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		<title>Rhuthmos</title>
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		<title>Juri Tynjanov : th&#233;orie du m&#232;tre, th&#233;orie du rythme
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		<dc:date>2012-04-20T14:51:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H&#233;l&#232;ne Henry-Safier
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		<description>
&lt;p&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans la Revue des &#233;tudes slaves, Tome 55, fascicule 3, 1983, p. 425-429 et mis en ligne ici.&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_739 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.rhuthmos.eu/IMG/pdf/Helene_Henry-Safier_Tynjanov_Theorie_du_metre_theorie_du_rythme.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 552.4 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.rhuthmos.eu/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1778581920' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a d&#233;j&#224; paru dans la&lt;/i&gt; Revue des &#233;tudes slaves, &lt;i&gt;Tome 55, fascicule 3, 1983, p. 425-429 et mis en ligne &lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/slave_0080-2557_1983_num_55_3_5349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Osip Mandelstam : de l'utopie rythmique &#224; la m&#233;trique sovi&#233;tique
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article459</link>
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		<dc:date>2011-11-22T15:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Michon
</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce texte est extrait de P. Michon, Rythmes, pouvoir, mondialisation, Paris, PUF, 2005, p. 192-199. En 1918, alors qu'il &#233;tait employ&#233; au Commissariat du peuple &#224; l'&#233;ducation dirig&#233; par Lounatcharski, Mandelstam para&#238;t avoir organis&#233; un &#171; Institut du rythme &#187; dont les objectifs pr&#233;cis nous sont inconnus, mais qui &#233;tait li&#233;, semble-t-il, &#224; sa propre pratique de la gymnastique rythmique. Cette nouvelle forme d'exercice corporel d&#233;rivait directement de l'&#233;cole lanc&#233;e, juste avant la premi&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est extrait de P. Michon,&lt;/i&gt; Rythmes, pouvoir, mondialisation, &lt;i&gt;Paris, PUF, 2005, p. 192-199.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;BR/&gt;En 1918, alors qu'il &#233;tait employ&#233; au Commissariat du peuple &#224; l'&#233;ducation dirig&#233; par Lounatcharski, Mandelstam para&#238;t avoir organis&#233; un &#171; Institut du rythme &#187; dont les objectifs pr&#233;cis nous sont inconnus, mais qui &#233;tait li&#233;, semble-t-il, &#224; sa propre pratique de la gymnastique rythmique. Cette nouvelle forme d'exercice corporel d&#233;rivait directement de l'&#233;cole lanc&#233;e, juste avant la premi&#232;re guerre mondiale, par le compositeur et p&#233;dagogue suisse &#201;mile Jaques-Dalcroze (1865-1950), sous le nom &#171; d'eurythmie &#187;. L'objectif de l'eurythmie &#233;tait de &#171; cr&#233;er, &#224; l'aide du rythme, un courant rapide et r&#233;gulier de communication entre le cerveau et le corps &#187;. Les &#233;l&#232;ves devaient, par exemple, indiquer les valeurs des notes par des mouvements de pied et du corps, et les intervalles de temps par ceux des bras. Ces exercices cherchaient &#224; d&#233;velopper le pouvoir de concentration et des r&#233;actions corporelles plus rapides, mais aussi des capacit&#233;s d'imagination et de r&#233;flexion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Jaques-Dalcroze, M&#233;thode Jaques-Dalcroze, 1907-1914 ; Le Rythme, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jaques-Dalcroze fonda une premi&#232;re &#233;cole &#224; Hellerau, en Allemagne, pr&#232;s de Dresde en 1910, puis en 1914 &#224; Gen&#232;ve, l'institut qui porte encore aujourd'hui son nom. Le mouvement prit alors une grande ampleur et des &#233;coles furent fond&#233;es &#224; Londres, Paris, Berlin, Vienne, Stockholm et New York. On sait que Mandelstam fr&#233;quentait r&#233;guli&#232;rement des salles de gymnastique de la vieille ville de Petrograd o&#249; l'on pratiquait la danse rythmique selon le syst&#232;me Jaques-Dalcroze, et o&#249; il croisait Mikhail Kuzmin, Youri Chaporin, Alexandre Blok, Piast et Vsevolod Rojdestvenski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Cette double exp&#233;rience, politique et personnelle, semble avoir inspir&#233; &#224; Mandelstam un petit essai, &#233;crit en 1920, o&#249; il tente &#224; la fois d'analyser la situation sociale et de d&#233;finir les principaux enjeux d'un enseignement de la gymnastique rythmique pour le nouvel &#201;tat en construction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O. Mandelstam &#171; L'&#201;tat et le rythme &#187; (1920), trad. angl. dans O. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pour la premi&#232;re fois dans la litt&#233;rature qui nous concerne ici, le rythme sert simultan&#233;ment d'outil de description et d'utopie politique &#8211; la seconde servant de crit&#232;re de jugement pour effectuer la premi&#232;re. Malgr&#233; sa bri&#232;vet&#233;, l'ouvrage de Mandelstam est donc un texte important qui s'ajoute aux indications relev&#233;es plus haut concernant le r&#244;le du rythme dans une d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mandelstam commence par exclure un certain nombre de d&#233;finitions traditionnelles du rythme. Les activit&#233;s rythmiques telles que les con&#231;oit Jaques-Dalcroze, fait-il remarquer, n'ont aucun caract&#232;re esth&#233;tisant. Leur objectif est bien plus large qu'une simple mise en forme des corps qui viserait, par exemple, les canons d'une beaut&#233; grecque (&#233;ventuellement d&#233;voy&#233;s comme aujourd'hui dans le &lt;i&gt;body-building&lt;/i&gt;) : &#171; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le syst&#232;me de Jaques-Dalcroze n'a rien &#224; voir avec l'esth&#233;tisme, et celui-ci n'est qu'une s&#233;quelle accidentelle, le r&#233;sultat d'une mode inaugur&#233;e &#224; Hellerau dans la bourgeoisie europ&#233;enne et am&#233;ricaine. Le syst&#232;me se caract&#233;rise moins par l'esth&#233;tisme que par l'esprit de g&#233;om&#233;trie et un strict rationalisme : l'homme, l'espace, le temps et le mouvement en sont les quatre &#233;l&#233;ments fondamentaux &#187; (p. 110). La rythmique n'est pas non plus un simple soin du corps, elle ne doit pas &#234;tre r&#233;duite &#224; une activit&#233; sportive : &#171; Il est encore plus faux de la consid&#233;rer simplement comme une hygi&#232;ne ou une gymnastique &#187; (p. 110). Enfin, la rythmique n'a rien &#224; voir avec une activit&#233; cadenc&#233;e comme on en trouve dans les exercices corporels, la connaissance scientifique de la nature ou bien encore le monde du travail : &#171; Notre corps, notre travail et notre science ne sont pas encore pr&#234;ts &#224; accepter le rythme sans r&#233;serves. Nous devons encore nous pr&#233;parer pour l'accepter &#187; (p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'enjeu du rythme, selon Mandelstam, est pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;passer tous les dualismes traditionnels dans une synth&#232;se individuante, v&#233;ritable individuation &#224; la fois psychique et collective, qui doit servir de justification politique &#224; son introduction dans le cursus scolaire sovi&#233;tique. Le rythme est &#171; une force sociale &#187; qui doit participer &#224; la construction d'une soci&#233;t&#233; r&#233;concili&#233;e o&#249; &#8211; Mandelstam ne le dit pas mais le laisse entendre &#8211; les contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste auront &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;es : &#171; Le rythme exige une synth&#232;se, une synth&#232;se du corps et de l'esprit, une synth&#232;se du travail et du jeu. Il est n&#233; d'un syncr&#233;tisme, c'est-&#224;-dire de la fusion d'&#233;l&#233;ments non diff&#233;renci&#233;s. Jusqu'&#224; ce que ces aspects soient r&#233;unis et que notre jeune culture moniste soit fermement &#233;tablie, n'engagez donc pas le rythme d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, ne le mariez ni avec l'&#233;ducation physique, ni avec la psychologie, ni avec le travail [&#8230;] laissez le rythme occuper cette position interm&#233;diaire et ind&#233;pendante qui convient &#224; une force sociale qui vient juste de s'&#233;veiller d'une profonde l&#233;thargie et qui n'a pas encore r&#233;alis&#233; toutes ses possibilit&#233;s &#187; (p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
L'instrument de ce d&#233;passement des contradictions doit &#234;tre l'&#201;tat &#224; travers son minist&#232;re de l'&#201;ducation : &#171; Aujourd'hui, nous voyons certains p&#233;dagogues, qui, bien que faibles et isol&#233;s, offrent &#224; l'&#201;tat une m&#233;thode efficace qui leur a &#233;t&#233; transmise par des si&#232;cles harmonieux : le rythme comme instrument d'&#233;ducation sociale. Il me semble tr&#232;s instructif que ces mains se tendent maintenant vers l'&#201;tat avec espoir. Ils lui redonnent ce qui lui appartient l&#233;gitimement. Un instinct s&#251;r leur dit que l'&#233;ducation rythmique doit &#234;tre contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat &#187; (p. 108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Si elle est comprise et organis&#233;e de cette mani&#232;re, l'&#233;ducation rythmique participera &#224; la production d'individus qui, gr&#226;ce &#224; leur accord, formeront enfin une v&#233;ritable collectivit&#233; : &#171; Au moment o&#249; nous organisons la soci&#233;t&#233;, au moment o&#249; nous l'&#233;levons hors du chaos vers un ordre harmonieux d'existence organique, nous avons tendance &#224; oublier que ce qui doit d'abord &#234;tre organis&#233; est l'individu. Le plus grand ennemi de la soci&#233;t&#233; est la personne amorphe, l'individu inorganis&#233;. Tout notre syst&#232;me d'&#233;ducation, tel qu'il est compris par notre jeune gouvernement dirig&#233; par le Commissariat du peuple &#224; l'&#233;ducation, consiste essentiellement &#224; organiser l'individu. L'&#233;ducation sociale pr&#233;pare la synth&#232;se de l'homme et de la soci&#233;t&#233; dans le collectif &#187; (p. 108). Le rythme deviendra donc la cl&#233; d'une nouvelle forme d'individuation, qui produira des individus &#224; la fois r&#233;concili&#233;s, &#233;panouis et courageux, bref des citoyens au sens plein du terme : &#171; Des enfants qui sont capables de sauter au-dessus d'une corde tress&#233;e n'ont pas peur des obstacles sociaux. Ils ma&#238;trisent leurs propres &#233;nergies. Pendant une course, ils sont capables d'ajuster la tension de leurs muscles pour s'adapter &#224; la difficult&#233; de l'obstacle. La difficult&#233; de la t&#226;che peut augmenter de mani&#232;re excessive, mais les habitudes acquises &#224; travers l'&#233;ducation rythmique perdurent. Elles sont ind&#233;racinables. Elles sont pr&#233;sentes &#224; la fois en temps de paix et durant l'orage de la guerre ; elles sont pr&#233;sentes toutes les fois que l'homme triomphe de l'adversit&#233;, toutes les fois que des vainqueurs sont n&#233;cessaires &#187; (p. 108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mandelstam &#233;voque alors avec lyrisme le visage d'une soci&#233;t&#233; o&#249; le rythme aurait &#233;t&#233; accueilli dans toute sa puissance d'individuation psychique et collective : &#171; Si l'&#233;ducation rythmique devait &#234;tre finalement accept&#233;e au plan national, un miracle devrait se produire qui transf&#233;rera un syst&#232;me abstrait dans la chair du peuple. L&#224; o&#249; il n'y avait hier qu'un brouillon, demain les costumes color&#233;s des danseurs chatoieront et les chants retentiront. L'&#233;cole pr&#233;c&#232;de la vie. L'&#233;cole sculpte celle-ci &#224; sa propre image et ressemblance. Le rythme de l'ann&#233;e scolaire sera ponctu&#233; par les cong&#233;s d&#233;di&#233;s aux Jeux olympiques scolaires ; le rythme sera le motif et l'organisateur de ces jeux. Pendant ces cong&#233;s, nous verrons une nouvelle g&#233;n&#233;ration &#233;duqu&#233;e rythmiquement, proclamant librement sa volont&#233;, ses joies et ses peines &#187; (p. 110). L'&#233;ducation rythmique constituerait un moyen de construction d'un ensemble social o&#249; les individus seraient &#224; la fois totalement libres et solidaires, mais surtout d'une soci&#233;t&#233; o&#249;, comme le voulait Marx, l'homme se produirait lui-m&#234;me enfin rationnellement : &#171; Les actions rythmiques, harmonieuses et universelles, anim&#233;es par une id&#233;e commune, sont d'une importance infinie pour la cr&#233;ation de l'histoire &#224; venir. Jusqu'&#224; pr&#233;sent l'histoire a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e inconsciemment dans la souffrance du hasard et des luttes aveugles. D&#233;sormais, le droit inali&#233;nable de l'Homme sera de construire consciemment l'Histoire, en la faisant na&#238;tre lors de ces cong&#233;s comme une proclamation de la volont&#233; cr&#233;atrice du peuple. Dans la soci&#233;t&#233; du futur, les jeux sociaux prendront la place des contradictions sociales et fonctionneront comme des enzymes, comme des catalyseurs qui assureront la floraison organique de la culture &#187; (p. 110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Ces descriptions ne sont pas, on le voit, sans &#233;voquer des sc&#232;nes qui se produiront par la suite, ni sans faire penser &#224; l'id&#233;ologie progressiste et &#233;tatiste qui les justifiera. Les gigantesques concours sportifs de masse, les spartakiades et les grandes parades rythmiques seront en effet bient&#244;t des &#233;l&#233;ments courants du r&#233;gime sovi&#233;tique et des autres r&#233;gimes totalitaires. Il est clair que Mandelstam a grandement sous-estim&#233; les cons&#233;quences n&#233;gatives d'un contr&#244;le &#233;tatique des rythmes et, &#224; l'inverse, peut-&#234;tre surestim&#233; leur capacit&#233; r&#233;conciliatrice ou synth&#233;tique. On sent &#233;galement son adh&#233;sion au mythe du &#171; progr&#232;s guid&#233; par la raison &#187;. Il faut toutefois lui reconna&#238;tre une certaine prescience des d&#233;rives qui se sont par la suite produites et ont amen&#233; l'&#201;tat totalitaire &#224; faire du rythme &#8211; dans un sens qui n'&#233;tait plus celui de Mandelstam &#8211; l'un de ses instruments de domination privil&#233;gi&#233;s. Nous l'avons vu, Mandelstam insiste sur le fait qu'il faut distinguer ce qu'il appelle le &#171; rythme &#187; de la &#171; cadence &#187; propre au travail, &#224; la gymnastique et au sport. Si l'on suit son analyse, il y a la m&#234;me distance entre le rythme d'un po&#232;me et sa m&#233;trique, qu'entre celui d'un groupe social d&#233;mocratique et ses cadences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'opposition du rythme du po&#232;me et de sa m&#233;trique comme image de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ce point de vue, les gigantesques manifestations de masse qui appara&#238;tront dans les pays totalitaires seront &#224; l'oppos&#233; de l'utopie rythmique anti-dualiste et anti-m&#233;canique d&#233;crite par Mandelstam. Au lieu d'une entreprise d'individuation visant &#224; produire des individus psychiques et collectifs libres et harmonieux, il s'agira bien au contraire d'une m&#233;canisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des corps s&#233;par&#233;s des esprits, d'une massification de la collectivit&#233; par la mise au pas des individus et leur organisation m&#233;trique, c'est-&#224;-dire finalement, si l'on me permet ce jeu de mot, d'une &#171; m&#233;trise &#187; totalitaire des processus de l'individuation psychique et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Mandelstam semble, d'ailleurs, l'avoir plus ou moins clairement anticip&#233; lorsque, d&#232;s le d&#233;but de son article, il d&#233;crit la situation politico-sociale de la Russie depuis la R&#233;volution d'octobre en ces termes : &#171; La collectivit&#233; n'existe pas encore. Elle doit encore na&#238;tre. Le collectivisme est apparu avant la collectivit&#233; et si l'&#233;ducation sociale ne vient pas &#224; son aide nous risquons de nous retrouver avec le collectivisme sans la collectivit&#233; &#187; (p. 108). &#192; la suite de quoi, il esquisse une tr&#232;s int&#233;ressante th&#233;orie de l'individuation psychique et collective, dans laquelle le rythme joue un r&#244;le central, et qui r&#233;v&#232;le ses principales appr&#233;hensions : &#171; La nouvelle soci&#233;t&#233; tient ensemble gr&#226;ce &#224; la solidarit&#233; et au rythme. La solidarit&#233; signifie accord sur les objectifs. Mais l'accord dans l'action est aussi essentiel. La r&#233;volution a &#233;t&#233; victorieuse gr&#226;ce &#224; son rythme. Le rythme est descendu sur sa t&#234;te comme une langue de feu. Il doit &#234;tre conserv&#233; pour toujours. Solidarit&#233; et rythmicit&#233; sont la quantit&#233; et la qualit&#233; de l'&#233;nergie sociale. Les masses sont solidaires. Seule la collectivit&#233; est rythmique. De plus, cette conception des masses, cette mesure purement quantitative de l'&#233;nergie sociale, n'est-elle pas d&#233;j&#224; obsol&#232;te ? N'est-elle pas un simple vestige d'un paradis perdu des d&#233;comptes &#233;lectoraux ? &#187; (p. 109). Certes, les masses russes poss&#232;dent une certaine solidarit&#233;, mais sans rythme elles forment des agglom&#233;rats purement quantitatifs. Si elles ont pu agir et vaincre pendant la R&#233;volution, c'est parce qu'elles ont r&#233;ussi &#224; trouver un &#171; accord dans l'action &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; se r&#233;unir dans un rythme collectif et c'est ce rythme, cette qualit&#233; ou cette modulation &#8211; pour parler comme Simondon &#8211; de l'&#233;nergie sociale, qu'il conviendrait de ne pas perdre. En d'autres termes, la R&#233;volution a &#233;t&#233; une exp&#233;rience d'individuation psychique et collective, dont la forme de mouvement, le rythme, a permis aux masses et individus qui les composent de devenir, au moins pendant une p&#233;riode, collectivit&#233;s et personnes, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;sujets &lt;/i&gt; historiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'opposition de la masse arythmique et de la collectivit&#233; qui a trouv&#233; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais sans &#233;ducation populaire et rythmique, cette dynamique menace de se perdre rapidement. Autrement dit, faute de rythme le socialisme risque de tomber dans la m&#233;trique. On comprend d&#232;s lors l'insistance de Mandelstam &#224; critiquer la r&#233;duction du rythme &#224; la simple cadence commune aux exercices sportifs et au travail. Alors que la cadence massifie et homog&#233;n&#233;ise, le rythme est un moyen de subjectivation et diversification des psychismes et des groupes. La premi&#232;re pr&#233;pare &#171; un collectivisme sans collectivit&#233; &#187;, seul le second pourrait permettre la production d'individus et de groupes v&#233;ritablement d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
De ce point de vue, on se rend compte que l'intuition du po&#232;te n'&#233;tait pas si erron&#233;e qu'elle pouvait sembler au premier abord, et qu'elle fournit m&#234;me un outil analytique nouveau tr&#232;s important pour juger des d&#233;veloppements des rythmes au cours du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Le petit essai de Mandelstam compl&#232;te la critique du r&#244;le de la sym&#233;trie dans les utopies socialistes d&#233;velopp&#233;e par Simmel &#224; la fin de &lt;i&gt;Philosophie de l'argent&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ignore si Mandelstam avait lu Simmel, mais cela semble tout &#224; fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lorsqu'une vingtaine d'ann&#233;es apr&#232;s les avertissements de celui-ci Mandelstam participe &#224; la premi&#232;re mise en pratique grandeur nature des th&#233;ories socialistes, il est, lui aussi, alarm&#233; par la domination des alternances binaires et m&#233;caniques qui s'esquisse, domination qui risque de mettre en p&#233;ril toute perspective &#233;mancipatrice. La diff&#233;rence, qui fait la valeur de sa contribution, est qu'il n'identifie pas, comme Simmel, tous les rythmes &#224; des formes de rationalisation, syst&#233;matisation et contr&#244;le, qui seraient oppos&#233;es &#224; la spontan&#233;it&#233; de la vie et de l'individu. Il montre, au contraire, que toute individuation psychique et collective, pour autant qu'elle vise &#224; transformer simultan&#233;ment ces individus en sujets, n&#233;cessite de nouveaux rythmes, qui ne seront plus les rythmes binaires archa&#239;ques, les m&#232;tres &#171; m&#233;trisant &#187; les corps et les esprits, homog&#233;n&#233;isant et moulant les individus dans un seul et m&#234;me tout social, mais qui permettront au contraire d'int&#233;grer, tout en gardant entre eux une tension, le corps et l'esprit, l'individuel et le social, le travail et le jeu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&#201;. Jaques-Dalcroze, &lt;i&gt;M&#233;thode Jaques-Dalcroze&lt;/i&gt;, 1907-1914 ; &lt;i&gt;Le Rythme, la musique et l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Paris, Fischbacher, 1920, r&#233;&#233;d. Gen&#232;ve, Foetisch, 1965 ; &lt;i&gt;La Musique et nous. Notes sur notre double vie&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, 1945, r&#233;&#233;d. Gen&#232;ve, Slatkine, 1981 ; M. L. Bachmann, &lt;i&gt;La Rythmique Jaques-Dalcroze. Une &#233;ducation par la musique et pour la musique&lt;/i&gt;, La Baconni&#232;re, Boudry, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;O. Mandelstam &#171; L'&#201;tat et le rythme &#187; (1920), trad. angl. dans O. Mandelstam, &lt;i&gt;The Complete Critical Prose and Letters&lt;/i&gt;, Ann Arbor, Ardis, 1979, p. 108-111. Je remercie Prita Suharjo pour sa traduction du texte russe en fran&#231;ais. Henri Meschonnic cite cet article dans &lt;i&gt;Critique du rythme. Anthropologie historique du langage&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1982, p. 647.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Sur l'opposition du rythme du po&#232;me et de sa m&#233;trique comme image de l'opposition rythme social-m&#233;trique sociale, voir H. Meschonnic, &lt;i&gt;Politique du rythme. Politique du sujet&lt;/i&gt;, Lagrasse, Verdier, 1995 et mes commentaires dans &#171; Le sujet comme utopie &#187;, &lt;i&gt;NU(E)&lt;/i&gt;, n&#176; 21, Nice, 2002, p. 117-127 et &#171; Vivre dans le langage aujourd'hui &#187;, dans G. Dessons, S. Martin, P. Michon, (dir.) &lt;i&gt;La Pens&#233;e et le Po&#232;me. Meschonnic &#224; Cerisy&lt;/i&gt;, Paris, Inpress, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L'opposition de la masse arythmique et de la collectivit&#233; qui a trouv&#233; un rythme &#224; travers une communaut&#233; d'action pourrait &#234;tre compar&#233;e &#224; celle que fait Sartre entre &#171; s&#233;rie inerte &#187; et &#171; groupe en fusion &#187;. Mais, outre le fait que la &#171; collectivit&#233; &#187; renvoie pour Sartre &#224; un stade ant&#233;rieur &#224; l'individuation collective par la fusion, il y a une diff&#233;rence fondamentale qui malgr&#233; tout les s&#233;pare. Le groupe &#171; en fusion &#187; est, comme le montre la m&#233;taphore choisie pour le d&#233;crire, &#171; enti&#232;rement &lt;i&gt;amorphe &lt;/i&gt; &#187;, ce qui ne rend pas compte de l'intuition de Mandelstam d'une organisation du mouvement d'individuation psychique et collective par le rythme. En juillet 1789, le peuple parisien, lorsqu'il re&#231;oit les nouvelles de Versailles, se voit d'abord comme groupement encore plong&#233; dans la &#171; s&#233;rialit&#233; &#187;, mais les choses changent du tout au tout quand, le 14, il prend la Bastille : &#171; La s&#233;rialit&#233; inerte se retrouve de l'autre c&#244;t&#233; du processus d'alt&#233;rit&#233; &lt;i&gt;comme un groupe uni qui a produit une action concert&#233;e&lt;/i&gt; [&#8230;] D&#232;s ce moment, quelque chose est donn&#233; qui n'est ni le groupe, ni la s&#233;rie mais ce que Malraux a appel&#233; dans &lt;i&gt;L'Espoir&lt;/i&gt; l'Apocalypse, c'est-&#224;-dire la dissolution de la s&#233;rie dans le groupe en fusion. Et ce groupe, encore non structur&#233;, c'est-&#224;-dire enti&#232;rement &lt;i&gt;amorphe&lt;/i&gt;, se caract&#233;rise comme le contraire imm&#233;diat de l'alt&#233;rit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Critique de la raison dialectique. Th&#233;orie des ensembles pratiques&lt;/i&gt;, t. I, Paris, Gallimard, 1960, p. 459-461. Bien que Sartre aille, &#224; premi&#232;re vue, dans une direction diff&#233;rente, il faudra un jour reprendre sa contribution &#224; la question des formes des processus d'individuation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;J'ignore si Mandelstam avait lu Simmel, mais cela semble tout &#224; fait possible vu l'influence de celui-ci en Russie au d&#233;but du si&#232;cle. Il est clair, toutefois, que sa conception du rythme, tout en &#233;tant li&#233;e &#224; celle de Jaques-Dalcroze, doit probablement l'essentiel &#224; ses recherches po&#233;tiques acm&#233;istes et aux d&#233;bats en cours &#224; cette &#233;poque en Russie dans les milieux litt&#233;raires, en particulier dans le futurisme. On trouve un &#233;cho de ces discussions dans le tr&#232;s beau texte de O. Brik, &#171; Rythme et syntaxe &#187; (1920-1927), dans T. Todorov, &lt;i&gt;Th&#233;orie de la litt&#233;rature. Textes des formalistes russes&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1965, p. 143-153.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le probl&#232;me du rythme dans l'&#339;uvre d'Osip Mandelstam
</title>
		<link>https://www.rhuthmos.eu/spip.php?article139</link>
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		<dc:date>2010-06-21T16:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie Delacroix
</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Marie Delacroix est en train de pr&#233;parer une th&#232;se &#224; l'universit&#233; Paris IV &#8211; Sorbonne, sous la direction de Laure Troubetskoy intitul&#233;e : &#171; Le probl&#232;me du rythme dans l'&#339;uvre d'Osip Mandelstam &#187; Pr&#233;sentation Le point de d&#233;part de notre interrogation sur la question du rythme dans l'&#339;uvre de Mandelstam est un article de 1918 intitul&#233; L'&#201;tat et le rythme. Dans ce texte, l'auteur proc&#232;de &#224; la mise en rapport de l'organisation de la collectivit&#233; et des rythmes du corps, en commentant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.rhuthmos.eu/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;&#201;tudes slaves
&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Delacroix est en train de pr&#233;parer une th&#232;se &#224; l'universit&#233; Paris IV &#8211; Sorbonne, sous la direction de Laure Troubetskoy intitul&#233;e : &#171; Le probl&#232;me du rythme dans l'&#339;uvre d'Osip Mandelstam &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;Center&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/CENTER&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le point de d&#233;part de notre interrogation sur la question du rythme dans l'&#339;uvre de Mandelstam est un article de 1918 intitul&#233; &lt;i&gt;L'&#201;tat et le rythme&lt;/i&gt;. Dans ce texte, l'auteur proc&#232;de &#224; la mise en rapport de l'organisation de la collectivit&#233; et des rythmes du corps, en commentant le projet d' &#171; &#233;ducation rythmique &#187;, centr&#233; sur la danse et la gymnastique, mis au point par le p&#233;dagogue et musicien suisse &#201;mile Jaques-Dalcroze. Le po&#232;te pr&#244;ne ici une &#233;ducation rythmique pour la soci&#233;t&#233; nouvelle qui doit n&#233;cessairement &#233;merger de la R&#233;volution ; le rythme est propos&#233; &#224; l'&#201;tat comme une structure totalisante capable de tenir en harmonie tous les &#233;l&#233;ments d'une concorde anthropologique : concorde physique entre le corps et l'esprit de chaque individu, concorde sociale de la communaut&#233; des hommes, concorde esth&#233;tique enfin, gr&#226;ce &#224; l'eurythmie des activit&#233;s et des discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
S'interroger sur le rythme nous invite &#224; &#233;laborer une probl&#233;matique double. Il s'agit, d'une part, de s'interroger sur cet objet mouvant, difficile &#224; cerner, qu'est le rythme d'un texte, entendu comme &#233;l&#233;ment participant &#224; la fois de la qualit&#233; sonore de ce texte et de la construction du sens qui s'y effectue. Le rythme touche au c&#339;ur d'un probl&#232;me que stipule le langage, &#224; savoir la question du rapport entre le son et le sens, paroxystiquement pos&#233;e par toute po&#233;sie. D'autre part, l'&#233;tude du rythme nous introduit dans le domaine, non moins mouvant que le rythme lui-m&#234;me, du m&#233;talangage, du discours sur la langue, et sur la po&#233;sie. Ind&#233;pendamment des rythmes qui existent dans les textes, le mot lui-m&#234;me est d'usage g&#233;n&#233;ralement r&#233;flexif, traditionnellement appliqu&#233;, en mati&#232;re de po&#233;sie, &#224; une r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure au discours, ce qui invite &#224; distinguer d'une part le rythme comme organisation linguistique, par exemple accentuelle, dont est dou&#233; n'importe quel &#233;nonc&#233;, d'autre part le rythme comme organisation orchestique du discours, ou, pour reprendre l'expression de J. Veyrenc, &#171; invitation motrice &#224; la danse &#187;, rythme &#224; l'&#233;tat pur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;BR/&gt;
Le travail que nous nous proposons consistera &#224; &#233;tudier d'abord la g&#233;n&#233;alogie de la r&#233;flexion sur le rythme qui bouleverse toute une &#233;poque en proie &#224; une crise du langage, pour disloquer le m&#232;tre, sch&#233;ma accentuel extra-linguistique, pour parvenir &#224; la notion totalisante qui constitue, chez Mandel'&#353;tam, l'harmonieuse structure d'une concorde &#224; la fois po&#233;tique et anthropologique. les oscillations que conna&#238;t la notion de rythme, sur le plan th&#233;orique et po&#233;tique, chez plusieurs auteurs simultan&#233;ment, et notamment Osip Mandelstam, Anna Axmatova, Marina Cvetaeva, et Vladimir Majakovskij. Ce choix est dict&#233; par le d&#233;sir de nous attacher &#224; des textes ayant remis en cause de la mani&#232;re la plus extr&#234;me la d&#233;finition purement m&#233;trique et versifi&#233;e de la po&#233;sie. Il s'agira, d'une part, d'&#233;tudier comment leur pratique po&#233;tique modifie et disloque les rythmes codifi&#233;s par le m&#232;tre. Pour cela, nous adjoindrons aux auteurs d&#233;j&#224; cit&#233;s V&#233;limir Xlebnikov et la po&#233;sie zaumienne, comme exemples extr&#234;mes de r&#233;duction du langage po&#233;tique &#224; un rythme pur. Cette piste nous am&#232;nera &#224; aborder les textes critiques de plusieurs auteurs symbolistes, (Annenski, Blok, Brjusov, &#233;tudes rythmiques d'Ivanov-Razumnik), les manifestes et textes critiques futuristes (textes d' Ignatev, de S. Bobrov, cubo-futuristes, ego-futuristes&#8230;) et acm&#233;istes (textes de Gumilev et Kuzmin), sans se passer des nombreuses &#233;tudes sur le langage po&#233;tique de Chklovskij, Tynjanov, Ejxenbaum et Tomachevskij &#233;crites au cours des ann&#233;es 1920. Ce corpus th&#233;orique vari&#233; a pour but de montrer la globalit&#233; de la r&#233;flexion sur le rythme, et la continuit&#233; d'une interrogation qui int&#233;resse tous les mouvements litt&#233;raires, toute une &#233;poque &#224; l'aff&#251;t du &#171; bruit du temps &#187;. Le but de notre travail sera alors de mettre en rapport les po&#232;mes de Mandelstam avec sa lucide r&#233;flexion sur sa pratique po&#233;tique pour tenter de montrer si, oui ou non, son &#339;uvre cr&#233;e une pens&#233;e du rythme dans le discours, et laquelle, et quels sont ses fondements. On verra que, dans le discours r&#233;flexif de Mandelstam sur le rythme, celui-ci est bien entendu non comme ph&#233;nom&#232;ne m&#233;trique, mais comme inscription du sujet lyrique dans le temps. Le rythme appara&#238;t alors comme le fondement d'une continuit&#233; qui serait le principe essentiel de la cr&#233;ation po&#233;tique &#8211; continuit&#233; culturelle d'&#339;uvre &#224; &#339;uvre, et &#233;galement continuit&#233; entre le sujet et son discours. Cependant, constatant par ailleurs qu'il n'y a pas chez lui, m&#234;me dans les po&#232;mes les plus tardifs, de disparition compl&#232;te du m&#232;tre, on cherchera &#224; expliquer et &#224; interpr&#233;ter la mani&#232;re dont op&#232;re l'organisation linguistique pour cr&#233;er une po&#233;tique pers&#233;v&#233;rante, consciente de sa r&#233;sistance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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