lectio cum cantico&lt;/i&gt; du proph&#232;te Daniel, &#233;tudi&#233;e nagu&#232;re par Philippe Bernard (dans &lt;i&gt;Musica e storia&lt;/i&gt;, 1, 1993), qui comporte un r&#233;citatif, la &lt;i&gt;Pri&#232;re d'Azarias&lt;/i&gt;, et un cantique, le &lt;i&gt;Cantique des trois enfants&lt;/i&gt;, transmis en plusieurs versions (b&#233;n&#233;ventaine, milanaise, romaine et gr&#233;gorienne). Dans le r&#233;citatif, la m&#233;lodie est d&#233;termin&#233;e par la syntaxe et met en valeur les charni&#232;res de segments, en jouant le m&#234;me r&#244;le qu'une ponctuation ; elle est en quelque sorte l'h&#233;riti&#232;re du style hach&#233;. Dans le chant, l'analyse des diverses versions d&#233;gage deux ensembles : milanais-b&#233;n&#233;ventain, romain-gr&#233;gorien ; comme dans la rh&#233;torique classique, l'accent verbal y joue un r&#244;le majeur, et la ligne m&#233;lodique suit une courbe parabolique (avec mouvement ascendant, sommet et mouvement descendant), selon un phras&#233; apparent&#233; &#224; celui du style p&#233;riodique. Cependant, quelques &#233;carts par rapport aux r&#232;gles de l'accent pourraient faire des chants chr&#233;tiens une source tr&#232;s f&#233;conde pour &#233;tudier l'&#233;volution du latin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Une conclusion g&#233;n&#233;rale (p. 301-306) r&#233;capitule les six conclusions partielles qui pr&#233;c&#232;dent. L'ouvrage, qui d&#233;rive d'une th&#232;se soutenue en 2009, s'ach&#232;ve par une copieuse bibliographie (p. 329-349) et deux index s&#233;lectifs (notions latines antiques et m&#233;di&#233;vales, notions fran&#231;aises). On regrette l'absence d'un r&#233;pertoire des noms propres et d'un index des passages cit&#233;s. Les textes comment&#233;s illustrent tr&#232;s bien une opposition radicale entre le rythme hach&#233; et le style p&#233;riodique, mais c'est parce qu'ils ont &#233;t&#233; choisis dans cette perspective, comme le reconna&#238;t l'A., p. 246. Le lecteur moderne ne doit pas oublier que, dans la tradition scolaire antique, la classification des styles &#233;tait tripartite : style simple (de rythme hach&#233;), temp&#233;r&#233; (de rythme p&#233;riodique) et sublime. &#192; propos des choix oratoires d'Augustin pr&#233;dicateur, on se serait attendu &#224; voir cit&#233;s : Barbara Kursawe, Docere, delectare, mouere : &lt;i&gt;Die &lt;/i&gt; officia oratoris &lt;i&gt;bei Augustinus in Rhetorik und Gnadenlehre&lt;/i&gt;, Paderborn, Sch&#246;ningh (Studien zur Geschichte und Kultur des Altertums, N. F, 1.15), 2000 et Lutz Mechlinsky, &lt;i&gt;Der &lt;/i&gt; modus proferendi &lt;i&gt;in Augustins&lt;/i&gt; sermones ad populum, Paderborn, Sch&#246;ningh (Studien zur Geschichte und Kultur des Altertums, N. F, 1.23), 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marie REBECCHI &amp; Elena VOGMAN (ed.), Sergei Eisenstein and the Anthropology of Rhythm
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3170</link>
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		<dc:date>2025-08-21T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nenad Jovanovic
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;M. REBECCHI &amp; E. VOGMAN (ed.), Sergei Eisenstein and the Anthropology of Rhythm, Rome, Nero, 2017, 127 p. &#8211; ISBN 978-88-8056-0043. Cette belle recension a d&#233;j&#224; paru dans Apparatus. Film, media and digital culture in Central and Eastern Europe, n&#176; 9, 2019. Keywords : Sergei Eisenstein ; &#161;Que viva M&#233;xico ! ; Bezhin Meadow ; The Fergana Canal ; rhythm ; anthropology ; surrealism ; ecstasy. Marie Rebecchi and Elena Vogman's small but exquisite Sergei Eisenstein and the Anthropology of (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L109xH150/the-anthropology-of-rhythm_f-2-44d19.jpg?1751187648' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M. REBECCHI &amp; E. VOGMAN (ed.), &lt;i&gt;&lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3167' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sergei Eisenstein and the Anthropology of Rhythm&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Rome, Nero, 2017, 127 p. &#8211; ISBN 978-88-8056-0043.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette belle recension a d&#233;j&#224; paru dans &lt;a href=&#034;https://www.apparatusjournal.net/index.php/apparatus/article/download/168/441?inline=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apparatus. Film, media and digital culture in Central and Eastern Europe&lt;/a&gt;, n&#176; 9, 2019.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Keywords : &lt;/strong&gt;Sergei Eisenstein ; &#161;Que viva M&#233;xico ! ; Bezhin Meadow ; The Fergana Canal ; rhythm ; anthropology ; surrealism ; ecstasy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Rebecchi and Elena Vogman's small but exquisite &lt;i&gt;Sergei Eisenstein and the Anthropology of Rhythm&lt;/i&gt; concerns itself with the Soviet artist's unfinished film projects &lt;i&gt;&#161;Que viva M&#233;xico ! &lt;/i&gt; (1931-1932), &lt;i&gt;Bezhin lug / Bezhin Meadow&lt;/i&gt; (1937, Soviet Union), and &lt;i&gt;Ferganskii kanal /The Fergana Canal &lt;/i&gt; (1939, Soviet Union). &lt;i&gt;Anthropology &lt;/i&gt; belongs to a group of the authors' books on Eisenstein that have appeared over the last few years (along with Elena Vogman's &lt;i&gt;Sinnliches Denken : Eisensteins exzentrische Methode&lt;/i&gt; [2018] and &lt;i&gt;Dance of Values : Eisenstein's Capital Projec&lt;/i&gt;t (2019), and Marie Rebecchi's &lt;i&gt;Parigi 1929 : Ejzenstejn, Bataille, Bu&#241;uel&lt;/i&gt; [2014 ; French translation 2018], and includes essays by the editors, Raffaella Frascarelli, and Till Gathmann, as well as select diary entries and drawings Eisenstein made while working on &#161;Que viva M&#233;xico !, the film that constitutes the book's principal focus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Published on the occasion of the eponymous exhibition curated by the authors at Rome's Nomas Foundation (September 20, 2017 &#8211; January 19, 2018), the book places the reader who did not witness the event in the position akin to that of a researcher of the incomplete films. Paradoxically, however, the lacunae that the reader may experience as a result of her inability to consider the texts and images alongside the exhibits that have inspired the book appear not as a shortcoming, but a strength, as they correspond stylistically to the associative leaps of Eisenstein's own film, writings, and drawings, and of the various modernist texts that Rebecchi and Vogman demonstrate to have influenced the artist.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beneath the book's dense web of references, whereby such trends that marked the epoch as anthropology, surrealism, and psychoanalysis are connected innovatively and convincingly, a careful reader will discern a symmetry that provides the volume with a high degree of unity. On the one end of the book's symmetry axis are the sketches from Eisenstein's diary included in the introductory essay, Vogman and Rebecchi's &lt;i&gt;The Anthropology of Rhythm&lt;/i&gt;. Showing the mythological figure of Janus, the sketches complete a long quotation from Eisenstein's ruminations on the dualistic nature of deities in various religious traditions. Dualistic relationships are a precondition for the existence of dialectical ones, which Eisenstein explored thematically and employed stylistically throughout his career. The sketches provide a visual representation not only of dialectics as an intellectual framework of Eisenstein's films and texts, but &#8211; Rebecchi and Vogman contend &#8211; also of film as a kinetic medium : they allow to be seen as composite film images showing a single face in different phases of a turn (Rebecchi, Vogman 2017 : 14), a gesture the writers identify as prevalent in Eisenstein's Mexican footage (ibid. : 17). Corresponding to Henry Lanz's understanding of rhythm adopted by Rebecchi and Vogman &#8211; &#8220;[a]ny repetition of identical, or even similar, sensory elements is rhythm&#8221; (ibid.) &#8211; the turning of a head possesses power that is transformative in the political sense. The argumentative force of this claim rests partly on the homonymy between &#8220;revolution&#8221; understood as a sudden, radical, or complete change, and the same word understood as &#8220;rotation&#8221; (9). The final in the chain of terms established by the introductory essay is &#8220;anthropology&#8221;, applicable here because of the human-centric orientation of &lt;i&gt;&#161;Que viva M&#233;xico !&lt;/i&gt; and the other films (a point that can be quickly verified by a comparison between this phase of Eisenstein's work with his pre-1930 cinema, which demonstrates various degrees of constructivist fascination with geometric shapes and mechanical motion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other end of the symmetry axis is &lt;i&gt;Bezhin lug&lt;/i&gt;, Rebecchi and Vogman's short essay on the aborted project, placed close to the book's end and richly illustrated with front and profile photographs of potential performers that Eisenstein made for the purpose of casting the film. These instances of implied movement bring to mind Eisenstein's examples of &#8220;artificially produced images of motion&#8221; from the essay &#8220;The Dialectical Approach to Film Form&#8221; (1929), such as the triad of shots from &lt;i&gt;Bronenosets Potemkin / Battleship Potemkin&lt;/i&gt; (1925, Soviet Union) that shows a lion asleep, awakening, and rising up (Eisenstein 1949 : 52-53). The canonical essay establishes connections between some of the key terms of Rebecchi and Vogman's arguments : movement, conflict, and rhythm. Discussing the temporal nature of cinema, as a result of which every sequential element is perceived &#8220;on top of the other&#8221; (Eisenstein 1949 : 49), Eisenstein notes that&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[t]he incongruence in contour of the first picture &#8211; already impressed on the mind &#8211; with the subsequently perceived second picture engenders, in conflict, the feeling of motion. Degree of incongruence determines intensity of impression, and determines that tension which becomes the real element of authentic rhythm. (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;. : 50)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Eisenstein's system, &lt;i&gt;Potemkin&lt;/i&gt;'s stone lion &#8220;standing up&#8221; represents an &#8220;illogical&#8221;, artificially produced image of motion. Eisenstein's opposition to logic as a pathway to what the sociologist and ethnologist Lucien L&#233;vy-Bruhl calls sensory thinking is a central theme of Marie Rebecchi's essay &#8220;The Unlimited Montage : Eisenstein's Anthropological Gaze&#8221;. Eisenstein's anthropology (and &lt;i&gt;&#161;Que viva M&#233;xico !&lt;/i&gt; as its practical manifestation) is based on a mode of mimesis that collapses the boundary between the imitation and its model (Vogman 2018 : 16). It is this mode of representation, which Eisenstein calls &#8220;cannibalistic&#8221;, that enables his anthropology to avoid the pitfalls of exoticising and otherising its subjects that the discipline is often accused of falling into. As Eisenstein formulates it in an oft-quoted diaristic note from the period of his work on &lt;i&gt;&#161;Que viva M&#233;xico !&lt;/i&gt;, &#8220;Je ne fais [pas] du cin&#233;ma, je fais du Mexique et moi ! / I don't make cinema, I make Mexico and myself !&#8221; (Salazkina 2009 : 175).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The adjective &#8220;cannibalistic&#8221; applies in a more literal fashion to much of the imagery that pervades this book's pages, and the phase of Eisenstein's work it explores. The aforementioned journal entry used by Rebecchi and Vogman as a departure point into the various branches of their discussions includes, for instance, a reference to the practice of the consumption of semen by members of Gnostic sects, while the narrative of &lt;i&gt;Ferganskii kanal&lt;/i&gt; includes an episode where the emir of the Old Urgench &#8211; a city invaded by Tamburlaine &#8211; responds to the nomadic conqueror's cutting off the supply of water to the city by ordering a slaughter of the Mongol captives and the use of their blood instead of water.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The uncanny violence of this imagery was shared by surrealist art, the intersections of which with Eisenstein are discussed in the introductory essay and in Marie Rebecchi's &#8220;The Unlimited Montage. Eisenstein's Anthropological Gaze&#8221;. Shortly prior to his trip to Mexico, Eisenstein spent several months in Paris, where he collaborated with George Batailles, the editor of &lt;i&gt;Documents&lt;/i&gt;, a journal that gathered the French surrealists outside of the dominant, Andr&#233; Breton-led strain of the movement. Eisenstein's above-quoted journal entry refers to an encounter with Bataille, who &#8211; Vogman and Rebecchi relate &#8211; was interested in gnosis as a manifestation of anti-idealist (materialist) notions of matter (Rebbechi, Vogman 2017 : 11) Borrowing from a variety of religious traditions, gnosticism discredited the linear model of time that those traditions posited, leading to &#8220;impure fermentation&#8221; (ibid. : 12) &#8211; a phrase that the authors liken with Eisenstein's &#8220;survivals of the past&#8221; (ibid.). Implicit to both is montage, the technique that enabled &#8220;the fortuitous meeting, on a dissection table, of a sewing machine and an umbrella&#8221;, as Breton famously encapsulated surrealist art in a line borrowed from Lautr&#233;amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But Eisenstein diverges from orthodox Surrealism in rejecting the calculated rationality of translating thoughts into images, purportedly embodied by such artworks as &lt;i&gt;Un chien andalou&lt;/i&gt; (Luis Bu&#241;uel, France, 1929) (ibid. : 23). Conceiving of the &#8220;unconscious&#8221; and &#8220;subconscious&#8221; not in terms of the individual, but of society, Eisenstein found a methodological impetus for his &#8220;lay anthropology&#8221; partly in L&#233;vy-Bruhl's &lt;i&gt;Primitive Mentality&lt;/i&gt;, which operates with the notions of &#8220;prelogical modes of consciousness&#8221; and &#8220;sensory thinking.&#8221; His opposition to ratio, thus, can be said to stem from a direct engagement with actuality in a manner that is specific to film as an art of mechanical reproduction, which allows it to bypass language, an instrument twice removed from the object of its representations. The collage-like yet genuine photograph of a fish preparing to swallow a smaller one from the book's early pages, derived from &lt;i&gt;Documents &lt;/i&gt; and presumably photographed by Jean Painlev&#233;, illustrates this &#8220;bottoms up&#8221; approach to the surrealist uncanny as much as it does the idea of cannibalism, a term that appears in the accompanying caption (Rebbechi, Vogman 2017 : 11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussing L&#233;vy-Bruhl's influence on the filmmaker in his seminal &lt;i&gt;The Cinema of Eisenstein&lt;/i&gt;, David Bordwell notes that the concreteness of prelogical thought has the capacity to &#8220;[obliterate] distinctions between part and whole, self an other&#8221; (Bordwell 2005 : 194), and compares the idea to ecstasy, a term that recurs throughout Rebecchi and Vogman's book, but especially in Eisenstein's diary. Bordwell explains the idea's relevance to Eisenstein through a text that postdates the filmmaker's return to the Soviet Union, claiming that the meaning of ecstasy for Eisenstein should be interpreted neither in terms of the pleasure of sex (which he supposedly considered egoistic) nor in terms of religion (as the Marxist doctrine bars it) (ibid). But it is precisely sexual and religious tropes &#8211; often in combination with one another and with barbarity &#8211; that pervade Eisenstein's journal entries and drawings included in Rebecchi and Vogman's book. Whereas Bordwell explains the prominence of the concepts of pathos and ecstasy in Eisenstein's art and thinking after the 1930s in terms of the &#8220;strong dose of Romantic aesthetics&#8221; contained within Socialist Realism, these materials (and Vogman and Rebecchi's arguments stemming from them) demonstrate that Eisenstein had developed an interest in these concepts independently from the artistic style of the Soviet Union officially prescribed in 1932. The book thus provocatively yet persuasively blurs the boundary between the conventional truism of the two Eisensteins : the constructivist, who uses the brick as a metaphor for the film shot, and the later &#8220;organicist&#8221;, who likens the film shot with a cell. In other words, it does not illuminate merely the &#8220;other&#8221; face of Eisenstein &#8211; whom the authors describe as a Janus-like figure (Rebecchi, Vogman 2017 : 9) &#8211; but also a continuity between the two faces as an agent of rhythm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The third and final longer essay in the book, Vogman's &#8220;Figures of Rhythm and Archeology of Time&#8221; looks at the influences on &lt;i&gt;&#161;Que viva M&#233;xico !&lt;/i&gt;. It is well known that the muralists Diego Rivera and Clemente Orozco served as Eisenstein's guides to the Mexican culture as he was developing the project, but the differences between the media of painting and cinema make worth exploring the question of what those influences entailed in actuality. In doing so, Vogman focuses on &lt;i&gt;Mexican Folkways&lt;/i&gt;, the anthropological journal whose complete issues the filmmaker owned, to put forward the argument that these influences concerned both the thematic preoccupations and stylistic procedures of the film. Orozco and Rivera were contributing editors of the journal (along with, among others, Anita Brenner, the American-Mexican anthropologist best known in the period for &lt;i&gt;Idols Behind Altars&lt;/i&gt; [1929], which Eisenstein had read in preparation for the project). The journal covered topics ranging from village festivals to children's art and from Zapotecan religious ceremony to the gestures of a fortune teller, but its impact on &lt;i&gt;&#161;Que viva M&#233;xico !&lt;/i&gt; extended itself in the stance Vogman describes as descriptive and poetic, critical and emphatic (Vogman 2017 : 83), a method predicated on &#8220;astonishing montage work&#8221; (ibid. : 85), the encounters in whose pages of &#8220;heterogeneous elements, scientific research and 'anthropology for everybody'&#8221; (ibid. : 87) invited &#8220;a dialectical process [...] shared by the author and reader (ibid. : 91).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Figures of Rhythm and Archeology of Time&#8221; exemplifies the unique virtues of this book, perhaps, more clearly than any of the other contributions to it. Earlier studies of Eisenstein's &#8220;Mexican phase&#8221;, such as Masha Salazkina's &lt;i&gt;In Excess : Sergei Eisenstein's Mexico&lt;/i&gt; (2009), emphasise the ideational affinities between the filmmaker and his supposed influences at the expense of stylistic ones (the mentioned book, for example, likens the trope of the skull in Eisenstein and in Walter Benjamin without comparing the vastly different formal operations of the Soviet filmmaker's cinema and the German essayist's prose) (Salazkina 2009 : 154). &lt;i&gt;Sergei Eisenstein and the Anthropology of Rhythm&lt;/i&gt;, in contrast, divides its foci evenly between the thematic and stylistic preoccupations of the Soviet filmmaker and the various influences on him as he was working on the films and film projects discussed. It attempts and succeeds to consider Eisenstein in a manner comparable to his films and writings, which allows it to be read not just as an exciting work of research, but as an exciting work of art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nenad Jovanovic&lt;/strong&gt; is Assistant Professor of Media at Wright State University's Department of Theatre, Dance and Motion Pictures, and the author of &lt;i&gt;Brechtian Cinemas : Montage and Theatricality in Jean-Marie Straub and Dani&#232;le Huillet, Peter Watkins and Lars von Trier&lt;/i&gt; (SUNY Press, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliography :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordwell, David. 2005. &lt;i&gt;The Cinema of Eisenstein&lt;/i&gt;. New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eisenstein, Sergei. 1949 [1929]. &#8220;The Dialectical Approach to Film Form.&#8221; &lt;i&gt;Film Form&lt;/i&gt;, edited by Jay Leyda, 45-63. New York and London.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebecchi, Marie. 2014. &lt;i&gt;Parigi 1929 : Ejzenstejn, Bataille, Bu&#241;uel&lt;/i&gt;. Milan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salazkina, Masha. 2009. &lt;i&gt;In Excess : Sergei Eisenstein's Mexico&lt;/i&gt;. Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vogman, Elena. 2019. &lt;i&gt;Dance of Values : Eisenstein's Capital Project&lt;/i&gt;. Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vogman, Elena. 2018. &lt;i&gt;Sinnliches Denken : Eisensteins exzentrisches Methode&lt;/i&gt;. Z&#252;rich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Filmography :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bu&#241;uel, Luis. 1929. &lt;i&gt;Un chien andalou&lt;/i&gt;. Luis Bu&#241;uel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eisenstein, Sergei M. 1937. &lt;i&gt;Bezhin lug / Bezhin Meadow&lt;/i&gt;. Gosudarstvennoe Upravlenie Kinematografii.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eisenstein, Sergei M. 1925. Bronenosets Pot&#235;mkin / Battleship Potemkin. Goskino.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eisenstein, Sergei M. 1931. &lt;i&gt;&#161;Que viva M&#233;xico !&lt;/i&gt; The Mexican Pictures Trust.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fabienne POMEL (dir.), Cloches et horloges dans les textes m&#233;di&#233;vaux
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article1131</link>
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		<dc:date>2025-07-27T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agata Sobczyk
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru dans la revue Perspectives m&#233;di&#233;vales, 35 | 2014. F. Pomel (dir.), Cloches et horloges dans les textes m&#233;di&#233;vaux, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012. Le recueil fait suite &#224; trois autres, consacr&#233;s &#224; des objets que l'on peut consid&#233;rer comme embl&#233;matiques pour un certain nombre de textes m&#233;di&#233;vaux, tous parus sous la direction de Fabienne Pomel aux Presses Universitaires de Rennes : Miroirs et jeux de miroirs dans la litt&#233;rature m&#233;di&#233;vale, 2003 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L112xH150/arton1131-17db2.jpg?1753593202' class='spip_logo spip_logo_right' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru dans la revue&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://peme.revues.org/5108&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Perspectives m&#233;di&#233;vales&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;35 | 2014.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
F. Pomel (dir.), &lt;i&gt;Cloches et horloges dans les textes m&#233;di&#233;vaux&lt;/i&gt;, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;
Le recueil fait suite &#224; trois autres, consacr&#233;s &#224; des objets que l'on peut consid&#233;rer comme embl&#233;matiques pour un certain nombre de textes m&#233;di&#233;vaux, tous parus sous la direction de Fabienne Pomel aux Presses Universitaires de Rennes : &lt;i&gt;Miroirs et jeux de miroirs dans la litt&#233;rature m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt;, 2003 ; &lt;i&gt;Les clefs des textes m&#233;di&#233;vaux : pouvoir, savoir et interpr&#233;tation&lt;/i&gt;, 2006 et &lt;i&gt;Cornes et plumes dans la litt&#233;rature m&#233;di&#233;vale. Attributs, signes et embl&#232;mes&lt;/i&gt;, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le sous-titre &#171; Mesurer et ma&#238;triser le temps &#187; est un peu trompeur : la th&#233;matique des &#233;tudes r&#233;unies dans le recueil d&#233;passe les questions temporelles, ce qui se refl&#232;te dans la division en sections, un peu compliqu&#233;e. L'ouvrage se compose de deux parties : &#171; Les cloches : anthropologie et s&#233;miotique &#187; et &#171; Perception, mesure et ma&#238;trise du temps &#187;. La premi&#232;re partie se subdivise en &#171; Embl&#232;mes et fonctions des cloches &#187; (p. 35-106) et &#171; Usages des cloches : rites, magie et merveilleux &#187; (p. 107-158), et la deuxi&#232;me en &#171; La perception du temps au quotidien &#187; (p. 159-184), &#171; Les cloches dans la gen&#232;se du temps romanesque &#187; (p. 185-217), &#171; Horloges et m&#233;caniques romanesques &#187; (p. 219-257) et &#171; Horloges all&#233;goriques &#187; (p. 259-301).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ainsi, les articles rendent compte aussi bien des usages (multiples) associ&#233;s aux instruments de la mesure du temps que de leur riche symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Bien &#233;videmment, les cloches sont dans le recueil beaucoup plus repr&#233;sent&#233;es que les horloges : huit articles sont consacr&#233;s aux cloches, trois aux horloges et deux aux deux objets. En effet, dans la litt&#233;rature m&#233;di&#233;vale, les horloges se rencontrent rarement, pendant que cloches et clochettes sont omnipr&#233;sentes, mais souvent discr&#232;tes au point qu'elles risquent de passer inaper&#231;ues. D'o&#249;, entre autres, l'int&#233;r&#234;t de l'ouvrage : il permet de saisir l'importance des motifs que l'on aurait tendance &#224; sous-estimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le livre s'ouvre par l'article &#233;rudit de Fabienne Pomel intitul&#233; &#171; Pour une approche litt&#233;raire des cloches et horloges m&#233;di&#233;vales : r&#233;flexions m&#233;thodologiques et essai de synth&#232;se &#187; (p. 9-32). L'auteure souligne que ces deux outils de la mesure du temps ont au Moyen &#194;ge des connotations tr&#232;s diff&#233;rentes : la cloche peut avoir des liens &#233;troits avec le merveilleux, l'horloge repr&#233;sente une merveille technique. Les deux occupent une place importante dans la soci&#233;t&#233; et l'imaginaire du Moyen &#194;ge. La diversit&#233; des sons produits par les cloches forme un v&#233;ritable langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pense &#224; ce que dit Emmanuel Le Roy Ladurie des cloches &#224; Montaillou, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans parler de la symbolique ouverte par leur forme et leur mati&#232;re. Quant &#224; l'horloge, son invention inaugure une nouvelle conception du temps, et son m&#233;canisme compliqu&#233; fascine les contemporains. L'int&#233;r&#234;t qu'ont ces deux outils pour l'anthropologie, l'histoire et l'histoire de l'art est incontestable ; les articles r&#233;unis dans le recueil montrent en plus qu'ils peuvent jouer un r&#244;le particulier dans les textes litt&#233;raires : comme le dit Fabienne Pomel, ils &#171; interviennent comme des outils de scansion des r&#233;cits, comme des indicateurs ou signaux qui servent &#224; structurer le texte dans son d&#233;roulement ou son syst&#232;me de personnages ; ces objets servent &#224; l'&#233;laboration m&#233;taphorique, rh&#233;torique, all&#233;gorique ou plus largement po&#233;tique du texte &#187; (p. 18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'article de Jean-Marie Fritz sur les &#171; Clochettes des parures et des montures : de la redondance &#224; la &lt;i&gt;senefiance &lt;/i&gt; &#187; (p. 37-54) montre que dans les textes litt&#233;raires, celles-ci sont avant tout signe d'alt&#233;rit&#233;, qui peut d'ailleurs &#234;tre marqu&#233;e soit positivement, soit n&#233;gativement : elles ornent les v&#234;tements et les montures des Sarrasins, des femmes, mais aussi des hommes d'&#201;glise. Associ&#233;es au merveilleux et &#224; la mort, elles deviennent chez Gerson image de l'harmonie du monde. Le tintement d'une clochette est donc un signe tr&#232;s souple qui, sous sa futilit&#233; apparente, cache des significations graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Esther Dehoux dans &#171; en attendant la fin des temps. La sainte, le martyr, l'archange et le dragon sur les cloches m&#233;di&#233;vales de France &#187; (p. 55-77) analyse l'iconographie et l'&#233;pigraphie des cloches dans un double contexte : celui de la mesure du temps et celui du pouvoir magique des cloches, qui ont la capacit&#233; de chasser les orages. La formule &#171; &lt;i&gt;Vox Domini &lt;/i&gt; &#187; t&#233;moigne de l'assimilation entre le son de l'instrument et la voix de Dieu appelant &#224; la pri&#232;re ; les expressions qui ont trait au Christ visent &#224; rappeler que la ma&#238;trise du temps appartient &#224; Dieu, ainsi qu'&#224; montrer J&#233;sus vainqueur de la mort ; la Vierge est &#233;voqu&#233;e dans son r&#244;le de protectrice. Elle le partage avec certains saints : Barbe, Georges, Michel et Agathe, les deux derniers ayant en plus une certaine relation avec la mesure du temps (il est vrai que dans le cas de sainte Agathe l'argumentation n'est pas vraiment convaincante puisqu'elle ne base que sur un seul texte). De cette fa&#231;on, les cloches deviennent des instruments d'une lutte des autorit&#233;s eccl&#233;siastiques contre la sorcellerie et l'astrologie, deux moyens illicites de ma&#238;triser les &#233;l&#233;ments et le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'article de Remy Cordonnier est consacr&#233; &#224; &#171; L'iconographie du coq &#224; la cloche &#187; (p. 79-106), motif que l'auteur a trouv&#233; dans les enluminures de trois manuscrits. Le sens de cette image assez insolite s'&#233;lucide lorsqu'on se souvient de la conviction que pour pouvoir saluer l'arriv&#233;e de l'aube par son chant, le coq devait &#234;tre capable de savoir compter les heures du jour, et de son association avec la vigilance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans &#171; Cloches et clochettes : lexique, croyances et magie &#187; (p. 107-126) Claude Lecouteux &#233;tudie les croyances associ&#233;es aux cloches. Leur pouvoir magique est all&#233;gu&#233; par les soci&#233;t&#233;s pr&#233;chr&#233;tiennes au processus de la fonderie m&#234;me. Au Moyen &#194;ge, les cloches sont baptis&#233;es (ce qui participe de leur personnification), gr&#226;ce &#224; quoi la magie chr&#233;tienne est substitu&#233;e &#224; la pa&#239;enne, et plusieurs r&#233;cits pittoresques mettent en garde contre les manigances diaboliques qui menacent les cloches non baptis&#233;es. Les &#233;pigrammes qui les ornent m&#233;langent les &#233;l&#233;ments pa&#239;ens et chr&#233;tiens : on y trouve aussi bien des formules magiques que des fragments de pri&#232;res. Mais le motif le plus frappant est l'alphabet, pr&#233;sent sous diff&#233;rentes formes (en entier, en partie, on ordre ou en d&#233;sordre, avec les lettres la t&#234;te en bas ou repr&#233;sent&#233;es comme dans un miroir). L&#224; encore, le sens de ces &#233;pigrammes est magique, &#171; en ce sens que les lettres contiennent tous les noms de toutes les divinit&#233;s &#187; (p. 121) ; en plus, dans certains cas les lettres peuvent constituer des initiales des formules magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Karin Ueltschi s'int&#233;resse aux clochettes associ&#233;es au carnaval (&#171; Clochettes, &lt;i&gt;sonnestes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;campenelles&lt;/i&gt; : la parure de Carnaval &#187;, p. 127-141). Son analyse montre que &#171; la clochette semble r&#233;solument se positionner du c&#244;t&#233; de la d&#233;rision pour mieux camoufler et peut-&#234;tre signifier &#224; posteriori sa fonction souterraine plus grave &#187; (p. 134) : le tintement des clochettes est associ&#233; dans l'imaginaire europ&#233;en &#224; l'apparition des d&#233;funts ; or, au carnaval, les morts visitent les vivants, et ils sont souvent bruyants. Ainsi, c'est Hellequin avec sa &lt;i&gt;mesnie&lt;/i&gt; qui annonce son arriv&#233;e par ce son.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les clochettes du carnaval associent la folie, la diablerie, le rire et la mort. Elles ne laissent pas oublier le c&#244;t&#233; sacr&#233; des cloches, auquel la joie du temps renouvel&#233; qu'elles signalent n'est pas &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Karin Ueltschi n'&#233;voque pas la pens&#233;e de Micha&#239;l Bakhtine (peut-&#234;tre parce qu'elle partage l'opinion de ces chercheurs qui la consid&#232;rent comme simplificatrice et d&#233;su&#232;te), mais &#224; plusieurs reprises elle croise ses chemins (les cloches de la Sorbonne vol&#233;es par Gargantua, les clochettes merveilleuses et la cloche chr&#233;tienne dans le &lt;i&gt;Jeu de la Feuill&#233;e&lt;/i&gt;), et il n'est pas exclu que le dialogue avec le penseur russe aurait encore enrichi cette contribution tellement int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avec le bel article de Maryl&#232;ne Possama&#239;-P&#233;rez, consacr&#233; aux &#171; Sons de cloches et autres appels surnaturels dans la litt&#233;rature m&#233;di&#233;vale &#187; (p. 143-158), on revient au pouvoir surnaturel des cloches, dans une perspective plus litt&#233;raire qu'ethnologique. Ce pouvoir r&#233;side surtout dans le son : la sonnerie de la cloche, c'est la voix de Dieu et, en tant que telle, elle joue dans plusieurs textes le r&#244;le d'un appel surnaturel, capable d'op&#233;rer la conversion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je crois voir un correspondant la&#239;c de ce r&#244;le dans le Songe vert anonyme du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8722; m&#234;me si le diable peut aussi s'en servir pour induire les hommes en erreur. Pour transmettre un message divin, la cloche peut sonner d'elle-m&#234;me, et il s'agit alors d'un signe important : annonce d'une mort ou indication d'un lieu o&#249; doit reposer un corps saint. Elle est donc une &#171; m&#233;tonymie de l'&#233;glise, b&#226;timent, lieu de messe, puis de l'&#201;glise et de ses commandements, [&#8230;] aussi un avertissement, une alarme pour r&#233;veiller ceux qui dorment &#187; (p. 149-150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Maria Colombo Timelli analyse &#171; Cloches, horloges et mesures du temps dans les proverbes et locutions en moyen Fran&#231;ais &#187; (p. 163-184). Les premiers sont peu nombreux et les deuxi&#232;mes encore moins ; mais l'enqu&#234;te &#233;largie aux locutions contenant des expressions qui ont trait aux moments de la journ&#233;e, de l'ann&#233;e etc. a permis de relever nombre d'exemples pittoresques significatifs d'une certaine attitude par rapport au temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'article de Francis Gingras est consacr&#233; aux cloches dans le contexte de la mesure du temps dans le roman en prose du XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (&#171; Cloches, chevauch&#233;es et temporalit&#233;s narratives : la mesure du temps dans le roman en prose du XIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187;, p. 187-206). Avant d'en venir aux cloches, parmi lesquelles la plus importante est celle qui dans &lt;i&gt;Perlesvaus&lt;/i&gt; appara&#238;t comme la premi&#232;re dans l'univers arthurien o&#249; les cloches &#233;taient inconnues, l'auteur montre que la dimension temporelle est l'un des facteurs qui diff&#233;rencient les genres : l'analyse minutieuse des formes grammaticales et des expressions temporelles dans les chansons de geste et dans les romans lui permet de distinguer le temps statique, mais reliant le pass&#233; avec le pr&#233;sent des premi&#232;res, de celui qui est plus dynamique, mais o&#249; le pass&#233; est coup&#233; du pr&#233;sent des deuxi&#232;mes. Quant &#224; l'&#233;volution du genre romanesque, Francis Gingras observe sa forte co&#239;ncidence avec la transformation de la mesure du temps dans le monde m&#233;di&#233;val.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Anne Berthelot encha&#238;ne sur l'&#233;pisode de l'intrusion de la cloche dans l'univers arthurien avec &#171; Les cloches dans le &lt;i&gt;Perlesvaus&lt;/i&gt;, ou le Graal &#224; l'origine du temps &#187; (p. 207-217). Les questions temporelles dans &lt;i&gt;Perlesvaus&lt;/i&gt; paraissent &#224; l'auteure tout aussi importantes qu'&#224; Francis Gingras, mais pour d'autres raisons : Anne Berthelot insiste sur les apories que constitue pour le texte la chronologie invraisemblable qui rapproche au maximum les t&#233;moins de la vie du Christ du r&#232;gne du roi Arthur. C'est dans ce contexte qu'elle analyse l'&#233;pisode de la cloche. Le moment o&#249; cet instrument chr&#233;tien remplace cornes, tambours et cr&#233;celles dont le son ponctuait jusqu'alors les moments de la journ&#233;e dans le royaume d'Arthur, marque la soumission de celui-ci &#224; l'&#201;glise. &#192; partir de ce moment-l&#224;, les &#233;l&#233;ments merveilleux s'estompent dans le texte, et le temps qui rythme le r&#233;cit &#171; est celui des messes quotidiennes, et non plus de l'aventure &#187; (p. 17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Avec l'article de Christine Ferlampin-Acher &#171; &lt;i&gt;Artus de Bretagne&lt;/i&gt; aux XIV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; et XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : du rythme solaire &#224; l'horloge &lt;i&gt;fa&#233;e. &lt;/i&gt;Le temps des clercs et celui des chevaliers &#187; (p. 221-240), on passe des cloches aux horloges, et concr&#232;tement &#224; l'horloge &lt;i&gt;fa&#233;e&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Artus de Bretagne&lt;/i&gt;, roman en prose de 1320, r&#233;&#233;crit au XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. La pr&#233;sence de ce motif surprend d'autant plus que les innovations techniques de la fin du Moyen &#194;ge sont dans les romans en prose &#224; peu pr&#232;s inexistantes. La comparaison de diff&#233;rentes versions du roman montre l'int&#233;r&#234;t croissant pour les questions m&#233;caniques et aboutit &#224; une r&#233;flexion enrichissante. L'horloge est pour l'adaptateur du XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle un moyen de renouveler la mati&#232;re arthurienne us&#233;e gr&#226;ce &#224; un &#171; merveilleux technique &#187; (p. 227). Quant aux questions temporelles, on observe une diff&#233;rence notable entre les versions : celle du XIV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#171; reposait sur un temps romanesque, construit et rendu signifiant par l'engagement du h&#233;ros &#187;, pendant que celle du XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#171; postule l'alt&#233;rit&#233; radicale, irr&#233;conciliable, du temps romanesque et du temps humain, condamnant ainsi le projet qui sous-tend toute &#233;criture romanesque &#187; (p. 229-230). La temporalit&#233; est chaotique, le r&#233;cit progresse par &#224;-coups. En m&#234;me temps, le merveilleux (la cloche &lt;i&gt;fa&#233;e&lt;/i&gt; en t&#234;te) est diabolis&#233;, ce qui est de r&#232;gle &#224; cette &#233;poque, et prend des formes &#233;tonnamment techniques, puisque les enchantements &#171; tiennent &#224; des chevilles : le h&#233;ros &#244;te celles-ci et l'enchantement cesse &#187; (p. 231), et ce geste accompli par le chevalier participe de la modification profonde de la gestuelle h&#233;ro&#239;que. L'image du chevalier n'est plus id&#233;alis&#233;e. &#192; l'&#233;poque o&#249; celui-ci est concurrenc&#233; par le marchand, la chevalerie n'est qu'une &#171; nostalgie litt&#233;raire &#187; (p. 238). Le temps symbolis&#233; par l'horloge &#8211; dont l'enchantement est lev&#233; par le h&#233;ros &#8211; est en opposition avec les valeurs chevaleresques ; en occurrence, il n'est pas celui des marchands, mais des clercs, qui semblent mieux adapt&#233;s &#224; la nouvelle mesure du temps que les chevaliers. &#171; Mais &#224; refuser le temps compt&#233;, le r&#233;cit du XV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'interdit la mesure du temps qui seule peut guider la narration. Le conte en p&#226;tit, qui reste inachev&#233; &#187; (p. 240).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans &lt;i&gt;Jehan de Saintr&#233;&lt;/i&gt; d'Antoine de la Sale, l'horloge, &#233;tudi&#233;e par Corinne Denoyelle (&#171; Horloge et ruse dans le roman de &lt;i&gt;Jehan de Saintr&#233; &lt;/i&gt; &#187;, p. 241-257), marque aussi la d&#233;cadence des valeurs traditionnelles. Elle fait partie de nombreux indices qui &#171; d&#233;noncent un monde courtois qui ne fonctionne plus que comme un signe coup&#233; de toute r&#233;alit&#233; &#187; (p. 242). L'auteure montre le clivage interne du texte qui se fonde sur l'opposition des deux syst&#232;mes du signe, symbolique (qui suppose l'ad&#233;quation entre les mots et les choses), et s&#233;miotique (o&#249; le mot et la chose n'ont que la valeur que leur donne le locuteur). Le personnage &#233;ponyme se place du c&#244;t&#233; symbolique, sa dame, du c&#244;t&#233; s&#233;miotique. L'horloge de l'abb&#233; lubrique avec qui celle-ci trompe son amoureux sert &#224; mettre en valeur l'opposition des deux modes de la parole : son propri&#233;taire en d&#233;place les aiguilles pour mieux arriver &#224; ses fins. L'analyse rigoureuse de Corinne Denoyelle montre le roman d'Antoine de la Sale comme un jeu subtil o&#249; l'auteur, tout en affirmant la sup&#233;riorit&#233; du monde symbolique, joue avec les aiguilles comme son abb&#233;, puisque &#171; l'&#233;criture romanesque est s&#233;miotique et cr&#233;e un univers de signes, pure production qui ne renvoie qu'&#224; elle-m&#234;me &#187; (p. 255). M&#234;me si la dimension ironique du roman ne fait pas de doutes, l'&#233;tude fine de Corinne Denoyelle en montre les implications d'une fa&#231;on tr&#232;s convaincante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mich&#232;le Gally (&#171; Sens et enjeux d'une nouvelle m&#233;taphore : l'&lt;i&gt;Orloge Amoureux&lt;/i&gt; de Froissart &#187;, p. 261-275) se penche sur le m&#234;me instrument dans un texte qui est encore une tentative de renouveler le discours traditionnel, cette fois-ci dans le domaine all&#233;gorique et lyrique. Avec l'&#339;uvre de Froissart, l'horloge enrichit l'imaginaire amoureux traditionnel, domin&#233; par la fontaine, le miroir et l'&#233;chiquier. La m&#233;taphore de l'horloge se trouve particuli&#232;rement adapt&#233;e &#224; la repr&#233;sentation de l'art d'aimer. Son m&#233;canisme, qui repose sur le mouvement et sa r&#233;gulation, correspond parfaitement &#224; ce que doit &#234;tre le vrai amour. Les deux roues principales repr&#233;sentent le d&#233;sir et la temp&#233;rance, elles ne peuvent pas fonctionner s&#233;par&#233;ment et l'amoureux doit &#234;tre soumis aux deux. Froissart op&#232;re ici un glissement par rapport &#224; l'image religieuse et morale de l'horloge, qui ne retient que le principe de r&#233;gulation. Quant au temps, il est, comme l'avait autrefois montr&#233; Michel Zink, un peu oubli&#233; : le rythme r&#233;gulier des roues sugg&#232;re la r&#233;p&#233;tition et la permanence plut&#244;t que l'id&#233;e du temps qui passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Il est vrai que le m&#233;canisme est mis en marche par l'horloger qui a nom Souvenir. Ce fait est pour Mich&#232;le Gally r&#233;v&#233;lateur de l'inscription du lyrisme dans le pass&#233;, le pr&#233;sent &#233;tant toujours marqu&#233; par l'absence, constatation qui n'est s&#251;rement pas &#233;trang&#232;re &#224; l'esprit de la po&#233;sie de Froissart. &#171; Le discours amoureux ne peut s'inscrire qu'entre le pass&#233; d'un souvenir et le futur d'un espoir &#187; (p. 274) ; les mouvements du m&#233;canisme de l'horloge sont l'image du travail po&#233;tique qui est &#171; &#224; la fois r&#233;p&#233;tition, renouvellement et &lt;i&gt;raison&lt;/i&gt; &#187; (p. 275).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le recueil se cl&#244;t par l'article de Denis H&#252;e &#171; Cloche et horloge &#224; Rouen, Jaques le Lieur et le puy &#187; (p. 277-301) qui analyse les all&#233;gories de la cloche et de l'horloge dans le milieu rouennais, la premi&#232;re dans la po&#233;sie, la deuxi&#232;me dans l'iconographie. La cloche appara&#238;t dans un po&#232;me de Jacques le Lieur compos&#233; pour le puy de Rouen. Elle fait partie d'un syst&#232;me all&#233;gorique tr&#232;s &#233;labor&#233; qui la d&#233;signe comme all&#233;gorie de la Vierge. L'horloge par contre, surmont&#233;e d'ailleurs par une clochette, se remarque sur un vitrail dans la cath&#233;drale de Rouen (financ&#233; par Jaques le Lieur), o&#249; elle est plac&#233;e sur la t&#234;te de Temp&#233;rance, qui soutient saint Romain dans sa lutte contre une s&#233;ductrice diabolique : on retrouve donc l'horloge &#171; d'avant Froissart &#187; amput&#233;e, tout logiquement, de la roue du mouvement. Cet embl&#232;me ne sert pas qu'&#224; l'identification de la vertu repr&#233;sent&#233;e par l'all&#233;gorie, il invite &#224; la m&#233;ditation de diff&#233;rents aspects de cette vertu ; l'horloge devient ici image de la raison qui r&#233;gule la vie du croyant. Dans cette analyse o&#249; tous les &#233;l&#233;ments, m&#234;me en apparence disparates, s'imbriquent parfaitement, Denis H&#252;e montre la coh&#233;rence profonde des all&#233;gories et la forte relation qu'elles maintenaient avec la r&#233;alit&#233; : la cloche, chef-d'&#339;uvre de la technologie humaine, est une image parfaite de la Vierge, que l'horloge ne saurait pas repr&#233;senter : non seulement celle-ci n'est qu'indicatrice du temps, elle rendrait donc la Vierge passive et ext&#233;rieure &#224; l'&#339;uvre du salut, mais en plus, les horloges de la fin du Moyen &#194;ge pouvaient varier d'un quart d'heure par jour, elles se pr&#234;taient donc peu &#224; &#233;voquer la perfection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vu la fantaisie des po&#232;tes palinodiques, il semble que cette rigueur n'&#233;tait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Malgr&#233; l'unit&#233; th&#233;matique, la diversit&#233; d'approches fait que la lecture du recueil n'est pas du tout lassante. De l'&#233;tude des &lt;i&gt;realia&lt;/i&gt; &#224; l'analyse de la construction des textes, les articles confirment que pour les &#233;tudes m&#233;di&#233;vales, l'id&#233;e de centrer la r&#233;flexion critique sur un objet significatif est tr&#232;s stimulante. Cette approche d&#233;voile ce dernier temps toute la richesse de son potentiel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre les trois recueils cit&#233;s dirig&#233;s par Fabienne Pomel, on pense &#224; De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle permet d'&#233;lucider certaines questions &#233;pineuses ponctuelles, mais aussi de saisir la sp&#233;cificit&#233; des genres (et si l'objet en question n'est l&#224; qu'un pr&#233;texte, ce n'est pas bien grave) et de comprendre le contexte culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le recueil poss&#232;de certains d&#233;savantages de ce type d'ouvrages : il regroupe des &#233;tudes isol&#233;es, qui n'entrent pas en dialogue. D'une analyse &#224; l'autre, on ne voit pas la progression, d'autant plus que plusieurs r&#233;p&#233;titions donnent une impression tout &#224; fait fausse que la mati&#232;re est malgr&#233; tout pauvre, et le cas int&#233;ressant des articles de Francis Gingras et d'Anne Berthelot, qui posent au m&#234;me &#233;pisode des questions diff&#233;rentes en se servant d'une m&#233;thode diff&#233;rente, reste isol&#233;. Ainsi le lecteur est-il &#224; plusieurs reprises inform&#233; du r&#244;le des clochettes dans le costume de Hellequin ou de celles qui ornaient les v&#234;tements d'apparat dans les romans ; les cloches des villes englouties et les grelots de Husdent sont aussi souvent sollicit&#233;s ; quant &#224; la symbolique &#233;rotique de la cloche, les m&#234;mes exemples l'illustrent d'une &#233;tude &#224; l'autre. De plus, l'introduction de Fabienne Pomel rend inutiles les entr&#233;es en mati&#232;re g&#233;n&#233;rales qui pr&#233;c&#232;dent certaines analyses particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La lecture des &lt;i&gt;Cloches et horloges dans les textes m&#233;di&#233;vaux&lt;/i&gt; n'en devient pas moins passionnante ni moins utile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On pense &#224; ce que dit Emmanuel Le Roy Ladurie des cloches &#224; Montaillou, qui ne sonnent pas de la m&#234;me fa&#231;on pour l'enterrement d'un homme et d'une femme, de m&#234;me qu'&#224; Flamenca o&#249; le bourdon sonne pour les chevaliers, la grosse cloche pour les bourgeois et la clochette pour les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Je crois voir un correspondant la&#239;c de ce r&#244;le dans le Songe vert anonyme du XIV&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, o&#249; le personnage principal est boulevers&#233; par le son de la cloche de l'&#233;glise dans laquelle est enterr&#233;e sa dame.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Vu la fantaisie des po&#232;tes palinodiques, il semble que cette rigueur n'&#233;tait pas de r&#232;gle : Pierre Crignon ne compare-t-il pas la Vierge &#224; l'astrolabe ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Outre les trois recueils cit&#233;s dirig&#233;s par Fabienne Pomel, on pense &#224; &lt;i&gt;De l'&#233;crin au cercueil. Essais sur les contenants au Moyen Age&lt;/i&gt;, D. James-Raoul et C. Thomasset (dir.), Paris, PUPS, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sophie KLIMIS &amp; Maya B&#214;SCH, Au rythme de Sapph&#244;. Se dire femme en d&#233;sir
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3175</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3175</guid>
		<dc:date>2025-06-30T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>V&#233;ronique Bergen
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		<description>
&lt;p&gt;Sophie KLIMIS et Maya B&#214;SCH, Au rythme de Sapph&#244;. Se dire femme en d&#233;sir, Paris, Rhuthmos, coll. &#171; Le libre jeu des plis &#187;, 2025, 182 p., 20 &#8364;, ISBN : 979-1095155393 Cette recension a d&#233;j&#224; paru dans Le Carnet et les Instants. Le blog des Lettres belges francophones. L'arc-en-ciel qui relie la po&#233;tesse grecque Sapph&#244; et l'ouvrage &#224; quatre mains con&#231;u par Sophie Klimis et Maya B&#246;sch s'appelle d&#233;sir. Inaugurant la nouvelle collection &#171; Le libre jeu des plis &#187; des &#201;ditions Rhuthmos, Au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L105xH150/couverture_recto_au_rythme_de_sappho_25-b2cae.png?1751269995' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sophie KLIMIS et Maya B&#214;SCH, &lt;i&gt;Au rythme de Sapph&#244;. Se dire femme en d&#233;sir&lt;/i&gt;, Paris, Rhuthmos, coll. &#171; Le libre jeu des plis &#187;, 2025, 182 p., 20 &#8364;, ISBN : 979-1095155393&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Cette recension a d&#233;j&#224; paru dans &lt;a href=&#034;https://le-carnet-et-les-instants.net/2025/06/30/klimis-bosch-au-rythme-de-sappho/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Carnet et les Instants. Le blog des Lettres belges francophones&lt;/a&gt;.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'arc-en-ciel qui relie la po&#233;tesse grecque Sapph&#244; et l'ouvrage &#224; quatre mains con&#231;u par &lt;strong&gt;Sophie Klimis et Maya B&#246;sch&lt;/strong&gt; s'appelle d&#233;sir. Inaugurant la nouvelle collection &#171; Le libre jeu des plis &#187; des &#201;ditions Rhuthmos, &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Au rythme de Sapph&#244;. Se dire femme en d&#233;sir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; d&#233;plie un dialogue, un tressage de voix entre la philosophe, po&#233;tesse et dramaturge Sophie Klimis et la metteure en sc&#232;ne, l'artiste Maya B&#246;sch. Comment &#233;voquer aujourd'hui la magie d'Er&#244;s, comment le penser dans ses puissances amoureuses et politiques, &#224; la crois&#233;e des &#233;veils qu'il produit sur le corps et sur l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&#171; Le libre jeu des plis &#187; se diffracte en une multitude de facettes qui travaillent la diachronie, l'alt&#233;rit&#233;, le dispositif cr&#233;ateur. La diachronie d&#232;s lors que l'ouvrage r&#233;pond &#224; la singularit&#233; de la collection, &#224; savoir &lt;i&gt;&#171; inventer des rythmes contemporains dans des rythmes anciens grecs &#187;&lt;/i&gt;. L'alt&#233;rit&#233; au sens o&#249; le partage des voix de Sophie Klimis et de Maya B&#246;sch dessine et mat&#233;rialise l'espace m&#234;me du d&#233;sir, ce lieu o&#249; le Deux se d&#233;ploie en une arche politique. L'antiquit&#233; grecque, ici en la personne de Sapph&#244;, r&#233;sonne comme un transcendantal, comme un creuset quasi-illimit&#233; de pens&#233;es, de formes qui permettent d'ouvrir des possibles in&#233;dits au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Compos&#233; de po&#232;mes qui adoptent la forme du quatrain, de textes qui retracent la trajectoire de la collaboration entre les deux autrices et qui questionnent la texture et la contemporan&#233;it&#233; de la po&#233;sie lyrique de Sapph&#244;, l'ouvrage explore des tonalit&#233;s ouvertement d&#233;cal&#233;es, peu pris&#233;es par le monde contemporain. Le choix de ce d&#233;calage, voire sa n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure, affirme sa dimension politique. Spontan&#233;ment, Sophie Klimis a &#233;crit sous la forme de quatrains &#8212; une forme qu'affectionnaient Sapph&#244;, Emily Dickinson, Rimbaud, Verlaine&#8230; &#8212; et a investi la po&#233;sie d'un lyrisme &#224; la fois organique et m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai tent&#233; d'explorer ce que le lyrique a de d&#233;cal&#233;, voire, d'&#233;trange, par rapport &#224; l'actualit&#233; du monde contemporain. Comme si, des ha&#239;kus japonais aux po&#232;mes de Sapph&#244;, le lyrique, dans son indestructible fragilit&#233;, &#233;tait le lieu t&#233;moin des invariants de notre condition humaine : l'attente, l'amour, la perte, la solitude, le deuil, l'espoir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La s&#232;ve libre de Sapph&#244;, le rythme des quatrains, la jonction entre la Gr&#232;ce antique et notre monde se nouent afin de dresser un espace d'&#233;criture soustrait aux orgues mortif&#232;res du n&#233;olib&#233;ralisme. Il n'est point question d'un pas en arri&#232;re qui t&#233;moignerait d'une nostalgie de l'aurore, des origines grecques, mais d'un pas de c&#244;t&#233; qui revitalise la contemporan&#233;it&#233; par la vitalit&#233; &#233;ternelle d'une fl&#232;che nomm&#233;e Sapph&#244;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peau d'&#226;me&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Berc&#233; par ma bouche suave&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Captif si doux qu'un sein t&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ton plus intime m'ondulant&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#226;me se dresse : Ta Beaut&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'heure de Sapph&#244;, c'est aujourd'hui qu'elle retentit nous disent Sophie Klimis et Maya B&#246;sch au fil d'une arch&#233;ologie du pr&#233;sent, d'un voyage po&#233;tique o&#249; la pluralit&#233; du d&#233;sir crie son embrasement, ses extases, ses clinamens sensuels, ses ivresses qui d&#233;sorientent, ses agonies lorsqu'Er&#244;s reflue et meurt dans l'arythmie des amants. Puissance de soul&#232;vement, de transes des corps et des affects, en tant que rythme vital qui d&#233;fait les codifications sociales, politiques de la cadence, le d&#233;sir comble, intensifie, affole, d&#233;racine, nourri ou d&#233;truit, peuple et d&#233;peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oedipa&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Anamn&#232;se symbiotique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les stigmates de l'abandon &#8212;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N&#233;gligence m&#226;le tourn&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'am&#232;re insouciance. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Christian GRAFF &amp; Luc GWIAZDZINSKI (dir.), Rythmes et flux &#224; l'&#233;preuve des territoires
</title>
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		<dc:date>2025-06-13T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Qu&#233;va &amp; V&#233;ronique Fourault-Cau&#235;t
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C. GRAFF &amp; L. GWIAZDZINSKI (dir.), Rythmes et flux &#224; l'&#233;preuve des territoires, Paris, Rhuthmos, 2024, 190 p &#8211; ISBN : 979-10-95155-36-2 Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru le 06/06/2025 dans Annales de g&#233;ographie, 2025/2-3, n&#176; 762-763, p. 245. Face &#224; des recompositions profondes du monde semblant ne jamais cesser de s'acc&#233;l&#233;rer, l'ouvrage de C. Graff et L. Gwiazdzinski invite &#224; mobiliser la notion de rythme comme clef de lecture des mouvements et soubresauts contemporains. Envisag&#233; comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L104xH150/rythmes_et_flux_vol__1_couverture-4a18b.png?1749792254' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C. GRAFF &amp; L. GWIAZDZINSKI (dir.), &lt;i&gt;Rythmes et flux &#224; l'&#233;preuve des territoires&lt;/i&gt;, Paris, Rhuthmos, 2024, 190 p &#8211; ISBN : 979-10-95155-36-2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru le 06/06/2025 dans&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2025-2-3-page-245?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Annales de g&#233;ographie&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;2025/2-3, n&#176; 762-763, p. 245.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Face &#224; des recompositions profondes du monde semblant ne jamais cesser de s'acc&#233;l&#233;rer, l'ouvrage de C. Graff et L. Gwiazdzinski invite &#224; mobiliser la notion de rythme comme clef de lecture des mouvements et soubresauts contemporains. Envisag&#233; comme l'organisation du mouvant, marqu&#233; par des r&#233;currences, des cadences et des r&#233;gularit&#233;s, le rythme renvoie dans cet ouvrage &#224; la fois &#224; une exp&#233;rience v&#233;cue et &#224; une notion pens&#233;e de mani&#232;re interdisciplinaire, au croisement de la g&#233;ographie, de la philosophie, de l'oc&#233;anographie ou encore de la po&#233;sie. Les huit auteurs contribuant &#224; cet ouvrage explorent ainsi l'int&#233;r&#234;t heuristique de la notion dans leurs champs respectifs : harmonie des proportions en architecture (C. Youn&#232;s), fluctuations des courants marins et circulations oc&#233;aniques (J. Verron), pulsations des &#233;cosyst&#232;mes face aux rythmes climatiques (S. Bigot) ou encore rythmes touristiques (C. Tritz).&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;L'approche g&#233;ographique du rythme est au c&#339;ur de la contribution de L. Gwiazdzinski qui, au regard de ses &lt;em&gt;&#171; rencontres avec le rythme &#187;&lt;/em&gt;, rend compte &#224; la fois d'une exp&#233;rience subjective et d'une approche th&#233;orique du rythme, autour du triptyque structure-p&#233;riodicit&#233;-mouvement. Cette grille de lecture pourrait ainsi permettre de saisir le monde dans sa complexit&#233; en d&#233;passant les cat&#233;gories binaires (centres-marges, villes-campagnes&#8230;) pour &lt;em&gt;&#171; laisser une place aux temps d'arr&#234;t et aux espaces vides et d&#233;velopper une politique de rythmes, d'alternances, plut&#244;t que des politiques temporelles d'optimisation pouvant aboutir &#224; la saturation &#187;&lt;/em&gt;. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, O. Soubeyran et S. de Pertat interrogent la place du rythme dans le domaine de l'am&#233;nagement, en articulant planification et improvisation, afin de tenir compte au mieux des incertitudes et des crises du monde contemporain. Le chantier reste &#224; construire, tout comme les m&#233;thodes &#224; mobiliser pour le mettre en &#339;uvre. Mais les pistes r&#233;flexives propos&#233;es n'en restent pas moins stimulantes.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les contributions, pour la plupart illustr&#233;es de cartes ou graphiques, montrent tout &#224; la fois la complexit&#233; associ&#233;e aux diff&#233;rents rythmes &#233;voqu&#233;s (entre r&#233;gularit&#233;s, acc&#233;l&#233;rations, ralentissements, arythmies&#8230;) et le caract&#232;re potentiellement op&#233;ratoire de la notion pour penser le mouvement &#224; toutes les &#233;chelles, depuis celle du corps jusqu'&#224; celle de la plan&#232;te. Le lecteur appr&#233;ciera la richesse et la diversit&#233; des contributions, m&#234;me s'il peut regretter l'absence de structuration de l'ouvrage en quelques grandes parties qui auraient permis de valoriser la construction d'une logique argumentative d'ensemble. Les diff&#233;rents textes apparaissent en effet en l'&#233;tat quelque peu cloisonn&#233;s les uns des autres, l'ordre de contributions n'&#233;tant pas &#233;vident, et peine &#224; faire &#233;merger une lecture transversale du rythme. La conclusion reprend d'ailleurs assez longuement les contributions les unes &#224; la suite des autres, avant de proposer quelques &#233;l&#233;ments saillants pour de futures r&#233;flexions. De fait, le livre &#8211; pr&#233;sent&#233; comme un &lt;em&gt;&#171; premier ouvrage &#187;&lt;/em&gt; dans la conclusion &#8211; reste exploratoire et constitue en cela une invitation &#224; poursuivre et &#233;largir les analyses dans la diversit&#233; des champs disciplinaires.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Magali ANN&#201;E, L'&#233;tat de langue sonore de la Gr&#232;ce ancienne. Pour une philologie anthropologique
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article3010</link>
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		<dc:date>2023-08-21T12:13:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;rique Ildefonse
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;M. ANN&#201;E, L'&#233;tat de langue sonore de la Gr&#232;ce ancienne. Pour une philologie anthropologique, Limoges, Lambert-Lucas, 2022 &#8211; ISBN/EAN 978-2-35935-346-4. Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru en pr&#233;-publication dans la revue Philosophie antique. Probl&#232;mes, renaissances, usages, n&#176; 23, 2023 &#8211; mis en ligne le 09 juin 2023 et consult&#233; le 21 ao&#251;t 2023. 1 Voici un objet qui semble au prime abord bien sp&#233;culatif, puisque, jamais, il ne nous sera donn&#233; d'entendre cette langue. Voici pourtant l'objet que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L97xH150/couv_annee_1000-391ba.jpg?1715240245' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M. ANN&#201;E, &lt;i&gt;L'&#233;tat de langue sonore de la Gr&#232;ce ancienne. Pour une philologie anthropologique&lt;/i&gt;, Limoges, Lambert-Lucas, 2022 &#8211; ISBN/EAN 978-2-35935-346-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Ce compte rendu a d&#233;j&#224; paru en pr&#233;-publication dans la revue &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/philosant/6579&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philosophie antique. Probl&#232;mes, renaissances, usages&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, n&#176; 23, 2023 &#8211; mis en ligne le 09 juin 2023 et consult&#233; le 21 ao&#251;t 2023.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6856 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/pdf/philosant-6579.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 168.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772797221' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1 Voici un objet qui semble au prime abord bien sp&#233;culatif, puisque, jamais, il ne nous sera donn&#233; d'entendre cette langue. Voici pourtant l'objet que Magali Ann&#233;e [d&#233;sormais MA] cherche &#224; restituer et &#224; analyser, dont elle m&#233;nage pour nous l'approche en ciselant ses analyses et en exer&#231;ant sa grande comp&#233;tence technique sur la langue grecque. Le pr&#233;sent ouvrage concerne la linguistique certes, mais cette &#171; linguistique vivante &#187; que Saussure appelait de ses v&#339;ux, et la philologie nouvelle que MA vise &#224; d&#233;velopper, &#171; philologie anthropologique, philologie de la parole vivante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
2 Ce beau livre, loin d'&#234;tre un premier livre, op&#232;re une synth&#232;se des nombreux ouvrages pr&#233;c&#233;dents de MA &#8211; sur Parm&#233;nide (Vrin, 2012) ; sur Tyrt&#233;e et Kallinos, (Classiques Garnier, 2017) ; sur le &lt;i&gt;M&#233;non&lt;/i&gt; (J&#233;r&#244;me Millon, 2018) ; sur Alcm&#233;on de Crotone (Vrin, 2019) &#8211; permettant de d&#233;gager, plus clairement encore, la coh&#233;rence et la port&#233;e du projet qui les anime. Il est compos&#233; d'une introduction, &#171; Pour une philologie grecque du point de vue de la langue grecque &#187;, et de onze chapitres, suivis d'une conclusion, &#171; Le philologue et la sir&#232;ne &#187;, et d'un &#233;pilogue, &#171; Tous polymathes &#187;. Il comprend un tr&#232;s utile glossaire des termes de m&#233;trique ainsi qu'un index des passages cit&#233;s, un &lt;i&gt;index nominum&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;index rerum&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;index verborum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
3 MA soutient que &#171; l'&#233;tat de langue &#187; qu'elle &#233;tudie est &#171; marqu&#233; au sceau de l'auralit&#233;, au point qu'oral et &#233;crit se confondent en un tout sonore &#187;, dans lequel se mouvait la r&#233;flexion de ses locuteurs et qui, jusqu'&#224; Platon inclus, ne se laisserait qu'imparfaitement d&#233;crire par des &#171; jeux &#187; de &#171; polys&#233;mie &#187; ou autre &#171; para-homophonie &#187;, bien plut&#244;t par des &#171; affinit&#233;s phoniques et morphologiques incessantes &#187; dont tous les usagers avaient l'intuition naturelle et auxquelles ils &#171; associaient un ensemble mouvant de valeurs s&#233;mantiques &#187;. Elle cherche &#224; donner &#224; voir &#171; comment la sonorit&#233; qui habite &#187; les textes grecs de l'&#233;poque archa&#239;que et classique &#233;tait &#171; investie d'un pouvoir cognitif encore aujourd'hui sous-estim&#233; &#187; &#8211; l'enjeu &#233;tant de &#171; faire progresser notre conception traditionnelle de la langue et de la pens&#233;e grecque et, au-del&#224;, du rapport que les Grecs de l'&#233;poque platonicienne et pr&#233;-platonicienne entretenaient au r&#233;el : comment le sens se co-construisait-il, autour, au-del&#224;, au-dedans, ou ind&#233;pendamment du r&#233;el ? &#187; Renouant avec le &#171; v&#339;u &#187; formul&#233; par N. Loraux d'une &#233;tude &#224; venir de la &#171; perception grecque de la langue, et [du] rapport, &#233;minemment cratylien, que les Grecs, du moins jusqu'&#224; Aristote, entretiennent avec leur langue, parce que peut-&#234;tre ils la pensent comme faite de noms &#187;, MA d&#233;fend que cette langue est moins &#171; faite de noms &#187; que &#171; de formes sonores, d'ordre phonico-syllabique et dot&#233;es de valeurs morpho-s&#233;mantiques &#187; &#8211; seules en mesure d'expliquer par exemple comment des chanteurs tels que Hom&#232;re et H&#233;siode &#233;taient en mesure de composer des vers complexes &#224; la vitesse de la parole. Comme l'analyse linguistique et l'&#233;pigraphie s'accordent &#224; l'attester, la conception grecque de la langue repose fondamentalement non seulement &#171; sur la conscience exceptionnelle que les usagers avaient, dans le flot sonore de la langue, des unit&#233;s plus petites que le mot, mais encore sur le savoir ou l'intuition plus ou moins grande des valeurs s&#233;mantiques qui pouvaient &#234;tre attach&#233;es &#224; ces unit&#233;s &#187;. MA parle aussi de &#171; pleine conscience &#187;, et bien entendu cette &#171; conscience &#187; est particuli&#232;re. L'&#171; &#233;tat de langue &#187; qui oriente le s&#233;mantique sans le d&#233;terminer met en jeu un rapport au s&#233;mantique que nous ne connaissons pas, que nous ne prenons plus en compte. Il y va d'une &#171; s&#233;mantique synesth&#233;sique &#187;, fond&#233;e sur l'unit&#233; de r&#233;f&#233;rence qu'est la syllabe, la s&#233;quence syllabique sonore : &#171; D'Hom&#232;re &#224; Platon, ce n'est pas la perception grecque d'une diff&#233;rence de nature entre les mots de la langue qui pr&#233;valait, mais bien plut&#244;t celle du cours fluant, du &lt;i&gt;rhuthmos &lt;/i&gt; des &#233;l&#233;ments &#8220;sonnants&#8221;, &#8220;non sonnants&#8221; ou interm&#233;diaires qui s'imbriquaient les uns aux autres pour former un discours signifiant, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;sonnant juste&lt;/i&gt; morpho-phoniquement parlant &#187; &#8211; ce que confirmerait, jusqu'&#224; Platon inclus, l'absence d'un terme qui corresponde &#224; ce que &#171; les langues modernes occidentales entendent par &#8220;mot&#8221; &#187;. C'est que les Grecs &#171; percevaient moins un &#8220;mot&#8221;, au sens o&#249; nous l'entendons, qu'une structure sonore dot&#233;e d'un rythme syllabique propre, sans que cela implique pour autant son ind&#233;pendance au sein de la cha&#238;ne parl&#233;e ou chant&#233;e &#187; &#8211; on pense &#224; la &#963;&#965;&#957;&#941;&#967;&#949;&#953;&#945; de la fin du &lt;i&gt;Sophiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
4 &lt;i&gt;Mutatis mutandis&lt;/i&gt;, MA croise certains r&#233;sultats de l'enqu&#234;te op&#233;r&#233;e par A. Surrall&#233;s dans &lt;i&gt;La raison lexicographique. La d&#233;couverte des langues et l'origine de l'anthropologie&lt;/i&gt; (&#224; para&#238;tre chez Fayard, 2023) &#224; partir d'un travail sur les premiers dictionnaires post-coloniaux, entre espagnol et langues indiennes ; elle cite les travaux de P. Kockelmann sur le mode de signification des interjections du Q'eqchi'-Maya : plut&#244;t que de projeter la mesure du mot, il faut bien plut&#244;t tenir compte &#171; de l'ensemble interactif et fluide que repr&#233;sentait la totalit&#233; des unit&#233;s phonico-syllabiques constitutives des unes et des autres, sans aucune solution de continuit&#233; s&#233;mantique entre ces deux types d'ensembles, au sein d'un &#233;nonc&#233; donn&#233; &#187;. On en vient alors &#224; d&#233;centrer &#171; ce que notre pens&#233;e occidentale a consid&#233;r&#233; &#234;tre, pour toute langue, le centre de l'&#233;nonciation et (&#224;) remettre en cause l'opposition radicale qu'elle a &#233;rig&#233;e entre ce qui rel&#232;ve du son et ce qui appartient au royaume du &lt;i&gt;mot&lt;/i&gt; : le d&#233;ictique pur, l'intuitif et l'irrationnel d'un c&#244;t&#233;, la logique, l'argumentatif et le rationnel de l'autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
5 La difficult&#233;, au premier abord, des concepts que MA met en place (&#171; prismatique &#187;, &#171; halos &#187;, &#171; holos&#233;mantique &#187;, ou, sur le mod&#232;le de Soulages, &#171; outre-nom &#187;, &#171; outre-sens &#187;) ne doit pas rebuter : &#171; s'ils peuvent parfois se montrer d&#233;routants, ils ne sont pas gratuits &#187;. C'est qu'elle cherche &#224; d&#233;crire et &#224; transmettre ce que sa comp&#233;tence de linguiste et de m&#233;tricienne lui fait voir et que nous ne verrions pas sans elle, &#224; mettre en &#233;vidence, distincte de la logique lin&#233;aire, syntaxique et argumentative, une logique infra-linguistique ou &#171; outre-linguistique &#187;, selon laquelle les formes sonores d'unit&#233;s plus petites que le mot interf&#233;raient librement pour susciter un ensemble de &#8220;halos&#8221; s&#233;mantiques &#8211; ni &#171; parasites &#187; ni &#171; anecdotiques &#187;, mais constituant les &#171; compl&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la signification totale du discours en train de se dire et de se faire entendre &#187;. Les concepts utilis&#233;s cherchent &#224; rendre compte &#171; d'un ph&#233;nom&#232;ne linguistique synesth&#233;sique &#8211; une sorte de &lt;i&gt;sfumato&lt;/i&gt; inh&#233;rent &#224; la langue &#187;. MA justifie son concept d'&#171; outre-sens &#187; par le fait que &#171; le processus global de la signification dans l'&#233;tat de langue pr&#233;-platonicien impliquait une perp&#233;tuelle reconfiguration des figures en formes et des formes en figures &#187;. Le fonctionnement communicationnel de la langue, plut&#244;t que m&#233;tamorphique, concept repris &#224; Benveniste, qui &#171; suppose une forme originelle sp&#233;cifique &#187;, &#233;tait alors &#171; quasi diamorphique &#187;, le terme cherchant &#224; rendre, fondamentalement li&#233;e &#224; la perception syllabique du langage, &#171; la propension &#224; se mouvoir entre diff&#233;rentes formes, non seulement sans que cela suppose la pr&#233;&#233;minence de l'une, primordialement d&#233;termin&#233;e, sur les autres, mais sans non plus que l'identit&#233; et les pouvoirs de l'entit&#233; concern&#233;e en soient en quelque mani&#232;re entrav&#233;e ou obscurcis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
6 Travailler ainsi sur l'&#233;tat de langue sonore n'est pas seulement travailler sur la langue. MA souligne que &#171; la linguistique ancienne est encore trop peu souvent tourn&#233;e vers l'histoire et l'anthropologie des religions, des pratiques socio-culturelles, et (que) l'histoire, l'anthropologie, la philosophie ne sont pas assez linguistes &#187;. Ses ouvrages sont autant de passeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt; 7 C'est que l'&#233;tat de langue cratyl&#233;en qui est celui des &#171; po&#232;tes et savants grecs de l'&#233;poque pr&#233;-platonicienne &#187;, tous polymathes, &#171; artisans et experts d'une langue polyth&#233;iste, sonore et musicale &#187; &#8211; la recherche plus tardive, par Plutarque par exemple, d'une prose rythmique ne se comprenant que par l'effort de reconstituer un tel &#233;tat, &#171; ou pour maintenir une sorte d'&#8220;oralit&#233; r&#233;siduelle&#8221; &#187; &#8211; &#233;tait &#171; marqu&#233; par un conception de la langue non pas descriptive, mais prescriptive &#187; (ou, dit-elle, pragmatique) &#171; dans laquelle phonologie, orthographe et morphologie n'&#233;tant jamais v&#233;ritablement distingu&#233;es, finissent par se recouvrir sous le principe ma&#238;tre de l'euphonie &#187;. MA le met en rapport avec la culture grecque, &#171; caract&#233;ris&#233;e d'un c&#244;t&#233; par une multiplicit&#233; dialectale qui ne g&#234;nait nullement la compr&#233;hension, de l'autre par une conception polyth&#233;iste du monde aussi fluide qu'expansive &#187;. MA parle d'une langue &#171; sonoris&#233;e &#187; et &#171; trans-rythm&#233;e &#187; &#8211; par quasi-translitt&#233;ration du compos&#233; verbal &#956;&#949;&#964;&#945;&#961;&#961;&#965;&#952;&#956;&#943;&#950;&#969;, qui fait &#233;cho &#224; une ancienne conception de l'&#233;criture, entendue &#171; non pas comme un ensemble de signes fixes ou comme un code statique, mais comme un &#8220;encha&#238;nement&#8221; n&#233;cessairement mouvant et continu, propre &#224; se modeler et &#224; se remodeler sans cesse, parce que fondamentalement destin&#233; &#224; transcrire la modulation du flux sonore de la langue prof&#233;r&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
8 Ainsi, &#171; exactement de la m&#234;me mani&#232;re qu'il y a des dieux, il y a le langage &#187;. MA met en rapport la &#171; plasticit&#233; verbale infinie &#187; de la langue grecque des &#233;poques archa&#239;que et classique, en de&#231;&#224; de la phrase et de la syntaxe, avec la &#171; plasticit&#233; dynamique et fluide &#187; de &#171; la conception polyth&#233;iste du divin &#187;. Peut-on pour autant penser que l'&#233;tude de l'&#233;tat de langue sonore et cratyl&#233;en de la Gr&#232;ce pr&#233;-platonicienne pourrait s'av&#233;rer &#171; la voie la plus directe pour saisir positivement le polyth&#233;isme &#187; ? Les pr&#233;cisions cruciales qu'apporte J. Humbert dans sa &lt;i&gt;Syntaxe grecque&lt;/i&gt; permettent &#224; MA de souligner, &#224; juste titre, que &#171; &#960;&#959;&#955;&#973;&#962; n'est pas notre &#8220;poly-&#8221; &#187;, ne serait-ce que parce que la pluralit&#233; en grec est indiff&#233;rente &#224; la quantification du nombre : &#171; la langue grecque ancienne se situe par-del&#224; le singulier et le pluriel, faisant g&#233;n&#233;ralement primer l'id&#233;e d'un ensemble &#224; la fois un et multiple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
9 La grande comp&#233;tence poly-linguistique et -philologique de &#924;&#913;, femme-orchestre de la langue grecque, sa remarquable &#171; ma&#238;trise &#8220;technicienne&#8221; de la langue &#187; qui allie connaissances &#171; rythmique, dialectologique, historique ou &#233;tymologique, pragmatique, anthropologique, philosophique &#187; nous permettent de r&#233;duire l'impossible, d'approcher le fait sonore de cette langue grecque telle que nous ne l'entendrons jamais, de mesurer son importance dans l'inventivit&#233; de ceux qui l'entendaient et d'approcher la &#171; mall&#233;abilit&#233; principielle du discours vivant dont le texte n'est que le squelette &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
10 MA aime &#224; comparer sa d&#233;marche &#224; celle de la restauration d'un tableau ancien : il ne s'agit pas, par-del&#224; les diff&#233;rentes couches de vernis et interventions de restaurations ant&#233;rieures qu'il a subies, de lui rendre &#171; sa v&#233;rit&#233; originale &#187;, mais &#171; l'&lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; vivant de sa puissance &#233;clatante &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manola ANTONIOLI, Guillaume DREVON, Luc GWIAZDZINSKI, Vincent KAUFMANN, Luca PATTARONI, Manifeste pour une politique des rythmes
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article2942</link>
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		<dc:date>2022-12-31T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mireille Diestchy
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		<description>
&lt;p&gt;M. ANTONIOLI, G. DREVON, L. GWIAZDZINSKI, V. KAUFMANN, L. PATTARONI, Manifeste pour une politique des rythmes, Lausanne, EPFL, 2021, 168 p. Ce compte-rendu a d&#233;j&#224; paru dans Espaces et soci&#233;t&#233;s, 2022/3-4 (n&#176; 186-187), pp. 279-282. Voici un nouvel ouvrage qui entreprend de travailler la notion de rythme. Manola Antonioli (philosophe) et Luc Gwiazdzinski (g&#233;ographe), ainsi que Guillaume Drevon, Vincent Kaufmann et Luca Pattaroni (sociologues) se donnent pour ambition de d&#233;montrer la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Recensions
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L107xH150/mannifeste_pour_une_politique_des_rythmes-52384.jpg?1715240245' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M. ANTONIOLI, G. DREVON, L. GWIAZDZINSKI, V. KAUFMANN, L. PATTARONI, &lt;i&gt;Manifeste pour une politique des rythmes&lt;/i&gt;, Lausanne, EPFL, 2021, 168 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;i&gt;Ce compte-rendu a d&#233;j&#224; paru dans &lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-espaces-et-societes-2022-3-page-279.htm?contenu=article&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Espaces et soci&#233;t&#233;s&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;2022/3-4 (n&#176; 186-187), pp. 279-282.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Voici un nouvel ouvrage qui entreprend de travailler la notion de rythme. Manola Antonioli (philosophe) et Luc Gwiazdzinski (g&#233;ographe), ainsi que Guillaume Drevon, Vincent Kaufmann et Luca Pattaroni (sociologues) se donnent pour ambition de d&#233;montrer la centralit&#233; et la pertinence de ce concept pour penser les &#233;volutions du monde contemporain. Leur proposition s'inscrit dans la continuit&#233; d'un ensemble de travaux francophones ant&#233;rieurs, tels ceux de Pierre Sauvanet et Jean-Jacques Wunenburger (1996), de Pascal Michon (2007) ou d'Yves Citton (2014) et consacre les apports d&#233;sormais classiques de Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari sur la ritournelle (1980), d'Henri Lefebvre sur la rythmanalyse (1992) ou de Roland Barthes sur l'idiorrythmie (2002). Cet ouvrage fait suite &#224; &lt;i&gt;Saturations. Individus, collectifs, organisations et territoires &#224; l'&#233;preuve&lt;/i&gt;, premi&#232;re publication collective dirig&#233;e par les m&#234;mes chercheurs, parue en 2019. Si l'expos&#233; th&#233;orique sur la notion de rythme n'est pas en soi nouveau, la forme du manifeste introduit ici des pistes in&#233;dites : des propositions de m&#233;thode et d'application concr&#232;tes qui ouvrent sur le potentiel politique du ph&#233;nom&#232;ne rythmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Les auteurs construisent leur d&#233;monstration en quatre parties, qui sont ponctu&#233;es de photographies de la ville de Gen&#232;ve prises pendant une p&#233;riode de semi-confinement en 2020 par Christian Lutz. L'expos&#233; commence par la pr&#233;sentation de ce qui est nomm&#233; &#171; pathologies rythmiques &#187; dans le texte. Reprenant diverses analyses, notamment celle d'Hartmut Rosa (2010), les auteurs reviennent sur les cons&#233;quences tant individuelles que collectives de la fragmentation, de la multiplication et de l'acc&#233;l&#233;ration des rythmes associ&#233;s au d&#233;veloppement capitaliste et proposent de mobiliser la notion de saturation, &#171; int&#233;ressante car elle se pr&#233;sente comme un moment de seuil o&#249; se lit la perte d'un potentiel de changement et, plus fondamentalement, de libert&#233; &#187; (p.&#8239;40). Quatre types de pathologies rythmiques en d&#233;coulent : la congestion (les flux augmentent et conduisent &#224; un ralentissement ou &#224; un blocage), l'&#233;touffement (un encombrement plus spatial que temporel qui induit une r&#233;duction des &#171; marges de man&#339;uvre &#187; [p.&#8239;44] et des possibilit&#233;s d'appropriation), l'&#233;tourdissement (une saturation attentionnelle) et l'&#233;puisement (les formes individuelles de &lt;i&gt;burn-out&lt;/i&gt; notamment). Il s'agit bien, pour les auteurs, de d&#233;crire ces pathologies rythmiques pour en penser les r&#233;sistances : &#171; la reconqu&#234;te de ce que l'on propose de nommer des puissances rythmiques est un enjeu politique d'&#233;mancipation et de constitution de formes du commun &#187; (p.&#8239;39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'objet de la deuxi&#232;me partie du livre, plus th&#233;orique, est de justifier l'int&#233;r&#234;t de la notion de rythme qui doit &#234;tre envisag&#233; non comme une mesure temporelle, mais comme une mani&#232;re sp&#233;cifique de &#171; fluer &#187;, permettant de consid&#233;rer ensemble l'espace et le temps. Ici, les auteurs rappellent le caract&#232;re complexe, plastique et interdisciplinaire de ce concept. Pour qui conna&#238;t la litt&#233;rature associ&#233;e, rien de nouveau en cela, mais l'ambition du manifeste se donne &#224; voir lorsqu'il d&#233;ploie une approche politique du rythme, soulignant son caract&#232;re tant individuel que collectif et invitant &#224; l'envisager &#224; l'&#233;chelle des territoires. Compris ainsi, le rythme devient &#171; un facteur d'individuation et de subjectivation, au niveau individuel comme au niveau collectif, et r&#233;v&#232;le ainsi sa port&#233;e profond&#233;ment politique &#187; (p.&#8239;67), il permet &#171; une pens&#233;e processuelle et relationnelle du pouvoir &#187; (p.&#8239;70).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Que peut-on, d&#232;s lors, opposer aux pathologies rythmiques ? La troisi&#232;me partie cherche, du c&#244;t&#233; de la m&#233;thode analytique, des outils pertinents pour envisager de possibles r&#233;sistances. L'&#233;tude des rythmes n&#233;cessite de d&#233;passer des dichotomies tenaces en sciences sociales, ainsi que le soulignait Luca Pattaroni dans un &#233;crit pr&#233;c&#233;dent (2016) : celles qui opposent le temps et l'espace, les &#233;chelles de l'individuel et du collectif, ou encore la lenteur et la vitesse. Or, les &#233;tudes existantes (budget-temps, mobilit&#233;) peinent &#224; concilier les approches m&#233;trique et exp&#233;rientielle des rythmes, autrement dit, &#224; m&#234;ler les pratiques et les exp&#233;riences, ce que l'on fait et comment on le vit. Il est facile, par exemple, de mesurer des cadences de d&#233;placement, mais plus complexe d'envisager les &#233;tats &#233;motionnels qui leur sont associ&#233;s (p.&#8239;118). Les auteurs soulignent ainsi la difficult&#233; de ces approches &#224; saisir le mouvant, le processuel, le changement d'&#233;tat et esquissent une proposition m&#233;thodologique. Il s'agit de se munir des outils permettant de penser l'entrelacement des rythmes, les singularit&#233;s rythmiques plus que les r&#233;gularit&#233;s. Les rythmes peuvent ainsi &#234;tre d&#233;finis par rapport &#224; leur intensit&#233; (pics et creux) et leur cadence (allure, vitesse et complexit&#233;, la cadence peut &#234;tre r&#233;guli&#232;re ou non) ; et ces deux caract&#233;ristiques sont marqu&#233;es par des inflexions : la p&#233;riodicit&#233; (intervalle et unit&#233; de temps), les al&#233;as (les ruptures dans les trames rythmiques, les accidents, les basculements &#233;motionnels) et l'agencement (comment les &#233;pisodes se succ&#232;dent, s'organisent). Cette analyse, nomm&#233;e rythmologie, doit porter tant sur les usages que sur les potentialit&#233;s politiques, en d'autres termes, essayer de relier les dynamiques individuelles et les territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
La derni&#232;re partie de l'ouvrage appelle &#224; la th&#233;orisation et &#224; la mise en &#339;uvre d'une &#171; chor&#233;opolitique &#187;. Il est &#224; souligner que cette derni&#232;re se traduirait moins par un ralentissement g&#233;n&#233;ralis&#233;, qui pourrait conduire &#224; de potentielles tyrannies rythmiques, que par des alternances, incitant donc &#224; &#171; une pens&#233;e dynamique du commun &#187; (p.&#8239;140). Sont ensuite introduits divers principes et leurs possibles applications. Premi&#232;rement, celui de l'idiorrythmie, ouvrant &#224; une r&#233;appropriation individuelle et collective des temps et des milieux. Les politiques publiques sont ici &#224; repenser : comment concilier les aspirations d'acc&#233;l&#233;ration et de ralentissement, penser des temps d'arr&#234;t individuel, rediscuter les normes temporelles ? Deuxi&#232;mement, l'eurythmie qui entend favoriser des temps et des espaces partag&#233;s. Mais le lecteur est sensibilis&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de ne pas r&#233;duire cette recherche de synchronisation &#224; sa forme ir&#233;nique, dans le sens o&#249; il s'agit d'&#233;viter toute &#171; tyrannie rythmique &#187; (p.&#8239;142), mais plut&#244;t d'articuler les rythmes de chacun en accordant une place aux potentielles discordances : &#171; les chor&#233;graphies qui nous int&#233;ressent sont celles qui accueillent les diff&#233;rences substantielles et les tensions &#187; (p.&#8239;147). Troisi&#232;mement, l'enjeu de la transition, qui requiert une attention aux rythmes naturels, &#224; l'exemple de la permaculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Dans un &lt;i&gt;post-scriptum&lt;/i&gt;, les auteurs, rattrap&#233;s par l'actualit&#233; de la &#171; crise sanitaire &#187; de Covid-19, proposent une mise &#224; l'&#233;preuve de leur manifeste. La notion de rythme s'av&#232;re pertinente pour penser les effets de cette pand&#233;mie, ses rythmes de contamination, d'hospitalisation, de vaccination comme l'enjeu de la densit&#233; et de la proximit&#233; spatiale dus aux mesures sanitaires. Ils soulignent que toute &#171; crise &#187; est riche de potentialit&#233;s. Ce &lt;i&gt;Manifeste pour une politique des rythmes&lt;/i&gt; appara&#238;t ainsi d'autant plus important que les pistes d'invention, concernant notamment les rythmes du travail et ceux de la ville, qui ont pu &#233;merger face &#224; cette crise, semblent bien vite oubli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;
&lt;BR/&gt;
Antonioli Manola, Drevon Guillaume, Gwiazdzinski Luc, Kaufmann Vincent, Pattaroni Luca &#233;d., 2019, &lt;i&gt;Saturations. Individus, collectifs, organisations et territoires &#224; l'&#233;preuve&lt;/i&gt;, Grenoble, Elya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barthes Roland, 2002, &lt;i&gt;Comment vivre ensemble : simulations romanesques de quelques espaces quotidiens&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citton Yves, 2014, &lt;i&gt;Pour une &#233;cologie de l'attention&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deleuze Gilles, Guattari F&#233;lix, 1980, &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefebvre Henri, 1992, &#201;l&#233;ments de rythmanalyse. Introduction &#224; la connaissance des rythmes, Paris, Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michon Pascal, 2007, &lt;i&gt;Les rythmes du politique : d&#233;mocratie et capitalisme mondialis&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Les Prairies ordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pattaroni Luca, 2016, &#171; La trame sociologique de l'espace &#187; [en ligne], &lt;i&gt;SociologieS&lt;/i&gt;, [doi : &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/sociologies.5435&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/sociologies.5435&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Hartmut, 2010 [2005], &lt;i&gt;Acc&#233;l&#233;ration : une critique sociale du temps&lt;/i&gt;, trad. Didier Renault, Paris, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauvanet Pierre, Wunenburger Jean-Jacques &#233;d., 1996, &lt;i&gt;Les rythmes. Lectures et th&#233;ories&lt;/i&gt;. Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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